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Full text of "André Lalande, Vocabulaire Technique Et Critique De La Philosophie, Vol. 1, A-M, 4e Édition"

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André Lalande 


Vocabulaire 
technique et crisque 
de la philosophie 


Texte revu par les membres et corrcspondœus de la 
SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHILOSOPHIE 
et publié avec leurs corrections et observanons 


AVANT-PROPOS DE RENÉ POIRIER 


Volume 1! 


A-M 





1 


QUADRIGE / PUF 


OUVRAGE COURONNÉ 
PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE 


ÉDITIONS ANTÉRIEURES 


Edition originale, en fascicules, dans le Bulletin de la Société française de 


Philosophie, 1902-1923. 


Deuxième édition, augmentée d'un Supplément. 2 volumes grand in-8°, 


Alcan, 1926. 

Troisième édition, avec additions au Supplément. 2 volumes grand in-8°, 
Alcan, 1928. 

Quatrième édition, notablement augmentée. 3 volumes grand in-8°, Alcan, 


1932. (Les tounes 1 et 11 ont été réimprimés en 1938.) 


Cinquième édition, augmentée d'un grand nombre d'articles nouveaux, 


* Prèsses Universitaires de France, 1947. 


Seizième édition, Presses Universitaires de France. 1988. 


ISBN 2 13 044512 8 (édition complète) 
2 13 044513 6 (volume 1) 

ISSN 0291-0489 

Dépôt légal —— 1"° édition : 1926 

4° édition « Quadrige » : 1997, janvier 


© Presses Universitaires de France, 1926 
108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris 


AVANT-PROPOS 
A LA DIXIÈME ÉDITION 


On eûl pu croire qu'au boul d'un demi-siècle, le Vocabulaire philo- 
sophique d'André Lalande el de la Sociélé française de Philosophie aurail 
perdu de son audience. Il n’en esl rien el les édilions s'en épuisent de plus en 
plus vile, à une époque où pourlanl les revues philosophiques balleni de l'aile, 
Jaule de public. Cela lieni d'abord à ce que les définilions el les exemples en 
onl élé longuement, mûremeni déballus par des philosophes averlis el résolus 
à travailler mélhodiquemeni el paliemment en commun, enlreprise unique à 
laquelle André Lalande el ses amis onl consacré beaucoup de leur vie. Cela 
lient ensuile à ce que nous avons dans les noles el les discussions adjoinles un 
modèle remarquable de celle analyse du langage, exercice doni on ne pensail 
pas alors qu'il paraïlrail un jour à cerlains l’essenliel de la philosophie. 
Aulour de chaque lerme, les nuances, les opposilions de sens évoqueni celles 
des doclrines, des problèmes, des expériences el celle discussion conslilue un 
premier examen clinique de la pensée philosophique. 


Esl-ce à dire que le Vocabulaire puisse élre indéfiniment réimprimé 
sans changemenis ? Assurémeni pas el déjà chaque nouvelle édilion compor- 
lail des reclificalions el surloul des compléments. C'esl ainsi que figurail 
déjd, à la fin de l'ouvrage, un supplément conlenani des lermes nouveaux 
ou des acceplions nouvelles de lermes anciens el un Appendice conslilué 
par des gloses supplémenlaires, complélant celles qui se lrouvaieni dans 
les noles de l’ancien Vocabulaire. Cependant, il faudra sans doule envi- 
sager quelque jour une refonle plus complèle. Il conviendrail, d'une part, 
de reclifier certains arlicles, par exemple de logique, de psychologie, elc., 
qui correspondeni à des nolions donl le contenu s'est dif[férencié, transformé, 
renouvelé, el d'en ajouler de nouveaux — d'autre part, d'introduire, dans une 
cerlaine mesure, les lermes du langage philosophique conlemporain, el aussi 
cerlains lermes d'origine scolaslique qui débordeni aujourd’hui quelquefois 
de la lhéologie dans la philosophie. À joulons que dans les notes et les discus- 


vi AVANT-PROPOS 


sions, on élaguerait volontiers ce qui esi l’œuvre de philosophes mineurs 
ou ce qui se réfère à un contexte périmé, à des références désuèles, notamment 
lorsqu'il s’agit de philosophie liée aux sciences ou aux lechniques. À quoi 
bon renvoyer à des ouvrages qui ne sont ni des mémoires originaux, ni des 
exposés actuellement valables ? 


C’esl ce que l’on a essayé de faire à peliles doses dans celle nouvelle 
édilion, mais la lâche esl moins simple qu’on ne pourrait le croire. En effel, 
s’il esl difficile de réduire le Vocabulaire à celui de la philosophie « clas- 
sique », il l’est aussi d’y intégrer l’ensemble des lermes lechniques apparenlés 
à la philosophie actuelle, dans la variété el parfois l'ambiguïté de leurs 
acceplions. Un Vocabulaire deviendrait alors un trailé de philosophie par 
ordre alphabétique, avec les choix plus ou moins légitimes que cela impose. 
Ce que l’on peul faire, c’est indiquer les prolongements actuels des notions 
classiques, donner les définitions fondameniales el pour le reste renvoyer 
aux Vocabulaires spéciaux, comme il en existe pour la psychologie, la 
psychiatrie, elc., el prochainement, espérons-le, pour la logique formelle. 


En fait, il y a deux sorles de lecteurs pour les ouvrages de ce genre. 
Les uns, à l’occasion d’une doctrine ou d’un problème, cherchent à le situer 
dans l’ensemble de la pensée philosophique et à en saisir les divers aspects, 
au moyen d’une analyse du langage. Ce sont, en particulier, des étudiants 
à qui l’on demande de réfléchir sur une idée ou une question. 


Les autres sont des gens qui ont en main un ouvrage philosophique, 
classique ou contemporain, el qui ne comprennent pas cerlains mois ou 
cerlaines expressions. On ne peul pas les renvoyer à un diclionnaire du lan- 
gage contemporain, qui n’exisle pas, je crois, ni aux diclionnaires de lhéo- 
logie, par exemple, trop considérables el qu'on n’a pas aisément sous la main. 


Les premiers sont plulôt atlachés à la parlie stable du Vocabulaire, celle 
sur laquelle nos aînés onl pu se mettre à peu près d'accord, el qui constituerait 
un « Bon usage », une « Norme » du langage philosophique permellant 
l'accord des esprits. Les seconds sont au coniraire attentifs à ce qu’il y a de 
variable el de loujours renouvelé, d’incodifié et même d’incodifiable dans la 
significalion des mols. 


On aimerail sans doule suivre à la trace l’évolution des sens ou l'apparition 
d'expressions autour desquelles cristallise peu à peu une pensée qui, rétros- 
peclivement, semblera avoir préexislé et cherché sa formule, alors qu’en 
réalité c’est la formule qui s’est enracinée dans le sens et a poussé des feuilles, 
el suscilé un mode de penser, des catégories nouvelles. Nalurellement, la 
plupart des expressions nouvelles ne donnent que du bois mort el encombrant, 


mais commen savoir à l'avance si un changement de vocabulaire renouvellera 
vraiment el ulilement nos concepls ? 


AVANT-PROPOS vil 


Par ailleurs, l'extension des concepts n'esi pas homogène el n’a pas lieu 
dans le même plan, si bien qu’il ne sufjit pas de juxtaposer des sens. En 
logique, par exemple, il n’est pas facile de situer les unes par rapport aux 
autres des notions qui relèvent lantôl du calcul formel, lantél de la pensée 
nalurelle el inluilive : ainsi celles de syllogisme, de démonsiralion, etc. Il y a 
des contextes différents et pourlant solidaires, et qui plus esl nous avons 
reconnu l’équivoque du conlexte « classique ». 


En ce qui louche la langue philosophique contemporaine, l'embarras 
n’esl pas moindre, chaque auleur ayani sa langue, ou son jargon, qui ne soni 
d’ailleurs pas loujours parfaitement cohérents. En bien des cas, il n’y a pas 
d'usage commun des lermes. Or, on ne peut pas raisonnablement faire le 
Vocabulaire des quelques écrivains les plus connus actuellement, mais dont on 
ne sail jusqu'à quel point ils s’imposeront durablement. Souvent, devani 
l'ambiguïté des tlexles, même les spécialistes ont lendance, quand on les 
consulle, à ne pas se compromettre par une définition franche, qui supposerail 
d'ailleurs la connaissance d’un contexle général, el à proposer simplement 
une ou plusieurs phrases où le terme figure. Mais c’esl juslement pour les 
comprendre qu’on voudrait une définilion ! 


À cel égard, le Dictionnaire de la langue philosophique de F'oulquié et 
Saint-Jean apporle un excellent complément à celui de A. Lalande el les 
cilations qu’il réunit éclairent souvent par leur rapprochement. De même en 
ce qui louche les lermes d’origine scolaslique qu'ulilisent parfois des auleurs 
non théologiens, el parfois en des sens non traditionnels. 


Quant aux allégements, ils posent un problème délicat. Sauf des cas 
rares, el généralement lardifs, aucune des gloses ou des remarques n'est 
dépourvue de compétence ou d’intérél, et il est bien difficile par ailleurs de 
séparer les observations les plus célèbres, comme celles de Lachelier, de 
Bergson, de Blondel, eic., des autres remarques auxquelles elles s’articulent 
el font écho, même lorsque celles-ci sont signées de noms à tort ou à raison 
quelque peu oubliés. Enfin, l’ensemble de ces discussions, dans un groupe 
de penseurs d'une valeur au lotal exceptionnelle, constitue une sorle de témoi- 
gnage historique, d'image d’une société d’esprits qu'il n’esl ni aisé ni peut-être 
désirable de rogner ou de mutiler. La chose serait plus facile el mieux juslifiée 
pour cerlaines inlerventions plus récentes, mais elle pose un petit problème 
de susceplibilités individuelles et surlout, dans bien des cas, ces commenlaires, 
accompagnés de références évidemment épisodiques, sont insiruclifs el 


suggestifs, même s'ils alourdissent ou déséquilibrent un peu l’ensemble de 
l'ouvrage. 


Voild pourquoi celle nouvelle édition se contente d’élagayges, de remanie- 
mens, de mises au poinl de détail. Le Supplémenil el l'A ppendice ont été fondus 


vus AVANT-PROPOS 


ensemble el enrichis d'un cerlain nombre de lermes nouveaux (1), annoncés 
par un renvoi dans le corps de l'ouvrage, auquel ils seront ullérieuremeni 
intégrés. Dans le nouveau supplément ainsi conslilué, on a éliminé cerlaines 
gloses inuliles ou périmées, on a corrigé un cerlain nombre d'articles. 
Peul-étre ces perfeclionnements progressifs valenl-ils mieux que de refondre 
lolalement un ouvrage qui a fail ses preuves el a une signification hislorique 
el comme organique. 


Des problèmes mineurs se posaient. Doil-on, par exemple, menlionner 
pour les lermes nouveaux la iraduclion en Ido, à une époque où la langue 
arlificielle inlernalionale n'a pas conquis beaucoup de fidèles; doil-on 
inversement supprimer l'indicalion correspondante là où elle élail déjà 
donnée ? Il y avail là à la fois une queslion d'opporlunilé objeclive el une 
queslion de fidélité à la pensée des inilialeurs. On s'esl contenlé de laisser 
ce qui élail fail. 


Îl resle à remercier chaleureusement M. Roger Marlin, professeur à la 
Sorbonne, el M. J. Largeaull, allaché de recherches au C.N.R.S., d qui l'on 
doit la plupart des amélioralions apporlées au lexle. Ainsi se trouve quelque 
peu rajeunie l'œuvre à laquelle s'esl lanl dévoué noire vieux maîlre André 
Lalande, que nous ne saurions séparer de l’admirable équipe qui, aulour 
de lui el de Xavier Léon, nous a donné l'exemple d'un efforl commun, 
palient el désinléressé vers la double reclilude du langage el de la pensée. 


René POIRIER, 


Membre de l’Institut, 
Professeur à la Sorbonne. 


(1) En voici la liste : 

Anamnèse, anléprédicatif, apophalique, calégoriel, cogilalive, connalurel, construclivilé, 
conluilion, doxique, dulie, ek-slase, élicile, empirie, englobants, en soi-pour soi, enlilalif, 
époché, eslimalive, élant-exislant, exislenlial, exlrincésisme, feed-back, fonclionnalisme, 
formaliser, fulurible, gnosie, hormè, hylè, idiologie, idonéisme, information, insighi, isomor- 
phisme, kerygme, lülrie, manisme, malérial, narcissisme, noème, pallern, performalif, poly- 
genèse, prazie, prazis, préréflexif, procès, projeclif, slochaslique, stress, symélrie, luliorisme, 
typologie. valide (en nn deuxième sens). 


PRÉFACE 


AUX ÉDITIONS PRÉCÉDENTES 





Le Vocabulaire de la Société française de Philosophie est un curieux 
exemple de ce qu’on a nommé l’hétérogonie des fins. Le but originel de 
ce travail était fort étroitement déterminé, comme on peut le voir par 
l'article : Le langage philosophique et l'unité de la philosophie, dans la 
Revue de Mélaphysique et de Morale ile septembre 1898, par les Proposi- 
tions sur l'emploi de certains termes philosophiques (Bullelin de la Sociélé, 
séance du 23 mai 1901) et par la discussion dans la séance du 29 mai 1902. 
Il s'agissait de mettre les philosophes d'accord — autant que possible — 
sur ce qu’ils entendent par les mots, du moins les philosophes de profession : 
premièrement, parce que tout accord véritable — je veux dire celui qui 
n’est pas l'effet d'une suggestion, d'une tromperie, ou d’une contrainte 
autoritaire — vaut mieux en soi que les discordances ou les équivoques ; 
ensuite parce que leurs contradictions, sujet traditionnel de plaisanteries, 
sont en grande partie verbales, et peuvent être souvent résolues dès qu’on 
s'en avise. C'était l'opinion de Descartes : « Si de verborum significatione 
inter Philosophos semper conveniret, disait-il, fere omnes illorum contro- 
versiae tollerenturt. » — « C’est le plus souvent sur les mots que disputent 
les philosophes, écrivait de même Gassendi : quant au fond des choses, 
il y a au contraire une grande harmonie entre les thèses les plus impor- 
tantes et les plus célèbres?. » — « Je suis tenté de croire, disait Locke, 
résumé par Leibniz, que si l’on examinait plus à fond les imperfections 
du langage, la plus grande partie des disputes tomberaient d'’elles-mêmes 
et que le chemin de la connaissance, et peut-être de la paix, serait plus 
ouvert aux hommes. — Je crois même, ajoutait Théophile, qu’on en 
pourrait venir à bout dès à présent dans les discussions par écrit si les 
hommes voulaient convenir de certains règlements, et les exécuter avec 


A — 


. 1: « 8i l'on se mettait toujours d' j 
rl Te re pr) le sous des mots, presque toutes leurs controverses 


LALANDE. — VOCAB. PEIL. 
2 


x PRÉFACE 


soin!, » Il serait facile de multiplier les témoignages de cette expérience, 
et nous en avons encore eu de nos jours bien des exemples®. 

Mais la nature humaine est aussi faite d’une certaine impatience de 
l'ordre et de la similitude — impatience bien légitime, courageuse même, 
quand il s’agit de se défendre contre un conformisme imposé, ou contre 
l'acceptation moutonnière de ce qui se répète sans critique ; — désastreuse 
quand il s’agit d’un goût de contradiction et de quant à soi, voire même 
d’impérialisme. « L'état de la moralité scientifique, écrivait Renouvier, 
ne me paraît pas assez avancé chez les philosophes pour qu'ils puissent 
utilement délibérer en commun, afin d'arrêter la nomenclature la plus 
propre à empêcher leurs débats de s’égarer, et à rendre leurs doctrines 
mutuellement communicables. Les termes les plus importants sont du 
domaine public, et chacun en revendique le bénéfice avec le droit de leur 
attacher leur « vrai » sens, que d’autres estiment faux... Nul n’est disposé 
à faire les sacrifices qu’exigerait l’impartialité du langage. » Nous avons 
fait quelques progrès ; nous avons réuni des Congrès de Philosophie, 
qu'il ne croyait pas réalisables : mais on ne peut dire que cette « moralité » 
se soit nettement élevée. Il est si tentant de garder aux mots, avec ténacité, 
le sens qu’on leur a d’abord attribué par quelque méprise accidentelle, 
ou même qu'on s’est plu à leur conférer d'autorité, sous prétexte qu’ « on 
est bien libre d'adopter les définitions que l’on veut ! » 

On peut même se demander si l’existence d’un effort commun pour 
fixer et adopter un usage bien défini des termes ne pique pas au jeu 
certains esprits, et n’excite pas chez eux le goût de leur donner malicieu- 
sement un autre sens, de le faire supporter, et même de le répandre. 
L'’excellent logicien Ch. L. Dodgson (plus connu sous le pseudonyme de 
Lewis Carroll, et comme l’auteur d'Alice au pays des merveilles) imagine 
dans un de ses ouvrages une conversation entre son héroïne et l’irascible 
Humpty Dumpty : « Quand j’emploie un mot, dit le petit gnome d’un 
ton assez méprisant, il signifie précisément ce qu'il me plaît de lui faire 
signifier. Rien de moins, rien de plus. — La question, répond Alice, est 
de savoir s’il est possible de faire signifier à un même mot des tas de 
choses différentes. — La question, réplique Humpty Dumpty, c’est de 
savoir qui sera le maître. Un point, c’est tout?. » Adler a probablement 
pris des complexes humains une vue plus pénétrante que celle de Freud. 

Je me rappelle qu'un savant de grand mérite, et très parisien, me disait 
il y a une quarantaine d'années : « Moi, quand je vois quelque part Enirée 
interdite, c’est par là que je passe. » Il est vrai qu'il s'agissait des petites 


1. Essai et Nouveaux Essais, III 1x, 19. — 2. Voir Rd semblables chez BeRK&LEY, Hylas et Phüonoüs, 
Dialogue 11; chez D'ALemBer, Dücours préliminaire, $ 50; SCHOPENRAUER, Kritik der kantischen Philosophie 
Grisebach, E) ; Rosani, Leticra eulla lingua filosofica, dans Introdusion alla félosofia, 404: ete. — 3. Througk th 
looking glass, bols à Claselos, 246. 


PRÉFACE x! 


choses de la vie ; il se gardait bien d'appliquer cette maxime à la science 
qu'il professait, et où il était un maitre : un de ses étudiants eût été fort 
mal reçu à dire « poids » pour « densité », ou « force » pour « énergie ». Les 
philosophes de même tournure d’esprit ont souvent moins de prudence : 
et ce n’est pas au profit de leur bonne réputation dans le cercle des 
travailleurs intellectuels. 


Mais lorsqu'on pense d’une manière originale, il faut bien aussi se 
faire une langue à soi? — Rien de plus contestable. « Chez beaucoup 
d’entre nous, disait W. James, l'originalité foisonne au point que personne 
d'autre ne peut nous comprendre. Voir les choses d’une façon terriblement 
particulière n’est pas une grande rareté. Ce qui est rare, c'est qu'à cette 
vision individuelle s'ajoute une grande lucidité d'esprit et une possession 
exceptionnelle de tous les moyens classiques d'exprimer sa pensée. Les 
ressources de Bergson en matière d’érudition sont remarquables, et, en 
matière d'expression, tout simplement merveilleusest, » 

Quand on dit d’un esprit qu'il est original, on entend suivant le cas 
deux choses bien différentes : l’une est une qualité voisine du génie ; 
l’autre, un défaut d'esprit qui touche à la sottise. Par la première, on 
invente des formes d'art ou d’action nouvelles, on aperçoit le premier des 
vérités encore inconnues, mais qui trouveront plus ou moins vite un écho, 
sans intérêt individuel et sans violence, à travers plusieurs générations, 
voire même qui resteront acquises tant que s'exercera l’hérédité sociale. 
Telle fut l'originalité de Socrate découvrant l'analyse des concepts 
moraux, de Newton formulant la loi de la gravitation, de Wagner 
élargissant les règles de l'harmonie. — Par la seconde, on se différencie 
également de la masse au milieu de laquelle on vit ; mais c’est par des 
divergences sans valeur, ou même de valeur négative. On se singularise, 
on se fait remarquer ; mais on n'apporte rien au développement des 
connaissances, de la richesse esthétique ou de la personnalité humaine. 
Souvent même c’est à leur détriment qu'on se met en vedette. De cette 
originalité-là, il est plus difficile de citer de grands exemples : car elle 
disparaît en général sans rien laisser. Il faut songer à certains individus 
que l’on a connus soi-même. On peut cependant rappeler un Erostrate, 
un Caligula ; on pourrait y joindre l'originalité des conquérants glorieux 
ou celle des criminels célèbres ; dans la littérature, les obscuristes de la 
décadence latine, ou le nsOtsme: ; en morale, la doctrine de Gorgias, 
ou celle des Frères du Libre-Esprit. S’élever au-dessus de la raison consli- 
luée, telle qu’elle existe dans le milieu et à l’époque où l’on vit, la modifier 
au nom et dans le sens de la raison constituante ; ou bien au contraire 
descendre au-dessous des normes acquises, s'en écarter par perversion 





L. À pluralislic universe, 226-227. 


x1! PRÉFACE 


ou par snobisme, c'est également se différencier. Mais les uns se séparent 
en éclaireurs, pour frayer la route ; les autres s’égaillent, ou retournent 
en arrière. 

L'une et l’autre forme d'’altérité se rencontrent dans la formation et 
dans l'emploi du langage philosophique. 


En affermir, en augmenter la valeur intermentale était donc l’objet 
primitif du présent ouvrage. Mais très vite s’est greffée là-dessus une fonc- 
tion à laquelle nous n'avions pas songé tout d’abord, et qui a pris peu à 
peu une grande place. L'étude critique du langage de la philosophie s’est 
trouvée très utile aux étudiants, aux jeunes professeurs, aux lecteurs 
divers que préoccupent les questions de cet ordre. Souvent, ils avaient 
peine à découvrir le sens exact des termes traditionnels, et ses variétés, 
ou faisaient fausse route en croyant les comprendre. Le Vocabulaire, 
commencé en vue du thème, a servi surtout à la version. Aussi, dès la 
publication des premiers fascicules, les lecteurs ont-ils réclamé de plus 
en plus des explications détaillées, souvent même des renseignements 
historiques, bibliographiques, encyclopédiques, que les initiateurs de ce 
travail n'avaient pas eu l'intention de leur apporter. Car si l’on avait 
voulu faire, ainsi que J. M. Baldwin, « un Dictionnaire pour les philo- 
sophes » il aurait fallu y insérer, comme lui, des planches anatomiques 
représentant les organes des sens, la biographie des philosophes connus, 
un résumé de leur doctrine, y joindre un exposé des hypothèses sur la 
constitution de l'atome, ou des critiques modernes du transformisme. 
Peut-être n'avons-nous que trop suivi cette impulsion, et surtout d’une 
manière inégale, selon que les membres ou les correspondants de la société 
nous adressaient tel ou tel renseignement, et nous engageaient à le publier. 
Nous avons même dû, et de plus en plus, aller au devant de ces desiderata, 
à la fois pour éviter un trop grand disparate, et pour ne pas attendre que 
telle ou telle indication documentaire nous fôt réclamée sur les cahiers 
d'épreuves. Mais nous en avons été si souvent remerciés par nos lecteurs 
que si, du point de vue esthétique, nous souffrons un peu de ce manque 
d'équilibre, nous ne pouvons guère nous repentir de l’avoir accepté. 

C'est également sur l’insistance de plusieurs membres de la Société 
que nous avons indiqué sommairement, à côté de chaque terme français, 
des équivalents étrangers correspondant — plus ou moins approxima- 
tivement — à ses diverses acceptions. Comme nous l’avions fait remarquer 
dès l'origine, l'indication de ces équivalences ne pouvait être complète : 
et certains critiques qui ont relevé sévèrement ces incomplétudes, sans 
tenir compte de nos réserves, nous ont fait regretter de n'avoir pas refusé 
carrément d’entrer dans cette voie et de ne pas nous en être tenus, comme 
l'annonçait notre avertissement initial, soit aux termes empruntés à une 


PRÉFACE xHI 


langue étrangère, soit aux termes déjà internationaux, soit à ceux dont 
l'équivalence est universellement établie par l'usage des traductions, et 
de l’enseignement, comme Mind pour Esprit ou Vernun/l pour raison. 
Mais lit-on les Avertissements ? Il est trop évident que nous ne pouvions 
songer à faire à nous seuls un vocabulaire franco-italien-anglo-allemand. 
Nous n'avons donc pu qu'amorcer un travail international de critique 
sémantique auquel nous avions déjà convié les philosophes des autres 
pays!. La même raison nous a décidés à supprimer les index de termes 
étrangers que l'éditeur avait ajoutés dans la seconde édition, et qui ont 
donné lieu à tant de malentendus, malgré précautions et réserves, qu'il 
nous a paru préférable de trancher dans le vif. 


Nous n'avons pas visé, dans cet ouvrage, à donner des définilions 
consiruclives, comme celles d’un système hypothético-déductif, mais des 
définilions sémanliques, propres à éclairer le sens, ou les différents sens 
d'un terme, et à écarter autant que possible les erreurs, confusions ou 
sophismes. Pas plus en cela qu'ailleurs on ne peut partir de rien ; quand 
on y prétend, on n'aboutit qu'à n'avoir pas conscience de ce dont on 
part. La philosophie sans présupposition est une des formes de ce que 
Schopenhauer appelait, non sans raison, le charlatanisme philosophique. 
A plus forte raison le but d'un travail de ce genre n'est-il pas de créer ex 
nihilo le sens des mots, ni même de constituer décisoirement un jeu de 
termes dont un certain nombre seraient adoptés comme indéfinissables, 
et les autres construits à partir de ceux-là. On ne doit donc pas traiter 
ces définitions comme des principes formels, sur lesquels on a le droit de 
raisonner mathématiquement, mais comme des explications, où peuvent 
se rencontrer des répétitions de mots, quand elles ne risquent pas de 
laisser l'esprit dans l’indétermination. Respice finem, aimait à dire 
Leibniz : la fin, ici, n'est en aucune manière de constituer une axioma- 
tique, mais de faire connaître des réalités linguistiques, et de prévenir 
des malentendus. 

Une autre illusion s'est manifestée au cours des discussions qui ont 
préparé la constitution de ce vocabulaire. Elle se rattache, elle aussi, 
à la méconnaissance de la sémantique : car les vérités de cet ordre sont 
encore loin de s'être incorporées, comme celles de la physique élémentaire, 
à la mentalité courante des philosophes. C’est la croyance naturelle qu'il 
existe une correspondance régulière entre les mots et les choses, et notam- 
ment que chaque mot, s'il a plusieurs acceptions, possède du moins 
toujours un sens central, générique, dont les autres ne sont que des 
applications particulières, un sens privilégié, que la critique philosophique 





1. Congrès international de 1900, Comptes rendus du Cmgrés, I, 277. — Cf. ci-dessus, p. x1x et XxI11. 


di | 


XIV PRÉFACE 


se doit de retrouver. Il y a là une confiance dans la sagesse du langage 
qui rappellerait celle du Cralyle — si le Cralyle n’est pas un chapelet de 
plaisanterics ironiques, à la manière des parodies du Banquel. — On 
verra, dans plusieurs des « Observations » ci-dessous, la recherche de 
cette unité secrète qui justifierait pour la raison les emplois les plus 
divers d'un même mot. 

Certes, l’univocité est un idéal auquel tend le langage spontanément, 
quoique d’une façon fort irrégulière ; et il y a grande tentation, en toute 
matière, d'affirmer comme un fait ce dont on sent fortement la valeur 
normative : « Tous les hommes naissent libres, et égaux en droits. » Mais 
malheureusement nous en sommes loin, en linguistique comme en poli- 
tique ; et la tendance, pour réelle qu’elle soit, est contrecarrée par bien 
des accidents. Il suffit d'ouvrir l'Essai de sémantique de Bréal, ou Le 
Langage de Vendryes pour savoir qu'en fait les mots changent de sens 
par les déviations les plus variées ; souvent, il est vrai, par spécification, 
mais parfois aussi par cheminement de proche en proche, ou par rayon- 
nement autour de plusieurs centres successifs ; quelquefois même, par 
suite de méprises dues à leur Laulbild, ou à leur ressemblance avec un 
autre mot de forme voisine. Il scrait absurde de chercher quel est le 
«vrai » sens de panier, d’abord corbeille à pain, puis récipient quelconque 
en vannerie; puis ustensile analogue, même en fil de fer ; puis support 
en baleines pour les jupes, et plus tard simple décor d’étoffe rapporté 
sur celles-ci, sans parler de la caisse de bois suspendue sous un fourgon. 
Et quel est le « sens fort » de bureau, étoffe de bure, table à écrire, pièce 
administrative, personnel qui l’occupe, état-major d’une société ? 

Si regrettable que ce soit, il n’en va guère autrement des termes 
philosophiques : ils se sont souvent déplacés, eux aussi, au hasard d'’acci- 
dents historiques, quoique plus subtils. Objeclif est pris couramment, 
de nos jours, pour désigner juste l'inverse de ce qu'il représentait pour 
Descartes : et son usage le plus recommandable diffère à la fois de l’un 
et de l’autre. Anomalie a pris par contre-sens la valeur de caractère ou 
de fait anormal : on ne serait plus compris en lui donnant son sens étymo- 
logique*. La fin, borne, cessation ou mort, est bien loin de la fin en tant 
que but : on sait pourquoi, mais la transformation n’en est pas moins 
captieusc. Les deux idées d'induclion-conjecture et d’inductlion-passage 
à un degré supérieur de généralité s'unissent ou se séparent suivant les 
circonstances, au grand profit des malentendus et des discussions inutiles. 
Et c'est pourquoi il est bien vain de chercher comme Descartes une défi- 


1. Voirles« Observations » sur Amour, Lai, Nature, Obligation, Signe, Universalite, eto. Auguste Comte, malgré 
la profonceur de son esprit, a fait plu d'une fois l’apologie des « admirables équivoques » des « heureuses ambiguités » 
que présentent certains termes (Catéchisme positinise, 2e entretien; Poli. posit., I, 108, eto. — 2. Et par un sin- 


gulier paradoxe, le mot même d'éfymologie voulait dire, « étymologiquement » non pas du tout sens originel, mais 
vrai sens, sens authentiqua 


PRÉFACE XV 


nition soi-disant générale de l'amour, qui puisse justifier à la fois l’expres- 
sion : l'amour de l’humanité, et l’expression : faire l'amour. 

Les sens d’un mot ne sont pas les valeurs d’une variable indéterminée 
dont nous pourrions disposer à notre gré. C’est une réalité, qui, pour n'être 
pas matérielle, au sens précis du terme, n’en possède pas moins la consis- 
tance parfois très dure que présentent certains faits sociaux. Les mots 
sont des choses, et des choses fort actives ; ils sont « en nous sans nous »: 
ils ont une existence et une nature qui ne dépendent pas de notre volonté, 
des propriétés cachées même à ceux qui les prononcent ou les comprennent. 
Que l’on songe au halo d’évocations, tantôt intenses, tantôt à peine 
conscientes que l’histoire de chaque mot, même inconnue, fait vibrer 
si fréquemment autour de lui. Il] y a des mots nobles, comme idéalisme ; 
naïfs, comme progrès ; distingués, comme dialectique ; imposants, comme 
médiation ; démodés, comme vertu. Le gouvernement de quelques-uns, 
disait déjà Aristote, on l'appelle arislocralie quand on pense qu'ils usent 
du pouvoir pour le bien public, oligarchie, quand on les accuse de r’en 
user qu’à leur profit. Cet import change sans doute d’une époque à l’autre: 
témoin le titre amusant et justifié d'Ernest Seillière, De la Déesse Nature 
à la Déesse Vie. Mais tant qu'il dure, rien de plus commode pour batailler 
et pour se donner l'air d’avoir le sens commun de son côté. Aussi chacun 
cherche-t-il à s'emparer des mots émouvants, ou sympathiques, ou à 
la mode, de ceux qui ont un reflet de profondeur ou d’autorité. 

S'efforcer d'amener les sous-entendus de ce genre à la pleine conscience 
est la seule catharsis qui puisse combattre la résistance qu'ils opposent 
à la vérité. On ne tombe jamais plus complètement dans le verbalisme 
que lorsqu'on affecte de ne pas s'occuper des mots et de se mouvoir 
immatériellement dans la pensée pure. L'unique moyen de ne pas en être 


victime est de les prendre sans fausse délicatesse pour objet immédiat 
de son enquête et de sa critique. 


Mais il ne faut pas oublier que si cette précaution est fondamentale, 
elle n’est pas la seule à prendre. Une autre vérité mise en lumière par la 
linguistique est que le langage ne se compose pas de mots, mais de phrases. 
La syntaxe philosophique demanderait donc non moins de surveillance 
que le vocabulaire : mais cette critique, jusqu’à présent, ne s’est guère 
exercée que d’une manière très accidentelle. Par exemple, un des péchés 
d'habitude des philosophes est le pseudo-raisonnement dont on trouve 
dans le sorite de Cyrano la parodie franchement bouffonnet. Les tran- 
Sitions : « On voit par là... Il en résulte que. On est ainsi conduit à 


1.« Paris est la plus belle ville du monde ; ma rueestla plus belle rue de Paris ; ma maison est la plus belle maison 


de la rue: ma chambre est la plus belle chambre de la maison : je suis le plus bel homme de ma chambre: je suis 
done le plus bel homme du monde. » 





XVI PRÉFACE 


admettre. » nous mènent doucement à de soi-disant conséquences qui 
ne s'appuient sur aucune nécessité. De grands esprits n’y ont pas échappé. 
J'ai quelquefois donné à des étudiants, comme exercice de logique, à 
prendre une proposition dans le quatrième ou le cinquième livre de 
l'Ethique et à reconstituer, en suivant les références de Spinoza lui- 
même, la chaîne des démonstrations qui est censée la relier aux axiomes, 
définitions et postulats initiaux. Ceux qui ont tenté de le faire ont vite 
rencontré tant de ruptures, d’indéterminations, de « petits bonds » et 
même de grands qu'ils en ont été amusés ou rebutés. L'Essai d'Hamelin 
saute fréquemment à une équivalence tout à fait arbitraire par les 
raccords : « Que serait-ce, sinon... ? » ou « Qu'est-ce à dire, sinon... ? » 
Et dans le fond, n'est-ce pas encore à peu près le même trope qu’on 
retrouve dans la brillante et célèbre formule : « Ce sont là de prodigieux 
fardeaux. Ce n’est pas trop de Dieu pour les porter ? » 

Nous sourions aujourd’hui des mouvements d'éloquence que Cousin 
faisait passer pour des raisons ; mais toutes les époques ont leur rhétorique 
philosophique, qui, pour être différente, n’en est pas plus démonstrative : 
que l’on songe au foisonnement, chez nos contemporains, des formes 
de langage catégoriques ou méprisantes qui tiennent si souvent lieu 
d'arguments. 

Un autre tour de style consiste à envelopper, dans une phrase qui 
sonne bien, une contradiction implicite. On est alors fort à l’aise pour en 
faire sortir ensuite les conséquences les plus variées et les plus intéres- 
santes, les unes vraies, les autres fausses, puisque le contradictoire 
implique n'importe quoi. Sans aller aussi loin, rien n'est malheureusement 
plus commun en philosophie que les phrases embrouillées ou vagues, 
devant lesquelles le lecteur un peu critique se demande avec perplexité : 
« Qu'est-ce que cela veut dire au juste ? » Elles ont deux grands avantages : 
l'un est de faire passer comme plausible, si l’on n’y regarde pas de trop 
près, une idée qu’on utilisera par la suite, mais dont l'arbitraire ou la 
fausse généralité sauteraient aux yeux sans le brouillard discret qui en 
estompait les contours. — Le second bénéfice de l’obscur ou de l’insolite, 
c'est d'offrir à des esprits divers l’occasion d'v projeter des pensées 
différentes : ainsi les uns et les autres se sauront gré de ce qu'ils y mettent, 
et sauront gré à l’auteur d’être ainsi d'accord avec eux. Le petit effort 
que suscite cette projection donne un agréable sentiment de profondeur, 
de même qu'une plaisanterie en langue étrangère, quand on la comprend, 
en paraît bien plus savoureuse. Léonard de Vinci recommandait aux 
jeunes gens de regarder à quelque distance un vieux mur crevassé, 
où ils apercevraient au bout d'un moment des paysages, des foules, 
des mouvements hardis, des raccourcis vigoureux et imprévus. Paul Signac, 
si je m'en souviens bien, avait photographié un fond de casserole tout 


PRÉFACE xvII 


incrusté de suie, et faisait admirer à ses amis tout ce qu’on pouvait 
y voir avec un peu d'imagination. 

Mais ce n’est pas ici le lieu d'essayer un inventaire de ces maladresses 
ou de ces habiletés de langage. qui dépassent la simple ambiguïté des 
termes. Il s'agissait seulement d'en marquer la place. Les Sophismes 
d'Aristote, les Essais et les Nouveaux Essais, les Logiques de Port-Royal, 
de J.S. Mill, de H. A. Aikins en ont relevé de bons échantillons ; mais il 
reste beaucoup à faire sur ce terrain, et ce ne serait pas un travail stérile. 
C'est en poussant à fond la critique du langage, et sous toutes ses formes, 
qu'on peut savoir vraiment ce qu’on pense, se désencombrer de ce qui 
n’a point de signification réalisable, comprendre ce qu'on lit sans glisser 
des idées préconçues à la place de celles que voulair exprimer l'auteur, 
et réduire ainsi la part de ce qui reste toujours incertain dans cet, acte, 
si immédiat en apparence, si complexe et si difficile en réalité : la trans- 
mission d’une idée d’un cerveau à l’autre. Et cependant telle est 
la condition nécessaire d’une communauté mentale, sans laquelle il n’y a 
pas de vérité. 


“Mais cette communauté, qui, pour être réelle, exige des notions bien 
éclaircies ct des expressions précises, est-elle souhaitable ? On l’a mis en 
doute. Un certain degré d'indécision et d'obscurité passe, chez bien des 
individus, pour un climat très favorable à la pensée. Rappelez-vous, 
dit-on, ce qu'a écrit si justement M. Édouard Le Roy : « L'invention 
s’accomplit dans le nuageux, l’obscur, l’inintelligible, presque le contra- 
dictoire. C’est dans ces régions de crépuscule et de rêve que naît la 
certitude. Un souci malencontreux de rigueur et de précision -stérilise 
plus sûrement que n'importe quel manque de méthode!. » Rien de plus 
exact. Mais c'est un grossier sophisme — et l’auteur l’a dénoncé lui- 
même — que de transporter à l'œuvre faite, au livre, à la vérification 
des idées par leur comparaison, ce qui n’est vrai que de la pensée naissante 
et de l'invention. Les os ont été d’abord des tissus presque amorphes, 
puis des cartilages flexibles : mais le corps resterait dans un état d'infan- 
tilisme pathologique si la charpente n’en prenait assez tôt la rigidité 
nécessaire à l’action. Faire l'apologie du vague, de l’incertain, de l’équi- 
voque, c'est raisonner a diclo secundum quid ad diclum simpliciler. 
Certainement, les obscurités sont fécondes, mais c’est par le travail 
qu’elles provoquent pour les dissiper ; les contradictions sont excellentes 
à dégager, mais c'est parce qu'elles irritent un esprit actif, et suscitent 
l’effort qui les surmontera. En dehors de ce moment dialectique, nul 


1. La logique de l'invention, Revue de Métaphysique el de Moral, 1905, 195-197. Cf. La pensée intuitive, 
IL:  Irrvontion et vérification. » 


XVIII PRÉFACE 


bénéfice. Ce sont des conditions de passage et non des valeurs en soi. 
S'y installer avec complaisance, c’est allumer du feu, et n'y rien faire 
chauffer. 

Trop de philosophes, ou soi-disant tels, y ont du penchant, soit par 
intérêt, soit par goût. Les uns se dissimulent la vétusté, ou l’insignifiance 
de ce qu’ils aperçoivent, sous une obscurité verbale qui leur donne l'illusion 
de la profondeur ; et leurs lecteurs la partagent, s'ils ne sont pas prémunis 
contre cet effet d'optique ; il est si rare d’oser crier : le roi est tout nu ! — 
D’autres, plus artistes, aiment les lueurs crépusculaires pour ce qu’elles 
prêtent à imaginer : ils changent, comme disait Kant, la pensée en un jeu, 
et la philosophie en philocloxie. Mais l'obstacle numéro un à la recherche 
de la lumière, c’est bien probablement la volonté de puissance, le désir 
d’exhiber ses virtuosités, ou de se ménager un abri contre des objections 
trop évidentes. La vérité est une limite, une norme supérieure aux 
individus ; et la plupart d’entre eux nourrissent une animosité secrète 
contre son pouvoir. Nous touchons ici à l’un des faits les plus primitifs, 
même dans l’ordre intellectuel et moral : la lutte de l'autre contre le 
même, le faux idéal de la domination, individuelle ou collective, contre 
la communauté spirituelle et la paix. Cette anti-philosophie combative 
et biomorphique a ravagé l'Europe au nom du prétendu droit de 
chaque État de rester souverain, et d'occuper tout son espace vital. C’est à 
peine si les hommes la pratiquent moins que les gouvernements. Elle est 
toujours prête à miner subtilement ou à attaquer par la force le pro- 
gramme de la raison, c'est-à-dire le libre accord pour la vie, et le libre 
accord dans la pensée. Travailler au contraire à maintenir celui-ci a été 
l'objet premier de ce travail ; et malgré ses utilisations accessoires, il nous 
semble bien qu’il en reste encore le principal intérêt. 


André LALANDE. 


AVERTISSEMENT 


DE LA DEUXIÈME ÉDITION 


L'idée de cet ouvrage, et de la méthode à suivre pour le constituer, ont été 
esquissées d’abord dans un article de M. André Lalande sur : Le langage philo- 
sophique et l'unité de la philosophie (Revue de Métaphysique et de morale, sep- 
tembre 1898), puis dans une communication faite par lui au Congrès international 
de philosophie de 1900 : Sur la critique et la fixation du langage philosophique. 
L'auteur y proposait d’instituer dans les divers pays qui prenaient part au Congrès 
des groupes d’études spécialement consacrés à ce genre de travail. La fondation 
de la « Société française de philosophie », en 1901, résulta d’une fusion entre ce 
projet et un projet similaire de M. Xavier Léon, qui visait surtout à prolonger 
les heureux résultats du Congrès en permettant, entre savants et philosophes, un 
échange d'idées actif et fréquent. C’est ainsi que le présent Vocabulaire fut inauguré 
sous le patronage et avec l'appui matériel et intellectuel de la Société, et parut 
par fascicules dans son Bulletin, de juillet 1902 à juillet 1923. On en donne ici 
une nouvelle édition, révisée, corrigée ou complétée sur bien des points, et aug- 
mentée d’un Supplément. 

Établir en première rédaction le texte de l'ouvrage, par sections d’une cinquan- 
taine de pages en moyenne, l’imprimer sous la forme d’un « cahier d'épreuves » 
à grandes marges, de manière à permettre de l’annoter facilement ; lecommuniquer, 
en cet état, aux membres de la Société et à un certain nombre de correspondants 
français et étrangers qui s'intéressaient à cette entreprise ; recueillir et comparer 
leurs critiques, leurs additions, leurs observations ; conserver dans le texte définitif 
tout ce qui avait été admis sans conteste, ou du moins par la presque unanimité 
des lecteurs ; soumettre à la Société de philosophie, dans une ou deux séances 
annuelles, les points les plus litigieux, y provoquer une nouvelle discussion et, 
dans la mesure du possible, l'expression d’un jugement commun, — enfin colla- 
tionner le tout, en tirer une rédaction définitive du texte, reproduire, sous forme 
de notes courantes au bas des pages, les opinions personnelles et divergentes, les 
réflexions échangées en séance, les remarques complémentaires qui ne trouvaient 
pas leur place naturelle dans le corps même des articles ; — tel a été, dans ses 
grandes lignes, l’ordre suivi pour constituer cet ouvrage. 

Le texte des deux premiers fascicules, contenant la lettre A, avait été élaboré 
par M. Lalande, sauf pour les articles concernant les termes de logique, qui étaient 
dus à M. Couturat. Une première révision en avait été faite en commun par l’un 
et l’autre, avec le concours de AM. Delbos ; et tous les trois avaient encore relu 
avant l'impression le texte définitif, rédigé par M. Lalande après dépouillement 
et comparaison des observations, d’ailleurs peu nombreuses, qu'avait provoquées 
ce premier essai. 

Il en fut à peu près de même pour les quatre lettres suivantes, de B à E, 
sice n’est que M. Delbos, absorbé par son grand travail sur La philosophie pratique 
de Kant, ne put continuer à prendre part aux séances de révision préliminaire. 


xx AVERTISSEMENT 


Il donna seulement, en 1906, pour l’article Fin, la note qu’on y trouvera sur 
l'expression « Règne des Fins ». En revanche M. Gustave Belot voulut bien apporter 
son concours à la préparation des cahiers d’épreuves en y rédigeant les articles 
Charité, Chose, Clan, Clinamen, Croyance, Cynisme ; Démiurge, Devoir, Dualisme ; 
il collabora aussi avec M. Lalande aux articles Certitude, Commutative (Justice), 
et Égoïsme ; — M. Victor Egger fournit des notes en vue de Déterminisme, Droit, 
Introspection ; — à M. Élie Halévy était due la première rédaction d’ Économie 
politique. 

A partir de 1906, c’est-à-dire après la publication du fascicule contenant 
la lettre E, M. Couturat dut renoncer à son tour à la préparation des cahiers 
d'épreuves : il se consacrait de plus en plus à son infatigable campagne pour 
l'adoption d’une langue auxiliaire internationale, et pour le perfectionnement de 
l’'Esperanto, qui devait aboutir à la création de l’Ido, et absorber presque exclu- 
sivement, pendant ses huit dernières années, son admirable activité intellectuelle. 
Cependant il avait préparé d'avance, en tout ou en partie, une douzaine d’articles 
de logique pour la lettre F, et deux pour la lettre G. Il remit ces notes à M. Lalande, 
avec la permission d’en user à son gré. Quelques-unes purent être insérées sans 
changement ; toutes fournirent d’utiles matériaux pour l’établissement du texte. 
Mais surtout, en cessant de prendre part à la rédaction des fascicules, M. Couturat 
ne cessa pas de s’intéresser activement au progrès de l’ouvrage, d’y aider par 
d’utiles conseils toutes les fois qu’on avait recours à lui, d’en reviser les épreuves 
avec le soin, la science et la lucidité d’esprit qu’il apportait à tout son travail, 
enfin de choisir jusqu’à sa mort les radicaux internationaux les plus propres à 
représenter dans une langue artificielle, les termes philosophiques et leurs diffé- 
rentes acceptions. Après le tragique accident qui vint arrêter son œuvre, en 1914, 
c'est encore grâce à ses recherches linguistiques qu’a pu être poursuivie cette 
nomenclature : on a toujours consulté, pour l’établir, le grand Dictionnaire 
Français-Ido qu’il avait composé avec M. de Beaufront, et qui a paru à la librairie 
Chaix en 1915. 

À partir dela lettre F, M. Lalande a donc continué seul à assurer la rédaction 
des cahiers d'épreuves, leur envoi aux correspondants étrangers, le dépouillement 
des réponses, la préparation des séances de discussion, l’établissement et la correc- 
tion des fascicules définitifs. Tout ce qui n’est pas signé ou ce qui, dans les obser- 
vations, est signé seulement A. L., est de lui ; on trouvera en note, pour chaque 
article, l’indication des cas où son texte primitif a été remanié ou complété d’après 
les critiques ou les notes de tel ou tel collaborateur. 

Parmi ceux-ci, un témoignage tout particulier de reconnaissance est dû à 
M. Jules Lachelier. Ce maître si profond, si sûr, sachant tant de choses et les 
sachant si bien, a fait bénéficier ce travail, tant qu’il a vécu, d’une révision critique 
inestimable. Malgré le mauvais état de ses yeux, il n’a jamais manqué de lire, 
de corriger et d’annoter d’un bout à l’autre chacun des cahiers d'épreuves, avec 
une attention et une patience auxquelles nous devons une foule d’observations 
précieuses. Ses notes vont jusqu’au mot Spiritualisme : le peu de choses qu’il a 
publiées par ailleurs, la défense qu’il a faite d'imprimer après sa mort ses brouillons 
ou sa correspondance donnent d’autant plus de valeur à un apport dont il suffira 
de feuilleter ce livre pour mesurer l'utilité et l’étendue. 


"+ 
Après l’impression de la lettre Z (Bulletin de la Société de philosophie, 


février 1922), il a été fait une nouvelle rédaction très augmentée et très remaniée 
de la lettre À, qui n’avait été ni annotée ni composée de la même manière que les 


AVERTISSEMENT XXI 


suivantes. Elle a paru dansle Bulletin de la Société de philosophie de juillet 1923. 
C'est ce qui explique que dans la présente édition, où l’on a dû, pour des raisons 
trop faciles à comprendre, utiliser autant que possible des empreintes prises sur 
la composition des anciens Bulletins, la lettre A est exactement conforme dans 
sa typographie aux lettres F et suivantes, tandis que les lettres B-E présentent 
quelques petites différences dans l'emploi des caractères — différences assez 
minimes d’ailleurs pour n’apporter aucune gêne à ceux qui se serviront de l’ou- 
vrage, et peut-être même pour passer inaperçues de beaucoup d’entre eux. 

Les textes allemands, anglais ou italiens cités dans le corps des articles sont 
traduits en note. Mais ici encore, il y a quelque irrégularité résultant de la longue 
période sur laquelle s’est échelonnée la composition de cet ouvrage. On trouvera 
donc ces traductions, pour les lettres B à H, avec les « observations » ; pour la 
lettre A, et à partir de la lettre I, au bas de la colonne où figure le texte, ce qui 
a paru plus commode : l’imprimeur ayant fait commencer régulièrement les 
« observations » sur un terme à la page même où commençait l’article correspon- 
dant, la première disposition forçait souvent à chercher la traduction assez loin 
du passage qu’elle accompagnait!. 

I en est naturellement de même, et pour la même raison, des critiques, 
remarques ou commentaires des correspondants, ou des discussions engagées 
dans les séances de la Société, qui constituent ces observations. C'est ainsi par 
exemple qu’on trouvera au rez-de-chaussée de la page 17 un commentaire de 
M. Maurice Blondel sur ce qui est dit pages 18 et 19, au sujet de sa « Philosophie 
de l'Action »; p. 320-321, des observations de M. J. Lachelier qui s'appliquent 
à la « Critique » des pages 323-325 ; etc. — Ces petites discordances sont rares, 
et l’on s’est efforcé de les réduire dans cette nouvelle édition : cependant, il a 
paru nécessaire d’en avertir et de recommander à ceux qui consultent des articles 
d'une certaine longueur, de parcourir toutes les observations insérées sous la 
même rubrique, et non pas seulement ce qui se trouve à la page même qu'ils 
auront sous les yeux. 

On s’étonnera peut-être, si l’on a l’occasion de comparer les fascicules du 
Bulletin et le présent ouvrage, de voir que certaines des observations, surtout 
dans les dernières lettres, sont plus ou moins modifiées : elles l’ont été à la demande 
de leurs auteurs eux-mêmes. Pour quelques-unes d’entre elles, la nouvelle rédac- 
tion, trop étendue pour trouver place dans le corps du Vocabulaire, a dû être 
reportée au supplément. — Celui-ci contient, également, outre un assez grand 
nombre d’articles nouveaux, ou d’additions aux articles anciens, les observations 
reçues après la publication des textes auxquels elles se rapportaient, et la repro- 
duction de quelques notes assez longues, qui avaient paru sous forme d’appendices 
dans certains numéros du Bulletin. 


+ 

Avec un peu de complaisance, le vocabulaire philosophique pourrait être 
étendu à tous les mots dont usent non seulement la Logique, la Morale, l’Esthé- 
tique, et la Philosophie générale ou Métaphysique, mais encore la Psychologie 
et la Sociologie, et, par l'intermédiaire de celles-ci, à un grand nombre de termes 
appartenant à la biologie, à l’histoire, au droit, à la science économique. Il a donc 
fallu se limiter. En ce qui concerne les quatre premières divisions, c’est-à-dire 
la Philosophie générale et le groupe des sciences normatives fondamentales, qui 





1. A partir de la sixième édition (1950), les traductions des textes de ces trois langues ont été mises uniformément 
tu bas des colonnes. 





XXII AVERTISSEMENI 


constituent vraiment le centre des études philosophiques, cette limitation n’a pas 
été sévère : on a même fait place à plusieurs termes de physique, qui se trouvaient 
étroitement liés à des questions cosmologiques, comme Énergie, Entropie, Force, 
Quanta… ainsi qu’à des termes de mathématiques qui touchent de près à des 
questions de logique ou d’épistémologie Analyse, Fonction, Hyperespace, 
Nombre, etc. La plupart des noms de sciences, tels qu’ Algèbre, Biologie, Géométrie, 
Histoire. sont également analysés dans ce travail, et pour des raisons de même 
nature. — Quant aux deux dernières divisions, on a cru devoir écarter tout ce 
qui, dans la psychologie ou la sociologie, concerne seulement des problèmes très 
spéciaux ou très périphériques de ces études elles-mêmes. Bien qu’on trouve dans 
certains dictionnaires philosophiques de la France ou de l’étranger des termes 
tels que Cellule, Faradisation, Myopie, Tympan, ou encore Apprentissage, Entre- 
preneur, Juridiction, etc.. nous avons jugé impossible d’aller jusque-là sans donner 
à ce travail, déjà bien long, des dimensions inacceptables, et sans nous engager 
dans une encyclopédie qui en ferait perdre de vue le but essentiel : étudier les 
termes dont le sens présente un intérêt philosophique, et dans la mesure du possible 
le préciser, ou du moins en marquer nettement les acceptions équivoques. Bien 
entendu, par conséquent, les termes de psychologie ou de sociologie qui répondent 
à ce programmefigurent ici à leur rang. Pour fixer les idées par quelques exemples 
positifs opposés aux exemples négatifs qui précèdent, on trouvera dans les pages 
suivantes : Achromatopsie, Aliénation, Agraphie, Amusie, Aphasie, Confusion 
mentale, Image consécutive... ; — Anarchie, Aristocratie, Capital et Capitalisme, 
Caste, Chrématistique, Clan, Démocratie, et beaucoup d’autres termes présentant 
le même caractère. Sans doute, la limite est impossible à tracer : plus d’un lecteur 
se demandera pourquoi tel mot a reçu droit de cité quand tel autre est absent. 
C’est le plus souvent en raison d’une différence dans l'intérêt philosophique qui 
s'y attache, ou quelquefois parce que l’un des deux prête spécialement à des équi- 
voques qu’il était utile de signaler. Mais il va de soi que ce sont là, pour une 
large part, des questions d'appréciation. 

Nous avons laissé de côté certains sens non philosophiques des mots que nous 
analysions par ailleurs ; dans d’autres cas, nous les avons mentionnés. Il ne peut 
y avoir, à cet égard non plus, une règle générale et invariable. Nous avons tâché 
cependant de suivre à peu près celle-ci : quand la conscience sémantique de l’iden- 
tité du mot nous paraissait exister, nous en avons tenu compte ; quand elle nous 
semblait éteinte, nous avons omis ces homonymes!. Pour prendre des types 
extrêmes, il ne pouvait être question d’inscrire correspondance (échange de lettres) ; 
occasion (au sens d'objet à bon marché) ; ou encore logistique (au sens militaire : 
art de préparer les logements, bien que Poincaré se soit amusé à le rappeler). 
Mais il nous a semblé qu’il y avait lieu de mentionner image, au sens de représen- 
tation concrète, de dessin ; manie, au sens d'habitude ou de goût dominant et 
bizarre ; phénomène, au sens de fait surprenant, et bien des acceptions analogues. 

En ce qui concerne l’histoire, ont été définis, sauf erreur ou omission, tous les 
termes qui peuvent se trouver encore sans explication dans des écrits contempo- 
rains. On n’a cité les acceptions historiques tombées en désuétude que dans la 
mesure où elles servaient à expliquer ou à justifier un usage actuel. Aller plus 
loin aurait été viser à faire, dans le premier cas, un dictionnaire d’histoire de la 
philosophie ; dans le second, un recueil d’études sur l’histoire de chaque terme : 
chose impossible, alors que, pour certains d’entre eux, cette histoire demanderait 
un volume. Il serait à souhaiter que des monographies de ce genre fussent entre- 


1. M. Bally a appelé les mots de cette sorte « homonymes sémantiques » (décliner un nom, décliner une offre) par 
opposition aux homonymes proprement dits {lousr. de Incare ; louer, de laudare). 


AVERTISSEMENT XXII 


prises, au moins pour les termes les plus importants, sous une forme proprement 
philologique et sémantique, qui n’élargisse pas l’histoire précise du « mot » sous 
prétexte d’y faire entrer toute l’histoire de l’ « idée » : ce seraient de précieuses 
contributions à l’intelligence de la langue et par suite, des problèmes philoso- 
phiques, sous leurs formes plus anciennest, On s’est ici concentré, en règle générale, 
sur l’état présent du vocabulaire ; mais on trouvera souvent dans les « remarques » 
ou les « critiques » des indications propres à amorcer le travail plus étendu dont 
nous venons de parler. 

Chaque tête d'article est suivie des équivalents étrangers les plus voisins 
en D. (Deutsch, allemand) ; E. (English, anglais) ; L (Italiano, italien). Ces initiales 
ont été rangées par ordre alphabétique, suivant l’usage des linguistes, sans vouloir 
marquer par là aucune préférence philosophique. Les équivalents grecs (G.) ou 
latins (L.) n’ont été donnés que lorsqu'il y avait des raisons spéciales de le faire. 
— Mais dans tous les cas, on n’a considéré en principe que le mot français, et 
l’on n’y a ajouté de définition ou de texte concernant les mots d’autres langues 
que lorsqu'il s’agissait, soit de termes empruntés à un original étranger, tels 
qu’Évolution où Noumène ; soit de termes déjà internationaux (il y en a un très 
grand nombre, encore que les acceptions de ceux-ci varient quelquefois singuliè- 
rement d’un pays à l’ autre)? ; soit enfin de termes dont l’équivalence est univer- 
sellement établie : c’est ainsi qu’on trouvera, à l’article Ame, les sens du mot 
dvyh dans l’aristotélisme ; à l’article Jntuition, des textes sur Anschauung ; à 
l'article Raison, les divers emplois philosophiques de Vernunft, etc. 


CINQUIÈME ÉDITION 


Tous les articles nouveaux et les additions aux articles anciens ont été révisés 
par M. E. Bréhier et M. D. Parodi. Ils l’ont été également, jusqu’à la page 900, 
par M. Ch. Serrus, dont la fin subite, en pleine activité intellectuelle, a été une 
grande perte pour la Société française de philosophie. 

D’autres membres correspondants de la Société, trop nombreux pour être 
énumérés ici, ont contribué à la rédaction de tel ou tel de ces articles. On trouvera 
leur nom indiqué aux Observations correspondantes. 


HUITIÈME ÉDITION 


La présente édition, comme les précédentes, a été attentivement revue, 
retouchée sur quelques points de détail, et augmentée de divers articles ou obser- 
vations, qu’on trouvera dans le Supplément. Les renvois à celui-ci, qui n’étaient 
donnés antérieurement que dans certains cas, où ils avaient semblé plus parti- 


a — 


1. Ce travail a été entrepris depuis lors pour un certain nombre de mots par le « Centre International de Synthèse » 
sous la direction de M. Henri Berr. (Note ajoutée à la cinquième édition.) — 2. Les termes usités à la fois en anglais 
et en français sont partioulièrement fertiles en écarts de ce or qui donnent souvent lieu, dans les traductions, 
# des contresens ou à des non-seus. Actu}, Control, Description, E logy, Evidence, Immaterial, Qualification, 
Sanction, ete. ,admettent desemplois où il est absolument impossible de les rendre par le mot français correspondant. 





XXIV AVERTISSEMENT 


culièrement utiles, ont été généralisés, et étendus, dans le corps de l'ouvrage, à 
tous ceux des articles qui en comportaient. 

Cette révision, ainsi que la mise en œuvre des communications reçues de 
divers correspondants, demandaient un travail dont M. Lalande, en raison de 
son âge et du mauvais état de sa vue, n'aurait pu se charger à lui seul : M. René 
Poirier, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, et M. Roger Martin, 
agrégé de Philosophie, bibliothécaire de l’École Normale supérieure, ont bien 
voulu s’y intéresser, et ont largement contribué à le mener à bien. L'auteur et la 
Société française de Philosophie leur en expriment ici leurs très vifs remerciements. 


NOTE SUR LES RADICAUX INTERNATIONAUX 


Les radicaux internationaux indiqués à la fin des articles ne sont 
pas des mots complets ; ils sont destinés à recevoir les terminaisons 
conventionnelles qui, dans une langue artificielle, marquent le subs- 
tantif (singulier ou pluriel), l'adjectif, le verbe à ses différents modes 
et temps, etc., ainsi que les préfixes ou suflixes qui permettent la 
dérivation. Par exemple Æoncept.… donnera koncepto (concept) ; 
koncepta (conceptuel, au sens de : qui est un concept); konceptala 
(conceptuel, au sens de : relatif aux concepts) ; konccptigar (concep- 
tualiser, transformer en concept) ; et ainsi de suite. On devra donc, 
quand le radical international n’est pas indiqué à la fin d’un article, 
voir d’abord s’il ne se déduit pas immédiatement de la racine donnée 
dans un article voisin. 

Le plus souvent, au contraire, ces suffixes ont dû être mentionnés 
expressément, dans la formation du radical, pour correspondre au 
mot français, ou pour en distinguer les divers sens ; par exemple : 
nosko, connaissance (acte de connaître) ; noskato, connaissance (chose 
connue, at. suffixe du participe passé passif); nedetermineso, 
indétermination (caractère de ce qui n’est pas déterminé) ; malde- 
terminismo, indéterminisme (doctrine contraire au déterminisme). 

Un jeu de préfixes ou de suflixes de ce genre, quand ils sont bien 
choisis et employés proprement, donne à une langue artificielle beau- 
coup de souplesse et de précision. Voici, pour l’usage philosophique, 
les plus intéressants d’entre eux, dans le système Jdo, qui a réalisé 
jusqu’à présent, la méthode de dérivation la plus parfaite : 

Préfixes : mal-, contraire ; mi-, à moitié ; mis-, à tort, de travers ; 
ne-, négation pure et simple, sans opposition de contrariété ; pre, 
avant ; re-, répétition ; sen-, privation. 

Suffixes . -aj, chose faite de ; -al, relatif à ; -ar, collection, réunion 
(p. ex. vortaro, vocabulaire) ; -ebl, qui peut être. (p. ex. qui peut être 
vu, compris, désiré, etc.) ; -end, qu’on doit... (participe latin en dus) ; 
-es, être, état de ce qui est tel ou tel (sert à former des termes abs- 
traits : vereso, vérité, au sens : caractère de ce qui est vrai) ; -esk, 
commencer (volesko, velléité, commencement de volition); -if, 
produire ; -ig, rendre ; -ij, devenir ; -ë, moyen, instrument pour... ; 
-iv, qui peut ; -o3, pourvu de ; -ur, produit par ; etc. 


(D’après le Franca Guidlibreto de CouTURAT et LEAU, 
Paris, Chaix, 1908.) 


ABRÉVIATIONS 


G. Grec. — L. Latin. — D. (Deutsch) Allemand. — E. (English) 
Anglais. — I. (Italiano) Italien. 

Rad. int. : Radical international. 

Vo, sub Vo fverbo, sub verbo) : renvoi à un article d’un dictionnaire ou 
vocabulaire. 

In, Ap. (ir ou apud, dans) : texte cité dans un autre texte, ou publié 
dans un ouvrage collectif. 

Pp : Proposition. — R : Relation. 

Pr, Ppr : Principe, proposition première. 

S, P : Sujet et prédicat (dans une proposition représentée schéma- 
tiquement). 


L’astérisque * indique qu’il y a lieu de se reporter à un article du présent 
Vocabulaire. La lettre (S) renvoie au Supplément. 

Les titres d'articles entre guillemets indiquent, soit un néologisme, soit un 
terme spécial à la langue d’un auteur ou d’une école. 


Lettre de M. N... (sans autre référence) : lettre écrite par M. N... en réponse à 
l'envoi d'épreuves du Vocabulaire, où à l’occasion de l1 publication d’un des 
fascicules. 


Nous avons écrit en abrégé un certain nombre de mot; très usuels (Loc. pour 
Lociqur, Psycu. pour PsycnoLoc1ie. etc.) ainsi que des titres d’ouvrages très 
connus et faciles à suppléer. Quelques références ont été réduites au nom de 
l'auteur ; ce sont : Acap. pour Dictionnaire de l’Académie française (1878) ; — 
Bazpwin pour Dirtionary of philosophy and psychology edited by J. M. Baldwin; 
— BoniTz. pour son Index Aristotelicus ; — Daru. et HarTz., pour le Dictionnaire 
de la langue française par MM. Darmesteter, Hatzfeld et Thomas (avec la colla- 
boration de M. Sudre); — DecHAuBRE, pour Dictionnaire usuel des Sciences 
médicales sous la direction de MM. Dechambre et Lereboullet (articles de philo- 
sophie par M. Victor Egger) ; — E1sLer, pour son Wôrterbuch der philosophischen 
Begriffe und Ausdrücke ; — Fnaxck, pour le Dictionnaire des Sciences philoso- 
phiques publié sous sa direction ; — GonLor, pour son Vocabulaire philosophique ; 
— GocLENIus, pour son Lexicon philosophicum ; — LiTTRÉ, pour son Dictionnaire 
de la Langue française ; — MELLIN, pour son V'ôürterbuch der Kritischen Philoso- 
phie; — MurRAY, pour À new english Dictionary on historical principles (Oxford) ; 
— Ricier, pour le Dictionnaire de physiologie publié sous sa direction; — 
Ranzoui, pour son Dizionario di Scienze filosofiche. 


Les citations de Descartes, suivies de l'indication « Ad. et T. » renvoient à la 
grande édition des Œuvres de Descartes par Adam et Tannery. Mais plusieurs de 
ses ouvrages sont cités directement par parties ou chapitres et paragraphes. Par 
exemple Méth., IV, 7 — Discours de la méthode, 4° partie, $ 7. 

Leisniz, Gerh. (= édition Gerhardt, Philosophische Schriften) ; Gerh. Math. 
(= édition Gerhardt. Mathematische Schriften). 

Les lettres À et B, à fa suite des citations de KANT, Xrut. der reinen Vern. 
(Critique de la Raison pure), désignent respectivement la première et la seconde 
édition, L’indication des pages de ces éditions est reproduite dans celle de Kehr- 
bach (in-16, Reclam) à laquelle il a été aussi fait quelques renvois. 





1. À. 1° Symbole de la proposition 
universelle affirmative* en Logique, sui- 
vant les vers mnémoniques classiques : 


Asserit À, negat E, verum generaliter ambo ; 
Asserit I, negat O, sed particulariter ambo. 


29 Symbole de la proposition modale 
dans laquelle le mode* et le dictum* 
sont affirmés l’un et l’autre. 


2. A... ou AN... (G. à privatif). Préfixe 
employé assez librement, dans la langue 
philosophique contemporaine, pour for- 
mer des termes ayant le sens strict 
de privation, non de contrariété. Voir 
Amoral*, anesthétique*, etc. 


A = A. Formule souvent employée 
pour exprimer le principe d'identité. 
Voir Identité*. 


CRITIQUE 


Si cette formule est entendue au 
sens des logisticiens, elle ne doit pas 
être tenue pour primitive : elle se déduit 
en effet de la formule a 2 a et de la 
définition du signe = {au sens logique) : 


(a=b.29 :a2b.b3a. iDf) 
{a2bb3a:2:a=b. \Df) 
Si elle est entendue au sens large, 

elle devrait s’écrire : A = A. 
Aballété, voir Aséité*. 


ABAQUE, G. “AGuë£ ; L. Abacus. 
À. En Arithmétique, tableau servant 
à effectuer les additions et soustrac- 





tions (analogue à un boulier-compteur). 
Aussi l’art du calcul numérique s’appe- 
lait-il au moyen âge abaque (Liber 
Abaci, de LEoNARDUS Pisanus, dit 
Figonacci, 1202). 

B. En Logique (abaque de JEVONS), 
tableau à double entrée représentant 
les combinaisons de n termes simples 
a, b, c, … et de leurs négations*, au 
nombre de 2. Ce tableau sert à tirer 
les conséquences logiques de prémisses 
données, suivant la méthode de JE- 
vons (Pure Logic, p. 80). 

C. En Méthodologie : tableau de 
courbes servant au « calcul graphique », 
c'est-à-dire à la détermination de cer- 
taines grandeurs par le recoupement de 
ces tracés. 

Rad. int. : Abak. 


ABDUCTION, CG. ’Arœywyñ. — ARIs- 
TOTE appelle ainsi un syllogisme dont 
la majeure est certaine et dont la 
mineure est seulement probable : la 
conclusion n’a qu’une probabilité égale 
à celle de la mineure. (Prem. Anai., 
11,25; 69%20 etsuiv. Voir Apagogique*.) 

Peirce appelle abduction tout rai- 
sonnement dont la conclusion est seu- 
lement vraisemblable. 

Voir Induction* et Raisonnement*. 

Rad. int. : Abdukt. 


ABERRATION, D. Abirrung; E. 
Aberration ; I. Aberrazione. (Ces deux 
derniers mots sont de sens large, et 


Observations de MM. les Membres et Correspondants de la Société 


Sur Aberration. — Il importe de distinguer, au sens A, aberration et déviation. 
Le mot aberration devrait être plus spécialement réservé aux anomalies, qui, à 
tort ou à raison, paraissent évitables, et par suite, surtout aux anomalies des 
fonctions intellectuelles. Cf. cette phrase de ProuDHon : « La recherche de l'absolu 
est le caractère du génie humain ; c’est à cela qu’il doit ses aberrations et ses chefs- 
d'œuvre. » Justice, Dixième Étude ; ch. 111, 23. (L. Boisse.) 





ABERRATION h L 2 
s’appliquent presque à tout désordre ABNÉGATION, D. Entsagung; — 
mental.) E. Abnegation (rare) ; Self-denial ; _— 

A. Sens technique : anomalie d’une | au sens B, Self-sacrifice ; — I. Abne- 


fonction spéciale, qui l'empêche d’at- 
teindre sa fin normale : aberration de 
la vue, d’un instinct. 

B. Sens vulgaire : trouble mental 
caractérisé par une erreur, une absur- 
dité, un oubli graves, mais passagers, 
dans une matière bien connue du sujet. 


CRITIQUE 


Le sens B est à éviter toutes les fois 
qu’il peut prêter à confusion. 
Rad. int. : À. Deviac ; B. Aberac. 


gazione. 

A. Renoncement de l’homme à tout 
ce qu’il a d’égoïste, et même d’indivi- 
duel, dans ses désirs. 

B. En un sens moins fort, sacrifice 
volontaire, au profit d’autrui, d’une 
tendance naturelle. Absolument : sacri- 
fice volontaire de soi-même aux autres. 
Cf. Altruisme*. 

État d’esprit consistant dans la dis- 
position à ce sacrifice. 

Rad. int. : Abneg. 





Sur Abnégation. — Par son origine historique, par son sens technique, ce terme, 


ABSENCE 





ABOULIE, du G. ’Afoukia ; D. Abu- 
lie, Willenslosigkeit; E. Aboulia; I. 
Abulia. 

Ensemble de phénomènes psycholo- 
giques anormaux, « consistant dans 
une altération de tous les phénomènes 
qui dépendent de la volonté, les réso- 
lutions, les actes volontaires, les efforts 
d'attention. — Il y a ainsi des aboulies 
de décision* et des aboulies d’exécution*; 
et l’on distingue encore parmi celles-ci 
l’aboulie motrice (cf. Apraxie*) ; l’abou- 
lie intellectuelle (appelée par GucE apro- 
sexie, incapacité de s'appliquer), celle 
qui se manifeste par le trouble ou l’im- 
possibilité de l’attention ; l’aboulie de 
résistance, celle qui consiste en une 
exagération pathologique de l'esprit 





de contradiction dans les actes. — On 
appelle aboulie systématisée celle qui 
porte sur une certaine catégorie d’actes 
seulement. (D’après Pierre JANET, ap. 
RicerT, sub Vo. 


« ABRÉACTION »: D. Abreagie- 
ren. — Terme d'origine freudienne : 
réaction par laquelle l'organisme se dé- 
charge d’une impression ou d’une exci- 
tation qui, en l’absence de ce dérivatif, 
pourrait causer des troubles durables. 

Se dit quelquefois, plus généralement, 
de toute réaction de défense. 


1. ABSENCE, D. Abwesenheit ; E. 
Absence ; I. Assenza. 

Caractère de ce qui n’est pas en un 
lieu ou en un sujet déterminé, alors que 





qui appartient surtout à la langue de la morale ascétique et chrétienne, se rattache 
à l'Évangile (Matth., XVI, 24 ; Luc, IX, 23, etc.). « Si quis vult venire post me, 
abneget semetipsum et tollat crucem suam quotidie. » Il implique primitivement 
la négation de l’égoisme qui se fait centre et tout, la négation par conséquent d’une 
négation et d’un obstacle à la vie supérieure de l’esprit et à l’union divine. C’est 
affaiblir ou même dénaturer la signification du mot que de lui faire désigner un 
simple désintéressement social ou un altruisme pratiquant : ce renoncement pour 
les autres vient de plus profond et vise plus haut : il exprime la libération de l’âme 
par une charité universelle. — Tel est le sens traditionnel, ainsi que le définit par 
exemple l’avertissement placé en tête des « Institutions de Thaulère (Tauler), 
traduites par les religieux de l’ordre des Frères Prêcheurs (Dominicains) du 
Faubourg Saint-Germain » (3° édition, 1681). « L’abnégation de soi-même n’est 
autre chose qu’un oubli général de tout ce qu’on a aimé dans la vie passée..., 
parce que notre avancement en Dieu n’arrive à sa perfection que par la ruine de 
notre vieil homme. » LE1BN1Z écrivait à Morell le 24 novembre 1696 : « J’ai acheté 
les œuvres de Sainte Thérèse et la vie d’Angèle de Foligno où je trouve des choses 
admirables, reconnaissant de plus en plus que la véritable théologie et religion 
doit être dans notre cœur par une pure abnégation de nous-mêmes, en nous aban- 
donnant à la miséricorde divine. » (Baruzi, Leibniz, Bloud, 1909, p. 337). Ce mot 
d'abnégation est employé plusieurs fois par Leibniz en ce même sens, résumé dans 
ce texte curieux et énergique : « La négation de soi-même est la haine du non-être 
même en nous, et l’amour de la source de notre être personnel, c’est-à-dire de 
Dieu. » (Jbid., p. 375.) Renier le moi haïssable, c’est préparer l'avènement du moi 
meilleur. (Maurice Blondel.) 

— L'abnégation est une variété, une espèce de sacrifice. C’est un sacrifice qui 
implique, au préalable, une sorte de renoncement intellectuel. Il y a un jugement 
de séparation, un jugement par lequel nous déclarons que telle tendance ou passion, 
tel intérêt doivent disparaître de notre horizon, se trouvent niés (negare), placés 
loin de nous {ab}. Dès lors, l’amputation n’est pas douloureuse. L’affectif est réduit 
au minimum. En un sens, l’abnégation nous épargne la peine du sacrifice. Le 
sacrifice est une abnégation qui commence par le cœur ; l’abnégation est un sacri- 
fice que l'intelligence inaugure, consomme et épuise. L’abnégation est la forme 
intellectuelle du sacrifice. (L. Boisse.) 

— Il nous paraît douteux que le mot ait réellement cet import intellectualiste. 


Negare a d’ailleurs, en latin, un sens beaucoup plus actif et affectif, moins étroite- 
ment logique que le français nier. Il veut dire aussi bien refuser : « Negare opem 
patriæ. » (A. L.) — Non seulement negare n’a pas un sens purement intellectuel, 
mais je ne vois pas qu’en fait, ce qui importe davantage, l’usage justifie la restric- 
tion du mot à ce qui dépend de l'intelligence. On dira très bien que telle vieille 
domestique a soigné ses maîtres avec une parfaite abnégation ; en quoi serait-ce 
l'intelligence qui « inaugurerait » ce sacrifice ? Le sens impliqué dans ce mot est 
celui d’un degré de désintéressement, ou d’une expression du désintéressement qui 
dépassent le simple « oubli » de soi. (G. Belot.) 


Sur Aboulie, — Des actions dont le contenu reste le même peuvent être exé- 
cutées à divers degrés de perfection psychologique, avec une tension psychologique 
plus ou moins élevée. J’ai été amené à distinguer grossièrement neuf degrés prin- 
cipaux que l’on peut désigner de la façon suivante : 1° Actes réflexes ; 2° Actes sus- 
pensifs ; 3° Actes sociaux ; 4° Actes intellectuels ; 5° Actes asséritifs ; 6° Actes 
réfléchis ; 7° Actes ergétiques ou rationnels ; 8° Actes expérimentaux ; 99 Actes 
progressifs. (Cf. La tension psychologique, ses degrés, ses oscillations, The British 
Journal of Psychology, Medical section, octobre 1920, janvier et juillet 1921.) A 
chaque degré se présentent des troubles de l’action, qui perd le degré supérieur, 
etquiretombe, souvent avec exagération, au degréinférieur. Le mot aboulie, quand 
il est employé d’une manière précise, ne désigne pas la suppression d’une action 
d’un degré quelconque ; il désigne exactement la suppression de l’action réfléchie, 
l'impossibilité de donner à l’acte la forme d’une décision, c’est-à-dire d’une volonté 
ou d’une croyance arrêtées après délibération. Le plus souvent, il y a en même 
temps chute au degré inférieur, exagération de l’action asséritive que l’on désigne 
sous le nom d’impulsion ou de suggestion. (Pierre Janet.) 


Sur Absence. — L'idée d'absence est importante en psychologie, et il n’en a pas 
été suffisamment tenu compte jusqu'ici. Il y a, en réalité, une conduite de l'absence 
qui est l’un des points de départ de la notion du temps et de la notion du passé. 
La conduite de l'absence comporte une certaine forme de la conduite de l’attente, 
avec une agitation spéciale par dérivation. (Pierre Janet). — Cf. Attente*. 


ABSENCE 





sa présence en ce lieu ou en ce sujet 
est considérée comme normale, comme 
habituelle, ou pour le moins comme 
réalisée en d’autres circonstances. 


Table d'absence. Voir Tables*. 
Rad. int. : Absent. 


2. ABSENCE, D. Zerstreutheit ; E. 
Absent-mindedness. Abstraction ; I. Dis- 
trazione. 

Psycnor. Forte distraction momen- 
tanée rendue sensible par un manque 
d'adaptation aux circonstances. 

Rad. int. : Distrakt. 


ABSOLU, du L. Absolutus, parfait, 
achevé, mais dont le sens moderne a 
subi l'influence du radical solvere. Voir 
Critique ci-dessous. — D. Absolut ; 
E. Absolute ; I. Assoluto. S'oppose dans 
presque tous les sens à relatif*. 


1. LociQue et PsycHoLoGiE 


A. « (Terme) absolu », chez les gram- 
mairiens, par opposition aux « termes 
relatifs », désigne ceux qui expriment 
des notions considérées comme indé- 
pendantes, en ce sens qu’elles ne sont 
pas posées comme impliquant un rap- 
port à un autre terme : Homme est un 
terme absolu, père un terme relatif. 
(LITTRÉ.) 


B. Indépendant de tout repère ou de 
tout paramètre arbitraires. « Mouve- 
ment absolu ; position absolue ; tem- 
pérature absolue. » 

C. Qui ne comporte aucune restric- 
tion ni réserve en tant qu’il est désigné 
par tel nom ou qu'il reçoit telle qualifi- 
cation. « Nécessité absolue ; opération 
absolument exacte ; — alcool absolu. ; 

KanT, après avoir indiqué un autre 
sens du mot (voir ci-dessous F), ajoute : 
« Dagegen wird es auch bisweilen 
gebraucht um anzuzeigen dass etwas 
in aller Beziehung (uneingeschränkt) 
gültig ist, z. B. die absolute Herr- 
schaftl, » Crit. de la Raison pure, 
A. 324; B. 381 : « Von den transc. 
Ideen. » Il prévient un peu plus loin 
que c’est ce deuxième sens qu’il adopte. 
(Tout le passage est une analyse des 
diverses acceptions d’absolu.) 

À ce sens se rattachent les expres- 
sions : « Pouvoir absolu, monarchie 
absolue, ordre absolu », etc.; et par 
extension « caractère absolu », c’est-à- 
dire qui ne supporte aucune restric- 
tion et ne fait aucune concession. 

« Sens absolu », le sens le plus fort 
d'un terme. 


1.« D'autre part, il est aussi employé quelquefois pour 
indiquer que quelque chose est valable à tous égards 
(sans restriction) par exemple : le pouvoir absolu. » 


CC 


5 


ABSOLU 





a 


D. Synonyme d’a priori* selon Lir- 
TRÉ : « En termes de métaphysique » 
(probablement au sens du xvrrie siècle) 
« qui n’est pas relatif, qui n’a rien de 
contingent. Les idées absolues sont 
celles qui, d’après la métaphysique, ne 
viennent pas de l’expérience. : Sub Vo. 

Ce sens paraît être une in :erpréta- 
tion partiellement inexacte de l’emploi 
de ce mot par Cousin, qui appelle 
souvent les principes rationnels des 
vérités absolues, au sens E ; p. ex. : 
« Les vérités absolues supposent un 
Être absolu comme elles où elles ont 
leur dernier fondement. » Le Vrai, le 
Beau, le Bien, leçon IV, p. 70. 


2. MÉTAPHYSIQUE 


Le mot est ici employé substantive- 
ment dans la plupart des cas : « L’Ab- 
solu. » D. Das Absolute ; E. The Abso- 
lute ; I. L’Assoluto. 

E. « Ce qui, dans la pensée comme 
dans la réalité, ne dépend d’aucune 


autre chose et porte en soi-même sa 
raison d’être. » Franck, sub Vo. 

On peut rattacher à ce sens (bien 
que ce ne soit pas exactement le même) 
celui que J.-J. GourD a donné à ce 
mot, notamment dans Les Trois Dia- 
lectiques et dans la Philosophie de la 
religion : le non-coordonné, ce qui est 
en dehors de toute relation. 

On peut en rapprocher aussi, quoique 
de plus loin encore, l’usage qui en a été 
fait dans l’alchimie, pour désigner la 
matière unique. BALZAC : La Recherche 
de l’Absolu. 

F. Par suite, en un sens plus faible, 
et au point de vue de la « théorie de la 
connaissance » : la chose en soi, l’être 
tel qu’il existe en lui-même, indépen- 
damment de la représentation qu’on en 
peut avoir. Voir Liarp, La science 
positive et la métaphysique, spéciale- 
ment livre II, ch. 1x et suiv. (où d’ail- 
leurs cette acception est étroitement 
combinée à la précédente). 


ou de croire le faire (ce qui arrive quand on emploie le terme substantivement). 

En tout état de cause, le passage du relatif à l'absolu ne saurait avoir lieu que 
dans un même domaine, qu'il faudrait toujours définir. Dans une expression 
comme « L’Absolu ou la Valeur », c’est par la plus arbitraire des postulations qu’on 
identifie l'absolu de réalité et l’absolu de valeur. 


Je ne sais si l'absolu, c’est l'infini ; 


mais il me semble que c’est le Tout. 


Sur Absolu. — Le $ E a été divisé en deux (actuellement E et F), et la fin de 
la Critique a été modifiée corrélativement, pour tenir compte des observations 
suivantes de M. Maurice Blondel et d’Emmanuel Leroux. 

On doit prendre garde de ne pas identifier l'absolu, au sens ontologique et 
essentiellement spirituel, à la conception matérialiste et intrinsèquement inintelli- 
gible d’une réalité en soi et par soi, telle par exemple que la matière unique des 
alchimistes. Au sens fort du mot, l’absolu est, comme l'indique l’étymologie, ce qui 
ne relève d'aucune condition, ce dont tout dépend et ce qui ne dépend de rien, le 
complet en soi, celui qui seul peut dire : « Je suis celui qui suis », ou, comme l’a 
défini Secrétan : « Je suis ce que je veux. » Ce n’est pas l’École Éclectique qui a 
mis en valeur ce caractère de souveraine abtépxsis. (Maurice Blondel.) 

Dire que l’on considère la nature réelle ou absolue d’une chose, indépendamment 
de tout ce qu’il peut y avoir de partiel, de symbolique ou d’erroné dans la connais- 
sance qu'on en a, ce n’est nullement affirmer que cette chose constitue un Absolu, 
une réalité existant en soi et par soi. Pourquoi ne concevrait-on pas la nature 
absolue d’un être dépendant, contingent, relatif ? (Emm. Leroux.) 

C’est une question de savoir si absolu n’est pas davantage que l'opposé de 
relatif, à savoir son corrélat. Et par suite s’il est légitime de penser à part l'absolu, 


L'ensemble constitué par le Créateur et la créature me paraît mériter le nom 
d’absolu au moins autant que le Créateur seul, à plus forte raison si celui-ci 
attend quelque chose des créatures. (M. Marsal.) 


Le sens donné à ce mot par J.-J. Gourp a été relevé par M. Brunschvicg. 

J.-J. Gourd, identifiant l’Absolu avec l’Incoordonnable, oppose l’Absolu à 
lInfini comme le différent au similaire (Philosophie de la Religion, p. 248). — Il 
importe cependant de remarquer quele sens véritable du mot, en métaphysique, est 
le sens indiqué sous la lettre E, et que, dans ce sens-là, la notion d’Absolu est 
identique à la notion d’Infini, telle que l’entendent les modernes. (Ch. Werner.) 

— Peut-être ce mot a-t-il toujours souffert d’une certaine ambiguïté : dans 
son sens littéral et étymologique « détaché de..., sans connexions, indépendant » 
(d’où, par exemple, « ablatif absolu ») comme dans son sens méta phorique « fini, 
Complet », comme le tissu détaché du métier. Dans la langue politique anglaise, 
l'expression « Monarchie absolue » a plutôt visé primitivement l’indépendance à 
l'égard de toute suzeraineté ou autorité extérieure, par exemple à l’égard du Pape ; 
mais ensuite il n’est pas douteux qu’elle s’est appliquée à l’idée d’un gouvernement 
Complètement monarchique. 

Hamilton a critiqué l’Absolu de Schelling et de Hegelcomme si c'était la chose- 
€n-Soi de Kant, inconnaissable, en tant qu’elle est « hors de toute relation » avec 





ABSOLU 





On peut rattacher ce sens à celui 
qu'indique Kant pour l'adjectif : « Das 
Wort Absolut wird jetzt Ofter gebraucht 
um bloss anzuzeigen dass etwas von 
einer Sache an sich selbst betrachtet 
und also innerlich gelte!. » Xrit. der 
reinen Vern., À. 324 ; B. 381 (voir plus 
haut, C). Mais nous ne croyons pas 
qu’on trouve chez lui, même à titre 
d'indication, le sens correspondant du 
substantif. 

G. « Ce qui est en dehors de toute 
relation en tant que fini, parfait, 
achevé, total. Il correspond donc au 
rù 6Aov et au rù tékecov d’Aristote. 
Dans cette acception, et c’est la seule 
dont je me serve, l’Absolu est diamé- 
tralement opposé, contradictoire même 
à l'infini. » HAMILTON, Discussions sur 
Reid, p. 14. Définition discutée par 
J. S. Miie, Exam., chap. 1v. 

H. Par un mélange des deux sens 
précédents, les Éclectiques ont employé 
Beau absolu pour désigner l’idée du 
Beau en tant qu’existant en soi, indé- 
pendamment de toute réalisation par- 
ticulière. « Nous reconnaissons trois 
formes principales de l’idée du Beau : 
le Beau absolu. qui n'existe qu’en 
Dieu, etc. » Ch. BÉNARD dans FRANCK, 


1. «Le mot absolu est le plus souvent employé aujour- 
d'hui pour indiquer seulement que ce qu'on dit d'une 
chose est valable en tant qu'on a considère en elle-même 
et par suite intérieurement. » 


Vo Beau. — On a employé quelquefois 
en un sens analogue Bien absolu et 
Vrai absolu. Voir ci-dessous, Critique, 
et cf. Métaphysique*, not. D et E. 


8. USAGES DIVERS. 

L « [Valeur] absolue. » En mathé- 
matiques, la valeur absolue d’un nom- 
bre réel n est la valeur arithmétique 
de Vnä. Pour un nombre négatif — x, 
c’est x, car (— x)? = (+ x)? = xt, La 
valeur absolue (ou module, comme on 
disait autrefois) d’un nombre imagi- 
naire ordinaire x + iy est : Vx? + yi. 
Enfin, la valeur absolue d’un nombre 
complexe à n éléments (x, a, .… x) 
est : Vrai + 2? + … + r2 La valeur 
absolue d’une quantité quelconque X 
s’indique par |[X| ou par mod X (nota- 
tion de Caucuy). 

J. « L’absolu de la question », Des- 
cARTES. Le principe évident ou déjà 
démontré, d’où peut se déduire la solu- 
tion d’une question ; la notion simple 
ou même seulement plus simple à 
laquelle une autre se ramène. « Tout 
le secret de la méthode consiste à cher- 
cher en tout avec soin ce qu’il y a de 
plus absolu... Parmi les corps mesu- 
rables, c’est l'étendue qui est l’absolu ; 
mais dans l'étendue c’est la lon- 
gueur, etc. », Regulae, VI. 

K. Le « moi absolu » chez FicHTe, 
est le moi en tant qu’acte originaire de 





nos facultés de connaître. Mais pour eux le mot signifie plutôt ce sans quoi les 
termes de la relation sujet-objet disparaissent. 

Nicolas de Cusa est peut-être le premier qui ait systématiquement fait usage 
d’ Absolu pour désigner l’objet ultime de la spéculation philosophique. Ce terme 
est devenu usuel en ce sens chez plusieurs écrivains anglais contemporains, tels 
que M. Bradley et feu M. Bosanquet ; et par suite il a été fréquemment l’objet 
des critiques des écrivains appartenant à l’école pragmatiste, comme W. James 


et M. F. C. S. Schiller. (C. C. J. Webb.) 


— En France, ce mot a été introduit dans l’usage philosophique courant par 
Victor Cousin, en 1817. Il le tenait peut-être de Maine de Biran, qui l’avait employé 
vers 1812. Voir Paul JANET, Victor Cousin et son œuvre, p. 70-71 et 107. (V. Egger.) 


Sur « Beau absolu. » — N’y a-t-il pas là une expression vague pour une idée 
chimérique ? (J. Lacheller.) — Sans doute, mais elle a été fréquemment employée 
dans l’École Éclectique, et même chez les littérateurs qui en étaient contemporains. 
On la rencontre encore aujourd’hui. (A. L.) 


7 


— 


la pensée, principe de toute activité, 
de toute connaissance et de toute réa- 
lité, au delà des existences individuelles 
ou empiriques. Il est action pure, non 
existence active, savoir pur, non sujet 
connaissant ni objet connu; position 
infinie de soi par soi, non substance. 
Grundlage der gesammten Wissenschalit, 
9 et suiv. 

En un sens dérivé, et relatif à l’hom- 
me : la raison, par opposition aux 
tendances individualisantes. Voir Xa- 
vier LÉON, La philosophie de Fichte, 
livre III, ch. 11. 

L. « L'esprit absolu » de HEGEL 
(Absoluter Geist) représente, après l’es- 
prit subjectif et l'esprit objectif, le 
moment suprême du développement de 
l’idée : il est la conscience désormais 
adéquate, dégagée des nécessités natu- 
relles et des conditions de réalisation 
extérieure, de tout le contenu concret 
de l'esprit. Mais il se réalise lui-même 
à trois degrés : sous la forme de l'idéal 
esthétique (l’art) ; sous la forme de la 
vérité révélée par sentiment (la reli- 
gion) ; sous la forme de la vérité expri- 
mée dans son essence absolue (la 
connaissance rationnelle pure). — Voir 
Encyklopacdie, troisième partie, sec- 
tion 3. 


CRITIQUE 


Absolu vient d’absolvere, dans ses 
deux sens bien distincts : délier, déga- 
ger, affranchir, d’une part, et de l’autre 
achever, rendre parfait. Absolutus a 
toujours ce dernier sens ; mais le pre- 
mier a été renforcé, chez les philo- 
sophes modernes, par le souvenir de 
solvere. 

L'usage métaphysique de ce mot, en 
parlant de Dieu ou de ses attributs, est 
très ancien, et paraît venir de ce qu’il 
Présentait autrefois une signification 
essentiellement laudative : « Jeudi 
absolu, Terre absolue » — Jeudi Saint, 
Terre Sainte. JoiNviLze. — « Dieu est 
un nom absolu (sacré). » Vieille gram- 
maire française citée par Darmesteler 
et Hatzfeld. — « Deus est absolutus. » 
Nicozas De Cusa, Docta Ignor., II, 9. 





ABSOLUTISME 





— GocLenius : « Interdum idem est 
ac nudum, purum, sine ulla condi- 
tione : ut cum absolutum Dei decretum 
aliquod dico ; interdum idem est quod 
non dependens ab alio. » — Il a conservé 
clairement ce caractère laudatif et 
traditionnel dans les ouvrages de 
l’école éclectique, et par conséquent 
J. S. Mr touche juste en notant que 
dans le débat entre HAMILTON et 
Cousin, ce n’est qu’un pseudonyme 
commode du nom de Dieu. Voir Phil. 
de Hamilton, ch. 1v. 

Il a paru à la Société de philosophie, 
à la suite de la discussion dans la 
séance du 29 mai 1902, que l’équivoque 
de ce mot ne pouvait être entièrement 
levée, et qu'il devait être loisible de 
l’'employer en l’un des trois sens sui- 
vanis : 

Surtout quand il est pris comme 
adjectif ou comme adverbe : ce qui ne 
comporte aucune restriction ni réserve 
en tant que tel et désigné par tel nom. 
C’est le sens C. 

Surtout quand il est pris comme subs- 
tantif : 10 l’Être qui ne dépend d’aucun 
autre. C’est le sens E. 

20 l’Être, en tant qu’il a une nature 
propre et indépendante de la connais- 
sance qu’on en a. C’est le sens F. 

On remarquera que les significations 
C et F sont celles auxquelles Kant 
réduisait déjà les divers sens du mot. 
Voir les textes cités plus haut. 

Rad. int. : C. Absolut(a) ; E. Abso- 
lut(o) ; F. Ensi. 


ABSOLUITÉ, D. Absolutheit ; E. Ab- 
soluteness ; I. Absoluitä. 

Caractère de ce qui est absolu. « Spi- 
noza entend réaliser l’absoluité de Dieu 
en faisant de lui la nécessité même. » 
HAMELIN, Descartes, p. 303. 


ABSOLUTISME, D. Absolutismus ; 
E. Absolutism ; I. Assolutismo. 

A. Régime de pouvoir absolu. 

B. Esprit d’intransigeance, absence 
de réserve ou de nuances dans les 
opinions. — De la part d’une autorité, 
esprit opposé à tout libéralisme. 


———— = = si" À 


ABSOLUTISME 


D dd 


8 





C. (Particulièrement en anglais.) Mé- 
taphysique de l’Absolu. Se dit surtout 
de la philosophie de Bradley. 

Rad. int. : Absolutism. 


1. ABSORPTION (Loi d’). Propriété de 
l'addition et de la multiplication logi- 
ques, qui s'exprime par les deux for- 
mules corrélatives : 

awab=a 


C'est-à-dire : un terme absorbe tout 
terme additionnel dont il est facteur ; 
un facteur absorbe toute somme dont 
il est un terme. 


2. ABSORPTION {en Psycx. ; ancien 
et peu usité), D. Vertiefung ; E. A4b- 
sorption ; |. Assorbimento. 

État de l'esprit absorbé (= plongé 
dans une pensée ou une perception au 
point de ne plus rien percevoir d'autre). 
Opposée par HERBART à la réflexion, 
en tant que la première indique que 
le sujet se perd momentanément dans 
l’objet, la seconde qu’il se reprend et 
le comprend. 

Rad. int. : Absorb. 


ABSTINENCE, D. Enthaltung ; E. 
Abstinence ; I. Astinenza. 

ÉTuique. Renoncement volontaire à 
la satisfaction d’un besoin ou d’un 
désir. Appartient aux vocabulaires 
stoicien { Abstine et sustine) et chrétien 
(— abstention de manger de la viande). 
Il est employé de nos jours en un sens 
très spécial relatif à la propagande 
anti-alcoolique : l’abstinent est celui 
qui renonce absolument à l’usage de 
l'alcool, par opposition au tempérant. 

Rad. int. : Absten. 


ABSTRACTION, G. ’Apaipeou; L. 
Abstractio ; D. Abstraction ; E. Abs- 
traction ; I. Astrazione. 

A. Action de l'esprit considérant à 


a (awb)=a 


part un élément (qualité ou relation) 
d’une représentation ou d’une notion, 
en portant spécialement l'attention sur 
lui, et en négligeant les autres. 

B. Résultat de cette action. (Voir 
Abstrait*.) 

C. Dans l'opération susdite (A), on 
dit qu'on fait abstraction des éléments 
qu’on néglige. « Faire abstraction de. » 
en vient ainsi à désigner le contraire 
de ce qu'on appelle « abstraire » ou 
« considérer par abstraction ». 


REMARQUES 


L'’abstraction isole par la pensée ce 
qui ne peut être isolé dans la représen- 
tation. La dissection d’un organe ou 
même la représentation intellectuelle 
d’un organe isolé n’est pas une abs- 
traction. 

L'abstraction diffère de l'analyse en 
ce que celle-ci considère également tous 
les éléments de la représentation ana- 
lysée. 

Le sens C, bien que très normal (car 
il vient légitimement de l'expression 
latine abstrahere aliquid ab aliquo), 
donne souvent lieu à des contresens 
chez les débutants en philosophie ou 
chez les autodidactes. Il y a lieu d’ap- 
peler l'attention sur le retournement 
qui s’y produit. 

Définition par abstraction, voir Défi- 
nition*. 

Rad. int. : A, Abstrakt ; B. Abstrak- 
tur. (Le sens C est un idiotisme qui ne 
doit pas être conservé en L. I.) 


ABSTRACTIONNISME, E. Abstrac- 
tionism. 

A. Abus des abstractions. 

B. Spécialement, chez W. JAMES (qui 
paraît avoir créé ce mot) tendance à 
prendre les abstractions pour l’équiva- 
lent des réalités concrètes, dont elles 





Sur Absolutisme. — Usage anglo-américain de ce terme (sens C) relevé par 


Emm. Leroux. 


Sur Abstractionnisme. — Expression de W. James (sens B) relevée par 


Emm. Leroux. 


ABSTRAITES 








retiennent un certain aspect seulement. 
Voir The meaning of truth!, ch. xim. 
Rad. int. : Abstraktemes. 


ABSTRACTIVE (méthode), en phy- 
sique : celle qui consiste à résumer dans 
une formule mathématique la loi des 
phénomènes sensibles directement ob- 
servés (sans chercher à les expliquer par 
des structures ou des processus non ap- 
parents) et à en tirer les conséquences 
par le calcul. Voir les Observations sur 
Hypothétique. 


ABSTRAIT, L. Abstractus ; D. Abs- 
trakt ; E. Abstract ; I. Astratto. 

Se dit de toute notion de qualité ou 
de relation que l’on considère de façon 
plus ou moins générale en dehors des 
représentations où elle est donnée. 
Par opposition, la représentation com- 
plète, telle qu’elle est ou peut être don- 
née, est dite concrète. — Cf. ci-dessus. 
Abstraction*, Remarques. 


CRITIQUE 

On rencontre encore accidentelle- 
ment dans le langage philosophique 
deux autres emplois du mot abstrait 
qui tendent de plus en plus à tomber 
en désuétude, mais qu'il est nécessaire 
de signaler, en raison des équivoques 
qu'ils peuvent créer quelquefois : 

1° Dans la scolastique, on appelait 
abstraite la notion d'une qualité conçue 
indépendamment des sujets qui la pos- 
sèdent, et concrète la notion (générale) 
de ces sujets eux-mêmes : ainsi homme 
était une idée concrète, humanité une 
idée abstraite. Les grammairiens disent 
encore en ce sens un terme concret et 
un terme abstrait. J. S. Mizz a adopté 
cet emploi du mot dans sa Logique, 


L. Le sens de « vérité. 


ch. n1, $ 4, en l’appliquant aux expres- 
sions « nom concret », et « nom abs- 
trait »; mais il remarque lui-même 
qu’il essaie de restaurer en cela un 
ancien usage presque aboli. — On peut 
y rattacher aussi la distinction faite 
par ScCHOPENHAUER entre les abstracta, 
concepts qui ne se rapportent à l’expé- 
rience que par l'intermédiaire d’autres 
concepts (rapport, vertu, commence- 
ment), et les concreta, concepts qui 
s’y rapportent directement (homme, 
pierre, cheval). Die Wel, I, & 9. 

Il reste cependant quelque chose de 
cet usage quand on emploie les mots 
abstrait et concret au comparatif, en 
disant par exemple que l’idée de « rap- 
port » est plus abstraite que celle de 
« longueur ». 

2° Pour HEGEL, l’abstrait est ce qui 
apparaît hors de ses relations vraies 
avec le reste, ou ce qui est une unité 
exclusive de différences ; le concret est 
ce qui est pleinement déterminé par 
toutes ses relations, c’est l'unité qui 
comprend les différences. Dans ce sens, 
ce qu’il y a de plus concret, c’est 
l'esprit ; au contraire, sont des abs- 
tractions le particulier (— le singulier) 
en tant qu'il est isolé de l’universel par 
la perception sensible, et l’universel en 
tant qu'il est isolé du particulier par 
la réflexion de l’entendement. (Ge- 
schichte der Philosophie, Werke, XIII, 
p. 37.) — Cf. Universel* concret. 

Rad. int. : Abstraktit. 


Abstraites (fonctions) en Marx. Voir 
Concret* et cf. RENOUVIER, Logique, 
ch. xx1ix, Observations 86 1 à 4. 


Abstraites (sciences). 
A. Dans l'usage courant, les sciences 
qui usent des abstractions les plus éle- 


Se Te me ET SE Ep 


Sur Abstrait. — M. J. Lachelier est également d’avis que le mot abstrait ne 
doit s'appliquer qu’à des notions, mais fait observer qu’on enseigne souvent le 


Contraire. 


M. Brunschvicg demande si une représentation ne pourrait pas être donnée 
assez partiellement pour correspondre à un abstrait ? — Nous croyons que l'usage 
indiqué ci-dessus est plus correct. (Louis Couturat. — A. L.) 


ABSTRAITES 


vées (Métaphysique, Logique, Mathé- 
matiques, Physique générale, etc.). 

B. Chez Auguste Come, les sciences 
proprement dites, formant la « série 
encyclopédique » (Mathématiques, 
Astronomie, Physique, Chimie, Biolo- 
gie, Sociologie) et qui « ont pour objet 
la découverte des lois qui régissent les 
diverses classes de phénomènes, en 
considérant tous les cas qu’on peut 
concevoir ». Elles s'opposent aux 
sciences « concrètes, particulières, des- 
criptives », qui consistent « dans l’ap- 
plication de ces lois à l’histoire effec- 
tive des différents êtres existants ». 
Cours, 22 leçon. 

C. Chez SPENCER, la Logique et les 
Mathématiques, définies par le carac- 
tère commun de traiter « des formes 
sous lesquelles les phénomènes nous 
apparaissent », par opposition aux 
sciences « abstraites-concrètes » (Méca- 
nique, Physique, Chimie), qui traitent 
« des phénomènes eux-mêmes étudiés 
dans leurs éléments, — et aux sciences 
« concrètes » (Astronomie, Géologie, 
Biologie, Psychologie, Sociologie), qui 
traitent « des phénomènes eux-mêmes 
étudiés dans leur ensemble ». Classifi- 
cation des sciences, chap. 1. Ce sont, 
d’après cet ouvrage, les trois grandes 


10 


divisions de la classification des scien- 
ces, et chacune reçoit des subdivisions 
importantes (Jbid., Tableaux I, Il 
et III). 


CRITIQUE 


Toutes ces expressions sont à éviter, 
en dehors de l’usage historique. D'abord 
parce que cette histoire même les rend 
équivoques. Ensuite, en ce qui concerne 
le sens A, parce qu’il appartient au lan- 
gage populaire et que l'extension en est 
très vague. En ce qui concerne le sens B 
(Auguste Comte), parce que la distinc- 
tion a été reprise et mieux élaborée 
par Cournot sous le nom de série théo- 
rique et série cosmologique et historique 
des sciences. Enfin, en ce qui concerne 
le sens C, parce qu’il repose sur une 
confusion. Proposé dans un ouvrage 
polémique où le principal objet de 
Spencer est visiblement de marquer 
son indépendance à l’égard de Comte, 
il s'appuie sur l'argument suivant qu'il 
oppose à la liaison nécessaire établie 
par Comte entre l’abstrait et le général : 
« Tous les oiseaux et les mammifères 
ont le sang chaud; voilà une vérité 
générale, mais concrète, car chaque 
oiseau nous offre un type parfait de 
son espèce, en tant que race à sang 


Sur Abstraites (Sciences). — Ti 4 äpupéoewcs, dans Aristote, désigne très 


LL 


11 


ABSURDE 


EEE 


chaud. » Or, ce raisonnement est 
inexact ; car on pourrait dire de même : 
« Tous les hexagones réguliers ont le 
côté égal au rayon; voilà une vérité 
générale, mais concrète, car chaque 
hexagone particulier nous offre un 
type parfait de son espèce, èn tant 
qu'ayant le côté égal au rayon. » Il 
s’ensuivrait que la géométrie est aussi 
une Science concrète, ce qui est con- 
traire à la distinction qu’on veut éta- 
blir, et nié par l’auteur lui-même. — Il 
faut donc reconnaître que toute Loi est 
abstraite en tant que générale, et que 
les applications seules, dans toutes les 
sciences, sont chose concrète, comme 
l’admet Auguste Comte dans le pas- 
sage attaqué par Spencer. 


ABSTRUS {(L Abstrusus, caché, de 
abstrudo) ; D. Abstrus; KE. Abstruse; 
I. Astruso. 

Éloigné du cours ordinaire de la pen- 
sée, en particulier du jeu naturel de 
l'imagination, et par suite difficile à 
comprendre. « Even the most abstruse 
ideas, how remote soever they may 
seem from sense or from any operation 
of our own mind » Locke, Essay, 
II, x11, $ 8 — « Platon l’a montré 
dans un dialogue où il introduit So- 
crate menant un enfant à des vérités 
abstruses par les seules interrogations, 
sans lui rien apprendre. » LEIBN1z, 
Nouv. Essais, 1, 1, $ 5. 


CRITIQUE 


Ce mot présente souvent une nuance 
péjorative : fausse profondeur, com- 
plication inutile, confusion; mais ce 
n’est là qu’un import accidentel. On 
le trouve (surtout, il est vrai, dans la 
langue classique) employé en bonne 
part, comme on le voit dans le texte 
de Leibniz cité ci-dessus. 

Ce mot est employé quelquefois par 
erreur comme synonyme ou comme 
superlatif d’abstrait : la confusion est 
venue vraisemblablement de la simi- 
litude des formes, et de ce que l’abstrait 
est souvent abstrus. 

Rad. int. : Abstruz. 


ABSURDE, D. A. Absurd, Abge- 
schmackt, Ungereimt ; B. Widersinnig ; 
— E. Absurd ; au sens B, nonsensical ; 
— L Assurdo. 

À. Proprement, ce qui viole les règles 
de la Logique. Une idée absurde est 
une idée dont les éléments sont incom- 
patibles. Un jugement absurde est un 
jugement qui contient ou implique 
une inconséquence. Un raisonnement 
absurde est un raisonnement formelle- 
ment faux*. 

L’absurde, en ce sens, est donc plus 
général que le contradictoire*, et moins 
général que le faux*. Strictement par- 
lant, l’absurde doit être distingué du 
non-sens (D. Unsinn, sinnlos); car 





précisément les objets des mathématiques : voir en particulier Métaphysique, XI, 
3, 1061329. On pourrait conserver ce sens. — Mais les généralités de l’histoire 
naturelle ne sont-elles pas aussi des abstractions ? Oui, mais la vie et l’organi- 
sation ne sont complètes et ne peuvent être complètement étudiées que dans 
le concret et l’individuel ; — au contraire, les formes géométriques sont complètes 
en elles-mêmes, en dehors des corps où elles peuvent se réaliser. Le géomètre 
n’apprendrait rien de plus sur la pyramide en l'étudiant sur les Pyramides 
d'Égypte. — On pourrait peut-être dire aussi que la logique est une science abs- 
traite (ou de l’abstrait), en ce sens que l’étude du syllogisme peut se faire en dehors 
de toute matière déterminée. (J. Lachelier.) 

Cela n'est-il pas temporaire, et variable dans chaque science avec l’état de 
chaque question ? Archimède démontre son principe par une méthode purement 
géométrique ; et réciproquement Galilée, mesurant par l’expérience la surface 
d’une cycloïde, donne l'exemple d’une recherche physique, sur un objet concret, 
aboutissant à étendre le domaine des connaïissances géométriques. (A. L.) 

M. M. Marsal souhaiterait de voir conserver cette expression pour désigner 
ce que Cournot appelle série théorique ; et sciences concrètes pour ce qu’il a nommé 
série historique et cosmologique. « Sans doute, nousécrit-il, Cournot a jeté la lumière 


l’absurde a un sens, et est faux, tandis 
que le non-sens n’est proprement ni 
vrai ni faux. 

B. Plus généralement et plus vague- 





L « Mêmelesidées les plus abstruses, quelque éloignées 
qu'elles puissent sembler des sensations ou de toute 
opération de notre propre esprit...» 


© 


sur cette question, mais c’est en prolongeant l’analyse de Comte. Les étiquettes 
de Cournot sont-elles plus satisfaisantes ? Non. Le mot « série historique » est 
assez ambigu déjà, car dans la série théorique nous voyons intervenir le temps t, 
Peut-être même un sens de vection dans le temps. Le mot « série cosmologique » 
dit encore moins ce qu’il veut dire ; et cela éclate dans l’enseignement, pour peu 
qu'on ait déjà fait appel à la distinction établie par Ampère entre les sciences 
co8mologiques et noologiques. Or il y a des sciences noologiques au sens d'Ampère 
qui sont cosmologiques au sens de Cournot : ainsi l’ethnographie, la Vôlkerpsy- 
chologie, etc. Enfin théorique ne s'oppose qu’à pratique ou à technique. La minéra- 
logie est aussi « théorique » que la chimie. Aussi la classification de Cournot me 
Semble-t-elle s’accorder remarquablement avec les étiquettes de Comte, qui sont, 
non pas excellentes, mais à mon sens les meilleures possibles. » 


ABSURDE 


12 





ment, dans la langue familière, se dit 
de ce qui est jugé déraisonnable, soit 
en parlant des idées, soit en parlant 
des personnes. 


CRITIQUE 


« Au sens courant, absurde désigne 
tout ce qui est contraire au sens com- 
mun ou même à nos habitudes d’es- 
prit ; mais en philosophie, il est recom- 
mandé d’entendre seulement par là ce 
qui est contraire à la raison ; les prin- 
cipes de la raison pouvant d’ailleurs 
être définis d’une manière plus ou 
moins large. » Note de J. LACHELIER et 
F. Raun sur la première édition du 
présent ouvrage. 


Raisonnement par l’absurde, celui 
qui prouve la vérité ou la fausseté 
d’une proposition par la fausseté d’une 
conséquence. Il y en a donc deux sortes 
qu’il faut bien distinguer : 1° Preuve 
par l'absurde (1. Probatio per absur- 
dum, per incommodum ; p. ex. chez 
Bacon, De dignit., V, 1v, $ 3) : raison- 
nement qui prouve la vérité d’une 


proposition par l’évidente fausseté 
d’une des conséquences résultant de 
sa contradictoire ; — 2° Réduction à 
l'absurde (G. &rayewyn els rù &Suvérov, 
ARISTOTE ; L. Reductio ad absurdum) : 
raisonnement qui conduit à rejeter 
une assertion en faisant voir qu’elle 
aboutirait à une conséquence connue 
pour fausse, ou contraire à l’hypothèse 
elle-même. Voir VAILATI, Sur une classe 
remarquable de raisonnements par ré- 
duction à l'absurde, Revue de méita- 
physique, septembre 1904. — Cf. Apa- 
gogique*. 

Sur la preuve par l’absurde en ma- 
thématiques, voir DoroLLe, La valeur 
des conclusions par l'absurde, Rev. 
philos., sept. 1918. 


Rad. int. : Absurd. 


ABSURDITÉ, D. Ungereimtheit, Wi- 
dersinnigkeit ; — E. À. B. Absurdity ; 
B. Nonsense ; — 1. Assurdità. 

A. Caractère de ce qui est absurde. 

B. Idée ou discours absurde. 


Rad. int. : A. Absurdes ; B. Absurdai. 





Sur Absurde. — L. Boisse est d’avis : 


1° qu'il serait plus correct de ne pas 


employer ce mot en parlant des personnes ; — 2° qu’on s’avance trop en affir- 


mant que le non-sens n’est proprement ni vrai ni faux 


: « C’est une très grosse 


question, dit-il, que oelle de savoir si l’on doit admettre un état d'indifférence, 
dans la vie intellectuelle comme dans la vie affective. » 


« L’absurde a un sens, et est faux, tandis que le non-sens n’est proprement ni 





vrainifaux.» C’est sans doute ce qu’il faut dire ; mais cela répond-il bien à l’usage ? 
Quand Maurice Blondel écrit : « Le matérialisme est un non-sens » (ci-dessous, 
observations sur Matière*), ne veut-il pas dire qu’il a un sens, mais qu’il est faux ? 
D’autre part, la littérature semi-philosophique développe souvent ce thème : 
« Le monde est absurde. » Cela ne veut-il pas dire qu’il n’a pas de sens, ou même 
peut-être, plus spécialement, qu’il est dénué de finalité propre {ce qui ne serait pas 
une grande découverte, mais manifesterait plutôt la réaction d’une âme déçue, 
comme eut pu l'être un admirateur des harmonies de la nature après le tremble- 
ment de terre de Lisbonne) ? — (M. Marsal.) 

Diverses causes tendent à faire confondre, dans l’usage courant, ces deux 
expressions : l'emploi de non-sens par hyperbole, comme dans l’exemple ci-dessus ; 
l'usage anglais du mot nonsense pour une absurdité, dite soit par sottise, soit par 
plaisanterie ; enfin l’opposition d'absurde et de raisonnable, qui conduit à se servir 
du premier de ces mots pour tout ce que la raison ne peut approuver ; et enfin 
l’import péjoratif très énergique de ce mot, qui finit dans certains cas par en 
constituer presque tout le contenu. (A. L.) 


13 


ACADÉMIE, D. Akademie ; E. Aca- 
demy ; 1. Accademia. 

A. Ancienne Académie — École de 
Platon, Speusippe et Xénocrate. 

B. Moyenne et Nouvelle Acadé- 
mie = École d’Arcésilas, de Carnéade 
et de leurs successeurs. — Synonyme 
de probabilisme*. 


REMARQUE 

L'expression Nouvelle Académie est 
très usuelle. Moyenne Académie et An- 
cienne Académie sont plus rares. Quand 
on parle de l’École de Platon, on dit 
en général l’Académie, sans qualificatif. 
« L'Académie » (= les jardins d’Acadé- 
mos) était le lieu de son enseignement. 

Rad. int. : Akademi. 


ACATALEPSIE {’Axaraïndix, Pvr- 
RHON). 

A. Historiquement, état qui résulte 
du principe sceptique qu’il n’v a pas 
de critère de la vérité. 

B. Disposition de celui qui renonce 
par principe à chercher la solution d’un 
problème. De même chez Bacon, doute 
définitif opposé au doute méthodique : 
« Nos vero non acatalepsiam, sed euca- 
talepsiam meditamur. » No. Org., I, 
126. — Cf. Éphectique*. 


ACCIDENT, G. Zuubetinxoc. — Au 
sens À : L. Accidens ; D. Akzidens ; 
E. Accident ; I. Accidente. — Cf. 
Essence, Substance. 

A. Sens technique, le plus usuel : ce 
qui peut avoir lieu ou disparaître, sans 
destruction du sujei : « "O yivetar xal 
&noyivewux ywpls Tic Toù broxemuévou 
pBopäc. » PORPHYRE, Îsagoge, V, 4824. 
I] divise les accidents en séparables 
(p. ex. pour l’homme, de dormir) et 
inséparables (p. ex. pour l’Éthiopien, 
d’être noir : caractère constant, mais 
qu'on peut concevoir comme venant à 
disparaître sans que le sujet auquel il 
s'applique soit détruit). 

Sophisme de l'accident, voir Fallacia*. 





ACCIDENTEL 


B. Tout ce qui arrive (accidit) d’une 
manière contingente* ou fortuite* ; — 
spécialement, dans la langue courante, 
ce qui arrive ainsi de fâcheux. 


REMARQUE 


ARISTOTE divisait le sens de ovuGe- 
6nxocs d’une manière un peu différente 
de celle qu’a formulée PorPHYRE (en 
croyant sans doute simplement le com- 
menter) et qui a été adoptée par toute 
la logique scolastique et classique. Il 
distingue « Goùx Ündpyer uév Tim xal 
&AnBèc elrreïv, où pévror ÉË &véyxnc oùr’ 
ëri td mov (par exemple le fait qu’un 
musicien est blanc) ; ôoa ümxpyet Éxote 
xa8” adrd un Ëv Th oùoiæ ëvra (par ex. 
le fait que les angles d’un triangle 
valent deux droits). Métaph., IV, 30; 
1025214 et 31. Il ferait ainsi rentrer 
dans ce second sens toute la compré- 
hension implicite, qu’exclut la défini- 
tion de Porphyre : car un triangle 
euclidien ne peut cesser d’avoir ses 
angles égaux à deux droits sans cesser 
d’être triangle. 


Par accident, G. Kara ouu6eënxoc 
(ARISTOTE) : ce que fait un être, ou ce 
qui lui arrive, non pas en vertu de son 
essence ou des attributs qui le définis- 
sent, mais indépendamment de celle-ci. 
Le musicien fait bâtir par accident, 
parce qu'il ne le fait pas en tant que 
musicien : il se rencontre (ouu6æive) 
que l’homme qui fait bâtir est en même 
temps musicien. Métaph., IV, 7 
1017311-12. 

De là vient le sens spécial de Conver- 
sion par accident. Voir Conversion*. 

Rad. int. : Acident. 


ACCIDENTEL, D. Accidentiel, zufäl- 
lig; E. Accidental ; 1, Accidentale. 

A. Ce qui appartient à l'accident, non 
à l’essence. « Définition accidentelle », 
voir Définition*. 

B. Qui arrive d’une manière contin- 


Sur Accident. — Zwu6e6nxoc est entendu par Aristote en un «sens très large : 
il est applicable chez lui à tous les attributs. (E. Bréhier.) 


LALANDE. — VOCAB. PHIL. 


ACCIDENTEL 


gente ou fortuite ; opposé à nécessaire*. 
— Par suite, dans le langage courant, 
qui arrive rarement. 

Rad. int. : À. Acidental ; B. Acident. 


ACCOMMODATICE (sens). Sens sym- 
bolique donné après coup et accidentel- 
lement à un texte qui n’a pas été fait en 
vue de cette application. Se dit parti- 
culièrement des versets de la Bible. 
Cf. Allégorie*. 


ACCOMMODATION, D. Accomoda- 
üon,; E. Accomodation ; 1. Accomoda- 
mento. 

A. Psy cu. Premier changement d’une 
fonclion ou d’un organe ayant pour 
résultat de les mettre en accord avec 
tout ou partie de leur milieu ; change- 
ment dont la fixation (et particulière- 
ment la fixation héréditaire) constitue- 
rait l’adaptation*. — Sens nouveau, 
proposé par J. M. Bazpwin, Düict. of 
phil, Vo, et qui nous paraîtrait utile à 
adopter. 

B. Mise au point du système optique 
de lœil. 

Rad. int. : Akomod. 


ACHILLE. Un des arguments de ZÉ- 
Non D’ÉLéE dits (mais peut-être à tort) 
contre le mouvement. « Un mobile plus 
lent ne peut être rejoint par un plus 
rapide ; car celui qui poursuit doit tou- 
jours arriver au point qu’occupait celui 


14 


qui est poursuivi, et où celui-ci n’est 
plus [quand le second y arrive]; en 
sorte que le premier garde toujours une 
avance sur le second. » D’après Aris- 
TOTE, Physique, VI, 9. Cet argument 
reçoit son nom de ce que Zénon prenait 
pour exemple Achille aux pieds légers 
poursuivant une tortue. 


ACHROMATOPSIE ou, plus rare- 
ment, achromasie, D. Achromatopsie, 
Achromasie ; E. Achromatopsia, achro- 
masia ; |. Acromatopsia, acromasia. 

L’achromatopsie totale ou cécité chro- 
matique (D. Farbenblindheu; E. Co- 
lourblindness ; I. Cecità per le colori) est 
Pincapacité de distinguer les couleurs, 
avec conservation de la sensation lumi- 
neuse (perception du blanc et du noir). 
L’achromatopsie partielle ou dyschro- 
matopsie (daltonisme au sens large) est 
l’incapacité de percevoir telle couleur, 
ou de la distinguer de telle autre : 
Anérythrochromatopsie, anérythropsie, 
absence de la perception du rouge, etc. 

Rad. int. : Akromatops. 


ACMÉ, G. ’Axut, pointe, maximum, 
point le plus favorable. 

A. Époque à laquelle un philosophe, 
une doctrine, une institution ont eu 
leur plus haut degré d'influence ou 
d'activité. 

B. Maximum de développement. 
« L'exercice de l’attention, en qui nous 


Sur Achromatopsie. — Article complété d’après les indications de M. Piéron, 


qui ajoute ceci : 


« L’achromatopsie totale est encore appelée vision monochroma- 


tique par les auteurs fidèles à la théorie de Young-Helmholtz sur la constitution 
de la sensation lumineuse par trois processus chromatiques dont deux feraient 
défaut dans ce cas. Pour les mêmes auteurs, l’achromatopsie partielle équivaut 
à une vision dichromatique (alors que la vision normale est trichromatique), 
avec trois variétés suivant le processus chromatique absent : protanopie, cécité 
au rouge (Rotblindhert, Redblindness) ; deutéranopie, cécité au vert ; tritanopie, 
cécité au bleu, — L'achromatopsie limitée aux moitiés homologues des deux 
rétines (hémiachromatopsie) est la forme la plus légère de l’hémianopsie (dont les 
degrés plus accentués sont l’hémiastéréopsie, perte de la vision des formes, et 
l’hémiaphotopsie, perte de la sensibilité elle-même. » 

— Achromatopsie est un terme barbare. Il serait préférable de dire anesthésie 
des couleurs, insensibilité aux couleurs, où mieux encore cécité des couleurs (sic : 
traduction de Hozueren, Farbenblindheit, Colourblindness). — (V. Egger.) 


CS 





45 ACROAMATIQUE 
avons vu comme l’acmé de la cons- REMARQUE 


cience... » M. PRADINES, 
psychologie générale, I, 54. 


Traité de 


A CONTRARIO (raisonnement), celui 
qui conclut d’une opposition dans les 
hypothèses à une opposition dans les 
conséquences. Expression d’origine juri- 
dique ; voir 4 pari*. 


CRITIQUE 


Ce raisonnement peut être valable 
dans certains cas, par suite de la ma- 
tière à laquelle il s'applique, mais il 
ne l’est pas en règle générale, car une 
conséquence vraie peut résulter d’un 
principe faux; et deux hypothèses 
contraires peuvent avoir toutes deux 
des conséquences communes. 


ACOSMISME, D. Akosmismus,; E. 
Acosmism ; |. Acosmismo. (Du G. à 
privatif et xéouoc.) 

Terme appliqué par HEGEL au sys- 
tème de Spinoza (par opposition à 
athéisme), parce qu'il fait rentrer le 
monde en Dieu plutôt qu’il ne nie 
l’existence de celui-ci (Encyclopaedie, 
$ 50). 


1. ACQUIS, adj. D. Erworben; E. 
Acquired ; I. Acquisito. 

A. Qui n’est pas primitif : caractère 
acquis (qu’un individu ou une espèce 
ne possédait pas tout d’abord) ; percep- 
tions acquises (qui ne sont pas données 
immédiatement par un sens, mais ré- 
sultent d’une éducation et d’un rai- 
sonnement inconscient). S’oppose dans 
cette expression à perceptions natu- 
relles. 





L'expression « Hérédité des carac- 
tères acquis » s’entend toujours des 
caractères acquis par l'individu après 
sa naissance (par opposition à la théo- 
rie darwinienne de la sélection s’exer- 
çant sur des variations accidentelles). 
Mais l’expression : « caractères acquis » 
n’a pas à elle seule cette signification. 
On dit couramment, en anglais comme 
en français, que dans l’évolutionnisme, 
au sens large, les caractères spécifiques, 
et notamment les principes rationnels, 
sont « innés dans l'individu, mais 
acquis par l'espèce ». 

B. Opposé à infus, dans la langue 
des mystiques : ce qui peut être obtenu 
par l'effort personnel, par l'habitude 
méthodiquement formée, tandis que la 
contemplation « infuse », est l'effet 
direct d’une « action de présence » et 
d’une initiative de la cause divine, à 
laquelle aucune industrie humaine ne 
peut suppléer. 

Rad. int. : Aquirit. 


2. ACQUIS, subst. D. Erworbene 
Kenntnisse ; E. Acquirements (pluriel) ; 
I. Acquistato, Acquisto. 

Ensemble des connaissances acquises 
par un individu, en particulier par un 
élève. Ce terme est surtout usité en 
pédagogie. 

Rad. int. : Aquirit. 

« Acquisition de la connaissance », 
voir Élaboration*. 


ACROAMATIQUE, du G. axpoaux, 
leçon orale ; D. Akroamatisch ; E. Acro- 
amatic ; I. Acroamatico. 

Terme appliqué primitivement à cer- 





Sur Acmé. — Diogène Laërce, ainsi que certains doxographes, fixait unifor- 
mément à quarante ans l’acmé des philosophes, et c’est souvent la seule date qu’il 
nous en donne : « “HpäxAertos … fxuale xata thv vi tavxai ÉEnxoothv  Ohvuriade. 
(Ch. Serrus.) 


Sur Acquis. — Article complété d’aprèsles indications de M. Berthod (remarque 
sur l'expression « hérédité des caractères acquis ») ; de M. Maurice Blondel (sens B) ; 
et de M. G. Beaulavon (Acquis, substantif). 


ACROAMATIQUE 


16 





taines œuvres d’ARISTOTE ; synonyme 
d’ésotérique*, au sens A. S’oppose éga- 
lement à exotérique (p. ex. RENOUVIER, 
Philos. anc., 11, 39 et BouTroux, Études 
d’histoirc de la philosophie, 103, où il 
caractérise l’acroamatique comme étant 
l’enseignement de l’apodictique, de la 
science ; l’exotérique, celui du dialec- 
tique, du vraisemblable). 

Par suite, acroamatique est pris quel- 
quefois au sens d’ésotérique B. 

On dit aussi, mais rarement, acroa- 
tique. 

Rad. int. : Akroamatic. 


1. ACTE, D. Ta, Handlung; Tat- 
handlung (FicuTte) par opposition à 
Tatsache ; au sens légal, Akt ; — E. Act, 
Action, surtout au sens B ; — I. .{rto. 

Voir Action*. 

À. Psycu. Chez un être vivant, mou- 
vement d'ensemble, assez rapide pour 
être perceptible comme tel, et adapté à 





ES 


une fin. Sans épithète, désigne plus 
spécialement l'exécution d’une voli- 
tion ; avec épithète, s'applique égale- 
ment aux actes réflexes, instinctifs, 
automatiques, involontaires, etc. Le 
mot appelle cependant toujours cette 
idée que l’acte en question, alors même 
qu'il n’est pas volontaire dans sa cause, 
présente une apparence semblable, ou 
du moins analogue, à celle des actes 
volontaires. 

B. Onrozocit. L'Être en tant que 
constitué par son action. « L’acte n’est 
point une opération qui s'ajoute à 
l’être, mais son essence même. » L. La- 
VELLE, De l'Acte, livre I, ch. 1v, p. 65. 
Il oppose ainsi l'acte, doué d’une par- 
faite. unité, à la pluralité d’actions qui 
lexpriment. Zbid., livre III, ch. xx, 
r. 363. Voir Observations. 

C. ÉTuique. Événement dû à l’inter- 
vention d’un être susceptible de qua- 


à 


17 


ACTE 





———— 


à des causes physiques : un acte de 
courage. Un acte, en ce sens, peut ne 
pas être un mouvement perceptible, 
mais au contraire un arrêt, une inhi- 
bition*. Cf. Volonté*. 

D. Socio. Opération ayant un effet 


légal : un acte judiciaire ; — chose 
faite, établie, produisant ou pouvant 
produire un certain résultat ; — pièce 


qui constate un fait : « Donner acte. » 


2. Acte, L. scol. -ctus, traduction 
consacrée des termes  aristotéliciens 
évépyetx et Évrehéxexr. 

E. Étant donné que tout changement 
peut être : (a) possible ; (b) en train 
de s’accomplir ; (c) accompli, l’expres- 
sion en acte s'applique d’abord au mo- 
ment b par opposition : d’une part, au 
moment #, que désigne l'expression en 
puissance ; de l’autre, au moment c, 
c’est-à-dire à l’être réalisé et durable 
qui résulte «le ce changement. Aristote 











désigne fréquemment (mais non pas 
toujours) le moment b par Evépyeux et 
le moment c par évrehéyeuo. Voir Mé- 
taphysique ®, 8 ; 1050222 : « ’Evépyera 
Aéyerar vard Tù Épyov Mal aœuvreiver 
mods Tv évrehéqeav. » Cf. BoniTz, 
Index, sub vo. 


F. Le mot acte s'applique aussi au 
moment c, défini ci-dessus ; et il sert 
à traduire Évépyeux et évrehéyetx dans 
cette signification qui leur est com- 
mune : ce qui est posé à titre de fait, 
ce qui constitue une détermination 
présente, ou une propriété effective, 
que l’on peut prendre comme donnée. 
« ’Evépyeux Aéyeror tx mèv dc xÉvnoic 
npds Sdvauv (c’est le moment b défini 
ci-dessus) rà& dé &ç odola np6c tiva DAnv. » 
Métaph., ©, 6; 1048b8. « ’Evépyerx pro 
synonymo conjungitur cum ïis nomi- 
nibus quae formam significant, elôoc, 
uopph, Xéyos, To ri Av elvu, obaix, 


lification morale et non pas seulement 





| Sur Acroamatique. — Barthélemy Saint-Hilaire, aux mots Aristote et Acrouma- 
tique (dans le Dictionnaire de Franck) renvoie pour cette question à BuuLe, 


Commentatio de libris aristotelicis acroamaticis et exotericis, tome I de son édition 
d’Aristote. (A. L.) 


Sur Acte. — Cet article a été considérablement modifié par suite de la dis- 
cussion qui a eu lieu à la séance du 26 juin 1902. 

— L'idée aristotélicienne de l’acte est profondément étrangère à la philosophie 
moderne. Nous pourrions peut-être nous la rendre plus accessible en l'exprimant 
en termes de conscience, en disant, par exemple : est en acte ce qui est pour soi- 
même, ou, peut-être, pour un sujet étranger, objet d'aperception (au sens leibnizien 
du mot}. — (J. Lachelier.) 

— Act désigne essentiellement ce qui fait être, ce qui sous-tend la réalité à tous 
ses degrés et en toutes ses formes. C’est l’aspect intérieur et unificateur de ce que 
nous nous représentons comme cause ou comme fait, le principe à la fois réel et 
formel de ce que nous concevons comme subsistant et comme connaissable. Le 
fait même n’est perçu qu’en fonction d’un acte, qui dans le connaissant comme 
dans le connu, exprime ou suppose une unité organisatrice. (Maurice Blondel.) 

— La notion d’acte a, chez Aristote, deux sens principaux {c’est à cette dis- 
tinction que fait allusion le texte de la Métaphysique cité sous la lettre E) : 10 L’acte 
est l'exercice même de l’activité, par opposition à la puissance de l’activité. Aristote 
établit une distinction entre l’activité qui tend à un but extérieur (p. ex. la 
construction), et l’activité qui est à elle-même sa propre fin (p. ex. la vision 
ou la pensée). Métaph., IX, 8 : 1050223-27. C’est aussi à cette distinction que se 
rapporte le texte bien connu de l’Éthique à Nicomaque sur l'Evépyerx dxumoiac, 
IL, 15 ; 1154027, Aristote distinguant la seconde activité de la première comme 
l'acte proprement dit du mouvement. — 20 L'acte est la forme, par opposition à la 





matière. Considérée par rapport à l’activité, la forme en est la puissance. Aussi 
bien Aristote distingue-t-il deux degrés de l'acte : c’est dans ce sens qu'il dit que 
l’âme, laquelle est la forme constituant le corps organisé, est la première entéléchie 
du corps, le second degré de l’acte étant l’exercice même de la sensation ou de la 
pensée. (De anima, II, 1; 412227.) | : 

D'autre part, lorsqu'il s’agit de l’activité qui tend à une fin extérieure, la forme 
est précisément cette fin et s’identifie, en un sens, avec l’activité elle-même : la 
maison, qui est le but auquel tend la construction, contient en soi la construction 
(Mét., IX, 8 ; 1050228-34). — Quant à l'activité qui est à elle-même sa propre fin, 
elle ne laisse pas d’être, elle aussi, identique à la forme puisque l'intelligent se 
confond avec l’intelligible, et que la pensée parfaite est pensée de la pensée. 
(Ch. Werner.) : . 

— Ces dernières remarques de M. Werner semblent rétablir l'unité entre acte, 
exercice de l’activité, et acte, forme. La distinction capitale me paraît être ici celle 
du réel et du possible et de leurs divers moments : une possibilité indéterminée, 
quand elle se détermine, devient un acte du plus bas degré, mais cette sorte de 
puissance actuelle s'achève enfin en une réalité, qui est l’acte du plus haut degré. 
Le moment intermédiaire est celui dans lequel la détermination se fait, par 
l'application de telle forme à telle matière. Il fait apparaître une « nature » possédant 
telles propriétés, un vivant possédant telles fonctions, un agent possédant telles 
aptitudes : c’est le moment qu’Aristote appelle #Eç (habitus). C’est un acte 
auquel il manque encore de se manifester par des effets ou de s'exercer par la 
spéculation ou l’action ; la chose ou l'agent réalisent alors la perfection de leur 
forme. Exemples : il y a dans l’air une possibilité indéterminée de feu , si celle-ci 
8e réalise en une « nature » déterminée ayant telles propriétés, c’est le feu ; mais 
cette nature n’est vraiment elle-même que quand le feu est dans son lieu propre ; — 
l'âme met le corps organisé, qui a la vie en puissance, en état de vivre {elle en est 





ACTE 18 


ônep rt. Métaph., H, 2, 1042 sqq. » 
BoniTz, Index, sub Vo. Le mot acte, 
en ce sens, ne marque plus ni un mou- : 
vement ni un passage, mais au con- 
traire une réalité donnée. 

Cette opposition disparaît dans les 
expressions in actu, en acte; cela crée 
souvent une équivoque. 


CRITIQUE 


On voit par ce qui précède de quelles 
sources multiples vient l’usage que 
nous faisons aujourd’hui du mot acte. 
On peut dire cependant que ce mot ne 
présente plus, dans la langue contem- 
poraine, que deux grandes classes de 
signification : l’une se rattachant au 
latin actus et dont le type essentiel est 
le sens A ; l’autre venant surtout du 
: neutre actum, et dont le type essentiel 
est le sens C : 

1° Mouvement volontaire d’un être ; 
changement en tant qu'il est considéré 
par rapport à un individu qui le produit 
(cet individu pouvant être une per- 
sonne morale, d’où le sens B). 

29 Résultat de l’action, chose pré- 
sente, acquise, « actuelle », d’où l’on 
peut partir comme d’une donnée, soit 
dans la théorie, soit dans la pratique. 

Il est à remarquer que ces sens cor- 


8. « Acte pur. » 1° évépyeux à xaP 
abtrv, état du Dieu d’ARISTOTE ( Méta- 
physique, À, 7; 1072 a-b) dont la 
nature ne comporte rien en puissance 
et dont la pensée est la pensée de sa 
pensée. (Zbid., 1074b34.) 

20 Actus purus, BAcoN, Novum Orga- 
num, II, 2 et 17. Processus dont la 
puissance de transformation est réa- 
lisée tout entière en chaque moment 
du temps ; essentiellement, par consé- 
quent, et peut être exclusivement, le 
mouvement mécanique : « Actus sive 
motus. » (/bid., I, 54.) 








l'acte premier, où l’entéléchie première), mais l'exercice même des fonctions de la 
vie est un acte plus élevé ; — il y a dans l’être animé une puissance sensitive 
indéterminée, qui le caractérise ; elle se détermine, par exemple, en fonction 
visuelle (ë6Wuc), laquelle à son tour s’exerce et donne lieu à une vision de fait 
{(6pæeric) ; — il y a dans le fer une puissance indéterminée de couper ; elle est 
déterminée en figure de hache, mais la perfection de l’acte de la hache, c’est 
l'instant où elle tranche ; — il y a dans l’homme une puissance indéterminée 
d'apprendre telle science ou telle technique ; cette puissance se détermine par une 
instruction appropriée en un savoir ou une habileté ; mais une telle aptitude n’est 
plemement actuelle que lorsqu'elle s'exerce. Voilà pourquoi le mouvement est un 
acte, mais un acte imparfait, l'acte de ce qui est en puissance en tant précisément 
que cela est en puissance ; bref, une « réalité en train », la réalité du passage à la 
réalité de la forme achevée. (L. Robin.) 

Chez KanT, chez Ficure, les mots Tat et surtout Tathandlung sont employés 
au sens B, et impliquent toujours l’idée de liberté. (Xavier Léon. F. Fauh.) 

Le sens C n'est-il pas étranger à la philosophie ? (M. Bernès.) — Il est assez 
voisin de celui d’évrekéysta, et il influe par association sur les autres usages 
philosophiques du mot. Il y suggère l’idée non seulement d’une action A, mais 
d’une action qui produit un résultat, qui crée un réel : « Préférer les actes aux 
paroles, etc. » (A. L.) 


Sur Acte et Activité. — « On peut demander pourquoi nous employons le 
mot acte, qui semble toujours désigner une opération particulière et limitée, plutôt 
que le mot activité, qui désigne la puissance même d’où tous les actes dérivent. 
Il y a à cela une quadruple raison que comprendront très vite tous ceux qui auront 
saisi la signification de notre analyse : c’est que le mot activité est abstrait, tandis 
que le mot acte est concret (il est l'essence de l’activité, qui n’est elle-même que le 


LA 


19 ACTION 





respondent assez exactement aux deux | Cultés cognitives (cognitive powers) », 
randes divisions qu’établit Arisrore | comprennent pour lui les sentiments* 
Éans les sens d’évépyeux (voir ci-dessus, | et l’activité*, B. Voir (S). 

F) et qui s'appliquent également aux Habitudes actives, voir Habitude*. 
deux sens de Süvauc, selon Bonirz, 


Index, sub Vo, 2062). Il ne faut pas | OT Re Ga 
oublier cependant que ces deux sens duction consacrée du vod &rx6x;c d’Aris- 


ont fréquemment réagi l’un sur l’autre iQ (Hept por 111, 429023) et du vobc 
et produit des conceptions intermé- ane dd 
diaires ou composites, qui ne corres- . : . 
pondent à rien de solide. EXPEESSIONS dont la synonymie ‘al 
Pour les différentes nuances d’Acte di Per 1er Ds a 
: Le essus. Elle s'oppose à voüs raÜnrixéc, 
Re A s Pr HA et intellect passif ». Zbid., 130424, 
c Abbas D. Ag: E “ALU en Cette opposition a été entendue en 
' Et RENE É des sens très divers par les philosophes 
ACTIF, D. Täug, Aktiv ; E. {cuve ; | postérieurs. Voir notamment LEiBNiz, 
1. Attivo. : Considérations sur la doctrine d'un 
Psycx. À. En train d'accomplir un | esprit universel ; MALEBRANCHE, Rech. 
acte-A* {opposé à inactif). de la Vérité, 111, ch. 11, 1. 
B. Qui accomplit fréquemment ou Rad. int. : À. C. Agant , B. Agem; 
volontiers des actes-A* (opposé à | D. Agiv. 
paresseux}. | 
C. En train d'accomplir une action ACTION, D. Tu, Handlung ; quand 
au sens À ou au sens B. on veut insister sur le caractère causal 
D. Capable d’exercer une action au | de l’action et sur l'effet produit 
sens B. S’oppose dans ces deux sens à | Wirkung ; — E. Action, activity ; -- 
passif. Les « facultés actives factice | |. Azione. 
powers) », opposées par Reid aux « fa- A. Opération d’un être considérée 


Intellect actif (intellectus agens). Tra- 











nom générique des actes particuliers) ; — que le mot activité n’exprime jamais 
qu’une possibilité, tandis que le mot acte exprime un accomplissement ; — que 
l’activité aurait besoin pour s'exercer d’un ébranlement extérieur à elle, au lieu 
que l'acte est. générateur de lui-même ; — que l’activité appelle son contraire, qui 
est la passivité, mais que l'acte n’a pas de contraire, de telle sorte que les actes ne 
diffèrent pas les uns des autres en tant qu’actes, mais justement par le mélange 
d'activité et de passivité auquel on peut les réduire. » L. LAveLLE, De l’Acte, 
livre I, ch. 1, p. 13. 

— Sur les mots Acte, Action, Activité, Agent, voir l’étude de R. Bouvier dans 
la Revue de Synthèse, tome XIII (1937), p. 191-197. 


Sur Actif. — M. M. Marsal fait remarquer que la confusion est grande dans 
l'usage de ce mot : les mêmes opérations de la perception, passives aux yeux de 
Reid en tant que cognitives, sont actives aux yeux de Biran en tant qu’opérations. 

Ed. Claparède dénonce la même confusion, et distingue : 1° actif au sens de 
spontané, avant son origine dans l'individu considéré ; il s'oppose à ce qui vient 
du dehors ; —- 2° actif, au sens de productif, de constituant une dépense d’énergie. 


Voir au Supplément à la fin de cet ouvrage l'analyse détaillée qu’il a donnée de ces 
deux sens. 


Sur Actif (Intellect). -— Cf. RENAN, Averroés et l’Averroïsme, 17e partie, Ch. «1. 
(R. Berthelot.) 


ACTION 


comme produite par cet être lui-même, 
et non par une cause extérieure. « Il est 
assez difficile de distinguer les actions 
de Dieu de celles des créatures; car 
il y en a qui croient que Dieu fait 
tout, etc. » LEipniz, Discours de méta- 
physique, ch. vi. 

Plus spécialement, exécution d’une 
volition. « … Quelque chose qui est en 
lui, et que rien, non pas même ce que 
lui-même est avant le dernier moment 
qui précède l’action, ne prédétermine. » 
REexouvien, Science de la morale, I, 2. 


B. Par suite, influence exercée sur 
un autre être. « Tout ce qui se fait ou 
arrive de nouveau est généralement 
appelé par les philosophes une passion 
au regard du sujet auquel il arrive, et 


Ce 


20 


l'agent et le patient soient souvent fort 
différents, l’action et la passion ne 
laissent pas d’être toujours une même 
chose qui a ces deux noms, à raison 
des deux divers sujets auxquels on 
peut la rapporter. » DESCARTES, Pas- 
sions de l'âme, 1re partie, art. 1 — 
Cf. Transitive* (action). 

Au sens physique (très fréquent dans 
les sciences) : « L'action des acides; 
les actions lentes (en géologie) ; l’action 
de la lumière sur les organismes. » 


C. En mécanique, sens technique : 
produit d’une énergie par un temps. 
— Sur la différence de l’action dite 
« maupertuisienne », et de l’action dite 
« hamiltonienne », ainsi que sur le 
principe de lu moindre action, voir ci- 


21 
CHR 

D. (Opposé à inuction.) Activité, 
travail, effort. « 1] n’est pas requis plus 
d'action pour le mouvement que pour 
le repos. » DESCARTES, Principes, Il, 26. 

En particulier, effort moral : « La 
certitude est une région profonde où la 
pensée ne se maintient que par l’action. 
Mais quelle action ? Il n’v en a qu’une: 
celle qui combat la nature et la crée 
ainsi, qui pétrit le moi en le froissant. 
Le mal, c’est l’égoiïsme, qui est au fond 
lâcheté : la lâcheté, elle, a deux faces : 
recherche du plaisir et fuite de l'effort. 
Agir, c’est la combattre. » J. LAGNEAU, 
Fragments, Revue de Métaph., 1898, 
p. 169. 

E. (En tant que l’on distingue l’ac- 
tion de l'intelligence, ou de la pensée) : 
la spontanéité des êtres vivants, et 


ACTION 





rant radicalement de la représentation 
et opposé à celle-ci (voir ci-dessus la 
division de Re1p, citée à l’article actif *}; 
— soit comme étant « ce qui enveloppe 
l'intelligence, la précédant et la prépa- 
rant, la suivant et la dépassant ; par 
conséquent, ce qui, dans la pensée 
même, est synthèse interne plutôt que 
représentation objective. » Lettre de 
M. Maurice BLzonpre à M. Lalande sur 
l'article Action, dans la première édi- 
tion du Vocabulaire (S). Cf. l'ouvrage 
du même auteur intitulé L’ction. 


CRITIQUE 


Le mot action tire son caractere phi- 
losophique du terme agir (agere, pous- 
ser), qui se rattache d’un côté au sen- 








une action au regard de celui qui fait | dessous l’article et, au Supplément, les 
“ HR . : 
qu'il arrive; en sorte que bien que ! observations de M. René BERTHELOT. 


Sur Action. — Cet article a été remanié dans la 4€ édition. 

Le sens À était défini, dans la rédaction primitive : « Changement d’un être 
considéré comme produit par cet être lui-même, etc. » MM. Maurice Blondel et 
Ch. Werner m'ont écrit que « changement » leur paraissait impropre, une pensée 
contemplative, ou une volonté immuable étant aussi des formes d'action. 
M. M. Bzonoez, sans formuler de définition proprement dite, donnait de l’action 
l'analyse qui est reproduite ci-dessous ; M. WERNER proposait : « Développement 
de la puissance qui appartient à un être de par sa nature. » — La question a été 
sommairement examinée, mais non résolue, à la séance du 3 mai 1923. On y a 
écarté la définition : « Développement de la puissance. », ainsi que la formule 
(proposée par un des membres de la Société) : « Ce qui, dans un être, est considéré 
comme produit par cet être lui-même, etc. » Aucun texte n’a été approuvé d’un 
commun accord ; ons’est arrêté à maintenir, faute de mieux, la rédaction primitive, 
tout en m’engageant à chercher encore quelque terme qui échappât, si possible, 
à l’objection indiquée. J’ai cru pouvoir adopter finalement le mot « opération », 
employé d’ailleurs par M. M. BLoNDEL dans la note suivante, et qui m'a paru 
assez général pour donner satisfaction aux scrupules indiqués. Cf. « Opus quod 
operatur Deus a principio usque ad finem, summaria nempe naturae lex... » Bacon, 
De dignitate et augm. scient., livre III, ch.1v, citant L’Ecclésiaste, III, 11. (A. L.) 

— Le mot action, plus concret qu’'acte, exprime ce qui est à la fois principe, 
moyen et terme d’une opération qui peut rester immanente à elle-même. Pour en 
comprendre et en hiérarchiser les diverses acceptions, il est bon d’user de la dis- 
tinction traditionnelle entre moeïv, npétreuwv et Geuwpeïv — 1° L'action peut 
consister à modeler une matière extérieure à l’agent, à incarner une idée, à faire 
coopérer, pour une création artificielle, diverses puissances physiques ou idéales. — 
2° L'action peut consister à façonner l’agent même, à sculpter ses membres et ses 
habitudes, à faire vivre l'intention morale dans l’organisme, à spiritualiser ainsi 
la vie animale elle-même, et, par elle, la vie sociale. — 3° L'action peut consister à 


timent intérieur de l'effort et de la 
: volonté, de l’autre aux mouvements 





particulièrement de l’homme, conçue 
soit comme un ordre de facultés diffé- 


réaliser la pensée en ce qu’elle a de plus universel, d'éternel : la contemplation, au 
sens fort et technique, est l'action par excellence. Dans le premier sens, l’action 
semble s'opposer à l’idée ; elle lutte pour dominer une matière plus ou moins 
rebelle, mais elle doit finalement profiter de cette lutte mème, et s'enrichir par la 
collaboration de ses moyens d’expression. Dans le second sens l’action semble 
s'opposer à l'intention, qu'elle risque de traduire imparfaitement et de détériorer, 
mais qu’au contraire elle doit préciser, féconder, achever. Dans le troisième cas 
laction contemplative semble s'opposer aux démarches et à l'agitation discursive 
de la méditation ou de la pratique ; mais en réalité elle exprime l'unité parfaite de 
l'être et de la connaissance que préparent les conflits provisoires et subalternes 
de toutes les puissances extérieures, intérieures, supérieures enfin réconciliées, 
hiérarchisées, actualisées. Il ne faut donc pas conclure de ces conflits transitoires à 
une hétérogénéité radicale et finale entre pensée et action. Cette prétendue 
opposition, qu’en ces dernières années on a maintes fois alléguée, impliquerait une 
double erreur : il faudrait, pour qu’elle fût réelle, que la pensée se bornât à être un 
système de représentations, de relations, d’abstractions notionnelles, détachées de 
la vie, et se substituant à elle ; or c’est faux ; et il faudrait que l’action fût une 
Poussée de puissance irrémédiablement obscures, que la conscience ne saurait 
éclairer, reprendre à son compte, conquérir et parfaire ; or c’est également faux. 
L'action doit constituer la synthèse de la spontanéité et de la réflexion, de la 
réalité et de la connaissance, de la personne morale et de l’ordre universel, de la vie 
intérieure de l'esprit et des sources supérieures où elle s’alimente. Joubert a dit : 
« Penser à Dieu est une action. » Saint-Jean-de-la-Croix avait dit plus profondé- 
ment : « L'action qui enveloppe et achève toutes les autres, c’est de penser vraiment 
à Dieu. » (Maurice Blondel.) 

. Au sens moral, « action » signifie décision, démarche, intervention efficace, par 
initiative propre, d’une activité volontaire qui n’est déterminée ni par sa nature, 
ni par rien d’extérieur à elle ; en sorte que si l’action, ainsi entendue, n’est pas 


ACTION 


24 





extérieurs qui en sont la manifesta- 
tion, ou qui ont primitivement suggéré 
à des observateurs anthropomorphistes 


Anfang war die T'at », qu'il substitue 
à das W'ort (le verbe), der Sinn {la 
pensée), et dans lequel il absorbe die 


28 


l’idée d’une relation analogue : l’action 
de l’eau sur le feu, par exemple, étant 
conçue comme une lutte et un effort. 
De plus, comme l’a fait remarquer 
Josiah Royce (Bazpwin, V9 Activity), 
la théorie d’Aristote qui fait de Dieu 
«l'acte pur » en même temps que l’Être 
suprème, a causé une forte association 
d'idées, et souvent même une confusion 
entre ce terme et celui de réalité. On 
en retrouve la trace dans la célèbre 
formule : Ce qui n'agit pas n’est pas, 
qui peut signifier que la réalité dépend 
de l’action À (de l'existence d’une na- 
ture propre, ce qui est presque une 
tautologie) ; ou de l’action B (exercée 
sur les autres) : ou de l’action au sens 
éthique D, c'est-à-dire de l'effort. Il en 
est de même de la conclusion de Faust : 
« Au commencement était l’action, -1m 


Kraft (la force). Elle peut désigner soit 
le caractère éternel et primitif du deve. 
nir, par opposition à l’idée d’une cause 
transcendante ; soit l’antériorité du 
non-intellectuel sur l'intellectuel ; soit 
encore la croyance animiste que le 
monde entier repose sur un effort ana- 
logue au désir dont nous avons cons- 
cience. (Le plus probable est d’ailleurs 
que ces idées différentes, conciliables 
ou non, ont été à la fois aperçues par 
lPauteur, et que de leur multiplicité 
mème, confusément sentie, résulte l’im- 
pression de profondeur que donne ce 
vers.) 

Rad. int. : À. Ag; B. Influ,; C. Ak- 
cion ; D. Labor ; E. Akcion. 


Action (Principe de la moindre). — 
Proposition de mécanique qu’on peut 





toujours création d’être, c’est toujours création d'événement, de phénomène, donc 
toujours un commencement dont la volonté qui le produit est responsable. — Au 
sens physique, comme lorsqu'on parle de l’action des acides, de laction du feu, 
de l’action de la masse, etc., le mot action signifie au contraire quelque chose qui 
résulte de la nature même de l’agent, l'agent quel qu'il soit, étant conçu comme 
déterminé à le produire en raison des propriétés qui le constituent, et dont, à 
aucun degré, on ne l’imag'ine responsable. — C'est ainsi que jadis on distinguait 
les actus humani, ou actions que l’homme accomplit en le sachant et en le voulant, 
et les actus hominis, ou actions que l’homme produit, sinon sans le savoir, du 
moins sans le vouloir, de par ce qu'il est naturellement. (L. Laberthonnière.) 

— Le sens C a é té ajouté sur la proposition de MM. René Berthelot, Brunschvicg, 
Louis Weber. 

Sur le sens E. — La plupart du temps, quand on distingue l’action de l'intelli- 
gence. c’est pour distribuer des prix à l’une ou à l’autre, pour les classer et les 
hiérarchiser. — Tantôt, au nom de l’action, on adresse des malédictions à la 
pensée pure, et l’on vit dans ce que J. St. Blackie appelle « /a folie de l’extériorité » ; 
tantôt on déclare que la pensée est supérieure à tout et que l'action n’en est 
jamais qu’une imasge affaiblie. C’est proprement alors l’impuissance de contempler, 
&oféverx Bewptac ; l'action devient une grande pauvreté. « Oh faiblesse d’agir...! » 
Quand on est sûr de ses idées, à quoi bon les faits qui les confirment ? Cf. le mot 
célébre de Villiers dans Axel : « Vivre. les serviteurs feront cela pour nous. » 
(Louis Boisse.) — Cf. du même auteur : le Fétichisme de l’action (Action morale, 
15 nov. 1902). 


ACTIVISME 





énoncer sous une forme générale (pré- 
cisée depuis le xvue siècle de diverses 
manières chez Fermat, Maupertuis, 
Euler, Hamilton) en disant que l’ac- 
tion, au sens C, est constamment un 
minimum (ou un maximum) ;ouencore, 
et plus généralement, que sa variation 
est nulle, qu’elle possède une valeur 
stationnaire (d’où le nom de « Principe 
de l’action stationnaire », dont on fait 
quelquefois usage aujourd’hui). Cette 
proposition a été considérée, tantôt 
comme ayant une portée métaphy- 
sique ; tantôt comme une vérité qui 
relève uniquement de la science posi- 
tive ; tantôt comme le principe fonda- 
mental de la mécanique, tantôt comme 
un théorème démontrable à partir des 
lois générales du mouvement. 

Sur l’histoire de ce principe, et sur 
l'usage qui en est fait par les physiciens 
contemporains, voir le Supplément à la 
fin de cet ouvrage. 


Philosophie de l’action. 

A. Doctrine philosophique de M. Mau- 
rice BLONDEL, principalement exposée 
dans son ouvrage L’Action (1893). « Elle 
s’est attachée à ces deux problèmes et 
dans cet esprit : 1° Étude des rapports 
de la pensée avec l’action, de manière 
à constituer une critique de la vie et 
une science de la pratique, dans le 
dessein d’arbitrer le différend entre 
l'inteliectualisme et le pragmatisme par 
une « philosophie de l’action » qui enve- 
loppe une « philosophie de l’idée » au 
lieu de l’exclure ou de s’y borner. — 
20 Étude des rapports de la science 
avec la croyance et de la philosophie 
la plus autonome avec la religion la 
plus positive, de manière à éviter le 
rationalisme aussi bien que le fidéisme, 
et dans le dessein de retrouver, par un 
examen rationnel, les titres intrin- 








sèques de la religion à l’audience de 
tous les esprits. » Lettre de M. Maurice 
BLonpeLz à M. Lalande, sur l'épreuve 
de cet article (2e édition). — Voir ci- 
dessous Jntellectualisme*, Pragmatis- 
me* ; et La Signification du pragma- 
tisme, par M. Paropt, dans le Bulletin 
de la Société de philosophie, juillet 1908, 
avec une lettre de M. BLONDEL. 


B. En un sens différent, et plus large, 
se dit du pragmatisme, de l’humanisme, 
de l’instrumentalisme, et de toutes les 
doctrines qui soutiennent la primauté 
de l’action par rapport à la représen- 
tation. 


« Activation des tendances » (Pierre 
JANET), voir plus loin l’article Attente*. 


« ACTIVE (École) ». — « On appelle 
ainsi, en pédagogie, l’école fondée sur 
le principe de l'éducation fonction- 
nelle. » (Ed. Claparède.) — Voir Fonc- 
tionnel*, A. 

Pour les équivoques du mot « ac- 
tive » dans cette expression, voir les 
observations sur Actif, dans le Supple- 
ment à la fin du présent ouvrage. 


« ACTIVISME », D. A ktivismus ; E. 
Activism ; |. Attivismo. 

A. « Prendre la file immédiate, étu- 
dier le passé qui agit d’une façon dis- 
tincte et continue sur nous, se placer 
au point de vue du présent, c’est l’ac- 
tualisme, ou si l’on veut l’activisme 
que nous croyons justifié dans les 
recherches morales. » F. Raux, Études 
de morale, p. 204. 

B. Eucken, dans les Geistige Strô- 
mungen der Gegeniwartl, a distingué 
du pragmatisme ce qu’il appelle Pacti- 





1. Les courants spirituels contemporains. 


Principe de la moindre action. — Nouvelle rédaction due à M. René Berthelot. 


Il a bien voulu y joindre un commentaire historique, trop étendu pour être inséré 
Sur la CRITIQUE. — De l’adage : « Ce qui n’agit pas n’est pas », on peut rap- ici, mais qu’on trouvera au Supplément à la fin du présent ouvrage. 
| procher aussi la formule : « Un être est où il agit », formule qui se rencontre chez 


1 les Scolastiques, et dont déjà les Stoiciens faisaient usage. (R. Berthelot.) Sur Astivisme, — Texte de A.‘J. Jones communiqué par GC, C,:J. Webb, 








ACTIVISME 


visme. « The position Eucken adopts is 
one of Activism. In common with 
pragmatism, it makes truth a matter 
of life and action rather than of mere 
intellect, and considers fruitfulness for 
action a characteristic of truth. He 
differs from the pragmatic position in 
that he contends truth is something 
deeper than mere human decision, that 
truth is truth not merely because it is 
useful, that reality is independent of 
our experience of it, and truth is gained 
intuitively through a life of actiont. » 
À. J. Jones, Rudolj Eucken, a Philo- 
sophy of Life, p. 41. 


ACTIVITÉ, D. Aktivität, Tätigkeit ; 
faculté : Wirkungsfähigkeit (EISLER) ; 
— E. Activity (plus large : signifie éga- 
lement action ou ensemble d’actes) ; — 
I. Attivita. 

A. Caractère de l'être qui est actif*, 
aux divers sens de ce mot. 

B. Synonyme d'action aux sens D, 
E, avec des nuances : action est plus 
concret et d’une allure plus moderne ; 
activité plus scolaire ct plus neutre. Ce 
mot sert, depuis une cinquantaine 
d'années, dans la plupart des cours 
de philosophie français, à désigner le 
groupe des phénomènes psychologiques 
que forment la volonté, l'instinct, les 
tendances, l’habitude, et autres faits 


1. La position qu'adopte Eucken est celle de l'acti- 
visme. Comme le pragmatisme, elle fait de la vérité une 
affaire de vie et d'action plutôt que de pur intellect, et 
considère la fécondité pour l’action comme un carac- 
tère essentiel de la vérité. Elle en diffère en ce qu'il sou- 
tient que la vérité est quelque chose de pins profond que 
la pure décision humaine, que la vérité n'est pas vérité 
uniquement parce qu'elle est utile, que la réalité est in- 
dépendante de l'expérience que nous en avons, et qu’on 
obtient la vérité intuitivement, par une vie d'action. » 





à 


24 
de même caractère ; il a succédé dans 
cet emploi au mot volonté, qui formait 
précédemment (avec sensibilité et intel. 
ligence) l’une des trois divisions consa- 
crées de la psychologiet. 


CRITIQUE 


Voir action*. — Ce mot paraît impos- 
sible à remplacer par d’autres termes 
plus spéciaux et plus précis dans le 
langage français de la philosophie 
usuelle. I] ne pourrait recevoir de dé- 
termination exacte que dans une langue 
artificielle à suffixes bien déterminés : 
« Agad, agantes, agives, agemes ; ago- 
fakultat ; labor, laborad, etc. » 


ACTUALISATION, D. E. Actuali- 
zing ; |. Attualizzazione. 

Fait de rendre actuel, au sens À, de 
faire passer de la puissance à l’acte. 

Rad. int. : Aktualig. 


« Actualisme », voir Activisme*, A. 


ACTUEL, D. Aftuell (Wirklich dé- 
signe surtout l’idée de réalité) ;, — E. 
Actual ; 1. Attuale. 

A. Qui est en acte, aux sens Det E, 
par opposition à ce qui est en puis- 
sance, et qu’on nomme virtuel* ou 
potentiel*. L’énergie* actuelle ou ciné- 
tique est celle qui consiste en une force 
vive ; l'énergie potentielle consiste en 
un état dans lequel nous ne discernons 


1. Voir paroxemplele Manuel de Philosophie d'Amédée 
Jacques, Jules Simon, Emile SA1SSET (1846). La 4° édi- 
tion (1863) porte encore la même division, mais elle 
contient le programme du 10 juillet 1863 où l'on dit : 
« Des facultés de l'âme : sensibilité, facultés intelleo- 
tuelles, activité. » 


Sur Activité. — M. Th. de Laguna précise le sens du mot anglais activity : 
« Nous pouvons parler, nous écrit-il, des charitables activities d’un homme ; et le mot 
dans ce cas ne s’applique pas à chaque acte particulier de charité, mais aux 
diverses directions dans lesquelles sa charité se manifeste. » 


Sur Actuel. — L’anglais a conservé à l’adjectif actual et à l’adverbe actually un 
sens à la fois très usuel et très voisin du sens aristotélique. (J. Lachelier.) 
— On en trouve aussi quelques traces en français en dehors de l’usage propre- 


35 


a 


pas de mouvement perceptible (énergie 
chimique, énergie contenue dans le 
système de deux corps immobilisés qui 
se repoussent ou s’attirent suivant une 
certaine loi). 

B. Présent, qui existe ou se fait au 
moment où l’on parle. 

C. Sens divers : « Grâce actuelle », en 
théologie s'oppose à grâce habituelle ; 
« péché actuel » à péché originel ; « vo- 
lonté actuelle » à volonté potentielle ; 
«intention actuelle » à intention vir- 
tuelle. LITTRÉ, sub Vo. 

Rad. int. : Aktual. 


ACUITÉ (sensorielle), D. Schürfe ; 
E. Acuteness ; 1]. Acutezza. 

Capacité pour les sens : 1° de perce- 
voir des excitations plus ou moins 
faibles ; — 2° de distinguer deux per- 
ceptions plus ou moins voisines en 
distance ou en qualité. 

Rad. int. : Akutes. 


« Adaptat », cf. Agrégat*. 


ADAPTATION, D. Anpassung ; E. 
Adaptation ; 1. Adattamento. 

A. État de ce qui est en harmonie 
avec son milieu, ou, plus généralement, 
avec ce qui agit sur lui. 

B. Modification d’une fonction ou 
d’un organe ayant pour résultat de les 
mettre en accord avec tout ou partie de 
leur milieu, soit interne, soit externe. 


ADDITION LOGIQUE 


REMARQUE 


J. M. Bazrowix et LLoyp Morcan 
proposent de restreindre le mot aux 
adaptations acquises et fixées, parti- 
culièrement par l’hérédité, et de dési- 
gner les premières variations indivi- 
duelles par le mot accommodation* 
(Dict. of philos. and psych., sub Vo). — 
TARDE l’applique, au contraire, à l’état 
des éléments, organiques ou non, qui 
sont coordonnés ensemble, ou subor- 
donnés à leur milieu. Les lois sociales, 
chap. mnt. 

Rad. int. : À. Adaptad ; B. Adaptur. 


ADDITION LOGIQUE, D. Logische 
Addition ; E. Logical addition ; 1. Ad- 
dizione logica. 

Opération logique applicable aux 
concepts (ce qui en est l’usage le plus 
ordinaire) et aux propositions. Elle est 
représentée soit par +, soit mieux 
par U. 

A. La somme logique de deux (ou 
plusieurs) concepts (ou, plus exacte- 
ment, de leurs extensions) est l’en- 
semble des individus qui font partie de 
l'extension de l’un quelconque d’entre 
eux. Exemples : les Anglais et les Fran- 
çais ; les Européens et les Russes. 

B. La somme logique de deux (ou plu- 
sieurs) propositions est la proposition 
qui affirme que l’une (au moins) de ces 
propositions est vraie. Voir Disjonction*. 

Rad. int. : Adicion(o) logikal(a). 





ment philosophique : « Serait-il de la bonté d’un prince : 1° de donner à cent 
messagers autant d'argent qu’il en faut pour un voyage de deux cents lieues... 
40 d’emprisonner actuellement quatre-vingt-dix-huit de ces messagers dès qu’ils 
seraient de retour ? etc. » BayLE, Réponses aux questions d'un provincial, ch. 94, 


cité dans LEIBNIZ, T'héodicée, $ 161. — ComTE emploie de même actualité au sens 
de réalisation effective : « Ce moyen. ne saurait jamais comporter toute l'actualité 
nécessaire pour qu’il pût entièrement suffire... » (11 s’agit de la mesure du temps 


par la position des étoiles.) Cours de philos. positive, 20° leçon. (A. L.) 


Sur Addition logique. — La rédaction du $ B a été modifiée conformément à la 
Proposition de M. Th. de Laguna. 

— L'emploi de cette expression tient à ce que l’opération logique dont il s’agit 
Présente toutes les propriétés formelles de l'addition arithmétique, sauf celle 
exclut le principe de tautologie aXaxXa.…—a; a+a+a.—=a. 
(R. Berthelot.) 





ADÉQUAT 


ADÉQUAT (du L. Adæquatus); D. 
Adäquat ; E. Adequat ; I. Adequato. 

A. Se dit d’une idée qui représente 
parfaitement et complètement son ob- 
jet, d’une énonciation qui ne diffère 
en rien de ce qu’elle est destinée à 
énoncer. 

B. Pour SPiINozA, une idée est adé- 
quate, lorsqu'elle possède toutes les 
propriétés ou dénominations intrin- 
sèques de l’idée vraie*, Éthique, II, 
Déf. 4. 

C. Pour LE1BNIz, une connaissance 
adéquate est une connaissance dis- 
tincte dont les éléments eux-mêmes 
sont distincts, c’est-à-dire une notion 
qui est entièrement analysée en notions 
simples, de sorte qu’on en connaisse 
a priori la possibilité*. Discours de 
Métaph., ch. xxiv. 

Rad. int. : Adokuat. 


AD hominem (Argument). Se dit 
d'un argument qui ne vaut que contre 
l’ad versaire que l’on combat, soit que 
cet argument se fonde sur une erreur, 
une inconséquence ou une concession 
de l'adversaire, soit «qu’il vise tel ou 
tel détail particulier à l’individualité 
ou à la doctrine de celui-ci. 


« À DICTO secundum quid ad dictum 
simpliciter » (mot à mot : de ce qui est 
dit relativement à quelque chose, à ce 
qui est dit sans restriction) ; formule 
classique traduisant ARISTOTE : « xati 
td rfxai amA&G » Des sophismes, 168b11. 

Sophisme consistant à passer d’une 





à 4 


26 
assertion vraie dans un domaine limité 
(par exemple que tel régime est bon 
pour tel tempérament) à l’assertion 
générale correspondante (que ce ré. 
gime est bon en soi, et pour n’importe 
qui). 


AD judicium, (Appel) au jugement, 
est opposé par Locke aux divers argu- 
ments ad hominem, ad ignorantiam, ad 
verecundiam. Essay, IV, xvir, 22. 


AD ignorantiam, (Appel) à l’igno. 
rance. — On nomme ainsi différentes 
manières de raisonner, généralement 
sophistiques : 

A. Profiter de ce que l’interlocuteur 
ignore un fait qui s’opposerait à l’ar- 
gument invoqué. Cf. Subreption*. 

B. « Exiger que l’adversaire admette 
la preuve ou qu’il en assigne une meil- 
leure. » LeiBniz, Nouv. Ess., IV, xvu, 
20 (résumant Locke, Essay, même ja- 
ragraphe). Il en distingue deux formes : 
l’une à laquelle il conserve le nom d'ad 
ignorantiam, et qui consiste à imposer 
à l’adversaire l’onus* probandi ; l’autre 
qu’il appelle ad vertiginem (appel au 
vertige), mais qui est probablement ce 
que visait Locke ; « c’est, dit-il, quand 
on raisonne ainsi : si cette preuve n’est 
point reçue, nous n’avons aucun moyen 
de parvenir à la certitude sur le point 
dont il s’agit ; ce qu’on prend pour une 
absurdité ». 

Voir, dans la suite du texte, la dis- 
cussion des cas où ces arguments peu- 
vent être valables. 


27 


ADMETTRE, D. Zulassen, zugeben ; 
annehmen (surtout aux sens C et D); 
— E. A. to admit; to assume (voir 
Assomption*, observations) ; — I. Am- 
mettere. 


1° En parlant des hommes : 


A. Reconnaître, ou tenir pour vrai. 
« Je l’'admets. » — « Il est admis que... » 
_— « Une opinion admise. » — « Des- 
cartes admet que l'esprit est plus aisé 
à connaître que le corps. » 

Le mot, en ce sens, implique presque 
toujours une réserve ; ou bien on veut 
indiquer qu'on se borne à ne pas nier 
une certaine thèse, au moins pour le 
moment ; ou bien on veut rappeler que 
celui dont on parle n’a fait que sous- 
crire à une idée courante, sans la cri- 
tiquer; ou encore on annonce par 
l'emploi de ce terme qu’on a soi-même 
des objections contre ce qu’un autre a 
«“ admis ». 

B. Accepter à titre d’instrument in- 
tellectuel, de règle ou de convention 
établie. « Une classification admise. » 
— « Admettre les rejets » (dans la versi- 
fication) ; — « les accords dissonants » 
(dans la composition musicale), etc. 

C. Recevoir à titre de principe pro- 
bable ou approché, dont l'usage est 


ADMIRATION 


plus ou moins complètement justifié 
par les prévisions ou les applications 
qu'il rend possibles. « Nous admettrons 
que l’action des corps très éloignés est 
insensible. » — « On peut admettre 
pour le rapport de la circonférence au 
diamètre la valeur 3,1416. » 

D. Prendre pour point de départ 
d’un raisonnement une proposition 
(lexis*) sans s'inquiéter de savoir si 
elle est vraie ou fausse, probable ou 
improbable, mais seulement afin d’éta- 
blir quelles en sont les conséquences. 
« Admettons que le nombre des étoiles 
soit infini. » 


29 En parlant des choses : 


E. Comporter ; être apte à recevoir 
par sa nature. « Ce texte admet plu- 
sieurs interprétations. » — « Une règle 
qui n'’admet pas d’exceptions. » Voir 
Assomption* et Hypothèse*. 

Rad. int. : À. Agnosk ; B. Konsent; 
C. Grant ; D. Postul ; E. Admis. 


ADMIRATION ({L. .idmiratio). Outre 
son sens usuel, ce mot présente chez 
Descartes le sensétymologique d’éton- 
nement. Il la considère comme étant à 
l'origine de toutes les passions. (Traité 
des passions, Deuxième partie, art. 53. 


Sur Admettre. — Article omis dans la première édition, et ajouté pour tenir 
compte des distinctions analogues établies par M. de Laguna à propos des mots 
anglais Assumption et to assume. Voir Assomption, observations. 


Sur Admiration. — Article complété conformément à une remarque, de 





Sur Adéquat. — La définition de Spinoza, assez énigmatique si l’on considère 
ce texte isolé, aurait besoin d’être éclaircie à l’aide d’autres parties de l’Éthique. 
La conception fondamentale me semble être à peu près la suivante : une idée est 
adéquate dans un esprit quand elle s’y trouve accompagnée de toutes celles qui 
sont requises pour en rendre pleinement raison. (E. Leroux.) — Il est difficile 
d'exprimer en quelques mots le sens et la portée d’une formule spinoziste, sans 
prêter à la controverse, que nous avons préféré, ici comme en d’autres passages, 
renvoyer purement et simplement au texte ; il serait trop long d’en rapprocher 
tous les passages nécessaires pour le commenter ; nous nous bornons donc à 
insérer la remarque de M. Leroux, qui nous paraît très propre à orienter l'esprit 
dans la recherche de ce commentaire. (A. L.) 


Louis Prat, qui insiste sur le caractère primitif de admiration chez Descartes : 
«“ Quamprimum nobis occurrit aliquid insolitum objectum, et quod novum esse 
judicamus, aut valde differens ab eo quod antea noveramus, vel supponebamus 
esse debere, id efficit ut illud admiremur et eo percellamur. Et quia hoc contin- 
gere potest antequam ullo modo cognoscamus num illud objectum sit nobis 
Conveniens necne, Admiratio mihi videtur esse prima omnium passionum. » 
Descartes, Passions de l’âme, 2° partie ; début de l’article Lin. 

Le terme admiration comporte trois usages philosophiques : 19 Chez Aristote ou 
Spinoza, le vulgaire admire que les choses soient comme elles sont ; le savant 
admirerait qu'elles fussent autrement : la connaissance de la nécessité inhérente 

l’ordre total supprime donc l'admiration ou la transforme en une impassible 
Contemplation intellectuelle. — 2° Chez Descartes, l'admiration est la passion 
fondamentale du philosophe (Traité des Passions, 11, 53) ; consistant d’abord en 
Une surprise qui provoque la recherche et reste l'âme de la philosophie parce qu’il 





ADVENTICE 


ADVENTICE {L. .idventitius). Cogi- 
tationes adventitiæ, Idées adventices, 
DEscarTEs. Celles qui nous sont four- 
nies par les sens. S’oppose aux idées 
innées, et aux idées factices, c’est-à-dire 
construites. Troisième Méditation, $ 8 


AD verecundiam, (Appel) au respect, 


ou peut-être plus exactement à l’inti- 
midation. C'est, dit LeirBxiz (résumant 
Locke, Essay, IV, xvi1, 19) « quand 
on cite l’opinion de ceux qui ont acquis 
de l'autorité par leur savoir, rang, 
puissance, ou autrement; car lors- 
qu’un autre ne s’v rend pas prompte- 
ment, on est porté à le censurer comme 
plein de vanité et même à le taxer 
d’insolence ». Vouveaux Essais, Ibid. 
— $e dit en particulier de l’appel à 
une opinion universellement admise, 
ou censée telle. 


28 

AFFECTER (L. Afficere, Affectare) . 
D. Afjisieren ; E. Affect ; I. Commuo. 
vere. 

A. Exercer une action, au sens B. Xe 
s'emploie que quand l’objet de cette 
action est un être vivant. Voir Affec. 
uif*. « La lumière affecte la rétine. » 

B. En particulier, exercer une action 
sur la sensibilité* ; et plus spécialement 
encore, produire un état de tristesse. 


CRITIQUE 


Il faut éviter en psychologie ce der. 
nier sens, qui est une source d’équivo. 
ques. Ce mot présente d’autres sens, 
non philosophiques, mais sans amhi. 
guité. 

Rad. int. : A. Influ; B. Afekt. (Au 
sens d’attrister, Aflikt.\ 


AFFECTIF, D. Gefühls.. ; E. Affec. 


29 ss 

Affectif diffère de Passif en ce qu'il 
contient de plus : 1° l’idée qu’il s’agit 
d'un phénomène de sensibilité, au 
gens B ; 2° l’existence d’une réaction 
de la part de l’être sentant, qui exprime 
par un certain état individuel la modi- 
fication reçue du dehors. On appelle 
« ton affectif » ou « élément affectif » 
d’une sensation la part de sensibilité 
qui y est contenue, en tant qu’on l’op- 
pose à son aspect représentatif ; — 
« mémoire affective », la reviviscence, 
à titre de simples souvenirs, de senti- 
ments éprouvés autrefois. (Mais l’exis- 
tence d’une mémoire affective propre- 
ment dite est discutée.) Cf. Mémoire*, 
et observations ci-dessous. 


CRITIQUE 


Très bon terme philosophique ; il a 
eu autrefois le sens d’affectueux, mais 





AFFECTION 


en est aujourd’hui complètement dée- 
barrassé. 
Rad. int. : Afektiv. 


AFFECTION {L. Affectus, Affectio) : 
D. Affektion, Gefühl. (Sur l’usage alle- 
mand du mot Affekt, voir Wunopr. 
Physiol. Psychol., Il, 404) ; — E. Affec- 
tion (Affect est proposé par les contem- 
porains dans un autre sens, celui de 
mobile* venant de la sensibilité ; BazD- 
WIN, MACKENZIE, STOUT, dans le Duct. 
of philos. and psych., sub V0), — I. 
Affecto, Affezione. 

A. Tout mouvement «le la sensibilité. 
au sens B, qui consiste en un change- 
ment d'état provoqué par une cause 
extérieure. Ce mouvement suppose 
l'existence d’une tendance, mais ne se 
confond pas avec elle : « La conscience 
de chaque affection. enveloppe celle 


AD vertiginem, voir .{d* ignoran- | (fe; I. Affettivo. | ee 
Désigne le caractère générique du 


tam. 
plaisir*, de la douleur*, et des émo- 
AESTHOPHYSIOLOGIE, E. Æstho- | tions*, qu'on appelle souvent du nom 
physiology. (SPExCER, Princ. of Psy- | commun d’ «états affectifs ». L’expres- 
chol, I, ch. 6) : étude des rapports : sion « tendances affectives » est aussi 
entre la physiologie et la psychologie ! appliquée aux inclinations* et aux 
de la sensation. passions*. 








faut toujours pouvoir s'étonner, elle survit à la découverte même, et devient un 
sentiment de joie esthétique et métaphysique, comme l'indique la fin de la 
3e Méditation, où Descartes s'arrête devant Dieu pour « considérer, admirer et 
adorer l’incomparable beauté de cette immense lumière ». — 3° Ollé-Laprune a 
vu dans l’admiration le ressort moral de la philosophie, l’âme de l’éducation, le 
viatique de la vie spirituelle, la récompense finale d’un amour de la vérité comme 
elle en avait été le commencement et l’attrait : le rôle que d’autres attribuent à la 
curiosité, à l'inquiétude, il le fait jouer à ce sentiment de joie confiante qui épanouit 
l’être dans la possession toujours accrescible d’une réalité infiniment riche et 
bonne. Voir son discours sur l’Admiration!. (Maurice Blondel.) 


Sur Affecter. — To affect, en anglais, peut s’employer même quand l’objet de 
l'action n’est pas un être vivant. (Th. de Laguna.) 

— M. Ch. Werner rappelle que Kant se sert du mot afficiren pour désigner 
l’action que l’objet exerce sur la sensibilité (Esthét. transe, $ 1). 


Sur Affectif. — Article complété d’après des indications dues à Fr. Abauzit 
et à M. Louis Weber. 


J’estime, malgré les objections élevées contre l'existence de la mémoire affec- 





à du dans BLownet. Léon Ollé-Laprune, l'Achèvement ef l'Avenir de son tEuvr:, pages 290-296. Cf. ibid, p. 44. 


tive, qu’elle est aussi constante que la mémoire intellectuelle et aussi répandue. 
Elle ne cadre pas avec le dualisme bergsonien de la mémoire pure et de la mémoire 
motrice ; mais c’est à mon sens ce qui montre le mieux la fragilité de la conception 
bergsonienne sur le souvenir. 

Dans le caractère affectif de certains états qui apparaissent avec le caractère 
d’un passé retrouvé, reconnu, et plus ou moins localisé dans le temps, il n’y a ni 
plaisir ni douleur. 11 y a peut-être de l'émotion, — encore que le terme altère ici 
ce qu’il prétend désigner : car lorsqu'on parle d'émotion, on pense toujours plus 
ou moins aux émotions massives et frustes, aux émotions-chocs, tandis qu’il n’y a 
rien de pareil dans les souvenirs affectifs. M. Piéron, notamment, dans la Revue 
Philosophique de 1902, a décrit certains cas de ce genre avec une précision remar- 
quable et avec d’heureuses expressions. Bref, le caractère « affectif » d’un état de 
conscience serait, en son fond, une conscience cénesthésique apparaissant par 
intervalles, en certains moments de détente de l’attention et de passivité récep- 
trice, au contact de perceptions externes accidentelles. Cette conscience de la 
cénesthésie — d’une cénesthésie retrouvée, dans le cas où il s’agit d’un phénomène 
de mémoire — n’est émotion que par un mécanisme indirect. Et elle n’est pas 
nécessairement teintée de plaisir ou de souffrance. Ce serait là le propre de l’état 
affectif le plus général, ou si l’on veut, le plus élémentaire. (Louis Weber.) 

L'interprétation du caractère affectif comme étant un ensemble de sensations 
cénesthésiques, ou (dans le cas de la mémoire) d'images d’anciennes sensations 
cénesthésiques, est une hypothèse certainement très plausible, mais non pas un 
fait assez incontestable pour que nous puissions le faire entrer dans la définition 
du terme lui-même. Peut-être même la notion de l’affectif est-elle, psychologi- 
quement, une de ces idées simples que ne peut décomposer l’analyse. C’est pour- 
quoi nous nous en sommes tenus à une définition par extension, dans laquelle 
d’ailleurs le mot émotion doit être entendu au sens le plus large. (A. L.) 

Cf. Louis WEBER, Sur la mémoire affective, Rev. de Métaph., nov. 1914. 





AFFECTION 


à ds 


3 





d’une tendance qui la produit. La ten- 
dance ne nous est donnée que par 
l'affection, etc. » LACHELIER, Psycholo- 
g'e et Métaphysique, à la suite du Fon- 
dement de l'induction, p. 137. 

B. Spécialement, le plaisir et la dou- 
leur, en tant qu'opposés, comme moins 
complexes psychologiquement et phy- 
siologiquement, aux émotions propre- 
ment dites de colère, de crainte, d’es- 
poir, etc. 

C. Inclination élective*, moins in- 
tense et plus régulière que la passion B, 
ct caractérisée par l'absence ou le peu 
d'importance des facteurs physiologi- 
ques. La même nuance existe dans 
l'anglais affection. 

D. Ensemble des états et des tendan- 
ces affectives. « Notre existence morale 
ne comporte une véritable unité qu’au- 
tant que l'affection domine à la fois la 
spéculation et l’action. » A. Courr 
Discours préliminaire. (Pol. pos., I, 15.) 


CRITIQUE 

Les mots 76, Perturbationes animi 
{auctore Cicerone), affectus, affectiones, 
Passtones sont donnés comme syno- 
nymes par St AUGusrix, De civitate 
Der, IX, 4. — Affectio s'emploie selon 
GocLExItTS Pour désigner soit une dis- 
position, soit un état, soit un change- 
ment d’un tre, que la cause en soit 
Interne ou externe. Lex. phil, 28b. I] 
reconnaît pour «ffectus deux sens : 
19 xx0uc, accidens ; 20 les tendances de 
désir et d’aversion en tant que sponta- 
nees et non provoquées par une sensa- 
tion actuelle. Jbid., 80a. Le premier de 
ces sens, qui enveloppe toutes les mo- 
difications d’un être, même intellectuel- 
les, a persisté jusqu’au xvuie siècle. 
Voir un texte de Burrox cité dans Lit- 
tré, sub Vo, — Spinoza prenait affectio 
avec la même généralité, et resteignait 
ainsi qu'il suit le sens d’affectus 
« J'entends par passions (affectus) les 
affections (affectiones) du corps qui 








augmentent ou diminuent sa puissance 
d’agir, etc. » Éthique, III, Déf. 3. 

Pour Descanres, l'affection (C) est 
caractérisée par ce fait qu’on y estime 
l'objet de son amour moins que si. 
même. Elle s'oppose à l'amitié, où 
l'estime est égale ; et à la dévotion, où 
elle est supérieure. Passions de l'âme 
II, art. 83. Cette nuance est entière. 
ment effacée aujourd’hui. Chez Reis 
les affections sont toutes les inclina. 
tions* attractives ou répulsives à 
l'égard de nos semblables. — Maire 
DE BiRAN : « L’affection est ce qui 
reste d’une sensation complète quand 
on en sépare l’individualité personnelle 
ou le moi, et avec lui toute forme de 
temps ou d'espace », ou encore « quand 
l'idée de sensation se trouve réduite à 
la simple sensation sans idée d'aucune 
espèce ». Essai sur les fondements de la 
Psychologie, Œuvres inédites, II, 11. 
M. Pierre JANET conserve le sens de 
Maine de Biran (Automatisme psycho- 
logique, p. 41). 

Il est donc nécessaire de spécialiser 
et de préciser ce terme si l’on veut en 
faire un usage philosophique. Nous pro- 
posons de le restreindre à l’ensemble 
de tous les sentiments statiques qui 
consistent en un état et non en une 
tendance. Les affections comprendront 
alors le plaisir, la douleur, et les émo- 
tions proprement dites. 


. { affections {Plaisir et douleur. 
Senti- émotions. 
RES) tendances | inclinations. 

| affectives } passions. 


Rad. int. : Afekt. 


AFFECTIVITÉ, D. Affektivität, Ge- 
fühl ; E. Affectivity, feeling ; I. Affet- 
livila. 

A. Caractère des phénomènes affec- 
tifs. 

B. Ensemble des phénomènes affec- 
tifs. Voir Sensibilité*, B. 





Sur Affectivité. — Voir l’histoire de ce m 


ot et la critique de son sens par 


M. Maurice Pradines, Revue de Synthèse, octobre 1935. 


s1 . et 


Afférent, voir Efférent*. 


AFFINITÉ (L. Affinitas) ; D. Ver 
wanditschaft, Affinüät; ÆE. Affinity; 
J. Affinità. 

A. Alliance (analogue aux alliances 
de famille, sens propre d’affinité chez 
les jurisconsultes). 

B. Ressemblance, liaison ou attrac- 
tion résultant d’une ressemblance. 

C. Attraction, analogue à l'attraction 
moléculaire qui produit les combinai- 
sons chimiques, et qui a été appelée 
affinitas par ALBERT LE Granp. Le 
mot, au sens chimique, est surtout 
devenu populaire avec BOERHAAVE (S). 


CRITIQUE 


Terme vague, qui n’a que deux em- 
plois à peu près définis : 10 les Affinités 
électives (Wahlverwandischaften), titre 
d’un roman de GŒTHE : c’était primi- 
tivement une expression de chimie due 
à Bergmann et désignant les affinités 
qui détruisent un composé au profit de 
nouvelles combinaisons : 2° |’ Affinité 
naturelle des idées, propriété qu’ont les 
phénomènes psychiques de s’attirer 





AFFIRMATION 


l'un l’autre dans le champ de la cons- 
cience par association* des idées (avec 
ou sans ressemblance). 

Rad. int. : Afin. 


AFFIRMATIF, D. Bejahend ; affir- 
mativ ; E. Affirmative ; au sens C, po- 
sitive ; — I. Affermativo. 

A. B. Qui constitue une affirmation, 
soit au sens A, soit au sens B. Quand il 
s’agit d’un jugement ou d’une proposi- 
tion, ce mot s’entend toujours au sens BB. 

C. En parlant des personnes : qui est 
porté à affirmer avec décision, qui 
affirme avec force (dans un cas donné). 

Rad. int. : A. Asertal, Afirmal ; B. 
Asertem. 


AFFIRMATION, D. A. Behauptunz ; 
B. Bejahung ; — KE. Affirmation ; — 
I. Affermazione. 

A. Dans la langue courante, acte 
par lequel on pense ou l’on énonce un 
jugement comme vrai (que ce juge- 
ment soit dans sa forme affirmatif ou 
négatif). S’oppose à question ou à 
doute. En ce sens, toute négation ferme 
est encore une affirmation. 





Sur Affinité — Consulter Étienne GEorFRoY SAINT-HILAIRE, Études pro- 
gressives d’un naturaliste, notamment la dernière étude : « Loi universelle (attrac- 
tion de soi pour soi) ou clef applicable à l'interprétation de tous les phénomènes de 
philosophie naturelle », dans laquelle il appelle affrontement ce qu’on nomme 
d'ordinaire affinité. — Voir en particulier la note de la page 159, où il explique com- 
ment il a formé ce mot. (Louis Boisse.) — Cf. ci-dessous Attraction*, observations. 

« Pour Barchusen, les corps qui ont entre eux de l’affinité se ressemblent, sont 
cousins, ce qui ne veut pas dire qu'ils s'aiment ; pour Boerhaave, au contraire, 
l'affinité s'exerce entre des corps entre lesquels il ne signale aucun rapport de 
similitude, mais qui s'aiment, qui s'unissent et qui célèbrent leurs noces avec plus 
Ou moins de bruit ou d'éclat. » J. B. Dumas, Leçons sur la philosophie chimique, 398. 


(Texte communiqué par M. Marsal.) 


Sur Affirmation. — On peut bien réserver affirmation au sens B, mais peut-on 


réserver de même affirmer ? On dit bien : 
ainsi, la distinction devient précaire. 


« J’affirme que non. » Et s’il en est 
(G. Beaulavon.) — Elle est nécessaire 


surtout lorsque affirmation est pris au sens où le mot désigne, non l’acte d'affirmer, 
mais la chose affirmée ( Afirmato et non Afirmo). Dans le cas du verbe, et du 
substantif à sens verbal, il est facile d’en légitimer l'usage si l’on observe que 
lorsqu'on dit : « J’affirme que non », l’objet de l’affirmation est une lexis prise en 
bloc, et contenant en elle-même la négation, qui reste ainsi extérieure à l'acte 


d'affirmer. (A. L.) 








AFFIRMATION 


B. Loc. Par opposition à négation* 
désigne le caractère d’une proposition 
dans laquelle la copule (au sens général, 
c’est-à-dire la relation considérée entre 
les termes) est simplement posée comme 
existante ; la négation consistant à af- 
firmer (au sens A) l’absence de cette 
relation (par privation ou par exclusion). 


CRITIQUE 


Pour le sens A, il convient de dire 
assertion et de réserver affirmation pour 
le sens B, conformément à la remarque 
faite par M. GogLorT dans son Vocabu- 
laire, et approuvée à la séance de la 
Société de philosophie du 29 mai 1902. 

Rad. int. : A. Asert ; B. Afirm. 


« Affrontement », voir Affinité*, ob- 
servations. 


A FORTIORI (Raisonnement}), L. 
{(sous-entendu : causa). 

A. Raisonnement qui conclut d’une 
proposition à une autre proposition, 
telle qu’il y ait en faveur de la seconde 
les mêmes raisons qu’en faveur de la 
première, et de plus une ou plusieurs 
autres raisons (une objection ou une 
difficulté de moins pouvant compter 
pour une raison de plus). « Je t’aimais 
inconstant ; qu’aurais-je fait fidèle ? » 
Andromaque, acte IV, sc. 5. 

B. Raisonnement qui conclut d’une 
quantité à une autre quantité de même 
nature, plus grande ou plus petite, et 
telle que la première ne puisse être 
atteinte ou dépassée sans que la seconde 
le soit aussi. « Ce que nous venons de 
dire subsistera a fortiori si l'erreur de 
pointé de la lunette, au lieu d’être du 
même ordre de grandeur que celle des 
lectures, est notablement plus faible. » 
COLARDEAU, Approximations dans les 
mesures physiques, p. 279. 


LS 


32 


REMARQUE 


Cette seconde forme de raisonnement 
s'applique également, même dans l'or. 
dre moral, à tout ce qui est considéré 
comme susceptible de degrés; par 
exemple dans le raisonnement du Pro 
Milone : « Si l’on a le droit de tuer Je 
voleur, à plus forte raison l'assassin. , 
L’argument paraît d’ailleurs, sous ses 
deux formes, être d’origine juridique, 
et se rattacher à la règle : « Non debet, 
cui plus licet, quod minus est non 
licere. » ULPIiEN, dans Digeste (Ed, 
Mommsen, livre 50, titre xvii, n° 21. 
Cf. 26 et 110). 


AGENT, D. Der ou Das Wirkende ; 
E. Agent ; 1 Agente. 

Transcription du L. Scol. Agens, ce 
qui agit ou celui qui agit. Tout être, 
en tant qu’il est considéré, en un sens 
quelconque, comme exerçant une ac- 
tion*, particulièrement au sens B. 
(L'objet de cette action est le patient.) 

« Intellect agent » (L. scol. Intellectus 
agens). « La plus commune opinion est 
celle des péripatéticiens, qui prétendent 
que les objets du dehors envoient des 
espèces qui leur ressemblent. Ces es- 
pèces… sont rendues intelligibles par 
l’intellect agent, ou agissant, et sont 
propres pour être reçues dans l’intellect 
patient. » MALEBRANCHE, Recherche de 
la vérité, III, 11, ch. 2. Voir Actif (in- 
tellect). 


AGNOSIE, D. Agnosie ; E. Agnosia ; 
IL Agnosia. 

Incapacité de reconnaître les objets 
ou les symboles usuels (amnésie per- 
ceptive) sans trouble des sensations en 
général. 

On distingue une agnosie visuelle 
(cécité psychique totale, ou partielle, 





Sur Agnosie. — Article ajouté par M. Henri Pléron; la remarque qui y est 
jointe figurait primitivement à la fin de l’article agnosticisme. 

— Ce terme s’écrit aussi quelquefois Agnoscie. Il a été créé par FREUD en 1891. 
L’agnosie comprend en partie ce que l’on a appelé l’asymbolie (FINKELNBURG, 
1870). Toute cette terminologie n’est pas encore absolument fixée. » (Ed. Cla- 


parède.) 


83 


AGRÉGAT 





—— 


dont la cécité verbale est un cas parti- 
culier) ; une agnosie tactile (agnosie 
des formes tactiles, ou astéréognosie, 
due à un trouble de la sensibilité 

rtant principalement sur la kines- 
thésie) ; enfin, une agnosie auditive, 
surdité psychique, totale ou partielle, 
dont la surdité verbale est un cas par- 
ticulier). 


REMARQUE 


Agnosie est donné comme synonyme 
allemand d’agnosticismus dans le Dic- 
tionnaire de Bazpwin;, mais, d’après 
Eiscer, sub Vo, il s'applique à la doc- 
trine de Socrate : « Je ne sais qu’une 
chose, c’est que je ne sais rien. » 

Rad. int. : Agnosi. 


AGNOSTICISME (du G. ’Ayvwotoc, 
inconnaissable). — D. Agnosticismus, 
Agnosie (? voir ce mot) ; — E. Agnos- 
ticism; — Ï. Agnosticismo, Agnos- 
teismo. 

Terme créé par HuxLey en 1869. Il 
désigne actuellement, soit l’habitude 
d'esprit qui consiste à considérer toute 
métaphysique* (ontologique) comme 
futile (Bazpwin, sub Ve); soit l’en- 
semble des doctrines philosophiques, 
d’ailleurs très différentes entre elles à 
d’autres égards, qui admettent l’exis- 
tence d’un ordre de réalité inconnais- 
sable par nature (notamment le Posi- 
tivisme* d’Auguste CowTe; l'Évolu- 
tionnisme* de H. SPENCER ; le Relati- 
visme* de HaAmiLTon; quelquefois 
aussi, sous réserves, le Criticisme* de 
KANT). 


Rad. int. : Agnostikism. 





AGNOSTIQUE, subst. et adj. — D. 
Agnostiker, agnostisch ; E. Agnostic; I. 
Agnostico. 

En parlant des personnes : qui pro- 
fesse l’agnosticisme*; ou (adjective- 
ment) en parlant des doctrines : qui 
constitue une forme d’agnosticisme. 
Voir ci-dessus. 

Rad. int. : Agnostik. 


AGONISTIQUE. G. &ywvwartixés, qui 
concerne la lutte; quelquefois, qui 
aime la lutte et la contestation (ëpra- 
ttx6c), PLATON, Ménon, 75 C; — 
D. Agonistisch : E. Agonistic : I. Ago- 
nistico. 

A. Relatif à la lutte, particulièrement 
à la lutte pour la vie. 

B. En parlant des doctrines ou des 
dispositions d’esprit : favorable à la 
lutte; qui recommande la lutte et y 
voit l'instrument du progrès. 

Rad. int. : Luktal, —em. 


AGRAPHIE, D. Agraphie ;: E. Agra- 
phia ; 1. Agrafia. 

Perte de la capacité d’écrire. Voir 
aphasie*, 

Rad. int. : Agrafi. 


Agréable et désagréable, voir Plaisir*, 
Douleur*, et cf. Sensation. 


AGRÉGAT (du L. aggrego); D. Ag- 
gregat ; E. Aggregate, Aggregation ; I. 
Aggregato. 

Ensemble d'éléments juxtaposés et 
réunis par une certaine cohésion. « Le 
composé n’est autre chose qu’un amas 
ou aggregatum des simples » (LEIBNIZ, 
Monadologie, $ 2). L'usage du mot, en 


————_———__—_—_—_—_——————— ———————“î——————  ——— ————û— 


Sur Agnosticisme. — Huxley a raconté avec humour, et non sans ironie, 
comment il a créé, en 1869, le mot Agnostic, pour pouvoir lui aussi, dit-il, se 
prévaloir d’un nom de doctrine, au milieu de ses honorables confrères de la 
Metaphysical Society qui avaient tous des qualificatifs en -iste. Voir Agnosticisme 
(1889) dans Huxzey, Collected Essays, tome V, p. 239. Cf. aussi ARMSTRONG, 
Agnosticism and theism in the XIXU® century. En fait, les termes agnostique, 
agnosticisme ont souvent servi de formule commode, dans les cas, ou dans les 
pays, où la déclaration d'une confession religieuse déterminée se trouvait obliga- 
toire, ou du moins usuelle, en certaines circonstances. (A. L.) 





AGRÉGAT 


sociologie, est emprunté à la biologie, 
où l’on oppose, par exemple, les Salpes 
agrégées aux mêmes animaux vivant 
à l’état d'indépendance individuelle. 


CRITIQUE 


Il est commode de conserver au mot 
agrégat le sens très général qu’il a reçu, 
en subdivisant ainsi qu’il suit les diffé- 
rentes classes d’agrégats : 

19 Agrégat proprement dit ou méca- 
nique, dont l'unité ne suppose ni dé- 
pendance fonctionnelle, ni différencia- 
tion, ni solidarité morale ; 2° colonie 
qui suppose une dépendance fonction- 
nelie sans différenciation appréciable ; 
30 organisme qui suppose une interdé- 
pendance* des éléments avec diffé- 
renciation ; 4° association* qui, sans 
exclure ou admettre nécessairement le 
caractère de colonie ou d'organisme, 
suppose que le lien principal de l’agré- 
gation est de nature psychologique 
(représentation et volition). G. Tarde 
propose pour ces trois derniers cas le 
terme adaptat, qui serait heureux. (Les 
lois sociales, p. 116.) 

Rad. int. : Agregai. 


Agueusie, voir les observations sur 
Anesthésie*. 


AINSI, D. So, also; E. Thus, so; 
I. Cosi. 

Sens général 
manière. 

Au commencement des phrases, liai- 
son vague très usitée en philosophie, 
soit pour annoncer le résumé de ce qui 
précède, soit paur en tirer une consé- 
quence (forme affaiblie de donc*), soit 
même quelquefois comme une simple 
transition. Cet usage facile est peu favo- 
rable à la précision du rapport entre les 
idées. 


: ceci étant, de cette 


ALEXANDRINISME, D. Alexandri- 
nismus ; E. Alexandrinism ; I. Ales- 
sandrinismo. 

A. Civilisation grecque d'Alexandrie 
(philosophie, art, lettres, sciences) de- 








ne 34 


Cette 


puis le ze siècle avant Jésus-Christ 
jusqu’au nie siècle de notre ère; spé. 
cialement, en philosophie, l’ensemble 
des néo-platoniciens proprement dits 
(Ammonius Saccas, Plotin, Porphy. 
re, etc.) et des alexandrins chrétiens 
(Clément d'Alexandrie, Origène, etc.), 

B. Caractère de pensée et de style 
dont les écrivains et particulièrement 
les poètes grecs d'Alexandrie ont donné 
l'exemple : subtilité et obscurité, jointes 
au goût des allégories et des allusions 
érudites. 


Rad. int. : Alexandrinism. 


ALEXIE, D. Alexie,; E. Alexia; 
L Alessia. Voir Cécité* verbale. 


ALGÈBRE (de l'Arabe : Al-djebr, 
réparation, qui s’appliquait probable- 
ment au rétablissement des équations 
par additions et soustractions com- 
pensatrices. — D. E. I. Algebra). 

A. Art de traiter les problèmes d’A- 
rithmétique en représentant les nom- 
bres (inconnus et connus) par des 
lettres. Science des nombres indéter- 
minés (LEIBNIZ). 

B. Méthode générale de représen- 
tation des relations et fonctions* ma- 
thématiques et logiques au moyen de 
Symboles. Voir Algorithme*. 

C. Science des propriétés des poly- 
nomes* et des formes* algébriques ; art 
de résoudre les équations algébriques. 

D. Science de l’ordre (Poinsor). 
Cette définition a été louée par Cour- 
NoT pour sa profondeur, dans un cha- 
pitre où il recueille une série de défini- 
tions de l’Algèbre (Correspondance, 
ch. IV), mais lui-même adopte finale- 
ment le sens C. 


CRITIQUE 


Le sens A serait mieux désigné 
par Arithmétique universelle (NEWTON, 
STOLz) ; le sens B par Symbolique ou 
Caractéristique (LeiBniz), Logistique* 
quand il s’agit de logique; le sens D 
(Tactique de SYLVESTRE, Syntactique 
de CournorT), par Combinatoire*. 


ALGORITHME 





se PR TT, = É 


Algèbre de la logique, D. Algebra 
der Logik ; E. Logicat Algebra ; 1. Al- 
ebra della logica. 

Titre de l'ouvrage de SCHRODER, 
Vorlesungen über die Algebra der Logik 
(1890-1896) et de celui de L. CourTu- 
par, L'Algébre dela Logique (résumant 
les systèmes de Boole et de Schrüder), 
collection Scientia (1905). 

L'une des formes de la Logistique*. 
Voir ce mot. 

Rad. int. : Algebr. 


ALGHÉDONIQUE (du G. &Ayoç, dou- 
kur, et #ovn, plaisir). Relatif à la dou- 
leur et au plaisir. « Plus immédiatement 
encore qu’à l’affectivité physique al- 
ghédonique, la perception apparaît liée 
au sentiment. » M. PraDixes, Tratté 
de psychologie générale, l'réface, 1x. 


ALGIQUE, Algédonique {du G. &ayos, 
&ymov, douleur physique). Relatif à 
la douleur ou ayant le caractere d’une 
douleur. Parfois souffrant de douleurs. 


ALGORITHME (on trouve aussi 
quelquefois la forme :{/zorisme, plus 
voisine de l’étymologie : Al Korismi 
ou Al Kwarizmi, nom de l’auteur 
d'une Algèbre qui introduisit en 
Europe au 1ixe siècle la numération 
décimale). D'où, à l’origine, ce sys- 
tème de numération ; puis, par suite, 
ensemble des règles du calcul des 
nombres écrits dans le système déci- 
mal {les « quatre règles ») ; et enfin, 
par extension, règles des opérations 
simples dans toute espèce de calcul. 
D. Algorithmus : EE. Algorithm ; 
I. Algoritmo. 

Actuellement, ensemble de symbo- 
les et de procédés de calcul. Ex. 
algorithrne d'Euclide (pour trouver Île 
plus grand commun diviseur de deux 
nombres} ; algorithme infinitésimal 
{par opposition à la méthode infini- 
tésimale, conçue in abstracto comme 
un mode de raisonnement qui se re- 
trouve soit dans les Zndicvisibles, soit 








Sur Algèbre de la Logique. — I ’expression a été créée par le mathématicien 
anglais Pooce. Sa raison d'être est dans l'emploi des svmboles littéraux et des 
signes opératoires de l'algèbre ordinaire pour traduire les théories de la logique 
formelle classique, que Boole espérait ainsi élargir. Ses Laws ef thought 118341 
renferment, toute constituée du premier coup, l'algèbre dela logique traditionnelle, 
présentée comme un « calcul des classes », c'est-à-dire en se plaçant au point de 
vue de l'extension logique des concepts. On reconnut ensuite que les mêmes 
formules pouvaient être considérées comme constituant un calcul des propositions. 
— La « logistique » au sens de M. Bertrand Russell et de Couturat, est née de 
deux préoccupations distinctes : 1° appliquer les méthodes de l'algèbre à des 
rapports logiques que n’étudiait pas la logique formelle traditionnelle, en inventant 
au besoin de nouveaux signes opératoires ; — 2° établir que la logique aïlgo- 
rithmique, ainsi étendue et généralisée, renferme tous les principes des sciences 
mathématiques. (René Berthelot.) 

— Boo élargit le champ de la logique traditionnelle, bien qu'il en accepte les 
principes, surtout, comme il est dit ci-dessus, en ce qui concerne les rapports 
d'extension. Mais il sort du cadre de cette logique quand il ramène le raisonnement 
aux méthodes de développement, d'élimination, et de réduction (Laws of thought, 
ch. v-vun) et lui-même indique dans le ch. xv du même ouvrage que sa Logique 
est plus large que celle d’Aristote, et que le raisonnement ne se réduit pas au 
syllogisme. Enfin toute la seconde moitié de l’ouvrage (ch. xvi et suivants) est un 
passage de la logique à la Théorie des probabilités, par le moyen de son algèbre : 
la probabilité d’une proposition étant intermédiaire entre les valeurs 0 et 1 que 
considère seules la Logique classique. (A. L.) 


Sur Algorithme. — Article remanié d’après diverses observations, notamment 
de Paul Tannery. 





ALGORITHME 


dans les /fluxions, soit dans les dif- 
férentielles). 
Rad. int. : Algoritm. 


ALGORITHMIQUE (logique), D. Al- 
gorithmische Logik ; E. Algorithmic Lo- 
gic ; 1. Logica algoritmica. 

Système de notations et de règles de 
calcul, analogues à celles de l’algèbre, 
permettant, soit seulement de repré- 
senter les opérations de la logique 
classique d’une manière plus condensée 
et plus rigoureuse ; soit de l’étendre et 
de définir des opérations nouvelles, 
p. ex. celles qui concernent les fonc- 
tions logiques, la logique des rela- 
tions, etc. 


36 
appartient à un autre. « Le personna. 
lisme est un effort continu pour cher. 
cher les zones où une victoire décisive 
sur toutes les formes d’oppression et 
d’aliénation, économique, sociale ou 
idéologique, peut déboucher sur une 
véritable libération de l’homme. , 
Emmanuel Mounier, Esprit, jan. 
vier 1946, p. 13. 

B. Terme le plus général pour dési- 
gner les troubles profonds de l'esprit : 
« Aliénation mentale.» Les limites de ce 
qu'on désigne ainsi sont très mal fixées, 
et certains aliénistes contemporains 
évitent d’en faire usage. 

« Aliéné n’est pas un terme de la 
langue médicale, ni même de la langue 


37 


er 


ses troubles psychologiques. » Pierre 
JanET, Les médications psychologiques, 
1, 112. 


« Allégeance », voir observations. 


ALLÉGORIE (G.’AXAnyopia); D. Al- 
legorie ; E. Allegory ; I. Allegoria. 


A. Symbolisme concret, se poursui- 
vant dans tout l’ensemble d’un récit, 
d'un tableau, etc., et tel que tous les 
éléments du symbolisant correspondent 
systématiquement chacun à chacun aux 
éléments du symbolisé. 





—— 


ALLÉGORIE 


B. L'œuvre elle-même qui est com- 
posée suivant ce procédé. 

C. En particulier, on appelle sens 
allégorique de l'Écriture celui des 
quatre sens qui exprime les dogmes 
religieux et surtout la correspondance 
de l'Ancien et du Nouveau Testament. 
Les trois autres sont le sens littéral, le 
sens moral ou tropologique (HuGuEs 
DE SAINT-Vicron) et le sens anago- 
gique* : « Littera gesta docet, quid 
credas Allegoria, Moralis quid agas, 
quo tendas Anagogia. » (AUBER, Sym- 
bolisme religieux, Il, chap. 111, p. 50.) 

Rad. int. : Alegor. 


Voir Logistique*. scientifique ; c’est un terme du langage 
populaire, ou mieux du langage de la 
police : un aliéné est un individu qui 
est dangereux pour les autres ou pour 
lui-même sans être légalement respon- 
sable du danger qu’il crée. Le danger 
créé par un malade dépend beaucoup 
plus des circonstances sociales dans 
lesquelles il vit que de la nature de 


ALIÉNATION, D. A. Veräusserung ; 
B. Irrsinn ; — E. Alienation ; I. Alie- 
nazione. 

A. Au sens juridique et primitif : 
vente ou cession d’un bien à une autre 
personne. 


Par métaphore : état de celui qui 





Sur Aliéné. — Étymologiquement, le mot n’implique qu’une définition méta- 
physique et verbale : alienatus, celui qui ne s’appartient pas. Pour se faire une 
idée psychologique de l’aliénation mentale, il faut non pas la distinguer de la 
santé mentale, par des caractères arbitrairement choisis, mais l’en rapprocher au 
contraire selon ce principe de Claude BErvarD que le pathologique n’est que 
l’exagération du normal. 

Si donc, avec M. F. Paulhan, on distingue parmi les normaux, et d’après 
l'ordre d’association des tendances, des types systématiques, hésitants, déséqui- 
librés, incohérents, etc., on pourra retrouver ces mêmes types parmi les aliénés, 
avec l’exagération en plus... Les qualités également formelles, mais secondaires, 
telles que richesse ou pauvreté mentale, lenteur ou rapidité des associations, 
pourront de même, par leur exagération, déterminer des sous-groupes, ou mieux 
caractériser les groupes déjà établis. 

Enfin, au point de vue biologique et social, ce serait encore une erreur que de 
caractériser l’aliénation mentale en disant que l’homme sain est adapté à son 
milieu, tandis que l’aliéné ne l’est pas. Sans doute on peut considérer la santé 
comme la concordance de nos jugements, raisonnements, idées, images, etc., 
avec les phénomènes du monde matériel et social ; mais chez le normal lui-même 
cette concordance n’est jamais parfaite, et l'adaptation complète n’est pas. Il 
convient donc, ici comme plus haut, de parler seulement d’exagération ; et à cette 
restriction près, on pourra dire que les aliénés s’éloignent de l’adaptation, soit 
par excès de système (persécutés ou jaloux), soit par défaut de cohérence (excités 
maniaques), soit par hésitation des éléments psychiques (douteurs), soit par 
inertie (débiles, ou trop équilibrés). (G. Dumas.) 


Sur « Allégeance ». — Dans un très curieux chapitre de sa Déontologie 
{ire partie, ch. xvi) BENTHAn attire l’attention du lecteur sur une vertu découverte 
par Hume et appelée par lui allegiance. C'est une « qualité qui peut devenir vertu 
ou vice selon son objet ». « Si cet objet est conforme au principe de la maximisation 
du bonheur, dès lors l’allégiance (sic) devient de la bienveillance effective sur la 
plus vaste échelle. Tout dépend de la nature du gouvernement au profit duquel 
l'allégiance est réclamée. Elle peut être une vertu évidente ou un crime funeste. 
Le mot d’allégiance s'emploie pour obéissance ; l’obéissance est bonne quand le 
gouvernement est bon, mauvaise quand il est mauvais. » Déontologie, trad. 
Benjamin Laroche (Charpentier, 1834), 1re partie, p. 304-305. (L. Boisse.) 

— Littré fait remarquer que ce mot, d’ailleurs peu employé, sauf dans l’expres- 
sion « serment d’allégeance », n’a aucune parenté de sens ni de racine avec le mot 
allégeance pris au sens de soulagement, d’allégement. Il vient de la même racine 
que lige (homme-lige), terme d’origine germanique, et par conséquent ne doit pas 
être rapproché non plus du latin lex, legis. — Il semble qu’on ait affaire ici à un 
nom ancien de ce qui a joué plus tard un certain rôle dans la philosophie morale 


sous le nom de loyalisme* (E. loyalty, souvent traduit à contresens par loyauté). 
(A. L.) 


Sur Allégorie. — La rédaction a été légèrement retouchée conformément à une 
proposition de M. Th. de Laguna. 


— Il y a une différence importante dans l'usage actuel général des mots 
allégorie et symbole, au point de vue esthétique. Allégorie a un sens presque toujours 
Péjoratif : on signale la « froideur », la pauvreté, la fadeur des allégories. C'est que 
les éléments qui forment l'allégorie n’ont pas d’intérét propre, ni même souvent 
de signification quelconque, en dehors du rôle qui leur est intentionnellement 
attribué. Elles sont nécessairement artificielles et presque toujours compliquées. 
— Au contraire, le symbole peut être vivant, évocateur, parce que l’image y a 
un intérêt propre ; elle vaut par elle-même en même temps que par ce qu’elle 
Suggère ; quelque chose des sentiments qu’éveille le symbole enrichit donc l’idée 
Symbolisée. 

Par exemple, on parlera d’allégories à propos du blason, du Roman de la Rose 
OU de la Carte du Tendre, de la Melancholia d'Albert Dürer ou de l’Apothéose 
d'Henri IV de Rubens, — et de symboles à propos du Faust, du Moïse de Vigny, 





ALOGIQUE 38 





« ALOGIQUE », D. Alogisch (ScHo- 
PENHAUER, HARTMANN). 

Opposé à logique*, non comme con- 
traire à celui-ci dans un même genre, 
mais comme étranger aux détermina- 
tions qui le constituent. — Cf. Amoral*. 

Spir dit en ce sens illogique, qu'il 
oppose à antilogique. « La réalité. est 
illogique, mais non antilogique. » Nou- 
celles esquisses, p. 20. 

Ce mot avait été proposé dans la 
première rédaction du présent Vocabu- 
laire pour représenter tout ce qui, dans 
l’homme, est au delà des fonctions in- 
tellectuelles. Mais il a soulevé de vives 
objections. Voir notamment en appen- 
dice la lettre de M. Maurice BLONDEL, 
relative à l’idée d’action. 

Rad. int. : Alogikal. 


ConpiLLac (mais du point de vue em. 
pirique) pour désigner les éléments 
simples dont sont formées, suivant eux 
toutes les idées. 
L'origine de cette expression paraît 
être le titre Abecedarium naturae, donné 
par Bacon à l’un de ses ouvrages ; i] 
désigne les « formes* » élémentaires qui, 
selon lui, par leurs combinaisons, « à 
la manière des lettres de l'alphabet », 
constituent toutes les propriétés des 
choses, et intellectuellement, toutes les 
vérités. (De dignitate, III, 1v, 11.) 


ALTÉRATION (G. ’AXMoiwaic); D, 
Alteration, Aenderung ; E. Alteration 
| (sans import péjoratif) ; I. Alterazione. 
| A. Chez Aristote, changement dans 
la catégorie de qualité* : le fait de 
devenir ou de rendre autre. 

Ce sens se rencontre encore dans la 
langue technique de la théorie de la 
connaissance ou de la dialectique : 
« L’altération est une notion originale 
au même titre que la qualité... » Hane- 


« ALPHABET des pensées humaines», 
expression employée par LEIBNIz (His- 
toria et commendatio linguae characte- 
ricae, Gerh., VII, 185; De Organo, 
Inédits, éd. Couturat, 430, etc.) et par 





du Satyre de V. Hugo, de la scène du Pauvre dans Don Juan, de toute l’œuvre de 
Wagner. (G. Beaulavon.) 

« — La remarque de M. Beaulavon sur allégorie et symbole est pertinente, mais 
incomplète. Ces termes s'opposent non seulement comme le pauvre au riche, 
le froid au chaud et le mort au vivant ; mais encore comme le clair au confus, 
l’univoque à l’équivoque, le transparent au trouble. On le montrerait par la 
comparaison du classicisme, de l’époque des lumières, au romantisme {surtout 
allemand). Il semble qu'il y ait dans la structure mentale française une répugnance 
générale à accepter le symbole. De là l'import péjoratif des épithètes ci-dessus. 
De là la réaction des critiques, tels que Sarcey, devant certaines œuvres étrangères. 


De là enfin l’insuccès des thèses de Freud, sur le symbolisme du rêve. » Lettre de 
M. Marsal à M. À. Lalande. 


Sur Alogique. — Utile pour désigner ce qui n’a pu être encore introduit par 
la réflexion dans les cadres de notre logique, ce mot ne saurait avoir une valeur 
définitive et stable ; car, en réalité, rien dans la nature ou dans l'esprit n’est 
étranger aux déterminations qui font du réel et du pensé un solidum quid. La 
logique n’a cessé de s’élargir et de s’assouplir pour intégrer ce qu’elle avait d’abord 
exclu, le fait, l’accidentel, l’exceptionnel, le pathoiogique : il y a une logique 
du sentirnent, de la passion, de la vie, de l’action, une logique du désordre ; non 
pas qu’elle justifie tout en comprenant tout : bien au contraire, elle fait ressortir 
les répercussions lointaines d’une justice immanente, d’une norme coextensive 
à l’ordre comme aux aberrations apparentes et provisoires. Il y a de l’illogique, 


en ce sens que les contraires sont du même genre ; il n’y a, au fond, point d’alogique. 
(Maurice Blondel.) 


39 


Le —— 


LIN» Essai…., ch. 111, $ 2, À : « Comment 

constituer une notion intelligible et à 
u près complète de l’altération en 
néral. » 

B. Dans le langage moderne passage 
aun état différent ou anormal, consi- 
déré comme inférieur. « L’altération des 
couleurs d’un tableau. » 

Rad. int. A. (action de devenir 
autre) : Altresk; (action derendreautre ): 
Altrig. — B. Koruptesk, Koruptig. 


ALTÉRITÉ (G. érepérnc) ; D. Anders- 
het, Anderssein ; E. Otherness, Alterity 
(rare), L Alterita. 

A. Caractère de ce qui est autre*. 
S'oppose à identité. 

B. Spécialement, chez RENOUVvIER, 
caractère de ce qui est autre que moi. 
(Ce sens lui est propre.) Voir Observa- 
tions. 


REMARQUE 


La notion d’altérité est au point de 
vue logique une relation symétrique et 
intransitive, qui a été représentée par O’ 
(ScHrôDERr) ou par |’ (COUTURAT, Les 
Principes de la logique, $ IV, dans 
l'Encyclopédie Ruge). Elle est ainsi 
définie comme négation pure et simple 
de l'identité. 

Rad. int. : Altres. 


ALTERNATIVE, D. E. Alternative ; 
1 Alternativa. — Voir Disjonctif. 

A. Système de deux ou plusieurs 
propositions dont l’une au moins est 
vraie. C’est donc la somme logique de 





ALTRUISME 


deux ou plusieurs Pp (qui ne sont pas 
nécessairement exclusives l’une de 
l’autre). Cette acception est rare. 

B. Plus spécialement {mais plus ordi- 
nairement), système de propositions 
dont une seule est vraie. (Disjonction 
exclusive.) 

RENouvIER appelle principe de l’al- 
ternative ce qu’on nomme d’ordinaire 
principe de milieu exclu. Logique,* 
2e éd., I, 249-252. 

Par suite, dans l’ordre pratique, pos- 
sibilité ou nécessité de choisir entre 
plusieurs décisions à prendre. 

C. Chacune des propositions ou des 
décisions qui font partie d’une alter- 
native au sens À ou au sens B. 


CRITIQUE 


I] serait désirable d'adopter des noms 
différents pour les systèmes de propo- 
sitions et pour chacune de celles-ci, par 
exemple, dans le premier cas, alterna- 
tive ; dans le second, alternée (ce dernier 
mot pouvant avoir un sens relatif : 
« m est l’alternée de n » signifierait : 
m et n sont les alternées d'une même 
alternative). 

Rad. int. : À. Alternativ ; B. Alter- 
nant. 


ALTRUISME, D. Altruismus ; E. Al- 
truism ; I. Altruismo. 

Terme créé par A. CoMTE, en oppo- 
sition à égoïsme*, adopté par SPENCER 
et devenu courant dans la langue phi- 
losophique. 

A. Psycn. Sentiment d’amour* pour 





Sur Altérité — Le sens où Renouvier prend ce mot nous a été signalé par 


Louis Prat, qui renvoie au texte suivant : « De La relation comme catégorie. Le 
sujet : ma pensée propre. L'objet : un coup du dehors. L’objet, c’est l’autre : une 
sensation, une traction, une poussée, un frottement, une douleur. Pas de locali- 
sation ; l’idée d'espace n'intervient pas encore : il n’y a qu’une opposition entre 
le moi et le non-moi. » — « Ipséité, altérité, et synthèse : perception. Ce qui, au 
Point de vue du moi propre, correspond aux termes de la relation en général : 
Distinction, Identité, Détermination.» RENoOUvVIER, Derniers Entretiens, p. 9 et 10 
Copie d’une note rédigée par lui). 

— Il serait nécessaire, semble-t-il, pour la correspondance des termes, de 
rétablir l’ordre suivant : Identité, Distinction, Détermination. Mais c’est également 
Ainsi qu’ils sont énumérés dans la Logique, ch. xxvi. (A. L.) 


ns... 





ALTRUISME 


autrui : soit celui qui résulte, instincti- 
vement, des liens qui existent entre les 
êtres d’une même espèce ; — soit celui 
qui résulte de la réflexion et de l’abné- 
gation individuelle. Il comprend, d’a- 
près le Tableau du Catéchisme positiviste, 
l’attachement, la vénération, la bonté. 

B. Éruique. Doctrine morale, oppo- 
sée à l’hédonisme, à l’égoïsme*, et dans 
une certaine mesure à l’utilitarisme* 
(en tant que celui-ci ne veut faire 
appel, en principe, à aucun autre res- 
sort moral que la recherche, par l'agent, 
de son véritable intérêt) : théorie du 
bien qui pose au point de départ l’in- 
térêt de nos semblables, en tant que tel, 
comme but de la conduite morale. Cf. les 


7 


40 


on 
CRITIQUE 


Nous avons distingué nettement les 
deux nuances du sens À, non seulement 
parce qu’au point de vue psycholo. 
gique elles répondent à deux attitudes 
différentes, mais parce que M. Bao. 
WIN (Dictionary, sub Vo) fait remar- 
quer que le mot altruisme ne doit être 
employé que lorsqu'il s’agit d’une dis. 
position consciente, non d’un instinct 
ou des habitudes créées par l’interdé- 
pendance* organique. On remarquera 
que, dans le Discours préliminaire, 
Comte emploie à plusieurs reprises ab- 
négation comme synonyme d’altruisme. 

Sur la distinction entre altruisme et 





formules de Comte : « Vivre pour au- | charité, voir ci-dessous la note de 
trui ; — L'Amour pour principe, l'Or- | M. BLonpez. 
dre pour base, le Progrès pour but, etc. » Rad. int. : Altruism. 

Sur Altruisme. — « J’adopte très volontiers ce mot (altruiste, adj.), que nous 


devons à M. Comte. Récemment un critique qui condamnait ce mot, comme 
étant de formation nouvelle (as newfangled), demandait pourquoi nous ne nous 
contentions pas des expressions bienveillant (benevolent) et bienfaisant (benefi- 
cent). Il y a à cela une raison fort suffisante. Altruisme et altruiste présentant à 
l'esprit, par leur forme aussi bien que par leur signification, les antithèses d’égoïsme 
et d’égoiste, communiquent l’idée de cette opposition très vite, et avec une grande 
clarté, ce que ne font pas de même bienveillance ou bienfaisance et leurs dérivés, 
parce qu'ils n’impliquent pas directement l’antithèse. Cette supériorité dans la 
force expressive du mot facilite la communication des idées morales. » H. SPENCER, 
Principes de Psychologie, 8° partie ; note au titre du chap. vit : « Altruistic senti- 
ments. » Traduction Ribot et Espinas, II, 638. Les chapitres précédents sont 
intitulés : « Egoistic sentiments, Ego-altruistic sentiments. » 

Différentes modifications ont été introduites, à la séance du 3 mai 1923, dans 
la rédaction provisoire de cet article faite en vue de la deuxième édition : 

1° Dans le $ À, il était dit primitivement : « … celui qui résulte instinctive- 
ment de la solidarité des êtres d’une même espèce. » M. Beaulavon a fait observer 
que ce terme était trop spécial, et impliquait une hypothèse, encore discutée, sur 
l’origine du sentiment altruiste instinctif. 

29 Dans le $ B, les mots : « ou à l’individualisme » avaient été ajoutés sur la 
proposition de MM. Berthod, Gilson et Van Biéma. Auguste Comte, a-t-on fait 
remarquer, était préoccupé de porter remède à l’individualisme du xvri® siècle. 
On pourrait presque dire, a ajouté M. Berthod, que son idée d’altruisme s'oppose 
surtout à la Déclaration des droits de l’homme. On sait d’ailleurs avec quelle 
insistance il a critiqué cette idée de droit. — Mais il a semblé préférable de ne 
conserver cette remarque que dans les observations qui l’expliquent. 

3° Dans le même paragraphe, quelques lignes d’explication ont été ajoutées, 
sur la proposition de MM. Gilson et Van Biéma, pour faire comprendre en quel 
sens l’altruisme peut être opposé à l’utilitarisme : car il n’est pas douteux que 


st 


AME 





D Le 


« AMABIMUS », terme mnémotech- 
nique de Locique énonçant l’équiva- 
jence des quatre modales A. A. I. U., 

gées dans l’ordre suivant : Possible, 
Contingent, Impossible, Nécessaire. — 
À marque l'affirmation du mode* et 
celle du dictum* (p. ex. : il est possible 
ue S Soit P) ; I, la négation du mode 
et affirmation du dictum ; U, la néga- 
tion du mode et celle du dictum. — 
£, qu’on trouvera dans les trois autres 
mots mnémotechniques similaires (Pur- 
urea*, Îliace*, Edentuli*) marque 
’affirmation du mode et la négation 
du dictum. Voir Modalité*, Obs. 


Amaurose, voir les observations sur 
Anesthésie*. 


AMBIGUÏTÉ, D. Zweideutigkeit ; E. 
Ambiguiy ; I. Ambiguita. 

Double sens d'un mot ou d’une ex- 
pression, soit par elle-même, soit sui- 
vant sa place et sa connexion. Cf. Am- 
phibolie*, Équivoque*. 

Rad. int. : Ambigues, —aj. 


AMBIVALENCE, (S). 


Amblyopie, voir les observations sur 
Anesthésie*, 


AME, G. Vuyn, L. Anima ; D. Seele ; 
E. Soul; I. Anima. 

A. Le principe de la vie, de la pensée 
ou de toutes deux à la fois, en tant 
qu’il est considéré comme une réalité 
distincte du corps par lequel il mani- 
feste son activité. « ‘H buy S =o5ro & 
Cœuev xai aloBavôuelx xai Glavoouueôx 
TPOTO, » ARISTOTE, [epè buy ñc, 414212. 
Cette réalité peut d’ailleurs être conçue 
soit comme matérielle : ‘H Guyr oœux 
Xenvowepéc. » ÉpPicure, dans Dioc. 
LaERT., X, 33 : « Dei flatu natam, im- 
mortalem, corporalem, effigiatam »; 
TERTULLIEN, De Anima. 8, etc.; cf. 
ci-dessous, RENouviEr, Observations ; 
— soit comme immatérielle : « L'âme 
est d’une nature qui n’a aucun rapport 
à l'étendue ni aux dimensions ou autres 
propriétés de la matière dont le corps 
est composé. » DESCARTES, lassions 
de l'âme, 1, art. 30, etc. 





Mill est très altruiste dans sa morale pratique, quoique son altruisme soit dérivé ; 
et c’est d’ailleurs ce que visait la rédaction primitive par les mots : « dans une 
certaine mesure ». Mais il a paru nécessaire d’être plus explicite. (A. L.) 
Altruisme, au sens d’Auguste Comte s'oppose d’une part à égoïsme ; mais de 
l'autre il s'oppose aussi à charité, A l'inverse des doctrines qui (comme celle de 
La Rochefoucauld) ramènent tous les ressorts de la vie affective au seul amour- 
propre, l’altruisme estime qu’il y a un mouvement centrifuge aussi naturel et 
spontané que la tendance centripète. Sur ce fondement de nature, il fait reposer 
l'ordre social et moral, en complétant, en organisant la spontanéité de l'instinct 
par la réflexion et la science qui, par l'Ordre et le Progrès, promeuvent l’humanité 
jusqu’au Culte religieux du grand Être humain. — Mais précisément parce que 
cet altruisme a sa source dans la nature et son terme de déploiement dans la 
société, il diffère radicalement de la charité qui, elle, ne se limite pas aux sugges- 
tions de la nature et à l’organisation positiviste des biens sociaux ; elle dépasse 
l’ordre limité de cette solidarité à la fois spontanée et raisonnée, pour regarder les 
autres hommes per oculos Dei, pour justifier le don infini de soi, pour ériger Dieu 
en l’homme, au lieu d’ériger l'humanité en Dieu. En essayant de soumettre à son 
usage des termes, des sentiments, des idées d’origine chrétienne, comme celui 
d’abnégation, Comte les a dénaturés et comme décapités. (Maurice Blondel.) 


Sur Ame. — M. Prat ajoute, aux textes cités dans le $ A : « Zénon Cittien, 
Antipater dans ses livres De l’âme et Posidonius, nomment l’âme un esprit doué de 
chaleur, qui nous donne la respiration et le mouvement. » DIOGÈèNE DE LAERTF, 
trad. anonyme (Amsterdam, Schneider, 1761), tome II, p. 172. (Vie de Zénon.) — 








AME 42 





Sur le sens large et le sens étroit du 
mot dme (1° toute monade ; 2° les 
seules monades qui ont des perceptions 
distinctes et accompagnées de mé- 
moire), voir LE1BN1Z, Monadologie, $ 19. 

B. Principe d'inspiration morale. 
« Avoir de l’âme », expression d’ANCIL- 
LON, louée par Mme de Staël, qui ajoute : 
« C’est ce souffle divin qui fait tout 
homme : aimer en apprend plus sur 
les mystères de l’âme que la méta- 
physique la plus subtile. » De l’Alle- 
magne, 3° partie, ch. n. 


soit au point de vue moral, «soit Même 
au point de vue esthétique, par exempl], 
quand on dit qu'il faut avoir de l’âme 
pour avoir du goût ». (Lettre de M. Mau. 
rice BLonpeL.) Il se distingue du mo 
esprit* : 1° en ce qu'il contient l’idée 
d’une substance individuelle ; 2° en ce 
qu’il est plus compréhensif, le mot 
esprit s'appliquant surtout aux opéra. 
tions intellectuelles. Il s'oppose égale. 
ment au moi dans la question de savoir 
si notre âme « est plus grande que 
notre moi », c’est-à-dire si notre exis. 
tence psychique est plus riche de con. 
tenu que ce dont nous avons cons. 
cience. 

Il a même le plus souvent, chez les 
modernes, une nuance religieuse, par 
suite d’une association très générale : 
1° entre l’idée d’âme et l’idée d’immor. 


CRITIQUE 


Ce mot implique toujours une dua- 
lité de nature et de fins, une opposition, 
au moins provisoire, avec l’idée du 
corps, soit au point de vue métaphy- 
sique, soit au point de vue empirique, 








M. Van Biéma rappelle le texte suivant de LE1BN1z : « Cependant pour revenir aux 
formes ordinaires ou âmes matérielles, cette durée qu’il faut leur attribuer, à la 
place de celle qu’on avait attribuée aux atomes, pourrait faire douter, si elles ne 
vont pas de corps en corps, ce qui serait la métempsychose »; et la doctrine 
qu’il y oppose sur «la conservation non seulement de l’âme, mais encore de l’animal 
même et de sa machine organique, quoique la destruction des parties grossières 
lait réduite à une petitesse qui n'échappe pas moins à nos sens que celle où il 
était avant que de naître. » Système nouveau de la nature et de la communication 
des substances, $ 6 et 7. Voir tout le passage, et cf. T'héodicée, 397. 

On trouve aussi dans RENOUvIER une conception hypothétique de l’àme 
en tant que « composé subtil, délié, insaisissable pour des organes ou des instru- 
ments encore trop grossiers », mais cependant matériel, et capable de palingénésie*. 
Voir Psychologie rationnelle, ch. xx1v ; éd. Armand Colin, II, 290. 

Plus que le mot esprit, le mot dme évoque le sentiment de ce qui est outal, 
chaud, cordial. Mais le mot esprit n'exclut pas ces harmoniques (et l’étymologie le 
rappelle bien) ; seulement il met davantage l'accent sur ce qui est indépendant des 
conditions matérielles ou animales, sur ce qui participe à l’universel, à l'éternel; 
on parlera de « pur esprit » plutôt que de « pure âme ». (Maurice Biondei). 

L'usage du mot est souvent poétique et vague : « Un monde sans âme. « Objets 
« inanimés avez-vous donc une âme ?.… » (Lamartine). Bergson parle d'un « sup- 
plément d'âme », ce qui surprend de la part de l’auteur des Données immédiates. 
(M. Marsal.) 

L'idée d’immortalité a été signalée dans la Critique ci-dessus sur la propo- 
sition de M. G. Beaulavon, qui fait remarquer que c’est à quoi, communément, l 
mot d'âme fait songer tout de suite dans nos sociétés chrétiennes. — On pourrait 
ajouter qu’il évoque aussi quoique, pour nous, secondairement, la doctrine de la 
transmigration des âmes. (Voir ci-dessus.) Toutes ces idées me paraissent 5 
rattacher à celle de principe individuel et séparable, que j’ai essayé de mettre €? 
relief dans le texte de cet article. (A. L.) 


& AMITIÉ 


Cf. Actif* (intellect). — Sur la division 
générale des fonctions de l’âme, ou des 
âmes, voir Jbid., 413012, 414232. 


glité; 2°entre l'idée d’âme et l’idée de 
pieu, considéré comme l’origine et le 
jen des âmes selon le Christianisme 
DESCARTES, MALEBRANCHE, LEIBNIZ, 
BenkELEYy, etc.) 


Ame sensitive, «loënrixn buy, Anis- 
Rad. int. : Anim. 


TOTE, Ilept Guy, 41521, etc. L'âme, 
ou la partie de l'âme, qui est le 
principe de la sensation et de la sen- 
sibilité, même chez les êtres qui ne 
possèdent pas la raison. 


Ame du monde, ‘H roù navrèc Quyt, 
ARISTOTE, Îlept Quyxñic, 40723. Cf. PLa- 
Ton, Timée, 34 B sqq., où elle est sim- 
plement appelée *, buy. —— L. Anima 
mundi, Frunb , Principium hylarchi- 
cum, Henri More ; D. Weltseele, Welt- 
geist; E. Soul of the world ; ]. Anima 
del mondeo. 

Ame qui joue par rapport au monde 
entier le rôle du principe d'unité et de 
mouvement défini ci-dessus. Elle est 
définie par ScuEeLLiNG :« Was die Conti- 
nuität der anorganischen und der orga- 
nischen Welt unterhält, und die ganze 
Natur zu einem allgemeinen Organis- 
mus verknüpft!. » Üeber die W'eltseele, 
Sämtliche Werke, 1, Ahth. II, 569. Elle 
est tantôt considérée comme tenant 
lieu de Dieu*, tantôt comme un inter- 
médiaire entre Dieu et les êtres visibles. 


Ame végétative, Gpertikn duxn, ARis- 
TOTE, [Ilepi buy, 415223, etc. L'âme 
ou la partie de l’âme qui produit la 
nutrition, la croissance, la reproduc- 
tion et le déclin des êtres vivants, 
même non doués de sensation* et de 
sensibilité*. 


Ame sensible {Anima sensibilis, ou 
Spiritus vitalis, Bacox). Les esprits 
animaux, compris à peu près comme 
chez Descartes. C'est une substance 
purement matérielle « .… tanquam aura 
composita ex flamma et aere ». Historia 
vitae et mortis, ed. Ellis, IT, 213-215. 
Voir Observations. 


Ame pensante, dixvonruen Woyn, Alus- 
TOTE, Ilept puy ñc, 431814 ; vontixh our, 
Ibid., 429828. L'âme, ou la partie de 
l'âme qui est le principe de la pensée. 


AMITIÉ, UD. Freundschajt : E. 
Friendship : 1. Amicizia. 

Inclination élective* réciproque entre 
deux personnes morales; s'oppose à 
l'amour-B par l'absence de caractère 
sexuel ; à l’amour-C par le caractère de 
réciprocité. 


1. « Ce qui soutient la continuité du monde organique 
et inorganique, et unit toute la nature en uu organisme 
ubiversel. » 





. Sur Ame du monde. — Le dieu des Stoiciens relie l’ « âme du monde » platoni- 
tienne aux doctrines postérieures. 1l devient la Troisième H vpostase de Plotin, et 
c'est là qu'est l’origine du sens de ce mot chez Schelling. (R. Berthelot.) 


Sur Ame sensible et Esprits animaux. — « Anima siquidem sensibilis sive 
brutorum plane substantia corporea censenda est, a calore attenuata et facta 
MVisibilis : aura, inquam, ex natura flammea et aerea conflata.. corpore obducta 
atque in animalibus perfectis in capite praecipue locata ; in nervis percurrens, et 
Sanguine spirituoso arteriarum refecta et reparata, quemadmodum Bernardinus 

elesius et discipulus ejus Augustinus Donius aliqua ex parte non omnino inutiliter, 
Sseruerunt... Est autem haec anima in brutis anima principalis, cujus corpus 
Tutorum organum ; in homine autem organum tantum et ipsa animae rationalis, 
et spiritus potius quam animae appellatione, indigitari possit. » F. Bacon, D 
t&nitate, livre IV, ch. 111, 8 4. 


Ban 


AMITIÉ 


CRITIQUE 


.imitié a un sens plus précis qu'ami 
ion dit qu’on est ami des arts, du 
plaisir, non qu'on a de l’amitié pour ces 
objets). L'importance philosophique de 
ce terme vient surtout du rôle accordé 
à la œtaix par les philosophes grecs 
(PYTHAGORE, PLATON, ARISTOTE, Épi- 
curiens et Stoïiciens). ARISTOTE re- 
connaît trois sortes d’amitiés, qui se 
subdivisent elles-mêmes par de nom- 
breuses nuances : celle qui a pour objet 
le plaisir ; celle qui a pour objet l’inté- 
rêt; celle qui a pour objet le bien 
moral. La troisième seule est parfaite : 
tekela d'éctiv h Tov &yal@v quAla xai xx” 
äperhv ôuoiwv. Éthique à Nicomaque, 
VIII, 8, 115607. Les formes inférieures 
ne doivent pourtant pas être exclues 
du nom d’amitié. Éth. à Eudème, VII, 
2, 12362. Les Stoiïciens vont plus loin et 





4 
nn 
ce qui n’est pas l'attachement des saps 
en raison de l'identité de leur sagess, 
(Entretiens d'ÉPicrèTte, Il, 22). 
Rad. int. : Amik(es). 


AMNÉSIE (du G. &, uvñoic) : D. À Mne. 
sie ; E. Amnesia ; L Amnesia. 

Perte ou affaiblissement de la mé. 
moire coexistant avec un état norm:] 
des autres fonctions intellectuelles. 4, 
nésie générale, celle qui porte sur toutes 
les catégories de souvenirs; arinési 
partielle (Riot, Maladies de la me. 
moire) où systématisée (P. JANET, Auto. 
matisme psychologique) : celle qui porte 
sur une catégorie particulière de sou. 
venirs (par exemple, une des classes 
de sensations, les noms propres, les 
dates, et même une lettre déterminée}. 
— Nous proposons le terme amnésie 
systématique, dont le même auteur se 
sert en parlant de l’anesthésie*. 


s 
+ « AMORAL » (du préfixe G. priva- 
gr à et de moral); D. Amoralisch ; 

Amoral ; |. Amorale. 

Néologisme dû probablement, en 
france, à Guyau (voir observations), 
mais qui s’est répandu rapidement 
depuis lors et surtout dans ces der- 
nières années. 

Non susceptible de qualification nor- 
mative* au point de vue du bien et du 
mal; étranger à la catégorie de mo- 
ralité. 


Cf. Immoral*. 


CRITIQUE 


Le succès de ce terme, d’abord phi- 
losophique, a été si général qu’il est 


—— 


ne sont pas équivalents : 
Couturat. — A. L.) 


AMORAL 


entré dans le langage courant des 
milieux cultivés. Il est même employé 
quelquefois dans la conversation, com- 
me une sorte d’euphémisme, pour 
parler de caractères qui mériteraient 
d’être nommés proprement immoraux, 
mais dont on veut laisser entendre 
qu'ils ont peut-être quelque excuse dans 
leur indifférence naturelle aux idées 
de bien et de mal, ou dans le dévelop- 
pement incomplet de leur conscience 
morale. C: sens lâche et un peu équi- 
voque ne doit pas être admis dans 
une langue philosophique correcte. Voir 
Observations. 

Rad. int. : Ne-elikal ; au sens péJo- 
rauf : sen-etik. 


l'oubli est normal ; l’amnésie, pathologique. (Louis 





refusent le nom même d’amitié à tout Rad. int. : Amnezi. 





Sur Amitié. — M. G. Beaulavon met en doute que l’amitié soit plus nécessai. 
rement réciproque que l'amour. « On dirait très bien, écrit-il, une amitié non par. 
tagée, le cas est fréquent en particulier chez les enfants. » — Il me semble que cette 
expression serait un peu forcée, et que, dans ce cas, on parlerait plutôt d’ «affection: 
ou de « sympathie » non partagée. En tout cas, cet emploi du mot appartiendrait 
au langage familier : dans le langage philosophique, il retient toujours quelque 
chose de l’usage aristotélicien et stoïcien; par exemple dans ce passage de 
Renouvier et PRAT : « L'amitié réelle, digne de ce nom, nous donne, dans notre 
propre sexe, le compagnon de vie dont le caractère s’adapte au nôtre, cet être 
harmonique de notre être, sans lui être semblable ou même le contrastant, ave 
qui nous n’avons de rapports habituels que sur un pied de réciprocité. » La Nouvelle 
Monadologie, p. 193. — Cf. Rousseau, Émile, IV : « L’attachement peut 5e 
passer de retour, jamais l'amitié. » (Ed. Garnier, p. 254.) (A. L.) Voir Affection*. 


Sur Amnésie. — On distingue encore, suivant la répartition dans le temps des 
souvenirs abolis : 

Les amnésies lacunaires, portant sur des périodes de temps délimitées; 
les amnésies rétrogrades (engendrées par des traumatismes la plupart du temps) 
portant sur une période plus ou moins longue précédant juste l'événement causal; 
les amnésies antérogrades ou continues (amnésies de fixation) portant sur une périod® 
plus ou moins prolongée, au cours de laquelle il ne se produit pas d'acquisition 
de souvenirs ; les amnésies antérorétrogrades, combinant les deux dernières formes 

Enfin la distinction des amnésies d’évocation et de conservation, opposét 
également aux amnésies de firation, concerne les mécanismes générateurs dé 
l'amnésie (destruction des souvenirs eux-mêmes, ou incapacité d'utiliser dé 
souvenirs réellement conservés). (H. Piéron.) 

Synonyme français : oubli. (V. Egger.) — Il nous semble que les deux m0 


BB. 


L'expression, « amnésie périodique » (Pierre JANET, etc.), serait utilement 
remplacée par amnésie des pcricdes. « Amnésie continue », des mêmes auteurs, est 
équivoque. Il faudrait dire : oubli à mesure. (V. Egger.) 


Sur Amoral. — Article complété d’après des indications fournies par M. Nabert, 
qui nous communique les textes suivants : « Absence de fin, amoralité complète 
de la nature, neutralité du mécanisme infini... » GuyAtw, Esquisse d'une morale 
sans obligation ni sanction, 1'e éd. (1885), p. 102. « Les lois de la nature... sont 
immorales, ou si l’on veut, a-morales, précisément parce qu’elles sont nécessaires. » 
Ibid., p. 144. 

Le Dictionnaire de Murray cite un exemple d’amoral en 1882 (STEVENSON), 
mais Le note comme un terme occasionnel f a nonce-word). On ne le trouve ni dans 
le Dictionnaire de Baldwin (1901) ni dans la première édition de celui d’Eisler 
(1899). Il figure dans la troisième (1910). 

— Ce terme a le défaut d’être hybride. (J. Lachelier.) 

— Si je dis : la morale distingue le moral de l’amoral, il y a pis qu’une ambi- 
guïté. L’à privatif, et en général l’hellénisme linguistique, est un procédé paresseux, 
fécond en cacophonies ou en équivoques. (V. Egger.) 


La rédaction de la Critique est nouvelle ; elle a été faite à la suite de la 
discussion qui a eu lieu à la séance du 3 mai 1923. Le texte primitif de l’article 
contenait un membre de phrase obscur sur l’emploi de ce mot « par euphémisme » ; 
1 a donné lieu à des malentendus que nous espérons éviter par ces explications plus 
développées. MM. Brunschvicg et Leroux, en particulier, ont insisté pour que l’on 
maintint le sens philosophique dans sa pureté. « L’immoral, dit M. BrunscHvicc, 
Je contre la morale, avec une conscience plus ou moins claire de ce qu'il fait ; 

amoral n'a même pas conscience de l’existence de jugements moraux. » — « Un 
être amoral, écrit M. LEROUX, n’est pas simplement celui qui enfreint les règles 
Morales, mais celui qui n’attache aucune importance à cette infraction, celui qui 
Cnteste ou ignore la valeur de l'impératif éthique. Chez un amoral, il n’existerait 
Pas ce conflit entre la conscience et la conduite que la notion d’immoralité semble 


LALANDE. — VOCAB. PHIL. 4 


| 








AMORALISME 


AMORALISME, sans équivalents 
étrangers (?). 

A. Doctrine d’après laquelle il n’exis- 
te pas de morale, sinon à titre de 
croyance, sans fondement objectif et 
universel. « La doctrine qui n’admet- 
tant que des jugements de fait, non 
des jugements de valeur, nie par cela 
même la morale, esi proprement l’amo- 
ralisme. » FouiLLÉéE, Observation sur 
l’article /mmoralisme*, ci-dessous. Voir 
ce mot, et les observations correspon- 
dantes. 


B. Absence de moralité (chez un 
individu). 

Rad. int. : À. Amoralism ; B. Sene. 
tikes. 


AMOUR, L. Amor; D. Liebe; E 
Love ; I. Amore. , 

A. Nom commun à toutes les ten. 
dances attractives, surtout quand elles 
n'ont pas pour objet exclusif la satis. 
faction d’un besoin matériel : telles que 
les inclinations domestiques (amour des 
parents pour les enfants) ; les inclina-. 





comporter. » — Rien de plus juste en ce qui concerne amoral ; mais peut-être 


est-ce là, inversement, limiter d’une manière trop stricte le sens du mot immorul : 
à côté de l’immoralisme théorique d’un Nietzsche, qui a pleinement conscience 
de ce qu'est la morale, et qui réagit contre elle, il existe une immoralité pratique, 
que la faiblesse ou la perversion de la conscience expliquent sans la supprimer. 
D'ailleurs les mots immoral et immoralité s'appliquent très bien aux actes eux. 
mêmes, à la conduite, indépendamment de tout ce qu’on peut savoir sur la 
conscience ou l’inconscience de l’agent. (A. L.) 


Sur Amoralisme. — Les précédentes éditions contenaient à cet article une 
citation de Fonsegrive appelant « amoralisme » la doctrine de Taine d’après 
laquelle « le vice et la vertu sont des produits comme le sucre et le vitriol ». Nous 
avons jugé préférable de la supprimer en raison de l’observation suivante, qui 
avait d’ailleurs été publiée en même temps pour remettre les choses au point : 
« Le texte de Fonsegrive repose sur une interprétation fausse de la formule de 
Taine. Taine lui-même s’est expliqué nettement sur ce point dans une lettre que 
reproduit sa Correspondance, t. III, p. 214-215 : « Dire que le vice et la vertu sont 
des produits comme le vitriol et le sucre, ce n’est pas dire qu'ils soient des pro- 
duits chimiques... ils sont des produits moraux que les éléments moraux créent 
par leur assemblage. L'analyse une fois faite, on n'arrive pas à l'indifférence ; 
on n’excuse pas un scélérat parce qu’on s’est expliqué sa scélératesse. » Dans 
sa Philosophie de l'Art, Taine soutient, d’une manière plus générale encore, que 
dans l’étude de la nature le point de vue moral est aussi légitime que celui de 
la science, et que de ce point de vue on doit classer les caractères des êtres dans 
un ordre différent de leur ordre d’importance scientifique. Cf. t. II, p. 328 et 
P. 364-365. (R. Berthelot.) 


Sur Amour. — Ce mot, au sens B, ne doit se dire de l’inclination sexuelle que si 
elle est élective. (G. Dumas.) — Sans doute, il s’agit vraiment de ce qu’on doi 
dire : voir la Critique ci-dessus. Mais en fait, cette restriction n’est pas observée : 
« J’ai réduit l'amour à une fonction, et cette fonction à un minimum. » TAINE, 
Thomas Graindorge, 307. Les exemples sont nombreux. (A. L.) 

— L'amour, au sens C, est moins un anti-égoïsme qu’un supra-égoïsme : c’est la 
tendance fondamentale de l’être vers le bien, d’abord indéterminément ; mais 
enfin ce bien universel n’est pas exclusif de mon bien propre, qui y est compris : 
« Amour bien ordonné commence par soi-même. » Sans doute, afin d'empêcher la 
monstrueuse disproportion de l’amour-propre, qui use de l’inclination infinie pour 


tions corporatives* (patriotisme ; esprit 
de corps), les inclinations individuelles* 
amour du jeu, amour du luxe, amour 
du métier). Si la tendance est purement 
matérielle, on emploie le verbe aimer, 
mais rarement le substantif amour : 
on dit bien qu’on aime à boire, on ne 
dit guère qu’on a l’amour de l’alcool. 

B. Se dit de l’inclination sexuelle 
sous toutes ses formes et à tous ses 
degrés. Quand le mot est employé seul, 
c'est en général dans cette acception. 

c. Tendance essentiellement opposée 
à l'égoisme : 1° soit qu’elle ait pour 
objet le bien d’une autre personne 
morale : amour des malheureux, amour 
du prochain ; 2° soit qu’elle ait pour 
objet une idée en face de laquelle on 
fait plus ou moins complètement abné- 





AMOUR 


bien individuel. » ToLsrToï, De la vie, 
177. Si ces objets d'amour sont consi- 
dérés comme réunis, et comme formant 
les attributs d’une personne morale : 
amour de Dieu. 


CRITIQUE 


On voit par l’analyse ci-dessus que 
le mot présente des sens très divers, 
dont quelques-uns peuvent aller jus- 
qu’à une véritable opposition. Les for- 
mules littéraires reposant sur le jeu de 
cette opposition sont innombrables 
« Si l’on croit aimer sa maîtresse pour 
l'amour d'elle, on est bien trompé. » 
La RocneroucaAuLp, Max. 374. — 
« Les quatre-vingt-dix-neuf centièmes 
du mal parmi les hommes proviennent 
de ce faux sentiment qu'ils nomment 


gation de son intérêt et même de son 
individualité : amour de la science, de 
l'art, de la justice. « Le véritable amour 
a toujours pour base le renoncement au 


l'amour, et qui ne ressemble pas plus 
à l’amour que la vie de l’animal ne res- 
semble à la vie de l’homme. » TozsrToi, 
De la vie, p. 170, et tous les chapi- 





le bien en faveur du moi fini et insatiable, il importe absolument de refouler, de 
haïr cet égocentrisme. Mais le ressort foncier n’en reste pas moins au plus intime 
de chaque être qui a à franchir comme trois étapes : 1° amor complacentiæ et 
concupiscentiæ, naïf attachement de l’enfant qui rapporte indélibérément tout à 
soi ; 2° amor benevolentiæ et beneficentiæ, générosité qui remet la personne dans 
le rang et la subordonne aux autres ; 3° amor unionis, oubli et don de soi, trépas 
amoureux d’une vie qui, selon le mot de saint Augustin, est plus ubi amat quam ubi 
animat, mais qui se retrouve d’autant plus parfaitement qu’elle s’est davantage 
perdue en ce qu’elle aime. Il y a donc ascension, mais non rupture, ni opposition 
absolue, dans les diverses phaseset dans lesdiverssens de l’amour. (Maurice Blondel.) 

Il y a quelque équivoque, semble-t-il, à dire que le bien universel n’est pas 
exclusif de mon bien propre ; et la formule « charité bien ordonnée commence par 
soi-même », après avoir servi à exprimer l’idée que rappelle-ci-dessus M. Blondel, 
et qui nous a été signalée aussi par M. R. Daude, n’est plus guère employée aujour- 
d’hui que dans un sens ironique. Non seulement il paraît certain qu’il ÿ a des cas 
où l’abnégation et le sacrifice sont réels, et nécessaires au bien universel ; mais, 
même en thèse générale, c’est supposer que l’être ou le bien de l’homme est vrai- 
ment dans son moi dans ce qu’il peut appeler sien et s'approprier, ce qui est loin 
de pouvoir être pris pour évident. Et ce que le mystique retrouve en se perdant 
en ce qu’il aime n’est peut-ètre pas ce moi qu’il avait abandonné. (A. L.) 

M. Ch. Werner rappelle « la notion platonicienne de l’amour comme étant l’élan 
par lequel l’âme, sensible à l'attrait de la Beauté parfaite, tend à l’immortalité ». 


Sur la Critique. — Peut-on dire que l’amour de la science, de la justice, de Dieu, 
Soit amor beneficientiæ ? (J. Lachelier.) — Ce terme scolastique est en effet un 
Feu trop étroit. Cependant si l'on aime la science « pour la science », et non par 
une sorte d’égoisme intellectuel qui se plaît à exercer ses facultés, il semble bien 





AMOUR 


48 





tres xx11 à xx1v. Il en est de même 
des raisonnements du romantisme sur 
la valeur morale de l’amour, qui repo- 
sent sur le mélange des deux senti- 
ments en B. 

Les scolastiques distinguent avec 
justesse amor beneficentiae (C) et amor 
concupiscentiae (= égoïste, À ou B). — 
En un sens voisin, on oppose par- 
fois amour captatif et amour oblatif. 
Descartes, il est vrai, a protesté 
contre cette distinction en ramenant 
l'un ct l’autre à la formule : « Une 
émotion de l'âme causée par le mou- 
vement des esprits qui l’incite à se 
joindre de volonté aux objets qui pa- 
raissent lui être convenables. (Se join- 
dre de volonté = « imaginer un tout 
dont on est seulement une partie, et 
que la chose aimée en est une autre ».) 
Passions de l'âme, 11, 79-81. Mais l’assi- 
milation est évidemment inexacte en 
ce que les choses ou les êtres désirés 
sont conçus comme un moyen en vue 
de la fin que nous sommes, et non 
comme d’autres membres d’un tout 
dont nous faisons partie au mème titre 
qu'eux, ou mème en nous subordon- 
nant à eux : ce qui est l’amour au 
sens C. Il revient d’ailleurs à l’opposi- 
tion des deux sentiments par un dé- 
tour : « Encore que les passions qu’un 
ambitieux a pour la gloire, l’ivrogne 
pour le vin, un brutal pour une femme 
qu’il veut violer, un homme d’honneur 
pour son ami ou sa maîtresse, et un 
bon père pour ses enfants, soient bien 
différentes entre elles, toutefois, en ce 
qu'elles participent de l’amour, elles 


sont semblables. » Zbid. 82. Mais il 
ajoute qu’un père à l'égard de ses 
enfants « se représentant que eux et 
lui font un tout dont il n'est pas la 
meilleure partie, il préfère souvent leurs 
intérêts aux siens », et que « l'affection 
que les gens d'honneur ont pour leurs 
amis est de cette nature, bien qu’elle soit 
rarement si parfaite » ; ce qui rétablit 
l'opposition. 

Il est donc impossible de réduire à 
l'unité les sens du mot amour. Il serait 
souhaitable, en raison de la prévention 
morale favorable qui s’y attache, de le 
réserver au sens C (= celui qui trans- 
porte hors de l'individu aimant la fina- 
lité de son sentiment et de son action). 
Cf. la définition bien connue de Leis- 
NIZ : «a Amare est gaudere felicitate 
alterius. » Le mot désir, qui lui est 
nettement opposé dans certains cas par 
le langage courant, pourrait être ap- 
pliqué en général à l’autre sens (= ten- 
dance à la possession ou à la jouissance 
avec ou sans considération de la fina- 
lité propre à ce qui est désiré; ce 
qu'HELvÉTIUS résumait dans l’apho- 
risme : « Aimer, c’est avoir besoin »). 
— Mais, d'autre part, le mot amour 
appartient si fortement à la langue 
courante, avec la multiplicité de ses 
sens, qu’on ne saurait faire adopter 
une spécialisation de ce terme. Nous 
nous bornons donc à en signaler l’am- 
biguïité et à réclamer, dans tous les cas 
équivoques, l’usage des expressions qui 
permettent d’éviter le sophisme. Cf. 
Observations sur Charité*, 

Rad. int. : Am. 





que le but de l’action soit le bien de la science en elle-même, c’est-à-dire son progrès. 
Et de même pour celui qui aime Dieu en le servant, et non en se servant de lui 


pour son propre salut. (A. L.) 


Je ne vois troprien à reprocher à la thèse de Descartes. Elle réserve la question 


de savoir si le centre de gravité du système formé de nous et de l'objet aimé est en 
nous ou dans cet objet. (J. Lachelier.) — Mais ne fait-elle pas passer ainsi l'essentiel 
au second plan, en mettant au contraire en première ligne une unité factice ? (A. L.) 

« Amour-vrai » pour désigner l'amour au sens C, serait acceptable : on trouve 


déjà dans Catulle amatam vere (Lxx VI) ; cependant désintéressé, emplové par 
Leibniz, serait peut-être plus clair. (J. Lachelier.) 


1e 


gg 9 


Amour intellectuel de Dieu (Spi- 
Noza). L'amour étant défini « une joie 
accompagnée de l’idée d’une cause 
extérieure » (Éthique, III, déf. 6), 
l'amour intellectuel de Dieu est l'amour 
de Dieu causé par la connaissance adé- 
quate des choses, qui nous fait éprouver 
une joie jointe à l’idée de Dieu comme 
cause de notre joie. Éthique, V, prop. 32, 
Corollaire. — Cf. Adéquat*. 


Amour (Pur). « L'amour pour Dieu 
seul, considéré en lui-même et sans 


AMOUR-PROPRE 


qui contient encore un retour sur l’a- 
vantage de cet état. 


Amour-propre, D. Eigenliebe (dans 
les deux sens), — E. Self-love (au 
sens A); B. sans équivalent exact. 
(Voir Observations) ; 1. Amor proprio. 

A. Amour de soi-même, égoisme au 
sens B. (Vieilli) « L’amour de la patrie 
est un véritable amour-propre. » SAINT- 
Évremonp, II, 399. 

B. D’ordinaire : sentiment complexe 
de fierté personnelle, aboutissant d’une 


aucun mélange de motif intéressé, ni 
de crainte, ni d'espérance, est le pur 
amour ou la parfaite charité. » FÉNE- 
LON, Maxime des Saints, chap. 1 (Didot, 
11, 6). 11 s'oppose à l'amour d'intérêt, 
à l'amour a'espérance, et même à 
Pamour de préférence, qui consiste à 
aimer Dieu plus que soi-même, mais 


part au désir de bien faire en ce qui 
peut être apprécié par les autres, de 
l’autre à une susceptibilité en éveil au 
sujet de cette appréciation. « L’amour- 
propre des auteurs de profession. » 
DucLos, Considérations sur les mœurs, 
ch. xu. 
Rad. int. : Propr-am. 





Sur Amour-propre. — 11 n’y a point en anglais de mot qui corresponde exac- 
tement au sens B, conceit, self-conceit marquent surtout le contentement de soi- 
même, et se rapprochent plus de vanité que d’amour-propre. En certains cas on 
emploierait se/f-respect, pride, vanity, et aussi pour un certain aspecl de cette idée, 
sensitiweness. Nous nous servons souvent en anglais du terme français. (Th. de 
Laguna.) 

E. Leroux a fait remarquer que l'on trouve chez Jean-Jacques Rousseau 
une distinction très précise entre amour-propre et amour de soi : le second est 
«un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation, 
et qui, dirigé dans l’homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité 
et la vertu. L'amour-propre n’est qu’un sentiment relatif, factice et né dans la 
société, qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout autre, 
qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la 
véritable source de l'honneur ». Discours sur l'Inégalité, note O. Dans le corps du 
Discours, 17° partie, il emploie amour-propre au sens d’égoïsme réfléchi, raisonné. 

Hôffding (Rousseau und sein Philosophie, p. 107) renvoie pour cette distinction 
à VAUVENARGUES, {ntroduction à la connaissance de l'esprit humain, qui avait paru 
huit ans auparavant (en 1746). Voici le passage de Vauvenargues : le fait qu’on 
meurt pour la gloire « justifie la distinction que quelques écrivains ont mise avec 
sagesse entre l’amour-propre et l'amour de nous-mêmes. Avec l'amour de nous- 
mêmes, disent-ils, on peut chercher hors de soi son bonheur ; on peut s’aimer 
hors de soi davantage que son existence propre (sic) ; on n’est point à soi-même 
Son unique objet. L’amour-propre, au contraire, subordonne tout à ses commodités 
et à son bien-être : il est à lui-même son seul objet et sa seule fin. L’amour- 
propre veut que les choses se donnent à nous, et se fait le centre de tout. Rien ne 
Caractérise donc l’amour-propre comme la complaisance qu’on a dans soi-même 
et les choses qu’on s’approprie ». Introduction à la connaissance de l'esprit humain, 
livre II, ch. xxiv. Hôffding pense que Vauvenargues s’est peut-être inspiré dans 


AMPHIBOLIE 


50 





AMPHIBOLIE ou, illogiquement, 
Amphibologie, G. ’Auœt8o%ix; D. An- 
phibolie; E. Amphibolia, Amphibo- 
logy; I. Anfibologia. 

Double sens d’une locution où d’une 
phrase. Voir AmBiGuiri*. Nous propo- 
sons d’employer de préférence umbi- 
guité pour les mots ou les termes, am- 
phibolie pour les phrases ou les propo- 
silions, et égrivoque dans le sens gé- 
néral. 

Rad. int. : Amfibol, —es, dusensess. 


Amphibolie transcendentale ou des 
concepts de réflexion (KanrT, Critique 
de la raison pure). Appendice général 
à l'Analytique transcendentale : « Von 
der Amphibolie der Reflexionsbegriffe 
durch die Verwechslung des empiri- 
svhen Verstandesgebrauchs mit dem 
transcendentalen!. » Par concepts de 


1. « De l’amphibolie des concepts de réflexion par la 
confusion de l'usage empirique de l’entendement avec 
son usa:e transoendental. » 





réflexion, il entend les concepts au 
moyen desquels l’entendement compare 
les représentations (identité et diver- 
sité, accord et opposition, interne et 


! externe, matière et forme). L’amphi- 


bolie résulte de ce que les prédicats 
purement intellectuels déterminés par 
ces concepts sont appliqués aux phéno- 
mènes sensibles, soit pour les com- 
prendre, soit pour les dépasser, sans 
souci des conditions propres de la sen- 
sibilité. D’où, chez Kant, toute une 
critique de la monadologie leibni- 
zienne, qu’il considère comme reposant 
sur cette amphibolie. 


AMPLIFIANTE (Induction), celle qui 
étend la formule générale, tirée d’un 
certain nombre de faits, à des faits 
encore inconnus ou futurs. — On l’ap- 
pelle aussi induction baconienne, et on 
l’oppose à l'induction aristotélicienne, 
ou plus généralement à l'induction 
complète, qui ne dépasse pas le degré 


EE ——— 2 — —_— 


—_———————————————_______ 


ce passage de Shaftesbury, ou « des Cartésiens ». Mais on trouve dans l’Zntroduction 
de M. RousTan à son édition du Traité de l'amour de Dieu de MALEBRANCHE 
l'indication suivante : « Malebranche a loué le théologien protestant Abbadie.. 
d’avoir distingué amour-propre et amour de nous-mêmes, le premier étant la source 
de tous nos dérèglements, le second étant au contraire naturel et légitime, et 
principe de tous nos efforts pour accomplir le devoir. » {ntrod., p. 52. Le passage 
de Malebranche se trouve dans le même volume, p. 132 et suivantes, dans la 
Première lettre au R. P. Lamy. Cette distinction, longuement développée par lui, 
est en rapport étroit avec la question du pur amour. (A. L.) 

L. Boisse nous a communiqué aussi le texte suivant : « Lorsque le célèbre 
M. de La Rochefoucauld dit que l’amour-propre est le principe de toutes nos 
actions, combien l'ignorance de la vraie signification de ce mot : amour-propre 
ne souleva-t-elle pas de gens contre cet illustre auteur ? On prit l'amour-propre 
pour orgueil et vanité ; et l’on s’imagina en conséquence que M. de La Roche- 
foucauld plaçait dans le vice la source de toutes les vertus. Il était cependant 
facile d’apercevoir que l’amour-propre, ou l'amour de soi, n’était autre chose 
qu'un sentiment gravé en nous par la nature ; que ce sentiment se transformait 
dans chaque homme en vice ou en vertu, selon les goûts et les passions qui l’ani- 
maient, et que l’amour-propre, différemment modifié, produisait également 
l’orgueil et la modestie. » HELVÉTIUS, De l'esprit, Discours, ch. 1v : « De l’abus des 
mots. » Édit. Lavigne, 1843, p. 20-21. 


Sur Amphibolie. — La proposition ci-dessus est conforme à l’usage d’Aristote, 
qui oppose &upt$oXla, ambiguïté de construction, à éuwvuuia, ambiguïté d’un mot. 
Soph. Elench., ch. 1v, 166322. (CI. C. J. Webb.) 


st 


de généralité appartenant à la somme 
des données. Voir Znduction*. 
Rad. int. : Ampligant. 


AMUSIE, D. Amusia ; E. Amusia ; 
I. Amusia. 

Terme représentant ce qui, pour le 
langage musical, correspond à l'apha- 
sie*. 

Amusies motrices, incapacité de chan- 
ter, de siffler des airs, de jouer d'un 
instrument (on dit quelquefois en ce 
cas amusie instrumentale), Elles corres- 
pondent à l’agraphie*. 

Amusies sensorielles : surdité musi- 
cale, cécité musicale (perte du pouvoir 
de reconnaître, de comprendre des airs 
entendus, ou de lire la musique écrite). 

Rad. int. : Amusi. 


ANAGOGIQUE, Gr. ’Avxywyurec. 

A. Sens anagowique (D. Erhebende 
Erklürung ; E. Anagogie interpretation ; 
L Senso unagogico). Celui des quatre 
sens de l’Écriture qui est considéré 
comme le plus profond et qui consiste 
dans un symbole des choses constituant 
le monde divin. « Anagogicus sensus 
dicitur qui a visibilibus tendit ad invi- 
sibilia, ut lux primo die facta.… natu- 
ram angelicam significat. » IUGUES »E 
SAINT-VicTor, dans AUBER, Symbo- 
lisme religieux, 11, 53. Voir Allégorie*. 

B. Emplové par LEIBNiz come ad- 
jectif du mot Induction (’Avaywyn) : 
« Tentamen anagogicum, Essai anago- 
gique dans la recherche des causes. » 
Mais d’ailleurs, selon son usage, il rat- 
tache ce sens au précédent : « Ce qui 
mène à la suprême Cause », dit-il au 
début, «est appelé anagogique chez les 


———_—— ———_—_——_———."——]—_— ——_———————— 


ANALOGIE 
philosophes aussi bien que chez les 
théologiens. » Jbid., Ed. Gerhardt, 
VII, 270. 


ANALGÉSIE, Gr. &, &xyoc: D. Anal- 
geste, Analgie ; E. Analgesia, Analgia ; 
I. Analgesia, Analgia. 

Insensibilité partielle ou totale à la 
douleur, coexistant avec la conserva- 
tion des autres ou de quelques autres 
sensations. Voir AXNESTILÉSIE*. 

.Hgesthésie cst employé par quelques 
auteurs pour désigner la sensibilité à 
la douleur (RicHEeT, 1, 479, etr.). 

Rad. int. : Analgesia. 


ANALOGIE, G. s#uaoyia, D. Ana- 
logie ; E. Analogy ; 1. Analogra. 

A. Sens primitif et propre : identité 
du rapport qui unit deux à deux les 
termes de deux ou plusieurs couples. 
Spécialement, et par exrellence, pro- 
portion mathématique (appelée &varoyto 
dans EUCLIDE). — ARISTOTE analyse 
ce sens avec précision dans l’Éthique & 
Nicomaque, V, 6; 1131230 et suiv. 

B. Même sens, mais entendu in con- 
creto : ce qui présente une analogie au 
sens À : svstème de termes ayant entre 
eux même relation. — Cf. Correspon- 
dance*, 

C. Rapport de deux organes qui sont 
analogues*, au sens donné à ce mot 
par Geoffroy-Saint-Hilaire. 

D. Rapport de deux organes analo- 
gues*, au sens donné à ce mot par 
CuviEr. 

E. Sens courant et vague : ressem- 
blance plus ou moins lointaine, parti- 
culièrement entre choses qui ne se res- 
semblent pas dans leur aspect général, 





Sur Amusie. — Article ajouté d’après des indications données par M. Piéron. 


Sur Analogie. — « 11 y a plus d’analogie ou de rapport entre les couleurs et 
les sons qu’entre les choses corporelles et Dieu. » DESCARTES, Rép. aux 2€ object., 
IX, 107. Cf. 108-109. Peut-être faut-il entendre ce passage au sens de l’analogie 


d'attribution. (E. Gilson.) 


« Les analogies se fondent moins sur des ressemblances notionnelles {similitudines) 
Que sur une stimulation intérieure, sur une sollicitation assimilatrice (intentio ad 
asSimilationem). » M. BLonDEeL, L'Être et les Êtres, p. 225-226. (I. Benrubi). 


ANALOGIE 


et qui ne peuvent être subsumées sous 
un même concept. 


REMARQUES 


1. "Ava, dans analogie, marque 
presque certainement l’idée de répé- 
tition (L. re...) comme dans ävauvnoic, 
réminiscence ; &vaBlwots, résurrection, 
retour à la vie; dv&anduc, retour des 
forces, convalescence. 

2. Une relation ternaire, ou même 
d'ordre plus élevé, pourrait donner 
naissance à une analogie plus complexe 
que la simple proportion : p. ex. entre 
« Pierre achète un cheval à Paul » et 
« Jean achète une maison à Jacques ». 
Mais nous ne croyons pas qu’on ait 
envisagé les propriétés de ces analogies 
à plusieurs termes, si ce n’est dans les 
essais de logique des relations*. 

3. L’analogie d'attribution, distinguée 
par St THomas D’AQuIN de l’analogie 
de proportion (celle qui est définie au 
sens À), consiste en un usage des termes 
qui ne serait ni l’usage univoque*, ni 
l’usage équivoque* : Homme, appliqué 
à Socrate et a Platon, est univoque ; 
cause, au sens judiciaire et au sens 
physique, est équivoque ; riant, appli- 
qué à un visage et à un jardin, est 
analogue. Tous les noms d’attributs 
appliqués à Dieu doivent être entendus 
au sens analogique. — Cette acception 
ne se rencontre pas, ou très rarement, 
dans la philosophie classique ; mais elle 
est redevenue fréquente dans les ou- 
vrages néothomistes contemporains. 

Rad. int. : Analog(es), analog{aj). 


Raisonnement par analogie. 

À. Raisonnement fondé sur l’analogie 
au sens A. En particulier, détermina- 
tion d’un terme par la connaissance des 
deux termes de l’un des couples, et 
d'un des termes du second. 

B. Tout raisonnement concluant en 
vertu d’une ressemblance entre les ob- 
jets sur lesquels on raisonne. 


CRITIQUE 


Cetie expression, en dehors du sens 
A, dont le type est le calcul de la 





52 


« quatrième proportionnelle » repré- 
sente une idée très vague, et qu’on a 
encore rendue plus confuse en essayant 
de la préciser en divers sens. C’est 
ainsi que pour KANT (Logik, $ 84), 
l'induction consiste à étendre à tous 
les êtres d’une même espèce des obser- 
vations faites sur quelques-uns d’entre 
eux, le raisonnement par analogie à 
conclure de ressemblances bien établies 
entre deux espèces à des ressemblances 
encore inobservées ; — pour CourNorT 
(Essai, $ 46, 49), l'induction n'est 
qu'une simple extrapolation, l’action 
de l'esprit qui continue spontanément 
un mouvement antérieur ; le raisonne- 
ment par analogie, au contraire, s'élève 
par l'observation des rapports à la 
raison des choses ; -— pour E RaABIER 
(Logique, ch. x1v) « 1° l’analogie 
(= le raisonnement par analogie) est 
proprement une déduction faite sur 
une induction préalable ; 2° l’analogie 
est toujours hypothétique, tandis que 
l'induction, théoriquement, sinon tou- 
jours dans l’application, est certaine » ; 
— enfin, pour HAMELIN, qui prend sur 
ce point le contrepied de Cournor et 
se rapproche de J. S. Mir (Logic, 
III, xx), le raisonnement par analogie 
est l'induction d'assimilation, celle qui 
porte sur des ressemblances extérieures 
dont on ne connaît pas la raison. (Du 
raisonnement par analogie, Année phi- 
los, 1902.) 

Il paraît donc impossible de donner 
à cette expression un sens précis, en 
dehors de l’acception A. Mais l’indé- 
termination de l’usage, même techni- 
que, paraissant actuellement insurmon- 
table, on recommande du moins de ne 
pas en faire, comme il arrive souvent, 
une espèce définie du genre raisonne- 
ment, coordonnée à l’induction* et à 
la déduction*. Voir M. Doroee, Le 
raisonnement par analogie, not. Ch. 111. 


« Analogies de l’expérience, D. Ana- 
logien der Erfahrung » (KANT, Kritik 
der reinen Vern., Transc. Analyt. 
livre III, ch. 11, 3€ section). Principes 
a priori de l’entendement pur, relatifs 


4 


ES 


53 


ANALOGUE 





—” 


à la catégorie de relation* et qui ont 
pour formule générale : « Tous les phé- 
nomènes, au point de vue de leur exis- 
tence, sont soumis a priori à des règles 
déterminant leur rapport réciproque 
au sein d’un temps » (A. 176); — ou: 
« L'expérience n’est possible que par 
la représentation d’une liaison néces- 
saire entre les perceptions » (B. 218). 

Ces analogies sont au nombre de 
trois : la permanence de la substance ; 
l'existence de lois fixes de succession 
dans la nature (ou, dans la 2° édition, 
le principe de causalité) ; le princine de 
réaction réciproque universel entre 
toutes les substances à chaque moment 
du temps. 


ANALOGUE, D. Analog, gleichai- 
üg ; E. Analogous ; 1. Analogo. 

A. Qualificatif d’un terme qui est 
par rapport à un autre dans la même 
relation qu’un troisième par rapport à 
un quatrième ; ce rapport pouvant être 
soit un rapport de grandeur mathéma- 
tique (ce qui paraît être le sens primitif 
du mot), soit un rapport de situation, 
de durée, de finalité, etc. — « Le réseau 
télégraphique est analogue au système 
nerveux » {c’est-3-dire : est à un pays 


ce que le système nerveux est à un 
organisme). — On dit, au même sens, 
correspondant. 

B. Qualificatif de deux groupes dont 
les termes se correspondent chacun à 
chacun. 

C. Spécialement, au sens adopté par 
GEOFFROY-SAINT-FIILAIRE : caractère 
de deux organes qui, dans deux êtres 
différents, ont même emplacement et 
mêmes connexions, bien qu’ils puissent 
avoir des fonctions différentes (comme 
le bras de l’homme et l’aile de l’oiseau). 
On dit plutôt, en ce sens, homologur*. 

D. Au sens adopté par Cuvier et par 
la plupart des biologistes du xrxe siè- 
cle : caractère des organes ayant la 
même fonction (qu’ils aient ou non le 
même caractère anatomique). 

E. Qualificatif de cleux termes entre 
lesquels il existe une ressemblance plus 
ou moins lointaine, particulièrement 
dans leurs effcts, ou dans l'impression 
qu'ils produisent. « Des raisons ana- 
logues. » — Cf. Analogie. 


REMARQUE 


Analogue s’est dit autrefois de tout 
ce qui s’accorde bien, de ce qui est en 
| harmonie. « Voici pourquoi nos ou- 





Sur Analogue. — Avant de consister en une métaphore, coinme dans l'exemple 
choisi, l’analogie consiste en une similitude réelle de rapport, de fonctions, ou 
de finalité, soit comme une quatrième proportionnelle à trouver, soit comme 
une continuité phylogénétique, telle que celle de l’aile et de la nageoire, soit 
comme une assimilation possible d’un ordre inférieur à un ordre supérieur («les 
vertus humaines sont analogues aux perfections divines » comme l’a dit Leibniz, 
qui concevait les choses spirituelles non ex analogia universi, sed ex analogia 
nostri) : ainsi, sans qu'il y ait de ressemblance sensible ou figurable, l’analogue 
exprime tantôt une relation logique, tantôt une dépendance historique ou une 
connexion biologique, tantôt une convergence et une unité de plan entre des 
ordres en apparence incommensurables. (Maurice Blondel.) 

Ce mot désigne chez E. Geoffroy Saint-Hilaire bien plus qu'un caractère, 
toute une théorie qu’il a exposée dans plusieurs ouvrages, et particulièrement dans 
les Principes de philosophie zoologique. Ce livre s'ouvre par un discours préliminaire 
consacré à la théorie des analogues. Plus loin Geoffroy écrit que cette théorie « n’en 
est pas une simple amplification (de la doctrine aristotélique), qu’elle reconnaît des 
principes propres, qu’elle a un but précis, qu’elle devient un instrument de décou- 
vertes», etc. Pr.de philosophie zoologique, chez Pichon et Didier, et chez Rousseau, 


Paris, 1830, p. 97. (L. Boisse.) 


ANALOGUE 


54 





vrages nous plaisent souverainement, 
indépendamment de l’amour-propre : 
c'est qu'ils tiennent à toutes nos autres 
idées et y sont analogues. » MonTEs- 
QuiEU, Cahiers (Extraits édités par 
Bernard Grasset, p. 37). On trouve 
souvent, à la fin du xvin® siècle, des 
expressions telles que : « Un discours 
analogue aux crconstances. » Mais le 
mot était encore considéré par FLaAu- 
BERT, Comme savant et recherché : voir 
L'éducation sentimentale (1869), Ed. Le- 
merre, ], 220. 
Rad. int. : Analog. 


ANALYSE (G. ’Avéavotç & 10 réso- 
lution, solution régressive ; 2° décom- 
position) ; D. Analyse; E. Analysis ; 
L Analisi. — S'oppose à Synthèse*. 


19 Sens qui se rattachent à 
l’idée de décomposition : 


A. Décomposition d’un tout en ses 
parties, soit matériellement : « L'’ana- 
lvse chimique » ; soit idéalement : « La 
définition est l’analyse d’un concept. » 

B. Par suite, toute méthode ou étude 
comportant un examen discursif, même 








si elle aboutit dans son ensemble à une 
synthèse au sens C. « L'analyse d’un 
texte. » — Ce sens, qui enveloppe dé- 
composition et recomposition, est celui 
de ConpiLLac, pour qui l'analyse ou 
méthode analytique consiste à « obser- 
ver dans un ordre successif les qualités 
d'un objet, afin de leur donner dans 
l'esprit l’ordre simultané dans lequel 
elles existent. » Logique, 11e partie, 
ch. 11, $ 6. — « Cette analyse (celle de 
la pensée) ne se fait pas autrement que 
celle des objets extérieurs. On décom- 
pose de mème ; on se retrace les parties 
de sa pensée dans un ordre successif 
pour les rétablir dans un ordre simul- 
tané ; on fait cette coinposition et cette 
décomposition en se conformant aux 
rapports qui sont entre les choses. » 
Ibid, $ 7. 

C. Plus spécialement, pour TAINE, 
mais en un sens voisin, « analyser, c’est 
traduire ; et traduire, c’est apercevoir 
sous les signes des faits distincts... Pour 
savoir ce qu'est une nature, Vous pren- 
drez un animal, une plante, un minéral 
dont vous noterez les propriétés et 
vous verrez que le mot nature apparaît 





Sur Analyse. — 11 nous semble utile, pour plus de clarté, de donner ici in 
extenso le passage de Duhamel dont le texte cité au $ D est la conclusion : « Lors- 
qu'on aura à trouver la démonstration d’une proposition énoncée, on cherchera 
d’abord si elle peut se déduire comme conséquence nécessaire de propositions 
admises, auquel cas elle devra être admise elle-même, et sera par conséquent 
démontrée. Si l’on n’aperçoit pas de quelles propositions connues elle pourrait 
être déduite, on cherchera de quelle proposition non admise elle pourrait l'être, 
et alors la question sera ramenée à démontrer la vérité de cette dernière. — Si 
celle-ci peut se déduire de propositions admises, elle sera reconnue vraie, et, par 
suite, la proposée ; sinon, on cherchera de quelle proposition non encore admise 
elle pourrait être déduite, et la question sera ramenée à démontrer la vérité de 
cette dernière. On continuera ainsi jusqu’à ce que l’on parvienne à une proposition 
reconnue vraie ; et alors la vérité de la proposée sera démontrée. 

« On voit donc que cette méthode, que l’on appelle analyse, consiste à établir 
une chaîne de propositions, etc. » 


KanT prend les mots analyse et analytique en deux sens : 1° dans le sens 
logique de décomposition des concepts, auquel cas ils s'opposent à synthèse et à 
synthétique ; — 29 dans le sens rationnel où ils désignent la recherche des conditions 
a priori de l'expérience : l’analyse de la connaissance, |’ « analytique transcen- 
dentale ». En ce sens, comme Kant recherche ces conditions par une méthode 
régressive, l'analyse kantienne se rapproche de la méthode de Pappus. — L'usage 


55 


au moment où vous avez fait la somme 
des faits importants et distinctifs…. 
Dans les sciences morales comme dans 
les sciences physiques, le progrès con- 
siste dans l'emploi de l'analyse et tout 
l'effort de l'analyse est de multiplier 
les faits que désigne un nom ». Philo- 
sophes classiques, ch. x111. Elle com- 
porte deux étapes : « traduction exacte, 
traduction complète » (qui est une 
limite dont on ne peut que se rappro- 
cher graduellement. (Jbid., sub fine.) 


2° Sens qui se rattachent à 
l’idée de résolution : 


D. « L'analyse consiste à établir une 
chaîne de propositions commençant à 
celle qu'on veut démontrer, finissant à 
une proposition connue, et telles qu’en 
partant de la première! chacune soit 
une conséquence nécessaire de celle qui 
la suit ; d’où il résulte que la première 
est une conséquence de la dernière, et 
par conséquent, vraie comme elle. » 
DuHAMEL, Des méthodes dans les scien- 
ces de raisonnement, I, 41. 

À l'analyse, ainsi entendue, s’oppose 
la synthèse* aux sens À et B. Par rap- 
port à l’ordre d’enchaînement des pro- 
positions, de prémisse à conséquence, 
la synthèse s'appelle progression, et 
l'analyse, régression. 

L'analyse, en ce sens, est appelée par 
VièTE poristique*. 


1. C'est-à-dire de cellequ’on veut démontrer. 


ANALYSE RÉFLEXIVE 


E. Méthode de démonstration qui 
consiste à supposer le problème résolu. 
C'est ce que VièTE appelle analyse 
zététique*, Où poristico-zététique (voir 
P.Tannery, Appendice 11 aux Motions 
de mathématiques de J. Tannery) et 
c’est probablement ce que vise Des- 
cartes quand il parle de « l'Analyse des 
anciens », en la distinguant de « l’Al- 
gèbre des modernes ». Méthode, II, 6. 

Cf. DUHAMEL, Des méthodes dans les 
sciences de raisonnement, I, ch. v, x, 
et x1, où il oppose l’analyse des An- 
ciens, définie essentiellement par ce 
caractère, à l'analyse au sens D, telle 
qu'il l’expose lui-même. 

F. Au sens général, synonyme d’Al- 
gèbre, en tant que la méthode algé- 
brique consiste à supposer le problème 
résolu pour en déduire les conditions 
de la solution, c’est-à-dire à remonter 
de la conséquence cherchée (inconnue) 
à ses prémisses (connues). 

Ce sens, courant au xvue siècle, est 
aujourd’hui tombé en désuétude. 

G. Spécialement, de nos jours, le 
calcul infinitésimal, par opposition à 
l’Algèbre élémentaire. C’est une abré- 
viation de la locution « Analyse infini- 
tésimale » ou « Analyse des infiniment 
petits » (L’IHospiTaAL, 1695), qui signi- 
fiait, en vertu de F, « Algèbre infini- 
tésimale ». 


Rad. int. : A. Analiz ; D. Analitik. 


Analyse réflexive, voir Réflexif*. 





par Kant des mots analyse ou analytique, dans ce cas, s'explique par le fait qu’il 
prétend appliquer à la connaissance du réel les formes mêmes de la logique. 
(F. Rauh.) 

Sur les différents sens des mots analyse et synthèse chez les géomètres 
anciens, voir Paul Tannery, Appendice Il aux Notions de mathématiques de 
Jules TANNERY. Il y distingue : 


l’analyse-opération (— décomposition) 
poristique 


l’analyse-méthode zététique 


Voir aussi Pierre BouTroux, L’idéal scientifique des mathématiciens, p. 123 et 
suiv. 


ANALYTIQUE 


1. ANALYTIQUE, subst. — D. Ana- 
lyuk ; E. Analytic; I. Analitica. 

A. En parlant d’ARISTOTE, syno- 
nvyme de logique formelle. Les Pre- 
miers Analytiques et Seconds Analy- 
tiques (Avañurimt mpôtepa, botepa) sont 
les livres formant la troisième partie de 
l’'Organon. 

B. Pour Kanr l’analytique est l’étude 
des formes de l’entendement, et par 
suite l’analytique transcendentale est la 
science des formes a priori de l’enten- 
dement pur. (Voir Dialectique* et Trans- 
cendental*.) Elle consiste à analyser la 
faculté de connaître pour découvrir les 
concepts et les principes a priori sans 
lesquels la connaissance (l'expérience) 
ne serait pas possible. 


2. ANALYTIQUE, adj. — D. Ana- 
lytisch ; E. Analytic; I. Analitico. 

Sens général : qui procède par ana- 
lyse ou qui constitue une analyse. 

Spécialement : 

Loc. — Kanr appelle analytique un 
jugement (attributif) dans lequel le 
prédicat est contenu dans le sujet : 
« Entweder das Prädicat B gehôret dem 
Subjekt À als etwas was in diesem Be- 
griffe À versteckter Weise enthaltenist; 
oder B liegt ganz ausser dem Begriff A, 
ob es zwar mit demselben in Verknüp- 
fung steht. Im ersten Fall nenne ich 
das Urtheil analytuisch, im andern syn- 
thetisch!.» KANT, À rit. der reinen Vern., 
Introd., $ IV. — Pour la critique de 
cette distinction, voir Paul TANNERY, 
Sur la distinction des jugements analy- 
tiques et synthétiques, Bull. de la soc. de 
philos., séance de mars 1903. 

« Méthode analytique » est employé 
par HAMELIN pour désigner l’ensemble 
de procédés logiques qui « est, ou 
paraît être, presque partout suivi par 
la pensée ordinaire » : jugement, in- 
duction, syllogisme. Il l’oppose à la 


1. Trad. : « Ou bien le prédioat B appartient an sujet A 
comme quelque chose qui sst déjà contenu d’une manière 
caobée dans ce concept ; ou bien B est tout à fait en 
debors du concept A, bien qu’il se trouve cependant en 
liaison avec lui. Dans le premier cas j'appelle le jugement 
analytique, dans l’autre, synthétique. 





06 


« méthode synthétique » qui progresse 
par thèse, antithèse e. ,y::thèse. Essa; 
sur les Éléments principaux de la repré 
sentation, I, 1, À : « La méthode ana- 
lytique. » Voir Synthèse* et Synthé- 
ique*, texte et observations. 

Marx. Géométrie analytique. Géomé- 
trie qui traduit les figures et les pro- 
priétés géométriques au moyen de 
l'analyse F, c’est-à-dire de l’Algèbre, 
en exprimant chaque point d’une figure 
par ses coordonnées*. S’oppose à la 
géométrie « synthétique* » qui raisonne 
sur les figures elles-mêmes, en s’aidant 
de l'intuition. 

Méthode analytique, synonyme d’ana- 
lyse* au sens D. 

Psycnoc. Un esprit est analytique 
s’il considère les choses dans leurs élé- 
ments ; il est synthétique s’il les consi- 
dère dans leur ensemble. 

Langue analytique, celle qui tend à 
séparer l’idée principale de ses rela- 
tions en les exprimant chacune par un 
mot distinct, et à ordonner les mots 
suivant un ordre logique et prédéter- 
miné. La langue synthétique au con- 
traire est celle qui tend à réunir plu- 
sieurs idées en un seul terme composé, 
et à construire la phrase de telle ma- 
nière qu’elle forme une sorte de tableau, 
intelligible seulement par un acte indi- 
visible de l'esprit. 

Rad. int. : Subst. : Analitik ; adj. : 
Analizant; au sens math. : Analitik ; 
(caractère) : Analizem. 


ANAMNÈSE, (S). 


ANARCHIE, D. Anarchismus ; E. 
A. Anarchy; B. Anarchism; — I. 
Anarchia. 

A. Désordre (et proprement désordre 
par absence d’autorité organisatrice) : 
« La doctrine métaphysique sur la 
prétendue liberté morale! doit être 
historiquement regardée comme un 
résultat passager de l'anarchie mo- 
derne. » Aug. COMTE, Catéchisme posi- 
tiviste, Ed. Pécaut, p. 137. 


1. C'est-à-dire, dans la pensée de Comte, le libre 
arbitre au sens C {liberté d’indétermination). 


57 


B. Doctrine politique (comportant 
des variétés notables) et dont le trait 
commun consiste à rejeter toute orga- 
nisation d’État, s'imposant d’en haut 
à l'individu. 

CRITIQUE 


On écrit quelquefois, au sens B, 
an-archie ; et l’on a aussi employé anar- 
chisme. Cette forme vaudrait mieux, 
car elle éviterait la confusion des deux 
sens, qui n’est pas rare (S). 

Rad. int. : Anarki. 


Anarchisme ; synonyme d’anarchie 
au sens B. Voir ci-dessous, Obs. 


Anarthrie, voir Aphasie*. 


« ANE de Buridan. » — Argument 
pour la liberté d’indifférence*, consis- 
tant à dire que s’il y avait détermi- 
nisme, un âne, placé à égale distance 


ANÉANTISSEMENT 


d’un seau d’eau et d’une botte de foin, 
mourrait de faim et de soif sans pou- 
voir se décider. 


REMARQUE 


Il existe de nombreuses variantes de 
cet argument; on ne le trouve pas, 
fait remarquer PRANTzL, dans les écrits 
connus de Buridan ; mais il peut re- 
monter à son enseignement oral. L’ori- 
gine en est très vraisemblablement 
dans ARISTOTE, reg oùpavou, 295b33,. 
— Cf. Dante, Parudis, chant IV, 
début. 


ANÉANTISSEMENT, D. Vernich- 
tung ; E. Annihiltion ; 1. Arnienta- 
menlo. 

Destruction de l’êlre (par opposition 
au simple changement). 

Rad. int. : (Fait de s’anéantir; Nihi- 
lesk ; (acte d’anéantir) Nihilig. 





Sur Anarchie et Anarchisme. — Le mot anarchie a été employé pour la pre- 
mière fois au sens B par ProupHon ; il a été repris par BAKoOïXINE, qui indique 
cette filiation. (R. Berthelot.) (A. Berthod.) 

Le texte primitif : « Désordre, absence d’autorité ou d’organisation » a été 
remplacé par le texte actuel pour tenir compte d’une critique de M. M. Marsal : 
« Cette définition semblerait impliquer, dit-il, que l’exercice de l’autorité est la 
condition nécessaire et suffisante de l’ordre ; or le désordre peut avoir d’autres 
causes que l’absence de celle-ci ; et l’ordre peut en certains cas s’établir sponta- 
nément. Une des thèses de la doctrine anarchiste est même que l’anarchie, telle 
qu’elle est définie au sens A, n'existe pas, et que le désordre, quand il se produit, 
n’est jamais l'effet d’un manque d’autorité ; il est même le plus souvent l'effet 
de celle-ci, dont les prétentions créent ou accroissent le désordre, notamment 
quand elle est coercitive. » 

M. Marsal fait aussi remarquer que dans le sens À on réunit d'ordinaire la 
description d’un état de fait et une appréciation défavorable. Les deux idées peu- 
vent se dissocier. C’est ainsi que M. LE SENNE écrit : « L'idéal de la conscience 
morale est senti comme une communauté dont l'harmonie viendrait anarchique- 
ment, c’est-à-dire, à la limite, sans lois ni morale, de la réciprocité de l’amour 
entre tous les hommes au nom de l’amour de Dieu. » Traité de morale générale, 
P. 365. Mais cet usage, qu’on ne rencontrerait sans doute pas pour le substantif 
même anarchie, reste bien exceptionnel, comme le montre d’ailleurs le fait que le 
mot est accompagné de sa définition. (A. L.) 

On trouve chez ProuDHON une analyse très précise des différents sens 
d’anarchie. 


D’après l'étude d’Eltzbacher, les doctrines anarchistes n’ont de commun que 
la négation de l’État pour l’avenir prochain des peuples civilisés. « Cette négation 
signifie pour Godwin, Proudhon, Stirner et Tucker qu'ils rejettent l’État sans 


ANÉRYTHROPSIE 


Anérythropsie, voir Daltonisme*, Obs. 
et cf. Achromatopsie*. 


ANESTHÉSIE (du G. évaroônoix, in- 
sensibilité) ; D. A naesthesie ; E. Anaes- 
thesia ; |. Anestesia. 

Suppression (partielle ou totale) de 
la faculté d’éprouver des sensations 
conscientes. Ce mot ne se dit pas d’or- 
dinaire de la vue, de l’ouïe, du goût et 
de l’odorat, mais s'applique spéciale- 
ment à toutes les sensations réunies 
autrefois sous le nom de toucher 
(contact, pression, température) et 
même à la douleur. Voir ANALGÉSIE. 

Anesthésies systématiques (Pierre Ja- 
NET) : celles qui ne portent pas sur 
toutes les terminaisons d’un même nerf 
ou toutes les fonctions d’un même sens, 
mais sur un groupe de sensations réu- 
nies par un caractère psychologique 
commun {par exemple, les objets tenus 
par une certaine personne, ctc.). 

Rad. int. : Anestezi. 





98 


a« ANESTHÉTIQUE », terme intro- 
duit par M. LaLo, pour désigner, par 
opposition au sentiment esthétique* pro- 
prement dit, le sentiment de ce que l’on 
appelle souvent « la beauté de la na- 
ture »en tant que l’hommen’yintervient 
en rien ; «toute la vie profonde et imma- 
térielle qu’on trouvera partout, si on 
sait l’y voir par l'intuition personnelle, 
disent les mystiques ; toutes les appa- 
rences, même et surtout peut-être les 
plus matérielles, disent les réalistes... » 
Ch. Lao, Introduction à l’esthétique, 
2e partie, ch. 11 : « La beauté anesthé- 
tique de la nature. » 


ANGOISSE, D. Angst ; E. Anguish ; 
I. Angoscia. 

A. Proprement, ensemble de phéno- 
mènes affectifs dominés par une sen- 
sation interne d’oppression et de res- 
serrement (angustia), qui accompagne 
d'ordinaire la crainte d’une souffrance 
ou d’un malheur graves et imminents, 


ANIMALITÉ 


contre lesquels on se sent impuissant | formes supérieures, s’oppose au règne 


à se défendre. 

La névrose d'angoisse est caractérisée 
par la fréquence ou la constance d’un 
sentiment d'angoisse au sens A. Voir 
Pierre JANET, Obsessions et psychas- 
thénies (1903), I, 554, 558; De l’an- 
goisse à l’extase (1926), II, 302-379. 

B. Se dit fréquemment, depuis quel- 
ques années, de l'inquiétude* méta- 
physique et morale. « Les philosophes 
contemporains, après s'être quelque 
temps complus dans l'inquiétude, se 
servent aujourd’hui du mot « angoisse » 
pour désigner cette conscience de notre 
destinée personnelle qui nous tire à 
chaque instant du néant en ouvrant 
devant nous un avenir où notre exis- 
tence se décide. » L. LaAveLLe, La 
philosophie française entre les deux 


guerres, p. 100. Cet usage paraît venir | 


de KirkEGAanD, L'idée d'angoisse 
(1844). 
Rad. int. : Angor. 


végétal par la mobilité, la sensibilité, 
la représentation, et l’incapacité de se 
nourrir directement d'éléments inor- 
ganiques. 

B. Par ellipse : 
que l’homme. 


les animaux autres 


CRITIQUE 


On ne peut donner dans l’état actuel 
de la science une définition qui dis- 
tingue en quelques mots l'animal du 
végétal et l’on peut même se demander 
s’il y aurait lieu de maintenir cette 
distinction pour les formes organiques 
les plus élémentaires. 

Rad. int. : À. Animal ; B. Besti. 


Animaux (Esprits), voir Esprit*. 


ANIMALITÉ, D. A. Tüicrheit, Tier- 
reich ; B. C. Tierheit ; — E. Anima- 
\ düty; — I. Animalità. 

A. Le règne animal (mais presque 





restrictions ; pour Tolstoï, qu’il le rejette non pas d’une façon absolue, mais 
seulement pour l’avenir prochain des peuples civilisés ; pour Bakounine et Kropot- 
kine, enfin, elle signifie qu'ils prévoient que dans un avenir prochain l’évolution 
fera disparaître l’État. » ELTzBACHER, L'anarchisme, trad. Otto Karmin, Giard et 
Brière, 1912, p. 388. Par rapport à la propriété, les doctrines anarchistes sont ou 
adoministes (Godwin, Proudhon, Stirner, Tolstoï) ou doministes (Tucker, indivi- 
dualiste ; Bakounine, collectiviste ; Kropotkine, communiste). D’après leurs idées 
sur la réalisation de l'anarchie, les doctrines anarchistes sont ou réformistes 
(Godwin, Proudhon), ou révolutionnaires. Ces dernières peuvent se subdiviser en 
doctrines rénitentes (Tucker, Tolstoi) et insurrectionnelles (Stirner, Bakounine, 
Kropotkine). De même d’après leur rapport au droit, à la famille, à la religion, 
les doctrines anarchistes n’ont rien de commun. (0. Karmin.) 

Un autre trait commun des doctrines anarchistes est leur optimisme, au 
point de vue de l’organisation spontanée de la production et du travail : les anar- 
chistes croient comme Fourier que tout se fera par attrait et sans contrainte, 
pourvu seulement qu'une organisation artificielle et vicieuse n’y mette pas 
obstacle. (Ch. Andler.) 


Sur Anesthésie. — En ce qui concerne la sensibilité visuelle, les termes tech- 
niques en usage sont amaurose (cécité totale), amblyopie (cécité incomplète), 
achromatopsie (voir ce mot, ci-dessus). — Pour la sensibilité auditive, la perte des 
sensations tonales (hauteur des sons) est désignée par l’expression surdité tonale. 
L'anesthésie gustative est appelée agueusie, et l’anesthésie olfactive, anosmie. 
(H. Piéron.) 


Sur Angoisse. — L’angoisse chronique est un sentiment caractéristique des 
états mélancoliques ; il se présente à la conscience comme une douleur et surtout 


| toujours au sens B du mot animal). 
ANIMAL, D. Tüier ; E. Animal; 1. ! B. Caractère de l’animal au sens A. 

Animale. ! « Ce qui constitue l’animalité.…. c’est la 
A. L'une des deux grandes classes | faculté d’utiliser un mécanisme à dé- 

d'êtres vivants : celle qui, dans ses | clanchement* pour convertir en actions 








comme une peur vague, que l’on a souvent appelées des douleurs et des peurs 
morales, pour indiquer qu’il s’agit d’une douleur mal précisée, et d’une peur sans 
objet. En réalité, il s'agit d’une chose fort précise : le sujet a peur de sa propre 
action, et souffre à la pensée de l’exécuter. Cette peur arrëte l’action d'une manière 
définitive, et non d’une manière momentanée, comme dans la halte, ou le sentiment 
de la fatigue. Cet arrêt de l’action et cette angoisse peuvent être localisés, dans les 
phobies ; quand ils sont étendus à un grand nombre d’actions, l'homme ressemble 
à une bête traquée qui essaie successivement toutes les issucs ctn’en trouve aucune : 
il ne peut plus faire aucun acte, ni en désirer, ni en rêver aucun ; il ne peut plus 
vivre, ni tolérer sa propre vie. L’angoisse complète amène l’idée de la mort et 
les tentatives de suicide. 

Le sentiment, qui reste au fond toujours le même, est celui de l’urgence de 
l’action, et en même temps, du caractère défectueux et abominable de toute 
action. L’anæiété est composée de cette recherche perpétuelle et épuisante, et de 
ce dégoût, de cette peur de toute action qui se propose. On peut rattacher au 
simple recul devant l’action tous les troubles psychologiques et physiologiques 
qui ont été décrits dans l’angoisse, car ils dépendent de la dérivation produite 
par cet acte arrêté. Les choses se passent comme si au phénomène supprimé se 
substituaient, par une sorte de diffusion de la force inemployée, un grand nombre 
de phénomènes inférieurs. Outre les ouvrages cités plus haut, voir Boven, L’anxiété 
dans les À nnales médico-psychologiques, juillet 1935. (P. Janet.) 


ANIMALITÉ 


60 





« explosives » une somme aussi grande 
que possible d'énergie potentielle accu- 
mulée. » H. BrrGsox, Évol. créatrice, 
p. 130. 

C. Caractère de l’animal au sens B, 
en tant qu'opposé au caractère humain. 
« L'ascendant croissant de notre huma- 
nité sur notre animalité, d’après la 
double suprématie de l'intelligence sur 
les penchants et de l'instinct syÿm- 
pathique sur l'instinct personnel. » 
Aug. ConTe, Cours de phil. pos., 59 le- 
çon, ad fin. — Cf. Hurnarité*. 

Rad. int. : À. Beosiiar ; B. Animales ; 
C. Restics. 


ANIMISME, D). {réoismues ; E. Ani- 
mism ; 1. Animismo. 

À. Théorie suivant laquelle une seule 
et même âme est en mème temps prin- 
cipe de la pensée et de la vie organique. 
— $e dit particulicrement de la doc- 
trine de STAHL (Theoria medica vera, 
1507}. Voir Vitalisme*. 

B. Théorie d'après laquells l'idée 
d'âme résulterait de la fusion de l'idée 
du principe qui produit la vie et de 
l'idée du « double » ou du fantôme qui 





peut se séparer du corps (par exemple 
dans le sommeil). TyLor, Primutive 
culture, 1, 428-429. Cf. la discussion de 
M. Lévy-BRüHL, Les fonctions men- 
tales.…, p. 81-93. 

C. « Tendance à considérer tous les 
corps comme vivants et intentionnés. » 
J. PIAGET, La représentation du monde 
chez l'enfant, 160. — État mental des 
peuples qui croient à la présence d’âmes 
anthropomorphiques chez tous les êtres 
de la nature. 

Rad. int. 
matism. 


: À. Animisim; B. Ani- 


ANOMALIE (G. ’AvouxAio, inégalité, 
irrégularité, de ouxA6c, uni, égal) ; — 
D. Abnormität ; E. -Inomaly; 1. Ano- 
malia. 

Généralement, tout phénomène qui 
sort du type ordinaire ; spécialement, 
toute altération marquée d’un organe 
ou d’une fonction. 


CRITIQUE 
Voir -inormal*, — Anomal existe ; 


on le trouve chez CoURNoT : « Suivant 
la théorie de Bichat, la vie organique 





Sur Animalité. -- Quelques membres de la Société ont corrigé déclanchement en 
déclenchement sur l'épreuve de cet article et ont rappelé que ce mot, parent des 
termes anglais clench, unclench, etc., vient du vieux français clenche (prononcé 
clanche) qui voulait dire /oquet (selon Littré}, ou petit levier servant à soulever un 
luquet (selon l’Académie). — Le texte de Bergson, qui a le plus contribué à 
l'introduction de ce mot dans la langue philosophique, porte bien déclanchement, 
et c’est l'orthographe qu'il adopte également ailleurs, p. ex. tbid., p. 274 (déclancher 
ét déclanchement) ; L'Énergie spirituelle, p. 8, etc. — M. Roustan écrit de même 
déclancher (Psychologie, p. 473, 475, etc.). Les deux formes ont donc en leur faveur 
de bonnes autorités. — Cependant plus tard, dans Les Deux Sources, Bergson 
a écrit déclencher, p. 233, et déclenchement, p. 329. 


Sur Anomalie. — Louis Boisse a rappelé que l’idée d’anomalie ne doit pas 
être confondue avec celle de dérogation aux lois de la nature (comme pourrait le 
faire croire une étymologie erronée). E. Geoffroy Saint-Hilaire, Claude Bernard 
ont insisté sur cette idée que la nature ne fait ni erreurs ni fautes, et qu’on ne 
doit point non plus parler de ses caprices (ludibria naturae, PLINE). MONTAIGNE 
avait déjà dit : « Ce que nous appelons monstres ne le sont point à Dieu qui voit 
en l'immensité de son ouvrage l’infinité des formes qu’il y a comprises ; … de toute 
sa sagesse il ne part rien que de bon, et commun, et réglé ; mais nous n’en voyons 


point l’assortiment et la relation ; .… 


nous appelons contre-nature ce qui advient 
contre la coutume. » Essais, livre II, ch. xxx 


: « D'un enfant monstrueux. » 


61 


ANTÉRIORITÉ 





— — 


poursuit son cours pendant les sus- 
pensions, anomales ou périodiques, de 
la vie animale. » Essai sur les fonde- 
ments de nos connaissances, Ch. xxIIt, 
$g 362. Cf. Considérations, tome Il, 
p.6 (Ed. Boivin). —- Mais actuellement 
ce mot est presque inusité. 

Rad. int. : Anomal(es), anomal{aj). 


« ANOMIE » (du G. ävoutæ, désordre, 
ou violation de la loi). 

A. Absence de loi. « Cette hypothèse 
(sur les fins dernières de la vie morale) 
peut varier suivant les individus : c’est 
l'absence de loi fixe, qu’on peut dési- 
gner sous le nom d’anomie pour l’oppo- 
ser à l'autonomie des Kantiens. » 
Guyau, Morale sans obligation ni sanc- 
tion, p. 230. 

B. Absenre d'organisation, de coor- 
dination. « L'état de dérèglement ou 
d'anomie... » DUunkHEIu, Le Suicide, 
p. 281. — Voir Anomique*. 

Rad. int. : Anomi. 


ANOMIQUE, D. Aromisch ; L. Ano- 
muc,; 1. Anomuco (?). 

A. Non-organisé, ou désorganisé : 
« La division du travail anomique » est 
le titre d'un chapitre de DurkHFIs, 
La division du travail social, livre II, 
ch. 1. Elle est, pour lui, une des formes 
de la division du travail anormale*. 

B. Qui résulte du manque d’organi- 
sation. « Le Suicide anomique. » (Titre 
du «ch. v dans Le Suicide, de Dur- 
KIIEIM.) 

Rad. int. : Anomi. 


ANORMAL, D. Abnormisch, unregel- 
mässig ; E. Abnormal ; 1. Sregolato (?). 

Étymologiquement, contraire à la 
norme*. — Irrégulier, qui n'est pas 
conforme soit. (A) au tvpe moyen, soit 
(B) au type idéal de l'espèce consi- 
dérée. 


CRITIQUE 


Terme très équivoque par suite de 
cette double conception du normal. 
Voir la critique et les observations sur 
ce mot. — En outre, anormal semble 





avoirété confondu souvent avec anomal 
(voir anomalie*) et ce dernier mot lui- 
même sert fréquemment de substantif 
correspondant à anormal, le mot anor- 
malité n’étant pas en usage. Il semble, 
d’ailleurs, qu'on se soit souvent mépris 
sur le sens exact d’anomalie, en le rap- 
prochant non d'éuœhéc, mais de véuos, 
et par suite de l'idée de norme, qui 
est voisine de celle de règle ou de loi. 
Rad. int. : Ne-normal. 


Anosmie, voir les observations sur 
Anesthésie*. 


1. ANTÉCÉDENT, subst. D. E. An- 
tecederit ; I. Antecedente. 

A. Loc. Dans toute implication, le 
terme impliquant est dit l’antécédent 
et le terme impliqué le conséquent. 

Particulièrement, on appelle antécé- 
dent, dans un jugement hypothétique, 
la proposition qui énonce la condition, 
et conséquent la proposition qui est 
conditionnée. Dans « Si A est vrai, 
B est vrai », À est l’antécédent, B le 
conséquent (le conditionné). 

B. In Psycuo:., et dans la Théorie 
de la connaissance, on appelle antécé- 
dent d'un phénomene tout phénomène 
qui le précède dans le temps (en parti- 
culier : antécédent immédiat, ant. inva- 
riable). 

C. Psycn. On appelle Antécédents 
tous les événements, soit individuels, 
soit héréditaires, qui peuvent expli- 
quer certaines anomalies psychiques 
d'un sujet considéré. 

Rad. int. : Antecedent. 


2. ANTÉCÉDENT, adj. D. Vorher- 
gehend, vorig ; E. Antecedent, anterior, 
prior ; |. Antecedente. 

Antérieur, dans l’un des deux sens 
de ce mot. Voir Antériorité*. 

Rad. int. : Ante. 


ANTÉPRÉDICATIF, (S). 


ANTÉRIORITÉ, D. Vordersein ; E. 
Anteriority ; |. Anterioritä. 

Relation de ce qui est avant à ce qui 
est après. Voir Premier*. 


ANTÉRIORITÉ 


A. Antériorité logique : consiste à 
être le principe, la prémisse ou la con- 
dition d’une proposition. 

B. Antériorité chronologique : con- 
siste à précéder dans le temps. 

Rad. int. : Anteles). 


ANTHROPOCENTRIQUE {du G. 
&vBpurroc, xévrpov), D. Anthropocen- 
trisch; E. Anthropocentric ; I]. Antro- 
pocentrico. 

Qui fait de l’homme le centre du 
monde, et considere le hien de l’huma- 
nité comme la cause finale du reste des 
choses. 

Rad. int. : Antropocentral. 


ANTHROPOLOGIE (du G.”"Av:owzoc, 
26y0s), D. Anthropologie : E. .Anthropo- 
logy ; |. Antropologia. 

A. Sens théologique : action de par- 
ler humainement des choses divines. 
« L’'anthropologic véritable ct réelle 
des vérités qu'ils n'auraient pu com- 


prendre d’une autre manitre... » (Ma- 
LEBRANCHE, Vature et Gräce, I, 2.) En 
désuétude. — Cf. LEirxiz, Disc. de 


Métaph., ch. XxXxvI. 

B. Dans la néoc-scolastique, étude du 
composé humain, considéré dans son 
unité (jar opposition à la distinction 
radicale de ce qui appartient à l'âme 
et de ce qui appartient au corps, dans 
le Cartésianisme). Voir, par exemple, 
dans l’ouvrage de Mgr Mercier, Les 
origines de la psychologie contemporaine, 





62 


le ch. iv : 
logie. » 

C. Science de l’homme, en général, 
— Kanr conçoit l’objet de l’anthropo- 
logie de trois façons : comme anthro- 
pologie théorique ou psychologie empi- 
rique, elle est la connaissance de 
l’homme en général et de ses facultés ; 
comme anthropologie pragmatique, elle 
est la connaissance de l’homme, tournée 
vers ce qui peut assurer et accroître 
l’habileté humaine ; comme anthropo- 
logie morale, elle est la connaissance de 
l’homme tournée vers ce qui doit pro- 
duire la sagesse dans la vie, conformé- 
ment aux principes de la métaphysique 
des mœurs. Anthropologie in pragma- 
tischer Hinsicht, 1798. 

Cf. Tugendlehre, Einleitung, $ 14, où 
il oppose l'anthropologie à l’anthropo- 
nomie, c’est-à-dire à la loi morale résul- 
tant de la raison. 

D. (Depuis 1870 environ) une des 
grandes branches des sciences natu- 
relles, celle qui constitue pour ainsi dire 
la zoologie de l'espèce humaine. Elle a 
èté définie par Broca « l'étude du 
groupe humain, envisagé dans son en- 
semble, dans ses détails ct dans ses 
rapports avec le reste de la nature ». 
(Dans le Dictionnaire de RICHET, 
sub Vo.) Elle comprend en ce sens 
l'anatomie humaine, la préhistoire, 
l'archéologie, l’ethnographie et l’ethno- 
logie au sens le plus large, la sociologie, 
le folklore, la linguistique. Voir le Nou- 


« Psychologie et anthrope- 





Sur Antériorité. — L'antériorité logique est relative à un système donné, 


63 


ANTHROPOMORPHISME 





veau traité de Psychologie, publié sous 
la direction de G. Dumas, tome I, 
ch. 11 : « Les données de l’anthropo- 
logie », par P. River, p. 56-57. 

E. Au sens restreint (plus récent), 
celles des sciences précédentes seule- 
ment qui étudient la classification, la 
paléontologie et la biogéographie des 
variétés de l’espèce humaine. Ibid.) 

Anthropologie criminelle (expression 
difficile à justifier, mais très usuelle) : 
étude des caractères physiques et men- 
taux particuliers aux auteurs des crimes 
et délits. 

CRITIQUE 

L’anthrorpolagie, au sens D, n’est pas 
une science unique, mais un groupe- 
ment des parties de sciences ou des 
applications des sciences ayant un 
objet commun, l’homme, d’une part, 
dans sa nature physique et mentale, 
et d’autre part dans son développement 
historique et préhistorique. Elle com- 
prendrait donc aussi en ce sens toute 
la psychologie humaine, la morale, 
l’histoire, la science de l’art et celle des 
religions. Mais le groupe d’études 
qu’elle retenait se caractérisait surtout 
parun certainesprit naturaliste, c’est-à- 
dire par ce postulat que les formes 
supérieures de la vie mentale et sociale 
trouvent leur explication suffisante 
dans les conditions matérielles et cli- 
matériques de la vie physiologique. Le 
mot désigne donc à la fois un ensemble 
de sciences et un esprit scientifique 


particuliers qu’il importe de distinguer 
dans le langage. 
Rad. int. : Antropologi. 


ANTHROPOMORPHISME (du G 
&vBpwroc, uopph) ; D. Anthropomorphis- 
mus ; E. Anthropomorphism ; 1. Antro- 
pomorfismo. 

A. Action C’attribuer à Dieu la na- 
ture humaine : « C’est se jouer de Dieu 
par des anthropomorphismes perpri- 
tuels : c’est se le représenter comme un 
homme qui se doit tout entier à l’af- 
faire dont il s’agit. » L.EIBNIZ, T'héodicée, 
I, $ 122. 

B. Plus récemment, en un sens plus 
général : se dit de tout raisonnement 
ou de toute doctrine qui, pour expli- 
quer ce qui n’est pas l’homme (par 
exemple Dieu, les phénomènes phy- 
siques, la vie biologique, la conduite 
des animaux, etc.), y applique des 
notions empruntées à la nature ou à 
la conduite humaine. « Si l’intellect de 
l'animal recèle des éléments qui diffé- 
rent foncièrement de ceux qui concou- 
rent à constituer le nôtre, il est à peu 
près certain qu'ils nous resteront à 
jamais cachés. L’anthropomorphisme, 
ici, est absolument forcé... » MEYERSON, 
Le sens commun vise-t-il la connais- 
sance? Revue de métaph., janv. 1923, 
p. 19. 

Le mot, en ce sens, est pris le plus 
souvent en un sens péjoratif. 

Rad. int. : Antropomorfism. 





d’implications et à un choix préalable d'indémontrables. De ce qu’elle est non 
chronologique, on aurait tort de conclure qu’elle est absolue dans l’éternité pour 
l'éternité. (M. Marsal.) 


Sur Anthropologie. — Article revu et complété à la séance du 3 mai 1923 
notamment sur les indications de P. Fauconnet {$ C) et de M. Gilson ($ D) ; puis 
ultérieurement d’après les indications de M. M. Marsal sur les changements qui 
ont créé le sens E, par restriction du sens D. 

— M. P. River, dans le chapitre cité ci-dessus, propose, et met lui-même en 
pratique, de désigner le sens D par « Anthropologie » (avec une majuscule) et le 
sens E par « Anthropologie S. S. » (c’est-à-dire stricto sensu). Il fait remarquer 


qu’au sens large, on dit le plus souvent en Allemagne Ethnologie, en Angleterre 
Ethnology. 


Sur Anthropomorphisme. — Nouvelle rédaction du $ B, due principalement à 
M. Beaulavon. MM. Maurice Blondel et Piéron avaient envoyé des remarques 
dans le même sens. M. Blondel fait observer, notamment, qu’on peut facilement 
commettre des anthropomorphismes en passant de l’homme individuel à la vie 
sociale. 


Anthropomorphite paraît avoir été primitivement le nom donné à une secte 
d’hérétiques qui s’est développée au 111€ ou au 1ve siècle dans les monastères chré- 
tiens d'Égypte : « Neque multo meliora sunt ista (la croyance que l’homme est 
quasi norma et speculum naturae ; et que la nature opère comme opère l’espèce 
humaine) quam haeresis anthropomorphitarum, in cellis ac solitudine stupidorum 
monachorum orta ; aut sententia Epicuri, huic ipsi in paganismo respondens, 
qui diis humanam figuram tribuebat. » Bacon, De dignit. V, 1v, $ 9. (A. L.) 





ANTHROPOTHÉISME 





« ANTHROPOTHÉISME », terme em- 
ployé par M. PRAT pour désigner l’ef- 
fort de la volonté raisonnable vers la 
vie supérieure. « La mission de l’homme 
est de tendre de plus en plus versla di- 
vinité. C’est la foi raisonnable, la reli- 
gion raisonnable, l’anthropothéisme. » 
La Religion de l’Harmonie, p. 252. 


ANTI. (G. dvti). Préfixe employé 
pour marquer l'opposition. 

Dans quelques mots, par déforma- 
tion du latin ante, ce préfixe marque 
l’antériorité ; maïs ce cas est rare, et 
ne se rencontre pas dans les termes de 
formation contemporaine. 


« ANTICIPATION », G. rpéamie 
{d’où le L. Anti-cipatio) ; D. Anticipa- 
tion ; E. Anticipation ; I. Anticipazione. 

A. Les Stoïiciens et les Épicuriens 
appelaient ainsi la pensée du général en 
tant qu’elle se forme spontanément à 
la suite de la perception du singulier 
(Évvoux œuatxh Tv xaBékou), Di0G. 
LAERCE, VII, 154. — « Anticipatio 
quaedam sine doctrina, quam rpéAmiv 
appellat Epicurus, id est anteceptam 
animo rei quamdam informationem 
sine qua nec intelligi quidquam, nec 
quaeri, nec disputari potest. » CicÉ- 
RON, De natura deorum, 1, 16. 

B.« Anticipations de la nature », ou 
« anticipations » (tout court) désigne, 
chez Bacon, toutes les généralisations 
hâtives, issues d’un petit nombre de 
faits, et qui s'imposent à nous presque 
sans que nous nous en doutions. Voir 
notamment {Voe. Org., I, 25-33. Dur- 
kheim, à tort semble-t-il, a attribué ce 
sens à un autre terme du vocabulaire 
baconien, celui de « prénotion* ». Voir 
ce mot. 





REMARQUE 


LEIBNIZ a repris ce mot en l’inter- 
prétant dans le sens des idées ration- 
nelles, telles qu’il les admet lui-même 
(Nouveaux Essais, Préface, $ 2). Mais 
il ne semble pas que tel soit le sens 
stoïcien. 


« Anticipations de la perception, D. 
Anticipationen der Wahrnehmung. » 
(KaNT, Kritik der reinen Vern., Transc. 
Analyt., livre Il, ch. 11, 3€ section.) 
Principes a priori de l’entendement* 
pur, relatifs à la catégorie de qualité* 
et qui se résument dans cette formule : 
« Dans tous les phénomènes, la sensa- 
tion, et le réel qui lui correspond dans 
l’objet frealitas phaenomenon), ont une 
grandeur intensive, c’est-à-dire un de- 
gré. » (A. 166); — ou : « Dans tous 
les phénomènes, le réel qui est l’objet 
de la sensation a une grandeur inten- 
sive, c’est-à-dire un degré. » (B. 207.) 

En Physique, cette intensité consti- 
tue la force, et cette proposition est 
par là le principe a priori de la dyna- 
mique. 


« ANTILOGIE », G. ’Avruoyix. Chez 
les Sceptiques grecs, oppositions de 
discours, ou des arguments, que résume 
la formule : ravti A6yu A6Yoc Fooc dvri- 
xeurau. (SEXTUS Empiricus, Hypot. 
pyrrhoniennes, ch. 27.) 


« Antilogique », voir Alogique*. 


ANTIMNÉSIE, D. Antimnesie ; E. I. 
Antimnesia. 

Phénomène opposé à la paramnésie*. 
Faux sentiment de nouveauté s’atta- 
chant à une perception familière. Voir 
A. LEMAITRE, Paramnésie négative et 





Sur Anthropothéisme ». — Cf. ÉPICTÈTE : 


de l’homme semblable à une bête 


féroce, le philosophe pourra faire un dieu. Entretiens, livre II,ch. vini-1x. (L. Prat.) 





Sur Anti... 


Préfixe trop peu employé ; serait excellent pour désigner les 


contraires et les distinguer des contradictoires. Ex. : Le faux est le non-vrai 
(puisque tout ce qui n’est pas vrai est faux) ; le mal est l’anti-bien, car le non-bien 
comprend le ni-bien ni-mal, et le mal. (Victor Egger.) 





ANTITHÈSE 








aramnésie renversée, Arch. de Psych., 
juillet 1909. 
Rad. int. : Antimnesi. 


«ANTIMORALE», nom donné par RE- 
nouvVIER à l’un des deux éléments qui 
composent, selon lui, la philosophie 
pratique de l'Orient ancien. Elle con- 
siste dans l’apothéose de la puissance 
et de l’habileté individuelles, et repose 
sur cette idée que « les masses hu- 
maines sont l'instrument naturel et 
fatal de la grandeur et de la jouissance 
de quelques-uns, qui savent et peuvent 
s’en servir. » Uchronie, 1° tableau, 
p. #4. — Voir Ultramorale*. 


ANTINOMIE (G. ’Avrivouix, contra- 
diction dans les lois) ; D. Antinomie ; 
E. Antinomy ; I. Antinomia. 

A. En DROIT et en THÉOLOGIE : Con- 
tradiction entre deux lois ou principes, 
dans leur application pratique à un cas 
particulier. 

B. Chez KanT : « conflit entre les 
lois de la raison pure » ; contradictions 
où la raison pure s’engage nécessaire- 
ment, dans la cosmologie rationnelle, 
lorsqu'elle cherche l’inconditionné dans 
le phénomène {soit dans la série totale 
infinie des conditions, soit dans un 
premier terme absolu), et lorsque par 
suite, elle traite le monde soumis aux 
conditions de l'expérience possible, 
comme s'il avait une réalité en soi, 
théoriquement déterminable. Ces con- 
tradictions se traduisent par quatre 
couples de propositions cosmologiques ; 
chacun de ces couples s'appelle une 
antinomie ; mais en même temps leur 
ensemble constitue « l’Antinomie de 
la raison pure ». (Æritik der reinen 
Vernunft, Dialectique transcendentale, 
2€ partie.) Il y a aussi chez Kant une 
antinomie de la raison pratique, tou- 
chant le concept du souverain bien 
(Æritik der praktischen Vernunft,liv. Il, 
chap. 11) ; une antinomie du jugement 


= 





téléologique, touchant le mécanisme et 
la finalité ; et une antinomie du goût 
(Kriik der Urtheilskraft, $ 54 sqq. : 
Dialectique du jugement esthétique). 

C. En un sens plus lâche, tout con- 
flit, apparent ou réel, entre les condi- 
tions d’une même fin, ou entre les 
conséquences de deux raisonnements 
qui paraissent démonstratifs l’un et 
l’autre. Voir p. ex. le titre de l’ouvrage 
de Victor HENRY, Antinomies linguis- 
tiques (1896). 

Rad. int. : Antinomi. 


« ANTI SOCIAL », contraire au bon 
ordre de la société. « Un principe antiso- 
cial sur la liberté absolue et indéfinie de 
tout enseignement. » Aug. CoMTE, Cours 
de phil. positive, leçon 57, ad finem ; 
éd. Schleicher, VI, 370. 

Employé quelquefois par abus pour 
désigner ce qui est opposé au socia- 
lisme*, ou même à telle forme parti- 
culière de régime social. 


ANTISYMÉTRIE, (S). 


ANTITHÈSE (G. ’Avri@eoic); D. 
Antithesis ; E. Antithesis ; |. Antitesi. 

A. Opposition de sens entre deux 
termes ou deux propositions. Cette 
opposition peut être celle des contra- 
dictoires, ou celle des contraires, mais 
surtout celle-ci. 

B. Plus généralement, opposition de 
deux caractères, de deux tendances, etc. 

C. Plus spécialement, dans la logique* 
transcendentale de KanrT et dans la 
dialectique* de HEGeEL, le second mo- 
ment d’une antithèse au sens A, qui 
s'oppose alors à la thèse*. 

Dans les antinomies* de Kant, les 
antithèses affirment, chacune sur la 
question qu’elle concerne, qu’il n'existe 
point de terme absolument premier 
(point de commencement du temps, 
point d'éléments simples, point d’acte 
libre, point d’être nécessaire) et que, 
par suite, la recherche des antécédents, 





Sur Antinomie. — Sur le sens des Antinomies kantiennes, voir les observations 


de J. Lachelier au mot Raison. 


ANTITHÈSE 


des composants, des causes détermi- 
nantes ou des existences dépendant 
l’une de l’autre, ne peut que se pour- 
suivre indéfiniment. 

Rad. int. : Antitez. 


ANTITYPIE (G. ’Avrirunia). Mot em- 
ployé par LE1BNiz pour désigner « ce 
qui fait qu’un corps est impénétrahle 
à l’autre ». Examen des principes du 
R. P. Malcbranche; Erdmann, 6913. 
« Attributum per quod materia est in 
spatio. » Commentatio de anima bruto- 
rum ; Ibid., 463, 


APAGOGIQUE (raisonnement) (du 
G. ’Araywyñ, action d'emmener) ; D. 
Apagogisch; E. Apagogic; I. Apagogico. 

A. Abduction*. (Voir ci-dessus.) 

B. Raïisonnement par l’absurde. « I] 
est difficile, à mon avis, de se passer 
toujours de ces démonstrations apa- 
gogiques, c’est-à-dire qui réduisent à 
lP'absurdité... » LEiBxiz, Nouv. Essais, 
IV, van, $ 2. — Voir Absurde*. 

C. Raisonnement qui consiste à 
prouver une thèse par l’exclusion (la 
réfutation) de toutes les autres thèses 
alternatives* (Wuxpr). En voici le 
type : ou A, ou B, ou C, .… est vraie. 
Or, ni B, ni C, … n’est vraie ; donc A 
est vraie. C’est le raisonnement dis- 
jonctif* {/modus tollendo-ponens). 


REMARQUE 


Aristote dit ordinairement à&rxywy} 
eis To äSuvarov (réduction à l’impos- 
sible) pour désigner ce qu’on appelle 
d'ordinaire la réduction à l’absurde. 
On trouve cependant chez lui äraywy#, 
sans plus, par abréviation sans doute 
de cette formule. (Prem. Anal., I, 6; 
28 b 21.) D’où le sens B d’apagogique. 

Rad. int. : Apagogi(al). 


A PARI (raisonnement), L. (sous- 
entenclu causa) : celui qui conclut d’un 


66 


— 


cas à un autre cas considéré Comme 
semblable. Expression d’origine juri. 
dique ; voir À contrario*. 


A PARTE ante, a parte post. Locu. 
tions scolastiques qui s'appliquent à 
l'éternité : l'éternité a parte ante est 
une durée infinie dans le passé ; l’éter- 
nité a parte post est une durée infinie 
dans l'avenir. 


À PARTE rel (Universalla). Univer- 
saux* qui viennent de la nature de la 
chose et non de la nature de l’esprit 
qui la connaît. « Idem est quod secun- 
dum rei naturam. » GocLEniIus, sub 
Vo, &b. 


APATHIE (G. ’Aräfeta) ; D. Apa- 
thie ; E. Apathy; I. Apatia. 

A. ÊTHiQuE (surtout historique). In- 
différence aux mobiles sensibles ; état 
du sage qui méprise la douleur ou 
même qui ne la perçoit plus (MÉGARI- 
QUES, STOÏCIENS, SCEPTIQUES). Cf. Ata- 
raxie*. 

B. PsycnoL. Au sens général, insen- 
sibilité. Plus spécialement, au sens 
éthographique, caractère d’un individu 
qui agit peu ou mollement, par suite 
de son indifférence aux causes qui pro- 
voquent ordinairement des émotions 
ou des désirs. (Péjoratif.) 

Rad. int. : Apati. 


APERCEPTION ou Apperception, 
D. Apperception; E. Apperception ; 
I. À ppercezione. 

A. Chez LEIBNIZ, « conscience ou 
connaissance réflexive de l’état inté- 
rieur » qui constitue la perception* 
simple (Principes de la nature et de la 
Grâce, $ 4). 

B. Chez KanrT, action de rapporter 





une représentation à la conscience de 


Sur Apathie. —- Le sens B vient d’un des deux sens donnés par Aristote au 





soi (aPerception empirique). L'apercep- 
tion pure Ou transcendentale est la cons- 
cience de soi, le « Je pense » (Æritik 
der reinen Vernunft, $ 16 sqq.). 

C. Chez MuiNE DE BiRAN, Conscience 
ou connaissance intérieure de l’acte par 
lequel le moi pose son existence dans 
l'effort musculaire. « Le sens interne, 

ue nous appelons sens de l'effort, 
s'étend à toutes les parties du système 
musculaire ou locomobile soumises à 
l’action de la volonté. Tout ce qui est 
compris dans la sphère d’activité de ce 
sens, ou qui se rattache, soit directe- 
ment, Soit par association, à son exer- 
cice, rentre dans le fait de conscience, 
et devient objet propre, immédiat ou 
médiat, de l’aperception interne. » 
Œuvres Inédites, publ. par Ernest Xa- 
ville, 1, 233. 

D. Chez IfEnBaArT, processus par 
lequel l’expérience nouvelle s'adapte 
au tout de l'expérience passée de l’in- 
dividu, est transformée par celle-ci, et 
forme avec elle un nouveau tout. 
L'expérience passe ct appelée par 
Herbart « appercipirende Nlasse der 
Vorstellungen »; l'expérience nouvelle 





APERCEPTION 


«appercipirte Masse der Vorstellungen!». 

E. Chez \WVuxpT, ce terme a un 
double sens. D’une part, il signifie le 
processus par lequel un certain contenu 
de la conscience apparaît avec plus de 
clarté. D'autre part, il exprime un 
principe général d'explication en vertu 
duquel les formes supérieures de la vie 
mentale comportent d’autres liaisons 
que celles de l’association mécanique, 
et peuvent se régler sur des intérêts 
esthétiques ou logiques. Voir Physiol. 
Psychologie, 4° éd., table analxt., Vo 
pperception. 

CRITIQUE 


Ce mot n'a pas actuellement en 
français de sens bien défini. On l'em- 
ploie quelquefois pour appréhension*, 
au sens B. 

Le sens de Herbart, qui est très em- 
plové en allemand et en anglais, parti- 
culicrement dansles questions pédasori- 
ques, tend aussi àserépandre en France. 
Voirp.ex. RoruricH, L'attention 11905: 

Rad. int. : Adpercept. 


1. « Masse apercevante des représentations; masse 
aperçue des représentations. » 


RS 


Sur Aperception. — Le $ C (sur Maine de Biran) est dû à P. Tisserand. 
On a toujours tort d'employer aperception pour appréhension. L’aperception est 


mot &ribeta ; il distingue l’apathie du voüe, que rien n’affecte, et celle de l’alofnrixôv 
qui, après avoir été trop fortement affecté par un sensible, n’est plus capable 
d’être affecté par un autre. Ilepl duyñc, 111, 4 ; 429229 — 499b5. (J. Lachelier.) 


une action beaucoup plus importante que la simple appréhension. Appréhender ne 
signifie pas qu’on découvre originalement quoi que ce soit, ni même qu’on colla- 
bore vraiment à l’œuvre de la connaissance. Il y a quelque passivité dans l’ap- 
préhension, ou, du moins, il v a plus d’activité dans l’apercention. C’est ce que 
semble avoir vu clairement Proudhon dans un texte curieux : « Ce qui distingue 
la femme est donc que chez elle la faiblesse, ou, pour mieux dire, l'inertie de l’in- 
tellect, en ce qui concerne l’aperception des rapports est constante. Capable 
jusqu’à un certain point d'appréhender une vérité trouvée. » Justice, x1° étude, 
ch. 1, 9. Dans « l’appréhension » donc on se bornerait à recevoir l’idée par une 
rencontre heureuse, un accident, un hasard ; et « l’aperception » impliquerait qu'on 
la trouve laborieusement en soi sans l’attendre du dehors. (Louis Boisse.) 


— William James s’est moqué du mystère qu'ont fait certains philosophes 
autour de ce terme d’aperception. C’est, dit-il, un mot utile en pédagogie et qui 
désigne commodément un processus auquel tous les éducateurs ont souvent affaire ; 
mais en réalité il ne signifie rien de plus que l’acte de prendre conscience d’une 
chose fit verily means nothing more than the act of taking a thing into the mind). 
« Il ne correspond à rien de particulier ou d’élémentaire en psychologie, car il 
n’est qu’un des innombrables résultats du processus psychologique de l’association 


er 


APHASIE 


APHASIE {G. ’Aguaia) ; D. Apha- 
sie ; E. Aphasia ; I. Afasia. 

A. Chez les sceptiques de l’antiquité, 
suspension de toute assertion dogma- 
tique. Voir SexTus Eupiricus, Hypo- 
typoses pyrrhoniennes, livre I, ch. xx : 
« Ilepi épaoiac. » 

B. PsycoL. Perte totale ou partielle 
des fonctions du langage, sans lésion 
des organes ni paralysie. Ce mot s’ap- 
plique en anglais, comme le font remar- 
quer JasrTrow et Bazpwix (Dict. of 
phil., Vo), de la façon la plus générale : 
soit au langage parlé, soit au langage 
écrit, soit au fait de les comprendre, 
soit au fait de les employer. L'usage 
français paraît restreint à la parole 
prononcée et entendue (RicueT, Vo). 
Une subdivision universellement ad- 
mise est celle de : 1° l’aphasie motrice 
{motorische Aphasie, motor aphasia, 
afasia motrice), appelée encore aphémie 
par BRoca; — et 20 l’aphasie senso- 
rielle (sensorische A phasie, sensory apha- 
sia ; afasia sensoriale), quelquefois nom- 
mée aphasie de TWernicke. 


CRITIQUE 


Il est préférable de reserver à la 
première le nom d'aphasie et de dési- 
gner la seconde par le terme :le surdité 
verbale ; pour le langage écrit, d’em- 
ployer les termes correspondants d'a- 
graphie et de cérité verbale. L'avantage 
de ces quatre dénominations est d’être 
tirées des faits ohservés et de n‘impli- 
quer aucune hvpothèse, comme il 


arrive dans les expressions telles que 
« aphasie corticale, sous-corticale, apha. 
sie de conductibilité (WERNICKE) », etc. 
qui reposent sur la considération de 
schémas explicatifs imaginaires. 

Rad. int. : Afai. 


Aphémie, voir Aphasie*. 


APHORISME (GC. ’Apoptoués, défini- 
tion) ; D. Aphorismus ; E. Aphorism ; 
1. Aforismo. 

Proposition concise renfermant beau- 
coup de sens en peu de mots. C'est, 
soit une proposition dogmatique résu- 
mant une théorie ou une série d’ohser- 
vations (Bacon, Novum Orgarnum, apho- 
rismi de interpretatione naturae et regno 
hominis, cf. Préface, au début), soit 
une proposition pratique formulant un 
précepte général et fondamental (1pho- 
rismes d'HIPPOCRATE). 

Rad. int. : Aforism. 


APODICTIQUE (G. ’Arodexrixéc, 
démonstratif) ; D. Apodiktisch; E. 
Apodictic ; |. Apodutuco. 

Loc. Nécessaire*, par opposition à 
l'assertorique et au problématique. Ces 
termes ont été répandus par Kanr, 
qui en fait les trois divisions de la 
modalité* des jugements. 

Rad. int. : Apodiktik. 


APOPHANTIQUE, G. &ropavrixéc, 
est emplové par ARISTOTE pour ca- 
ractériser, parmi les énoncés verbaux 
ayant un sens, ceux qui peuvent être 





des idées ; et la psychologie elle-même peut aisément se passer du mot, quelques 
services qu’il puisse rendre en pédagogie. » Talks to teachers (Causeries pédago- 


giques), ch. x1V, p. 156-157. (A. L.) 


Sur Aphasie. — Pour Pierre Marie, l’expression « aphasie de Broca » doit 
être réservée à l’aphasie totale, unissant l’aphasie motrice (qu’il appelle lui-même 
anarthrie) et l’aphasie de Wernicke ou aphasie vraie (la surdité verbale n’ayant 
pas d’existence clinique distincte) — Parmi les variétés d’aphasie, on peut 
signaler l’aphasie d’intonation (Brissaud), ou perte de la «chanson du langage »; 
l’aphasie optique ou incapacité de nommer les objets d’après leur seule perception 
visuelle ; l’aphasie tactile, ou incapacité de nommer les objets d’après leur seule 


perception tactile. (H. Piéron.) 


TE —— 





dits vrais ou faux (par opposition à un 
souhait, une prière, une dénomina- 
tion, etc.). Voir Jugement* et Propo- 
sition*. 

Ce mot est aussi employé quelquefois 
comme substantif, au sens de théorie 
logique des propositions. « Ces nou- 
velles dispositions de propositions ou 
de termes échappent à l’apophantique 
aristotélicienne. » Ch. SErRuSs, Traité 
de Logique, p. 173. 


APOPHATIQUE, (S). 


Aporétiques (Philosophes), voir Ephec- 
tiques*. 


APORIE, G. &rnopix (proprement, 
absence de passage ou de moyen, 
répos; embarras, difficulté, besoin); 
— D. Aporie ; E. Aporia ; 1. Aporia. 

A. Chez ARISTOTE, difficulté à ré- 
soudre ; « mise en présence de deux 
opinions contraires et également rai- 
sonnées, en réponse à une même ques- 
tion » HAMELIN, Système d’Aristote, 
p. 233 ; cf. p. 105. 

B. Chez les modernes, le mot est pris 
souvent en un sens plus fort : difficulté 
logique d’où l’on ne peut sortir ; ohjec- 
tion ou problème insolubles. 

Rad. int. : Apori. 


A posteriori, voir À priori*. 
Apparemment, voir Apparent*. 


APPARENCE, D. Schein (dans tous 
les sens, mais surtout au sens B) ; — 
E. A. B. C. Appearance; D. Likeli- 
hood (familier ; n'appartient pas à la 
langue technique) ; — I. Apparenza 
(dans tous les sens). 

A. Aspect d’une chose. « Un édifice 


——— 





APPARENCE 


de médiocre apparence. » (Nous ne 
mentionnons que pour ordre ce sens, 
le plus voisin de l’étymologie, mais 
qui n'appartient pas à la langue philo- 
sophique.) 

B. Psycx. Toute présentation*, au 
sens À, en tant qu’elle est considérée 
comme différente de l’objet* corres- 
pondant (au sens A : objet conçu 
comme ayant une réalité, d’un ordre 
ou d’un autre, indépendante de notre 
conscience individuelle) : un tableau n’a 
qu’une apparence de relief; un so- 
phisme n’est concluant qu'en appa- 
rence. On dit aussi, en ce sens, fausse 
apparence. Cf. Dialectique*, D. 

C. Spécialement, MÉTapx. : toute 
présentation en tant qu’elle est consi- 
dérée comme différente de la chose en 
soi* qui y correspond. Svnonyme de 
phénomène-B. 

D. Probabilité, vraisemblance. « On 
peut nier cela avec apparence. » RE- 
NAN, Dialogues philosophiques, p. 42. 
« Il n’y a pas encore de vérité, mais il 
y a partout trois bonnes apparences de 
vérité. » MAETERLINCK, La vie des 
abeilles, p. 235. (Sens rare, et un peu 
recherché.) 

CRITIQUE 

Ce dernier sens est un archaisme 
employé à titre d’' « élégance », et qui 
peut être équivoque : une langue phi- 
losophique doit l’éviter. Le sens central 
du mot est le sens B : quand il s'agit 
de C, mieux vaut parler de phénomène*, 
que Kant oppose expressément à appa- 
rence (Schein). 

Le terme antithétique est réalité* 
(qui reçoit également un sens phéno- 
ménal et un sens ontologique). Ces 
mots dépendent l’un et l’autre du juge- 





Sur Apparence. — Aristote distingue systématiquement, à propos de l’appa- 
rence : 1° ce qui est obvie ; 2° ce qui paraît être vrai, sans l’être (St Thomas 
fait d'ordinaire précéder ses solutions des faux Videtur quod) ; 3° ce qui apparaît 
au sens commun comme l'expression de ce qui est le plus habituel, soit que cette 
façon commune d'envisager les choses suffise à fonder un jugement dialectique, soit 
que cette apparence preinière puisse être reprise par la raison savante et érigée 
en vérité apodictique. (Maurice Blondel). 


APPARENCE 


70 





ment appréciatif* de celui qui les em- 
ploie : apparence présente une légère 
nuance péjorative ; réalité, une nuance 
laudative plus accentuée. 

Rad. int. : B. Sembl. 


APPARENT, D. Scheinbar (rare au 
sens A); Schein— (en composition; 
toujours au sens B : Scheinkrank, 
Scheinliebe, etc.) ; — E. À. Clear, plain ; 
B. Apparent, seeming; — |. Apparente. 

A. Primitivement en parlant des 
choses : bien visible ; qui apparaît clai- 
rement aux regards. « Une inscription 
apparente. » — « L'éducation ne se 
borne pas à rendre apparentes des 
puissances cachées qui ne demandaient 
qu’à se révéler. » F. DurkitEiu, Éduca- 
tion et soriologte, p. 51. 


Par métaphore évident, visible. 


« Cette absence mime de désirs et. 


d'espoirs… c’est déjà l’apparente abo- 
lition de cette jouissance pure, et le 
vœu cher et tacite de la pouvoir res- 
taurer. » J. SEGOND, {ntuition et amitié, 
p. 125. — Même emploi de l’adverbe : 
« C'est parce qu'il jette un voile sur le 
problème des origines qu'il peut soute- 
nir des thèses apparemment contradic- 
toires. » A. DarBox, Ze concept du 
hasard chez Cournot, p. 38. — (Ce sens 
est assez rarc.) 

B. Sens usuel : qui n’est pas ce qu’il 
paraît être. « Mouvement apparent. » 
— « Concession apparente. » — « Des 
raisons apparentes, de spécieux pré- 
textes, ou ce qu'ils appellent une im- 


possibilité... » La BRUYÈRE, Caractères, 
ch. vin. « L'abolition apparente des 
souvenirs visuels dans la cécité ps\- 
chique. » Brrésox, Matière et mé- 


moire, Pp. 97. 
Mèmes sens pour l’adverbe, souvent 
emplové pour marquer l'ironie. 


CRITIQUE 


Non seulement les sens A et B sont 
presque contraires dans leur acception 
extrême, mais on trouve entre eux 
pour ainsi dire tous les intermédiaires, 
où ils se mélangent en proportions mal 
définies. Beaucoup de passages où fi- 





gure ce mot semblent un jeu où l’on 
s'amuse à suggérer par la première 
« apparence » de la phrase le contraire 
de ce qu’elle dit en réalité. Étant donné 
que dans la langue courante, sauf 
quand il s'agit d’objets matériels, le 
mot apparent a toujours le sens B, il 
est presque certain qu’un lecteur sans 
prévention l’entendra ainsi, à moins 
qu'il ne s'agisse d’une antithèse où 
apparent s'oppose expressément à ca- 
ché ; et, par conséquent, l'écrivain doit 
faire de même, s’il veut éviter les 
malentendus. 
Rad. int. : À. Evident ; B. Sembl. 


1. « APPARTENANCE », relation 
logique de l’individu* à la classe* dont 
il est un des membres. S’écrit €. 


2. « Appartenances ». Socror. —. 
L. Lévr-Bruuz appelle ainsi tout +e 
qui, quoique ne faisant pas, on ne fai- 
sant plus partie du corps d’un inuli- 
vidu, #sl considéré par les non-ivi- 
lisés comme ayant avec celui-ci un 
lien de participation*, en sorte que les 
actions exercées sur Ces « apparte- 
nances » peuvent retentir sur l'individu 
lui-même. Voir L'âme primitive, no 
tamment p. 132-150. 


« APPEL ». — « L’insuffisance de la 
détermination prend deux formes... 
L'une est l'insuffisance de la détermi- 
nation relativement à une autre déter- 
mination. A la première, nous don- 
nerons le nom hamelinien d'appel. » 
(Voir ci-dessous Appeler*.) « En em- 
plovant ce terme, nous devons avertir 
que nous ne lui imposons pas la res- 
triction qu’il subit dans la construc- 
tion rationnelle d'Hamelin (où chaque 
terme appelle un terme et un seul, 
suivant un ordre nécessaire). L’appel, 
comme nous l’entendons, est par lui- 
même irradiant. D'une maladie, l’ap- 
pel peut me mener à sa cause, à ses 
effets, à la nature du malade, à la fré- 
quence de cette maladie, à la société, 
au problème du mal, bref partout ail- 
leurs. » R. Le SENNE, Obstacle et 
caleur, p. 171. 


71 


APPRÉHENSION 





APPELER, D. A. Hervorrufen; B. 
C. Forden ; — E. A. To call forth; B. 
to call for ; 1. Chiamare, richiamare. 

A. Faire venir à l'esprit, évoquer 
(notamment par association*). 

B. Rendre nécessaire, ou du moins 
souhaitable : « Appeler une réserve, 
une rectification. » 

C. Spécialement. duns l’Essai d'Ha- 
MELIN : impliquer à titre de corré- 
latif et de complément nécessaire. 
« L'un qui s'oppose à chaque nombre 
donné, et que ce nombre appelle, 
exprime, par rapport à lui, le contraire 
de ses propriétés. » Essai, p. 42. — 
« Il doit donc exister un genre suprême 
qui appelle une première différence. » 
Jbid., p. 184. — « La cause appelle 
l'effet, c'est-à-dire l’état où la partie 
des choses considérées se trouve rejetée 
lorsqu'elle est exclue de celui qui, sans 
la cause, serait le sien. » Zbid., p. 206. 


« APPELLATIF », expression ancien- 
ne pour désigner les termes qui ont une 
connotation*. « Les noms propres ont 
été originairement appellatifs. Les 
noms appellatifs ou termes généraux... » 
LerBniz, Nouv. Essais, 1. III, ch. 1, 
$ 5-6. 


APPÉTIT (G. épebuc, ARISTOTE) : D. 
Sinnlicher Trieb ; E. Appetite ; 1. p- 
petito. 

Psycx. Inclination ayant pour objet | 


un des besoins organiques (faim, mou- 
vement, reproduction, etc.). 

La distinction du moyen âge et du 
xvue siècle entre l'appétit concupis- 
cible (inclination) ct l'appétit irascible 
(émotion) est complètement tombée en 
désuétude dans le langage philoso- 
phique contemporain. 

Rad. int. : Apetit. 


« APPÉTITION ». Chez L£1Bx12,« ac- 
tion du principe interne » (dans la 
monade) « qui fait le changement ou le 
passage d’une perception à une autre ». 
Monadologie, $ 15. Voir Perception*. 


Appliquées (Sciences), voir Science*. 


APPRÉCIATION, D. W'ertschätzung ; 
E. Appreciation ; |. Appreziazione. 

Opération de l'esprit concernant, non 
l'existence d’une idée ou d’une chose, 
mais leur valeur, c'est-à-dire leur degré 
de perfection relativement à une fin 
donnée (notamment la vérité, la beau- 
té, la morale, l'utilité). Appréciation 
s'oppose à description où explication, 
comme le droit au fait, ce qui devrait 
ètre à ce qui a été réalisé. 

Rad. int. : Evalu. 


APPRÉHENSION, D. .ipprehension, 
Aujffassung (ces mots n'ont pas le sens 


D); E. ‘Apprekension; 1]. Appren- 
sione, -\pprendirmento. 
A. Dans la scolastique : toute con- 





Sur Appétit. — Les passions qui se rapportent à l'appétit concupiscible « sont 
celles qui n’ont besoin pour être excitées que de la présence ou de l’absence de 
leurs objets ». — « Et pour les cinq dernières (audlace, crainte, espérance, 
désespoir, colère) qui ajoutent la difficulté à la présence ou à l’absence de l’objet, 
ils (les « anciens philosophes ») les rapportent à l'appétit qu'ils appellent roncupis- 
cible. » Bossu ET, Conn. de Dieu et de soi-même, ch. 1, 6. (A. L.) 

Les scolastiques ont considéré la volonté comme un « appétit intellectuel », 


insistant sur le dynamisme profond de 


la raison, ou plutôt de l'intelligence, 


antérieurement au pouvoir d’option qui ne fait que spécifier l'appétit. (Maurice 


Blondel.) 


Sur Appréciation. — Apprécier signifie, soit juger (bon ou mauvais), soit 


spécialement, juger bon 


: « Apprécier une plaisanterie. » « Un auteur apprécié. » 


Mais le substantif n’a jamais ce sens en français. Il est au contraire fréquent dans 


la langue des philosophes américains, où 


appreciation est presque toujours pris 


favorablement. En italien, apprezamento a aussi cette signification laudative. (A. L.) 


APPRÉHENSION 


naissance d’un objet, considérée en 
tant qu’action du sujet s’appliquant à 
cet objet. « Apprehensio est intuitiva 
vel abstractiva… vel simplex vel com- 
posita, etc. » GocLenius, 120. 

Plus spécialement, chez saint THo- 
MAS D’AQUIN, la première de trois opé- 
rations de l'esprit qu’il caractérise 
ainsi : « Una quae dicitur indivisibilium 
seu simplicium intelligentia vel appre- 
hensio, per quam scilicet intellectus 
apprehendit essentiam cujusque rei in 
seipsa : alia est operatio intellectus, 
scilicet componentis et dividentis ; ad- 
ditur et tertia operatio, scilicet ratio- 
cinandi. » Commentaire sur le 1isei 
fEsurveisxce, Proœmium, I, 1. 

B. Sens moderne : Toute operation 
intellectuelle relativement simple ou 
immédiate, soit de perception, soit de 
jugement, soit de mémoire, soit d’ima- 
gination, considérée comme s’appli- 
quant à un contenu distinct de l’opé- 
ration elle-même. — S’oppose en an- 
glais à misapprehension, méprise par 
jugement à première vue. 

La Synthèse de l'appréhension (D. 
Synthese der Apprehcnsion) chez KANT, 
est définie : « die Zusammensetzung 
des Mannigfaltigen in einer empiri- 
schen Anschauung!. » Ærit. der reinen 
Vern., À (seule), 98-99. 

C. Faculté de saisir par l'intelligence. 
— Très rare en français. 

D. Crainte légère ou mal définie. 


CRITIQUE 


Ce terme est actuellement très vague, 
et paraît impliquer d’ailleurs une vue 
superficielle de l'esprit, car il n’y a pas 
d'acte véritablement simple, et la 
moindre perception d’un objet ou d’un 
état mental implique tout un travail 


1.< La réunion du multiple en une intuition empirique. » 





72 


de pensée, comme le fait justement 
observer GoBLorT, sub Ve. 

Il est employé très couramment dans 
la psychologie anglaise pour désigner 
la connaissance de l’individuel. « As 
long as we view a particular object, or 
event, alone, we merely apprehend it: 
but when we bring it into relation to 
kindred things we comprehend it. » 
James Suzzy, The Human Mind, ] 
389. Cf. Aperception*. 

Rad. int. : Adpren. 


APPROBATION, D. Beijail ; E. Ap- 
probation approval; quelquefois sanc- 
tion; |. Approvazione. 

Jugement favorable d’appréciation. 
Le mot s'emploie surtout au sens éthi- 
que, mais il serait utile de l’étendre au 
sens logique et au sens esthétique, où 
le même caractère se retrouve et n'a 
pas reçu de nom spécial. 

Rad. int. : Aprob. 


APPROCHÉ, D. Annühernd, Näühe- 
rungs.… (p. ex. Nüherungsgrôsse) ; E. 
Approximate, approached ; 1. Appros- 
simalo. 

A. Se dit proprement d’une grandeur 
voisine de la grandeur réelle, substituée 
à celle-ci quand elle est impossible ou 
inutile à connaître rigoureusement, ou 
à exprimer d’une manière exacte (p. ex. 
dans le cas d’un nombre irrationnel). 
Loi approchée : celle qui permet de 
calculer une valeur suffisante pour le 
but qu’on se propose, mais un peu 
différente de la valeur vraie. 

B. Plus généralement, caractère d’une 
connaissance déjà valide, mais qui 
n'est pas définitive, et qui est appelée 
à devenir plus parfaite, plus adéquate 


1. « Tant que nous considérons un objet particulier 
(singulier), nous ne faisons que l’appréhender ; mais quand 
nous le mettons en relation aveo des choses de même 
espèce, nous le comprenons. » J. SULLY, L'esprit humain. 


Sur Appréhension. — Appréhension (traduisant l'allemand Auffassung) est 


«18 


À PRIORI 





à son objet. G. BAcHELARD, Essai sur 
la connaissance approchée, 1927. 
Rad. int. : Proxim. 


APPROPRIATION, D. Aneignung ; 
E. Appropriation ; I. Apropriazione. 

Acte par lequel on se saisit, pour en 
faire sa propriété individuelle de ce qui 
n’appartenait à personne ou à tout le 
monde. 

Rad. int. : Proprlig). 


APPROXIMATIF, voir Approché*. 
Mais le mot a souvent, surtout dans 


au sens A ou au sens B. « En première 
approximation. » 

B. Valeur approchée : « Une approxi- 
mation au millième. » 

Rad. int. : Proximes, proximai. 


APRAXIE (G. ’Arpxëix; inaction; 
D. Apraxie ; E. Apraxia ; |. .ipprus- 
sia. 

Incapacité d'exécuter correctement 
des actes habituels, sans qu'il y ait 
paralysie (par exemple de se moucher, 
de se servir d’une fourchette ou d’un 


un terme fréquemment employé dans la psychologie contemporaine pour désigner 
la mémoire immédiate, ou capacité limite de reproduction correcte, sans délai, 
après une perception unique, de chiffres, lettres, mots, images, etc. (H. Piéron.) 


canif, de faire un signe de croix). Phé- 
nomène encore mal défini, et qui paraît 
résulter, selon les cas, de troubles psy- 
chologiques, de nature différente. Voir 
Observations. 

Rad. int. : Apraxi. 


la langue courante, un import défavo- 
rable ; tandis qu’approché met l’accent 
sur le succès partiel de l’approxima- 
tion, approximatif évoque plutôt l'idée 
qu’elle reste assez loin de la grandeur 
ou de la vérité exactes. 


APPROXIMATION, D. \üherung; 
E. Approximation ; |. Approssima- 
zione. 

A. Caractère de ce qui est approché*, 


A PRIORI et a posteriori {L. — Em- 
plové de même en D. E. I.). 

A. Au point de vue gnoséologique, 
on appelle a posteriori les connaissances 








Sur Appropriation. — Le substantif a un sens plus étroit que le verbe s'appro- 
prier : celui-ci se dit même de l’acte par lequel on s'empare (légalement ou frau- 
duleusement) de ce qui appartient à autrui. 


Sur Apraxie. — Article remanié pour tenir compte de diverses objections, 
formulées notamment par M. Piéron et L. Boisse. 

Ce terme a été créé par Goco, en 1873, pour désigner la perte de l'intelli- 
gence de l’usage des choses. Cette notion, un peu ambiguë, a été précisée par 
H. LiEPMANN en 1900, qui définit ainsi l’apraxie : « Incapacité d'exécuter avec les 
membres les mouvements appropriés fzweckgemäss) malgré l'intégrité de la 
motricité. » L’apraxie est en quelque sorte l’analogue, dans la sphère des praxies, 
de l’agnosie, qui est un trouble de la perception appartenant à la sphère des 
gnosies. » (Ed. Claparède.) — Voir Aboulie** intellectuelle. 

On distingue une apraxie idéatoire (démence motrice) et une aprazie idéo- 
motrice, ou apraxie vraie (Liepmann). 11 y a amnésie motrice, perte du bénéfice 
d’un apprentissage moteur. L’aphémie (aphasie motrice) et l'agraphie sont des cas 
particuliers d’apraxie. Enfin il existe une apraxie par agnosie* (voir ce mot), 
qu’on appelle pseudo-apraxie, où apratie agnosique : c’est l'incapacité de manier 
correctement des objets usuels parce que ceux-ci ne sont pas reconnus. (H. Piéron.) 

L’apraxie ne consiste pas d’ordinaire dans l'incapacité de reconnaître les 
formes des objets ou leur usage. Ni la représentation, ni la volonté, ne sont 
atteintes ; on imagine les mouvements et on voudrait les réaliser : c’est l'exécution 
seule qui est impossible (et cependant il n’y a pas paralysie). — Ebbinghaus, qui 
prend le mot en ce sens, considère, par suite, l’aphasie motrice comme un cas 


particulier de l’apraxie (Précis de Psychologie, trad. franç., Alcan, 1910, p. 238). 
(L. Boisse.) 


À PRIORI 


qui viennent de l’expérience ou qui en 
dépendent ; a priori celles que l’expé- 
rience suppose, et ne suffit pas à expli- 
quer, alors même qu’elles n’ont d’ap- 
plication que dans l'expérience. À 
priori ne désigne donc pas une anté- 
riorité* chronologique (psychologique), 
mais une antériorité logique. — Ce 
sens, qui est aujourd’hui le plus usuel, 
se trouve déjà chez LEIBNIZ : « .… con- 
naître a priori et non par expérience ». 
Discours de Métaphysique, $ 8. Mais il 
a été surtout répandu par KanT, qui 
signale aussi l’existence du sens B dans 
la langue courante : voir particulière- 
ment l’Introduction à la Critique de la 
Raison pure, B, $ 1. 

B. Au point de vue méthodologique, 
on appelle a priori toute idée ou con- 
naissance antérieure à telle expérience 
ou série d’expériences spéciale. Ainsi, 
chez Claude BERNARD, une « idée a 
priori » est une hypothèse*. (Zntroduc- 
tion à l’étude de la médecine expérimen- 
tale, 1re partie, ch. 2.) 


CRITIQUE 


Le sens le plus ancien de cette expres- 
sion, qui se rencontre au moyen âge, 
mais qui est tombé presque complète- 
ment en désuétude, consiste à désigner 
par raisonnement a priori (à partir de 
l’antécédent) celui qui va de la cause 
à l'effet, du principe à la conséquence ; 
en un mot de ce qui est simpliciter 
prius, prius natura, à Ce qui en dé- 
coule ; — et par raisonnement a pos- 
teriori celui qui remonte des consé- 
quences aux principes, de ce qui est 
conditionné par nature à ce qui le 
conditionne. (Cf. Analyse* et Syn- 
thése*.\ Ce sens se trouve encore chez 
Leibniz (où apparaît aussi le sens À, 
comme il a été remarqué ci-dessus) : 
« La raison est la vérité connue dont 


74 


—— 


la liaison avec une autre moins connue 
fait donner notre assentiment à la der. 
nière. Mais particulièrement et par 
excellence on l'appelle raison, si c’est 
la cause non seulement de notre juge. 
ment, mais encore de la vérité même, 
ce qu’on appelle aussi raison a priori. » 
Nouveaux Essais, IV, xvu, 1. 

Chez KanrT, bien que son intention 
soit certainement de dégager le sens A, 
on trouve beaucoup d’expressions qui 
semblent insister sur le caractère psy- 
chologique plutôt que sur le caractère 
logique des connaissances qu’elle ap- 
pelle a priori : une proposition a priori 
est celle qui « zugleich mit seiner Not- 
wendigkeit gedacht wirdi » (Xrit. der 
reinen Vern., Einleitung, 11 (B seule, 
p. 3); — celle qui est « in strenger 
Allgemeinheit gedacht? » (Jbid., 4). — 
La première édition disait même 
« Solche allgemeine Erkenntnisse…. 
müssen, von der Erfahrung unabhin- 
gig, von sich selbst klar und gewiss 
sein®. » /bid., Einl. I, À, 1. Mais cette 
formule a disparu dans B. 

Il distingue : 1° la connaissance « 
priori, qui est nécessaire et universelle, 
de la connaissance absolument a priori 
(schlechterdings a priori) qui a les 
mêmes caractères, et, de plus, qui ne 
peut se déduire d'aucune autre; — 
20 la connaissance a priori, qui porte 
sur des propositions où l’un des termes 
ne peut être connu que par expérience, 
de la connaissance a priori pure* (rein), 
qui ne contient aucun terme empirique. 
(Ibid.} 

I paraît utile pour la clarté de la 
langue philosophique de réserver a 
priori et a posteriori au sens A. 


1. « Dont la penséeestaccompagnée de celledesa néces- 
gité. » — 2. « Qui est pensée comme rigoureusement uni- 
verselle. » — 3. « De telles connaissances universelles... 
doivent être claires et certaines par elles-mêmes, indé- 
pendamment de l'expérience. » 


Sur À priori. — On peut voir chez Hume le passage du sens scolastique au sens 
À : Treause on human nature, I, part iv, et Essay, xxin (vol. 1, 206). — Rap- 
procher de ce dernier texte KanT, Æritik der Urteilskraft, I, 1, $ 33 et suiv. (Werke, 
éd. Hartenstein, V, 293). (CI. C. J. Webb.) 


.25 


Aprosexie, voir Aboulie*. 


APTITUDE, D. Eignung ; E. Abi- 
lity ; |. Attitudine. 

Caractère physique ou psychique 
qui rend celui qui le possède capable 
de bien exercer une fonction. Ce terme 
est devenu très usuel dans la langue de 
la psychologie et de la pédagogie con- 
temporaines : voir p. ex. Ed. CLapa- 
RÈDE, Comment diagnostiquer les apti- 
tudes chez les écoliers (1924). 

Rad. int. : Aptes. 


1. ARBITRAIRE, subst. D. A. Wüll- 
kür, Willkürherrschaft ; B. Willkür ; 
— E. A. Arbitrary managing, senten- 
cing, etc. ; B. Arbitrariness ; — I. Ar- 
bitrio. 

A. Au sens concret : bon plaisir indi- 
viduel d’une autorité; décision capri- 
cieuse en une matière où l’on devrait 
procéder par raison ou par application 
d’une règle. 

B. Au sens abstrait : caractère de ce 
qui est arbitraire. 

Toujours péjoratif ; et, au sens A, 
évoquant d'ordinaire l’idée d’injustice. 


2. ARBITRAIRE, adj. D. Willkür- 
lich ; E. Arbitrary ; |. Arbitrario. 

Qui dépend uniquement d’une déci- 
sion individuelle, non d’un ordre pré- 
établi, ou d’une raison valable pour 
tous : « Une supposition arbitraire. » 
— Sauf dans quelques cas très rares, 
tels que « choisir une valeur arbitraire » 
(en mathématiques), le mot a toujours 
un import péjoratif, et le plus souvent 
très énergique. 





ARBITRE 


CRITIQUE 


Arbitraire diffère de contingent* en 
ce que celui-ci ne contient pas l’idée de 
bon plaisir; arbitraire s’oppose par 
conséquent à la raison normative et 
à la nécessité de convenance, et non à 
la nécessité proprement dite. — Il 
diffère de décisoire* en ce que celui-ci 
marque un acte de volonté et de choix 
raisonnable, nécessaire pour suppléer à 
ce que la loi ou la nature des choses 
laissaient indéterminé. On emploie 
aussi quelquefois en ce sens arbitral, 
emprunté à la langue judiciaire ; mais 
cette expression est rare en ce sens, et 
pourrait amener des confusions. 

Le pouvoir « arbitraire » diffère du 
pouvoir absolu* : 1° en ce que l’arbi- 


| traire peut n’exister qu'entre certaines 


limites ou sur certains points ; 2° en ce 
que ce mot n’est pas employé en ma- 
tière sociale sans impliquer un sens 
défavorable. Lorsqu'un pouvoir dont 
l’exercice n’est borné par aucune res- 
triction, est confié légalement à un 
individu, il est appelé discrétionnaire. 


ARBITRE (L. Arbitrium). Syno- 
nyme de volonté (en désuétude). 


ARBITRE libre), ou france arbi- 
tre (mais cette dernière forme est 
très vieillie), L. ZLiberum arbitrium ; 
D. Freier Wille, Willensfreiheit ; freie 
Willkür (donné par KaAnT comme tra- 
duction de liberum arbitrium), absolute 
Wahlfreiheit (Eiszer); — E. Free- 
œill ; — I. Arbitrio libero. 

A. Volonté au sens le plus général 





Sur Aptitude, — L’aptitude est un caractère physique ou psychique considéré 

du point de vue de la pratique, du rendement. Ainsi la sensibilité aux couleurs, 
qui n’est qu’une propriété de la rétine pour la psychophysiologie, est une aptitude, 
en tant qu'elle permet d'exercer avec succès certaines professions. 
.. Le terme aptitude enferme les idées de disposition naturelle et de différence 
individuelle. On parle quelquefois d’ « aptitude acquise »; mais en réalité, dans 
ce cas, on sous-entend l'existence d’une disposition naturelle à acquérir une habi- 
tude, un tour de main, à profiter de l’expérience. Si tous les hommes présentaient 
exactement les mêmes capacités et la même disposition à profiter d’un apprentis- 
sage, la notion d’aptitude serait superflue. (Ed. Claparède.) 


ARBITRE 


du mot (rare et en désuétude). « Volun- 
tas et liberum arbitrium non sunt duæ 
potentiæ, sed una tantum. » THomas 
D’AQUINX, Somme théologique, 1, qu. 83, 


art. &. — « Liberum arbitrium 1° est 
voluntas ut fertur sine coactione in 
aliqua re... » GocLENivs, 6434, 


B. Liberté morale, en tant que bonne 
volonté : « 2° hæc voluntatis libertas 
quæ tantum bonum velle dicitur et 
mancipata malo non est. » In., Jbid. 
(Assez rare.) 

C. Sens le plus usuel (Liberum arbi- 
trium indifferentiæ) : puissance « de 
choisir ou de ne pas choisir un acte », 
telle qu’on en fait « l'épreuve dans les 
choses où il n’y a aucune raison qui 
nous penche d’un côté plutôt que de 


l’autre ». Bossuer, Traité du Libre 
Arbüitre, 1 et II. — « L'homme se croit 
libre : en d’autres termes, il s'emploie 


à diriger son activité comme si les 
mouvements de sa conscience et par 
suite les actes qui en dépendent n'é- 
taient point seulement une fonction 
des antécédents, conditions ou circons- 
tances données quelconques, … mais 
pouvaient varier par l'effet de quelque 
chose qui est en lui et que rien, non 
pas même ce que lui-même est avant 
le dernier moment qui précède l’action, 
ne prédétermine. » RENOUVIER, Science 
de la Morale, 1, 1-2. Voir Jndifférence*. 

Pour la critique et l’usage de ce 
terme, voir la discussion du mot Li- 
berté*. 

Rad. int. : C. Liber(a) arbitri(o). 


Serf-arbitre. Par opposition au libre 
arbitre, la dépendance absolue de la 





76 


volonté humaine par rapport à la puis. 
sance et à la grâce divines. Cette 
expression a pour origine le titre de 
l'ouvrage de LurTuEr, De servo arbitris 
1525. ’ 


ARBRE de Porphyre, &. Arbor por- 
phyriana (employé encore sous cette 
forme en allemand) ; on trouve aussi 
Baum des Porphyrius ; — E. Tree of 
Porphyry ; — I. Scala di Porfirio). 

Diagramme destiné à illustrer la su. 
bordination des concepts, et qui figure 
avec quelques variantes de forme dans 
la plupart des logiques anciennes. 


Substance 


A 
Corporelle. Incorporelle. 


Corps 
D RS) 
Animé. Inanimé. 
_ 
Vivant 
_ me 
Sensible. Non sensible. 
RS 
Animal 
BR TT nn D 
Raisonnable. Non raisonnable. 
Si. 


Homme 


H tire son nom de l’Isagoge de 
PorPayre, à laquelle il est probable 
qu’il était joint primitivement. 


ARCHÉE (L. Archæus). Principe 
vital, participant à la matière et à la 
pensée, et quiexpliquerait, selon PARA- 
CELSE et J.-B. VAN HELMoxT, le déve- 
loppement de l’être vivant. « Constat 


Sur Arbitre (Libre.) — Ce terme tend de plus en plus à s’opposer à liberté, par 
la prédominance du caractère arbitral, ou même arbitraire, d’une décision qui, 
comme le dit Descartes, ferait paraître un défaut dans la connaissance plutôt 
qu’une perfection dans la volonté. La « liberté d’indifférence » est le contraire de 


la liberté vraie. Le libre arbitre est un abstrait 


qu’il ne faut pas ériger en concret. 


(Maurice Blondel.) — Cf. Liberté*, critique et observations. 


M. Laberthonnière appelle l’attention sur la profonde différence qui sépare 
le libre arbitre en tant qu'il est conçu comme portant sur le choix des moyens et 
le libre arbitre, en tant qu’il est conçu comme portant sur le choix des fins. — 
Voir dans le Supplément cette communication, trop étendue pour être insérée ici. 


5:77 a — 
Archæus ex connexione vitalis auræ, 
velut materiæ, cum imagine seminali, 
quæ est interior nucleus spiritualis, 
fecunditatem seminis continens. » VAN 
HELMONT, Archæus faber, 4. 


« ARCHESTHÉTISME », E. Archaes- 
chetism. — Nom donné par E. D. CoPpE 
à la doctrine (d’ailleurs bien plus an- 
cienne : SCHELLING, JOUFFROY, P. ex.), 
d’après laquelle la sensibilité et la vie 
sont antérieures à leurs organes, et 
sont Causes du développement de 
ceux-ci. 


ARCHÉTYPE, G.’Aoyéruroc,modèle, 
original ; L. Archetypus ; D. Archetyp, 
Urbild ; E. Archetyp ; 1. Archetipo. 

A.MÉéTarux. Type suprême, prototype 
idéal des choses. Se dit par exemple 
des Idées* de PLATON ; — chez MALE- 
BRANCHE, des idées de Dieu : « Sa 
substance en est véritablement repré- 
sentative (des créatures) parce qu’elle 
en renferme l’archétype ou le modèle 
éternel. Il voit dans son essence les 
idées ou les essences de tous les êtres 
possibles, et dans ses volontés leur 
existence. » Recherche de la Vérité, 
livre IV, ch. x1. (Ed. J. Simon, p. 97.) 

Chez BERKELEY, idées de toutes 
choses telles qu’elles existent dans la 
pensée divine avant la création (c’est-à- 
dire, pour lui, avant l’acte par lequel 
Dieu a rendu ses idées perceptibles à 
des esprits). L’existence de ces arché- 
types est ce qui autorise à dire que 
deux esprits différents perçoivent une 
chose identique {Dialogues d'Hylas et 
de Philonoüs, p. 259, trad. Beaulavon- 
Parodi). — Mais il le prend aussi pour 
désigner des choses matérielles existant 
hors de l’esprit, without the mind, ce 
dont il nie la réalité. V. Principles, 
$ 9 et 90. 

B. Au point de vue psychologique et 
empirique, chez Locke et CoNDiLLac : 
idée qui sert de modèle par rapport à 





ARCHITECTONIQUE 


d’autres. Se dit : 1° des sensations en 
tant que données immédiates repro- 
duites par les images ; — 2° des no- 
tions construites librement par l'esprit 
au moyen de définitions, afin de s’en 
servir par après pour classer les objets 
perçus. (Cf. TaiNE, De l'intelligence, 
livre IV, ch. 1, 1 : Idées générales 
qui sont des modèles.) — Locke, Nou- 
veaux Essais, II, xxx1, $ 1-3. — Con- 
DILLAC, Origine des connaissances hu- 
maines, tome II, section 11. 

C. Chez Maine DE BiRAN, en un sens 


: péjoratif : êtres de raison, êtres surna- 


turels, objets de superstition. Influence 
de l’habitude, 22 section, ch. vi (Ed. Tis- 
serand, tome II, p. 280) et conclusion 
(Ibid., p. 306). Cf. même section, 
ch. 11 et ch. v. — Cet usage du mot 
se rencontre-t-il ailleurs ? 


CRITIQUE 


La diversité des emplois de ce terme 
n’y laisse guère subsister actuellement 
que l’idée vague d’un modéle quel- 
conque opposé à ses copies. Voir cepen- 
dant au Supplément le nouveau sens 
qui y a été donné par J uNG. 

Rad. int. : Arketip. 


ARCHITECTONIQUE, subst. et adj. 
G. æpyrrextowxn (réyxvn), art de l’archi- 
tecte. D. Architektonik, -isch ; —E. Ar- 
chitectonics, -ic ; I. Architettonica, -0. 

A. Chez ARISTOTE, une science est 
dite architectonique relativement à une 
autre, lorsque les fins de la seconde 
sont subordonnées à celle de la pre- 
mière, et par conséquent leur servent 
de moyens. P. ex. la Politique est 
architectonique par rapport à la Stra- 
tégie, à l'Économique, à la Rhétorique 
et aussi à l’Éthique ; la Stratégie à son 
tour est architectonique par rapport à 
lP'irruxn et celle-ci par rapport à la 
xækvonorntixn. Eth. Nicom. 1, 1; et 
ANDRONICUS, Paraphrasis, ad hunc lo- 





Sur Architectonique. — Le $ A a été ajouté au texte de la 1re édition par 


M. G. Belot. 


LALANDE, — VOCAB. PHIL. 


dns. 


ARCHITECTONIQUE 


cum. Cf. Eth. Nicom., VI, 8 et VII, 12. 
B. Chez LEiBniz, ce qui dépend des 
causes finales, non des causes méca- 
niques. « Le règne de la sagesse, suivant 
lequel tout se peut expliquer architecto- 
niquement pour ainsi dire, par les causes 
finales. » Tentamen anagogicum, Ed. 
Gerh., VII,273.— Cf. Monadologie, $ 83. 
C. Chez KanrT, substantif : désigne 
l’art des systèmes, c’est-à-dire la théo- 
rie de ce qu’il y a de scientifique dans 
notre connaissance en général. (Æritik 
derreinen Vernunft, Méthodologie, III.) 
Rad. int. : Arkitektural. 


A RECTO ad obliquum (raisonne- 
ment). — Opératien logique concluant 
«du droit à l’oblique » (on dirait mieux : 
« du direct à l’indirect », en un sens 
analogue au sens grammatical de ces 
termes). Elle consiste dans la substi- 
tution d’un terme équivalent à un 
terme qui n’est qu’une partie du sujet 
ou du prédicat. Elle constitue, par 
suite, une inférence asyllogistique*, 
comme le fait remarquer LE1iBniz, qui 
en donne les deux exemples suivants : 
« Jésus-Christ est Dieu ; donc la mère 
de Jésus-Christ est la mère de Dieu » ; 
et : « Dieu punit l’homme; or, Dieu 
punit justement celui qu’il punit ; donc 
Dieu punit l’homme justement. » Nouv. 
Ess., IV, ch. xvu, $ 4. 


ARGUMENT (L. Argumentum) ; D. 
Argument, Beweis ; E. Argument; I. 
Argumento. 

A. Raisonnement destiné à prouver 





D 4 


78 


— 


ou à réfuter une proposition donnée. 
Voir Achille*, Ad hominem*, ontolo- 
gique*, physico-théologique*, etc. 

Argumentum baculinum, Argument 
qui prétend prouver l'existence du 
monde extérieur en frappant le sol avec 
un bâton. Voir J.-S. Mizz, Philosophie 
de Hamilton, ch. x1. — Se dit aussi de 
l'argument de Sganarelle (MoLiÈre, 
Mariage forcé, sc. vint) qui bat le « doc- 
teur pyrrhonien » Marphurius pour 
réfuter son scepticisme. 

Argument de Berkeley, argument 
contre l'existence psychologique des 
idées générales, consistant à dire qu’on 
ne peut penser un homme qui ne soit 
ni un blanc, ni un homme de couleur, 
ni grand ni petit, un mouvement qui 
ne soit, ni marche, ni vol, ni natation, 
ni reptation, etc. Principes, Introd., $ 9 
(et en beaucoup d’autres passages de 
ses œuvres). 

Argument de Cauchy, tendant à 
prouver que la suite naturelle des 
nombres ne peut avoir d’existence 
actuelle, en tant qu'infinie : car on 
pourrait faire correspondre à chaque 
nombre son double, ou son carré, ou 
son cube, etc.; on obtiendrait ainsi 
une seconde suite ayant par définition 
exactement autant de termes que la 
première, alors que celle-ci contiendrait 
cependant tous les termes de la se- 
conde, plus un certain nombre de ter- 
mes non compris dans celle-ci. Cauicuy, 
Leçons de Physique générale, III. Cf. 
CouTurAT, De l'infini mathématique, 
III, 11 et ci-dessous Nombre* ( Loi du). 


Sur Argument. — Aux yeux de son auteur, tout argument est preuve ; si l’on 
emploie ce mot dans ce cas, c’est par une modestie et une discrétion recomman- 
dables. Mais il est surtout bon de s’en servir quand on ne fait que rapporter un 
raisonnement d’autrui. Il vaut mieux dire « l'argument ontologique », même si 
on le tient pour probant, que « la preuve ontologique ». (M. Marsal.) 

M. Beaulavon se demande si l'expression « Argument de Berkeley », au sens 
indiqué, est suffisamment usuelle pour mériter une mention ; et il pense qu’il n'y 
a pas de raison pour le détacher ainsi du reste de sa philosophie. — Sur la ques- 
tion de principe, je ne puis qu’être de son avis. Mais étant donné que la formule 
se rencontre quelquefois sous cette forme énigmatique, qui embarrasse les étu- 
diants, il semble bien qu’il est utile de la mentionner. — Cette expression vient 
probablement de ce qu’en dit Hume, Essay, xn1, 1. 


79 


ART 





B. Terme défini, susceptible d’être 
substitué à une variable dans une 
fonction logique. 

Au sens le plus général, et non pas 
seulement au sens de terme approprié 
par sa nature à la fonction dont il 
s’agit : « Nous appellerons les argu- 
ments pour lesquels g£ a une valeur, 
« valeurs possibles de x » ; nous dirons 
que g£ « a un sens pour l'argument x» 
quand oŸ «a une valeur pour cet argu- 
ment. » B. Russe, La théorie des 
sypes logiques, Rev. de métaph., 1910, 
p. 267. — Se prend quelquefois au 
sens plus restreint appelè ci-dessus 
« valeurs possibles de x ». 

Rad. int. : Argument. 


ARGUMENTATION, D. Beweisfüh- 
rung, Argumentation ; F. Argumenta- 
tion ; |. Argomentazione. 

A. Série d'arguments tendant tous à 
la même conclusion. 

B. Manière de présenter et de dis- 
poser les arguments. 

Rad. int. : Argumentar, —ad. 


ARISTOCRATIE (G. *Aptoroxgatia). 
D. Aristokratie; E. Aristocracy; I. 
Aristocrazia. 

Socio. À. Gouvernement exercé par 
une seule classe sociale, moins nom- 
breuse que le reste de la nation, mais 
réputée supérieure en lumières ou en 
vertus, et généralement héréditaire. 

B. La classe qui exerce ce genre de 
gouvernement. Par métaphore, une 
classe restreinte, et considérée à un 
point de vue quelconque comme supé- 
rieure à la masse de la Société. 


REMARQUE 


Tout gouvernement, fait observer 
Platon, est appelé de deux manières 
différentes, selon qu’il s'exerce dans 
l'intérêt des gouvernés ou dans celui 
des gouvernants. Quand une classe peu 
nombreuse gouverne dans l'intérêt 
commun, c’est aristocratie ; quand elle 
gouverne dans le sien propre, c’est 
oligarchie. De même royauté et tyran- 
mie, etc. 


Cette distinction, qui revient à celle 
du laudatif et du péjoratif, persiste 
dans l’usage actuel du mot. 

Rad. int. : À. Aristokratism ; B. Aris- 
tokratar. 


ARITHMÉTIQUE (G. ’Apôunrixt). 
D. Aritmetik ; E. Arithmetic ; 1. Arit- 
metica. 

A. Sens primitif et étymologique : 
science des nombres entiers, de leurs 
propriétés et de leurs relations (divisi- 
bilité, etc.). La partie supérieure de 
cette science s’appelle Théorie des 
nombres. 

B. Science pratique du calcul, c’est-à- 
dire des opérations à effectuer sur les 
nombres entiers et les fractions. S’ap- 
pelait dans l’antiquité Logistique, au 
moyen âge Abaque* ou Algorithme*. 
(Ce sens du mot suppose un système 
particulier de numération, tandis que 
l’Arithmétique au sens À en est indé- 
pendante.) 


CRITIQUE 


11 conviendrait de réserver le mot 
Arithmétique au sens À, et de désigner 
le sens B par le mot Calcul, par exem- 
ple, ou Art de calculer. L'expression 
Arithmétique universelle (NEWTON) con- 
viendrait bien pour désigner la science 
des nombres généralisés, c’est-à-dire 
des nombres fractionnaires, qualifiés, 
irrationnels et complexes, et non l’Al- 
gêbre*. 

Rad. int. : Aritmetik. 


Arrêt (Action d’), voir Inhibition*. 


ART (L. Ars, considéré comme 
léquivalent admis du G. réyvn) ; D. 
Kunst; E. Art; I. Arte. — Cf. Tech- 
nique*. 

A. En général, ensemble de procédés 
servant à produire un certain résultat : 
« Ars est systema præceptorum univer- 
salium, verorum, utilium, consentien- 
tium, ad unum eumdemque finem ten- 
dentium. » Définition commune à Ga- 
LIEN et à Ramus, selon Goclenius, 
125b. — L'art s'oppose en ce sens : 
19 à la science conçue comme pure 


ART 


connaissance indépendante des appli- 
cations ; 2° à la nature, conçue comme 
puissance produisant sans réflexion. A 
ce sens se rattachent les expressions : 
Arts mécaniques : menuiserie, art de 
l'ingénieur ; — Beaux-arts, ceux dans 
lesquels le but principal est la produc- 
tion du beau, et spécialement du beau 
plastique peinture, sculpture, gra- 
vure, architecture, art décoratif: — 
Arts libéraux (ou Les sept arts), division 
des études dans les facultés de philo- 
sophie au moyen äge, comprenant le 
trioium : grammaire, rhétorique, lo- 
gique, et le quadrivium : arithmétique, 
géométrie, astronomie, musique. 

B. ESTHÉTIQUE. Sans épithète, l'Art 
ou les Arts désignent toute production 
de la beauté par les œuvres d’un être 





conscient. Au pluriel, cette expression 
s'applique surtout aux moyens d’exé. 
cution ; au singulier, aux caractères 
communs des œuvres d’art. En ce sens 
Part s'oppose encore à la science, et les 
arts aux sciences, mais à un autre 
point de vue : en tant que les uns 
relèvent de la finalité esthétique, les 
autres de la finalité logique. 


CRITIQUE 


Le sens A étant sensiblement Vieilli 
dans les expressions arts mécaniques 
arts libéraux, et même dans l'opposi. 
tion de l’art et de la nature, nous pro- 
posons de consacrer spécialement l’u- 
sage philosophique de ce mot au 
sens B, qui est de beaucoup le plus 
fréquent chez les écrivains contempo- 





| Sur Art. — Ce mot comporte deux sens symétriquement inverses, à partir 
d une racine commune. L'artifez, c’est l’homme incarnant une idée, fabriquant 
un être que ne fournit pas la nature, un artificiatum, comme disaient les scolas- 
tiques (cf. St THomas, Summa contra Genuiles, III, 36). Mais ou bien cette création 
est subordonnée à nos fins pratiques {nos sumus finis omnium artlificialium : 
omnia enim propter hominis usum fiunt) ; ou bien elle nous subordonne à des fins 
idéales, et satisfait, si l’on peut dire, des besoins non utilitaires : d’où, par hybri- 
dation de ces Caractères primitifs de l’art, l'aspect magique, superstitieux, idalà- 
ue ue Ê pris aux débuts mêmes de l'humanité ; d’où le dévouement, la 
votion de l'artiste à son œuvre ; d’où le culte mystiqu : 
civilisés. (Maurice Blondel.) PR ri 
Peut-être n’y a-t-il pas lieu de chercher comment l’art a pris un aspect 
magique et pseudo-religieux, si l’on songe que la religion, sous toutes ses formes 
est l’une des sources, et peut-être la principale source de l’œuvre esthétique. 
« Tous les arts, disait Lamennais, sont sortis du temple. » L’histoire de l’art grec 
celle de l’art chrétien, les études contemporaines de sociologie en présentent une 
foule d'exemples. (A. L.) 
La formule « si la logique est une science ou un art?» vient de CASssi0DORE. 
De artibus ac disciplinis liberalium litterarum. Voir MARIÉTAN, Classif. des sciences 
d’Aristote à St Thomas, p. 78 et suiv. Cf. ci-dessous, art. Logique*. 





| Sur l’expression L'art pour l’art. «Lorsque Cousin l’employa pour la première 
fois, en 1818, dans ses leçons à la Sorbonne, le terme l’art pour l’art avait un sens 
tout à fait naturel : « Il faut de la religion pour la religion, de la morale pour la 
« morale, de l’art pour l’art. » Ce n’est que bien plus tard que ces derniers mots 
devinrent le programmed’une écoleetun sujet de dispute entre les partis. Ajoutons 
que Comte, lui aussi, a employé incidemment cette formule, mais dans un sens 
tout extérieur :« Cultiver l’art pour l’art lui-même» signifie pour lui «ne se proposer 
«habituellement d’autre but que de divertir le public.» Cours de philosophie positive, 
VI, 167.» R. Eucken, Les Grands courants de la pensée contemporaine, p. 443. — 
Texte communiqué par I. Benrubl. n | 


La 


ASCENDANT 





sains (sauf dans quelques expressions 
‘telles qu'art rationnel (en parlant de la 
morale), art militaire ; et encore, même 
‘en ce cas, la compréhension subjective 


de ces expressions est-elle souvent 


: colorée par un reflet du sens B). — On 
.éviterait par là l'énoncé scolastique du 
. problème : « Si la logique et la morale 


sont des sciences ou des arts », formule 
équivoque par laquelle sont toujours 
troublés ceux qui débutent dans l’étude 
de la philosophie. 

Le sens À est proprement la tech- 


nique*. 

Rad. int. : Art. 

Art* (Science de l’), D. Æunstwis- 
scnschaft. — Terme très employé dans 


la philosophie allemande contempo- 
raine, où il est généralement opposé au 
mot Esthétique* (Max Dessoir, Æsthe- 
tik und allgemeine Kunstwissenschaft, 
1906 ; E. Urirz, Grundlegung der allge- 
meinen Kunstwissenschaft!, 1914). Mais 
c’est en réduisant l’Esthétique à l’ana- 
lyse métaphysique ou psychologique 
du Beau, et en prenant l’idée de Beau 
elle-même dans son sens le plus limité. 
Cf. Laid*. 

On remarquera que M. Laro qui, 
en France, représente une tendance 
analogue, conserve au contraire à la 
science générale de l’art le nom d’Es- 
thétique, et considère soit comme anes- 
thétiques*, soit comme pseudo-esthéti- 
ques*, les formes de beauté telles que la 
beauté naturelle, qui ne résultent pas 
de la production artistique. Voir son 
Introduction à l'Esthétique, 2 partie. 


ARTICULAIRE (sens), D. Gelenk- 
empfindung ; E. Articular sensation ; 
L Senso articolare. 

L’une des classes élémentaires de 
sensations, qui dépendrait, selon KRau- 
SE, de terminaisons nerveuses spéciales, 
et qui serait déterminée par la position 
ou le mouvement des articulations. Voir 
kinesthésique*, musculaire*. 

Rad. int. : Artikal(a) sens(o). 





1. Esthétique el science générale de l'art. — Fondement 
de la ecience général de l'art. 


« ARTIFICIALISME », terme créé 
par J. PracET pour désigner cette 
croyance, fréquente chez les enfants 
comme dans l’Antiquité et au Moyen 
Age, que toutes choses ont été pro- 
duites comme sont fabriqués les objets 
artificiels. Cf. BrunscHvicG, L'expé- 
rience humaine... ch. xvirr : « L’arti- 
ficialisme thomiste. » 


ARTISTIQUE, D. Kunst-, künstlich ; 
— E Aesthetic; Artistic (Baldwin) ; 
Artistical (surtout au sens B) ; — I. Ar- 
tistico. 

A. Qui concerne l’art : « Essai sur 
l'activité artistique. » (Sous-titre de 
l'ouvrage de M. DELacroix, Psycho- 
logie de l’art.) 

B. Fait avec art; qui a une valeur 
esthétique. — Ce second sens n’est 
indiqué ni par LiTTRÉ, ni par DaRn. 
et HarTz.; mais il est mentionné dans 
le Dictionnaire de l’Académie, édition 
de 1878, où ce mot a été admis pour 
la première fois. 


CRITIQUE 


LiTTRÉ désapprouve ce mot, même 
au sens A. « Ce néologisme est mal fait, 
dit-il, sub V0 : artistique signifie qui 
concerne les artistes, comme sophis- 
tique signifie qui concerne les sophistes. 
Le vrai mot serait artiel. » À supposer 
qu'il ait raison en principe, urtistique 
est aujourd’hui consacré par un usage 
général. 

Rad. int. : À. Artal ; B. Artoz, artist. 


ASCENDANT, D. Einfluss; E. As- 
cendency; plus rarement, Ascendant 
(qui veut dire aussi prospérité) ; L As- 
cendente. — Terme primitivement astro- 
logique, d’où le double sens du mot 
anglais. 

Influence d’une tendance ou d’une 
personne, qui s'exerce à la faveur du 
sentiment de supériorité qu'elle ins- 





pire. Très fréquent chez Auguste Cow- 
TE: « Il (le progrès humain) doit consis- 
ter à obtenir, par un exercice conve- 
nable de nos facultés, un ascendant 
| d'autant plus marqué pour chacune 


ASCENDANT 
 —. 


d'elles qu’elle est primitivement moins ! ASCÉTISME (G. ’Aoxëtv, exercer. 
énergique... » Cours, leçon LI, $ 2 — |« &oxïÿjoat rpèç révov », Manuel d'Éprc! 
Cf. aussi le texte cité plus haut à 

| 





TÈTE, 47). — D. Asketik ; Fi. Ascelism 
l'article Animalité. Asceticism ; |. Ascetismo. | 
Rad. int. : Influ. Éruique. Méthode morale consistant 
à ne tenir aucun compte du plaisir et 
de la douleur, et à satisfaire le moins 
possible les instincts de la vie animale 
ou les tendances naturelles de la sensi. 
bilité. (Cette domination de la volonté 
sur les impulsions spontanées fait partie 
de presque toutes les morales, mais elle 
ne porte le nom d’ascétisme que si elle 
est poussée à l'extrême, ou considérée 
comme l'essentiel de la moralité.) 

B. Spécialement, dans la morale reli. 
gieuse, recherche de la douleur comme 
expiation ou mortification, jugée utile 
au progrès de l'âme, et agréable à Dieu. 

Voir Dolorisme*. 

Rad, uit. : Asketism. 


ASCÈSE, D. Askese. — Le mot ne 
paraît pas être usité en anglais et en 
italien. 

Même sens qu’ascétisme, mais avec 
une nuance : ascèse concerne moins les 
exercices ou les privations matérielles, 
et davantage la vie intérieure. 

« Appelons ascèse l'effort héroïque de 
volonté qu’on s’impose à soi-même en 
vue d'acquérir l'énergie morale, la force 
et la fermeté du caractère. » (Suit une 
analyse des caractères positifs et néga- 
tifs de l’ascèse.) Drcas, Éducation du 
caracière, p. 232 et suiv. 

Rad. int. : Asket. 

ASCÈTE, D. Asket, Asketiker ; E. 4s- 
cetic ; I. Asceta, Ascetico. — Celui qui 
pratique l’ascétisme*, 

Rad. int. : Asket. 


ASÉITÉ, 1. Scol. Aseites ; D. Asci- 
tôt; E. Ascity ; I. Aseita. 

Qualité d’un être qui possède en soi- 
même la raison et le principe de sa 


Sur Ascèse, — Ajouté sur la Proposition et les iuclications de M. Prat et de 
M. Gilson. 





Sur Ascétisme. Deux erreurs sont communément commises sur l’ascèse 
et l'ascétisme. Étymologiquement et originellement il ne s’agit ni d'un rigorisme, 
ni encore moins d’une sorte de culte de la souffrance. 10 I} s’agit d’abord de la 
mise en pralique des lois morales ; dès lors en effet qu'on ne s’en tient pas au 
pur naturalisme du « laissez-faire », ou au pur idéalisme qui fait de l'éthique 
une Science du bien ou du devoir sans tenir compte des résistances à surmonter, 
des habitudes à contracter, de la loi de l'esprit à acclimater dans les membres 
mêmes, il faut bien se dégager du paradoxe socratique, et recourir aux moyens 
de rendre viables et praticables les exigences de la vertu, comme le demandait 
Aristote ; ainsi, à moins de croire que les préceptes ont une efficacité immédiate, 
et que « l’exercice méthodique » n’est pas indispensable à la conquête de la 
personne morale, une ascèse prolonge donc et complète normalement l'éthique. 
— Même poussée à l'extrême rigueur, l'ascèse, dans la morale religieuse et spécia- 
lement chrétienne, n’est pas la recherche de la douleur pour la douleur (comme 
en offrent l'exemple certains états pathologiques) ; elle n’est pas non plus essen- 
tiellement expiation pénitentielle et mortification servile à base de crainte, mais 
elle est libération et croissance des puissances supérieures, preuve d'amour 
et moyen d’union, en dégageant l'homme de son égoisme, de ses limites naturelles 
pour le faire participer à l’ordre de la charité. La « vie purgative » est condition 
intrmsèque de la « vie illuminative » et de la « vie unitive ». (Maurice Blondel.) 








: ropre existence. S’oppose chez les 


ASSERTION 


conceptuel (notional où conceptual as- 
sent) et ses divers degrés (profession 
verbale, créance, opinion, présomption, 
assentiment spéculatif) de l’assentiment 
réel {real assent) par lequel on adhère 
à une proposition donnée avec toutes 
les forces de son esprit. 
Rad. int. : Asent. 


‘Scolastiques au mot abaliété (abalie- 
ts), qualité d’un être dont l'existence 
dépend d’un autre. 

Aséité a été employé par SCHOPEN- 
fgauer en parlant de la Volonté* au | 
‘sens où il entend ce mot. 
Rad. int. : Asees. 


”  ASSENTIMENT, D. Fürwahrhalten 
(Kant), Zustimmung ; E. Assent ; I. 
Assenso. | 

(D'assentiri, assensio, ussensus, pri- 
mitivement employés à traduire le G. 
osuyxarélleatc des Stoïciens.) 

Acte de l'esprit qui adhère à une pro- 
position, ou état qui résulte de cet acte. 


ASSEOIR, voir Fonder*.— On remar- 
quera que la métaphore est la même. 
On dit souvent, d’ailleurs, « asseoir les 
fondements » (d’une théorie, d’une doc- 
trinel. — Cf. Assiette*. 


ASSERTION, D. Behauptung ; E. 
Assertion ; |. Assezione, Asseverazione. 

A. Affirmation* au sens À : acte de 
l'esprit qui déclare vraie une propo- 
sition (une lexis), que celle-ci soit, dans 
| sa forme, affirmative au sens B ou 
négative. 

B. Proposition affirmée. | 

Rad. int. : À. Asert ;, B. Aserta;. 


CRITIQUE 


Ce terme est plus général que certi- 
tude : il comporte des degrés dont les 
plus faibles sont des opinions, et les 
plus fortes des certitudes. Il suppose, de 
plus, que la proposition à laquelle nous 
donnons ou refusons notre assentiment 
nous est présentée en quelque façon 
d’une manière objective, soit par un 
autre, soit par un travail spontané de 
notre intelligence, auquel nous appli- 
quons ultérieurement notre réflexion. 
Voir KanT, Ærit. der reinen V'ern., 
2e partie, ch. 11, section 111, — NEWw- 
MAN, An Essay in aid of a Grammar 
of assentt, où il distingue l’assentiment 





Assertion* indépendante (Principe 
d’), ou plus brièvement « Principe d’as- 
sertion ». —- Principe logique ainsi for- 
mulé par CouTuRAT : « Si, dans une 
implication, l’hypothèse est vraie (caté- 
goriquement), la thèse aussi est vraie 
(catégoriquement) et on peut l’affirmer 
absolument (c’est-à-dire indépendam- 
ment de l'hypothèse). » Les principes 
des mathématiques, ch. 1. Revue de 


métaph., 1904. p. 48. On l’a aussi 
1. Essai de contribution à une grammaire de l'assen- appelé : principe de déduction ». 
timent. 


Sur Assentiment. — M. Maurice Blondel estime que l'usage FOR He 
ment est « d’indiquer ce qu’il y a de spontané ou même d’invincible dans : ;. 
sion de l'esprit à ce qu'il voit. L'assensus se distingue du Per 
implique une part de volonté, laquelle peStale et an pourr 

i 8 artes a tendu à ramener l’un >». 

A cette distinction ait existé antérieurement entre es 
consensus. Mais la nuance à laquelle elle répond ne se rencontre Re 
dans l’usage actuel du mot assentiment en français, ni assent en ang or 
entre autres, l'emploi qui a été fait de ce mot par Newman, par ses : Fi 
et ses continuateurs. Cf. aussi l’usage constant qui en est fait pour 5 h pe 
ouyxatäBeatc des Stoirciens, le Fürwahrhalten de Kant, qui ue . 
degrés bien connus ; ainsi que les expressions courantes « Ro Fee 
l’assentiment » d’un critique, d’une assemblée, d’une autorité, etc. (G. Belot. 

L. Brunschvicg. — A. L.) 


ASSERTORIQUE 





ASSERTORIQUE, D. Assertorisch ; 
E. Assertoric ; I. Assertorico. 

Chez Kanr, les jugements asserto- 
riques sont ceux dont la modalité* 
correspond à la catégorie d'existence 
(distincte de la nécessité). Ce sont des 
jugements vrais en fait, mais non né- 
cessaires; ce que l’on appelle des 
vérités de faut. 

Rad. int. : Asertori. 


ASSIETTE (sans équivalents étran- 
gers suffisamment approchés : D. (ap- 
proximativement) Sitz : manière d’être 
situé, sis, ou assis. — Ce mot, d'étymo- 
logie obscure, vient soit de ad et de 
situs, Situé (LiTrRÉ), soit plutôt du 
français asseoir, dont il serait le subs- 
tantif verbal (Dans, Harz. et Tuo- 
MAS). Quand le mot est emplové seul, 
il implique presque toujours l’idée 
d’une position stable, solide, « bien 
assise » : « Avoir de l'assiette, man- 
quer d’assiette, n'être pas dans son 
assiette. » 

Il a été employé à plusieurs reprises 
par RENOUvIER, qui en fait une sorte 
de terme technique : « La certitude est 
éminemment une assiette morale. 11 
nous reste à considérer cette assiette 
de plus près, et dans son rapport avec 
la liberté. » Psychologie rationnelle, 
2 partie, ch. x1v. — « Les Stoïciens… 
firent un effort plus heureux (qu'Épi- 


Sur Assimilation. — Le mot a aussiuns 
intendunt assimilari Deo », dit saint Thom 
terme d’assimilatio comporte d’ailleurs deux interprétations très d 
les uns, il s’agit d’une ressemblance partielle et formelle ; les créatu 
plus ou moins à Dieu qui, lui, ne ressemble et ne peut être assi 


l'assimilation, là, n’est pas réciproque : 


extrinsèque, de recopiage, de conformisme 


et explique la possibilité de la connai 
similitude selon un plan idéal, plutôt q 
les autres, l’assimilation comporte un 


cure) pour expliquer l'assiette de la 
conscience dans la certitude, » Tbid. 
ch. xv. ' 


ASSIMILATION, D. Assimilation 
Angleichung, Verähnlichung (Eisrer) ; 
E. Assimilation ; I. Assimilazione. 

A. PuiLos. GÉNÉRALE. Transforma. 
tion allant du différent au semblable 
de l’autre au même ; s'oppose à diffé. 
renciation*. 

Sur le sens plus spécialement reli. 
gieux de cette assimilation, voir Obser- 
vations. 

B. Psycnor. Acte de l'esprit qui 
affirme (à tort ou à raison) une ressem- 
blance plus ou moins étroite entre 
choses numériquement différentes. 

C. Paysioz. Processus par lequel la 
nourriture digérée est « assimilée », 
c'est-à-dire transformée en éléments 
vivants d’un type déterminé, et con- 
forme à la nature de l'être qui se 
nourrit. 

D. PéÉpacocie. Acte de s’assimiler ce 
qu'on apprend, en un sens voisin du 
sens physiologique, et qui en a été tiré 
par métaphore. — Résultat de cet 
acte. 

Généralement opposé, en ce sens, 
à l’Invention, d’une part, et de l’autre 
à la Mémoire pure et simple. Voir 


EGGer, La parole intérieure, Ch. vi 
$ 11. 


, 


ens métaphysique et religieux. « Omnia 
as (S. contra Gentiles, III, 19, 21). Ce 
ifférentes. Pour 
res ressemblent 
milé à aucune : 


elle consiste en une sorte de mimétisme 
, qui multiplie les exemplaires des êtres 
ssance par cette universelle imitation et 
ue selon une participation oragnique. Pour 
sens plus profond, plus vital, plus spiri- 


tuel : elle est intussusception, inhabitation, coopération, union, — union non 


de nature, mais d’action et d'amour 


: ainsi comprise, l'assimilation n’est plus 


seulement recopiage et reproduction ; elle est production, synthèse, faisant de la 


vie des êtres infiniment divers et infinime 
et une création continue. (Maurice Blond 


nt solidaires une réalité toujours originale 
el.) 





CRITIQUE 


Le sens général A est mal établi en 
hilosophie. H. SPENCER, qui oppose 
dissolution à évolution, et désintégra- 
tion à intégration, n’oppose pas de 
terme à différenciation. Assimilation 
est, au contraire, employé par lui 
comme l'opposé d’usure, par générali- 
sation du sens C : il désigne donc une 
intégration, et par suite une des formes 
de la différenciation (Premiers prin- 
cipes, Il, xu1, $ 96). 0 

J. M. BALDwIN, dans son diction- 
naire, ne donne au mot anglais assimila- 
tion le sens A qu’en linguistique ( Affero 
pour ad-fero, alloquor pour ad-loquor) : 
en psychologie, il indique et désap- 
prouve le sens suivant, donné à ce mot 
par WunprT : « Association d'idées 
entre des éléments et des composés 
semblables. » Il recommande, quant à 
lui, d'accord avec M. G. F. Srour, 
d’entendre ceci par assimilation : « En 
considérant une opération intellec- 
tuelle dans son contenu et non dans 
sa forme, le mouvement de composi- 
tion par lequel certains états de cons- 
cience (qui sont assimilés) prennent la 
forme d’autres états, ou contribuent à 
la formation de ceux-ci (qui assimilent 
les premiers). » C'est donc une sorte 
d'usage métaphorique du sens C, com- 
prenant, suivant les auteurs, les syn- 
thèses mentales par contraste, par 
fusion, par reconnaissance, toutes les 
associations d’idées, etc. Cet usage se 
rencontre déjà chez HERBART, où l’as- 
similation est définie comme le côté 
matériel de l’acte qui, par son côté 
formel, se nomme Aperception*. 

Ce sens nous paraît être trop méta- 
phorique et contenir des choses trop 
diverses pour être utilement employé. 
Il faut de plus remarquer qu'il n’a 
jamais été en usage chez les psycho- 
logues français. On trouve seulement 
chez M. Pierre JANET un sens reposant 
sur une métaphore analogue. Il appelle 
*anesthésies par défaut d’assimilation » 
celles qui proviennent du fait que cer- 
taines sensations réellement éprouvées 


ASSOCIATION 


ne sont pas « assimilées à la person- 
nalité », c’est-à-dire incorporées au 
système formé par les états conscients. 
Il s'agirait donc d’une sorte de nutri- 
tion de l'esprit, analogue à celle du 
corps (P. JANET dans RicHET, Vo Anes- 
thésie, 1, 510-511). 

Nous proposons donc de donner 
exclusivement en philosophie au mot 
le sens A. Le sens B, qui est très général 
chez les psychologues (voir notamment 
James Suzy, The Human Mind, I, 
405), peut d’ailleurs en être considéré 
comme un cas particulier : ce qui était 
d'abord présent à l’esprit en tant que 
subjectivement différent y devient sub- 
jectivement semblable. Il serait cepen- 
dant utile de marquer, toutes les fois 
qu'il peut y avoir doute, si l'on entend 
employer le sens général ou le sens 
restreint. 

Rud. int. : À. Simil(esk)\; B. Kom- 
par ; C. D. Asimil. 


ASSOCIATIF, D. Assoziatis : F. As- 
sociative ; I. Associativo. 

Qui concerne l'association, ou qui 
consiste en une association. Sjéciale- 
ment : À. Psycnoz. Qui concerne l’as- 
sociation des idées. Voir ci-dessous 
Assoctation* À, « Lien associatif ». Ce 
sens est rare en français. 

B. Loc. On appelle propriété (ou 
quelquefois loi) associative d’une opé- 
ration ou relation quelconque R, l’équi- 
valence formelle et inconditionnée : 


&aR#HRce=aR&BRo) 


C'est une propriété de l'addition et 
de la multiplication arithmétiques, de 
l’addition et de la multiplication logi- 
ques, etc., qui sont appelées elles- 
mêmes, à cet égard, des « opérations 
associatives ». 

Rad. int. : Asoci(ant). 


ASSOCIATION, D. Assoziation ; E. 
| Association ; |. Assoctazione. 

Psycn. À. Propriété qu'ont les phé- 
nomènes psychiques de s’attirer les uns 
les autres dans le champ de la cons- 
cience sans l'intervention de la volonté 





ou même malgré su résistance. — Voir 
Inducteur*, Intérét*, Rédintégration*. 

B. Groupe formé en vertu de cette 
propriété par deux ou plusieurs états 
psychiques. 

Il est d'usage d'employer dans ces 
deux sens la formule Association des 
idées (Ideen-Association, Association of 
ideas), bien que le mot idée présente 
dans le langage philosophique un sens 
purement intellectuel qui paraît res- 
treindre arbitrairement la généralité de 
cette loi psychologique. 

Association systématique, phénomène 
étudié particulierement par M. Pau- 
LHAN (L'activité mentale et les éléments 
de l'esprit, 18) et duns lequel il voit une 
loi fondamentale de la vie intellectuelle 
(loi d'association systématique). 11 con- 
siste dans la tendance des éléments 
psychiques à se grouper spontanément, 
non pas seulement suivant la conti- 
guité ou la ressemblance, mais en for- 
mant des synthèses organiques, ayant 
un caractère de finalité interne. 

SocioLoGie. C. L'état de vie sociale, 
en tant que reconnu et voulu par les 


individus qui y participent. « Que des 

hommes épars soient asservis à un 

seul... c’est si l’on veut une agréga. 

tion, mais non pas une association. 

J.-J. Rousseau, Contrat social, 1,5, 
D. Acte de s'associer, au sens C, 
Rad. int. : Asoci. 


» 


ASSOCIATIONNISME, D. Assozia. 

tionspsychologie ; E. Associationism ; ], 
i Dottrina dell’ associazione, Associazio- 
nismo. 

A. PsycHor. En général, doctrine 
d’après laquelle l’association*, suivant 
certaines lois, de certains états de 
conscience élémentaires, est le principe 
! général du développement de la vie 
mentale. 

B. En particulier : 1° En Locique, 
théorie empiriste* d’après laquelle les 
principes directeurs de la connaissance 
ne sont pas constitutifs de l'esprit en 
général, mais formés au cours de l’expé- 
rience par des associations d'idées; 
20 en ESTHÉTIQUE, théorie qui explique 
le beau par le rappel d’idées agréables 
associées aux sensations données (soit 





Sur Association. — Je définirais l'association, la propriété qu'ont les phéno- 
mènes psychiques de se réunir dans la conscience, soit au mème moment, soit 
successivement, en vertu de certains rapports (contiguité, ressemblance, contraste) 
sans l'intervention de la volonté (V. Egger.) — Oui, mais à condition d’élargir 
beaucoup la liste de ces rapports : les termes indiqués ici entre parenthèses par 
V. Egger, et qui ont longtemps formé la liste classique des causes d’association, 
est empruntée à une remarque d’Aristote sur les moyens par lesquels nous allons 
à la chasse de nos souvenirs (Ilepi uvaunc, II ; 451b18-20) et elle a été adoptée avec 
une légère modification par Hume (Essai sur l’entendement humain, 111) où il 
énumère comme seules causes d’association la ressemblance, la contiguité et la 
causalité, cette dernière se ramenant pour lui, comme on sait, à la succession inva- 
riakle. Cette classification a passé avec quelques variantes dans la plupart des 
traités de psychologie du xixe siècle. Mais les travaux modernes qui ont mis en 
relief la loi d’intérét dans l’association (déjà remarquée par Hamilton, et placée à 
côté de la loi de rédintégsration*} ct l'idée générale de l'association systématique ne 
permettent pas de s’en tenir à l’énumération ci-dessus rapportée. Voir en particulier 
HôrrDiNc, Psychologie, V, 8, 8, et l'ouvrage de Paulhan cité plus haut. (A. L.) 


Sur Associationnisme, C. — Voir Gipe et RisT, Histoire des doctrines écono- 
miques, livre II, ch. ur : « Les socialistes associationnistes »; — et Poisson, 
Fourier, Extraits, p. 7 : « Voilà l’état d'âme qui a ramené à l’associationnisme, et, 


pour une large part, nous a inclinés à prendre des inspirations chez Fourier. » 
(M. Marsal.) 





ASSOMPTION 





les vérités mathématiques qui servent 
de point de départ au raisonnement et 
généralement pourtoutprincipe* (prin- 
ciple or assumption) d’où l’on déduit 
des conséquences, abstraction faite de 
sa vérité ou de sa non-vérité intrin- 
sèque. 


s'agisse d’associations individuel 
p. ex. selon Jerrrey; soit qu'il 

s'agisse de propriétés générales, p. ex. 

selon Revywozps). Voir sur cette forme 

d’associationnisme BALDWIN, p. 27. 
Rad. int. : Asociacionism. 


qu'il 


ASSOCIATIVITÉ, D. Assoziativität $ 
E. Associativity ; I. Associatioità. 

Loc. Propriété d’une opération asso- 
ciative*, au sens B. 

Rad. int. : Asociantes. 


REMARQUES 


1. Chez Boëèce, assumptio désigne la 
mineure du syllogisme. 

2. Meinowc emploie A nnahme (qu’on 
a coutume de traduire par Assomption) 
pour désigner la matière d’un jugement 
considérée en elle-même, et sans se 
prononcer sur la question de savoir si 


ASSOMPTION, D. Voraussetzung, 
Annahme ; E. Assumption ; |. Assun- 


"HA Acte d’admettre*, en un des sens | elle est vraie ou fausse (= lezis). Ucsber 
de à mot. Annahmen, 1902 (Zeitschr. für Psych. 


und Physiol. der Sinnes organen). Er- 
gänzungsband, 2. — Cet usage se rat- 
tache à celui de Mie. 

Rad. int. : Princip, Lexis. 


B. Proposition admise* en vue d'en 
démontrer une autre. Ce mot est em- 
ployé notamment par J.S. Mur (Lo- 
gique, livre I1, chap. v) pour désigner 
NT neg nn ns eg ee 





Sur Assomption. — La remarque sur Annahme a été légèrement remaniée 
d’après une observation de M. de Laguna. | Le 2 

Le mot anglais ussumption est employé en différents sens, et l’ambiguité 

ui en résulte est souvent grave : 0 | es 

: 1 Une assumption est quelquefois une proposition prise pour prémisse dans 
un raisonnement, sans égard à la question de savoir si elle est vraie, ou probable, et 
même parfois en sachant qu’elle est fausse. L’assum ption est souvent une simpli- 
fication des faits connus, en vue de permettre d’en tirer plus facilement des 
conclusions. En ce sens nous pouvons admettre (assume) que l'orbite de la Terre 
est un cercle, et pour certains usages, les erreurs qu'on introduirait ainsi seraient 
sans gravité. | : 

Quelquefois, pour faire sentir l'importance d’un fait, nous montrons quelles 
seraient les conséquences si le contraire était vrai. Mais dans ce cas nous serions 
plutôt portés à nous servir du verbe to suppose et du substantif supposition. 

20 Quelquefois une assumption est une proposition qui, sans être connue 
comme vraie, a sa place dans une théorie explicative. En ce sens, le mot hypothèse 
est peut-être préférable. Ce sens diffère du premier en ce que la proposition dont il 
s’agit ne doit pas être clairement improbable, ce qui lui enlèverait toute valeur 
explicative. - : | 

30 Quelquefois une assumption est une proposition que lon er et 
qu’on accepte, sans spécifier aucune preuve à l'appui. On compte que | au iteur 
ou le lecteur « accordera cette assomption ». La proposition peut être regardée soit 
comme évidente par elle-même, soit comme suffisamment établie par l'expérience 
universelle. 2. FR - Le 

4° Une assumption peut être une proposition dont la vérité est démontrée 

| : $ 
par des preuves suffisantes, et qu’on emploie pour expliquer d’autres faits, maïs qui 
nest pas elle-même expliquée. 3 | | ju 

Ainsi, dans le premier sens, l’assumption peut être vraie ou fausse, probable 


ASSURANCE MORALE 








« ASSURANCE morale », chez Des- 
CARTES, au sens de certitude morale. 
Voir Moral*, D. 


« ASTROBIOLOGIE », nom donné par 
M. René BERTHELOT, au système 
d'idées qui consiste à concevoir la 
marche des astres, la croissance des 
plantes, la vie des animaux, comme 
formant un tout, et reliées par des 
rapports internes, que domine la régu- 
larité des phénomènes célestes. « D’un 
côté tout serait vivant, même le ciel et 
les astres ; de l’autre, tout serait sou- 
mis à des lois numériques, lois pério- 
diques, qui seraient à la fois des lois 
de nécessité et des lois d'harmonie, » 
La pensée de l'Asie et l’astrobiologie 
(1938), Avant-propos, p. 7-8. 


ASYLLOGISTIQUES (conséquences), 
D. Asyllogistisch; E. Asyllogistic; I. 
Asillogistico. 

Conséquences logiques valides qui ne 
peuvent être mises sous la forme d’un 
syllogisme régulier. « Il y a des consé- 
quences asyllogistiques bonnes et qu’on 
ne saurait démontrer à la rigueur par 
aucun syllogisme sans en changer quel- 
que peu les termes. » LEIBNIZ, Nouv. 
Essais, IV, xvi. (Ed. Janet, p. 445). 


ASYMBOLIE, D. Asymbolie; E. 
Asymbolia ; 1. Asimbolia. (Créé par 
Finckelnburg, 1870 ; cf. Agnosie*.) 

Terme générique s'appliquant à tous 
les troubles intellectuels dans lesquels 





le sujet ne comprend plus le sens des 
signes, ou de certaines catégories de 
signes : cécité* et surdité* verbales 
amusie* (sensorielle), inintelligence des 
signaux, des cérémonies ou des gestes 
symboliques, etc. Se dit aussi des trou. 
bles dans lesquels le sujet ne peut plus 
reconnaître et nommer les objets qu'il 
voit (asymbolie visuelle), qu’il touche 
(asymbolie tactile), etc. Voir D' A. Mo. 
ci, Le asimbolie, Sienne, 1914. 
Rad. int. : Asimboli. 


ASYMÉTRIE, Voir Symétrie* et 
(S) Antisymétrie. 

ATARAXIE (G. ’ArtapaËla). D. Ata- 
razxie ; E. Ataraxia ; I. Atarassia. 

Primitivement, chez DÉMOCRITE, 
tranquillité d'âme qui résulte de la 
mesure dans le plaisir, de l'harmonie 
dans la vie, de « l’égoïsme philosophi- 
que qui livre sans regret le monde à la 
lutte des passions ». RENOUVIER, Philos. 
ancienne, I, 262. Employé ensuite dans 
le même sens par les Épicuriens et 
par les Stoiïciens au sens d’Apathie* A, 
—  Athambie (&0:u6lx) absence de 
crainte, appartient aux mêmes doc- 
trines, mais est très rare en français. 


ATAVISME (du L. Atavus), D. Ata- 
eismus ; E. Atavism ; I. Atavismo. 

A. Apparition chez un individu d’un 
caractère ou d’un phénomène que ses 
ancêtres immédiats n’ont pas présenté, 


ee 





ns 


ATHÉISME 





ais qui a appartenu à des ancêtres 
“olus reculés. 

© Plus spécialement : 

8. « Quelque constance qu’elle (une 
‘race métisse) acquière dans son ensem- 
ble, il arrive presque toujours que 
“quelques individus reproduisent à des 
degrés divers, parfois avec une surpre- 
nante exactitude, les caractères de 
Fun des ancêtres primitivement croisés. 
C'est là ce que les physiologistes fran- 
‘cais ont désigné par le mot d’atavisme, 
ce que les Allemands appellent... Rück- 
schlag. » DE QUuATREFAGES, Darwin, 
P- 197-198. 

C. Présence dans une race d’un ca- 
ractère ou d’une fonction qui n’a plus 
de raison d’être dans son état actuel, 
mais qui pourrait s'expliquer comme 
persistance d’un état antérieur (chien 
qui tourne avant de se coucher; — 
chez l’homme, présence d’un abducteur 
au 5° métatarsien, qui est immobile). 
Rad. int. : Atavism. 


ATHÉISME, D. Atheismus ; E. 
Atheism; I. Ateismo. 

Doctrine consistant à nier l'existence 
de Dieu. 





« Certissimum est, atque experientia 
comprobatum, leves gustus in philo- 
sophia movere fortasse in atheismum, 
sed pleniores haustus ad religionem 
reducere. » F. Bacon, De Dignit., 
livre I, ch. 1, $ 5. 


CRITIQUE 


La définition de ce terme ne peut 
être que verbale, le contenu de l’idée 
d’athéisme variant nécessairement en 
corrélation avec les diverses concep- 
tions possibles de Dieu et de son mode 
d’existence. « Aucune accusation, dit 
Franck, n’a été plus prodiguée que 
celle d’athéisme. Il suffisait autrefois, 
pour en être atteint, de ne point par- 
tager, si grossières et même si impies 
qu'elles pussent être, les opinions do- 
minantes, les crovances officielles d’une 
époque. » Franck, Dict. des sc. philos., 
sub Ve. 

Selon RENOGVvIER : « … La théologie » 
(en tant que prétendue théorie d’un 
être qui serait à la fois l’ Absolu, et une 
personne morale}, « s’'évanouit en pré- 
sence de la Critique, dont le vrai nom, 
à cet égard, serait l’Athéisme, si, borné 
au domaine de la science pure, ce mot 





Sur Athéisme. — Ce qui varie est moins le contenu philosophique de cette idée 
que l'emploi plus ou moins malveillant que l’on fait du mot contre telle doctrine 


ou telle personne. (J. Lachelier.) 


Nous ne sommes pas d'avis que ce terme doive disparaître du langage, ni même 





ou improbable ; dans le second, il faut qu'elle ne soit pas clairement improbable ; 
dans le troisième, elle est simplement séparée de ses preuves ; dans le quatrième, 
elle est seulement inexpliquée, bien qu’elle soit admise (assumed) comme énonçant 
quelque chose qui ne fait pas de doute, et employée à expliquer d’autres faits. La 
même ambiguïté existe-t-elle dans le mot français Assomption ? (Th. de Laguna.) 

Elle n’y existe que virtuellement, car le mot est beaucoup moins usuel en 
français qu’en anglais. Mais ces équivoques se rencontrent presque toutes dans le 
verbe admettre* et y présentent d'aussi graves inconvénients. (A. L.) 


Sur Astrobiologie. — Cette conception, d’origine probablement chaldéenne, 
s’est étendue sous des formes diverses, depuis la Chine jusqu’à la Grèce, où elle 
a servi de point de départ à la science proprement dite. M. René Berthelot relève 


également l'influence qu’elle a exercée sur certaines idées chrétiennes. (Zbid., 
ch. viti à x.) 


de la discussion philosophique, ni non plus qu’on ne puisse en donner qu’une 
définition strictement verbale. Il est impossible qu’à un mot qui a si longtemps 
occupé la pensée des hommes ne corresponde pas, même aujourd’hui, quelque 
sens. En fait, le mot a deux significations : 1° une signification théorique : 
l’athéisme est la doctrine de ceux qui n’éprouvent pas le besoin de remonter dans 
la voie de la causalité, et qui sont peu familiers avec les explications régressives. 
C'est peut-être en songeant à ceux-là que Pascal écrivait : « Athéisme, marque de 
force d'esprit, mais jusqu’à un certain degré seulement. » Pensées, Sect. III, 225 ; ou 
encore : « Les athées doivent dire des choses parfaitement claires. » Id., Ibid., 221; 
2° une signification pratique : c’est l’attitude de ceux qui vivent comme si Dieu 
n’existait pas. Cf. le texte important de Bossuet : « Il y a un athéisme caché dans 
tous les cœurs, qui se répand dans toutes les actions : on compte Dieu pour rien. » 
(Pensées détachées, 11.) L’athéisme ici ne consiste pas à nier l'existence de Dieu, 
Mais la valeur de son efficace sur la conduite humaine. Ces deux significations 
sont, en un sens, indépendantes des diverses conceptions qu’on peut se faire de 


la divinité, et la définition de ce terme ne varie pas nécessairement suivant le 
contenu. (Louis Boisse.) 


ATHÉISME 


n’excluait aucune croyance légitime, et 
ne servait point à couvrir des doctrines 
aussi peu fondées que celles qu’il 
prétend désavouer... Mais l’athée dé- 
claré sacrifie presque toujours au maté- 
rialisme ; et le panthéiste, de son côté, 
se voit appliquer ce nom d’athée contre 
lequel il proteste. En ce sens, l’athéisme 
est une erreur profonde, mortelle à 
l'humanité. » Logique, &e partie, ch. Liv 
(3° éd., II, 355-357). 

Ce terme ne nous paraît donc com- 
porterqu’une valeur historique à déter- 
miner dans chaque cas particulier, 
plutôt qu’une signification théorique 
définie ; ce qui, pour l’un, est affirma- 
tion de la divinité, peut être athéisme 
pour l’autre. Il convient donc mieux 
aux polémiques religieuses qu’à la dis- 
cussion philosophique, d’où il tend 
d’ailleurs-à disparaître. 

Rad. int. : Ateism. 


ATOME (du G. &touoc, insécable). | 


L. Individuum corpus, LuUCcRÈCE; — 
D. et E. Atom; I. Atomo. 

À. Sens primitif (LEuciPPe, DÉMo- 
CRITE, ÉPICURE, LUCRÈèCE) : éléments 
de matière absolument indivisibles et 
d’une petitesse telle qu’ils ne peuvent 








So 

Fe 
être perçus séparément. Ils sont, sui. 
vant Démocrite, éternels, invariables 
homogènes entre eux, ne différant ue 
par leurs formes, leurs positions, ef 
leurs mouvements. — « Il ne peut pas 
y avoir d’atomes, c’est-à-dire de Parties 
des corps ou de la matière, qui soient 
de leur nature indivisibles. » DESscCan. 
TES, Principes, II, 20. 

B.Sens moderne : éléments matériels 
qui se conservent sans altération dans 
les réactions chimiques, et qui sont 
tous qualitativement identiques (dans 
la mesure de nos moyens d’observa. 
tion) pour un même corps simple. On 
dit souvent, en ce sens, « atome chi- 
mique ». Voir Théorie atomique*. 

Ce caractère d’insécabilité et d’im. 
mutabilité relatives n’exclut, bien en- 
tendu, ni la possibilité d’une analyse 
ultérieure, ni celle d’une décomposition 
physique, qui se réalise en fait dans 
certains cas. Voir Molécule*. 

C. Par extension, le mot atome a été 
appliqué, depuis une dizaine d’années, 
à certains éléments physiques consi- 
dérés comme finis, discontinus, indi- 
visibles et répétés à un grand nombre 
d'exemplaires semblables : on a ainsi 
appelé atomes d'électricité les électrons ; 


Sur Atome. — Atome est presque toujours au pluriel dans les textes anciens : 


ätoua, ärouot obol«, se rencontrent d’abord dans les fragments de Dé 


mocrite ; 


on ne sait si cette expression a été employée antérieurement par Leucippe. Voir 
ZELLER, Philos. des Grecs, 1, 772, note 1. (Trad.fr., IT, 289.) 


« Nos atomes actuels étaient appelés par Avogadro, leur véritable père, 
« molécules élémentaires » et nos molécules, « molécules constituantes » pour les 


gtomes d'énergie Où atomes d'action (au 
:#ens C du mot action*) les quanta* de 
.Planck; etc. — « Les quanta nous appa- 


gaissent comme des atomes d'énergie. » 
H. Poincaré, Dernières pensées (1913), 

182. Le mot « atome », en ce sens, 
n'est jamais employé seul, et ne doit 
pas l'être, si l’on veut éviter les équi- 
voques. | | 

D. Enfin, par analogie, on a appelé 
atomes psychiques les éléments quali- 
tatifs indivisibles, de nature mentale, 
par le groupement desquels seraient 
formés, d’après certaines écoles, les 
états psychiques complexes. 


REMARQUE SUR LE SENS D 

Ni Locke, ni Mill, ni Taine n’em- 
ploient cette expression, qui a été 
créée, comme il arrive souvent, par 
des critiques opposés à leur manière de 
voir, Cf. Atomisme*, B, et addition à 
cet article dans le Supplément. 

Rad. int. : Atom. 


ATOMIQUE, D. Atomistisch; E. 
Atomic ; I Atomico. 

Qui concerne les atomes, qui a le 
caractère d’un atome, ou qui est formé 
d’atomes. « Poids atomique. » — « La 
structure atomique de l'électricité. » 

Voir les citations de W. James au 
Supplément. (Observations sur Atomis- 
me* psychologique.) 


Théorie atomique, D. Atomenlchre, 
Atomistik ; E. Atomic theory ; I. Teo- 
ria atomica. 

A. On appelle ainsi en chimie l’hypo- 
thèse définie par D'ALTON. « Il supposa 





ATOMISME 


que les corps étaient formés de petites 
particules indivisibles qu’il nomma ato- 
mes. À cette notion ancienne et vague, 
il donna un sens précis en admettant, 
d’une part que pour chaque espèce de 
matière les atomes possèdent un poids 
invariable, et de l’autre que la combhi- 
naison entre diverses espèces de ma- 
tière résulte, non pas de la pénétration 
de leur substance, mais de la juxta- 
position de leurs atomes. » Wurr7, 
Histoire des doctrines chimiques, p. 40. 
— Cf. PERRIN, Les Atomes (1913). 

La notation atomique est la notation 
substituée à la notation par équivalents 
de \VoLLASToN, en vue de la mettre en 
accord avec l’hypothèse d’Avocapro. 
— Cf. Moléculaire*. 

B. Par analogie, théorie qui admet 
(virtuellement) des « atomes psychi- 
ques ». Voir Atome*, D. 

En un sens encore plus métapho- 
rique, on a appelé « théorie atomique 
de la Société » celle qui la juge com- 
posée d'individus, seuls réels, par 
opposition à la théorie « organique », 
ou « organiciste », qui donne plus de 
réalité au tout. — Ces expressions, de 
caractère surtout polémique, ne sont 
pas favorables à la précision de la 
pensée. 


ATOMISME, D. Atomistik ; E. Ato- 
mism ; |. Atomismo. 

A. Doctrine des philosophes qui sou- 
tiennent que la matière est formée d'ato- 
mes*, au sens À, dont les propriétés 
engendrent par composition tous les 
phénomènes des corps sensibles. 


Corps simples et « molécules intégrantes » pour les corps composés. — Dumas 
employait indifféremment les expressions molécules, atomes et particules, per- 
mutant souvent ces termes dans une même phrase pour une raison d’euphonie.. 
La distinction absolue entre l’atome et la molécule, quoique nettement formulée 
par Avogadro, n’a été définitivement comprise et adoptée par les chimistes que 
cinquante ans plus tard. » LE CHATELIER, Préface à Molécules, Atomes et notations 
chimiques, dans « les Classiques de la Science ». — Voir AVOGADRO, Essai d’une 
manière de déterminer les masses relatives des molécules élémentaires des corps (1811), 
reproduit dans le même volume. 

Chez les savants modernes, l’idée d’indivisibilité disparaît souvent tout à fait 
du sens B :les chimistes du commencement du xIx€ siècle parlent sans scrupule 


de « demi-atome », par exemple J.-B. Dumas, cité dans Hoërer, Histoire de la 
physique et de la chimie, p. 547. (A. L.) 





Sur Atomique (théorie). — A la prendre au pied de la lettre, la seconde paie 
de la phrase de Wurtz citée dans le texte, serait inexacte. Il y a là une sorte | 
confusion, résultant sans doute d’une rédaction trop rapide : ce à quoi Wurtz Fe 
opposer la théorie de Dalton n’est pas seulement l’atomisme ancien me ! 
admettait déjà que les composés résultent de la juxtaposition de leurs a Pa , 
mais la théorie toute différente des mirtes, où l’on admettait une combinaison plus 
intime que la simple addition. (R. Berthelot.) | 

Voir aussi dans le Supplément (à la fin du présent ouvrage), les ee 
de René Berthelot sur l’usage des expressions « atomes psychiques » (sens D) e 
« atomisme psychologique ». 





ATOMISME 








92 
sr 

B. Théorie corpusculaire de la ma- 
tière (BoyLe, DALTonN, etc.). Cf. Ja- 
GNAUXx, Histoire de la Chimie, 1re par- 
tie, ch. 1, II : « Atomisme. » 

On appelle par extension atomisme 
mathématique où pythagoricien la doc- 
trine qui compose la matière de points 
inétendus considérés comme des centres 


court, au sens B. — Atomisme méta. 
physique, en parlant de Leibniz, a aussi; 
de grands inconvénients, au moins dans 
l’enseignement de la philosophie : bien 
que lui-même, dans son esprit d’éclec. 
tisme, ait dit de ses Monades qu'elles 
étaient les « véritables atomes de Ja 
nature » (Monadologie, th. 3), ce rap- 


Se Dore de Boscovich) ; — ato- | brochement trouble souvent beaucoup 
re aphysique, le monadisme* de | Jes esprits qui ne connaissent pas encore 
Z5 — atomisme psychologique, la | bien sa doctrine, et leur suggère des 


doctrine suivant laquelle tous les phé- 
nomènes psychiques se ramèneraient en 
dernière analyse à des combinaisons 
d'éléments simples, ou même à des 
agrégats d’un élément unique et indé- 
finiment répété (par exemple dans la 
théorie du choc nerveux de SPENCER). 
Voir ci-dessus Atome D. — Cf. Obser- 
vations sur ce mot et l'Appendice à la 
fin du présent ouvrage. 


associations d’idées très trompeuses. 
Rad. int. : Atomism. 


1. ATOMISTIQUE, subst. D. Ato- 
mistik ; E. À. Atomistic theory ; B. Mo- 
lecular physics ; — I. Atomistica (?). 

A. Synonyme d’atomisme, surtout 
au sens B. (Le mot allemand Atomistik 
paraît avoir généralement ce sens.) 

B. Physique des atomes. « Si nous 
attribuons à la matière la structure 
infiniment granuleuse que suggèrent 
les résultats obtenus en Atomistique. 
nous verrons se modifier bien singuliè- 
rement les possibilités d’une applica- 
tion rigoureuse de la continuité mathé- 
matique à la réalité. » J. PERRIN, Les 
atomes, préface, p. x11. 

Rad. int. : B. Atomistik. 


CRITIQUE 


L'expression atomisme mathématique 
Ou pythagoricien (on a dit encore quel- 
quefois atomisme dynamique) a le double 
défaut de détourner beaucoup le mot 
de son sens orisinel et de plus d’être 
en désaccord avec ce fait historique 
que la doctrine en question a précisé- 
ment été opposée à l’atomisme tout 





Sur Atomisme et Atomistique. — Voir à la fin du présent ouvrageles appendices 
déjà mentionnés ci-dessus. M. René Berthelot nous communique en outre {à 
propos du mot « atomique » employé pour désigner une philosophie sociale) un 
texte anglais tiré du Times Literary Supplement, 16 août 1923, p. 539. L'article est 
anonyme, suivant l’usage anglais. « The industrial revolution had been but one 
aspect of the atomic philosophy that by the beginning of the nineteenth century 
had pervaded almost the whole of English life. The economics of competition 
and laisser-faire, the ethics of private pleasure and pain, the psychology of 
« association » reducing even the mind to a collocation of disconnected ideas, 
were all parts of a drift towards disintegration. The first half of the new century 
saw many efforts to substitute corporate and organic for individualist standards.» 
— « L'intérêt de ce passage, ajoute M. René BERTHELOT, est de nous montrer le 
terme de « philosophie atomique » employé pour désigner à la fois, comme des 


2 —————— 


1. « La révolutioo iadustrielle n'a été que l'un des aspects de cette philosophie + atomique » qui, au début du 
nix® siècle, s'était étendue à la presque totalité de la vie anglaise. L'économie politique de la concurrence et du 
laisser-faire, la morale du plaisir et de la douleur individuels, la psyrhologie de l'association, réduisant l'esprit lui- 
même à une juxtaposition d'idées independantes. tout cela faisait partie d'un mouvement général dans le sens dela 
dénintégration.… Le première moitié du siècle suivant a vu da nombreux efforts pour substituer aux formes d'idéal 
individualistes des forures d'iié-al corporatives et organiques. * 


ones ne + 


2. ATOMISTIQUE, adj. D. Atomis- 
uisch; — E. À. B. Atomistic ; B. Ato- 
mistical ; — I. Atomistico. 

A. Synonyme d’atomique*. 

B. Qui professe l’atomisme*. 

Rad. int. : Atomal, atomism. 


ATTENTE, D. Erwartung ; E. Wai- 
ting ; |. Aspettazione. 

A côté du sens usuel du mot (1° situa- 
tion de celui qui attend ; 2° état de 
conscience correspondant à cette situa- 
tion), M. Pierre JANET a introduit ce 
terme dans ses cours du Collège de 
France, particulièrement sur l’ Analyse 
des tendances (1909-1910) et sur l’Évo- 
lution de la mémoire et la notion de 
temps (1922-1923) en lui donnant le 
sens technique suivant, relatif exclusi- 
vement à la psychologie de réaction : 

« L’attente est une action toute spé- 
ciale qui joue un rôle considérable dans 
bien des faits psychologiques, en par- 
ticulier dans la construction de la durée 
et du temps. Pour comprendre cette 
action, il faut rappeler lesstades d’acti- 
vation d’une tendance, dont les prin- 
cipaux sont la latence, l’éréthisme, le 
désir (activation de la tendance suffi- 
sante pour que l’action soit reconnue 
par les autres et par nous-mêmes), 
l'effort, la consommation, le triomphe 
(joie et relévement du niveau mental 
consécutifs à l'acte accompli avec suc- 
cès, d’une manière complète et ache- 
vée). — Quand une tendance a besoin 
pour arriver à la consommation de 
plusieurs stimulations successives qui 
se complètent, comme cela arrive tou- 
jours à partir du niveau des tendances 
fusSpensives (tendances dont l’activa- 


L _ ATTENTION_ 
tion peut être arrêtée à divers degrés 
sans cause d’inhibition extérieure), elle 
peut être éveillée par une première 
stimulation et parvenir au stade de 
l’éréthisme, mais ne pas pouvoir mon- 
ter au delà, par défaut des autres sti- 
mulations. L’attente consiste à mainte- 
nir cette tendance au stade de l’éré- 
thisme, à inhiber les dérivations de 
toute espèce, et les dispositions à la 
consommation précipitée. Ce travail 
difficile détermine des fatigues, des 
émotions, et devient l'occasion de bien 
des névroses. » Note de M. Pierre 
JANET. — Cf. l’article du même auteur 
dans le British Journal of Psychology, 
medical section. 1920. 
Rad. int. : Vart. 


ATTENTION, D. Aufmerksamkeut ; E. 
Attention ; I. Attenzione. 

Accroissement de l’activité intellec- 
tuelle, soit spontanée*, soit volontaire, 
et direction de celle-ci sur un objet ou 
sur un ensemble d'objets qui, en l’ab- 
sence de ce phénomène, seraient ab- 
sents du champ de la conscience ou n’en 
occuperaient qu’une partie minime. 

On nomme attention spontanée (ou 
attention automatique, Pierre JANET) 
celle qui dérive d’un intérêt actuel et 
direct éveillé chez le sujet par l’objet 
auquel il fait attention (attention du 
chat à la souris, attention donnée à une 
perception qui nous surprend) ; atten- 
tion volontaire où réfléchie (ou attention 
artificielle, Th. Risor), celle qui s’ap- 
plique, grâce à la réflexion, à un objet 
qui ne nous offre qu’un intérêt indirect 
et qui nécessite par conséquent un 
effort volontaire (attention de l’écolier 





applications d’un principe commun, une théorie sociale et une théorie psycho- 
logique. Cet emploi du terme n'est pas rare chez les philosophes anglais contem- 
porains et il témoigne de l’influence exercée sur eux (principalement à travers le 
hégélianisme) par le langage comme par les idées de la philosophie romantique 
allemande du commencement du xixe siècle. » 

M. L. Brunschvicg est d'avis qu'il conviendrait de réserver Atomistique (subst.) 
Pourla physique des atomes (au sens B, où ce mot a perdu le sens original d'élément 
indivisible et absolu), Atomisme désignant la métaphysique des atomes (au sens A, 
où la valeur originelle du mot est maintenue). 


ATTENTION 


à un travail utile, mais ennuveux). 
Attention sensorielle et attention mo- 
trice se disent respectivement, au sens 
large, de l'attention aux sensations et 
de l'attention aux mouvements. Mais 
ces termes prennent un sens spécial 
quand il s’agit d’un acte qui doit être 
fait à un signal donné : on appelle alors 
attention sensorielle celle qui est. dirigée 
vers la perception du signal attendu, et 
attention motrice celle qui porte sur la 
préparation de l’acte à exécuter. 


CRITIQUE 


Nous avons essayé de réunir dans les 
formules ci-dessus ce qu'ont de commun 
les principales définitions de l’atten- 
tion, dont nous citons ici le détail : 
« Facultas efficiendi ul in perceptione 
composita partialis una majorem clari- 
tatem ceteris habeat, dicitur altentio. » 
Wozrr, Psychologia empirica, sec- 
tion 111, chap. n, p. 168. — « La 
faculté de produire un accroissement 
de la représentation (einen Zuwachs 
des Vorstellens). » HERBART, Psycho- 
logie, 11, $ 128. — « L’attention ne peut 
être définie que subjectivement : elle 
consiste en une activité mentale avant 
pour effet immédiat de surélever, au 
point de vue de leur intensité, de leur 
achèvement et de leur précision, cer- 
taines sensations ou autres phénomènes 
psychiques ; et d’abaisser corrélative- 
ment tous les états de conscience pré- 
sentés simultanément. » James Su1LY, 
The Human Mind, 1, 142. — « L’at- 
tention consiste en un état intellectuel 
exclusif ou prédominant avec adapta- 
tion spontanée ou artificielle de l’indi- 
vidu. » Riot, Psychologie de l’atten- 
tion, p. 9. — « Concentration de l’acti- 


vité intellectuelle, ou mieux de }; 
conscience, sur un objet spécial, subs. 
tituée par un effort volontaire à ]à 
dispersion naturelle de l'intelligence sur 
différents objets. » Définition commu. 
niquée par M. V. Eccer. Cf. Diction. 
naire usuel des sciences médicales de 
DECHAMBRE, V9. — « Quand notre 
intelligence est employée à l'étude 
d’un objet particulier, quand elle est 
dirigée vers cet objet à l’exclusion des 
autres, nous constatons dans notre 
esprit un phénomène particulier que 
l’on désigne sous le nom d’attention. , 
Pierre JANET, L’Attention, Diction- 
naire de physiologie de Ch. Ricuer, 
1, 831. 

Remarquer qu’on doit définir l’at. 
tention, non comme effet de la volonté, 
mais comme phénomène volontaire, plu- 
sieurs psychologues ayant soutenu 
que l’attention est la faculté vraiment 
primordiale « et que la volition en est 
partiellement un développement ulté- 
rieur, dans lequel toutefois le processus 
primitif se laisse clairement découvrir ». 
CHARLTON BaAsTIAN, Attention et Voli- 
tion, Revue philosophique, 1892, 1, 357. 
— Cf. W. James, Le sentiment de 
l'effort, Crit. philos., 1880. 

Rad. int. : Atenc. 


ATTITUDE, D. Lage, Standpunkt; 
E. Attitude ; |. Attitudine. 

A. Physiquement, position d’un être 
vivant, en tant qu’elle est voulue par 
lui, ou du moins déterminée sans 
contrainte extérieure par ses réactions. 

B. Situation de pensée et de volonté, 
position adoptée par un esprit à l'égard 
d’un problème ou d’une doctrine. « L’at- 
titude pragmatiste. » 








Sur Attention. — J’écrirais actuellement dans le texte cité ci-dessus « concen- 
tration de la conscience » plutôt que « concentration de l’activité intellectuelle ». 
(V. Egger.) 

Les théories de l’attention visent, les unes à rendre compte du mécanisme 
objectif entraînant l’augmentation caractéristique de précision, et en général, de 
rapidité, dans les processus mentaux et sensori-moteurs ; — les autres, à expliquer 
l’aspect subjectif, la conscience du processus, le sentiment d’attention. (H. Piéron.) 


ATTRACTION 





a ————— 





CRITIQUE développement. Lors même qu’on n'ac- 
cepterait pas l’un ou lautre de ces 
points de vue, le mot n'en resterait pas 
moins une expression utile et difficile 
à remplacer par un équivalent. 


Rad. int. : Postur. 


Ce mot a eu longtemps, dans son 
usage métaphorique, un import nette- 
ment péjoratif : attitude voulue et peu 
sincère, ou du moins calculée pour pro- 
duire sur autrui une certaine impres- 
sion : « Autre chose est une attitude, 
autre chose est une action; toute atti- 
tude est fausse et petite ; toute action 
est belle et vraie. » DiDEROT, Essai sur 
la peinture, ch. 1. — Mais cet import 
tend à disparaître dans le langage 
français contemporain, et l'expression 
y est devenue tout à fait courante : 
cet usage se rattache, d’une part, à 
l'idée de l’importance qu'ont l’action, 
le choix, la décision même, dans la 
pensée scientifique ou philosophique ; 
— de l’autre, à l'esprit historique, pour | 
qui les solutions ont moins d'intérêt 
que le rapport des doctrines à leur 
milieu et aux circonstances de leur 


ATTRACTION, D. Anziehung, At- 
traktion ; E. Attraction ; |. Attrazione. 

A. Phénomène physique consistant 
en ce que deux ou plusieurs corps, 
abandonnés à eux-mêmes sans impul- 
sion initiale, se rapprochent l’un de 
l’autre. — Force mécanique, considérée 
comme l'expression numérique, de la 
loi suivant laquelle se produit ce mou- 
vement. « L’attraction universelle. » — 
« Les attractions et répulsions élec- 
triques. » 

B. Tendance interne, considérée 
comme cause de l'attraction obser- 
vable. « Il est très important de savoir 
si c’est par impulsion ou par attraction 





Sur Attitude. —« Depuis une dizaine d’années, on a étudié sous le nom d’attitude 
une manifestation de la vie psychique dont la valeur avait été insuffisamment 
appréciée et même souvent méconnue. Le premier, dans ses recherches expéri- 
mentales sur le jugement (1901), Marbe a employé le mot Bewusstseinlage (posi- 
tion de la conscience) qui depuis a prévalu parmi les psychologues allemands. En 
Amérique, on a adopté le terme équivalent attitude, qui est devenu d’un emploi 
courant dans ce pays. Considérées analytiquement, les attitudes sont des formes 
sans matière, sans contenu. On a donné comme type d’attitude, le doute, la 
conviction, la surprise, l’étonnement.. L’attitude, étant une forme, ne devient 
connaissable que par son adjonction à des sensations, des images, des idées, des 
émotions. Pour nous, elle est un mode de l’activité motrice. » RiBoT, La vie 
inconsciente et les mouvements (1914), p. 34-37. 


Sur Attraction. — Étienne Geoffroy Saint-Hilaire propese d'appeler « attraction 
de soi pour soi » une loi universelle, ou une sorte de clef applicable à l'interprétation 
de tous les phénomènes de philosophie naturelle. Elle est, dans son esprit, destinée 
à remplacer toutes les explications vitalistes. — Toute molécule se porte toujours 
vers une molécule du même ordre, en vertu de ce que d’autres ont nommé affinité, 
et Geoffroy Saint-Hilaire, affrontement. L’attraction seule dirige le monde, et 
Geoffroy étend à tout le système des êtres les principesque Newtonavaitimaginés 
Pour l'explication du monde planétaire : « Natura semper sibiconsona.» Le natura- 
liste, dit-il, arrive inévitablement à ces vues hardies, toutes les fois qu’il ne se 
réduit pas lui-même au rôle subalterne de « descripteur ». Voir Études progressives 
d'un naturaliste (1835), dernière étude : « Loi universelle (attraction de soi pour 
soi) ou clef applicable à l’interprétation de tous les phénomènes de philosophie 
naturelle » ; et cf. Notions synthétiques, historiques et physiologiques de philosophie 
naturelle (1838), not. p. 4, 25, 30, etc. (Louis Boisse.) 


ATTRACTION 














que les corps célestes agissent les uns 
sur les autres, si c’est quelque matière 
subtile et invisible qui les pousse, ou 
si ces corps sont doués d’une qualité 
cachée et occulte par laquelle ils s’at- 
tirent mutuellement. Les philosophes 
sont partagés là-dessus : ceux qui sont 
pour l'impulsion se nomment impul- 
sionnaires, et les partisans de l’attrac- 
tion se nomment attractionnistes. » 
Ever, Lettre à une princesse d’Alle- 
magne, LIV. 

C. PaycaoL. Par métaphore, entraf- 
nement spontané de l'agent vers un 
être ou vers une fin dont on dit qu'ils 
« l’attirent ». — « L'attraction de la 
gloire. » — « Newton... a déterminé les 
lois de l’attraction matérielle, et moi 
celle de l’attraction passionnée, dont nul 
homme avant moi n'avait abordé la 
théorie. » FoURIER, Lettre au Grand- 
Juge (dans BourGin, Fourier, p. 73). 

Rad. int. : Atrakt. 


ATTRIBUT, D. Attribut, E. Attri- 
bute ; I. Attributo. 

A. Loc. Se dit de tout caractère en 
tant qu’affirmé ou nié d’un sujet. Voir 
Prédicat*, B et Prédication*, À. « L’at- 
tribut d’une proposition affirmative 
n'est point affirmé selon toute son 
extension, si elle est de soi-même plus 
grande que celle du sujet. » Logique de 
Port-Royal, 11, ch. xvu. 

On a dit autrefois, en ce sens, attri- 
buts dialectiques, pour désigner les 
« cinq universaux* » : le genre, l'espèce, 
la différence, le propre et l’accident. 

B. En un sens plus restreint, mais 





qui n'appartient pas proprement à ]; 
langue philosophique : propriété carac. 
téristique ou signe distinctif d’une 
chose. 

C. Méraru. Caractère essentiel d’une 
substance*. « Lorsque je pense plus 
généralement que ces modes ou quali. 
tés sont en la substance, sans les con. 
sidérer autrement que comme les dé. 
pendances de cette substance, je les 
nomme attributs. » DESCARTES, Prin- 
cipes, 1, 56. — « Per attributum intel- 
ligo id, quod intellectus de substantia 
percipit, tanquam ejusdem essentiam 
constituens. » Spinoza, Éthique, I 
Df. 4. 

Se dit particulièrement des attributs 
de Dieu*. 


CRITIQUE 


Au sens À, il est bon de distinguer 
l’attribut (ce qui est relié au sujet par 
la copule est, au sens classique d’im- 
plication) du prédicat, entendu géné- 
ralement par les logiciens modernes en 
un sens plus large (ce qui est affirmé 
du sujet). Par exemple, dans : « L’hom- 
me est mammifère », mammifére est 
attribut ; dans : « L'homme pense », 
pense est prédicat. Mais cette distinc- 
tion n’est pas bien établie. 

Rad. int. : Atribut. 


1. Attribution (Jugement ou propo- 
sition d'attribution). Voir Attributive*. 


2. Attribution (Analogie d’}. Voir 
Analogie*, Critique. 


ATTRIBUTIVE (Proposition), D. At- 
gributiver (Satz) ; E. Attributive (pro- 
position) ; L. Attributiva (proposizione). 

proposition conçue comme affirmant 
ou niant une qualité d'un sujet, par 
opposition, soit à la proposition conçue 
comme décomposée en un sujet* et un 

dicat* (comprenant la copule*}), — 
soit à la proposition formée de deux 
termes unis par une relation*. — Syno- 
nyme de proposition d’inhérence* au 
sens B (LACHELIER). Cf. Jnhérence*, 
Prédication*. ni 

Rad. int. : Atributiv. 

AUDITION, D. Hôüren ; E. Audition, 
Hearing ; L. Udizione. 

Fonction du sens de l’ouie. 

L’audition colorée (D. farbiges Hô- 
ren) est l’association fixe qu’un assez 
grand nombre de personnes établissent 
entre certains sons et certaines cou- 
leurs, localisées d’ordinaire par elles 
plus ou moins vaguement dans les 
objets sonores qui les provoquent. 

Rad. int. : Aud. 


AURA (L. Même mot dans les quatre 
langues). 

A. Terme appliqué à des principes 
subtils, ou même à demi matériels 
intervenant dans la vie. Bacon appelle 
les esprits animaux « aura composita 
ex flamma et aere ». Historia vitae et 
mortis, Ed. Ell. et Spedd., II, 215. — 
Aura vitalis désigne chez Van HELz- 


AUTHENTIQUE 


MONT le principe vital ; aura seminalis, 
un principe non matériel ou du moins 
invisible lié à la semence et produisant 
l’organisation du fœtus. 

B. Dans la pathologie : proprement, 
sensation subjective d’un courant d’air 
ou d’une vapeur s’élevant du corps 
vers la tête; prodrome des crises épi- 
leptiques. 


CRITIQUE 


Ce mot a été employé par extension 
avec un sens très vague. On l’a appli- 
qué : 1° à toutes les sensations et à tous 
les mouvements illusoires qui se pro- 
duisent dans les crises nerveuses ; 29 à 
tous les symptômes prodromiques de 
l’hystérie et de l’épilepsie (voir sur ces 
deux emplois BALDWIN, p.92) ,— 3° on 
a nommé en particulier aura intellec- 
tuelle (HUGHLINGS JACKSON, Brain, 
July 1888), le phénoméne de puram- 
nésie* ; désignation d’autant plus inad- 
missible que ce phénoméne ne présente 
aucune liaison particulière avec les 
maladies nerveuses dont il vient d’être 
question. 


AUTHENTIQUE (du G. adbévrmc, 
qui agit avec autorité ; ou qui est fait 
de main propre) ; D. Authentisch, echt ; 
E. Authentic, authentical ; 1. Autentico. 

A. Au sens propre, se dit d’un docu- 
ment ou d’une œuvre émanant réelle- 
ment de l’auteur auquel ils sont attri- 


a —————— 


Sur Audition. — Les qualités discernables dans la sensation auditive sont : 


a  . 


Sur Attribut. — On désigne aussi quelquefois sous le nom d’attributs dialectiques 
les « quatre universaux » d’Aristote, ou plus exactement les quatre sortes de 
propositions ou de questions qu’il distingue dans les Topiques, I, ch. IV : « Aexréov 
8è r£ 8pog, té (ôiov, té yévos, TÉ ouu6eGmw6c. » 101b38 et suiv. Ils ont probablement 
donné naissance aux cinq universaux de Porphyre, plus connus, et qui ont tenu 
une si grande place dans la scolastique : yévos, el8og, Stapopé, Kôtov, ouu6e6meés. 
(J. Lachelier.) 

L'expression attributs de Dieu est probablement l’origine de l'usage que 
SPiNozA fait de ce terme. Voir G. T. RicaTER, Spinoza’s Philosophische Termino- 
logie (Leipzig, 1913), p. 26, et les passages de scolastiques, théologiens, etc., cités 
en note. (CI. C. J. Webb.) 


1° l'intensité des sons ou des bruits ; — 20 la hauteur ou tonalité des sons, parfois 
dissociées ; — 3° le timbre des sons ou des bruits, actuellement décomposé en 
qualités plus simples, de clarté (sons clairs et sourds), de volume (sons amples et 
grêles), et par certains auteurs, de vocalité (qui serait une qualité propre, irréduc- 
tible, des différentes voyelles). (H. Piéron.) 

. Dans ce qu’on appelle le timbre, non d’un son pur, mais d’un bruit, ou d’un 
instrument de musique, il y a lieu de tenir compte aussi de la complexité des 
sons proprement dits qui se produisent simultanément (accords consonants ou 
dissonants, harmoniques). (A. L.) 


Sur Authentique. — Certes un document authentique n’est pas un document 
Véridique ; ce sont-là deux valeurs distinctes, qu’il ne faut pas confondre, et la 
seconde l'emporte sur la première. Mais dans le cas d’un tableau ou d’un bijou 
« authentiques », le sens est qu’ils ont bien toute la valeur qu'ils paraissent avoir 


| 


AUTHENTIQUE 


bués. S’oppose à supposé, faux. « Un 
Rembrandt authentique. » 

B. Spécialement, en proiT : se dit 
d’un acte dressé, en vue de faire foi, 
par un officier public ou un magistrat 
compétent. (Acte notarié, acte de l’état 
civil, jugement, etc.) 

C. Au sens courant et vague : légi- 
time; original; sincère; conforme à 
son apparence, qui mérite bien le nom 


qu’on lui donne ; — quelquefois même, 
par extension, vrai. « Une nouvelle 
authentique. » — Voir l’analyse des 


sens variés donnés à ce mot dans la lit- 
térature contemporaine (Paul Valéry, 
Marcel Proust, André Gide) dans Es- 
TÈVE, Études philosophiquessur l’expres- 
sion littéraire, p. 123-129. 


CRITIQUE 


Le sens C n’est recommandable ni 
au point de vue de la précision du 
langage ni au point de vue de l’étymo- 
logie. « L'expression authentique em- 
pruntée à la langue judiciaire.…., ne se 
rapporte, qu’à la provenance, non au 
contenu : dire qu’un «lucument est au- 
thentique, c’est dire seulement que la 
provenance en est certaine, non que le 
contenu en est exact. Mais l’authenti- 
cité produit une impression de respect 
qui dispose à accepter le contenu sans 
discussion. À ces instincts naturels, il 
faut résister méthodiquement. » Lan- 
GLois et SEIGNOBOS, /{ntroduction aux 


à 


38 


« AUTISME », D. Autismus. — Pen. 
sée autistique*. — CI. Égocentrismex*, 


« AUTISTIQUE », adj., D. Autis. 
tisch. Nom donné par BLEULER, dans 
ses travaux sur la psychanalyse, à ]a 
pensée associative et symbolique du 
rêve et de la rêverie (parce que son 
caractère est d’être strictement indivi- 
duelle). 


AUTO... (du G. «tés, soi-même, lui- 
même, et non un autre. Soi-même, 
pronom réfléchi, se dit éœurév, ou par 
contraction abrév. Mais il y a quelque. 
fois confusion des deux sens dans les 
dérivés d’abtôc). 

Préfixe employé à la formation d’un 
nombre indéfini de termes où entre 
cette idée. Par exemple : « Les Anciens... 
avaient défini l’âme une chose soi- 
mouvante. Cette automotivité de la 
représentation est, comme apparence, 
absolument incontestable. » HAMELIN, 
Sur la volonté, la liberté et la certitude 
chez Renouvier, Revue de Métaphy- 
sique, novembre 1919. 


AUTOMATE (du G. abtômatos, ad- 
jectif); au sens général, qui agit de 
soi-même, spontanément ; mais le sens 
moderne existe déjà chez Homère 
(portes qui s'ouvrent d’elles-mèmes, 
trépieds qui se déplacent par un méca- 
nisme intérieur). Le substantif aœùré- 


99 oc. 
De - = 
Des Automates en a répandu l'usage. 
Mais chez Aristote, tù «ÿtéuarov désigne 
presque toujours le hasard*. (Voir Ob- 
servations Ci-dessous.) — D. Automat ; 
E. Automaton ; |. Automa, automato. 

Appareil imitant par un mécanisme 
intérieur les mouvements d’un être 
vivant. — Par suite, l'être vivant lui- 
même, en tant qu'il est considéré 
comme un système contenant en soi 
toutes les causes qui le déterminent : 
« Ainsi chaque corps organique d’un 
vivantestune espèce de machine divine 
ou d’automate naturel qui surpasse 
infiniment tous les automates artifi- 
ciels. » LE1BNIZ, Monadologie, $ 64. 

Cf. Descartes, Traité de l'homme, 
ad finem; Spinoza, De emendatione 
intellectus (Ed. Van Vloten, 1, 27) et 
KaANT, Ârit. der praktischen Vern., Exa- 
men critique de l’Analytique, $ 10 et 
$ 4, où il discute le rapport de la 
liberté à l’automatisme de l'esprit, en 
tant que phénomène. 

Rad. int. : Automat. 


AUTOMATIQUE (du G. adtéuaxrtos ; 
voir ci-dessus); D. Automatisch ; E. 
Automatic ; |. Automatico. 

A. Étymologiquement, se dit des 
mouvements dont la cause est inté- 





AUTOMATIQUE 


rieure à l'être qui se meut, considéré 
comme un tout praliquement isolé. 
Une régulation est appelée automa- 
tique si elle résulte des variations 
mêmes qu’elle a pour objet de corriger. 
— « On dit souvent automatique au 
sens de mécanique ou de machinal. 
Je propose de réserver ce mot, qui 
fait double emploi dans cette acception 
trop générale, pour les mécanismes qui 
fonctionnent sans qu'une volonté intel- 
ligente ait à intervenir une fois qu'ils 
sont mis en train. » E. Go8Lor, Class. 
des sciences, 167. Cf. Logique, 355. 

B. Caractère des phénomènes qui 
présentent une régularité bien déter- 
minée. L’automatisme, en ce sens, s’op- 
pose à l'indétermination, au caprice 
ou à la volonté en tant que celle-ci 
implique, même pour le déterministe, 
une grande variété dans les réactions 
possibles en face de circonstances don- 
nées. 


CRITIQUE 


Les deux significations peuvent se 
dissocier : c’est ainsi qu’on dira d’un 
réflexe au sens B, qu'il est automa- 
tique, tandis qu'on l’oppose au con- 
traire à l'automatisme au sens A. Ce- 
pendant, l'usage le plus général est 





Sur Automate et automatisme. — Bonirz relève trois sens d'abrouarus chez 


études historiques, p. 133-134 (S). 
Rad. int. : A. B. Autentik. 


uatov, au même sens, se trouve chez 
Aristote et chez Héron, dont le traité 





qu'ils ne décevront pas quant à la richesse qu’ils promettent. En ce sens, l’épitliète 
ne peut-elle pas s'appliquer utilement à la pensée et aux personnes ? La personne 
sincère se montre telle qu’elle croit être ; la personne authentique, telle qu’elle est 
profondément. « La foi qui n’agit point, est-ce une foi sineère ? ». A coup sür, 
surtout avant que la question lui ait été posée ; mais ce n’est pas une foi authen- 
tique. L'authenticité serait la limite vers laquelle tend la sincérité lorsqu'elle 
s'accompagne de sincérité envers soi-même, qui suppose bien plus que l’intros- 
pection impartiale : l'étude de la conduite, la cohérence des actes et des pensées. 
Ce que Pascal reproche à Épictète, et Valéry à Pascal, c’est une certaine « inau- 
thenticité ». (M. Marsal.) 


Sur Autisme, Autistique. — Voir Minkouswi, L’autisme, Journal de Psycholo 
gie, 1927, I, p. 69 et Lacroze, Les fonctions de l'imagination, ch. vii: « L’autisme.” 


Aristote : 1° Le hasard, par opposition soit à la nature {ce qui a lieu toujours, ou 
du moins en règle générale), soit à la volonté réfléchie (md radrouxrtou 8päv, 
agir au hasard = eixñ; Rhét. 1354210) ; 20 le spontané par opposition à l’art, à 
lartificiel : certaines maladies incurables par l'art médical guérissent quelquefois 
abtouatwc. « Génération spontanée » (Yéveou œdréuartoc) se rattache à la 
fois à ces deux sens : c’est une génération irrégulière, échappant aux lois ordinaires 
de la reproduction ; en latin generatio aequivoca* ; — 3° les automates, à la manière 
de Héron d'Alexandrie. (A. L.) 

— L'équivoque de ce mot se perpétue, d'abord en raison de l’arbitraire qu’il 
ÿ a à prétendre délimiter dans l’espace et dans le temps « un tout pratiquement 
isolé »; un automate de Héron ou de Vaucanson ne naît pas par génération 
8Pontanée, et il faut de temps à autre en remonter le ressort. Ensuite, par l’appré- 
ciation, tantôt laudative, tantôt péjorative qui s’attache à l’automatisme : si 
l'on parle de la répression automatique de tel ou tel délit, cela peut vouloir dire : 
sûre, sans omission ni compromis ; — ou bien : sans nuances, sans considération 
des circonstances ou des individus. — Si de nos jours automate est généralement 
Péjoratif, c’est qu’on applique le terme aux seuls êtres conscients, par comparaison 
avec les seuls mécanismes sommaires et grossiers que nous sachions encore fabri- 


AUTOMATIQUE 


d'appliquer ce terme aux phénomènes 
qui présentent à la fois les deux ordres 
de caractère. Tel est l’usage qu’en ont 
fait Spixoza et LEiBniz, en disant de 
l’âme humaine qu’elle est un automate 
spirituel : « Comme le fœtus se forme 
dans l'animal, “omme mille autres 
merveilles de la nature sont produites 
par un certain instinct que Dieu y a 
mis, c’est-à-dire en vertu de la préfor- 
mation divine qui fait ces admirables 
automates, propres à produire mécani- 
quement de si beaux effets ; il est aisé 


de juger de même que l'âme est un | 


automate spirituel encore plus admi- 
rable ; et que c’est par la préformation 
divine qu'elle produit ces belles idées 
où notre volonté n’a point de part... 
L'opération des automates spirituels 
n'est point mécanique, mais elle con- 
tient éminemment ce qu'il y a de beau 
dans la mécanique. » LE1IBN17, T'héo- 
dicée, $ 403. — De même, M. Pierre 
JaAxET définit ce terme par les carac- 
tères suivants : « Prendre sa source 
dans l’objet même qui se meut et ne 
pas provenir d’une impulsion exté- 
rieure ; rester cependant très régulier 
et soumis à un déterminisme rigoureux 
sans variations ni caprices. » L’Auto- 
matisme psychologique, p. 2. Mais on 
doit en écarter « l’idée d’une activité 
purement mécanique », ne consistant 
que dans le jeu « d'éléments étendus et 
insensibles », Zbid., p. 2. — Cette défi- 
nition s’accorde d’ailleurs avec celle de 





. 100 


M. Gosor, qui n’exclut pas le mécanis. 
me, mais y ajoute un caractère de plus. 

Ch. Ricuer a proposé de diviser 
ainsi les mouvements : 

« «. Mouvements réflexes, déterminés 
par un stimulus extérieur ; 

« 8. Mouv. automatiques, déterminés 
par un stimulus intérieur qui n’est pas 
la volonté ; 

« y. Mouv. machinaux, déterminés 
par la volonté, mais qui se continuent 
sans qu’elle intervienne ; 

« à. Mouv. volontaires, déterminés 
par la volonté et se continuant par le 
fait de la volonté. » Ch. RicHeT, L'Au. 
tomatisme, dans Rice, [, 945. 

La définition B paraît trop étroite : 
par exemple, on appellerait automa. 
tique, bien plutôt que machinal, le tra- 
vail de la réflexion ou de l'invention 
qui continue de lui-même après avoir 
été mis en train par la volonté et 
l'attention conscientes, ce qui est pré- 
cisément la classe d’actes visés sous le 
nom d'actes « machinaux » y. En réu- 
nissant ces deux classes et en ajoutant 
à leurs caractères communs le caractère 
du déterminisme saisissable énoncé 
plus haut, nous appellerons donc Au- 
tomatisme tout système de phénomènes 
qui se développent suivant des lois 
fixes et avec un caractère d’indépen- 
dance relative, sans intervention ac- 
tuelle d’un stimulus extérieur actuel, 
ou de la volonté consciente. 

Rad. int. : Automat. 





quer. Dans les appareils qui n’ont qu’une finalité simple et bien définie, comme 


par ex. le téléphone, l’automatisme est au contraire une perfection : 


plus de 


méprises, plus de caprices, plus de distractions. Mais d’autre part cette supériorité 
même devient une infériorité aux yeux de ceux qui voient dans le caprice et 
l'erreur, au même titre que dans l'invention et le progrès, la marque de la liberté. 


C'est ainsi qu’on reproche traditionnellement au machinisme : 


19 de substituer 


des automates à des êtres conscients qui deviennent superflus ; ® de faire servir 
ces automates par des êtres conscients ; 3° de transformer à la longue ces derniers 
en automates. Mais l'être conscient s’enorgueillit : 1° de créer des automates; 
20 de leur commander ; 3° de devenir un automate, comme un bon comptable qu! 
va aussi vite sans faire plus de faute que la machine à calculer. — Ce qui est en 
jeu dans ces équivoques, c’est la nature même de la liberté et de l’individualité. 


(M. Marsal.) 


401 


AUTORISER 





AUTONOME (G. aœdrévouos, même 
Sens) ; D. Autonom ; E. Autonomous ; 
J. Autonomo. Voir l’article suivant. 


AUTONOMIE, D. Autonomie ; E. Au- 
tonomy ; |. Autonomia. 

Étymologiquement, condition d’une 
personne ou d’une collectivité auto- 
nome, C'est-à-dire qui détermine elle- 
même la loi à laquelle elle se soumet. 
_— Cf. Hétéronomie*. 

A. SocioLOGIE. Pouvoir d’un groupe, 
principalement d’un groupe politique, 
de s'organiser et de s’administrer lui- 
même, du moins sous certaines condi- 
tions et dans certaines limites. (Sans 
ces réserves, l’autonomie serait souve- 
raineté*.) Ex. Autonomie commu- 
nale, coloniale. 

B. ÉTuique. L’autonomie de la vo- 
lonté pour Kanr, est le caractère de la 
volonté pure en tant qu’elle ne se déter- 
minerait qu’en vertu de sa propre 
essence, c’est-à-dire par la seule forme 
universelle de la loi morale, à l’exclu- 
sion de tout motif sensible. Æritik der 
prakt. Vern, livre I, ch. 1, Proposi- 
tion 1v. 

C. Liberté morale, en tant qu’état 
de fait, opposé d’une part à l’esclavage 
des impulsions, de l’autre à l'obéis- 
sance sans critique aux règles de con- 
duite suggérées par une autorité exté- 
rieure. « C’est cette servitude que les 


hommes nomment hétéronomie ; et ils | 


lui opposent, sous le nom d’autonomie, 


la liberté de l’homme qui, par l'effort | 


de sa réflexion propre, se donne à lui- 
même ses principes d'action. L’indi- 
vidu autonome ne vit pas sans règles ; 
mais il n’obéit qu’aux règles qu’il a 
choisies après examen. » B. Jacos, 
Devoirs, p. 25. « Définissons l'individu 
autonome » (par opposition à l’auto- 
nomie absolue de Kant) « celui qui se 





détermine, non par sa raison seule, 
mais à la fois par sa raison et par 
celles de ses tendances qui s'accordent 
avec elle. » Zbid., p. 29. Voir tout le 
chapitre 11 : « L’autonomie. » 

Rad. int. : Autonomes). 


« AUTOPTIQUE», terme appliqué par 
AMPÈRE au premier des quatre points 
de vue qui forment la clef de sa classi- 
fication des sciences : c’est celui des 
faits ou des relations statiques qui 
apparaissent immédiatement, à la sim- 
ple inspection de l’objet étudié. 

Les trois autres points de vue sont 
le cryptoristique, ayant pour caractère 
de découvrir ce qui est caché ; le tro- 
ponomique, qui consiste à étudier les 
changements pour en déterminer les 
lois ; le cryptologique, qui « achève de 
découvrir ce qu’il y a de plus caché 
dans l’objet » (soit les lois des phéno- 
mènes les moins apparents, ou les plus 
complexes ; soit, très souvent, les ap- 
plications qu’on peut tirer des points 
de vue précédents : tous les arts, dans 
l'opinion d'Ampère, appartiennent au 
point de vue cryptologique). Essai sur 
la philosophie des sciences. Introduc- 
tion, p. 42-43. 


AUTORISER, D. A. Berechtigen, 
begründen ; B. Gestatten; — E. to 
authorize ; |. Autorizzare. 

A. Déléguer une partie de l’autorité 
que l’on possède soi-même. Par suite, 
fournir un appui, donner une valeur, 
fonder* au sens A. « Que puis-je espérer 
de plus de la Raison pour autoriser 
ma croyance en une destinée bienheu- 
reuse des êtres moraux ? » RENOUVIER, 
Psychologie rationnelle, ch. xx11 (3€ éd., 
II, p. 237). — « Successivement ou 
simultanément, notre vie consiste soit 
à soumettre la totalité de nous-mêmes 








Sur Autoptique. — Brochard, dans Les Sceptiques grecs (2° édit., p. 364), 
signale chez Galien le terme œôrobix (emprunté d’ailleurs, semble-t-il, aux 
médecins empiriques, dont il résume la théorie) pour désigner l'observation 
IMmédiate, De subfiguratione empirica, p. 36. Cf. De sectis, Ed. Kuhn, vol. I, 


P. 66. (L. Brunschvicg.) 


AUTORISER 


à des directions clairement et distinc- 
tement pensées, soit à les autoriser par 
leur convenance avec la vocation indi- 
vise de nous-mêmes, qui déborde tout 
ce que nous pouvons en penser. » 
R. LE SENNE, lraité de morale, p. 30. 

B. (En un sens plus faible, mais plus 
usuel} : consentir à ce qu'on aurait le 
droit d'interdire. 


REMARQUES 


1. Permettre, qui correspond en géné- 
ral au sens B d'autoriser, s'emploie 
aussi, quoique plus rarement, en un 
sens voisin du sens A. « Les faits obser- 
vés permettent de conclure que... » 

2. « Autorisé » se dit quelquefois, 
surtout dans le langage parlé, non de 
celui qui a reçu le droit ou la permission 
d’agir, mais de celui qui a de l'autorité 
au sens À, qui « fait autorité ». Ce n’est 
pas d’une bonne langue. 

Rad. int. : A. (au figuré) 
B. Permis. 


Yuriz ; 


AUTORITÉ, D. Autoritiit ; E. .{u- 
thority ; |. Autorita. 

A. Psycn. Supériorité ou ascendant 
personnels en vertu desquels on se fait 





Mas 102 

D 
croire, obéir, respecter, on impose au 
jugement, à la volonté, au sentient 
d'autrui. 

B. SociocociE. Droit (ou pour 
moins pouvoir établi} de décider, ou de 
comimander. 

Par suite, au point de vue pratique, 
on oppose : 

1° La Méthode d'autorité, d’une Part 
à l’assentiment universel ou au sens 
commun ; —- d’autre part, à la critique 
individuelle ; 

20 L’Argument d'autorité, aux raisons 
qui se tirent de l'expérience ou de Ja 
démonstration logique ; 

30 Le Régime d'autorité (politique ou 
économique), d’une part, à un système 
reposant sur le principe de la souve- 
raineté nationale, en particulier sur le 
contrôle des gouvernants par les gou- 
vernés ; — d’autre part, au régime de 
la liberté contractuelle. 

C. Spécialement, en matiere reli- 
gieuse, la révélation rhrétienne, en 
tant que formulée sous l'inspiration de 
Dieu dans les Écritures, et transmise 
par la tradition du témoignage apos- 
tolique. Voir Pascar, Fragment d’un 
Traité du cide [De l'autorité en matière 


Sur Autorité — Nous donnons ci-dessous quelques extraits, trop longs pour 
ls citer dans le texte. des deux ouvrages mentionnés dans la Critique de ce mot. 

«Nous avons pris dans ce qui précède, le mot autorité au sens de cette définition 
donnée par M. Edmond Scherer : « Tout ce qui détermine une action ou une 
opinion par des considérations étrangères à la valeur intrinsèque de l’ordre intimé 
ou «le la proposition énoncée. » (Revue de théologie et de philosophie chrétienne, 
tome 1, 1850, p. 66.) En un sens plus général, l’autorité c’est, selon Littré, le 
pouvoir de se faire obéir. Il convient seulement d'introduire dans cette définition 
l'idée du droit, sans oublier que le pouvoir peut s'exercer sans le droit, puisqu'il y 
a des autorités usurpées ; et que le droit peut exister sans le pouvoir, puisqu'il y a 
des autorités méconnues. — Dans le domaine spirituel, y a-t-il aussi des autorités 
auxquelles non seulement la volonté est tenue d’obéir, mais que la pensée même 
doit reconnaître ? Incontestablement. Une pensée absolument indépendante 
perd la dignité inhérente à la pensée ; elle n’est plus qu'un jeu... Sans soumission 
à la vérité, nous aurons, si l’on veut, des feux d’artifices d'idées, mais rien de plus. 

Où est la vérité ? Peut-on nommer des autorités d'un caractère moins vague et 
plus accessible ? Il me semble que oui. L’autorité de la vérité s'affirme dans 
l'autorité de la raison, dans celle du fait, dans celle de l'obligation morale. » 
Léopold Mono, Le problème de l’autorité (3° éd.}, p. 53-55. 

« … Ce qui se dégage de ce qu’on dit ou des attitudes qu’on prend » {dans les 








AUTO-SUGGESTION 





EE 

ilosophie], Pensées, éd. Brunsch- 
. ie Cf. Ibid., n° 260, p. 453. 
: D. L' Autorité ou Les Autorités : les 
ersonnes exerçant l’autorité au sens B. 
P'Les autorités sociales », expression 
créée par Le PLay. Voir Observations. 


CRITIQUE 


Pour la discussion critique de la 
notion d'autorité, voir L. LABERTHON- 
NiérE, La théorie del'Éducation (1923), 
ch, an : « L'autorité éducatrice. » — 
Au point de vue intellectuel (autorité 
de la raison, du fait, etc.) et surtout 
au point de vue religieux, Léopold 
Monoo, Le problème de l'autorité (1891; 
ge édit., préface de Raoul ALLIER, 
1993). — Cf. Observations ci-dessous. 

Rad. int. : À. B. C. Autoritat; D. 
Autoritat(oz). 


—— 





AUTOSCOPIE, D. Autoskopie; E. 
Autoscopy ; |. Autoscopia. 

À. .Autoscopie externe, hallucination 
consistant à se voir soi-même devant 
soi. — B. Autoscopie interne, apercep- 
tion par le sujet de ses organes internes. 

Voir SoLLIER, Les phénomènes d’au- 
toscopie (1903). 

Rad. int. Autoskopi. 


AUTO-SUGGESTION, D. E. Auto- 
suggestion ; |. .{uto-suggestione. 

Suggestion que l'on se donne à soi- 
même. 

A. Influence automatique exercée 
sur notre conduite, nos jugements ou 
même notre perception par une repré- 
sentation, une prévention ou un désir. 

B. Influence exercée sur l’ensemble 
de notre vie mentale ou active par une 


discussions courantes sur l'autorité en matière d'éducation} « c’est que l’autorité 
est conçue uniquement comme une puissance qui s'impose ou par contrainte de 
par habileté et qui, par essence même, se trouve irrémédiablement rs e 
étrangère à celui sur lequel elle s'exerce. Que l’autorité puisse en effet prendre ce 
caractère-là, il n’y a certainement pas lieu de le contester. Mais ne peut-elle pas 
en prendre un autre, et même un autre absolument opposé ? Fo ie 
n’est pas une abstraction. Elle est incarnée dans une personne qui “it ; elie est une 


personne. En s’exerçant, elle se dirige d’après des intentions. Et il en résulte 
qu'elle change complètement de nature selon l'intention qui l'anime. | 

Il y a l'autorité qui use du pouvoir et du savoir-faire dont elle dispose pour 
subordonner les autres à ses fins particulières, et qui ne cherche qu’à s'emparer 
d’eux pour les mettre à profit : celle-là est asservissante. Il x a l'autorité qui use 
du pouvoir et du savoir-faire dont elle dispose pour se subordonner elle-même, en 
un sens, à ceux qui lui sont soumis, et qui, liant son sort à leur sort, poursuit 
avec eux une fin commune : celle-là est libératrice. Entre ces deux manières de 
concevoir et de pratiquer l'autorité, il n'existe pas seulement une différence 


il existe une contradiction. » L. LABERTHONNIÈRE, Théorie de l'éducation, p. 28-38. 
(A. L.) 


« Les autorités sociales ». Gette expression désigne, chez Le Play, «en dehors 
de toute distinction exclusive de caste ou de classe, les vrais auteurs du progrès 
et conservateurs de l’ordre dans un pays. Les Autorités sociales sont les hommes 
qui, adonnés au travail, étroitement unis à leurs serviteurs et subordonnés par 
l'affection et le respect, ont l'indépendance, le talent et la vertu nécessaires pour 
Maintenir les bonnes coutumes, soit au foyer domestique, soit dans | atelier qu'ils 
dirigent ou la localité qu’ils habitent, pour les faire observer par la puissance de 
l'exemple et les transinettre à leurs descendants. » DE Rise, Le Play, P 16. — Elle 
a donné lieu quelquefois à des malentendus dans les discussions philosophiques. 
Voir Bulletin de la Société de philosophie, 1927, p. 90-94 (Séance du 25 mai 1946). 


Sur Autoscopie. — Article ajouté par M. Léon Brunschvicg. 


AUTO-SUGGESTION 





idée qui est en nous, mais qui nous est 
relativement étrangère, qui ne fait pas 
corps avec le système de nos représen- 
tations et de nos tendances person- 
nelles. (Ce sens est plus rare.) 

Voir Suggestion*. 

Rad. int. : Autosugest. 


« AUTOTÉLIQUE », E. Autotelic, 
terme créé par J. M. Baldwin : « Having 
no end or purpose beyond or outside 
itself. Examples : play for play sake, 
art for art sake. » Genetic theory of 
reality, p. 314. (« Qui n’a ni fin ni but 
au dehors ou au delà de lui-même : 
p. ex. le jeu pour le jeu, l’art pour 
l'art. ») Le terme opposé est heterotelic 
ou instrumental. Cf. Catégorique*. 


AUTRE, D. Ander; E. Other; I. 
Altro. 

l’un des concepts fondamentaux de 
la pensée ; impossible par conséquent 
à définir. S'oppose au Méme, et s’ax- 
prime encore par les mots divers*, dif- 
Jérent*, où distinct*. Ce dernier terme 
concerne cependant plutôt l’opération 





104 
intellectuelle par laquelle on reconnaît 
l'altérité, tandis que le premier s’ap. 
plique spécialement à l'existence de 
celle-ci considérée comme objective. 
Voir Jdentique* et Même*. 
Rad. int. : Altr. 


AVATAR, terme sanscrit qui signifie 
proprement descente, et se dit surtout 
des réincarnations de Vichnou. S’em. 
ploie au figuré pour désigner les incar. 
nations successives ou les rôles d’un 
même individu, les situations sociales 
diverses qu’il a occupées. — (Ce mot 
est pris parfois à contre-sens, par suite 
sans doute de sa ressemblance avec 
aventure.) 


Aversion, voir Desir*. 


AXIOLOGIE, D. Azxiologie ; E. Axio- 
logy ; I. Assiologia. 

A. Étude ou théorie de telle ou telle 
sorte de valeur. « [Le mystique] s’oblige 
à renoncer à toute morale et à toute 
axiologie de la raison. » R. Poin, Essai 
sur la compréhension des valeurs, p. 111. 


Sur Autosuggestion. — J'avais d’abord écrit : « Influence inconsciente exercée 
sur notre conduite, etc. » M. E. Leroux a fait observer que ce mot s’accordait mal 
avec l’existence de l’autosuggestion volontaire, et en a cité comme exemple 
Paul-Émile Lévy, L'éducation rationnelle de la volonté, notamment 11° édition, 


p. 42. 


: « L’autosuggestion raisonnée et consciente », et A. DoLonne, L'auto- 


guérison par l’autosuggestion, ch. 111. — Je reconnais que l'expression prêtait à 
l’équivoque : ce qui est inconscient n’est pas le processus dans son ensemble 
(qui peut en effet, dans certains cas, être mis en branle par la volonté, et d’une 
manière consciente), mais l'opération par laquelle l’image ou le désir produisent 
des effets que ne pourrait pas atteindre directement la volonté. J’ai donc remplacé 
ce terme par celui d’automatique, au sens précis où le définit M. Goblot, dans le 
texte cité plus haut, sub. vo, $ A. (A. L.) 


Sur Autre. — M. Ch. Werner rappelle que Platon, dans le Sophiste, définit 
l’autre comme différent de l'être, et rétablit ainsi, contre Parménide, l’existence 
du non-être. 


Sur Axiologie. — Azxiologie se trouve déjà dans P. Lapie, Logique de la volonté 
(1902), mais au sens restreint de science de la valeur morale. Voir notamment 
p. 385 et 389-392. 

L’axiologie, au sens B, serait par rapport à la science des valeurs morales, ou 
des valeurs logiques, ou des valeurs esthétiques, commela méthodologie générale 
par rapport à l’étude des méthodes des mathématiques de la physique, de la 
physiologie, de l’histoire, ete. (Ed. Le Roy, E. Bréhier, A. L.) 


"405 


AXIOME 





SNS 


B. Théorie critique de la notion de 
valeur, en général. 
ad. int. : Axiologi. 


AXIOLOGIQUE, D. Azxiologisch ; E. 
Axiological ; I. Assiologico. 

A. Qui constitue ou qui concerne une 
axiologie*, soit au sens A, soit au sens B. 

B. Qui constitue ou qui concerne une 
valeur. « Admettons donc que la vérité 
est une valeur, ou, pour employer l’ad- 
jectif de ce mot, axiologique. » R. LE 
SENNE, Introduction à la philosophie, 
P. 873. 

CRITIQUE 


Ce double sens est acceptable, puis- 
que la même dualité est consacrée par 
l'usage pour physiologique, psycholo- 
gique, etc. 


1. AXIOMATIQUE, subst. D. Axtio- 
matik ; E. Azriomatics (?); 1. Assio- 
matica (?). 

A. Primitivement, étude critique des 
axiomes*, dans les divers sens de ce 
mot, qui sont pris pour principes au 
début de la géométrie. 

B. Ensemble des principes* posés au 
début d’une science déductive quel- 
conque. 

CRITIQUE 


Ce terme a été mal choisi, par suite 
des usages divers et souvent mal définis 
du mot ariome*. Mais il paraît difficile 
d’en faire adopter un autre. 

Rad. int. : Axiomatik. 


2. AXIOMATIQUE, adj. D. Axioma- 
tisch; E. Axiomatic, axiomatical; I. 
Assiomatico. 

A. Qui a le caractère d’un axiome, 
surtout au sens À. 


B. Qui procède par axiomes, et dé- 
duction à partir de ces axiomes. « La 
forme axiomatique. » 

Rad. int. : Axiomal. 


AXIOME (G. ’AËloua, qui signifie : 
1° considération, estime, dignité ; 20 ce 
qu’on juge vrai ou bon opinion, 
dogme d’une école philosophique, pla- 
citum ; 3° proposition générale, énon- 
ciation, théorème ; 4° principe connu 
comme vrai d'où part une démonstra- 
tion). — D. Axiom ; E. Azxiom; I. As- 
sioma. — Voir Afarime*. 

A. Sens le plus usuel : prémisse 
considérée comme évidente, et reçue 
pour vraie sans démonstration par tous 
ceux qui en comprennent le sens. « Cette 
identité est admise par l’école comme 
un postulat, ou pour mieux dire comme 
un axiome. Elle n’a pas besoin d’être 
démontrée : … C’est un principe. trop 
évident pour qu’on se soit jamais ar- 
rêté à le considérer. » LÉvy-BRUHL, Les 
fonctions mentales dans les sociétés infé- 
rieures, p. 7. Spécialement, les proposi- 
tions de ce genre qui sont à la base de 
la géométrie. « Les philosophes de 
l'École ont dit que ces propositions 
(les axiomes où maximes) sont évidentes 
ex terminis, aussitôt qu’on en entend 
les termes ; de sorte qu'ils étaient per- 
suadés que la force de la conviction 
était fondée dans l'intelligence des 
termes, c’est-à-dire dans la liaison de 
leurs idées. Mais les géomètres ont fait 
davantage : c’est qu’ils ont entrepris 
de les démontrer bien souvent. » LE1B- 
nIz, Nouv. Essais, IV, vu, 1. 

B. Très généralement, dans un sys- 
tème hypothético-déductif, toute pro- 
position, évidente ou non, qui ne se 


ro 


Sur Axiome. — *AËloua, enuntatio, chez les Stoïciens équivalent à &répavatg 
d’Aristote. Cf. Cicéron, De Fato, 20-21 ; Diogène Laërce, VIII, 1, $ 48 ; Aulu-Gelle, 
xu, 8. Repris par Ramus, et employé par lui dans sa Logique ; plus encore par ses 
successeurs immédiats (cf. Donnamus, 1n Rami dialecticam commentarti, IT, 2, etc.). 
— Bacon a pris ce mot aux Ramistes, et lui a donné un sens tout particulier : une 
loi de la nature, une proposition universelle tirée de propositions particulières et 
servant à exprimer une vérité scientifique. — Cf. également Hamilton, Diss. on 
Reid, p. 964. (C. C. J. Webb.) 


AXIOME 


déduit pas d’une autre, mais que l’on 
pose par un acte décisoire de l'esprit, 
au début de la déduction. (Ce sens est 
rare.) — Cf. Axiomatique*. 

C. Plus proprement : celles des pro- 
positions ainsi posées qui constituent 
une règle générale de pensée logique, 
par opposition aux postulats* qui con- 
cernent telle ou telle matière spéciale. 


CRITIQUE 


1. On trouve chez quelques auteurs 
du xvut siècle des traces des sens du 
mot grec que nous avons rappelés sous 
les n° 2 et 3 : « Altera a sensu et par- 
ticularibus advolat ad axiomuta maxime 
gencralia, atque ex iis principiis. judi- 
cat et invenit axiomata media ; altera 
a sensu et particularibus excitat axio- 
mata, ascendendo continenter et gra- 
datim... » Bacon, Nov. Org., 1, 19. — 
« Quod axioma (la doctrine que l’hom- 
me est par nature un animal sociable) 
quanquam a plurimis receptum, fal- 
sum tamen. » HoBges, De cive, I, 
ch.1, $ 2. — Ilne semble pas qu'il en 
reste rien dans l’usage actuel de ce 
mot. On dirait plutôt, dans ces divers 
cas, principe*. 

2. Dans la méthodolozie moderne, 
l'emploi d'axiome est assez irrégulier 
et confus. On est parti du nom d’axio- 
mes, donné aux principes qu’on inscri- 
vait autrefois au début des traités de 
géométrie (ou des ouvrages écrits more 
geometrico, comme l’Éthique de Spi- 
noza) et auxquels on attribuait le triple 
caractère de l’évidence psychologique, 
de la primauté logique, et le plus sou- 
vent de la fonction de règle générale et 
formelle, par opposition aux principes 
spéciaux, relatifs à une figure ou à une 
définition déterminée. Ce dernier ca- 
ractère distinctif de l'axiome est indiqué 
par ARISTOTE, Seconds Analytiques, I, 
2, 72817 : « Av (&pxnv) d'évayen Éyerv 
rdv OTiobv uafnoôuevov, d&Elwua. (Le 
terme opposé par lui dans ce passage 
à l’axiome est Géoic, c’est-à-dire ce qui 
est posé « par hypothèse » pour tel 
problème ou telle démonstration.) — 
H dit aussi en parlant des axiomes 








106 


proprement dits, pour plus de préci- 
sion, xotva &Etouatæ, p. ex. 76b14. Cette 
expression a souvent été traduite par 
notiones communes, nolions communes : 
« Axiomes ou notions communes » 
(DEscarrTes), titre de dix principes 
posés par lui pour la démonstration en 
forme géométrique de l'existence de 
Dieu et de la distinction de l’âme et 
du corps; à la fin des Réponses aux 
secondes objections. 

La même distinction est faite par 
LrarD, s'appuyant sur les passages 
d’Aristote cités plus haut, et sur Re- 
nouvier. Mais il l’établit entre les sens 
du mot aziome : il estime qu’il y a des 
« axiomes analytiques, qui dérivent tous 
des principes d'identité et de contra- 
diction » : par exemple « si à deux 
quantités égales, on ajoute des quan- 
tités égales, les sommes sont égales »; 
— et des axiomes synthétiques, qui 
s'appliquent à une matière spéciale : 
p. ex., en séométrie, les axiomes con- 
cernant la droite, le plan, la perpen- 
diculaire, la parallèle (La science posi- 
tive et la métaphysique, 2€ partie, ch. v, 
p. 237-242. I] faut remarquer que cette 
assertion incidente, d’après laquelle 
tous les axiomes proprement dits sont 
« analytiques », c’est-à-dire réductibles 
au principe de contradiction, bien 
qu’elle vienne d’Aristote (Métaph., 111, 
3; 1005b33) et qu’elle ait été admise 
par Leibniz, est contestée par la plupart 
des logiciens contemporains. Mais, d’ail- 
leurs, cette réserve ne détruit pas la 
distinction prise en elle-même. 

3. Les trois caractères que nous 
venons d'analyser, et que réunissaient 
les axiomes géométriques classiques, 
ayant été dissociés par l’analyse plus 
approfondie que les mathématiciens et 
les logiciens modernes ont faite des 
principes, le mot axiome se trouve 
appliqué de nos jours, au petit bonheur, 
à l’une quelconque des diverses sortes 
de propositions qui résultent de ce 
démembrement. Peut-on recommander 
pour ce mot un sens déterminé ? Il est 
assez facile d’écarter le sens B, inutile, 


| puisqu'il est synonyme de Principe*, 


w 


107 


d'Hypothèse au sens B, ou encore de 
Proposition première (Ppr) et que, 
d’ailleurs, il n’a été employé que ré- 
cemment dans cette acception. = Mais, 
entre le sens À et le sens C, qui n'ont 
pas d’autres noms qui leur soient 
propres, il est plus malaisé de choisir. 
11 semble cependant qu'il vaille mieux 
conserver au mot axiome le sens semi- 
psychologique A, le seul qui appar- 
tienne à la langue courante, et celui 
mére qu'a en vue Leibniz quand il 

rle, si souvent, de la nécessité de 
« démontrer même les axiomes » (c’est- 
dire de déduire de principes plus 
simples même ce qui nous apparaît 
gomme évident). Pour le sens C, on 
peut se désigner sous le nom de prin- 
cipes formels, ou de principes logiques, 


B. Cette lettre, placée au commence- 
ment d’un nom de syllogisme marque 
qu'il peut être ramené à Barbara*. 


Baconienne (induction), voir Ampli- 
fiante*. 


Baculinum (Argumentum}, voir r- 
gument*. 


BAER (loi de). « Le développement 
de l'organisme entier et celui de cha- 
que organe va du simple au complexe 
et du non spécialisé au spécialisé. » 
Von B4AEr, Beobachtungen über die 
Entwickelungs-Geschichte der Thicret, 
1829. 


BAMALIP. Mode de la 4€ figure*, 
dérivant de Barbara* par la transpo- 
sition des prémisses et la conversion 
partielle de la conclusion : 

Tout P est M 
Tout M est S 
Donc Quelque S est P. 


. Voir l’article suivant. 


Pa UP ET rx, 


1. Observations sur l'hisloire de l'évolution des animaut. 








BARBARA 


quand il y a lieu de le distinguer. 
Rad. int. : A. Axiom; B. Princip; 
C. Logikal(a) principli). 


« Axiomes de l'intuition, D. Axziomen 
der Anschauung » (KANT, Kritik der 
reinen Vern., Transc. Analyt., livre II, 
ch. 11,3 section). Principes a priori de 
l’entendement* pur, relatifs à la caté- 
gorie de la quantité, et qui ont pour 
formule générale : « Tous les phéno- 
mènes sont, quant à leur intuition, des 
grandeurs extensives » (A. 162) ; — ou 
« Toutes les intuitions sont des gran- 
deurs extensives » (B. 203). 

Les « grandeurs extensives » sont 
définies par lui celles où là représen- 
tation des parties est la condition de 
la representation du tout (/bid.). 


B 


BARALIPTON. Mode indirect de la 
re figure, obtenu par la conversion 
de la conclusion du syllogisme corres- 
pondant en Porbura* : 


Tout M est P 
Tout S est M 
Donc Quelque P est &. 


CRITIQUE 


11 est équivalent à Bamalip* ; car le 
petit terme étant, par définition, le 
sujet de la conclusion, il s’ensuit que 
les deux prémisses échangent leur fonc- 
tion, la première devenant la mineure 
par suite de cette conversion, et la 
seconde devenant la majeure. 

Voir ci-dessous, aux Appendices, 
sub vo Figure*, la discussion relative 
à la 4e figure et aux modes indirects. 


BARBARA. Premier mode* de la pre- 
mière figure* du syllogisme. 
Tout M est P 


Tout S est M 
Donc Tout S est P 


BARBARA 


Il est considéré comme le syllogisme 
tvpe, et la formule algorithmique qui 
y correspond s'écrit : 


simmap'2.s2p 


BARBARI. Mode subalterne* de la 
ire figure. obtenu par la subalternation 
de la conclusion de Barbara : 


Tout M est P 
Tout S est M 
Donc Quelque S est P. 


REMARQUE 


La Logique de PorT-Royai. (3° par- 
tie, ch. vin) donne le nom de Barbari 
au mode de la #%e figure en AAÏI ( Bu- 
malip*) : « Tous les miracles de la 
nature sont ordinaires ; or, tout ce qui 


est ordinaire ne nous frappe point; 
donc il y a des choses qui ne nous 
frappent point, et qui sont des miracles 
de la nature. » — (C’est une erreur, 
puisque la transposition des prémis- 
ses (M; et la conversion de la conciu- 
sion (P) sont nécessaires pour passer 
de Barbara à un mode ainsi constitué. 
— LEIBNiz, au contraire, emploie ce 
nom au sens défini ci-dessus. 


BAROCO, ou quelquefois Baroko. 
Mode de la 2e figure, se ramenant à 
Barbara* par régression* ou réduction 
à l’absurde*. 
Tout P est M 
Quelque S n'est pas M. 
Donc Quelque $S n’est pas P. 


n 


108 


BATTOLOGIE, G. BatroAoylx, CHRY- 
SIPPE ; Cf. Battokoyeiv dans la version 
grecque de St MATHIEU, vi, 7 (opposi- 
tion entre le Pater et les prières des 
païens, répétées à plusieurs reprises 
dans les mêmes termes) ; — D. Batto- 
logie; — E. Battology (paraît plus 
usuel qu’en français : on trouve dans 
Murray, outre /?uttology,les mots Bat- 
tological, Battologist, Battologize) ; — 
I. Battologia. 

Abondance de paroles inutiles, soit 
parce qu’elles se répètent, ou répètent 
la même idée sans progrès, soit parce 
qu’on y explique des mots par d’autres 
qu’on n’entend pas mieux. DESCARTES 
le prend en ce dernier sens : « Tandem 
que omnes hasce egregias quaestiones 
in meram battologiam... fore ut desi- 
nerent. » [nquisitio veritatis per lumen 
naturale, Ad. et Tann., X, 516. Cf. Ré- 
ponses aux seplièmes objections, ad fi- 
nem, etc. 

Ce mot vient probablement du nom de 
Battos, fondateur de Cyrène, qui était 
bègue. Voir HÉRODOTE, 1V,155 et suiv. 


BÉATITUDE, L. Beatitudo seu feli- 
citas, SpINOZA ; D. Seligkeit ; E. Bles- 
sedness ; IL. Beatitudine. 

Satisfaction constante et à laquelle 
rien ne manque. État idéal du sage 
selon ARISTOTE (Maxaprôtnc, Éthique à 
Nicomaque, 1101 a. b.) ; selon les stoi- 
ciens (SÉNÈQUE, De vita beata) ; selon 





| Spinoza (Éthique, livre V) ; etc. 


Sur Béatitude. — Lorsque béatitude est employée sans l’idée d’un autre monde, 


409 


—— ETS 


B. Dans la pathologie mentale con- 
temporaine, euphorie permanente, ac- 
compagnée d’indifférence à l’égard des 
circonstances et des événements exté- 
rieurs. Les malades qui sont dans cet 
état sont appelés quelquefois des 
« béats ». 


CRITIQUE 


Ce dernier usage est encore assez 
récent pour qu’on puisse souhaiter 
qu’il ne se généralise pas, car le mot 
y prend un caractère tout différent de 
celui qu’il présente au sens A. Dans 
celui-ci, en effet, il est presque toujours 
lié à une conception religieuse. 11 im- 
plique ordinairement l’idée d’un autre 
monde, ou du moins, dans l’état actuel 
de l’homme, d’une vie d’un autre 
ordre, Il s'emploie en particulier dans 
la théologie chrétienne pour désigner 
le bonheur des élus. Il tend à dispa- 
raître du langage philosophique usuel 
en raison de ce caractère théologique. 
L'idée qu’il représente serait cependant 
utile à conserver. (Voir Bonheur*.) 


BEAU, D. Schôn ; E. Beautiful; I. 
Bello. Tous ces mots s’emploient éga- 
lement comme substantifs. 

A. L'un des trois concepts normatifs 
fondamentaux auxquels peuvent se ra- 
mener les jugements d’appréciation*. 
C'est en ce sens qu’il est défini par 
KaNT : « Ce qui plaît universellement 
et sans concept. » (Critique du juge- 








BEAU 


ment, I, $ 9.) On désigne ainsi (défini- 
tion toute formelle d’ailleurs) ce qui 
provoque chez les hommes un certain 
sentiment sw generis appelé l'émotion 
esthétique. 

Ce concept et son contraire s’ap- 
pliquent à peu près dans l’ordre de la 
sensibilité affective comme le Bien et 
le Mal dans celui de l’activité, le Vrai 
et le Faux dans celui de l'intelligence. 

B. Plus spécialement : ce qui corres- 
pond à certaines normes d'équilibre, 
de plastique, de proportions harmo- 
niques, de perfection en son genre, et 
autres qualités similaires. En ce sens, 
la beauté est quelquefois opposée à la 
valeur esthétique. Voir Anesthétique*, 
Esthétique*, Laid*. — Cf. Absolu*. 


CRITIQUE 


On ne peut donner a priori du Beau 
une définition matérielle, l’objet de 
l’'Esthétique théorique étant précisé- 
ment de déterminer quel caractère ou 
quel ensemble de caractères communs 
se rencontrent dans la perception de 
tous les objets qui provoquent l’émo- 
tion esthétique et auxquels on applique 
cette même qualification. C’est ainsi 
que la Beauté est considérée par KANT 
comme « la forme de la finalité d’un 
objet en tant qu’elle y est perçue sans 
représentation de fin »; par SCHo- 


{ PENHAUER, COmme la reconnaissance 


de l’idée générale dans le particulier, 
par un être qui connaît, non point en 


ne 2 NS mL 0 US RÉ ne M if 


Sur Beau. — Nous avons conservé dans le texte de cet article la traduction 


(par exemple chez SPiNoZA) le mot correspondant en allemand est Glückseligkeut. 
Le mot Seligkeit a un sens presque exclusivement religieux. (F. Tônnies.) 

Béatitude ne fait pas double emploi avec Bonheur. D’une part ce mot évoque 
l’idée d’une joie spirituelle, active, conquise par la pensée adéquate qui en est 
la condition, ou par l'effort qui en rend digne ; d’autre part, il s’applique à la 
vie supérieure ou à la vie future, et implique l'intervention de Dieu ou l’entrée 
en possession du divin. La béatitude est donc moins la satisfaction de nos incli- 
nations présentes que celle de l’être transcendant ou nouménal qui est en nous- 
(M. Blondel.) 

Le mot Béatitude me paraît utile à conserver pour désigner certains sentiments 
qui accompagnent des états pathologiques, l’extase, certaines catalepsies, l’agonié 
dans quelques cas. C’est un sentiment de joie tout à fait complet avec oubli de 
la réalité. (Pierre Janet.) 


Consacrée de la formule de Kant : « Schôn ist, das was ohne Begriff allgemein 
gefällt ». Mais le mot « plaire » (gefallen) ne doit pas être entendu au sens de 
“ Procurer du plaisir { Vergnügen) » on devrait dire plutôt : « Est beau, ce qui, 
Sans concept, est l’objet d’une satisfaction de l'esprit. » Voir ci-dessous la définition 
€ Durand de Gros et la critique de celle-ci. 
La formule ci-dessus n’est d’ailleurs que l’une des quatre définitions partielles 
Que donne Kant du Beau, celle qui correspond au second moment de son analyse. 
ue qui correspond au troisième degré est : « La beauté est la forme de finalité 
un objet, en tant qu’elle est perçue en lui sans représentation d’une fin. » 
ù ANT, Critique du Jugement, $ 17. Cette formule s’énonce souvent en abrégé : 
Beau est une finalité sans fin. » Elle signifie qu’un objet est jugé beau quand 
ses éléments sont à l'égard du tout dans le même rapport que les parties d’un 
Srganisme à l'égard de l'organisme entier, ou les moyens à l’égard de Ja fin, 


LALANDE, — VOCAB. PHIL. 6 


BEAU 


tant qu'individu, mais en tant que 
sujet pur exempt de volonté (Le monde 
comme volonté et comme représentation, 
livre III, $ 38) ; par Jourrroy comme 
« la vertu qu’a l’invisible de nous causer 
un plaisir désintéressé ». Cours d’Esthé- 
tique, leç. 32; etc. — Quelques philo- 
sophes nient même qu'il soit possible 
de trouver aucun caractère objectif 
commun des choses dites belles; ce 
mot ne désignerait plus, en ce cas, que 
ce qui plait à telle classe sociale ou à 
telle époque. Tel est, par exemple, le 
scepticisme esthétique de Tozsroiï dans 
Qu'est-ce que l’art ? 
Rad. int. : Bel. 


« Belle nature » (La), « limitation 
de la Belle Nature », formules esthé- 
tiques très usuelles au xvii® et au 
xvuie siècle (cf. FÉNELON, Lettre à 
l’Académie, V) et particulièrement dé- 
veloppées dans l’ouvrage de l'abbé 
BATTEUXx, Les beaux-arts réduits à un 





1106 


seul principe, 1746. — 11 semble que 
sous ces expressions, les nombreux 
auteurs qui les ont employées aient 
mis un contenu assez variable. Voir 
MousrToxipt, Systèmes esthétiques en 
France, ch. 1, $ 3. « On parle beaucoup 
dela Belle Nature; il n’y a pas même de 
peuple poli qui ne se pique de l’imiter; 
mais chacun croit en trouver le modèle 
dans sa manière de sentir.» CONDILLAC, 
Origine des connaissances hurnaines, 
2e partie, section 1, ch. vitt, $ 78. 


« BEHAVIORISM ». Terme d’ori- 
gine américaine {de l’anglais behaviour, 
orthographe américaine behavior : 
conduite, comportement) ; souvent em- 
ployé tel quel en français, ou sous la 
forme behaviorisme. 

I désigne la doctrine qui limite la 
psychologie à l’étude du comporte 
ment ou des réactions. Voir les Obser- 
vations ci-dessous et cf. comportement*, 
psychologie*, réaction*. 





mais sans que cette adaptation soit considérée comme servant en réalité à 
aucune fin soit utilitaire, soit morale. 

Duran» DE Gros pense qu'il y aurait lieu d’élargir le sens du mot Beau 
pour servir à désigner tous les objets du plaisir, quitte à le restreindre par une 
épithète quand il s’agit du beau esthétique. Nouvelles recherches sur l’ Esthétique 
et la Morale, p. 69. (M. Marsal.) — En fait, beau s'emploie souvent dans la langue 
courante, en dehors du domaine proprement esthétique : « Une belle occasion, un 
beau coup, tout beau, un bel exemple, etc.» Mais l’idée est bien moins celle de 
plaisir que de perfection en son genre. (E. Bréhier. — Ed. Le Roy.) — « Une 
betle action» n’a pas le même sens qu’ « une bonne action » : dans ce cas, ce que 
l'on veut exprimer n'est ni l’idée d'agrément. ni celle de valeur artistique, mais 
de courage moral ou de noblesse des sentiments. (D. Parodi.) — La proposition 
de Durand de Gros a de plus le défaut de préjuger que l’essentiel de la valeur 
esthétique est de provoquer du plaisir, ce qui n’a rien d'évident. (A. L.) 


Sur Behaviorism. — André Ti1QuIN, qui a publié sur ce sujet un volume très 
étendu et très documenté, fait remarquer que le behaviorisme n’est pas, comme 
le dit souvent son protagoniste John B. Watson, « la science du comportement » 
(qui devrait d’ailleurs s'appeler behaviorique), mais une doctrine philosophique 
et même métaphysique caractérisée par cinq thèses fondamentales : 1° Monisme 
matérialiste et déterminisme ; 2° Réduction du fait psychologique à l’interaction 
de l’organisme et du milieu, et conception de tout comportement comme une 
«adaptation », celle-ci étant définie non pas seulement comme une réaction à une 
action subie, mais comme une réponse active, dont la fonction est de neutraliser 
cette action, soit par une modification de l’objet qui la produit, soit par une modifi- 
cation de l'organisme lui-même ; 3° Affirmation que le système nerveux fonctionne 


411 


BIEN 


EE  ——— —————_——————— 


Berkeley (Argument de), voir Argu- 
ment*. 


BESOIN, D. Bedürfnis ; E. Want 
(manque de), Need (nécessité: ; 1. Bi- 
sogno. 

A. Sens général. État d’un être par 
rapport à ce qui lui est nécessaire en 
vue de n'importe quelle fin, soit in- 
terne, soit externe ; soit qu’il l’ignore, 
soit qu'il le sache. « Un paresseux a 
besoin qu’on le pousse à travailler; les 
sauvageons ont besoin d’être greffés. » 

B. En ne considérant que la finalité 
interne, état d’un être par rapport aux 
moyens indispensables à son existence, 
sa conservation, ou son développe- 
ment : 1° soit qu’il les possède actuel- 
lement : « Les poissons ont besoin 
d’eau » ; 20 soit qu’il ne les possède pas: 
« Être dans le besoin. « 

C. Spécialement, en Psycx. et en 
ÉTuique. Besoin ressenti, c'est-à-dire 
état pénible résultant d’un besoin au 
sens B, 2°. Cette conscience suppose 
en général, mais non pas nécessaire- 
ment, la connaissance de la fin pour- 
suivie, et des moyens qui permettront 
de l’atteindre. 

D, E, F. Besoin désigne aussi, dans 
ces trois sens, l’objet du besoin, c’est-à- 
dire la chose dont on a besoin. C'est 
ainsi que KANT désigne certaines as- 





somptions* comme des « besoins de la 
Raison pure ». 


CRITIQUE 


On appelle surtout besoins [par op- 
position aux désirs) ceux des besoins A 
que l’on considère comme nécessuires 
ou légitimes. Cependant, cet usage n’est 
pas constant, car d’autres moralistes 
parlent du besoin de luxe, du besoin 
d’excitations factices, etc., pour les 
réprouver. Il y a toujours cependant, 
dans le mot besoin, l’idée d'une force 
à laquelle il n’est pas répréhensible de 
céder (au moins dans son état actuel), 
soit à cause de son caractère naturel, 
soit à cause de son intensité, soit à 
cause des conséquences graves qui 
résulteraient de l'avoir négligée. La 
réprobation, quand elle existe, porte 
sur le fait d’avoir laissé le besoin se 
développer, et non sur le fait de le 
satisfaire actuellement, qui reste excu- 
sable. Le mot ne devra donc être 
jamais employé sans tenir compte de 
cette valeur justificative. — Voir ophé- 
limité*, utile*. (Critique.) 

Rad. int. : Bezon. 


1. BIEN, adv., pouvant être employé 
adjectivement comme attribut. — D. 
Gut; wohl; E. Good, well; I. Bene. 
Voir Mal*. 

Se dit de tout ce qui est objet de 


toujours « par arcs entiers », sans que l'énergie afférente puisse être dissipée dans 
les centres, et sans qu’il puisse s’y produire des phénomènes donnant naissance à 
un courant nerveux efférent ; 4° Conception de la psychologie comme une science 
pratique, formulant des lois par lesquelles on puisse prévoir la réaction en connais- 
Sant le stimulus, ou assigner le stimulus en connaissant la réaction ; — 5° Conti- 
nuité de la vie animale et de la vie humaine, et passage de l’une à l’autre par 
évolution. Le behaviorisme ; origine et développement de la psychologie de réaction 
en Amérique (1942), p. 13-29. 





Sur Besoin. — Besoin, étymologiquement, désigne une affaire quelconque (Lat. 
opus est). LA FONTAINE emploie affaire pour besoin, et besogne (doublet de besoin) 
pour affaire. (Le Lion et le Rat, 11. — Le Renard et la Cigogne, 3.) — Le besoin 
est donc d’abord l’état d’une chose quelconque à laquelle manque ou pourrait 
manquer une détermination nécessaire à l’usage que nous voulons en faire ; par 
suite, et ce sens est devenu le sens propre, l’état d’un être à l’égard de ce qui 
lui manque pour accomplir ses propres fins. (J. Lacheller.) 


à 112 


satisfaction ou d’approbation dans 
n'importe quel ordre de finalité : par- 
fait en son genre, favorable, réussi, 
utile à quelque fin; c’est le terme lau- 
datif universel des jugements d’appré- 
ciation. Il s'applique au passé et à 
l'avenir, au conscient et à l’incons- 
cient, au volontaire et à l’involontaire. 


2. BIEN, suhst., D. Gut, das Gute ; 
au sens de bien-être, Wohl;: — E. 
Good ; I. Bene. 

A. Relativement : ce qui est utile à 
une fin donnée, à un être. « Le bien de 
l'État. » — « Tromper un malade pour 
son bien. » En particulier (surtout au 
pluriel) : richesse, chose possédée. 

B. Bien-être. 

C. Concept normatif fondamental de 
l’ordre éthique : ce qui possède une 
valeur morale, soit catégorique Île 
Bien), soit dérivée (un bien). — A 
l'égard des actes accomplis, c'est donc 





+ 


ce qu’on approuve ; à l'égard des actes 
futurs, ce qu’on doit faire. Ce mot dif. 
fère cependant beaucoup de celui de 
Devoir : 1° en ce qu'il n’implique au- 
cune idée d’obligation ou d’obéissance 
à une autorité, mais seulement de 
norme ou de perfection ; 2° en ce qu’il 
concerne l’acte lui-même qui doit être 
accompli, et non l'intention. 

Rad. int. : aux sens À, B, bon ; au 
sens C, benign. 

Cf. Bon*, Critique. 


Bien (souverain), G. r&yax@ôv ; L. Sun. 
mum bonum; D. Das hôchste Gut : 
E. « Summum bonumn ; I. Sommobene. 

A. Dans la philosophie grecque, lc 
Bien par excellence, qui seul est bon 
par lui-même et par rapport auquel 
tous les autres ne sont que des moyens. 
Secondairement, et en particulier chez 
ARISTOTE, le but de toute activité dans 


lle monde. (Éth. à Nicom., I, ?, 10943. 





Sur Bien, C. — La premiére rédaction de cet article disait que le bien, au sens 
moral, est ce qui, dans l’ordre de l’action, est préférable à son contraire. « L'agréable 
et l’utile, a fait observer J. Lachelier, sont aussi préférables à leurs contraires, et 
Cependant ne sont, pas des biens moraux. L'idée du Bien moral n’est guère séparable 


de celle d'obligation. » Nous avons évité, d 
ce qui donnait lieu à cette critique. On pe 
est agréable ou utile peut être fait sans 


ans la nouvelle rédaction de cet article, 
ut cependant remarquer, que si ce qui 
négliger ou sacrifier rien de meilleur» 


il est bien, même moralement, d'agir ainsi. 

Ce cas ne supprime pas la référence à l’idée d’obligati i i 

à ée d’obligation. si par ailleurs on la 
considère comme un des caractères essentiels de la moralité : elle intervient alors 
pour déterminer si ce qu’il s’agit de faire peut l'être sans porter atteinte à quelque 


règle obligatoire. Dans ce cas elle intervient d’ 


une manière négative, et par 


conséquent indirecte. Mais d’autre part, nous ne pouvons pas faire entrer ici cette 
idée dans la définition même du Bien moral, puisque celui-ci est conçu par certains 
philosophes comme une valeur, mais non comme un commandement (A. L.) 

Voir Bon*, Observations, et Obligation*. | a 

Le mot Bien évoque une idée statique d'ordre f{ordo) plutôt que de comman- 
dement. — D'autre part, il ne me semble pas exclure absolument l'intention mais 
plutôt impliquer la synthèse du point de vue formel et du point de vue matériel 


dans la moralité. (M. Blondel.) 


Sur Bien et Souverain Bien. — Critique générale : Il me semble qu’il y a dans 
tous les emplois du mot Bon et de ses dérivés une dualité fondamentale de sens : 
le bien est perfection (en soi) ou bonheur (pour celui qui le possède). — Histori- 
quement, c’est certainement ce dernier sens qui est le premier : le bien est ce 
dont nous avons besoin, ce qui nous satisfait. Le bien par excellence, c’est la 


AA : k 
terre ; c’est ensuite une possession quelconque : 


avoir du bien (MoLièRE), mar- 





B. Dans la philosophie moderne, et 
en particulier chez KawT, un bien tel 
qu'il satisfasse l’homme tout entier, 
tant à l'égard de la raison que de la 
sensibilité et de l’activité. « Der Gegen- 
stand des Begehrungsvermôgens ver- 
nünftiger endlicher Wesent. » (Kritik 
der prakt. Vernünfr. Dialektik, ch. un. 
Ed. Kirchmann, 133.) 


CRITIQUE 


KanT critique cette expression, et 
fait remarquer qu'elle est ambigué, 
souverain (hôchste) pouvant signifier 
soit le plus élevé en dignité (oberste), 
soit absolument complet (vollendete), 
c’est-à-dire qui ne soit pas une partie 
d’un tout plus large et qui n’ait rien 
de partiel ; c'est là, selon lui, le sens 
vrai de cette expression; car dans le 
premier cas, elle ne serait applicable 
qu’au Bien moral. (/bid., Kirchm. 
132.) Mais : 1° l’usage et cette critique 
même ont précisé le sens de l’expres- 
sion, 2° la distinction qu'il établit 
perd beaucoup de son importance si 
l'on n’admet pas avec lui qu'il y ait 
un impératif catégorique et un bien 
moral absolus, indépendants de toute 
considération de sensibilité ou d’incli- 
nation. 

Le concept est donc bon et la formule 
utile à conserver. 

Rad. int. : Supreg(a) Lon(oj. 


BIENFAISANCE, D. Wohltätigkeit ; 
E. Beneficence ; |. Beneficenza. 

Action de faire du bien aux autres; 
ce mot est souvent employé, d’après 
l'usage de M. H. SPENCER, dans ses 


1. « Le souverain Bien est l'objet qui satisferait toute 
la faculté de désirer d’êtres raisonnables finis. » 


__ BIOMORPHIQUE 


Principles of Ethics, pour désigner les 
devoirs ou les actions morales qui vont 
au delà de la justice, et qu’on appelle 
plus ordinairement charité*. (Voir ce 
mot.) 


BIOGÉNÉTIQUE (loi). « Le dévelop- 
pement embryogénique reproduit la sé- 
rie animale. » SERRES (1860). —« L’onto- 
génèse reproduit la phylogénèse » : le 
développement, et particulièrement le 
développement embryonnaire de cha- 
que individu reproduit en abrégé les 
états parcourus par l'espèce dans son 
évolution. Fritz MÜLLER (1864) ; HAE- 
CcKEL (1866). 

Cette « loi » a été souvent contestée. 
Il ne s’agirait en tout cas que d’un 
parallélisme dans les grandes lignes. 


BIOLOGIE (D. Biologie; E. Bio- 
logy ; 1. Biologia). 

Terme créé par Lamarck (voir Phil. 
zoologique, Avertiss., p. 14) pour dési- 
gner en général la science des êtres 
vivants, c’est-à-dire au point de vue de 
l’objet, la Botanique et la Zoologie ; au 
point de vue des problèmes, la Morpho- 
logie et la Physiologie avec toutes leurs 
subdivisions. M. Bazowin appelle le 
premier point de vue Special Biology 
et le second General Biology (V9 Bio- 
logical). 

Rad. int. : Biologi. 


« Blologisme », voir Biomorphisme*, 
Obs. 


« BIOMORPHIQUE, Blomorphisme. » 
Termes désignant le caractère général 
des tendances ou des doctrines qui 
interprètent les phénomènes psycho- 
logiques ou sociaux (et l’on pourrait 


chand de biens, biens-fonds ; un train de marchandises s'appelle en allemand et 
en anglais un train de biens, Güterzug, goodstrain. — Le bien, au sens de perfection 
est probablement ce qui nous cause une satisfaction objective, ce qui nous satisfait 


comme êtres raisonnables : 


l’homme bon, c’est primitivement, et c’est toujours 


Populairement, celui qui nous fait du bien ; c’est ensuite celui dont la conduite 
Nous satisfait objectivement, celui qui fait Le bien. (J. Lacheller.) 





114 
de 


ajouter dans certains cas les phéno- 
mènes physiques) en les considérant 
comme une forme spéciale de la Vie* 
aux sens C et D. 


formés d'individus librement mobiles 
Ce terme n’a pas eu de succès, Pro. 
| bablement parce qu’il ressemble tro 
! à blastoderme. 
| 
« BIONOMIE » (D. Bionomie: E. | 
Bionomics ; I. Bionomiu). 
Science des rapports qu'ont les orga- |! 
nismes entre eux et avec leurs milieux. | 
Terme proposé par Raï LANKESTER 
et adopté par plusieurs biologistes | 
contemporains. 
Rad. int. : Bionomi. ! 


BOCARDO (ou Bokardo). Mode de la 
3e figure se ramenant à Barbara bar 
régression* {réduction à l'absurde) : 

Quelque M n’est pas P 
Tout M est S 
Donc Quelque S n’est pas P. 


BON, adj., D. Gut; E. Good; ]. 
{ Buorio. 

A. Terme laudatif général : « Un bon 
raisonnement ; un bon tohleau ; un bon 
: instrument ; etc. » — « Trouver bon. ;» 
— « Ce n’est pas assez d’avoir l'esprit 
ban, mais le principal est de l'appli- 
quer bien. » DESCARTES, Disc. de la 
Méthode, 1, 1. Cf. Bien*. 


Bi-uniforme, bi-univoque. — Voir 
Uniforme* et Univoquet. 


« BLASTODÈME » (G. Baxarés, bour- 
veon; ônuocs, peuple). Terme proposé 
par Espinas pour désigner les individus 
composés d’éléments qui sont eux- 
mêmes des sociétés de cellules, cons- 


Spécialement : 
titués à l’état de segments ou d’organes B. Moralement bon. Voir Jien*, 
différenciés : « Un blastodème, c’est-à- | subst., B. 
dire une société deux fois composée, C. Utile à un être, ou à une fin don- 
dont la fonction de nutrition est le | née pour. « Musica bona est melan- 


lien. » Sociétés animales, 1re éd., p. 105. 
Cf. Être ou ne pas être, Revue philos., 
1901, 1, 465, où il revient sur le sens 
de ce terme et accorde (contrairement 
à son usage antérieur) qu'il vaut mieux 
réserver le mot société aux systèmes 


cholico, mala lugenti. » SPINOZA, Éthi- 
que, *° partie, Préface. 

D. Bienveillant, aimant à faire plaisir 
aux autres et à leur éviter ce qui est 
pénible. Le substantif correspondant, 
en ce sens, est bonté*. 








Sur Biomorphisme, biomorphique. — Je me suis permis de proposer, dans la 
4e édition du Vocabulaire, ces néologismes, dont je m'étais souvent servi depuis 
quelques années dans mes cours, quelquefois dans mes publications (p. ex. Notice 
sur la vie et les travaux d'Espinas). 

Ils me paraissent très commodes, en permettant d’éviter une périphrase 
dont la nécessité se présente fréquemment quand on parle des théories contem- 
poraines. « Biologisme » a été quelquefois employé dans ce sens ; mais on manque 
alors d’un adjectif correspondant, car biologique, très usuel, veut dire : « relatif à 


la biologie » (p. ex. « recherches biologiques »), ou « présentant les caractères de la 
vie » (p. ex. « phénomènes biologiques »). (A. L.) 


Sur Bonet Bien (Critique). — Il faut faire exception pour la formule Le bien 
public, qui est usuelle, expressive et qui ne comporte pas d’équivoque. (J. Lachelier. 
V. Egger.) 

Il n’est pas nécessaire d’écarter la question de savoir si le bien d’un être est 
identique à sa fin : il doit être permis de rechercher si l’idée de fin n’est pas latente 
dans les concepts À, B, D, F. (V. Egger.) — La question en elle-même peut sans 
doute être posée, mais l'énoncé cité dans le texte n’en reste pas moins obscur et 


Fe ds : 


E. Apte à faire ou à recevoir une 
action (bon à …). « Bon à tout faire. » 
«Bon à mettre en pages. » | 

F. Réalisant d’une maniere so 

du moins approchée, le type idéa 
_ son genre. « Un bon écrivain; un 
En citoyen. » En particulier, fidèle aux 
incipes d’une religion, d’une me 
trine, d’un groupe social. « Un on 
musulman. Un bon cartésien. » 

Quelquefois employé, en ce sens, 
avec une nuance d’ironie. 


» — « 


CRITIQUE 

Le mot bon et ses dérivés présentent 
donc des acceptions multiples et diver- 
gntes. 11 serait impossible, en français, 
de spécialiser un mot aussi usuel. . 
eut cependant proposer les règ “ 
suivantes, qui éclairciraient le langage : 

40 Au sens F,employer de préférence 
les mots parfait, fidèle, vrar, ou des 
expressions telles que au Sens propre 
du mot. toutes les fois qu il peut y 
avoir confusion avec le sens B. 

90 Ne pas employer bon aux sens C; 
ou E, sans que rien marque Ce à quoi 
cette utilité ou cette aptitude est 

ive. 
ir Réserver l'expression le bien au 
sens éthique B. Éviter, par conséquent, 
les formules où ce mot est employe au 
sens vague : le bien d'un être. — La 


BONNE FORME 





question scolastique : « Si le bien d’un 
être est identique à sa fin » est une 
tautologie au sens C; elle peut com- 
porter une réponse affirmative au 
sens B, sans l’admettre au sens C, etc. 

Rad. int. : À. Bon; B. Etike bon; 
C. Util; D. Benign; E. Apt ; F. Per- 
fekt, fidel. 


Bonne conscience, conscience morale 
qui éprouve {à tort ou à raison) Île 
sentiment de n’avoir rien à se reprocher. 


« Bonne forme », D. Gute Gestalt. 
Notion essentielle dans la « théorie de 
la forme », introduite par WERTHEI- 
MER, Untersuchungen über die Lehre 
von der Gestalt, 1922. — Étant donné 
que toute forme*, physique, biologique 
ou psychologique, considérée comme 
susceptible de varier, tend à un état 
ou à un régime d'équilibre qui ne 
change plus une fois atteint, tant que 
les circonstances restent les mêmes, on 
appelle « bonne forme » celle qui cons- 
titue cet état. Elle est, en général, la 
plus simple, la plus régulière ou la plus 
symétrique de celles qui peuvent se 
produire, étant donné les conditions 
extrinsèques du phénomène. Voir Paul 


D Sr ie M 
\ 1. Recherches sur la théorie de la forme. 











i ê il peut correspondre à ces divers 
équivoque, comme le prouve le fait même qu il pe p 


concepts. (Louis Couturat, A. L.) 


Il me semble qu’il n’y a pas simplement ambiguité verbale entre les concepts 


A, B, d’une part, D de l’autre, 


mais un rapport réel d'idées qu'on peut chercher 


à établir. (C. Webb.) — Sans doute, et nous admettons de même qu’un utilitaire 


cherche à ramener À, B, F à 


C: mais ce sont des questions qui ne doivent se 
; 


: : Had 
poser qu'après avoir d'abord distmguë analytiquement les concepts. Voir Critiq 


et fixation du langage philosophique, C. R 


tome I. (A. L.) 


du Congrès de philosophie, 1900, 


Sur « Bonne forme ». — On désigne souven l idée évoquée P t xpressi 

v ar ce te expression 
O ce : : 
sous le nom de loi de la bonne for me, loi de la forme la meilleur e (Gesetz der guten 


Gestalt, der besten Gestalt). Ce n'est pas une loi 


à proprement parler, puisque la 


: éalisation 
bonne forme n’est pas définie indépendamment RS  dalieuts - hs 
ini incipe de Curie, 
co e principe de Carnot ou le pr : : 
on : Da c’est l'affirmation d'une vection naturelle, dans les chos 


, 


ou dans les phénomènes psychologiques. (A. L.) 


Dos 


BONNE FORME 


GuizzAuME, La théorie de la forme, 
Journal de Psychologie, 1925 ; La Psy- 
chologie de la forme, 1937. 


Bonne volonté, voir Volonté*. 


BONHEUR (CG. EbSœyovia au sens B; 
L. Felicitas; D. Glück, Glückseligkeit 
au sens C ; E. Happiness ; 1. Felicità). 

A. Sens étymologique : chance favo- 
rable (même signification dans Happi- 
ness, de [{appen, arriver par hasard ; 
et dans Glück, de Gelingen, réussir ; 
cf. en anglais Luck (Good luck). Glück- 
seligkeit paraît avoir été employé pour 
effacer cette nuance). 

B. État de satisfaction complète, qui 
remplit toute la conscience. 

C. « Le bonheur (Glückseligkeit) est 
la satisfaction de toutes nos inclina- 
tions (die Befriedigung aller unserer 
iNeigungen) tant en extension, c’est-à- 
dire en multiplicité, qu’en intensité, 
c'est-à-dire en degré, et en protension, 
c'est-à-dire en durée. » (KANT, Critique 
de la raison pure, Méthod. transcend., 
ch. 11, 2€ section.) 


CRITIQUE 


L'idée grecque du bonheur stable, 
edSœapoviæ, résultant d’une certaine dis- 





a 


6 ? 


position de l'âme, a été rejetée ay 
second plan par la morale chrétienne 
et par le kantisme. Mais elle a repris 
une importance considérable dans l’6. 
thique contemporaine. (Cf. BrocHanp, 
La morale ancienne, Revue philoso. 
phique, 1901, I, et La morale éclec. 
tique, ibid., 1902, 1.) Nous proposons 
donc d'employer toujours le mot 
bonheur dans l’acception C, qu’il tend 
d’ailleurs à prendre dans la philosophie 
et même dans le langage courant, où 
l’on oppose justement au bonheur la 
gaité, le plaisir, la joie et toutes les 
satisfactions passagères ou partielles 
de la sensibilité. 
Rad. int. : l'elic. 


BON SENS, D. Gesunder Verstand, 
Gescheidtheit : tous deux au sens posi- 
tif B, et plus forts que bon sens [cf. 
homme de sens, plein de sens] ; E. Good 
sense, sound sense, right sense [ces mots 
se distinguent, comme en français, de 
sens commun*, common sense ; l’expres- 
sion good common sense équivaut à gros 
bon sens]. On dit encore sense, sans 
adjectif, et même plus communément 
qu’en français. Cf. Sens* ; — I. Senno. 

Chez DEScaRTES : « La puissance de 





Sur Bonheur. — Remarquer que l'opposition des sens A et B existe chez 
Aristote entre l’ebtuy{x et l’edSauovla. (M. Blondel.) 


C peut sembler d'abord se confondre avec B ; mais Kant, dans le texte cité, 





entend Glückseligkeit au sens le plus fort du mot bonheur, impliquant un état 
acquis et désormais permanent. (A. L.) 

L'idée de durée n’est pas essentielle au bonheur, sans quoi on ne pourrait 
parler d’un bonheur bref, d’un instant de bonheur. Et, en fait, le bonheur est-il 
jamais autre chose qu’un point d'orgue ? Peut-il y avoir un état permanent de 
la sensibilité, si nous ne sommes sensibles qu'aux différences ? — On ne distingue 
pas assez à mon gré bonheur et béatitude ; celle-ci, idéale et noble, et impliquant 
durée ; celui-là, plus psychologique, plus humain, plus grossier si l’on veut : 
Stendhal partait chaque matin pour la « chasse au bonheur ». Mais s'il peut être 
utile de distinguer conventionnellement bonheur et béatitude, couramment confon- 
dus par les meilleurs auteurs, il est surtout important de ne pas confondre le 
bonheur effectif, fait psychologique, souvent presque animal, et l’idée ou plutôt 
l'idéal du bonheur (que représente aussi le mot béatitude), produit de l'imagination, 
peut-être contradictoire, et en tout cas condamné à demeurer inaccessible. Si la 
béatitude n’est pas le rond carré, elle est du moins aussi différente du bonheur 


qu’on peut goûter en réalité que le cercle mathématique d’un rond tracé à main 
levée. (M. Marsal.) 


417 a  _— 
bien juger et distinguer le vrai d'avec 
Je faux, qui est proprement ce qu'on 
nomme le bon sens ou la raison, est 
naturellement égale en tous les hom- 
mes. » (Disc. de la méthode, I, 1.) 

Ces deux mots sont actuellement 
différenciés : le mot raison* a pris une 
signification plus technique, et reste 
surtout caractérisé par la notion de 
l'universel ; bon sens à cessé, au con- 
traire, de désigner ce qui est “ naturel- 
Jement égal » dans tous les esprits, et 
désigne spécialement la puissance de 
bien juger, avec sang-froid et justesse, 
dans les questions concrètes qui ne 
comportent pas une évidence logique 
simple. Il s’oppose alors, suivant la 
forme des expressions où il entre : 

A : à la folie et aux états analogues, 
passion, colère : n'être pas dans son 
bon sens. (Il reste alors assez voisin de 
sens commun*.) 

B : au manque de jugement, au ca- 
ractère des esprits légers ou des esprits 
faux : avoir ou ne pas avoir de bon 
sens. 


BONTÉ, D. Güte, au sens B, Gü- 
tigkeit ; — E. Goodness ; B. Kindness; 
— | Bontà ; B. Benignita. 

A. Caractère de ce qui est bien ou 
bon au sens moral, soit en parlant des 
personnes, soit en parlant des choses. 
+ Ceux qui s’imaginent que si Dieu 
avait été déterminé à agir par la bonté 
des choses mêmes, il serait un agent 
entièrement nécessité dans ses ac- 
tions. » LE1BNIZ, Théodicée, 2e partie, 
$ 180. 

B. Spécialement (D. Güte, Gütigkeit ; 
E. Kindness ; I. Benignità). Caractère 
d’un être sensible aux maux d’autrui, 
désireux de procurer aux autres du 
bien-être ou d’éviter tout ce qui peut 
les faire souffrir ; « douceur, indulgence, 
bienveillance ». (LITTRÉ.) 





BRUTISME 

BONUM vacans, expression juridique 
désignant un bien sans propriétaire ni 
possesseur. S’applique par métaphore 
en philosophie à ce qui est omis par une 
classification, à ce qui ne tombe dans 
le domaine d’aucune science déjà 
connue, etc. 


«BOVARYSME», terme créé par Jules 
DE GAULTIER (Le bovarysme, 1902) pour 
désigner « le pouvoir qu’a l’homme de 
se concevoir autre qu’il n’est » et, par 
suite, de se faire une personnalité 
fictive, de jouer un râle qu’il s’attache 
à soutenir malgré sa vraie nature et 
malgré les faits. — Ce terme est tiré 
du nom d'Emma Bovary, que J. de 
Gaultier considérait comme un exemple 
caractéristique de cette illusion (FLau- 
BERT, Madame Bovary, 1857). Dans ses 
ouvrages ultérieurs, J. de Gaultier a 
encore élargi le sens de ce terme, en 
l’'appliquant à toutes les illusions que 
les individus ou les peuples se font. sur 
eux-mêmes. 


Bramantip. Autre nom de BAmaALIP*. 


Brute (Mémoire) : voir Mémotire*, 
ci-dessous. 


« BRUTISME », terme créé par SAINT- 
Simon pour désigner la conception pu- 
rement mécanique des phénomènes, et 
employé par Espinas, particulièrement 
en parlant de la théorie des bêtes- 
machines ou « brutisme animal ». 
L'idée initiale de la philosophie de Des- 
cartes, Rev. de métaph., mai 1917, 
p.265. Cf. Descartes et la morale, 1, 110. 
— « Brutiste », Zbid., 112. Saint-Simon 
dit aussi « brutiers » pour désigner les 
savants qui ne s'occupent que de la 
matière brute (physiciens et chimistes) 
par opposition à la vie. 


CABALE 


C. Cette lettre, placée au commence- 
ment d’un nom de syllogisme, marque 
qu’il peut être ramené à Celarent* ; — 
dans le corps du nom, qu’il ne peut se 
ramener à la première figure qu'au 
moyen d’un raisonnement par l’ab- 
surde. — Voir K*. 


CABALE ou Kabbale, Iiébreu : 
Æabbalah (chose reçue) ; D. Æabbala ; 
E. Cabala ; I. Cabala. 

À. Ouvrage de philosophie hébraïque, 
composé à une date inconnue, et se 
donnant pour le résumé d’une tradition 
secrète qui aurait coexisté avec la reli- 
gion populaire dés les origines du 
peuple hébreu. 

B. Doctrine exposée dans cet ou- 
vrage et dont les traits essentiels sont : 
l’ésotérisme* et en particulier la possi- 
bilité de déchiffrer un sens secret dans 
la Bible ; la théorie du développement 
de Dieu, qui prend conscience de lui- 
même en se manifestant par des éma- 
nations successives, c’est-à-dire en en- 
gendrant par degrés toutes choses de 
sa substance ; le dénombrement des 
milices célestes, c’est-à-dire des esprits 
directeurs dont chacun anime une par- 
tie du monde et par l'intermédiaire 
desquels on peut dominer les forces de 
la nature ; la théorie du symbolisme 
des nombres et des lettres; et enfin 
celle de la correspondance* universelle, 
à laquelle se rattache la conception de 
l'homme comme un microcnsme. 

Rad. int. : Kabal. 


1. CABALISTE, subst. masr., D. 
K abbulist ; E. Cabalista ; I. Cabalista. 

Philosophe ayant commenté ou déve- 
loppé la cabale. — Ce mot contient 
non seulement l'idée d’une doctrine 
théorique, mais aussi d’une sorte de 
magie qui en résulte. On réunit souvent 
l’une et l’autre dans l’expression ars 
cabalistica. 


C 


2. « CABALISTE*» (subst. féin.i, 
chez Ch. Fourier : l’une des trois pas- 
sions « distributives » et des douze pas. 
sions«radicales » ou essentielles qui sont, 
pour lui, les ressorts de l’action nu. 
maine. C’est l'esprit de parti, en tant 
qu’il revêt la forme de l'intrigue et se 
manifeste par une ardeur à la fois pas- 
sionnée et calculatrice. Voir H. Bour- 
GIN, Fourier, p. 204-205. 


Cacolalie, Voir Coprolalie*. 


CALEMES, autre nom de Camenes*. 
On trouve aussi Calentes (Porr-RoyaLz, 
III, vint); mais cette forme nese jus. 





| 
| 





tifie pas : car on ne peut ramener un 
syllogisme de ce type à Celarcnt, après 
conversion de la conclusion, qu’en 
transposant les prémisses. 


CAMENES. \ode de la 4€ figure, qui 
se ramène à Celarent par la transposi- 


; tion des prémisses et la conversion de 


la conclusion : 
Tout P est M 
Nul M n'est S 
Donc Nul S n’est P. 


CAMENDOS, forme faible* {ou : su- 
balterne) de Camenes*. 


CAMESTRES. \lode de la 2e figure, 
qui se ramène à Celarent par la trans- 
position des prémisses et la conversion 
simple de la mineure et de la conclu- 
sion : 

Tout P est M 
Nul S n’est M 
Donc Xul S n'est P. 


CAMESTROS, forme faibie* {ou : su- 
balterne) de Camestres*. 


CANON (du G. Kavwv, regle ; X’abord 
au sens matériel de ce mot), D. Xanon, 
E. Canon ; I. Canone. 

À. SCIEXCES NORMATIVES en général: 
Ce mot est à peu près synonyme de 


dis F ni 


#19 


CAPITAL 











aorme*, mais il présente cependant da- 
vantage l’idée d’une règle pratique, 
ou d’un modèle à suivre. Par exemple, 
3. S. Mie appelle de ce nom les cinq 
formules résumant chacune des métho- 
des de concordance*, de différence*, 
de concordance et de différence réu- 
nies, des variations* concomitantes et 
des résidus*. Il met aussi la règle qui 
interdit d’expliquer le plus connu par 
le moins connu au nombre de « the 
true Canons of inductive philosophy1 ». 
Logique, VI, ch. 1v, $ 2. 

B. Chez LEetBniz : « J’appelle canons 
des formules générales qui donnent 
d’abord ce que l’on demande. » (Math. 
Schriften, VIII, 217) : par exemple, la 
formule générale qui donne deux nom- 
bres connaissant leur somme et leur 
différence, la formule qui donne les 
racines de l’équation du second de- 
gré, etc. 


REMARQUE 


Ce terme reçoit encore divers sens 
spéciaux : 1° un dessin indiquant com- 
bien de fois une longueur déterminée 
prise comme unité doit se trouver dans 





1. « Les vrais canons de la philosophie induotive. » 


chaque dimension d’un corps ou d’un 
monument; 2° la liste, dressée par 
ARISTARQUE, des auteurs classiques 
dignes d’être pris pour modèles; 
3° l’ensemble des textes bibliques con- 
sidérés comme authentiques et faisant 
autorité, etc. 


Droit canon, D. ÆXanonisches Recht ; 
E. Canon Law; 1. Diritto canonico. 
Droit ecclésiastique catholique (déci- 
sions des conciles et des papes). 


« CANONIQUE » (G. Kavowxr). 
A. La Logique, chez les Épicuriens. 


; (DIOGÈNE LaiacE, X, 30.) 


B. Chez Adrien NaviLre (Nouvelle 
classification des sciences) et chez 
J. J. GovrD (Philosophie de la reli- 
gion, p. 30) sert à désigner, soit subs- 
tantivement, les sciences « de règles »; 
soit, adjectivement, ce qu’on entend 
d'ordinaire par normatif d’une part, et 
par technologique de l’autre. Ainsi, 
pour A. Naville, les règles de calcul 
font partie de la Canonique. 


CAPITAL, D. Kapital; E. Capital, 
| L Capitale. 





Sens étymologique : capitalis pars 


TE —  — 


Sur Canon. — Sens A. Spécialement, chez KANT : « Ich verstehe unter einem 
Kanon den Inbegriff der Grundsätze a priori des richtigen Gebrauchs gewisser 
Erkenntnissvermügen überhauptl. » ÆÂXrit. der reinen Vern., Methodenlhere, 
À. 796 ; B. 824. Le canon, en ce sens, s’oppose à la discipline, qui détermine seule- 
ment les limites de l’usage d’une faculté ; il constitue un organon qui peut servir 
à l’étendre (ibid, ch. 11, Kanon der reinen Vern., au début). Le « canon de la raison 
pure », qui n’a point d’usage spéculatif, sera donc la règle de son usage pratique, 
c’est-à-dire de l'emploi légitime qu’on en peut faire pour répondre aux questions 
de Dieu, de la vie future, et de la liberté. 

Dans sa Logik (Introduction, $ 1), il oppose au contraire Organon et Kanon 
de la façon suivante : la logique n’est pas un Organon des sciences, cornme le sont 
par exemple les mathématiques, parce qu’elle ne fournit pas d’indication ( Anwei- 
sung) sur la manière d’atteindre certaines connaissances et d'élargir le domaine des 
vérités scientifiques ; elle en est seulement un canon, en tant qu’elle formule les 

0ls nécessaires que la pensée doit respecter, et vérifie si l’entcndement, dans ses 
applications, est resté d’accord avec lui-même. Elle est ainsi, dit-il, « eine allge- 
meine Vernunftkunst (canonica Epicuri)? ». Logik, éd. Kirchmann, p. 14. 


— 


1. « J'entends sous Le nom de Canon l'ensemble des principes a priori fixant Le légitime usage de certaines faoultes 
connaître en général. » — 2. « Un art rationnel uviversel (la canonique d'Epioure). » 


CAPITAL 


debiti (la somme due par opposition 
aux intérêts). BôHm-BAWERK, Ge- 
schichte der Kapitalzinstheorient. 

Terme employé dans un grand nom- 
bre de sens voisins, différents et mal 
définis, mais qui présentent le caractère 
de s’appliquer tous à un certain nombre 
de richesses telles que fermes, maisons 
de rapport, valeurs en portefeuille, 
usines, machines, instruments, fonds 
de commerce, par opposition aux ali- 
ments et vêtements d'usage immédiat, 
maisons d’habitation, ohjets de pa- 
rure, etc. (Ch. G1DE, Principes d’éco- 
nomie politique, 151.) 

Sans entrer dans ces controverses, 
dont le caractère n’est pas essentielle- 
ment philosophique, on peut ramener 
à deux types principaux les définitions 
nombreuses qui ont été données du 
capital. (Cf. Baldwin, vo.) 

A. Toute richesse, en tant qu’elle 
rapporte ou qu'elle est destinée à rap- 
porter un revenu à son propriétaire ; 
revenu étant pris ici au sens le plus 
large : intérêts, loyer, bénéfices, etc. 
ADAM SMITH, de qui vient cette défini- 
tion, restreint le capital aux richesses 
produites, afin de justifier moralement 
l'intérêt et le revenu. Il en exclut la 
terre, dont le rapport est appelé par 
lui non revenu, mais rente (rent of 
land), la légitimité lui en paraissant 


1. Histoire des théories sur le revenu du capital, 











_120 


douteuse. (Richesse des nations, 1, 6. 

B. Toute richesse, en tant qu’elle ne 
sert pas à la consommation immédiate, 
mais en tant qu’elle est destinée à ren. 
dre la production des richesses plus 
abondante ou plus facile. 


CRITIQUE 


L'effort de la plupart des écono- 
mistes a été de réduire ces deux con- 
ceptions à l'unité pour justifier l'intérêt 
du capital par sa productivité. Mais si 
ces deux définitions correspondent cha- 
cune à des concepts réels et précis, et 
s’il est vrai qu’elles conviennent simul- 
tanément à un grand nombre d'objets, 
on doit cependant remarquer qu’on ne 
peut les prendre pour équivalentes en 
extension. En effet, les armes, outils, 
approvisionnements d’un homme isolé, 
souvent cités comme la forme primi- 
tive du capital sont des capitaux au 
sens B, mais non au sens A ; et inver- 
sement une somme placée ou une mai- 
son louée, si elles ne sont pas employées 
à la production, sont des capitaux au 
sens À, mais non au sens B. 

U ne nous appartient pas de fixer 
ici le concept qui sera désigné par ce 
mot, mais nous faisons observer qu’en 
raison de ces divergences, on ne doit 
jamais l’introduire dans les discussions 
d’Éthique sans spécifier exactement en 
quel sens il est pris. 

Rad. int. : Kapital. 


Sur Capital (Définition). — M. Jacques Rueff propose de définir ce mot, confor- 


CARACTÈRE 





CAPITALISME, D. Kapitalismus ; 
£. Capitalism ; 1. Capitalismo. 

A. Régime social dans lequel les ca- 
ftaux* au sens B, n’appartiennent pas 
à ceux qui les rendent productifs par 
jeur travail. 

gpécialement, au sens historique, le 
régime de grande industrie et de pro- 

riété privée développé dans les pays 
les plus civilisés au cours du xix° et 
du xx° siècles. 

B. Doctrine suivant laquelle cet état 
est supérieur à l’état contraire, soit au 
point de vue de la productivité (voir 
Chrématistique*), soit au point de vue 
du bonheur, soit au point de vue de 
la justice. 

. Rad. int. : Kapitalism. 


CARACTÈRE, D. Churakter, dans 
tous les sens; on dit également, au 
sens logique, Merkmal ; E. Character, 
dans tous les sens, et même plus étendu 
qu'en français ; cependant Temper est 
surtout usuel au sens C ; I. Carattere. 

A. Sens général et étymologique 
(G. Xapæxtnp, une lettre) : signe dis- 
tinctif servant à reconnaître un objet. 
En particulier, tout ce qui distingue un 
être, soit dans sa structure, soit dans 
ses fonctions. (Cf. Caractéristique, C*.) 

B. LociquEe. Tout élément concep- 
tuel qui peut être affirmé avec vérité 
d’un être ou d’une notion. — Cf. Com- 
préhension* totale. On distingue les 
Caractères en essentiels* et acciden- 
tels*, communs* et propres*. 

C. PsycHoLzocie. Ensemble des ma- 


nières habituelles de sentir et de réagir 
qui distinguent un individu d’un autre 
(ou quelquefois un groupe d’un autre : 
le caractère français). KanrT définit le 
caractère, conformément à sa défini- 
tion de la cause* {cf. sub vo, B, 20) : 
« Es muss eine jede wirkende Ursache 
einen Charakter haben, d. i. ein Gesetz 
ihrer Causalität, ohne welches sie gar 
nicht Ursache sein würdet. » (Critique 
de la Raison pure, Dial. transc., éd. 
Kehrhb., 432, livre 11, chap. 11, 9€ sec- 
tion, $ 3b) — Il en conclut qu'il y a 
lieu de distinguer chez un être son 
caractère empirique, Où phénoménal 
« wodurch seine Handlungen, als Er- 
scheinungen, durch und durch mit 
anderen Erscheinungen nach beständi- 
gen Naturgesetzen im Zusammenhange 
stehen? »; et son caractère intelligible 
« dadurch es zwar die Ursache jener 
Handlungen als Erscheinungen ist, der 
aber selbst unter keinen Bedingungen 
der Sinnlichkeit steht und selbst nicht 
Erscheinung ist® ». (/bid., 433. — Admis 
par SCHOPENHAUER, Le monde comme 
volonté, etc., I, $ 55.) 

D. ÉTHIQUE. Au sens laudatif, pos- 
session de soi, fermeté et accord avec 
soi-même. 

Rad. int. : Karakter. 


1. « Il est nécessaire que toute cause agissante ait un 
caractère, c'est-à-dire une loi de sa causalité, sans laquelle 
elle ne pourrait aucunement être cause. » — 2. « .… par 
lequel ses aotions, en tant que phénomènes, sont re- 
liées intégralement à d’autres phénomènes suivant les 
lois constantes de la nature, » — 3. « … par lequel il est 
bien la cause de ces actions en tant que phénomènes, 





mais qui lui-même ne tombe pas sous les conditions 
| de la sensibilité, et n'est pas lui-même un phénomène. » 





mément aux idées d’Irving FisHER : « Tout objet, matériel ou immatériel, sus- 
ceptible de produire des services. » Par « services », il faut entendre « des influences 
recherchées par les hommes », c’est-à-dire l'utilité que l’on tire ou que l’on peut 
tirer d’un bien possédé : par exemple, le service d’une maison est de protéger 
contre les intempéries, le service d’un kilo de pain est de nourrir, le service de 
notre corps est le travail qu'il peut produire, le service d’un brevet d'invention 
est de rendre possible la production de la chose inventée. Le revenu d’un capital, 
pour une certaine période, est « le flux des services fournis par lui pendant cette 
période. » Voir J. Ruerr, L'ordre social, ch. vi, tome I, 70-71. 


Sur Capital (Étymologie). — On dit aussi principal par opposition aux intérêts. 
(L. Weber.) — On pourrait adopter toujours principal en ce sens et spécialiser 
capital comme terme antithétique de travail. (C. Hémon.) 


Sur Caractère. — L'histoire du concept est intéressante. Voir R. Eucken, 
Grundbegriffe der Gegenwart, 2° éd., et R. HILDEBRAND : « Charakter » in der 
Sprache des vorigen Jahrhunderts (Zeitschrift für den deutschen Unterricht, VI, 1). 


Sur Caractère, C. — Le passage du sens logique au sens psychologique peut 
s'expliquer par l’usage du mot dans les caractères de THÉOPHRASTE caractères 
spécifiques, portraits d'un type. (J. Lacheller.) 

C’est une discussion de savoir si l’on doit faire entrer dans la définition du 
Caractère les phénomènes intellectuels. 11 me semble que le sens du mot est un 
Peu forcé quand on va jusque-là. On peut distinguer l’individualité, qui comprend 
toutes les particularités d’un être, et le caractère, au sens restreint défini ci-dessus. 

G. Dumas.) 


NS 





CARACTÉRISTIQUE 


CARACTÉRISTIQUE, subst., L. ars 
characteristica ; D. Characteristik; E. 
Characteristic ; I. Caratteristica. 

A. Art de représenter les idées et 
leurs relations par des signes ou « ca- 
ractères ». 

B. Système de tels signes : la Carac- 
téristique universelle de LEIBNIz (appe- 
lée aussi Specieuse [c.-à-d. Algèbre] 
générale) devait être à la fois une langue 
universelle philosophique et une logique 
algorithmique. 

C. Synonyine de caractère* au sens A. 


« CARACTÉROLOGIE », D. Chu- 
rakterologie (WunpT, Logik, 3 éd., III, 
61, etc.), Psychologie appliquée à la 
détermination des caractères indivi- 
duels. — Cf. Éthologie*. 


« CARDINALES (Vertus) », L. Cardi- 
nales virtutes ; D. Cardinaltugenden ; 
E. Cardinal virtues ; 1. Virtu cardinuli. 

On appelle ordinairement ainsi les 
quatre vertus* considérées par PLATON 
comme constituant la perfection mo- 
rale (sagesse, courage, tempérance et 
justice). Cicéron suit cette même divi- 
sion et la présente comme admise par 








_ 12 
CT 


les épicuriens et les stoïciens. (De Fini. 
bus, 1, 13 à 16; II, 16 ; etc.) 

Cette expression vient de S't A. 
BROISE ; Mais il l’applique à sept autres 
vertus (piété, science, etc.). De Sacra. 
mentis, III, 2. Il cite en plusieurs 
autres passages les quatre vertus pla. 
toniciennes, en les nommant virtutes 
principales. (De officiis ministrorum 
I, xxx1v. De Paradiso, 111, 18, etc} 
Mais les deux expressions sont pour 
lui synonymes, car on lit dans le texte 
du De Sacramentis cité ci-dessus 
« Omnes quidem virtutes ad Spiritum 
pertinent ; sed istae quasi cardinales 
sunt, quasi principales. » 


Carnot (principe de), voir Entropie* 
Involution*. 


CARTÉSIANISME, D. Curtesianis. 
mus ; E. Cartesianism; I. Cartesia- 
nismo. 

A. Philosophie de DESCARTES. 

B. Philosophie des disciples et des 
successeurs de DescarTEs (Bossuet, 
Fénelon, Malebranche, Spinoza, Port- 
Royal, le P. André, etc.). 





Sur Caractérologie. — M. LE SENNE, qui a donné ce titre à un ouvrage récent 
(1945) distingue deux sens du mot : 

« 19 Au sens étroit, la caractérologie est la connaissance des caractères, si l’on 
entend par ce mot le squelette permanent de dispositions qui constitue la structure 
mentale d’un homme... 

29 Au sens large, souvent employé par les Allemands, la caractérologie porte, 
non seulement sur ce qu’il y a de permanent, d’initialement et perpétuellement 
donné dans l'esprit d’un homme, mais sur la manière dont cet homme exploite le 
fonds congénital de lui-même, le spécifie, le compense, réagit sur lui. » (Ch. Serrus.) 


Sur Cartésianisme. — J’approuve entièrement l’exclusion de principe portée 
par les auteurs du vocabulaire contre l’emploi des noms de doctrine dans le raison- 
nement et la discussion philosophiques. (F. Ténnies.) 

Dans cet article figurait en première rédaction un essai de résumé des thèses 
essentielles communes aux cartésiens qu’il a été nécessaire de supprimer, l’accord 
n’ayant pu s'établir entre les membres de la société ni sur la question de savoir 
si le terme cartésianisme doit s'appliquer au seul système de Descartes, ou s'étendre 
à tout son groupe, ni sur la question de savoir précisément ce qui, de la pensée 
de Descartes, est devenu la pensée commune de ses disciples et de ses successeurs. 
(Notes de J. Lachelier, V. Egger, M. Blondel ; discussion à la séance du 7 mai 1903.) 
Ce désaccord paraît confirmer le fait que les noms de systèmes ne servent qu’à 
établir la confusion. Cependant, comme le fait observer M. BLOoNDEL, « on à 


CASUISTIQUE 





CRITIQUE 


comme tous les noms de systèmes, 

mot Cartésianisme est souvent em- 
ployé dans la discussion philosophique 
s une connotation mal définie. 
Nous Proposons donc de ne l’employer 
jémais qu’en extension pour désigner 
fe groupe de Descartes et des cartésiens, 
c'est-à-dire de ses disciples, au sens 
farge du mot. (Voir ci-dessus, B.) 


‘ « Cartiste », synonyme ancien de 
eartésien (en désuétude). — ARNAULD, 
Examen du Traité de lEssence du 
corps, Œuvres, t. XXX VIII, 139. 


° CASTE, mot emprunté vers 1740 au 


portugais : casta, du latin castus, non 
mélangé, de race pure. — [). Kaste ; 
E. Caste ; 1. Castu. 


Groupe social fermé, se recrutant 
par l’hérédité ou l’adoption. Diffère de 
la classe* : 1° en ce que celle-ci est 
moins fermée, 2° en ce qu’elle n'a 
qu’une valeur d'opinion, tandis que la 
caste possède une existence légale et 


des privilèges précis, 3° en ce que la 
caste implique une distinction reli- 
gieuse. — Ce terme, appliqué d'abord 
aux divisions sociales de l’Inde, a pris 
de nos jours une valeur générale, et 
même souvent métaphorique, avec une 
nuance généralement péjorative. 

Les ordres de l’ancien état social fran- 
çais diffèrent des castes par un mode 
de recrutement plus large (cooptation 
du clergé, anoblissements royaux, etc.). 

Voir BoucLé, Essai sur le régime 
des castes (1908); J. Luommer, article 
« Caste » dans la Revue de Synthèse, 
tome XVIII (1939), où Caste est dis- 
tingué de Clan, classe, ordre, état. 

Rad. int. : Kast. 


« Casualisme », voir T'ychisme*, ob- 
servations. 


CASUISTIQUE, D. Casuisuik; E. 
Casuistry ; 1. Casistica. 

Étude des cus de conscience, c’est-à- 
dire des problèmes de détail qui résul- 
tent de l'application des règles éthiques 





toujours appelé spontanément les doctrines du nom de leur créateur, et c’est 
justice ; car la doctrine implique, outre la part intellertuelle, et plus ou moins 
communicables par l’enseignement abstrait, un élément vital : c’est une œuvre 
d'art, une réussite individuelle... » 1] accorde d’ailleurs que les idées, ainsi nées, 
«s’incorporent ensuite au patrimoine scientifique et collectif » et qu’il se produit 
par là « un progrès de la philosophie générale sur les ruines des doctrines parti- 
culières ». C’est à ce dernier point de vue que nous nous sommes placés dans ce 
vocabulaire, (A. L.) 


Sur Casuistique. — Il importe ici de démêler deux idées trop ordinairement 
confondues. 11 y a une « casuistique objective » qui, sans égard à l’état intime de 
telle ou telle conscience, étudie dans l’abstrait tels ou tels conflits de deveirs nés 
de l’enchevêtrement de faits accidentels. Et quand on considère uniquement cet 
aspect du problème, on risque de substituer à la vie morale un mécanisme ingénieux 
mais dangereux ; car alors on suppose que le matériel des faits peut, même in 
concreto, déterminer la valeur des actes et recouvrir le formel des intentions ; 
et on paraît donner une prime d’exemption à l'habileté savante qui doit au 
contraire augmenter la responsabilité. Mais il y a une « casuistique subjective » 
Qui proportionne les obligations, les conseils, les exigences morales au degré de 
lumière et de force de chaque âme afin de l’élever per gradus debitos à trancher 
les cas de conscience d’une manière de plus en plus délicate. (M. Blondel.) 

Le mot casuistique ne convient qu’à ce que M. Blondel appelle la casuistique 
objective, Ce qu’il nomme casuistique subjective est la direction de conscience ; 

vraie casuistique est une science. (P. Malapert. — L. Brunschvicg.) 


A. 


CASUISTIQUE 





124 





à chaque circonstance particulière (stoi- 
ciens, moralistes chrétiens, Kant). 

Les casuistes ayant été, en général, 
des théologiens, le mot s'applique sur- 
tout à l'éthique dans ses rapports avec 
la religion. Il se prend souvent avec un 
sens péjoratif, parce qu’on reproche 
aux casuistes d'aboutir, par des subti- 
lités de logique, à justifier n’importe 
quels actes. 


CATALEPSIE, D. Katalepsie; E. 
Catalepsy ; 1. Catalessia. 

État pathologique défini par un en- 
semble de symptômes mentaux et phy- 
siques : disparition du mouvement vo- 
lontaire, conservation des attitudes 
musculaires imprimées au corps (flerti- 
bilitas cerea) ; quelquefois continuation 
indéfinie des mouvements que l’on a 
fait commencer au sujet; réduction 
considérable du nombre des idées con- 
tenues dans le champ de la conscience 
(monoïdéisme d’'Ocnorovicz, RiBor, 
Pierre JANET); grande suggestihilité 
pour des idées très simples, qui pénè- 
trent directement dans l'esprit par le 
moyen des sensations et non par l’in- 
termédiaire du langage comme dans 
le somnambulisme ; oubli après la crise. 

La catalepsie est naturelle quand elle 
se présente spontanément ; artificielle 
dans le cas de somnambulisme pro- 
voqué. 


« CATAPLEXIE », D. Kataplerie. 
Mot créé par PREYER : Engourdisse- 
ment des animaux par des procédés 
analogues à ceux de l'hypnose, parti- 
culièrement parl’immobilisation, quand 
cet engourdissement détermine dans 
les membres des animaux des phéno- 
mènes cataleptiques. A été appliqué 
secondairement à l’engourdissement su- 
bit, produit chez l’homme par une 
secousse, une frayeur, une sensation 





Re ——————— 


brusque de son ou de lumière, etc. 
Accepté par LITTRÉ. 


CATÉGORÉMATIQUE, D. Katego. 
rematisch ; E. Categorematic ; |. Cate. 
gorematico. 

Terme scolastique, aujourd’hui tom- 
bé en désuétude, sauf dans quelques 
expressions, elles-mêmes peu usitées, 

A. En parlant de l'infini : celui dont 
les éléments existent non seulement en 
acte, mais sont distincts et séparés (en 
sorte qu’on puisse commencer à les 
dénombrer) et constituent le tout par 
leur addition. « Il est vrai qu’il y a une 
infinité de choses, c’est-à-dire qu'il y 
en a toujours plus qu’on n’en puisse 
assigner. Mais il n’y a point de nombre 
infini de lignes ou autre quantité in- 
finie si on les prend pour de véritables 
touts... Les Écoles ont voulu dire cela 
en admettant un infini syncatégoréma- 
tique, comme elles parlent, et non pas 
l'infini catégorématique.»LEIBN1z, Nouv. 
Ess., II, xvut, 1. Voir Syncatégoréma- 
tique*, texte et critique. 

B. En parlant des mots, ceux qui ont 
un sens par eux-mêmes, et ne sont pas 
seulement la marque d’une relation 
entre des termes significatifs. Pris- 
cIEN rapporte que selon les dialectici 
(qu’il oppose aux Stoïciens) « partes 
orationis sunt duae, nomen et verbum. 
quia haec solae et jam per se con- 
junctae plenam faciunt orationem, 
alias autem partes syncategoremata, 
hoc est, consignificantia, appellant », 
Institutiones grammaticae, 11, 1v, 15; 
d’après PRANTL, Gesch. der Logik, Il, 
148. 


CATÉGORÈME, G. xarmyépquæ (P. 
ex. ARISTOTE, nept épu., 20b32). Dans 
la langue classique, voulait dire primi- 
tivement accusation. 





Sur Catalepsie. — L'expression cataleptique s'applique à un membre, à un mou- 
vement, ou à une attitude quand on constate en eux les caractères définis ci- 
dessus, même si l'esprit du sujet n’est pas envahi tout entier par la catalepsl® 
complète. (Pierre Janet.) 


} 


D) 


#25 
Pt 


A. Ce qui est affirmé d’un sujet. — 
Cf. Attribut*, predicat*. 
B. Terme catégorématique*. 


Catégorico-déductive méthode), voir 
«“Déductif et Hypothétique*. 


CATÉGORIE, Gr. xarnyopix, de xarn- 
vopeiv, affirmer; L. Prædicamentum ; 
D. Kategorie ; E. Category ; 1. Categoria. 

A. Primitivement, chez ARISTOTE, 
prédicat* de la proposition ; d’où vient 
qu’il appelle catégories de l'être (xaxrnyo- 
plat Tob üvroc), et par abréviation caté- 
gories) les différentes classes de l’être 
ou les différentes classes de prédicats 
que l’on peut affirmer d’un sujet quel- 
conque. 1l les énumère en nombre va- 
riable ; la liste la plus complète en 
comprend dix oÙgix, TOGÛV, TOLOV, 
npéç rt, ToÙ, mûre, xelodar, Éyerv, rousiv, 
naoxetv. (Catégories, IV, 1b. Même liste. 
sauf +i éoriv au lieu de obaix, T'opiques, 
IX, 103b.) 

Le mot a été pris dans le mème sens, 
mais une liste différente en a été donnée 
par les stoïciens et les néoplatoniciens. 

B. Chez KawrT et dans l’école kan- 
tienne, les catégories sont les concepts 


CATÉGORIE 


fondamentaux de l’entendement pur, 
« Stammbegriffe des reinen Verstan- 
des » (Critique de la Raison pure, 97). 
formes a priori de notre connaissance. 
représentant toutes les fonctions essen- 
tielles de la pensée discursive. Elles se 
déduisent de la nature du jugement, 
considéré dans ses différentes formes 
et se ramènent à quatre grandes clas- 
ses : Quantität, Qualität, Relation. Mo- 
dalität. (1bid., 96.) 

RENouvirr donne une énuméra- 
tion différente des catégories. et il les 
définit dans un sens un peu différent : 
« Les catégories sont les lois premières 
et irréductibles de la connaissance, les 
rapports fondamentaux qui en déter- 
minent la forme et en régissent le mou- 
vement. » (Logique, 1, 184.) Elles com- 
prennent pour lui le temps et l’espace. 

C. D'une façon moins technique, on 
entend par catégories les concepts géné- 
raux auxquels un esprit (ou un groupe 
d’esprits) a l’habitude de rapporter ses 
pensées et ses jugements. 

Lévy-BrüunL a même appelé « caté- 
gorie affective » une tonalité affective 
commune, « principe d’unité dans l’es- 
prit pour des représentations qui, tout 





Sur Catégorème. — De mème que catégorie a passé du sens de prédicat à celui 
de classe de prédicats, catégorème en est venu à désigner quelquefois les diverses 
espèces de relation logique que peut soutenir le prédicat avec le sujet : genre, 
espèce, différence, propre et accident. Cf. Quinque* voces et Universaux*. 


Sur Catégorie, À. — Les catégories stoïciennes sont discutées par PLorTix, 
Ennéades V1, 1,25 sqq. Plotin lui-même adopte les cinq uéytotax yévn définis dans 
le Sophiste de PLATON, mais non sans en altérer considérablement le sens (Ennéades 


VI, Ilet III). (J. Lachelier.) 


Comme divers autres termes philosophiques primitivement techniques, caté- 
&orie est entré dans la langue courante, où il est souvent employé, à rebours de son 


sens scolastique, pour désigner les différentes espèces d’un même genre : 


«Ilya 


Plusieurs catégories d'immeubles. Tout d’abord, parmi les choses corporelles, la 


i établit deux classes d'immeubles, etc. » Cozix et CAPITANT, Cours de Droit 
Gil, I, 679. — Cet usage se rattache peut-être au sens général d’attribut, mais 
Plus probablement au fait que le système des catégories (catégories de l'être) 
CUrnissait un exemple caractéristique de division préétablie. Aussi le mot s’em- 
Ploie-t-il surtout en ce sens quand il s’agit de distinctions établies par une autorité 
tltre des personnes ou des choses présentant un même caractère général, en vue 

les traiter différemment. Mais cet usage n’est pas correct dans le langage 
Philosophique. (C. Hémon. — Ch. Serrus. — A. L.) 





CATÉGORIE 


en différant entre elles par tout ou 
partie de leur contenu, l’affectent 
cependant de la même manière ». Le 
surnaturel et la nature dans la mentalité 
primitive, XXXVI. 

Rad. int. : Kategori. 


CATÉGORIEL et CATÉGORIAL, (S). 
CATÉGORIQUE, G. xarnyopuxéc ; D. 


Kategorisch ; E. Categoricul ; 1. Cate- 
gorico. 

A. Un jugement catégorique consiste 
— par opposition à un jugernent hypo- 
thétique* ou à un jugement disjonc- 
tif*, — en une assertion* qui ne con- 
tient ni condition ni alternative. La 
forme la plus simple en est l’affirma- 
tion ou la négation d’un attribut* par 
rapport à un sujet. 

B. Un syllogisme catégorique est un 
syllogisme composé de trois jugements 
catégoriques. (Voir Syllogisme*, 1{ypo- 
thétique*.i 


Catégorique (Impératif). Voir émpe- 
ratif*. 


« CATHARSIS », du G. XxA0apoic, 
purification, évacuation, ou. comme on 
dit souvent, « purgation* », en parlant 
de la xx0xpaic tüv ralmuitev d’Aristote 
ila purgation des passions). Poëétique, 
VI, 1449098, 

Terme employé par les psychana- 
lystes, notamment par Breuer et par 
FREUD, pour l'opération psychiatrique 
qui consiste à rappeler à la conscience 
une idée ou un souvenir dont le refou- 
lement produit des troubles physiques 
ou mentaux, et à en débarrasser ainsi 
le sujet. 





126 
TT 


CATHOLIQUE, D. Katholisch . 
Catholic (très usuel en ce sens) : L. Car 
tolico. — Outre le sens spécial, mais de 
beaucoup le plus répandu, où il dési . 
les Églises de ce nom, ce mot s’emploi. 
aussi, en son sens étymologique, comme 
synonyme d’universel. (G. xaBokxée 
de xx@éaou, généralement, universelle: 
ment.) Voir p. ex. le texte de Clauber 
cité plus loin, à Ontologie*, et celui de Vi. 
net au Supplément, sur Socialisme*. 


Cauchy (Argument dej, voir Àrgu. 
ment*, 


Causa sui. Voir Cause*. 


CAUSAL, D. Causal, Ursächlich : E 
Causal ; I. Causale. en 

Qui concerne la cause*, appartient à 
la cause, ou constitue la cause (S). 


CAUSALITÉ, l. Causalität ; E Cau- 
sality, causation ; I. Causalita. 

A. Qualité de cause. 

B. Rapport actuel d’une cause* et 
| d’un effet. Ce rapport étant ou n'étant 

pas Conçu comme une action au sens D. 


Causalité (Principe ou loi de). 

L'un des axiomes fondamentaux de 
la pensée, ou principes rationnels*. L'é- 
noncé le plus usuel est celui-ci : « Tout 
phénomène a une cause. » (Et non : 
tout effet a une cause, ce qui est tau- 
tologique, au sens actuel du mot cffet*.) 

Autres énoncés : « Ex data causa 
determinata necessario sequitur effec- 
tus ; et contra si nulla detur determi- 
nata causa, impossibile est ut effectus 
sequatur. » SPINOZA, Éthique, 1, Axio- 





me 3. « Cujuscumque rei assignari 


© © © —— —— ———" ———— 


Sur Catégorique. — Karnyopuxéc, chez Aristote, est très usuel, mais veut 


dire seulement affirmatif (opposé soit 
oTepnrix 6). 


à négatif, éroarixès ; soit à privatif, 


Sur Causalité. — Îl ne faut pas dire non plus, comme on l'entend souvent : 
« Tout phénomène a sa cause » ce qui détermine le principe de causalité en principe 
des lois de succession, ou loi générale de la succession. (V. Egger.) — Et surtout 
ce qui paraît impliquer qu’un effet déterminé ne peut être produit que d’une 


seule façon, ce qui est inexact. (A. L.) 


CAUSE 





sbet cuusa seu ratio. tam cur existit 
dam cur non existit. » (Zbid.,1,11,20.) 
és Rien n'arrive sans qu’il y ait une 
se ou du moins une raison déter- 
ante, c'est-à-dire quelque chose qui 

e servir à rendre raison a priori 
purquoi cela est existant plutôt que 

n existant et pourquoi cela est amsi 
plutôt que de toute autre façon. » 
(LeBN12, Théodicée, $ 44. Voir Raison 
saffisante* et Cause*, $ B.) | 
-KaxT, qui classe ce principe comme 
gæconde analogie* de l'expérience, en 
a donné deux énoncés différents 
{4° « Grundsatz der Erzeugung : Alles, 
was geschieht (anhebt zu sein) setzt 
etwas voraus, worauf es nach einer 
Regel folgti. » (Critique de la Raison 
pure, 17° édition. Analvtique trans- 
eend., livre Il, ch. 11.) 

29 « Grundsatz der Zeitfolge nach 
dem Gesetze der Causalität : Alle Ve- 
ränderungen geschehen nach dem Ge- 
selze der Verknüpfung der Ursache 
und Wirkung?. » (/bid., 2e édition.) 

Selon SCHOPENHAUER : « In der nun- 
mehr dargestellten Klasse der Objekte 
für das Subjekt, tritt der Satz vom 
zureichenden Grunde auf als Gesetz der 
Causalität, und ich nenne ihn als sol- 
ches den Satz vom zureichenden Grun- 
de des Werdens, principium rationis 
sufficientis fiendi.… Er ist folgender : 
wenn ein neuer Zustand eines oder 


mehrerer realen Obhjekte eintritt, so 
muss ihm ein anderer vorhergegangen 
sein, auf welchen der neue regelmissig, 
d. h. allemall, so oft der erste da ist, 
folgt1. » (Ueber die vierfache W'urzel des 
Satzes com zur. Grunde, ch. 1v, & 20, 
Frauenstädt, 1, 34.) Le même para- 
graphe contient : 1° une critique des 
rapports entre cause et condition; 
20 une critique des définitions de la 
cause données par Wozrr et par RROWN. 

Voir également ci-dessous, à l’article 
Cause*, l'énoncé de HamizTON, qui est 
en même temps une définition de l’idée 
de cause. 


CAUSATION, D. Causation ; E. Cau- 
sation ; I. Causuzione. 

Action de causer. — Voir Cause* et 
Causalité*, 


CAUSE, L. Causa [de cavere ?]; D. 
Ursache ; E. Cause ; I. Causa. 

Ce mot est toujours corrélatif à celui 
d'effet. 11 a eu dans l’antiquité et chez 
les cartésiens un sens plus large que 
san sens actuel et qu’il est nécessaire 
de mentionner d’abord pour expliquer 
: celui-ci. 

A. Les ‘quatre causes d’ARISTOTE 
(Métaphysique, 1, 3, 983%) sont : 1° La 


1. « Dansla classe d'objets nue nous considérons en 
ce moment (les représentations intégrales des sens) le 
principe de raison suffisante se présente comme loi de 
causalité, et je l'appelle, comme tel, principe de la raison 
suffisante du devenir, principium rationis sufficientis 
fiendi… Il s'énonce ainsi: quand se produit un nouvel 
état d'un ou de plusieurs objets réels, il est nécessaire 
qu'il ait été précédé d’un autre état, dont il résulte 
régulièrement, c'est-à-dire toutes les fois que le premier 
a lieu. » Sur la quadruple racine du principe de raison 
suffisante. 





1. « Prinoipe de la production : tout ce qui arrive (ou 
emmence à être), suppose avant lui quelque chose dont 

tésalte suivant une règle. » — 2. « Principe de la 
sion dans le temps suivant la loi de causalité : 
tous les changements arrivent suivant la loi de liaison 
tatre la cause et l'effet. » 








Sur Cause (Étymologie). — « Étymologie incertaine. » (FREUND et THEIL.) — 
« Etymon ignotum : quidam a cavillor, ali a casus deducunt {quod haud impro- 
ndum) ; nonnulli a quaeso, vel ab atox, aeolice aüoa, sors, portio. Sed forte 
derivandum est a caveo, nam jurisconsultorum imprimis est cavere, quorum 
Causae quoque sunt, unde et causidici appellantur. » (FORCELLINI, v°, 4176.) 
Cause vient certainement de cavere ; le sens primitif du mot est juridique, ce 
Qui concorde bien avec la Critique ci-dessous. Seulement les Grecs ont envisagé 
l'action juridique au point de vue de l’accusation ou de la mise en cause (œitia). 
es Latins se sont placés au point de vue de la défense fcavere, causa). En allemand 
origine de Sache paraît également juridique : ce serait le « dire ». Choseen français 
et cosa en italien sont un doublet de cause, de même qu’en allemand Sache dans 


dt, 


CAUSE 





128 





cause formelle, n oboix, Tù ti hv elvou 
(alias vd eldoc, td nap&detyux, ibid., V, 
2, 10133); — 20 la cause matérielle, 
ñ 0An, Tù Vrroxeiuevov ; — 39 la cause 
efficiente, n &pyh Th xivhoewg : — 4° la 
cause finale, rè où Évexa, Téyæfév, rè 
tékoc. — Aristote ne se sert pas d’épi- 
thètes, mais dit simplement dans l’un 
et l’autre passage que le mot cause 
(œitiæ, I, 3; ælriov, V, 2) s'emploie en 
quatre sens différents. 

Les expressions causa formalis, mate- 
rialis, ef/iciens, finalis, appartiennent à 
la scolastique. Causa formalis prend, 
chez Fr. Bacox, un sens très spécial 
(voir Forme*). Les expressions cause 
efficiente et cause finale sont seules 
demeurées en usage de nos jours, la 
première pour désigner le phénomène 
qui en produit un autre (voir ci-dessous 
les différents sens qu’on peut attribuer 
à ce rapport) ou quelquefois l’être qui 
produit une action; la seconde pour 


— 


désigner le but en vue duquel s’accom. 
plit un acte*. 

Les scolastiques ont encore distin. 
gué : Prima causa, d’après ARISrorg 
(celle qui n’a point elle-même de cause) : 
causa principalis, et causa instrumen. 
talis (l’ouvrier et l’outil) ; causa directe 
et causa indirecte, THOM. D'AQUIN (celle 
qui produit et celle qui laisse faire) : 
causa univoca et aequisoca (celle qui 
contient seulement autant, et celle qui 
contient plus que l'effet) ; causa addur. 
tiva (qui amène à l’acte la cause prin. 
cipale); etc. (GocLenIUS, 3562-3598 
Voir ci-dessous la critique.) 

B. Chez DEscarTEes et les carté- 
siens, le mot cause est employé dans 
les mêmes sens, mais il est étendu de 
plus au rapport logique (qui, d’ailleurs, 
est considéré par l’esprit de la doctrine 
comme inhérent à la réalité même des 
phénomènes perçus). « Causa sive 
ratio. » (DESCARTES, Rép. 28 obj, 


ce sens (Ursache) doit également dériver du terme juridique. Nous assistons de 
nos jours à une transformation analogue : Affaire a passé dans la langue du 
Palais, et est arrivé à être à la fois synonyme de cause et de chose, quand le sens 
primitif était seulement « occupation ». (Paul Tannery.) 

D’autres étymologistes rattachent Sache (primitivement au sens juridique) à 
suchen, chercher ou rechercher, poursuivre. 


Sur Cause, A. — Voir aussi les différentes distinctions établies par la scolastique 





CAUSE 





axiome I.) — l« Causa seu ratio. » 
gPivoza, Éthique, I, 11.) — La cause, 
ce sens, est ce qui fait la vérité 
d'une proposition, la prémisse dont on 
ut la déduire ; et, à titre d’applica- 
tion particulière, le fait d’où résulte 
logiquement un autre fait : « Inferens, 
o posito aliquid ponitur; suspen- 
dns, quo non posito aliquid non poni- 
tur (dicitur et Conditio). Requisitum 
est suspendens natura prius. Causa suf- 
ficiens est inferens naiura prius illato ; 
causa est coinferens natura prius il- 
jato. » (LEIBN1Z, Inédits, éd. Couturat, 
471.) (Natura prius marque ici l’anté- 
riorité logique, non chronologique.) 
Cependant LeiBni7 lui-même indique 
ailleurs le sens plus spécialement réel 
du mot cause : « Nihil aliud enim causa 
est, quam realis ratio. » Zbid., p. 533. 
Cette distinction a été formulée plus 
expressément par Wozrr et surtout 
par SCHOPENHAUER, Quadruple racine 
du principe de raison suffisante, Ch. 11. 
— Le sens logique du mot cause ne 
s'est conservé que dans quelques locu- 
tions du calcul des probabilités (Pro- 
babilité des causes). Il a alors pour 
corrélatif conséquence. 
La cause à proprement parler ou 
cause efficiente (au sens large de ce 


terme) s'entend chez les modernes en 
plusieurs sens : 

C. Le fait d’un être qui exerce une 
action-C, c’est-à-dire qui modifie un 
autre être (y compris le cas où cette 
modification serait anéantissement ou 
création) sans rien perdre ni céder de 
sa propre nature ou de sa puissance 
d’agir ultérieurement. C’est ce que M1- 
LEBRANCHE appelle efficace (Entretiens 
métaphysiques, VII, 162 sqq.). — Il 
l’oppose à la cause occasionnelle, en 
tant que celle-ci ne suppose dans les 
objets mêmes aucune liaison intrin- 
sèque faisant le rapport entre l'effet 
et la cause. (Zbid., VII, 159 sqq.) 

D. « Der Begriff der Ursache bedeutet 
eine besondere Art der Synthesis, da 
auf etwas À was ganz verschiedenes B 
nach einer Regel gesetzt wirdi. » (KANT, 
Raison pure, À 89 ; B 122 ; cf. Principe 
de Causalité*.) La dépendance « abso- 
lument générale et même nécessaire » 
qu'exige la causalité est plus, selon 
KaANT, qu'une simple succession inva- 
riable, car une telle succession ne cons- 
tituerait pas nos représentations en 


1. « Le concept de cause désigne une sorte particulière 
de synthèse, consistant en ce que à quelque chose, À, 
quelque chose d'entièrement différent, B, s'ajoute sui- 
vant une règle. » 





entre les causes dans BossuET, Traité des Causes. (Publié notamment à la suite de 
la Connaissance de Dieu et de soi-même, Édition De Lens de 1875.) (V. Egger.) 

L'expression Causa sui apparaît au x1e siècle, par exemple chez Alain de 
Lille, mais elle ne s’applique pas tout d’abord à Dieu ; on la trouve sous la forme 
Nihil est causa sui. Voir BAUMGARTNER, Die Philosophie des Alanus de Insulis, 
p. 108, dans les Beiträge zur Gesch. des Phil. im Mittelalter!. Dans la grande 


période de la scolastique, Dieu est seulement appelé principium sui, non causa sui. 
(R. Eucken.) 


Sur Cause, B. — Quand on dit : « A est cause de B », on veut dire : « L'existence 
de A est cause de l’existence de B. » Donc les causes et les effets sont des propo- 
sitions : ce sont ce que Meinong appelle « Annahmen ». (Ueber Annahmen, Leipzig 
1902). Cette observation est importante en ce qu’elle montre qu’une cause est 
un cas particulier d’une raison ; par où on se trouve ramené à un des postulats 
du rationalisme cartésien. Une proposition causale peut s’énoncer : A existe au 
temps t. 2 . B existera au temps t + At. (B. Russell.) 

Sur le passage du sens logique au sens physique et inversement, remarque” 


1. Contributions à l’histoire de la philosophie au Moyen Age. 


le texte suivant de Hogges : « Solent propositiones duae antecedentes proposi- 
tionis illatæ, sive consequentis, causas appelari. — Et ferri quidem potest hoc, 
etsi locutio ea propria non sit : cum intellectionis intellectio, sed non oratio 
orationis causa sit. » Logica, ch. 111 (Ed. Molesowrth, I, 38). 


Sur Cause, D. — On peut rapprocher de cette définition le texte suivant de 
Cicéron : « Causa ea est quae id efficit cujus est causa, ut vulnus mortis, cruditas 
Morbi, ignis ardoris. Itaque non sic causa intelligi debet ut quod cuique antecedat, 
id ei causa sit, sed quod cuique efficienter antecedat ; nec quod in campum 
descenderim id fuisse causae cur pila luderem, nec Hecubam causam interitus 
fuisse Trojanis quod Alexandrum genuerit, nec Tyndareum Agamemnoni quod 

ytemnestram : hoc enim modo viator quoque bene vestitus causa grassatori 
fuisse dicetur, cur ab eo spoliaretur. » (De fato, XV.) Ce texte est, de plus, inté- 
Pesant, en ce qu’il laisse indéterminée la nature de cette efficience insaisissable 
et qu’on y aperçoit le passage de la définition par responsabilité à celle par identité. 
oir ci-dessus la critique. 

Remarquer que KanT admet également le sens C du mot cause. Voir ci-dessus 

la définition du caractère* intelligible, et cf. Raison pratique, Introd., $ 1. (A. L.) 





CAUSE 


objets. « Daher der Synthesis der Ur- 
sache und Wirkung auch eine Dignität 
anhängt, die man gar nicht empirisch 
ausdrücken kann, nämlich dasz die 
Wirkung nicht bloss zu der Ursache 
hinzukomme, sondern durch derselbe 
gesetzt sei, und aus ihr erfolget, » Jb., 
À. 92; B. 104. — Il fait observer, à 
tort peut-être, que l'effet peut être 
contemporain de la cause (exemples 
du poêle et du coussin déformé par un 
poids) ; mais avec cette réserve que la 
succession n’en reste pas moins le seul 
critérium empirique pour reconnaître 
la cause et l'effet. (/bid., A 203; 
B 247 sqq.) 

E. « L’antécédent ou l’ensemble d’an- 
técédents dont le phénomène appelé 
effet est in variablement et incondition- 
nellement le conséquent. » (J. S. Mie, 
Logique, livre III, ch. v, et Philos. de 
Hamilton, XVI, 355.) — Cette défini- 
tion est, à certains égards, un cas parti- 
culier de celle de Kant. Mais elle omet 
systématiquement la liaison réelle, lo- 
gique et nécessaire dont la succession 
invariable est lesigne. Elle se rapproche 
en cela de la cause occasionnelle chez 
MALEBRANCHE. 





1. « C’est pourquoi à la synthèse de la cause et del'eftet 
s'attache de plus une dignité qu’il est absolument impos- 
sible d'exprimer empiriquement : elle consiste en ce que 
l'effet ne survient pas seulement à la suite de la cause, 
mais qu’il est posé par elle et qu'il résulte d'elle. » 

















. Le ne 


CRITIQUE 


1. Les mots cause et loi ont été 
opposés par Auguste Comte, qui con. 
fond sous le premier tout ce qui, dans 
cet ordre de rapports, lui paraît ne Pas 
pouvoir tomber sous l'observation . 
c’est-à-dire d’une part les puissances 
métaphysiques (causes efficaces) et de 
l'autre les structures ou les mécanisines 
insaisissables pour nos sens en raison 
de leur échelle, ou les substances maté. 
rielles impossibles à percevoir, et qu’on 
admet par hypothèse pour expliquer 
certains effets physiques. Voir en par. 
ticulier Cours, 28€ leçon, Théorie jon- 
damentale des hypothèses, où il en cite 
comme exemple les fluides, les tour. 
billons, les « systèmes sur les causes de 
la chute des corps ».. Il dit aussi, au 
même sens, « mode de production ». 
— J.S. Mie, sans contester la distinc- 
tion, ni le fond de Ia thèse, a fait obser- 
ver que cet emploi du mot cause est 
contraire à l'usage, et qu’il améne à 
des confusions. Il cite BAILEY (Phil. of 
the human Mind, 1, 219) qui a fait la 
même critique. 

Cependant, cet usage de Core est 
encore resté trés courant. Voir notam- 
ment toutes les citations et discussions 
contenues dans MEYERSON, {dentité et 
réalité, ch. 1 : « La loi et la cause. » 

2. Primitivement, le rapport de 


Sur Cause (Critique). — « J. LACHELIER. Je ne vois pas du tout la nécessité 
de cette identité. 11 me semble que c’est vouloir faire de la physique avec de la 
logique. La position d’un projectile en deux points différents de sa trajectoire 
n’est pas la même position. A plus forte raison, s’il s’agit de choses qui aient des 
natures, des qualités, il n’y a aucune identité entre ce qui produit et ce qui est 
produit. Il n’y a même plus, qualitativement, équivalence. Y en a-t-il moins 
causalité ? Celui qui ouvre les portes d’une écluse n'est-il pas réellement cause 
du passage de l’eau ? 

« À. LaLANDE. On peut le qualifier ainsi, si l’on veut. Mais sa causalité est 
subordonnée à la causalité beaucoup plus efficace de la masse et de la pesanteur 
de l’eau, sans lesquelles rien ne se produirait, et qui contiennent précisément, 
sous forme d’énergie de position, toute la raison des effets que pourra produire 
le courant. D’une façon générale, on peut appeler cause toute condition sans 
laquelle un phénomène n’aurait pas eu lieu : et l’on choisit, parmi ces conditions; 
pour la nommer ainsi, celle que désigne un intérêt pratique. Suivant qu’on veut 
mettre en cause telle personne ou telle circonstance, on dira qu’un accident a eu 


CAUSE 


use à effet paraît être celui d’un 
intelligent à l’acte qu'il a voulu et 
ont il est par conséquent responsable 
tia, cause; aœrtoc, responsable, cou- 
pit de aœitéw, demander). 
= Par anthropomorphisme, tous les 
s de la nature étant considérés 
mme agissant par des volitions, 
chaque phénomène naturel est rapporté | 
à une cause, c’est-à-dire à un esprit qui 
ga pensé et voulu. (Auguste Coure, 
Manser, James et J.S. Miir ; cf. Exa- 
mer de la philosophie de Hamilton, 
XVI, 355.) 
# Mais à mesure que la croyance à ces 
mes individuelles disparaît, la concep- 
#ion du rapport entre la cause et l'effet 
ke modifie. Celui-ci ne pouvant plus 
être contenu dans la volonté de la cause, 
en tant que pensée, est conçu comme 
contenu dans la nature de la cause (qui 
est objet de pensée pour le spectateur) ; 
l'effet devient par conséquent iden- 
lique à la cause et s’en distingue seule- 
ment par le fait d’être présenté comme 
élément d'un autre acte intellectuel 
pour le sujet connaissant. LEIBNIZ a 
formulé le premier au point de vue 
mécanique cette équivalence « de la 


cause pleine et de l'effet entier ». 
(Gerh. Phil., III, 45. Cf. De Equipol- 
lentia cuusue et effectus. Math., VI, 437.) 

Il est à remarquer que la cause et 
l'effet à ce point cle vue ne doivent pas 
ètre définis comme partiellement, mais 
comme totalement identiques : car, 
dans ce en quoi, il n'est pas identique 
à À, l’objet de pensée B n'est pas effet 
de À. C’est ainsi que, pour Hamilton. 
le principe de causalité signifie que 
« all that now is seen to arise under a 
new appearance had previouslv an exis- 
tence under a prior form... Then is thus 
conceived an absolute tautologr bet- 
ween the effect and its causes! ». (Lec- 
tures on metaphysics, XXX1X, VOI. II, 
1 377-8358. — Cf. RaBIER, Psychologie, 
page 355, note ; LALANDE, Principe de 
causalité, Revue philos., 1890, II, 233.) 
— Il faut cependant observer que dans 
le langage usuel et parlant suns préci- 
sion, on a l'habitude d'appeler effet 
tout. groupe de phénomènes qui pré- 
sente une certaine unité pour nos sens 














1. « Tout ce que nous voyons paraitre suus un nouvel 
aspect avait une existence antcrieure sous une autre 
forme. On conçoit ainsi une absolue tautologie entre 
l'effet et ses causes. » 





pour cause la désoheissance d'un enfant, ou l’imprudence d'avoir laissé près de 
lui un fusil chargé, etc. Mais ni l'un ni l'autre n’est essentiellement ct par nature 
la cause de l’événement. 

« J. LAcHELIER. D'autre part, si l'on ne considère dans les choses que ce 
qu’elles ont d’identique, il n’y a plus de devenir et par conséquent plus de causalité. 

« À. LALANDE. Cela est vrai: mais la causalité peut être justement definie, 
à cet égard, l’union intime, dans les représentations sensibles concrètes, « inté- 
grales », dirait Hamilton, d’un ou plusieurs éléments identiques, qui les relient, 
avec des éléments différents, qui les distinguent. » Résumé de la discussion, dans 
la séance du 7 mai 1908. — Cf. Condition*. 

V. Egger approuve entièrement la critique du mot Cause et propose de désigner 
ainsi les différents sens : C, cause active ; Det E, cause légale (au sens du mot 
allemand Gesetzmässig) ; enfin la cause, en tant qu'identique à son effet, pourrait 
être appelée cause mécanique. 11 estime qu’il serait correct et commode d'opposer 
la causalité vraie, C, caractérisée par la volonté, à la légalité de succession ou de 
Simultanéité, D et E. — On peut toutefois objecter qu'en dehors même de la 
Volonté, il y a lieu de chercher une liaison réelle, une causalité vraie entre les 
Phénomènes, comme le remarquent CicéËRON et KanT dans les textes cités plus 

aut. C’est à celle-ci que nous appliquons le nom de cause efficiente. Le terme 
Cause constituante nous paraîtrait encore plus exact. (A. L.) 


_.. 





CAUSE 


et dont une partie notable est effet (au 
sens strict) d’un autre groupe de phé- 
nomènes qu’on appelle alors sa cause. 
Par exemple, le vent est cause de la 
chute des feuilles. De là vient qu’une 
même cause peut produire différents ef- 
fets (au sens vague ; qu’un même effet 
peut résulter de différentes causes, soit 
concurremment, soit séparément, etc. 
— Cette définition usuelle a été en 
particulier opposée à celle de ITamiL- 
Tox par J.S. MizL, Examen, chap. x vi: 
De la causalité. — Les conséquences 
en sont développées dans la Logique 
du même auteur, livre 111, ch. v. 

En écartant ce sens vulgaire et indé- 
terminé, on peut considérer toutes les 
définitions de la cause comme une 
combinaison en proportions différentes 
des deux sens-limites définis plus haut. 
Le premier représente les origines psy- 
chologiques de ce concept ; le second 
correspond à sa valeur logique et à la 
direction dans laquelle il s’est déve- 
loppé par ses applications mécaniques : 
on peut observer en effet que la notion 
de cause, dans les sciences, est d’un 
usage d’autant plus rare qu’elles sont 
plus développées, et qu’elle tend à être 
remplacée par des lois énonçant la 
permanence ou l’équivalence de cer- 
taines grandeurs. 

Nous proposons donc de conserver 
au mot les deux sens en les distinguant 
par les expressions cause efficace et 
cause efficiente (S). 

Rad. int. : Kauz. 


Cause finale, voir Finalité*. 


CAVERNE ({xatxyeroc olxnois omn- 
Ans, PLATON). 

A. Allégorie de la caverne. (PLATON, 
République, VII, 1-2.) Comparaison de 
l’âme humaine dans son état actuel, 
c’est-à-dire unie au corps, à un prison- 
nier enchaîné dans une caverne, le dos 
tourné à la lumière, et ne voyant pas 
les choses réelles, mais seulement 
les ombres que projettent sur le fond 
du souterrain divers objets mobiles 
éclairés par un foyer. 






13 
LS 
B. Idoles de la caverne. (Idola spe. 

cus, Bacon.) Il appelle ainsi, en souve. 

nir de l’allégorie platonicienne, les er. 
reurs « quae ortum habent ex Propria 
cujusque natura et animi et Corporis. 
atque etiam ex educatione et consue. 
tudine, et fortuitis rebus quæ singulis 
hominibus accidunt ». (De Dignitate 
V, 4) ! 


CAVILLATION, D. Spitzfindigkei 
E. Cavilling, Quibbling ; I. Cavillazione, 
Cavillo. 

Argument verbal qui ne touche pas 
au fond sérieux des choses. « On à 
objecté à cette définition l'existence de 
désirs sans aucun pouvoir correspon- 
dant, et Kant n’a répondu que par 
une cavillation littéraire. » RENOUVIER 
Psychol. rationnelle, 2e éd., 1, 320. 


CÉCITÉ, D. Blindheit ; 
ness ; I. Cecità. 

État de celui qui n’a pas l'usage de 
la vue. 

La cécité mentale (D. Seelenblindheit ; 
E. Mind blindness ; 1. Cecità psichica), 
terme créé par CHARCOT, est un état 
dans lequel la vision brute n’est pas 
altérée, mais où les images perçues ne 
sont pas reconnues, quelques familières 
qu’elles soient (un ami, un livre, une 
lampe). 

La cécité verbale ou ulexie (D. W'or- 
terblindheit, Alexia ; F. Word-blindness, 
Alexia ; 1. Cecità verbale, Alessia) est 
l’incapacité de reconnaitre à la lecture 
le sens des mots écrits ou imprimés. 

La « cécité morale » (RiBoT, Psycho- 
logie des sentiments, 295, 349) est l’ab- 
sence du sentiment moral, l’indistinc- 


E. Blind- 


tion du bien et du mal. Cf. Folie 
morale*. 

Cécité des couleurs, V. Acliromatop- 
sie*, 

Rad. int. : Blind. 


CELANTES. Nom de Camenes*, consi- 
déré comme mode indirect de la 1re fi- 
gure. 


CELANTOS, mode subalterne* de 
Celantes*. 


dé. 


CELARENT. Mode de la 1re figure. 
Nul M n'est P 


; Tout S est M 


Donc Nul S n'est P. 


. CELARO ou Celaront. Mode subal- 
terne* de Celarent*. 


Cénesthésie, voir Cœnesthésie*. 


« CENSURE », D. Censur. — S. 
FreuD a donné ce nom à la fonction 
mentale qui fait obstacle à la mani- 
festation naturelle et sincère des désirs 
ou des images soumis au refoulement*, 
etqui se manifeste proprement par des 
lacunes, des déguisements, des trans- 
formations symboliques dans les faits 
conscients qui y correspondent. 


- CERCLE, D. Zirkel; E. Circle ; 
L Circolo. 
En Locique, A. Relation de deux 


termes dont chacun peut se définir par 
l’autre, ou de deux propositions dont 
chacune peut se déduire de l’autre. 

B. Plus généralement : relation de 
deux conditions telles que la validité 
de l’une dépend de la validité de l’autre 
(p. ex. dans le cas de deux autorités 
dont chacune permet une chose à con- 
dition que l’autre ne s’y oppose pas). 


Cercle vicieux, L. Circulus vitiosus, 
circulus logicus; D. id. ou Zirkel : 
Zirkelbeweis ; Zirkeldefinition ; — E. 
Circle ; I. Circolo vizioso. 

Faute de logique qui consiste à 
définir ou à démontrer une chose A 
au moyen d’une chose B, qui ne peut 
être définie ou démontrée que par la 
chose A. 


CRITIQUE 


On dit souvent, par abréviation, 
cercle pour cercle vicieux : mais toute 
téciprocité logique n’est pas vicieuse. 
Il y a des cas où B peut être défini ou 

émontré soit par À, soit indépendam- 
ment de A. Dans ce cas il y a cercle, 
Mais il n’est plus vicieux; de tels 
Cercles se présentent fréquemment dans 








_C E RTAIN 


toutes les sciences déductives, par 
exemple toutes les fois qu’un théorème 
et sa réciproque sont vrais, et peuvent 
se déduire l’un de l’autre. 

Dans le cas des deux autorisations, 
il y aurait cercle vicieux si chacune 
exigeait que l’autre soit préalablement 
donnée, sans condition ni réserve. 

Rad. int. : Cirkl. 


CERTAIN, D. Gewiss ; E. Certain ; 


I. Certo. 
19 En parlant des esprits : 
(sens large). Qui adhère à une 


assertion sans aucun mélange de doute : 
« À proprement parler, il n’y a pas de 
certitude, il y a seulement des hommes 
certains. » RENOUVIER, Psychol. ration- 
nelle, ch. xiv, 3e éd., I, 366. — La 
légitimité de ce sens est contestée. Voir 
n Observations sur Certitude*. 

(sens étroit). Qui adhère à une 
Rs vraie en reconnaissant avec 
évidence qu’elle est telle. 

2° En parlant des propositions ou des 
raisonnements : 

C. Vrai, connu pour tel, et donnant 
toute assurance à la pensée. « Quelques 
raisons certaines et évidentes... » Des- 
CARTES, Disc. de la Aléthode, II, 11. 
« Très vraies et très certaines. » 
Ibid., 111, 3. « Ce qui est requis à une 
proposition pour être vraie et cer- 
taine. » Zbid., IV, 3, etc. 

Physiquement certain, se dit, dans le 
calcul des probabilités, de l'événement 
« dont le contraire est physiquement 
impossible, ou. dont la probabilité ne 
diffère de l’unité par aucune fraction 
assignable, si petite qu’on la suppose : 
événement qu'il ne faut pourtant pas 
confondre avec celui qui réunit absolu- 
ment toutes les combinaisons ou toutes 
les chances en sa faveur, et qui est 
certain d’une certitude mathématique ». 
CourNoT, Essai, ch. m1, $ 34. — En 
un sens plus faible, cette expression 
s’applique quelquefois à ce dont le 
contraire n’a qu’une probabilité si 
minime, que nous ne tenons jamais 
compte, dans l’action, d’une chance de 
ce degré. 


CERTAIN 


D. Par une singulière anomalie, cer- 
tain Où un certain placé avant le mot 
auquel il se rapporte, marque au con- 
traire en français soit une atténuation 
de l’idée exprimée : « un certain cou- 
rage »; — soit une indétermination 
dans les conditions énoncées : « entre 
certaines limites ; dans certains cas »; 
— soit une particularisation indéter- 
minée d’une classe : « certaines doc- 
trines, certains peuples ». 

Rad. int. : À. B. C. Cert ; — D. Ul. 


CERTITUDE (D. Gewissheit; E. 
Certitude (au sens psychologique seule- 
ment); certainty (aux sens psycholo- 
gique et logique) ; I. Certezza). 

À. Psycn. État de l'esprit à l'égard 
d'un jugement qu’il tient pour vrai 
sans aucun mélange de doute. 

Cet état peut concerner soit un juge- 
ment tenu pour évident par lui-même, 
soit un jugement démontré, ou jugé 
tel. La certitude est appelée dans le 
premier cas iëmmédiate*, où intuitive* ; 
dans le second cas, médiate*, ou dis- 





. 134 


RL 


B. (En un sens plus étroit et plys 
complexe) : état de l'esprit qui adhère 
à une assertion vraie, en reconnaissant 
avec évidence qu’elle est telle. 

C. (En parlant des propositions ou 
des raisonnements) : caractère de te 
qui est certain, au sens C. 


CRITIQUE 


1. On doit éviter la formule usuelle 
« La certitude est l’état de l'esprit qui 
croit posséder la vérité » parce que 
croire a un sens trop vague, qui va de 
l'opinion la plus indécise à l’assenti- 
ment le plus absolu. 

2. Les termes qui désignent les de. 
grés et les nuances de l’assentiment 
sont employés sans aucune précision. 
Certitude en tant que « terme philoso- 
phique » est défini par Littré « convic- 
tion qu'a l'esprit que les objets sont 
tels qu'il les conçoit ». La conviction, à 
son tour, est définie par lui : « Certitude 
raisonnée. » — La croyance est une 
« opinion » ; plus loin, une « persuasion 
ou conviction intime ». Et l’opinion est 





cursive*. 
Certitude morale, voir ci-dessous. 


définie, comme « terme de logique », 
une « croyance probable ». Ces termes 








Sur Certitude, — Dans la rédaction primitive de cet article, nous avions admis 
les deux sens actuellement désignés par À et B, et cité comme exemple du premier 
le Papier de Pasral : « Joie. Joie. Certitude. » Mais cet usage du mot a été condamné 
à la séance du 7 mai 1903, par la grande majorité des membres de la Société 
présents à la discussion, notamment J. LacHELIER, qui a dit de ce mot de Pascal: 
« Au point de vue littéraire, il est admirable ; mais au point de vue philosophique, 
il est impropre. » MM. BELorT, Raux, Courunrar, BruxscHvice, se sont associés 
à cette opinion : et il a été rappelé que V. BrocHarD partageait également cette 
mamere de voir : « L'’adhésion de l’âme ne mérite le nom de certitude que si la 
chose pensée est vraie. Par là elle diffère de la croyance. » (De l’erreur, ch. vi, 
p. 95.) « La certitude ou connaissance. [s'oppose à la croyance] (Jbid., 96). — Il 
semblait donc qu'il v eût accord sur cette restriction ; et dans la publication du 
présent article en fascicule (Bulletin de la Société de Philosophie, juin 1903) ainsi 
que dans les trois éditions suivantes, le sens actuellement défini sous la lettre À 
n'avait pas été retenu dans le corps du Vocabulaire. 

Cependant, depuis lors, bien des protestations nous sont parvenues contre 
cette condamnation du sens À des mots certain et certitude. Frank Abauzit nous 
écrivait notamment, dès le 21 juin 1931, que cette spécification laissait l’idée 
d'adhésion forte de l'esprit. sans mélange de doute, dépourvue de terme propre; 
et que, puisque Pascal avait pris le mot au sens large, ainsi que Renouvier, il n€ 
devait pas être considéré comme incorrect de les imiter. — H. Delacroix était du 
même avis. Il a écrit (dans le Nouveau Traité de Psychologie publié sous la direction 


CERTITUDE MORALE 


t donc un domaine très mal défini, 
æ substituent l’un à l’autre dans un 
nd nombre de cas suivant les néces- 
gités euphoniques ou les commodités 
grammaticales, et ne se déterminent que 


lement* commune à tous les hommes 
ou logiquement communicable par la 
démonstration : cert. 

b. Adhésion forte de l'esprit pour des 
causesnonintellectuelles, individuelles : 





ar le contexte, quand il est suffisant. | kred. 
Nous définissons donc seulement in c. Adhésion faible, laissant place au 
abstracto les trois idées suivantes, pour | doute : opini. 


lesquelles nous proposons des radicaux 
internationaux. 

a. Adhésion forte de l'esprit pour des 
motifs d'ordre intellectuel, ou di: moins 
objectif ; c’est-à-dire évidence actuel- 


Certitude morale, L. Certitudo moralis. 
A. Au xviie siècle : état de l'esprit à 
l'égard de ce qui, sans être certain, au 
sens rigoureux du mot, présente cepen- 


EE 


de G. Dumas) : « Notre doctrine ne diminue pas l'écart que nous avons constaté 
entre la certitude et la vérité... Le doute s'impose à la certitude, comme une 
indispensable révision, comme condition de son progrès par l'élimination croissante 
de la subjectivité. » Tome V, fascicule 111, 192. — M. Marsal proteste, lui aussi, 
contre la restriction de ce mot aux connaissances indubitables d'ordre intellectuel. 
«Loin que la certitude du papier de Pascal, dit-il, ne soit que la contrefaçon de 
lacertitude authentique, c’est la certitude logique qui est factice (au sens cartésien) 
par rapport à la certitude psychologique et subjective. » 

Il y a des textes anciens et modernes qu’on peut invoquer dans le même sens. 
On lit, par exemple, chez MALEBRANCHE : « Pour ceux qui ne se contentent point 
de la certitude, à cause qu’elle ne fait que convaincre l’esprit sans l’éclairer, ils 
doivent méditer avec soin sur ces lois et les déduire de leurs principes naturels 
afin de connaître par la raison avec évidence ce qu'ils savaient déjà par la foi 
avec une entière certitude. » Recherche de la Vérité, VI, © partie, ch. vi, ad finem. — 
De même Espinas, dont le style est très chätié, n'a pas hésité à écrire : « Cessons 
de nous lancer l’anathème comme si nous étions autant de raisons infaillibles en 
possession du dernier mot des choses et que nos adversaires fussent des criminels 
ou des insensés. Mais je ne me dissimule pas que l'enthousiasme a toujours engendré 
la certitude, et l’étude des crises sociales ne montre que trop clairement l’immor- 
talité de l'illusion. » La philosophie sociale au X VIII® siècle, p. 103. 

En ce qui concerne Renouvie, il est vrai qu'il écrit, par exemple, que «la 
certitude est une assiette morale », etc. — Mais d'autre part, en disant : « Il n'y a 
pas de certitude, il n’y a que des hommes certains » (voir ci-dessus, certain*), il 
paraît reconnaître que le sens classique du mot implique bien une propriété 
objective des vérités certaines (au sens C), vérités dont il n’admet pas l’existence. 
Ce n’est qu’ensuite, après avoir pour ainsi dire rendu le mot inutile en ce sens, 
qu’il le reprend dans une autre acception. 

BrocnarD a dit, dans son livre sur L’Erreur, « La croyance est un genre qui 
Comprend la certitude où connaissance » (p. 98). Mais alors, si « connaissance » 
équivaut à « certitude », ainsi entendu, une bonne économie du langage ne favo- 
riserait-elle pas l'emploi de ce dernier mot au sens large ? On doit reconnaître 
ea tout cas que ceux qui l’adoptent ont pour eux d'excellents auteurs. 


Sur Certitude (Critique). — En dehors des causes intellectuelles d'adhésion, il y 
en a d’autres qui, pour ne pas être objet de l’entendement, n’en sont pas moins 
Sénériques ou générales, c’est-à-dire communes à tous ceux qui prendront les 
Moyens adaptés pour les acquérir, les vérifier et les communiquer. (M. Blondel). 





CERTITUDE MORALE 


dant une si haute probabilité qu’il 
serait déraisonnable de le croire faux. 
« Je distinguerai ici deux sortes de 
certitude. La première est appelée 
morale, c’est-à-dire suffisante pour ré- 
gler nos mœurs, ou aussi grande que 
celle des choses dont nous n’avons 
point coutume de douter touchant la 
conduite de la vie, bien que nous sa- 
chions qu'il se peut faire, absolument 
parlant, qu’elles soient fausses. » DESs- 
CARTES, Principes, ke partie, $ 205. 
Même sens dans la Logique de PorT- 
Royaz, 4e partie, ch. x1H. LEIBNIZ 
(Inédits publiés par Couturat, p. 515), 
définit de même le principium certi- 
tudinis moralis ; cf. Nouv. Essais, IV, 
xvI, Au xvine siècle, BUFFOoN, Con- 
DORCET, etc. l’'emploient également. 

B. Pour EuLer, le sens en est diffé- 
rent (au moins en principe, bien que 
les applications puissent coïncider) : 
« La certitude que nous avons de la 
vérité des choses que nous ne savons 
que par le rapport des autres est nom- 
mée certitude morale, parce qu’elle est 
fondée sur la foi que meritent ceux qui 
les racontent. » Lettres, 51. 

C. Chez OLLÉ-LAPRUNE (De la cer- 
titude morale, 1880) et souvent au 
xixe siècle : croyance forte, au sens B, 
ou conviction, au sens A. 


CESARE. Mode de la 2e figure, se 
ramène à Celarent par la conversion 
de la majeure. 


Nul P n'est M 
Tout S est M 
Donc Nul $S n'est P. 


CESARO. Mode subalterne* de Ce- 


sare*. 


Chair, voir Esprut*. 








13 


CHAMP de la conscience, D. Umfan 
des Bewusstseins ; E. Field of conscious. 
ness OÙ area of consciousness ; 1. Campo 
della coscienza. 

L'ensemble des phénomènes qui ap. 
paraissent, à un moment donné, à une 
même conscience personnelle, par oppo. 
sition aux phénomènes subconscients 
ou inconscients. 


CRITIQUE 


Il existe pour chaque individu tout 
une classe de phénomènes qui ne sont 
pas présents dans le champ de la cons. 
cience à un moment donné, mais qui 
sont néanmoins immédiatement à sa 
disposition, en ce sens qu'il peut les y 
rappeler par un simple acte de volon. 
té : parexemple, pourtout individu nor- 
mal, son nom, son adresse, les connais- 
sances techniques ou scientifiques dont 
il fait habituellement usage, etc. En 
dehors de ce champ sont encore d’autres 
états de conscience : souvenirs totale- 
ment impossibles à retrouver, mais qui 
peuvent néanmoins reparaître, etc. 
Nous proposons d'appeler champ actuel 
l’ensemble des phénomènes immédia- 
tement présents, et champ virtuel l’en- 
semble des phénomènes qu’on peut 
faire raparaître à volonté. 

Il est entendu que l’un et l’autre ne 
sont pas bornés d’une manière rigou- 
reuse. 


Champ d'une relation, D. Umfang ; 
E. Field ; 1. Campo. 

Ensemble des termes entre lesquels 
cette relation peut être affirmée. Dans 
une relation binaire (ou dyadique), on 
appelle domaine de la relation l’en- 
semble des termes antécédents et codo- 


maine (ou domaine converse) l'ensemble 
des termes conséquents. Soit par exem- 
le R = mari de, le domaine est l’en- 
semble des maris, le codomaine l’ensem- 
ble des femmes, le champ l’ensemble 
des gens mariés. — Voir COUTURAT, 
Principes des mathématiques, ch. 1, et 
Revue de Métaph., 190%, 41-42. 
Rad. int. : Feld. 


Champ visuel, D. Sehfeld ; E. Field 
of vision ; I. Campo pisivo. 

A. Cône dans lequel doit étre com- 
pris un objet pour donner une sensa- 
tion visuelle, l’œil étant immobile. 

B. Ensemble psychologique des ob- 
jets qui tombent sous le regard à un 
moment donné (cet ensemble étant 
limité à la fois par l'angle maximum 
sous lequel la vision est possible, la 
distance maxima qu'elle comporte, et 
les obstacles que les différents objets 
forment à la vision les uns des autres). 


CRITIQUE 


Outre ces deux sens fondamentaux, 
il y a encore lieu de distinguer le 
champ visuel d’un œil et celui des deux 
yeux ; le champ visuel d’un œil (ou de 
deux yeux) fixes, et celui d’un œil (ou 
de deux yeux) mobiles. Wunpr les 
distingue par des épithètes ajoutées au 
mot Sehfeld. (Voir Grundzüge der phy- 
siol. psychol., 4e éd., 11, 108, 124, 186.) 
— BazDwin, vo, définit champ visuel 
et ses équivalents « la somme totale 


CHANCE 


des sensations visuelles excitées par 
les stimulus agissant sur une rétine 
immobile à un moment donné. Le 
champ visuel, ajoute-t-il d'après HEL- 
MHOLTZ, est pour ainsi dire la projec- 
tion extérieure d’une rétine, avec 
toutes ses images et ses particularités ; 
il propose champ de regard (D. Blick- 
feld ; E. Field of regard ; 1. Campo di 
sguardo) pour désigner « l’espace qui 
peut être traversé par le regard de 
l'œil en mouvement ». Cette distinction 
nous paraît peu utile. Il semble qu’on 
pourrait utilement conserver les deux 
termes indiqués, mais en appliquant 
champ de regard au sens B et champ 
sisuel au sens A. 


CHANCE, D. A. Fall, B. Zufall; 
C. Glück ; — E. Chance (très large), 
— ]. Caso, Fortuna. 

Du bas-latin cadentia, chute. (Cf. I. 
Cadenza, chute, cadence.) Primitive- 
ment, la façon dont tombent les dés, 
dont tournent les événements. Cf. Ca- 
sus, cas, qui viennent aussi de cadere. 

A. L'une des manières dont peut se 
produire un événement aléatoire. «… il 
est clair que le nombre des chances 
possibles ne changera pas, non plus 
que celui des chances favorables à 
l'extraction d'une boule noire ». La- 
PLACE, Essai philosophique sur les 
probabilités, Ed. Gauthier-Villars, 1921, 
p. 6. — « Une chance à courir. » 

B. Quelquefois, par extension, le 


Sur Champ de la conscience. — Il faut remarquer que le champ de la conscience 
n'est pas fixe, mais variable pour un individu, et que certaines maladies comme 
l'hystérie sont précisément caractérisées par le « rétrécissement du champ de la 
conscience ». (Pierre Janet.) 


Sur Champ psychologique. — Cette expression et cette notion, utilisées par 
plusieurs psychologues contemporains (notamment Lewin) ont été mises en 


discussion par M. Raymond Ruyer dans la séance de la Société du 26 novem- 
bre 1938. (Voir Bulletin, janvier 1939.) Voici le résumé qu’il nous à donné de sa 
critique : « La notion de champ, qu'il s’agisse d'un champ physique ou d’un champ 
psychologique, implique nécessairement une certaine unité spatio-temporelle, qui 
rend le champ propre à être un lieu de formes. Mais cette unité est d'un ordre tout 
différent selon qu'il s’agit de l’un ou l’autre cas. Dans le champ physique, tout 
au moins pour la physique classique, l'unité est réalisée par des interactions de 
proche en proche, et les formes obéissent à des principes d’ «extremum ». Dans le 
€ champ » psychologique, l’unité est primaire, obtenue par une sorte de « survol 
absolu », et les formes sont thématiques : elles obéissent à une normativité écono- 
mique, ou esthétique, etc. La ligne droite d’un animal vers sa proie n'est pas une 
trajectoire « extrémale », à la manière d’une géodésique, c’est un trajet écono- 
mique. La Gestalttheorie consiste à méconnaître cette distinction. » (R. Ruyer.) 








CHANCE 


hasard* lui-même. (Sens plus rare en 
français, mais très fréquent en anglais.) 
— « Chanceux » au sens propre, veut 
dire aléatoire. 

C. Chance favorable ; souvent avec 
l’idée qu'il existe (soit momentané- 
ment, soit d’une façon constante pour 
un individu donné) une sorte d’in- 
fluence occulte déterminant l’arrivée 
fréquente de chances heureuses. « Un 
joueur ne croira pas avoir gagné par 
hasard s’il croit « avoir eu de la chance». 
F, Rauu, Discussion à la séance du 
? juillet 1907. Voir OnanaA, Dela chance, 
et cf. ci-dessous hasard*, Observations. 

Rad. int. : À. Chanc; B. Fortun. 


CHANGEMENT, D. Aenderung, Ve- 
ründerung, Wechsel (voir Remarque) ; 
E. Change (dans les deux sens) ; Alte- 
ration (au sens A); I. Cambiamento, 
Mutazione. 

A. Acte par lequel un sujet perma- 
nent se modifie, ou est modifié dans 
quelqu'un ou dans quelques-uns de ses 
caractères. 

B. Transformation d'une chose en 
une autre, ou substitution d’une chose 
a une autre. 


REMARQUE 


Ces deux sens ont été nettement dis- 
tingués par Kanr dans la Critique de 
da Raison pure : il attribue exclusive- 
ment au mot Veränderung le sens A, 
et au mot Wechscl le sens B. (Analogies 
de l'expérience ; 1r2 analogie, A. 187: 
B. 230.) Bien que le premier, par son 
étvmologie, évoque plutét, en effet, 
l'idée d’altération, et le second celle 
d’alternance, cette spécialisation n’ap- 
partient pas à la langue usuelle : pour 
« changer d’habits », on peut dire aussi 
bien « Seine Kleider wechseln » que 
« Seine Kleider verandern ». 

Il faut, du reste, remarquer que 
même au sens B, il faut, sinon un sujet, 
du moins un cadre, un contexte défini 
et restant le même pour qu’on puisse 


| mieux Caruas ; D. 










138 


parler de transformation ou de substi. 
tution. 
Voir Action*, Altération*, Devenir* 
Permanence*, Substance*. É 
Rad. int. : Chani. 


CHAOS, G. xos (gouffre, abime) 
D. E. Chaos ; 1. Cuos. 

A. Primitivement, vide obscur et 
sans bornes qui préexistait au monde 
actuel, mais non pas, semble-t-il, ; 
titre de réalité éternelle. Voir PLaTox, 
Banquet, 178 B. 

B. Postérieurement (et peut-être 
sous l'influence d'idées orientales ; cf. 
Genèse, I, 2), mélange confus de tous 
les élérnents du monde, avant qu'ils 
ne fussent mis en ordre par une puis- 
sance organisatrice. 

C. Par suite, ensemble désordonné 
et disparate. « La diversité absolue 
d’un chaos ne pourrait recevoir l’occa- 
sion d’aucune action et par consé- 
quent d'aucune pensée. » G. Bacur- 
LARD, Essai sur la connuissance appro- 
chée, p. 277. 

Rad. int. : Kaos. 


CHARITÉ, G. &yé&rn; L. Charitas on 
Liebe, Wohltütig- 
keit ; E. Charity ; I. Carita. 

A. Dans la langue de la théologie et 
de la morale chrétiennes, ce mot dé- 
signe la plus grande des trois vertus 
théologales (Paul, I Corinth., x111, 13). 
Cette vertu consiste dans l’amour de 
Dieu lui-même et du prochain en bicu. 
Par suite, le mot présente un caractère 
religieux qui le distingue de toute 
forme de la philanthropie pure et 
simple. 

On voit en mème temps qu'il ne 


‘ désigne pas tant une catégorie d’actes, 
| un mode de conduite que le principe 


même de la vertu, l'inspiration d’où 
émane la moralité. 

B. En dehors de toute acception 
théologique le terme charité est cou- 
rant aujourd'hui en morale, où il est 


Sur Changement. — Texte de Kant signalé par M. M. Marsal. 


ordinaire mis en antithèse avec celui 
e justice. Mais cette antithèse peut 
entendre de deux manières : 

4° Ou bien on y trouve une division 
Mu domaine même de la moralité, une 
distinction de deux sortes d'actes : les 
devoirs de charité, ou positifs, S'OppO- 
sent alors aux devoirs de justice, ou 
négatifs, en tant que les premiers ne 
sont pas exigibles comme les seconds ; 
les premiers consistent à faire positive- 
ment du bien à autrui en donnant 
quelque chose de soi, les seconds se 
réduisent à éviter de faire du mal à 
autrui, d’empiéter sur autrui. La cha- 
rité est alors bienfaisance*. [Wokliü- 
tigkeit, Beneficence [SPeNCEn, Princ. 
of Ethics, part. Vet Vi]. Cf. Devoirs 
larges, devoirs stricts.) . 

. 90 Ou bien on envisage l’antithèse 
de la charité et de la justice comme 


celle d’un principe général, subjectif, | 


affectif et d'une règle pratique, objec- 
tive, sociale de la moralité. La justice 
et la charité ne sont plus alors deux 
règles juxtaposées et complémentaires 
entre lesquelles se partage le champ de 
la moralité, puisqu'il est possible qu'un 
principe de dévouement et d'amour 
soit le ressort même des actions sim- 
plement justes: puisque inversement, 
la règle de la justice peut s'étendre au 
domaine entier du devoir en détermi- 
nant dans quelles limites et dans 
quelles formes notre charité peut lègi- 








CHOSE 


a ——— ——————— 


timement s'exercer. La charité est alors 
amour (’Ayarn, Liebe). 


CRITIQUE 
Nous proposons de restreindre le mot 
au sens À, et d'employer au sens B, 
19 : Bienfaisance ; au Sens B, 2° : Bonte. 
Rad. int. : Karitat. 


« CHASSE de Pan », L. Venatio Panis 
{Bacon, De Dignit, livre V, ch. 111. 
Ensemble des procédés expérimentaux 
servant à l'exploration de la nature, 
pour constater des faits, avant d'en 
venir à l’ «interprétation de la nature » 
et aux « tables* d’induction ». 


« Chiffre », voir Supplément. 


CHOSE, D. Ding, Sache ; E. Thing; 
I. Cosa. 

A. Le langage courant désigne par 
ce mot tout ce qui peut être pensé. 
supposé, affirmé ou nié. C'est le terme 
le plus général pouvant tenir lieu de 
tout ce dont on pose l'existence, fixe 
ou passagère, réelle ou apparente, 
connue où inconnue. 

B. THÉORIE DE LA CONNAISSANCE. 
19 Sens empirique. Ce terme exprime 
l'idée d'une réalité envisagée à l’état 
statique, et comme séparée ou sépa- 
rable, constituée par un système sup- 
posé fixe de qualités et de propriétés. 
Lo chose s'oppose alors au fait ou au 


Sur Charité, B. — On trouve en plusieurs passages de Leisniz cette formule : 
« La justice est la charité du sage. » (L. Couturat.) 


Sur Charité (Critique). — Malgré l’exactitude de ces distinctions, j'estime que le 
inot charité ne fait jamais équivoque, et peut être conservé dans son usage actuel. 
Entre ces trois significations il n’y a que des nuances, lesquelles sont des reflets 
des doctrines sur l’idée. La charité s'oppose surtout à la bienfaisance, en ce qu'on 
peut être bienfaisant par intérêt ou vanité, mais non charitable ; à la bonté, en ce 
que ce dernier mot est équivoque, et s'applique souvent à l’altruisme inintelligent 


et inactif. (V. Egger.) 


L'amour désigné par &y#rn, qui unit l’aimant et l’aimé, et qui comporte en 
général réciprocité, est très différent de l’amour désigné par pa, sorte de gravi- 
tation de l’aimant vers l’aimé, qui laisse en principe l’aimé indifférent, comme 
dans le cas du Moteur Immobile. (E. Bréhier.) 


Cf. Amour*, Critique. 





CHOSE 









phénomène. « La lune est une chose, 
l’éclipse est un fait. » 

En ce sens, chose et objet sont souvent 
employés comme synonymes. Mais, ri- 
goureusement, ce dernier terme est 
plus étendu puisqu'il s’applique à tout 
ce qui est susceptible d’être perçu, 
aussi bien aux phénomènes et aux rap- 
ports qu’aux choses. 

20 Sens métaphysique. « Chose en 
soi. » {Ding an sich; thing in üself ; 
cosa in se.) Ce qui subsiste en soi-même 
sans supposer autre chose. C’est ainsi 
que KaAnT raisonne fréquemment en 
partant de cette hypothèse : Si les 
phénomènes étaient des choses en soi. 
voulant dire par là : si les phénomènes 
étaient quelque chose qui subsistât en 
dehors de ma représentation (comme 
le réalisme naïf l’imagine). De là vient 
que cette expression, d’abord négative, 
est ensuite appliquée au noumène*, en 





__. 140 
tant qu’il jouit de cette indépendance 
à l'égard de la représentation. — Voir 
En Soit. 


C. ÉTuique. La chose s'oppose à la 
Personne*. La chose ne s’appartient pas 
à elle-même, elle peut être possédée, 
elle ne peut être conçue comme Je 
sujet d’aucun droit. La Personne est 
sui juris ; elle peut posséder la chose 
elle peut avoir des droits. 

Rad. int. : Res. 


« CHOSISME », quelquefois em- 
ployé comme synonyme de réalisme* 
naïf. Voir Réalisme*, critique (S). 


CHRÉMATISTIQUE, du grec ypnua- 
TLOTIXA,  ARISTOTE science de la 
richesse. 

On appelle conception chrématistique 
de la science économique, celle qui 
prend pour but de rechercher « la mul- 


Sur Chose, B, 1°. — Même dans l’usage vulgaire et en dehors de toute théorie 
philosophique on distingue deux sens du mot chose : a) l’objet quelconque d’une 
pensée ; b) le sujet par opposition aux prédicats. (J. Lachelier.) 


Sur Chose, B, 2°. — « Sind Erscheinungen Dinge an sich selbst, so ist die 


Freiheit nicht zu retten.. Wenn dagegen Erscheinungen für nichts mehr gelten 
als sie in der That sind, nämlich nicht für Dinge an sich sondern blosse Vorstel- 
lungen, … so, etc.l. » (KAnNT, Critique de la Raison pure, Antinomies, section IX, 


$ 3.) 


Sur Chose, B, 1°. — La chose (empirique) apparaît comme un sujet fixe de 
phénomènes accidentels. Mais les qualités mêmes qui, à l’expérience immédiate, 
semblent plus ou moins permanentes, sont reconnues changeantes. En poussant 
à la limite l’idée d’un sujet permanent de tous les phénomènes ou qualités on 
arrive donc à l’idée d’un substratum absolument fixe qui serait la Chose en soi. 

— D'autre part, comme l’analyse réduit les qualités immédiatement perçues, 
objet de connaissance actuelle, à de simples apparences ayant pour fondement 
des propriétés plus profondes, plus générales et plus fixes, dès lors plus réelles, 
on forme à la limite le concept de ce que serait la chose en elle-même par oppo- 
sition à ce qu’elle est pour nous, de ce qu’elle serait indépendamment des appa- 
rences, c’est-à-dire en dehors de toute connaissance actuelle ou possible. 

— En ce sens, le mot chose en soi s'oppose au terme de phénomène (au sens le 
plus étendu) et est à peu près synonyme de substance (au sens métaphysique). 
Mais ce dernier est plus général. Le terme de chose en soi, en raison de son origine 
même, implique une certaine idée d’objectivité qui empêche qu'on ne l’applique 
à l’esprit, comme il arrive pour le terme substance. (G. Belot.) 


1. « Siles phénomènes sont desehoses, en soi, la liberté est impossible à sauver. si au contraire les phénomènes © 
sont tenus que pour ce qu'ils sont réellement, non des choses en soi, mais desimples représentations, alors, etc.» 


qu 





4 


} 


po us 


tiplication la plus grande possible des 
richesses, sans qu’il soit fait état de 
Putilité plus ou moins grande que pren- 
nent ces richesses selon qu’elles vien- 
nent à êétreconsommées par tel individu 
ou par tel autre ». (Lanpry, L'idée de 
justice distributive, Revue de Métaph., 
IX, 741.) 

Ce terme est généralement péjoralif. 
Voir les Observations. 


CINÉMATIQUE, D. Kinematik; E. 
Kinematics ; 1. Cinematica. 

Terme créé par AMPÈRE (Essai sur 
la philosophie des sciences, 1834). 

Partie de la Mécanique : science du 
déplacement, c’est-à-dire du mouve- 
ment, abstraction faite des forces qui 
sont supposées le produire. On y étudie 
les positions successives des corps mo- 
biles dans leurs relations de dépen- 
dance et de simultanéité. La partie 
pratique de cette science est la théorie 
des appareils mécaniques au point de 
vue de la transformation des mouve- 
ments. Cf. DYNAMIQUE. — Synonyme 
ancien : PHoRoNOMIE (Leibniz, Kant). 


CIVILISATION 


Cinesthésique, voir Æinesthésique*. 
Cinétique (énergie). Voir ÉNERGIE. 


« Civil (État) », état de société 
opposé à l’état de nature, et résultant 
du contrat social, chez J.-J. Rousseau, 
Saint-Just, etc. 


Civile (Liberté), voir Observations 
ci-dessous et Supplément. 


CIVILISATION, D. Kultur, Civilisa- 
tion ; E. Civilization ; I. Civiltà. — 
Sur l’histoire de ce mot, voir Lucien 
FEBVRE, Civilisation, évolution d’un 
mot et d’un groupe d'idées, dans le fas- 
cicule II des Publications du Centre 
International de Synthèse (1930) ; et cf. 
ci-dessous Culture*. — Cf. H. Marrou, 
Culture, civilisation, décadence, Revue 
de Synthèse, décembre 1938. 

A. Une civilisation est un ensemble 
complexe de phénomènes sociaux, de 
nature transmissible, présentant un 
caractère religieux, moral, esthétique, 
technique ou scientifique, et communs 
à toutes les parties d’une vaste société, 





Sur Chrématilstique. — Xpmuatiotixn, chez Aristote, veut dire l’art de gagner 
de l’argent. Il s’y attache déjà une certaine défaveur : c’est ainsi que dans la 
Politique, I, ni, il fait remarquer que l’argent monnayé (véutoux) n’est pas une 
richesse par nature, mais seulement par convention (vôuew, opposé à puoua) : 
«C’est une étrange richesse que celle dont le possesseur, si bien qu’il en soit pourvu, 
mourra de faim comme le Midas de la fable, qui par l'effet de son souhait cupide, 
voyait se changer en or tout ce qu’on lui servait. » (1257b 14-17.) De même chez 
8ismondi : « Bien qu’elle (l’économie politique orthodoxe) ait réfuté définitivement 
l'erreur du mercantilisme, elle constitue un mercantilisme d’un nouveau genre, ne 
considère que les intérêts du marchand, et pense avoir assuré par là ceux de la 
collectivité tout entière, ce qui serait vrai seulement si elle se composait tout 
entière de marchands. Elle n’est pas économie politique véritable, art d'aménager 
la cité, dans l’intérêt général, mais art de l’enrichissement individuel, « chréma- 
tistique », selon le mot créé par Sismondi. » Elie HaALÉVY, Sismondi, Introd., p. 15. 
Dans ce texte, « créé » serait avantageusement remplacé par « repris ». (M. Marsal). 


Civile (Liberté). — Quelques correspondants nous ont demandé de mentionner 
et de définir cette expression, actuellement tombée en désuétude : M. H. Capitant 
et M. G. Davy, que j’ai consultés sur ce point, ont été d’accord pour répondre 
Qu'on ne la rencontre plus chez les jurisconsultes contemporains. Déjà l’article 
Liberté, par Émile Saisset, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques de 
Franck (1843 ; 29 édition, 1875) se borne à distinguer entre « liberté morale » et 
« liberté politique ». — Voir au Supplément l’histoire de ce terme. 


LALANDE. — VOCAB. PHIL. 7 





CIVILISATION 





152 


2 —— ——,, 


ou à plusieurs sociétés en relations. 
« La civilisation chinoise ; la civilisation 
méditerranéenne. » 

Aire de civilisation (D. Kulturkreis), 
surface géographique sur laquelle s’é- 
tend une civilisation. — Couches de 
civilisation (D. ÆAulturschichten) s’est 
dit primitivement des couches maté- 
rielles superposées qui montrent, dans 
les fouilles archéologiques, les restes de 
civilisations successives; puis, plus 
généralement, s’est appliqué à des 
civilisations superposées l’une à l’autre 
dans une même aire géographique, et 
telles que des monuments ou des ins- 
titutions de la plus ancienne survivent 
dans la plus récente. — Langues de 
civilisation (D. Aultursprachen) ; celles 
qui possèdent une littérature, et sont 
ermployées comme moyen d'expression 
d'idées politiques, historiques ou scien- 


tifiques. Voir, sur l’ensemble du sens À, | 


M. Mauss, Les civilisations. éléments et 
formes, dans le recueil du (‘entre de 
Synthèse cité plus haut. 

B. La civilisation (opposée à l’état 
sauvage ou à la barbarie) est l'ensemble 
des caractères communs aux civilisa- 
tions (au sens À) jugées les plus hautes, 


rope et des pays qui l’ont adoptée dans 


ses traits essentiels. « Si un pareil esprit : 


(l'esprit de puissance individuelle) ve- 
nait à régner parmi nous, ce serait la 
fin de toute civilisation, de toute ten- 
dance à la raison... » RENAN, Dialogues 
philosophiques, p. 65. — Le mot, en ce 
sens, présente un caractère nettement 
appréciatif. Les peuples « civilisés » 





s'opposent aux peuples sauvages ou 
barbares moins par tel ou tel trait 
défini que par la supériorité de leur 
science et de leur technique, ainsi que 
par le caractère rationnel de leur orga. 
nisation sociale. Voir, dans le recueil 
déjà cité, NicEFoRO, L.a civilisation, Le 
problème des valeurs ; Louis WEren, 
Civilisation et technique. 

Civilisation, ainsi entendu, implique 
aussi, dans une assez large mesure 
l’idée que l'humanité tend à devenir 
plus une et plus semblable dans ses 
différentes parties : « L'histoire nous 
montre la civilisation s'étendant peu à 
peu à tous les pays et à tous les peu- 
ples. » G. Monon, Fistoire; De la 
méthode dans les sciences, 17e éd., 1. 355. 

C. (Plus rare.) Action de civiliser, 
de produire ou d’accroître la civilisa- 
tion au sens B. — Action de se civiliser. 


REMARQUE 


Nous avons classé les sens «dans 
l’ordre où il était le plus facile de les 
définir l'un par l’autre; mais histori- 
quement, les sens B et C sont les plus 
anciens ; tous deux paraissent dater 


: de la seconde moitié du xvuie siècle: 
c’est-à-dire pratiquement celle de l'Eu- 


le sens A, des dernières années du 
XIX®, 

Rad. int. : A. Civilizajo, B. Civi- 
lizeso ; C. Civilizigo, Civilizijo. 


CLAIR, adj., L. Clarus; D. Klar; 
E. Clear ; I. Chiare. Voir Distinct*. 

A. Pour DEScARTES, connaissance 
« qui est présente et manifeste à un 
esprit attentif », de telle sorte qu'il 


LR 443 


n'ait aucune occasion d'en mettre en 


-doute la réalité et la valeur. (Prénctpes, 


5. 
‘ ; mr LeiBni7, idée telle qu’elle 
suffit à faire reconnaître son objet et à 
Je faire distinguer de tout autre. (Gerk. 
Phil. Schriften, IV, p. 422.) C'est ce 
que DESCARTES appelait Distinct*. 
Rad. int. : Klar. 


CLAN, D. Sippe ; E. Clan; I. Clan. 

Terme celtique emprunté au système 
familial d'Irlande, de Galles et d'Écosse, 
et adopté par les sociologues pour dé- 
signer d’une manière générale le grou- 
pement social dit « primitif ». Ce grou- 
pement se définit essentiellement par 
linterdiction du mariage à l’intérieur 
du groupe (exogamie). Le clan est donc 
moins étendu que la tribu, qui est un 
groupement territorial et politique par 
rapport auquel il y a d’ordinaire endo- 
gamie (cf. DuRKHEIM, Ann. Sociolog., 
I, 9 et 31; Power, Sociology, dans 
Année Soc., 1V, 125). Le clan se carac- 
térise en outre soit au point de vue reli- 
gieux par l’unité du Totem (clans aus- 
traliens, Peaux-Rouges, d’après Dur- 
KHEIM, ibid. ; FRAZER, T'otemism), soit 
au point de vue juridique par la soli- 
darité qui unit les membres pour la 
vengeance du sang et qui l’interdit 
entre eux (le Hajj arabe d’après Ro- 
bertson Suit et Prokscun, Ueber die 
Blutrache bei den vorislamischen Ara- 
ben), soit au point de vue militaire 
par sa constitution en unité guerrière, 
ou enfin au point de vue économique 
par la propriété commune (Zadruga 


CLASSE 


Serbe, Township écossais, d’après La- 
VELEYE, La Propriété et ses formes pri- 
mitices, Ch. xviI, XXIX sqq.). 


CLASSE, D. ÆÂlasse; E. Class; 
1. Classe. 

A. Locique. Ensemble d’objets dé- 
fini par le fait que ces objets possèdent 
tous et possèdent seuls un ou plusieurs 
caractères communs. Se représente en 
Logique symbolique par l’abréviation 
Cls. (PEANO, Formulaire de Logique 
mathématique, $ 2.) Terme général dési- 
gnant l’idée dont genre et espèce sont 
les cas particuliers (S). 

B. MéÉruonoLocie. On appelle spe- 
cialement classe en biologie la division 
intermédiaire entre les embranchements 
et les ordres {classes des mammifères, 
oiseaux, poissons, etc.). 

C. Sociozoc1E. Une classe est un 
ensemble d'individus placés à un même 
niveau social par la loi ou par l'opinion 
publique. (Cf. Caste*.) Ce mot présente 
actuellement une tendance à s’appli- 
quer surtout, par suite de l’effacement 
graduel des distinctions sociales autres 
qu'économiques, à la distinction des 
citoyens suivant le niveau de leurs 
revenus et suivant la manière diffé- 
rente dont ils se le procurent : cultiva- 
teurs, ouvriers, employés, industriels, 
petits commerçants, grands négociants, 
professions libérales, propriétaires, ren- 
tiers, etc. 

Enfin, le sens de ce mot a été encore 
plus spécialisé par la théorie commu- 
niste*, suivant laquelle les classes so- 





ciales seraient en voie de se réduire à 


Sur Civilisation. —- Le sens B, qui est appréciatif, est ambigu ; l'appréciation 
peut porter sur un état de choses déjà réalisé, ou énoncer un idéal peut-être 
lointain. Le titre du premier livre de G. Duhamel, publié pendant la guerre 14-18. 
jouait sur ce double sens, comme depuis beaucoup de satires sur la colonisation, 
L'appréciation favorable de notre civilisation occidentale n’est peut-être favorable 
que par idolon tribus. Chez Fourier, l’import de civilisation est péjoratif ; il enve- 
loppe d’un même mépris la barbarie et la civilisation. La civilisation est le qua- 
trième limbe, précédé de 1) la sauvagerie ; 2) le patriarcat ; 3) la barbarie ; et elle 
sera suivie, Fourier et Dieu aidant, du cinquième limbe, le garantisme. (M. Marsal.) 

En allemand, le mot civilisation, quand il est opposé à culture, désigne surtout 
le progrès extérieur et matériel. (E. Bréhier.) 





Sur Classe. — « Toute l'histoire de la société humaine jusqu’à ce jour est 
l’histoire de luttes de classes { Alassenkämpfen)... Aux époques de l'histoire qui 
ont précédé la nôtre, nous voyons à peu près partout la sotièté offrir toute une 
organisation complexe de classes distinctes, et nous trouvons une hiérarchie de 
rangs sociaux multiples. Notre âge, l’âge de la bourgeoisie, a néanmoins un 
Caractère particulier : il a simplifié les antagonismes de classe. De plus en plus, 
la société tout entière se partage en deux grands camps ennemis, en deux grandes 
classes directement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. » Marx et ENGELS, 
Manifeste communiste (1872), trad. Andler, p. 20 et 21. — Texte communique 
par M. M. Marsal. 


F. 


CLASSE 


deux seulement : prolétariat et bour- 
geoisie. (Voir le texte cité aux Obser- 
vations.) C’est surtout à cette dernière 
acception que se rapportent actuelle- 
ment les expressions « lutte de classes », 
« parti de classe », « conscience de 
classe », etc. 


CRITIQUE 


Par suite des transformations de sens 
qui viennent d’être rappelées, l'emploi 
de ce mot en matière sociale prête 
facilement au sophismè quand l’accep- 
tion n’en est pas expressément spécifiée. 

Rad. int. : Klas. 


CLASSIFICATION, D. Klassifikation; 
E. Classification ; 1. Classificazione. 
. À. Répartition d’un ensemble d’ob- 
jets en un certain nombre d’ensembles 
partiels coordonnés et suhordonnés. 
B. Manière d’ordonner entre eux des 


concepts, suivant certaines relations | 


qu’on veut mettre en évidence : rela- 


tion de genre à espèce ; relation de tout : 


à partie; relations de généalovie, de 
hiérarchie, etc. (DurAND De Gros, 
Aperçus de taxinomie générale. 

On appelle classification artificielle 
celle qui dépend de caractères arbitrai- 
rement choisis, et qui n’a pour but que 
de permettre de retrouver rapidement 
chaque objet par la place qu’il occupe, 
ou réciproquement ; classification natu- 
relle, celle qui a pour but de rapprocher 
les objets qui ont le plus de ressem- 
blances naturelles, et de préparer 
ainsi la découverte des lois. 


CLAUSTROPHOBIE, D. Ælaustro- 
phobie, etc. 

Trouble mental consistant en une 
crainte douloureuse, appelée angoisse, 
accompagnée souvent de phénomènes 
impulsifs, qui se manifeste quand le 
sujet se trouve enfermé, même à l’abri 
de tout danger ou de tout inconvénient. 


CLEPTOMANIE, D. Kleptomanie, ete 

Impulsion morbide au vol, en dehors 
de tout intérêt à s'approprier l'objet 
volé. 


« CLINAMEN ». Traduction latine 
du grec éxxAwic ou TApÉyHALOLE. 

Ce mot désigne la déviation sponta. 
née qui, dans le système d'Épicure 
permettait aux atomes tombant dans 
le vide en vertu de leur poids et d’une 
vitesse égale, de se rencontrer et de 
s’agglomérer. — (ÉPicurE, Lettre à 
| Hérodote, ap. Dioc. LaAERT., liv. X.) 

Le clinamen était en même temps le 





principe du libre arbitre. (LucrRÈce 
: II, 289) 
| 
:  Codomaïne (d'une relation). — Lo- 


GiQuE. Voir Champ* et Domaine*. 


!  CŒNESTHÉSIE, du grec XoLvh, 
atoônois (D. Gemeinempfindung, cœnes- 
thesis ; E. Common sensation, cœnes- 
thests [HAMILTON]; I. Cenestesi}. — 
On écrit aussi cénesthésie. 

Ensemble des sensations provenant 
des organes internes, de l’état de la cir- 
culation, de la nutrition cellulaire, etc. 
« C’est le chaos non débrouillé des 
sensations qui, de tous les points du 
corps, sont sans cesse transmises au 
sensorium. » (HENLE, dans Risor, 
Maladies de la personnalité, 23.) 


f 


CRITIQUE 


Par suite de la théorie de Th. RiBor 
(ibid., ch. 1}, qui accorde à la cœnes- 
thésie le rôle essentiel dans la forma- 
tion de l’idée du moi individuel, on a 
défini quelquefois la cœnesthésie « la 
sensation de notre propre existence ». 
(RicuerT, vo.) Mais c’est là une hypo- 
thèse, non une définition. 

Il y aégalement quelque inexactitude 
à définir la cœnesthésie « la perception 





Sur Cœnesthésie. — On a dit aut 
des Deux-Mondes, 15 août 1862, 
logiste J. C. Rei (1759-1843) 


nn 


de notre être organique ». (Go8Lor, v°.) 


refois cœnesthèse. — Émile Saisser (Revue 
P. 974) attribue la création de ce mot au physio- 








CŒUR 





cœænesthésie, en effet, reste à l’état 
sensation plutôt qu'elle ne passe à 
ui de perception, et WunpT com- 


prend même sous ce terme certaines 


gensationsthermiques, musculaires,etc., 
quand elles sont vagues, indistinctes, 

t qu’elles présentent surtout un carac- 
‘tère affectif. « Wir rechnen zur Classe 
“ler Gemein-Empfindungen alle Emp- 
findungen die einen ausschliesslich 
gsubjectiven Charakter bewahren, und 

urch wesentlich Bestandtheile des 
Gemeingefühls bilden!. » (Grundzüge 
“@er physiol. Psychol., 4e éd., I, 434.) 
. D'autre part, bien que le mot cœnes- 
thésie désigne l’état psychique total 
résultant de l’action simultanée et 
<onfuse de ces impressions internes, il 
est néanmoins légitime de parler, en 
les distinguant, de telle ou telle « sen- 
sation cœnesthésique » particulière, 
celle du cœur par exemple ou de l'in- 
testin. 

Rad. int. : Kenestesi. 

CŒUR, D. Her: ; 

Cuore. 
. A. (Sens ancien, tombé en désuétude, 
et qui donne lieu à de fréquents contre- 
sens) : intelligence intuitive, opposée à 
l’entendement, au raisonnement dis- 
cursif. « Nous connaissons la vérité non 
seulement par la raison (le raisonne- 
ment), mais encore par le cœur : c’est 
de cette dernière sorte que nous con- 
naissons les premiers principes C’est 
sur ces connaissances du cœur et de 
l'instinct qu’il faut que la raison s’ap- 
Puie, et qu’elle y fonde tout son dis- 
cours. » PASCAL, Pensées, petite édition 
Brunschvicg, p. 459. « Le cœur sent 
qu’il yatrois dimensions dans l’espace. » 
Voir Remarque. 

B. (Sens vieilli, mais non disparu) : 
Courage, fierté. «a J’aurai trop de force 
ayant assez de cœur. » CORNEILLE, Le 
Cid, acte II, scène 2. 


TT  — 


E. Heart; I. 


de 1. « Nons mettons dans la classe des sensations cœnee- 
Séciques toutes les sensations qui gardent un carsatère 

vement subjectif, et qui par là forment essentielle- 
ment des parties constitutives de ce sentiment. » {Prin- 
eùpes de psychologie physiologique.) 


C. L'ensemble des sentiments, de la 
vie affective : 

1° Par opposition à l'esprit, à l’in- 
telligence. « L'homme croit souvent se 
conduire quand il est conduit et pen- 
dant que son esprit se tend à un but, 
son cœurl’entraîne insensiblement à un 
autre. » LA RocHEFOUcAULD, Mazximes, 
xLI. — Cf. tout le chapitre IV des 
Caractères de La BRUYÈRE, qui a pour 
titre « Le Cœur » et qui traite de l’ami- 
tié, de l'amour, de la reconnaissance, de 
la jalousie, de la haine, de la fierté, de 
l’ambition, etc. ; 

29 Par opposition à ce qui apparaît au 
dehors. « La constance des sages n’est 
que l’art de renfermer leur agitation 
dans leur cœur. » LA ROCHEFOUCAULD, 
Mazimes, xx. Cf. l'expression « à 
contre-cœur ». 

D. Plus spécialement : les sentiments 
de sympathie, de compassion, de cha- 
rité. — « Une lettre pleine de cœur. » 


| Ce sens appartient plus à la langue 


courante qu’à celle de la philosophie. 


REMARQUE 


Nous avons donné ci-dessus pour le 
sens À des citations de Pascal qui en 
sont les exemples les plus caractéris- 
tiques. Ce sens lui vient de Méré (voir 
Brunschvicg, petite édition des Pensées, 
p. 116). Même à leur époque, il est très 
rare : il se rattache cependant à celui 
de cor en latin, qui peut s’appliquer à 
toute la vie intérieure de l’esprit, à tout 
ce que nous appellerions aujourd’hui 
intelligence ou sentiment. « Egregie 
cordatus homo » (Ennius, I, 9, cité par 
Cicéron dans les Tusculanes) : un hom- 
me d'intelligence remarquable. C'était 
une croyance répandue, dans l’Anti- 
quité que lesiège de la pensée était dans 
la poitrine (voir le même texte). — Cf. 
l’usage de pectus dans la célèbre phrase 
de Quintilien (De inst. orat., X, 7) : 
« Pectus est enim quod disertos facit » 
où 1l s’agit pour une part dessentiments, 
mais surtout de la vivacité avec laquelle 
on se représente intérieurement ce dont 





on parle; cf. aussi en français l’ex- 


W 





CŒUR 











pression réciter, jouer « par cœur ». 

Chez Pascal lui-même, le mot cœur 
est pris aussi au sens C; par exemple 
Passions de l'amour, Ibid., 123 ; Lettres 
Ibid., 220 ; Pensées, p. 399, 458. Quel- 
quefois même il réunit les deux sens 
comme s’ils étaient équivalents, p. ex. 
P. 462, où le terme est opposé à esprit, 
mais S’applique en même temps à la 
Connaissance de Dieu sans preuves, par 
une évidence immédiate. 

Cf. Sentir*, Sentiment* texte et 
Observations. ‘ 

Rad. int. : Kordi. 


COGITATIVE, (S). 


© COGITO, ergo sum » (DESCARTES 
Discours de la méthode, IV) et par abré- 
viation « le Cogito ». Argument tirant 
de l'existence de la pensée actuelle la 
réalité de l’âme en tant que substance 
individuelle. « Je suis une chose qui 


pense. » (In., Méditations, 11, 6.) Aussi | 


cette formule a-t-elle été souvent cor- 
rigée dans le sens d’une plus grande 
impersonnalité : « Cogito ergo est. » 


(SCHOPENHAUER, Die Welt, etc. Supplé. : 
ments, Chap. 1v) — « Cogito, ergo : 


sum el est. » (A. RiEHL, Der philoso- 
phische kriticusmus, livre I1, 2° vol 
p. 147.) : 
(Résumé de la déduction transcenden- 
tale kantienne selon Em. Bourroux 
Revue des Cours, 1894-95, II, 370.) ‘ 


COGNITION (terme anglais ;inusitéen 
allemand : ne figure pas dans Eiser : 
I. Cognizione). ' 

Ce mot est quelquefois employé en 
français, soit pour désigner l’acte de 
connaître, soit pour désigner la con- 
naissance en général. Le mot anglais 
est défini par FLeminc et CALDER- 
WOOD « Knowledge in its widest 
sense ; specially, interpretation of sen- 


-— « Cogito, ergo res sunt. » : 


14 
1 


Sory impression!, » MEIKLEIOn NY d 

la traduction anglaise de la Critique 

la Raison pure, Se sert de ce mot “ 

traduire Erkenntniss. sou 
On pourrait utilement le COnSery 

pour désigner un acte particulier 

Connaissance*, par opposition à la ce 

naissance en général. Les deux D 

seraient alors dans le même ra 

que volition et volonté. oi 


D COGNOSCIBILITÉ (Point de terme 
équivalent dans Eiser ; Cognoscibilit 
a été employé par CunworTx, mais n 
figure ni dans BaLDWwIN, ni dans Pie 
MING ET Cazn.; I. Conoscibilitä), ° 
Qualité de ce qui peut être connu 
Terme rare. GoBLor le distingue d'in. 
telligibilité en ce que ce dernier con. 
tient de plus l’idée d’une Connaissance 
rationnelle, la cognoscibilité suPPosant 
seulement que l’objet est présenté à la 
pensée. 





COHÉRENCE, D. (Sans équivalent 
exact): E. Consistency ; 1. Coerenza. 

Absence de contradiction et de dis- 
: Parate entre les parties d’un argument, 





E d’une doctrine, d’un ouvrage. Ce mot 
évoque le terme opposé, incohérence, 
qui est presque synonyme de folie. 
Aussi ne marque-t-il d'ordinaire qu’un 
| degré d’éloge médiocre. I] n’en est pas 
de même des mots anglais coherency, 
coherence, qui correspondraient plutôt 
À cohéston*, où consrstance* ; Voir ci- 
dessous Consistance*, remarque. 

Rad. int. : Koheres. 


COHÉSION, D. Kohäsion, Zusammen- 


hang ; E. Coherence, Coherency ; 1. Coe- 
stone. 


Proprement, force qui maintient 





a 
1. « Connaissance au sens le plus large ; spécialement, 





interprétation d'une impression sensorielle. » 


Sur —_ 
a re Ce mot a en allemand un sens spécial dans l’usage juridique, 
ommt zur Cognition eines Richters (vient à la connaissance d’un 


juge) ; même usage dans la formule française connaître de... 


. 


(F. Tônnies.) 








aies les molécules d’un corps ; — par 
ite, métaphoriquement : 1° liaison 
individus dans une société ; — 
caractère d’une pensée, d’une expo- 
tion, dont toutes les parties tiennent 


# , 
‘solidement entre elles. Voir Cohérence* 
æ consistance*. 


-, Rad. int. : Koher. 


a 


x 

ÿ COLLECTIF, D. Gesammt, Kollek- 
av ; E. Collective (plus large ; veut dire 
aussi inductif) ; I. Collettivo. 

:. A. Se dit d’un terme singulier et 
concret, représentant une pluralité 
d'individus : « L'École d’Élée ; le Sénat 
romain ; l’Institut », et par suite d’une 
proposition ayant pour sujet un terme 
collectif. 

.B. « Pris au sens collectif » ou « pris 
£ollectivement » se dit d’un terme 
gluriel, ou de plusieurs termes réunis 
quand ils sont sujets d’une proposition 
indivise* : « Les étoiles sont nom- 
breuses. » — « Pierre et Paul sont 
frères. » -— [expression opposée est 
« pris au sens distributif* ». 

C. Qui a pour objet un ensemble 
d'individus semblables en tant qu’ils 
forment un tout : « La psychologie 
collective. 

D. Qui est la propriété d'un ensemble 
d'individus en tant qu’ils sont réunis. 
On discute sur le degré de réalité que 
peuvent avoir les tendances collectives 
ou même les représentations collectives 


COLLECTIF... 


indépendamment des tendances ou des 
représentations conscientes chez cha- 
cun des individus formant un groupe. 
L'âme collective est un concept très 
employé par les sociologues allemands 
sous le nom de Volksgeist. — Cons- 
cience collective est surtout fréquent 
chez les sociologues français. 
Rad. int. : Kolektiv. 


CRITIQUE 


J. LacHELiER (Études sur le Syllo- 
gisme, 47-57) et sous son influence 
RABIER (Logique, 46) ont appelé « pro- 
position collective » la proposition em- 
piriquement universelle, obtenue par 


‘ simple totalisation d'expériences indi- 


viduelles, p. ex. : « Tous les membres 
de cette famille sont instruits. » Ils 
| l'opposent aux vraies universelles où, 
: d’après eux, le rapport du sujet au 
: prédicat serait nécessaire, soit catégo- 





riquement, soit er hypothesi. Cette 
désignation a l'inconvénient de créer 
‘ une équivoque en raison du sens A, 
i très usuel en parlant des termes (voir 
LiTTRÉ) et par suite nécessaire en 
parlant des propositions. D'ailleurs, le 
sens visé par Lachelier est représenté 
sans confusion possible par totalisante*. 

Il est donc préférable de réserver le 
nom de collectif aux termes qui dési- 
gnent un ensemble d’individus consi- 
dérés indivisément comme formant un 





tout. 


Sur Collective (Conscience). — Dans cette locution, si courante chez Durkheim 
et ses disciples, il y aurait lieu de se demander ce qui subsiste du sens propre 
du mot conscience. Durkheim attribue-t-il à la conscience collective une connais- 
sance de ses propres états ? On en peut douter. Conscience semble signifier ici 
simplement « siège de phénomènes psychiques » (peut-être inconscients) ; c’est 
comme un synonyme positiviste d'âme. — Noter encore que Durkheim a établi 


une distinction entre conscience collective et conscience sociale : 


Travail, 2e éd., p. 46. (E. Leroux.) 


v. Division du 


Durkheim a employé l’expression « conscience collective » pour désigner deux 
faits : 10 que des représentations et sentiments sont élaborés en commun, et par 
suite différent des états qu’élabore une conscience isolée ; par suite aussi, sont en 
quelque mesure extérieurs à chacune de ces consciences individuelles prises iso- 
lément. C’est ici la conscience, en tant que sujet conscient, qui est dite collective. 
Cf. surtout l’article Représentations individuelles et représentations collectives (1898) 


COLLECTIVISME 


—————————— —"  — ——— "nn 


COLLECTIVISME (D. ÂXKollectivis- 
mus ; E. Collectivism ; I. Colettivismo À 
mais usité surtout en France). 

A. Néologisme. Le terme a été créé 
au Congrès de Bâle (1869) pour opposer 
au socialisme d'État, représenté par 
les marxistes, allemands surtout, le 
socialisme non étatiste, non centrali- 
sateur, représenté surtout par les délé- 
gués Français, Belges, Suisses, etc. Il 
a été employé pour la première fois 
par le journal suisse Le Progrès, du 
Locle, daté du 18 septembre 1869. 

B. Il a été détourné de cesens spécial 
par des causes individuelles : Jules 
GUESDE, d’abord affilié à l’école collec- 
tiviste-A du Jura, continua à désigner 
sa doctrine par le même nom, bien 
qu’il l’eût personnellement transformée 
considérablement dans le sens du mar- 
xisme. Et, par suite de l'influence 
exercée en France par sa propagande, 
le socialisme marxiste révolutionnaire 
y fut connu sous le nom de collectivisme. 


recueilli dans Sociologie et philosophie, notamment P. 35-36 ; — 20 
objet, ces représentations et sentiments peuvent également être col 
c’est le groupe lui-même ou ce qui se passe en lui qui est confusém 
serait notamment le cas des représentations religieuses ; voir en part 
élémentaires, 1e édition, p. 295 et suiv., 329 et suiv. — Quant à la di 
«“ conscience collective » et de la « conscience social 









148 
—— 


C. Il en est résulté que le mot tend 
se substituer dans le langage COuran 
au terme socialisme, en le précisant e 
en le restreignant. Par opposition au 
socialisme au sens large (LEROUX, Fou. 
RIER, OWEN, etc.), il s'applique à un 
régime social caractérisé au point de 
vue politique par le principe démocra. 
tique ; et au point de vue économique 
par le fait que la propriété des moyens 
et des instruments de production est 
collective, c’est-à-dire appartient soit à 
des sociétés de production, soit aux 
communes, soit même à l’État (malgré 
l'origine du mot). Voir VANDERVELDE, 
Le collectivisme et l’évolution écono- 
mique. Le caractère révolutionnaire, à 
son tour, en est effacé : c’est ainsi que 
dans son ouvrage Le socialisme réfor- 
miste français, expressément consacré à 
marquer ce qui le sépare des révolu- 
tionnaires, A. MiLLerAnND se déclare 
collectiviste et définit le collectivisme 
par la substitution nécessaire et pro- 


que, par leur 
lectifs lorsque 
ent perçu. Tel 
iculier Formes 
stinction de la 
e », elle ne me paraît jouer 


aucun rôle dans ses conceptions ultérieures. (P. Fauconnet.) 


Sur Collectivisme, A. — Je dois ces renseignements à l’obligeance de M. James 
GuiLLaumE, membre du Congrès de Bâle. Dans les notes qu'il a bien voulu me 
communiquer, il cite la lettre suivante à lui adressée en décembre 1869 par son 


collègue VaRLIN : 
(dans le journal L 


« Les principes que nous devons nous efforcer de faire prévaloir 
a Marseillaise) sont ceux de la presque unanimité des délégués 


de l’Internationale au Congrès de Bâle, c’est-à-dire le collectivisme ou le commu- 


nisme non-autoritaire. » (A. L.) 


Sur Collectivisme, C. — « Le mot collectivisme s’est primitivement substitué 
non au mot socialisme, mais au mot communisme (peut-être par crainte d’effrayer 
les timides). Les socialistes de l’Internationale formaient en 1869 trois écoles : 


mutuellisme (proudhonien), 
À partir de 1878 ou 1880 o 
bien tranchées : 
doctrine du socialisme d’État) 
anarchisme (ancien collectivism 
à tendances mal définies qu’on 
(Lettre de M. James GUILLAUME.) 


marxisme ou communisme d'État, et collectivisme. 
n ne trouve plus dans le socialisme que deux écoles 
marxisme, appelé désormais collectivisme (tout en restant la 
, et communisme anarchiste ou chez quelques-uns 
e). Entre les deux se trouvent les groupements 
peut désigner sous le nom de syndicalisme. » 


COLLIGATION 





ssive de la propriété sociale (soit 
tionale, soit municipale) à la pro- 
priété capitaliste (p. 25-27). 


CRITIQUE 


I] y aurait lieu de distinguer : 1° le 
ime collectiviste ; 20 la doctrine sui- 
gant laquelle ce régime tend nécessai- 
gement, en fait, à se substituer au 
régime capitaliste ; 3° la doctrine sui- 
vant laquelle ce régime est supérieur, 
n droit, à la propriété capitaliste, soit 
au point de vue du bonheur, soit au 
point de vue de la justice. 
© Rad. int. : 1° Kolektivaj ; 2° Kolek- 
tivig; 3° Kolektivism. 


COLLIGATION, E. Colligation; D. 
Kolligation ; I. Colligazione. | 

A. Terme usuel en anglais (réunion, 
collection, alliance}, mais qui a été pris 
par WHEWELL en un sens technique : 
il désigne ainsi l'opération de l'esprit 
qui réunit en une conception synthé- 
tique unique un ensemble de faits 
séparément observés; par exemple 
l’idée d’ « orbite elliptique », conden- 
sant toutes les observations faites sur 
les positions d’une planète. Voir, entre 
autres textes, Philosophy of the Induc- 
tive sciences, 1, « Aphorisms concerning 
science », n° 1. 

B. J.S. Mi, en discutant l’idée de 
Whewell, a fait prendre à cette expres- 





sion un sens quelque peu différent : 
tandis que pour celui-ci la colligation 
se confondait avec l'induction, Mie 
tient à les distinguer nettement. Pour 
lui, la première se réduit à une simple 
« description » des faits observés, 
« which enables a number of details to 
be summed up in a single proposi- 
tion! ». Logic, III, 11, $ 4. (Exemple du 
navigateur et de l’île, donné au para- 
graphe précédent.) La seconde suppose 
de plus une extension à l'inconnu 
et au futur. La colligation se fait par 
un « guess », ou par une série de 
« guesses » (d’actes analogues à celui 
par lequel on devine le mot d’une 
énigme), continués jusqu’à ce que l’on 
tombe sur l'interprétation quiconvient ; 
elle peut admettre, par suite, des solu- 
tions diverses et également satisfai- 
santes; l'induction proprement dite, 
au contraire, se fait méthodiquement, 
et vise à l'explication ainsi qu’à la 
prévision des phénomènes ; elle com- 
porte une preuve, et par suite ne sau- 
rait admettre des hypothèses équiva- 
lentes (au sens B du mot hypothèse*). 

De ce long passage de Mill, et de sa 
discussion avec Whewell, beaucoup 








1. «.… qui permet de résumer une multiplicité d'obser- 
vations partielles en une proposition unique. » Il faut 
bien remarquer que les mots description, descriplive 
operation, employés ici par Mill, n’ont pas exactement le 
même sems en anglais qu'en français : ils se rapprochent 
beaucoup de l'idée de définition, de caractérisaiion. 





Sur Collectivisme (Critique). — Il est fréquent chez les contemporains . 
trouver le mot collectivisme opposé au mot communisme. On entend alors par le 
premier la mise en commun et l’organisation des moyens et des ut 
Production seulement ; par le second, la mise en commun des produits : : 
moyens de jouissance. La première nn alors les méthodes de 

TO ion, la seconde les formules de répartition. Puis, 
F un serait utile à conserver avec cette signification. (E. Halévy. 


— M. Sembat. — C. Hémon.) 


ême opposition, mais interprétée un peu différemment, se retrouve chez 
E. Homes : « En partant de la notion du besoin, de la valeur d'usage, re 
se fondant sur le droit à l’existence, les commurustes disent : De chacun selon 
ses facultés, à chacun selon ses besoins. — Se fondant au contraire sur la notion 
du travail, de la valeur d'échange, les collectivistes (au sens étroit du mot), répon- 
dent : A chaque travailleur le produit intégral de son travail. » (Le Collectivisme 


et l'évolution économique, 191.) 








COLLIGATION 


Un _ 150 
plus complexe qu’on n’a pu l'indiquer 
dans le résumé précédent, il est résulté 
que le mot colligation a souvent été 
pris, depuis lors, pour désigner la simple : 
réunion des faits, l'induction complète, 
ou totalisante, par opposition à l’induc- 
tion amplifiante* où baconienne. Mais ! 
telle n’était pas l'intention primitive 
de \Whevell en introduisant l'usage de , 
ce mot dans la méthodologie. 


qui intègrent successivement tous $es 
moments.» L. LAvELLr, Du temps et 4 
l'éternité, p. 110. 


COMBINAISON, L. Combinatio, [I 
Kombination ; KE. Cormnbination ; I. Com. 
binazione. 

A. Sens primitif ct étymologique : 
association d'objets deux à deux. (LE18. 
Niz, De Arte combinatoria, 1666, écrit 
par analogie avec ce mot : conänatis 
pour conternatiot, etc.) 

B. Sens général et usuel : on appelle 
combinaisons de m objets n à n (mÿsn) 
tous les ensembles qu’on peut former 


COLLOCATION, D. E. Collocation ; 


1. Collocazione. 

Position d’un corps matériel par 
rapport aux corps voisins. Se dit par- . : 
ticulièrement des conditions initiales | ©" PA 1 de ie ns POUR 
de position qui, joints à une loi de | COMPRE QE VeUPAArErE AR SARS Sue 
mouvement, déterminent une suite de ! deux combinaisons quelconques diffè- 
positions ultérieures. Cf. Lieu*. rent par la nature des objets qu'elles 
contiennent. 


Rad. int. : Kombin. 


COLLUSION, L. Collusio (de cum, | 
ludere) : accord secret pour jouer quel- | 
qu’un; connivence; — D. E. Collu- 
sion ; I. Collusione. 

A. Primitivement, terme juridique : 
entente (surtout entre adversaires appa- 
rents) en vue de tromper un tiers dans 
une affaire judiciaire. 


COMBINATOIRE, L. ars combina- 
| toria; D. Combinatorik ; pas de terme 
! spécial dans les deux autres langues. 
A. Science mathématique qui a pour 
objet de former par ordre toutes les 
combinaisons* possibles d’un nombre 
donné d'objets, de les dénombrer, et 
B. Très récemment (en prenant. | d'en étudier les propriétés et les rela- 
ludere dans un autre sens, celui où l’on | tions. 
parle par exemple des jeux de la ! B. Pour Le1BN17, cette même science, 
lumière et de l’ombre) : union de deux | appliquée aux concepts de tout ordre, 
forces ou de deux activités dans un | et constituant ainsi la partie synthé- 
effet commun qui a quelque chose d'il- : tique de la logique, de sorte qu’elle se 
lusoire. « Nous avons affaire ici à la | confond avec l’art d'inventer. 
collusion d’un devenir extérieur, fait Rad. int. : Kombinatori. 
d'états qui ne cessent de passer. et 
de ce devenirintérieur, fait d'opérations 





1. Combinaison trois à trois. 





Sur Collusion. — En raison de son origine, le mot a un sens péjoratif : il emporte 
une idée d’erreur provoquée, ou de sophisme. Il a même été employé jadis en 
anglais à peu près au même sens que fallacy, mais ce sens a disparu (MURRAY, 
sub v°). Dans le texte cité de M. LAVvELLE, il conserve cet import, « car, dit-il, 
«le devenir extérieur où les états ne cessent de passer » est évoqué ici, et dans 
tout le livre, comme une forme d’existence dégradée par rapport au « devenir 
intérieur, fait d'opérations qui intègrent successivement tous ses moments » ; de 
telle sorte que la vie, participant à la fois de l’un et de l’autre, porte en elle un 
caractère d’ambiguïté, qui lui permet tantôt de s’abaisser jusqu'au niveau de la 
matière, tantôt de devenir le véhicule de l’esprit. (Extrait d’une lettre de M. Louls 
Lavelle à M. Lalande, au sujet de cet article.) 


COMMUN, D. Gemein ; E. Common ; 
. Comune. 

. Qui appartient à la fois à plusieurs 
sujets. Cf. Propre*. Il y a lieu de dis- 
éinguer : a, la communauté physique 
#ou réelle (le centre est le point commun 
de tous les rayons) ; b, la communauté 
.dogique où idéale (la sensibilité est com- 
.gune à l’homme et à l’animal). Les 
-geux sens ne se confondraient que dans 
.lhypothèse platonicienne où toute res- 
:semblance viendrait d’une participa- 
:ion effective à une seule idée, qui serait 
gpar conséquent commune, au sens a. 
#. LocisTiQue. La classe commune aux 
classes a et b est par définition le 
-produit logique ab (Prano) (S). 
Commun (sens), voir Sens. 


Communes (notions), xorvai Évvorau, 
Euczine. Axiomes*, Principes ration- 
hels*. « Il s’agit de savoir. si l’âme 
gontient originairement les principes 
de plusieurs notions et doctrines que 
des objets externes réveillent seulement 
dans les occasions, comme je le crois 
avec Platon, etc. Les mathématiciens 
les appellent Notions communes. » 
(Leisniz, Nouv. Ess., Avant-propos, 
$ 2.) S'est aussi emploré pour concepts. 
Voir Idée*, Critique. 


ñ 


1. COMMUNAUTÉ, D. Gemeinschaft 
(au sens de « société », Gemeinde) ; 
E. Community ; L Comunita. 

A. Caractère de ce qui est commun. 

Spécialement, rapport social consis- 
tant en ce que des biens, matériels ou 
spirituels, sont possédés en commun : 








COMMUNICATION 


« La communauté des femmes et des 
enfants » chez Platon ; le «régime de la 
communauté » opposé, dans le droit 
matrimonial, à la séparation de biens 
ou au régime dotal; « une parfaite 
communauté de sentiments », etc. 

B. Groupe social caractérisé par le 
fait de vivre ensemble, sur des biens 
ou des ressources qui ne sont pas pro- 
priété individuelle. « Une communauté 
religieuse. » 

C. Biens possédés indivisément, par- 
ticulièrement entre époux (voir ci- 
dessus, A). 

Rad. int, : À. Komunes ; B. Komu- 
neyo ; C. Komunai. 


2. « Communauté », D. Gemeinschaft. 

Dans Kanr, l’une des catégories* de 
l’entendement, la troisième des caté- 
gories de relation. Elle est définie : 
« Wechselwirkung zwischen dem Han- 
delnden und Leidenden!. » Raison pure, 
Analyt. transc., 96. Elle correspond au 
jugement disjonctif (100), et fonde la 
troisième analogie* de l'expérience ou 
principe de la communauté, Grundsatz 
der Gemeinschaft : « Alle Substanzen, 
sofern sie zugleich sind, stehen in 
durchgängiger Gemeinschaft,d.i. Wech- 
selwirkung unter einander2. » (Raison 
pure, Analyt. transc., 196.) 


COMMUNICATION DES CONSCIEN- 
CES, (S). 


1. « Action réciproque entre l’agent et le patient. » 
— 2, « Toutes les substances, en tant qu’elles existent 
simultanément, ont ensemble une communauté univer- 
selle , c'est-à-dire une action réciproque. » 





Sur Communauté, 1. — Ferdinand Tônnies (Kiel) a opposé en un autre sens 


Communauté (Gemeinschaft) et société (Gesellschaft). « Est communauté tout ce 
qui, dans les créations de la pensée ou de la représentation sociale des hommes, 
est naturel ou spontané ; société, tout ce qui est l'effet de l’art » (au sens de tech- 
nique sociale organisée). Telle est, par exemple, la différence entre le troc et le 
Commerce, l’hospitalité amicale et l’industrie hôtelière, la. production exercée 
pour les besoins du producteur et la production capitaliste. » (Extrait d’une lettre 
et d’une note de M. F. Tônnies.) Dans son ouvrage Gemeinschaft und Gesellschaft 
(1887; 3e éd., 1919) il donne pour type de « communauté » les actes d’hostilité 
Ou d’entr’aide déterminés par des relations permanentes et préexistantes, telles 


| 





COMMUNION 


COMMUNION, D. Sans équivalent 
exact ; par approximation Überein- 
stimmung au sens À, Gemeinschaft au 
sens B; — E. Communion: I. Comu- 
nione. 

A. Similitude de sentiments, d’idées, 
de croyances entre deux ou plusieurs 
personnes qui ont conscience de cette 
similitude. 

B. Interattraction ou groupement 
fondé sur cette similitude : « Dans ces 
groupements, qui sont des commu- 
nions, c’est par toute leur humanité 
que les hommes se lient entre eux ; il 
n’y a pas, comme dans la société, 
échange de services au sens propre du 
terme, mais création d’une atmosphère 
qui donne à chacun des associés une 
sorte de bien-être moral. » E. BRÉHIER, 
Société et communion, communication 
à l’Académie des Sciences morales et 
politiques, 30 octobre 1944, p. 5. 

Rad. int. : Komuni. 


COMMUNISME, D. Aommunismus ; 
E. Communism ; 1. Communismo. 

A. L’état social décrit dans la Répu- 
blique de PLATON, en ce qui concerne 
la classe des Gardiens de l’État (guer- 
riers et magistrats). 

B. Toute organisation économique 
et sociale dont la base est la propriété 
commune par opposition à la propriété 
individuelle et l'intervention active de 




















159 
—_—_ 

la société dans la vie des individu 
C. Spécialement (Manifeste bn 
niste de Karl Marx et ENGELS, 1847). 
doctrine caractérisée par l’abolition & 
la propriété foncière individuelle et d 
l'héritage ; la socialisation des moyens 
de transport et de production ; l’édu. 
cation publique ; l’organisation du cré. 
dit par l’État et l’enrôlement des tra. 
vailleurs sous la direction de celui-ci 


CRITIQUE 


Ce terme au sens général est à la fois 
vague et énergique; il évoque une 
socialisation complète, non seulement 
des moyens de production, mais des 
objets de consomination ; il s’associe 
même fortement (par le platonisme 
peut-être mal compris ou exagéré) à 
l’idée d’une dissolution de la faille, à 
celles d’une séparation totale des pa. 
rents et des enfants, et d’une éducation 
commune donnée à ceux-ci par l’État, 
— Cette signification n’est cependant 
pas constante : Franck oppose les 
communistes, qui ne réforment que la 
propriété, aux phalanstériens, qui dé- 
truisent aussi la famille. (Vo Société, 
1625b.) Mais cette distinction paraît 
peu usitée. Le mot, actuellement, est 
surtout employé pour désigner les doc- 
trines, d'origine marxiste, du sovié- 
tisme russe (S). 

Rad. int. : Komunism. 


COMMUTATIVE 





COMMUTATIVE (Justice), L. 
opmutatioa justitia, saint THOMAS 
Paoun ; D. Ausgleichende Gerechtig- 
de, EisiEr (traduisant le rù ëv voïc 
Baxréyuaot topOwrixév d'ARISTOTE ; 
plus bas). 

On distingue communément la jus- 
Se distributive et la justice commuta- 
ve. La première, exercée par voie 
utorité, consiste dans la répartition 
# biens et des maux selon le mérite 
pm personnes. La justice commutative, 
contraire, consiste dans l'égalité des 
s échangées, dans l’équivalence 
ss obligations et des charges stipulées 

s les contrats. Elle comporte la 
sciprocité, et, si elle était réalisée à 

@état pur, exclurait l'intervention d’un 

Mets, tandis que cette intervention est 

S condition même de l'exercice de la 
; ghstice distributive. 

mt 

ue 
. 4e mot tire son origine du commen- 

ire de saint THomas D'AQUIN sur 
YÉthique d’Aristore. Celui-ci divise la 


HA 


CRITIQUE 





« justice particulière » ainsi qu’il suit : 
19 xd StaveunTixdv Blxatov — Tù Ev Tic 
Stavouaïs TU À XPAATEOV À THV EAAGV 
Box pepiort. TOÏs KOLVWVOÜOL TG nokrtelac 
(Éth. Nic, V, 5, 11300.) Elle ne s’ap- 
plique qu’à la distribution des avan- 
tages et des richesses sociales. Le texte 
latin et le commentaire la désignent 
sous le nom de justitia distributiva. 

29 +ù v roïc ouvarldyuuot Gtopburt- 
xév « [justitia] quae in commutationi- 
bus directiva ». — Par le terme ovvar- 
Axyua, Aristote entend : 1° les rapports 
juridiques volontaires, ou contrats, tels 
que vente, prêts, locations, etc. ; 2° les 
rapports juridiques involontaires (pour 
l’une des parties) qui résultent d’un 
crime : vol, adultère, meurtre, violen- 
ces, etc. Le Stopfwrixév comprend donc 
le redressement des injustices consis- 
tant dans les bénéfices ou les pertes 
illégitimes par suite d’un contrat, et 
le redressement des injustices venant 
d’un crime. 

Au terme justitia directiva par lequel 
est traduit Stop8wrtxév dans son texte 





at 





que la parenté, la sujétion politique, etc. ; il y a « société » au contraire si ces 


mêmes actes sont dictés par la réciprocité qu’on obtient, ou qu’on attend, de 
tels ou tels individus. ‘ 


Sur Communion. — Lirrré définit la « communion » : « croyance uniforme de 
plusieurs personnes, qui les unit sous un même chef dans une même église ». (Il 
n'indique, outre ce sens, que celui qui concerne l’Eucharistie.) — Danrm. et HATZ. 
disent, plus largement, « union de ceux qui professent la même croyance ». — Le 
Dictionnaire de l’Académie (1932) : « Union de plusieurs personnes dans une même 
foi. Par extension, on dit aussi : être en communion d'idées, de sentiments, avec 
quelqu'un, partager les mêmes idées, les mêmes sentiments. » | 





Sur Communisme. Je ne trouve pas très exact de faire intervenir l’État, 
pour l’organisation du crédit, du travail, de l’éducation, dans la définition du 
communisme. L'idéal communiste, chez Marx et chez Lénine, est anarchiste, Si 
important que soit le rôle qu’ait à jouer l’appareil étatique dans la période de 


&ansition, proprement socialiste. « Le socialisme n’est autre chose que le stade 
. immédiatement consécutif au monopole d'État capitaliste. En d’autres termes, 
le socialisme n’est que l’État capitaliste monopolisateur, mis au service de tout 
le peuple et cessant par là même, d’être monopole capitaliste. » — « Le commu- 
sisme est le plus haut degré de développement du socialisme, car alors les hommes 
travaillent parce qu’ils comprennent la nécessité de travailler pour le bien de tous.» 
— «Ce qu’on appelle habituellement socialisme, Marx l'a appelé la première phase, 
. @u phase inférieure, de la société communiste. Dans la mesure où les moyens de 
production deviennent propriété commune, on peut appeler cela communisme, à 
condition de ne pas oublier que c’est là un communisme incomplet. » Texte de 

| Lénine, cités dans ZinoviEv, Le léninisme, p. 205, 245. (M. Marsal.) 
* Mais dans quelle mesure a-t-on le droit de parler d’un « idéal communiste » 
Comme d’un régime à atteindre ? Marx a fait remarquer que le socialisme scienti- 
. fique, tel qu'il l'entend, est la constatation d’une transformation, et la prévision 
‘Sa prochaine phase, non l'effort vers une société idéale, et que toute spéculation 
sur celle-ci est une illusion réactionnaire, car elle emprunte ses matériaux à l’image 

sociétés antérieures. (A. L.) Cf. Collectivisme*, Observations. 


Sur Commutative (justice). — De là résulte que parler d’un idéal de justice est 
quivoque. Ou bien l’autorité est posée d’abord, comme fait naturel et échappant 
toute appréciation : l'idéal sera alors celui de la justice distributive. Ou bien, 
Per un individualisme contractuel, on envisage d’abord des rapports entre les 


à Personnes, l'autorité étant mandatée et attachée aux fonctions sociales, non aux 


Personnes : l'idéal est alors celui de la justice commutative. (M. Marsal.) 


die. 





COMMUTATIVE 





154 





latin, saint THomas v'AqQuin substitue 
dans le commentaire Justitia commuta- 
tiva (tiré du mot commutatio, par lequel 
est traduit ovvéAaayua) : a Subdividit 
[Aristoteles] justitiam commutativam 
secundum differentiam commutatio- 
num... quaedam enim sunt voluntariae, 
quaedam involuntariae. » (Saint THo- 
MAS D’AQUIN, Œuvres, édition d’An- 
vers, 1612, tome V, 62, D. E.) 

ARISTOTE et saint THomas ne consi- 
dèrent donc ici que la justice rendue 
par une autorité, et non la justice en 
tant que principe moral présidant aux 
rapports des hommes. La justice com- 
mutative telle que nousl'avons définie, 
au sens moderne, se retrouverait plutôt 
dans ce qu’ARISTOTE appelle, d’après 
les Pythagoriciens, l'AvrirérovBoc (Mic. 
v, 8), impliqué, dit-il, dans toute 
xotvovia et en particulier dans les 
xowvovior ŒAAaxtixai. (Cf. TRENDELEN- 
BURG, Historische Beiträge, III, 399.) 

Le sens étymologique du mot Com- 
mutativa a dû faire oublier par degrés 
le sens accidentel qui lui avait été 
donné dans ce passage, et engendrer 
l’acception usuelle; et ceci d’autant 
plus facilement que la justice commu- 
tative (au sens moderne) est en même 
temps le principe qui préside à la partie 
civile du &topBwrixév. On peut voir 
dans CHAUVIN, Lexicon philosophicum 
(1713), un usage intermédiaire de 
l'expression Justitia Commutativa, em- 
ployée concurremment avec Justitia 
Distributiva et Justitia Correctrix (pa- 
ge 340b et suiv.). 


2. COMMUTATIVE (loi), ou mieux 
propriété, D. Kommutationsgesetz ; E. 
Commutative law ; I. Legge (ou pro- 
prietà) commutativa. 

Propriété d’une opération ou relation 
quelconque R consistant en ce fait que 
le résultat de cette opération est le 





——— 


même quel que soit l’ordre des termes. 
[à Rbé—bR a] 


Cette propriété appartient, par exem. 
ple, à l’addition et à la multiplication 
logiques, à l'addition et à la multipji. 
cation arithmétiques, etc. 

Rad. int. : Komutativ. 


COMPARAISON, D. Vergleichune . 


E. Comparison ; 1. Comparazione. 

Opération par laquelle on réunit deux 
ou plusieurs objets dans un même acte 
de pensée pour en dégager les ressem. 
blances ou les différences. 

Terme fréquemment employé par 
ConpiLLac et par son école. « Comme 
nous donnons notre attention à un 
objet, nous pouvons le donner à deux 
à la fois. Alors, au lieu d’une seule 
sensation exclusive, nous en éprouvons 
deux et nous disons que nous les com. 
parons, parce que nous ne les éprou- 
vons exclusivement que pour les obser- 
ver l’une à côté de l’autre, sans être 
distraits par d’autres sensations : or, 
c’est proprement œæ que signifie le mot 
comparer. La comparaison n’est donc 
qu’une double attention. » CoNpiLLat, 
Logique, partie I, ch. vu. 

Rad. int. : Kompar. 


COMPARATIVE (Proposition). D. 
Vergleichend ; E. Comparative ; 1. Com- 
paraliva. 

Proposition énonçant qu'un sujet 
possède tel ou tel caractère à un plus 
haut ou à un moindre degré qu’un 
autre sujet. Cf. Composé*, Exponible*. 

Analysée dans la Logique de Port- 
Rovyaz, 2e partie, ch. x, $ 3. 


Comparative (Méthode). Mêmes équi- 
valents étrangers. | 
Celle qui procède par des comparal- 
sons entre des formes diverses d’une 





Sur Comparaison. — 11 y a lieu de remarquer que la double attention définie 
par Condillac ne suffit pas à produire la comparaison, mais qu’il faut de plus 
l’intention d’en considérer, comme il est dit ci-dessus, les ressemblances et les 


différences. (M. Bernès.) 


A 





même classe de phénomènes, d’une 
gmême espèce d'êtres, d’un même or- 

ne, d’une même fonction, etc. « La 
méthode comparative est l'instrument 

ar excellence de la méthode sociolo- 

que. L'histoire, au sens usuel du mot, 
est à la sociologie ce que la grammaire 
grecque, ou la grammaire latine, ou la 
grammaire française, traitées séparé- 
ment les unes des autres, sont à la 
science nouvelle qui a pris le nom de 
grammaire comparée. » E. DURKHE1M, 
s Sociologie et sciences sociales », dans 
4£a méthode dans les sciences, tome I, 
282 (2e édition, 329). 


* COMPARÉ, D. Vergleichend (com- 
iparant) ; E. Comparative; |. Comparato. 
“ Se dit des sciences dont la méthode est 
#omparative*, au sens défini ci-dessus. 
“« Anatomie comparée. » — « Psycho- 
logie comparée. » (Voir Psychologie*.) 
#t CRITIQUE 

: L'emploi de ce mot paraît d’abord 
‘assez impropre en ce sens. On atten- 
drait plutôt comparative où compurante. 
Comparée s'explique par le double 
emploi des noms de sciences, qui finis- 
sent par désigner aussi leur objet : 
« L’anatomie des mammifères », par 
exemple, se dit aussi des structures 
anatomiques qui leur sont propres. 


© COMPENSATION (loi ou principe de). : 


i. À, Autre nom, plus rare, de la loi dite 
+* des grands nombres ». — « {Les An- 
tiens] ne paraissent pas avoir soup- 
%onné l'existence d'un principe de com- 
Pensation qui finit toujours par mani- 
“ester l'influence des causes régulières 
et permanentes, en atténuant de plus 
Æn plus celle des causes irrégulières et 
dortuites ». COURNOT, Théorie des chan- 
%es et des probabilités, ch. 1x, $ 103. 

B. Nom donné par M. LAvELLE à la 
Volidarité de toutes les actions parti- 
êulières au sein de l'Être total : « Il 

tgne dans le monde une loi merveil- 
use d’universelle compensation, qui 
trouve une double expression dans le 





COMPLEXE 


déterminisme des phénomènes et dans 
l’harmonie du monde moral. » L. La- 
VELLE, La présence totale, 217. 


« Compensations (théorie des).» Doc- 
trine soutenue par le philosophe fran- 
çais Azaïs et suivant laquelle la somme 
totale du bonheur et du malheur est 
nécessairement la même pour chaque 
individu, et même pour chaque société. 
(Les compensations dans les destinées, 
1808 ; etc.) 


« COMPLET. » Une notion,chez LE18- 
x1z est dite complète, lorsqu'elle repré- 
sente entiérement et exactement son 
objet individuel. Une notion incomplète 
est toujours abstraite (S). 


1. COMPLEXE, adj., D. Zusammen- 
gesetzt, complex ; E. Complex ; I. Com- 
plesso. 

A. Qui comprend plusieurs éléments, 
et mème en général un grand nombre 
d'éléments. 

B. Locrque. Un terme est dit com- 
plexe si le mot principal qui le cons- 
titue est accompagné soit d’une expli- 
cation, soit d’une détermination (Ex. : 
1. L’homine, qui est un animal raison- 
nable.. ?. Ün corps qui est transpa- 
rent...). Logique de Port-Royal, I, 8. 


: Ed. Charles, p. 81. 





Une proposition est dite complexe 
si le sujet ou lattribut sont complexes 
{voir Modal*). Jbid., 11, 5, p. 158. 

Un syllogisme est dit complexe 
quand un des termes au moins de la 
conclusion étant complexe, les parties 
composant ce terme se trouvent sépa- 
rées dans les prémisses (Ex. : La loi 
divine commande d’honorer les rois ; 
Louis XIV est roi; donc la loi divine 
commande d’honorer Louis XIV)./bid., 
III, 9, p. 269. 

Port-Royal, dans tous ces cas, em- 
ploie comme substantif complerion et 
non complexité. 


2. COMPLEXE, subst. D. Komplez ; 
E. Complex ; 1. Complesso. 


A. Système physique ou logique 





COMPLEXE 


composé d'éléments distincts, organi- 
sés par des relations définies. 

B. Spécialement, dans la terminologie 
de la Psychanalyse*, terme créé par le 
D: Juxc, de Zurich : «eine Gruppe von 
zusammen gehôürigen, mit Affekt be- 
setzten Vorstellung selementen! » qui, 
par le refoulement, prend une sorte 
d'autonomie et détermine des rêves, 
des névroses, etc. S. FreuD, Über Psy- 
cho-analyse, p. 30. 


Nombre complexe. On appelle ainsi, 
au sens général, un nombre composé 
(par une opération que l’on assimile à 
l’addition arithmétique) de x» nombres 
dont chacun est relatif à une unité 
spéciale (hétérogène) qu'il est censé 
multiplier. Si l’on met en évidence ces 
unités, le nombre complexe à n unités 
principales prend la forme générale : 


Gil + QU Tee TT An Un 


Gy, gs  @n étant des nombres ordi- 
naires, et u,, u, … u, les symboles des 
n unités. 

En un sens plus spécial, les nombres 
complexes de l’algèbre ordinaire (ap- 


1. Un groupe d'éléments de représentation associés en 
ua tout et pourvus d'une puissance affective. 





156 


+ 


pelés aussi : nombres imaginaires*) sont 
des nombres complexes à 2 unité, 
principales, 1 et i, caractérisés par la 
loi multiplicative suivante : 


= 


(d’où la forme — 1 attribuée autre. 
fois à l’unité « imaginaire » à). 
Rad. int. : Kompleks. 


COMPORTEMENT, D. Verhalten. 
E. Behaviour ; 1. Comportamento. ‘ 

Terme nouvellement introduit dans 
la langue philosophique pour désigner 
l’objet de la « psychologie de réaction; 
(appelée souvent, d’un terme impropre, 
« psychologie objective ». Voir objectifs 
et psychologie*). Le comportement d’un 
être est l’ensemble des réactions glo. 
bales de son organisme, tant communes 
à l'espèce que particulières à l’indi- 
vidu. 

Ed. CLAPARÈDE a proposé de réser- 
ver le nom de conduite aux réactions 
non stéréotypées dans l’espèce, mais y 
compris celles qui sont stéréotypées 
chez l'individu par l'habitude. (Not 
sur la 3 édition du Vocabulaire.) Cette 
distinction paraît être entrée actuelle. 
ment dans l'usage. 

Rad. int. : Komport. 


Sur Comportement. — Le sens donné par Claparède à conduite n'est-il pas un 
peu trop étroit ? Il y a des conduites qui ne sont pas exclusivement individuelles. 


(C. Parodi.) 


Comportement s'étend plus loin que conduite ; il peut se dire du mouvement 
des insectes attirés par la lumière, du mouvement circulaire des chenilles proces- 
sionnaires, etc. C’est surtout un terme technique, ce qui fait que l’emploi large 
du mot conduite n’a rien de choquant. C’est celui qui convient le mieux au point 
de vue des distinctions fondées sur la prédominance de certaines actions parti- 


culières : 
triomphe, etc. (Pierre Janet.) 


c'est ainsi qu'il y aura des conduites de l'attente, des conduites du 


M. Daniel Lagache, dans son cours sur La conduite humaine, à la Sorbonne 
(1948-1949) a critiqué toutes les distinctions faites entre conduite et comportement, 
et n’a retenu que le premier de ces deux mots. Voir Bulletin du groupe d'études de 


psychologie, 3° année, n° 1. 


Dans conduite, au sens usuel, il y a toujours une nuance venant du sens primitif 
de conduire : gouverner, diriger. Cf. « conducteur », « la conduite d’une affaire 
d’une démonstration ». — « Avoir de la conduite », c’est se gouverner, ne pas 5 
laisser aller à ses instincts ou ses impulsions ; l’ « inconduite » est proprement 
l’absence de cette direction de soi-même. (A.L.) 





COMPRÉHENSION 





ÿ COMPOSÉ, D. Zusammengesetzt ; E. 
Gompound ; 1. Composto. 
-_ A. Formé de plusieurs parties. (S’em- 
ploie aussi substantivement.) 
* B. Locique. Un terme est dit com- 
sé s’il est formé de plusieurs termes 
-gnis par et ou par ou. Une proposition 
t dite composée : 1°) quand le sujet, 
f'attribut ou tous deux ensemble sont 
“composés ; 20) quand le verbe est com- 
posé, P. ex. : « Amicitia pares aut 
accipit, aut facit » ; 3°) quand elle est 
conditionnelle, causale, relative, discré- 
ive, exclusive, exceptive, comparative, 
‘inceptive ou désitive, Logique de Port- 
Royal, II, 9 et 10. 
Rad. int. : Komposit. 


+ Sens composé. Celui où deux parties 
‘d'une même expression doivent être 
“éatendues comme s’appliquant ensem- 
ble au même sujet : s'oppose au sens 
divisé, dans lequel elles s’y appliquent 
‘æéparément. P. ex. dans « Les aveu- 
gles n’y voient pas », la phrase est 
prise au sens composé ; dans le passage 
de l'Évangile : « Les aveugles voient, 
ls sourds entendent, etc. », la phrase 
est prise au sens divisé. 

Le passage du sens composé au sens 
divisé, ainsi entendu (ou réciproque- 
ment), est un des sophismes distingués 
par Aristote, qui parle des ambiguités 
napà tv datpeorv (secundum divisio- 
nem) et qui ajoute : « 6 ya&p aûrèc À6Yoc 
Bypnuévos xai auyueiuevos oùx dei radrd 
omualverv &v SéEerev » Sophismes, 
466235. La Logique de Port-Royal le 
définit par des exemples : « Ceux-là 
faisonneraient mal qui se promettraient 
ke ciel en demeurant dans leurs crimes 
Parce que Jésus-Christ est venu pour 
sauver les pécheurs et qu’il dit dans 
PÉvangile que les femmes de mauvaise 
vie précéderont les Pharisiens dans le 


—— 


royaume de Dieu; ou qui, au contraire, 
ayant mal vécu, désespéreraient de leur 
salut. parce qu’il est dit que la colère 
de Dieu est réservée à tous ceux qui 
vivent mal. Les premiers passeraient 
du sens divisé au sens composé en se 
promettant, quoique toujours pécheurs, 
ce qui n’est promis qu’à ceux qui 
cessent de l’être ; et les derniers passe- 
raient du sens composé au sens divisé, 
en appliquant à ceux qui ont été pé- 
cheurs, et qui ont cessé de l'être... ce 
qui ne regarde que les pécheurs qui 
demeurent dans leurs péchés. » (3° par- 
tie, ch. x1x, $ 6.) 


« COMPOSSIBLE. » Terme relatif, 
employé particulièrement dans le sys- 
tème de LeiBniz. Tous les possibles* ne 
sont pas compossibles*, c’est-à-dire tels 
qu’ilspuissent êtreréalisésà la fois (dans 
le même monde). Compossibilitas et com- 
possibilis (auSvvxréc) sont indiqués par 
GocLENius comme des termes de sco- 
lastique barbares, à éviter. Verbo, 425. 


1. COMPRÉHENSION, L. Compre- 
hensio ; D. Comprehension, Inhalt; E. 
Comprehension, quelquefois Significa- 
tion (recommandé par BALDWIN) ; — 
IL. Comprensione. — Cf. Erxtension*, 
Intension*. 

Ensemble des caractères qui appar- 
tiennent à un concept; ce qui peut 
s’entendre en divers sens : 

A. Ensemble de tous les caractères 
communs à tous les individus appar- 
tenant à une classe* donnée : Compré- 
hension totale. — On peut aussi la 
définir comme l’ensemble des prédicats 
de toutes les propositions vraies ayant 
un terme donné pour sujet. 

B. Ensemble des caractères consti- 
tuant la définition* du concept : com- 
préhension décisoire. 





Sur Composé (sens). — Remarquer que la formule d’Aristote couvre un sens 
Plus large que les exemples de Port-Royal. 


Sur Compossible. — M. Léon Robin pense que ce mot peut avoir été créé sur 
le modèle de confatal* (ovvetuxpuévov, CHRYSIPPE). 


di: 


COMPRÉHENSION 







158 
<< 


2. COMPRÉHENSION, D. Verstüng 
nis ; E. Comprehension ; 1. Compre, 


C. Ensemble des caractères compris 
dans la définition et de ceux qui en 
découlent logiquement : compréhension 


l’emploi d’un terme donné : compréhen- 
sion subjective. 

E. Ensemble formé non seulement 
par les caractères qui sont communs à 
tous les individus de la classe, mais par 


les groupes de caractères qui appar- 
tiennent d’une manière alternative à : COMPRENDRE, D. Versthen; E y, 


ceux-ci : comme par exemple, pour un ; comprehend, to understand; 1. 
triangle, d’être nécessairement soitacu-  P'endere. nes 
tangle, soit rectangle, soit obtusangle ; En parlant de l'esprit : 
pour un vertébré, d’être soit mammi- A. Poser un objet de pensée comme 
fère, soit oiseau, soit reptile, soit batra- : défini, et notamment penser un signe 
cien, soit poisson. Voir HameLin, Es-  €n tant que présentant une significa- 
sai, ch. 1v, $ 1, et, d’une manière indé- | tion. On voit les caractères d’une langue 
pendante de toute théorie, Gogzor, : inConnue, mais on ne les comprend pas. 
Logique, ch. 11, $ 71. Nous pensons B. Reconnaître qu’un fait ou une 
que pour éviter toute équivoque, il proposition sont logiquement contenus 
serait bon d'adopter ici encore un , dans une formule générale déjà admise. 
adjectif distinctif, et de dire : compré- C. Au sens le plus fort, reconnaître 
hension éminente. que ce que l’on déclare « comprendre; 
Rad. int. : Kontenaj (total, deci- | est tel qu’il ne pourrait être autrement 


dal, etc.) ! et que son contradictoire serait absurde. 


sione. 
rmplicite. A. Acte de comprendre* dans ty, 
D. Ensemble des caractères qu’évo- | les sens. $ 
que dans un esprit déterminé, ou chez | B. Faculté de comprendre* dans {ou 
la plupart des membres d’un groupe, | Jes sens. | 
| 
Î 


Ce terme est équivoque, en raison de 
ces divers sens, et de plus en raison de 
l'usage logique du mot. Il n’est done 
pas recommandable. 


Com- 





Sur Compréhension. — Voici, in extenso, le texte d’'Edmond (o8Lor mentionné 
ci-dessus : 

« Un vertébré n’est pas un animal qui n’a ni poils, ni plumes, ni écailles : c’est 
un animal dont les appendices tégumentaires peuvent avoir les formes poils, 
plumes, ecailles. Un mammifére n’est pas un animal qui n’a ni ongles, ni doigts, 
mais un animal dont les doigts et les ongles sont, ou séparés, et doués de mouve- 
ments plus ou moins indépendants, ou diversement rassemblés en deux groupes 
ou en un seui. La généralité ne résulte pas de l'absence d’un caractère dans le 
concept, mais de son indétermination. Et cette indétermination, que réserve le 
silence de la définition, est, dans la compréhension du concept, la possibilité de 
telles et. telles déterminations, et leur possibilité conditionnelle, c’est-à-dire les 
conditions positives et définies de chacune de ces déterminations possibles. » 
GoBcort, Trate de Logique, ch. 111, $ 71. — Il propose de réserver à ce sens le 
terme compréhension (des idées), et de dire au sens A, B, C, connotation (des 
concepts). Mais ces mots sont déjà pris dans tant de sens qu’il paraît impossible 
de faire accepter dans l'usage commun cette spécialisation ; et bien qu’elle date 
de vingt-cinq ans, la proposition semble être restée sans effet. L'emploi d’adjectifs 
ajoutés au mot compréhension est donc bien préférable. 

L. Couturat avait proposé, dans le fascicule 4 du présent vocabulaire, publié 
en 1903, d'appeler compréhension d’une proposition l’ensemble des propositions 
dont l’assertion est impliquée dans l’assertion de celle-ci, autrement dit l’ensemble 





CONATION 





“pour ces trois premiers sens, cf. 
pliquer*. | 
"in. À l'égard des sentiments ou de la 
mquite d'autrui : se mettre à sa place, 
ati sympathiquement ce qu'il y aen 
| de justifiable. Ce sens appartient 
| gntôt à la langue courante qu’à celle 
: gela philosophie. Voir cependant les 
ervations ci-dessous. 2 
àr£n parlant des choses, ou des idées : 
; sg. Contenir comme parties. 
\ gRad. int. : À. Kompren ; B, C. Inte- 
pkt; — E. Inklus. 


Le: 


CONATION, D. Streben [Équivalence 
imparfaite cf. BazDwinN, sub vw]; 
E. Conation ; I. Conato. 

Mot rare en français. Il est à peu 
près synonyme d'effort* ou de ten- 
dance* ; mais effort appartient plutôt 
au vocabulaire des philosophies de l’ac- 
tion* (voir texte et Appendice à la fin 
de cet ouvrage), et tendance s'applique 


! plus spécialement aux inclinations et 


passions. Conation présente plutôt l’idée 


‘: de Peffort comme un fait qui peut 
. recevoir, soit une interprétation volon- 








TT. 


Héme auteur L'Algèbre de la logique, 


dsens nouveau ne serait pas sans inconv 


& ses conséquences logiques. Ce sens, disait-il, doit être adopté au même titre que 
; Jesens À, en vertu de l'analogie complète des concepts et des propositions (cf. du 


2). — J. Lachelier avait répondu que 


énient, les conséquences logiques pouvant 


ge tirées, soit de la compréhension de l’attribut (Pierre est homme, donc raison- 


düble), soit de l'extension du sujet (t 


out homme est raisonnable, donc Pierre 
i à p is ns le 
st). — Le sens en question n'ayant obtenu depuis lors aucune place da 


hngage philosophique contemporain, il a semblé qu'il y avait lieu d’en alléger 
#corps du vocabulaire et de le mentionner ici seulement. 


\ .f 


Sur Comprendre. — On nous a signalé comme ne rentrant pas dans ces diverses 


définitions le fait de comprendre l’action d’un homme en sachant quel est ie but 
ï (3. Lachelier) et celui de rattacher un fait à un autre considéré comme cause 
{P. Lapie). — Mais la cause finale est bien contenue dans la formule B, car si Je 
gain explique et fait comprendre l’acte de lavare, c'est en tant que nous . 
i gons déjà par une généralisation antérieure l’attrait de la richesse, et quan “ 
ha cause efficiente, ou bien elle se ramène à l’identité et rentre alors dans le cas ; 
ou bien elle est une généralisation empirique et elle n’est comprise alors que sous 


ja forme B. (A. L.) 


& Une distinction, et mème une opposition, a été faite entre les termes comprendre 


gt expliquer, sous l'influence des théories de l’Einfühlung et de l’existentialisme. 


| Rickert distingue « l'explication, qui cherche à déterminer les conditions d’un 
. phénomène, et la compréhension, par laquelle l’esprit connaissant réussit à s iden- 
: #ifier aux significations intentionnelles, essentielles al activité historique, concrète, 
{d’un homme. » LE SENNE, Caractérologie, 21. x Si quelqu un n'avait jamais êLe 
capable de la moindre méchanceté, ilne saurait pas ce que C est que la méchanceté; 
et s'il ne savait pas ce que c'est que la méchanceté, il serait incapable, tout en 


 quer un délire n’est pas encore le compre 
donc rejoindre celle de l'intuition sympa 
d'abstrait rationnel et du concret existentiel. (M. Marsal.) Cf. É. BRÉHIER, Trans- 


&ontinuant d’être sensiblement incommodé par les effets de la méchanceté, comme 
À l’est, par exemple, par des piqûres deg 
des querelleurs, des intrigants insidieux € J ) à 
haine, le moindre mépris. » KLAGEs, Les principes de la caractérologie, 31. — Expli- 
ù ndre et inversement. L'opposition semble 


uëpe, d’éprouver à l'égard des malicieux, 
t des empoisonneurs perfides, la moindre 


thique et de l’entendement discursif, de 


formation de la philosophie française, p. 150. — Mais il faut remarquer qu’en 
bllemand erklären a un sens moins fort que le français expliquer, et veut dire aussi 


exposer ou déclarer. 
| 





CONATION 








tariste, soit une interprétation intellec- 
tualiste — peut-être par suite de sa 
parenté avec conatus, employé dans ce 
sens par SPINOzA : « Conatus, quo una- 
quaeque res in suo esse perseverare co- 
natur, nihil est praeter ipsius rei actua- 
lem essentiam. » Éthique, III, prop. 7. 


CRITIQUE 


Il serait bon de conserver ce mot 
pour désigner l'effort, la tendance ou 
la volonté, en convenant de l’employer 
comme un terme commun et neutre, ne 
préjugeant en aucune façon la théorie 
métaphysique par laquelle on inter- 


prète les faits psychologiques d'activité. 
Rad. int. : Pen. 


« CONCATÉNATION », (S). 


CONCEPT, D. Begriff, plus large que 
concept ; E. Conception ; I. Concetto. 

L'idée, au sens B, en tant qu’abs- 
traite* et générale*, ou du moins sus- 
ceptible de généralisation. Les diverses 
écoles diffèrent sur la manière de con- 


Sur Conation. — Conation est 





| 
= 


cevoir et d’expliquer la formation 
concepts. On distingue à cet égai ï 

1° Des concepts a Priori, ou “ 
(Reine Begriffe, Kawr), c'est-à-dire 
concepts que l’on considère ne 
n'étant pas tirés de l'expérience - 
exemple, chez KanrT, les COoe 
d'unité, de pluralité, etc. Pts 

.2° Des concepts a Posteriori, où & 
piriques, c'est-à-dire des notions É 
rales définissant des classes d'objets 
données ou construites, et CONVenant 
d’une manière identique et totale ; 
chacun des individus formant ces dus. 
ses, qu’on puisse ou non les en isoler 
Par exemple, le concept de vertébré 
le concept de plaisir, etc. : 

Selon les empiristes, il n’y a pas de 
concepts a priori ; selon quelques Phi- 
losophes (par exemple M. Dunan, Es. 
sas de philosophie générale, chapi. 
tre VIII), les concepts a priori sont 
au contraire les seuls rigoureux ; tout 
concept a posteriori ne reposerait que 
sur la ressemblance et non sur l'iden- 
tité. Voir Pseudo*-concepts. 


plus étroit qu’action, car le mot action désigne 


aussi bien ce qui est spontané que ce qui est laborieux. Conation semble désigner 


l'action en tant qu'elle a à triom 


pher d’une résistance ou réaction pour se poser 


elle-même progressivement et in Jieri. (M. Blondel.) 


Sur Concept. — C’ 
d'éléments donnés tels 
fait d'éliminer une par 
quant à moi, que les 


un fragment d'image, mais un 


est une question de savoir s’il y a des généraux composés 
quels par la sensation, la généralisation résultant du seul 


tie des éléments qui forment le concret sensible, Je crois, 
concepts empiriques ont 


Pour contenu non une image ou 


schème. Voir Kanr, Critique de la Raison pure : 


« Von dem Schematismus der reinen Verstandesbegriffe ». Ce chapitre traite essen- 


tiellement du schématisme de 

question de schèmes des conce 

(J. Lachelier.) 
H me semble 


à l'initiative de 
identité, liberté, 
(couleur, chaleur, 
PoSteriori ont le to 


S concepts rationnels purs, mais il y est aussi 
pts empiriques, par exemple le schème d’un chien. 


1 qu’une distinction, plus i 

l'a priori et de l’a posteriori, c’est cle SR a 
notre activité, exercée spontanément ou 
force, etc.) et des concepts extraits de l'expérience objective 
etc.). Au regard de cette distinction, les mots a priori et a 


ë rt d’arrêter la recherche à l'idéologie abstrai i 
produits de l’entendement, sans montrer le p de de 


expérience subjective, 
délibérément (unité, 


roblème idéogénique, qui découvre 


€ processus de l’action productrice des concepts. Au fond tout concept est à la 


fois a priori et a Posteriori, parce 
n'est que le champ d 


que dans tout concept l'élément représentatif 
e rencontre d’une action et d’une réaction. (M. Blondel.) 













| Tout concept possède une extension*, 
vi peut être nulle; inversement, à 
ute classe définie d’objets correspond 
in concept, car on ne peut définir une 
e classe sans indiquer un ensemble 
e caractères* qui appartiennent aux 
biets de cette classe et à eux seuls, et 
Qui permettent de les distinguer de 
s les autres. 


Rad. int. : Koncept. 





%, CONCEPTION, D. Konzeption, Be- 
griffsbildung dans les trois sens, « Be- 
oi » étant plus large en allemand que 
fgoncept en français; E. Conception; 
| 4 Concezione. 
149 En tant qu'’opération : 
A. Tout acte de pensée s’appliquant 
à un objet. 
° ; B. Plus spécialement, opération de 
! “fentendement, opposée à celles de 
| Pimagination, soit reproductrice, soit 
! æéatrice (conception d’une différence ; 
conception du monde). 
+ C. Plus spécialement encore, opéra- 
tion consistant à saisir ou à former un 
* concept*. 
20 D. E. F. Résultat respectif de 
chacune de ces opérations. 


CRITIQUE 


Conception et concevoir se disent dans 
le langage courant de toute opération 
de pensée déterminant un objet, et 
Port-Roy az l’entend ainsi : « On ap- 
pelle concevoir la simple vue que nous 
avons des choses qui se présentent à 
notre esprit, comme lorsque nous nous 
représentons un soleil, une terre, un 
arbre, un rond, un carré, une pensée, 
l'être, sans former aucun jugement 
exprès. » Logique, Introduction (Ed. 
Charles, p. 38). Elle comprend l’ima- 
gination comme une de ses subdivisions 


(Tbid., 1, 1). 
Ce sens tend à se restreindre. TAINE 





_____ CONCEPTION _. 


parle encore de la conception d’un 
corps particulier, par exemple, de tel 
arbre, mais parce que, dans la percep- 
tion, l’image est complétée par une 
opération logique. « En quoi consiste 
ce fantôme interne (d’un corps perçu) ? 
Entre autres éléments, il est manifeste 
qu’il renferme une conception affirma- 
tive. Je conçois et j’affirme qu’à dix 
pas de moi il y a un être doué de telles 
propriétés, etc. » De l'intelligence, II, 
76. — « Il reste alors pour constituer 
la perception d’un corps, d’abord une 
sensation actuelle et un groupe associé 
d'images, ensuite la conception, c’est-à- 


| dire l'extraction et la notation au 


moyen d’un signe, d’un caractère com- 


! mun à toutes les sensations représen- 
| tées par ces images. » Jbid., II, 121. 


Dans ce cas, conception implique déjà 
essentiellement l’idée de généralité. 
Bazpwin, tout en reconnaissant de 
même la grande extension du terme 
anglais conception, propose de le res- 
treindre au sens C et de le définir : « La 
connaissance du général en tant que 
distinct des objets particuliers auxquels 
il s'applique. En tant que distinct est 
une restriction nécessaire, car sans cela 
toute connaissance serait une concep- 
tion. » Sub v°, 2080. (Cf. plus haut le 
texte de Taine.) W. JAMES entend de 
même par conception la pensée de 
l'identique. (Text Book, ch. x1v : Con- 
ceplion.) 

Il serait souhaitable, sans aller si 
loin, de prendre ce mot au sens B, et 
d'employer concevoir au même sens. 
On remarquera, en effet, que le mot 
entendre* étant tombé en désuétude 
dans le sens que lui donnent les carté- 
siens (voir notamment sur l’opposition 
d'entendre et d'imaginer, BossuET, Con- 
naissance de Dieu, I, 9), il serait utile 
de posséder un terme pour le remplacer 
dans cet usage très précis. La Concep- 
tion serait alors, par opposition à la 
mémoire ou à l’imagination, l'opération 





Sur Conception. — Le mot s'emploie aussi en allemand au sens artistique : 


«Conception einer Idee. (R. Eucken.) 


dé 


CONCEPTION 


de l’entendement ; et concevoir 
vrait le sens correspondant. 

Rad. int. 19 Konceptad (acte); 
2° Konceptur (ce qui est conçu). 


CONCEPTUALISME, D. Conceptua- 
Uüsmus ; E. Conceptualism ; I. Concet- 
tualismo. 

À. Doctrine suivant laquelle les uni- 
versaux* n’existent pas en eux-mêmes 
(ni antérieurement aux choses, ni dans 
les essences qui constituent celles-ci), 
mais ne sont que des constructions de 
l'esprit. S’oppose en ce sens à Réa- 
lisme*, au sens À ou au sens B. 

B. Doctrine concernant la nature des 
idées générales*, en tant que concep- 
tions de l'esprit, et suivant laquelle ces 
idées sont des formes ou des opérations 


rece- 


propres de la pensée et non de simples ! 
signes s’appliquant également à plu- 


sieurs individus. 


REMARQUE 


Une erreur répandue, et qui résulte 
de la confusion de ces deux sens, est 
de considérer le conceptualisme comme 
une doctrine de juste milieu, intermé- 
diaire entre le réalisme et le nomina- 
lisme. En réalité, il s'oppose soit à l’un, 
soit à l’autre, mais en tant que réponse 
a des questions bien différentes. 

Rad. int. : Konceptualism. 


CONCEVABLE, C. Begreiflich ; E. 
Conceivable : 1. Concepibile. 

Qui peut être conçu, à l’un quel- 
conque des trois sens indiqués à l’ar- 
ticle Conception. Le mot surtout est 
intéressant dans son usage négatif, en 
raison de la théorie de HAMILTON, ac- 
ceptée par J. S. Mie et suivant la- 
quelle « l’inconcevabilité d’une chose 
ne prouve pas sa fausseté ». Philosophie 
de Hamilton, chap. vi. Cf. Inconce- 
vable*. 


Concevoir, voir Conception. 


CONCLUSION, L. Conclusio,; D. 
Schluss, Schlussatz, Conclusion; E. 
Conclusion ; I. Conclusione. 

A. Proposition dont la vérité résulte 








— 


de la vérité d’autres propositions (dites 
prémisses), de telle sorte que les pre. 
misses ne peuvent pas être vraies sans 
que la conclusion le soit. 

B. En particulier, conclusion d'y, 
syllogisme*. 

C. Partie d’un ouvrage, d’une argu. 
mentation, etc. exposant l’essentiel qe 
ce qu’on estime avoir prouvé (ou, plus 
rarement, de ce dont on se propose de 
faire la preuve). 

D. Action de conclure, de passer 
logiquement des prémisses aux congé. 
quences. « Une conclusion incorrecte » 
(que la conclusion, au sens A, à laquelle 
elle aboutit, soit vraie ou fausse en 
elle-même). Ce sens est peu usité. 

Rad. int. : A. B. C. Konkluzur; 
D. Konkluz. 


CONCOMITANCE, D. Konkomitanz ; 


! E. Concomitance ; I. Concomitanza. 


Caractère de deux faits qui présen- 


| tent un rapport régulier, soit (A) de 


simultanéité, soit (B) de variation en 
fonction l’un de l’autre. (On emploie 
encore en allemand dans ce second 
sens, le terme Functionsverhältniss.) 


CRITIQUE 


Ce second sens paraît provenir de la 
méthode décrite par J. S. Mill, sous le 
nom de méthode des variations concomi- 
tantes ; il n’est donc que le résultat 
d'une ellipse. Comme il peut faire équi- 
voque avec le premier, nous proposons 
de l’éviter et de remplacer en ce sens 
concomitant et concomitance par fonc- 
tion et fonctionnalité. 

Rad. int. : À. Konkomitant ; B. Fun- 
cion. 


« CONCORDANCE (Méthode de) », 
D. Methode der Uebereinstimmune ; Ë 
Method of agreement ; 1. Metodo di con- 
cordanza. 

L'une des méthodes d’induction Pr0- 
posées par J. S. Mie dans sa Logique. 

« If two or more instances of the phe- 
nomenon under investigation have only 
one circumstance in common, the CI” 


| cumstance in which alone all the in- 





| 


' 








ances agree is the cause (or effect) 
the given phenomenont'. » System of 
gic, 111, ch. 8, $ 1. 

Cette méthode n’est pas identique à 
Tabula praesentiae de BACON, comme 
le dit ordinairement (p.ex. FOWLER, 
Notesau Nocum Organum ; ADAMSON, 
ns BALDWIN, V0 Agreement), Voir sur 
tte distinction A. LALANDE, Les théo- 
unies de l'induction et de l'expérimenta- 


gen, Ch. III et IX. 


, 





A « Concordance (Méthode réunie de 
“goncordance et de différence). » 


& J.S. Mic appelle ainsi (Joint method 
se agreement and difference) la méthode 
jai a pour règle : « If two or more 
mstances in which the phenomenon 
æccurs have only one circumstance in 
&ommon, while two or more instances 
i# which it does not occur have nothing 
gn common save the absence of that 
ä@rcumstance, the circumstance In 
‘which alone the two sets of instances 
#iffer is the effect, or the cause, or a 
necessary part of the cause of the phe- 
nomenon?. » System of Logic, III, ch. 8, 


#2. 


# 


# CONCORDISME, D. Æonkordismus ; 
+. Concordism ; I. Concordismo. 

* « On appelle ainsi en théologie, la 
£ _e 


3 
#44, « Si deux ou plusieurs cas d u phénomène qu'on étu- 
dis ont une seule circonstance commune, cette Circons- 
ce unique par laquelle tous les cas sont semblables 

dt la cause (ou l'effet) du phénomène donné ». -- 
M « Si doux ou plusieurs cas dans lesquels le phé- 
ène se produit ont seulement une circonstance 
Mons tandis que deux ou plusieurs cas dans lesquels 
&nese produit pas n'ont rien de commun que l absence 
la même circonstance, cette circonstance unique, par 
Quelle diffèrent les deux groupes de cas, est l'effet, la 
muse ou une part nécessaire de la cause du phénomène. » 


+ 





CONCRÉTION 


théorie selon laquelle la foi et la science, 
étant toutes deux divines à leur ma- 
nière, ne sauraient être en désaccord. » 
G. BELoT, La valeur morale de la 
science, Revue de métaph., juillet 1914, 
433. 

Concours : V. Concurrence. 

« CONCOURS ordinaire de Dieu. » On 
appelle ainsi, dans la scolastique et dans 
l’école cartésienne, l’opération par la- 
quelle Dieu conserve le monde dans 
l'existence ; l'indépendance admise par 
ces écoles entre les moments du temps, 
ayant cette conséquence que l'univers 
cesserait d’exister aussitôt que Dieu 
cesserait de vouloir actuellement en 
maintenir la réalité. (Discours de la 
méthode*, ve partie, $ 3.) Voir création 
continuée, et causes occasionnelles*. 


CONCRET, D. h'onkret ; E. Concrete ; 
L Concreto. — Voir Abstrait*. 

U'niversel concret, Voir Universel*. 

« Fonctions concrètes. » En mathé- 
matiques, celles qui résultent d'un mé- 
canisme cinématique. RExOUvIER, Lo- 
gique, 3e édit., 1, 174. II Y comprend les 
fonctions circulaires, géométriquement 
considérées ; mais ces fonctions devien- 
nent « abstraites » si on les exprime par 
un développement en série. 


« CONCRÉTION » {sans équivalents 
étrangers; cependant IIErBaRT s’est 
servi, au sens À, du mot Complication, 
qui a été adopté par WuxprT). 

A. Chez AuPÈRE, processus par le- 
quel l’image (souvenir) d’un objet fu- 
sionne avec la sensation actuelle que 


_ Sur Concordance (Méthode de), etc. — 11 serait désirable d’indiquer en quelques 
mots la différence entre les tables de Bacox ct les méthodes de Mizz. (P. Lapie.) = 
Elle consiste en ceci : les tables de Bacox 19° sont des recueils ordonnés de faits 
bservables, sur lesquels doit ensuite s’exercer l'induction ; et 2° celle-ci a pour 
%bjet de déterminer la forme ou cause formelle, c'est-à-dire l'essence d’un phéno- 


ène, ce qui le constitue en soi 


(in ordine ad universum, non in ordine ad 


hominem), au sens où les physiciens disent que ce qui est un son pour nos sens 
st en réalité une vibration de l'air. Il s’agit donc de déterminer le caractere 


objectif commun à tous les cas observés, et non la cause efficiente, qui est 


CONCR ÉTION 


nous donne cet objet, quand il tombe 
de nouveau sous nos sens. Ce fusionne- 
ment explique pour lui : 1° la recon- 
naissance ; 2° l’incorporation des ima- 
ges à la perception actuelle, par exem- 
ple ce fait, observé déjà par Laplace, 
qu’en regardant le livret d’un opéra, 
on entend distinctement les paroles 
d'un chanteur, qui n’étaient aupara- 
vant qu'un son confus. Philos. des 
sciences, Introd., p. LIXx-LX. 

| B. Pour Victor EGcERr, qui a particu- 
lièrement employé ce terme : « Opéra- 
tion par laquelle l’esprit à ses débuts 
et d’une manière généralement incons- 
ciente a construit le tout dit concret 
que l’Abstraction* A et l’Analyse* B 
décomposeront plus tard. » Définition 
communiquée par l'auteur. S'applique 





pagne toujours les qualités qui, prése 
tement, pour mon esprit, sont l'homme 
. je l'incorpore au groupe qu’ell,; 
forment sous le nom d’homme Fe 
V.Eccer, Compréhension et contiguits 
Revue philos., oct. 1894. Mn 


CRITIQUE 


Terme utile et précis, surtout ay 
sens A. On remarquera que la générà. 
lisation proposée en B correspond asse, 


exactement à ce que Whewell appelait 
colligation*. 


« CONCUPISCENCE », L. Concupis. 
centia et surtout libido : les « trois 
concupiscences » sont libido sciendi 
libido sentiendi, libido dominandi ; 
D. Begierde ; E. Concupiscence ; 1. Con- 










16 


soit aux objets individuels, soit aux 
idées générales spontanément formées, 
par exemple au type de l’homme. Un 
jugement de concrétion est un jugement 
synthétique augmentant la compréhen- 
sion d’un concept ; par exemple : « Dé- 
couvrant que la qualité mortel accom- 


cupiscenza. 

Désir égoïste vif. Voir ci-dessus l’u- 
sage du mot dans le langage de la 
théologie morale. — Le mot se dit 
spécialement des appétits*. 

Rad. int. : Konkupiscenc. (Au sens 
ordinaire, avid.) 





seulement vehiculum formæ. Pour J. S. Mie, au i 

ï à . S. ; contraire, 1° les « canons » sont 

des règles logiques ; 2° ces règles ont pour objet de déterminer la cause efficiente 

es l’antécédent invariable, inconditionnel, etc. Voir plus haut Cause*, 
e là vient que les deux méthodes ne coïncident pas non plus dans l'application 


l’une considérant les phénomènes Ï 
par groupes successifs, et l’aut Ï 
dans leurs rapports de simultanéité. (A. L.) Phone 


Sur Concrétion. — Cela suppose une antériorité au moi i i 
et particulièrement des qualités sensibles d’une chose EE CE ose 
même. Mais cette antériorité me paraît bien contestable. (J. Lachelier.) — II ne 
s’agit pas ici d’une antériorité logique, qui serait en effet très douteuse, mais d’une 
antériorité psychologique, qui ne peut faire doute : on voit en effet par l'observation 
des troubles de la perception, par celle des enfants, des aveugles-nés opérés, etc. 
que les sensations et les images existent d’abord à l’état séparé avant dese grouper 


td MR : fe Rois 
: ie ainsi des objets définis, appelés choses ou individus. (V. Egger. — 


Sur Concrétion (critique). — Le mot concrétion i i i Ï 
Je). ne désigne-t-il pas aussi parfois 
un assemblage plus ou moins hétérogène d'idées ou d’habitudes, dont les éléments, 
PR à des origines historiques diverses, sont juxtaposés sans unité réelle ? 
(M. Blondel.) — C'est là une métaphore très expressive, et sans doute parfaitement 


admissible ; mais elle ne me semble pas bien a ri 
A P ien uswelle, et en tout cas elle n’a rien 





CONDILLACISME 





| « CONCUPISCIBLE », L. Concupis- 
“ils (classique, mais au Sens de qui 
être convoité) et non, comme chez 
scolastiques, qui est le principe du 
ir (St Tomas p’AQUIN). D. sans 
ivalent. E. Concupiscible ; I. Con- 
piscibile. — (L'expression appétit 
M upiscible a été traduite en alle- 
“mand par Begehrungstrieb.) 
4 Dans le langage de l’École, adopté 
ru BossueT, les passions (au sens 
fapcien du mot, c’est-à-dire les senti- 
ments) se rapportent soit à l'appétit 
RE nscible, soit à l’appétit concupiscible. 
# Les six premières passions (amour, 
Haine, désir, aversion, joie, tristesse) 
avi ne présupposent dans leurs objets 
‘que la présence ou l'absence sont rap- 
laortées par les anciens philosophes à 
Jappétit qu'ils appellent concupisCi- 
“ble... » BossuET, Connaissance de Dieu 
et de soi-même, I, 6. — Cf. Irascible*. 
. Cette distinction se rattache à celle 
‘de PLaron, entre Gus et érbuuto. 


CONCURRENCE, D. Mitbewerbung, 
Konkurrenz ; E. Competuon ; I. Con- 
-correnza. 

Socrou. État de deux êtres, ou de 
deux fonctions qui tendent à se sup- 
planter réciproquement. 

Le terme est surtout économique et 
se dit essentiellement du rapport de 
deux producteurs ou de deux commer- 
çants qui se disputent une clientèle. 
(ils se la partageaient d’une façon 
fixe, il n’y aurait plus concurrence.) — 
Le mot s'étend de là au rapport de 
candidats briguant simultanément une 
même fonction ou un même titre, de 
procédés divers s'offrant l’un et l’autre 
pour arriver au même résultat, de sen- 
timents opposés qui tendent chacun de 





son côté à conquérir l'esprit entier, etc. 

On appelle spécialement Concurrence 
vitale l'effort de tous les êtres pour se 
maintenir et se développer, en tant que 
cet effort les rend antagonistes, et pro- 
voque entre eux une lutte pour la vie 
et pour la supériorité dans la vie. 


CRITIQUE 


Il est à remarquer que le caractère 
de lutte, qui est très accentué dans le 
mot concurrence, n'existe pas toujours 
dans le mot concourir (p. ex. concourir 
à un même but), ni même dans les mots 
concours, concurremment, qui marquent 
au contraire le plus souvent une action 
convergente, dirigée vers un même 
résultat. 

Concours, au sens où il implique 
l'idée de compétition, diffère de con- 
currence en ce qu’il désigne la compé- 
tition organisée suivant des conditions 
et des formes régulières, en vue de 
choisir ou de classer les concurrents 
suivant leur mérite. Le régime de la 
libre concurrence s'oppose en ce sens à 
celui du concours. 

Rad. int. : Konkurenc. 


CONDILLACISME. -— Doctrine de 
Condillac, caractérisée par les thèses 
suivantes : L'âme est une substance 
simple, différemment modifiée à l’occa- 
sion des impressions qui se font dans les 
parties du corps ; tous les phénomènes 
et touteslesfacultés de l'esprit résultent 
d’un seul phénomène élémentaire, à la 
fois affectif et représentatif, la sensa- 
tion ; la réalité qu'une idée générale a 
dans l'intelligence ne consiste qu’en un 
nom ; toute science est une langue bien 
faite; l'analyse en est l'instrument 





essentiel. — Voir Sensualisme*. 


Sur Concurrence et Concours. — Concours implique opposition si l’on a égard 
surtout à l’objet extérieur, matériel, dont les concurrents recherchent tous la 
possession ; mais il implique accord, au moins possible, si on a égard non à l’objet 
lui-même, mais à la tendance commune, à la direction, l’objet n’étant plus que la 
limite idéale d'efforts de mérne sens. D'où les applications diverses de ce mot se 


tirent facilement. (M. Bernès.) 


CONDILLACISME 





CRITIQUE 


Ce terme nous paraît de peu d’uti- 
lité ; il y a un intérêt médiocre, et un 
réel danger à spéculer sur la doctrine 
d’un philosophe comme sur un tout 
indivisible. Cet inconvénient est parti- 
culièrement sensible pour la philosophie 
de Condillac, dont l’unité logique est 
loin d’être évidente. 


1. CONDITION, L. scol. 
D. au sens A, Voraussetzung ; aux 
sens B et C, Bedingung ; E. Condition ; 
I. Condizione. 

A. En un sens très général, antécé- 
dent d’une relation hypothétique telle 
que si a est vrai, b l’est aussi; et si b 
est faux, a est faux. 

B. Assertion de laquelle une autre 


dépend de telle sorte que si la première | 


est fausse, la seconde l’est aussi. Voir 
Cause B* et Conditionnel. — On dit 
encore Condition nécessaire, où conditio 
sine qua non (ZABARELLA, dans Gocle- 
nius, k35b), Le sens B est une abrévia- 
tion de ces formules. 

Condition nécessaire et suffisante : 
celle qui entraîne toujours une consé- 
quence, quand elle est posée, et qui 
lexclut toujours, quand elle fait dé- 
faut. 


C. Au sens réel : circonstance dont 


une autre dépend de telle sorte que si : 


| 
| 


!” De mundi sensibilis, etc., 
Conditio; | 








> 16 
: la première est absente ou SuPPrimée 
la seconde l’est aussi. 

D. En particulier : Le temps et l'es. 
pace sont appelés par KanT conditions 
de l'expérience, Bedingungen aller E,. 
fahrung.«Tempus non est objectivum. 
sed subjectiva conditio per naturam 
| mentis humanae necessaria quaelibet 

sensibilia certa lege sibi coordinandi. , 
III, 14, 85, 

E. (Toujours au pluriel en ce sens.) 
Circonstances dans lesquelles une chose 
se fait, en tant qu’elles agissent sur sa 
production, en tant par exemple qu’el. 
les la facilitent, qu’elles l’entravent, ou 


| qu’elles en modifient le caractère. — 


Domaine dans lequel un terme est 
défini, ou dans lequel une thèse est 
affirmée (sans exclure que cette défi- 
nition ou cette thèse puissent être 
ultérieurement étendues à d’autres do- 
maines). 

F. Dans le langage des mathématiques, 
les conditions d’un problème sont « tout 
ce qui particularise une solution géné- 
rale. Toutes les fois qu’on emploie le 
mot condition, on suppose donc que, 
le problème restant le même dans son 
essence, on pourrait en restreindre les 





solutions par d’autres propositions li- 

mitatives ». —- Voir Observations. 
Une condition est dite nécessaire par 

rapport à une solution déterminée si 





en est une conséquence logique, 
g'est-à-dire si elle ne peut être rempla- 
me par aucune autre hypothèse, cette 

lution restant la même ; elle est dite 
guffisante si elle entraîne nécessaire- 
ment cette solution. 


s 


CRITIQUE 


« - Le mot condition, au sens C, s'oppose 
grdinairement au mot cause. Cette 
#pposition ne représente aucunement 
@ne distinction de fait, mais une dis- 
tinction de point de vue. (Voir la cri- 
tique de Cause*.) Ainsi, par exemple, 
dans la chute d’un objet qui se brise, 
on appellera « cause », ad libitum, et 
suivant l'intérêt pratique dominant 
sit la pesanteur, soit le fait que cet 
objet est en plâtre et non en bronze, 
goit la maladresse de celui qui l’a ren- 
versé, soit la position anormale qu'il 
occupait, etc. On voit en effet que, 
#elon le point de vue adopté, telle ou 
telle circonstance différente sera mise 
en cause; et les autres phénomènes 
ayant concouru à l'effet total, seront 
alors des conditions. (Voir J. S. Mi, 
Logique, III, ch. v, section 3.) — Il n°v 
a donc rien d’explicatif* dans la dis- 
tinction des conditions et des causes. 
C’est le jugement appréciatif* (concer- 


dm 


:FONDITIONNE 


nant l'importance des choses ou la 
responsabilité des personnes) qui déter- 
mine actuellement l’emploi de l’un ou 
lPautre mot dans l’usage courant. Cf. 
Occasion*, es 

Rad. int. : Kondicion. 


2. CONDITION, D. Zustand ; E. Con- 
dition ; I. Condizione. 

Manière d’être d’une chose ou d’une 
personne ; et, en particulier, situation 
sociale. Terme vague, auquel l'usage 
donne cependant dans certaines ex- 
pressions un sens très précis. Ex. : La 
condition des esclaves à Rome (en- 
semble des droits et devoirs apparte- 
nant aux esclaves à Rome selon les lois 
et les mœurs). — Un homme de condi- 
tion (c’est-à-dire d’un rang social qui 
le met hors de la foule), etc. 


1. « CONDITIONNÉ (LE) », D. Das 
Bedingte ; E. The Conditioned; I. Il 
Condizionato. 

Le Conditionné, selon HamiILTon et 
son école, est « that which depends on 
something else for its being! ». VEITCH, 
Memoir of Sir W. Hamilton, App. A, 
409. — Ce terme est traduit de KaAxT, 








Le Ce qui qui dépend de quelque chose d'autre, quant à 
son être. » 


Sur Condition (CriTiQuE). — Il semble que dans l'usage on appelle surtout 





Sur Condition, À et B. — Remarquer l’usage très étendu qu'a fait KanT de ce 
mot dans la discussion des antinomies. Est condition le terme duquel l'esprit passe 
à un autre dans une synthèse progressive, ou auquel il remonte à partir d’un autre 
dans une synthèse régressive. (J. Lachelier.) — Voir ci-dessous Conditionné*. 

Sur Condition, C. — L'usage juridique distingue la condition, qui peutne jamais 
se présenter, et le terme qui se présentera nécessairement, fût-ce à une date 
indéterminée (par exemple le décès d’un tel). PLAN1OL, Traité élém. de droit civil, I, 
$ 310). Cf. Code civil, 1168, 1184 ; et voir Contingent*, observations. 

Sur Condition, F. -— Ce passage de l’article a été modifié pour répondre aux 
objections de H. Bouasse. La partie du texte qui est entre guillemets est extraite 
de sa lettre. Il est à remarquer que M. PEANO donne au mot italien Condizione 
un sens plus étendu : « Condizione — proposizione contenente variabili.! » Ainsi 


soit a une classe, la proposition « x est un a » est une « condition en x ». Dizionario 
di Matematica, p. 7. 





1. Proposition contenant des variables. 


conditions certaines circonstances très générales qui concourent plutôt passivement 
qu'activement à la production d'un phénomène, ou dont l'action, tout au moins, 
est considérée comme secondaire (comme tel temps, tel lieu, telle température, 
telle pression atmosphérique). Un phénomène est produit par des causes sous des 
conditions. (J. Lachelier.) 

M. D. Parodi signale dans ReEnouvier, Essais, Logique générale, 3° partie, 
ch. xxxvi, Obs. A, une tentative importante pour distinguer les causes et les 
conditions d’un phénomène. Les conditions ne sont pas expressément définies ; 
ais il semble résulter du contexte, et notamment de la référence à J. S. Mill, que 
Renouvier entend par là tous les antécédents ou concomitants intervenant d’une 
manière quelconque dans la production d’un phénomène ; la cause « est une 
Condition 1° nécessaire, c’est-à-dire sans laquelle un phénomène n’aurait pas lieu, 
toutes choses égales d’ailleurs : 2° suffisante, c’est-à-dire qui, alors étant donnée 
(sic), donne lieu à ce phénomène ; 3° effectivement déterminante. Cette idée ajoutée 
à celle de ce qui suffit et est nécessaire, fixe la pensée sur le moment et l’acte 
même où l'effet se détermine en réalité par l'intervention de quelque chose qui 
Provoque des changements dans un état déjà connu. » Jbid., 3€ édition, p. 78-79. 

Sur le rapport de cette idée et de celle de force, voir même chapitre, p. 56. 





| 
À 
| 











CONDITIONNÉ 


pour qui le principe de toutes les anti- 
nomies* est la position suivante de la 
Raison : « Wenn das Bedingte gegeben 
ist, so ist auch die ganze Summe der 
Bedingungen, mithin das schlechthin 
U'nbedingte gegeben, wodurch jenes 
allein müglich war!. » Critique Rais. 
pure, Dialect. transce., livre II, ch. 2, 
p. 322. 

La « Loi du Conditionné », qui est un 
des principes fondamentaux de la pen- 
sée chez HaniLTox, s’énonce ainsi : 
« To think is to condition’. » Elle 
signifie : « that all that is conceivable 
in thought lies between two extremes, 
which as contradictory of each other, 
cannot both be true, but of which, as 
mutual contradictories, one must? ». 
Lectures, 11, 369. — « The law of mind 
that the conceivable is in every relation 
bounded by the inconceivable, I call 
the Law of the Conditionedt. » Jbid., 
373. 


En tant que ce principe est appliqué : 


à légitimer la croyance, il est le fonde- 
ment de la « Philosophie du condi- 


tionné ». (Cf. la défense de HAMILTON | 


et de sa philosophie religieuse contre 
Mie dans ManseL : The philosophy of 
the Conditioned) — La philosophie de 
l’Inconditionné désigne, au contraire, 
dans la même école la doctrine de 
Cousin suivant laquelle il y a un « Ab- 
solu-Infini » accessible à la raison et 


a la philosophie. HamrLTon, On the ! 


philosophy of the Unconditioned, Discus- 
sions, 1-38. 


1. Poser un conditionné comme donné, c'est poser 
aussi comme donnée toute la somme des conditions 
et par conséquent l'absolument inconditionné par qui 
seul il était possible. » — 2, « Penser, c'est condition- 
ner. » — 3. « Tout ce qui est concevable dans la pensée 


se trouve entre deux extrêmes inconcovables qui ne | 


peuvent être vrais à la fois, puisqu'ils sont contradic- 
toires entre eux, mais dont l'un doit nécessairement 
l'être, en vertu de leur mutuelle contradiction. » — 
4. « Cette loi de l'esprit, que le concevable est À tous 


égards borné par l'inc je l' i 
nn DOPR P oncevable, je l'appelle la loi du 
















168 
—_"S8 


2. Conditionné (réflexe), voir Réflezex 


CONDITIONNEL ({adj.). D. Bed; 
RCE Code ME 
À. Qui dépend d’une condition a 
sens À : par exemple la lexis qui tone 
le conséquent d’un jugement hypothé. 
tique quelconque. ° 
B. Qui dépend d’une condition, à 
sens B (condition sine qua non). La 
négation de l’antécédent entraîne, dan 
ce cas, contrairement au précédent l 

négation du conséquent. è 

C. Synonyme d’hypothétique, B, 1°- 
caractère d’une proposition hypothé. 
tique* dans laquelle l’antécédent signi. 
fie Toutes les fois que. et non S'il est 
vrai que. 


CRITIQUE 
L’équivoque entre les sens A et B 


| donne souvent lieu à des sophismes : 


de ce qui est condition nécessaire, on 
passe à ce qui est condition suffisante, 
ou inversement. 


CONDITIONNEMENT, (S). 








« Conduite », voir Comportement*. — 
« Conduite de l’attente*, du triom- 
phe* », voir ces mots. 


« CONFATAL », G. ouvetuapuévov : 
nécessaire en même temps qu’un autre 
terme. « L’hésitation, dès qu’elle est, 
comme diraient les Stoïciens, confatale 
à la résolution, ne se comprend plus. » 
HAMELIN, Essai, ch. v, $ 2, À, b 
(2e édition, p. 423). 


Configuration, Configurationism, voir 
Forme*, Observations. 


CONFLIT, L. Conflictus [legum)], juri- 
dique; D. Widerstreit; E. Conflict; 
I. Conflitto. 

Rapport de deux pouvoirs ou de 
deux principes dont les applications 
exigent dans un même objet des déter- 


cn Sn — Texte signalé par M. Léon Robin, qui y ajoute la référence à 
N, De fato, 13 (39) : « Haec ut dixi, confatalia Chrysippus appellat. » Cf. 


Stoïc. vet. fragm. 1, no 5, 957, 958. 


De parait à la fois légitime et illégi- 
me suivant la règle à laquelle on le 
apporte. 11 peut y avoir conflit d’une 


“hefforce de trouver, dans les phéno- 









bations contradictoires. Il y a, en 
ticulier, conflit de devoirs, quand, 
15 la morale appliquée, un même 


le autorité avec elle-même, si elle ne 
ut s’appliquer à un objet donné sans 
aboutir à une contradiction. « Le 
nflit de la Raison avec elle-même » 
AnT) est l’ensemble des contradic- 
tons où s'engage la raison lorsqu'elle 


mènes, un inconditionnel d’où dépen- 
graient tous les conditionnés. Crit. de 
Raison pure, Dialect. 


:8 L'expression « conflit de Lendances » 


transcend., : 
hap. II, 341 et suiv. Cf. Antinomie*. : 


CONFUS 


qu’un, malgré sa résistance, qu'il est 
dans l'erreur, ou de mauvaise foi. « Il 
s’agit de le tenter (de le mettre à 
l'épreuve), et non pas de le confondre. » 
LeEiBniz, Nouveaux Essais, IV, vu, ii 
(en parlant du « répondant », dans une 
soutenance de doctorat). 

E. Jeter le désordre dans une entre- 
prise (particulièrement dans une entre- 
prise trop ambitieuse, ou malfaisante) 
et la faire ainsi échouer. — Se disait 
surtout autrefois de Dieu, ou des 
Dieux. (Confounded, en anglais, veut 
encore dire maudit. Cf. les idées grec- 
ques d'ô6ets et de véuzorc!.| 


REMARQUES 


Après avoir été fréquent au xv11® siè- 





wt usuelle en psychologie et en psy- 
Whanalyse, spécialement en ce qui con- 
‘erne les conflits entre le conscient et 


finconscient dans les phénomènes de ; 


efoulement*. 
Rad. int. : Konflikt. 


CONFONDRE, D. A, Vermengen ; 
Ferwirren (toujours péjoratif) ; B. Ver- 
wechseln ; C. D. E. sans équivalents 
généraux Verwirren dans certains 
cas ; — E. To confound (dans tous les 
sens, et même avec des acceptions dis- 
parues en français) , — I. Confondere. 


A. Réunir deux ou plusieurs choses : 


de telle manière qu’elles ne soient plus 


discernables (comme deux rivières qui 


« confondent leurs eaux »}, ou même 
qu’elles soient identifiées : « Pour Spi- 
noza, volonté et intelligence se con- 
fondent. » 


B. (En un sens péjoratif) : ne pas . 


distinguer ce qui devrait l'être : prendre 
l'un pour l’autre, par erreur, deux 
objets de pensée réellement distincts. 
C. Étonner au plus haut point par 
son caractère inattendu. 
D. Prouver publiquement à quel- 


Sur Confondre, confus, confusion : 
remarques critiques de M. M. Marsal. 


! cle, en particulier chez les poètes, ce 
terme ne s'emploie plus guère actuelle- 
ment, à l'exception du sens B, que 
dans certaines expressions consacrées. 
Les définitions ci-dessus doivent être 
\ entendues sous cette réserve. 

Lirrré indique encore plusieurs au- 
tres sens de « confondre » (gâter, ruiner) 
ou « se confondre » (tomber dans le 
désordre ; s’humilier ; se tromper ; « se 
confondre en excuses », etc.) Mais, 
| sauf cette dernière expression, ces sens 
: paraissent avoir été rares, et n'être plus 
usités de nos jours. 

Rad. int. : A. Kunfuz ; B. Konfund ; 
C. Astoneg ; D. Konfuzig ; E. Perturb. 


CONFUS, D. Verworren ; E. A. Con- 
| fused ; B. C. Ashamed ; — 1. Confuso. 
| A. Brouillé, dont les éléments sont 
mêlés sans ordre et difficiles ou impos- 
sibles à discerner. « On en a fait (de 
l’Algèbre) un art confus et obscur qui 
embarrasse l'esprit, au lieu d’une 
science qui le cultive. » DESCARTES, 





1. Excès par lequel un homme dépasse ce qui convient 
à la nature humaine ; réaction de la puissance divine, 
gardienne des lois de la nature physique et morale. 


articles ajoutés ou refondus d’après des 

















CONFUS 


Méthode, 11, 6. — Par suite, plus large- 
ment, vague, incertain, mal défini : 
« Une pensée, une explication con- 
fuses. » — « Ces questions confuses 
et indéterminées : si le feu est chaud, 
si l’herbe est verte, si le sucre est 
doux, etc. » MALEBRANCHE, Rech. de 
la Vérité, VI, n. 

B. Qui éprouve un sentiment de 
trouble, de mécontentement de soi- 
même et d’inhibition, parce qu'il a été 
confondu, au sens D. 

C. Troublé par quelque chose qui 
choque sa modestie, sa discrétion, ou 
sa pudeur. 

D. (Dans la langue juridique, ce mot 


s'emploie aussi pour confondu*, au 
sens À.) 


CRITIQUE 


Confus, au sens A, est presque tou- 
jours nettement péjoratif. Cependant 
LEIBxiz, qui en fait un terme tech- 
nique, opposé à distinct*, le prend 
quelquefois en un sens de pure consta- 
tation, qui marque sans doute un degré 
inférieur de connaissance, mais sans y 
attacher aucune réprobation : « Quand 
je puis reconnaître une chose parmi les 
autres, sans pouvoir dire en quoi con- 
sistent ses différences ou propriétés, 
la connaissance est confuse. » (Exemple : 
la beauté d’un poème ou d’un tableau.) 
« Quand mon esprit comprend à la fois 
et distinctement les ingrédients primi- 
tifs d’une notion, il en a une connais- 
sance intuitive, qui est bien rare, la 
plupart des connaissances humaines, 
n'étant que confuses ou suppositives. » 
Discours de Métaphysique, xx1v. 


À notre époque, on a souvent relevé 


l'intérêt des idées confuses, comme 
étape préparatoire à l'acquisition d’i- 
dées nouvelles, ou comme instrument 
d'actions qui ne souffrent pas de délai. 
Mais il faut prendre garde que cet 
usage favorable ne tourne pas au profit 
de la paresse intellectuelle, qui veut 
éviter la peine de préciser ses idées, ou 
de la mauvaise foi, qui en exploite 
lindétermination. 

Rad. int. : A. Konfus ; B. C. Shamoz. 





CONFUSION, D. 1° Verworrenpe,, 
Schamgefühl ; 2° Vermengung, y. 
wechselung, Verwirrung ; — E. 10 Con. 
fusion, Confusedness ; Shame ; 2° Con. 
fusion, blending; mistake, bewilder. 
ment ; — I. Confusione. 

10 État de ce qui est confus*, ou de 
celui qui est confus, dans tous les sens 
de ce mot (y compris le sens juridique . 
voir Code civil, 1300). 

20 Acte de confondre*, ou caractère 
de ce qui est confondu (aux sens A, R 
ou E) ; état de celui qui est confondu 
{aux sens C et D). 

Rad. int. : voir ci-dessus. 


Confusion mentale, état pathologi- 
que, soit accidentel, soit chronique, 
dans lequel le sujet ne forme que des 
pensées troubles, inachevées et inal 
définies. Considéré par quelques alié- 
nistes comme formant une maladie 
spéciale (CHasLin). Cf. JANET, Obses- 
sions et psychasthénies, 661 et suiv. 


CONGÉNITAL, D. Angeboren; E. 
Congenital ; 1. Congenito. 

Est congénital tout caractère possédé 
par un individu dès sa naissance, et 
non acquis au cours de son développe- 
ment. Un caractère peut être congénital 
bien qu’il ne devienne visible qu’à une 
époque avancée du développement. 
Aussi a-t-on proposé d'employer en an- 
glais le mot connate pour désigner ceux 
des caractères congénitaux qui sont 
apparents dès la naissance. LLovp 
MorGan, Habit and Instinct, et Bazvo- 
WIN, 90. 

CRITIQUE 


Ce mot nous semble peu utile : le 
mot français inné* présente un sens 
analogue, qui a précisément fait aban- 
donner l'expression idées innées. 

Rad. int. : Kunnaskit. 


Congruence, voir Égalité*. 


1. CONJONCTIF, D. Æonjunktiv ; E- 
Conjunctive ; I. Coniuntivo. 

Les syllogismes conjonctifs sont 
« ceux dont la majeure est tellement 











mais des raisonnements où ce qu'on 
“pppelle la majeure est un jugement 


“sieurs propositions. 


CONNAISSANCE 


mposée qu’elle enferme toute la con- 
sion » (Logique de Port-Royal, 111, 
ar), comme sont les syllogismes hypo- 
ahétiques*, disjonctifs* et copulatifs*. 


sens À et B (acte ou faculté), conos- 
cenza, surtout aux sens C et D {chose 
connue). 

Ce mot désigne d’une part : 1° l’acte 
de connaître : 2° la chose connue ; — 
et d’autre part il spoeee la 
| is syllogismes, : simple présentation* d’un objet ; 2) au 
, Ce ne sont pas de vrais syllog | Aa comprendre*. D'où quatre 
sens fondamentaux : | 

A. Acte Le la pensée qui pose légiti- 
mement un objet en tant qu'objet, soit 
qu'on admette, soit qu’on n’admette 
pas une part de passivité dans cette 
connaissance (— mentem ab  objecto 
pati, SPiNozA, Éthique, 11, déf. 3). — 
Voir plus loin Réalisme*, texte et Ob- 
servations. 

La théorie de la connaissance est l’é- 

, tude des problèmes que soulève le rap- 

CONNAISSANCE, D. Erkenninis aux : port du sujet* et de l’objet* ; voir plus 
sens À et B, Kenntnis aux sens C | loin l'analyse de cette expression à la 
et D; E. Cognition au sens À, Know- | suite de l’article Théorie*. 
edge dans tous les sens, et même plus | B. Acte de la pensée qui pénètre et 
largement qu'en français! ; — 1. Co- définit l'objet de sa connaissance. La 
gnizione; conoscimento, Surtout aux | connaissance parfaite d une chose, en 
; ce sens, est celle qui, subjectivement 
| considérée, ne laisse rien d’obscur ou 
! de confus dans la chose connue; ou 
| qui, objectivement considérée, ne laisse 


CRITIQUE 


jcomposé* portant sur deux ou plu- 


ÿ 2. Conjonetif et Disjonctif. Épithètes 
applicables à l’addition* logique, sui- ! 
.xant que l’on considère les termes ! 
tajoutés comme pouvant avoir des élé- 
«ments communs, ou au contraire com- 
me devant s’exclure. 














4 1. Sur Knowledge et Knowledge about voir GROTE cité 
:par W. James, The meaningof truth. (Le sens dec vérité»), 
p. 11, et l'observation sur Savoir*, où ce texte est 
analysé. 


DR RE CRE 
ee ——————— 





Sur Connaissance. — Je distingucrais : Î* l'acte üe connaitre, subjecLif ; 2° le 
fait de connaître (rapport du sujet à l'objet) ; 3° le résultat, détaché par on 
(objet connu). (M. Blondel.) — il ne nous semble pas que le mot tonnaines emploie 
jamais en un sens purement subjectif : il paraît au contraire implique toujours 
le rapport du sujet à l'objet, sinon même une certaine subordination du premier 
au second. Restent donc seulement les sens 29 et 3° «qui correspondent respecti- 
vement à A-B et C-D. — (L. Couturat. — A. L.) : 

Le sens C parait même complètement inusité. (J. Lachelier.) " : 

Savoir, ou plutôt pouvoir affirmer le guod, sans aucun quid IPENSRERES d que 
chose sans aucune détermination, aucun attribut), serait-ce connaitre ? Et d sun 
part, dès qu'il est question de pénétrer, c’est déjà plutôt comprendre que connaître | 
c’est tout au moins commencer à comprendre. (J. Lachelier.) — Il me semble qu’on 
peut distinguer connaître, au sens de savoir ce qui est. de comprendre, au . 
de s'expliquer pourquoi cela est ainsi. Par exemple, on connaît, sans la compren re 
encore, l’anatomie d’un animal, tant qu'on ne s'explique pas le rapport et Lusase 
des différentes parties qui la constituent. Mais d’ailleurs, ainsi que nous l'av 2 
fait remarquer dans le texte, connaître s'oppose surtout à comprendre comme le 
genre à l’espèce. (A. L.) : 

Connaître et connaissance diffèrent surtout de croire el croyance en Ce que ces 
derniers termes impliquent que le motif de l'adhésion ne réside pas dans la clarté 
directe et intrinsèque de l'objet considéré. (M. Blondel.) 





















CONNAISSANCE 


rien en dehors d’elle de ce qui existe 
dans la réalité à laquelle elle s'applique. 
Voir adéquat*. 

C’est en ce sens que les choses en 


soi sont dites par SPENCER inconnais- | 


sables (unknowable), quoiqu’on puisse 
les connaître au premier sens (= en 
connaître l’existence), et même en défi- 
nir le domaine. 

C. Contenu de la connaissance au 
sens À (peu usité). 

D. Contenu de la connaissance au 
sens B. Très fréquent, surtout au plu- 
riel : les connaissances humaines, etc. 

Rad. int. : À. Nosk. — B. Konosk. 
— C. Noskat. — D. Konoskat. 


CONNAÎTRE, D. Kennen; E. to 
Know ; 1. Conoscere. 

A. Avoir présent à l'esprit un certain 
objet de pensée vrai ou réel. Cet objet 
peut être soit autre que l’esprit, soit 
l'esprit lui-même (ou l’une de ses pro- 
priétés, ou l’un de ses actes), mais à la 
condition que cet objet de pensée soit 
considéré, en tant que connu, comme 
se distinguant au moins formellement 
de la pensée qui le connaüt. Cf. OBsET*. 

B. (Plus rare en français, mais très 
fréquent pour le mot anglais to know, 
qui veut dire à la fois connaître et sa- 
voir) : Avoir dans l'esprit un certain 
objet de pensée non seulement en tant 
que donné, mais en tant que bien saisi 
dans sa nature et ses propriétés. — Ce 
sens est plus fréquent dans le substantif 
connaissance*. 

C. Reconnaître. (Sens plutôt littéraire 
que philosophique, et un peu vieilli.) 

CRITIQUE 

I] serait utile de convenir que le mot 
employé seul et sans autre détermina- 
tion marquera toujours la simple pré- 
sentation légitime d’un objet à la pen- 
sée, sans impliquer nécessairement 
qu’on en pénètre la nature et les lois, 
mais, naturellement, sans exclure cette 
pénétration. C’est en ce sens qu’on 
traduit par connaître et connaissance 
les mots percipere et perceptio (ou co- 
gnitio) de Spinoza, qu’il applique à 
tous les degrés de la pensée, depuis la 












122 
perceplio ex auditu jusqu’à la percepri, 
per solam essentiam (cognitio tertii gene. 
ris). (De emendatione, Van Vloten, 
2 éd., I, 16. Cf. Éthique, II, 40 sqq. 

Mais, quel que soit le degré de con. 
naissance que nous avons d’un objet, 
le mot implique toujours que cet objet 
est pensé tel qu’il doit l’être (soit par 
rapport à une réalité extérieure, soit 
intrinsèquement), d’une façon qui peut 
être partielle, mais qui, en tout cas, est 
véridique. 

Connaître et connaissance désignent 
donc un genre dont les espèces sont 
constater, comprendre*, percevoir, con- 
cevoir*, etc. Ils s’opposent à croire et 
croyance, non par la force de l’adhésion, 
mais par le fait que ces deux derniers 
termes n’impliquent pas nécessairement 
l’idée de vérité. 

Rad. int. : À. Nosk : B. Konosk. 


CONNATUREL et CONNATURALI- 
TÉ, (S). 


« CONNOTATION », E. Connotation. 

Chez J. S. Mie, un terme est dit 
connotatif s’il désigne (en extension) 
un ou plusieurs êtres, mais en les faisant 
connaître par certains caractères, et 
par conséquent en nous apprenant 
quelque chose sur leurs propriétés. 
« The word white denotes all white 
things, as snow, paper, the foam the 
sea, etc.; and implies, or as it was 
termed by the schoolmen, connotes the 
attribute whiteness!. » Logic, I, 11, $ 5. 
Au contraire, un simple nom propre, 
ou un attribut abstrait (blancheur) 
sont dits « non connotatifs ». 

Par suite, la connotation d’un terme 
est pour lui son sens ou sa compréhen- 
sion subjective la plus répandue, et il 
insiste sur la nécessité pour les philo- 
sophes de substituer à cette connota- 
tion lâche « a fixed connotation » qu! 
sera exprimée par une définition (Ibid. ; 
Cf. I, ch. vin, $ 1). 


1. « Le mot blanc dénote toutes les choses blsnohef: 
telles que neige, papier, écume des es, ete. ; © 
implique, ou comme disaient les scolastiques, il sonnot® 
l'attribut blancheur. » 


1473 





Pour J. N. KeYNEs (Formal Logic, 


‘ J, ch. 11, 4e éd., p. 26-27), la compré- 
‘ pension décisoire (conventional inten- 
. sion) est ce qu’il conviendrait de dési- 


gner par connotation, soit que l’on s’en 
rapporte à une définition communé- 


: ment, acceptée ou sous-entendue, soit 


ue l’on ait donné une définition expli- 
cite du terme en vue d’un usage déter- 
miné. Le terme s’opposerait à celui de 
« comprehension », qui désignerait la 
compréhension totale, qui est plutôt la 
propriété de la classe que celle du nom 
qui la désigne. 

Mais il fait remarquer que Stanley 
JEvons (Pure Logic, p. 6) et E. C. Be- 
nECKE (Mind, 1881, p. 532) ont pris 
Connotation au sens de compréhension 
totale. 

Pour Ed. GoBLoT, connotation et com- 
préhension sont d’abord pris en un sens 
très général et comme synonymes : 
c’est ainsi qu'il parle de « la connota- 
tion (ou compréhension subjective) 
d’un nom ». Logique, p. 105. Mais, plus 
tard, en vue de distinguer nettement 
ce que nous avons appelé plus haut 
« compréhension* éminente », des sens 





CONSCIENCE 


purement logiques de « compréhen- 
sion », il propose de réserver ce terme 
à la première, et de réunir le définissant 
et la compréhension totale sous le nom 
de connotation : « Nous dirons donc, 
conclut-il, la connotation des concepts, 
et la compréhension des idées. » Ibid., 
p. 115. 

Ces usages si divers rendent bien 
difficile l'adoption d’une définition 
unique. Voir les expressions sans am- 
biguité à l’article Compréhension* 
totale, décisoire, etc. 


1. CONSCIENCE psychologique, 
D. Bewusstsein,  Selbstbewusstsein ; 
E. Consciousness ; 1. Coscienza. 

A. Intuition (plus ou moins com- 
plète, plus ou moins claire) qu’a l'esprit 
de ses états et de ses actes. — Cette 
définition ne peut être qu’approxima- 
tive, le fait de la conscience étant, 
comme le fait justement remarquer 
HAMILTON, une des données fondamen- 
tales de la pensée, qu’on ne peut ré- 
soudre en éléments plus simples. 
« Consciousness cannot be defined : 


| we may be ourselves fully aware what 


Sur Connotation. — Ce mot, étymologiquement, s’appliquait aux termes attri- 
butifs dans leur rapport avec les substantifs. Ainsi l’on disait que le mot « juste » 
connotait (avec et outre l’attribut qu’il désigne directement) le sujet « homme » 
ou « Dieu », auquel cet attribut est inhérent. Ce sens étymologique a exercé sur 
Mizz une influence malheureuse en le conduisant à nier que les noms propres 
eussent une connotation, puisqu'ils ne désignent rien d’autre que le sujet auquel 
ls s’appliquent : « Sophronisque », par exemple, ne contenant pas l’idée de « père 


de Socrate ». (C. Webb.) 


Sur Conscience. — Bewusstsein (conscience psychologique) et Gewissen (cons- 
cience morale), correspondant à l’anglais consciousness et conscience, ont été pour 
la première fois distingués en allemand par Wozrr. Sur l’histoire de ces mots, on 
Peut consulter avec fruit SiEBEck, Geschichte der Psychologie, t. I. (R. Eucken.) 


Sur Conscience (pychologique). — Article complété d’après des indications 


de M. Daude. 


L'emploi large du mot conscience n’est pas équivoque. On peut fort bien dire 
une conscience pour un sujet percevant (une monade leibnizienne). (J. Lachelier.) 
— En réalité, le mot conscience, au sens À, désigne la pensée même, antérieure à 
distinction du connaissant et du connu ; comme telle, elle est la donnée première 
Que la réflexion analyse en sujet et en objet. (M. Blondel ; M. Bernès.) 
Est-il certain que le mot conscience emporte avec lui l’idée de certitude ? Si 


LALANDE. — VOCAB. PHIL. 


8 





CONSCIENCE 


consciousness is, but we cannot wi- 
thout confusion convey to others a 
definition of what we ourselves clearly 
apprehend. The reason is plain : cons- 
ciousness lies at the root of all know- 
ledgeï. » Lectures, Metaphysics, I, 191. 
« What we are less and less as we 
sink gradually down into dreamless 
sleep. and what we are more and 
more, as the noise tardily arouses us, 
that is consciousness. » BALDwIN, 
d’après LanD, Psychology. Vo 216b. 
Ces définitions laissent intacte la 
question de savoir si l'esprit humain a 
conscience de tout ce qui le constitue 


1. « La conscience ne peut pas être définie; nous 
pouvons bien nous-mêmes savoir parfaitement ce qu'est 
la conscience, mais nous ne pouvons pas sans confusion 
communiquer aux autres une définition de ce que nous 
saisissons clairement nous-mêmes. La raison en est 
simple : la conscience est à la racine de toute connais- 
sance. » — 2. « Ce que nous sommes de moins en moins 
quand nous tombons graduellement dans un sommeil 
sans rêves. Ce que nous sommes de plus en plus, quand 


le bruit nous éveille peu à peu, — c'estlà ce qu'on appelle 
conscience. » 












1% 

Ts 
ou s’il y a pour le moi individuel d 
l’homme des phénomènes PSYchiques 
inconscients. Elles réservent également 
la question de savoir si la COnScience 
contient ou ne contient pas Paffirma. 
tion du sujet en tant que substance 

A. Si cette connaissance* de l'esprit 
s’entend au sens A, et si le fait Cons. 
cient n’est pas considéré comme diffé. 
rent du fait qu’il est conscient, JA 
conscience est dite conscience SPORta- 
née. 

B. Si cette connaissance* s’enteng 
au sens B (c’est-à-dire suppose une 
opposition nette de ce qui connaît et 
de ce qui est connu, et une analyse de 
l’objet de cette connaissance) la cons- 
cience est dite conscience réfléchie*. 

C. Ce que saisit la conscience, au 
sens À : l’ensemble des faits psycholo. 
giques appartenant à un individu ou à 
un ensemble d'individus, en tant qu'ils 
ont un caractère commun. « La cons- 
cience de l'enfant. » — « La conscience 


cette association existe, elle n'est qu'un préjugé, à combattre plutôt qu'à respecter : 
et ce préjugé d’ailleurs n’est pas universel. (P. Lapie.) — Ce qu’implique cons- 
cience, c’est plutôt l’idée de positivité, de donnée de fait, que celle de certiturte. 
(M. Bernès.) 

Malgréles divergences de ces remarques (auxquelles il convient d’ajouter une 
note de Victor Eccer, approuvant la Critique telle qu’elle est énoncée dans le 
texte du vocabulaire), il y a lieu de remarquer qu’elles s'appliquent en réalité à 
deux usages différents du mot conscience, que ne caractérisent pas suffisamment 
les termes classiques conscience spontanée et conscience réfléchie. 1° La conscience 
en tant que donnée, primitive, indifférenciée, servant de matière à toute vie 
psychique, et par conséquent placée, à certains égards, au delà de toute discussion ; 
— 2° la conscience en tant que construite par l'opposition de l’objet et du sujet, et 
se réduisant alors à ce dernier par opposition à l’objet. Mais ici même le mot prend 
encore deux significations très différentes : a) on considère ce qui reste encore 
dans le sujet après cette différenciation, on s’attache à son activité propre, aux 
virtualités d'œuvres nouvelles qu’il pourra produire encore, aux lois suivant 
lesquelles il se développe, aux réserves de puissance pensante qui pourront 
amener des progrès ou même des révolutions dans la connaissance ; — b) on 
considère au contraire là connaissance actuelle de l’objet, dans œ qu’elle a gagné 
par cette différenciation en netteté et en distinction, dans la possession plus 
complète que nous en avons prise par notre travail d'opposition et d'analyse (par 
exemple dans la clarté de nos perceptions, dans la précision des principes de nos 
raisonnements) et c’est en ce dernier sens surtout, dans le langage ordinaire, qu’on 
juge un esprit plus ou moins conscient ou inconscient. Il y aurait donc lieu de 


distinguer conscience primitive et conscience réfléchie, conscience subjective et 
conscience objective. (A. L.) 





CONSCIENCE 





hs, classe » (au point de vue social). 
L'expression « une conscience », pour 
un état où un acte conscient », a été 
mployée quelquefois dans ces dernières 
nées, surtout en vue d'éviter que 
“, la conscience » ne soit représentée 
pomme un cadre ou un contenant dans 

quel les phénomènes psychologiques 


seraient placés. 


D. Un être conscient. 

E. Connaissance immédiate (non seu- 
“fegment de soi-même, mais d’autres 
‘ghoses). « Conscience de. » est em- 
‘ployé par KanT, HAMILTON, ScHo- 
"pPRNHAUER, etc. « Bewusstsein von an- 
‘deren Dingen'; Consciousness of the 
external reality. » 


# CRITIQUE 


La légitimité de cette dernière accep- 
tion est contestée. Conscience n’est pas 
un terme neutre : il évoque, peut-être 
à tort, une impression de certitude et 
‘d'autorité ; son homonymie avec cons- 
‘cience-2 ajoute encore à cet import lau- 
datif, et les auteurs qui l’emploient 
ainsi veulent bien marquer par là que 
&e à quoi ils l’appliquent n’a pas moins 
de réalité que notre propre pensée. 
“Qu'ils aient raison ou non, il est d’une 


1. Avoir conscience des autres choses. — 2. La cons- 
cience d’une réalité extérieure. 


mauvaise méthode de postuler ainsi 
implicitement ce qui devrait être dit 
expressément. 

Il y a lieu d’éviter, en sens inverse, 
le sens trop restreint que donnent à ce 
mot les premiers Ecossais et les Éclec- 
tiques, en établissant une opposition 
superficielle entre les sens et la cons- 
cience, considérés comme deux facultés 
parallèles adaptées à des objets diffé- 
rents. 

Rad. int. : Konscies. 

Conscience collective, voir ce mot. 


Conscience malheureuse, mauvaise 
conscience, voir le Supplément. 


Lol de prise de conscience. « L’indi- 
vidu prend conscience d’une relation 
d'autant plus tard et plus difficilement 
que sa conduite a impliqué plus tôt, 
plus longtemps ou plus fréquemment 
l'usage automatique de cette relation. » 
Loi formulée par Ed. CLAPARÈDE dans 
les Archives de Psychologie, en 1918, 
t. XVII, p. 71. Voir ci-dessous Men- 
talisation. 


2. CONSCIENCE morale, D. Gewis- 
sen ; E. Conscience ; I. Coscienza. 

A. Propriété qu’a l'esprit humain de 
porter des jugements normatifs spon- 
tanés et immédiats sur la valeur morale 


EEE G 


Sur Conscience (morale). — La question de savoir si le jugement est antérieur 


ou postérieur au sentiment, dans la conscience morale, est controversée 


: selon 


J, Lachelier, « le propre de la conscience est d'approuver ou de blämer, la joie et 
la douleur ne venant qu'après le jugement moral » ; selon M. Bernès, il faudrait au 
contraire la définir : « propriété qu'a l'esprit humain de senur la valeur morale, 
et de rendre ce sentiment explicite au moyen de jugements normatifs ». 

M. Bernès ajoute que l'expression classique « la voix de la conscience » est 
une image qui n’a rien d’essentiel. Elle n’exprime que le caractère immédiat et 
spontané de la conscience ; mais elle en fait disparaître l’intériorité. Elle se rattache 
à la conception théologique d’un Dieu étranger qui se fait entendre dans l'âme, 
non à la donnée psychologique d’une vie intérieure qui est nous-mêmes. 

On peut remarquer d’autre part, en faveur de cette image, qu’elle correspond à 
un fait réel d’objectivation souvent observé en psychologie ; par exemple dans les 
dédoublements de la conscience, l'inspiration artistique, etc. (A. L.) 














CONSCIENCE 


de certains actes individuels détermi- 
nés. Quand cette conscience s’applique 
à des actes futurs de l’agent, elle revêt 
la forme d’une « voix » qui commande 
ou défend ; quand elle s’applique aux 
actes passés, elle se traduit par des 
sentiments de joie (satisfaction) ou de 
douleur (remords). Cette conscience est 
dite, suivant les cas, claire, obscure, 
douteuse, erronée, etc. 

Cette définition convient également 
aux doctrines qui jugent cette faculté 
primitive, et à celles qui la croient 
dérivée. 

.Bonne* conscience, mauvaise* cons- 
cience, voir res mots. 

B. « Une conscience » : se dit d’une 
personne dont la conscience morale est 
particulièrement ferme, et qui la suit 
sans compromis. — L’adjectif corres- 
pondant est consciencieux (S). 

Rad. int. : Konscienc. 


.CONSCIENT, D. Bewusst ; E. Cons- 
cious ; Cosciente. 

Se dit soit d’un être qui a conscien- 
ce*, au sens À ou au sens B, soit d’un 
état ou d’un acte dont le sujet à cons- 
cience. 


REMARQUE 


Conscient se dit souvent de faits 
extérieurs dont on a, à proprement 
parler, la connaissance ou la percep- 
tion : on veut alors marquer par ce 
terme qu'on a pris conscience, au 
sens B, de la connaissance ou de la 
perception dont il s’agit : « Conscient 
du péril ; conscient de ses succès. » 

Rad. int. : Kousci. 


« CONSÉCUTION. » Outre son sens 
usuel et général (succession immédiate), 
ce mot est employé quelquefois pour 
désigner les habitudes empiriques de | 









essgis =. A6 
—n 
l'intelligence et de l’activité, Cet usa 
paraît avoir pour origine un passage es 
LEIBNIZ : « La mémoire fournit une 
espèce de consécution aux âmes, qui 
imite la raison, mais qui en doit être 
distinguée Par exemple, quand on 
montre le bâton aux chiens, ils se soy- 
viennent de la douleur qu’il leur a 
causée, et crient, et fuient. » {Monado. 
logie, 26.) 


CONSÉCUTIVE (Image), D. !Vach. 
empfindung, Nachbild; E. After-image 
after-sensation ; |. Imagine consecutiva. 

Ce terme est appliqué : 1° à la per. 
sistance hallucinatoire d’une sensation* 
après l'arrêt de l’excitant* qui l’a pro- 
voquée, soit qu'il y ait, soit qu'il n'y 
ait pas entre les deux états une lacune 
appréciable. Ce sens est rare. — 20 Spé. 
cialement, et c’est le sens usuel, à 
certains phénomènes de la vue, consé- 
cutifs à la disparition d’une sensation, 
et qui présentent le caractère d'un 
négatif (les blancs étant remplacés par 
des noirs et les couleurs par leurs com- 
plémentaires). 

On désigne en allemand le second 
sens par Vachbild. Il serait utile de 
spécialiser de même image consécutive 
en ce sens ; on dirait dans le premier 
Cas : sensation consécutive. 

Rad. int. : Post... (image ou sensa- 
tion). 


1. CONSENSUS. Terme un peu vague, 
qu’on applique d'ordinaire à la coopé- 
ration et à l’interdépendance* des par- 
ties de l'organisme. 


2. Consensus (Consensus omnium, 
CicéRON, Tusculanes, 1, 15 : Consensus 
nationum, Zbid., 1, 16), ou consentement 
universel. L'accord de tous les hommes 
sur certaines propositions, en tant 


Sur Consécutive (image). — Même quand elle est négative, la représentation 
consécutive devrait encore être appelée sensation, et non image, car elle reste 
sous la dépendance étroite et directe de la modification de l’organe, et sans doute 
des processus de régénération dont il est le siège. (M. Marsal.) | 





1 
! 


CONSISTANCE 





“ qu’on le considère comme preuve de 


Jeur vérité. "A yœp nüor doxet tabr’elvat 


Lrgduev; 8 d'évarpov ratrmv Tv mloriv où 


à ravo miotôtepe Épeï. ARISTOTE, Éth. 

Nicom., X, 2, 11938. 

, Rad. int. : Konsent. 

L CONSENTEMENT, D. A. B. Zustim- 
.mung ; C. Einwilligung ; — E. Assent, 
® Consent ; — 1. Consentimento. 

A. (Sens ancien.) Assentiment ac- 
‘cordé à une assertion. « On ne doit 
.jamais donner de consentement entier 
qu'aux propositions qui paraissent si 
évidemment vraies qu’on ne puisse le 
Jeur refuser sans sentir une peine inté- 
fieure et des reproches secrets de la 
“raison. » MazEBrRANCHE, Recherche de 
‘La Vérité, livre I, ch. 1, $ 4. 

… B. Consensus*, accord : « Le consen- 
tement universel. » (Il se peut que, 
dans cette expression, l’idée de com- 
munauté ait été d’abord tout entière 
“comprise dans « universel » et que 
‘consentement » y fût entendu à l’ori- 
‘gine au sens d’assentiment, comme 
en A. Mais LiTrréÉ accorde au mot 
consentement le sens « d’uniformité 
“d'opinion ».) 
. C. Acte de volonté par lequel on 
décide ou même on déclare expressé- 
ment qu’on ne s'oppose pas à une 
action déterminée dont l'initiative est 
prise par autrui. « Donner son consen- 
tement à un mariage. » 

Ce dernier sens est le seul qui soit 
couramment usité dans la langue con- 
temporaine. Consentement est plus fai- 
ble qu’approbation. « Consentir » mar- 
que, dans l’ordre de la pensée comme 
-dans celui de l’action, une nuance de 
réserve, ou du moins une tendance 
primitive à refuser. 





4 


CONSÉQUENCE, A. (D. Folgerich- 
tigkeit ; E. Consistency ; 1. sans équiva- 
lent.) Qualité d’un raisonnement con- 
forme aux règles de la logique. 





B. (L. Consequentia ; D. Folgerung, 
Konsequenz; E. Inference, Consequence ; 
I. Conseguenza). Terme absolu, surtout 
en L. et en E. : la relation logique qui 
unit les principes à la proposition qui 
en résulte. 

C. (L. Consequentia ; D. Folge ; E. 
Consequence ; I. Conseguenza). Terme 
relatif : une proposition A est la consé- 
quence d’une proposition (ou système 
de propositions) B, si, B étant vrai, 
À peut être démontré vrai en vertu 
des lois logiques. S’oppose à principe 
(au sens relatif). 

Rad. int. : À. Konseques ; B. Kon- 
sequ ;, C. Konsequent. 


CONSÉQUENT, A. (substantif), L. 
Consequens ; D. Konsequent ; E. Conse- 
quent ; L Consequente. Sens relatif, cor- 
rélatif du terme ANTÉCÉDENT. 

B. (adjectif). Sens absolu (D. Folge- 
recht ; E. Consistent ; 1. sans équiva- 
lent). Un raisonnement conséquent est 
un raisonnement conforme aux règles 
de la logique. 

Rad. int. : Konsequant{o) ou —{(a). 

Conservation de la masse (Principe 
de la) et Conservation de l’énergie 
(Principe de la). 

Voir Masse* et Énergie*. 

Conservation de la connaissance, voir 
Élaboration*. 


CONSISTANCE, D. A. Zusammen- 
hang, Widerspruchsfreiheit ; B. Konsis- 
tenz, Festigkeit, Gewicht ; — KE. A. 
Coherence, coherency ; B. Consistency, 
Firmness ; — I. Consistenza. 

A. Loc. Caractère d’une pensée qui 
n’est ni fuyante et insaisissable, ni 
contradictoire ; fermeté logique d’une 
doctrine ou d’un argument. D'une 
manière plus spéciale, un système 
d’axiomes est dit consistant s’il est 
non-contradictoire. 

B. Caractère de ce qui est solide, et 
ne dépend pas de l'arbitraire, ou de 
circonstances accidentelles, mais pos- 





Sur Consistance, A. — Le mot anglais consistency au sens logique, vise unique- 


[ ment l’accord de la pensée avec elle-même (to consist, s’accorder). Le mot français 














CONSISTANCE 


sède des qualités de permanence et 
d’objectivité. 
Rad. int. : A. Koheres ; B. Fermes. 
CONSISTANT, (S). 


CONSOMMATION des richesses, D. 
Konsumption, Verzehrung; E. Con- 
sumption ; I. Consumo. 

La consommation des richesses est 
le fait qui les détruit en tant que 
richesses*. Elle n’en est pas seulement 
l’utilisation, mais aussi la perte. 

Rad. int. : Konsum. 


« CONSTATIF. » Constater s’opposant 
à apprécier, l'expression « jugementcons- 
tatif », pourrait s'opposer à « jugement 
appréciatif », pour désigner très claire- 
ment ce qu’on a appelé, par un calque 
inexact d’une expression de Wundt, 
« jugements explicatifs » (erklärende 
Urteile : exactement jugements décla- 
ratifs). Voir Ezxplicatif*. 

On a quelquefois dit « constatatif » ; 
mais le verbe latin étant constare (cons- 
tat, il est constant que. ; d’où : faire 
un constat, constater), la forme d’ad- 
jectif verbal, si elle avait existé, aurait 
été constativus, comme stativus, de stare. 


CONSTITUANT, (S). 


« Constitutif », D. Constituti 
Voir Régulateur*. RACE 


Construction, Constructif, voir (S) et 
CORRE" — Constructive, voir Défi- 
nition*, Critique. — Constructlvité, (S). 


























178 


CONSTRUIRE, D. Æonstrui 
E. to construct ; I. Construire, D 
A. Au sens métaphorique es 
engendrer un objet de pensée ul 
synthèse de ses éléments. « Dém La 
trer, c’est construire... Pour dénon 
qu’une hypothèse entraîne une Cons 
quence, on construit la conséquen È 
avec l’hypothèsel. » GOBLOT, Logi 
ch. x1, p. 272. F4 
Ile i : 
us Pin d’opposer construi 
B. Plus spécialement, déduire tout 
un ensemble donné d’un principe ou 
d’un petit nombre de principes. O 
appelle en ce sens « construction jui 
dique », par exemple, l'opération par 
laquelle toutes les règles du droit ro- 
main relatives à l'héritage sont rame- 
nées à la seule formule : « Haeres 


| sustinet personam defuncti » (l'héritier 


joue le rôle du défunt). 


C. Se dit, plus spécialement encore, 
de l’opération dialectique (au sens E) 
par laquelle tout le système des idées, 


! 1. Mais dans l'usage de ce mot chez Edmon i 
s'ajoute quelque chose du sens kantien D. pas ET 
remarquer que, pour lui, la construction n’est pas seule- 
ment ooastruction de syllogismes, mais construction de 
l'objet auquel s'appliquent ceux-ci. « Ce que l'on cons- 
truit, o est la conséquence même que l’on veut démon- 
trer ; o'est par exemple la somme des angles d'un 
triangle. Cette somme n’est pas un assemblage de syllo- 
gone un assemblage d'angles. En arithmétique et 
: algèbre, ce que l'on combine, ce sont les nombres, où 

es symboles qui les représentent, et des relations entre 





es nombres et ces symb, ÿ 5 : 
sement, p. 22. ymboles. » Traité de Logique, Avertis- 


ne Lie plus ee d’un contenu de pensée bien déterminé, d’une thèse qui 

ed ogie avec le sens physique du mot consistance, qui est le plus 

due de LA Re ue même l’idée de simple cohérence 
€ roduite qu’à l’imitation des mots to consist, const 

R. B. Perry, qui nous a signalé l'absence de cet article dans la en di 


du Voca 1 , 
Fe ee us que consistency est moins fort en anglais que coherence Où 
y (qui veulent dire aussi cohésion en physique). Voir cohérence* et cohésion*. 


Sur i 
Consommation des richesses. — Le sens technique défini ci-dessus peut 


donner li i 
. pa CVs : les mots consommer et consommation, au sens usuel, 
q idée d'utilisation, de destruction par emploi normal; le verbe 


consumer et l'adjectif | j ; 
inutilement. (M ss Li au contraire, se disent plutôt de ce qui périt 





même des faits, sortirait par une 
essité intelligible de principes eux- 
Lames intelligibles. « Il faudrait des 
Lrherches beaucoup plus profondes 
à être en état de construire d’une 
Lanière quelque peu plausible. la 
alité concrète la plus simple. » 
LIN, Essai, Ch. 111, P. 123-124. 
D. Chez Kanr, construire signifie 
résenter dans une intuition a priori 
que chose d’abstrait (un concept, 
: « Die philosophische 
Lenntnis ist die Vernunfterkenntnis 
Begriffen, die mathematische aus 
Construction der Begriffe. Einen 
riff aber construiren heisst die ihm 


001 espondirende Anschauung a priori 


éthodologie, 17° partie, 1'e section. 
. 713 ; B. 741. Ce sens n'est usité en 
nçais qu’en parlant de la doctrine 
Kant. 


# rod! » Krit. der reinen Vern., 


‘Rad. int. : Konstrukt. 


# 

. CONTACT, Berührung, Kontakt ; E. 
Contact, Touch ; I. Contatto. 

; À. Position relative de deux corps 
qui se touchent. 

« B. PsycxoL. Dans l’ensemble des 
gnsations du toucher, au sens général 
de ce mot, on appelle spécialement 
gensations de contact celles qui ne sont ni 


jausculaires, ni thermiques, niaffectives. 


: CRITIQUE 


© Le toucher lui-même étant surtout 
défini par l'exclusion des sens spéciaux 
(vue, ouie, goût, odorat), la sensation 
de contact paraît être proprement la 
sensation indifférenciée, en tant qu’elle 
sæ présente seulement comme sensa- 





1. « La connaissance philosophique est la connaissance 
rationnelle par concepts : la connaissance mathématique, 
celle qui procède par congruction de concepts. Construire 


CONTAMINATION 


tion, ou plus exactement comme per- 
ception rapportée à un objet en général. 


Rad. int. : Kontakt. 


CONTAGION mentale, D. Gemüts- 
ansteckung ; E. Mental contagion ; 
I. Contagione mentale. 

A. Sens large : toute transmission 
d'états ou de tendances psychologiques, 
d’individu à individu, sans que cette 
transmission soit un résultat d’actes 
volontaires faits par le contagionnant 
ou le contagionné. « On peut expliquer 
cette aptitude à partager les émotions 
des autres en la rattachant au phéno- 
mène très général de l’imitation ou 
plutôt de la contagion. Tout le monde 
sait combien le rire, le bâillement, la 


toux, l'accent, les tics sont conta- 
gieux. » D. RousTAN, Psychologie, 
p. 179. 


B. Sens spécial : « La plupart des 
aliénistes et neurologistes qui ont traité 
de la contagion mentale ou nerveuse... 
l'ont conçue.comme la contamination 
(psychologique) d’un sujet sain, ou 
réputé tel jusque-là, par un sujet 
malade. L'idée de maladie, ou tout au 
moins de trouble mental, d'accident 
nerveux, tout à fait absente dans la 
conception précédente, est au premier 
plan dans celle-ci. » G. Dumas, Traité 
de Psychologie, tome II, p. 760. Voir 
toutes les pages 759-762, consacrées à 
la comparaison de ces deux sens, et à 
l'indication des auteurs qui les ont 
employés. La conclusion est en faveur 
de l'usage de contagion au sens A et de 
contamination au sens B. 


CONTAMINATION (au sens A), D. 
Ansteckung ; E. Contamination; I. 
Contaminazione. 
‘A. Communication d’une souillure 





wa concept veut dire présenter l'intuition a priori qui 
ÿ correspond. » 


et particulièrement d’une maladie con- 


Pl den 


Sur Contamination. — Le verbe latin contaminare paraît avoir eu primitivement 


le sens B : « Contaminare fabulas » (TÉRENCE, 


Andrienne, 16) veut dire 


fondre ensemble plusieurs comédies. A l’époque classique, il a pris nettement le 
sens péjoratif, et le substantif contaminatio ne se dit plus qu’en parlant d’une 





CONTAMINATION 


tagieuse. Ce sens est seul classique en 
français. — Cf. ci-dessus Contagion*. 

B. (sens très récent). Contaminer et 
contamination se disent de tout contact 
par lequel des natures diverses se 
mêlent en réagissant l’une sur l’autre. 
« Au lieu de les contaminer où il le faut 
(la détermination et l’indétermination), 
Kant les a juxtaposées. » R. LE SENNE, 
Obstacle et valeur, 112. « Des idées 
considérées indépendamment de leur 
contamination avec l’existence. » Jbid., 
89. « Une certaine contamination qui 
s'établit en moi entre deux perspec- 
tives différentes. » L. LAvELLE, L'expé- 
rience psychologique du temps, Rev. 
de Métaph., avril 1941, 87. 

Rad. int. : A. Kontamin ; B. Junt. 


CONTEMPLATION, D. XÆontempla- 
tion ; E. Contemplation ; 1. Contempla- 
zione. 

A. À d’abord servi à traduire + 
Gewpetv d’Aristote, opposé à rè rpétrev 


souillure ou d’une in'pureté. De même 
anglais. 


Le sens primitif est redevenu usuel, 








180 


et à rè roeiv. Il s'applique alors à la 
pensée en général, en tant qu’oPPosée 
à l’activité-B : la vie contemplative 
la vie active. ï 

B. État de l'esprit qui s’absorbe dans 
l’objet de sa pensée au point d'oublier 
les autres choses et sa propre indi vi. 
dualité. 

Rad. int. : Kontempl. 


CONTENU, D. Inhalt; E. Contens . 
I. Contenuto. | 

A. Psycn. Ce qui est dans autre 
chose. Le contenu de la conscience, à 
un moment donné, est l’ensemble des 
faits de conscience qui la remplissent 
où la constituent. 

C. TH. DE LA CONNAISSANCE. On peut 
distinguer dans la plupart des opéra- 
tions de la pensée une forme, c’est-à. 
dire un cadre général d'organisation ; 
et un contenu (ou matière*), c'est-à-dire 
certaines déterminations particulières 
qui donnent à cette forme une appli- 


Pour contamination, to contaminate en 


d’abord en philologie (précisément en 











parlant des fabulae contaminatae), puis est passé de là à l’usage philosophique. 
Cependant contaminer garde toujours son sens péjoratif quand on dit qu’une chose 
ou un étre en contamine un autre ; mais non quand on dit qu’un auteur contamine 
deux thèses ou deux doctrines pour les réunir en une seule, ce qui change les 
rapports des termes contenus dans ce qui est ainsi contaminé. (R. Le £enne.) 

M. Jean GuiTron a récemment donné à ce mot un autre sens, mais également 
péjoratif : « Il existe deux attitudes mentales qui déforment chez l’homme la 
structure de l’être. L'une consiste à confondre là où il faudrait unir sans violenter 
et sans mêler ; l’autre consiste à dissocier là où il faudrait se contenter de discerner. 
Nous appelons la première tendance contamination et nous la rattachons à la vie ; 
l’autre, qui est de dissociation, caractérise ce que nous appellerons désormais, 
faute d’un meilleur mot, l'esprit. » L'existence temporelle (1949), p. 75. Tout le 


chapitre IV est consacré à étudier le jeu de ces deux tendances dans la philosophie, 
la politique et la religion. 


Sur Contemplation. — Chez les mystiques du moyen âge, notamment Hucues 
DE SaNT-VICTOR, la contemplatio est le troisième degré de l'exercice spirituel ; les 
deux premiers sont la cogitatio et la meditatio. (R. Eucken.) 


Sur Contenu. = Inhalt SR à Gegenstand, objet. Voir MEINONG, Über 
Annahmen (Leipzig, 1902) et Über Gegenstände hôherer Ordnung, Zeitschr. für 
Psych. und Phys. der Sinnesorganen, t. XXI. Ce sens est à mon avis le plus 
important. (B. Russe.) Cf. Assomption*, remarque 2. 


481 


CONTINGENCE 





É e— 


% cation concrète. Ainsi, dans le juge- 
#%.ment : Tous les hommes sont mortels, 
>. Ja forme est le schéma de l’universelle 
“ affirmative : 
: contenu est formé par les idées d'homme 
: et de mortalité. 


Tous les À sont B; le 


B. Locique. Le contenu d’un concept 
est sa compréhension*. Ce sens est 
surtout usuel pour le mot allemand 
Inhalt. 

Rad. int. : Konten. 


CONTEXTE, D. Aontezxt ; E. Context ; 
IL Contesto. 

A. Primitivement, dans la langue 
juridique, ensemble ininterrompu des 
dispositions d’un acte : « Unité de 
contexte. » 

B. Enchaînement d'idées que pré- 
sente un texte; et spécialement, en- 
semble du texte qui entoure une phrase 
citée, et d’où dépend la vraie significa- 
tion de celle-ci. — Ce sens est le plus 
usuel ; il est technique en méthodologie. 
«Une expression change de sens suivant 
le passage où elle se trouve : on doit 
donc interpréter chaque mot et chaque 
phrase non pas isolément, mais en 
tenant compte du sens général du mor- 
ceau (le conterte). C'est la règle du 
contexte, règle fondamentale de l’inter- 
prétation. » LanGLois et SEIGNoBos, 
Introd. aux études historiques, p. 124. 

C. Par métaphore, et très générale- 
ment : ensemble des circonstances, 
liées entre elles, dans lesquelles s’insère 
un fait donné. Cette expression se ren- 
contre déjà chez KANT (Ærit. der reinen 
Vern., Antinomie, 6e section, A. 493; 


B. 521). Elle est fréquente chez les 
philosophes américains, notamment 
chez W. James. 

Rad. int. : Kuntext. 


CONTIGUITÉ (Association par ou de) 
D. Berührungsassoziation ; E. Asso- 
ciation by contiguity ; I. Associazione 
di contiguita. 

Une des trois formes de l’association 
des idées distinguées par ARISTOTE (&rd 
Toù ovveyyuc, De memoria, II, 451020). 
Elle consiste dans le fait que les états 
de conscience se rappellent l’un l’autre 
quand ils ont été simultanément pré- 
sents ou immédiatement successifs ; 
elle est divisée pour cette raison par 
les Écossais et les Éclectiques en « con- 
tiguité dans le temps » et « contiguité 
dans l’espace ». Elle a été souvent 
considérée comme le type unique d’où 
dérivaient les autres formes d’associa- 
tion : voir Rédintégration*. 

Rad. int. : Kontigu. 


CONTINGENCE, D. KÆontingenz, Zu- 
fälligkeit ; E. Contingency ; I. Contin- 
genza. 

Le mot s’oppose dans tous les sens 
à nécessité. 

A. Sens général (évôeyouevov, ARIsS- 
TOTE) : est contingent tout ce qui est 
conçu comme pouvant être ou ne pas 
être, à quelque égard et sous quelque 
réserve que ce soit. « Res singulares 
vOco contingentes quatenus dum ad 
earum solam essentiam attendimus, 
nihil invenimus quod earum existen- 
tiam necessario ponat, vel quod ipsam 





Sur Contingence. — Les expressions concrètes « une contingence », « les contin- 
&ence », sont encore très individuelles et nullement consacrées, même dans le 
langage contemporain. Elles nous semblent inutiles et d’un mauvais style. 
(M. Bernès. — L. Couturat. — A. L.) 

Les mots anglais contingent, contingency ont d’abord les mêmes sens qu’en 
français, et surtout le sens B : contingence et contingency s’emploient couramment 
Au sensconcret, pour désigner un fait contingent. — Les termes anglais s'appliquent 
en outre à ce qui est conditionnel (à ce qui n’arrivera que sous une certaine condi- 
tion). Ce sens serait même le meilleur à retenir, selon Bazpwin. Mais il n’est pas 
Usité en français, où il ferait double emploi. 

L'usage anglais du mot contingent pour conditionnel est à regretter. Il paraît 





CONTINGENCE 





_1 82 





necessario secludat. » SPINOZA, Éthique, 
IV, Défin. 3. 

B. Sens absolu. Un événement futur, 
ou, par abréviation, un futur est contin- 
gent si, toutes choses étant ce qu’elles 
sont, ce futur peut se produire ou ne 
pas se produire ; autrement dit, si sa 
réalisation ou sa non-réalisation sont 
également « compossibles » à cet état 
présent des choses. Voir futur*. 

C. Sens relatif. Un fait est contingent 
par rapport à une certaine loi générale, 
ou à un certain type, lorsqu'il consiste 
non dans l’application de cette loi, ou 
de ce type, mais dans quelque circons- 
tance particulière à tel ou tel objet 
individuel auquel ils s'appliquent. Plus 
généralement, est contingente toute 
coïncidence qui n’est ni constante, ni 
même générale. Cf. Hasard*. — Ce 
sens vient de ce qu’en pareil cas on se 
représente que cette coincidence aurait 
pu ne pas avoir lieu, ou que le fait 
aurait pu différer en quelque chose, la 
loi ou l’idée principale restant la même ; 
mais il n'exclut pas l’idée d’un déter- 
minisme régissant « les contingences ». 

D. Locique. Une proposition est 
dite contingente si la vérité ou la faus- 
seté du rapport qu’elle énonce est 





_ 


connue par l'expérience seule, et non 
par la raison. (Car, à l’égard des seules 
données de la raison, ce rapport est 
conçu comme pouvant être vrai ou 
faux.) Cf. Modalité*, 


CRITIQUE 


Le mot contingence, et les mots né. 
cessité Où impossibilité en tant qu'ils 
s'opposent à contingence, n’ont donc 
un sens précis que par rapport à cer- 
taines données : l’objet considéré (fait 
ou proposition) est dit nécessaire s’il est 
le seul qui soit conciliable avec ces 
données, s’il est par conséquent la 
seule solution possible du problème 
qu’elles énoncent ; et dans le cas con- 
traire, il est dit contingent. Un objet de 
pensée isolé n’est donc en soi ni contin- 
gent ni nécessaire ; il ne devient l’un 
eu l’autre que dans son rapport avec 
d’autres objets de pensée, parmi les- 
quels peut se trouver la nature de la 
pensée, en tant qu’exprimée par une 
ou plusieurs lois. Mais si ces lois elles- 
mêmes peuvent être dites nécessaires, 
c'est en un sens différent, et syno- 
nyme d’invariable ou d’universellement 
donné. 

Rad. int. : Kontingent. 





dériver d’une confusion. « À contingent remainder », en langue juridique, est le 
droit d’hériter d’un bien dans le cas d’un événement qui peut ne pas avoir lieu 
(qui, par conséquent, est contingent, au sens propre du mot) — par exemple dans 
le cas de la mort du propriétaire sans postérité. Une telle succession est à la fois 
contingente (c’est-à-dire incertaine) et conditionnelle (c’est-à-dire dépendante de 
tel événement particulier) ; et de là les deux sens ont été confondus. (C. Webb.) 

On nous a signalé, dans l’article ci-dessus, l'absence du sens donné par Émile 
Bourroux à ce mot dans son célèbre petit ouvrage De la contingence des lois de 
la nature (1874). Ce sens nous paraît double ; il vise à la fois : 1° la thèse d’après 
laquelle les lois ne sont pas nécessaires et pourraient être autres qu’elles ne sont 
sans qu’il y eût en cela rien de contraire à la nature de la pensée humaine ; 2° la 
thèse que ces lois ne sont pas rigoureusement déterminantes, et le sont de moins en 
moins, à mesure qu’on va de l’ordre purement physique à l’ordre biologique et à 
l’ordre humain, en sorte que leur application laisse place de plus en plus à la fina- 
lité, et à la liberté, qui en est la condition. Ce double sens s’explique par le refus 
d'admettre la notion de loi naturelle courante à cette époque, et qui la considérait 
à la fois comme nécessaire et nécessitante, comme exprimant un ordre de la =ature 
qui ne pouvait être autre qu'il n’est, tant dans ses formes générales que dans chaque 
fait singulier. Ainsi que Ravaisson, il assimile les régularités observables à des 
habitudes contractées par les êtres. (A. L.) 





485 





Ge 
È 


Ai 


CONTRADICTION 





Contingent, voir ci-dessus Contin- 


ë gence*. 


Contingentia (Preuve de l’existence 
de Dieu a ou e contingentia mundi). 
Elle repose sur l’idée que le monde 
empiriquement donné n’étant pas né- 
cessaire, il doit avoir une raison d’être 
extérieure à lui. — Cf. Cosmologique*. 


CONTINU, -ITÉ, L. Continuurmn, -itas ; 
D. Stetig, -keit ; E. Continuous, -ity ; 
J. Continuo, -ita. 

.. À. Sens vulgaire : 
rompu, sans lacunes. 

B. Philosophiquement, est continue 
toute grandeur qui n’est pas actuelle- 
meni* composée d'éléments distincts, 
c’est-à-dire qui n’est pas présentée à 
l'esprit par l'intermédiaire de ses élé- 
ments, mais qui peut en recevoir par 
une opération de l'esprit. 

C. Par suite, au point de vue de l’ana- 
«lyse mathématique, un ensemble ordonné 
à une dimension E est dit continu 
Jorsque : 1° il est parfait (c'est-à-dire 
identique à son dérivé) ; 29 il contient 
une suite dénombrable $ telle qu’il y 
ait toujours un élément de S entre deux 
élémentsdeE.(G.GanTor,Math.Anna- 
len, t. XLVI). D'où, en particulier : 

19 Une grandeur extensive est conti- 
aue quand elle appartient à un en- 
semble de grandeurs, continu au sens C, 
et comprenant toutes les grandeurs 
plus petites de la même espèce. Toute 
grandeur extensive continue est divi- 
sible à l'infini, mais la réciproque n’est 
pas vraie. 

2° Une étendue est continue quand 
elle constitue un ensemble de points 
Continu au sens C. 

83° Une durée est continue quand 
‘lle constitue un ensemble d’instants 
continu au sens C. 


incessant, ininter- 


D. Une fonction* f(x) est continue 
(pour la valeur a de la variable x) 
quand à chaque nombre positif € cor- 
respond un nombre positif n tel que, 
si x diffère de a de moins de 7, on ait : 


| f(æ) —f{a) | <e 


en d’autres termes, quand f(x) a pour 
limite f(a) lorsque la variable x tend 
vers la valeur a (s’en rapproche indé- 
finiment). 

Voir l'analyse des notions de continu 
mathématique et de continu physique 
dans Poincaré, La Science et l'hypo- 
thèse, ch. II. 

Rad. int. : Kontinu. 


Continuée (Création). Voir CRrÉA- 


TIoN* et ConNcours*. 


CONTRADICTION, G. &vripaoic ; L. 
Contradictio ; D. Widerspruch, Kontra- 
diction ; E. Contradiction ; I. Contrad- 
dizione. 

A. Relation qui existe entre l’affir- 
mation et la négation d’un même élé- 
ment de connaissance ; en particulier : 

1° Entre deux termes, dont l’un est 
la négation de l’autre, comme A et 
non-À ; 

29 Entre deux propositions, comme : 
« A est vrai » et « À n’est pas vrai » 
{ou « A est faux »}. Plus spécialement, 
espèce d'opposition qui existe entre 
l’universelle affirmative et la particu- 
lière négative, et entre l’universelle 
négative et la particulière affirmative 
(ayant les mêmes termes). 

B. Caractère d’un terme ou d’une 
proposition qui réunit des éléments 
incompatibles (contraires ou contradic- 
toires). 

C. État de l’esprit qui affirme une 
contradiction, au sens B. 


Sur Contingent. — « {Absolute] necessaria propositio est quae resolvi potest 


in identicas, seu cujus oppositum contradictionem involvit.. Quod tali necessitate 
Caret voco contingens ; quod vero implicat contradictionem, seu cujus oppositum 
est necessarium, id impossibile appellatur. » LEIBNIZ, inédits publiés par Couturat, 
p.17. 





CONTRADICTION 


D. Acte de contredire. « L'esprit de 
contradiction. » 

Voir Principe* de contradiction. 

Rad. int. : Kontradik. 


Contradictio in adjecto. Contradic- 
tion qui a lieu entre un terme et ce 
qu’on lui ajoute (entre un substantif 
et son adjectif, par exemple). 


Contradictio in terminis. Contradic- 
tion qui se manifeste par la forme 
même des termes entre lesquels elle 
existe ou qui la renferment. 


CONTRADICTOIRE, G. ävruparixôc ; 
L. Contradictorius; D. Widersprechend, 
kontradiktorisch; E. Contradictory; I. 
Contradditorio. 

A. Caractère (relatif) de deux élé- 
ments entre lesquels il existe une con- 
tradiction-A. 

B. Caractère (absolu) d’un élément 
qui présente une contradiction-B. 

C. (Jugement ou examen) contradic- 
toire : celui dans lequel chacune des 
deux thèses opposées a fait valoir ses 
raisons. 


CONTRAINTE, D. Zwang ; E. Cons- 
traint ; 1. Coercizione. 

A. En général, tout ce qui entrave 
la liberté d’action d’un être, soit du 
dehors, soit même du dedans. 

B. Spécialement, la contrainte-A que 










184 


nn 


ce cas, soit organisée (lois, règle. 
ments, etc.) ; soit diffuse (mœurs, cou. 
tumes, situation matérielle et mora] 
opinion, etc.). 

Rad. int. : Koakt. 


e, 


CONTRAIRE, G. évavrioc ; L. Con. 
trarius ; D. Konträr; E. Contrary; I. 
Contrario. Terme relatif indiquant une 
espèce d’opposition* ; se dit : 

A. De deux concepts qui font partie 
d’un même genre, et qui diffèrent Je 
plus entre eux (ARISTOTE, Catégories, 
vi ; 618) ; ou qui, présentant un carac. 
tère spécifique susceptible de degrés, 
en possèdent respectivement le maxi- 
mum ou le minimum; ou qui corres- 
pondent à deux mouvements en sens 
opposés; enfin de deux concepts qua- 
litativement différents, dont l'opposi- 
tion est intuitivement sentie comme 
telle (chaud, froid ; sucré, saïié ; etc.). 

B. De deux propositions qui ne peu- 
vent être vraies toutes les deux, mais 
qui peuvent être fausses l’une et 
l'autre ; en particulier, de deux propo- 
sitions universelles* qui ont les mêmes 
termes, et dont l’une est affirmative et 
l’autre négative. Ex. : 

Tout S est P ; nul S n'est P. 

Voir Contradictoire*. 

C. De deux changements dont cha- 
cun a pour point d’arrivée, ou de direc- 
tion, ce qui pour l’autre est point de 


h:4e cas : 


2: de : 
(@: 2e cas 


L contraposition, L. Contrapositio ; D. 
kntraposition ; E. Contraposition ; 1. 
pntraposizione. 

spèce de déduction* immédiate, 
; consiste à permuter les termes 
une proposition ou d’une inférence, 
les niant, suivant la formule : 


a2b.3.b 2 


De « Tout A est B », on 
duit : « Tout non-B est non-A. » 

De « Si A est vrai, B est 
drai », on déduit : « Si B est faux, A 
st faux. » 

3 * Rad. int. : Kontrapoz. 


CONTRASTE, D. Æontrast ; E. Con- 
gast ; I. Contrasto. 
#. État de deux objets de pensée simul- 
‘@anés ou successifs qui s'opposent et 
iqui prennent plus de relief dans la 
Ronscience par cette opposition. Ex. : 
“Æontraste simultané ou successif des 
æouleurs complémentaires. 
K L’association* par contraste est un 
‘des trois cas fondamentaux d’associa- 


tion des idées distingués par ARISTOTE. | 
| t. III, 5e partie. 


«Cf. Contiguité*. 
&._ Rad. int. : Kontrast. 


CONTRAT 


CONTRAT, D. Vertrag, Kontrakt ; 
E. Contract ; I. Contratto. 

À. « Le contrat est une convention 
par laquelle une ou plusieurs personnes 
s'engagent envers une ou plusieurs 
autres à donner, à faire, ou à ne pas 
faire quelque chose. » Code civil, ti- 
tre III, 1101. 

B. On appelle plus spécialement Con- 
trat en philosophie celui qui est bila- 
téral, ou multilatéral, c’est-à-dire qui 
contient des engagements réciproques. 

Le Contrat social ou Pacte social (se- 
lon J.-J. Rousseau) est l’ensemble des 
conventions fondamentales qui, « bien 
qu’elles n’aient peut-être jamais été 
formellement énoncées », sont cepen- 
dant impliquées par la vie en société, 
et dont la formule est la suivante : 
« Chacun de nous met en commun sa 
personne et toute sa puissance sous la 
suprême direction de la volonté géné- 
rale ; et nous recevons en corps chaque 
membre comme partie indivisible du 
tout. » Contrat social, I, 6. 

Le contrat, type idéal de toutes les 
relations sociales. SPENCER : Sociologie, 


Le contraire du contrat est le status 





F 
a 


de deux propositions entre lesquelles il n’y a pas de milieu. (Métaphysique, 











subit tout individu par le fait de vivre 


départ ou origine (réelle ou virtuelle). 
en société. Cette contrainte est, dans 


Rad. int. : Kontrari. 





Sur Contraire et Contradictoire. — Article complété d’après des indications de 
M. Bréhier et M. R. Daude. 

Il serait préférable de définir la contradiction comme le rapport de deux asser- 
tions telles que l’une étant posée comme fausse, l’autre soit nécessairement 
conçue comme vraie. On pourrait éviter ainsi tous les paralogismes qui naissent 
de ce qu’on prend les unes pour les autres les idées de contraire, subcontraire 
et contradictoire. Ce dernier mot paraît devoir être réservé à la logique formelle. 
Dans contraire, inversement, on devrait distinguer deux sens : le sens formel 
(deux universelles opposées), et le sens matériel (les extrêmes d’un même genre). 
(M. Blondel.) 

La distinction du contraire et du contradictoire a été faite par Aristote d’une 
manière très nette et décisive. (R. Eucken.) — Pour lui, l’évtipaoux (contra- 
dictio), prise en général, est l’opposition entre l'affirmation et la négation d'une 
même lexis (Ilepi ‘Epunvelas, 17233) ou, ce qui revient au même, l'opposition 





1057234.) Quand il considère la proposition en tant qu'analysée, il la définit 
Popposition entre l’universelle et la particulière de mêmes termes, et de qualité 
différente, ou entre deux singulières dont l’une affirme et l’autre nie du sujet le 
même prédicat. (Ilept ‘Epunvelag, 17016 et suiv.) 

L'expression la plus philosophique de la contradiction paraît être celle qui se 
tire immédiatement des idées logiques fondamentales, le vrai et le faux : sont 
contradictoires deux propositions qui ne peuvent être ni vraies ni fausses en 
même temps ; contraires, deux propositions qui ne peuvent être vraies toutes les 
deux, mais telles que l’une et l’autre peuvent être fausses. (A. L.) 

Sur Contrat. — Contrat, au sens À, n'est-il pas seulement un synonyme fort de 
promesse ? S’engager signifie littéralement se donner en gage ou donner quelque 
‘those de soi en gage, et alors la promesse devient bilatérale. (V. Egger.) — Il y a 
‘dans le mot engagement l’idée d’une garantie que la promesse n'implique pas. 
Cette garantie est d’ailleurs chose indépendante de l'acceptation ou de la réci- 
.procité, qui confèrent au contrat le caractère bilatéral. (A. L.) 
= — RENouvier s’est beaucoup servi du mot contrat en un sens voisin de celui 
Que Poincaré a donné plus tard à convention*. Voir p. ex. Psychologie rationnelle, 
3° éd., I, 193-203. 


dé. 

















CONTRAT 


> 1 


ou statut social, c’est-à-dire les rapports 
légaux qui s’établissent entre les hom- 
mes par le seul fait qu’ils appartiennent 
à telle classe sociale, ou qu’ils se trou- 
vent dans telle situation (homme ou 
femme, majeur ou mineur, père ou 
fils, etc.), à laquelle leur volonté ne 
peut rien changer. 
Rad. int. : Kontrakt. 


CONTRE-HABITUDE a été employé 
par V. EGGcer dans son enseignement 
pour désigner le fait que certaines im- 
pressions, au lieu de s’atténuer en se ré- 
pétant, deviennent au contraire de plus 
en plus douloureuses ouirritantes. Voir 
ses observations sur le mot Habitude*. 


CONTRÔLER, sans équivalents étran- 
gers; approximativement D. Prüfen, 
Untersuchen ; E. To check, to control 
(dans un des sens de ce mot) ; I. Veri- 
ficare, criticare. 

Proprement collationner, vérifier. 
Le contrôle (contre-rôle) est primitive- 
ment un second registre, tenu à part 
pour la vérification du premier. — D'où, 
par extension, s'assurer qu’une asser- 
tion est exacte, ou qu’un travail a été 
exécuté comme il devait l’être. 


CRITIQUE 


Ce sens est le seul correct en français, 
où il reste très vivant. Mais souvent la 
difficulté de rendre l’anglais to controli, 
ou même l'ignorance du sens exact de 
cette expression, ont conduit des tra- 
ducteurs français à se servir de contrôler 
et même de contrôle, dans des phrases qui 
ne comportaient pasl’emploide ce mot. 

Cette méprise s’est généralisée dans 
la langue des affaires, de l’administra- 
tion, du journalisme («le contrôle d’une 
entreprise industrielle », « le contrôle 
des changes », etc.), en sorte que, 
lorsque ce mot est employé dans un 
contexte philosophique, il y a lieu 


1. Qui veut dire non seulement contrôler, mais 
commander à. diriger, avoir la haute main sur une 
affaire ; contenir, réprimer, maîtriser. Cf. les expres- 
sions self-control, maîtrise de soi ; birth-control, limi- 
tation volontaire des naissances, etc. 








186 


—_— 


d'examiner s’il est pris au sens français 
au sens anglais, ou si l’auteur a profité 
(volontairement ou non) de l’'ambiguitg 
du mot pour ne pas préciser Sa pensée 

Rad. int. : Kontrol. ° 

CONTROUVÉ, D. Erdichtet; E, por. 
ged ; L Controvato. 

Inventé de toutes pièces, forgé (en 
parlant d’une histoire fausse, d'un 
texte apocryphe, etc.). — Le verbe 
« controuver » est à peu près inusité 
du moins aux modes personnels, et 
même assez rare à l’infinitif ; il figure 
cependant dans Littré qui le définit : 
« Inventer une chose fausse. » 


REMARQUE 


Le sens primitif du mot est : inventer 
quelque chose en en combinant entre 
eux les éléments. Il se disait en parlant 
d'objets matériels : « … surtout quand 
ces instruments sont simples et ingé- 
nieusement controuvés ». LEIBNIZ, Dis-. 
cours de Métaphysique, xx11; mais il 
l’emploie aussi en parlant d'idées : 
« Afin de vous faire juger que ce ne 
sont pas des faux-fuyants controuvés 
pour éluder vos objections. » Lettre à 
Arnauld, Gerh., 11, 56. 

On commet souvent sur ce mot un 
contresens causé par des associations 
verbales : ce qui a été trouvé faux, ce 
dont le contraire a été prouvé. 


CONTUITION, (S). 


CONVENANCE, D. A. Übereinstim- 
mung; B. Angemessenheit, Konvenienz; 
— E. A. Agreement (Locke); B. Pro- 
priety ; — I. À. Convenenza ; B. Con- 
venienza. 

A. Accord, harmonie, adaptation 
entre deux ou plusieurs termes. 

« Raisonnement par convenance com- 
pleze » : Ed. GoBLoT appelle ainsi 
(Logique, ch. xvi) celui par lequel on 
prouve qu’un effet n’est pas seulement 
un résultat, mais une fin : par exemple, 
largument classique sur les lettres 
jetées du hasard, qui n’auraient pu 
former le texte de l’Jliade. 








ne 
‘a Convenance et convenir ont été em- 
ployés d’une manière très vague, no- 








CONVENTION 





B. Caractère de ce qui est convenable, 
est-à-dire de ce qui convient en vertu 
“une règle ou d’un idéal. « Nécessité 
convenance » (opposée à la nécessité 
physique ou logique). 


CRITIQUE 





famment en ce qui concerne la défini- 
don du jugement (Logique de PorT- 
RoyaL, III, ch. 1; Locke, Essai, IV, 
&h. v). — LeiBniz a critiqué cette 
expression : « La convenance ou la 
disconvenance n’est pas proprement ce 
qu’on exprime par la proposition. Deux 
œufs ont de la convenance et deux 
ennemis ont de la disconvenance. Il 
s'agit ici d’une manière de convenir et 
de disconvenir toute particulière. » 
Nouv. Essais, IV, v. 

.: Rad. int. : Konven. 


#. CONVENTION, D. Vortrag, Überein- 
kommen, -kunft, Konvention ; E. Con- 
vention ; I. Convenzione. 

: Terme employé par Henri POoINCARÉ 
et à sa suite par un grand nombre de 
philosophes contemporains pour dési- 
gner les principes des sciences qui ne 
‘sont ni des évidences, ni des générali- 
#ations expérimentales, ni des hypo- 
thèses posées par conjecture en vue 


d’en faire la vérification. « Les axiomes 
géométriques ne sont donc ni des juge- 
ments synthétiques a priori, ni des 
faits expérimentaux. Ce sont des con- 
ventions ; notre choix parmi toutes les 
conventions possibles, est guidé par 
des faits expérimentaux ; mais il reste 
libre et n’est limité que par la nécessité 
d'éviter toute contradiction. » La 
science et l'hypothèse, 2° partie, ch. 111. 
Il exprime encore cette idée en disant 
que la géométrie euclidienne n’est pas 
la plus vraie, mais la plus commode 
(Ibid., ch. 1v, ad. finem. Cf. ch. v, ad. 
fin. ; ch. vi-vn, passim, etc.). Mais il 
insiste aussi sur ce fait que les conven- 
tions dont il s’agit ne sont pas « arbi- 
traires », et qu’elles ont « une origine 
expérimentale » (Jbid., 134). — Voir 
Hypothèse*. 


CRITIQUE 


Les mots convention, conventionnel, 
pris en ce sens, ont de graves inconvé- 
nients : 19 ils désignent déjà dans la 
langue courante, et dans celle de la 
science, une décision réfléchie prise en 
commun, comme a été, par exemple, 
la « Convention du mètre » (1875) ; or, 
un seul individu peut très bien prendre, 
et prend effectivement dans bien des 
cas, pour son usage personnel, des déci- 





sions logiques de ce genre; si bien 





:__ Sur Convenance. — La définition du jugement, citée comme exemple, est en 
effet un très mauvais emploi du mot; mais le sens propre et général d'accord, 
d'adaptation réciproque de plusieurs choses, me paraît très net et très français. 


-(J. Lachelier.) 


Sur Convention. — David Hume fait allusion à des moralistes antérieurs à 
lui qui ont dit « that justice arises from Human ConvenTIoNs (sic, en petites 
Capitales) and proceeds from the voluntary choice, consent, or combination of 
Mankind!. » Et il répond : « If by convention be here meant a promise (which is the 
most usual sense of the word) nothing can be more absurd than the position... 

Ut if by convention be meant a sense of common interest, which sense each man 


ne. ns ne a, =) 


1. Quela justice résulte de CONVENTIONS HUMAINES, et procède du choix volontaire, du consentement, ou d’un 
Sontrat de l'humanité. » — Le texte visé est peut-être HomBes, De Homine, ch. xv : « Atque in hac lege (praestanda 
"ne pacta) consistit natura justitiæ, Ubi enim non praecessit pactum, ibi jus nullum, sed omnis omnium suut : nihil 
rg0 estinjustum. » Le texte anglais dit : « … that men perform their counants made » (quo les hommes exéoutent les 


6onventions qu'ils ont faites). 














CONVENTION 


qu’on a été amené, pour conserver le 
mot, à parler assez bizarrement, de 
« conventions avec soi-même »; — 
2° même lorsqu'il s'agit de plusieurs 
individus, il arrive souvent qu'il n’y 
ait eu aucune entente volontaire entre 
eux, mais que les décisions concor- 
dantes se sont trouvées prises par les 
uns et les autres parce que, sans être 
nécessaires, elles étaient raisonnables 
et naturelles; — 30 enfin ces mots 
impliquent l'idée, souvent péjorative, 
d’une règle accidentelle, arbitraire, qui 
n’a point de fondement dans la nature 
des choses : ce qu’on nomme « conven- 
tionnel », c’est d'ordinaire ce qui n’en 
impose qu’aux esprits sans personna- 
lité, sans critique, et au fond, ne mérite 
pas d’être respecté. — Or, il est bien 
évident que d’après les explications et 
les exemples de Porxcaré lui-même, 
ce n’est pas là ce qu'il veut suggérer ; 
et il a protesté, en diverses circons- 
tances, notamment dans La valeur de 
la science (3€ partie : « La valeur objec- 
tive de la science ») contre les philo- 
sophes dont les expressions lui parais- 
sent en exagérer le caractère artificiel. 
I n’y a aucune raison de déprécier la 
part de choix libre, mais non purement 
arbitraire, qui entre dans la constitu- 










ie. _._ 188 
Tu 
science parce qu’elle contient néCessa; 
rement une intervention active LÉ 
l'esprit. Voir en particulier E. D. 
PRÉEL, Convention et raison, Revye de 
Métaphysique, juillet 1995. ‘ 
Il serait donc bien préférable de ne 
pas retenir pour exprimer cette idée le 
mot convention, et de parler plutôt de 
décision volontaire ou de choix déci. 
soire*. 


CONVENTIONNALISME, D. Æonven. 
tionalismus ; E. Conventionalism : ] 
Convenzionalismo. ‘ 

Doctrine qui considère tous les prin- 
cipes* comme des conventions*. 


CONVERGENCE, D. Konvergenz, Zu- 
sammenlaufen, -strahlen, etc. ; E. Con- 
vergency ; |. Convergenza. 

Caractère de deux ou plusieurs tra- 
jectoires se réunissant en un point : 
p. ex., en optique, convergence de 
rayons. — D'où, au figuré, le fait 
d'aboutir au même résultat : « La 
convergence des résultats expérimen- 
taux obtenus par des méthodes diffé. 
rentes. » 

En mathématiques : 

— Une série convergente est celle 
dont la somme tend vers une limite 


tion de la science, ni de déprécier la | finie quand le nombre de ses termes 








feels in his own breast, which he observes in his fellows, and which carries him, 
in concurrence with others, into a general plan or system of actions which tend 
to public utility, it must be owned that, in this sense, justice arises from human 
corfventions. Thus two men pull the oars of a boat, by common convention, for 
common interest, without any promise or contract. thus speech and words and 
language are fixed by human convention and agreementi. » An enquiry concerning 


the principles of morals, Appendix II, dans Essays and Treatises on several Subjects, 
p. 474. 


Sur Convergence. — On peut dire mieux encore : « Une série est convergente 
quand il existe un nombre N tel que la somme des n premiers termes de la série 
quel que soit n, soit plus petit que x.» (B. Russell.) 


1. « Si par convention o a entoud ici une promesse (ce qui est 1e sens le plus usuel du mot), ri de que 
cette thèse. Mais si par convention l'on entend un Sentiment de te edtitqunt ph Mine So roues 
son oœur, qu'il co nstate chez ses semblables, et quille fait entrer, concurrementavecd'autres, dans an plan &énéral ou 
_ système d actions tendant à l'utilité publique, il faut accorder qu'en ce sens, la Justice résulte do conventions 

umaines… C'est ainsi que deux hommes rament ensemble sur un bateau, par uue convention commune, dans U° 


intérêt commun, sans nulle promesse ni contrat... C'est ainsi bé une 
convention et nn accord bons .. si que la parole. les mots, la langue sont fixés par 


CES 


Enun sens biologique ou sociologique : 
* __ Un ensemble de transformations 
‘it dit convergent lorsqu'il a pour effet 
%e produire une ressemblance crois- 
Ante des éléments qui se transforment. 
Convergence, en ce sens, s'oppose à dif- 
renciation*. Voir Assimilation-A. 

* — Plusieurs séries de transforma- 
ions indépendantes et parallèles sont 
dites convergentes quand elles tendent 
yers le même résultat. 


. Rad. int. : Konverg. 


:. CONVERSE, adj. ou subst. — D. 
«bmgekehrt ; der Umgekehrte (Satz) ; 
Æ. Converse ; I. Conversa. 
;. À, En parlant des propositions, celle 
qui est inférée d’une autre par conver- 
gon*. 
= B. Plus généralement, en parlant des 
relations*, la converse (À ou R°) d’une 
relation R est la relation telle que si 
aRb est vrai, bR° a le soit aussi. Elle 
peut être ou n’être pas identique à R : 
elle l’est pour a = b ; elle ne l’est pas 
pour a > b.— Voir Réciproque*. 

Le « domaine converse » d’une re- 
lation est le codomaine* de celle-ci. 
Voir champ*. 


Rad. int. : Konvertat. 


1.« CONVERSION* » Ertorpopn, D. 
Bekehrung ; E. Conversion ; I. Conver- 
sione. 

Dans la doctrine néo-platonicienne, 
mouvement inverse de celui de la pro- 
Cession (rpéoSoc, xtOo8oçc). La « proces- 
sion » est l’'émanation par laquelle l’'Un 
ou le Bien produit l’Intelligence, puis 


l’Ame, puis le Monde et les êtres indi- | 








CONV ERSION 


viduels ; la « conversion » est le retour- 
nement de ceux-ci vers leur principe 
originel. 


2. CONVERSION, D. Bekehrung ; E. 
Conversion ; I. Conversione. 

Changement radical dans la conduite 
et la disposition morale du caractère. 
Se dit surtout, mais non pas exclusi- 
vement, de l’adhésion donnée à une 
religion. 


Rad. int. : Konvert. 


3. CONVERSION, G. ävr:0-50@n ; L. 
Conversio ; D. Umkehrung ; E. Conver- 
sion ; I. Conversione. 

Espèce de déduction* immédiate qui 
consiste à inférer d’une proposition une 
autre proposition où les termes de la 
première soient permutés. On admet 
deux sortes de conversions : 

A. La Conversion simple, qui s’appli- 
que à l’universelle négative et à la par- 
ticulière affirmative : 

Nul S n’est P ; nul P n’ests. 

Quelque S est P ; quelque P est S. 

B. La Conversion partielle ou par 
accident, qui déduit de l’universelle af- 
firmative une particulière affirmative : 

Tout S est P ; quelque P est S. 

Cette conversion est dite « par acci- 
dent », parce que S n’est pas compris 
dans l'essence de P. — Cf. Accident*. 


Cf. CONTRAPOSITION. 
Rad. int. : Konvert. 


REMARQUE 


La conversion par accident n’est pas 
légitime si l’on accorde aux proposi- 
tions particulières une valeur existen- 
tielle* que n'ont pas les universelles 
(SP' = 0). 





Sur Conversion, 1. — M. Bréhier fait remarquer que, chez PLOTIN, la conversion 
n’est que l’acte, pour une hypostase, de se retourner vers l’hypostase d’où elle 
vient pour en recevoir l'illumination ; ce n’est pas un retour effectif (&voBoc) ; 
2° que cette métaphore est probablement dérivée de l’allégorie platonicienne de 


a caverne. 




















CONVICTION 





190 
— 





CONVICTION, D. Überzeugung, Ü ber- 
führung au sens A; Überredung au 
sens B; — E. Conviction ; I. Convin- 
zione. 

A. En principe, terme juridique : 
nécessité où l’on met quelqu'un par des 
preuves ou des témoignages (Zeugen) 
de reconnaître quelque chose pour vrai. 

B. En général, certitude ferme et 
suffisante pour l’action, mais non tout 
à fait rigoureuse (soit qu’elle repose 
seulement sur une très grande proba- 
bilité ; soit qu’elle repose sur un mé- 
lange de raisons et de sentiments forts. 
Cette dernière nuance est surtout celle 
du pluriel : des convictions). — On dit 
souvent, en ce sens, conviction intime. 

C. Sens fort (rare) : Certitude logi- 
que. C’est le sens donné par KANT au 
mot Überzeugung au début du cha- 
pitre : « Meinen, Wissen, Glauben » : 
« Wenn es für jedermann gültig ist, 
sofern er nur Vernunft hat, so ist der 
Grund desselben objectiv hinreichend, 
und das Fürwahrhalten heiszt alsdann 
Überzeugung!. » Reine Vern., Metho- 
dologie, Kehrb., 620 ; mais il emploie 
un peu plus loin le même mot au 
sens B (/bid., 622) et appelle la convic- 
üion-C Gewissheit). 

D. Sens faible : Opinion probable. 


CRITIQUE 


11 faut distinguer dans ce mot deux 
significations : l’une marquant un chan- 
gement, l’autre un résultat. La pre- 
mière est plus classique : c'est le fait 
de convaincre ou de se convaincre. La 
seconde est plus moderne : c’est le 


1. « Quand l'adhésion est valable pour tout être, à 
condition seulemeat qu'il ait une raison, le fondement 
de cette adhésion est objectivement suffisant, et elle 8e 
nomme conviction. » 





jugement même dont on est convaincy 

La première accentue surtout le ca. 
ractère intellectuel et logique ; la se. 
conde laisse place à l'intervention 4 
la croyance* ffid). 

En tenant compte de l'opposition 
usuelle entre convaincre (par des raisons 
et en général au profit de la vérité), et 
persuader (par l’imagination ou l’émo. 
tion, et quelquefois au profit de l’er. 
reur), nous proposons de désigner par 
conviction l’adhésion de l'esprit suffi. 
sante pour déterminer et décider l’ac- 
tion, mais différant : 1° de la certitude* 
en ce qu’elle admet une part de proba- 
bilité, et par conséquent une possi- 
bilité d’erreur, pratiquement négligea- 
ble, mais non théoriquement nulle; 
20 de la croyance* f/id), en ce que 
celui qui est convaincu l’est par des 
raisons intellectuelles et non par des 
motifs pratiques et personnels. 

Conviction équivaudrait ainsi à ce 
que Leibniz appelle certitudo moralis. 
Voir CERTITUDE*. 

Rad. int. : B. Konvinkes. 


COORDINATION, D. Beiordnung, 
Nebenordnung, Koordination ; E. Co- 
ordination ; I. Coordinazione. 

Relation de deux ou plusieurs con- 
cepts qui se trouvent sur le même rang 
dans une classification ; tels sont en 
particulier, dans une classification par 
ordre de généralité, deux espèces d’un 
même genre. 

Deux concepts qui sont dans ce 
rapport sont dits coordonnés. Cf. Subor- 
dination*. 


COPROLALIE, D. Æoprolalie,; E. 
Coprolalia ; I. Coprolalia. 
Usage momentané de termes ordu- 





Sur Conviction. — Le sens B est usité, mais impropre ; le sens D est encore 
moins correct ; le véritable sens est le sens C qui enveloppe le sens À : conviction 
s'oppose à persuasion, comme la raison au sentiment. Le fait d’y impliquer unê 
possibilité d’erreur ou un degré de probabilité inférieur à celui de la certitude 
est consacré par l'usage : mais c’est un élargissement un peu abusif du sens propre 


(J. Lachelier.) 


La croyance n’est pas sans raisons, et il serait faux de dire qu’elle se fonde sur 








CORPS 





rs chez des personnes qui parlent 


“grdinairement d’une façon décente ; se 


“eroduisant sous l’influence de certaines 
maladies nerveuses. 


# 


CRITIQUE 


;: Le terme est trop étroit. Certains 
sévropathes usent dans leurs crises ou 
dans leurs périodes d’état morbide d’un 
jngage spécial : quelquefois ordurier, 
elquefois injurieux, particulièrement 
à l'égard des choses ou des gens habi- 
tuellement considérés comme respec- 
tsbles, quelquefois seulement péjoratif 
mploi de mots et de terminaisons 
éépréciatives). Il serait utile de réunir 
toutes ces manifestations dans un 
terme commun qui pourrait être Caco- 
lolie. 
, Rad. int. : Koprolali, kakolali. 


:: COPULATIF, D. Kopulauv; E. Co- 
pulative ; L Copulativo. 
‘: Jugement catégorique qui a plu- 
seurs sujets et un seul prédicat, de 
sorte qu’il affirme ou nie ce prédicat 
de chacun de ses sujets. 


COPULE, L. Copula; D. Kopula; 
Ë. Copula ; 1. Copula. 

A. Sens spécial : Le verbe étre*, 
dans un jugement de prédication*, en 
tant qu’il exprime la relation particu- 
Bère que ce jugement affirme entre le 
prédicat et le sujet. 

B. Sens général (DE Morcan) : Le 
verbe, dans un jugement quelconque, 
en tant qu’il exprime la relation que ce 
jugement affirmeentre ses divers ter- 








mes. Exemple : « Pierre a acheté à 
Paul un couteau pour un franc. » Les 
4 termes sont : Pierre, Paul, un cou- 
teau, un franc ; la copule est : a acheté. 
C’est dans la copule que réside l’asser- 
tion* qui constitue proprement le ju- 
gement. 
CRITIQUE 


Le sens B est nouveau, mais il se 
justifie comme une généralisation in- 
dispensable du sens classique A. 

Rad. int. : Kopul. 


COROLLAIRE, L. Corollarium ; D. 
Korollar ; E. Corollary; 1. Corollario. 

Proposition qui dérive immédiate- 
ment d’une autre en vertu des seules 
lois de la Logique (en d’autres termes, 
conséquence formelle). S'oppose à THÉo- 
RÈME*. 

S'applique également aux proposi- 
tions de moindre importance ou de 
moindre extension qu’on déduit d’une 
proposition principale. 

Rad. int. : Korolari. 


Corporalisme, voir 
Obs. 


CORPS, D. Xürper ; E. Body; I. 
Corpo. 

A. Tout objet matériel constitué par 
notre perception, c’est-à-dire tout grou- 
pe de qualités que nous nous représen- 
tons comme stable, indépendant de 
nous et situé dans l’espace. L’étendue 
à trois dimensions et la masse en sont 
les propriétés fondamentales. 

B. Spécialement, le corps humain, 
par opposition à l'esprit. 


Matérialisme*, 





des sentiments comme la persuasion. Le mot conviction semble indiquer l'aspect 
üuellectuel d'une croyance forte, c’est-à-dire le côté lumineux d’une adhésion 
ferme sans doute, mais dont la justification n’est pas tout entière rationnelle, Par 

même, conviction désigne une synthèse de raisons théoriques et impersonnelles 
suffisantes avec des raisons pratiques et personnelles décisives. (M. Blondel.) 


Sur Corps. — Il faut distinguer, avec le langage et la pensée spontanée, les 
Phénomènes perçus des corps proprement dits. Le corps est conçu, à cet égard, 
fomme un groupe naturel de phénomènes solidaires (M. Blondel) ; — comme un 
semble lié, ou du moins stable, un complexus d'objets fournis par la perception. 


4M. Bernès.) 











CORPS 





192 





Corps de nombres, voir plus loin, en 
note à l’article Nombre réel*. 
Rad. int. : Korp. 


CORPUSCULE, D. Korpuskel ; Cor- 
pusculum, Kôürperlein [Worr];E. Cor- 
puscle ; I. Corpusculo. 

Terme vague petits corps*, au 
sens À. S'est dit surtout aux xviie et 
xviie siècles des molécules* et des 
atomes (voir ATOMISME*, ATOMIQUE*); 
s'applique aujourd’hui à de petits élé- 
ments corporels, mais d’ordre supé- 
rieur, voire même visibles (par exemple 
en anatomie les corpuscules du tact). 

On appelle philosophie corpusculaire 
(vieilli) D. Corpuskularphilosophie, 
Corpuskulartheorie ; E. Corpuscular phi- 
losophy) la théorie qui consiste en 
physique à expliquer les phénomènes 
d'ensemble par certains groupements 
ou certaines positions de particules 
invisibles par leur petitesse. (BAcoN, 
DESCARTES, BoYLE, etc.) 

Rad. int. : Korpuskul. 


CORRÉLAT, voir Végat*. 


CORRÉLATIF, D. Entsprechend, kor- 
relativ ; E. Correlative ; 1. Correlativo. 

Qui est en corrélation* avec autre 
chose. — On appelle spécialement 
ainsi, en parlant de la théorie des rela- 
tifs (rà npos 71) chez ARISTOTE, Île 
terme opposé à un relatif donné : « Un 
relatif n’est ce qu'il est que par rapport 
à son corrélatif… Le double est le 
double de la moitié; la connaissance 
est la connaissance du connaïissable ; 
le connaissable est connaissable pour 
la connaissance. » HAMELIN, Système 
d’Aristote, p. 132. — Chez HAMELIN 
lui-même, ce terme estsouvent employé 
pour désigner les termes opposés qu’il 
substitue, dans sa « méthode synthé- 
tique », aux contraires de Hegel. Voir 


Essai sur les éléments principaux de la 


représentation, Ch. 1, $ 1. 


CORRÉLATION, D. Korrelation ; E. 
Correlation ; 1. Correlazione. 
A. Dans la doctrine d’ARISTOTE, 





— "© 


opposition de deux termes relatifs lun 
à l’autre. Voir ci-dessus Corrélatif*, 

B. En biologie, psychologie, sociolo. 
gie, etc., caractère de deux choses qui 
varient simultanément avec une plus 
ou moins grande régularité : « La corré. 
lation de la taille et du poids, de Ja 
division du travail et de la densité de 
la population, etc. » On dit alors que 
les deux termes considérés sont « en 
corrélation ». 

Le coefficient (ou indice) de corréla. 
tion est un nombre variable de — 
à + 1 qui représente conventionnelle. 
ment la liaison (directe ou inverse), et 
plus ou moins étroite, entre les varia- 
tions de deux données empiriques. Sur 
les différentes formules usitées pour 
représenter numériquement les corré- 
lations, voir le Supplément à la fin de 
cet ouvrage. 

C. Liaison de deux phénomènes tels 
que l’un varie en fonction de l’autre 
parce qu’il existe un lien de causalité 
réel entre quelques-uns de leurs élé- 
ments, ou parce qu'ils dépendent de 
causes communes. 


CRITIQUE 


On pourrait distinguer par le mot 
covariation le sens B (liaison numérique 
empiriquement constatée) en réservant 
corrélation au sens C, qui suppose un 
lien intrinsèque, établi par ailleurs 
entre les deux faits observés. 

Rad. int. : Korelat. 


CORRESPONDANCE*, D. Enitspre- 
chen, Korrespondenz ; E. Correspon- 
dence ; 1. Corrispondenza. 

Rapport logique fondamental, con- 
sistant en ce qu’un terme étant donné, 
un ou plusieurs autres termes définis 
sont par là même assignés, en vertu 
soit d’un tableau préexistant, soit d’une 
formule générale qui constitue leur Loi 
de correspondance. 

La correspondance est dite univoque* 
si à chaque antécédent ne correspond 
qu'un seul conséquent ; réciproque* Sl 
chaque conséquent, pris pour antécé- 
dent, a pour conséquent à son tour le 


TE 
Se 











germe qui était son antécédent, etc. — 


gf. Relation*. 


Rad. int. : Korespond. 


« Correspondances (Théorie des) », 
L. Correspondentia ; D. Entsprechung, 
Ubereinstimmung, Korrespondenz; E. 
Correspondence ; I. Corrispondenza. 

Doctrine suivant laquelle l’univers se 
compose d’un certain nombre de règnes 
analogues*, dont les éléments respec- 
tifs se correspondent chacun à chacun, 
et par suite peuvent réciproquement se 
servir de symboles, révéler leurs pro- 
priétés, ou même agir l’un sur l’autre 
par « sympathie ». Ce mot a été parti- 
culièrement employé par SWEDENBORG 
(Clavis hieroglyphica arcanorum per 
viam representationum et corresponden- 
tiarum, 1784). Il est entré dans la 
langue littéraire (Barzac, BAUDELAIRE, 
VERLAINE, etc.). 


Rad. int. : Korespond. 


« CORRUPTION », G. pBopa; L. Cor- 
ruptio ; D. Vergehen ; E. Corruption ; 
L. Corruzione. 

Ce terme s'emploie en philosophie 
{outre ses différents sens usuels) pour 
désigner le concept grec de la pBopa, 
opposée à la yéveoic (génération, pro- 
duction) : événement par lequel une 
chose cesse d’être telle qu’on puisse 
encore la désigner par le même nom. 


CRITIQUE 


Une traduction plus exacte serait 
destruction. 


CEE 





COSMOLOGIQUE 


COSMIQUE, D. Æosmisch ; E. Cos- 
mic ; I. Cosmico. 

Adjectif : Qui concerne l’univers dans 
son ensemble, et spécialement dans sa 
structure sidérale. Sens analogue à 
celui du même radical dans le mot 
cosmographie. 

Rad. int. : Kosm. 


« COSMODICÉE », voir Observations. 


COSMOGONIE, D. Æosmogonie,; E. 
Cosmogony ; 1. Cosmogonia. 

Exposition (le plus souvent légen- 
daire ou mythique) des origines et de 
la formation du monde. 

Rad. int. : Kosmogoni. 


COSMOLOGIE, D. Kosmologie ; E. 
Cosmology ; |. Cosmologia. 

A. Chez Worrr, étude des lois géné- 
rales de l’univers et de sa constitution 
d’ensemble tant au point de vue expé- 
rimental, qu’au point de vue métaph}y- 
sique. Ce sens :’est conservé chez cer- 
tains philosophes contemporains. (D. 
Mercier, École de Louvain.) 

B. Partant de là, KanrT appelle cos- 
mologie rationnelle l’ensemble des pro- 
blèmes concernant l’origine et la nature 
du monde, considéré comme une réa- 
lité. Ce sont ces problèmes qui engen- 
drent les antinomies. 

Rad. int. : Kosmologi. 


1. COSMOLOGIQUE (preuve) de 
l'existence de Dieu. D. Æosmologischer 
Beweis; E. Cosmological argument ; 
1. Argomento cosmologico. 

Argument tiré de l'existence du 





Sur Cosmodicée. — Terme créé par Renouvier, et qu'il explique ainsi : « Le 
Problème que se pose toute philosophie théiste sous le nom de théodicée revêt 
Pour la raison, indépendamment de la croyance à la personnalité divine, une 


généralité irrécusable : 


car le monde a besoin d’être justifié logiquement par un 


accord entre ses phénomènes, leurs lois d'ordre naturel, et les lois de l'esprit, du 
désir et de la volonté, qui comptent aussi parmi ses phénomènes, à telles enseignes 
Que l’anéantissement des derniers ferait évanouir les autres. Il y a pour ainsi 
dire une cosmodicée, problème logique et moral, avant la théodicée, problème 
théologique. » La Nouvelle monadologie, art. CX XVIII, p. 454. Cf. CXXIX. 


D» + 














COSMOLOGIQUE 


monde et prouvant l’existence de Dieu 
(on l’appelle encore preuve a contin- 
gentia mundi). KanT l'oppose à la 
preuve ontologique et à la preuve phy- 
sico-théologique (Critique de la R. P., 
Idéal de la R. P., 4e, 5e et 6e sections). 


2. « Cosmologiques » (sciences). Chez 
AMPÈRE (Essai sur la philosophie des 
sciences), l’ensemble des sciences est 
divisé en deux groupes : les sciences 
cosmologiques, qui concernent le monde, 
et les sciences noologiques, qui concer- 
nent l'esprit. — Chez Cournor, ce mot 
désigne les sciences qu’A. Comte ap- 
pelait « concrètes ». Voir Abstraites* 
(sciences). 


COSMOS (quelquefois, mais très rare- 
ment, Cosme [RENoOUvIER]; G. xéouoc; 
usité dans les quatre langues;. 

L'univers considéré comme un sys- 
tème bien ordonné (xéouoc signifie pri- 
mitivement ordre); il a été appliqué à 
lPunivers par les pythagoriciens (RE- 
NOUVIER, Manuel de phil. anc., 1, 200), 
mais n’était pas encore usuel en ce sens 
au temps de XÉNoPpHon, qui le cite 
comme une expression technique 
«.… ÔTUG d xXAOÛLEVOS DT d TO V SoOpLOTOV 
xéouoc Éxet ». (Mémorables, I, 1.) 


« COSMOTHÉTIQUE (Idéalisme) », 
E. « Cosmothetic idealism ». 

Terme créé par HAMILTON pour dési- 
gner la doctrine qui refuse d’admettre 
une conscience immédiate du non-moi. 
a We may style those dualists who deny 
the evidence of consciousness to our 
immediate knowledge of aught beyond 
the sphere of mind Hypothetical Dua- 










1% 


lists or Cosmothetic Idealists!. » (Lee 
tures, 1, 295.) — Ces derniers se divisent 
eux-mêmes en deux classes : 1° Ceux 
qui admettent « a representative entit 
present to the mind, but not a mere 
mental modification? » (Démocrite 
les Scolastiques, Malebranche, Clarke 
Newton, Abraham Tucker) ; — et ceux 
qui ne reconnaissent d’autre objet im. 
médiat de la perception qu’un état de 
l'esprit (Leibniz, Arnauld, Condillac 
Kant, et Descartes sous certaines ré. 
serves). Zbid., 296. Cf. Discussions, 7 
et suiv. ; John S. Mic, Philosophie de 
Hamilton, chap. X. 


COURAGE, G. ’Avôpeiaæ; L. Forti 
tudo ; D. Mut,; E. Courage; I. Co. 
raggio. 

La seconde des quatre vertus cardi- 
nales* chez PLATON. 

Rad. int. : Kuraij. 


CRÉATION, D. Sc'ôpfung, Schaf- 
fen ; E. Creation ; I. Creazione. (S’em- 
ploient également au sens général, au 
sens artistique, au sens théologique.) 

A. Production d’une chose quelcon- 
que, en particulier si elle est nouvelle 
dans sa forme, mais au moyen d’élé- 
ments préexistants : création d’une 
œuvre d’art, création d’une route; 
imagination créatrice. 

C'est en ce sens, mais aussi par une 
sorte de critique à l'égard du sens B, 


1. « Les dualistes qui nient le témoignage de la cons- 
cience en faveur d’une connaissance immédiate de quelque 
chose en dehors de l'esprit, nous pouvons les appeler 
Dualistes hypothétiques ou Idéalistes cosmothétiques. » 
— 2. « Une entité représentative présente à l'esprit, 
mais non une simple modification mentale. » 





Sur Création. — Création ne pourrait pas se dire, ce me semble, d’un commen- 
cement sans créateur ; et, en revanche, il n'implique pas nécessairement l’idée de 
commencement. (J. Lachelier.) — L'idée de commencement dans le temps n’est 
liée qu’à une forme de l’idée de création ex nihdo. Plus généralement, en ce Sens; 
le mot création désigne une dépendance radicale, non seulement d’essence, mais 
d'existence, non seulement de forme, mais de matière, de quelque façon qu’on 
se représente cette dépendance, et même en dehors du temps. (M. Bernès.) 





CRISTALLISATION 





e HÆCKkEL a intitulé son ouvrage : 
aturliche Schôpfungsgeschichte. I] ex- 
iplique (5° éd., pages 7 à 9) qu’on peut 
antendre par Schôp/ung soit la produc- 
“fon de la matière, die Entstehung der 


“aterie (ce qui est tout à fait en dehors 


‘de l'expérience et par conséquent de la 
gcience), soit die Entstehung der Form 
‘dee qui est l’objet de son traité}. « So 
#ird es in Zukunft wohl besser sein 
#enselben durch die strengere Bezeich- 
aung der Entwickelung zu ersetzent. » 
Jbid., 9. 


4.B. Spécialement et absolument : Si 


Yon admet que le monde n’est pas | 


éternel, mais qu’il a commencé dans 
$ temps, on appelle création ou création 
ez nihilo le fait par lequel il a acquis 
l'existence. « Creatio est factio alicujus 
de nihilo. nihil aliud est quam relatio 
quædam rationis quae est in creatura 


‘x hoc quod incepit esse post nihil. » | 


ALBERT LE GRAND, Summa de Crea- 
turis, 1, quaest. 1, art. 2. (Op. XVII, 
p. 2-3.) 

#. C. La création continuée, chez les 
solastiques et les cartésiens, est l’ac- 


tion par laquelle Dieu conserve le : 


monde dans l’existence, action qui est 
la même que celle par laquelle il l’a 
primitivement produit. Discours de la 
méthode, VE partie, $ 3. — « Que Dieu 
æe veuille plus qu'il y ait de monde : 
le voilà donc anéanti.. 
subsiste, c’est donc que Dieu continue 
de vouloir que le monde soit. La con- 


servation des créatures n'est donc, de 


la part de Dieu, que leur création conti- 
nuée. » MALEBRANCHE, Entretiens méta- 
Physiques, vu, 7 (Ed. Fontana, 1, 150). 
Cf. Concours*. 

Rad. int. : Kre. 


CRÉDIBILITÉ, D. Glaubhaftigkeit ; 
E. Credibility, Credibleness ; 1. Credi- 
bilita, Credulita. (Veut dire aussi cré- 
duclité.) 
‘À. Caractère de ce qui est croyable, 
——_—_——— 
L« Aussi vaudra-t-il beaucoup mieux à l'avenir dési- 


Ever celle-ci (la produotion des formes) par l'expression 
Préoise d'évolution. » 


>» 


{ 


Si le monde : 





au sens faible du mot Croire*. (Voir 
Croyance* A.) 

B. En un sens fort, caractère de ce 
qui mérite d’être cru, ou de celui qui 
mérite d’être cru. 


Rad. int. : À. Kredebles ; B. Kre- 
dindes. 
CRIME, D. l’erbrechen ; E. Crime; 


I. Delitto et plus rarement crimine. 

A. Tout acte considéré comme un 
manquement grave aux règles de mo- 
rale admises par une société. Si l’acte 
est moins grave, il ne constitue qu’une 
faute. 

B. Au sens légal, plus restreint : acte 
qui est : 1° poursuivi au nom de la 
société tout entière, et non pas seule- 
ment au nom d’un particulier qui a été 
lésé par cet acte; 20 passible d’une 
peine afflictive ou infamante et non 
pas seulement correctionnelle. (L’acte 
passible d’une peine correctionnelle est 
un délit} Code Pénal, art. 1. 

L'énumération des peines afflictives 
ou infamantes est donnée par le même 
Code, articles 7 et 8: celle des peines 
correctionnelles constitue l’article 9. I] 
n’est donné ni des unes ni des autres 
une définition générale. 

Rad. int. : Krimin. 


CRIMINALITÉ,D. X'riminalität( Ver- 
brecherische A nlage au sens À]; E. Cri- 
minality ; 1. Criminalita. 

A. (Peu usité.) Caractère d’un acte 
ou d’un individu criminel. 

B. Fréquence et nature des crimes 
relativement à un temps, un pays, une 
classe d'hommes, etc. 


CRIMINOLOGIE, D. ÆAriminologie 
[rare]; E. Criminology ; I. Crimino- 
logia. 

Science de la criminalité, dans les 
deux sens : caractères communs pré- 
sentés par les crimes, psychologie des 
criminels, etc. 

Rad. int. : Kriminologi. 


CRISTALLISATION, terme adopté 
par STENDHAL et devenu courant dans 











CRISTALLISATION 





196 





la psychologie contemporaine pour re- 
présenter le phénomène de transfigu- 
ration de « l’objet aimé » sous l'in- 
fluence de la passion, tel qu’il est décrit 
par Mouière, d’après Lucrèce, dans le 
Misanthrope, acte II, scène v (155-174). 
— Le passage de Lucrèce est d’ailleurs 
inspiré lui-même visiblement de PLa- 
TON, République, livre V, 474, D-E. 

Sur l’origine et le sens métaphorique 
de Cristallisation, voir STENDHAL, De 
l'Amour, ch. n et suivants, et Appen- 
dice {Le rameau de Salzbourg). 


« CRITÉRIOLOGIE. » Partie de la 
Logique qui concerne les critères. Néo- 
logisme, particulièrement dans l’École 
de Louvain. 

Rad. int. : Kriteriologi. 


CRITERIUM ou Critère, G. xperrptoy ; 
D. Xrierium, Merkmal,; E. Cruite- 
rion ; I. Criterio. 

A. Signe apparent qui permet de 
reconnaître une chose ou une notion. 

B. Caractère ou propriété d’un objet 
(personne ou chose) d’après lequel on 
porte sur lui un jugement d’apprécia- 
tion*. En particulier, on appelle Crite- 
rium de la vérité un signe extrinsèque 
on un caractère intrinsèque permet- 
tant de reconnaître la vérité et de la 
distinguer sûrement de l’erreur (Sroi- 
CIENS, DESCARTES, etc.). 

Rad. int. : Kriteri. 


CRITICISME, D. Âritizismus, R 
Criticism [très large, signifie aussi cr! 
tique] ; I. Criticismo. 

A. Doctrine de Kant. 

B. Au sens large, on appelle criti. 
cisme toute doctrine, suivant laquelle 
l'esprit constitue la connaissance en 
vertu de formes* ou de catégories* qui 
lui sont propres et qui, par conséquent 
sont à la fois infaillibles dans les limites 
de l'expérience, et sans valeur en dehors 
d'elle. « Æriticismus, dit plus généra. 
lement encore M. Eisier, heisst seit 
Kant jede philosophische Richtung, 
welche die Theorie des Erkennens zur 
Grundlage alles Philosophirens macht, 
— im besonderen aber die Kant’sche 
Lehre selbsti, » Vo, 422. Voir Cri- 
TIQUE*. 

Rad. int. : Kriticism. 


1. CRITIQUE, subst. fém., D. Xruik ; 
E. Crütique, et surtout au sens B, Cri- 
ticism ; I. Critica. 

Primitivement {de xpivw, juger) 
la partie de la logique qui traite du 
jugement. « Critica, pars dialecticae de 
judicio, quasi judiciaria. » GOoCLENIUs, 
4923. (Il n'indique que ce sens et celui 
de critirus dies, terme médical, « in quo 


L « Hriticismus, depuis KANT, se dit de toute tendance 
philosophique qui cossiste à faire de la théorie de ls 
connaissance la base de toute recherche philosophique ; — 
mais surtout, en particulier, la doctrine de Kanr lui- 
même. » 





Sur Criterium. — Kpurmpiov est postérieur à ARISTOTE. (R. Eucken.) Il est 
d'usage courant chez les Stoïciens. DiocèNe LAËRCE, VII], 54. 

— M. R. BB. Perry nous signale que ce mot, en anglais, est souvent employé 
au sens de « standard », ou de principe de mesurage. 


Sur Criticisme. — Au sens large B, criticisme désigne 


: 1° une disposition 


méthodique de l'esprit, et pour ainsi dire un état (au sens comtiste du mot) : 
— 2° une doctrine philosophique caractérisée par des théories qui peuvent être 
communes à divers systèmes. En premier lieu, le criticisme consiste dans cette 


attitude systématique : 


au lieu de considérer directement les objets connus, &æ 


poser d’abord (et quelle que soit la réponse ultérieure qu’on y donnera) la question 
de savoir comment nous connaissons ce que nous pouvons connaître. En second 
lieu, criticisme désigne les doctrines qui donnent de la question précédente unt 
solution idéaliste ou subjectiviste, mais sans que peut-être le problème criticisté 
comporte exclusivement de telles solutions. (M. Blondel.) 












.morbi Judicium seu crisis ») — Le 
mot n’est plus employé dans cette 
igcception. 


4 À, Examen d’un principe ou d’un 
fait, en vue de porter à son sujet un 
jugement d'appréciation*. Il y a spécia- 
Jement une critique d’art (esthétique) 
et une critique de la vérité (logique). 
-£lle est définie par KANT en ce sens 
Jerge : « un libre et public examen » 
{eine freie und ôffentliche Prüfung). 
(Crit. Rais. pure, Préface, 1re éd., note.) 
_— On appelle en ce sens esprit critique 
celui qui n'accepte aucune assertion 
&ans s'interroger d’abord sur la valeur 
de cette assertion, soit au point de vue 
de son contenu (critique interne), soit 
au point de vue de son origine (critique 
externe). Applications particulières 

Critique historique, critique verbale. 

B. En restreignant ce sens au juge- 
ment défavorable, on appelle critique, 
soit une objection ou une désapproba- 
tion portant sur un point spécial, soit 
‘une étude d'ensemble visant à réfuter 
ou à condamner un ouvrage. Ce sens, 
bien qu’ilappartiennesurtout àlalangue 
courante, se rencontre en philosophie : 
s Jouffroy n’adresse à la doctrine écos- 
aise que deux critiques » (elle est trop 
‘circonspecte en métaphysique ; elle se 
satisfait trop aisément en invoquant des 
«croyances naturelles »). E. BouTroux, 
Études d'histoire de la philosophie, 
P. 431. 

Ce sens est le plus fréquent pour le 
verbe critiquer. 

‘ Rad. int. : Kritik. 


* 2. Critique, adj. D. Xritisch; E. 
Critical ; I. Critico. 


Ê 


à À. Comme le sens A du substantif. 


a 
se 


CROYANCE 


Esprit critique (en bonne part) : celui 
qui n'accepte aucune assertion sans 
s'interroger d’abord sur la valeur de 
cette assertion, tant au point de vue de 
son contenu (critique interne), qu’au 
point de vue de son origine (critique 
externe) ; — beaucoup plus rarement 
(en mauvaise part) : celui qui est plus 
enclin à relever les défauts que les 
qualités, ou qu’à produire lui-même 
quelque chose de positif. 

B. Qui constitue une crise (voir ci- 
dessus, Critique* 1, Étymologie) ou qui 
se rapporte à une crise. C’est ainsi que 
SAINT-SIMON et Auguste CouTE ont 
opposé la période critique aux périodes 
organiques entre lesquelles elle s’insère. 

Par suite, en parlant d’une situation, 
matérielle ou intellectuelle : dangereuse, 
ou du moins instable, dans laquelle on 
ne peut se maintenir. « Rien n’est plus 
curieux que la situation critique où 
M. Renouvier se trouve réduit. » 
FouiréE, La liberté et le déterminisme, 
p. 146. 

Rad. int. : A. Kritikem,; B. Kritik, 
Kritikal. 


CROYANCE, D. G'auben : E. Beliej ; 
I. Credenza. 

A. Au sens faible et large, il est 
l'équivalent d’opinion, et désigne un 
assentiment imparfait, qui, comme 
l'opinion, comporte tous les degrés de 
probabilité. 

B. « Au sens étroit, littéral et scolas- 
tique du mot, c’est faire crédit à un 
témoin {credere), se fier sans vue di- 
recte, à celui qui sait, et se fier à lui 
par des raisons extrinsèques à ce qui 
est affirmé. » 

Depuis KANT, et sous son influence, 


‘. Sur Croyance. — Article remanié à la suite de la discussion en séance du 
28 mai 1903 et ultérieurement, d’après des remarques de M. René Daude (addition 
: u sens D, devenu fréquent dans la psychologie contemporaine). Les sens B et C 
imitivement réunis en une seule rubrique, ont été distingués l’un de l’autre ; 
le sens C a été divisé suivant une indication du texte même de K ANT. Quelques 
odiications corrélatives ont été apportées à la rédaction, mais non aux conclu- 
ons de la Critique. La définition du sens B et le commentaire du sens C, b, sont 


dus à M. BLonpez. Il y a joint la définition d’un cinquième sens, qui a été jugée 








CROYANCE 





198 





le mot se prend encore en deux autres 
sens : 

C. « Ist das Fürwahrhalten nür sub- 
jektiv züreichend und wird zügleich 
für objektiv Unzüreichend gehalten, 
so heisst es Glaubent. » Critique de la 
Raison pure, Méthod. transc., ch. II, 
sect.111 (Von Meinen, Wissen, Glauben). 
Le mot désigne donc alors un assenti- 
ment parfait en ce sens qu’il exclurait 
le doute, sans cependant avoir le carac- 
tère intellectuel et logiquement com- 
municable du savoir: 

a) en tant que cette adhésion a pour 
base des motifs individuels de senti- 
ment, d'intérêt pratique utilitaire, etc. ; 

b) en tant qu’elle a pour base un 
principe auquel on reconnait une va- 
leur universelle (p. ex. : la moralité) 
et en tant qu’elle est tenue par consé- 
quent pour légitime. « L’affirmation 
repose alors sur un acte de volonté qui 
n’est pas sans motifs valables, ni même 
sans motifs communicables, mais dont 
les motifs sont hétérogènes au contenu 
de la chose affirmée. (P. ex. : les postu- 





1. « Lorsque l'assentiment n'est suffisant qu'au point 
de vue subjectif, et qu'il est tenu pour insuffisant au 
point de vue objectif, on l'appelle Croyance » (Glauben ; 
ce mot peut aussi 8e traduire par f0i). 





Ée- " 
lats de la Raison pratique.) » (M. BLox. 
DEL.) 

D. Assentiment, en tant qu’opposé 
soit à la simple représentation*, soit 4 
la lexis*. « Les jugements virtuels 
sont des jugements complets : ils ont 
leur sujet, leur attribut, leur copule, 
tous leurs caractères formels : il ne leur 
manque que la croyance. » Ed. Go. 
BLOT, Logique, ch. II, $ 50. Cf. DrLa. 
CROIX, La croyance dans le Nouveau 
Traité de Psychologie. 


CRITIQUE 


Dans ses diverses acceptions le terme 
croyance a une portée plus psycholo- 
gique que logique, désignant même ay 
sens C, plutôt un fait subjectif, un état 
d'âme individuel qu’une affirmation 
dont on puisse donner des raisons logi- 
ques adéquates et communicables. 

Si l’on considère l’affirmation comme 
simple fait psychologique, ce fait peut 
évidemment avoir des causes en dehors 
des raisons et l’on concevra qu’une 
affirmation sans réserves puisse se pro- 
duire en dehors des cas où elle se carac- 
tériserait comme certitude* ou savoir. 

Si l'on admet que parmi ces causes 
d’affirmation, quelques-unes possèdent 





trop sujette à discussion pour être insérée dans le corps même de l’article, mais 
que la Société a entendue avec grand intérêt et a unanimement décidé de citer 


dans les Observations : 


« Croire, en un sens plus récent et plus fort, c'est joindre à des motifs qui 
paraissent suffisants pour justifier un assentiment intellectuel, cette part de 
conviction qui va non plus d'un sujet connaissant à un objet connu, mais d’un 
être à un autre étre ; qui, par conséquent, procède d’autres puissances que l’enten- 
dement et s'attache moins à l’intelligibilité qu’à l’activité ou à la bonté de ce en 
quoi l’on met sa creyance. Ainsi entendue, la croyance est le consentement effectif 
et pratique qui complète l’assentiment raisonnable donné à des vérités, à des êtres 
dont la connaissance n’épuise pas la plénitude intérieure ; elle est donc intrinsèque, 
et non pas extrinsèque et ultérieure à la vision même de l'esprit : car, dans l’acte 
de la connaissance, la connaissance n’est pas le tout de l’acte ; et dans l'objet 
connu, s’il n’est pas un pur abstrait, le connu n’est pas la mesure actuelle du 
réel. En cette acception, le mot croyance désigne tout ce qui, dans nos affirmations 
pratiquement ou même spéculativement certaines, implique chez le sujet comme 
chez l’objet un élément complémentaire et solidaire de la représentation intel- 
lectuelle, mais qui n°’ est pas immédiatement réductible. » (M. Blondel.) 


D : 











CULTURE 





ô gne valeur propre, comme l’admettent 
tes partisans de la « foi morale », il y 
-aura alors des croyances (C) légitimes, 
et cependant subjectives et incommu- 


#icables logiquement qui, par consé- 
quent, ne seront pas des certitudes*. 

Si l’on admet avec HAMILTON que, 
toute certitude reposant sur des affir- 
mations indémontrables, la croyance 
est à la base de la certitude logique* 
même, elle s’en distingue encore. 

Si enfin on admet avec M. RENoc- 
VIER qu'aucune affirmation ne peut se 
produire sans motifs affectifs et volon- 
taires, la croyance sera toujours mêlée 
à la certitude*, la certitude* pure sera 
impossible en fait, mais pourra cepen- 
dant être considérée comme la limite 
idéale vers laquelle tend l’assentiment 
parfait au fur et à mesure que la 
raison y prend plus de part. 

On voit donc que, dans tousles cas : 
{o La croyance est toujours distinguée 
de la certitude ou du savoir, au moins 
au point de vue de la définition nomi- 
nale. 

20 Les acceptions B et C du terme 
croyance ont une suffisante parenté 
pour que ce double emploi du terme 
soit maintenu. 

Voir la critique de CERTITUDE*. 

Rad. int. : 1° Au sens A, Opini. — 
2° Ausens B, Fid.— 39° Au sens C, Æred. 


« CRUCIALE (expérience), instantia 
crucis », BACON, Nov. Org., II, 36. 

Bacon met au quatorzième rang des 
« faits privilégiés » les exemples de la 
croix ; leur nom est emprunté aux 
Poteaux indicateurs des carrefours 
(cruces). Ils consistent, lorsque l'esprit 
est en suspens entre deux causes, à 
trouver un cas qui élimine ou qui 
désigne nettement l’une d’entre elles. 

Par généralisation, toute expérience 
décisive pour ou contre une hypothèse : 
expérience de Pascaz sur le Puy de 
Dôme ; expérience de FRESNEL et 
ARaGo prouvant que la vibration lu- 
mineuse est transversale par le fait 
que les rayons polarisés à angle droit 
N'interfèrent pas, etc. 





« Cryptologique, cryptoristique », 
chez AMPÈRE. — Voir Autoptique*. 


« CRYPTOPSYCHIE, phénomènes 
cryptopsychiques », termes proposés par 
Boïrac pour remplacer les mots « in- 
conscient » (subst.), « phénomènes psy- 
chiques inconscients ». Voir La Cryp- 
topsychie, Revue philos., août 1907. 


CULTURE, D. Kultur, dans tous les 
sens ; À. B. Bildung ; — E. Culture, 
dans tous les sens; A. /mprocement ; 
— Ï. Coltura, Cultura. 

A. Au sens le plus étroit, et le plus 
voisin du sens matériel, développement 
(ou résultat du développement) de 
certaines facultés, de l'esprit ou du 
corps, par un exercice approprié. « La 
culture physique. » — « Une culture 
exclusivement mathématique. » 

B. Plus généralement, et d’ordi- 
naire : 1° caractère d’une personne 
instruite, et qui a développé par cette 
instruction son goût, son sens critique 
et son jugement ; 2° éducation qui a 
pour effet de produire ce caractère. 

« Le savoir est la condition nécessaire 
de la culture, il n’en est pas la condition 
suffisante. C’est surtout à la qualité de 
l'esprit que l’on songe quand on pro- 
nonce le mot culture, à la qualité du 
jugement et du sentiment. » D. Rovs- 
TAN, La culture au cours dela vie, p. 15. 

On dit souvent, en ce sens, culture 
générale. 

C. (Beaucoup plus rarement, et par 
transposition en français d’un sens 
acquis par le mot sous sa forme alle- 
mande.) Synonyme de civilisation*, au 
sens B. 


REMARQUES 


1. Le mot culture, au sens B, a tou- 
jours un import élogieux. Il l’a le plus 
souvent aussi au sens À : on sous- 
entend alors que la culture dont il 
s'agit ne va pas jusqu’à produire une 
hypertrophie. L’entraînement spécia- 
lisé d’un cycliste n’est pas de la «culture 
physique ». Cependant la culture, en ce 
sens, peut être considérée quelquefois 


















CULTURE 200 





comme trop partielle, et, comme telle, CYCLOTHYMIE, D. Zyclothymie ; E. 
ne pas échapper à un jugement défa- | Cyclothymia ; I. Ciclotimia. — Forme 


vorable : 
vresque. » 

2. Culture, suivi d’un complément 
(culture de la mémoire, culture de 
l'esprit) et le verbe cultiver, pris au 
même sens, se rencontrent dès le 
xvis siècle; mais le mot, employé 
séparément aux sens À ou B, ne paraît 
pas avoir été usuel avant la fin du 
xvue siècle. Vauvenargues l’emploie 
ainsi (Réflexions et Maximes, éd. Didot, 
585 et 586), mais de Fortia, dans l’édi- 
tion qu’il a donnée de ses œuvres 
en 1797, a senti le besoin d’ajouter en 
note : « Ce mot de culture désigne, 
comme on le voit, dans cette pensée et 
la suivante, l’état d'un esprit cultivé par 
l'instruction. » 

Sur le passage du mot culture à la 
forme allemande Æultur, sur l’histoire 
du mot en Allemagne, et notamment 
sur l’emploi qui en a été fait comme 
synonyme d’Aufklärung (cf. Kultur- 
kampf}, voir TONNELAT, Aultur, dans 
Civilisation, le mot et l’idée, Publica- 
tions du « Centre international de 
Synthèse », fascicule Il. 

Rad. int. : Kultur. 


atténuée de la « folie circulaire » (Far. 
RET) OU « psychose périodique » (G. Du. 
MAS, Traité de psychologie, 11, 946 et 
suiv. ; voir particulièrement 966) ; elle 
consiste dans l'alternance de périodes 
d’excitation pouvant aller, à l’état aigu, 
jusqu’à l’accès maniaque, et de périodes 
de dépression ou de mélancolie mor- 
bide. — Ce terme paraît avoir été em. 
ployé d’abord par Kraepelin, sous la 
forme « constitution cyclothymique », 
Ibid., 960. — Cf. l’article de M. Rey 
sur L'Invention, Ibid., 456, et Kann, 
La cyclothymie (1909). 
Rad. int. : Ciclotimi. 


« Une culture purement li- 





CYNISME, D. Zynismus ; E. Cynism, 
C'ynicism ; I. Cinismo. 

A. Histoire. La doctrine de l’École 
d’Antisthènes, ou école Cynique, ainsi 
nommée du gymnase où il donnait son 
enseignement (Le Cynosarge), et de ce 
fait qu’il se qualifiait d'&rAvxbwv (Dioc. 
LAËRT., VI, 13). ARISTOTE (Métaph, 
VIII, 3, 10430, 24) ne désigne encore 
cette école que du nom d’Avrtofléveuo. 
Il semble cependant que de bonne 
heure le terme de cynique lui ait été 
appliqué et ait visé le genre de vie de 
ces philosophes. Diogène s'appelait lui- 





Curie (Principe de}, voir Symétrie*. 





Sur Cynique. — Il est probable que l’École d'ANTISTHÈNE a été appelée cynique 
moins à cause du Cynosarge qu’en souvenir de Atoyévnc à xvœv, et après lui; car 
CraTËs, disciple et successeur « du chien » (Dioc. LAERT., VI, 85) était appelé 
à xvwxés par le poëte comique Ménandre, son contemporain. (Dioc. L., VI, 93) 
— Cf. la liste I, 15 : *AvrtoBévre, où Aoyévns 6 xdwv, 05 Kparnç 8 nbaioc, etc., 
où l'on voit que cette épithète servait à le distinguer des autres Diogène. Il est 
constamment ainsi désigné dans DioGèNe, et, à mon avis, dans son prototype 
Sorion (ue siècle avant J.-C.). (V. Egger.) 

Il faut prendre garde que Cynic, subt., l'adjectif cynical et les mots cynism, 
cynicism, désignent souvent en anglais tout autre chose que ce que nous entendons 
par les mots correspondants. Le dictionnaire de Murray défmit Cynic, subst. : 
« Une personne disposée à railler les autres, ou à les prendre en défaut ; quelqu'un 
qui montre une tendance à se défier de la sincérité ou de la valeur des motifs et 
des actions des hommes, et qui a l'habitude de l’exprimer par des moqueries €t 
des sarcasmes. » Sceptique serait souvent la traduction exacte, et cynique donnerait 
lieu à un grave contre-sens. 





{ 


Æ 201 


même et était couramment appelé 
Broyévrne 6 xüwv. (Dioc. LAËRT., VI, 
60, 61.) 

B. ÉTHiQue. Mépris des conventions 
sociales, de l'opinion publique, et même 
de la morale communément admise, 
soit dans les actes, soit dans l’expres- 
sion des opinions. Cette acception du 


D. Cette lettre, placée au commence- 
ment d’un nom de syllogisme marque 
qu’il peut se ramener à Darü. 


DABITIS. Nom de Dinwris* vonsi- 
déré comme un mode indirect de la 
première figure, résultant de Darii* 
par conversion de la conclusion : 


Tout M est l 
Quelque S est M 
Donc quelque P est S. 


DALTONISME, D. Daltonismus ; E. 
Daltonism ; I. Daltonismo. 

Anomalie de la vision, consistant dans 
la confusion de deux couleurs, le plus 
sou vent du rouge et du v'ert. (Du nom de 
J. DazTow, qui fit connaître ce phéno- 
mène par une communication à la 
Société littéraire et philosophique de 
Manchester, Comptes rendus, tome I, 
octobre 1794.) 





DARWINISME 


terme résulte de ce fait que les philo- 
sophes cyniques établissaient une oppo- 
sition radicale entre la loi ou la conven- 
tion (vôuoc) et la nature (obaic) à la. 
quelle ils prétendaient revenir, et qu'ils 
conformaient leur conduite pratique à 
ce principe. Le terme a en ce sens une 
acception presque toujours péjorative. 


DARAPTI. Moie de la 3° figure, se 
ramenant à Daru* par la conversion 
partielle de la mineure : 


Tout M est P 
Tout M est à 


+ 


Donc quelque $ est P. 


DARII. 3e mode de la 1re figure : 


Tout M est P 
Quelque S est M 
Donc quelque S est P. 


DARWINISME, D. Darwinismus ; E. 
Darwinism ; 1. Darwinismo. 

Système biologique et philosophique 
de Darwiv. Ce mot s'emploie, autre ce 
sens général, en deux sens particuliers : 

1° Par opposition à l’évolutionnisme* 
en général, il désigne la doctrine trans- 
formiste*, d'après laquelle les espèces 
sortent les unes des autres, et d’après 
laquelle, en particulier, l'espèce hu- 


Rat. int. : Daltonism. maine descend d’espèces animales, — 





Sur Daltonisme. — Le sens de ce mot n'est pas bien fixé. On l’étend quelquefois 
à toutes les formes de dyschromatopsie*, et c’est ce que nous avions fait nous- 
mêmes dans la première rédaction de cet article. Il a été modifié sur les observa- 
tions de M. le D' Pierre Janer et de M. C. Rawzoui. Ce dernier restreint même 
Plus encore le sens de ce terme, et l’applique seulement « à la cécité pour le rouge, 
à la difficulté de le percevoir, ou à la difficulté de le distinguer du vert ». Mais 
A y a là un double phénomène : et dans le premiercas, ce mot ferait double emploi 
AVEC anérythropsie. C'est pourquoi nous nous en sommes tenus à la formule 
Proposée par M. Pierre JANET. (A. L.) 


Sur Darwinisme. — Darwin considérait la sélection naturelle comme le facteur 
Sssentiel du transformisme, mais non comme le facteur exclusif. En particulier 
dl était loin de nier l’hérédité des qualités acquises. Les adhérents de WEISMANN, 
Pour tenir compte de ce fait, se désignent comme Néo-Darwinistes. Et ce nom 


di 








DARWINISME 






202 


———————————————— ———————— —————————— 


mais sans hypothèse sur l’origine de la 
vie ou le sens général de son développe- 
ment. 

29 Par opposition à la théorie de 
Lamarcx et de SPENCER sur l’adapta- 
tion par l'exercice et l'hérédité (Principes 
de Biologie, 2 partie, chap. vint) il dé- 
signe la théorie d’après laquelle la 
transformation des espèces est due 
essentiellement à la sélection naturelle. 


CRITIQUE 

Ce second sens est le seul utile, 
puisque le premier est déjà très bien 
représenté par le mot transformisme. Il 
est d’ailleurs recommandé par Bazn- 
WIN, vo, 2532, 

Rad. int. : Darvinism. 


DATISI. Mode de la 3° figure se 
ramenant à Darii par la conversion 
simple de la mineure : 


Tout M est P 
Quelque M est S 
Donc quelque S est P. 


DÉCADENCE, D. Verfall ; E. Deca- 
dence ; decay, decline, plus usités; I. 
Decadenza, decadimento. 

Suite de transformations de sens 
inverse à celles qui constituent le pro- 
grès ; état qui en résulte. — Pour une 
analyse approfondie et critique de cette 





idée, voir H. 1. Marrou, Culture, ciyi. 
lisation, décadence, dans la Revue de 
Synthèse, décembre 1938. 


DÉCISION, D. Entscheidung ; E. De. 
cision ; I. Decisione. 

À. Terminaison normale de la délibé. 
ration*, dans un acte volontaire (Soit 
que cette fin se constitue simplement 
par la conclusion logique de la délibé. 
ration consciente, soit qu’il y inter. 
vienne quelque chose de plus.) 

Nous disons « terminaison normale, 
1° par opposition aux terminaisons 
anormales telles que la cessation de la 
délibération inachevée ou l’interrup- 
tion par un acte impulsif ; — 2° par 
opposition aux volitions bien arrêtées, 
mais qui ne sont que l’expression d’une 
tendance forte fixée sans délibération. 
Nous admettons donc que le mot déci- 
sion est impropre partout où l’acte à 
faire n’a pas été d’abord mis en ques- 
tion et délibéré. 

B. Qualité du caractère consistant 
à ne pas prolonger inutilement la déli- 


bération, et à ne pas changer sans rai- 


son sérieuse ce qu’on a résolu. 
Rad. int. : Decid {Boirac). 


« DÉCISOIRE ». Ce terme, usité dans 
la langue du Droit, peut rendre de 





même leur a été contesté par un propagateur du darwinisme aussi renommé et 


populaire que HaEckEeL. (F. Tônnies.) 


Nous avons là un exemple de plus des inconvénients que présentent les 


noms de doctrine. 


Sur Décision. — T'erminaison normale n’est pas proprement une définition. Ne 


pourrait-on pas dire : « Choix réfléchi de l’un des actes possibles », — c’est-à-dire 
élimination de l’une des tendances et consentement à l’autre ? (C. Mélinand.) — 
Je reconnais que T'erminaison normale est une définition indirecte et «accidentelle» 
de l’acte dont il s’agit. Mais d’autre part le mot choix n’est guère dans ce Cas 
qu’un synonyme indéfinissable du terme à définir; et c’est pourquoi j'ai cru 
préférable d’expliquer le mot par rapport à l’ensemble psychologique total dont 


la décision fait partie et dont elle ne peut se séparer. Cf. la Critique du mot 
Délibération*. (A. L.) 


Sur Décisolre. — J’ai adopté ce mot dans mon enseignement, depuis 1906 
au sens indiqué ci-dessus, et j'en ai souvent éprouvé l’utilité ; on le rencontre 
aujourd’hui assez fréquemment. 11 est difficile, en effet, d'accepter en ce sens 











ands services, en Logique et en 


+ Méthodologie, pour caractériser les ac- 
î4es de l'esprit posant une définition, 


:gne proposition, une règle qui ne s’im- 
ose pas nécessairement, mais qu’il est 
# raisonnable d’admettre, par une déci- 
+ gion de l'esprit, en vue du travail ulté- 
rieur de la pensée. 
+. Rad. int. : Decidal. 





. Déeisoire (compréhension). — Voir 
sompréhension*. 


Déclaratif, voir Explicatif*. 


DÉCLENCHER (ou déclancher : voir 

les observations sur le texte de BERG- 
#on cité au mot Animalité*). D. Aus- 
klinken ; E. To unclench ; I. Scoccare ; 
au figuré, scatenare. 
+ A, Au sens propre, supprimer un 
arrêt qui empêchait une force de pro- 
äuire son effet : déclanchement de la 
sonnerie dans une horloge (I. Scocco), 
du chien dans un fusil armé. 

B. Plus généralement : déterminer, 
par une dépense d’énergie minime rela- 
fivement à l’effet causé, la production 
d’un phénomène (physique, psycholo- 
#ique, social) dont toutes les autres 
vonditions étaient réunies. 

Rad. int. : Klenk. 


. DÉCLINAISON, D. Abweichung ; E. 
Declination ; I. Declinazione. 

Ce mot est usité pour traduire : 10 les 
mots Éyraou, mapéyxaoi, declinatio 
tlinamen, en parlant de la déviation 
#pontanée des atomes dans la philoso- 
phie épicurienne ; voir Clinamen*. 

20 Declinatio, dans le nom de la 


DÉDUCTIF 


Découverte, découvrir, voir Jnven- 
tion* et cf. Rolin Wavre, L'imagina- 
tion du réel (1948). 


« DÉDIFFÉRENCIATION. » — Ter- 
me employé par certains physiologistes 
contemporains pour désigner le retour 
de tissus différenciés à l’état homogène : 
p. ex. dans la métamorphose des in- 
sectes, dans la régénération après am- 
putation, dans la culture in vitro de 
fragments séparés du corps, etc. Voir 
C. PÉREZ, La dédifférenciation des cel- 
lules, communication au Congrès de 
l'Association pour l'avancement des 
sciences, juillet 1920. 


Dédoublement de la personnalité, 
voir Personnalité*. 


DÉDUCTIF, D. Deduktiv ; E. Deduc- 
tive ; I. Deduttivo. 

Qui constitue une déduction*, aux 
différents sens de ce mot. En parti- 
culier : 

A. En parlant d’un raisonnement élé- 
mentaire : celui qui présente un carac- 
tère rigoureux et donne une conclusion 
nécessaire. 

B. En parlant d’une conduite géné- 
rale de pensée : celle qui n’emploie que 
le raisonnement (comme en mathéma- 
tiques, pures) sans faire appel à l’expé- 
rience au cours de son développement. 
« La méthode déductive. » 

Cette méthode est dite catégorico- 
déductive, si elle part de propositions 
posées comme vraies , hypothético*-dé- 
ductive, si ces propositions initiales sont 
seulement supposées à titre provisoire, 
ou considérées comme de simples lexis. 


tabula declinationis de Bacon. Voir 


C. Synonyme de discursif*. 
“Tables*. 


D. En parlant des esprits : enclin à 





EEE 


@rbitraire, qui, sauf en mathématiques, a toujours un import très péjoratif ; ni 
arbitral, employé quelquefois à cet usage, mais qui ressemble trop au précédent. 
:— Convention*, dont H. Poincaré s’est beaucoup servi en ce sens, a le double 
défaut de supposer l’entente de plusieurs personnes pour prendre la décision 
dont il s’agit, et de plus, d’avoir souvent, lui aussi, une nuance de désapprobation 
“Ou de dépréciation. (Cf. conventionnel.) (A. L.) 





DÉDUCTIF 





204 





penser d’une manière déductive, sur- 
tout au sens B. 

Rad. int. : A. Deduktiv ; B. Deduk- 
tal; C. Diskursiv ; D. Dedukten. 


DÉDUCTION, D. Deduktion, A blei- 
tung ; E. Deduction ; I. Deduzione. 

A. Loc. Opération par laquelle on 
conclut rigoureusement, d’une ou de 
plusieurs propositions prises pour pré- 
misses, à une proposition qui en est la 
conséquence nécessaire, en vertu des 
règles logiques. Cf. Implication*, Dé- 
monstration*, Raisonnement*. 

B. Synonyme de méthode déductive. 
Voir ci-dessus déductif, B. 

C. Ensemble de propositions liées 
déductivement. 


CRITIQUE 


1. La déduction, au sens À, a été 
souvent identifiée au syllogisme (au 


sens classique de ce mot) : il n’en est | 


qu’une des formes, la plus usuelle. 
2. Il n’est pas exact de définir la 





déduction comme le raisonnement (ui 
va « du général au particulier », soit 
qu’on entende par cette formule équi. 
voque et courante : « De l’universel ay 
particulier » soit qu’on entende : « By 
plus général au plus spécial. » (Voir 
Général*). Cela est évident au premier 
sens : Barbara, Celarent, Cesare, etc. 
ne sont formés que d’universelles ; de 
plus la déduction peut consister à 
conclure de la fausseté d’une parti. 
culière à la fausseté de l’universelle 
correspondante, ou de la vérité d’une 
particulière à la fausseté de l’univer- 
selle contradictoire ; enfin dans les opé- 
rations logiques élémentaires autres que 
le syllogisme (telles, par exemple, que 
a2ba3c.3.a3 bc) iln’y a au- 
cune particularité, au sens précis qu'a 
ce mot en logique; et il en est de 
même de tous les calculs arithmétiques 
ou algébriques. 

On peut aussi remarquer que cette 
conception de la déduction n’a pas de 
sens dans la logique propositionnelle 


| 205 


proprement dite, qui prend les juge- 
ments en bloc (p, q, r.….) et ne considère 
que leur valeur de vérité ou de fausseté, 
non leur quantité ; par exemple dans 
un Syllogisme hypothétique p 2 q. 
g2r.23-Par. 

S'il s’agit de passer du plus général 
au plus spécial, on remarquera que la 
méthode mathématique, type indiscuté 
de déduction, soit dans ses opérations 
élémentaires, soit dans sa marche géné- 
rale, s'élève souvent du plus spécial au 
plus général, par exemple quand on 
« généralise » une propriété, ou une dé- 
monstration, établie d’abord pour un 
cas privilégié, c’est-à-dire quand on en 
tire, par un raisonnement rigoureux la 
formule générale dont il était un cas 
spécial. Il est bien connu que les pro- 
grès d’une science déductive consistent 
souvent à construire des concepts de 
plus en plus généraux conservant les 
propriétés de classes plus spéciales par 
lesquelles on a commencé (p. ex. les 
nombres entiers, fractionnaires, qua- 





DÉDUCTION TRANSCENDENTALE 


lifiés, irrationnels, etc.). L'idée vraie 
contenue confusément dans la formule 
contraire est sans doute que le passage 
d’une règle à ses applications, d’une 
variable à ses valeurs, est une des opé- 
rations les plus fondamentales du rai- 
sonnement déductif. 

3. La définition précédente étant 
écartée, il ne reste plus de raison pour 
faire de la déduction et de l’induction 
deux espèces antithétiques entre les- 
quelles se diviserait d’une manière 
exhaustive le genre raisonnement. Voir 
observations. 

Rad. int. : Dedukt. 


« Déduction transcendentale. » D. 
Transcendentale Deduction, KANT. 

KanT appelle ainsi, par une méta- 
phore empruntée à la langue du droit, 
la justification de ce fait que des 
concepts a priori sont appliqués aux 
objets de l’expérience (Æritik der reinen 
Vernunft, B. 117). Cette déduction 
s'appelle transcendentale* par opposi- 





Sur Déduction. — Nouvelle rédaction, avec une addition de M. Ch. Serrus, 
et des corrections indiquées par M. René Daude. 

Je ne sais quand s’est introduit cet usage du mot déduction, en tant qu'opposé 
à induction, pour désigner le passage du général au particulier. Il est maintenant 
usuel dans les traités anglais (p. ex. BaIN, FOwLER, JEVONS) ; mais il me paraît 
propre à causer des erreurs et, comme vous le dites justement, il ne se justifie pas 
par la tradition. (C. Webb.) 

Il] y a sans doute un contraste entre la déduction, au sens de méthode 
déductive, telle qu’elle se présente, par exemple, dans un ouvrage de mathéma- 
tiques, et la méthode expérimentale, qu’on appelle avec raison méthode inductive, 
ou induction, en tant qu’elle s’élève des faits aux lois. C’est ce qu’on a aussi 
représenté par la distinction entre les « sciences d’observation » et les « sciences 
de raisonnement » (DunaAmEL). Voir Rousran, Déduction et induction, Revue de 
Métaphysique, janvier 1911; LALANDE, Les théories de l’induction et de l’expéri- 
mentation, Ch. 1. 

Mais d’abord ce contraste n’est que partiel : on passe de l’une à l’autre 
par le simple développement des connaissances : des enchaînements d'idées 
déductifs s’incorporent de plus en plus à la conduite de l’expérimentation et au 
«raisonnement expérimental ». Voir Claude BERNARD, Introd. à la médecine expé- 
rimentale, 4"e partie, ch. 11, $ 5. — De plus, pour autant qu’elle existe, cette opp0- 
sition est loin d’être dichotomique : à côté de ces deux types de conduite intel- 
lectuelle, il y a encore la méthode reconstructive* (histoire, géologie, enquêtes 
judiciaires) et la méthode polémique*. La division du raisonnement en déduction 
et induction recouvre donc des idées confuses. 

La forme des mots a probablement contribué à la suggérer ; mais elle € 








l’implique aucunement : déclinaison n’est pas le contraire d’inclinaison, ni dévolu- 
tion d’involution, ni déformation d’information, etc. Il n’y a donc point de nécessité 
analogique à ce que déduction soit le contraire d’induction. 

John S. Miie parle de l’antithèse entre le raisonnement du particulier au 
général, et le raisonnement du général au particulier comme d’une idée répandue, 
mais inexacte. (Logic, 2e partie, ch. 1, $ 3) ; et lui-même oppose en principe à 
l’Induction, non ia Déduction mais la Ratiocination ou Syllogisme, la première 
étant le passage à une généralité plus grande (car il en exclut l'induction complète), 
la seconde le passage à une généralité égale ou moindre. Pour lui la Déduction, ou 
méthode déductive, consiste dans l'emploi de chaînes de raisonnement {trains of 
reasoning) : « The opposition is no! between the terms Deductive and Inductive, 
but between Deductive and Experimental. » Logic, 1, 11, ch. 1v, $ 5. Cf. Ibid., 
8 %, et ch. 1, $ 3. C’est donc le second sens défini ci-dessus. Il admet cependant 
ailleurs (p. ex. ch. 111, $ 7, ad finem) qu’on peut appeler Induction la formation 
d’une formule générale, et Déduction l'opération par laquelle on interprète cette 
formule en la supposant admise et en l’appliquant à un cas donné. 

Cette antithèse, en tant que division générale de la Logique, se retrouve 
dans l'ouvrage de Bain, Logic, deductive and inductive (1870) dont la traduction 
française par Compayré (1875) paraît avoir beaucoup contribué à la répandre 
dans l’enseignement. (A. L.) 


La déduction est bien la même chose que le ouvVoyiou6s défini par 
ARISTOTE (Anal. priora, I, 1, 2418 sqq.), mais nous donnons au mot syllogisme 





1. « L'opposition n'est pas entre les termes déducti{ et induclif, mais entre déductif et expérimental. » 


LALANDE. — VOCAB. PHIL. 9 


DÉDUCTION TRANSCENDENTALE 


tion à la déduction empirique qui 
consisterait à découvrir ces concepts 
par une réflexion faite sur l'expérience 
elle-même (et non sur son principe). 


DÉFAUT, D. Mangel ; au sens péjo- 
ratif, Fehler ; E. Defect (C. Fauli) ; 
L Difetto. 

A. Différence en moins d’une quan- 
tité par rapport à une autre quantité 
servant de repère. « Valeur approchée 
par défaut. » 

B. Absence de ce dont la présence est 
attendue ou souhaitable. « Faire dé- 
faut. » — « A défaut de. » 

C. Détail irrégulier, point sur lequel 
une chose n’est pas telle qu’elle devrait 
être : « Un défaut de perspective. » 
— « Un défaut de raisonnement, de 
composition. » — « Le défaut d’une 
théorie. » 






206 


ES 


devenu le plus usuel : trait de carac. 
tère, manière d'agir ou de penser habi- 
tuelle qu'il serait souhaitable de corri. 
ger. Ce mot ne s'emploie, même quand 
il est question de « graves défauts », que 
pour des imperfections moins condam- 
nables que des vices*, et surtout plus 
extérieures, pénétrant moins profon- 
dément la personnalité : « Les vices 
partent d’une dépravation du cœur ; 
les défauts d’un vice du tempérament. 
La BRuYÈRE, Caractères, ch. XII. 

Rad. int.: Mank; (au sens péjoratif) 
Defekt. 


DÉFICIENTE (Cause), L. Scol. Causa 
deficiens. Celle qui agit par son absence 
ou son abstention. « Cette région (la 
région des vérités éternelles, dans l’en- 
tendement divin) est la cause idéale du 
mal, pour ainsi dire, aussi bien que du 








Par litote, mais en un sens qui est | bien ; mais à proprement parler, le 


un sens plus étroit (J. Lachelier.) — Ce que nous appelons déduction est encore 
plus large que le ovAñoytouoe même d’ARisToTE, car d’après lui le ouAAoytouéc 
a toujours deux prémisses, ni plus ni moins (Anal. priora, 1, 23 ; 40b, etc.) et la 
déduction moderne, par exemple en mathématiques, peut prendre des formes 
beaucoup plus variées. (L. Couturat.) 

Je trouve juste cette observation (que la déduction ne va pas nécessairement 
du général au particulier) ; mais il faudrait alors distinguer deux espèces de 
déduction : analytique, qui pose des prémisses complexes, et en montre la dépen- 
dance à l’égard d’un ou de plusieurs éléments qui y sont contenus ; synthétique, 
qui part au contraire de principes simples, et constitue par leur combinaison des 
conséquences complexes. (C. Ranzoli.) — Cf. Wunopr, Logik, II, 29. 

Cependant, même dans le cas où la déduction ne va pas du général au 
particulier quant à ses résultats, il semble qu’elle implique toujours un passage au 
moins virtuel et enveloppé par le général. L’universalité, la nécessité, le caractère 
analytique et formel paraissent être les traits spécifiques de ce raisonnement. 
(M. Blondel.) 


Sur Défaut. — L'opposition de l'excès (brepoyr, qui veut aussi dire supériorité ; 
ou ÜnepBoan, plus souvent péjoratif) et du défaut (£Akeuic), au sens À, a été 
un thème important dans la philosophie pythagoricienne ; elle se retrouvait, 
selon cette école, dans un grand nombre d’antithèses plus spéciales, formant 
une double série analogique. 


Sur Déficiente (cause). — L'idée d’une « cause qui agit par son absence » est- 
elle fondée sur le canon : « Sublata causa tollitur effectus » ? Un moderne dirait que 
la déficience de la cause est cause de la privation de l'effet. Pour les scolastiques, 
la cause semble être un sujet réel, émettant ou non des effets selon son libre- 
arbitre ; pour les modernes, la cause est un phénomène inséré dans un détermi- 


207 


formel du mal n’en a point d’efficiente, 
car il consiste dans la privation, c’est- 
à-dire dans ce que la cause efficiente 
ne fait point. C’est pourquoi les Scolas- 
tiques ont coutume d’appeler la cause 
du mal déficiente. » LEIBNI1Z, Théodicée, 
re partie, $ 20. 


DÉFINISSANT, voir Définition B 
et C. 

Le mot définition s'appliquant pres- 
que toujours, depuis Wolff, à l’énoncé 
d’une équivalence entre un terme défini 
et un ensemble de termes qui en cons- 
tituent la définition* (au sens B), nous 
proposons d’adopter, pour ce sens B, 
le terme définissant. P. ex. : « Un 
nombre pair (défini) est un nombre 
divisible par deux (définissant). » 

Rad. int. : Definant. 


DÉFINITION 


DÉFINITION, G. “Opoc, éptouéc, em- 
ployés à peu près indifféremment par 
ARISTOTE, selon BoniTz; L. Finis, 
definitio; D. Dcfinition, Begriffsbe- 
stimmung ; E. Definition ; Definizione. 

LociQuE GÉNÉRALE. À. La définition, 
considérée comme opération de l’esprit, 
consiste à déterminer la compréhension 
caractérisant un concept. « Definition 
and division are severally the resolution 
of the comprehension and of the ex- 
tension of notions into their parts!. » 
HAMILTON, Lect. on Logic, VIII, 26. 

LoGiQuE FORMELLE. Par suite, défi- 
nition désigne, au point de vue formel : 

B. L’ensemble des termes connus 
dont la combinaison détermine le con- 





1. « La définition et la division sont respectivement 
la résolution de l'extension et de la compréhension d'un 
concept en leurs parties. » 





nisme. — Dire qu’en m’abstenant de la bienfaisance, je suis la cause déficiente de 
la misère de celui que je n’ai pas secouru, et que sa misère n’est que la privation 
de l’aisance, on ne voit pas en quoi cela me justifie. L'avocat qui plaide non 
coupable en montrant que son client n’a agi que par omission, luilancele pavé de 
l'ours. (Maurice Marsal.) 

Sur le sens de la notion de cause, ses variations et ses équivoques, voir ci-dessus 
Cause*, Critique et Observations. — Quant à l’adage : « Sublata causa, tollitur 
effectus », il ne saurait être admis comme universellement valable : ilest solidaire de 
l’idée non critique que tout effet a sa cause, une cause unique et toujours la même, 
alors qu’en fait un résultat donné peut provenir de plusieurs systèmes différents 
d’antécédents, de même que 60 peut résulter de 50 + 10, de 45 + 15, de 33 + 
+ 27, etc. Et de plus, dans ce qu’on appelle communément cause et effet, il arrive 
que le second persiste alors que le premier a disparu : par exemple le trou produit 
par une balle dans la cible, la forme donnée au métal par un moule qui a ensuite 
été détruit, etc. (A. L.) 


Sur Définition. — La rédaction de cet article a été profondément modifiée 
quant à sa forme et complétée quant à son fond dans les séances du 26 mai et 
du 16 juin 1904. 

A la séance du 26 mai, J. Lacheller a fait observer que la Logique de PorT- 
Roya est loin de représenter la Logique classique. Elle est bien plutôt une critique 
de la logique scolastique et traditionnelle, faite du point de vue de Descartes 
et de Pascal ; cette critique est souvent décevante, en ce qu’elle est implicite : les 
termes scolastiques y sont pris dans une acception nouvelle, qui fausse ou qui 
laisse dans l'ombre le sens vrai des problèmes scolastiques. Au fond, Port-Royal 
®e croyait pas à la vieille Logique, et l’a défigurée plus ou moins volontairement. 
— Lacheller invitait en conséquence les auteurs de la rédaction à rechercher 
les sens antérieurs des distinctions mentionnées, et leur signalait en particulier 


DÉFINITION 


cept défini, et est représentée par un 
terme unique. Ex. : « Prouver tout, en 
substituant mentalement les définitions 
à la place des définis. » PascaL, Esprit 
géométrique, II. Ed. Brunschvicg, 191. 
— Cet usage est courant dans la sco- 
lastique, où le mot parait même avoir 
eu fondamentalement ce sens plutôt 
que le suivant. — On dirait mieux, 
aujourd’hui, le définissant*. 

C. L’expression énonçant l’équiva- 
lence d’un défini et de son définissant 
(Aembrum definitum, membrum defi- 
niens. HAMILTON, Logic, X XIV, 82); 
c’est-à-dire, dans le cas où cette expres- 
sion est rigoureusement formulée, une 
identité dont le premier membre est le 
terme à définir, et dont le second mem- 
bre se compose uniquement de termes 
et de signes connus. 

D. Par extension, mais impropre- 
ment, on applique le nom de Définition 
à toute proposition réciproque, univer- 
selle ou singulière. Ex. : « La Lune est 
le satellite de la Terre. » 

E. On admet en outre, dans la Lo- 
gique algorithmique et dans les Ma- 
thématiques, sous le nom de définitions 
indirectes, deux espèces d’opérations 
qui ne sont pas des définitions au sens 






208 


propre du mot, mais qui en tiennent 
lieu par le rôle qu’elles jouent dans la 
science : 

19 La définition par abstraction d'une 
fonction logique, soit F (x), consiste à 
indiquer à quelles conditions on à 
l'égalité (logique ou mathématique) : 


F{x) = F{y) 


x et y étant des valeurs appartenant 
à une certaine classe, relativement à 
laquelle la fonction F est définie. Par 
exemple, on « définit par abstraction » 
la masse, la température, le potentiel 
électrique, etc., en indiquant les condi- 
tions d'égalité de ces grandeurs. 

20 La définition par postulats consiste 
à « définir » un ensemble de notions en 
énonçant, comme axiomes ou postulats, 
les relations fondamentales que ces 
termes vérifient et qui constituent les 
fondements nécessaires et suffisants de 
leur théorie. Par exemple, on peut 
constituer la Géométrie tout entière au 
moyen d’un certain nombre d’axiomes 
ou postulats contenant les notions pre- 
mières de point et de segment, ou de 
point et de mouvement. Ces notions indé- 
finissables sont considérées comme dé- 
finies par l’ensemble des postulats. 





HAMILTON comme ayant conservé dans ses Leçons de logique une terminologie 
plus conforme à l’usage ancien. 

Ce travail a été fait, et lecture en a été donnée par M. Lalande à la séance du 
16 juin. On le trouvera plus loin, en Appendice, augmenté de quelques documents 
nouveaux. On y voit combien de sens différents, et parfois tout opposés, ont été 
donnés, au cours de l’histoire de la philosophie, à l'opposition entre les « définitions 
de mots » et les « définitions de choses ». 

Sur le meilleur usage à suivre dans l’emploi actuel de ces expressions, une 
longue discussion a eu lieu, à laquelle ont pris part M. Bernès, G. Belot, Brunschvicg 
Couturat, Delbos, E. Halévy, J. Lacheller, A. Lalande et Malapert, dans la séance 
du 26 mai 1904 ; Chartier, Couturat, E. Halévy, A. Lalande, Le Roy et Rauh 
dans la séance du 16 juin. Cette discussion s'était engagée sur l’idée, démontrée 
depuis lors beaucoup trop simple, que les deux emplois distingués ci-dessous 
étaient seuls en jeu. Elle a porté sur les deux questions suivantes : 

. 1° Dans l’usage contemporain, les exprersions définition de choses et défini- 
tion de mots sont-elles prises au sens scolastique (énonciation de l'essence, dési- 
gnation suffisante par quelques propriétés}, où au sens de Port-Royal (analyse 
d’un concept préexistant, création d’un concept nouveau) ? — Il a été constaté que 
l'usage était très divers sur ce point de chez les professeurs philosophie, et qu’on 
donnait même quelquefois à ces mots d’autres sens encore. Ainsi F. Rauh considère 





DÉFINITION 





Les mathématiciens s'efforcent de 
remplacer autant que possible ces défi- 
nitions indirectes par des définitions C, 
qui permettent seules d'établir l’exis- 
tence et l’unicité de la notion définie 
(Cf. BuraLi-FonTi, Sur les différentes 
méthodes logiques pour la définition du 
nombre réel, Congrès de philosophie, 
4900, III, 289). 


CRITIQUE 


L'origine historique du sens que nous 
attribuons au mot Définition et des dis- 
tinctions que nous y faisons remonte à 
ARISTOTE. La définition est pour lui la 
formule qui exprime l'essence d’une 
chose. « "Eorr S'époc LEv A6Yos Tù Ti hv 
elvat onuæivov. » Topiques, I, 4, 1012. 
« ‘Opiouds pèv yap Tob Ti Éatt xal 
odolac. » 28 Analyt. II, 3, 90b. Cette 
essence se compose du genre et des 
différences*, il en sera donc de même 
de la définition (Topiques, I, 6, 1038). 
D'où la règle scolastique que la défi- 
nition se fait per genus prorimum et 
differentiam specificam. 

D'autre part, comme l’objet qu’on se 
propose de définir peut être la significa- 
tion d’un mot, il s'ensuit que certaines 
définitions auront pour objet le rapport 


d’un terme à ce qu'il désigne. « Davepdv 
Br à uèv ri Éorar A6yog Tob ti onpaivet 
ru bvoua….. olov rè ti onualver, ti att ÿ 
rplywvov. » 2e8 Analyt., II, 10, 948. 
Celui qui définit peut donc avoir en 
vue soit un mot, soit une chose : « ‘O 
éptbépevos Belevvatv À Ti éonv À Ti 
omualver voëvouæ. » Jbid., II, 7, 92. 

Cette remarque a donné lieu dans la 
scolastique à la distinction des defini- 
tiones quid rei et des definitiones quid 
nominis (définitions de choses ou réelles, 
et définitions de mots ou nominales). 
Sur les sens très divers donnés à cette 
distinction, voir au Supplément à la fin 
du présent ouvrage. 

Pour le cartésianisme, particulière- 
ment représenté à cet égard par l’Es- 
prit géométrique de PascaL et par la 
Logique de Port-RoyaL, la définition 
est surtout considérée comme « un 
remède à la confusion qui naît dans nos 
pensées et dans nos discours de la con- 
fusion des mots. » PorT-RoyaL,1f€ par- 
tie, ch. xu1. Elle a donc une valeur, non 
plus métaphysique, mais essentielle- 
ment psychologique et méthodologique. 
La distinction la plus importante à cel 
égard est donc, pour ses auteurs, celle 
des cas où l’on définit un terme nou- 





les définitions de choses comme des propositions augmentant l'idée que nous 
avons d’un sujet et qui peuvent être par conséquent vraies ou fausses ; les défini- 
tions de mots ne consistent que dans l'imposition d’un nom désignation) et leur 
seule condition est que ce nom restetoujoursle même en vue d’un objet scientifique 
à poursuivre. M. Chartier entend par définition de mots celle qui ne considérerait 
que les signes et leur rapport, en faisant abstraction totale de ce qu'ils représentent, 
non seulement dans le défini, mais même dans le définissant. Il considère par suite 
cette sorte de définition comme une limite vers laquelle tend la définition de 
choses à inesure qu’elle s'éloigne du réel, mais qu’elle ne pourrait jamais atteindre 
sans tomber dans un pur non-sens. | 

20 Doit-on appeler définition toute proposition dont l’attribut convient 
uni defunito et toti ? P. ex. : « L'homme est un bipède sans plumes; l'horloge est 
l’objet que voici sur le mur entreles deux fenêtres, etc. » — L'accord n'a pu s'établir 
sur ce point, par suite du fait même que plusieurs membres de la Société voyaient 
Précisément là des exemples de définitions nominales. On a donc maintenu les 
deux sens dans le texte ci-dessus, en les distinguant par les épithètes essentielle 
et accidentelle. Ù 

Nous ajoutons ci-dessous quelques autres chservations qui nous sont trans- 
mises par des membres ou des correspondants de la Société : = 

Le terme « définition empirique » est en effet courant ; mais ne vaudrait-il 


DÉFINITION 





210 





veau (ou un terme ancien, destitué de 
tout autre sens que celui qu’on lui 
assigne) et des cas où l’on prétend, par 
la définition expliquer sans y rien chan- 
ger unesignification préexistante. (Voir 
au Supplément.) 

HAMILTON admet, à lasuite de KruG, 
trois sortes de définitions : nominales, 
réelles et génétiques (Lectures on Logic, 
XXIV, 83). Pour les deux premières, 
voir également au Supplément; la troi- 
sième consiste à considérer le défini 
dans son progrès et son devenir, à en 
faire connaître la génération. L’origi- 
nalité de cette classe de définitions est 
généralement reconnue ; mais elle peut 
elle-même se subdiviser, et recevoir des 
sens assez différents. 

Pour CourTe, les définitions sont 
« simplement caractéristiques » quand 
elles indiquent « une propriété qui, 
quoique vraiment exclusive, ne fait pas 
connaître la génération de l’objet » ou 
« réellement explicatives, c’est-à-dire 
caractérisant l’objet par une propriété 
qui exprime un de ses modes de géné- 
ration. » Cours, x11° leçon, éd. Schlei- 
cher, p. 248. 

Enfin L. Liarp a distingué d’une 
part les définitions géométriques, qui 





servent à constituer la matière d’une 
science et en forment par conséquent Je 
début ; — et d’autre part les définitions 
empiriques qui résument les connais. 
sances acquises inductivement et qui 
par suite ont leur place à la fin d’une 
science. Les premières, dit-il, peuvent 
encore être appelées formelles, synthé. 
tiques, où par génération ; les secondes 
matérielles, analytiques où par composi. 
tion. (Des définitions géométriques et des 
définitions empiriques, p. 205-206.) 


On voit par ce qui précède combien 
l'usage de ces divisions a été variable 
dans la philosophie moderne. Il en est 
résulté que dans le langage et l’enseigne- 
ment contemporain, les mêmes formules 
(en particulier les expressions défini- 
tions de mots et définitions de choses) 
sont prises dans des sens tout à fait 
différents, entre lesquels il s’établit 
d’inextricables confusions. (Voir les Ob- 
servations ci-dessous, et le Supplément à 
la fin du présent ouvrage.) Nous pro- 
posons donc de les laisser entièrement 
de côté, et de retenir seulement les 
distinctions suivantes, qui ont semblé 
les plus utiles au point de vue des 
problèmes qui se posent actuellement 





FF 911 


dans la logique et la méthodologie : 

4° Pour la distinction entre la défini- 
tion des concepts donnés d’avance (p. 
ex. par la connaissance de leur exten- 
sion) et celle des concepts créés par 
Pacte même de la définition : définitions 
explicatives et définitions constructives. 

2° Pour la distinction entre les défini- 
tions qui expriment l’essentiel d’un con- 
cept, et celles qui donnent seulement le 
moyen de reconnaître à quoi il s’ap- 
plique : définitions essentielles et défini- 
tions accidentelles. (Terines déja propo- 
sés en ce sens par J. S. Mic (Logic, 
livre I, ch. vint, $ 3-4) et par E. GoBLor.) 

3° L'expression : définition par géné- 
ration, qui est claire et usuelle, nous 
paraît également devoir être retenue. 
Elle serait une espèce du genre défini- 
tion essentielle. — 4° On peut également 
retenir les termes définitions empiriques 
et définitions géométriques en tant qu’ils 
s'appliquent aux deux rôles de la défi- 
nition distingués plus haut; mais il 
n’en est pas de même des autres termes 
indiqués par M. Lianp comme leur 
étant équivalents, et qui sont au con- 
traire de nature à créer des confusions. 

En logique formelle rigoureuse, il ne 
saurait y avoir que des définitions cons- 


DÉGÉNÉR ESCENCE 


tructives, au sens ci-dessus expliqué, et 
les définitions y sont toujours essen- 
tielles, attendu que les concepts n’y ont 
point d’autre existence que celle qui 
leur est conférée par leur définition. 
Qu'ils préexistent ou non à cette opéra- 
tion, cela constitue une distinction très 
importante au point de vue psycholo- 
gique, mais dont on n’a jamais à tenir 
compte au point de vue de la logique for- 
melie. KANT reconnaït en ce sens, qu’à 
parler rigoureusement « bleiben keine 
anderen Begriffe übrig, die zum defini- 
ren taugen, als solche, die eine willkür- 
liche Synthesis enthalten, welche a prio- 
ri construirt werden kann : mithin hat 
nur Mathematik Definitionen! ». Raison 
pure, À. 730, B. 757. 

Rat. int. : A. Defin; B. Definant ; 
C. Definaij. 


DÉGÉNÉRESCENCE. D. Entartung ; 

E. Degeneration ; 1. Degenerazione. 
Au sens général, altération d’un or- 
| ganisme ou d’un organe qui l’amène 
| à une forme jugée inférieure. (Cette 


1. « 11 ne reste pas d’autres concepts au moyen des- 
quels on puisse vraiment définir que ceux qui contiennent 
une synthèse décisoire, qui peut être construite a priori : 
aussi la mathématique seule a-t-elle des définitions. » 








pas mieux dire « définition expérimentale », comme on dit « sciences expérimen- 
tales », pour éviter l'import péjoratif du mot « empirique », et écarter l’idée que 
de telles définitions sont parfaitement expliquées par la théorie « empiriste » de 
la connaissance ? (R. Daude.) — Certainement, si l’on pouvait changer un usage 
aussi général. Peut-être dans ce cas vaudrait-il encore mieux dire « définition 
expérientielle », pour éviter un autre faux-sens. (A. L.) 

En fait, toute définition explicite et suffisante implique : 4° une détermi- 
nation du concept pour la pensée (soit que les éléments de cette détermination 
soient empruntés à des notions empiriques, ou à des intuitions rationnelles pré- 
existantes, soit qu'ils résultent de simples positions (postulats) préalables ; et 
29 l’application d’un signe à cet ensemble d’éléments ; la mise en forme de la 
définition, par une équation entre le signe choisi et les concepts élémentaires qui 
en constituent la signification. 

De là une double tendance dans l'interprétation des définitions 10 la 
tendance psychologique, qui intègre la définition dans la vie de l'esprit, et insiste 
sur les opérations qui constituent la genèse de la définition ; elle peut conduire à 
appeler définition toute attribution d’un sens, même mal délimité et vague, à un 
concept ; à cette tendance se rattachent les diverses conceptions courantes du mot. 

29 La tendance logique pure ou formelle (C), qui ne garde de l’opération que sa 
forme l’équation de deux membres, abstraction faite de leur origine, et qui n’est 





soumise à d’autres conditions que celles-ci : 1) absence supposée de tout flottement 
dans les termes employés ; 2) distinction formelle des deux membres de l’équation. 
C’est en quelque sorte une notion limite de la définition qui suppose la possibilité 
radicale de séparer le résultat de l’opération de l’opération elle-même (par abstrac- 
tion), et c’est là le point contestable de la thèse. En poursuivant l’absolue rigueur 
logique, inaccessible tant qu’il reste une donnée, on ne laisse plus subsister que le 
cadre verbal, arbitraire ; et si une simple description empirique n’est pas encore 
(faute de rigueur) une définition, une égalité logique arbitraire n’est plus une 
définition, si rigoureuse qu’elle soit, faute de contenu. 

Aussi, dans l’application, même les mathématiques pures n’atteignent pas à 
cette rigueur, et se donnent une matière, qu’elles adaptent à la forme pure, 
autant que possible, en la posant par voie de postulats. » (M. Bernès.) 

Dans toutes les sciences, la définition per generationem tend à se substituer 
à la définition essentielle ou réelle ; car c’est le fieri qui éclaire l’esse, en faisant 
comprendre « ce qui est » par la loi du développement qui permet d’en voir la 
possibilité, d’en reconstituer la réalité, et d’en reproduire ou d’en accroître la 
fécondité. » (M. Blondel.) — L’assertion de M. Blondel: « c’est le fieri qui explique 
l'esse », sans contre-partie, n’est-elle pas récurrente ? S’appliquerait-elle à la 
définition même du fieri, à l'identité, aux concepts purs a priori, à Dieu? 
(M. Marsal.) 


DÉGÉNÉRESCENCE 


infériorité consiste le plus souvent en 
ce que l'organisme ou l'organe en ques- 
tion ne peuvent plus accomplir tout 
ou partie des fonctions auxquelles ils 
étaient adaptés. Elle consiste aussi, 
mais exceptionnellement, dans le re- 
tour du sujet considéré à un stade d’évo- 
lution antérieur.) 

On appelle spécialement Dégénérés 
(MorEL, 1857; terme popularisé par 
MacNanw, 1890), des individus caracté- 
risés par un certain nombre d’anoma- 
lies anatomiques ou fonctionnelles : asy- 
métrie notable de la face, déformation 
de l'oreille, irrégularité de la dentition, 
rachitisme, troubles sexuels ; instabi- 
lité mentale, caractère impulsif et porté 
aux excès, défauts du langage, folie 
morale, criminalité, ete. 

Rad. int. : Degeneres (état) ; — ad 
(processus). 


DÉGRADATION de l'énergie. (Voir, 
pour les équivalents étrangers, la cri- 
tique ci-dessous.) 

Propriété qu'a l’énergic*, tout en res- 
tant constante en quantité, de se ré- 
partir entre les corps d'une manière de 








plus en plus uniforme, et par là de 
devenir de moins en moins manifeste 
pour les sens, de moins en moins utili. 
sable pour l’action. 


CRITIQUE 


Cette locution est d’introduction ré- 
cente dans le langage des physiciens. 
On la trouve notamment chez Jour. 
FRET, Introduction à la théorie de l’éner- 
gie (1883) et chez Bernard BRUNKHES, 
La dégradation de l'énergie (1899). Sir 
W. Tuomusox (lord KELvIN) avait créé 
pour désigner cette propriété l’ex- 
pression dissipation of energy, qui vise 
particulièrement le cas d’un gaz, dont 
les molécules se répandent par diffu- 
sion, ou celui d’un système non isolé 
qui perd son énergie par rayonnement 
au fur et à mesure que les réactions 
intérieures la transforment en chaleur. 
Mais comme la propriété en question 
ne subsiste pas moins dans un système 
entièrement isolé, il est préférable d'em- 
ployer l'expression plus générale indi- 
quée ci-dessus. 

Rad. int. : Degradad. 


213 


—— 


DÉISME, D. Deismus ; E. Deism ; 
1. Deismo. 

Ce mot a été pris en des sens très 
variables : il a été créé au xvi® siècle 
par les Sociniens pour se distinguer des 
athées. Pascar l’oppose à la fois au 
christianisme et à l’athéisme, mais con- 
clut qu’athéisme et déisme « sont deux 
choses que la religion chrétienne abhorre 
presque également », Pensées, pet. éd. 
Brunschvicg, p. 579-580 et 581. — 
CLARKE, qui en a distingué méthodi- 
quement les différentes formes, l’ap- 
plique à toutes les conceptions philo- 
sophiques de Dieu, quelles qu'elles 
soient (Traité de l'Existence et des attri- 
buts de Dieu, t. IT, chap. 11). KANT 
oppose au contraire le déisme au théisme. 
« Der erstere ( Deist) gibt zu, dass wir 
allenfalls das Dasein eines Urwesens 
durch blosse Vernunft erkennen kôn- 
nen, aber unser Begriff von ihm bloss 
transcendental sei, nämlich nur als von 
einem Wesen, das alle Realität hat, 
die man aber nicht näâher bestimmen 
kann ; der zweite {Theist) behauptet, 
die Vernunft sei im Stande, den Ge- 





DÉISME L 


genstand nach der Analogie mit der 
Natur näher zu bestimmen, nàmlich 
als ein Wesen, das durch Verstand 
und Freiheit den Urgrund aller ande. 
ren Dinge in sich enthalte!. » Raison 
pure, « Critique de toute théologie ». 
À 631, B 659. 

Déisme, en français, a gardé de son 
origine une nuance souvent péjorative; 
il a été employé comme un terme de 
réprobation, par les orthodoxes, à l’é- 
gard de ceux qui se bornent à croire en 
Dieu, sans accepter les dogmes et les 
pratiques d’une religion déterminée. Il 
est au contraire pris en bonne part chez 
les Éclectiques, et s’y applique à la 
« religion naturelle », c'est-à-dire à la 
doctrine des philosophes qui « n’ad- 


1. « Le premier {déiste) accorde bien que nous pouvons 
acquérir par la raison seule la connaissance de l'ezistmee 
d'un être primitif, mais que le concept que nous en avons 
reste simplement transcendental, c'est-à-dire est celui 
d'un être qui a toute réalité, mais qu'on ne peut pas 
déterminer plus étroitement ; le second (UÜéiste) prétend 
que la raison est capable de déterminer plus étroitement 
cet objet de pensée par analogie avec la nature, c'est-à- 
dire de le concevoir comme un être qui contient en 8oi, 
par son entendement et sa liberté, le principe prernier 
de toutes choses." 


Sur Déisme. — Pascal, dans l’article des Pensées cité ci-dessus, suivait d’ailleurs 


Sur Dégénérescence. —— « Déviation maladive d'un type primitif. Cette dévialion 
renferme des éléments de transmissibilité d’une telle nature que celui qui en 
porte le germe devient de plus en plus incapable de remplir sa fonction dans 
l'humanité et que le progrès intellectuel, déjà enrayé dans sa personne, se trouve 
encore menacé dans celle de ses descendants. » MorEL, Traité des dégénérescences 
physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, p. 5. Texte communiqué 
par Georges Sorel, qui ajoute ceci : « Morel oppose sa conception à celle des natu- 
ralistes qui ont emplové le mot dégénération pour indiquer le retour des variétés, 
obtenues par sélection, au type ancien. L’aboutissement de la dégénérescence est 
l'être qui ne peut plus se reproduire (p. 15 et p. 34.) » 

Il est intéressant de remarquer, car cela montre l’inexactitude du terme que, 
les idiots et les imbéciles ne sont pas compris dans les dégénérés, au sens propre 
du mot dans l'école de MaGnan. Ce mot est surtout appliqué aux obsédés et aux 
impulsifs, c'est-à-dire aux psychasthéniques. (Pierre Janet.) 


Sur Dégradation de l’énergie. — Cette expression est encore évitée par les phy- 
siciens qui s’attachent à des formes précises de langage et ne correspond pas 
jusqu'à présent à une conception claire et distincte. (P. Tannery.) 

Cette critique paraît trop sévère. J’ai consulté sur ce point Henri Pellat, qui 
considère au contraire ce terme comme très utile et la notion qu’il représente 
comme bien définie. (A. L.) 





l’usage de son temps. En 1624 le P. Mersenne publia un livre intitulé L’Impiété 
des déistes, athées et libertins du temps. Il y combattait un poème intitulé L’Anti- 
bigot ou les Quatrains du déiste, qui courait le monde vers 1622-23 et dont l’auteur 
opposait le « Déiste » à la fois à l’ « Athée » et au « Bigot » : le Déiste croit à l’exis- 
tence d’un Dieu, mais qui n'intervient pas dans les affaires humaines. (Voir 
STROWSKI, Pascal et son temps, 1, p. 205-207.) » (E. Leroux.) 

Déisme se trouve déjà chez VireT, dans l'Épitre dédicatoire de la seconde 
partie de son Znstruction chrétienne (parue en 1564) : « Il y en a plusieurs qui confes- 
sent bien qu'ils croyent qu’il y a quelque Dieu et quelque Divinité, comme les 
Turcs et les Juifs. J’ai entendu qu'il y en a de cette bande qui s’appellent Déistes, 
d’un mot tout nouveau, lequel ils veulent opposer à Athéisme. » 

Théiste est d'origine anglaise. Voir BayLe, Réponse aux questions d’un 
provincial, III, 13 : « Je me sers de ce mot à l’imitation des Anglais pour signifier 
en général la foi à l'existence divine. » Parmi les Anglais, il semble que ce,mot 
ait été mis en usage notamment par CunworTH. (Textes et renseignements commu- 
niqués par Eucken. Voir du même auteur une étude sur le mot Déisme dans les 
Beiträge zur Geschichte der neueren Philosophie, 1886, p. 171.) 

« C'était un athée de profession et d'effet, s’il peut y en avoir, au moins un 
franc déiste. » SAINT-SIMON, Mémoires, année 1708. Ed. de Boislile, XV, p. 417. 
— Texte communiqué par L. Brunschvicg. 

La distinction faite par Kant est empruntée à Hume, et était déjà usuelle à 
son époque. Voir UEBERWEG, Die Neue Zeit, I, 153 (Ed. de 1896). (F. Rauh.) 


DÉISME 





214 





mettant que l’existence de Dieu, l’im- 
mortalité de l’âme et la règle du devoir, 
rejettent les dogmes révélés et le prin- 
cipe même de l'autorité en matière 
religieuse. » FRANck, Sub. Ve. 


CRITIQUE 


Ce terme prête à la confusion et ne 
nous paraît pas utile à conserver en 
dehors de ses applications historiques. 

Rad. int. : Deism. 


DÉLIBÉRATION, D. Überlegung 
(plus général); E. Deliberation; 1. 
Deliberazione. 

État psychologique dans lequel on 
se trouve, lorsque, ayant conçu un acte 
volontaire comme possible, on en sus- 
pend l’exécution jusqu’à nouvel ordre 
pour examiner d’une façon consciente 
et réfléchie, s’il faut ou non l’accom- 
plir. S’oppose à impulsion. 


CRITIQUE 


On définit plus ordinairement la déli- 
bération comme une comparaison des 
motifs pour ou contre un acte donné. 
Mais cette définition, même si l’on joint 
aux motifs intellectuels les mobiles 
affectifs, a le défaut de présenter le moi 
qui délibère comme un spectateur con- 
templant des forces ou des raisons qui 


a, 


lui sont extérieures, tandis qu’il ne s’en 
distingue en réalité que par abstraction 
Rad. int. : Deliber. 


DÉLIRE, D. Delirium ; E. Delirium . 
I. Delirio. . 

État mental temporaire, caractérisé 
par la confusion des états de cons- 
cience, leur désordre, l'intensité des 
images, qui deviennent le plus souvent 
hallucinatoires et déterminent parfois 
des actes violents et anormaux. 

Rad. int. : Delir. 


DÉMENCE, D. Blôdsinn, Schwach- 
sinn ; E. Dementia ; I. Demenza. 

On dit proprement d’un aliéné qu'il 
est dément lorsque après avoir présenté 
pendant un temps plus ou moins long 
des troubles mentaux caractérisés, il 
est tombé dans un état de faiblesse 
d'esprit et d’incohérence mentale. 

Rad. int. : Dement (adjectif). 


Démérite, voir Mérite*. 


tisan, ouvrier. 

Terme par lequel PLATON, dans le 
Timée, désigne le dieu fabricateur de 
l’univers. Le même mot avait déjà été 


| DÉMIURGE, G. Amuoweyéc, litt. ar- 
pris comme terme de comparaison par 


Sur Délibération. — On aurait tort de joindre aux motifs intellectuels les 








215 


DÉNOMBRABLE 





SocRATE en parlant de la fabrication du 
corps humain. (D’après XÉNOPHON, 
Mémorables, 1, 1v, 7.) PLATON toutefois 
(Timée, 41, A) distingue le démiurge ou 
fabricateur suprême, qui fait lui-même 
l'Ame du monde, des dieux inférieurs 
créés par lui, et chargés de la création 
des êtres mortels. (Cf. une distinction 
analogue chez XÉNoPHoN, Mém., IV, 
ut, 13.) 

PzorTin emploie également les termes 
Snuroupyeiv, Onproupyéc, en parlant de 
l'Ame du monde (Enn., II, 9). Quel- 
ques gnostiques font aussi du Démiurge 
un créateur ou un organisateur du 
monde distinct du Dieu suprême, et 
dont l’acte est même considéré par cer- 
tains d’entre eux comme une faute. 


DÉMOCRATIE, G. Anuoxpatia; D. 
Demokratie ; E. Democracy ; 1. Demo- 
crazia. 

A. État politique dans lequel la sou- 
veraineté appartient à la totalité des 
citoyens, sans distinction de naissance, 
de fortune ou de capacité. 

B. Parti politique soutenant la démo- 
cratie au sens A. 

Rad. int. : Demokrati. 


DÉMON, G. Salpwv, +ù Sœuéviov, 
puissance spirituelle inférieure à un 
dieu, mais supérieure aux hommes; 
D. Dämon,; E. Demon ; 1. Demonio. 

A. Au sens du mot grec défini ci- 
dessus. Se dit en particulier du « démon 


Le mot est également pris en bonne 
part dans Bazzac, Séraphita, II et III. 
(Éd. Calmann-Lévy, p.83 et 107). 

B. « Le Démon », principe actif du 
mal, considéré comme un être personnel 
dans l’Ancien etle Nouveau Testament ; 
il est aussi appelé « le Mauvais », 
Iovnpés (ce que l’on traduit souvent 
par « le Malin », au sens ancien de ce 
mot). 

C. Mauvais esprit; être malfaisant 
qui, agissant sur l’homme ou pénétrant 
en lui, est cause de vice, de trouble 
mental, ou de maladie. En ce sens +è 
Sawuéviov est pris au propre dans les 
Évangiles (p. ex. Matthieu, XII, 37; 
XVII, 17; Luc, IV, 33; VIII, 27-38; 
etc.) Mais « démon » est fréquent au 
figuré chez les moralistes : le démon 
du jeu, le démon de l’ambition, etc. 
(LiTTRé fait remarquer que « diable », 
synonyme de démon ausens propre, ne 
s’emploie jamais dans les expressions 
figurées de ce genre). 

Rad. int. : Démon. 


DÉMONSTRATION, D. Demonstra- 
tion, Beweis ; E. Demonstration ; 1. Di- 
mostrazione. 

Une démonstration est une déduc- 
tion destinée à prouver la vérité de sa 
conclusion en s'appuyant sur des pré- 
misses reconnues ou admises comme 
vraies. Cf. PREUVE*. 

Démonstration par l'absurde, voir A b- 
surde*. 


mobiles affectifs, en grande partie inconscients ou tout au plus demi-conscients, 
et qui n’entrent en aucun cas dans la délibération proprement dite (bien qu'ils 
puissent exercer sur elle une influence occulte et très grande). (J. Lachelier.) — On 
entendrait dans ce cas par mobiles les causes d’action qui reposent sur un état 
affectif actuel, et par motifs celles qui reposent sur une idée ou sur un état lointain, 
plutôt connu que représenté. Les unes et les autres peuvent entrer dans la délibé- 
ration : on peut délibérer entre le désir actuel du repos et l’idée d’un devoir à 
accomplir. (A. L.) 


Sur Démence. — On dit surtout qu’il y a démence quand cette faiblesse d’esprit 
est considérée comme incurable, quand il ne s’agit pas d’un affaiblissement fonc- 
tionnel, mais d'une destruction organique et définitive de l'intelligence. De là la 
difficulté du diagnostic de la démence. (Pierre Janet.) 

Nous avons supprimé dans la rédaction définitive de cet article un paragraphe 
sur la démence précoce, dont la définition soulève des discussions encore pendantes 
entre les aliénistes. M. RanzoL: nous signale d'autre part la démence sénile comme 
contre-partie de la démence précoce. (A. L.) 





de Socrate » (Socratis genius). Voir 
dans LÉLUT, Le démon de Socrate 
(1re édition, 1836 ; 2e éd., augmentée, 
1856) les textes de PLATON, de XÉNo- 
Paon et de PLUTARQUE relatifs à cette 
question. 


Rad. int. : Demonstr. 


DÉNOMBRABLE, D. Abzählbar ; E. 
Countable ; I. Numerabile. 

A. Qui peut être compté et repré- 
senté par un nombre entier. 





Sur Démonstration. — 11 me semble que la démonstration suppose la vérité déjà 
connue, tandis que la déduction fait trouver ou retrouver la vérité en s'appuyant 
sur les raisons en vertu desquelles nous la connaissons, ou même en vertu desquelles 
elle existe. (J. Lachelier.) — Déjà connue au point de vue psychologique, sans 
doute, mais non reconnue comme vérité au point de vue logique ; en sorte qu’à 
cet égard la différence spécifique de la démonstration, dans le genre déduction, 
consiste seulement dans le fait de prouver que sa conclusion est vraie, et non pas 


seulement qu’elle est impliquée par telles autres propositions, vraies ou fausses. 
(L. Couturat.) 







DÉNOMBRABLE 


216 


PIS 


B. Qui a la même puissance que la 
suite des nombres entiers positifs. 
Rad. int. ; Kontebl. 


DÉONTOLOGIE, D. Deontologie 
Pjlichtenlehre ; E. Deontology ; 1. Deon. 
tologia. 

ÉrH. (Terme créé par BENTHAM . 
Deontology or the science of morality 
1834, posthume) : Théorie des devoirs. Ce 
mot ne s’applique pas à la science du de. 
voir en général, au sens kantien : il Porte 
au contraire avec lui l’idée d’une étude 
empirique de différents devoirs, relative 
à telle ou telle situationsociale. Il est par- 
DÉNOMINATION, L. Denominatio. ticulièrement employé en français dans 

Dans la Scolastique, toute détermi- | l'expression Déontologie médicale (théorie 
nation* d’un objet, qui permet de lui | des devoirs professionnels du médecin) 
attribuer un nom (substantif ou adjec- Rad. int. : Devoscienc. ! 
tif). On distinguait les dénominations 
intrinsèques, c'est-à-dire les qualités 
(essentielles) inhérentes au sujet, et les 
dénominations extrinsèques, c’est-à-dire 
les relations qu’il soutient avec d’autres 
sujets. C’est en ce sens que LEIRNiz 
soutient qu’il n°y a pas de dénomina- 
tions purement extrinsèques, c’est-à- 
dire irréductibles à des dénominations 
intrinsèques. 

Cf. SpiNoza, Éthique, II, déf. 4; et 
Logique de Port-Royaz, 1, ch. 11. 


DÉNOMBREMENT Imparfait. — So- 
phisme consistant en ce que, dans un 
raisonnement où figure une alternative* 
qui est supposée épuiser tous les cas 
possibles, un ou plusieurs de ces cas 
sont omis. 


DÉPASSEMENT, (S). 


« DÉPERSONNALISATION. » Sans 
équivalents étrangers. 

On a désigné par ce terme une illu- 
sion sui generis, distincte de ce qu’on 
nomme d'ordinaire dédoublement de la 
personnalité, et consistant surtout à per- 
cevoir ses propres paroles et ses pro- 
pres actes comme on percevrait quelque 
chose d’anormal et d’étranger. Ce phé- 
nomène est également distinct de la 
paramnésie, bien qu’il l’accompagne 
quelquefois (Ducas, Un cas de déper- 
sonnalisation, Revue philos., mai 1898 ; 
BErRNARD-LEROY, Sur l'illusion dite dé- 
personnalisation, Zbid., août 1898). 


« DÉNOTATION », E. Denotation. 

Voir Connotation*. La dénotation 
d’un terme est ce qui correspond à l'ex- 
tension* d’un concept. John Stuart 
Mricr, Logique, I, chap. 11, 8 5. 








| Sur Dénombrement imparfait. — On appelle aussi de ce nom le raisonnement 
vicieux qui consiste à se figurer qu’on a prouvé une loi parce qu’on a énuméré 
plus ou moins de cas favorables, sans établir qu’il n’y a pas de cas défavorables. 
(C. Mélinand.) — Ce serait plutôt l’inductio per enumerationem simplicem, signalée 
par Bacon comme un mode insuffisant de démonstration. Dans l'induction 
expérimentale, à proprement parler, le dénombrement ne saurait être parfait, 
même en tenant compte des négatives. (A. L.) 


Sur Dépersonnalisation. — On trouverait probablement Entpersônlichung chez 
les écrivains qui s’occupent de psychiatrie. (F. Tônnies.) 

— La dépersonnalisation, à l'inverse du dédoublement vrai de la personnalité, 
se présente surtout sous la forme de sentiments anormaux que le sujet éprouve à 
propos de lui-même : sentiments d’étrangeté, d'irréalité, d'absence totale de la 
personne, Voir Obsessions et Psychasthénies, p. 305. Le second cas rentre dans le 
même groupe que les précédents en ce qu’il est aussi caractérisé surtout par le 


sentiment d’incomplétude, sur lequel vient se greffer une obsession de possession. 
(P. Janet.) 





Ÿ rentrer dans la même classe un cas 


947 


DÉSAGR ÉGATION 





MM. Pierre JANET et RAymonp font 


plus complexe : un obsédé a l’impres- 
sion de se perdre lui-même, de sentir 
son moi s’éclipser, d’être dominé par 
une personnalité différente, dont il mi- 
me le caractère et les attitudes. Déper- 
sonnalisation et possession chez un psy- 
chasthénique, Journ. de psychol., 1, 28. 
Rad. int. : Depersonig. 


DÉRÉISTIQUE, adj. (assez rare en 
français), D. Dereistisch. — En parlant 
de la pensée : détachée du réel, autis- 
tique* (BLEULER, PIÉRON). 


‘ « DÉRÉLICTION », du L. Derelic- 
tio, abandon ; D. Geworfenheil. 

État de l’homme jeté dans le monde, 
qui se sent abandonné à ses propres 
forces, sans lumière ni secours à 
attendre d’une puissance supérieure, à 
l'action ou même à l’existence de 
laquelle il ne croit plus. 


REMARQUE 
L'usage courant de ce terme est 
récent ; il a surtout été employé par les 
existentialistes ; mais le sentiment qu’il 
désigne est déjà souvent exprimé dans 
le romantisme; voir notamment Vi- 
GNY, « Le Mont des Oliviers », dans 


DÉRIVATION, D. Ableitung ; E. De- 
rivation ; I. Derivazione. 

Aux sens de ce mot dans la langue 
courante, en mathématiques, en phi- 
lologie, il y a lieu d’ajouter : 

A. Substitution d'actes ou de réac- 
tions faciles, mais inutiles ou mal ap- 
propriés, à un acte adapté aux circons- 
tances, mais qui exigerait une tension* 
psychologique plus élevée, que le sujet 
n'arrive pas à réaliser. 

B. Chez PAaRETo, pseudo-raisonne- 
ment donnant naissance à une idéologie 
superficielle, qui dissimule les vraies 
raisons d’être d’une doctrine. Voir les 
observations. 

C. On a appelé quelquefois le trans- 
formisme « théorie de la dérivation des 
formes organiques ». Mais bien que 
dériver de... soit très usuel en ce sens, 
l'expression est peu employée. 

Rad. int. : A. Deturn. 


DÉSAGRÉGATION psychologique. — 
Ce terme, créé par M. Pierre JANET, est 
entré dans le langage psychologique 
contemporain. L'auteur énonce ainsi 
qu’il suit son hypothèse de la désagréga- 
tion psychologique, servant à expliquer 
les anesthésies, les amnésies, les para- 
lysies et les personnalités multiples des 





Les Destinées. hystériques : « Les choses se passent 





Sur Dérivation, au sens À : « Quand cette dépression se produit (l’abaissement 
de la tension psychologique}, les phénomènes inférieurs, action et perception 
désintéressées, raisonnement, rêverie, agitation motrice et viscérale subsistent 
parfaitement, et même se développent à la place des supérieurs... C’est pourquoi 
je suis disposé à considérer cette agitation comme une substitution, une dérivation, 
qui remplace les phénomènes supérieurs supprimés. » Pierre JANET, Les névroses, 
2e partie, ch. ‘1v, $ 4. — Au sens B : ce sens fait partie, chez-V. Pareto, d’un jeu 
systématique d'expressions : résidu, dérivation, dérivée. C'est ce qui, dans les 
sciences qui n’ont pas atteint la précision « logico-expérimentale », correspond 
respectivement aux principes, aux raisonnements et aux conséquences des sciences 
bien constituées. Voir V. PARETO, Traité de sociologie générale, ch. vi à x1. Ainsi 
les résidus sont de pseudo-principes mal définis et dictés par des sentiments 
(l’auteur prend même quelquefois ce mot pour les sentiments eux-mêmes d’où 
naissent ces formules, p. ex. au ch. 1x) ; les dérivations sont les soi-disant arguments 
qu’on en tire (et par suite aussi les constructions logiques superficielles qui mas- 
quent des tendances ou des sentiments plus profonds, voire même inconscients) ; 
enfin les dérivées sont les affirmations qu’on se croit en droit d’en tirer. — Ces 
termes ont été adoptés par quelques auteurs de langue française. 


j 
| 








DÉSAGRÉGATION 


comme si les phénomènes psychiques 
élémentaires étaient aussi réels et aussi 
nombreux que chez les individus les 
plus normaux, mais ne pouvaient pas, 
à cause d’une faiblesse particulière de 
la synthèse, se réunir en une seule per- 
ception, en une seule conscience per- 
sonnelle... et donnaient naissance à 
deux ou plusieurs groupes de phéno- 
mènes conscients, groupes simultanés, 
mais incomplets, et se ravissant les uns 
aux autres les sensations, les images, 
et par conséquent les mouvements qui 
doivent être réunis normalement dans 
une même conscience et un même pou- 
voir. » Automatisme psychologique, 364. 
Rad. int. : Desagreges, — ad. 


DESCRIPTION, D. Beschreibung ; E. 
Description ; I. Descrizione. 

Loc. Parmi les « définitions* de 
choses » PorT-RoyaL en distingue de 
deux sortes : « l’une, plus exacte, qui 
retient le nom de définition ; l’autre, 
moins exacte, qu’on appelle descrip- 
tion ». Cette dernière « est celle qui 
donne quelque connaissance d’une chose 
par les accidents qui lui sont propres, 
et qui la déterminent assez pour en 










214 


donner quelque idée qui la discerne 

autres. » Logique de Port-Royal, 2e 

tie, chap. xvi, Ed. Charles, 215. 
Rad. int. : Deskript. 


des 
Par. 


DÉSINTÉGRATION, D. Disintegra. 
tion ; E. Disintegration ; 1. Disintegra. 
3ione. 

Transformation de sens inverse à 
celle qui constitue l’intégration*. Voir 
ce mot. 

Rad. int. : Desintegrad. 


DÉSIR, D. Begehren, Begehrung. Ces 
mots n’ont pas dans le langage philoso. 
phique le sens péjoratif qu’ils reçoivent 
d'ordinaire dans le langage courant 
CF. Tônnies]; E. Desire ; 1. Desiderio. 

Tendance spontanée et consciente 
vers une fin connue ou imaginée. 

Le désir repose donc sur la tendance* 
dont il est un cas particulier et plus 
complexe. Il s'oppose d’autre part à la 
volonté* (ou à la volition*) en ce que 
celle-ci suppose de plus : 1° la coordi- 
nation au moins momentanée des ten- 
dances ; 2° l'opposition du sujet et de 
l’objet ; 30 la conscience de sa propre 
efficacité ; 4° la pensée des moyens par 


Sur Description. — Sur l'explication, l'exposition et la description, cf. Hau1L- 
TON, Lectures on Logic, leçon X XIV, pp. 12 et 20. (J. Lachelier.) 


Ce sens du mot description est très voisin des Définitions nominales telles 
qu’elles sont entendues par Leibniz. (A. L.) 


Sur Désir, — Cet article a été entièrement remanié conformément aux observa- 
tions de M. Bernès, Chartier, V. Egger, J. Lachelier, F. Pécaut et Rauh. 

La définition du désir « au sens faible » a été éliminée. Ce sens appartient au 
langage usuel, mais il est d’une mauvaise langue philosophique, de l'avis de tous 
ceux qui ont pris part à la discussion. On doit dire en ce sens velléité : le désir 


proprement dit est une tendance qui peut avoir tous les degrés d’ 
les plus faibles jusqu'aux plus irrésistibles. 


le désir sous la volonté. (J. Lachelier. 


— La tendance est sous le désir, et 
E. Chartier.) 

« Le désir est la tendance à se 
C'est la volonté naturelle d’ 
appliquée, 


d’un acte ou d’ 
représentation 


, 


intensité depuis 


procurer une émotion déjà éprouvée ou imaginée. 
un plaisir. » Raux et REVAULT D'ALLONNES, Psychologie 
43. — Cette définition nous paraît trop étroite, en ce qu’elle ne tient 
Pas assez de compte de l'antériorité de certaines tendan 
émotions correspondantes. Le désir nous semble être ess 


ces par rapport aux 
entiellement le désir 


un état, sans qu'il y ait nécessairement et dans tous les cas la 
du caractère affectif de cette fin. (F. Pécaut. — A. L.) 





quels se réalisera la fin voulue. Enfin, 


selon certains philosophes, il y a encore 


dans la volonté un fiat* d’une nature 


‘ gpéciale, irréductible aux tendances, 
: et qui constitue la liberté*. 


Le contraire du Désir est l’Aversion. 
Rad. int. : Dezir. 


DÉSITIF (Port-RoyaL, II, x, $ 4). 

Les propositions désitives s'opposent 
aux inceptives ; elles ont pour caractère 
d'indiquer qu’une chose ou un état a 
cessé d’être : « Le latin n’est plus la 
langue vulgaire de l’Italie ». Elles con- 
tiennent par conséquent deux proposi- 
tions, l’une concernant l’état antérieur, 
l'autre l’état postérieur, qui peuvent 
être contestées séparément. (Zbid.) 


Désordre. — Cf. Ordre* et voir BERG- 
son, Évolution créatrice, ch. 111, $ 3 : 
« Esquisse d’une théorie de la connais- 
sance fondée sur l’idée de désordre. » 
(Ce sous-titre ne figure qu’à la table des 
matières.) 


DESTIN, D. Moïpa, eluapuévn, rexpo- 
uévn; L. Fatum; D. Geschick, Schick- 
sal ; E. Fate, Destiny ; I. Destino, Fato. 

A. Proprement, puissance par la- 
quelle certains événementsseraient fixés 
d'avance quoi qu'il pôt arriver, et quoi 
que les êtres doués d'intelligence et de 
volonté pussent faire en vue de les évi- 
ter. « Mon destin me suit partout.» VoL- 
TAIRE, Lettre à Mme Denis, 24 août1750. 
Cf. Fatalisme*,. 

B. Sort d’un être. « Le destin d’un 
livre.» — Ensemble de la vie d’un être 
personnel, en tant que les événements 
qui la composent, contingents ou non, 
sont considérés comme résultant de 
forces extérieures et distinctes de sa 
volonté. 





DESTINÉE 





CRITIQUE 


Ce terme est plus poétique que phi- 
losophique. Il constitue une sorte de 
personnification de la fatalité ou des 
événements fatals* (aux divers sens du 
mot). Il nous paraît inutile de lui attri- 
buer pour l’usage philosophique un 
Rad. int. particulier. Voir FATALITÉ*. 


DESTINATION, D. Bestimmung ; E. 
Destination ; I. Destinazione. 

Finalité d’un être ; ce pour quoi il est 
fait. Se dit le plus souvent d’un instru- 
ment, d’un édifice, etc. ; le mot est 
même technique en ce sens dans la 
langue juridique. Dans la langue théo- 
logique et philosophique, on l’applique 
aussi aux personnes, considérées non 
pas individuellement (on parle en ce 
sens de vocation*) mais en tant qu’elles 
appartiennent à une espèce, à une classe 
générale. C'est le terme consacré pour 
traduire des expressions telles que Die 
Bestimmung des Menschen, Die Bestim- 
mung des Gelehrten (FicuTE : La destina- 
tion del’homme, la destination du savant). 

Rad. int. : Destin. 


DESTINÉE. Aux sens A et B, comme 
Destin*. Au sens C : D. Bestimmung ; 
E. Destination, Destiny; 1. Destinazione. 

A. Même sens que Destin-A : « Accu- 
ser la destinée. » 

B. Même sens que Destin-B. Dans 
cette acception, s’emploie aussi au plu- 
riel : « Les destinées de Rome. » 

C. Même sens que destination*, mais 
en parlant des êtres personnels seule- 
ment. MAETERLINCK a opposé ce sens 
et le précédent sous les noms respectifs 
de « destinée morale » et de « destinée 
extérieure ». 

Rad. int. : A. Fat; B. Destinaj; C. 
Destin. 





Sur Destinée. — Au sens C, Destination est meilleur et doit même être exclusi- 
vement employé si l’on suppose cette finalité connue et voulue par une intelli- 
gence. D'un autre côté, destination réveille ordinairement l’idée d’une finalité 
externe, en vue d’autre chose. C’est surtout un instrument qui a une destination. 
Peut-être est-ce pour cette raison que Jourrroy a employé destinée dans le 


Passage cité. (J. Lachelier.) 





DESTINÉE 


CRITIQUE 


Ce mot appartient surtout à la philo- 
sophie du xvitre siècle et à l’école éclec- 
tique. Il est à remarquer que Jour- 
FROY, dans sOn célèbre article Du pro- 
blème de la Destinée humaine (Mélanges 
philosophiques, Morale, III) l’emploie 
à la fois dans le sens B et dans le sens C. 
1° Au sens B : « C’est le privilège des 
peuples qui marchent à la tête de la 
civilisation que rien de grand ne puisse 
se passer dans leur sein qui n’influe sur 
les destinées de l’espèce elle-même. » 
Éd. Hachette, 298. — 90 Au sens C : 
« C’est parce que l’homme est capable 
de comprendre que toute chose a été 
créée pour une fin. que l’homme s’in- 
quiète de sa propre destinée et de ses 
rapports avec celle du monde. » Ibid., 
308. Voir également l’article très déve- 
loppé de Franck dans le Düict. des 
Sciences philos., Vo. 

Rad. int. : Destin. 


DÉTERMINANT, subst. — Outre son 
sens mathématique, trop spécial pour 
être exposé ici, ce mot estemployé quel- 
quefois pour désigner chacun des élé- 
ments qui « déterminent » un faitouun 
résultat : « Le but que se proposent les 
savants est double : trouver les détermi- 
nants des phénomènes, trouver les lois 
invariables de succession. » RAB1ER, Lo- 
gique, p. 119. 


Déterminant, adj. — Le Jugement 
déterminant (D. bestinmende Urteils- 
kraft, KanT) est la faculté de subsumer 
sous un universel donné le singulier ou 









___ 226 

ET 
le particulier (das Besondere) auquel j 
convient. II s'oppose au Jugement réflé. 
chissant (voir ce mot). Ærit. der Urteils. 


kraft, Introd., $ 4 — Cf. ci-dessous 
déterminer*. 


DÉTERMINATIF, D. Bestimmend . 
E. Determinative ; 1. Determinativo. | 

Une proposition incidente est déter. 
minative ou explicative selon qu'elle 
restreint ou qu’elle ne restreint pas Je 
terme auquel elle se rapporte. (Port. 
RoyaL, II, chap. vi). Ex. : « L'eau qui 
bout garde une température constante 
(déterminative). — L'eau, quiest liquide 
au-dessus de 99, est le dissolvant le plus 
employé (explicative). » 

Rad. int. : Déterminant. 


DÉTERMINATION, D. A. Bestim. 
men, -ung ; B. Entschluss ; C. Bestim- 
mung ; D. Bestimmtheit ; — E. Deter- 
mination ; I. Determinazione. 


Au sens actif : 


A. Acte de déterminer, au sens A; 
rarement aux autres sens. 

Au sens neutre ou passif : 

B. Résultat psychologique de la dé- 
cision ; ce à quoi l’on s’est décidé. 

C. Ce qui constitue un moyen de dé- 
termination, au sens A, comme par 
exemple un caractère* ou un attribut*. 

D. Relation entre deux éléments de 
connaissance telle que si le premier est 
posé, le second l’est aussi. Il y a au 
contraire Indétermination si, le premier 
étant posé, le second peut être de dif- 
férentes manières ou même ne pas être. 





Sur Détermination. — Ce mot, par application du sens À, 1° de déterminer, 
s'oppose à abstraction et se traduit par la multiplication logique. Cf. KEyNES, 
Formal Logic, qui se sert des termes alternation et détermination au lieu d’addition 
logique et de multiplication logique. (L. Couturat.) 

Mrs Ladd-Franklin recommande beaucoup l'emploi de Détermination au lieu 


de Multiplication logique. 


.Le sens décision, donné quelquefois à ce mot, est d’un mauvais style 
philosophique. I1 paraît être une extension illégitime de l'expression : se déterminer 


à...» (Œ. Chartier.) — Et de plus il y aurait avantage à éviter la synonymie de 
détermination et de décision. (Th. Ruyssen.) 





CRITIQUE 
Il est à remarquer qu’on peut définir 
la détermination, au sens D, sans faire 
appel à la notion de loi. Rien n’impose 


“épu ne rejette a priori l'hypothèse d’après 
“ Jaquelle il peut y avoir un lien de néces- 


sité entre des essences particulières, 
sans que cette détermination résulte 


d’une proposition générale (comme dans 
“la connaissance du quatrième genre, 


chez SPINOZA). nn. 
Rad. int. : A. Determin ; B. Decidaj ; 
C. Determinaj ; D. Determines. 


DÉTERMINÉ, D. Bestimmt ; E. Da- 


-terminate ; I. Determinato. 


Outre l’usage de ce mot en tant que 
participe de déterminer*, il présente 
deux sens spéciaux. 

A. Donné, défini : « Dans des cir- 
constances déterminées. » 

B. Soumis au déterminisme*. 


DÉTERMINER, D. A, B, Bestimmen 
(veut dire aussi : destiner à...) ; C. Er- 
zugen ; D. Veranlassen ; — E. To 
determine ; 1. Determinare. 

(Au sens primitif, qui n’est plus en 
usage, délimiter, fixer les bornes ; d’où 
éliminer toute ambiguïté, soit absolu- 
ment, soit à certains égards.) 

A. Fixer précisément la naturv ou les 
limites d’un objet de pensée. Parti- 
culièrement : 

1° Pour un concept : spécifier les 
caractères qui le distinguent d’un autre 
concept du même genre ; restreindre un 
concept donné par addition d’un ou de 
plusieurs caractères nouveaux. Cf. Mul- 
tiplication* logique. 

20 Pour un objet donné : assigner la 
classe à laquelle il appartient. Ce terme, 


DÉTERMINISME 


en ce sens, est d’un usage technique 
dans les sciences de la nature, surtout 
en botanique : reconnaître le genre et 
l'espèce d’une plante qu’on a sous les 
yeux. 

3° Pour un objet ou un agent incon- 
nu : l'identifier par des conditions aux- 
quelles il doit satisfaire. « Déterminer 
les racines d’une équation. — Détermi- 
ner l’auteur d’un texte. » 

B. Psycu. Entraîner la décision de la 
volonté. « Un motif déterminant. » 
Cf. les expressions : « Se déterminer 
à... », « déterminé » (au sens de résolu). 

C. En parlant de phénomènes phy- 
siques : causer, au sens fort ; produire, 
et non pas seulement conditionner, ou 
précéder d’une façon constante. « Cette 
simplification » (réduire l’idée de cau- 
salité à l’idée de loi) dépouille la notion 
de cause, en tant qu’elle intervient 
dans les sciences positives, « de toute 
idée de détermination, d’efficacité, reste 
et témoin de son origine psycholo- 
gique, pour la réduire à cela seul qui 
peut être constaté par l'observation, à 
savoir les simples rapports de succes- 
sion. » RaABIiER, Logique, p. 117. — 
Voir les articles Cause* et Causalité*. 

D. Provoquer, déclencher*. « Déter- 
miner une avalanche. » — « Déterminer 
| un accès de colère. » 

Rad. int. : A. Determin ; B. Decid ; 
C. Efektigo ; D. Desklenk. 


DÉTERMINISME, D. Determinis- 
mus ; E. Determinism ; 1. Determinismo. 
A. Sens concret : ensemble des con- 
ditions nécessaires à la détermination 
(au sens D) d’un phénomène donné. 
« Le médecin expérimentateur exercera 





successivement son influence sur les 





Sur Déterminisme. — Histoire. Le mot Déterminisme se trouve dans un passage 
de Kanr, La Religion dans les limites de la seule raison, 17° division, ad finem. Il le 
cite comme un terme nouveau, et propre à faire illusion : car, dit-il, la question 
difficile n’est pas dans l'opposition entre une indétermination des actes et une 
application du principe de raison suffisante, qu'on représente par ce mot déter- 
minisme (sans doute chez les Wolffiens) ; mais dans l'opposition entre ce fait 
que l'acte doit être, au moment de l’action, aussi bien que son contraire, au 
Pouvoir du sujet, tandis que d’autre part en tant que phénomène, il a ses raisons 





DÉTERMINISME 


maladies dès qu'il en connaîtra expéri- 
mentalement le déterminisme exact, 
c’est-à-dire la cause prochaine. » Claude 
BERNarp, Introd. à la médecine expéri- 
mentale, 376. 

B. Sens abstrait : caractère d’un 
ordre de faits dans lequel chaque élé- 
ment dépend de certains autres d’une 
façon telle qu'il peut être prévu, pro- 
duit, ou empêché à coup sûr suivant 
que l’on connaît, que l’on produit ou 
que l’on empêche ceux-ci. « La cri- 
tique expérimentale met tout en doute, 
excepté le principe du déterminisme 
scientifique. » Zbid., 303. 

« Déterminismestatistique», voir Sta- 
tistique*. 

C. Doctrine philosophique suivant 
laquelle tous les événements de l’uni- 
vers, et en particulier les actions hu- 
maines, sont liés d’une façon telle que 
les choses étant ce qu’elles sont à un 
moment quelconque du temps, il n’y 
ait pour chacun des moments antérieurs 
ou ultérieurs, qu’un état et un seul qui 
soit compatible avec le premier. 

D. Improprement, fatalisme : doc- 
trine suivant laquelle certains événe- 
ments sont fixés d’avance par une 
puissance extérieure et supérieure à la 









___ 222 

ne 
volonté, en sorte que, quoi qu'on fasse 
ils se produiront infailliblement. On dit 
parfois en ce sens « déterminisme ex. 
terne », et on l’oppose alors au « déter. 
minisme interne », ou liaison des Causes 
et des effets constituant la volonté. 


CRITIQUE 


Histoire. — Le terme détermin isme 
est récent. Il ne se trouve pas dans 
LeiBniz, bien que tous les critiques 
s'accordent à l’employer pour désigner 
sa doctrine de la nécessité, et bien que 
lui-même se serve souvent en ce sens 
des mots détermination et raison déter. 
minante (Théodicée, I, 44, 52, 288. 
Nouveaux Essais, Il, 21, etc.}. M. H. La. 
CHELIER a fait remarquer que s'il eût 
donné lui-même un nom à son système, 
il l’eût sans doute appelé, plus correc- 
tement, déterminationisme. 

Ce mot a été emprunté vers 1830- 
1840 à la philosophie allemande, dans 
laquelle il était également d’usage nou- 
veau. (Il semble avoir été d’abord 


; une abréviation de praedeterminismus, 


plus ancien. On trouve, dans Leis- 
NIZ, praedelincatio.) — 1] figure dans 
l'Encyclopédie de Erscn et GRUBER 
(Leipzig, 1832), et dans la table alpha- 








nécessaires dans le temps précédent ; ce qui est, dit-il, le Praedeterminism (Rosen- 
kranz, 57. — Hart. VI, 144). 


Le mot se rencontre aussi chez HEGEL 
(R. Eucken.) 

Outre le passage de Kaxr (cité ci-dessus) je trouve, quelques années plus tard 
(1799-1800), les mots Determinismus et Deterministen dans un ouvrage sur la phi- 
losophie du droit : Revision der Grundsätze und Grundbegriffe des positiven pein- 
lichen Rechtes', par P. J. Anselm FEuErBAcH, notamment II, 134, note « Determi- 
nisten ». Le mot y est présenté comme connu et courant. (F. Tônnies.) 

Li FoviLiée prend déterminisme en un sens large : « Dans le mécanisme et la 
finalité, ces deux grands domaines du déterminisme.. » La liberté et Le détermi- 
nisme, p. 261. (M. Marsal.) — Dans le Fondement de l'induction, ch. vi1, LACHELIER 
appelle déterminisme tout ce qui n’est pas la « liberté » telle qu’il l'entend. Le mot 


est donc, pour lui aussi, plus large que « mécanisme », qui n’en représente qu’une 
des espèces. (A. L.) 


: p. ex. Œuvres complètes, V, 183. 


Sur la Critique. I me semble que déterminisme serait impropre en parlant du 
système de Spinoza : ce mot réveille l’idée d’une détermination par un antécédent 


1. Révision des principes et des concepts fondamentaux du äroit pénal posilil, 


Î 
‘ 
| 
| 
i 


7 223 


DÉTERMINISME 





bétique de l'édition de Leibniz par 


Ê ERDMANN (1840), où il est d’ailleurs 


énoncé sous la forme française Déter- 
minisme. En France, on le rencontre 
d'abord dans des citations d'ouvrages 
allemands, et chez les auteurs qui li- 
gaient habituellement cette langue. Il 
est mentionné à son rang alphabétique 
dans la 1re édition du Dictionnaire de 
Franck (publiée par souscription et en 
fascicules, 1844), mais avec un simple 
renvoi au mot Fatalisme ; on nele ren- 
contre cependant ni dans l’article Fata- 
lisme (JourDain), ni dans l’art. Néces- 
sité(VAPEREAU), ni dans les articles Des- 
tinée et Leibniz (FRANcCKk). Il figure seu- 
Jement dans l’article Liberté (Em. Sais- 
ser), où il est ainsi défini : «les deux 
systèmes du déterminisme et de la 
liberté d’indifférence, systèmes contra- 
dictoires, dont le dernier suppose que 
l’homme peut se déterminer sans mo- 
tifs, l’autre que les motifs déterminent 
invinciblement la volonté ; deux excès 
également déraisonnables. » — En 1865 
a paru l’Introduction de Cl. BERNARD 
et en 1873 La Libertéetle Déterminisme, 
de M. Fouizée. Le terme est devenu 
dès lors usuel et est entré dans le Dic- 
tionnaire de l’Académie en 1878. 





(Résumé de Recherches sur l’origine 
du mot Déterminisme, communiquées 
par M. Eccer.) — Cf. Prédétermi- 
nisme*. 

Usage contemporain. — Il faut d’a- 
bord éliminer le sens D, qui est devenu 
rare, et à juste titre. Le fait qu'il re- 
présente s'appelle déjà, sans équivoque, 
fatalité ; et la doctrine qui admet la 
toute-puissance, ou du moins la grande 
prépondérance de la fatalité sur la vo- 
lonté s’appellera naturellement fata- 
lisme. (Cet usage du mot est d’ailleurs 
le plus général dans la langue.) I] laisse 
place à la question de savoir si le déter- 
minisme n’aboutit pas au fatalisme, 
mais cette question ne doit pas être 
tranchée d'avance par un usage indis- 
tinct des deux termes. Cf. Fatalisme*. 

On peut se demander jusqu’à quel 
point diffèrent les deux sens B et C : 
Claude BERNARD a non seulement dis- 
tingué sa doctrine scientifique de la doc- 
trine philosophique de LEIBN1z, maisil 
les a même opposées, et non sans dé- 
précier celle-ci. (Leçons sur les phéno- 
mènes de la vie communs aux animaux 
et aux végétaux, 1, pp. 55-56 et 60.) — 
11 semble qu’en réalité il ait mal com- 
pris la portée du système leibnizien, et 





et par conséquent toujours relative. Le système de Spinoza est celui de la nécessité 
absolue, et il ne faut peut-être pas d’autre nom pour le désigner. (J. Lachelier.) 

La distinction entre la détermination dans le sens du présent à l'avenir, sans 
réciprocité ; dans le sens du présent au passé, sans réciprocité, ou dans les deux 
sens, est intéressante. Je ne la crois pas nouvelle ; et j’use couramment d’une dis- 
tinction de cette sorte, en soutenant que pratiquement la détermination peut tou- 
jours âtre considérée comme complète du présent (ou plutôt du passé immédia- 
tement écoulé) au passé antérieur, parce que, par hypothèse, ce passé est pour la 
pensée totalisé et, par suite, fini; tandis que je ne puis jamais la regarder que 
comme partielle du présent à l’avenir (ou dans le présent même, de son point de 
départ à son terme) parce qu’il s’agit ici d’une opération non achevée, et qui 
s'effectue. (M. Bernès.) 

1 me semble au contraire que la détermination physique et objective ne peut 
aller que de l’avant à l’après. Mais peut-on, de l'après, remonter logiquement et 
subjectivement à l’avant ? Peut-être, et c’est bien ainsi que nous concluons de la 
cendre au feu. Mais il me semble que cela ne pourrait se faire d’une manière 
rigoureuse et complète que par un calcul d’une complication infinie, montrant 
que toute hypothèse sur le passé, autre que la vraie, conduirait à un autre présent. 
La régression ne serait donc qu'’indirecte et consisterait à éliminer toutes les 
progressions possibles, sauf une. (J. Lachelier.) 





DÉTERMINISME 





224 





que B soit une conséquence particulière 
de C : LEIBN1Z tirait lui-même de son 
déterminisme cette application qu’on 
est maître des phénomènes quand on 
sait comment ils se produisent, et il 
l’opposait au sophisme paresseux : « La 
liaison des effets et des causes, bien 
loin d’établir la doctrine d’une néces- 
sité préjudiciable à la pratique, sert à 
la détruire. » (Théodicce, Préface.) Mais 
comme il est possible, en sens inverse, 
d'admettre la thèse de Claude BERNARD 
sans celle de LEiBniz (que cette dis- 
jonction soit ou non justiciable logi- 
quement), il nous semble que les deux 
sens doivent rester séparés. 

Le sens C lui-même doit encore rece- 
voir des subdivisions. Nous en avons 
donné la formule la plus usuelle, qui 
convient à SPiNozA, LEIBNiz, KANT, 
SCHOPENHAUER, J. S. Mie, etc. Mais 
on peut admettre : 

1° Que le monde ainsi déterminé et 
solidaire est le seul monde possible 
(SPINozA) ; — ou qu’il est contingent 
dans son ensemble malgré le détermi- 
nisme qui en relie toutes les parties 
(LeiBniz, Kanr). On s’est servi, pour 
opposer ces deux conceptions, des mots 
fatalisme et déterminisme : « Il ne faut 
pas confondre le fatalisme logique de 
Spinoza avec le déterminisme moral de 
Leibniz. » JANET et SÉAILLES, Histoire 
de la philosophie, 350. Cet emploi du 
mot fatalisme nous paraît impropre : 
il y a sans doute du fatalisme dans Spi- 
noza, mais il consiste dans « l'esclavage 
de l’homme » à l’égard des passions, et 
non dans la détermination générale des 
actes, qui permet d’échapper à cet 
esclavage. 

20 Qu'il y a détermination dans le 
sens du présent à l’avenir, sans réci- 
procité ; — ou qu’il y a détermination 
dans le sens du présent au passé, sans 
réciprocité — ou enfin qu’il y a déter- 
mination dans les deux sens. 

En prenant l’exemple célèbre de 
Du Bois-Raymond, on pourrait con- 
clure de l’état actuel du monde soit « à 
quel moment l'Angleterre brülera son 
dernier morceau de houille », soët « qui 





— "1 


était le Masque de fer », soit enfin les 
deux à la fois. 

Ces distinctions ne sont pas usuelles. 
cependant la première opinion Paraït 
suggérée par certains faits physiques 
(V. Cournor, Essai, $ 302), et la se. 
conde par cette thèse de M. BEercsox 
que le temps passé peut seul « se repré. 
senter adéquatement par de l’espace ». 
On pourrait les désigner par les expres- 
sions suivantes déterminisme pro- 
gressif, déterminisme régressif, déter- 
minisme réciproque. Cf. A. LALANDE, 
Note sur l’indétermination, Revue de 
métaph., 1900, p. 94. 

Nous proposons donc de retenir le 
mot dans ce dernier sens C ; de rejeter 
complètement le sens D ; d'éviter le 
sens concret À, d’ailleurs peu usuel chez 
les philosophes ; et, pour écarter toute 
équivoque, de n’employer le mot au 
sens B qu'avec l’adjonction : « déter- 
minisme expérimental », comme l’a fait 
souvent Claude BERNARD lui-même. 

Rad. int. : A. Determinaj. — B. De- 
termines. — C. Determinism. 


Développement, voir Genèse*. 


DEVENIR (subst.) L. Fieri (s'emploie 
encore dans les langues modernes, par- 
ticulièrement dans l’expression in fieri ; 
D. Werden ; E. Becoming ; I. Divenire. 

A. (Par opposition à l’étre, en tant 
qu’'immuable) : la série des change- 
ments. 

B. (Par opposition aux états statiques 
qui servent de points de repère dans le 
devenir, au sens A) : le changement 
considéré en tant que changement, 
c’est-à-dire en tant que passage d’un 
état à un autre état. — Jn fieri, en 
devenir, en état de changement. 

Rad. int. : À. Fiad ; B. Fiac. 


1. DEVOIR (verbe), D. A. Müssen ; 
B. Sollen ; E. Ought; I. Dovere. 

A. Marque une nécessité : ce qui doit 
arriver, en ce sens qu’il ne se peut pas 
(absolument ou relativement à cer- 
taines données) que cela n’arrive Pas- 

B. Marque une convenance : ce qui 















:225 


DIALECTIQUE 





: doit avoir lieu (en ce sens qu’il vaut 


mieux que cela soit que de ne pas être). 


% {1 s'oppose en ce sens soit à ce qui est, 


soit à ce qui doit ne pas être : p. ex. le 
bien au mal, le vrai au faux, le beau 


£gau laid, lutile au nuisible, le légal à 
à l'ilégal. Ce concept ne peut être autre- 


ment défini. Il constitue une idée fon- 
damentale, liée à celle d'activité. Cf. 


- Appréciation* et Droit*. 


C. Spécialement, s'applique à l’obli- 
gation morale : « Tu dois, donc tu 
peux. » 

Rad. int. : À. Must ; B. C. Dev. 


2. DEVOIR (subst.), D. Pflich ; E. 
Duty ; IT. Dovere. 

A. Sens abstrait : le devoir est l'obli 
gation morale considérée en elle-même 
et, en général, indépendamment «le telle 
règle d’action particulière. Se dit sur- 
tout, mais non uniquement, de l’ « im- 
pératif catégorique » kantien. 

B. Sens particulier et concret : un 
devoir est une règle d’action détermi- 
née, une obligation définie (soit géné- 
rale, soit spéciale à la fonction, la profes- 
gion, etc.). 


CRITIQUE 


Au sens À, l'expression le Devoir, 
quoiqu’on puisse en rattacher l’idée à 
une catégorie plus générale de l’action, 
au devoir-faire (cf. FouiLzéEe, Rev. de 
Métaph., mars 1904, p. 259), n’a guère 
usuellement qu’une signification éthi- 
que. Ctte signification est d’ailleurs 
indépendante de toute interprétation 
philosophique du fait moral ainsi dési- 
gné. 


DÉVOUEMENT, D. A. Aufopferung ; 
B. Ergebenheit ; — E. À. Self-sacrifice, 
Self-immolation ; B. Devotion ; — I. 
À. Abnegazione, B. Devozione. 

(Étymologiquement, dévouer signifie 
Consacrer ou sacrifier un être à une 
puissance surnaturelle ; d’où, particu- 
lièrement dans le latin devovere, le 
sens de vouer à la mort, de soumettre 
à une puissance magique, ou simple- 
ment de maudire.) 





A. Au sens le plus fort, acte de sa- 
crifier sa vie, ou ses intérêts les plus 
urgents, à une personne, une collecti- 
vité ou une cause jugées de haute 
valeur. Cf. Abnégation*, Sacrifice*. 

B. Au sens le plus faible, disposition 
à prendre de la peine pour rendre ser- 
vice, ou même simple bienveillance. 

Le mot est employé avec tous les 
degrés de valeur entre ces deux ex- 
trêmes. 

Rad. int. : À. Sakrifik ; B. Devotes. 


Df., abréviation usuelle pour Défini- 
tion*. 


1 DIALECTIQUE (subst.), G. Ata- 
Aexrixh [réxvn] ; D. Dialektik ; F. Dia- 
lectic au sens général, Dialectics au sens 
pédagogique d'enseignement par la dis- 
cussion [BazpwiN]; I. Dialettica. 

A. Primitivement, art du dialogue et 
de la discussion ; et par suite : 

1° Habileté à discuter par demandes 
et réponses : « Tù d’épuräv xal aroxpi- 
veoat Émotapevov &AXo rt où xaœEÏc À 
Buxhextixév » ; PLATON, Cratyle, 390 C. 

20 Art de diviser les choses en genres 
et en espèces (autrement dit de classer 
des concepts), pour pouvoir les exami- 
ner et les discuter : dtxkéyetv, GtaAéye- 
côx présentent le double sens de con- 
versation et de division logique. « “Epn 
dE Kai Td Gta AÉyES Dar dvouaovar Ex Toù 
ouviovrac xouvÿ BouAevecôat daAËyovtac 
Hat YÉVN TX TpXyuaxta. » XÉNOPHON, 
Mémor., IV, 5. 12. — « To xara yévn 
Btatpetoar xat pre radrdv eldos Étepov 
hyoaoar, UP Étepov ôv taurdv, u@v 
OÙ TAG DLAAEXTIXNG POOUEV ÉTLOTAUNG 
elvar ; — Dhoouev. » PLATON, Sophiste, 
253, CD. Cf. Phèdre, 266, BC. 

La Dialectique ayant pour effet, selon 
PLATON, de remonter de concepts en 
concepts, de propositions en proposi- 
tions jusqu’aux concepts les plus géné- 
raux et aux principes premiers, qui ont 
pour lui une valeur ontologique (Rép. 
533 E-534 B; Philébe, 57-58), le mot 
a été employé par des critiques mo- 
dernes, en parlant de sa doctrine, pour 
désigner d’une façon générale le mouve- 





DIALECTIQUE 


ment de l'esprit qui s’élève des sensa- 
tions aux idées, de la beauté concrète 
au principe du Beau (comme dans le 
Banquet, 211), des fins individuelles à 
la justice universelle : Dialectique des 
pensées, dialectique des sentiments, dia- 
lectique des actions. FouILLÉE, Histoire 
de la Philosophie, 85-86; Philosophie 
de Platon, liv. VI, chap. 1 : « De la Dia- 
lectique » ; particulièrement 1, 288. 

B. ARISTOTE distingue la Dialectique 
de l’Analytique* : tandis que celle-ci a 
pour objet la démonstration, c’est-à- 
dire la déduction qui part de prémisses 
vraies, la Dialectique a pour objet les 
raisonnements qui portent sur des opi- 
nions probables. (Cf. Analytiques, 1, IV, 
46%; Métaphysique, II, 1, 995, etc.) 
C’est un art, intermédiaire entre la 
Rhétorique et l’Analytique, et auquel 
ARISTOTE a consacré son traité des 
Topiques. — Ce sens dérive de celui de 
SocraTE et de PLATON : car les pré- 
misses sur lesquelles ceux-ci raison- 
naient étaient les opinions courantes, 
suscitées et précisées par la méthode 
de dialogue et d'interrogation. (Analy- 
tiques, I, v, 773.) 

Le mot a eu par suite, dès l’époque 
grecque classique, deux sens qu'il a 
retenus chez les modernes : 1° un sens 
élogieux : logique, force de raisonne- 
ment ; « une dialectique serrée ». PLA- 
TON, dans le passage du Sophiste cité 
ci-dessus, assimile le dialecticien au 
philosophe ; — 2° un sens péjoratif : 
subtilités, distinctions ingénieuses et 
inutiles. « AtahexTixGc wa xev@c. » 
ARISTOTE, De l’âme, 1, 1, 4032, — Cette 





Sur Dialectique. 









226 
RES 
nuance a été renforcée chez les mo. 
dernes par le sens kantien D. 

C. Au Moyen Age (usage emprunté 
à certains Stoïciens), Dialectique désigne 
la Logique formelle et s'oppose à la 
Rhétorique. Elle forme avec celle-ci et 
avec la grammaire les trois branches 
du Trivium*. — Le souvenir de cette 
signification se confond dans le lan- 
gage moderne avec le sens A, 

D. Par une imitation du sens B 
(d’Aristote), Kanr appelle dialectiques 
tous les raisonnementsillusoires, et défi. 
nit la Dialectique en général une « Jo. 
gique de l’apparence ». Les apparences 
sont : ou logiques flogischer Schein), 
p. ex. le sophisme de pétition de 
principe, ou empiriques (empirischer 
Schein), p. ex. le grossissement de Ja 
lune à l’horizon ; ou enfin transcenden- 
tales (transcendentaler Schein), c’est- 
à-dire résultant de la nature même de 
notre esprit, en tant qu’il croit pouvoir 
dépasser par ses principes les limites de 
toute expérience possible, et détermi- 
ner par ses raisonnements théoriques 
la nature de l’âme, du monde et de 
Dieu. L'étude de cette « illusion natu- 
relle et inévitable », quoique possible 
à reconnaître pour une illusion, forme 
la « Dialectique transcendentale », se- 
conde partie de la Logique transcenden- 
tale. (Kritik der rein. Vernunft, Trans- 
cend. Logik, 11e Abtheilung. A, 293 sqq.; 
B, 349 sqq.) — Par suite ce mot est 
employé par Kant, non seulement pour 
désigner l'illusion elle-même, mais aussi 
pour désigner l'étude et la critique de 
cette illusion. (/bid., Dernier alinéa, 


ZÉNON D’ÉLÉE est appelé par ARISTOTE edpétrns Ts 


Btxextixfc (d’après Dioc. LAERT., Arist. Fragm., 1484026), sans doute à cause 
de sa discussion des difficultés comprises dans les notions de mouvement et de 


multiplicité. (C. Webb.) 


L'usage de PLaron est sans doute l’origine de l'usage du mot Dialectique en un 
sens favorable; mais chez lui-même, il s’applique surtout à la véritable distinc- 
tion des genres et des espèces, la véritable explication des choses par les Idées ; 
et de même chez ArisTore, le sens péjoratif n’est pas d’abord celui de vaine subti- 


lité, mais plutôt celui d’argumentation fondée s 


superficielles et non tirées de la natu 
dont il s’agit. (J. Lacheller.) 


ur des raisons trop générales, 


re propre, de l'essence même de la chose 


1827 





i 263-264.) 11 finit même par le prendre 


au sens simplement péjoratif de so- 
hisme ou d’ergoterie : « Hieraus ent- 


‘ springt aber eine natürliche Dialektik, 


à. i. ein Hang, wider jene strengen 
Gesetze der Pflicht zu vernünfteln, und 
ihre Gülligkeit, wenigstens ihre Rei- 
nigkeit und Strenge m Zweifel zu 
giehen’.… » KanT, Grundleg. zur Metaph 
der Sitten, 1, ad finem. — Le mot est 
resté surtout usuel dans la première de 
ces significations. 

E. 11£6EL, reprenant le mot Dialec- 
tique en un sens favorable, la définit : 
«Die wissenschaftliche Anwendung der 
in der Natur des Denkens liegenden Ge- 
setzmässigkeit?. » Encycl., $ 10. Mais 
cette marche de la pensée suivant ses 
propres lois est aussi conforme au dé- 
veloppement mème de l'être ; en sorte 
que le mouvement dialectique est, d’une 
façon générale, « die eigene wahrhafte 
Natur der Versiandesbestimmungen, 
der Dinge, und des Endlichen über- 
hauptÿ ». Zbid., $ 81. Elle consiste essen- 
tiellement à reconnaître l’inséparabilité 
(Einheit) des contradictoires, ct à dé- 
couvrir le principe de cette union dans 
une catégorie supérieure. Cf. Moment*. 

De là l'usage très large de « dialec- 
tique » après Hegel, d’abord en alle- 
mand, puis plus récemment en fran- 
çais, pour désigner tous les enchaîne- 
ments de pensée dans lesquels l'esprit 
est entraîné de proche en proche, sans 
pouvoir s’arrêter à rien de satisfaisant 
avant la dernière étape. Cette idée, par 
suite, se lie souvent à celle d’inquié- 
tude*, au sens B, voir p. ex. J. WauxL, 
Études Kirkegaardiennes, ch. IV, 140- 
148. 

F. Plus largement encore, toute suite 
de pensées ou même de faits qui 
dépendent logiquement l’un de l’autre. 





1. e Mais de là résulte une dialectique naturelle, o'est-à- 
dire un penchant à sophistiquer contre ces règles strictes 
du devoir, à mettre en doute leur validité, tout au moins 
leur pureté et leur rigueur, eto. » Fondemwnts de la méta- 

&ique des mœurs, trad. de V. Delbos, p. 109. — 
2. « L'application scientifique de la conformité à des 
Li, inhérente à ia nature de la pensée. — 3. « La 
vraie nature propre des déterminations de l'entende- 
ment, des choses et d'une manière générale du fini. » 





DIALECTIQUE 


« A l'inverse de la dialectique de la 
contradiction, la dialectique de la par- 
ticipation, au lieu de chercher à con- 
quérir le monde par une série de vic- 
toires remportées contre les résistances 
successives, nous apprend à le pénétrer 
en faisant jaillir en nous une pluralité 
de puissances auxquelles le réel ne 
cesse de répondre. » L. LAvVELLE, De 
l'acte, 48. 

J. J. Gourp a désigné par Dialec- 
tique la suite des étapes parcourues par 
l'esprit qui, s’éloignant par degrés de la 
conscience primitive, construit progres- 
sivement le monde de la science, celui 
de la morale et celui de la religion. (Les 
trois dialectiques, Revue de métaphy- 
sique, 1897, pp. 1-9.) 


CRITIQUE 


Ce mot a reçu des acceptions si di- 
verses qu'il ne peut être utilement 
employé qu’en indiquant avec précision 
en quel sens il est pris. Encore y a-t-il 
lieu de se défier, même sous cette ré- 
ser ve, des associations impropres qu’on 
risque d’éveiller ainsi. 

Rad. int. : Dialektik. 


2. DIALECTIQUE {adj.) G. Atañexrt- 
xôç; D. Dialektisch ; E. Dialectic ; 1. 
Dialettico. 

S’emploie dans tous les sens définis à 
l'article précédent, et particulièrement : 

Au sens À : Attributs dialectiques, 
au nombre de quatre : la définition, le 
genre, le propre et l'accident {Topiques, 
101, 103b). Cette théorie a été altéréeen 
celle des cinq prédicables de PORPHYRE. 
(Cf. VaILATI, La teoria Aristotelica della 
definizione, Rivista de Filosofia, nov.- 
déc. 1903.) 

Au sens B : Syllogisme dialectique, 
opposé par ARISTOTE au syllogisme 
apodictique, en tant que ses prémisses 
ne sont que probables. « Atarextixds GÈ 
ouAAoytoudc Ô EE ÉvSÉEwv ouAAoyiQéuE vos. » 
Topiques, 1, 1, 100b. 

Au sens E : HEGEL appelle « moment 
dialectique » (dialektisches Moment) le 
passage d’un terme au terme qui lui est 
antithétique, et l’impulsion que donne 





DIALECTIQUE 


à l’esprit le besoin de surmonter cette 
contradiction. 

F. En outre, par extension de cette 
idée de marche en avant, dialectique a 
pris dans le néo-hégélianisme et parti- 
culièrement dans le marxisme, le sens 
de mouvant, progressif, en évolution* 
(au sens C de ce mot). — Voir ci- 
dessous Matérialisme* dialectique, texte 
et appendice. Dans ce cas, il est souvent 
opposé à « métaphysique », pris au sens 
d’immuable. 

Cet usage a même donné naissance 
au mot « dialectiser » : assouplir (un 
concept}, passer du point de vue du 
permanent à celui du changeant, rem- 
placer une notion fixe et bien définie 
par une notion moins arrêtée et en 
devenir. 


DIALLÈLE. C. AuxAkmhoc (Aéyoc, 
tpértoc) ; — D. Diallele ; E. Diallelon, 
diallelus ; 1. Diallelo. 

A. Nom grec du cercle vicieur*. 

B. Par suite, et plus spécialement, 
l’un des cing tropes* d’AGRIPPA, qui 
consiste à dire que toutes nos connais- 
sances se prouvent les unes par les 
autres (2 &AAmwv) de sorte que notre 
connaissance entière repose sur un cer- 
cle vicieux, SExTus Emupiricus, Hyp. 
pyrrh., livre I. 


DIAMÉTRALEMENT opposées se 
dit en logique de deux propositions 
contradictoires*, considérées comme 
occupant, dans le tableau des proposi- 
tions opposées, deux sommets placés 
aux extrémités d’une même diagonale 
(dtauetpoc). 

Le terme se trouve chez Aristote : 
« TAG XATA DauerTpov (TpoTRGELG) ». 
Tept épunv., x; 19235; mais elle s’y 
applique à des contraires* et à des 
subcontraires* ; ce qui donne lieu de 
croire que la figure qui accompagnait 
son texte n’était pas disposée comme 





228 

SÈeS 
celle qu'ont adoptée presque tous Je 
logiciens ultérieurs. . 

Cette expression a passé dans le Lan 
gage courant, où elle se dit plutôt des 
contraires que des contradictoires ; mais 
on ne dy applique jamais à des sub 
contraires. | 


DIBATIS, Diratis, autres noms de 
Dimaris*, mais inexacts, car un syllo. 
gisme de ce mode ne peut se ramener à 
Darii sans transposition des prémisses 


DICHOTOMIE (G. Atxotouix). 

A. Division logique d’un concept 
en _deux concepts (généralement con- 
traires*), et tels en tout cas qu'ils épui- 
sent l'extension du premier. 

B. Un des arguments de ZÉNON D’É- 
LÉE (cf. Achille). « Térrapes d'eiot Adyor 
reel XLVAGEWG Znvovos… Ilp&ros uèv & 
mepi Toù Un xtveïoôar, à Tù rpétepoy 
is rù muou deiv dpixéo Bar Td pepouevou 
ñ mpèç Tù Tehoç. » ARISTOTE, Phy- 
sique, vi, 9. Un mobile pour aller de 
A à B, doit d’abord arriver au milieu 
de la ligne AB, soit en C ; puis pour la 
même raison, au milieu de AC, soit 
en D ; et ainsi de suite indéfiniment. Il 
aurait donc pour se mouvoir à épuiser 
un nombre infini de positions. 


DICTUM, L. Scol. ; D. E. I. /dem. 
— A. Bref énoncé d’une thèse ou d’une 
règle. Voir ci-dessous, Dictum de omni 
et nullo. 

B. Spécialement, dans la théorie des 
modales*, on appelle dictum la propo- 
sition {lexis) dont le mode affirme que 
ce qu’elle énonce est possible ou impos- 
sible, nécessaire ou contingent. 


Dictum « de omni et nullo ». — Les 
scolastiques désignent sous ce nom le 
principe du syllogisme, tel qu’il est for- 
mulé par ARISTOTE : « Aéyouev dE Td 
xata mavtèc xatnyopetofat, Grav HNÔÈV 


Sur Dibatis. — Dibatis î ir été créé 
: paraît avoir été créé par les auteurs de la Logique de 
D AL (3€ partie, ch. vin) en transposant les deux premières Siabe de 
abitis. Cf. Hauicrox, Logic, 1, 240. (L. Couturat. — J. Lacheller.) 


929 













Rafeïv Tüv Tob Üroxetuévou xa@” où 


Ÿ » , % A 
@érepov où AcxOnoETat xat Tù xata 


pnevés, Hoxbtwc. » Premiers Analy- 
tiques, 1, 1 ; 24? 28-30. Cf. Catégories, 
: 19 10. 11 s’applique au syllogisme 
dans lequel le moyen terme représente 
pour l'esprit une classe considérée dans 
son extension, et s'oppose à la formule : 


vs 


€ Nota notae est nota rei ipsius », où le 
: moyen est considéré comme un carac- 


tère inhérent au sujet que désigne le 
mineur. 


DIDACTIQUE (Substantif). D. Di- 
daktik ; E. Didactics ; I. Didattica. 

Partie de la pédagogie qui a pour 
objet l’enseignement. 

Rad. int. : Didaktik. 





DIEU 


DIEU, G. Oéoç ; L. Deus ; D. Gott ; 
E. God ; I. Dio. 

I. Considéré comme un principe d’ex- 
plication. 

A. Au point de vue ontologique. Prin- 
cipe unique et suprême de l'existence 
et de l’activité universelles : 

1° Soit comme substance immanente 
des êtres. « Per Deum intelligo ens 
absolute infinitum, hoc est substantiam 
constantem infinitis attributis, etc. » 
SPINOZA, Éthique. 1, déf. 6. « Quicquid 
est, in Deo est, et nihil sine Deo esse 
neque concipi potest. » {bid., prop. 15. 

20 Soit comme cause transcendante 
créant le monde hors de lui. « Credo 
in unum Deum, Patrem omnipotentem, 
factorem cœli et terrae, visibilium om- 


Sur Dieu. — La rédaction primitive des paragraphes C et D était ainsi conçue : 

« C. Comme concept social. Être personnel, supérieur à l'humanité. allié et 
protecteur d’un groupe social qui lui rend un culte, et en particulier lui adresse 
des prières. Secondairement, ancêtre, législateur, éducateur, etc., de te groupe 
social. « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et 
« des savants. » Pascar, Papier (Pensées, Ed. Brunschvicg, p. 142). 

« D. Comme concept éthique. Être personnel tel qu'il soit par son intelligence et sa 
volonté le principe suprême et la garantie de la moralité : cet être pouvant être 
considéré, soit comme cause, soit comme fin de l'ordre moral, mais plus ordi- 
nairement comme l’un et l’autre à la fois... » 

Ce texte a été modifié pour les raisons qui suivent f Séance du 16 juin 1904): 

« À. Lalande. J'ai reçu des remarques trés intéressantes de I. BLOXDEL sur 
Je texte de Pasca cité à l’article Dieu. paragraphe C. « Le sens de ce texte, dit-il, 
cest bien plus complexe qu'on ne l’insinue ici. Et il me semble que pour ne pas 
« laisser échapper le principal de la notion de Dieu. il faudrait ajouter aux accep- 
«tions À, B, C, D, ces indications, qui seraient le commentaire de ce passage 


«des Pensées : 


« Le Dieu des philosophes et des sivants, c'est l'être de raison, atteint ou sup- 
« posé par une méthode intellectuelle, considéré comme un principe d'explication 


chose de ses insondables perfections, 


naturelles, et vis-à-vis de qui le com 
que crainte et humilité : mais en mê 


ou d'existence, que l’homme a la présomption de définir ou même d'influencer, 
comme un objet qu'il posséderait dans la représentation qu’il s’en donne. Le 
Dieu d’ Abraham, c'est l'être mystérieux et bon qui révèle librement quelque 
qu’on n'’atteint pas par l'esprit seul, en 
qui l’on reconnaît pratiquement une intune Réalité inaccessible à nos prises 
mencement de la sagesse ne saurait être 
me temps c'est le Dieu qui en révélant 
à l’homme les secrets de sa vie le convie à sa divinité même, l’appelle à changer 
sa condition naturellement servile de créature en une amitié, en une adoption 
surnaturellement filiale, lui commande de l’aimer et ne se donne qu’à qui se 
donne à Lui. L'idée fondamentale, qu’il importe de ne pas négliger parce qu’elle 
est, au regard même du philosophe, l’âme de la vie religieuse (vraie ou fausse, 
mais historiquement et psychologiquement certaine), c'est donc celle-ci : on 


TT 








DIEU 


nium et invisibilium. » Symbole du con- 
cile de Nicée. 

30 Soit comme fin de l'univers. Le 
moteur immobile d'ARsToTE. (Métaph., 
XI, 7, 10722.) « Deus est summum bo- 
num simpliciter, et non solum in aliquo 
genere vel ordine rerum. Sic enim bo- 
num Deo attribuitur in quantum omnes 
perfectiones desideratae effluunt ab eo, 
sicut a prima causa. » St THomas D’A- 
QUIX, Summa theol., |, qu. 6, art. 2. 

Les trois idées ci-dessus sont résu- 
mées ainsi par VACHEROT : « Dieu est 
l'être des êtres, la cause des causes, la 
Fin des fins : voilà comment il est le 
véritable Absolu. » Le Nouveau Spiri- 
tualisme, p. 389. 

B. Au point de vue logique. Principe 
suprême de l’ordre dans le monde, de la ! 
raison dans l’homme et de la correspon- : 
dance entre la pensée et les choses. « Je 





suis obligé d'avouer un être où la | 
















230 
TS 


vérité est éternellement subsistante et 
où elle est toujours entendue... Cet objet 
éternel c’est Dieu éternellement sup. 
sistant, éternellement véritable, éter 
nellement la vérité même. » Bossurr 
Conn. de Dieu d soi-même, IV, 5. : 

II. Considéré comme un être actif 

C. Au point de vue physique. Être per. 
sonnel, supérieur à l'humanité, qui 
donne des ordres et fait des promesses 
auquel on adresse des prières et qui les 
exauce s’il le juge bon. Il est générale. 
ment conçu comme l’allié et le protec- 
teur d’un groupe social, auquel il se 
manifeste et qui lui rend un culte. (An- 
cêtre, chef guerrier, législateur, juge, 
libérateur, etc.). Dans l’antiquité, ce 
groupe est ethnique ou familial. Ex. : 
Dieux grecs et dieux troyens ; Dieux 
Lares ; Dieu d’Israël (voir particulière- 
ment Deutéronome, ch. v, vi, vi). En 
ce sens du mot, les dieux peuvent donc 


Lgtre multiples, et en lutte les uns avec 
jes autres ; il peut y avoir des dieux et 
des déesses, etc. Voir Hénothéisme*, Po- 
Liythéisme*, Manichéisme* (mais remar- 
quer que dans celui-ci, seul le bon 
rincipe est Dieu, et que son adversaire 
n’est pas appelé ainsi). 

Dans les temps modernes, et avec 
Ja généralisation du monothéisme*, le 
groupe allié à Dieu (pris en ce sens) 
est plutôt électif et constitue une 
: Église. « Qu'est-ce que l'Église ? C'est 

l'assemblée des enfants de Dieu, l’armée 

du Dieu vivant, son royaume, sa cité, 
«son temple. » Bossuer, Pensées chré- 
“tiennes, V (Éd. Didot, IV, 762). 
; D. Au point de vue moral. Être per- 
«sonnel tel qu’il soit, par son intelligence 
et sa volonté, le principe suprême et la 
| «garantie de la moralité. « L'ordre moral, 
: de monde moral, que pourrait-il être, 
«s’il n’avait son fondement, son appui, 





DIEU 


et enfin sa réalisation même, la seule 
vivante et la souveraine, dans la Per- 
sonne, dans celle qui est Dieu ? » Re- 
Nouvier et PRAT, Vouv. monadologie, 
460. Cf. Personnalisme*. 


CRITIQUE 


Les définitions ci-dessus ne doivent 
pas être considérées comme représen- 
tant tous les sens donnés au mot Dieu, 
mais comme caractérisant, autant que 
possible, deux idées fondamentales dont 
les divers usages philosophiques de ce 
terme peuvent être considérés comme 
des combinaisons. Plus que tout autre, 
un tel mot est actif par tout ce qu'il 
éveille dans l'esprit, et l’on ne peut 
qu’essayer de choisir, dans le nombre 
presque indéfini de ses aspects, quelques 
points de vue typiques par rapport 
auxquels on puisse ordonner les autres. 

On remarquera que les sens À et B 


« traite Dieu comme une idole si on se borne à en faire un otjet de connaissance 
«et si l'on ne réserve pas son action originale dans la réciprocité des rapports 
« qui nous unissent à Lui. Le Dieu d'Abraham, c'est à la fois le mystère vivant qui 
« se manifeste par la Révélation, qui se communique par la tradition, qui se 
< rapproche de l’homme par l'Alliance, qui lui promet et lui demande l'Amour 
« dans l’Adoption déifiante. » 

| J’ai à peine besoin de dire que M. Blondel s’est mépris en voyant dans le fait de 
citer ce texte une « insinuation » défavorable. Je considérais au contraire le sens 
C comme le sens le plus important et le plus réel du mot Dieu historiquement 
socialement et psychologiquement ; et je ne crois pas que ce soit atténuer la 
valeur du texte de PascaL que de le prendre pour exemple de ce sens. Au reste, le 
commentaire de M. Blondel me paraît être d’un grand intérêt, et je propose de le 
faire figurer aux Observations. ( Assentiment.) | 

L. Brunschvicg. Je suis tout à fait de cet avis, mais le sens C me paraît mal 

nommé. Si on entend ce passage comme l'explique M. BLonpeL (et avec raison 
selon moi) que reste-t-il là de social ou d’ethnique ? C’est seulement le Dieu per- 
sonnel et moral opposé au Dieu logique. Le croyant entre sans doute en relation 
avec lui par une action directe : mais cela ne suffit pas à constituer une société, 

: A. Lalande. Il y a quelque chose de plus que cette relation individuelle. Ce 
n’est pas sans raison qu’il est appelé le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ces 
formules rappellent que le Dieu de Pascal est le même que le Dieu de la Genèse 
et du Deutéronome, Dieu du peuple élu, qui a fait alliance avec Abraham et sa 
postérité. En invoquant ces noms, Pascal revendique cette adoption, se déclare 
un héritier de cette alliance, continuée par les chrétiens après que le peuple juif 
l’a méconnue. 

| Ed. Le Roy. Cela est vrai, et il ne faut pas oublier quelle est dans le christia- 
nisme l'importance de la notion d’Église, c'est-à-dire d’une société sans laquelle 
l’homme ne peut entrer en communication avec Dieu. Je ne trouve pas que Ce 





terme « concept social » soit inexact, surtout en le complétant par « concept 
moral » qui montre un autre aspect de l'idée. 

J. Lachelier. Il me semble que le sens C doit être mis tout à fait à part, comme 
appartenant au passé ou à des formes inférieures de l’humanité ; quoiqu'il soit 

. fort possible qu’historiquement, ce soit Le Dieu d'Israël qui soit devenu Dieu. 
Encore faudrait-il rechercher si dans la pensée du peuple dont il était Le Dieu, 
il n’était pas Dieu, au moins virtuellement. 

E. Chartier. Le sens C ne serait-il pas une concession aux théories à la mode, 
d’après lesquelles la seule réunion des hommes en société produirait des phéno- 
mènes nouveaux, des idées nouvelles, tout à fait étrangères à chacun des individus 
qui la composent ? Pour ma part, c’est une hypothèse que je trouve ingénieuse, 
mais sans fondement sérieux. Il est visible que plusieurs mythes anciens, par 
exemple celui de Saturne qui dévore ses enfants, témoignent au contraire d'idées 
philosophiques antérieures, déformées par la tradition populaire. 

A. Lalande, Il n’y a point ici de sacrifice à l'actualité. Et sans discuter la 
théorie de M. Durkheim à laquelle on fait allusion, je ferai remarquer qu’il ne 
s’agit pas en ce moment des origines. Le caractère social et ethnique des Dieux 
anciens peut être expliqué par cette méthode, ou par l'évhémérisme, ou encore 
autrement. Peu importe. Son existence est un fait, manifeste dans la Bible, dans 
la religion grecque et romaine, etc. 

E. Halévy. Je ne vois pas de raison sérieuse pour établir une séparation aussi 
radicale entre le sens C et le sens D. Entre un Dieu dont les attributs sont« sociaux » 
et un Dieu dont les attributs sont « moraux », quelle différence ? Si Abraham, 
Isaac et Jacob avaient été capables de définir philosophiquement leur Dieu, ils 
l’auraient sans doute défini‘au sens D, comme « un être personnel tel qu’il soit 
par son intelligence et sa volonté, le principe et la garantie de la moralité ». La 
différence, c’est qu’au sens D, Dieu est la conclusion d’un raisonnement philo- 
sophique ; au sens C, un être qui se révèle directement. Mais alors, si l’on veut 





DIEU 





232 





d’une part, C et D de l’autre, ont entre 
eux une étroite parenté. D’une part, en 
effet, chercher la substance ou la cause 
suprême de l’univers, c’est chercher à 
satisfaire un besoin résultant des lois 
de la raison, et l’ordre ontologique 
apparaît alors comme une transposi- 
tion de l’ordre logique. Telle est l’idée 
générale de la critique des preuves de 
l'existence de Dieu chez KANT, Critique 
de la raison pure, Dial. transc., ch. ini : 
« Idéal de la Raison pure. » — D'autre 
part, si le sens éthique ne dérive pas 
entièrement du sens social, comme on 
l’a souvent soutenu, il est du moins 
certain qu'il s’y rattache historique- 
ment d’une façon très étroite; et il 
suffit d’ailleurs de considérer le groupe 
social défini en C comme s’étendant à 
l'Humanité tout entière pour aboutir 
au principe « de la paternité divine et 
de la fraternité humaine » (Congrès des 
religions, 1893), qui est la forme la plus 
générale de l’idée de Dieu comme prin- 
cipe moral. 

L'existence de ces deux ordres fon- 





— © 


damentaux de concepts, l’un tout do. 
miné par les idées de logique et de rai. 
son, l’autre par les idées d’action et 
de volonté, explique pourquoi le pro. 
blème de l’Idée de Dieu, chez les con- 
temporains, a pris la forme de cette 
question : « Dieu est-il personnel? , 
C'est-à-dire : Ÿ a-t-il une identification 
possible entre ces deux sens d’origine 
différente ? 

On peut considérer la plupart des 
doctrines théistes présentées par l’his- 
toire de la philosophie comme un effort 
vers la synthèse de ces deux ordres de 
concepts, soit qu’on atténue autant que 
possible le sens social, et que l’on rap- 
proche B et D par une conception ra- 
tionaliste de la morale (Srotcrens, Spi- 
Noza), soit au contraire qu’on insiste 
sur la personnalité divine, et qu’on en- 
visage les lois logiques et morales 
comme l'effet de son libre arbitre abso- 
lu (Duns ScoT, DESCARTES, SECRÉ- 
TAN). La définition de DESscarTes, 
« Dieu est l'être parfait », a pour trait 
le plus remarquable une identification 





introduire le sens C de la notion « Dieu » pourquoi ne pas introduire encore, par- 
dessus le marché, un autre sens, qu’on appellerait le sens mythologique, et qu 
serait au sens À ce que le sens C est au sens D ? 

A. Lalande, Nous ne prenons les sens anciens que dans la mesure où ils sont 
nécessaires à l'explication des sens actuels d’un mot (voir Avertissement, règle IV). 
Le Dieu social est encore vivant, les Dieux de la nature ne le sont plus. D’ailleurs 
les Dieux mythologiques ne sont-ils pas eux-mêmes conçus comme un peuple 
ayant des relations presque légales avec les hommes (Nôpoc, véueaic) ? 

E. Chartier. Mais les divisions proposées ne sont pas homogènes : le Dieu 
logique est le Dieu admis par les logiciens ; le Dieu ontologique est celui des 
métaphysiciens ; le Dieu social est-il au même sens le Dieu des sociologues ? Évi- 
demment non. C’est comme si l’on divisait la géométrie en géométrie plane, 
géométrie dans l’espace et géométrie euclidienne. 

A. Lalande. Nous disons concept social, et non concept sociologique. Le 
« Dieu social » n’est pas en effet le Dieu des sociologues, mais il est le Dieu des 
hommes vivant en société, qui se le représentent comme participant à cette 
société, présidant à ses destinées, et la gouvernant. Si le mot social crée une équi- 
voque, on peut chercher une autre formule. Mais en tout cas le sens C serait très 
inexactement interprété, si l’on y voyait, comme je crains que ce n’ait été aussi 
le cas de M. BLONDEL, un sens historico-critique, et par conséquent négatif de 
l’idée de Dieu. L'idée de Dieu, et la croyance en Dieu ainsi conçu me semblent 
au contraire les plus vivantes de toutes. C’est à ce titre que l’on prie Dieu comme 
un chef et un père, qu’on lui demande la santé, le succès, la satisfaction des 
besoins, la défense contre l'injustice, une intervention analogue à celle du médecin 








DIFFÉRENCE 





: l'ordre moral et de l’ordre ontolo- 


‘gique, à la faveur du terme équivoque 
erfection, qui peut s'appliquer soit 
toute réalité, soit seulement à ce qui 
“présente une valeur éthique. — Mais on 
peut prendre pour type d'effort le plus 
complet vers cette conciliation la Mo- 
aadologie de LEïBniz, où les quatre 
gens définis plus haut sont nettement 
osés et cumulés en un même être : 
A. « Et c’est ainsi que la dernière raison 
des choses doit être dans une Substance 
nécessaire, dans laquelle le détail des 
changements ne soit qu’éminemment, 
comme dans sa source ; et c’est ce que 
aous appelons Dieu. » Monad., 38. 
B. « Dieu est non seulement la source 
des existences, mais encore celle des 
essences, en tant que réelles, ou de ce 
‘il y a de réel dans la possibilité. 
C’est parce que l’entendement de Dieu 
est la région des vérités éternelles, etc. » 
Jbid., 3. C. « C’est ce qui fait que les 
æsprits sont capables d’entrer dans une 
manière de société avec Dieu, et qu’il 
est à leur égard non seulement ce qu’un 





inventeur est à sa machine, mais en- 
core ce qu’un Prince est à ses sujets, et 
même un Père à ses enfants. » Ibid., 84. 
D. « Enfin sous ce gouvernement par- 
fait il n'y aurait point de bonne action 
sans récompense, point de mauvaise 
sans châtiment ; et tout doit réussir au 
bien des bons, c’est-à-dire de ceux... qui 
aiment et imitent comme il faut l’au- 
teur de tout bien. » — « .… si nous 
sommes attachés comme il faut à l’au- 
teur du Tout, non seulement comme à 
l’architecte et à la cause efficiente de 
notre être, mais encore comme à notre 
Maître et à la cause finale qui doit faire 
tout le but de notre volonté, et peut 
seule faire notre bonheur. » Jbid., 90. 
Rad. int. : De. 


DIFFÉRENCE, G. Atapopé ; L. Dif- 
ferentia ; D. Differenz, Unterschied ; 
E. Difference ; 1. Differenza. 

A. Relation d’altérité* (ëteporn) 
entre des choses qui sont identiques à 
un autre égard. « Atapopk XAÉYETat 
Gg'Ëtepa ÉoTt T* aÙTO TL ÜVTA HN HÔVOV 


ou du magistrat. Ce n’est pas là, comme on le prétend quelquefois, un état d’esprit 
dépassé. Il continue à exister de nos jours, même chez des philosophes, qu’ils 
æ préoccupent ou non de concilier ce sentiment et cette pratique avec le reste 
de leurs idées. Voyez l’ouvrage de W. James sur l’ Expérience religieuse. Le Monist 
a publié de même il y a trois ans une enquête des plus instructives sur la croyance 
religieuse, qui montre combien cette attitude est générale. M. J. H. LeuBa la 
rsumait en disant : « Dieu n’est pas connu, il est utilisé : he is used. » 

F. Rauh. Je me rappelle cette enquête, qui m'a frappé. Je crois en effet que ce 
sens est le plus vivant de tous : au fond, c’est le vrai sens du mot Dieu. Cependant, 
au point de vue logique, il serait mieux de le subordonner au sens D. 

A. Lalande. J’en ai noté la parenté dans la Critique. Mais il ne faut pas d’ail- 
leurs chercher à établir une exacte symétrie, ni même une division trop systéma- 
tique, entre les sens indiqués. 11 s’agit seulement de dégager de l’usage actuel 

tendances typiques, qui peuvent ne pas avoir une unité parfaite. 


Sur Dieu, Critique. Tout cela, d’une manière générale, me paraît vrai. Il est 
certain que le concept cartésien de l’être parfait n’est pas suffisamment défini : 
€ar en quoi consiste la perfection divine ? Le seul concept adéquat de Dieu n’est-il 
Pas celui de liberté absolue (de négation de toute nature, concept par conséquent 
surtout négatif et bien près d’être vide), entrevu par PLorTin et DESCARTES et 
æettement formulé par M. SecréTAN ? Ou plutôt, ne faudrait-il pas combiner, avec 
d'idée du vide de tout ce qui est pour nous être ou nature, celle d’une plénitude 
infinie, mais d’un autre ordre, et pour nous, par conséquent, totalement incom- 
Préhensible ? (J. Lacheiier.) 


DIFFÉRENCE 





dpôu& GA À Elder, n yéver À dvæhoyix. 
ARISTOTE, Métaph., IV, 9, 10183. D'où 
la distinction scolastique des choses 
numériquement différentes (numero dif- 
ferentia), c’est-à-dire qui ne diffèrent 
par aucun caractère intrinsèque, mais 
seulement par le fait d’être plusieurs ; 
et des choses spécifiquement diffé- 
rentes (specie differentia), c’est-à-dire 
qui diffèrent par leur essence même ou 
leur définition. 

B. Caractère qui distingue une espèce 
des autres espèces d’un même genre. 
«Ex yäp Toù yévouc xal tüv Gtapopov 
+à etôn. » ARISTOTE, Métaphysique, IX, 
7, 1057b, — Les scolastiques disent en 
ce sens Differentia specifica (BOETHIUS); 
eidonouc est en effet employé par ARis- 
TOTE avec cette signification, quoique 
rarement (Topiques, IV, 6, 143b 8 ; Eth. 
Nic., X, 3, 1174 5). — Cf. Distinction*. 

C. Chez les modernes, tout caractère 
qui distingue un concept d’un autre, 
ou une chose d’une autre. 


CRITIQUE 


1. On voit par ce qui précède que le 
mot a deux sens fondamentaux, l’un 
désignant un rapport entre objets de 
pensée différents, l’autre désignant le 
ou les caractères qui constituent cette 
différence. Ces deux sens doivent être 
distingués par la forme de la phrase : 
{° différence entre... ; 20 différence pro- 
pre à. Où caractéristique de. ; diffé- 
rence intrinsèque quand c’est le cas. 
— En langue internationale, les deux 
sens doivent être distingués par leurs 
suffixes : 1° es ; 29 aj. 

2. Il est utile de conserver la distinc- 
tion de la différence numero et specie, 
mais à titre provisoire, et sous réserve 
d'examiner cette thèse de LEIBNIz que 
deux êtres réels ne peuvent différer nu- 
mériquement sans différer aussi intrin- 









234 


sèquement (Principe des indiscerna- 
bles). Il fait observer à ce propos, et 
avec raison, que l’expression différence 
spécifique est trop étroite pour ce secong 
sens, car la différence des individus de 
la même espèce est qualitative et in. 
trinsèque, tout en n’étant pas à pro- 
prement parler spécifique (Nouveaux 
Essais, ch. 1}. Nous proposons donc, 
en ce sens, l'usage des termes opposés 
numérique et intrinsèque. Cf. Dustinc- 
tion*. 


« Différence (méthode de) », E. Me- 
thod of difference. 

J. S. Mize appelle ainsi la seconde 
des méthodes d’induction qu’il formule 
dans son System of Logic : « If an 
instance in which the phenomenon oc- 
curs, and an instance in which it does 
not occur, have every circumstance in 
common, save one, that one occurring 
only in the former : the circumstance 
in which alone the two instances differ 
is the effect, or the cause, or an indis- 
pensable part of the cause of the phe- 
nomenon! » {Livre III, ch. vin, 8 2). 
— Cf. Concordance*, Variations*, etc. 


Différences perceptibles (Méthode des 
plus petites), D. Methode der ebenmer- 
klichen Unterschiede ou der Minimalän- 
derungen ; E. Method of least noticeable 
difference, où of just perceptible diffe- 
rence ; l. Metodo delle differenze (ou 
variazioni) minime. 

L'une des quatre méthodes fonda- 
mentales de la psychophysique*. Elle 
consiste à faire varier une excitation E 
à partir de E, et à noter les accroisse- 


1. « Si un cas où le phénomène se produit et un cas où 
il ne se produit pas ont toutes leurs circonstances com- 
munes sauf une, cette circonstance ne 8e rencontrant 
que dans le premier : la circonstance unique par laquelle 
les deux cas diffèrent est l'effet, ou la cause, ou une 
partie indispensable de la cause du phénomène. » 





Sur Différence. — Critique, 2. — La distinction de la différence numero et de la 
différence specie n’est pas seulement provisoire. Si je dis deux pommes, ce n’est pas 
parce qu’elles sont différentes, mais quoique elles soient différentes. L’altérité 
qualitative ou intrinsèque est un obstacle à la numération. On atteint l'idéal en 
mathématiques : deux points, deux droites. (V. Egger.) 


‘ 
l 
# 
' 
4 


ee = 


235 





ments minima nécessaires pour que le 
sujet reconnaisse une différence entre 
les excitations E, E;, Ei E:..,E,E,.:. 
Admettant alors que les passages suc- 
cessifs de la sensation S, à la sensa- 
tion S:, de la sensation S, à la sensa- 
tion Ss, etc., constituent par défini- 
tion des « accroissements égaux de la 
sensation », on cherche quelle fonction 
mathématique peut représenter les ac- 
croissements E1 — Eo, E> — E,... qui 
sont fournis par l'expérience. — Fechner 
pensait que ces accroissements étaient 
proportionnels à E , d’où, en retour- 
nant la formule, que la sensation va- 
riait comme le logarithme de l’excita- 
tion. Voir Psychophysique (loi). 

Rad. int. : Difer. A. Diferes; B. 
Diferaj. 


DIFFÉRENCIATION, D. Differenzie- 
rung ; E. Differentiation ; 1. Differen- 
ziamento. — (Ne pas confondre avec 


l'opération mathématique appelée diffé- | 


rentiation, par un t.) 

A. « Passage de l’homogène à l'hété- 
rogène. » SPENCER, Premiers principes, 
ch. xv. Transformation d'éléments 
semblables en éléments différents, ou 
d'éléments moins différents en éléments 
plus différents. En particulier division* 
du travail entre des cellules, des or- 
ganes, des individus, des groupes so- 
ciaux. — La différenciation peut por- 
ter sur les structures {différenciation 
morphologique) ou sur les fonctions 
(diff. fonctionnelle). 

B. Résultat de cette opération. On dit 
parfois en cesens Différenciation acquise. 

Rad. int. À. Diferencig; B. Diferencaij. 





DIFFLUENTE 


DIFFÉRENCIER, D. Differenzsieren ; 
E. To differentiate ; 1. Differen:iare. 

Rendre différent ce qui était sem- 
blable ; produire ou accroître la diver- 
sité entre les parties d'un même tout. 
« Si loin qu'on remonte vers les ori- 
gines (de la vie). toujours on la ren- 
contre déjà très différenciée, donc très 
ancienne. » Éd. Le Roy, L'exigence 
idéaliste et le fait de l’évolution. 92. 


CRITIQUE 

1. Différencier n'équivaut à distin- 
guer* que dans les cas où ce mot veut 
dire rendre distinct ce qui était aupa- 
ravant indivis ou indiscernable. Il est 
d'une mauvaise langue de l’employer, 
comme on le fait quelquefois par re- 
cherche de style, en parlant de diffé- 
rences statiques, préexistantes. — « Se 
différencier » veut dire devenir diffé- 
rent, et non différer par tel ou tel 
caractère. 

2. Par suite de la confusion courante 
entre l’idée spencérienne d’«évolution*» 
et celle de progrès, « différencié » est 
pris aussi quelquefois pour supérieur, 
plus perfectionné, dans des cas où il 
n’y a dans ce perfectionnement aucun 
accroissement de spécialisation. C’est 
également un faux sens à éviter. (Voir 
Observations.) 

Rad. int. : Diferenci. 


« DIFFLUENTE (Imagination). » 
Th. Rigor a désigné ainsi, par opposi- 
tion aux autres formes d’imagination 
créatrice, et particulièrement à l’imagi- 
nation plastique, celle qui emploie des 
images à contours vagues, indécis, mo- 





Sur Différencier. — Différencié a même été pris pour perfectionné en parlant 
de ce qui est au contraire supérieur en tant que moins spécialisé. Voir p. ex. le 
texte cité par Lévy-BrunL (qui lui-même n’en paraît pas choqué) dans Les 
fonctions mentales chez les sociétés inférieures, p. 228 : « Dans les langues indiennes 


nous ne saurions trouver un mot aussi différencié que « placer » : 


nous trouvons 


une série de mots avec des verbes ou des adverbes indifférenciés signifiant «placer 
«d’une certaine manière »; p. ex. je place sur.…., je place le long de..., etc. » POWELL, 
The evolution of language, E. B. Reports, I, p. xxr. Il y a là un curieux exemple 
de la suggestion causée par ce préjugé que tout progrès est « passage de l’homogène 


à l’hétérogène. » (A. L.) 


DIFFLUENTE 


biles, consistant dans la plupart des 
cas en « abstraits émotionnels », et les 
associant d’une manière surtout sub- 
jective et affective. Elle peut se ren- 
contrer dans toutes les formes d'art, 
mais domine surtout dans la musique. 


(L'imagination créatrice, 3° partie, 
chap. 11.) 
Rad. int. : Difluant. 


DIGNITÉ humaine (Principe de la), 
D. Würde et mieux Menschenwürde ; 
E Dignuy; 1. Dignita. 

On désigne sous ce nom le principe 
moral énonçant que la personne hu- 
maine ne doit jamais être traitée seu- 
lement comme un moyen, mais comme 
une fin en soi, autrement dit que 
l’homme ne doit jamais être employé 
comme moyen sans tenir compte de 
ce qu'il est en même temps une fin 
en soi (KANT, Fond. de la Métaph. des 
mœurs, 2e section). 

Rad. int. : Dignes. 


DILEMME, G. Aümuua; D. Dilem- 
ma ; E. Dilemma ; I. Dilemma. 

A. Raisonnement dont une prémisse 
contient une alternative à deux termes, 
et dont les autres prémisses montrent 
que les deux cas de l'alternative im- 
pliquent la même conséquence. L’alter- 
native peut être catégorique ou hypo- 
thétique. Dans le premier cas, le di- 
lemme a la forme : 


« À ou B est vraie; 
Si À est vraie, K est vraie ; 
Si B est vraie, K est vraie ; 
Donc K est vraie. » 


Dans le second cas, la première pré- 
misse et la conclusion sont hypothéti- 
ques, et prennent respectivement les 
formes suivantes : 


« Si A est vraie, B ou C est vraie. 
Si B est vraie, K est vraie ; 
Si C est vraie, K est vraie ; 
Donc, si A est vraie, K est vraie. » 


Plus généralement, on appelle di- 
lemme tout raisonnement du même 
type où l'alternative comprend plus de 











236 


deux cas. (N. B. L’alternative n’est Pas 
nécessairement disjonctive*, au sens p 

B. Système de deux propositions 
contradictoires entre lesquelles on est 
mis en demeure de choisir. 

C. Chez RENoOUvIER : « Le terme y}. 
lemme, par une extension que l’étymo. 
logie permet du sens habituel du mot 
est applicable à l'opposition mutuelle 
de deux thèses philosophiques telles 
que l'acceptation ou la répudiation de 
l’une, avec ses corollaires, entraîne Ja 
négation ou l'affirmation de l’autre : 
sans qu'aucune des deux puisse être 
réfutée à l’aide des principes avoués par 
les deux partis qui les soutiennent. » 


Les Dilemmes de la Métaphysique, 
p. 11 : « Définition du dilemme méta- 
physique. » 


Rad. int.. Dilermn. 


DIMARIS (ou Dimatis). Mode de la 
quatrième figure, se ramenant à Darii 
par la transposition des prémisses et 
la conversion simple de la conclusion : 


Quelque P est M 
Tout M est S 
Donc quelque S est P. 


DIMENSION, D. Dimension ; E. Di- 
mension ; I. Dimensione. 

A. En Arithmétique générale, nom- 
bre réel* qui est un des éléments consti- 
tuants d’un nombre complexe (à nr uni- 
tés ou dimensions). 

B. En Géométrie, grandeur réelle, 
qui, soit seule, soit avec d’autres, dé- 
termine la position d’un point (sur une 
ligne, sur une surface, dans un espace). 
On dit, par suite, qu’un espace a n di- 
mensions, lorsqu'il faut n dimensions 
pour déterminer chacun de ses points 

C. En Géométrie et en Physique, 
grandeur réelle* qui, soit seule, soit 
avec d’autres, détermine la grandeur 
d’une figure mesurable (longueur, aire, 
volume, etc.). Ex. : « Les dimensions 
d’un corps. » 

D. En Mécanique et en Physique, 
espèce de grandeur dont dépend la me- 
sure d’une autre grandeur, avec l’in- 
dication de la relation algébrique qui 


DISCOURS 





l gnit ces deux grandeurs. Par exemple, 
‘gne vitesse est le rapport [le quotient) 
“d'une longueur et d’un temps. On écrit 
: & L , , 
symboliquement :V = T' C’est ce qu’on 


appelle une formule de dimensions. 


| 


2 


CRITIQUE 


* Le sens primitif est le sens C, d’où 
sont dérivés les sens B et A d’une part, 
p d'autre part. 

; Rad. int. : Dimens. 


‘  DIPLOPIE, D. Doppelsehen ; E. Di- 
: plopia; L. Diplopia. 

Fait de percevoir une double image 
visuelle d’un objet qui est normalement 
, perçu comme une image unique. Di- 

plopie monoculaire, perception d’une 
‘image double par un seul œil. Diplopie 


. binoculaire (la plus étudiée, ordinaire- | 
ment appelée deplopie sans épithète), 


"perception séparée et simultanée des 
deux images dues aux deux yeux, 
images qui fusionnent normalement. 

! Rad. int. : Diplopi. 


DIRIGÉ, D. A. Gerichtet; B. Gelei- 

s te; — E. Directed; I. Diretto. 

À. Qui possède une direction définie. 
« Un segment dirigé. » 
' B. Gouverné par un être doué de 
prévoyance et de volonté (même si 
cette volonté ne s'exerce pas constam- 
* ment vers le même but ou dans le 
même sens). 


REMARQUE 


Au sens précis et technique, on dis- 
tingue la direction et le sens (voir sens, 





8) : un mouvement dirigé suivant le 
méridien peut avoir deux sens contrai- 
res : sud-nord ou nord-sud. Maisle mot 
dirigé s'emploie très souvent pour mar- 
quer le mouvement ou la conduite 
orientés en un sens déterminé. 

Rad. int. : A. Direcionat ; B. Direkt. 


DISAMIS. Mode de la troisièmefigure 
se ramenant à Darii par la transposition 
des prémisses et la conversion simple 
de la majeure et de la conclusion : 


Quelque M est P 
Tout M est S 
Donc quelque S est P. 


DISCONTINU, D. Unstetig ; E. Dis- 
continuous ; I. Discontinuo. 

A. Au point de vue philosophique, 
une grandeur est discontinue si elle 
est composée d’éléments donnés (et non 
arbitrairement définis) par l’intermé- 
diaire desquels elle est construite dans 
la pensée. 

B. Au point de vue de l'analyse 
mathématique, discontinu est la néga- 
tion de continu dans tous les sens. 
V. ce mot. 

Rad. int. : Nekontinu. 


DISCOURS, I. Discursus ; D. (sans 
équivalent général) ; B. Rede; — E. 
Discourse ; B. Speech ; 1. Discorso. 

A. Opération intellectuelle qui s’ef- 
fectue par une suite d'opérations élé- 
mentairespartielles etsuccessives. « Dis- 
cursus est transitus cogitantis a senten- 
tia ad sententiam ordine quadam, sive 
consequentiarum, sive alio, ut in me- 
thodo. » LeïBniz, Opuscules et frag- 


Sur Diplopie. — Chacun des deux yeux peut donner soit une image simple, soit 
, une image double ; et les images des deux yeux peuvent fusionner ou ne pas 


fusionner. Il peut donc se présenter les quatre cas suivants : 


A. Monopie pour chaque œil et monopie pour les deux. 
‘ B. Monopie pour chaque œil, diplopie pour les deux. 


binoculaire, déplopie ou triplopie. 


C. Monopie pour un œil, diplopie pour l’autre ; ce qui produira dans la vision 


, D. Diplopie des deux yeux ; ce qui produira, dans la vision binoculaire, diplopie, 


triplopie, ou tétraplopie. (Paul Tannery.) 


Le cas B est ce qu’on appelle le plus ordinairement diplopie. (A. L.) 


LALANDR. — VOCAB. PHIL. 


10 


DISCOURS 





238 





ments inédits, éd. Couturat, 495. — 
Cf. Discursif* et Intuition*. 

B. Spécialement, expression et dé- 
veloppement de la pensée par une suite 
de mots ou de propositions qui s’en- 
chaînent. 


Univers du discours, voir Univers*. 
Rad. int. : À. Diskurs ; B. Parolad. 


DISCRET, D. Diskret ; E. Discrete ; 
I. Discreto. 


Discontinu*, au sens A. Voir plus 
haut. 


Discrétionnaire 
Arbitraire*. 


(Pouvoir! — Voir 


DISCRÉTIVE (Ponrt-Rovaz, II, 9). 
On appelle proposition discrétive une 
proposition composée* dont les diffé- 


rentes parties sont affirmées à la fois, | 


mais en même temps opposées entre 
elles par l'esprit (notamment quand 
l’une est affirmative et l’autre néga- 
tive). Exemple : 


Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud. 


DISCRIMINATION, D. Unterschei- 
dung ; E. Discrimination ; 1. Discrimi- 
nazione. 

Acte de distinguer l’un de l’autre 
deux objets de pensée concrets, soit psy- 
chologiques soit sensibles. — Cf. Dis- 
tinction*. 

Rad. int. : Dicern. 





DISCURSIF, D. Discursiv; E. Ds. 
cursive ; 1]. Discorsivo. 

Une opération de pensée est dite dis. 
cursive quand elle atteint le but où 
elle tend par une série d'opérations Par. 
tielles intermédiaires. (P. ex. et Sur- 
tout, le raisonnement.) Discursif s'op- 
pose à intuitif. 

L'ensemble des opérations de cette 
nature constitue la pensée discursive 
ou quelquefois la faculté discursive (sur. 
tout usuel en I., facolià discorsiva), Ces 
expressions se prennent par suite comme 
synonyme d’entendement. 

Chez KaANT, discursif s'oppose à in- 
tuitif comme la connaissance du géné- 
ral à la connaissance du particulier 
(Logik, $ 1). 

Rad. int. : Diskurs. 


DISJONCTIF, D. Disjunktiv; E. Dis- 
junctive ; |. Disgiuntivo. Voir Conjonc- 
uif*. 

A. Se dit généralement d’un juge- 
ment qui affirme une alternative*. Cette 
alternative peut, en particulier, exister 
entre plusieurs jugements de même 
sujet, auquel cas elle se réduit (gram- 
maticalement) à l’alternative des pré. 
dicats*, au sens A. 

B. Se dit aussi plus spécialement 
d'un jugement affirmant une alterna- 
tive exclusive, c’est-à-dire dont un des 
membres est nécessairement vrai et 
dont tous les membres s’excluent mu- 
tuellement (ne peuvent coexister deux 





Sur Discrimination. — Terme d’origine anglaise, mais que nous croyons suffi- 
samment entré dans le langage philosophique français. (L. C. — A. L.) 


Sur Discursif. — Le rapprochement du discursif et du général, de l’intuitif et 
du particulier est beaucoup plus ancien que Kanr. Il est déjà très usuel chez 
Wozrr, et remonte à la scolastique. Kanr ne fait là que suivre un vieil usage 


classique. (R. Eucken.) 


Sur Disjonctif. — Pour avoir un vrai jugement disjonctif, il ne suffit pas que les 
termes de l'alternative s'excluent réciproquement, mais il est nécessaire de plus 
qu'il n’y ait pas d'autre possibilité que celle exprimée dans la disjonction ; en 
d’autres termes, que la division de l’extension soit complète. A défaut de quoi 
on n’a plus un jugement disjonctif, mais.un jugement simplement partitif. 


(C. Ranzoli.) 









89 


DISPONIBLE 





pe 


1 à deux). La disjonctive est dite alors 
& exclusive. 
%. C.Se dit d’un raisonnement dont une 


rémisse est disjonctive. En particulier, 
n appelle syllogismes disjonctifs les 


: raisonnements des deux types suivants : 


Modus tollendo-ponens : 


Ou A est vrai, ou B est vrai; 
Or A n’est pas vrai; 
Donc B est vrai; 


Modus ponendo-tollens : 


Ou A est vrai, ou B est vrai; 
Or A est vrai; 
Donc B n'est pas vrai. 


Cette seconde forme exige que la 
majeure soit exclusive. 

Une autre forme de raisonnement 
disjonctif, au sens C, est le dilemme*, 
où l’on montre que les deux termes 
d’une alternative aboutissent à une 
même conséquence. 

Rad. int. : Disjunktiv. 


DISJONCTION, D. Disjunktion ; E. 
Disjunction ; 1. Disgiunzione. 

A. Caractère des jugements disjonc- 
tifs* soit au sens À, soit au sens B. — 
On dit quelquefois dans le second de 
ces cas : disjonction complète ou mieux 
exclusive. 

B. Jugement disjonctif, soit au sens 
A, soit au sens B. 

Rad. int. : A. Disjunktes ; B. — ai. 


DISPARATE, L. Disparatus ; D.Dis- 
parat ; E. Disparate ; I. Disparato. 

Terme relatif : A. Chez Boëce, des 
termes disparates sont des termes divers 
non contraires : « disparata... quæ tan- 





tum a se diversa sunt, nulla contrarie- 
tate pugnantia... » (Dans PRANTL, I, 
686.) 

B. Chez LE1BN1z, se dit de deux con- 
cepts dont aucun ne contient l’autre, 
c'est-à-dire qui ne sont pas dans la 
relation de genre à espèce. LEIBNIZ, 
Inédits, éd. Couturat, p. 53 : « Sineuter 
terminorum in altero continetur, appel- 
lantur Disparata », et p. 62 : « … in 
disparatis, seu quorum neutrum est 
genus vel species. » 

C. On appelle plus généralement dis- 
parates deux concepts qui ne sont ni 
dans le rapport de genre à espèce, ni 
dans le rapport d’une espèce à une 
autre espèce d’un même genre. 

Kircuner, sub v°, y ajoute de plus 
cette condition que les deux concepts 
considérés soient des caractères d’un 
même sujet. Mais cette dernière condi- 
tion ne paraît pas conforme à l'usage ; 
et le second exemple qu’il donne dans 
le même article porte sur des termes 
qui ne la remplissent pas. 


CRITIQUE 


Bon à conserver au sens C. 
Rad. int. : Disparat. 


« Disponible », terme récemment 
introduit dans le langage philosophique 
pour marquer l’état de l'esprit dont les 
sentiments, l’action ou le jugement ne 
sont restreints par aucun engagement 
antérieur, « Sois disponible de toute ta 
ferveur à toutes les choses... Sois dis- 
ponible : refuse ton cœur à la fixité, ne 
t’attache à rien, ni à personne, ni à toi- 
même. Sois infidèle et toujours amou- 
reux. Désencombre-toi du passé. Que 
tes passions soient excessives, mais 





Sur Disparate. — Y a-t-il là trois sens réellement différents ? LEIBNIz, en 
particulier, a-t-il voulu faire autre chose que définir avec une précision nouvelle, 
et éclaircir (par la distinction des cas où le genre est plus ou moins prochain) le 
sens d’un terme scolastique ? (J. Lacheller.) 

Peut-être ; mais la définition de Leibniz est beaucoup plus rigoureuse que celle 
des Scolastiques ; et surtout elle admet entre disparates la relation de contrariété 
qu’exclut celle-ci. D’où la nécessité de la formule C, qui précise davantage encore 


le sens fondamental. (L. C. — A. L.) 


DISPONIBLE 





240 





exclusives, jamais. » C.-L. ESsTÈve 
(résumant André GiDE), Études philo- 
sophiques sur l'expression littéraire 
(1939), p. 31. 


DISSOCIATION, D. Dissoziation ; E. 
Dissociation ; 1. Dissociazione. 

A. Plusieurs psychologues modernes 
appellent ainsi l'opération de l'esprit 
isolant les uns des autres des éléments 
qui lui ont été donnés primitivement 
comme un tout. « What is associated 
now with one thing and now with ano- 
ther, tendsto be dissociated from either 
and to grow into an object of abstract 
contemplation by the mind. One might 


call this the law of dissociation by ! 


varying concomitants!. » VW. James, 
Principes of Psychol., I, 506. 

B. Au sens concret, séparation effec- 
tive d’éléments qui étaient unis. Spé- 
cialement, en chimie, on appelle dis- 
sociation une décomposition limitée, 
c'est-à-dire aboutissant à un état d’équi- 
libre qui est la limite commune de cette 
réaction et de la réaction inverse. 


Rad. int. : A. Disociad ; B. Disociig. 


1. « Ce qui est associé tantôt à une ohose, tantôt à une 
autre, tend à se dissooier de l’une et de l'autre et à deve- 
nir un objet de contemplation abstraite pour l'esprit. 
On pourrait appeler ceci : loi de dissociation par la Varis- 
tion des concomitants. » 





RE 


DISSOLUTION, D. Auflüsung ; p 
Dissolution ; I. Dissoluzione. é 

A. Décomposition d’un agrégat, et 
spécialement retour à l’état indépen. 
dant d'éléments individuels groupés en 
un organisme. 

B. D’après l'usage de H. SPENCER, Ja 
dissolution est le processus inverse de 
celui qui constitue l’évolution (caracté. 
risée chez lui par le progrès de la diffé. 
renciation et de l’intégration). Elle est 
donc non seulement le retour à l’indé- 
pendance des éléments agrégés, mais 
le retour à la ressemblance des élé- 
ments différenciés. Premiers Principes, 
ch. xxr1. 


CRITIQUE 


Ce mot présente le plus souvent un 
sens péjoratif (ruine, décadence, corrup- 
tion) : 1° à cause de ce fait que l’exemple 
le plus frappant de dissolution, au sens 
A, est la dissolution qui suit la mort ; 
2° à cause de l’usage qu’on fait en fran- 
çais et en anglais de l’adjectif dissolu 
(dissolute) : débauché, contraire aux 
bonnes mœurs ; 3° à cause de l’associa- 
tion très générale qui existe entre évo- 
lution et progrès. — Cependant le mot 
a été pris aussi en un sens favorable, en 
considérant que la plupart des progrès 
moraux s’accomplissent par l’assimila- 





Sur Dissociation. — Il y aurait intérêt à distinguer nettement la dissociation de 
l’abstraction : W. Jauwes fait rentrer la « loi de dissociation » dans le Process of 
abstraction. I] faudrait bien distinguer l’abstraction, opération logique par laquelle 
l'esprit considère l’attribut en l’opposant au sujet ; — et la dissociation, analyse 
psychologique opérée en vertu de la fonction discriminative propre à l’attention. 
C'est d’ailleurs cette simplification du réel par l’attention qui rend possible l’asso- 
ciation ; et l’on se rend compte ainsi du lien étroit qui unit les deux processus : 
dissociation-association. (Th. Ruyssen.) | 


Sur Dissolution. — Le terme est malheureux, et je regrette de l’avoir employé, 
à la suite de SPENCER, pour désigner le processus contraire à l’évolution telle 
qu’il l'entend. Cet usage a donné et donne naissance à de nombreux malentendus, 
dont j’ai eu souvent à constater les graves inconvénients. Étant donné que l’évo- 
lution*, au sens spencérien, est surtout caractérisée par la différenciation, le 
meilleur terme à opposer à celui-ci me paraît être assimilation*, ou, pour corres- 
pondre à 1° « évolution », en tant que caractérisée à la fois par la différenciation 
et l'intégration, involution. Voir Les Illusions évolutionnistes. (A. L.) 





241 


tion* des individus et par l’assouplis- 
sement ou même par la destruction des 
structures sociales rigides qui tendent 
à les transformer en organes invaria- 
blement différenciés*. A. LALANDE, La 
dissolution opposée à l'évolution, ch. I. 


Rat. int. : A. Dissolv ; B. Dissolvad. 


DISSYMÉTRIE, voir Symétrie et 
(8) Antisymétrie. 


DISTANCE, D. Abstand; E. Dis- 
tance ; 1. Distanza. 

Voir Espace*, Étendue* Nativisme*. 

Rad. int. : Distanc. 


DISTINCT, D. Verschieden, deutlich ; 
E. Distinet ; 1. Distinto. — Le terme 
opposé est confondu pour A et B; confus 
Cet D. 

4 En tant que terme relatif, portant 
sur plusieurs objets comparés entre eux : 

À. Au sens subjectif : distingué, qui 
est tenu pour autre par un esprit 
donné. Ex. : « Pour Bacon, la philoso- 
phie n’est pas distincte de la science. » 

B. Au sens objectif : différent, qui 
doit être tenu pour autre. Ex. : « Vous 
confondez deux problèmes distincts. » 

20 En tant que terme absolu, s’ap- 
pliquant à un seul objet : 

C. Extrinsèquement, et par une ellipse : 
distinct, au sens À, de toute autre chose ; 
distingué par l’esprit et posé par lui 





t 


DISTINCT 


comme univoque. Ne se dit en ce sens 
que de la connaissance elle-même, ou 
d’un objet de connaissance, en tant 
qu'idée. | 

Spécialement chez DeEscarTES, le cri- 
térium de la vérité est dans la con- 
naissance claire et distincte : « J'appelle 
[connaissance] distincte celle qui est 
tellement précise et différente de toutes 
les autres qu’elle ne comprend en soi 
que ce qui paraît manifestement à celui 
qui la considère comme il faut1. » Prin- 
cipes, I, 45. 

Une idée peut être claire* sans être 
distincte, p. ex. celle d’une douleur; 
mais non réciproquement (DESCARTES, 
Principes, I, 46). Cette affirmation de 
DEscarTEs est reproduite par PorT- 
Royaz, mais avec des réserves (Lo- 
gique, première partie, ch. 1x). 

D. Intrinsèquement, ce dont l'esprit 
voit nettement tous les éléments cons- 
titutifs. 

Pour LeïBniz, la connaissance dis- 
tincte est celle qui non seulement suffit 
à faire reconnaître son objet, mais dans 
laquelle on peut expliquer « les marques 
qu'on en a ». Disc. de Métaph., $ xx1v. 

Une idée peut être claire si elle suffit 
à faire reconnaître son objet, mais néan- 





1. Le mot précise est pris ioi aveo son sens anoien : 
C£. Porr-Rovaz, Logique, I, oh. 5, « Où il est parlé de la 
manière de connaître par abstraction ou ,. 





Sur Distance, — Terme omis dans la première rédaction de ce travail. A été 
rétabli pour ordre à son rang alphabétique sur les observations de M. Ranzoll, 
qui fait remarquer avec justesse que la perception de distance est un des problèmes 
importants de la théorie de la vision. Elle a été le champ de bataille des théories 
Empiristes et Nativistes, qui seront définies en leur place. (A. L.) 


Sur Distinct. — Verschieden s'emploie aux sens À et B, Deutlich au sens C. 
Unterschieden, comme adjectif, n’est pas rare chez les auteurs classiques, parti- 
culièrement dans le sens A (subjectif). (F. Tônnies.) | L . 

Distincet se dit proprement de la vision et des images visuelles ; mais il se dit 
métaphoriquement de la vue de l'esprit et des choses que l'esprit voit avec une 
parfaite netteté; et c’est ce sens métaphorique qui est devenu, ce me semble, 
chez Descanres et LeiBniz, le sens philosophique (plutôt que le sens de distingué, 
de non-confondu, bien que la netteté d’une image visuelle tienne à ce qu’elle ne 
se confond pas avec d’autres et à ce que les traits ne s’en confondent pas entre 
eux). (J. Lachelier.) 


DISTINCT 


moins confuse si on le reconnait par 
«un je ne sais quoi ». Jbid. 

Cf. Adéquat*. 

Rad. int. : Disting ( Boirac) ; A, C, D. 
Distingat ; B. Distingind. 


DISTINCTION, D. Unterscheidung au 
sens À, Unterschied au sens B, Ver- 
schiedenheit au sens C ; E. Distinction ; 
L Distinzione. 

A. Acte de distinguer, c’est-à-dire 
de reconnaitre pour autre. — Spéciale- 
ment, acte de séparer, dans une asser- 
tion que l’on discute, ce que l’on 
admet de ce que l’on n’admet pas. Voir 
Distinguo*. 

B. Caractère qui distingue un objet 
de pensée, c’est-à-dire qui permet de le 
reconnaître pour autre. Spécialement, 
au sens laudatif : ce qui met un homme 
au-dessus du commun (supériorité d’in- 
telligence ou d’éducation : titre honori- 
fique ; etc.). 

C. Propriété qu’ont deux ou plusieurs 
objets de pensée d’être distincts. 


REMARQUES 


1. La distinction est dite numérique 
(numero) si elle consiste seulement dans 
la répétition d’une présentation, jugée 
identique quant à son contenu ; elle est 
dite spécifique (specie), ou mieux in- 
trinsèque dans le cas contraire. Cf. Dif- 
férence*. 

2. Distinction réelle, celle qui est 
entre deux êtres qui peuvent être effec- 
tivement séparés, ou du moins qu’on 
peut concevoir comme pouvant être 
effectivement séparés par une puissance 
supérieure à la nôtre ; distinction for- 
melle, celle qui ne peut être faite qu’en 
pensée, comme l’abstraction. Voir AR- 
NAULD, Quatrièmes objections contre 
Descartes, section I. 

3. Distinction, en Loc., s'applique 
en principe aux individus ; différence, 
aux espèces ; diversité, aux genres. Mais 
l'usage courant, même dans les ou- 
vrages philosophiques, passe par-dessus 
ces spécifications, d’autant plus que la 
règle française de style qui désapprouve 
la répétition d’un même terme conduit 








. 242 
fréquemment à substituer l’un à l’autre. 

Rad. int. : À. Disting (Boirac) ; B, 
Distingaj ; C. Distinges. 


DISTINGUER, D. A, B. Auszeichnen ; 
C. Unterscheiden ; D. Erkennen ; — E,. 
To distinguish,; to discriminate; I]. 
Distinguere. 

(Étymologiquement, teindre de cou- 
leur différente ; opposer par des teintes 
diverses.) 

A. Établir ou marquer une diffé. 
rence; rendre distinct* au sens A, 
« Descartes a distingué les inconnues 
par les lettres x, y, z.» 

B. Constituer le caractère distinctif 
d’une chose ou d’un objet de pensée, 
ce qui permet de les reconnaître. — 
Quand il s’agit d’une personne ou de 
ses actes, le mot a presque toujours un 
import laudatif ; d’où le sens de « dis- 
tingué », pris absolument. 

C. Reconnaître une chose pour dis- 
tincte d’une autre. 

D. Percevoir ou penser d’une manière 
distincte*, au sens C. 

Rad. int. : À. B. Disting ; C. D. Di- 
cern. 


« Distinguo ». Dans la discussion (pri- 
mitivement dans la discussion scolas- 
tique), formule servant à répondre à 
une objection par une distinction*. Par 
suite, substantivement, et souvent avec 
une nuance péjorative, la distinction 
elle-même. 


DISTRACTION, D. Zerstreutheit ; E. 
Distraction ; 1. Distrazione. 

A. Division de la pensée entre plu- 
sieurs objets divers, de telle sorte 
qu'elle n’est attentive à aucun d’eux. 

B. Absence de perception d’une sen- 
sation qui devrait être normalement 
perçue, ou manque d’adaptation aux 
circonstances présentes, provenant de 
ce que l'attention est concentrée sur un 
point particulier (en général sur une 
pensée intérieure). 

Ce mot s'applique dans les deux sens 
soit à une disposition générale de l’es- 
prit, soit à un état momentané ; de plus, 


6 


243 





DIVERS 





us 


au sens B, il s'emploie également d’une 
manière concrète : acte ou omission 
causés par la distraction. 


CRITIQUE 


Les deux sens du mot sont moins dif- 
férents qu'ils ne paraissent d’aboré, 
VPinattention à certains phénomènes 
étant le trait commun qui les réunit. 
Cependant il serait bon d'appeler plutôt 
le premier cas dispersion, et le second 
distraction. 

Rad. int. : A. Dipsers ; B. Distrakt. 


DISTRIB UÉ, L. Distributus ; D. Ver- 
teilt ; E. Distributed ; I. Distributo. 

Locique. Se disait autrefois des ter- 
mes pris universellement. GocLENIus, 
s. ve : « Distribui est accipi universa- 
liter. » Voir ci-dessous Distributif et Ex- 
tension, obs. 


DISTRIBUTIF, L. Distributivus; Dis- 
tributiv ; E. Distributive; I. Distribu- 
tivo. 

Se dit d’un terme général qui est 
entendu comme désignant individuel- 
lement et à volonté chacun des objets 
de son extension (Relation 3). S’oppose 
à collectif* ou à indivis* (Relation €). 


1. DISTRIBUTIVE (loi, ou plus exac- 
tement propriété), D. Distributionsge- 
setz; E. Distributive law ; 1. Legge 
[ou propriéta] distributiva. 

Une opération ou relation R,, est dis- 


tributive par rapport à une autre opé- 
ration ou relation R; quand on a tou- 
jours. 


(aRs b) Rec = (ai b) Ra (bRi ci. 


Par exemple, l’addition et la multi- 
plication logiques sont distributives 
l’une par rapport à l’autre; la multi- 
plication arithmétique est distributive 
par rapport à l'addition arithmétique, 
mais non celle-ci par rapport à celle-là. 

Rad. int. : Distributiv. 


2. Distributive (justice). — Voir Com- 
mutative*. 


DIVERS, CG. ’Exepoc ; L. Diversus ; D. 
Verschieden ; E. Divers; I. Diverso. 

A. Les mots diversus, divers, ont été 
souvent employés pour traduire le ter- 
me aristotélicien Étepoc. Est divers, en 
| ce sens, tout ce qui étant réel, n’est pas 
identique. « ITäv yàp à Erepov À radré, 
8 rt àv } dv. » Métaph., IX, 3. 1054. 
Cette diversité admet plusieurs degrés 
(Ibid., IV, 10.1018b) parmi lesquels 
ARISTOTF distingue Étepa T@ yéver et 
Étepa Tà eldet. 

;  LeiBniz, de même, définit partout 
diversa comme la négation de eadem. 

B. Dans le langage moderne, les mots 
divers et diversité impliquent toujours 
: que les termes ou les objets ont une 
différence intrinsèque et qualitative 
(opposée à la simple multiplicité nu- 





mérique). 


Sur Distraction. — Distrakhi, ètre tiraillé en divers sens; c’est en ce sens étymo- 
logique que Le1Bniz se disait distractissimus, par suite de ses nombreuses occupa- 
tions. La distinction A et B est très juste : nous avons deux mots pour À, distraction, 
dispersion, aucun pour B, à moins de dire étre absorbé, se concentrer ; mais ce ne 
sont pas des substantifs. En réalité, je crois que distraction s'oppose dans le sens 
commun à présence d'esprit. Celle-ci est un état moyen entre la dissipation et la 
concentration ; distraction, étant péjoratif, confond les deux excès. Cela revient 
à dire que ce terme est d’origine familiale, pédagogique et sociale. Est appelé 
distrait l'enfant ou l’adulte qui, trop léger ou trop réfléchi, ne fait pas attention 
à ce à quoi il devrait faire attention selon le point de vue pratique des éducateurs 


ou du bon sens vulgaire. (V. Egger.) 


Sur Distribué, Distributif. — Distributed se dit toujours en anglais des propo- 
sitions universelles ; undistributed, s'applique soit aux particulières, soit aux 


indivises. 


DIVERS 


CRITIQUE 


Ce dernier usage, par suite du prin- 
cipe des indiscernables, ne diffère de 
celui de LEIBNIZ qu’en ce qui concerne 
les êtres abstraits. (Cf. Différence*.) 
Pour éviter toute équivoque il serait 
bon d’employer, au sens général A, 
autre* et altérité* ; au sens qualitatif B, 
divers et diversité. 

Rad. int. : A. Altr. ; B. Divers. 


DIVINITÉ, D. Géttlichkeit au sens A, 
Gottheit au sens B; E. Godhead, Divi- 
nity, Deity ; I. Divinita. 

A. Au sens abstrait, caractère de ce 
qui est divin. 

B. Au sens concret : Une Divinité, 
La Divinité, synonymes de Dieu, soit 
au sens païen, soit au sens chrétien. 

C. Spécialement : on a distingué quel- 
quefois la Divinité ou essence divine, 
et Dieu, en tant qu'être personnel (p. 
ex. chez EcrkHART). On peut rapprocher 
de cet usage le passage suivant de 
LeiBniz : « Ainsi Dieu seul est l’unité 
primitive. dont toutes les monades 
créées ou dérivatives sont des produc- 
tions ;, et naissent pour ainsi dire par 
des Fulgurations continuelles de la 
Divinité. » Monadologie, 47. 

Rad. int. : À. Dees ; B, C. Deal. 


Divisé (sens), voir sens composé*. 


DIVISIBILITÉ, D. Teilbarkeit ; E. 
Divisibility ; I. Divisibilità. 

Propriété qu’a un tout d’être décom- 
posable soit matériellement, soit idéa- 
lement, en un certain nombre de par- 
ties. 

Rad. int. : Dividebles. 


DIVISION, G. Avaipeorc ; L. Divi- 
sio ; D. Einteilung ; E. Division ; IL. Di- 
visione. 

Locique. Opération par laquelle on 
partage l’extension d’un concept (dit 
genre) en plusieurs classes qui sont les 
extensions respectives d’autres con- 
cepts (appelés espèces). Voir le texte de 
HAMILTON, cité plus haut, vo Défini- 








24% 
tion*, et toute la 25e leçon de sa Lo- 
gique (II, 22, sqq.). — Cf. Classifica- 
tion et Partition*. 


DIVISION DU TRAVAIL, D. 47. 
beitsteilung ; E. Division of labour ; I. 
Divisione del lavore. 

A. Primitivement (Adam SmirTx, Ri- 
chesse des Nations, 1, 1) organisation 
économique consistant dans ce fait que 
le travail total à effectuer est réparti 
entre les coopérateurs de telle sorte que 
chacun accomplisse toujours un même 
genre de travail, pour lequel il acquiert 
ainsi une habileté et une facilité parti- 
culières. 

B. Par analogie, on a appelé division 
du travail physiologique la spécialisa- 
tion des fonctions entre les différents 
organes d’un corps vivant. 

Rad. int. : Labordivid. 


DOCTRINE, D. Lehre ; E. Doctrine ; 
IL. Dottrina. 

A. Sens primitif : enseignement. « Il 
y a deux sortes de méthodes; l’une 
pour découvrir la vérité, qu’on appelle 
analyse. et qu'on peut aussi appeler 
méthode d'invention ; l’autre, pour la 
faire entendre aux autres quand on l’a 
trouvée, qu’on appelle synthèse. et 
qu'on peut appeler aussi méthode de 
doctrine. » Logique de PorT-Roya, 
&e partie, ch. 1. 

B. Ce qu’on enseigne ; et, par géné- 
ralisation, ce qu’on affirme être vrai en 
matière théologique, philosophique, ou 
scientifique : ce terme impliquant tou- 
jours l’idée d’un corps de vérités orga- 
nisées, solidaires, et même le plus sou- 
vent liées à l’action, non d’une asser- 
tion isolée ou de pure théorie. « Science 
et doctrine ont des fins différentes : 
l’une constate et explique, l’autre juge 
et prescrit. La doctrine a besoin de 
lignes simples et de partis pris tran- 
chés.… » G. Prrou, Les doctrines écono- 
miques en France depuis 1870. Voir 
aussi l'opposition entre « doctrine ar- 
tistique » et « système esthétique » dans 
Histoire de l’Esthétique française par 


! 945 


me 


DOGMATISME 





T. M. Mustoxidi, pages 2-7, et cf. 


Dogme*, Théorie*. 

C. Spécialement, dans la méthodolo- 
gie du droit : 1° l'expression La doctrine 
désigne l’ensemble de l’enseignement 
du droit, par opposition, d’une part au 
texte de la loi ; de l’autre, à la jurispru- 
dence; — 2° on appelle doctrine la 
thèse soutenue par un juriste en renom 
sur un point controversé ; par exemple : 
« La doctrine de Blondeau » (d’après la- 
quelle, en cas d’insuffisance de la loi, 
on ne doit pas faire appel à l'équité, 
mais débouter le demandeur). 


REMARQUE 


Du sens À est dérivé, dans une autre 
direction, l’usage ancien de doctrine 
pour instruction acquise, connaissances 
possédées. Mais cette acception est 


aujourd’hui tombée entièrement en dé- 
suétude. 
Rad. int. : Doktrin. 


DOGMATIQUE, adj. et subst. — Qui 
présente le caractère du dogmatisme*, 
aux divers sens de ce mot. Sous la 
forme du substantif, s'emploie souvent 
au pluriel : « Les Dogmatiques. » 

Dans le langage scolaire on appelle 
souvent « philosophie dogmatique » 
tout ce qui, dans l’enseignement, n’est 
pas histoire de la philosophie : c’est 
un usage impropre du mot, à éviter. 


DOGMATISME, D. Dogmatismus; E. 
Dogmatism ; I. Dogmatismo. 

A. Primitivement, toute philosophie 
qui affirme certaines vérités et s’op- 
pose ainsi au scepticisme. A6yuara et 
Soyuatix&s sont employés en ce sens 





Sur Dogmatisme. — On emploie souvent l'expression dogmatisme négatif pour 
désigner le scepticisme, par opposition au dogmatisme positif défini en A. Ces 
expressions paraissent utiles à conserver dans leur opposition : 1° parce qu’elles 
marquent bien les deux aspects contraires d’une méme disposition d'esprit, qui est 
dogmatique aussi bien en niant la science qu’en l’affirmant ; 2° parce qu’elles 
s’opposent toutes deux au criticisme, en tant qu'il représente une attitude inter- 
médiaire entre l’affirmation absolue et la négation absolue de la valeur objective 
de notre connaissance. (C. Ranzoli.) — Mais le véritable scepticisme n'est-il pas 
précisément celui qui est éphectique, et qui doute de son doute même ? En ce sens 
le dogmatisme négatif pourrait être opposé au scepticisme lui-même. (A. L.) 

Le dogmatisme moral s'oppose au dogmatisme intellectuel B, dont il prétend 
montrer le caractère illégitime et illusoire, aussi bien qu’au criticisme. Il consiste 
en ces trois thèses liées : 1° Toutes nos connaissances spontanées sont l’expression 
solidaire de ce que nous désirons, de ce que nous faisons, de ce que nous sommes 
déjà, dans notre adaptation à la réalité où nous plongeons. 2° Les connaissances 
issues de cette assimilation naturelle servent à proposer à notre activité morale 
des problèmes qui, selon la solution volontairement choisie, déterminent de 
nouveaux états, une nouvelle attitude intellectuelle. 3° La valeur métaphysique 
ou réaliste de notre connaissance est donc liée à la manière normale, morale, dont 
nous nous comportons à l'égard des êtres que, loin de subordonner à notre égoïsme, 
nous traitons comme des fins en soi, ou des moyens moraux. Spéculativement, le 
dogmatisme moral, c’est l'explication de la certitude par l’action : pour connaître 
l'être et pour y croire, il faut coopérer à se donner l’être à soi-même. Pratiquement, 
c’est la mise en œuvre de la méthode critique et de la méthode ascétique pour se 
dépouiller de toute relativité dans sa manière d’être et dans sa manière de penser. 
Il se distingue nettement du scepticisme, d’après lequel nous sommes invinci- 
blement enfoncés dans le relatif, et du dogmatismeillusoire d’après lequel il suffit 
de penser et d’avoir des idées pour être dans l’absolu. Cf. LABERTHONNIÈRE, 
Le Dogmatisme moral, p. 76, dans Essais de philosophie religieuse. (M. Blondel.) 


DOGMATISME 


par DioGÈNE LAËRCE, 74. — « Dog- 
matici sunt qui veritates universales 
defendunt, seu qui affirmant vel negant 
in universali. » WoLr, Psych. rat., $ 40. 

B. Secondairement, et depuis KANr, 
le mot est pris souvent dans un sens 
péjoratif. Il ne s’oppose plus alors au 
scepticisme, mais à la critique B* et au 
criticisme*. « Der Dogmatism der Meta- 
physik, d. i. das Vorurtheil, in ihr ohne 
Kritik der reinen Vernunft fortzukom- 
menti...» KanT, Raison pure, préface à 
la 2e édition, B. 30. — Il oppose à cet 
égard le procédé dogmatique au dogma- 
tisme : « Die Kritik ist nicht dem dogma- 
tischen Verfahren der Vernunft in ihrem 
reinen Erkenntnis, als Wissenschaft, 
entgegengesetzt... sondern dem Dogma- 
tism, d. i. der Anmassung, mit einer 
reinen Erkenntnis aus Begriffen (der 
philosophischen), nach Principien, so 
wie sie die Vernunft längst im Ge- 
brauche hat, ohne Erkundigung der 
Art und des Rechtes, wodurch sie dazu 
gelanget ist, allein fortzukomment. » 
Ibid., B. 35. 

C. On a donné le nom de dogmatisme 
moral à la philosophie qui explique et 
légitime la certitude par l’ « action » 
(au sens E). 

D. Tournure d’esprit qui consiste à 
affirmer ses doctrines avec autorité, et 


1. « Le dogmatisme dela métaphysique, c'est-à-dire le 
préjugé de s’y avancer sans une critique de la raison 
jure... » — 2. « La critique n'est pas opposée au procédé 
ogmatique de la raison dans la connaissance pure en 
tant que science..., mais au Dogmatisme, c'est-à-dire à 
la prétention de procéder à l'aide d’une connaissance 
pure tirée de simples concepts (la connaissance philo- 
sophique), en s'appuyant sur des principes tels que la 
raison les emploie depuis longtemps, sans rechercher de 
quelle manière et de quel droitelle est arrivée à les affir- 
mer. » — Cf. dans la Préface de la première édition : 
« Der alte, wurmstichige Dogmatism,le vieux dogmatisme 
vermoulu. » 










246 

ne 

sans admettre qu’elles puissent avoi, 

quelque chose d’imparfait ou d’erroné. 
Rad. int. : Dogmatism. 


Dogmatiste, comme Dogmatique* (op. 
posé à Sceptique). « Je m'arrête à 
l'unique fort des dogmatistes, qui est 
qu’en parlant de bonne foi et sincère. 
ment, on ne peut douter des principes 
naturels. » PascaL, Pensées, pet. éd. 
Brunschvicg, n° 434, p. 530. Cette 
forme est devenue rare. 


DOGME, CG. Aôyua; D. Dogma; E. 
Dogma ; 1. Dogma. 

À. Opinion philosophique reçue dans 
une école. (Cf. Soxeïv, S6Ëx). Encore 
employé dans ce sens chez Baccw 
« Gilbertus, qui Philolaï dogmata re- 
posuit... » De dignitate, III, 4. 

B. Doctrine reconnue et établie par 
l'autorité d'une Église (généralement 
de l’une des églises chrétiennes) et à 
laquelle les membres de cette église 
sont tenus d’adhérer. Ce sens est usuel 
depuis les premiers siècles du christia- 
nisme. 

C. Sens particulier à KanT : « Ich 
theile alle apodiktischen Sätze.… in 
Dogmata und Mathemata ein. Ein direct 
synthetischer Satz aus Begriffen ist ein 
Dogma, dagegen ein dergleichen Satz 
durch Construction der Begriffe ist ein 
Mathemal. » Raison pure, Method. I, 
1. À. 736, B. 746. Cf. Dogmatisme*. 

Rad. int. : Dogm. 


1. « Je divise toutes les propositions apodiotiques en 
Dogmala et M. Un Dogma est une proposition 
directement synthétique par concepts; un M 
est une proposition synthétique par construr’ion de 
concepts. » (C'est-à-dire par l'intuition qui peut être 
donnée a priori comme correspondant aux concepts. » 
Ibid, À. 713, B. 741. 





Sur Dogme. — La signification primitive du mot grec S6yua semble avoir été 
celle de décision politique d’un souverain ou d’une assemblée. Cf. A. SABATIER, 
Esquisse d’une philosophie de la religion, p. 274 (1898). La signification d’ « opinion 
philosophique » serait donc dérivée, et due probablement à ce fait que les écoles 
philosophiques anciennes avaient souvent un caractère de secte religieuse, et 
donnaient à leurs doctrines, à l’égard de leurs adeptes, la même autorité impérative 
qu'avait un décret politique pour les citoyens d’un État. Voir en particulier 
SÉNÈQUE, Epistola, 95, et CIcÉRON, Académiques, IV, 9. (C. Ranzoll.) 


a 


247 


DONNÉ 





« DOLORISME », terme créé par Paul 
SoupaAY, avec un import péjoratif, 
dans un article du Temps sur La 
possession du monde de Georges Duha- 
mel (6 mars 1919) : « Il donne en plein 
dans ce que j’appellerai le dolorisme, 
c'est-à-dire la théorie de l'utilité, de la 
nécessité, de l'excellence de la douleur.» 

Le mot a été repris, en un sens favo- 
rable, par M. Julien TEPPE, qui a beau- 
coup contribué à le rendre usuel ; il le 
définit : « Doctrine qui attribue une 
haute valeur morale, esthétique, et 
surtout intellectuelle à la douleur — 
principalement à la douleur physique, 
nonseulement en ce qu’elle rend l’hom- 
me sensible aux souffrances d’autrui, 
mais en ce qu’elle arrête les impulsions 
de la vie animale et permet ainsi à 
l'esprit d'acquérir une hégémonie parti- 
culièrement efficace pour la création 
artistique et littéraire. » Voir Apologie 
pour l’anormal, manifeste du dolorisme 
(1935) ; Dictature de la douleur, ou pré- 
cisions sur le dolorisme (1936) M. J. 
Teppe y relève aussi le rôle de la mala- 
die, et l'utilité spirituelle de l’inhi- 
bition qu’elle produit. 

L’adjectif doloriste est également en 
usage : on le trouve notamment dans 
le titre de la Revue doloriste, fondée 
en 1936 par le même auteur. 


DOMAINE, D. Bereich, Gebiet (quel- 
quefois Umfang) ; E. Domain; I. Do- 
minio. 

Partie de l’Univers* du discours à 
laquelle s'appliquent une idée, une re- 
lation, une fonction, une faculté. 

Spécialement : 1° en parlant d’une 
relation* logique binaire aRb, on ap- 
pelle domaine de cette relation l’en- 
semble des termes antécédents a, a, 
&s.. et domaine converse où codomaine 
l’ensemble des termes conséquents b;, 
b:, b,... Cf. Champ*. 

20 En Psycu., on appelle « domaine 
de la volonté » l’ensemble des actions 





qui dépendent de celle-ci. Voir Pau- 
LHAN, La Volonté, ch. vitt : « Le do- 
maine de la volonté », et 1x : « L’ex- 
tension du domaine de la volonté. » 


Dominateur ou dominant (caractère). 
— Voir Subordonné*,. 


DONC, D. so, folglich, demnach, etc.; 
E. Then, Therefore ; 1. Dunque. 

Conjonction marquant que ce qui 
suit est la conséquence logique des pro- 
positions admises qui viennent d’être 
énoncées ou sous-entendues. Équivaut 
par conséquent au signe 2, maissurtout 
dans les expressions logistiques où les 
antécédents sont affirmés et non pas 
simplement posés à titre de lexis* ou 
d'hypothèse*. Cf. Impliquer*, Infé- 
rence*. 


REMARQUE 


On dit aussi : par conséquent, par 
suite, en conséquence, il en résulte, etc. 
Mais donc est d’un usage plus technique : 
il sert d’une manière classique à mar- 
quer la conclusion d’un syllogisme. 

« D'où... » a un sens plus large; il 
se place bien devant un substantif pour 
indiquer que ce qu'il désigne est l'effet 
ou la conséquence de ce dont on vient 
de parler : « Science, d’où prévoyance. » 

« Alors, » « ainsi » marquent un rap- 
port d’implication du même genre, 
mais plus vague. 


DONNÉ, D. Gegeben; E. Given ; I. 
Dato (s'emploie adjectivement et sub- 
stantivement). 

À. Sens relatif : Ce qui est immédia- 
tement présenté à l'esprit avant que 
celui-ci y applique ses procédés d’éla- 
boration. Une idée peut être donnéerela- 
tivement à un certain ordre de recher- 
ches ou à un certain état de l'esprit, 
et cependant être construite* si l’on 
considère un ordre ou un état différents. 
Ainsi l’idée de couleur rouge est donnée 


Sur Dolorisme. — La définition qui se trouve entre guillemets a été revue et 
Partiellemeut refaite par M. Julien Teppe. 


DOUTE 


quelque chose en ma créance qui fût 
entièrement indubitable. » Discours de 
la méthode, IV, 1. — Cf. Premniêre médi- 
tation : « Des choses qu'on peut révo- 
quer en doute. » 


CRITIQUE 


Le mot doute, et surtout le mot dou- 
teur, dans leur usage ordinaire, ont sou- 
vent le sens « hyperbolique » et négatif 
qu’ils reçoivent dans le doute cartésien. 
Aussi leursubstitue-t-on volontiers l’ex- 
pression plus précise : « Suspendre son 
jugement. » Il est à souhaiter que le mot 
conserve dans l’usage philosophique son 
sens propre À, et c'est en ce sens que 
nous définissons le radical ci-dessous. 

Rad. int : Dub. 


DOUTE (Folle du], D. Zweifelsucht ; 
E. Doubting mania; I. Follia del dub- 
bio. 

Trouble mental caractérisé par la dif- 
ficulté, ou même l'impossibilité d’a- 
boutir à des assertions* ou à des déci- 
sions* fermes, dans les cas où normale- 
ment ces fonctions du jugement et de a 
volonté s’accomplissent sans résistance. 

On applique ce nom à la rumination 
anormale de problèmes métaphysiques, 
à la recherche indéfinie du pourquoi 
dans les choses insignifiantes, à la 
crainte des accidents ou des microbes, 
à la maladie du scrupule, etc. 





250 
DOXIQUE, (S). 


DOXOLOGIE ou practicologie (Lets- 
N1z, Discours de métaphysique, $ xxvii): 
manière de parler adaptée à l'apparence, 
à l'opinion ou à la pratique. 


DOXOMÉTRIE, D. Doxométrie; E. 
Doxometry ; I. Doxometria. Étymolo- 
giquement, mesure des opinions (86Ëat). 

Méthode de détermination des opi- 
nions publiques au moyen de sondages 
statistiques, dont « l’Institut Gallup » 
s’est fait une spécialité. — « Opinions » 
est pris ici au sens le plus large : il est 
presque synonyme de « caractères », au 
sens où les statisticiens emploient ce 
terme (p. ex. le pourcentage des élec- 
teurs favorables à telle candidature, 
celui des individus qui fument habituel- 
lement, ou même de ceux dont le revenu 
est supérieur à une certaine somme). 


1. DROIT (un), les droits, D. Recht ; 
E. Right; I. Diritto. 

Ce mot présente différents sens sui- 
vant la ferme des expressions où il est 
employé. On peut les ramener à deux 
idées fondamentales : 

A. Un droit, ou encore « ce qui est 
de droit » est ce qui est conforme à 
une règle précise, et que par suite il est 
légitime d'exiger. On dit en général dans 
ce sens : avoir droit à, avoir un droit sur. 





Sur Doute. — Pourrait se définir d’une façon plus générale : État de l’esprit qui, 
sollicité par des données (sensations ou propositions) où par des possibilités 
d’action non concordantes, oscille entre elles sans parvenir à fixer son attention 
sur l’une d’elles d’une façon définitive. (Th. Ruyssen.) 

Cette définition est intéressante en ce qu’elle montre le doute sous une forme 
très concrète. Mais elle me paraît avoir l'inconvénient : 1° de représenter l’esprit 
comme passif en face d’alternatives qui lui viennent du dehors ; 2° d’impliquer 
une théorie particulière sur la réduction de la volonté à l’attention. (A. L.) 


Sur Folle du doute. — Il y a là deux formes psychologiquement bien distinctes 
du syndrome : 1° Le sujet est incapable d’affirmer; c’est une forme de l’aboulie ; 
2° Le sujet a de l’agitation mentale, qui se présente comme une dérivation à la 
place de l'affirmation absente, et qui détermine toutes les manies mentales de 
l'oscillation, de la recherche de l’au-delà, de la réparation ; il arrive même quel- 
quefois aux obsessions particulières. Cf. Obsessions et Psychasthénie, ch. 1 et 111. 


(P. Janet.) 





, 251 


DROIT 





1° Exigible parce que les lois ou rè- 
glements le prescrivent, ou parce que 
cela résulte des contrats établis en con- 
formité de ces lois. Ex. : « Le droit 
de réponse » et, même par dérivation, 
« les droits de douane ». 

2° Exigible parce que cela est con- 
forme à l'opinion en matière morale. 
Ex. : « Tous les citoyens ont droit de 
concourir personnellement ou par leurs 
représentants à la formation de la Loi. » 
Déclaration des droits de l’homme, 1789, 
art. VI. 

B. Un droit est ce qui est permis. On 
dit en général, dans ce sens, avoir le 
droit de. 

1° Permis par les lois écrites ou les 
règles concernant les actes considérés, 
soit en vertu d’une déclaration ex- 
presse, soit en vertu de ce principe que 
ce qui n’est pas défendu est permis. 
Ex. : « Le droit de tester ; le droit de 
roquer (aux échecs). » 

20 Permis moralement, l’acte en ques- 
tion étant, ou bon, ou moralement in- 





différent. Ex. : « La libre communica- 
tion des pensées et des opinions est un 
des droits les plus précieux de l’homme. » 
Déclaration de 1789, art. XI. 


CRITIQUE 


Droit est une métaphore géométrique 
qui se retrouve en grec (èp86c), en la- 
tin, et dans les langues dérivant du la- 
tin, dans les langues germaniques et 
même dans les langues sémitiques. (RE- 
NAN, Langues sémitiques, p. 23.) — Le 
contraire est T'ort : cf. tordre, tors ; et 
de même faux, fausser. 

Le sens fondamental paraît donc 
être celui de conformité à une règle 
(remarquer l'identité de racine entre 
rectum et regula). « Être dans son droit », 
c'est ne pas être en désaccord avec la 
règle, « être en règle ». Le droit, à cet 
égard, est donc, d’une façon générale, 
ce qui doit être, ou ce qui peut être lé- 
gitimement, par opposition à ce qui ne 
doit pas être. L’adjectif anglais right 
conserve ce sens dans toute son éten- 





Sur Droit. — Kanr définit le mot droit (Recht) : À. En tant qu’adjectif et au 


sens large : 


« Recht oder Unrecht (rectum aut minus rectum) überhaupt ist eine 


That, sofern sie pflichtmassig oder pflichtwidrig ist (licitum aut illicitum }. » 
Metaphysik der Sitten, Einleitung, 1v. — B. (Substantivement) : « Das Recht ist der 
Inbegriff der Bedingungen, unter denen die Willkür des Einen mit der Willkür des 
Andern nach einem allgemeinen Gesetze der Freiheit zusammen vereinigt werden 
kann?. » 1bid., Einleitung in die Rechislehre, $ B. . 

On trouve un recueil d’un grand nombre de définitions classiques du droit, et 
une discussion de ces formules dans LÉVY-ULLMANN, La définition du droit, 1917. 

Sur les ambiguités du mot anglais Right et des expressions qu’on en tire, parti- 
culièrement to have a right to do a thing (avoir le droit de faire telle chose) — ambi- 
guïtés qui se rencontrent aussi en français, — voir J. S. Mic, Logic, livre V, 


ch. vu, $ 1. 


Au sens À, « ce qui est de droit » est sans doute légitime, c’est-à-dire permis, 
mais avec, peut-être, en plus, une certaine invitation à user de la permission, qui 
résulte de la précision de la règle et de ses motifs implicites. (V. Egger.) 

F. Tônnies aurait été d’avis de conserver droit naturel, dont le sens lui paraît 


suffisamment fixé par l'usage. 


Au lieu de Droit naturel, dans les deux applications de ce terme (désignées 
dans le texte du Vocabulaire sous les n°® 2 et 3), il serait préférable de dire Droit 


idéal où Droit humain. » (L. Couturat.) 


1. « Un acte est recht ou unrechi (= on a le droit, on n’a pas le droit de faire un acte) selon qu'il est conforme on 


contraire au devoir. » Métaphy 


sique des mœurs, Introduction. — 2. « Le Droit est l’ensemble des conditions sous 


lesquelles la volonté individuelle de l'un peut s'unir et s’assvcier à la volonté individuelle de l’autre conformément 
à une loi universelle de liberté. » Zbid.. Introduction à ln Théorie du Droit. 


DROIT 


due {ligne droite, action juste, pensée 
vraie, bons principes artistiques ; — 
the right man in the right place, etc.). — 
Cf. en allemand Recht, gerecht, ri- 
chtig, etc. — En français ce sens est plus 
rare ; on le trouve cependant dans 
quelques expressions toutes faites : les 
sciences de droit ou normatives lo- 
gique, éthique, esthétique) s’opposent 
aux sciences de fait ou constatives 
(physique, psychologie, etc.). D’où les 
formules : « en droit comme en fait, 
en droit sinon en fait, etc. », dans les- 
quelles en droit peut devenir presque 
exactement synonyme de logiquement 
ou moralement. I] v a lieu cependant 
de remarquer que ces différentes ex- 
pressions subissent l'influence d’une 
distinction voisine, mais différente 
quid juris, quid facti, s'appliquant dans 
la discussion d’une affaire juridique au 
point de droit et au point de fait (p. ex. 
les deux parties du Pro Milone). — 
Voir ci-dessous Droit-2 : Le Droit*. 
D'autre part, l’idée du droit revient 
à celle du bien par une autre voie. Les 
droits sont ce que permet la loi. Or il 
arrive ordinairement que la loi est en 
désaccord sur quelques points avec 
l'opinion morale qui lui est contempo- 
raine : elle énonce des orohibitions ou 
sanctionne des inégalités que la morale 
n’admet plus. D’où la revendication 
des libertés ou des droits naturels, c’est- 
à-dire des pouvoirs d’agir ou de n’être 
pas contraint qui devraient être lé- 
gaux et ne le sont pas encore. Par 
exemple, en France à la fin du xviri® siè- 
cle : « Ces droits sont la liberté, la pro- 
priété, la sûreté, la résistance à l’op- 
pression. » Déclaration des droits, 1789, 
art. II. « L'égalité, la liberté, la sdreté, 
la propriété. » Déclaration, 1793, art. II. 
— Le mot reprend ainsi une significa- 
tion positive. Lorsqu'une « tyrannie » 
injuste a longtemps prohibé des actes 
ou des garanties que l'opinion morale 
juge légitimes, ces libertés, même in- 
différentes en soi (ni bien ni mal), 
prennent par opposition une haute va- 





1. « L'homme qu'il faut à la place qu'il faut. » 


252 


| leur morale, et le droit d’en jouir ap- 
paraît comme un bien. En quoi il n'y 
a pas seulement une illusion et une 
association d'idées, mais un fait réel : 
la mise en accord de la loi et de la 
morale étant un bien positif. 

Rad. int. : Yur. (L'objet du droit 
dont on parle marque suffisamment 
s’il s’agit d’une permission ou d’une 
exigibilité.) 


2. DROIT (le), D. Recht ; E. Right, 
law ; 1. Diruitto. 

A. Le Droit, par opposition au Fait, 
est, dans tout ordre de choses, le légi- 
time par opposition au réel, en tant 
que celui-ci peut être illégitime. (Xe 
pas confondre cette distinction avec 
celle du point de droit et du point de 
fait ; voir ci-dessus Droi-1, CRITIQUE.) 

B. Le droit est l’ensemble des Droits- 
1, À et B, qui régissent les rapports 
des hommes entre eux. 

19 Droit positif, celui qui résulte des 
lois écrites ou des coutumes passées en 
force de loi. Ex. : « Droit civil ; Droit 
romain. Science du Droit et, par abré- 
viation, le Droit. » 

29 Droit naturel, celui qui est consi- 
déré comme résultant de la nature des 
hommes et de leurs rapports, indépen- 
damment de toute convention ou légis- 
lation. 

3° Droit des gens (jus gentium) a 
désigné d’abord à Rome le droit fondé 
sur l’équité* et applicable aux étran- 
gers qui n'étaient pas soumis au droit 
romain. Il se confondait par suite avec 
le droit naturel. « Quod vero naturalis 
ratio inter omnes homines constituit, 
id apud omnes populos peraeque cus- 
toditur, vocaturque jus gentium. » Jns- 
titutes, livre I, titre II, $ 1. — Cette 
expression a pris chez les modernes un 
sens différent depuis PurFENDoRr, De 
jure naturae et gentium, 1672 : elle dési- 
gne l’ensemble des droits régissant les 
rapports des États entre eux ou des 
individus appartenant à des États dif- 
férents (parce que ces droits sont pri- 


mitivement dépourvus de toute légis- 
lation écrite). 


8 +25 


258 


CRITIQUE 


Nous avons éliminé, dans cet article 
et dans le précédent, toutes les défini- 
tions qui prétendent à donner, non le 
sens du mot, mais l’explication de la 
nature du droit, et son origine méta- 
physique, p. ex. la formule de Kanr, 
définissant le droit par les conditions 
nécessaires à l’accord des volontés sui- 
vant une loi de liberté. A cette concep- 
tion s’oppose la conception de la liberté 
comme résultant au contraire du rap- 
port des droits : « La liberté est le 
pouvoir qui appartient à l’homme de 
faire tout ce qui ne nuit pas au droit 
d’autrui. » Déclaration des Droits, 1793, 
art. VI. Ce sont là des théories expli- 
catives ou justificatives que nous 
n'avons pas à discuter ici. 

Il en est de même des systèmes qui 
ont défini le droit naturel par la force, 
entendant par là qu’en l’absence d’une 
législation positive il n’existe ni bien 
ni mal, et par conséquent. tout ce qui 
est possible est permis. « Per jus natu- 
rae intelligo ipsas naturae leges… hoc 
est ipsam naturae potentiam. » Spi- 
NOZA, Tractatus politicus, II, 4. 

Cette manière de parler, qui prête à 
beaucoup de confusions et de sophismes 
{voir J.-J. RoussEeAu, Contrat Social, 
I, 3), repose sur le triple sens du mot 
nature* : 19 l’univers, sans exception ; 
29 l’ordre normal, par opposition aux 
déviations et monstruosités ; 30 la vie 
spontanée et inconsciente, par opposi- 
tion à ce qui est artificiel, réfléchi et 
voulu. — Aussi l’expression « droit na- 
turel » nous paraît-elle captieuse, et 
bonne à éviter. On peut la remplacer, 
suivant le sens, soit par le terme loi 


DUALISME 


(biologique, psychologique, sociale), soit 
par l’expression droit moral (c’est-à- 
dire résultant de l'opinion morale et 
non de la législation). 

Rad. int. : Yur. (Science du droit : 
Yuro-Scienco.) 


DUALISME, D. Dualismus ; E. Dua- 
lism ; I. Dualismo. 

A. Dualité, rapport de termes qui se 
correspondent chacun à chacun. — 
« Tels sont les trois dualismes dont la 
succession nécessaire constitue... la théo- 
rie fondamentale de l’évolution hu- 
maine. » Aug. ComTE, Polit. posit., 
t. 111, 67. (11 s’agit de la liaison entre 
les caractères de la pensée et ceux de 
l’action dans les trois périodes de la vie 
sociale : théologique et militaire ; méta- 
physique et féodale ; positive et indus- 
trielle. Zbid., p. 63). — Avec une idée 
plus marquée d'opposition : « Le dua- 
lisme logique », titre du ch. 1 de GoBLor, 
Essai sur la classification des sciences. 
Il s’agit de « l’opposition radicale » que 
paraissent présenter les sciences de rai- 
sonnement et les sciences d’observa- 
tion, et qu’on peut rapprocher des 
« autres dualismes : la raison et l’expé- 
rience, l’idéal et le réel, le possible et 
l’être, le droit et le fait, l'esprit et la 
matière. » Ibid., p. 22. Cf. Réalisme*. 

B. Doctrine qui, dans un domaine 
déterminé, dans une question donnée, 
quelle qu’elle soit, admet deux prin- 
cipes essentiellement irréductibles (ex. : 
Dualisme moral de la nature et de la 
grâce, de la passion et de la liberté, 
dualisme psychologique de la volonté 
et de l’entendement, etc.). 

C. Plus spécialement, MÉrTaPu. : La 


Sur Dualisme. — Ce mot apparaît d’abord chez Thomas Hype, Historia 
religionis veterum Persarum (1700), p. ex. ch. 1x, p.164. Il s’en sert pour désigner 
la doctrine religieuse qui admet à côté du principe du bien un principe du mal qui 
lui est coéternel. C’est ainsi que l’entendent aussi Baye (cf. Dictionnaire, 
v° Zoroastre) et LeiBniz dans la Théodicée. Wozrr a transporté cette expression 
au rapport de l’âme et du corps, et a opposé à cet égard le monisme au dualisme. 


(R. Eucken.) 


Mêmes observations communiquées par M. C. Webb. Cf. EucrEN, Geistige 
Strômungen der Gegenwart, 3° éd. (1904), pp. 167 sqq. 


DUALISME 


doctrine qui admet deux principes pre- 

miers irréductibles des choses (p. ex. : 

l’Idée ou le Bien et la Matière chez 

PLATON, Ahura-Mazda et Angra-May- 

niu dans la doctrine de l’Avesta, etc.). 
Rad. int. : Dualism. 


DUALITÉ, D. Dualität ; E. Duality ; 
I. Dualità. 

Caractère de ce qui est double, ou 
de ce qui contient deux éléments. 

Spécialement, en Loc., on a appelé 
loi de dualité : 1° le principe de contra- 
diction sous la forme où il énonce 
qu'aucun sujet ne peut être à la fois a 
et non-a (Booze, Laws of thought, 
ch. it, $ 16. Il le représente symboli- 
quement par (x) X (1-x) — 0 ou x-r?—0, 
cette formule étant elle-même justifiée 
par x = x, autrement dit par le fait 
que la multiplication logique d’un ca- 
ractère ou d’une proposition par eux- 
mêmes équivaut à l'affirmation pure et 
simple de ce caractère ou de cette pro- 
position) ; 

20 le principe d’après lequel pour les 
propositions primaires, c’est-à-dire qui 
ne contiennent qu’une seule copule, on 
peut toujours passer d’une formule rela- 
tive à la multiplication à une formule 
relative à l'addition, et réciproquement, 
en permutant les signes + et x, Oet1, 
eten changeant le sens de l'implication 
(CouTurAT, L'algèbre de la logique, $ 14); 

30 le fait que la plupart des formules 
logistiques sont susceptibles de deux 
interprétations dites « interprétation 
conceptuelle » et « interprétation pro- 
positionnelle » selon que l’on considère 











254 


— 





les termes qu’elles contiennent comme 

représentant des classes ou représen. 

tant des propositions {Ibid.) (S). 
Rad. int. : Duales. 


DULIE, (S). 


DUPLIQUE ou Duplication, D. Du- 
plik; E. Duply ; I. Duplica. 

Réponse à une réplique (ou réplica- 
tion). — La forme en -tion marque plu- 
tôt l'acte, et l’autre forme ce qui est 
dit, mais ce n’est pas constant : « Il y 
a des règles qui ont des exceptions, 
surtout dans les questions où il entre 
beaucoup de circonstances, comme dans 
la jurisprudence... et alors il peut arri- 
ver que l’exception ait elle-même ses 
sous-exceptions c’est-à-dire ses répli- 
cations, et que la réplication ait des du- 
plications, etc. » LEIBNIZ, Nouv. essais, 
livre IV, ch. var, 8 11. Voir Instance*. 

On dit quelquefois « dupliquer », 
comme « répliquer », qui est resté dans 
la langue courante. 


DURÉE, D. Dauer; E. Duration ; 
I. Durata. 

A. Partie finie du Temps, considéré 
dans son ensemble, Ex. : « La durée 
d’un raisonnement ; une durée de 30 se- 
condes. » (Le mot temps s'emploie aussi 
dans ce sens, quoique moins correcte- 
ment : Ex. : « Temps de réaction. ») 

B. BERGsoN oppose également la 
durée au temps, la première étant le 
caractère même de la succession telle 
qu’elle est immédiatement sentie dans 
la vie de l'esprit, « durée pure, durée 





Sur Dualité, — Le second sens de ce qu’on appelle en Logique loi de dualité 


est formulé par Hilbert d’une manière plus immédiatement saisissable : « Quand 
une expression ne contient que des conjonctions et des disjonctions, des affirma- 
tions et des négations, on obtient automatiquement une expression contradictoire 
de la précédente en remplaçant les conjonctions par des disjonctions, les affirma- 
tions par des négations, et inversement. » (Ch. Serrus.) 


Sur Durée. — « Le temps, que nous distinguons de la durée, prise en général, 
et que nous disons être le nombre du mouvement, n’est rien qu’une certaine 
façon dont nous pensons à cette durée. » DESCARTES Principes de la philos., 1, 52. 
Le temps est la mesure de la durée « bien que ce que nous nommons ainsi ne 
soit rien hors de la véritable durée des choses qu’une façon de penser ». — Cf. 


255 DYNAMIQUE 











concrète, durée réellement vécue », — | relations* logiques entre deux termes 

le second l’idée mathématique que nous | (appelées aussi binaires), par opposition 

nous en faisons pour raisonner et com- | aux relations triadiques, tétradiques, etc. 

muniquer avec nos semblables, en le 

Pal en images spatiales. Don- 1 DYNAMIQUE [subst.], D. Dyna- 

nées imméd. de la conscience, Thet suiv. diké Es Dunamies ; I. Dinamica. . 
A. Partie de la Mécanique qui traite 


Rad. int. : Dur, — ad. | | 
du mouvement physique et réel, avec 

Dyade, Ave, SuéSoc (couple, dua- | toutes ses propriétés; notamment la 
lité). force vive, et (pour les doctrines qui 

N'est usité que pour traduire ce mot, | usent de ce concept) les forces dans 
dans l’emploi qu’en ont fait les philo- | leur rapport avec les corps en mouve- 
sophes grecs, pour désigner, soit l’Idée | ment. — Il est d'usage de diviser la 
de dualité, soit certains couples de | Mécanique en trois parties : la sta- 
contraires employés comme principes | tique, théorie de l'équilibre en repos; 
d'explication : en particulier et dans | la cinématique*, théorie des Mmouves 
la plupart des cas la « Dyade indéfinie » | ments, abstraction faite des causes qui 
(Buèc épiatoc) ou « Dyade du Grand | les produisent ; et la dynamique. 
et du Petit » (ueyéAou xal uexpo), B. Métaphoriquement : 1° Chez HE R- 
c’est-à-dire la matière en tant que prin- | BART, la statique des états de conscience 
cipe d’indétermination opposée à l’Un. (leurs rapports à l'état d'équilibre) 
Voir L. Rogin, La théorie platonicienne | S'OPPOSe à la dynamique des états de 
des Idées et des Nombres d’après Aris- | Conscience (leurs rapports à l’état de 
tote, not. p. 282-286, et 635-660. transformation et de mouvement) : — 
20 Chez Auguste ComTE et SPENCER, la 

DYADIQUE, G. Svadtxéc ; D. Dyu- statique sociale (équilibre des sociétés) 
disch ; E. Dyadic ; L. Diadico. s'oppose à la dynamique sociale (pro- 

Qui se rapporte à un couple, à une | grès des sociétés) ; — etc. 
dualité. N'est usité qu’en parlant des |! Rad. int. : Dinamik. 








SPINOZA, Cog. metaph., I, 4 : De duratione et tempore, et Lettre à Louis Meyer, XII 
(olim XXIX). (L. Brunschvicg.) 

LeiBniz oppose le temps à la durée comme l’espace à l’étendue : la durée est 
l’ordre de succession entre des perceptions réelles, comme la masse étendue est 
ens per aggregationem, sed ex unitatibus infinitis. Le temps est au contraire un 
continuum quoddam, sed ideale, dans lequel peuvent être prises fractiones pro 
arbitrio. La genèse de la notion de durée et celle de la notion de temps sont 
inverses : « In actualibus simplicia sunt anteriora aggregatis ; in idealibus totum 
est prius parte. » Ed. Gerhardt, II, p. 379. (M. Blondel.) 


Sur Dynamique. — La définition de ce terme a été modifiée et élargie pour 
répondre aux observations faites dans la séance du 16 juin par M. Le Roy. Il a 
fait remarquer que, malgré l’étymologie, on ne pouvait définir actuellement la 
Dynamique par l'application des forces aux corps en mouvement, attendu que 
plusieurs doctrines, notamment la mécanique de HERTz, n’emploient pas la 
notion de force, et ont cependant une Dynamique. 

Il en a été de même de l’article Dynamisme auquel a été ajouté le paragraphe B. 

LeiBniz parle du mot Dynamique, au sens de Science des forces, comme s’il 
l'avait créé : « Dicam interim notionem virium seu virtutis (quam Germani 
vocant Kraft, Galli La force) cui ego explicandæ peculiarem Dynamices scientiam 
destinavi, plurimum lucis afferre ad veram notionem substantiæ intelligendam. » 
De primæ philosophiæ emendatione, $ 2 (Ed. Janet, I, 633). 





DYNAMIQUE 


2. DYNAMIQUE [adj.j, D. Dyna- 
misch ; E. Dynamic; I. Dinamica. 

A. Par opposition à statique : ce qui 
implique une transformation ou un 
devenir. — Fréquent chez Aug. COMTE. 

B. Par opposition à mécanique : ce 
qui implique non seulement des mou- 
vements nécessairement liés suivant 
des lois, mais une force active (au sens D 
du mot Action*) et une finalité — 
Cf. DYNAMISME*. 


CRITIQUE 


L'habitude d’opposer métaphorique- 
ment statique et dynamique, sans terme 
intermédiaire, provient de ce que le 
mot cinématique* est récent et n'a été 
introduit dans la science que par Am- 
PÈèRE (1834). Mais elle est regrettahle, 
car elle conduit à négliger le point de 
vue de la simple transformation, qui se 
place entre l’idée de repos, et celle de 
force ou de finalité, qu’évoque le mot 
dynamique dans son opposition à méca- 
nique. Or, même s'il est vrai que tout 
changement résulte d’une force et sup- 
pose une finalité (ce qui serait à prou- 
ver), il est en tout cas contraire à la 
méthode de confondre a priori ces deux 
idées sous un seul terme. Cette prudence 
est d'autant plus nécessaire que lanotion 
même de force est sujette à caution, et 
donne lieu à de grandes difficultés dans 
les principes de la mécanique. 

Dynamique a été employé dans cer- 
tains cas d’une façon juste et heureuse ; 
il est séduisant par son aspect scienti- 
fique ; mais il n’en reste pas moins 
(surtout comme adjectif) une des pièces 
de fausse monnaie les plus courantes 
dans le langage philosophique des étu- 
diants, et des écrivains à demi philo- 
sophes. 

Rad. int. : Dinamik. 


DYNAMISME, D. Dynamismus ; E. 
Dynamism ; I. Dinamismo. 

S'oppose à Mécanisme*. A. On dé- 
signe ainsi les systèmes philosophiques 
qui admettent dans les principes des 
choses l'existence de « forces », irréduc- 
tibles à la masse et au mouvement. 








256 


Ge 





C'est ainsi que la doctrine physique de 
LEiBniz est appelée dynamisme, par 
opposition au mécanisme cartésien. 

B. On applique également ce terme 
aux doctrines qui posent le mouvement 
ou le devenir comme primitif, et qui 
considèrent la matière comme définie 
par certains caractères du mouvement 
(Lord KeLvin) ; ou la chose comme une 
étape du progrès (voir BERGSON, Les 
données immédiates de la conscience). 


CRITIQUE 


L'idée du dynamisme est étroitement 
liée à toutes celles qui s'opposent égale- 
ment au mécanisme, et notamment à 
celle de finalité. 

Comme tous les noms de doctrine, ce 
terme prête facilement au vague et à 
l’équivoque. 

Rad. int. : Dinamism. 


DYNAMOGÈNE,  DYNAMOGÉNI- 
QUE, D. Dynamogenetisch ; E. Dyna- 
mogenic ; I. Dinamogenico. 

Se dit des sensations, sentiments ou 
idées qui augmentent le tonus vital, et 
spécialement le pouvoir moteur (p. ex. 
la musique pour la plupart des indivi- 
dus). — S’oppose à inhibitoire*. 

On emploie, comme substantif cor- 
respondant, dynamogénèse et dynamo- 
génie. La forme la plus brève nous pa- 
raît la meilleure dans les deux cas. 


CRITIQUE 


W.dJames et J. M. BaLzDwIN appli- 
quent d’une façon plus générale le mot 
dynamogenesis à ce « principe » que 
« tout changement dans les conditions 
de stimulation du système nerveux est 
suivi par un changement correspondant 
de la tension musculaire et du mouve- 
ment ». Dynamogeny désigne alors l’ap- 
plication dans un cas particulier du 
principe de dynamogenesis. Les mêmes 
auteurs appellent enfin dynamogenic le 
phénomène nerveux afférent qui cause 
la dynamogénie, et dynamogenetic le 
phénomène moteur qui en est l'effet. 
Voir Baldwin, sub Vis, I, 302. 

Cet emploi des mots ne nous paraît 


,257 


ÉCHOLALIE 





pas heureux. Il est contraire à leur éty- 


# mologie qui désigne nettement une 
| * augmentation de force, et non une va- 


riation quelconque d'équilibre. De plus, 
la généralité du « principe » en question 
est niée par quelques-uns, notamment 

ar Srumpr. Enfin la partie la plus in- 
contestable des phénomènes auxquels 
il s’appliquerait est déjà désignée en 
français d’une façon claire et très 
usuelle par les termes de force idéomo- 
trice* et d’idée-force*. 

Nous proposons donc de réserver dy- 
namogène au premier sens ci-dessus 
défini, qui est très utile et très précis. 

Rad. int. : Dinamogen. 


DYS..., transcription du préfixe grec 
&uç.., marquant difficulté, défectuosi- 
té, et d'ordinaire les deux à la fois. Il 
s'emploie de même en français, avec 
des radicaux grecs, pour former des 
termes nouveaux. P. ex. : dysarthrie, 


E. En Locique : 1° Symbole de la 
proposition universelle négative. Voir A*. 

20 Symbole de la proposition modale 
où le mode* est affirmé et où le dictum 
est nié. 


ECCÉITÉ ou HAECCÉITÉ, G. réÿe 
m, ARISTOTE; L. scol. : Ecceitas et 
Hæcceitas ; D. Diesheit, Wozrr, E. 
This-ness, BALDWIN ; I. Ecceita, RaAN- 
ZOLI. 

Terme créé par Duns ScorT. Ce qui 
fait qu’un individu est lui-même et se 
distingue de tout autre. « Barbari 
Haecceitas dicunt ab Haec pro diffe- 








difficulté et défectuosité de l'articula- 
tion (de la parole articulée) ; dyschro- 
matopsie, nom générique de toutes les 
anomalies de la vision qui consistent 
dans un discernement nul ou incom- 
plet des différentes couleurs (voir achro- 
matopsie*, daltonisme*), etc. 


DYSTÉLÉOLOGIE, D. Dysteleologie ; 
E. Dysteleologia ; I. Disteleologia. 

A. Haeckel a désigné par ce mot 
(Generelle Morphologie, 1866; cf. Die 
Welträthsel (Les énigmes du monde), 
ch. x1v, p. 106) la science des faits bio- 
logiques qui contredisent la conception 
d'une finalité intelligente dans la for- 
mation des organismes : individus avor- 
tés, atrophiés, monstrueux, etc. 

B. Se dit objectivement, et en un sens 
très large, de tout ce qui constitue une 
imperfection de la finalité naturelle : 
tératologie, instincts nuisibles, organes 
inutiles, etc. 


E 


rentia individuante… Scotus Ecceita- 
tem appellavit eam essentiam, quae est 
individuorum propria, cujus merito 
Ecce ipsum de omnibus dici potest. » 
Goczenius, V9 Haecceitas, 6268. Il 
indique encore comme synonyme p- 
seilas. 
Rad. int. : Ipses. 


ÉCHOLALIE, D. Echolalie, Echo- 
sprache; E. Echolalia, echochasia ; I. 
Écolalia, Lalomimesi. 

Phénomène qui consiste en ce qu’un 
sujet atteint de certaines maladies men- 
tales, ou en état de catalepsie, répète 


1 


Sur Eceéité. — Jpseitas est le plus heureux de ces trois termes. Il faut d’ail- 
leurs ajouter que nous disons usuellement dans ce sens individualité. (V. Egger.) 
— Il y a lieu toutefois de remarquer qu'individualité se prend aussi, fréquemment, 
dans un sens moins restreint que la differentia individuans ; on entend alors par 
là l’ensemble de toutes les propriétés, uniques ou non, qui caractérisent un indi- 
vidu ; et même, par abus, on l’applique à l'individu concret lui-même. (A. L.) 


ÉCHOLALIE 


« comme un écho » les paroles qu’on 
lui adresse, sans paraître les com- 
prendre. 

Terme créé par RoMBERG, 
(Baldwin). 


1853 


ÉCLECTISME, D. Eklektizismus ; E. 
Eclecticism ; I. Eclettismo. 

Ce terme désigne soit une méthode, 
soit une école. 

19 En tant que méthode : 

A. Réunion de thèses conciliables 
empruntées à différents systèmes de 
philosophie, et qui sont juxtaposées, 
en négligeant purement et simplement 
les parties non conciliables de ces sys- 
tèmes. 

B. Conciliation, par la découverte 
d’un point de vue supérieur, de thèses 
philosophiques présentées d’abord com- 
me opposées par les auteurs qui les 
soutenaient. « L’éclectisme créateur... 
(celui) des hommes de génie, des Pla- 
ton, des Aristote, des Leibniz... consiste 
à recueillir toutes les grandes idées sus- 
citées par le progrès des âges ; et à les 
fondre pour les unir, au creuset d’une 
idée nouvelle. » Em. SaisseT, leçon 
d'ouverture du cours d’histoire de la 











__ 258 

TS 
philosophie à la Sorbonne, 
vier 1857. 

2 En tant qu'école : 

C. Appliqué quelquefois à l’École 
d'Alexandrie. (Mais, seule, l’École de 
Potamon d’Alexandrie est qualifiée 
ainsi dans les sources grecques.) 

D. L'École de Victor Cousin. En 
France et dans la langue contempo. 
raine, c’est presque toujours pour dési. 
gner cette école que le mot est employé. 
« Cette philosophie a reçu de lui (Cou- 
sin) le nom d’éclectisme, sous lequel. 
elle appartient désormais à l’histoire 
des idées du xix® siècle. Un autre se 
serait peut-être moins prêté aux inter- 
prétations erronées... Ne s’est-on pas 
imaginé que l’éclectisme consistait à 
recueillir, dans tous les systèmes suc- 
cessivement adoptés et abandonnés par 
l'esprit humain, quelques lambeaux de 
doctrine. qu’on ajustait ensuite tant 
bien que mal. sans mesure précise de 
la vérité et de l’erreur, dans une sorte 
de mosaïque philosophique ?... [L'é- 
clectisme de Cousin repose au contraire] 
sur ce principe incontestable et incon- 
testé... que les systèmes sont construits 
avec des éléments préexistants dans 


19 jan. 





ÉCLECTISME 





ssprit humain, comme les œuvres 
l'industrie et de l’art avec des élé- 
nents préexistants dans la nature. 
Ml n’en était pas ainsi, un système 
hilosophique ne pourrait jamais en 
peler à l’autorité de la raison et de 






‘ja conscience. » Franck, VO Cousin, 
“944. 


CRITIQUE 


Éclectique se dit ordinairementenun 
sens favorable ou du moins neutre, 
plutôt qu’en un sens défavorable. Ce- 
pendant, il a pris une nuance péjora- 
tive en France dans la seconde moitié 
du xix° siècle, les adversaires de l’école 
éclectique (TAINE, RENOUVvIER) lui re- 
prochant de procéder à un choix arbi- 
traire et sans critérium précis. Cette 
nuanre de mépris paraît regrettable, 
étant donné qu'il existe déjà pour 
l’exprimer les termes syncréisme* et 
syncrétique, dont le caractère péjoratif 
est universellement reconnu : « L’éclec- 
tisme méprise l’art des combinaisons 
et des rapprochements contre nature ; 
il répudie tout ce qui, de près ou de 
loin, ressemble à du syncrétisme. » 
VACHEROT, leçon d'ouverture, 5 déc. 





1838. — Le syncrétisme est défini : 
« Rapprochement plus ou moins forcé 
de doctrines entièrement différentes. » 
Franck, vo, 1697, — « Vereinigung 
ohne Verarbeitungt. » EISLER, vo, 751. 
Unmethodische und kritiklose 
Vermischung?. » KIRCHNER, V0, 504. — 
« About the same as eclecticism, but 
used, upon the whole, in a somewhat 
more disparaging sensef. » J. DEWEY, 
dans Bazpwin, Vo, I, 655b. 

Il conviendrait donc de se servir du 
mot éclectisme au sens général, en né- 
gligeant le caractère défavorable qu’il 
a pris d’une façon locale et acciden- 
telle, et d’user toujours du mot syn- 
crétisme pour désigner la juxtaposition 
sans critique de doctrines incohérentes. 
Si l’on voulait marquer la différence 
des sens À et B, on pourrait appeler le 
premier Éclectisme et le second Éclec- 
ticisme. Cette dernière forme serait 
d'autant mieux appropriée qu'elle a 
prévalu dans les langues où des cir- 


+. 4 





1. « Réunion sans nouvelle élaboration. » — 2. « Mé- 
lange sans méthode et sans critique. » — 3. « A peu 
près le même sens qu’éclestisme, mais employé, tout 
bien considéré, d'une manière sensiblement plus péjo- 
rative. » 





Sur Écholalie. — Dans le langage de la psychiatrie italienne et allemande, on 
emploie également le terme Ecoprassia ( Echopraxia) pour désigner la répétition 
automatique, par certains sujets, des actes qu'ils voient faire. (C. Ranzoli.) — 
Ce terme n’est pas usuel en français ; et il ne semble pas qu'il soit bien formé, 
le mot écho pouvant bien s'appliquer à la parole, mais non aux gestes. (A. L.) 


Sur Éclectisme. — Article entièrement remanié à la suite de diverses obser- 
vations, el notamment d'après les critiques formulées et les documents commu 
niqués par V. Egger. 

19 Sur l’origine du mot éclectisme. 

« ’Exkextixk alpes, dans un texte attribué à GALIEN, désigne une secte 
de’ médecins (Thesaurus d'H. EsTiENNE [Haase], Vo 4778), Le même mot est 
appliqué à la philosophie dans un texte unique (Diocène La ERCE, Proæmium, 21) 
qu'aucun autre texte ancien ne vient confirmer : « Récemment Potamon, d’Alexan- 
drie, créa une nouvelle secte, dite éclectique, choisissant ce qui lui plaisait dans les 
doctrines des autres sectes. » Suit un court exposé de cette doctrine, sans intérêt. 
— Potamon est un contemporain d’Auguste, selon Suidas, qui ne l'appelle pas 
éclectique. En revanche, il y a dans CLÉMENT d'Alexandrie (Stromata, 1, 288) une 
définition de l’éclectisme, sans nom d’auteur. Éd 

Le mot fut adopté par Cousin en 1817 et claironné par lui dans sa leçon d’ouver- 
ture de son cours dit de 1818 (décembre 1817). Il l’avait probablement rencontré, 


au cours de ses études d'histoire de la philosophie, chez des écrivains allemands 
qui l’appliquaient, je suppose, aux Alexandrins, sous le prétexte de Potamon, 
et sans doute aussi à Leibniz. » (V. Egger.) 

M. Émile BRÉHIER, dans l’Introduction à son Histoire de la philosophie, 
tome I, p. 18, cite un passage de Juste-Lipse, faisant l’éloge de « la secte éclectique, 
celle qui lit avec application, et choisit avec jugement » ; il donne aussi les titres 
de deux ouvrages de J. C. Sturm, Philosophia eclectica (1686) et Physica eclectica 
(1697-1722). Il en rapproche la grande Historia critica philosophiæ de Brücker 
(1742-1744), toute animée de cet esprit, et rappelle qu'il y a dans l'Encyclopédie 
un article de Diderot, sous le titre même d’Éclectisme, et très favorable à cette 
manière de penser. 

REINHOLD a critiqué au contraire avec mépris les « Popular-philosophen » de 
son temps quise disaient éclectiques. « Der Satz : Diesz sagt der gemeine Menschen- 
serstand wurde nun der erste Grundsatz einer neuen angeblichen Philosophie die 
vonihren Anhängern die eklektische genannt wird!. » A part ce principe, ajoute-t-il, 
ses adeptes ne s’entendent sur rien, chacun se croyant le droit d’extraire de tous 
les systèmes possibles ce qu’il déclare conforme au sens commun de l’humanité, 
auquel il a vite fait de substituer le sien. Il en cite comme exemple d’une part 
les professeurs d’Université, qui en tirent l’existence de Dieu, l’immortalité de 





. Le La formule : c’est ce qu'affirme le ecns comvnun de l'humanité est devenue de nos jourale premier principe d'une 
soi-disant philosophie nouvelle que ses adeptes appellent la philosophie éclectique. » 


ÉCLECTISME 


constances historiques particulières ne 
sont pas venues affaiblir la valeur phi- 
losophique du mot. 

Rad. int. : A. Eklektism. B. Eklek- 
ticism. 


ÉCOLE, D. Schule ; E. School ; I. 
Scuola. 

A. Au sens strict, groupe de philo- 
sophes ayant non seulement une doc- 
trine commune, mais une organisation, 
un lieu de réunion, un chef et même 
le plus souvent une succession de chefs 
(&ux8oxr) expressément désignés. 









an 260 

B. Au sens large, ensemble de Philo. 
sophes professant une même doctrine 
ou du moins admettant tous une cer! 
taine thèse philosophique considérée 
comme capitale. 

C. L'expression abrégée « l’École , 
désigne spécialement la philosophie sco. 
lastique. Très usuelle au xvr siècle 
elle tend à tomber en désuétude. ' 

Rad. int. : Skol. 


« Économie de pensée », D. Dent- 
œkonomie, Œkonomie des Denkens 
(E. Macu). Voir Parcimonie*. 





l’âme et le libre arbitre, pendant que les esprits forts français {die franzôsischen 
Starkgeister) s'en servent pour prouver les thèses diamétralement opposées. 
Über das Fundament des philosophischen Wissens! (1791), p. 53-55. Cf. du même 
auteur Fersuch einer Beantwortung der Frage : was hat die Metaphysik seit Leibniz 
und Wolff gewonnen? ? où il parle de l’ « interrègne » entre Leibniz et Wolff d’une 
part, Kant de l’autre, interrègne laissant la place libre pour l’éclectisme, d’autres 
disent pour le syncrétisme. » 

M. Léon Brunscavicc, dans Le Progrès de la Conscience (tome II, note des 
pages 611-612) mentionne que le mot Æclectisme se trouve dans le Mémoire de 
Maine de Biran Sur la décomposition de la pensée, encore inédit à l’époque où 
Cousin a commencé à se servir de ce terme, mais dont il peut très bien avoir eu 
connaissance. On y voit aussi qu’il prétendait, probablement à tort, n'avoir 
emprunté à personne ni le mot ni la doctrine, mais les avoir tirés de son propre 
fonds, à une époque où, dit-il, il connaissait peu Leibniz et ignorait qu'il y eût 
en Allemagne des systèmes auxquels on l’accuserait de les avoir empruntés. 
(Premiers essais de philosophie, 3° édition, note à la page 227.) 

29 Sur les thèses primitives de l'éclectisme chez Victor Cousin, et sur l'usage 
ultérieur de ce mot, voir une étude détaillée de Victor Egger dans le Supplément 
à la fin du présent ouvrage. 


Sur École. — Ce mot, dans son sens usuel et moderne, est vague et équivoque. 
Il force à ranger sous la même rubrique des philosophes qui se sont combattus 
plus qu’imités : combien de « Socratiques » ont combattu Socrate, et combien 
de « Kantiens » ont combattu Kant ! Nous rangeons dans l’ « école cartésienne » 
des philosophes comme Malebranche ou Leibniz qui se distinguaient formellement 
des « cartésiens ». Ne serait-il pas nécessaire de faire remarquer qu’au sens propre 
du terme, il n’y a pas d’écoles philosophiques ? (L. Lapie.) 

Il n’y a guère eu d’Écoles au sens strict que dans l'antiquité. L'école positiviste 
orthodoxe est une exception parmi les doctrines modernes. Cette différence vient 
de la différence dans le mode d'enseignement. Le philosophe ancien enseigne 
oralement ; le philosophe moderne agit par le livre sur un public disséminé. De là 
deux catégories de disciples : les disciples fidèles, attachés à la lettre et les disciples 
indépendants, attachés à l'esprit et à la méthode, distinction marquée quelquefois 
dans le langage (Cartisans et Cartésiens). (F. Mentré.) 


1. Sur le fondement du savoir philosophique. — 2. Essai de réponse à la queslion : qu'est-ce que la mélaphysique a 
gagné drpuis Leibnis et Wolff? 





ÉCONOMIE POLITIQUE, D. Volks- 


© pwirtschaftslehre ; — Nationalôkonomie, 
: Œkonomik, plus employés par les con- 


temporains ; quelquefois aussi Poli- 
tische Œkonomie ; — E. Political eco- 
nomy, Economics ; 1. Economia politica. 

Science ayant pour objet la connais- 
sance des phénomènes, et (si la nature 
de ces phénomènes le comporte, ce qui 
est discuté) la détermination des lois 
qui concernent la distribution des ri- 
chesses, ainsi que leur production et 
leur consommation, en tant que ces 
phénomènes sont liés à celui de la dis- 
tribution. On appelle richesses, au sens 
technique de ce mot, tout ce qui est 
susceptible d'utilisation. 


CRITIQUE 


La définition classique, datant de 
J.-B. Say, est celle-ci : Science des lois 
de la production, de la distribution, et 
de la consommation des richesses. Pres- 


ÉCONOMIE POLITIQUE 


tique y ajoutent de plus une quatrième 
partie : la circulation des richesses. 
Mais : 

a. Cette dernière adjonction est inu- 
tile. La circulation est un cas particulier 
de la distribution, qui peut être consi- 
dérée soit dans son état, soit dans ses 
changements. Il est vrai que la notion 
d'échange a joué un rôle capital dans 
la notion historique du domaine et de 
l’objet de la science économique. Mais 
cette importance est de plus en plus 
contestée. (M. SimranD ne la croit pas 
justifiée ; en revanche, M. Lanpery et 
M. KarmiN en prennent la défense. 
Voir ci-dessous.) 

b. La production et la consommation 
ne sont économiques que par un certain 
côté. A les prendre dans leur totalité, 
elles impliquent un grand nombre de 
notions étrangères à l’économie poli- 
tique, notions empruntées, pour ce qui 
est de la production, à la technologie, 


que tous les traités d'économie poli- 





pour ce qui est de la consommation, à 


Sur Économie politique. — Article rédigé par M. E. Halévy et modifié d’après 
les observations de MM. Simiand, Landry, Tônnies, O. Karmin, Van Biéma. 

19 Sur la définition de l’économie politique. 

M. Halévy avait proposé d’abord de réduire cette définition à ceci : « Connais- 
sance des phénomènes concernant la distribution des richesses. » Sur quoi les 
observations suivantes ont été faites : 

a. Le caractère plus nettement spécifique de l’étude en question ne suffit pas à 
prouver que les autres parties de l’économie politique soient seulement acces- 
soires. J’invoque, sans aller chercher autre chose, la considération suivante : 
l'art, qui se fonde sur la science économique, et qui est resté si longtemps étroite- 
ment uni à cette science, vise-t-il seulement à améliorer la distribution des 
richesses ? Ne vise-t-il pas aussi à en augmenter la quantité ? (A. Landry.) 

L'organisation de la production, considérée au point de vue uniquement écono- 
mique, est un problème essentiel. D’autre part la consommation, étant la fin 
que rendent possible la production et la distribution, doit avoir sa place dans la 
définition. (Van Biéma.) 

Il me paraît exact que, sinon tous les phénomènes de la production et de la 
consommation, du moins beaucoup d’entre eux sont, par un côté, technologiques, 
où juridiques, ou éthiques, ou phénomènes de « civilisation »; mais cela n’em- 
pêche pas qu'ils soient en même temps économiques. Ou plutôt, dans une même 
réalité concrète, plusieurs sciences sociales trouvent chacune un phénomène 
qui lui ressortit : ainsi l’électrolyse est un phénomène physique en un sens, et 
chimique en un autre. — Voir par exemple dans STAMMLER, Wirtschaft und 
Recht (p. 247, 599), une distinction du phénomène économique et du phénomène 
technologique dans la division du travail et autres exemples. L'économie politique 
ne traite pas des phénoménes de production et de consommation en tant qu’ils 





ÉCONOMIE POLITIQUE 


la physiologie, à l’ethnographie et à la 
science des mœurs. L'économie poli- 
tique traité de la proauction et de la 
consommation ; mais c’est dans la me- 
sure où elles sont en rapport avec la 
distribution, à titre de cause ou d'effet. 

c. Nous avons dit « connaissance des 
phénomènes ou détermination des lois », 
pour comprendre sous notre définition 
les méthodes très différentes qui sont 
préconisées, en économie politique, par 
les écoles rivales. Une école conçoit 
l’économie politique comme une science 
déductive, qui permet de reconstruire, 
à partir d’un nombre limité de notions 









262 
ane 
simples, l’ensemble des phénomènes 
considérés (les physiocrates français au 
xvie siècle; Ricardo, l’école autri- 
chienne : K. Menger, Bôühm-Bawerk. 
Quelques-uns des économistes de cette 
école ont essayé d’appliquer la méthode 
proprement mathématique, l'analyse, 
aux phénomènes qu'ils étudient : Cour. 
not, Stanley Jevons, Walras, Pareto 
Pantaleoni). — Une autre école, dans 
l'étude des phénomènes qui se rappor- 
tent à la distribution des richesses, ne 
croit pas à la possibilité de déterminer 
des relations nécessaires et universelles, 
et se borne à la description de relations 





sont en rapport avec la distribution à titre de cause ou d’effet : elle en traite 
en tant qu'ils sont économiques. 

En quoi un phénomène est-il économique ? Au lieu de définir ce caractère par 
la considération des « richesses » (terme classique dans la tradition française, 
mais qui n’en est pas meilleur), il me paraîtrait préférable de suivre les écono- 
mistes récents qui prennent comme notion centrale l’idée de satisfaction des 
besoins matériels. Par exemple, GIbE, Principes d'Économie politique, p. 7 de la 
5e éd. : « L'Économie politique a pour objet les rapports des hommes vivant en 
société en tant que ces rapports tendent à la satisfaction de leurs besoins matériels », 
et, ajoute M. Gipe (mais cette fin de phrase pourrait être retranchée comme 
attribuant d'avance à la conduite économique humaine un caractère finaliste 
qui demande à être établi a posteriori) « et au développement de leur bien-être ». 
— Je ne dis pas d’ailleurs qu’une telle définition me paraîtrait avoir le caractère 
exact d’une définition de cet ordre, et peut-être devra-t-on chercher à déterminer 
ultérieurement d’autres caractères. (F. Simiand.) 

b. Nous admettons entièrement la première partie de cette définition ; mais la 
définition de la richesse ne nous paraît pas acceptable. Si par utilisation on entend, 
comme on l'avait fait dans la première rédaction de cet article, « accumulation 
et consommation », il nous semble que la définition n’est pas complète : 10 elle 
omet le sol ; 20 elle ne tient pas compte des produits d’un genre unique (le Régent, 
la Joconde, etc.). Ce qui nous semble caractéristique d’une richesse, c’est son 
échangeabilité. Nous proposons donc de définir l’économie politique à peu 
près ainsi : « Connaissance des phénomènes qui se rapportent à la distribution 
des richesses. On appelle richesse tout ce qui possède une valeur d'échange. » 
(0. Karmin.) 

Les richesses sont des choses qui peuvent faire l'objet d'échanges (peu importe 
d’ailleurs que ces échanges soient ou non permis par les lois. Je sais bien qu’il y 
a une économie de l’homme isolé, de Robinson. Mais cette économie s'occupe de 
Robinson en tant qu’il se procure des aliments, des vêtements, non pas en tant 
qu'il acquiert la vertu ou la santé ; et le fondement de cette distinction est dans 
l’idée d'échange que Robinson pourrait faire de ses aliments, de ses vêtements, 
s’il venait à rencontrer d’autres hommes. (A. Landry.) 

c. Le remplacement du mot « science » par le mot « connaissance » me sem- 
blerait tout à fait fâcheux. Il est, je crois, nettement inexact de considérer que 
l’école dite historique ne pense pas aboutir à des lois. (Voir la Préface du 2e volume 


F 863 


: allemands : 


qui sont différentes selon les temps et 
les lieux (historisme des économistes 
Roscher, et de nos jours, 
Schmoller). 

2. L'expression « économie politique » 
est mal faite. Employée, semble-t-il, 
pour la première fois, par Antoine DE 
MoNTCHRÉTIEN (Traicté de l'œconomie 
politique, 1615), elle signifie primitive- 
ment un art, non une science, l’art de 
bien gérer les finances de l'État. C’est 
encore en ce sens, ou dans un sens très 
voisin de celui-là, qu’Adam SMITH 
l’emploie dans sa Richesse des Nations 
(livre IV, introduction) ; et c’est le sens 


ÉCONOMIE POLITIQUE 


qui convient étymologiquement aux 
deux mots dont l’assemblage constitue 
l'expression considérée. « Politique » 
signifie « administratif ». « Économie » 
signifie l’art de bien conduire une mai- 
son, et par extension l’art de bien 
disposer les diverses parties d’un tout 
en vue d’une fin conçue à l’avance. Ce 
sont les physiocrates français qui ont, 
les premiers, employé cette expression 
pour désigner une science théorique. 
Ils y furent amenés probablement par 
leur philosophie finaliste. Ils pensaient 
que la Providence, ou la Nature, dispo- 
sait les phénomènes du monde écono- 





du Grundriss de SCHMOLLER, où il s’oppose lui-même autant aux historiens purs 
qu’aux économistes orthodoxes ; et le chapitre méthodologique de ce même précis, 
I, p. 99-111). Sans doute les lois auxquelles les économistes arrivent ou peuvent 
arriver ne sont pas universelles en ce sens qu’elles exprimeraient la vie économique 
de tous les temps et de tous les pays ; ce sont des lois d'évolution et des lois 
relatives : mais apporter la notion d'évolution dans une matière à science expéri- 
mentale n’est pas renoncer à la science de cette matière ; tout au contraire. La 
distinction conforme à la division réelle des économistes serait plutôt une distinc- 
tion entre la tendance à une science conceptuelle, idéologique d’une part, et la 
tendance à une science positive, expérimentale, d'autre part. Mais du reste, 
il est rare qu'aucune de ces deux tendances soit pure et soutenue jusqu’au bout 
dans aucune des écoles passées. (F. Simiand.) 

Mêmes observations de l'abbé Ackermann. 

Que l’économie politique soit scientifique — prétention très légitime — n’en 
fait pas pour cela une science : cf. ci-dessus, dans les observations sur Chrématis- 
tique*, le texte de E. Halévy sur Sismondi. En fait, tous les économistes classiques, 
mise à part l’économie pure, pèsent constamment des avantages et des inconvé- 
aients. Adam Smith recherche les causes de la richesse des nations ; mais il discute 
aussi des cas d'opportunité économique des droits de douane. L’adage : « Laissez 
faire, laissez passer » est à l'impératif, non à l'indicatif, et devrait être mis au ban 
de l’économie politique définie comme science. (M. Marsal.) 

L'observation précédente appelle très justement l’attention sur le mélange des 
propositions constatives et de propositions axiologiques qu’on rencontre dans la 
plupart des ouvrages d'économie politique. Il est certainement sophistique de ne 
pas distinguer les unes des autres. Mais la distinction faite, le caractère axiolo- 
&ique des propositions, reconnu comme tel, ne me paraît pas les exclure d’un 
traitement scientifique. Sur la légitimité et la méthode des sciences normatives, 
voir La Raison et les Normes, ch. VI. (A. L.) 

20 Sur l'histoire et l'usage du terme « Économie politique ». 

a. L'origine de cette expression doit être cherchée dans les écrits de l’École qui 
traitaient de l’ « Économie » au sens d’Aristote et en distinguaient l’ « Économie 
Politique ». (F. Tônnies.) 

« no e Sociale » est en effet assez vague dans l’acception actuelle. Peut- 

y aurait-il intérêt à analyser davantage les notions réunies sous cette rubrique ; 
dans l'opposition qui est quelquefois faite entre « économie politique » et «économie 





ÉCONOMIE POLITIQUE 





mique en vue de l’harmonie des inté- 
rêts : l’ « économie politique » se trou- 
vait donc étudier des rapports de cau- 
salité, ou de nécessité, qui étaient en 
même temps des rapports de finalité, 
ou d’harmonie. C’est aux physiocrates, 
peut-être par l'intermédiaire de Con- 
dorcet, que J.-B. Say emprunte sa défi- 
nition. La définition de J.-B. Say, 
adoptée ensuite par James Mizz et 
Mac Curcocn, disciples de Ricardo, 
devint classique. 

Il ne suffit pas, pour améliorer l’ex- 
pression, soit de remplacer par un 
autre adjectif, soit de supprimer pure- 
ment et simplement, l'adjectif « poli- 
tique ». Dira-t-on, par exemple, « éco- 
nomie sociale » ? Aujourd’hui, cette 
expression est assez couramment em- 
ployée, en France et en Allemagne, 
pour désigner un ensemble assez confus 
de connaissances relatives à la condi- 
tion matérielle et morale de la classe 
ouvrière, et aux moyens les plus propres 
à l'améliorer : ce n’est pas l’économie 
politique, ce n’est pas même une caté- 
gorie scientifique. Elle est prise en un 
sens plus précis par WaLras, qui ap- 
pelle économie politique l'étude des faits 
économiques, et économie sociale cette 
étude qui cherche à déterminer un 
idéal pour l’ordre économique, ainsi 
que les moyens propres à réaliser cet 
idéal. Voir ses Éléments d'économie poli- 
tique pure, Études d'économie politique 
appliquée, Études d'économie sociale. Ces 
définitions ont été adoptées par Ch. G1- 










264 
ne 
DE dans son Traité d’'Économie sociale. 
— Dira-t-on « économie » tout court ? 
Ne discutons pas la racine du mot, mal 
choisie, mais qui a passé dans l'usage. 
Mais l’ « économie » signifie plutôt 
l’objet de la science économique qu’il 
ne signifie cette science elle-même, 
plutôt Volkswirtschaft que Volkswirt- 
schaftslehre. Le meilleur parti à prendre 
est, en fin de compte, de dire la Science 
économique, ou mieux encore l’Écono- 
mique, par analogie avec la Physique 
et la Mécanique, comme les Anglais 
disent Economics, par analogie avec 
Mathematics, Ethics ou Aesthetics. 
Rad. int. : Ekonomik. 


ÉCONOMIQUE, subst. — Voir ci- 
dessus la Critique d’Économie* poli. 
tique, et les observations sur ce mot. 


ECTHÈSE. M. Ekthese ; E. Ecthesis ; 
L Ectesi. « Les géomètres, dans leurs 
démonstrations, mettent premièrement 
la proposition qui doit être prouvée, et 
pour venir à la démonstration, ils expo- 
sent par quelque figure ce qui est 
donné : c’est ce qu’on appelle ecthèse. » 
LEiBniz, Nouv. Essais, livre IV, 
ch. xvu, $ 1. 


ECTYPE, D. Ektyp ; E. Ectype ; I. 
Ectipo. 

S'oppose à Archétype, en particulier 
chez BERKELEY ; les choses, telles 
qu’elles sont représentées aux divers 
esprits : « J’admets... un double état 





E — 


| 265 


ÉDUCATION 





% de choses, l’un ectypal ou naturel, 
+ l’autre archétypal et éternel. » Dialogues 
” d'Hylas et de Philonoüs, trad. BEAU- 


LAVON et Paropi, p. 270. 3e dialogue, 
éd. Fraser, I, p. 351. 


Edentuli, voir Amabimus*. 


ÉDUCATION, D. Erziehung; E. 
Education, culture ; |. Educazione. 

A. Processus consistant en ce qu’une 
ou plusieurs fonctions se développent 
graduellement par l'exercice et se per- 
fectionnent. 

B. Résultat de ce processus. 

L'éducation ainsi définie peut résul- 
ter soit de l’action d’autrui (c’est l’ac- 
ception primitive et la plus générale), 
soit de l’action de l'être même qui 
l’acquiert. On se sert quelquefois dans 


ce dernier cas de l’expression anglaise : 
| À. Edukad ; B. Edukitec. 


self-education (GoBLoT). 





Spécialement : 

— Éducation des jeunes, ou Éduca- 
tion (tout court). Suite d’opérations par 
lesquelles les adultes (généralement les 
parents) exercent les petits de leur 
espèce et favorisent chez eux le déve- 
loppement de certaines tendances et 
de certaines habitudes. Quand le mot 
est employé seul, il s'applique le plus 
souvent à l'éducation des enfants dans 
l'espèce humaine. 

— Éducation des sens. On appelle 
ainsi le processus par lequel les per- 
ceptions construites au moyen des 
sensations se transforment, se préci- 
sent, se complètent et s'organisent avec 
le reste des phénomènes psychiques 
(par exemple chez l'enfant, ou chez 
l’adulte qui éprouve un nouveau genre 
de sensations). Cf. Acquis*. 

Rad. int. : Sens général : Eduk. — 


la langue grecque, n’y ont pris que très tard un sens philosophique. (J. Lachelier.) 

KaANT oppose à un entendement archétype, c'est-à-dire qui produirait lui-même 
l’objet de ses concepts, notre entendement ectype qui se contente de réfléchir sur 
ce qui lui est donné : « unser discursive, der Bilder bedürftige Verstand (intel- 
lectus ectypus)! », Æritik der Urtheilskraft, 11, $ 77. (L. Brunschvicg.) 

Cette distinction explique sans doute l’usage, au premier abord assez singulier, 
que fait Schopenhauer de cette expression, quand il reproche à Kant d'admettre 
« dass die Reflexion der Ektypos aller Anschauung sei ». Die Welt als Wille 
und Vorst., Ed. Grisebach, I, 578. (L. Lapie. — E. Van Biéma.) 


Sur Éducation. — Nous avons en italien les mots autodidattica, et autodidatta, 
qui sont d’un usage très commun. (C. Ranzoli.) — Autodidacte existe bien aussi 
en français; mais il a un sens beaucoup plus restreint que self-education et ne 
s’applique qu’à l'instruction. De plus il a quelquefois une nuance péjorative qui 
d’ailleurs n’existe pas dans le grec adroëlôæxroc. (J.-C. Maeris.) 

Le sens B me paraît inutilement distingué du sens A. Il semble suggéré par 


sociale », on reconnaîtrait surtout, je crois, la distinction de deux faces des phéno- 
mènes économiques (production et distribution) et non la distinction de deux 
sciences. (F. Simland.) 

b. Économique est acceptable. Ce serait d'ailleurs revenir à la langue d’Aristote, 
quoique le mot paraisse désigner chez lui un art, une manière d’agir, plutôt 
qu’une théorie ou une science. (J. Lachelier.) 

Économique nous paraît très heureux. En suivant le conseil de M. Adrien 
Naville, nous l’employons depuis une année dans notre cours à l’Université de 
Genève. (0. Karmin.) 


Sur Ectype. — BERKELEY parle ici en platonicien, entendant par état archétype 
l'existence des choses dans l’entendement divin, et par état ectype l’existence de 
ces mêmes choses dans les esprits créés. Ces deux mots, anciens l’un et l’autre dans 


des expressions comme : « il a reçu une bonne éducation »; mais une expression 
de ce genre vise moins le résultat que le processus ; elle équivaut à dire: «On a 
bien dirigé le développement de ses facultés. » (L. Lapie.) 

Ce sens est en effet peu philosophique. Mais il existe dans la langue, et il est 
mentionné dans le Dictionnaire de LiTTRé ainsi que dans celui de DARMESTETER, 
HaTzrELD et Tomas. (A. L.) 


Sur Éducation des sens. — On devrait donc dire, logiquement, « éducation de 
la perception ». La dénomination usuelle découle d’un préjugé sensationniste. 
(M. Marsal.) 


. À. e.. notre entendement discursif, qui a besoin d'images. + — 2. « … que la réflexion est l’ectype de toute 
intuition. » 


ÉDUCATIONNISME 


« ÉDUCATIONNISME » se dit quel- 
quefois des doctrines qui attribuent à 
l'éducation la puissance de modeler 
à son gré les nouvelles générations, 
comme on le pensait communément au 
xvuie siècle (HELVÉTIUS, CONDORCET, 
etc.). 


ÉDUCTION, Lat. scol., eductio. 

A. Loc. Inférence* immédiate*. 
(Rare.) 

B. Action par laquelle une cause effi- 
ciente, agissant sur une matière, y fait 
apparaître une forme déterminée. 

« L'opinion commune a été que les 
formes étaient tirées de la puissance 
de la matière, ce qu’on appelle éduc- 
tion ; … on l’éclaircissait par la compa- 
raison des figures, car celle d’une statue 
n’est produite qu’en ôtant le marbre 
superflu. » LEIBNIZ, Théodicée, I, $ 88. 
Cf. $ 89. 


CRITIQUE 


Terme peu usité, au sens À comme 
au sens B, mais qu’il nous a paru utile 
de retenir par suite de ce fait que 
certains physiciens contemporains re- 
prennent la conception péripatéticienne 
de la causalité, en opposition avec la 
conception de la cause conçue comme 
identité. Voir CausE, Critique*. 

Rad. int. : Edukci. 


EFFECTIF, D. Wirklich ; E. Actual ; 
I. Effettuale. 

Qui existe réellement, par opposition 
à ce qui n’est que possible. Voir Ef- 
Jet, B. 

Rad. int. : Efektiv. 











___ 266 

EFFÉRENT, D. Centrifugal ; E, E. 
ferent ; I. Efferente. 

Se dit des nerfs qui vont du centre 
à la périphérie, des actions nerveuses 
qui se propagent dans ces nerfs, et, par 
extension, des phénomènes psychiques 
qui y sont liés. Mais on discute sur Ja 
question de savoir si tous les phéno. 
mènes psychiques ne sont pas liés à 
des processus afférents, c’est-à-dire au 
contraire allant de la périphérie au 
centre. 

Rad. int. : Elportant. 


EFFET, D. Wirkung, Effekt ; E. Ef- 
fect ; I. Effetto. 

A. Tout phénomène en tant qu’il est 
conçu comme produit par une cause*, 

B. Fait réel (non seulement conçu, 
mais actualisé par une cause). — En 
effet veut dire en fait. Il est vieilli dans 
cette acception. 


CRITIQUE 


L'emploi propre du mot suppose 
qu'il s’agit d’une cause efficace* ou 
efficiente*., Il s'applique moins exacte- 
ment à une cause occasionnelle, ou à 
une cause finale ; il n’est jamais corré- 
latif des idées de cause matérielle ou 
formelle. 

Il désigne au propre ce qui a lieu 
effectivement, ce qui est donné et ce 
dont la pensée a pour tâche de trouver 
la raison ou l'explication. « Vous le 
devez juger avec moi ab effectu, puisque 
Dieu a choisi ce monde tel qu'il est. » 
LEIBNIZ, Théodicée. Première partie, 
$ 10. 

Rad. int. : Efekt. 


Sur Efférent. — Terme à proscrire : inutile et barbare. Il faut un effort de voix 
et de pensée pour distinguer a/fférent et efférent. (V. Egger.) 


Sur Effet. — Le sens fondamental paraît bien être réalité ; ou mieux peut-être 
réalisation (sans idée de cause) : — « L'effet est bien douteux de ces métamor- 
phoses. » CoRNEILLE, Polyeucte, acte IV, sc. 6. — « L'effet des prédictions. » 
Racine, Athalie, II, sc. 7. — Il semble qu’on dirait bien encore aujourd’hui : 
« Attendre l'effet des promesses de quelqu'un. » (J. Lachelier.) 

Cf. PascaL : « Quand un discours peint une passion ou un effet. » Pensées, I, 14. 
— « Cet effet de nature », Ibid., III, 231, et le titre général : Raison des effets, 
c.-à-d. des faits (Zbid., V, 328, 334; VII, 467). (L. Brunschvicg.) 


; EFFICACE, A. D. Wirksam ; E. Effi- 


tous, effective ; L. Efficace. 

19 Adjectif : 
A. Sens général : qui produit l'effet 
quel il tend (par opposition à inef- 
ficace). « Dieu a voulu que mon bras 


‘ft remué… Sa volonté est efficace, 


elle est immuable. » MALFBRANCHE, 
ŒEntr. métaph., vI1, $ 13. 
. B. Proprement, s'appliquant à cau- 
se*, précise ce mot en le restreignant à 
l’action d’un être qui modifie un autre 
être sans rien perdre ou céder de sa 
ropre nature, ou de sa puissance d'agir 
ultérieurement. — Voir CausEe*, C, 
Critique et Observations. 
20 Substantif féminin 
pour efficacité) : 

C. La propriété d’être cause efficace, 
ainsi qu’elle a été définie ci-dessus. 
« Je veux bien... qu’un corps mû soit 
la cause véritable du mouvement de 
ceux qu’il rencontre. Mais cette ac- 
tion, cette force mouvante n'appartient 
nullement aux corps : c’est l’efficace 
de la volonté de celui qui les crée ou 
qui les conserve successivement en dif- 
férents lieux. » MALEBRANCHE, Entre- 
tiens sur la métaphysique, vit, $ 12. Cet 
entretien a pour titre : « De l’inefficace 
des causes naturelles, ou de l’impuis- 
sance des créatures. » Il oppose l'effort 
de l’homme à l’efficace de Dieu. Jbid., 
$ 14. 

Rad. int. (au sens B) : Kreant. 


(vieilli, 


EFFICIENCE, D. Wirksamkeit ; E. 

Efficience, -ency ; 1. Efficienza. 
Caractère de ce qui est efficient. 
Rad. int. : Efektigec. 





EFFORT 


EFFICIENTE (cause), D. Bewir- 
kende ; E. Efficient ; 1. Efficiente. 

Cette expression sert d’abord à tra- 
duire le troisième des sens du mot 
œitla distingués par ARISTOTE : « “OBev 
À &pxh This xvhoewc. » Métaph., 1, 3, 
9838. Par suite, elle s’est appliquée 
d’une façon générale à toute i’extension 
moderne du mot cause, qui s’est trouvée 
pratiquement restreinte à ce troisième 
sens. (Cf. Bazpwin, Vo Cause, I, 165? ; 
même remarque dans GoBLor, 199.) 


CRITIQUE 


Efficace et efficiente, en parlant de 
la cause sont pris parfois indistincte- 
ment, et dans ce cas s’opposent le plus 
souvent à finale; mais quelquefois 
aussi à occasionnelle (MALEBRANCHE, 
GEuLiNcx). Nous rappelons que nous 
avons proposé ci-dessus d’en différen- 
cier l'emploi en nommant efficace la 
cause qui produit son effet sans rien 
perdre ni dépenser d'elle-même ; effi- 
ciente, la cause qui produit son effet 
en se transformant en lui partielle- 
ment ou totalement. Voir Efficace*, 
et Cause* (particulièrement A et Cri- 
tique). 

Rad. int. (au sens ci-dessus défini) : 
Efektig. 


EFFORT, D. Streben, Anstrengung ; 
E. Effort ; I. Sforzo. 

L’effort est le mode d’activité d’un 
être conscient qui cherche à surmonter 
une résistance, soit extérieure, soit 
intérieure. On en distingue d’ordinaire 
deux formes (en accordant à cette dis- 
tinction, suivant les auteurs, une va- 





Sur Efficace (au sens B). — V. Egger, pour éviter toute ambiguïté, recomman- 


dait en ce sens l'expression Cause active. 


Sur Efficient. — Efficient, pour efficace au sens B, est très fréquent en anglais. 
«To adopt a distinction familiar in the writings of the Scotch metaphysicians, 
and especially of Reid, the causes with which I concern myself are not efficient, but 


physical causes!. » J. S. Mie, Logic, III, v, $ 2 


: et en divers autres passages. 


4. « Pour adopter une distinction courante dans les ouvrages des métaphysioiens écossais et notamment de Reid, 
je dirai que les causes dont je m'oecupe ici ne sont pas les causes efficaces, mais les causes physiques.» 





EFFORT 


leur plus ou moins métaphysique) : 
l'effort musculaire et l'effort intellec- 
tuel. Voir W. James, Le sentiment de 
l'effort, Crit. phil, 1880, t. II; — 
FouiLLée, Le sentiment de l'effort et 
la conscience de l’action, Rev. Phülos., 
1889, II, 561; — Bercson, L’effort 
intellectuel, Zbid., 1902, I, 1. 


CRITIQUE 


‘L’effort appartient essentiellement à 
l’être conscient ; on ne peut appliquer 
ce mot que par métaphore à la pression 






268 


ne 


d’un gaz dans un récipient dont le 
volume diminue, ou même « aux efforts 
de la ternpête ». Il est vrai qu’on parle 
avec raison d'efforts inconscients, mais 
chez un être par ailleurs conscient, et 
au même titre qu’on reconnaît en lui 
des associations ou des jugements in. 
conscients. On peut remarquer que, 
dans tout effort, la résistance à vaincre 
est surtout intérieure : la fatigue ou la 
douleur, en particulier, tendent d’une 
façon réflexe à arrêter l’action, qui, 
par suite, ne peut être entretenue que 


Sur Effort. — La définition de ce mot a été légèrement modifiée d’après les 


1869 


observations d’Edmond Goblot et Th. Ruyssen. Je ne puis toutefois tomber 
d'accord avec M. Ruyssen sur cette affirmation que l'effort implique toujours la 
représentation de la fin. Il me semble en effet que : 1° dans l’ordre musculaire, il 
peut y avoir, par exemple, effort pour respirer, d’une façon toute instinctive et 
sans autre représentation consciente que celle de la gêne éprouvée ; — 2° dans 
l’ordre intellectuel, l'effort consiste précisément à poursuivre une représentation 
qui ne se forme pas spontanément (un nom propre oublié, une solution de pro- 
blème). — Ce que critiquait M. Goblot dans la première rédaction de cet article 
était justement l’expression : « en vue de surmonter une résistance ». — « En vue de, 
nous écrit-il, semble indiquer une finalité consciente. Est-il certain que l'effort ait 
toujours une fin ? Même quand il en a une, est-ce toujours l’idée de cette fin qui le 
détermine ? » — D'autre part M. F. Mentré, tout en admettant qu'il y a « des 
pensées et des désirs inconscients », ne croit pas qu’il puisse y avoir des efforts 
inconscients : « Qu'est-ce qu’un effort, dit-il, auquel la volonté ne participe pas ? 
Et la volonté exige un certain degré de conscience. » — Cet argument ne me paraît 
pas décisif : car on pourrait dire de la même façon qu’on ne peut penser sans 
savoir ce qu’on pense et qu’ainsi tout phénomène intellectuel inconscient est une 
contradiction. (A. L.) 

Ce mot a une signification essentiellement interne et dynamique. L’effort est 
l'agent du devenir ; et comme le devenir est une réalité exclusivement psycholo- 
gique, il importe de retenir tout particulièrement la signification intime (et très 
souvent morale) de cette notion. (L. Boisse.) 

Ch. Ricner ayant publié dans la Revue Scientifique un article intitulé : l'Effort 
vers la vie et la théorie des causes finales (Rev. sc., 1902, 1,522), SuLLY PRUDHOMME 
a critiqué l'emploi de ce mot comme impliquant un caractère psychologique 
qu’on n’a pas le droit, dit-il, d'étendre sans preuves aux formes inférieures de 
la vie : « L’effort proprement dit procède du vouloir, et le vouloir implique indivi- 
dualité psychique de l’agent. Nous ne connaissons le vouloir que par la conscience 
que nous en avons dans nos actes, etc. » Le problème des causes finales, 22 lettre, 
p. 45. — Ch. Richet a répondu en lui accordant que l'expression, dans ce cas, est 
impropre. « Vous insistez avec raison sur le sens du mot effort, qui est un mot 
anthropomorphique, comme tous les mots humains, sans doute. Mais ne m’accusez 
pas d’avoir supposé par là une conscience analogue à la conscience humaine, 
une volonté analogue à la volonté humaine, une idée préconçue antérieure à 
Pacte. Votre analyse sur ce point est si judicieuse que j’ai maintenant quelque 
remords de m'être servi d’un mot qui prête à cette confusion. » (Zbid., 132.) 


ar un renouvellement continu de 
l'acte volontaire. 

Au point de vue psycho-physiolo- 
ique, le « problème de l'effort » con- 
siste à se demander si le sentiment 
spécial que nous éprouvons dans ce cas 
est lié seulement à des actions périphé- 
riques (tactiles, musculaires, articu- 
laires), ou s’il dépend surtout de l’in- 
nervation centrale, ou enfin s’il cons- 
titue un état spécial de l'esprit sans 
correspondant nerveux. 
Rad. int. : Esforc. 


ÉGALITÉ, D. Gleichheit ; Gleichung 
au sens concret ; E. Equaluty ; I. Egua- 
glianza ou Uguaglianza. 

MATHÉMATIQUE. Ce mot y est em- 
ployé : 1° au sens abstrait (qualité de 
ce qui est égal) ; 2° au sens concret 
(formule exprimant l'égalité de deux 
termes connus : a = b). 

A. Deux objets de pensée ayant une 
grandeur sont égaux quand ils sont 


ÉGALITÉ 


rien) au point de vue de cette grandeur. 
Se marque par le signe =. 

Les égalités, en ce sens, sont de trois 
sortes : 1° les propositions qui énoncent 
des relations existant par hypothèse 
entre les éléments d’une figure, et 
celles qui en découlent : par exemple, 
un triangle rectangle tel que AB—2 AC; 
— 20 les «identités » ou propositions 
toujours vraies, quelle que soit la valeur 
des variables qui y figurent, par exem- 
ple (a + b}? — a + 2 ab + b3; — 
3° les « équations », qui ne sont pas 
des propositions, mais des fonctions 
propositionnelles, définissant une con- 
dition qui détermine une variable : 
par exemple ax = b. 

B. Par abus, on appelle Égalité géo- 
métrique la propriété qu'ont deux fi- 
gures d’être superposables (tandis que 
le fait d’avoir même mesure est appelé 
d'ordinaire équivalence ; mais on dit 
néanmoins dans le même cas que leurs 
surfaces sont égales). — Cet emploi du 


équivalents* (quand ils ne diffèrent en | mot est impropre et l’on tend de plus 





Sur Égalité. — Cet article a été entièrement remanié, dans sa partie morale et 
politique, sur les observations de Rauh, Lachelier, Brunschvicg, Évellin, Parodi. 

Extrait de la discussion dans la séance du 8 juin 1905 : « Rauh. La doctrine 
qui repousse totalement l'égalité matérielle et qui prend pour règle de ne réaliser 
que l'égalité formelle est le libéralisme pur. Mais il faut remarquer que beaucoup 
de socialistes n’admettent pas comme idéal une égalisation matérielle aussi 
grande que possible ; ils veulent seulement ajouter à l’égalité formelle la plus 
complète le degré d'égalité matérielle nécessaire pour assurer à chacun l’indépen- 
dance et un minimum de bien-être. La doctrine socialiste consiste dans ce cas, 
non dans la tendance à rendre les individus aussi égaux que possible au point 
de vue pécuniaire, sanitaire ou intellectuel, mais seulement à établir une garantie 
contre l’oppression par le contrôle de la société tout entière sur la distribution 
des richesses. » — Cf. Note sur l’idée de justice, 1er Congrès de philosophie, 1900, 
tome II, 215. 

« A. Lalande. Il ne me semble pas possible de tracer une ligne fixe de démar- 
cation entre l'égalité formelle (que j'aimerais mieux appeler extérieure), et l’éga- 
lité matérielle, ou réelle. Cette distinction dépend d’un jugement d’appréciation 
moral et psychologique opposant ce qui constitue l’homme lui-même aux circons- 
tances dans lesquelles il vit, et qui forment pour lui les conditions de la concur- 
rence vitale. Or ce jugement devient de plus en plus exigeant à mesure que 
l'égalité se réalise plus complètement dans les lois. Les inégalités qui semblent 
d’abord constitutives des individus finissent par apparaître successivement 
Comme des différences extérieures, appartenant aux conditions où ils sont placés 
d’une manière accidentelle. La disparition des inégalités nobiliaires nous apparaît 
clairement comme une conquête de l'égalité formelle, parce qu’elle est réalisée 


LALANDE. — VOCAB. PHIL. 11 


ÉGALITÉ 


en plus à lui substituer en ce sens le 
terme Congruence. 

LociquEe. C. Par analogie avec le 
sens À, on appelle égalité logique : 

19 Pour deux propositions, le fait 
qu’elles s’impliquent mutuellement. 

2° Pour deux classes, le fait qu'elles 
se contiennent mutuellement (ce qui 
n'arrive que si elles sont identiques*). 

3° Pour deux concepts, le fait qu’ils 
ont la même extension“. 

L'égalité logique se marque aussi par 
le signe =. 

ÉTuique et pouiriQue. D. Le prin- 
cipe d’après lequel les prescriptions, 
défenses et peines légales sont les mé- 
mes pour tous les citoyens sans accep- 


tion de naissance, de situation ou de ; 


fortune. (Égalité juridique.} 

E. Le principe d’après lequel les 
droits politiques, et dans la mesure de 
leurs capacités l'accession aux fonc- 
tions, grades et dignités publiques ap- 
partiennent à tous les citoyens sans 
distinction de classe ou de fortune. 
(Égalité politique.) 

F. Le fait que deux ou plusieurs 
hommes ont même fortune, même 
instruction, même intelligence, même 
santé, etc. (Égalité réelle, ou encore 
égalité matérielle, par opposition aux 
deux catégories précédentes considé- 
rées comme constituant une égalité 
formelle.) 





CRITIQUE 


Le concept d'égalité, dans son usage 
moral et politique, est très mal déter. 
miné. La Déclaration des droits % 
l’homme le définit : « Art. 1. Les hom. 
mes naissent et demeurent libres st 
égaux en droits. Les distinctions so. 
ciales ne peuvent être fondées que sur 
l'utilité commune. Art. 6. [La Loi] 
doit être la même pour tous, soit 
qu'elle protège, soit qu’elle punisse, 
Tous les citoyens étant égaux à ses 
yeux sont également admissibles à 
toutes dignités, places et emplois pu- 
blics, selon leur capacité, et sans autre 
distinction que celle de leurs vertus et 
de leurs talents. » La première de ces 
deux formules désigne évidemment, 
sous la forme impropre d’une assertion 
de fait, concernant la nature des choses, 
un idéal que ne réalise aucune société : 
la seconde doit être interprétée dans }e 
sens que lui donnent les circonstances 
où elle a été formulée (réaction contre 
les « privilèges », et les autres abus 
contre lesquels s’élevaient les Cahiers) : 


mais le Code civil lui-même a admis 


que la loi ne fût pas la même pour les 
hommes que pour les femmes, pour l< 
adultes que pour les enfants ; et l'éga- 


| lité matérielle des peines représente, 


suivant la fortune, la situation sociale, 
la santé, le caractère, etc., une inégalité 
relative qui peut ètre considérable. Il 


en France depuis un siècle ; la disparition des inégalités pécuniaires nous semble 
matérielle ou réelle, parce qu’elle n’est pas prochainement réalisable ; la dispari- 
tion des mégalités sociales d'enseignement nous semble d’un caractère ambigu, 
parce qu'elle est sans doute au moment de se réaliser. Il me semble donc que la 
distinction de l'égalité matérielle et de l'évalité formelle est toujours fonction 
d’un certain état de la société et de l'opinion. » 


Th. Ruyssen mentionne, comme un élément de l'égalité politique, l'accession 
des femmes au vote et aux fonctions électives. 

M. Parodi fait remarquer, contrairement à ce qui avait été dit dans la première 
rédaction de cet article, qu’il n’y a point d'opposition entre l’article 6 de la Décla- 
ration des Droits et l'admission de tous au suffrage universel, sans distinction de 
capacités. Cette admission, en effet, n’est ni une dignité ni même une fonction, 
mais un droit primitif résultant de l’idée même du contrat social et de la « souve- 
raineté », telle qu’elle est exposée, par exemple, chez J.-J. Rousseau. 








a donc lieu dans tous les cas de ne 
mais employer ce terme sans une 
termination précise des idées qu’on 
veut y attacher et en particulier de 
distinguer avec précision : 10 l’état de 


“ait d’une part, et de l’autre l'idéal 
: qu'on se propose ; — 2° l'égalité exté- 
: feure, d’une part, consistant dans les 
: droits des individus, c’est-à-dire dans 


les règles suivant lesquelles on les 
taite, qu'ils soient en eux-mêmes 
égaux ou inégaux,; et, d’autre part, 
légalité réelle, consistant dans l’état 
semblable de leur propriété et de leur 
personnalité. 

Rad. int. : Egal. 


« ÉGO-ALTRUISTE », E. Ego-altruis- 
tic (sentiments). SPENCER, Principles of 
psychology, 8 partie, ch. vn. — Voir 
Altruisme*, Observations. 


« ÉGOCENTRISME », D. Egozentris- 
mus. — À. Tendance à tout rapporter 
àsoi-même ; par exemple, dansles expé- 
riences sur l’association des idées, on 
appelle « association égocentrique » le 
fait que le sujet réagit au mot induc- 
teur par une idée relative à sa propre 
personne : on lui donne le mot «chien» ; 
il répondra : « Je les aime. » (Forme 
d'association particulièrement fréquen- 
te chez les épileptiques.) 

B. En un sens assez différent, 
M. J. Pracer a appliqué ce terme au 
caractère psychologique de l'enfant qui 
consiste en ce qu’il n’éprouve pas le 
besoin de communiquer sa pensée à 
autrui, ni de se conformer à celle des 
autres. « Nous avons appelé égocen- 
trique la pensée de l'enfant, voulant 





ÉGOÏSME 
indiquer par là que cette pensée reste 
encore autistique dans sa structure, 
mais que ses intérêts ne visent plus 
seulement à la satisfaction organique 
ou ludique, comme l'autisme pur, mais 
déjà à l’adaptation intellectuelle, com- 
me la pensée adulte. » J. PIAGET, Le 
Jugement et le raisonnement chezl'enfant, 
p. 272. 

Il ne faut donc pas confondre égo- 
centrisme ni avec égoisme, ni avec 
égotisme. 


ÉGOIÏISME, D. A, D. Egoismus; 
B. Selbstliebe ; C. Selbstsucht ; — E. À, 
B, D. Egotism ou Egoism ; C. Selfish- 
ness ; — I. Egoismo. 

A. MÉTAPHYSIQUE. La doctrine qui 
considère l’existence des autres êtres 
comme illusoire ou douteuse. WoLrFr 
divise les idéalistes en égoïstes et plura- 
listes : cet usage étant tombé en désué- 
tude, on ne se sert plus aujourd’hui du 
terme, dans ce sens, qu’en disant 
égoisme métaphysique ; et l’on tend 
même à abandonner cette expression 
pour celle de Solipsisme. 

B. PsychoLociE. Amour de soi, ten- 
dance naturelle à se défendre, à se 
maintenir, à se développer. C’est en ce 
sens que, parmi les sentiments, on a 
opposé les inclinations ou les émotions 
égoiïstes, aux inclinations ou aux émo- 
tions altruistes, sans mettre dans ces 
mots aucune intention appréciative 
(COMTE, SPENCER). 

Quelques psychologues évitent ce- 
pendant cet usage du mot, à cause du 
sens C, qui est le plus usuel, et disent 
inclinations personnelles, ou indivi- 
duelles. 


Sur Égocentrisme. — Article dù à Éd. Claparède. — Sur la différence d’égo- 
centrisme et d'égotisme, voir l'analyse comparée de ces deux mots dans M. DEBESSE, 
Situation de l’Adolescence, Revue de métaphysique, avril 1941, p. 127 et suiv. 


Sur Égoïisme. — Nous avons placé le sens À en première ligne sur les obser- 
Yations de F. Tônnies, qui nous avait fait remarquer que l’égoïsme « pratique » a 
d’abord tiré son nom de l’égoisme métaphysique. Ce mot apparaît en France 
avec son sens moral, dans l'Encyclopédie. En 1777 il était encore considéré comme 
on néologisme (DaRM., HATZ. et THOMAS). 

Au sens D, on dit plutôt « morale de l’égoïsme ». (L. Lapie.) 


ÉGOÏSME 





272 





C. MoraLe. Amour exclusif ou exces- 
sif de soi ; caractère de celui qui subor- 
donne l'intérêt d’autrui au sien propre 
et juge toutes choses de ce point de vue. 

D. ÉTuique. Théorie qui fait de l’in- 
térêt individuel le principe explicatif 
des idées morales et le principe direc- 
teur de la conduite. 

Rad. int. : B. Sunamad ; C. Egoism. 


« ÉGOTISME », E. Egotism, s'emploie 
aussi comme synonyme d’Égoisme, 
selon BALDwIN. 

A. Terme employé par STENDHAL 
pour désigner, par opposition à l’égoïs- 
me dans la conduite, l’étude détaillée 
faite par un écrivain de sa propre indi- 
vidualité physique et mentale. « Si ce 
livre... n’ennuie pas, on verra que l’égo- 
tisme, mais sincère, est une façon de 
peindre ce cœur humain dans la con- 
naissance duquel nous avons fait des 
pas de géant depuis 1721, époque des 
Lettres persanes de ce grand homme 
que j’ai tant étudié, Montesquieu. » 
STENDHAL, Souvenirs d'égotisme, 81. 

B. Tendance à penser à son moi et à 
y rapporter toute la vie mentale. 
« L’égotisme juvénile. est cette inces- 





a —_— © "t< 


sante référence à soi qu’on observe à 
ce moment dans l’amitié, dans l'amour 
dans la rêverie, dans les rapports avec 
l'entourage, dans l’aperception des va. 
leurs, et jusque dans la dialectique en 
apparence la plus impersonnelle. , 
M. Desesse, Situation de l’adolescence, 
Rev. de métaphysique et de morale 
avril 1941, p. 127. Suit un parallèle 
de l’égotisme et de l’égocentrisme*. 
C. Culte du moi; préoccupation 
exclusive de sa culture personnelle, 
érigée en but unique de la conduite. 
Le mot, dans tous les sens, implique 
une réflexion consciente sur soi-même, 
Rad. int. : Egotism. 


Égotiste s'emploie, comme adjectif, 
dans tous les sens du mot égotisme ; et, 
comme substantif, soit au sens A, soit 
au sens C. 

« À une époque plus tardive, et 
peut-être chez l’homme seul, se mani- 
festent les tendances égotistes fself- 
feeling, Selbsigefühl, amor proprius) qui 
expriment le moi, la personne comme 
ayant conscience d’elle-même, et se 
traduisent dans l’émotion de l’orgueil 
(ou son contraire) et leurs variétés. » 





Sur Égotisme. — D’après Anpison, le mot Égotisme viendrait de Port-Royal. 






ÉLABORATION 








Ÿ pRisor, La psychologie des sentiments, 


2e partie, Introduction, II (1' éd., 
p. 195). 


« EIDÉTIQUE », D. Eidetisch (ad)j.) ; 
Eidetiker (subst.). 

A. Termes créés, en 1920, par E. R. 
Jaenscx (de Marburg) pour désigner 
une disposition feidetische Anlage) à 
voir à volonté des choses imaginaires, 
en particulier des souvenirs récents, de 
telle façon qu'ils se projettent au de- 
hors, à la manière d’une image consé- 
cutive. Jaensch appelle ces images spé- 
ciales Anschauungsbilder, qu’on peut 
traduire par « images eidétiques ». Elles 
se rencontrent surtout chez les enfants 
de dix à quinze ans. 

B. HussErL appelle eidétique ce qui 
concerne les etôn, les essences des cho- 
ses, et non leur existence ou leur pré- 
sence. La « réduction eidétique » est 
pour lui la substitution de cette consi- 
dération des essences à celle de l’expé- 
rience au sens usuel. Il appelle eide- 
tische ou Wesen-Wissenschaften les 
sciences qui ont pour objet de considé- 
rer les rapports entre des formesidéales, 
comme le font la logique ou la géo- 
métrie. Voir Gaston BERGER, Le Cogito 
dans la philosophie de Husserl, noi. 
p. 36-37 et 68. 


quelques écrivains récents emploient 
pour cet usage eidétique. L’étymologie 
le permettrait ; mais c’est contraire, en 
raison du sens antérieur de ce mot, aux 
règles d’une bonne terminologie : voir 
le rapport d’Ed. Claparède au VI® Con- 
grès international de Psychologie (Ge- 
nève, 1909), résumé dans le Mouveau 
Traité de Psychologie, publié sous la 
direction de G. Dumas, tome I, p. 414. 


« EJECT », E. Eject ; I. Ejetto. 

Terme créé par CLirrorp, et adopté 
par Romanes, MorsELLI, BALDWIN, 
pour désigner un objet de connaissance 
en tant qu’il est projeté hors du moi et 
conçu comme une réalité analogue à 
la nôtre, et possible à décrire en termes 
de conscience. L’eject est une essence 
immatérielle, et s'oppose en cela à 
l’object conçu comme matériel. 


EK-STASE, (S). 


ÉLABORATION (dela connaissance), 
D. Verarbeitung ; E. Elaboration ; I. 
Elaborazione. 

On appelle ainsi, par opposition à 
l’Acquisition et à la Conservation de la 
connaissance, l’ensemble des opérations 
par lesquelles nous transformons les 


« The gentlemen of Port Royal, who were more eminent fort their learning and 
for their humility than any other in France, banished the way of speaking in the 
first person out of all their works, as rising from vainglory and self-conceit. To 
show their particular aversion of it, they branded this form of writing with the 
name of an egotism ; a figure not to be found among the ancient rhetoricians!. » 
ADDISON, The Spectator, n° 562, 1714. Il prend lui-même le mot en un sens un 
peu plus large, non comme une simple forme de style, mais comme la tendance 
à parler de soi, de ses goûts, de son caractère ; et il en cite pour exemple Montaigne, 
que les Messieurs de Port-Royal avaient sans doute en vue quand ils parlaient des 
« égotismes ». Addison ne dit pas où le mot se trouve. Je l’ai cherché sans succès 
dans la Grammaire de Port-Royal, dans la Logique (où cependant Montaigne 
est vivement pris à partie sur le même point), et dans plusieurs des ouvrages de 
Nicole. (A. L.) 

Chez quelques écrivains d’aujourd’hui, le mot a un sens nettement péjoratif : 
curiosité maladive, dilettantisme énervant, amoureuse et perverse culture de 
notre individualité totale. (C. Hémon, L. Boisse.) 


1..« Les Messieurs de Port-Royal, plus éminents que personne d'autre en France par leur savoir et leur humilité, 
banaissaient entièrement de toutes leurs œuvres l'emploi de la première personne, qu'ils jugeaient être un effet de la 
vanité et de la trop haute opinion de soi-même. Pour montrer leur particulière aversion de ce défaut, ils stigmatisèrent 
eette manière d'écrire du nom d'égofisme figure de rhétorique qu'on ne trouve pas dans les traités des anciens. » 


données immédiates qui sont considé- 
rées comme formant la matière de 
cette connaissance. Elle comprend l’as- 
sociation des idées et l’imagination en 
tant que créatrices (élaboration spon- 
tanée) ; l’attention, la conception, le 
jugement et le raisonnement (élabora- 


REMARQUE 


En l'absence d’un adjectif de même 
racine et de même sens qu’image (car 
imaginé, imagé, imaginaire, etc., ont 
tous des sens plus ou moins différents), 





Sur Élaboration de la connaissance. 

Terme et classification évidemment artificiels, mais utiles. Il serait bon de 
réserver cette expression aux opérations réfléchies de la pensée (attention, forma- 
tion des concepts, jugement, raisonnement). (Th. Ruyssen.) 

On pourrait peut-être dire, pour justifier l'emploi de ce mot en psychologie, 
qu'il ne peut s'appliquer qu’à un travail conscient et réfléchi de l’esprit et que 
Par conséquent il ne préjuge rien contre les modifications qu’ont pu déjà subir, 
par l'effet d’un travail inconscient, les données qui se présentent comme simples 
à l'élaboration proprement dite. (J. Lachelier.) 


ÉLABORATION 


tion réfléchie). On y joint même quel- 
quefois la mémoire, en tant qu’elle 
sélectionne et modifie les souvenirs. 


CRITIQUE 


Ces divisions sont usuelles et com- 
modes pour l’enseignement (voir par 
exemple Boirac, Cours de philosophie, 
chap. 1v : il exclut des facultés d’élabo- 
ration, la mémoire et l’association des 
idées) ; mais elles peuvent faire illusion 
en tendant à présenter certains états 
psychiques comme des éléments simples 
et adéquatement connus. Il n’est pas 
douteux que les perceptions, chez un 
homme adulte et normal, contiennent 
une grande part d'interprétation et 
d'élaboration, et que la plupart des 
images et des souvenirs, malgré l’auto- 
rité avec laquelle ils se présentent à 
nous, sont altérés plus ou moins pro- 
fondément. par le travail inconscient de 
l'esprit. De même, le caractère de don- 
née primitive et toute faite que les 
Cartésiens accordaient à la raison, est 
devenu insoutenable les principes 
rationnels, tels que nous les posons 
actuellement comme axiomes au point 
de départ de nos raisonnements, résul- 
tent, au moins en partie, d'opérations 
antérieures où sont intervenus le juge- 
ment, la mémoire, etc. 

Il est donc nécessaire de n’employer 
ce terme qu'avec circonspection, et uni- 
quement dans son sens affirmatif, c’est- 
à-dire en entendant bien qu’on ne pré- 
juge jamais par là le caractère simple des 
faits de conscience qu’on laisse momen- 
tanément en dehors de cette rubrique. 

Rad. int. : Ellaborad. 








« Élan vital », voir Vatal*. 


ÉLECTIF, D. Wahil—, wühlerisch . 
E. Elective ; I. Elettivo. 

On appelle Znclinations électives celles 
qui ont pour objet non une classe 
d'êtres, mais un individu en particu- 
lier : amour* et amitié*. 

Affinités électives, voir affinité*. 

Rad. int. : Elekt. 


ÉLÉMENT, D. Element; KE. Ele- 
ment ; |. Elemento. 

À. Sens générul : une des parties plus 
simples dont est fait un composé. — 
Spécialement : 

B. En Locique, on appelle élément 
d'une classe (ou ensemble) chaque indi- 
vidu qui appartient à cette classe. 

Par extension, certains logisticiens 
appellent aussi élément (en abrégé, 
« Elm »; PEANO) la classe qui ne con- 
tient qu’un seul individu. « Par exem- 
ple, puisque Napoléon Ier a eu un seul 
fils, on peut exprimer ce fait en écri- 
vant : « [Fils de Napoléon 1°] € Elm», 
ce qu’on peut lire : « Il n’v a eu qu’un 
« [fils de Napoléon Ier]. » Papoa, La 
logique déductive, p. 39. M. Peano em- 
ploie aussi pour l'élément la notation 
.[X]}, X étant le nom propre d’un indi- 
vidu ; et réciproquement il représente 
par 1 {x] l'individu lui-même, + étant 
le nom de la classe dont il est le seul 
représentant : « Rome — 1 [capitale de 
l’Italie]. » C’est l’usage logique de l’ar- 
ticle défini. 

C. En ÉPiSTÉMOLOGIE, on appelle 
éléments de connaissance les concepts 
et jugements. Les éléments d’une science 





Sur Électif. — L'expression « inclinations électives » est mal faite : elle semble 
indiquer que ces inclinations sont librement choisies, alors qu’il n’en est peut-être 


pas de plus fatales. (L. Boisse.) 


Ce mot veut dire seulement que certains individus, objets de ces inclinations, 
sont préférés dans l’ensemble des individus de même espèce. Le terme est pri- 
mitivement chimique (BERGMANN, v. Affinité*) ; la même racine se retrouve dans 
sélection. I1 semble donc bien qu’elle n’importe aucune idée de liberté. (A. L.) 


Sur Élément. — Le premier sens d’Elementa en latin paraît bien avoir été les 


lettres de l'alphabet. Lucrece l’emploie en ce sens : 


11, 687, sqq. (J. Lachelier.) 


7 27° 





4% sont les principes et les premières pro- 


positions d’une science, surtout d’une 
science déductive, comme la Géométrie. 

D. En Chimie, on appelle éléments les 
corps simples dont les autres sont for- 
més. Anciennement : « Les quatre élé- 
ments » (le feu, la terre, l’air et l’eau). 

Chez DeEscarres, le « premier élé- 
ment » est « la raclure qui a dù être 
séparée des autres parties de la matière 
lorsqu'elles se sont arrondies », et qui 
est divisée par le mouvement « en une 
infinité de petites parties qui se font 
de telle figure qu’elles remplissent tou- 
jours exactement tous les recoins ou 
petits intervalles qu'elles trouvent au- 
tour [des] corps ». Le « second élément » 
est le reste des morceaux primitifs, 
arrondis par le mouvement. Le « troi- 


sième élément » est constitué par des | 


parties du premier qui se sont agglo- 
mérées, en prenant des formes irrégu- 
lières et variées, et de dimensions beau- 
coup plus grandes que les « petites 
boules » du srcond élément. Principes 
de la l'hilosophie, 4° partie, $$ 52 et 86 ; 
&e partie, $$ 5 à 9 [l ne faut pas 
confondre le « premier élément » avec 
ce qu'il appeile « la matiére suhtile* ». 
Rad. int. : Element (Boirac). 


ÉLÉMENT AIRE, D. £lementar ; F. 
Elementary ; }. Elernentare. 

A. Qui concerne les éléments, dans 
tous les sens. 

B. Spécialement, en Locique, la 
Théorie élémentaire s'oppose à la Mé- 
thodologie. Kart suit cette division 
dans la Critique de la Raison pure. 

C. Esprit élémentaire ou Élémentaire ; 


sorte d’âme inférieure se manifestant ! 








ÊLIMINATION 


dans les actions de la matière inorga- 
nique suivant certains philosophes. (Al- 
chimistes, PARACELSE, II. C. AGRippa, 
occultistes modernes). Ce mot désigne 
primitivement les esprits qui animent 
les quatre éléments (d’où leur nom); 
par extension les esprits qui animent 
le sel, le soufre, le mercure ; quelquefois 
aussi ceux des métaux. 

Ne doit pas être confondu avec les 
« Elementals », résidus des formes hu- 
maines conservés après la mort dans 
le fluide astral universel, suivant cer- 
taines écoles spirites ou théosophiques 
(BLAVATSKY). 

Rad. int. : Element. 


ELEN CHUS, du G. "Eeyyos (preuve, 
réfutation). 

Sujet d’une argumentation ou d’une 
discussion. Le sophisme Zgnoratio elen- 
chi consiste à démontrer ou à réfuter 
autre chose que ce qui est en ques- 
tion. (Logique de Port-Roval, FILE par- 
tic, ch. x1x.) 


ÉLICITE, (S). 
ÉLIMINATION, LD). Æliminotion : L. 


Elimination ; 1. Eliminazione. 

A. Procédé d’Algëèbre qui consiste 
à transformer un système d’équations 
en un autre système équivalent, qui en 
est une conséquence, et d’où ont dis- 
paru une ou plusieurs inconnues du 
premier. — En Logique algorithmique, 
procédé analogue, relatif aux équations 
logiques. BooLe faisait consister la 
déduction en général (et le syllogisme 
en particulier) dans l'élimination des 
moyens termes. 


Sur Élimination. -— Article complété sur les observations de C. Webb et 
de C. Ranzoli qui ajoute ceci : « L’élimination [dans l’induction] consiste à multi- 
plier les observations et les expériences dans les circonstances les plus diverses, 
de façon à obtenir la séparation des antécédents qui sont causes et de ceux qui 
ne le sont pas, des circonstances essentielles et des circonstances accessoires. 
Elle a son fondement dans l’axiome de causalité qui dit, sous sa forme positive : 
Est cause tout ce qui ne peut être éliminé sans élimination totale ou partielle 
de l’effet ; sous sa forme négative : N’est pas cause ce qui peut être élimmé sans 


que l'effet varie ou disparaisse. » 


ÉLIMINATION 


B. En méthodolegie, procédé de 
recherche qui consiste à aboutir à la 
vérité par la négation de toutes les 
hypothèses que le raisonnement ou 
l'expérience ne permettent pas d’ad- 
mettre. Par exemple, la Tabula exclu- 
sionis sive rejectionis de Bacon (Nov. 
Org. 11, 18). — Voir Mir, Logique, 
111,8, $3.—Taine, Intelligence, 11,320. 

C. Dans le processus de la sélection 
naturelle, disparition des êtres non 
adaptés ou moins adaptés à leurs con- 
ditions d’existence. 

Rad. int. : Eliminad. 


ÉMANATION, D. Emanation,; E. 
Emanation ; |. Emana:ione. 

Processus consistant en ce que, sui- 
vant certaines doctrines, les êtres mul- 
tiples qui forment le monde découlent 
(emanant) de l’être un qui en est le 
principe sans qu’il y ait de disconti- 
nuité dans ce développement. Émana- 
tion s'oppose à création*. « Effluxus rei 
naturalis a causa procreante sine trans- 
mutatione. » MiGREL, dans Eucken, 197. 
Ce terme implique la réalité du devenir 
et de la production successive des êtres 
dans le temps; il ne convient donc 
qu'à certaines formes de panthéisme. 
On l’applique notamment au brahma- 
nisme, au néoplatonisme, à la cabbale, 
à la philosophie d’Eckhart et de Jacob 
Boehme ; mais il serait impropre en 
parlant du spinozisme. 

Il a été pris quelquefois dans le sens 
plus large de toute production divine : 


« Emanatio in divinis duplex est, una... 
generatio, altera per modum volunta- 
tis. » Nicolas DE Cusa, dans Eucken, 
197. De même chez LEIBNiz, Discours 
de métaphysique, XIV (Gerh. IV, 439). 
« Dieu les produit continuellement par 
une sorte d’émanation, comme nous 
produisons nos pensées. » Mais cet usage 
ne semble pas avoir laissé de traces. 
Rad. int. : Emanaci. 


ÉMANATIONNISME ou Émanatisme, 
D. Emanationslehre, Emanatismus ; E. 
Emenatism ; |. Emanatismo. 

Doctrine de l’émanation*. 


« ÉMERGER, Émergence, un émer- 
gent », E. To emerge ; emergence, an 
emergent. 

Termes employés depuis quelques 
années en français, à l’exemple des 
biologistes et des philosophes anglais 
et américains, pour caractériser le fait 
qu’une chose sort d’une autre, sans 
que celle-ci la produise à la manière 
dont une cause produit nécessairement 
un effet, et suffise à en faire compren- 
dre l'apparition (S). 


CRITIQUE 
Voir Observations ci-dessous. 


ÉMINENT, D. L'berragend et mieux 
Hervorragend ; E. Eminent; 1. Emi- 
nente. 

A. Au sens étymologique et usuel, 
supérieur et distingué par cette supé- 
riorité. « Eminenter est supra omnem 








“ mensuram, super omnes gradus…; 


Sur Émergence. — Selon une indication donnée par C. Loyd Morgan à 
S. Alexander, cette acception du mot se rencontre déjà incidemment dans LEWES, 
Problems of Life and Mind, tome II, p. 412 (1874). — S. ALEXANDER, qui a le 
plus contribué à répandre cette expression, renvoie au dernier chapitre de 
Lloyd MorGan, Instinct and Experience et à l’article de celui-ci : « Mind and 
body in their relation to each other and to external things », Scientia, 1915. Lui- 
même la définit ainsi : « The emergence of a new quality from any levelof existence 
means that, at that level, there comes into being a certain constellation or collo- 
cation of the motions belonging to that level, and possessing the quality appro- 
priate to it ; and this collocation possesses a new quality distinctive of the higher 
complex. The quality and the constellation to which it belongs are at once new, 
and expressible without residue in terms of the process proper to the level from 
which they emerge : just as mind is a new quality distinct from life, with its 


ÉMINENT 


les mêmis choses, ou d’autres plus excel- 
lentes, qui sont dans la pierre... » Troi- 
sième méditation, $ 17. — « Si la réalité 
objective de quelqu’une de mes idées 
« Oppositum ejus : certo modo et men- | est telle que je connaisse clairement 
sura, item formaliter.. [Bonitas, Sa- | qu’elle n’est point en moi ni formelle- 
pientia] sunt in Deo ut illarum causa ment, ni éminemment. il suit de là 
ac principio eminenter vel formaliter ; | nécessairement que Je ne suis pas seul 
multa, quæ rebus physicis tribuuntur, | dans le monde, mais qu'il y a encore 
eminenter ac nobilissimo modo, perfec- | quelque autre chose qui existe et qui 
tissime : Deus movet se non hoc nostro | est la cause de cette idée. » Zbid., $ 18. 
modo, sed alio nobis incomperto. » C. On appelle domaine éminent (Lat. 
GocLenius, Vo, 146 B, 147 A. scol. dominium eminens) le droit de 
Chez Descartes, qui suit en cela | propriété générale et supérieure qu’au- 
l'usage des scolastiques, éminent s’op- | r'ait en principe l'État (ou le souverain) 
pose à la fois à formel et à objectif. Une | Sur tous les biens particuliers des ci- 
«entité » peut exister de trois façons : | toyens (ou sujets). — L’existence de 
objectivement dans l’idée que nous en | Ce droit est d’ailleurs niée par la plu- 
avons: formellement dans l’être que | part des législations modernes, qui 
représente cette idée ; éminemment dans | n’accordent en général à l'État que le 
le principe d'où cet être tire sa réalité. | droit d’expropriation pour cause d’uti- 
« Une pierre maintenant ne peut pas lité publique légalement constatée, et 
commencer d’être. si elle n’est pro- | moyennant une juste et préalable in- 
duite par une chose qui possède en soi | demnité (Déclaration des droits de 
formellement ou éminemment tout ce | l’homme de 1788, art. 17. — Code civil, 
qui entre dans la composition de la | art. 545). 
pierre, c’est-à-dire qui contienne en soi D. Loc. Compréhension éminente, 


Eminentia per metaphoram est excel- 
lentia. » GocLenius, V9, 146, 1478. 
B. Spécialement. S'oppose à formei. 








own peculiar methods of behaviour not merely vital, but also vital!. » Time, 
Space and Deity, pages 14 et 45-46. 

Alexander, qui voit dans la Divinité le prochain émergent appelé à se produire 
sur le niveau psychologique le plus élevé des êtres conscients, n’admet pas que 
ce Dieu soit intervenu comme créateur de l’Espace-Temps primitif, ni des émer- 
gents qui s’y sont ajoutés. Émergence, même chez lui, reste donc simplement le 
nom d’un phénomène admis par induction, mais n’en constitue pas plus une 
explication que le mot « la vie » n’explique la nutrition et la reproduction. Il est 
donc important de ne pas voir dans cette dénomination une hypothèse explicative 
ni même une promesse d’intelligibilité. (A. L.) 


Sur Éminent. — « Per eminentiam esse dicitur ens quod proprie loquendo 
non est, ubi tamen quid habet in se quod vicem ejus supplet quod proprie eidem 
tribui repugnat. » Chr. Wozrr, Ontologia, 845. Les scholastiques, dit-il, ajoutent 
qu’il faut en outre que l’être auquel on attribue cette qualité per eminentiam ait 
le pouvoir de produire hors de lui-même ce qu’il possède éminemment ; mais 
cette condition, selon lui, n’est pas toujours impliquée par l’emploi de ce terme. 


1. « L'émergence d'une nouvelle qualité à un certain niveau de l'existence signifie qu'à ce niveau vient à 
l'être une certaine constellation » (au sens allemand : ensemble de positions et de mouvements) « ou 
collocation de mouvements appartenant à oe niveau et possédant la qualité qui lui est propre ; et cette 
collocation possède une nouvelle qualité caractéristiqae d'un ocomplexus supérieur. Cette qualité et la 
constellation à laquelle elle appartient sont à la fois quelque chose de nouveau et d'exprimable intégralement 
en termes des processus propres au niveau dont elles émergent : o’est précisément ainsi que l'esprit est une 


nouvelle qualité distincte de la vie aveo ses métbodes propres et particulières de comportement... non pas 
Puremonl vital, mais aussi vital. 


ÉMINENT 
celle qui consiste en un groupe de 
caractères appartenant au concept 
d’une manière telle qu’il doit néces- 
sairement posséder l’un d’eux : par 
exemple, pour un nombre entier, le 
caractère d’être pair ou impair; pour 
une proposition, d’être soit indivise*, 
soit particulière*, soit universelle*. 
Voir Compréhension*. 


CRITIQUE 


Les sens B et C sont en réalité très 
voisins, sinon même identiques ; car, 
dans l’un et l’autre cas, on dit qu’une 
chose existe éminemment dans une 
autre, quand elle n’y est pas effective- 
ment, mais que celle-ci possède quelque 
puissance ou propriété par laquelle la 
première peut étre engendrée. WoLrr, 
Ontologia, $ 845, a voulu supprimer ce 
dernier caractère et réduire l'existence 
éminente à la présence d’un caractère | 





tenant lieu de celui dont il s’agit. Mais | 
ce n’est pas assez dire : éminent diffère ! 







278 
de virtuel en ce que le virtuel a besoin 
pour s’actualiser d’autre chose que ce 
en quoi il est virtuel ; tandis que l’émi- 
nent n’en a pas besoin. Le virtuel] 
contient donc, au point de vue de 
l'existence, quelque chose de moins que 
le réel ; tandis que l’éminent contient 
quelque chose de plus. 

On a le droit de soutenir que le 
concept d'existence éminente ne corres- 
pond à rien de réel, non celui de changer 
le sens traditionnel de ce terme en 
retranchant de sa compréhension le 
pouvoir de produire ce dont il s’agit. 

Rad. int. : Eminent (Boirac). 


ÉMOTION, D. Affekt, Gemütsbewe- 
gung; E. Emotion, plus large qu’en 
français ; L Emozione. 

A. « J'entends par émotion un choc 
brusque, souvent violent, intense, avec 
augmentation ou arrêt des mouve- 
ments : la peur, la colère, le coup de 
foudre en amour, etc. En cela je me 


ÉMOTION 





! conforme à l’étymologie du mot émo- 


tion, qui signifie surtout mouvement 
(motus, Gemüthsbewegung, etc.). » Ri- 
goT, Logique des sentiments, p. 67. 

B. Tous les phénomènes précédents, 
et en outre les états chroniques qui se 
manifestent par un renouvellement con- 
tinuel de petites émotions au sens A. (On 
dit aussi, en ce sens, état d’émotivité.) 

C. Plus généralement encore, et par 
imitation de l’anglais qui étend ce terme 
à tous les phénomènes affectifs* (cf. 
AI. Bain, The emotions and the will), 
on a aussi appliqué le mot émotion aux 
états plus élémentaires et plus géné- 
raux, tels que le plaisir et la douleur. 
« Nous appellerons émotions les sensa- 
tions considérées au point de vue affec- 
tif, c’est-à-dire comme plaisir et dou- 
leurs, et nous réserverons le nom de 
sensations pour les phénomènes de 
représentation. » Paul JANET, Traité de 
philosophie, 4 édition, p. 42. 


Voir sur les différentes définitions 
des émotions, LANGE, Les Émotions, 
« Remarques préliminaires » et « Ad- 
denda ». (Trad. Dumas, p. 24-25, et 
143 sqq.) — Lui-même distingue sur- 
tout l’émotion de la passion par la plus 
grande complexité de cette dernière. 


CRITIQUE 


Nous proposons d’adopter le sens B, 
conformément à la classification pro- 
posée à l’article Affection* : 


plaisirs et dou- 


affections leurs. 
Sentiments émotions. 

tendances ASE ONE 

affectives { passions. 


L’émotion ainsi entendue diffère des 
affections simples : 

19 En ce qu’elle est un état plus 
complexe, différencié par les nuances 
! de perceptions, de représentations et 





Sur Émotion. — Ce terme est entendu dans les sens les plus divers : 

Émotion signifie étymologiquement quelque chose de plus que le mouvement : 
c’est le mouvement qui fait sortir quelque chose de sa place, ou tout au moins 
de l’état où elle était auparavant : Emoti procumbunt cardine postes. Il n’y a, ce me 
semble, émotion que là où il v a choc, secousse. On devrait, par suite, appeler 
émotion l’action exercée sur la volonté (au sens large) par une représentation ou 
une affection simple, action qui provoque ensuite la réaction de la volonté. Par 
exemple, il y a : 1° représentation d’un danger, d’une attaque ; 2° choc produit 
par cette représentation sur la volonté, crainte, colère ; 39 réaction de la volonté, 
tendance à fuir ou à lutter. L’émotion serait, pour moi, le phénomène, le moment 
n° 2. — Mais on confond toujours ce moment, soit avec le premier, soit avec 
le troisième. Les mots même de crainte et de colère impliquent la tendance à 
fuir ou à lutter. J’assimilerais le premier moment à l’état d’un corps élastique 
qui entre en contact avec un autre ; le second serait celui où il se déforme sous la 
pression ; le troisième celui où il reprend sa forme et repousse l’autre, ou recule 
devant lui. (J. Lachelier.) 

Voir, dans le même ordre d’idc:es, la classification proposée par F. Rauh dans 
la Psychologie des sentiments. Il v distingue affections et tendances comme il a été 
fait ci-dessus ; mais parmi les affections il reconnaît deux classes : les états indif- 
férents, caractérisés par ieur nature égale et chronique ; les états aigus, auxquels 
il applique le nom d'émotions. Cette dernière classe comprend ainsi le plaisir 
et la douleur toutes les fois qu’ils possèdent ce caractère d’acuité. 

P. Malapert propose au contraire d’effacer la distinction faite entre l’affection 
simple et l'émotion par ce caractère que l'émotion est plus momentanée. D’autre 
part, dit-il, « il y aurait lieu de tenir compte de la distinction entre les émotions- 
chocs et les émotions-sentiments. Aussi bien dans l'espérance, l'abattement, la 


tristesse, la joie, ne se montrent pas les éléments caractéristiques de l’émotion 
au sens À. » 

— Ne pourrait-on pas définir l'émotion par une formule comme celle-ci 
« C’est l'élément de plaisir ou de douleur qui se dégage ou peut se dégager — soit 
des phénomènes de sensation et de sentiment, tous deux réceptifs, parce que, 
comme ils marquent une action du dehors sur le dedans, ils ont leur origine 
hors de nous ; — soit des phénomènes de l’inclination à ses degrés divers (tendance, 
penchant, passion), tous spontanés parce que, comme ils résultent d’une réaction 
du dedans sur le dehors, ils ont leur origine en nous et dans notre activité propre. » 
C'est donc l’émotion qui ferait l’unité des phénomènes sensibles. (F. Evellin.) 

— Nous entendons par émotions, dans le texte visé ci-dessus, tous les phéno- 
mènes affectifs statiques (c’est-à-dire qui ne sont pas des tendances vers un but, 
qui sont des états et non des actions, ou des directions de l’action), en excluant 
toutefois du mot, pris au sens le plus strict, les phénomènes de plaisir et de douleur, 
quand ils sont bien localisés dans une région déterminée du corps, ou dans une 
partie déterminée de l'esprit, sans provoquer une attitude ou une réaction d’en- 
semble de tout l’être. (Cf. Bain, Théorie de la « diffusion » des émotions ; théorie 
qui est moins détruite que retournée par l’hypothèse de W. James et de LANGE.) 
L’émotion nous paraît donc être à l’affection élémentaire dans le même rapport 
que la passion à l’inclination : toutes deux sont caractérisées avant tout par leur 
nature générale et envahissante. Nous n'avons pas d’objection radicale à la 
distinction de l’émotion-choc et de l’émotion-sentiment ; pratiquement, elles 
8e distinguent bien. On peut cependant remarquer que l'émotion durable n’est 
émotion qu’en tant qu’elle se manifeste à chaque instant par de petits troubles, 
de petites émotions-chocs qui ébranlent légèrement, mais dans sa totalité, l’en- 
semble de notre état de conscience. Il est donc utile de mentionner ces deux 
formes extrêmes du phénomènes, sans les opposer autrement qu’en degré. (A. L.) 


ÉMOTION 


de tendances qui caractérisent la sur- 
prise, l’espérance, l’abattement, etc. 

20 En ce qu’elle est plus momen- 
tanée. 

30 En ce qu’elle réalise une unité 
dans la vie de l’esprit, tous les états de 
conscience actuels étant pénétrés par 
l'émotion dominante. 

Rad. int. : Emoc. 


EMPIRIE, (S). 


EMPIRIQUE, G. ’Eureipxoc, D. 
Empirisch; E. Empirical ; 1. Empi- 
rico. Sur l’étymologie, v. observations. 

Ce mot s'emploie presque toujours 
comme antithèse d’un autre terme; il 
y a lieu de distinguer trois couples 
d'opposition qu’il sert à exprimer. 

A. Opposé à systématique. Ce qui est 
un résultat immédiat de l’expérience, 
et ne se déduit d'aucune autre loi ou 
propriété connue : « Un procédé empi- 
rique, une médication empirique. » — 
Se dit également des personnes, en 
tant que leurs connaissances et leurs 
règles d’action sont empiriques au sens 


280 


qui vient d’être défini : « Un empi. 
rique. » Ce sens paraît même être Je 
plus ancien. 

B. Opposé à rationnel. Ce qui exige 
le concours actuel de l’expérience, com. 
me la physique, par opposition à ce 
qui ne l’exige pas, comme les mathé. 
matiques. Cette opposition s'applique 
à l’état présent des sciences, à leur 
méthodologie, non à leur nature ni à 
leur origine. 

C. Opposé à pur (sens surtout kan- 
tien). Ce qui, dans l’expérience totale, 
ne vient pas des formes ou des lois de 
l'esprit lui-même, mais lui est imposé 
du dehors : l'intuition d’un triangle 
géométrique est sensible, mais pure ; 
celle d’un carton blanc triangulaire est 
sensible et empirique. 


CRITIQUE 


Nous proposons de conserver à ce 
mot le sens A; de dire, au sens B, 
expérientiel et rationnel; au sens C, 
a priori et a posteriori. Voir À priori*, 
Critique. 

Rad. int. : A. Empirik. 


Sur Empirique. — Rédaction nouvelle, substituée à l’ancienne conformément 


aux notes de Lachelier, Egger, Ruyssen, Hémon, Iwanowsky, et aux observations 
de Rauh, Brunschvicg, Pécaut. Cette rédaction nouvelle, y compris les propositions 
qui la terminent, a été lue et approuvée à la séance du 8 juin 1905. 

— Étymologie. 1] y a eu aux n° et 11° siècles de l’ère chrétienne une école de 
médecins qui se sont appelés Eumepucol, par opposition à d’autres, appelés 
Aoyuxol ; c’est probablement là le premier emploi technique de ce mot, et c’est 
de là que Sextus Empiricus a tiré son nom. Voyez SEXTUS, Hypotyposes pyrrho- 
niennes, I, ch. 34; et Adversus Logicos, II, $ 191, 327. — LEe1Bniz rappelle et 
généralise ce sens en plusieurs passages : Monadologie, 28 ; Nouveaux Essais, 
préface (Gerhardt, t. V, p. 44) et Discours de la conformité, etc., en tête de la 
Théodicée, $ 65. (J. Lachelier.) 

— Équivalents. En allemand, on distingue, depuis Kanr, Empiriker (avant la 
science ou hors de la science) et Empirist (à l’intérieur de la science). (R. Eucken.) 

John Stuart Mize applique spécialement le mot Empirical à la méthode qui 
procède « en essayant diverses combinaisons de causes opérées artificiellement ou 
rencontrées dans la nature, et en tenant compte de ce qui se produit. Il en faut 
exclure tout ce qui appartiendrait de quelque manière à la déduction. » Logique, 
trad. Peisse, 5e éd., I, 505 sqq. (C. Hémon.) 

— Critique. Il conviendrait de restreindre expérimental à n'être que l’adjectif 
d’'experimentum, expérimentation. Sans cela on s'expose à des équivoques sans 
nombre, justifiées d’ailleurs par l’usage d’expérimental au xvu® et au xvirie siècles. 
Il est regrettable que M. Ribot ait intitulé son ouvrage bien connu : « Psychologie 


ee 


" 


Se 


281 


EMPIRISME, D. Empirismus; E. 
Empiricism ; 1. Empirismo. 

Empirisme est le nom générique de 
toutes les doctrines philosophiques qui 
nient l’existence d’axiomes* en tant 
que principes de connaissance logique- 
ment distincts de l’expérience. 

A. Au point de vue psychologique, 
l’empirisme s'oppose au rationalisme 
innéiste, qui admet l’existence, chez l’in- 
dividu, de principes de connaissance évi- 
dents. P. ex. Locre contre DESCARTES. 

B. Au point de vue gnoséologique, 
l’empirisme est la doctrine qui, recon- 
naissant ou non l’existence de prin- 
cipes innés chez l'individu, n’admet 
pas que l'esprit ait des lois propres, 
différant de celles des choses connues, 
et par suite ne fait reposer la connais- 
sance du vrai que sur l'expérience 
seule, en dehors de laquelle elle n’ad- 
met que des définitions ou des hypo- 
thèses arbitraires. P. ex. SPENCER COn- 
tre KANT. 





EMPIRISTE 


C. (Sens spécial, relatif au problème 
de la perception visuelle.) On appelle 
empiristes les psychologues qui consi- 
dèrent les perceptions de forme et de 
distance comme acquises par le sens 
de la vue ; nativistes, ceux qui les consi- 
dèrent comme innées. 


CRITIQUE 


L'innéité des principes dans l’indi- 
vidu étant un point accordé (sous les 
réserves déjà faites par LEiBniz) en 
vertu de l’hérédité et de l’adaptation, 
il conviendrait de réserver ce mot au 
sens B. 

Rad. int. : Empirism ; Empirik ( Boi- 
rac). 


EMPIRISTE, D. Empirist ; E. Em- 
piricist ; 1. Empirista. 

Ne se dit que des personnes, ou des 
systèmes : celui qui admet l’empirisme. 
Voir Empirique*, texte et observations. 





anglaise : école expérimentale. » 11 serait temps d’avoir deux mots pour la psycho- 
logie d'observation et celle de laboratoire. (V. Egger.) 
On dira, en se sens, d’après les propositions ci-dessus, Psychologie expérientielle 


et Psychologie expérimentale, sans préjudice de la Psychologie rationnelle, de la 
Psychologie proprement empirique (au sens A) et de la Psychologie empiriste 
(c’est-à-dire qui n’admet point de source primitive de la connaissance autre que 
l'expérience, qui pense que tout jugement est a posteriori). (A. L.) 


Sur Empirisme. — Empirisme représente très bien l’habitude ou la manière 
de procéder d’un esprit qui se contente de l’expérience. La philosophie qui n’admet 
rien en dehors de l’expérience devrait s'appeler empiricisme. (J. Lachelier.) 

L’empirisme étant peut-être plus une méthode qu’une doctrine, on pourrait 
aussi le définir au point de vue moral : on y verrait alors l'illustration la plus 
parfaite de la tendance à reconstituer la vie psychologique ou morale tout entière 
au moyen de quelques éléments simples ou crus tels : sensation, plaisir, intérêt, 
et de faire sortir le plus du moins, ou, comme aimait à le dire Ravaisson, le supé- 
rieur de l’inférieur. (L. Boisse.) 

L'emploi du mot «empiriste » au sens C est courant, mais me paraît à déconseil- 
ler. 11 me semble qu’il faut distinguer, sur le problème de la perception de l’espace : 
des théories rationalistes (ex. celle de Kant), et des théories empiristes, en enten- 
dant, par là, toutes celles qui font dériver la perception de l’espace, des sensations; 
ces dernières théories peuvent être soit génétiques, si les sensations sont considérées 
comme primitivement inextensives et ne pouvant donner la perception de l’espace 
qu’en se combinant (école anglaise ou école allemande), soit nativistes, si les 
sensations sont considérées comme primitivement extensives. Un nativiste, comme 
James, n’est pas moins empiriste {au sens A) que Spencer. (R. Daude.) 


ENANTIOSE 


« ENANTIOSE », (S). 


ENDOPHASIE, D. Endophasie ; E. 
Endophasy ; 1. Endofasia. 

Succession des images verbales qui 
accompagnent l'exercice spontané de 
la pensée. Ces images peuvent être 
auditives, motrices d’articulation, vi- 
suelles, motrices graphiques. On a pro- 
posé d’appeler formule endophasique 
d'un individu le type particulier que 
présente son endophasie. Voir Eccezr, 
La parole intérieure ; SAINT-PauL, Le 
langage intérieur et les paraphasies (La 
fonction endophasique). 

Rad. int. : Endofasi. 


ÉNERGÉTIQUE, D. Energetik ; E. 
Energetics ; I. Energismo, RaNzoui. 

A. Système de mécanique éliminant 
des principes la notion de force et la 
remplaçant par celle d'énergie. « Les 
difficultés soulevées par la mécanique 
classique ont conduit certains esprits 
à lui préférer un système nouveau 
qu’ils appellent énergétique. Le système 
énergétique a pris naissance à la suite 
de la découverte du principe de la 
conservation de l'énergie. C'est Helm- 
holtz qui lui a donné sa forme défini- 
tive. » Poincaré, La science et l'hypo- 
thèse, chap. vint, p. 148. (Suit la défi- 
nition des deux quantités et l’énoncé 
des deux principes sur lesquels se fonde 
cette théorie.) 

B. Système de cosmologie qui consi- 
dère l’énergie et non plus la matière 
comme la substance du monde physi- 
que ; soutenu en particulier par OsrT- 
WALD. On dit aussi énergétisme. 

Rad. int. : Energetik. 


1. ÉNERGIE, G. ’Evéoyeux, acte, 
force, efficacité ; D. Energie ; E. Ener- 
gy ; L. Energia. 

Sens psychologique : 

A. Capacité de faire effort*, carac- 
tère*, D. 

B. Volonté d'employer toute sa force. 







282 


Sens physique : 

C. Capacité de produire du travail 
mécanique, appartenant à un corps ou 
à un système de corps : 

En Mécanique, cette puissance ne 
peut exister que sous deux formes : 
l'énergie cinétique ou actuelle, Qui est 
la moitié de la somme des forces vives 
( 

\ 
pend, Four chaque moment, que des 
vitesses des différentes parties du sys- 
tème ; et l'énergie potentielle, ou le po- 
tentiel, qui est la « fonction des forces » 
changée de signe, et qui ne dépend, 
pour chaque moment, que des positions 
occupées par ces parties. Leur somme 
est l'énergie totale du système considéré. 

20 En Physique, on admet, outre ces 
deux espèces d'énergie mécanique, di- 
verses formes de l'énergie (calorique, 
électrique, magnétique, etc.}), définies 
par leur équivalence, c’est-à-dire par 
la possibilité de transformer une quan- 
tité déterminée de l’une d’elles en une 
quantité déterminée d’une autre (sur- 
tout d'énergie mécanique). 

— Principe de la conservation de 
l'Énergie. 

Principe de physique générale d’après 
lequel un système qui ne se modifie que 
par les mouvements de ses parties et 
par les actions qu’elles exercent les 
unes sur les autres conserve une quan- 
tité d’énergie* constante (cette quan- 
tité étant définie comme la somme des 
énergies mécaniques et physiques énu- 
mérées plus haut). Ce principe n’est 

vrai que sous réserve des transforma- 
tions possibles de l’énergic en masse 
ou inversement. 

On a dit d’abord en ce sens « conser- 
vation de la force » (Erhaltung der 
Kraft, HELMHOLTZ); OU persistanre de 
la force (voir H. SPENCER, Premiers 
principes, chap. vi, où il donne des 
arguments contre l’emploi des mots 


1 à : 
È 9 ms? du système, et qui ne dé- 


Sur Endophasie, — Terme omis en première rédaction ; l’article ci-dessus est 


de M. Malapert. 


L: Ra 


| conservation et énergie dans cette ex- 


pression). Mais ces manières de parler 


sont impropres, étant donné l'usage qui 
: est fait par ailleurs du terme Force* ; 


et, du reste, elles sont aujourd’hui 


: presque complètement abandonnées. 


— Dégradation de l'Énergie. — Voir 
Dégradation*. 
Rad. int. : Energi. 


2. ÉNERGIE SPÉCIFIQUE des sens, 
D. Spezifische Sinnesenergie ; E. Spe- 
cific energy ; 1. Energia specifica. 

Expression employée par la plupart 
des psychologues contemporains pour 
désigner cette thèse de Johann Mit- 
LER : « La sensation cst la transmission 
à la conscience, non d’une qualité ou 
d’un état de corps extérieurs, mais 
d’une qualité ou d’un état de nos nerfs, 
état auquel donne lieu une cause exté- 
rieure. » Manuel de physiologie, trad. 
Jourdan et Littré, I, 711. — J. Müller, 
sous l’influence de la doctrine de KaAnT, 
relative aux formes a priori de la sen- 
sation, avait lui-même appelé « einge- 
borene Energie! » cette propriété qu’ont 
les organes des sens de provoquer dans 
la conscience une certaine espèce déter- 
minée de sensations, toujours de même 
nature (p. ex. des couleurs), alors même 
que l’excitant qui les met en action 
varie (lumière, pression, électricité, etc.) 
(Zur vergleichenden Physiologie des Ge- 
sichtsinnes, 1826). — Cf. Eiscer, Vo, 


1. « Energie innée ». 


ENGAGEMENT 


sur les précurseurs de cette théorie et 
sur les objections qui y sont opposées, 
notamment celles de Wunor. 

Il est douteux si cette propriété dé- 
pend essentiellement des organes péri- 
phériques, ou des centres. Il convient 
donc d'éviter l’expression souvent usi- 
tée : énergie spécifique des nerfs, qui est 
impropre. 

Rad. int. : Specifik energi. 


« ENGAGÉ, ENGAGEMENT » (E. 
Commitment) termes du langage cou- 
rant, devenus très usuels en philoso- 
phie depuis quelques années, au sens 
où l’on dit d’un homme qu'il est engagé 
dans une affaire, dans une entreprise, 
dans un parti. 

Une « pensée engagée » est d’une 
part celle qui prend au sérieux les 
conséquences morales et sociales qu’elle 
implique, de l’autre celle qui reconnaît 
l'obligation d’être fidèle à un projet* 
(le plus souvent collectif) dont elle a 
précédemment adopté le principe. On 
peut à cet égard rapprocher l’idée 
d'engagement de celle de loyalisme*. 

Mais cette expression s’applique 
aussi au caractère qu’a la réflexion 
philosophique de naître toujours au 
milieu d’une situation donnée, qui en 
détermine certaines conditions. Cf. 
PascaL, Pensées, n° 233 (Ed. Brun- 
schvicg). 

Le premier aspect de l’engagement 
est donc surtout prospectif, normatif ; 
le second, rétrospectif et factuel. 


Sur Énergie. — Ce terme a été créé par Thomas Younc selon RANKINE, à quiil 
avait été attribué. (C. R. of the Philosophical Society of Glasgow, 23 janvier 1867. 
— Voir Tair, Esquisse historique, trad. Moigno, p. 73.) 

Sur la généralisation du sens de ce terme, voir OsrwaLp, Die Energie, 1908; 


trad. fr. Philippi, 1910. 


Sur Engagement. — Ce mot a été pris surtout au sens spécial indiqué 


ci-dessus dans le groupe de la revue Espru, fondée en 1932. — Voir Emmanuel 
Mounier, Révolution personnaliste et communautaire (1935), notamment p. 33, 
70, 73, et 90-91, où l’ « engagement » est rapproché de la « fidélité ». « La parole 
séparée de l’engagement glisse à l’éloquence ; et le pharisaïsme est, fût-ce impercep- 
tiblement, au cœur de toute éloquence morale ». Ibid., 255. Mais il est devenu 
très usuel dans la littérature philosophique contemporaine. 





ENGAGEMENT 





L 284 





CRITIQUE 

L’ « engagement » peut ainsi s’oppo- 
ser, dans l’un et l’autre cas, soit à la 
volonté de vivre intellectuellement 
dans une tour d'ivoire; — soit à la 
« disponibilité »* louée par André Gide ; 
— soit à la prétention de commencer 
la philosophie sans présupposition. 
Il y a lieu, surtout en raison de la grande 
vogue de ce terme, d'examiner de près, 
chaque fois qu’il apparaît, ce que vise 
l’auteur qui l’emploie. 


ENGLOBANT, (S). 


« ENGRAMME », terme créé pur 
R. SEmMoN, Die Mneme* (1904) pour 
désignerla modification du système ner- 
veux correspondant à la fixation d’un 
souvenir. L'évocation de celui-ci, dans 
la même terminologie, est appelée ecpho- 
rie. — Ces termes ne sont pas entrés en 
français dans l’usage courant. 


ÉNONCÉ ou Énonciation, L. Enun- 
tiatio, Dictum ; D. Aussage ; E. Enun- 
ciation ; I. Enunciazione. 

Expression dans un langage quel- 
conque d’un jugement (de fait ou de 
droit), d'un problème, d’un ordre (au 


—. 


sens E), d’un conseil, etc. Certains 
énoncés, bien que régulièrement for. 
més, peuvent être néanmoins dépourvus 
de sens. 

CRITIQUE 


Certains réservent le mot d’énoncée 
aux énoncés déclaratifs par opposition 
à ceux qu'AUSsTIN nomme énoncés 
performatifs. 


Rad. int. : Enunc. 
ENSEMBLE, (S). 


EN SOI, D. An sich; E. In üself ; 
L In se. 

Cette expression s'oppose d'ordinaire 
à l’expression pour nous; elle désigne 
ce qu'est une chose dans sa nature 
propre et véritable, c’est-à-dire : 

A. Indépendamment des erreurs, des 
illusions, des applications individuelles, 
et conformément à sa définition ou à 
l’idée commune qu’en ont les hommes. 
« Le raisonnement s'appuie sur les 
principes absolus de la raison ; il est 
donc en soi parfaitement légitime, et 
nos fréquentes erreurs ne viennent pas 
du procédé, etc. » Franck, V9 Erreur, 
464 B. 





Sur En soi. — Toute cette question est, même au point de vue historique, 
hérissée de difficultés. 11 semble bien que KanT, particulièrement dans la discus- 
sion des antinomies, soit préoccupé moins d’opposer des substances, au sens 
vulgaire du mot, à des phénomènes, que d’opposer des choses données en elles- 
mêmes (quelles qu’elles soient) à des représentations individuelles et actuelles. 
Il est vrai que sa pensée est, je crois bien, au fond, que des phénomènes ne peuvent 
être que la représentation actuelle d’une sensibilité individuelle, de sorte qu'il 
n’y à pas de milieu pour lui entre ces représentations et l’extra-sensible absolu. — 
Mize ne voit pas que la vraie question n’est pas entre l’état présent et un autre 
état possible de notre sensibilité, mais entre la connaissance sensible en général 
et l’évanouissement de toute sensibilité, qui fera évanouir du même coup tout 
ce que nous appelons phénomènes ou objets quelconques. — KAnT a transformé 
toute cette question, qui était mal posée par les cartésiens. Il a, le premier, placé 
le principe de l'illusion, non dans l'exercice de la vue ou de tel autre sens, mais 
dans l’intuition de l’espace et du temps eux-mêmes, qui étaient pour les cartésiens 
des objets de l’entendement, et dont il a fait au contraire des « formes de la 
sensibilité », entendant par là les formes que revêtent nécessairement mes repré- 
sentations actuelles, et qui ne sont elles-mêmes rien en dehors de mes et de ces 
représentations, supprimant ainsi tout milieu entre mon monde et point de monde 


du tout. (J. Lachelier.) 





285 


Fe net — - ee 


B. Indépendamment de l’apparence* 
même universelle chez les hommes) et 
conformément à la réalité ; ce qui ad- 
met encore plusieurs sens, à savoir : 

1° Indépendamment de la connais- 
sance sensible, et conformément à l’en- 
tendement pur ; absolument, el non pas 
relativement : « Tâchons donc de ne 
point suivre les impressions de nos 
gens dans le jugement que nous portons 
de la grandeur. Car rien n’est grand ni 
petit en soi.» MALEBRANCHE, Recherche 
de la vérité, 1, chap. vi : « Des erreurs 
de la vue à l’égard de l’étendue en soi. » 

2° Indépendamment de la connais- 
sance humaine, telle qu’elle est consti- 
tuée par les sensations et la raison, mais 
non indépendamment de toute connais- 
sance en général : « Ner Begriff eines 
Noumenon, d. i. eines Dinges welches 
gar nicht als Gegenstand der Sinne, 
sondern als ein Ding an Sich selbst 
gedacht werden soll, ist nicht wider- 
sprechend : denn man kann von der 
Sinnlichkeit nicht behaupten, dass sie 
die einzig môgliche Art der Anschauung 
sei. Am Ende aber ist doch die Müg- 
lichkeit solcher Noumenorum gar nicht 
einzusehen und der Umfang ausser der 
Sphäre der Erscheinungen ist (für uns) 
leer, d. i. wir haben einen Verstand, 
der sich problematisch weiter erstreckt 
als jene, aber keine Anschauung... wo- 
durch uns ausser dem Felde der Sinn- 
lichkeit Gegenstinde gegeben werden 
kôünnent!. » KANT, Critique de la Raison 
pure. De la distinction de tous les 
objets en phénomènes et en noumènes, 
À. 254-255 ; B. 310. 

8° Indépendamment de toute con- 
naissance. « In some future state of 
existence it is conceivable that we may 


1. « Le concept d’un noumène (c’est-à-dire d’une chose 
Qui ne serait point du tout objet des sens, mais qui doit 
être pensée comme une chose en soi-mêm:) n’est pas 
tontradictoire : car on ne peut prétendre que la faculté 

éprouver des sensations soit le seul mode possible d’in- 
tuition.. Mais en définitive nous n'avoas absolument 
aweun moyen de pénétrer la nature de oes Noumenes 
Possibles, et tout oo qui entoure la sphère des phéno- 
mènes est (pour nous) vide ; autrement dit, nous avons 
Un entendement qui problématiquement s'étend plus 
loin que oette sphère, mais aucune intuition. par laquelle 

objets puissent nons être donnés bors du champ de 
a connaiseance sensible. » 





know more, and more may be known 
by intelligences superior to us. But 
all this additional knowledge would be, 
like that which we now possess, merelv 
phenomenal. We should not any more 
than at present know things as they are 
in themselves, but merely an increased 
number of relations between them and 
us!, » J. St. Mie, Examination of Sir 
W. Hamulton’s philosophy, ch. 11, $ 10. 

En soi opposé à pour sol*, voir (S). 


CRITIQUE 


Le sens A et le sens B, 1° ont une 
étroite relation. En effet, la raison ou 
l’entendement pur (particulièrement 
chez les cartésiens) est ce qu’il y a de 
commun entre les hommes, tandis que 
le sensible est ce qui varie d’un homme 
à l’autre, et chez le même homme, d’un 
moment à l’autre. 

Le sens B, 3° paraît être le plus usuel 
chez les écrivains contemporains. On 
pourrait même soutenir que les sens 1° 
et 20 se ramènent à des cas particuliers 
de celui-là : Une chose étant ce qu’elle 
est en elle-même, indépendamment de 
son rapport à toute autre chose, et par 
conséquent à toute connaissance, il 
arrive néanmoins que, par une sorte 
d'harmonie, la nature de cette chose 
est fidèlement reproduite par l’enten- 
dement, ou pourrait être reproduite 
par quelque autre faculté qui nous fait 
accidentellement défaut. Cette possi- 
bilité de connaissance n’ajoute ou ne 
retranche rien à ce qu'est cette nature 
en soi. — Mais, d’autre part, il est 
obscur et peut-être même contradic- 
toire de penser quelque chose comme 
indépendant de la pensée en général. 
Peut-être même ce dernier sens ne 
s'est-il établi que par un passage à la 





3. « Dans quelque état futur d'existence il est conce- 
vable que nous puissions connaître plus; et pour des 
intelligences supérieures aux nôtres, oe connaissable 
peut être plus étendu... Mais toute cette connaissance 
additionnelle serait, comme celle que nous possédons 
maintenant, purement phénoménale. Nous ne pourrions 
pas plus que nous ne pouvons maintenant connaître les 
choses comme elles sont en elles-mémes ; nous ooanal- 
trons seulement un plus grand nombre derelations entre 
ces choses et nous. » 


EN SOI 


limite (dont la légitimité est contes- 
table), en poussant à l'absolu la dis- 
tinction usuelle de lillusoire et du réel ; 
cette transposition a pu d’ailleurs être 
facilitée par le rapport que nous avons 
remarqué ci-dessus entre À et B, 10. Il 
y a donc lieu de considérer cette expres- 
sion comme suspecte, et de n’en point 
user sans une critique préalable de ce 
à quoi on l’applique. 

Rad. int. : Ensu (en soi); ensuaj 
(chose en soi). 


ENTÉLÉCHIE, G. ’Evrehéycix; L. 
Scol. Entelechia, Endelechia, identifié 
souvent avec Actus et Forma ; D. En- 
telechie ; E. Entelechy ; 1. Entelechia. 

Terme créé par ARISTOTE. Il vient 
d’èvreüc et de Éyetv, « et c’est pour 
cela que le célèbre Hermolaüs Barba- 
rus l’exprima en latin, mot à mot. par 
perfectihabia ». LE1BNIZ, Théodicée, I, 
$ 87. — Il désigne : 1° l’acte accompli 
par opposition à l’acte en train de se 
faire, et la perfection qui résulte de cet 
accomplissement (cf. le sens laudatif 
des mots achevé, accompli) : «’Evépyex… 
ouvreiver mpôç TAv Évrehëyetav. » Méta- 
physique, 1X, 8, 10508 ; — 29 la forme 
(eldoc) ou la raison (A6Yoc) qui déter- 
mine l’actualisation d’une puissance : 
« ‘H pév ÜAn Obvauc, To O’eldos èvre- 
Aéyeux. » De l’ime, II, 2, 4148, « "Erte 
rod Ouvauer bvros A6Yoc h Évrehéyerx. » 
Ibid., 11, 4, 4150. C’est ainsi que l’âme 
est « ÉvreAËyELX à TPOTN GOUATOG puotxoù 
Suvauet Cwnv Éyovros ». Ibid. II, 1, 
4128. — Voir Acte*, D et note de 









286 
l’'Entéléchie n’est pas entièrement à 
mépriser et qu’étant permanente, elle 
porte avec elle non seulement une 
simple faculté active, mais aussi ce 
qu’on peut appeler force, effort, cona- 
tus, dont l’action même doit suivre, si 
rien ne l'empêche. » Théodicée, I, $ 87. 
— « On pourrait donner le nom d’En- 
téléchies à toutes les substances simples 
ou monades créées, car elles ont en elles 
une certaine perfection (ëyouot 7e 
évreéc) ; il y a une suffisance (adtds- 
xeta) qui les rend sources de leurs 
actions internes, et pour ainsi dire des 
automates incorporels. » Monadologie, 
$ 18. — Cf. Ibid., $$ 48, 62, 63, 66, 
70, 74. 

Rad. int. : Enteleki ( Boirac). 


ENTENDEMENT, D. Verstand , E. 
Understanding ; 1. Intelletto ; Intendi- 
mento. 

A. Faculté de comprendre*, au sens 
le plus général de ce mot : « The power 
of thinking is called the Understanding 
and the power of volition is called the 
Will!. » Locke, Essays, livre Il, ch. vi. 

Spécialement : 

B. La faculté de comprendre par 
opposition aux sensations. « Dans mon 
sens, l’entendement répond à ce qui 
chez les Latins est appelé intellectus, 
et l'exercice de cette faculté s'appelle 
intellection, qui est une perception dis- 
tincte jointe à la faculté de réfléchir, 
qui n’est pas dans les bêtes. » LEIBNIZ, 
Nouveaux essais, 11, 21, $ 5. — « Par ce 
mot, entendement pur, nous ne préten- 


M. J. LACHELIER. 

Cette expression a été reprise par 
LerBniz, qui l’applique à la Monade. 
« J'ai montré ailleurs que la notion de 


dons désigner que la faculté qu'a l’es- 


1. « Le pouvoir de penser est appelé l’Entendement, 
et le pouvoir de vouloir est appelé volonté. » 








Sur Entéléchie. Leibniz a bien un peu abusé du mot entéléchie. I1 a soin 
du reste de faire remarquer, dans le $ cité de la Théodicée, que ce mot a, dans 
Aristote, deux sens, et que celui qu’il emprunte est celui d’acte permanent 
(l'évreAéyerx rpm, qui n’est au fond qu’une puissance prochaine, comme le fait 
d’avoir des yeux capables de voir, tandis que le véritable acte de la vision est de 
voir ceci ou cela). Aristote n'aurait pas admis, je crois, que l’kvreAéyetx, même 
zp&tm, fàt principe d’effort et qu’il lui restât un effort à faire. Au fond, l’entéléchie 
de Leibniz est dans le temps ; celle d’Aristote, au-dessus. (J. Lachelier.) 


| 287 


prit de connaître les objets de dehors 
sans en former d'images corporelles 
dans le cerveau pour se les représen- 
ter. » MALEBRANCHE, Recherche de la 
gérité, livre III : « De l’entendement ou 
de l'esprit pur », chap. 1, $ 3. — « On 
appelle sens ou imazsination l'esprit 
lorsque son corps est cause naturelle 
ou occasionnelle de ses pensées ; et on 
l'appelle entendement lorsqu'il agit par 
lui-même, ou plutôt lorsque Dieu agit 
en lui. » Zbid., livre V, 1, 1. 

C. Par opposition à la sensation 
d’une part, et de l’autre à la raison 
(Vernunft) : 

a) Au sens kantien, l’entendement 
est la fonction de l’esprit qui consiste à 
relier les sensations en séries et en sys- 
tèmes cohérents par le moyen des caté- 
gories*. Mais « notre faculté de con- 
naître éprouve un besoin beaucoup plus 
élevé que celui d’épeler seulement des 
phénomènes d’après une unité synthé- 
tique, pour pouvoir les lire en tant 
qu’expérience », et c’est à ce besoin 
que répond la raison (Critique de la 
Raison pure, Dial. transc. 1,1. Von den 
Ideen überhaupt, A. 314 ; L. 371). L’en- 
tendement est la « faculté des règles » ; 
la raison est la « faculté dus principes », 
c'est-à-dire l'affirmation qu'il existe 
pour toute connaissance conditionnelle 


ENTENDEMENT 


| un élément inconditionnel dont elle 
dépend, et l’effort pour déterminer cet 
élément (Zbid., Dialect. transc., Intro- 
duction, II, $ A, B, C}). « Alle unsere 
Erkenntniss hebt von den Sinnen an, 
geht von da zum Verstande. und endigt 
bei der Vernunftt. » Jbid., & A. 

b) Ausens de SCHOPENHAUER : L’en- 
tendement est la faculté de iier entre 
elles les représentations intuitives con- 
formément au principe de raison suffi- 
sante ; la raison est la faculté de former 
des concepts abstraits et de les combi- 
ner en jugements et en raisonnements 
(Die Welt, I, $4ket 8). 

c) Mais, d’autre part, la distinction 
kantienne a donné naissance à un usage 
différent. Il consiste à attribuer à la 
Raison la connaissance de l'éternel et 
de l’absolu, tandis que l’entendement 
s'exerce sur ce qui est empiriquement 
donné. (Voir KiRcHNER, VO Vernun/ft.) 
Il en résulte que l’entendement est 
essentiellement l’ensemble des opéra- 
tions discursives de l’esprit : concevoir, 
juger, raisonner. « L'nderstanding is dis- 
cursive and hence based on premises 
and hypotheses, themselves not sub- 
jected to reïlexion, while. Reason ap- 


1. « Toute notre connsissance débute par les sens 
passe de là à l'entendement. et finit par la raison.- 








Sur Entendement. — L'histoire de l’antithèse entre Raison (Ratio, Vernunfjt, 


Reason) et Entendement {Jntellectus, Verstand, Understanding) semble briève- 
ment être celle-ci. L'opposition primitive est celle de l’intuition ou connaissance 
directe à la connaissance discursive. La première (vobs, vénots, de Platon et 
d’Aristote) s’applique aux objets supérieurs, comme le fait remarquer ARISTOTE 
(p.ex. Eth. Nic., X, 7, 2) ; la seconde s'emploie pour construire la science (dtævotæ 
de Platon, ériorqun d’Aristote), qui emploie le A6ÿoc, le raisonnement, le syllo- 
gisme. Telle est la distinction ancienne de la raison et de l’entendement, l’une 
supérieure, l’autre inférieure. Ce rapport est renversé dans la philosophie Kan- 
tienne : 1° parce qu’il n’admet d’autre intuition, pour nous, que celle dont le 
temps et l’espace sont les formes ; 2° parce que pour lui les objets supérieurs 
(Dieu, etc.), ne sont pas saisis par intuition, mais suggérés par un raisonnement. 
Le raisonnement devient ainsi la forme supérieure, l'intuition la forme inférieure 
de la pensée. Ce changement a sans doute été facilité par la langue allemande : 
Vernunft semble y avoir le sens de bon sens pratique (comme voüs en grec), ce 
qui s’accorde bien avec cette vue de Kant que les idées de la Raison ne doivent 
plus être considérées comme des problèmes de spéculation, mais comme des 
principes pratiques, appartenant à la sphère de l’action. (C. Webb.) 


ENTENDEMENT 





288 





prehends in one immediate act the 
whole system, both premises and infe- 
rence, and thus has complete or uncon- 
ditioned validity!. » BaLDwIN, v° 725b, 
L’entendement correspond ainsi à la 
Stavoux, la raison à la vônaic de Platon. 


CRITIQUE 


Ce dernier usage nous semble actuel- 
lement le plus répandu et le meilleur à 
conserver, en tant qu'il correspond à 
la distinction très utile qui existe (au 
moins dans l’état actuel de nos con- 
naissances) entre les formes intuitives 
et les formes discursives de la pensée. 

Rad. int. : Intelekt ( Boirac). 


ENTHOUSIASME, E. Enthusiasm. 
— Ce mot est pris dans un sens péjo- 
ratif par Locke, Essay, livre IV, 
ch. xvu et xix, et dans les chapitres 
correspondants des Nouveaux Essais de 
LeEiBniz : mysticisme qui prétend se 


1. L'entendement est disoursif, et prend ainsi pour 
poiat de départ des prémisses et des hypothèses, qui ne 
sont pas elles-mêmes soumises à la réflexion, tandis que 
la Raison saisit dans un seul sote immédiat un système 
intégral qui comprend à la fois les prémisses et l'infé- 
rence, en sorte qu'elle a une validité complète ou incon- 
ditionnelle. » 








passer de la raison et reconnaître sans 
elle la vérité de la révélation, ou même 
substituer à la révélation traditionnelle 
une révélation individuelle et actuelle. 

Mme DE STAËL s’en sert pour dési. 
gner une vie morale intense. De l’ Alle. 
magne, 5° partie, Ch. x, x1, Xl. 

Ce terme ne s’emploie plus actuelle. 
ment que pour marquer une vive admi- 
ration, ou un grand élan moral vers la 
réalisation d’une idée. Il a perdu tout 
caractère technique en philosophie. 


ENTHYMÈME, G. évôbunua ; D. En- 
thymem ; E. Enthymeme ; 1. Entimema. 

A. Selon ARISTOTE (Prem. Anal. II, 
27, 70310), syllogisme fondé sur des 
vraisemblances ou des signes. 

B. Selon Boëce et les modernes, 
syllogisme dont on sous-entend une 
prémisse, ou bien la conclusion. 

Rad. int. : Entimem. 


ENTITATIF, (S). 


ENTITÉ, L. scol. Entitas ; D. À. We- 
senheit ; B. et C. Entität, quelquefois 
Seiendes ; E. Entity ; I. Entitä. 

A. Dans la doctrine réaliste, ce qui 
constitue l’essence et l’unité d’un genre. 


% p'où, par ironie, le sens péjoratif : 
‘abstraction faussement prise pour une 


éalité. 

” B. Un objet concret, mais qui n’a 
pas d'unité ou d'identité matérielles : 
gne vague, un courant d’air, une mon- 
tagne. Voir ci-dessous, observations. 

© C. Un « quelque chose »; un objet 
de pensée que l’on conçoit comme un 
être dépourvu de toute détermination 
particulière. 


CRITIQUE 


Ce terme est surtout employé au 
sens C par les logiciens anglais, par 
suite de ce fait que dans leur langue le 
mot entity est d’un usage courant, et 
possède un sens concret : « un être. 
une chose ». Il y aurait lieu de ne pas 
suivre cet usage qui manque de clarté, 
et d'employer plutôt, suivant les cas, 
les désignations plus précises de classe, 
d'individu ou de relation. 

Rad. int. : À. Entec ; B. Ent. 


ENTOPTIQUES (Lueurs ou images). 
— Se dit des sensations visuelles provo- 


ENTROPIE 


quées par un autre excitant que la 
lumière (compression, choc, trauma- 
tisme, inflammation, etc.). Voir Phos- 
phène*, 


ENTROPIE, D. Entropie; E. En- 
tropy ; I. Entropia. 

L’entropie est une fonction dont les 
variations permettent de donner une 
expression quantitative au second prin- 
cipe de la thermodynamique (Principe 
de CarnoT-CLausius). Elle peut être 
définie ainsi qu’il suit : 

1. On appelle variation de l’entropie 
d’un système entre un état A et un 
état B la fonction 


L 


dans laquelle T désigne la température 
absolue des sources calorifiques et Q la 
quantité de chaleur fournie par elles, 
l'intégrale étant prise le long d’une 
transformation réversible (c’est-à-dire 
telle qu’on puisse ramener le système 
de l’état B à l’état À en repassant à 
très peu près par tous les mêmes états 


Sur Enthymème. — La liaison des deux sens paraît être celle-ci : dans beaucoup 
de cas (non dans tous) l’enthymème aristotélicien (simple « considération », de 
EvBvuéoux) se trouvait être exprimé d’une façon elliptique, le fait de l’énoncer 
d’une façon complète en faisant ressortir l’invalidité formelle. Avec la tendance 
à traiter la logique d’une façon purement formelle, ce caractère en vint à être 
regardé comme l'essentiel de l’enthymème, qui était, au contraire, pour Aristote, 
son caractère € rhétorique » (voir Sec. Anal., II, 1) ; et l’on inventa alors, pour 
justifier ce sens, la fausse étymologie &v 8uu& (une prémisse gardée dans l'esprit). 
La note de Pacius aux Prem. Anal, 11, 27, dans Commentarius Analyticus in 
Aristotelis Organum, 1605, rend compte très complètement des significations de ce 
mot, y compris le sens particulier de Cicéron et de Quintilien, qui diffère à la 
fois de celui d’Aristote et de celui des modernes. (C. Webb.) — Remarquer 
cependant dans le texte cité d’ARISTOTE : « *Edv uèv o0v à ul Aex07 rpétuais 
omusiov ylveroi pôvov, édv 8 xal } érépa mpooAnpô, auAloyiouéc » (7035), qui 
semble bien l’amorce du sens scolastique. (A. L.) 

Voir l’exposé des différents sens du mot dans QuiINTILIEN, Institution oratoire, 
livre V, ch. X, $ 1. (C. Ranzoll.) — Quintilien reconnaît trois sens auxquels 
se prend enthymema : 1° ce qu’on a dans l'esprit ; le mot en ce sens, n’a rien de 
technique ; 2° une affirmation appuyée de la raison qui la justifie (e sententia, 
cum ratione ») ; 3° un argument non rigoureux, tiré soit des conséquences, soit des 


contraires (« vel ex consequentibus, vel ex repugnantibus »), et il ajoute que 
certains auteurs ne lui donnent que ce dernier sens, « argument tiré des contraires ». 
Il sait d’ailleurs qu’on l’appelle « syllogisme rhétorique », par opposition au 
syllogisme proprement dit ; mais il ne paraît pas connaître l'origine aristotélicienne 
de cette expression, ni la définition d’Aristote. 

Le mot, en grec, appartenait au langage courant. Outre le premier sens rapporté 
par QUINTILIEN, il voulait dire aussi raisonnement, réflexion, motif, conseil, etc. 


Sur Entité. — D'après LE1BN1Z ( De principio individui, Gerh., IV, 18) ce prin- 
cipe, selon certains scolastiques, — et c'est l’opinion qu’adopte Leibniz lui- 
même, — était entitas tota, c’est-à-dire la réalité tout entière de l’être individuel, 
par opposition à son existentia ou à son haecceitas. (J. Lachelier.) 

CourNor a essayé de réhabiliter et de restaurer ce mot. Cf. Essai sur les fonde- 
Ments de nos connaissances, ch. XI : « Des diverses sortes d’abstrautions et d’en- 
tités. » Il y distingue des entités artificielles ou logiques et des entités rationnelles. 
Ces dernières sont « fondées sur la nature et la raison des choses » ; elles ont une 
valeur objective : ainsi les « constellations naturelles » de Herschel, les genres ou 
les espèces de nos classifications, une onde liquide, un fleuve, une montagne. 
Îl faudrait les définir, non par une communauté de substance ou d’essence, mais 
Par l’idée d’une « solidarité des causes qui les ont produites ». Une entité est 
Pationnelle ou naturelle quand elle constitue un groupe d’objets dont les ressem- 
blances ne sont pas fortuites, mais résultent d’une même cause ou d’une même 
espèce de causes. (D. Parodl.) 





ENTROPIE 


intermédiaires). Cette intégrale a la 
même valeur pour toutes les transfor- 
mations réversibles de À en B. Elle a 
une valeur plus petite pour toute trans- 
formation irréversible, ayant même état 
initial et même état final, et par consé- 
quent, dans ce cas, ne représente plus 
la variation d’entropie entre ces deux 
états. 

2. En prenant arbitrairement comme 
zéro l’entropie dans un état O bien 
défini d’un système, on appellera en- 
tropie d’un autre état A la variation 
d’entropie entre O et A. D’après la 
condition de réversibilité exprimée ci- 
dessus, cette définition ne s'applique 
qu’à un système dont toutes les parties 
sont en équilibre calorifique, électrique, 
mécanique, etc. Dans le cas contraire, 
l’entropie d’un système est la somme 
des entropies de ses parties, supposées 
assez petites pour réaliser les condi- 
tions de la réversibilité. 


CRITIQUE 


On démontre en partant des défini- 
tions ci-dessus et comme conséquence 
du principe de Carnot que, dans un 
système thermiquement isolé (dont les 
différentes parties agissent seules com- 
me sources calorifiques les unes par 
rapport aux autres), tout phénomène 
qui se produit entraîne une augmenta- 
tion d’entropie. Il s'ensuit donc de là 
que « quand un changement est iso- 
lable, le changement inverse ne l’est 
pas » ou encore « qu’un système isolé 
ne passe jamais deux fois par le même 
état » (J. PERRIN, Le second principe de 
la thermodynamique, Rev. Métaph., 
1903, 183). Il en résulte cette consé- 
quence, importante au point de vue 
philosophique, que tous les change- 








ments physiques spontanés se font dans 
un sens qui ne peut être renversé. (Voir 
Évolution*, B et critique) C’est ce 
qu’exprime le nom d’entropie (du grec 
évrporn, in-volution), par lequel CLau. 
sius a désigné cette fonction, avec cette 
idée de plus que ce sens naturel dans 
lequel se produisent les phénomènes 
est une sorte de reploiement sur soi. 
même et de diminution des inégalités 
(Uber eine veränderte Form des zweiten 
Hauptsatzes der mechanischen Wärme- 
theoriel, Ann. de Pogg., 1854, p. 481). 
Rad. int. : Entropi. 


ÉNUMÉRATION, D. Aufzühlung ; E. 
Enumeration ; 1. Enumerazione. 

À. Définition pa: énumération : con- 
siste à définir un concept par son 
extension, en énumérant les individus 
ou les espèces qui font partie de celle-ci. 

B. Induction par énumération : con- 
siste à énumérer les diverses espèces 
d’un genre, pour conclure une proposi- 
tion relative à ce genre. Si l’énuméra- 
tion est complète, c’est-à-dire épuise 
toutes les espèces du genre, l'induction 
est complète, et a la valeur probante 
d’une implication rigoureuse. V. /nduc- 
tion* et Colligation*. 

L'induction per enumerationem sim- 
plicem (Nov. org., 1, $ 105) ou nudam 
(voir ci-dessous), c’est-à-dire dans la- 
quelle on ne fait pas de contre-épreuve), 
est opposée par Bacon à la vraie 
méthode expérimentale fexperientia lit- 
terata) : « Inductionem solertius confi- 
cere [oportet], quam quae describitur 
a dialecticis : siquidem ex nuda enume- 
ratione particularium, ut dialectici so- 


1 Sur une forme modifiée du deuxième principe de la 
théorie mécanique de la chaleur. 





Sur Énumération. — Énumération, chez DESCARTES, a deux sens : 10 Opération 
consistant à établir la continuité entre les principes premiers et les conséquences; 
29 opération consistant à passer en revue tous les éléments simples, ou toutes les 
propriétés irréductibles entre lesquelles peut se décomposer un tout complexe. 
Voir Regulae, VII, et Discours de la méthode, II, Règle 1v ; notamment l’addition 
faite dans la traduction latine : « Tum in quaerendis mediis, tum in difficultatum 
partibus percurrendis. » (F. Rauh. — A. L.) 





: tradictoria, vitiose concluditur ; neque 
- aliud hujus modi inductio producit 


quam conjecturam probabilem. » De 
Dignitate, livre V, chap. 11. — Critiques 
renouvelées par J. St. MiLL, Logique, 
livre III, ch. 8, $ 2. 

Rad. int. : Enumerad. 


ÉON, G. œiwv, longue période de 
temps, durée de la vie, époque, ère, 
éternité; appliqué par les Stoiciens à 
la Grande-Année. — Cf. L. aevum. 

A. Chez certains néoplatoniciens et 
chez les gnostiques, se dit des puis- 
sances éternelles émanées de l’Être su- 
prême et par lesquelles s'exerce son 
action sur le monde. 

B. Terme repris par M. Eugenio 
D’Ors pour désigner les « systèmes su- 
pra-temporaires » (types, constantes) 
qui, contrairement à la doctrine de l’é- 
volution universelle, reparaissent dans 
l’histoire semblables à eux-mêmes, avec 
leurstructure propre : p.ex. en matière 
de formes politiques, la dictature, le 
système féodal; en matière d’art, le 
rationalisme classique, le baroque (en- 
tendu en un sens large : panthéisme et 
dynamisme), etc. Voir notamment Du 
baroque, 2° partie, ch. II : « Les Éons », 
trad. Rouardt-Valéry, p. 88-96. « Les 
relations entre l’éon classique et l’éon 
baroque ne constituent rien d'’autre 
qu'un chapitre, ou, si l’on veut, un 
corollaire des rapports entre la Raison 
et la Vie. » Zbid., p. 175. 





ÉPICHÉRÈME 


ÉPAGOGIQUE, du G. éraywyñ; D. 
Epagogik ; E. Epagogic ; I. Epagogico. 
Synonyme d’inductif (ëræywy" = in- 
duction) ; mais s’applique surtout à 
l'induction aristotélicienne ou formelle. 


ÉPHECTIQUE, G. ‘Ewsxriwéc, qui 
suspend son jugement, de éréxyeuw; D. 
Ephektiker ; E. Ephectic ; I. Efettico. 

« Les disciples de PyrRHoN furent 
connus sous quatre noms principaux 
qui nous présentent un abrégé de leur 
doctrine. On les nomma philosophes 
zététiques, sceptiques, éphectiques, et 
aporétiques. Le premier nom nous les 
fait connaître comme chercheurs : iis 
poursuivent la science ; le second com- 
me examinateurs : ils comparent, étu- 
dient ; c’est le second état de la re- 
cherche, celui où le chercheur s’aperçoit 
qu'il n’a pas trouvé ; le troisième com- 
me en suspens : c’est l’état d'équilibre 
ou de suspension qui suit la recherche 
infructueuse ; le quatrième enfin com- 
me douteurs : c’est l’état final sous le 
point de vue de savoir. » RENOUVIER, 
Philosophie ancienne, Il, 314. — Cf. 
DiocÈne LAERCE, Vie de Pyrrhon, IX, 
69 et 70. 


ÉPICHÉRÈME, GC. émyeipmua (signi- 
fie aussi entreprise) ; D. Epicheirem ; 
E. Epicheirema ; |. Epicherema. 

À. Chez ARISTOTE ({T'opiques, 162%16), 
syllogisme dialectique ou rhétorique, 
c’est-à-dire portant sur le vraisembla- 
ble, le communément admis ; il s'oppose 





Sur Éphectique. — Ephektiker figure dans Eiscer ; mais M. Tônnies nous fait 


savoir que ce mot est à peu près inusité. 


M. J. Lachelier ne croit pas que la formule citée, de ReNouvIER, traduise 
exactement l’ëroyn des sceptiques. « Cicéron, dit-il, définit formellement l’éroyf 
assensionis retentio (Prem. Académ., livre 11, ch. xvint, $ 59). Exoxf est exactement 
reproduit dans /nhibitio, qui en donne le sens. » 


Sur Épichérème. — ’Emysæeiv veut dire entreprendre; mais, déjà chez 
Platon, argumenter. Cf. l’expression « entreprendre quelqu'un ». 

. La transition d’un sens à l’autre paraît résulter de ce que le syllogisme judi- 
Claire, où les prémisses sont accompagnées de leurs preuves, est en même temps un 
exemple de syllogisme dialectique, c’est-à-dire d’épichérème au sens A. (F. Mentré.) 

Cf. une transformation analogue dans enthymème. 


ÉPICHÉRÈME : 








au syllogisme apodictique (philoso- 
phème) et au syllogisme éristique (so- 
phisme). 

B. Chez les modernes, syllogisme dont 
chaque prémisse est accompagnée de 
sa démonstration. 

Rad. int. : Epikerem. 


ÉPICURIEN, D. Epikureer, subst. ; 


epikurisch, adj.; — E. Epicurean, 
subst. et adj. ; epicure, subst. ; — I. 
Epicureo. 


A. Partisan de la doctrine d'Épi- 
cuRE : relatif à cette doctrine. 

B. Dans le langage courant, celui 
qui aime les plaisirs, le confort, la vie 
agréable, la bonne chère ; en général, 
avec l’idée accessoire d’un certain art 
et d’une certaine délicatesse dans le 
choix des jouissances. 

La confusion de cette tournure de 
caractère avec la sobre et sévère doc- 
trine d'Épicure et des vrais épicuriens, 
tels que LucrÈce, s’est produite dès 
l’antiquité romaine, chez les partisans 
comme chez les adversaires de ce qu’on 
appelait ainsi. Voir Observations. 

Rad. int. : Epikur. 


ÉPICURISME (autrefois, au sens À, 
Épicuréisme ; mais cette forme se ren- 
contre de moins en moins) ; D. Epiku- 
rism, Epikureism ; E. Epicurism, Epi- 
cureanismo ; I. ÆEpicurismo, Epicu- 
reismo. 

A. Doctrine d'Éricure. 





B. Caractère de 
sens B. 
Rad. int. : Epikurism. 


l’épicurien, ay 


ÉPIGÉNÉSE, D. Epigenese ; E. Epi. 
genesis ; |. Epigenesi. 

Si l’on admet que les différencia- 
tions* d'organes et de caractères qui 
apparaissent au cours du développe. 
ment des êtres et particulièrement au 
cours de leur embryogénie, se consti- 
tuent par degrés et ne préexistaient pas 
toutes formées dans le germe, on dit 
qu’il y à épigénèse : dans le cas con- 
traire, on dit qu’il y a préformation 
(anciennement, évolution). — (Cette 
préformation peut être soit absolue, en 
ce sens que les organes préexistent tels 
quels, mais à l’état de réduction prodi- 
gieusement petite; c’est l’ancienne 
théorie de l’emboîtement des germes ; 
soit relative, en ce sens que les organes 
adultes sont seulement représentés par 
des différenciations préexistantes du 
germe, qui ne leur ressemblent pas, 
mais qui déterminent leur développe- 
ment.) 

Rad. int. : Epigenes. 


Épiménide (L’}. — Nom donné, à 
une date que nous n’avons pu déter- 
miner, à une variante du sophisme Le 
Menteur* : « Épiménide le Crétois dit 
que les Crétois mentent toujours ; or, 
il est Crétois : donc il ment. Donc les 
Crétois ne sont pas menteurs. Mais si 





Sur Épicurisme. — La confusion de l’épicurisme proprement dit avec l’hédo- 
nisme*, ou avec des doctrines qui s’y rattachent de plus ou moins près se rencontre 


déjà chez CicÉRON 


: « Epicure noster, ex hara producte, non ex schola... » Jn 


Pisonem, 37. De même chez Horace : « Me pinguem ac nitidum bene curata cute 
vises cum ridere voles Epicuri de grege porcum. » (Épitres, I, 4, vers 15-16). Chez 
Cicéron ce pourrait être un effet de son mépris pour la plebeia* philosophia ; 
mais il semble plutôt, d’après la ressemblance de ce passage avec les vers d’Horace, 
qu’il y ait là une plaisanterie traditionnelle, et peut-être beaucoup plus ancienne. 


Sur Épigénèse. — L'épigénèse, au sens ci-dessus défini, a été en particulier 
défendue par Gaspar Friedrich Wozrr contre les leibniziens. KANT se sert aussi de 


ce mot. (R. Eucken.) 


Sur Épiménide. — Article dû en grande partie aux indications de MM. Robin 


et Bréhier. 





293 


les Crétois ne somt pas menteurs, Épi- 
ménide dit vrai, etc. » 

Ce terme est employé quelquefois de 
nos jours en un sens plus général, pour 
désigner l'argument du Menteur, même 
sous sa forme primitive, et sans réfé- 
rence à l’adage d'Épiménide. Voir p. ex. 
Brunscavicc, Les Étapes de la philo- 
sophie mathématique, ch. x1x, $ 252. 


CRITIQUE 


Aristote, qui parle en plusieurs pas- 
sages d’Épiménide le Crétois, n’associe 
nulle part son nom à l’argument du 
Menteur. Il en est de même de ses 
commentateurs, du moins à notre con- 
naissance. D’autre part cet argument, 
sous la forme rappelée ci-dessus (et il 
yen a des variantes encore plusfaibles), 
a tout le caractère d’un amusement 
d’écolier, car il n’a point de rigueur 
logique. 11 devrait conclure seulement : 
« Donc il est faux que les Crétois 
mentent toujours », ce qui laisse indé- 
terminé si, en ce cas, Épiménide a dit 
vrai ou faux; et le raisonnement 
s'arrête là. 

L’adage Koïñres dei Vebotou, etc., est 
un vers proverbial d’Épiménide, em- 
prunté probablement à l’Introduction 
de sa Théogonie. Il est cité par saint 
Pau, Épitre à Tite, 1, 12, ce qui peut 
faire supposer que cette forme de l’ar- 
gument date de l’époque chrétienne : 
soit de la scolastique (mais nous ne 
l'avons pas trouvé dans Prantl), soit 
même d’une date plus récente. 


ÉPIPHÉNOMÈNE, D. Begleiterschei- 
nung ; E. Epiphenomenon ; 1. Epifeno- 
meno. 

D'une façon générale, phénomène 
accessoire dont la présence ou l’absence 





ÉPISTÉMOLOGIE L 


n'importe pas à la production du phé- 
nomène essentiel que l’on considère : 
par exemple, le bruit ou la trépidation 
d'un moteur. — On appelle spéciale- 
ment théorie de la conscience épiphéno- 
mène celle qui soutient que la cons- 
cience est dans ce cas par rapport aux 
processus nerveux, qu'elle est « aussi 
incapable de réagir sureux que l'ombre 
sur les pas du voyageur » (MAUDSLEY, 
CzirrorD, HuxLEy, Hopcesox, etc.). 
Voir Ri8oT, Maladies de la personna- 
lité, Introduction ; et Maladies de la 
mémoire, Chap. 1, 1. 
Rad. int. : Epifenomen. 


ÉPISTÉMOLOGIE, D. W’issenschafts- 
lehre ; E. Epistemology ; 1. Epistemo- 
logia. 

Ce mot désigne la philosophie des 
sciences, mais avec un sens plus précis. 
Ce n’est pas proprement l'étude des 
méthodes scientifiques, qui est l’objet 
de la Méthodologie et fait partie de la 
Logique. Ce n’est pas non plus une 
synthèse ou une anticipation conjectu- 
rale des lois scientifiques (à la manière 
du positivisme et de l’évolutionnisme). 
C’est essentiellement l'étude critique 
des principes, des hypothèses et des 
résultats des diverses sciences, destinée 
à déterminer leur origine logique (non 
psychologique}, leur valeur et leur por- 
tée objective. 

On doit donc distinguer l’épistémo- 
logie de la théorie de la connaissance, 
bien qu’elle en soit l'introduction et 
l’auxiliaire indispensable, en ce qu’elle 
étudie la connaissance en détail et a 
posteriori, dans la diversité des sciences 
et des objets plutôt que dans l’unité de 
l'esprit. 

Rad. int. : Epistemologi. 


Sur Épistémologie*. — Le mot anglais epistemology est très fréquemment 
employé (contrairement à l’étymologie) pour désigner ce que nous appelons 
« théorie de la connaissance » ou « gnoséologie ». Voir ces mots. En français, il 
ne devrait se dire correctement que de la philosophie des sciences, telle qu’elle 
est définie dans l’article ci-dessus, et de l’histoire philosophique des sciences. 
« Le présent ouvrage appartient, par la méthode, au domaine de la philosophie 
des sciences, ou épistémologie, suivant un terme suffisamment approché et qui 





ÉPISTÉMOLOGIQUE . 294 


——— 


Épistémologique (Paradoxe), voir Pa- 
radoxe*. 


trouver les valeurs qui les vérifient. En 
Géométrie analytique et en Mécanique, 
les équations expriment des relations 

ÉPISYLLOGISME, D. Episyllogis- | entre les variables : elles représentent 
mus ; E. Episyllogism; I. Episillo- | alors des figures (équation d’une courbe, 
gismo. d’une surface) ou des mouvements. En 

Syllogisme dont une des prémisses | Physique, les équations représentent 
est la conclusion d’un syllogisme pré- | les lois de variation concomitante des 
cédent dans une chaine déductive. Cf. | variables qui y figurent. 
PROSYLLOGISME. Il ne faut pas confondre le sens 

Rad. int. : Episilogism. général de ce mot avec les sens spé- 
ciaux qu’il a en Astronomie : équation 
du temps, différence entre le temps vrai 
et le temps moyen; équation person- 
nelle, correction qu’on fait subir aux 
observations de temps pour tenir comp- 
te du retard (ou quelquefois de l’avan- 
ce}, variable selon les individus, avec 
lequel chaque observateur pointe un 
phénomène observé. 


EPOCHÉ, (S). 


ÉQUATION, D. Gleichung plus géné- 
ral, s'applique aussi à ce qu’on appelle, 
en mathématiques, une égalité; E. 
Equation ; 1. Equazione. 

Égalité générale (à termes variables) 
exprimant une condition que les varia- 
bles doivent remplir (on dit alors 
qu’elles la vérifient). Toute équation, 
proprement dite est donc une fonc- 
tion* propositionnelle déterminant une 
grandeur (p. ex. : x tel que ax°+b--0). | verses déformations systématiques que 

Ordinairement, une équation n’est | la tournure d’esprit, ou les idées pré- 
vraie que pour quelques valeurs des | conçues font subir inconsciemment à 
variables ; elle est dite impossible si | ce que perçoit un individu. 
elle n’est vraie pour aucune ; indéter- 
minée si elle est vraie pour une infinité 
d'entre elles, formant une suite conti- 
nue (v. Égalité*, Identité*). 

En Logique algorithmique et en 
Algèbre, les variables sont considérées 
comme des inconnues par rapport aux- | 
quelles on résout les équations, pour 


Équation personnelle, à partir de ce 
sens primitif, a été étendu par méta- 
phore, d’une manière très large, à di- 


CRITIQUE 
Il est regrettable que le sens im- 
propre du terme personnel* se trouve 
renforcé par l’usage courant de cette 
expression. Ce devrait être : « équation 
individuelle ». 
Rad. int. : Equacion. 





tend à devenir courant. » E. MEYERSOoN, {denulé et réulité, Avant-propos, p. !. 
— Cf. aussi GoBLoT, Systèmes des sciences, p. 214. — Mais l’influence de l’anglais 
(et peut-être aussi la connaissance de moins en moins répandre du grec) font que 
l’on trouve assez fréquemment ce mot au sens de l'allemand Erkenntnis theorie. 

Il me semble qu'en distinguant l’Épistémologie de la Théorie de la connais- 
sance, il serait bon d'élargir par un autre côté le sens du premier terme, de manière 
à y comprendre même la psychologie des sciences : car l’étude de leur dévelop- 
pement réel ne peut sans dommage être séparée de leur critique logique, surtout 
en ce qui concerne les sciences ayant le plus de contenu concret ; et, même pour 
les mathématiques, on est amené à en tenir compte dès qu’on sort de la pure 
logistique. (A. L.) 

La distinction que fait le français entre épistémologie et théorie de la connais- 
sance (gnoséologie) serait sans doute très utile ; mais elle n’est pas usuelle en 
italien, ni en anglais. 


295 


ÉQUILIBRE, D. Gleichgewicht, Ae- 
quilibrium ; E. Equilibrium ; I. Equi- 
dibrio. 

A. En Mécanique, on dit qu’un sys- 
tème est en équilibre sous l’action de 
forces déterminées lorsqu'il est suscep- 
tible de rester indéfiniment en repos 
sous l’action de ces forces. — Par exten- 
sion, on dit que plusieurs forces agissant 
sur un même corps Ou sur un même 
système de corps se font équilibre si 
l'on peut supprimer à la fois toutes 
ces forces sans que cette suppression 
change l’état ni le mouvement du corps 
ou du système considérés. Par exemple, 
on peut dire qu’à chaque instant du 
mouvement d’un point matériel, il y a 
équilibre entre les forces qui lui sont 
appliquées et la force d'inertie. Équi- 
libre n’est donc nullement synonyme 
de repos. 

B. En Physique, on dit aussi qu’un 
système est en équilibre dans un état et 
sous des actions extérieures données 
s’il peut rester indéfiniment dans cet 
état en présence de ces actions. 

Le mot s'emploie de même en Chi- 
mie; mais il y désigne plus spéciale- 
ment : 

C. L'état d’un corps ou d’un système 
de corps qui dépendent des conditions 
de leur milieu (température, pres- 
sion, etc.) d’une façon telle qu’à chaque 
état défini de ces conditions, appelées 
facteurs de l'équilibre, corresponde un 
état déterminé et toujours le même du 
corps ou du système considérés, quel 
que soit le sens dans lequel s’est effec- 
tuée la variation du milieu. 

D. Par métaphore, on appelle en 
psychologie équilibre des inclinations, 
l’état dans lequel aucune de celles-ci 





ÉQUITÉ 


n’est assez intense pour diriger à elle 
seule toute l’activité de l'esprit ; — vo- 
lonté équilibrée, celle qui n’est ni impul- 
sive, ni hésitante à l’excès. Au point de 
vue intellectuel, les équilibrés (Pau- 
LHAN, Esprits logiques et esprits faux, 
2° part., chap. 1, $ 1) sont ceux « en 
qui la logique est en quelque sorte 
innée, naturelle et instinctive ; par là, 
ils s'opposent non seulement aux inco- 
hérents, mais aussi à un moindre 
degré, aux raisonneurs et aux logi- 
ciens ». — Plus généralement encore, 
on appelle équilibre mental l’état d’har- 
monie de toutes les facultés, dans 
lequel aucune n’est prédominante au 
détriment des autres. 

Rad. int. : Equilibr. 


ÉQUIPOLLENCE, D. Acquipollenz, 
Gleichgeltung ; E. Aequipollency ; I. 
Equipollenza. 

Caractère de deux propositions qui 
ont même signification ; autrement dit, 
entre lesquelles il existe une égalité* 
logique ; par exemple, en logique clas- 
sique : SaP’, SeP, PeS, PaS'. — Cf. Con- 
version*, Contraposition, Obversion*. 

« Équipollents » se dit aussi, mais 
plus rarement, des concepts qui ont 
même extension. 


ÉQUITÉ, L. Aequitas ; D. Billigkeit ; 
E. Equity; I. Equita. 

A. Sentiment sûr et spontané du 
juste et de l’injuste ; en tant surtout 
qu’il se manifeste dans l’appréciation 
d’un cas concret et particulier. 

B. Habitude de conformer sa con- 
duite à ce sentiment. 

C. Spécialement, dans le droit, l'équité 
s’oppose à la lettre de la loi, ou à la 


Sur Équilibre. — Article remanié pour la partie mécanique conformément aux 


indications de M. J. Hadamard, et pour la partie physico-chimique conformé:- 
ment aux indications de M. C. Matignon, qui ajoute l’observation suivante : 
« L'usage de ce mot est flottant en chimie ; mais le sens C tend de plus en plus 
à être reçu pour le sens propre et technique du mot ; le sens B est alors appelé 
repos chimique (LE CHATELIER). Les physiciens emploient aussi le mot en ce sens, 
par exemple en l’appliquant au rapport d’un liquide et de sa vapeur pour chaque 
état défini de température et de pression. » 


ÉQUITÉ 


Li 


17 297 


296 





jurisprudence. Ce sens existe déjà dans 
le droit romain : sur son étymologie, 
voir SUMNER MaAINE, Ancient Law, 
ch. 111. L'appel à l'équité constitue en 
plusieurs pays une procédure spéciale 
(Baldwin, v°, 338). 

Rad. int. : Equitat. 


ÉQUIVALENCE, D. Aequivalen: ; 
E. Equivalency ; I. Equivalenza. 

Deux choses sont dites équivalentes 
quand elles ne diffèrent en rien relati- 
vement à l’ordre d'idées ou à la fin 
pratique que l’on considère. 

En particulier, on appelle équiva- 
lents : en GÉOMÉTRIE, les figures qui 
ont la même aire ou le même volume, 
sans pour cela être nécessairement 
égales* au sens géométrique, c’est-à- 
dire congruentes ; — en Locique, les 
termes ou les propositions entre lesquels 
il y a égalité* logique. 

La « substitution des équivalents » 
est l'opération consistant à remplacer 
dans une formule un terme par un 
autre qui lui est logiquement égal. 

Rad. int. Equival (Ekvivalent, 
Boirac). 


Équivalence (Principe d’). 

Autre nom du principe de la conser- 
vation de l’énergie* : vient de ce que ce 
principe a été découvert et formulé pri- 
mitivement sous cette forme : Il y a 
équivalence entre le travail dépensé et 
la chaleur dégagée dans une certaine 
transformation d’un corps ou d’un sys- 
tème. V. l’article suivant. 


Équivalent mécanique de la chaleur 
(ou mieux : de la calorie). 
Nombre de kilogrammètres qu’il faut 





dépenser dans un corps ou système 
thermiquement isolé pour accroître sa 
quantité de chaleur d’une calorie ; plus 
généralement, rapport du travail dé- 
pensé (mesuré en kilogrammètres), à 
la chaleur dégagée, en calories. 


Équivoelté, voir Équivoque, subst. 


1. ÉQUIVOQUE, adij., D. Aequivok, 
Zweideutig ; E. Equivocal ; I. Equivoco. 

A. En parlant des mots ou des ex- 
pressions : qui a plusieurs sens. 

B. Qui peut être expliqué de plusieurs 
manières différentes ; par suite, de na- 
ture incertaine, qui ne peut être rangé 
dans une espèce bien définie. D'où 
l'expression « génération équivoque ». 
Voir Génération*. 


2. ÉQUIVOQUE, subst., D. Aequi- 
vok, Zweideutigkeit ; E. Equivocation ; 
I. Equivoco. 

A. Mot, expression ou phrase prêtant 
à plusieurs interprétations. 

B. Caractère d’être équivoque, équi- 
vocité. 

Rad. int. : (Adj.) Dusenc ; (Subst.) 
Dusencaj, -es. 


ÉRISTIQUE, G. émonxn,; D. Eris- 
ik ; EB. Eristic ; I. Eristica. 

Art des discussions logiques subtiles ; 
se prend surtout en mauvaise part, 
comme art des raisonnements spécieux 
et des arguties sophistiques. 

L'École éristique est l’École de Mé- 
gare. 

Rad. int. : Eristik. 


EROS, D. E. I., même forme. Trans- 
cription du G. Épwc, primitivement et 





Sur Équité. — Définition A modifiée conformément aux observations de 
Goblot, de Lapie et de Ruyssen, qui propose aussi la formule : « Sûreté du jugement 
dans l’appréciation de ce qui est dû à chacun. » 


Sur Équivalence. — STANLEY JEvons a pensé que la « substitution des équi- 
valents » (élargie de manière à comprendre aussi certaines équivalences partielles, 
telle que celle de l’espèce et du genre) était le principe de tout raisonnement. 
The substitution of similars, the true principle of reasoning!, 1869. 


1. « La substitution de s équivalents (ou des similaires), vrai principe du raisonnement. » 


+ 


principalement désir amoureux (opposé 
à prix, amitié, à &yarn, caritas); puis 
plus largement, vif désir quelconque, 
passion, souhait ardent de quelque 
chose ; comme nom propre, Eros, dieu 
de l'amour. 

Dans la terminologie freudienne et 
chez certains psychologues qui s’en 
inspirent, le mot est pris en un sens 
très large et très variable, qui va de 
Pacception proprement sexuelle au dé- 
sir en général. 

Voir Amour*, Critique, et Observa- 
tions sur Charité*. 


ERREMENT (de erre, train, allure, 
vitesse acquise, aujourd’hui presque 
inusité, sauf dans quelques expressions 
techniques). Ce mot est presque tou- 
jours employé au pluriel. — D. Sans 
équivalent ; peut quelquefois se tra- 
duire par Geleise (proprement ornière, 
donc presque toujours en un sens péjo- 
ratif) ; — E. Way (surtout employé au 
pluriel en ce sens) ; — I. Sans équiva- 
lent. 

Procédure habituellement suivie en 
matière d'administration, d’affaires, de 
méthode scientifique; par exemple : 
« Suivre les errements cartésiens en 


matière d'explication scientifique ; -— | 


justifier les errements usuels, par une 
démonstration théorique », etc. 


CRITIQUE 


Il n’est peut-être pas inutile d’appe- 
ler ici l’attention sur les contresens que 
provoque fréquemment la ressemblance 
des racines et qui font mettre dans 
lPimport de ce terme une idée d'erreur 
ou de détours faits au hasard. 


ERREUR, D. /rrtum; E. Error; 
Î. Errore. 

A. Au sens actif, acte d’un esprit qui 
juge vrai* ce qui est faux, ou inverse- 
ment. « Commettre une erreur. » 

B. Au sens passif, état d’un esprit 








ÉSOTÉRIQUE 


qui tient pour vrai ce qui est faux, ou 
inversement. « Être dans l'erreur. » 

C. Au sens impersonnel, assertion* 
fausse. 


REMARQUE 


L'étymologie paraît indiquer que le 
sens À est primitif : on considère l’er- 
reur comme un faux mouvement, une 
fausse direction prise par l’esprit dans 
la suite de ses opérations. 

BrocHaArRD, De l'erreur (1879). Cf. 
A. LALANDE, La Raison et les normes 
(1948), ch. vit, $ 50. 

Rad. int. : À, B. Eror ; C. Neverai. 


ESCHATOLOGIE, D. Eschatologie ; 
E. Eschatology ; I. Escatologia. 

Doctrine concernant les fins dernières 
de l'univers et de l’humanité. Employé 
spécialement par les théologiens pour 
désigner le problème de la « fin du 
monde », du « jugement dernier » et 
de l’état définitif qu’il doit inaugurer. 
Se rencontre cependant aussi chez les 
philosophes : voir notamment RENou- 
viER et PRAT, Nouvelle Monadologie, 
7e partie, CXXXIX : « L’eschatologie 
cosmique », et CXL : « L’eschatologie 
morale. » 

Rad. int. : Eskatologi. 


ÉSOTÉRIQUE, G. ’Ecwreptxéc, inté- 
rieur ; D. Esoterisch ; E. Esoteric; I. 
Ésoterico. 

A. Terme employé surtout en par- 
lant des écoles antiques de la Grèce. 
Est ésotérique l’enseignement qui ne se 
donne qu’à l’intérieur de l’École, aux 
disciples complètement instruits. Syno- 
nyme : acroamatique*. — Est exoté- 
rique* au contraire ce qui convient à 
l'enseignement public et populaire. Voir 
sur la distinction des ouvrages d’ARIs- 
TOTE en ésotériques et exotériques, RE- 
NOUVIER, Phil. ancienne, II, 39. 

B. Par métaphore, se dit de tout 
enseignement réservé à un cercle res- 





Sur Erreur. — Ce mot a eu, en français, le sens d’errer matériellement. Exem- 
ples dans Littré, dans Darm., Hatz. et Thomas, etc. 








ÉSOTÉRIQUE 


108 

ESPACE, D. Raum; E. Space; I. 
Spazio. 

Milieu idéal, caractérisé par l’exté- 
riorité de ses parties, dans lequel sont 
localisées nos percepts*, et qui con. 
tient par conséquent toutes les éten. 
dues* finies. 

L'espace tel que le considère l’intui- 
tion communé est caractérisé par ce fait 
qu’il est homogène (les éléments qu’on 
peut y distinguer par la pensée sont 
qualitativement indiscernables), iso- 
trope (toutes les directions y ont les 
mêmes propriétés), continu* et illimité, 
Ce sont là des propriétés très géné- 
rales; mais la géométrie usuelle y 
ajoute les deux déterminations sui- 
vantes : 10 il a trois dimensions, c’est-à- 
dire que par un point on peut mener 
trois droites perpendiculaires entre 
elles, et on n’en peut mener que 
trois ; 20 il est homaloïdal, c’est-à-dire 
qu’on peut y construire des figures 
semblables à toute échelle. La néga- 
tion de ces deux dernières propriétés 
correspond à ce qu’on appelle des hy- 
perespaces et des espaces non eucli- 
diens. 

HÔrrDinc distingue l’espace psycho- 
| logique relatif, tel qu’il est saisi dans 


treint d’auditeurs. L’ésotérisme est la 
doctrine suivant laquelle la science ne 
doit pas être vulgarisée, mais commu- 
niquée seulement à des adeptes connus 
et choisis en raison de leur intelligence 
et de leur moralité. Cf. Bacon, De 
Augmentis, livre VI, ch. 11; — Valerius 
Terminus, ch. x1, xvint, etc. 

C. Chez les contemporains, synonyme 
d’occulte : s'applique à la Cabale, à la 
Magie, aux Sciences divinatoires, etc. 
— On trouve également en ce sens 
ésotérisme pour occultisme. 


CRITIQUE 


Ce mot ne paraît pas se trouver dans 
ARISTOTE. Il est cité par E1isLErR avec 
la référence suivante : Politique, VIII, 
1, 13233, 22. Mais c’est sans doute par 
erreur, car l’édition Bekker et l’édition 
Didot donnent toutes deux dans ce 
passage #Éwreptxoi A6yor. Il ne figure 
pas non plus dans Bontrrz (cf. ibid. 
1278 b, 32, Métaph., 1076 a, 29). — Il 
apparaît seulement dans CLÈMENT 
D'ALEXANDRIE, appliqué à certains ou- 
vrages d’Aristote (Stromata, V, p. 681. 
D'après H. EsTIENNE, Thesaurus, revu 
par HaasEe et Dinporr). 

Rad. int. : Esoterik. 








Sur Espace. La propriété du mot idéal, en parlant de l’espace, est mise en 
doute par MM. J. LaceLter, EccEr, RussELL ; nousl’avons cependant maintenu, 
faute de trouver un terme plus exact qui pût le remplacer. Nous entendons par là 
que, quelle que soit l’opinion professée quant à notre façon de connaître l'étendue 
dans telle ou telle expérience particulière, l’espace, pris dans son ensemble et 
comme milieu, n’est pas une chose ni une sensation, mais une production ou une 
construction de l'esprit : par exemple une abstraction, pour Mach, Hoffding ; une 
« forme a priori » pour un kantien, etc. (A. L.) 

V. Egger préférerait la définition suivante : « Milieu où nous situons tous les 
corps et tous les mouvements. » 

La distinction de l’espace psychologique (ou physiologique) et de l’espace 
géométrique a été complétée sur les indications de MM. Ranzoli et Iwanowsky. — 
M. Ranzoli critique l’expression de Mach, à laquelle il préfère celle d’Hoffding; 
il fait remarquer en outre que, pour beaucoup de psychologues, le seul espace 
« que nous percevons réellement » est l’espace visuel (ottico). — W. Iwanowsky 
pense au contraire qu'il y a trois formes fondamentales de la sensation d'espace : 
l’espace visuel, l’espace tactile, l’espace musculaire. — L’un et l’autre admettent 
que l’espace géométrique sort par abstraction de ces espaces primitifs, qui ne 
sont ni homogènes, ni illimités, ni continus. — Voir la discussion de ces différents 
points de vue dans le chapitre de la Psychologie de HôrFDina cité plus haut. 


1990 


la perception, et l’espace idéal absolu 
eu mathématique, « abstraction à la- 

elle rien ne se conforme dans l’in- 
tuition » et qui, seul, est homogène, 
continu, etc. (Esquisse d'une psycholo- 
qie, V, C, 10). Ernst Macu fait de 
même, quoique en termes un peu diffé- 
rents (On physiological as distinguished 
from geometrical space, Monist, Apr. 
4901) : il distingue de l’espace géomé- 
trique, qui présente toutes les proprié- 
tés ci-dessus énumérées, « l’espace phy- 
siologique », limité au champ de la 
perception actuelle, différencié par les 
gnsations de haut et de bas, de droite 
et de gauche, plus étendu horizontale- 
ment que verticalement, etc. Chaque 
sens a ainsi un espace physiologique qui 
lui est propre, plus homogène pour le 
toucher que pour la vue, plus isotrope 
pour la vue que pour le sens muscu- 
laire, etc. — A rapprocher de cette 
opinion de W. James que toutes les 
sensations sont spatiales. 


CRITIQUE 


Il est bien entendu que lorsque le 
mot est employé sans autre détermina- 
tion, il s’applique à l’espace géomé- 
trique euclidien. 

Rad. int. : Spac. 


« Espace-temps », dans la Théorie* 
de la Relativité : système de quatre 
variables f(x, y, z, t), solidairement 
nécessaires pour repérer un phénomène 
d’une manière complète, la position 
qu'on doit lui assigner dans l’espace 
(z, y, z) et celle qu’on doit lui assigner 
dans le temps n'étant pas totalement 
indépendantes l’une de l’autre, comme 
dans la physique classique. L’équation 





ESPÈCE 
qui représente 
temps est : 
S2=c?(t- 0) (to) (ya y) (52-51) 


l'intervalle d’espace- 


dans laquelle c est la vitesse de la 
lumière, t l'intervalle de temps mesuré 
dans deux systèmes de référence diffé- 
rents, x, y, z les coordonnées d’espace 
dans ces deux systèmes : bien que t, x, 
Y, z, pris à part, soient différents dans 
les deux systèmes, $? a la même valeur 
dans tous les cas. 

L’espace-temps peut être considéré, 
par suite, comme un milieu* à quatre 
dimensions, de même que l’espace seul 
est communément considéré comme un 
milieu à trois dimensions, le temps 
comme un milieu à une seule. 


1. ESPÈCE, G. Elo: ; L. Species ; 
D. Art; E. Species ; |. Spectie. 

A. Locique. Une classe* 4, en tant 
qu’elle est considérée comme formant 
une partie de l’extension d’une autre 
classe, B.— B est alors le genre dont À 
est l’espèce. 

B. Biorocie. Une espèce est un 
groupe d'individus présentant un type 
commun, héréditaire, bien défini et 
généralement tel, dans l’état actuel des 
choses, qu’on ne peut le mélanger par 
croisement, d’une façon durable, avec 
le type d’une autre espèce. 


CRITIQUE 


Il est impossible de donner une défi- 
nition rigoureuse de l'espèce, surtout 
en ce qui concerne les végétaux ; et les 
difficultés qu’on a rencontrées en es- 
sayant de le faire ont précisément 
abouti à faire tomber en discrédit la 
conception de la fixité des espèces et 
de leur séparation radicale. 

Rad. int. : Spec (Boirac). 


Sur Espèce, Critique. — On doit pourtant remarquer que tandis que les genres, 


ordres, classes, etc., d’une part, et d’autre part les variétés sont des groupements 
arbitraires utiles seulement pour la conception claire et la désignation des êtres, 
l'espèce biologique a un fondement dans la réalité. Discuter si un groupement 


est, à une époque déterminée, une espèce ou une variété, c’est discuter un point 
de fait. (E. Goblot.) 


ESPÈCES 


2. ESPÈCES (rare au singulier), 
G. Etdwrs ; L. Species, simulacra, Lu- 
CRÈCE ; species intentionales, ScoL. ; D. 
Species ; E. Species ; I. Specie. 

Sens général : objet immédiat de la 
connaissance sensible, considéré comme 
une réalité intermédiaire entre la con- 
naissance et la réalité connue. « La plus 
commune opinion est celle des péripa- 
téticiens, qui prétendent que les objets 
de dehors envoient des espèces qui leui 
ressemblent, et que ces espèces sont 
portées par les sens extérieurs jusqu’au 
sens commun ,; ils appellent ces espèces- 
là impresses, parce que les objets les 
impriment dans les sens extérieurs. Ces 
espèces impresses étant matérielles et 
sensibles sont rendues intelligibles par 
l'intellect agent, et sont propres pour 
être reçues dans l’intellect patient. Ces 
espèces ainsi spiritualisées sont appe- 
lées espèces expresses, parce qu’elles 
sont exprimées des impresses ; et c'est 
par elles que l’intellect patient connaît 
toutes les choses matérielles. » MALE- 
BRANCHE, Recherche de la vérité, li- 
vre III, 2€ partie, chapitre 11. —— Voir 
E1SLER, v° Species. 

Ce terme n’est guère resté usuel que 
dans l'expression : « Sous les espèces 
de. » employée par les théologiens 
pour caractériser la transsubstantia- 
tion, et qui est prise quelquefois par 
métaphore dans le langage courant. 


ESPRIT, G. zveüue et voüc; L. Spi- 
ritus et mens; D. Geist; E. Spirit; 
IL Spirito. 








300 
tion. Garde ce sens étymologique chez 
Bacon : « Spiritus vitalis » et chez 
DESCARTES et ses successeurs : « Leg 
esprits animaux. » Voir Ame* sensible 

B. Principe de la vie, et par suite 
âme individuelle*. A conservé ce sens, 
mais surtout dans le langage théolo- 
gique ou mystique. « Les Esprits ou 
âmes raisonnables » sont « des images 
de la Divinité, ou de l’Auteur même de 
la nature; c’est ce qui fait que les 
Esprits sont capables d’entrer dans une 
manière de Société avec Dieu, etc. ». 
LE1ïBniz, Monadologie, 82, 83 et suiv. 
— Dieu, les anges, les démons, les 
âmes des hommes désincarnées après 
la mort sont des esprits. 

C. En un sens impersonnel, l'Esprit 
est la réalité pensante en général, le 
sujet de la représentation avec ses lois 
et son activité propre, en tant qu’op- 
posé à l’objet de la représentation. Voir 
Ame (Critique et Observations ). Ce der- 
nier sens est le plus général dans le 
langage philosophique contemporain. I] 
comprend plusieurs acceptions : 

1° L'Esprit est opposé à la Matière* ; 
l’antithèse est alors essentiellement celle 
de la pensée et de l’objet de la pensée, 
de l’unité intellectuelle et de la multi- 
plicité des éléments qu’elle synthétise. 

20 L'Esprit est npposé à la Nature* ; 
lantithèse est alors, soit celle du prin- 
cipe producteur et de la production, 
soit celle de la liberté et de la néces- 
sité, soit celle de la réflexion et de 
l’activité spontanée. 

30 L'Esprit est opposé à la Chair, en 
tant que celle-ci représente l’ensemble 


A. Souffle, gaz, produit de distilla- 


Sur Espèces. — On dit aussi « payer en espèces ; des espèces sonnantes ». 
De plus la langue juridique a prêté à la langue courante et à la langue philoso- 
phique l’expression : « c’est un cas d’espèce », qui se rattache au même sens du 
latin species, comme l’a fait remarquer CourNorT : « Pour se conformer à l’étymo- 
logie, il faudrait appeler genre ce que les naturalistes nomment espèce, et espèces 
les individualités, dont en général ils ne s'occupent guère. Il faudrait, comme 
on le fait encore au barreau, par un reste de tradition scolastique, appeler du 
nom d’espèces les cas individuels et particuliers ; il faudrait, comme le font les 
philosophes et les moralistes, qualifier de genre humain ce que les naturalistes 


appellent l'espèce humaine. » Traité de l’enchaînement…., livre I, ch. v, $& 47. 
(M. Marsal.) 





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| 


ARE PR SET 


ESSENCE 





des instincts de la vie animale ; primi- 
gvement, dans le langage théologique : 
«La chair a des désirs contraires à ceux 
de l'esprit, et l'esprit en a de contraires 
à ceux de la chair. » Saint Pau, Épitre 
aux Galates, V, 17 (trad. Lemaistre de 
Sacy) ; — et, par suite, dans le langage 
hilosophique, par exemple lorsque 
assendi et Descartes s’appelaient iro- 
aiquement l’un l’autre : O mens, O caro 
(Cinquièmes Objections et Réponses). 

D. En un sens plus particulier, 
pEsprit s'oppose à la sensibilité, et 
devient synonyme d'intelligence. « L’es- 
prit ne saurait jouer longtemps le per- 
sonnage du cœur. » La ROCHEFOUCAULD, 
Maxime 108. 

Esprits faibles se dit : 1° de ceux qui 
ne sont pas capables de raisonner avec 
suite et avec justesse ; 29 (en un sens 
assez différent) des esprits facilement 
suggestibles. 

Le mot se restreint même souvent 
plus encore, en passant de la fonction 
générale à l’une de se: qualités : l’esprit 
philosophique ; l'esprit de finesse ; l’es- 
prit de géométrie (l’opposition usuelle 
de ces deux expressions vient de Pas- 
cAL : voir les Pensées, pet. éd. Brun- 
schvicg, sect. I, p. 317-319) ; l'esprit de 
saillie (ou esprit tout court), etc. 

E. Au sens figuré, idée centrale, 
principe (d’une doctrine, d'une institu- 
tion) : « L'Esprit des lois. » — L'esprit, 
en ce sens, s’oppose souvent à la lettre. 

Rad. int. : C. Spirit (Boirac). 


Esprits forts, esprits étrangers ou 
même hostiles aux croyancesreligieuses. 
L'origine de cette expression est pro- 
bablement chez CHARRON : « [La reli- 
gion] est bien plus facile et aisée, de 
plus grande monstre et parade, des 
esprits simples et populaires ; [la pru- 
d’homie] est d’exploit beaucoup plus 
difficile et laborieux, qui a moins de 
monstre, et est des esprits forts, géné- 
reux. » De la Sagesse, II, ch. v, $ 27. 
Cf. PascaL : « Athéisme, marque de 
force d'esprit, mais jusqu’à un certain 
point seulement. » Pensées, pet. éd. 
Brunschvicg, sect. III, p. 431, et La 
BRuYÈRE : « Les esprits forts savent-ils 
qu'on les appelle ainsi par ironie ?.… 
L'esprit fort, c’est l'esprit faible... », etc. 


ESSENCE, G. Oùoix plus large ; rù 
th éotuv, Td 7 fv elvar; L. Essentia ; 
D. Wesen ; E. Essence ; I. Essenza. 

A. Métaphysiquement, par opposi- 
tion à accident* : ce qui est considéré 
comme formant le fond de l’être, par 
opposition aux modifications qui ne 
lPatteignent que superficiellement ou 
temporairement. Cf. Accident*. Cette 
essence est placée par les uns dans 
le général, par les autres dans l’indi- 
viduel. 

B. Par opposition à existence* (soit 
au sens métaphysique, soit au sens 
expérientiel) : ce qui constitue la nature 
d’un être, par opposition au fait 
d'être. — Cf. Eristentialisme*. 








Sur Essence. — Oùoix a quatre sens chez ARISTOTE, distingués dans Métaphy- 


sique, Z, ch. 3 (au début). Un seul s’applique à l’essence, odoia &veu An. Il est 
vrai que sa pensée paraît bien être que le véritable étre d’une chose est ce que 
nous appelons essence. La définition de Spinoza diffère de celle d’ARISTOTE : 
animal, dans la pensée d’Aristote, « pertinet ad essentiam » de homme ; et cepen- 
dant animal peut être et être conçu sans homme ; et d’autre part, animal étant 
donné, homme n’est pas nécessairement posé. La définition de Spinoza nie impli- 
Citement la réalité des genres. (J. Lachelier.) 

M. M. Marsal nous signale ce passage de Cournor : « En économie forestière, 
essence est restée jusqu’à nos jours comme synonyme d'espèce. Les vieux chimistes 
désignaient par ce mot le produit de leurs distillations, de leurs rectifications, 
ce qui reste d’une substance que ses propriétés rendent précieuse, après qu’on 
l'a purifiée des substances étrangères qui s’y trouvent mélées et qui en affai- 
blissent la vertu. » Considérations, livre I, ch. 1rv. (Ed. Boivin I, 57.) 


LALANDE, — VOCAB. PHIL. 12 





ESSENCE 





C. Logiquement : 1° Au sens concep- 
tualiste, l’ensemble des déterminations 
qui définissent un objet de pensée. 
a Tori Av elvar ÉaTtiv Gowv 6 Adyoc ÉdTiv 
éptouôc. » ARISTOTE, Métaph., vI1, 4, 
10302. « Ayo d'odoizv veu DAnç Td rl 
Av elvat. » Ibid., 7, 1032b, — L’essence 
s'oppose alors à l'existence comme le 
rationnel aux données de l'expérience, 
ou comme le possible à l'actuel. « Ad 
essentiam alicujus rei id pertinere dico, 
quo dato res necessario ponitur et quo 
sublato res necessario tollitur ; vel id 
sine quo res et vice versa quod sine re 
nec esse nec concipi potest. » SPINOZA, 
Éthique, un, def. 2. « Wesen ist das erste 
innere Princip alles dessen was zur 
Môglichkeit eines Dinges gehortl. » 
KANwT, Principes métaph. de la science 
de la nature, Préface, 3. 

20 Au sens nominaliste, il n°y a pas 
d'essence, mais ce que les réalistes et 
les conceptualistes ont appelé de ce 
nom n’est que l’ensemble des carac- 
tères connotés par un mot. Exemple de 
la glace qui, pilée, garde son essence, 
mais qui la perd une fois fondue (Lo- 
ckE). Mic, Logique, livre I, ch. vi, $ 2. 
Voir Gizsox, L'étre et l'essence (1948). 

Rad. int. : Esenc ( Boirac). 


« ESSENTIALISME », (S). 


ESSENTIEL, D. Wesentlich ; E. Es- 
sential ; I. Essenziale. 

A. Qui appartient à l'essence. 

B. Par extension, se dit de ce qui est 
principal, important ou indispensable. 

« Définition essentielle », voir Défini- 
tion*. 


1. ESTHÉTIQUE, adj., D. Aesthe- 
üsch ; E. Aesthetic ; I. Estetico. 

A. Qui concerne le Beau*. On appelle 
en particulier Émotion esthétique un 
certain état sui generis, analogue au 
plaisir, à l'agrément, au sentiment 
moral, mais qui ne se confond avec 


aucun de ceux-ci, et dont l’analyse est ! 


l'objet de l’Esthétique, en tant que 
science. — On appelle de même Juge- 


1. « L’essence est le premier principe intérieur de tout 
ce qui appartient à la possibilité d'une chose. + 








ment esthétique le jugement d’apprécia- 
tion* en tant qu'il porte sur le Beau, 
B. Qui présente un caractère de 
beauté (en particulier de beauté artifi. 
cielle et consciente). Cet emploi ne nous 
semble pas d’une bonne langue. 


2. ESTHÉTIQUE, subst., D. Aesthe. 
ik ; E. Aesthetics ; I. Estetica. 

Science ayant pour objet le jugement 
d’appréciation* en tant qu’il s'applique 
à la distinction du Beau* et du Laid. 
— L'Esthétique est dite théorique ou 
générale en tant qu’elle se propose de 
déterminer quel caractère ou quel en- 
semble de caractères communs se ren- 
contrent dans la perception de tous les 
objets qui provoquent l'émotion esthé- 
tique* ; elle est dite pratique ou parti- 
culière en tant qu’elle étudie les diffé- 
rentes formes d’art. (L'étude des diffé- 
rentes œuvres d’art, prises individuel- 
lement, est la Critique* d’art.) 

Sur la distinction entre « Esthétique » 
et « Science de l’Art », voir Art*. 


CRITIQUE 


Terme tiré du grec œïoËnot, sensa- 
tion, sentiment, et créé par BAUMGAR- 
TEN, comme titre de son Aesthetica 
(ouvrage inachevé ayant pour objet 
l'analyse et la formation du goût, 
Francfort, 1750 et 1759). Dans la Cri- 
tique de la raison pure, KANT a pris le 
mot en un autre sens : il a appelé 
Transcendentale Aestheuk l'étude des 
« formes a priori de la sensibilité (der 
Sinnlichkeit) », c’est-à-dire le temps et 
l’espace. Mais, dans la Critique du juge- 
ment, il applique lui aussi ce mot au 
jugement d'appréciation relatif au 
beau, et cet usage est, depuis lors, 
resté constant. 

Rad. int. : Estetik. 


« ESTHOPSYCHOLOGIE».— Science 
des œuvres d’art considérées comme 
documents psychologiques sur leurs 
auteurs ou sur le public qui les à 
admirées. HENNEQUIN, La critique 
scientifique (1888). — Cette expression 
ne paraît pas être entrée dans l’usage. 


303 


ESTIMATIVE, (S). 
ÉTANT et EXISTANT, (S). 


1. ÉTAT, D. Zustand,; E. State; 
J. Stato. 

A. Étymologiquement, station, par 
opposition au mouvement, et par suite, 
détermination consistant en une ma- 
nière d’être momentanée, plus ou 
moins durable, et non en une action ou 
un devenir. 

B. Spécialement, état de conscience 
(D. Bewussiseinzustand ; E. State of 
consciousness, feeling ; I. Stato di cos- 
ciensa). — Cette expression s'applique, 
dans le langage philosophique courant, 
à n’importe quel fait psychique cons- 
cient (Sensation, sentiment, volition). 
Elle n’est pas heureuse en ce sens, car 
elle semble impliquer que ces faits 
n'ont qu'un caractère exclusivement 
passif et statique. Ce que l’on appelle 
ordinairement État de conscience serait 
mieux désigné par le terme Fait de 


ÉTAT DE NATURE 


conscience 
cient). 

État de Nature, D. Naturzustand ; 
E. State of nature ; I. Stato di natura. 

A. État d’un groupe d'hommes non 
civilisés. 

B. État individuel d’un homme non 
éduqué (soit totalement, soit partielle- 
ment). — Cf. l'assimilation souvent 
admise de l’enfant et du non-civilisé ; 
p. ex. chez RENAN, Origine du langage, 
2e édition, p. 68. 

C. État hypothétique de l’homme 
avant l’organisation sociale (Grotius, 
Hobbes, J.-J. Rousseau, etc.), ou, plus 
exactement, expression mythique de 
ce que pourrait être l’état de la société 
si les hommes (tels qu’ils sont actuelle- 
ment) n'étaient ni préparés par l’éduca- 
tion, ni régis par des lois et par un gou- 
vernement. — Ce concept nous paraît 
n’avoir plus qu’un intérêt historique. 

Rad. int. : A. Stand; B. (fait de 
conscience) : Konciaj ; — (état total) : 
Koncial(a) stand(o). 


(= Fait psychique cons- 





Sur État. — Malgré l'étymologie, il ne me semble pas que l’idée d'arrêt, de 


repos, soit impliquée à un degré quelconque dans ce mot français état. On peut 
très bien dire un état de changement, d'écoulement, de renouvellement perpétuel. 
Il suffit que cet état, de quelque nature qu’il soit, ait une certaine permanence. 
(3. Lachelier.) 

Mais cette application suppose justement que le devenir est considéré en bloc, 
dans ce qu’il a de constant et par suite de stable. Le mot ne convient plus au 
Changement considéré en tant que tel, dans la transformation même qui le cons- 
titue, Si l’ « état de la conscience » est un état de renouvellement, de mouvement 
continuel, il ne s’ensuit pas qu'il se compose d’éléments qui, pris un à un, soient 
des « états de conscience ». — Il est d’ailleurs bien usuel, dans la langue philo- 
80Phique contemporaine, d’opposer les états et les mouvements. (A. L.) 

E. Goblot propose de réserver l'expression état de conscience pour désigner 
« l’ensemble complexe des phénomènes simultanés existant à un moment 

nné » dans une conscience. (Vocabulaire, v° Conscience.) Primitivement dans 


e texte cette indication n’a pu y être maintenue faute d'accord général sur 
ce point. 


Sur État de Nature. — L'usage philosophique de cette expression paraît 
Venir de HoBges : « … quam conditionem appellare liceat statum naturae. (Qu'on 
Eee permette d'appeler cette condition état de nature.) » Du citoyen, Préface, 

. Molesworth, 11, 148. Mais l’idée d’un état de nature, opposé à l'état de grâce, 
ate des origines du christianisme, et Hobbes le rappelle lui-même. 


>» 


ÉTAT 


2. ÉTAT, D. Staat; E. State; I. 
Stato. 

A. Une société organisée, ayant un 
gouvernement autonome, et jouant le 
rôle d’une personne morale distincte à 
l'égard des autres sociétés analogues 
avec lesquelles elle est en relation. 

B. L'ensemble des services généraux 
d'une nation. L'État s'oppose en ce 
sens au département, à la province, à 
la commune, etc. ; — l’industrie d’État 
à l’industrie privée, etc. 


CRITIQUE 


Plus spécialement encore, et par 
suite de ce fait que, dans l’organisation 
actuelle des sociétés, les grandes fonc- 
tions d’État dépendent en général 
étroitement du pouvoir exécutif, ce mot 
est souvent appliqué à ce pouvoir lui- 
même. Mais c’est à tort, et il y a tou- 
jours lieu de distinguer en principe 
l'État et le gouvernement. 

Rad. int. : Stat. 


« ÉTATISME », néologisme dési- 
gnant les doctrines qui tendent à 
mettre toutes les fonctions sociales 
sous la direction immédiate de l'État. 


ÉTENDUE, D. Ausdehnung ; E. À, 
B. : Extension ; B. : Extent ; — I. Es- 
tensione. 

A. Qualité des corps d’être situés 
dans l’espace* et d’en occuper une 
partie. 

B. Cette partie elle-même. 

C. Métaphoriquement, caractère de 
ce qui s'étend plus ou moins loin : 
« L’étendue de l'esprit, de la mémoi- 
re. » — « L’étendue d’une influence. » 
— Dans le temps : « Une étendue de 
plusieurs siècles. » 


CRITIQUE 


Sur l’usage de ce mot chez DeEs- 
CARTES, VOir Principes, II, 10-15, où 
il distingue d’abord l’espace, l'étendue, 








304 


—— 


le lieu intérieur et le lieu extérieur. Mais 
ces distinctions ne sont, pour lui, que 
traditionnelles et provisoires. Il conclut 
ainsi : « Nous ne distinguons jamais 
l’espace d’avec l'étendue en longueur, 
largeur et profondeur ; mais nous consi. 
dérons quelquefois le lieu comme s’i 
était en la chose qui est placée, et 
quelquefois aussi comme s’il en était 
dehors. L'intérieur ne diffère en aucune 
façon de l’espace, mais nous prenons 
quelquefois l'extérieur ou pour la su. 
perficie qui environne immédiatement 
la chose placée..., ou bien pour la super. 
ficie en général, qui n’est point partie 
d’un corps plutôt que d’un autre. , 
Tbid., I], 15. 

Chez MALEBRANCHE, l'étendue intelli- 
gible est la grandeur, conçue indépen- 
damment de toute qualité sensible, 
telle qu’elle est l’objet de l’Algèbre et 
l'Analyse. 

Dans le langage de la philosophie 
contemporaine, étendue s’emploie le 
plus souvent au sens B. « Une étendue » 
est une ligne, une surface ou un volume 
limités. L’étendue est ainsi par rapport 
à l’espace, pris dans son ensemble, ce 
que la durée*, au sens A, est par rap- 
port au temps. 

Au lieu d’étendue, au sens A, il serait 
préférable de dire extension, comme le 
faisait d’ailleurs DESCARTES : « L’ex- 
tension de l’espace ou du lieu intérieur 
n’est point différente de l’extension du 
corps. » Principes, 11, 16. 

Rad. int. : A. Extens; extenses; 
B. Extensaj ;, C. Amples. 


ÉTERNITÉ, D. Ewigkeit ; E. Eter- 
nity ; |. Eternità. 

A. Durée indéfinie. Ce sens, primitif, 
est le moins usité en philosophie. 

B. Caractère de ce qui est en dehors 
du temps. « Sempiternitas et aeternitas 
differunt : Nunc enim stans et perma- 
nens æternitatem facit; Nunc currens 
in tempore sempiternitatem. » Boe- 





Sur Étendue. — Remarque remplacée par la Critique ci-dessus, sur les obser- 


vations de F. Rauh et Th. Ruyssen. 


! 


gi 


805 





te 


guius, De consolatione, 5. — « Non 


- temporis sine fine successio sed nunc 


stans. » Hogges, Leviathan, 46. — 
« Absolute Zeitlosigkeit!. » HeGEL. Voir 
Eisler, v°. 

Rad. int. : Etern. 


ÉTHIQUE, G. ’H&x; I. Ethica ; 
D. Ethik ; E. Ethics ; I. Etica. 

Science ayant pour objet le jugement 
d’appréciation* en tant qu'il s'applique 
à la distinction du bien* et du mal. 


ÉTHIQUE 





politique a deux objets principaux : la 
culture de la nature intelligente, l’ins. 
titution du peuple. » DinEROT, Opi- 
nions des anciens philosophes, dans 
LiTTRÉ, vo. — « Philosophia moralis 
sive Ethica est scientia practica, docens 
modum quo homo libere actiones suas 
ad legem naturæ componere potest. » 
Wozrr, Ethica, I, 1. Même significa- 
tion dans le nom des Sociétés éthiques 
(Ethical Societies) anglaises et améri- 
caines. — AMPÈRE a appliqué ce mot, 


au contraire, à la morale descriptive 
(science des mœurs) par opposition à 
la morale prescriptive (science de ce 
qu’il faut vouloir), à laquelle il donnait 
le nom de Thélésiologie. (Essai sur la 
philosophie des sciences, 22 partie, sec- 
| tion c, n°8 3 et 4.) H. SPENCER entend 
: de même l'Éthique comme un fragment 


CRITIQUE 


Historiquement, le mot Éthique a été 
appliqué à la Morale sous toutes ses 
formes, soit comme science, soit comme 
art de diriger la conduite. « L'Éthique 








1. Intemporalité absolue. 


Sur Éternité. — I] y a deux conceptions de l'éternité : temporelle et intempo- 
relle. La seconde dérive indubitablement de la première, puisqu'elle est l’idée 
d’une durée affranchie de tous les caractères spécifiques de la durée, « duratio 
tota simul ». Cf. Ævum, durée, d’où ætas, et æternus (pour ævitas, æviternus), 
BRÉAL, Dict. étym. latin, Vo. — Boëce définit l’une et l’autre : « Autre chose 
est de parcourir successivement les parties d’une existence sans terme, ce que 
Platon et Aristote attribuent au monde ; — autre chose d’embrasser une existence 
infinie tout entière également présente, … ce qui est le propre de la Divinité. » 
De Consolatione, V. Sa définition de l’éternité de Dieu a été adoptée et reproduite 
par saint THomas, qui a été suivi par tous les métaphysiciens spiritualistes et 
par SECRÉTAX ; mais l'éternité temporelle, qui est celle du monde pour les parti- 
sans anciens et modernes d’un monde nécessaire et sans commencement, est 
aussi celle du Dieu personnel pour Duns Scor, et pour J. LEeQuiER. Selon celui-ci 
« la succession des choses porte son ombre jusque sur Dieu », sinon Dieu ne verrait 
Pas son œuvre telle qu'il l’a faite. En préférant, pour un Dieu personnel, libre 
et créateur, l'éternité intemporelle, Secrétan a été inconséquent, selon M. PiLLoN : 
« Ilest contradictoire d’attribuer l'éternité simultanée à un Dieu qui a créé le 
monde, qui le connaît et qui l’aime. » D’ailleurs l’éternité ainsi entendue est 
l’idée de temps vidée de tout contenu, idée contradictoire et inintelligible. — 
Voir Pizcon, La philosophie de Secrétan, 1898, pp. 155 à 165. (V. Egger.) 


Sur Éthique. — Histoire. Le mot a dû avoir primitivement un sens restreint : 
cf. Aristote, distinction de l'épern #@uxr, et de l’äperh Stuvonnxn. (Eth. Nicom. 
Début du livre II, et V.) Voir Bonitz, partic. 316%., 19-30. (J. Lachelier.) 

Les philosophes spéculatifs allemands qui suivent Kant ont une tendance à 
séparer Éthique et Morale, et à mettre la première au-dessus de l’autre. SCHELLING : 
« La morale en général pose un commandement qui ne s'adresse qu’à l’individu, 
et n’exige que l’absolue personnalité { Selbstheit) de l'individu ; l’Éthique pose un 
Commandement qui suppose une société d'êtres moraux et quiassurela personnalité 
de tous les individus par ce qu’elle exige de chacun d'eux. » Œuvres, I, 252. — 


ÉTHIQUE 


d’un tout dont elle est inséparable et 
qui est l’étude de la conduite univer- 
selle (Data of Ethics, chap. 1). — Il en 
résulte que, dans l’usage ordinaire, ce 
mot est employé tantôt dans un sens, 
tantôt dans l’autre, et le plus souvent 
avec le même vague que le mot morale. 

Il semble qu’il y a ici trois concepts 
distincts à séparer : 

1° La Morale, c’est-à-dire l’ensemble 
des prescriptions admises à une époque 
et dans une société déterminées, l'effort 
pour se conformer à ces prescriptions, 
l’exhortation à les suivre. 

29 La science de fait ayant pour 
objet la conduite des hommes (ou 
même, selon la vue de SPENCER, des 
êtres vivants en général), abstraction 
faite des jugements d'appréciation que 
portent les hommes sur cette conduite. 
Nous proposons de la nommer Étho- 
graphie* ou Éthologie*. 

3° La science qui prend pour objet 
immédiat les jugements d'appréciation 
sur les actes qualifiés bons ou mauvais. 
C'est ce que nous proposons d’appeler 
Éthique. — En effet, quelque hypothèse 
qu’on adopte sur l’origine et la nature 
des principes de la morale, il n’est pas 
douteux que les jugements de valeur 
portant sur la conduite sont des faits 
réels, dont il y a lieu de déterminer les 
caractères, et que l'étude de la conduite 
ne peut être substituée à l’étude directe 
de ceux-ci, puisque la conduite des 
hommes n’est pas toujours conforme à 





306 


leurs propres jugements sur la valeur 
des actes. — Sans doute, il arrive 
qu’en fait, les questions de Morale et 
celles d’Éthique, ainsi définies, sont 
souvent mêlées ; mais cela n’exclut pas 
une distinction très nette de leurs défi- 
nitions. 
Rad. int. : Etik. 


ETHNOGRAPHIE, D. Ethnogra- 
phie; E. Ethnography; 1. Etnografia. 

Description des divers peuples, de 
leur genre de vie et de leurs institu- 
tions. 

Rad. int. : Etnografi. 


ETHNOLOGIE, D. Ethnologie; E. 
Ethnology ; 1. Etnologia. 

Étude explicative des phénomènes 
décrits par l’ethnographie. 

Rad. int. : Etnologi. 


ÉTHOGRAPHIE, D. Ethographia ; 
E. Ethography ; 1. Etografia. 

Ce terme est employé par les anthro- 
pologistes* pour désigner l'étude des- 
criptive des usages et coutumes. Il 
serait bon de le généraliser en l’appli- 
quant à l’étude descriptive de toute la 
conduite humaine, en tant que cette 
science est distincte de l’Éthique*, 

Rad. int. : Etografi. 


ÉTHOLOGIE, D. Ethologie ; E. Etho- 
logy ; I. Etologia. 
A. J. S. Mic a créé ce mot pour 


——————— TT 


Pour HEGEL, Morale désigne plutôt le domaine de l’intention subjective, Éthique 
le règne de la moralité {Sutlichkeit). (R. Eucken.) 

Sur la Critique. M. Hémon propose d'appeler « morale, toute doctrine qui 
prétend fonder sur des principes théoriques une téléologie idéale, et une obligation ; 
éthique, toute doctrine naturaliste sans principes spéculatifs ni obligation mys- 
tique. » — La note qu’il a rédigée à ce sujet a été lue à la séance de la Société 
de philosophie (8 juin 1905). La Société n’a pas approuvé ce sens ; elle a adopté 
à l'unanimité la proposition contenue dans la critique ci-dessus, telle qu’elle a 
été modifiée sur les observations de J. Lacheller et de V. Egger. 


Sur Ethnologie. — M. P. River, dans le Nouveau Traité de Psychologie publié 
sous la direction de G. Dumas, tome I, ch. n, fait remarquer qu’Ethnologie, en 
allemand, et Ethnology, en anglais, s’emploient souvent pour désigner l’Anthropo- 


logie*, au sens le plus large de ce mot 


œ-—— 


307 


ÊTRE 





désigner la science déductive des lois 
qui déterminent la formation du carac- 
tère. Elle comprend selon lui deux 
opérations inverses : 1° Déduire, des 
lois psychologiques connues, les effets 
généraux que les différentes conditions 
d’existence doivent produire sur les 
caracières individuels ou collectifs et 
constituer ainsi « les aziomes moyens 
de la science de l'esprit »; 20 Vérifier 
les résultats obtenus, en rattachant à 
leurs conditions d'existence les diffé- 
rents types de caractères qu’on peut 
observer expérientiellement. Par les 
applications pratiques qui en résulte- 
raient immédiatement, l’Éthologie don- 
nerait, en outre, un fondement scien- 
tifique à l’art de l’éducation (Logique, 
livre VI, chap. v). 

B. Wunor (Logique, I], 2, 369) en- 
tend par l’Éthologie, à laquelle il con- 
sacre un chapitre spécial, la science 
qui a pour objet l’étude historique « der 
Sitten und sittlichen Vorstellungen? ». 
Elle forme, après la science des langues 
et la mythologie, la 3e division des «phi- 
lologisch-historischen Wissenschaften ». 
Ce sens a été adopté par M. A. Bayet : 
« L'éthologie est la science des 
faits moraux. » La science des faits 
moraux, P. 1. 

C. Chez plusieurs psychologues con- 
temporains, ce mot désigne la psycho- 
logie de réaction, telle que la conçoit le 
behaviorism*. Voir notamment Bulle- 
tin de l'Institut psychologique, jan- 
vier 1902 (Séance du 7 décembre 1903). 


CRITIQUE 


Nous pensons que le sens B est bon 
à retenir, en l’opposant d’une part à la 
Morale comme ensemble des prescrip- 
tions qui s'imposent à la conscience 
moyenne d’une société et d’une époque 
déterminée, de l’autre à l’Éthique en 
tant que science des jugements d’ap- 
préciation sur les actes qualifiés bons 
Où mauvais. L’Éthologie pourrait ainsi 
être définie la science historique des 

1. Expression empruntée à Bacon; voir Aziome*, 


critique. — 2. « … des mœurs et des représentations 
morales. » 





mœurs, dont l’Éthographie est la des- 
cription. 

Quant à la science des caractères et 
de leur génération, il semble qu'on 
pourrait l’appeler comme Wundt Carac- 
térologie. Le mot est lourd, mais correct 
et sans équivoque. 

Rad. int. : Etologi. 


ÉTIOLOGIE, D. Aetiologie ; E. Etio- 
logy; I. Etiologia. (Terme d'origine 
médicale.) 

A. Recherche ou théorie des causes 
d'une classe déterminée d'effets: et 
spécialement : 1° En biologie, étude de 
la genèse des organes, fonctions, fa- 
cultés ; — 29 En pathologie, étude des 
causes d’une maladie, d’une anoma- 
lie, etc.; — 3° En histoire, « analyse 
et discussion des causes ou des enchaf- 
nements de causes qui ont concouru à 
amener les événements dont l’histoire 
offre le tableau. » COURNOT, Considéra- 
tions sur la marche des idées, livre I, 
ch. 1 : « De l’étiologie historique et de 
la philosophie de l’histoire. » 

B. Par abus, et improprement, en- 
semble des causes d’un phénomène. 

Rad. int. : A. Etiologi; B. Kauzar. 


1. ÊTRE, verbe, D. Sein ; E. To be; 
I. Essere. 

A. Au sens absolu, c’est-à-dire com- 
me verbe prédicatif*, terme simple, 
impossible à définir. « Sein ist offenbar 
kein reales Predicat, d. i. ein Begriff 
von irgend etwas, was zu dem Begriffe 
eines Dinges hinzukommen kônne. Es 
ist bloss die Position eines Dinges, oder 
gewisser Bestimmungen ansich selbst!. » 
KanrT, Crit. de la Raison pure, A. 598 ; 
B. 626. On peut seulement distinguer 
différents ordres d'idées relativement 
auxquels on dit que quelque chose est : 

1° Au sens substantiel. « Je pense, 
donc je suis. » 

20 Au sens phénoménal. Une chose 


1. « Il est clair qu'être n’est pas un vrai prédicat, c’est- 
â-dire le concept de quelque détermination qui puisse 
venir s'ajouter au concept d’une chose. C'est seulement 
le fait de poser une chose ou certaines déterminations en 
elles-mêmes. » 





ÊTRE 


est quand elle est actuellement présen- 
tée dans l'expérience. 

3° Au sens objectif. Une chose est 
quand elle est affirmée comme valable 
pour l'expérience de tous les individus 
(bien qu’elle ne soit pas actuellement 


présentée dans l'expérience de chacun 


d’eux, ou même bien qu’elle ne soit 
actuellement présentée dans l’expé- 
rience d’aucun d’eux). 

B. Au sens relatif, ou comme copule*. 
Signe de la relation entre le sujet et le 
prédicat. Il peut alors avoir quatre sens 
différents : 

1° Inclusion d’un individu dans une 
classe ou d’une classe (prise comme un 
tout indivisible) dans une autre :z€ a. 

2° Implication d’un caractère par un 
caractère, ou inclusion d’une classe 
dans une classe : a 2 b. 

3° Copule des jugements réciproques 
ou convertibles, dans lesquels le sujet 
et le prédicat ont même extension. Il 
se traduit alors (et alors seulement) par 
le signe —. 

4° Copule des jugements identiques, 
dont les deux termes désignent un 
même individu. Ex. : Auguste = Oc- 
tave. 


CRITIQUE 


Cette quadruple équivoque, qui s’a- 
joute à la confusion du sens relatif et 
du sens absolu, ne peut être évitée que 
par l'emploi des symboles de la Logis- 
tique. 


2. ÊTRE, substantif. D. Sein, Dasein 
[au sens AT, Seiendes, Wesen [aux 
sens B et C]; E. Being, dans tous les 
sens, Entity [aux sens B et C]; I. Es- 
sere {au sens A], Ente [aux sens B et C]. 

L Sens abstrait : 

A. Le fait d’être, l’existence®*. « S'il 
y avait quelques corps dans le monde, 


ou bien quelques intelligences... leur 
être devait dépendre de sa puissance en 
telle sorte qu’elles ne pouvaient sub- 
sister sans lui un seul moment. » Des. 
CARTES, Disc. de la méthode, IV, 4. 

II. Sens concret : 

B. Ce qui est réellement, Ens reale. 


: (Dans l’un des trois sens du mot Étre, 
: 1, A.) « Tout ce qui est en nous de réel 


et de vrai vient d’un Etre parfait et 
infini. » Descartes, 1bid., 7. 
C. Un objet existant dans la pensée, 


: mais sans existence effective hors de 





celle-ci. On dit encore, dans ce sens, 
un « être de raison », un être fictif. 
Voir ci-dessous. 


REMARQUE 


Spinoza a nié la légitimité de ces 
expressions, et la valeur des idées 
qu’elles représentent : « Chimaera, Ens 
fictum et Ens rationis nullo modo ad 
entia revocari possunt. Nam Chimaera 
ex sua natura existere nequit ; Ens vero 
fictum claram et distinctam perceptio- 
nem secludit.… ; Ens denique rationis 
nihil est praeter modum cogitandi qui 
inservit ad res intellectas facilius reti- 
nendas, explicandas, atque imaginan- 
das. » Cogitata metaph., I, 1 : « De Ente 
reali, ficto et rationis. » Il définit 
l'Être : « Id omne quod, cum clare et 
distincte percipitur, necessario existere 
vel ad minimum posse existere, reperi- 
mus. » C’est pourquoi il le divise en 
deux classes : l’être nécessaire, et l’être 
seulement possible (Zbid., 1, 1). 

Rad. int. : À. Existad ; B. C. Ent. 


Être de raison. — A. (Latin scolas- 
tique : ens rationis). Objet de pensée 
artificiellement créé par l'esprit pour 
les besoins du discours, et sans exis- 
tence en soi, ni dans la représentation 
concrète. En ce sens, toutes les idées 





Sur Être. — Y a-t-il là réellement quatre sens différents, et ne pourrait-on 
pas soutenir, au contraire, que le sens de copule ne diffère même pas du sens 
général d'existence ? Que signifie, en réalité, Pierre est bon, sinon que la bonté 
est une des manières d'exister de Pierre, une des formes sous lesquelles son être 
se rend perceptible et intelligible ? (J. Lacheller.) 


308 | 4 





æbstraites et générales ont été quelque- 


fois appelées « êtres de raison »; mais 
ce terme s'emploie surtout en un sens 
péjoratif, pour insister sur le caractère 
verbal ou irréel de ce qu’on appelle 
ainsi. Voir Être* C, et la critique de 
cette notion dans le texte cité de Spi- 
nozi ; Raison*, À ; et Entité*. Cf. Bos- 
suET, Logique, I, ch. x11 : « De ce 
qu'on appelle être de raison, et quelle 
idée on en a. » 

B. Pour CourNorT, au contraire, la 
véritable critique philosophique des 
sciences consiste « à faire autant que 
possible, le départ entre les entités 
artificielles qui ne sont que des signes 
logiques et les entités fondées sur la 
nature et la raison des choses, les véri- 
tables êtres de raison, pour employer 
une expression vulgaire, mais d’un sens 
vrai et profond, quand on l'entend 
bien. » Essai sur les fondements de nos 
connaissances, ch. x1, $ 159. Cette ac- 
ception repose sur la distinction qu’il 
établit entre la « logique » et la « rai- 
son ». Jbid., ch. nu, particul. $ 16-17. 
Mais elle n’est pas entrée dans la langue 
usuelle, et lui-même ne paraît s'en être 
servi que d’une manière accidentelle. 

C. En un sens tout différent, être de 
raison a été pris par RENOUVIER au 
sens d’être gouverné par la raison. « Il 
(l’aliéné) peut passer pour irresponsable 
comme ne se dirigeant pas librement, 
d’après les obligations mutuelles et con- 
formément à la commune entente des 
êtres de raison. » RENOUVIER et PRAT, 
Nouvelle Monadologie, xCVv, p. 246. 
Cette expression n’est guère usitée ; 
Cependant, elle est conforme à l’ana- 
logie d'expressions très courantes dans 
la littérature contemporaine : « Un 





EUDÉMONISME 


être de désir ; un être d’instinct », etc. 
— Cf. aussi l’expression « âge de rai- 
son ». 


EUCLIDIEN, D. Eukleidisch ; E. Eu- 
clidean ; 1. Euclideo. 

Qui se rapporte à EucLipe (d’A- 
lexandrie). « Die eukleidische Demons- 
trirmethode!:… » SCHOPENHAUER, Die 
Welt, etc., I, 559. — Spécialement, on 
appelle euclidien l’espace ordinaire à 
3 dimensions, en tant qu'il véri- 
fie l’axiome des parallèles (postulat* 
d’Euclide) : « Si deux droites situées 
dans un plan font avec une même 
sécante des angles intérieurs du même 
côté dont la somme soit plus petite que 
deux droits. ces deux droites se ren- 
contrent de ce côté. » Les espaces non 
euclidiens sont caractérisés par la néga- 
tion de cet axiome (soit qu'il existe 
plusieurs parallèles, soit qu’il n’en 
existe aucune). L'épithète d’euclidien 
s'applique aussi à la droite, au plan de 
l’espace euclidien. et à la Géométrie de 
cet espace. 


EUDÉMONISME, G. EbSayovouéc, 
ARISTOTE ; D. Eudämonismus ; E. Eu- 
daemonism ; |. Eudemonismo. 

A. Sens d’ARISTOTE : le fait de juger 
qu’un être est heureux, ce jugement 
étant compris non seulement comme 
l’énoncé d’un fait, mais comme un 
jugement appréciatif impliquant la 
valeur éthique du bonheur. S’oppose à 
Éroxvocs, louange générale d’un carac- 
tère ; éyxwwov, éloge d’un acte particu- 
lier (Éthique à Eudème, II, 1, 1219). — 
Ce sens serait conservé par quelques 


1. « La méthode de démonstration euclédienne. » 





Sur Être de raison. — On trouve chez Descartes le passage suivant : « Il ne 
me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant que « l’idée de 
« Dieu qui est en nous n’est qu’un être de raison. » Car cela n’est pas vraisi par un 
être de raison l’on entend une chose qui n’est point, mais seulement si toutes les 
opérations de l’entendement sont prises pour des étres de raison, c’est-à-dire 
Pour des êtres qui partent de la raison; auquel sens tout ce monde peut aussi 
être appelé un être de raison divine, c'est-à-dire un être créé par un simple acte 

€ l'entendement divin. » Réponses aux secondes objections, $ 10. 


EUDÉMONISME 








écrivains modernes, selon Baldwin, vo. 

B. Doctrine morale ayant pour prin- 
cipe que le but de l’action est le bonheur 
(soit individuel, soit collectif). — Ce 
sens est seul usuel. 


CRITIQUE 


KanT prend ce mot dans un sens 
plus restreint, en l’appliquant aux 
seules doctrines qui prennent pour fin 
morale le bonheur individuel, die eigene 
Glückseligkeit (Anthropologie, 1, $ 2). 
Selon la morale kantienne, la fin de 
l’action doit être, au contraire, quand 
il s’agit de nous-mêmes, notre perfec- 
tion ; et quand il s’agit d’un autre, son 
bonheur (Métaphysique des mœurs, In- 
troduction, $ IV). Cette restriction se 
justifie par la supposition que, le 
bonheur d’autrui ne pouvant déter- 
miner directement notre volonté, celui 
qui agit en vue de ce bonheur ne peut 
le faire qu’au nom de sa raison, et par 
suite implique une fin plus haute que 
le bonheur lui-même. Mais cette as- 
somption fondamentale est contestable, 
car il se peut que la valeur normative 
du bonheur soit reconnue directement, 
comme celle de la beauté ou de la 
vérité, sans qu'il soit fait aucune ac- 
ception de l'individu qui les possède. 
Il convient donc de conserver à ce mot 
son sens le plus général. 

Rad. int. : Eudemonism. 


EUPHORIE, D. Euphorie ; E. Eu- 
phoria, Euphory; I. Euforia. 

Sentiment de bien-être et de joie 
sans cause apparente, ou dispropor- 
tionné à la circonstance qui semble le 
produire. Terme surtout employé en 
pathologie mentale, où l’euphorie appa- 
raît comme symptôme de certains états 
morbides : manie, anesthésie, intoxi- 
cations, etc. 





310 
Euristique, voir Heuristique*. 


ÉVÉNEMENT, D. Ereignis ; E. 
Event ; I. Avoenimento, evento. 

A. Ce qui advient à une date et en 
un lieu déterminés, lorsque ce fait pré. 
sente une certaine unité, et se distingue 
du cours uniforme des phénomènes de 
même nature. 

B. Par abréviation : événement im. 
portant, ou qui fait sensation. 

Voir les Observations sur Fait*. 


REMARQUE 


Ce mot avait autrefois le sens latin 
d’eventus : résultat, effet, issue. Mais il 
ne l’a conservé que dans de rares ex- 
pressions, telles que : « L'événement l’a 
bien prouvé. » Encore est-ce un peu 
académique. 

Rad. int. : Event. 


EVHÉMÉRISME, D. Evhemerismus ; 
E. Euhemerism ; 1. Evemerismo. 

Opinion suivant laquelle les dieux 
sont tous des héros ayant réellement 
vécu et dont la légende s’est graduelle- 
ment amplifiée après leur mort. On 
rapporte l’origine de cette opinion au 
Cyrénaïque Evhémèére (environ 300 av. 
J.-C.). 

Rad. int. : Evhemerism. 


ÉVIDENCE, D. Evidenz; E. Evi- 
dence ; I. Evidenza. — [Le mot evidence 
est beaucoup plus large en anglais que 
dans les trois autres langues : il s'étend 
à toute certitude, immédiate ou non 
(p. ex. à la certitude historique), au 
simple témoignage, et même au témoin. 
— Voir Observations.] 

Une proposition est évidente si tout 
homme qui en a la signification pré- 
sente à l'esprit, et qui se pose expres- 





Sur Évidence. — Le substantif anglais seul a le sens très général signalé ci- 
dessus. La définition de l’adjectif, donnée dans le corps de l’article, pourrait 


s'appliquer au mot anglais. (B. Russell.) 





er 
— 


#ment la question de savoir si elle est 
paie OU fausse, ne peut aucunement 
douter de sa vérité. 


CRITIQUE 


“4. Il est nécessaire de mentionner 
on Seulement que la proposition est 
comprise, mais que la question de sa- 
voir si elle est vraie est posée ; car il 
est certain que l'esprit, de quelque 
manière qu’on explique cette absten- 
tion, peut éviter indéfiniment de for- 
muler en termes exprès cette alterna- 
tive, et par là se refuser à l’évidence. 

2. 11 ne suffirait pas de dire qu’une 
proposition est évidente si un homme 
qui la pense ne peut douter qu’elle soit 
vraie ; car cette impossibilité de douter 
peut être particulière à son état mental 
(aliénation, passion, préjugé, éduca- 
tion, etc.) ; et le langage usuel distingue 
avec raison ce qui paraît évident (à un 
individu) et ce qui l’est effectivement 
(pour tout esprit). 

Inversement, il serait excessif de 
demander que l'intelligence à qui l’évi- 
dence apparaît fût soustraite à toute 
influence de l’habitude, du sentiment 
ou de la volonté. Car cet isolement 
n'est qu’une abstraction irréalisable, 
peut-être même contradictoire, et la 
force de l'évidence se manifeste préci- 
sément par les répugnances dont elle 
triomphe. 

3. Rien ne prouve a priori qu’il 
existe (au sens logique) des propositions 
jouissant du caractère d’évidence ci- 
dessus défini. Cette définition laisse 
donc ouverte la question de savoir sous 
quelles conditions pratiques l’apparence 
interne et individuelle de l'évidence 
Peut être légitimement tenue pour la 
garantie d’une évidence réelle et uni- 
versellement valable. 

4. Elle laisse également de côté le 
problème des causes psychologiques et 





ÉVOLUTION 


de la nature logique de l'évidence, et 
notamment l’examen critique de la doc- 
trine cartésienne d’après laquelle celle- 
ci consiste dans la clarté* et la distinc- 
tion* des idées. Voir Absolu*, — Il est 
à remarquer à cet égard que les propo- 
sitions les plus évidentes d’une science, 
même mathématique, ne sont pas né- 
cessairement les plus simples et les plus 
générales (c’est-à-dire les propositions 
constituant le système de principes le 
moins nombreux d’où l’on peut déduire 
cette science). L’évidence appartient 
ordinairement à un étage de proposi- 
tions qui ne sont pas premières au 
point de vue logique. Voir Fondement*, 
Critique. 
Rad. int. : Evident, Evidentes. 


ÉVOLUÉ, D. Entwickelt ; E. Dere- 
loped ; I. Evoluto. 

Proprement : modifié par suite d’une 
évolution, en un des sens divers de ce 
mot. — Il y a lieu de prendre garde 
au contresens, souvent commis (par 
suite de la confusion entre les idées 
d’évolution* et de progrès*), qui con- 
siste à employer ce mot comme un 
simple synonyme de supérieur ou de 
plus parfait. Cf. Différencier*. 


ÉVOLUTION, D. Evolution, Entwi- 
ckelung ; E. Evolution; I. Evoluzione. 

A. Développement d’un principe in- 
terne qui, d’abord latent, s’actualise 
peu à peu, et finit par devenir mani- 
feste. Voir le Supplément. 

B. Transformation graduelle, et con- 
çue en général comme assez lente, ou 
comme formée de changements élé- 
mentaires assez minimes pour n'être 
pas remarqués. — S’oppose soit à per- 
manence, Soit à révolution. 

C. Suite de transformations en un 
même sens : « Évolutionnisme implique 
l’idée d’une Loi d'évolution... Personne 





Sur la Critique. — Tout cela me paraît très vrai, mais il me semble en résulter 
qu’il n’y a pas d’évidence à laquelle on puisse attribuer une valeur objective. Il 
faut donc abandonner entièrement le criterium cartésien de l'évidence et y sub- 
Stituer la méthode leibnizienne de l’analyse des notions. (J. Lacheller.) 


ÉVOLUTION 





n’appellera stades évolutifs les trans- 
formations qu’on observe dans un ka- 
léidoscope. » A. Gran, Bulletin de la 
Société française de Philosophie, 6 avril 
1905. — Transformations comportant 
une série d'étapes dont on peut assigner 
d’avance la succession : « L'évolution, 
selon la doctrine stoïcienne, est une 
évolution fermée. qui a des recom- 
mencements indéfinis. » RENOUVIER, 
Histoire et solutions des problèmes méta- 
physiques, ch. x1v, p. 111. 

D. Transformation faisant passer un 
agrégat de l’homogène à l’hétérogène, 
ou du moins hétérogène au plus hété- 
rogène. (SPENCER.) S’oOppose à disso- 
lution ou à involution. 

E. Transformation (continue ou brus- 
que) d’une espèce vivante en une autre 
espèce. 


CRITIQUE 


Un des termes philosophiques qui 
reçoivent les sens les plus vagues et 
même les plus opposés. Il a d’abord été 
synonyme de « préformation des orga- 
nismes » (SWAMMERDAM, MaALPIGHI), 
en tant qu’opposée à l’épigénèse*. On 
le trouve aussi en ce sens chez BERKE- 





312 


LEY, Siris, $ 233. — Ce sens n’est pas 
resté usuel, mais le sens À s’y rattache 
visiblement. Voir Observations. 

Chez les écrivains contemporains, 
même philosophes, évolution est pris le 
plus souvent dans un sens très indé- 
terminé. « … La formation des mondes 
expliquée par voie de développement 
lent et graduel, ou, selon l’expression 
moderne, d'évolution. » FOUILLÉE, L'’a- 
venir des idées cartésiennes, Revue des 
Deux-Mondes, 15 janvier 1898, p. 389. 
On parle dans le mêmesens de l’évolu- 
tion des mœurs, des idées, etc. « Le mot 
évolution n’implique par lui-même au- 
cune idée de progrès ou de régrès. Il dési- 
gne toutes les transformations que subit 
un organisme ou une société indépen- 
damment de la question de savoir si ces 
transformations sont favorables ou défa- 
vorables. » DEMOOR, MassanT et Van- 
DERVELDE, L’Évolution régressive, p. 17. 

Le sens C, sous la forme stricte où il 
est défini ci-dessus, est rare. Il convien- 
drait alors proprement aux phéno- 
mènes irréversibles, et c’est ainsi que 
le prend M. PErriN en appelant le 
second principe dela thermodynamique: 
Principe d’Évolution (Revue de Méta- 


Sur Évolution. — Le sens A a été ajouté d’après les observations d’Élie Halévy 
qui cite le texte suivant de Philarète CHasLes : « La situation réelle des sociétés 
n’est pas la révolution, c’est-à-dire la ruine ; c’est l’évolution, c’est-à-dire le dévelop- 
pement de leurs principes, la mise dehors de ce qu’elles portent dans leur sein. » 
Études, 1849, p. 260 : suit une antithèse entre la société conçue comme un méca- 
nisme et la société conçue comme un organisme. — Ph. Chasles, ajoute-t-il, est 
un angliciste qui, dans le volume même auquel nous empruntons cette citation 
se rallie, en opposition aux idées de Bentham, aux thèses soutenues par le philo- 
sophe métaphysicien Coleridge. De même H. Spencer, qui emprunte à Coleridge 
l’idée première de sa théorie de l’évolution et de sa théorie de l’organisme social. 
Cf. H. SPENCER, Autobiography, vol. I, pp. 350-351 ; — R. BERTHELOT, dans 
Bulletin de la Soc. de phil., 1904, pp. 93-95. Dans la Statique sociale, où d’ailleurs 
le mot évolution n’est employé qu’une fois (p. 142 : the er'olution of a new idea 
in our mind), telle est bien la conception que se fait Spencer de ce qu'il appelle 
encore le progrès : « À development of man’s latent capabilities under the action 
of favourable circumstances ; which favourable circumstances, mark, were certain, 
some time or other, to occur? » (p. 415). — De ce premier sens dérive naturellement 





1. «.… l'évolution d'une nouvelle idée dans notre esprit. » — 2. « un développement des capacités latentes de 


l'homme sous l'action de ciroonstances favorables : circonstances, remarquez-le, qui devaieot certainement 8e 
prodaire un jour ou l'autre.» 


? 


313 


physique, février 1903, p. 182; voir 
également B. Brunues, L’évolution- 
nisme et le principe de Carnot: ibid., 
janvier 1897, p. 35). — Mais, le plus 
souvent, quand on appelle évolution 
un Processus de sens déterminé, on 
sous-entend plus ou moins clairement 
la nature de cette détermination et l’on 
confond alors l’évolution soit avec Le 
progrès (évolution vers le mieux), — 
soit avec la vie (naissance, nutrition, 
développement, génération, décaden- 
ce, etc.). Dans ce dernier cas, le mot 
implique, par une association d’idées 
très générale, le développement de 
l'être grâce à une force intérieure et 
spontanée qui en prédétermine les 
formes successives, autrement dit une 
sorte de principe vital ; et comme, d’un 
autre côté, ce mot est également associé 
à des idées physiques et mécaniques, il 
joue le rôle d’un intermédiaire entre la 
vie conçue comme une force directrice, 
extérieure à la matière, et la vie conçue 
comme un système de mouvements 
physico-chimiques. (LALANDE, La Dis- 
solution, ch. 1: Définitions. — R. BER- 
THELOT, Les origines de la philosophie 
de Spencer, dans le Bulletin de la So- 





ÉVOLUTION 


ciété de Philosophie, 1904 ; spéc. pp. 93, 
95. 

Le chez SPENCER lui-même, la 
définition de ce mot est variable, et 
sous la forme la plus expresse qu’il lui 
ait donnée, elle contient des éléments 
de caractère opposé : « Evolution is an 
integration of matter and concomitant 
dissipation of motion, during which 
the matter passes from an indefinite 
incoherent homogeneity to a definite 
coherent heterogeneity and during 
which the retained motion undergoes 
a parallel transformation1. » Premiers 
Principes, ch. xvir. (En italiques dans 
le texte.) — Or, par sa première partie, 
cette définition est mécanique et quan- 
titative (voir plus bas la critique du 
mot intégration*) ; par la seconde par- 
tie, elle est biologique et qualitative. 
Rien ne prouve a priori que ces deux 
conceptions différentes puissent être 
réunies pour former un concept unique. 
En fait, l'effort fait pour rattacher la 


1. « L'évolution est une intégration de matière et une 
dissipation concomitante de mouvement, durant laquelle 
la matière passe d'une homogénéité indéfinie et incohé- 
rente à une hétérogénéité définie et cohérente, et durant 
laquelle le mouvement retenu subit une transformation 
parallèle. » 





un second : développement insensible et continu. Il semble en effet naturel de 
penser qu’une crise révolutionnaire, dans le développement d’un être individuel, 
est due à l’action perturbatrice d’une cause extérieure ; le développement normal 
de l'être lorsqu'il est soustrait à cette action perturbatrice devant être un déve- 
oppement graduel et lent. 

H. SPENCER commence à employer avec précision le mot évolution dans son 
essai intitulé Genesis of science, juillet 1854. — (V. Essays, I, pp. 185, 227.) Mais 
c’est seulement en 1857 (Progress, its Law and causes, avril 1857 ; Transcendental 
Physiology, octobre 1857) que sa théorie se trouve constituée, en tant qu’elle 
définit l’évolution par le passage de l’homogène à l’hétérogène. 

En octobre 1859, Darwin publie son Origin of Species, où le mot évolution 
n’est pas employé. Mais six mois plus tard, en mars 1860, H. SPENCER imprime 
le prospectus de sa Philosophie synthétique qui contient une partie consacrée à la 
Biologie. Les Principes de Biologie commencent à paraître en 1864. Le succès des 
livres de H. Spencer explique que la terminologie du philosophe ait fini par 
s’appliquer à la théorie du savant, et que le mot évolution ait pris un nouveau 
sens, plus restreint que chez Spencer : la transformation d’une espèce vivante en 
une autre. Cette transformation, chez Darwin et Spencer, est d’abord considérée 
comme lente. Mais finalement on entend par « évolution » la transformation, 
avec ou sans secousses brusques, d’une espèce vivante en une autre. (E. Halévy.) 


nn 


| 
[ii 





ÉVOLUTION 





différenciation* à un processus de phy- 
sique générale, et la formule quantita- 
tive de l’évolution sont secondaires et, 
pour ainsi dire, momentanés dans la 
philosophie de Spencer : car ils n’appa- 
raissent pas avant les Premiers Prin- 
cipes, et disparaissent dans les ouvrages 
postérieurs. 

« In that Essay (Progress : its Law 
and Cause, 1857), as also in the first 
edition of this work, I fell into the 
error of supposing that the transforma- 
tion of the homogeneous into hetero- 
geneous constitutes Evolution; whe- 
reas, as we have seen, it constitutes 
the secondary re-distribution accompa- 
nying the primary redistribution in 
that Evolution which we distinguish 
as compound, — or, rather, as we shall 
presently see, it constitutes the most 
conspicuous part of this secondary re- 
distribution, » First Principles, note 
au & 419. L'évolution proprement dite 
est alors définie de la manière suivante : 
« Evolution, under its simplest and most 
general aspect is the integration of 
matter and concomitant dissipation of 
movement; while dissolution is the 
absorption of motion and concomitant 
disintegration of matter®. » Jbhid., $ 97. 
— D'autre part, dans les ouvrages pos- 
térieurs (Principes de biologie, Prin- 
cipes de psychologie, Principes de socio- 
logie, Principes de morale), il est de 
nouveau fait appel, presque exclusive- 
ment, à la formule qualitative de l’évo- 
lution. C’est aussi celle qu’accepte 
HôrFpiNc, en en faisant honneur à 
SPENCER et en y ajoutant seulement 
une détermination plus précise, la ten- 
dance au développement de l’individua- 


1. « Dans cet Essai, comme ausei dans la première 
édition des Premiers principes, je tombais dans l'erreur 
de supposer que cette transformation d’homogène 
en hétérogène constitue Evolution; tandis que, 
comme nous l'avons vu, elle constitue la redistribution 
secondaire accompagoant la redistributioa primaire dans 
Evolution que nous appelons composée : ou plutôt, 
comme nous allons le voirimmédistement, elle constitue 
la partie la plus remarquable de cette redistribution 
secondaire. » — 2. « L’ Evolution, sous son aspect le plus 
simple et le plus général, est l'intégration de la matière 
et la dissipation concomitante du mouvement; tandis 
ge la disvlufon est l'absorption du mouvement et ia 

ésintégration concomitante de la matière.» 





lité : « Dans tous les domaines, l’évolu- 
tion consiste dans le passage d’un état 
incohérent, indéfini et homogène à un 
état cohérent, bien défini, hétéro- 
gène... Nous ferons seulement remar- 
quer que l’individualisation progres- 
sive peut être donnée comme la marque 
commune de l’évolution sous toutes 
ses formes. Partout dans la nature de 
petits touts se forment dans le grand 
tout infini, chacun ayant ses relations 
particulières de solidarité avec le monde 
qui l'entoure. » Psychologie (1e édi- 
tion), ch. in, $ 12. Cf. &° édition, VII, 
C. 3. (Trad. Poitevin, 461.) 

Il nous semble que cette définition 
qualitative (D) est celle qui correspond 
le mieux à l’esprit réel et historique de 
l’évolutionnisme et, par suite, nous 
pensons qu’il y aurait intérêt à ne 
prendre le mot évolution que dans 
cette acception précise. 

Sans doute le sens C doit aussi être 
représenté, non dans les formes bâtar- 
des que nous avons analysées ci-dessus, 
mais 1° dans sa signification générale 
et 2° dans l'application particulière 
qu’en a faite M. PERRIN. — Pour la 
signification générale, nous proposons 
transformation dirigée, ou mieux vection 
(par analogie avec vorcteur); et pour 
l'application particulière au principe 
de Carnot, involution. Deux raisons 
militent en faveur de ce mot et contre 
celui d'évolution : 19 L'usage déjà con- 
sacré du mot entropie* (vrporn, mot à 
mot énvolution), appliqué par CLau- 
sius à la grandeur dont l'accroissement 
mesure cette transformation ; — 2° Le 
fait que les transformations physiques 
irréversibles sont caractérisées par un 
progrès de l’homogénéité ({égalisation 
spontanée des pressions, des tempéra- 
tures, des potentiels, etc.), et, par con- 
séquent, s'opposent à l’évolution spen- 
cérienne en tant que celle-ci est un 
progrès vers l’hétérogénéité et l’indi- 
vidualisation. 

Rad. int. : À. Evolvig; B. Fiad; 
C. Vekci ; D. Evoluci (et pour la trans- 
formation inverse, Involuci) ; E. Trans- 
formig. 





ÉVOLUTIONISME ou  Évolution- 
pisme, D. Evolutionismus, Entwicke- 
lungstheorie ; E. Evolutionism ; I. Evo- 
luzionismo. 

Système philosophique ou scientifi- 
que reposant sur l’idée d’évolution dans 
tous les sens du mot ; et en particulier : 

A. Philosophie du devenir, par oppo- 
sition à la philosophie de l'éternel et de 
l'immuable. 

B. Synonyme de transformisme : doc- 
trine de Lamarcx, Darwin, etc. 
d’après laquelle les espèces* dérivent 
les unes des autres par transformation 
naturelle, 

C. Doctrine d’après laquelle la loi 
générale du développement des êtres 
est la différenciation* accompagnée 
d'intégration (voir ci-dessus, Évolu- 
tion-D), loi suivant laquelle se seraient 
successivement formés le système so- 
laire, les espèces chimiques, les êtres 
vivants, les facultés intellectuelles, les 
institutions sociales. 


CRITIQUE 


Le second sens étant déjà représenté 
avec précision par le terme transfor- 
misme, il convient de réserver évolu- 
tionnisme au sens C, comme c’est d’ail- 
leurs l'usage le plus général chez les 
philosophes contemporains. 

Rad. int. : A. Fiadism ; B. Transfor- 
mism; C. Evolucionism. 


EXACT, D. Exakt; E. Exact; I. 
Esatto. 

A. Une énonciation est exacte (exac- 
tus, parfait, achevé) quand elle est 
adéquate* à ce qu’elle est destinée à 
énoncer. 

L’exactitude (intellectuelle) consiste 
donc : 1° à faire connaître sans ambi- 
&uïté ce que l’on se propose ; 2° à don- 
ner un critérium permettant de recon- 
naître, également sans ambiguité, ce 
Miest ou n’est pas conforme à cette 
intention. 

B. Plus spécialement, ce mot s’ap- 
Plique aux énonciations concernant la 
mesure, et dans ce cas : 

19 Une mesure A est exacte, ou abso- 





EXCEPTION 


lument exacte, lorsqu'elle n'est ni supé. 
rieure, ni inférieure, de si peu que ce 
soit, à la grandeur mesurée. Ex. : « Le 
côté de l’hexagone régulier inscrit est 
exactement égal au rayon. » — Voir 
Précis*. 

20 Une mesure A est exacte à 1 n-ième 
près, lorsque la grandeur mesurée est 


: 1 
comprise entre les deux valeurs A + -. 
n 


Les Sciences exactes sont celles qui 
sont constituées par des propositions 
exactes, au sens B, 1°. 

Rad. int. : Exakt. 


EXCEPTION, D. Ausnahme ; E. Ex- 
ception ; |. Eccezione. 

A. Acte par lequel on exclut un cas 
d’une règle ou d’une formule générale 
qui lui serait applicable, cette exclusion 
résultant soit de l’usage (comme en 
grammaire), soit des résultats de l’ob- 
servation (comme dans les anomalies 
biologiques), soit de la décision même 
qui pose la règle (comme dans les lois), 
soit d’une dérogation, volontaire ou 


! non, à une norme reconnue et habi- 


tuellement suivie. 

B. Au sens concret : le cas lui-même 
qui est exclu. « Une règle sans excep- 
tion. » 

C. Acte par lequel on excipe d’une 
circonstance particulière, c’est-à-dire 
par lequel on tire argument de cette 
circonstance pour justifier une déro- 
gation à la règle générale applicable 
aux cas de cette sorte. (Ce sens est par- 
ticulier à l’usage juridique.) 


CRITIQUE 


L'adage : « L’exception confirme la 
règle », très souvent pris à contresens, 
veut dire qu’en excipant d’une circons- 
tance spéciale, on reconnaît par là 
même le principe ou la formule géné- 
rale à laquelle on se prétend en droit 
de déroger « exceptionnellement ». La 
forme complète de cet adage, d’origine 
juridique, est : « Exceptio firmat regu- 
lam in casibus non exceptis (l'exception 
confirme la règle à l'égard des cas qui 
ne sont pas exceptés). » Cf. cet autre 


EXCEPTION 








adage : « Exceptio strictissimi juris 
est » (l'exception est un droit stricte- 
ment limité ; elle ne peut s’étendre par 
analogie). 

Il est donc grossièrement sophistique 
de faire appel à cette expression pro- 
verbiale pour maintenir une générali- 
sation inductive à laquelle un adver- 
saire oppose un exemple contraire. 

Rad. int. : Ecc. 


EXCEPTIVE (proposition). 
Ausnehmend ; K. Exceptive ; I. 
tuatisra, eccelliou. 

Proposition composée qui affirme un 
prédicat d’un sujet général, en excep- 
tant de cette affirmation un ou plu- 
sieurs individus, une ou plusieurs es- 
pèces. 

Rad. int. : Ekceptant. 


D. 
Eccet- 





EXCÈS, D. Übermass, Übermässig- 
keit ; E. Excess ; I. Eccesso. 

A. Ce qui dépasse une quantité don- 
née prise comme point de repère. « Une 


approximation par excès. » — « L’excès 
de l'offre sur la demande. » Cf. Dé- 
faut*, A. 


B. Ce qui dépasse à tort la mesure 
normale ou souhaitable. « Un excès de 
confiance dans les abstractions » : 
a commettre des excès ». 

C. Quelquefois, mais improprement, 
ce qui est extrême. « De l’excès des 
maux sort le remède. » 


CRITIQUE 


1. L’excès, au sens B, n’est pas seu- 
ement ce qui dépasse la mesure nor- 
male, mais ce qui la dépasse à tort : 
faire plus que son devoir n’est pas 
appelé un excès. Parler d’un « excès de 


zèle », c’est le désapprouver. Cf. 7h. 
coordonnable*. 

2. L'adjectif excessif et l’adverbe 
excessivement ont toujours le sens B. 
C'est par suite d’une confusion qu'ils 
sont pris dans le langage populaire 
pour extrême, extrémement, où même 
comme de simples superlatifs. « Un 
homme excessivement intelligent » veut 
dire, si l’on parle correctement, un 
homme dont l'intelligence est trop 
développée par rapport à ses autres 
facultés, et nuit à des qualités essen- 
tielles. 

Rad. int. : Eces. 


EXCITANT, D. Reizmittel ; E. Su. 
mulus ; I. Stimolo. 

Ce qui produit l’excitation*. Voir 
Stimulus*, et cf. les Observations ci- 
dessous. 


1. EXCITATION, D. Rezz, excitation 
proprement dite; ÆErregung, change- 
ment d'état produit par cette excita- 
tion ; E. Excitation ; I. Eccitazione. 

A. Action d’un stimulus sur une 
extrémité nerveuse sensitive (point de 
départ de l’impression*). On appelle 
alors mesure de l'excitation la mesure 
du phénomène physique pris pour sti- 
mulus (son, éclairement, pression, etc.). 

B. Moins proprement ; ensemble des 
phénomènes physiques et physiologi- 
ques nécessaires à la production d’une 
sensation*, En ce sens l’excitation com- 
prend la stimulation d’une extrémité 
nerveuse, la transmission au cerveau, 
l’action cérébrale concomitante de l’ap- 
parition d’une sensation à la conscience. 

Rad. int. : A. Stimul. 





Sur Excitation. — Le sens propre de ce mot est physiologique ; il ne désigne 
pas le stimulus lui-même, mais l’action du stimulus sur l’extrémité nerveuse. 
C’est à tort que dans la formule célèbre de Fechner, on a traduit Reiz par exci- 
tation : il désigne dans ce cas le stimulus lui-même, phénomène physique mesurable 
et non son effet physiologique. (G. Dumas.) 

On distingue en allemand der äussere Rezz, qui est le stimulus ; der innere Reiz, 
qui correspond à l’action physiologique. Voir Eiscer, sub Vo. 

Il vaudrait mieux dire l’excitant que le stimulus. (V. Egger.) 


17 





2. EXCITATION, D. Aufregung ; E. 
EÉxcitement ; I. Eccitazione. 

Suractivité mentale produite par des 
causes extérieures (émotions, sensa- 
tions dynamogènes*, intoxications, fo- 
lie circulaire, manie, etc.). 

Rad. int. : Ekcit. 


EXCLUSION, D. Ausschliessung ; E. 
Exclusion ; I. Esclusione. 

Relation logique de deux classes qui 
n’ont aucun élément commun, ou de 
deux caractères qui ne peuvent appar- 
tenir tous deux à la fois au même sujet. 

Rad. int. : Exklus. 


EXCLUSIVE (Proposition), D. Ezx- 
clusiva (lat.) ; KE Exclusive ; I. Esclu- 
siva. 

A. Proposition énonçant qu’un pré- 
dicat n’appartient qu’à des sujets d’une 
classe donnée : « Les A seuls sont B. » 
Logique de Port-Royal, 11, ch. x. 

B. En parlant d’une particulière* : 
celle qui affirme ou nie le prédicat 
d’une partie seulement de l'extension 
du sujet. Cf. Minimale*. On l'appelle 
aussi limitative*. 

C. En parlant d’une alternative* ou 
d’une disjonctive* : celle dont tous les 
membres sont incompatibles entre eux. 

D. En parlant d’une conditionnelle* : 
celle qui énonce une condition irrem- 
plaçable (sine qua non). 

Rad. int. : Exkludant. 


Exclu (Principe du milieu) ou du 
tiers exclu ; voir Milieu*. 


EXÉCUTION. — Terme consacré dans 
les traités de psychologie français pour 
opposer l’accomplissement même d’un 
aCte volontaire à la décision* (résolu- 
Hon*, ou détermination*). « Il faut bien 
distinguer l’acte volontaire proprement 
dit... de ce qui le précède ou l’accom- 
Pagne de ce qui le suit. Ce qui le pré- 
cède, c’est la réflexion ou le désir: ce 
Qui le suit, c’est l'exécution. » P. JANET, 
Traité de philosophie, 4° éd. (1884), 
P- 295. « Cependant, il faut reconnaître 
que pour que l'acte volontaire soit 


nn. 





EXIGENCE 


complet et entier, il faut qu'il y ait un 
commencement d'exécution, c’est-à- 
dire que de la résolution on ait com- 
mencé à passer à l’action. ; la résolu- 
tion elle-même pourrait n’être encore 
qu’une intention et une simple vel- 
léité. » Zbid., 277. — « Toute volition 
comprend quatre moments principaux, 
que l'observation interne peut analyser 
facilement : A. Conception B. Déli- 
bération.. C. Résolution. D. Exécu- 
tion... » A. REY, Leçons élémentaires de 
psychologie et de philosophie, nouvelle 
édition (1908), p. 414 et suiv. 
Rad. int. : Execut. 


EXÉGÈSE, D. Auslegung ; E. Ere- 
gesis ; I. Esegesi. 

Interprétation philologique et doc- 
trinale d’un texte, particulièrement 
d’un texte qui fait autorité : la Bible, 
les textes de loi. « L'erégèse des codes et 
la nature du raisonnement juridique », 
titre d’un ouvrage de M. Mallieux 
(1908). 


EXEMPLAIRE (Cause), D. Mus- 
ter... ; E. Exemplary ; I. Esemplare. 

Modèle existant en soi, comme les 
Idées platoniciennes, ou conçu par l’es- 
prit, comme un idéal artistique, et 
conformément auquel la cause efficiente 
produit son effet. Terme ancien et peu 
usité. 

Rad. int. : Exemplari. 


EXIGENCE, D. Fordern, Forderuneg ; 
E. Demand (beaucoup plus fort qu’en 
français), requirement ; 1. Esigenza. 

Terme employé depuis quelques an- 
nées assez fréquemment dans les ou- 
vrages de philosophie français pour 
représenter d’une manière plus large 
le genre de liaison dont l'implication 
est la forme logique. « Pour que la 
pensée s’exerce, il faut que quelque 
chose lui soit donné qui ne soit pas 
elle. Cet il faut lui-même est une exi- 
gence de la pensée. » C. BouGLÉ, « Sou- 
venirs d’entretiens avec J. Lachelier », 
dans les Œuvres de J. Lachelier, 
XXXIX. — « … J’ai marqué que j'envi- 


EXIGENCE 


sageais surtout le fait de l’évolution 
dans ses rapports avec l'exigence idéa- 
liste. Ce fait semble contredire cette 
exigence, puisqu'il montre la pensée 
émergeant de la matière, sortant de la 
nuit. » Ed. Le Roy, L'exigence idéaliste 
et le fait de l'évolution, p. 1. Voir 
Supplément. 


CRITIQUE 


Exiger est plus fort qu'appeler* ; 
mais il n’emporte pas, comme impli- 
quer*, un caractère intellectuel et ri- 
goureusement déterminé. Il appartient 
surtout au vocabulaire de la philosophie 
existentielle*. De plus, impliquer peut 
se dire du rapport entre simples lexis, 
notamment du rapport entre une ma- 
jeure et une conclusion connue pour 
fausse, qui sert à la réfuter ; exiger ne 
se dit que de ce qui est considéré 
comme une vérité de fait ou de droit. 

Rad. int. : Postul. 


« EXISTANT », subst. Se dit d’un être 
possédant l’existence au sens C. « L’ef- 
froi de l’existant devant son existence. » 
J. Wanz, Études kierkegaardiennes, 
p. 357. — Voir aussi Étant et existant (S). 






: ______ 318 


EXISTENCE, D. Existenz, Dasein . 
E. Existence ; 1. Esistenza. À 

Le fait d’étre*, dans toutes les accep. 
tions où le mot s'emploie absolument 
(Sens A). 

A. Existence en soi*, c’est-à-dire 'e 
fait d’être, indépendamment de la con. 
naissance (soit de la connaissance ac- 
tuelle, soit de toute connaissance pos- 
sible). 

B. Existence dans l’expérience*, 
c’est-à-dire le fait d’être, soit actuelle- 
ment présenté dans la perception ou 
dans la conscience du moi, soit conçu 
comme objet d’expérience nécessaire, 
bien que non actuelle. 

Le mot, dans ces deux sens, s'oppose 
d’une part à essence*, comme le fait 
d’être à la nature de l'être; — de 
l’autre à néant, comme l'affirmation à 
la négation. 

C. En un sens fort : réalité vivante 
ou réalité vécue, par opposition aux 
abstractions et aux théories. Voir Exis- 
tentialisme*. 

D. Existence logique, c'est-à-dire le 
fait que, étant donné l’ensemble d’idées 
que l’on considère, une certaine classe 





Sur Exigence. — M. Ed. Le Roy applique plus spécialement ce mot à ce qui 


:a'est Pas vide (— nulle en extension). 
jBx. : « Il n'existe pas de nombre carré 
aqui soit double d’un autre. » — En ce 
sens, l'existence n’est pas un attribut 
des individus, mais de la classe. 

‘: Postulats d'existence, ceux qui posent 
existence (au sens D) d’un ou de 
plusieurs individus répondant à une 
définition donnée. 


CRITIQUE 


RussELL (The principles of mathe- 
matics, $ 427) distingue l’être pur et 
simple, being, de l'existence : l’être 
appartient à toute chose concevable 
(nombres, chimères, dieux d’Homè- 
re, etc.), c'est l’être-C ; l'existence, au 
contraire, est une propriété de certaines 
classes d'individus. 

Rad. int. : Exist. 


EXISTENTIALISME, N. Existentia- 
lismus, existentiale ou existentielle Philo- 
sophie (employés pour distinguer diffé- 
rentes doctrines, acceptant ou non la 
qualification d’existentialistes) ;, — E. 
Existentialism ; |. Esistentialismo. 

À. Au sens le plus général : mise 





EXISTENTIALISME 





en relief de l'importance philosophique 
qu’a l’existence individuelle, avec ses 
caractères irréductibles. — « Retour 
à l'existence comme elle nous est don- 
née, sentiment croissant de la vanité 
qui peut s’insinuer dans des doctrines 
même sévères, mesure de la distance 
entre les abstractions théoriques et 
l'expérience concrète ; bref, besoin de 
considérer l'existence en face, telle 
qu'elle est vécue, et de penser sur elle 
avec efficacité, voilà justement quel- 
ques-uns des traits qui se rassemblent 
dans l’existentialisme ou la philosophie 
existentielle. » R. LE SENNE, Introduc- 
tion à la philosophie, p. 228. 

On applique ce nom aux idées phi- 
losophiques de Kierkegaard, de Jas- 
pers, de Heidegger, de Chestov, de 
Berdiaeff, quelquefois de Nietzsche ou 
de Unamuno. Il est devenu très courant 
dans la philosophie, la littérature et 
même le journalisme depuis 1945. 
Mais voir les Observations ci-dessous. 

Spécialement : 

B. Doctrine philosophique de J.. 
P. SARTRE, exposée philosophiquement 
dans L'Être et le néant (1943), mais 


est affirmé par le seul fait qu’on affirme quelque chose, ou voulu par le seul fait 
qu’on veut quelque chose. Voir au Supplément à la fin du présent ouvrage une 
note qu’il a bien voulu nous donner à ce sujet. 


Sur Existence. — Les scolastiques opposent essentia et existentia : l’essence 
est la nature conceptuelle d’une chose ; elle est conçue comme un pouvoir d’être, 
l'existence au contraire est la pleine actualité, ultima actualitas ; elle apparaît 
ainsi comme s’ajoutant à l’essence. Chr. WozrFr suit encore cette distinction 
dans sa définition bien connue : « Existentiam definio per complementum vossi- 
bilitatis. » Ontol., 143. (R. Eucken.) 

La notion d'existence n'implique-t-elle pas aussi l’idée d’une continuité de l’être 
dans le temps ? Autrement dit ne semble-t-il pas que le mot existence emporte 
l’idée de quelque chose de plus que l'actualité (au sens B), à savoir la permanence ? 
Ceci serait confirmé par l’origine psychologique de cette notion, qui n’est que 
l’abstraction et l’objectivation de la continuité de notre moi. (C. Ranzoli.) 

La distinction de M. Russell signalée dans la critique ne me paraît pas accep- 
table pour l’usage du mot français. (V. Egger.) — Il est vrai que, dans beaucoup 
de cas, étre, surtout comme substantif, a un sens plus réaliste et plus plein qu’extis- 
tence ; mais il faut remarquer qu’il est aussi employé dans beaucoup d’expressions 
de pure logique ou mathématique ; par exemple : « Soit un triangle, etc. » (A. L.) 

Cette distinction ne fait que reprendre la distinction scolastique de l’essence 


et de l’existence. Il est exact de dire qu'être a souvent un sens plus réaliste et plus 
plein qu’existence ; mais cette observation devrait conduire à la remarque que, 
entre existence et les mots de même radical et de sens quasi identique, tels qu'étre, 
essence, entité, il y a des nuances appréciatives, pouvant aller jusqu’à une oppo- 
sition. Selon les auteurs, c’est l’être qui est réel, ou l’essence, les existants ne 
possédant qu’une demi-réalité. Ou au contraire ce sont les existants qui seuls 
possèdent et constituent la réalité au sens fort. La querelle des universaux est 
éternelle, et les philosophies nouvelles, après le premier effet de surprise, la 
retrouvent. Peut-être y a-t-il un balancement et un rythme dans la faveur dont 
jouissent successivement ces doctrines opposées, dont l’éclipse ne serait jamais 
une disparition définitive. (M. Marsal.) 

Dans l’idée d'existence, M. L. LaveLLe distingue trois sens : 1° l’être en tant 
que manifesté ; 29 « le fait même d’être posé, soit par moi-même, soit par autrui, 
soit par le tout de l'être, dans la mesure où il accepte de me recevoir » ; 
39 «l'acte même par lequel je me détache de l'être pur pour trouver en lui mon 
essence. » De l” Acte, p. 97, 98, 101. 


Sur Existentialisme. — Article complété d’après les indications de M. Jean 
Wahl, qui ajoute ceci : « C’est Kierkegaard qui a été l’initiateur de la signification 
nouvelle donnée à l’idée d’existence : non plus synonyme d’être, mais de subjecti- 
vité. Voir sur ce point Étienne Gizson, L'Étre et l'Essence ; J. WawL, Études 

ierkegaardiennes. Faisons observer que Heidegger veut être avant tout un phi- 


EXISTENTIALISME 


CS 





répandue surtout par son théâtre, 
ses romans, et par la revue Les Temps 
modernes (1944 et suiv.). Elle tire son 
nom de la thèse : « L'existence précède 
l'essence », expression métaphysique 
de la croyance à la liberté absolue, 
suivant laquelle l'être vivant et pensant 
se fait lui-même, pour autant que le 
permettent certaines déterminations 
déjà prises. — Cf. Angoisse*, Déré- 
liction*, Engagement*, Projet*. 

C. « Existentialisme chrétien ». Doc- 
trine de Gabriel MaRcEL, exposée 
notamment dans : Existence et objec- 
tivité, Revue de Métaphysique et de 


et Homo viator (1945). —.Voir L’exis- 
tentialisme chrétien, Gabriel Marcel, 
ouvrage collectif présenté par Étienne 
Gizson (1947). 


EXISTENTIEL, D. Existential ; E, 
Existential ; 1. Esistenziale. 

A. Locique. Se dit des jugements qui 
affirment ou nient l’existence* d’une 
classe simple ou composée ; comme : 
A = 0 (iln'y a pas de A), AB +0 (il 
y a des AB = Quelque A est B — Quel- 
que B est A). La question de la portée 
existentielle (E. Existential import) des 
jugements est celle-ci : Les propositions 


Morale, 1995 : Être et avoir (1935) | soit universelles, soit particulières, in- 


losophe de l’être {qu’il pense pouvoir atteindre comme « ex-sistence », être-hors- 
de-soi) ; que Jaspers est un « philosophe de l'existence » et que tous deux refuse- 
raient qu’on leur appliquât le terme d’existentialiste. Voir sur ce point les lettres 
que j'ai reproduites dans Existence et transcendance. 

Il conviendrait donc de réserver le terme d’existentialisme à la philosophie 
de Sartre, de Merleau-Ponty, et de Mme Simone de Beauvoir qui acceptent cette 
désignation, et à celle de Gabriel Marcel, puisqu'il a souvent admis d’être appelé 
« existentialiste chrétien ». Mais on ne peut comprendre Sartre sans remonter 
à Heidegger, et de Heidegger à Kierkegaard. Sartre dit : « L'existence précède 
l’essence ». Heidegger préfère dire : « l’essence de l’homme est dans son existence », 
c’est-à-dire dans son être-dans-le-monde. Voir sur cette différence la lettre de 
Heïdegger à Jean Beaufret, dans Platons Lehre on der Wahrheit, mit einem 
Brief über Humanismus (Berne, 1947). Suivant Sartre, l’existant se fait lui-même 
en même temps qu'il est sa « situation », et cette situation dépend en dernier lieu 
de lui-même. Il reprend la formule de Lequier : « Faire, et en faisant, se faire ». 
La liberté n’est possible que parce que l’homme n’a pas d'essence qui le délimite. 
Voir SARTRE, L’Erxistentialisme est un humanisme. 

L’existant est défini comme sans cesse en devenir, dans un devenir continu 
et passionné (Kierkegaard, Jaspers), ou comme Être-dans-le-monde (Heidegger), 
en tout cas comme liberté (Jaspers, Sartre). Il juge en dernier ressort et dans l’an- 
goisse. Îl est devant la transcendance (Kierkegaard, Jaspers) ; ou bien il se trans- 
cende lui-même, dans un monde d’où Dieu semble être absent, vers l'avenir, 
vers les autres, vers le monde, vers l'être (Heidegger, Sartre). — (J. Wahl). 
— Existence, au sens fort et concret, existentiel, « un existant », au sens de 
Kierkegaard, ont commencé à s’introduire dans la langue de la philosophie 
française avec l’article de Gabriel MarceL, Existence et Objectivité (Revue de 
métaphysique et de morale, 1925, p. 175-195). Voir aussi J. WauL, Catégories 
kierkegaardiennes, dans les Recherches philosophiques, tome III (1933-1934 ; publié 
en 1935), p. 171-202. Depuis lors, « existentiel » et surtout « existentialisme » sont 
devenus si courants en France, dans la philosophie et dans la littérature, qu’on 
les rencontre fréquemment même dans les journaux quotidiens (Qu'est-ce que 
l’existentialisme ? Interview de M. BeaurrerT par M. H. Magnan, Le Monde, 
11 et 15 décembre 1945). Mais le mot recouvre une grande variété de doctrines, 
depuis la simple thèse que l'existence est irréductible à la pensée, et source d’ac- 





quent-elles l’existence des classes qui 
«en 8ont le sujet ou le prédicat ? 
7. B. Relatif à l'existence au sens C. 
Vs 


” Philosophie existentielle, voir Exis- 
4sntialisme*. — « La philosophie dite 
.gtistentielle considère la réalité moins 
comme un objet en face d’un sujet 
connaissant que comme une existence 
‘dont le contact nous transforme ; et 
loin d'isoler en nous la faculté connais- 
sante du reste de notre être, elle fait 
participer à la recherche philosophique 
l'individu tout entier, avec ses réactions 
sentimentales et passionnelles devant 
les choses. » E. BRÉHIER, Préface à 
l'ouvrage de Masson-OurseL, La phi- 
losophie en Orient, p. x. 
Rad. int. : Exist. 


EXISTER et EXISTENTIAL, (S). 


EXOTÉRIQUE, G. 'Élwreptxoc, ex- 
térieur ; D. Exoterisch ; E. Erxoteric ; 
I. Essoterico. 

Terme employé en plusieurs passages 
par ArISTOTE. Le sens en est mal dé- 
fini ; il a donné lieu à plusieurs in- 
terprétations, analysées dans Bonirz, 





EXPÉRIENCE 


Index Aristotelicus, 104044 à 105249. 
Dans le langage moderne, il s'oppose 
à acroamatique* et à ésotérique* aux 
sens A et B. Voir ces mots. 
Rad. int. : Exoterik. 


EXPÉRIENCE : 1° dans un sens 
abstrait et général : « l’expérience » 
(D. Erfahrung ; E. Experience ; 1. Espe- 
rienza) ; — 2° dans un sens concret et 
plus technique : acte d’expérimenter 
(D. Experiment ; E. Experiment ; |. Es- 
perimento). — Voir Empirique*, Expé- 
rimental*. 

1° L'expérience en général : 

A. Le fait d’éprouver quelque chose, 
en tant que ce fait est considéré non 
seulement comme un phénomène tran- 
sitoire, mais comme élargissant ou en- 
richissant la pensée : « Faire une dure 
expérience; avoir (ou avoir acquis) 
l'expérience des assemblées publiques. » 
— Cf. le titre de l’ouvrage de W. J4- 
MES : The varieties of religious expe- 
rience (Les formes diverses de l’expé- 
rience religieuse), traduit en français 
par Fr. ABauzir sous le titre : L'expé- 
rience religieuse. 


tivité créatrice, jusqu’au refus total de reconnaître aucun droit à la raison en face 
de la vie affective et volontaire. Voir L’Existence (Éditions de la N. R. F., 1945) 
ensemble d’articles par MM. A. Camus, B. Fondane, M. de Gandillac, Et. Gilson. 
J. Grenier, L. Lavelle, R. Le Senne, B. Parain, A. de Waehlens. « Avertissement » 
de M. Jean Grenier, directeur de la collection, qui vise au contraire « une 
intégration de l’existentialisme à l'intelligence, sans retour pour cela à l’ancien 
rationalisme ». Mais d’ailleurs les auteurs de ces articles, pour la plupart, 
R'acceptent point pour leur doctrine le nom d’existentialisme. 


Sur Expérience. — Article entièrement remanié sur les observations de 
J. Lachelier, V. Egger, Rauh, Malapert, Brunschvicg, Mentré. 

. V. Egger définit l'expérience C : « la connaissance directe, intuitive, immé- 
diate que nous avons des faits ou phénomènes ». Voir Dictionnaire Encyclopédique 
des Sciences médicales, où se trouve également une analyse détaillée de l'expé- 
ence D, qui est définie « la production artificielle des phénomènes en vue de 
leur observation précise, complète et méthodique ». Ibid. — Nous n’avons pas 
Œu, après les discussions qui ont eu lieu en séance sur ce mot, pouvoir adopter 
ces définitions : la première, parce qu’elle accorde à l’expérience un caractère de 
Connaissance immédiate qui est psychologiquement et logiquement discutable ; 
. Seconde, parce qu’elle définit plutôt l’expérimentation qu’une expérience prise 
isolément. (A. L.) 


- IwWanowsky propose de subdiviser ainsi qu’il suit Expérience C au point de 


EXPÉRIENCE 








B. Ensemble des modifications avan- 
tageuses qu’apporte l'exercice à nos 
facultés, des acquisitions que fait l’es- 
prit par cet exercice, et, d’une façon 
générale, de tous les progrès mentaux 
résultant de la vie. On distingue une 
expérience individuelle et une expérience 
de l'espèce (on dit encore : expérience 
ancestrale) ; celle-ci peut être elle-même 
transmise soit par la tradition (éduca- 
tion, langage, exemples) ; soit par l’hé- 
rédité psycho-physiologique. 

Il est à remarquer qu’on n’appelle 
pas expérience toutes les modifications 
produites par la vie (par ex. l’oubli, 
lPindifférence, les compromissions mo- 
rales, etc.), mais seulement celles qu’on 
juge avantageuses. Le terme a donc 
une valeur appréciative*. 

C. THÉORIE DE LA CONNAISSANCE. 
L'exercice des facultés intellectuelles, 
considéré comme fournissant à l'esprit 
des connaissances valables qui ne sont 
pas impliquées par la nature seule de 
l'esprit, en tant que pur sujet connais- 
sant. 

Il est usuel de distinguer en ce sens 
l'expérience externe (perception*), et 
l'expérience interne (conscience*) ; l’ex- 
périence, dans son ensemble, est alors 
opposée, soit à la mémaire*; soit à 


_5 


Pimagination créatrice. et aux autres 
facultés dites d’élaboration* ; soit à la 
raison. 


CRITIQUE 


Je dis que l'expérience fournit des 
connaissances, et non pas seulement 
une matière, parce que le propre de 
l'expérience est d’avoir une valeur pro. 
bante, et de présenter des liaisons régy. 
lières, soit que l’on considère celles. 
comme résultant de la nature seule des 
choses connues (voir Empirisme*), soit 
que l’on admette une communauté de 
nature entre les choses connues et les 
lois de l’esprit (rationalisme dogma- 
tique), soit qu’on admette (criticisme) 
que ces liaisons viennent de ce que l’in- 
telligence introduit d’elle-même dans 
la connaissance perceptive, « um sie als 
Erfahrung lesen zu künnent » Kanr, 
Raison pure, Dial. transc. A. 314; B. 371. 
Voir DELBos, Notion de l'expérience dans 


f 


, 


la philosophie de Kant, Congrès de 1900, 


IV, 363. 
29 Expérimentulion : 
D. Une expérience est le fait de pro- 
voquer, en partant de certaines condi- 


1... pour pouvoir la lire comme expérience. » 





vue de la valeur phénoménale ou transcendante de celle-ci (question que nous 
avons éliminée à dessein du texte comme insuffisamment éclaircie) : 
« 1. Objet phénoménal. 1° Tout est phénomène. L’expérience est soit externe, 


soit interne, mais ne porte que sur des relations. (D. Hume et ses successeurs.) 


— 20 Est phénoménale seulement l’expérience des sens externes. Et alors la 
conscience interne est ou considérée comme extérieure à l'expérience et fournissant 
une intuition immédiate, soit intellectuelle (le moi comme sujet pensant), soit 
volitive (le moi comme cause de l’effort) ; — ou réduite à la combinaison passive 
des données des sens externes (école matérialiste). 

Il. — Objet supra-phénoménal. Expérience transcendante ou mystique. » 

Il semble, si l’on entrait dans l’examen de cette question, qu’il y aurait lieu 
également de faire place aux théories qui accordent une valeur supra-phénomé- 
nale même à l’expérience externe (perceptionnisme). Le mot expérience présente 
dans la philosophie moderne un sens honorable et laudatif ; d’où, par suite, de 
la part de ceux qui admettent la possibilité d’une connaissance métaphysique, la 
tendance à revendiquer pour celle-ci le caractère d'expérience. (A. L.) 


Sur Expérience, au sens D. — La pensée de Claude Bernard sur le sens précis 
à donner aux mots ‘observation » et « expérience » est restée très incertaine. 






goos bien déterminées, une obser- 
gtion telle que le résultat de cette 
pservation, qui ne peut être assigné 
davance, soit propre à faire connaître 
nature ou la loi du phénomène étudié. 
parle, en ce sens, non seulement 
dexpérience physique ou psychologi- 
, mais encore d'expérience morale 
aux). 
On discute sur la question de savoir 
gi l'observation* doit être opposée à 
pexpérience uniquement par l’interven- 
ton active de l’expérimentateur dans 
œtte dernière ou si, pour qu’il y ait 
vraiment expérience au sens propre, 
Pon doit y joindre l'intention, soit de 
vérifier par son moyen une hypothèse 
déjà formulée, soit de faire naître une 
idée : « expérience pour voir ». Voir 
sur cette question J. S. Mie, Logique, 
livre III, ch. vis : « De l’observation et 
de l’expérience », et Claude BERNARD, 
Introd. à la médecine expérimentale, 
qre partie, ch. 1 : « De l’observation et 
de l'expérience », où le sens de ces mots 
est discuté en grand détail. Il conclut 
en définissant l’expérience une obser- 
vation provoquée ou invoquée en vue 
de contrôler ou de suggérer une idée 
($ 5). 
Expérience cruciale, voir CRUCIALE*. 
Rad. int. : À, B. Expert, Expertad ; 
C. Experienc ; D. Experiment. 


Expériencer, voir Observations. 


EXPÉRIMENTAL 


« EXPÉRIENTIEL », E. Experiential 
(proposé par Mie à la place de Positif, 
comme exprimant la même idée plus 
clairement). — Ezxpérientiel a été em- 
ployé par G. CLEMENCEAU pour rendre 
ce mot, dans sa traduction d’Auguste 
Comte et la philosophie positive, p. 10. 
Néologisme accepté à la séance du 
8 juin 1905, pour éviter l’équivoque 
d'empirique À et B, expérimental A 
et B. 

Ce qui se rapporte à l'expérience C, 
ou ce qui repose sur elle, sans impliquer 
nécessairement l’emploi de l’expérien- 
ce D (experiment). 

Rad. int. : Experienc. 


EXPÉRIMENTAL, D. Experimen- 
tell; E. Experimental ; 1. Esperimen- 
tale. 

A. Qui emploie l’expérience, au sens 
C. Voir par ex. le titre de l’ouvrage de 
R1B0T : « La psychologie anglaise, école 
expérimentale. » — Il vaut mieux dire 
en ce sens expérientiel. 

B. Qui emploie l’expérience au sens 
D. (experiment). 

Spécialement : 

Méthode expérimentale. Celle qui con- 
siste dans l'observation, la classifica- 
tion, l’hypothèse et la vérification par 
des expériences appropriées. 

Sciences expérimentales. Celles qui 
usent de l’expérimentation. La méde- 
cine expérimentale est opposée à la 


Cela tient : 1° à ce que l'intervention du savant dans l’investigation des faits peut 
avoir un grand nombre de degrés, dont précisément Claude Bernard donne 
certains exemples ; 2° à ce que, pour l’un quelconque de ces cas, le savant peut 
Prendre tour à tour l’attitude mentale de l’observateur qui « écoute parler la 
uature » et veille à « ne pas répondre pour elle », et l'attitude du chercheur qui 
veut dégager du fait une hypothèse ou une preuve. (R. Daude.) 

Voir les remarques sur Observation*. 


Sur « Expériencer., » — « Flournsy employait souvent ce terme dans ses cours, 
AU sens anglais de to experience (D. Erleben) : éprouver, faire l'expérience d’un 
&ntiment, d’une situation, etc. » (Ed. Claparède.) — Ce terme me paraîtrait 
Aussi très utile ; cf. Expérientiel*, déjà proposé en ce sens dans la 1re édition du 

nt vocabulaire, comme distinct à la fois d’empirique* et d’expérimental*. 


le 


.__ 


EXPÉRIMENTAL 


médecine clinique, ou de simple obser- 
vation. — La psychologie expérimentale 
s'oppose, soit à la psychologie intros- 
pective et spéculative (il s'agit alors de 
deux méthodes différentes s'appliquant 
à un même objet) ; soit à la psychologie 
rationnelle ou à la théorie de la connais- 
sance (il s’agit alors d’une division du 
travail entre deux branches distinctes 
de la psychologie). 

Rad. int. : A. Experienc ; B. Experi- 
ment. 


EXPÉRIMENTATION, D. Experi- 
mentation ; E. Experimentation ; 1. Es- 
perimentazione. 

Emploi systématique de l’expérien- 
ce-D. 

Rad. int. : Experimentad. 


Expérimentation mentale, D. Gedan- 
ken experiment, Mac. — « En dehors 
de l’expérimentation physique, il en 
est encore une autre, l’expérimentation 
mentale, très abondamment employée 
au degré supérieur du développement 
intellectuel. Le faiseur de projets, 
l'homme qui bâtit des châteaux en 
Espagne, le romancier, l’inventeur d’u- 
topies sociales ou techniques, font de 
l’expérimentation mentale. Mais le né- 
gociant à l’esprit solide, l’inventeur ou 
le chercheur sérieux procèdent de 
même. Tous se représentent des cir- 


constances données, et rattachent à ces 
circonstances l'attente, la prévision de 
certaines conséquences : ils expérimen. 
tent en pensée... La reproduction invo- 
lontaire et plus ou moins exacte des 
faits dans nos représentations est Je 
phénomène fondamental qui rend pos- 
sible notre expérimentation mentale. 
Nos représentations, nous les avons 
sous la main d’une manière bien plus 
facile et plus commode que les faits 
physiques ; nous expérimentons sur nos 
pensées, si l’on peut ainsi parler, à 
moins de frais. » E. Macu, Erkenntnis 
und Irrtum (La connaissance et ler. 
reur), ch. x1 : « L’expérimentation 
mentale », $ 3 et 4. 

Cette expression, et, plus encore, 
l’analyse de l’opération qu'elle désigne 
sont devenues extrêmement usuelles. 
Voir en particulier RiGNANo, Psycho- 
logie du raisonnement, ch. 1 ; GoBLor, 
Traité de logique, ch. x1. 


EXPIATION, D. Sühne,; E. Atone. 
ment ; |. Espiazione. 

Souffrance imposée ou acceptée à la 
suite d’une faute et considérée comme 
un remède ou une purification, la faute 
étant assimilée à une maladie ou à une 
souillure de l’âme. Voir PLATON, Gor- 
gias, notamment 4782 à 4840 (ch. xxxiv 
et xxxvi) et conclusion. 

Rad. int. : Expiac. 





Sur Expérimentation. — Quelques correspondants nous ont demandé pourquoi 
ce mot est restreint à l'emploi systématique de l’expérience. Il est vrai qu’on dit 
quelquefois « une expérimentation » pour une expérience au sens D. Mais cet 
emploi du mot ne nous paraît pas d’une bonne langue. L’expérimentation est 
une méthode qui consiste à faire une suite ou un ensemble d’expériences ou 


experiments. (A. L.) 


Sur Expiation. — L'idée de remède et celle de maladie doivent, ce semble, être 





écartées du sens moderne de ce mot. Expiare, qui pouvait se dire soit de la souillure, 
soit de la chose souillée, signifiait proprement rendre, de désagréable, agréable 
aux Dieux. — Platon, en revanche, considère surtout dans le Gorgias la guérison 
de l’âme. Mais ce sont deux conceptions différentes, la première purement reli- 
gieuse, la seconde plutôt philosophique. (J. Lacheller.) 

Même observation de M. Boisse, qui fait remarquer qu’on doit éviter de donner 
au platonisme, par des assimilations de ce genre, une allure chrétienne et mys- 
tique très propre à le fausser. 


EXPLIQUER 





EXPLICATIF, D. Erklärend, explica- 
ne ; E. Explicatwe; EL Esplicativo. 

A. Qui sert à expliquer*, dans tous 
Jes sens. 

Spécialement : 

B. Opposé à constructif, en parlant 
des définitions*, désigne celles dans 
lesquelles le définissant a pour objet 
deformuler la compréhension du défini, 
qu'on suppose déjà implicitement déter- 


EXPLICITE, D. Explicit, ausdriick- 
lich ; E. Explicu ; 1. Esplicito. 

À. En parlant des choses : est expli- 
cite ce qui est expressément énoncé, 
implicite ce qui est impliqué* par ce 
que l’on énonce et qui, par conséquent, 
y est compris, mais seulement d’une 
façon virtuelle et non apparente. 

B. En parlant des personnes : qui 
s'explique clairement ; qui dit tout ce 
minée. | qui est nécessaire pour être compris, 

C. Opposé à normatif* ou apprécia- | sans équivoque et sans indétermina- 
üf*, en parlant des propositions, dési- | tion. 
gne celles qui énoncent seulement un Voir Implicite*. 
fait ou une relation, par opposition à Rad. int. : Explicit. 
celles qui énoncent un conseil, un ordre 
ou un jugement de valeur. 

Le mot s’applique dans le même 
sens à la distinction des sciences nor- | explain, to explicate ; 1. Esplicare. 
matives et des sciences explicatives. Voir Expliquer, dans tous les sens, c’est 
WunpT, Ethik, Préface, II : « Die | faire comprendre* à l'un des trois pre- 
Ethik als normative Wissenschaft. » miers sens de ce terine. 

D. Voir déterminatif*. , Aussi le mot expliquer reçoit-il trois 
degrés : 

A. Au sens le plus large, développer 

Le mot n’est pas heureux au sens C, | ou décrire, donner une détermination* 
où il est fort détourné de son usage | précise à ce qui était inconnu, vague 
ordinaire et de son étymologie. Le sens | ou obscur. Ex. : « Expliquer le sens 
vague du mot allemand er/ilären paraît ! d'un mot, d’un texte; expliquer la 
être l’origine de cette acception : « Die marche à suivre dans un problème. » 
deutsche Sprache hat für die Aus- j B. Plus spécialement, expliquer un 
drücke der Exposition, Explication, | objet de connaissance, c’est montrer 
Declaration und Definition nichts mehr : qu’il est impliqué* par une ou plusieurs 
als das eine Wort : Erklärung1.» KANT, | vérités déjà admises (à titre assertori- 
Raison pure, À.730;B.°58.1lseraitpré- | que ou hypothétique). — Il n’est pas 
férable de dire en ce sens : jugement | nécessaire que ce qui explique soit plus 
{ou science) de constatation. Ce mot ne | général que ce qui est expliqué, l’ordre 
possède pas encore d’adjectif verbal; |; des implications étant indépendant de 
mais on pourrait employer constatif*. | la généralité des propositions qui s'im- 

Rad. int. : A. Klarig, etc. (voir Expli- | pliquent. Voir Déduction*. 
quer*) ; B. Explikant , C. Konstatant. |! C. Au sens fort, c’est montrer que ce 
———————— que l’on explique est impliqué par des 

1. « La langue allemande n'a rien qu'un seul mot, principes non seulement admis, mais 


run g, pour rendre les idées qu’exprimentlestermes : PF, : { ; 3 
, Explication, Déclaration et Définition. » : évidents* ; autrement dit, à faire voir 


EXPLIQUER, D. Erkiären, plus gé- 
néral; voir Ezxplicatif*, critique ; E. to 


CRITIQUE 





Sur Explicatif. — M. Parodi remplacerait volontiers ce mot par positif, en 
tant qu’il s'oppose à normatif. Mais positif a déjà bien des sens, et l’on peut 
soutenir que les sciences normatives, quand elles sont conçues par exemple comme 
"Éthique ci-dessus définie (Critique, 3°), ne présentent pas un caractère moins 
Positif que la grammaire ou même la biologie. Le néologisme constatives est ce 
qui rend le mieux l’idée dont il s’agit. (A. L.) 


B.._ 


LS 


EXPLIQUER 


qu’il dépend nécessairement de juge- 
ments nécessaires. 


CRITIQUE 


On dit aussi quelquefois qu’on expli- 
que un fait quand on montre qu'il n’a 
rien d’extraordinaire ou de surnaturel, 
et cela en faisant voir qu'il pourrait 
être une application de telle loi connue, 
ou se produire par tel mécanisme plau- 
sible. — Ce n’est pas là à proprement 
parler un sens du mot, mais une ellipse : 
l'objet de pensée qu'on explique n’est 
pas alors le fait, mais la possibilité de 
ce fait suivant telles lois connues de la 
nature, et l'explication consiste encore 
ici à montrer que cette possibilité est 
impliquée par les principes que nous 
admettons. 

Rad. int. : A. Klarig (Boirac) ; B. 
Explik : C. Evidentig. 


« EXPLOITER » {terme de la langue 
courante, mais néclogisme dans son 
usage philosophique) : utiliser des rela- 
tions données, prises comme principes, 
en développant par déduction un sys- 
tème de propositions qui en résultent. 
« Cette pensée (la déduction carté- 
sienne) s’alimentait constamment d'’in- 
tuitions intellectuelles. Elle exploitait 





des synthèses primitives. » Charles 
SERRUS, Essai sur la signification de 
la logique (1939), 78. — Exploitation 
s'emploie dans le même sens : « La 
forme de la déduction n’est plus ensuite 
qu’un instrument d'exploitation de la 
relation fondamentale. » Jbid., 95. 


EXPONIBLE, D. Exponibel ; E. Ex. 
ponible ; 1. Esponibile. 

Locique. On appelle ainsi des pro- 
positions composées, mais où la com. 
position n’est pas visible dans la forme, 
de sorte qu’on est obligé de les « expli- 
quer » ou « exposer » pour les analyser 
logiquement. Ce sont les exclusives*, 
les exceptives*, les comparatives*, les 
inceptives* ou désitives*. (Port-Royal, 
9e partie, ch. 1x et x.) 

Rad. int. : Exponibl. 


EXPOSITION, D. Exposition ; E. Ex- 
position ; I. Exposizione. 

Locique. Opération qui consiste à 
faire connaître un concept en énumé- 


| rant des exemples ou cas particuliers. 


Le « syllogisme expositoire » est celui 
dont le moyen terme est un individu 
déterminé pris deux fois comme sujel. 

Ce sens paraît tombé en désuétude. 


Sur Expliquer. — £rxplicare, c’est développer, déplier ; le concis, l’en veloppé, 





n’est pas clair pour l'esprit. Développer, le plus souvent, est nécessaire et suffit 
pour faire comprendre. C'est là le sens fondamental, dont les autres sont des spé- 
cialisations. (V. Egger.) — Mic (Logique, 111, ch. 12, $ 1) définit ainsi explication à 
« Un fait particulier est expliqué quand on a indiqué la loi dont sa production 
est un cas. Une loi de la nature est expliquée quand on indique une loi ou d’autres 
lois, dont elle est une conséquence. » Il consacre tout ce chapitre et le suivant 
aux différentes formes d'explication qu’il reconnaît. Mais sa définition est trop 
restreinte à sa conception particulière des lois et de la causalité. — Cf. H. SPENCER 
(Prem. Principes, ire partie, ch. 1v) : « On explique un fait en le ramenant à une 
loi, celle-ci, à une autre loi plus générale, et ainsi de suite jusqu’à une première 
loi qui ne peut être expliquée. » (Tout le $ 24 est consacré à la définition d’expli- 
quer.) (A. L.) 
Voir Mevyerson, De l'explication dans les sciences, tome 1. 





Sur Exposition. Il est aussi d'usage de traduire par ce mot Erûürterung, 
particulièrement dans les célèbres expressions de KawT: Metaphysische Erürterung, 
Transcendentale Erürterung. Voir les définitions qu’il en donne dans la Critiqué 
de la Raison pure, Ed. Kehrbach, pp. 51 et 53. (E. Van Biéma.) 





; 


927 


EXTASE 


TT ——————— © ——— 


+ Exposiltolre, voir Exposition*. 
EXPRESSES (espèces), voir Espèces*. 


EXPRESSION, D. Ausdruck ; E. Erx- 
\ pression ; |. Expressione. 

À. Au sens général, action d’expri- 
-mer, C'est-à-dire de constituer une don- 
née présente correspondant d’une ma- 
nière analogique à une réalité éloignée 
ou Cachée. « Exprimere aliquam rem 
dicitur illud, in quo habentur habitudi- 
nes quae habitudinibus rei exprimendae 
respondent. » LEIBNIZ, Quid sit idea, 
Gerh. vi, 263. Par exemple, dit-il, le 
modèle d’une machine exprime cette 
machine ; la projection d’un solide sur 
un plan en est l’expression ; le discours 
exprime les pensées et les vérités ; les 
chiffres expriment les nombres; une 
équation algébrique est l'expression 
d'un cercle ou de quelque autre figure : 
« Unde patet non esse necessarium ut 
id quod exprimit simile sit rei expres- 
sae, modo habitudinum quaedam ana- 
logia servetur. » Ibid., 264. 

B. Ensemble d'effets extérieurs (no- 
tamment attitude et aspect du visage) 
liés à certains états psychologiques. 
« L'expression des émotions. » — « Une 
expression attentive. » 

C. Moyens par lesquels un esprit 
communique à d’autres ses sentiments, 
idées, ou volontés. — En particulier, 
manière de parler, énoncé, notation : 
« Une expression usuelle ; une expres- 
sion locale. » — « Ramener une fraction 
à sa plus simple expression. » — « Une 
expression trigonométrique. » 

D. Caractère que présente une œuvre 
d'art d'évoquer avec force des senti- 
ments ou une situation morale, soit par 
la représentation directe de l’être hu- 
Main, soit par une correspondance avec 
d’autres images : « Une tête d’expres- 


Sur Expression. 








sion. » — « Un paysage peint peut être 
expressif, non point sans doute de la 
même manière qu’un portrait. Mais 
peut-être l’artiste peut-il mettre à cette 
expression plus d'originalité, plus de 
finesse et d’indécise subtilité, et même 
plus de grandeur. » PAULHAN, L'esthé- 
tique du paysage, p. 85. 

Rad. int. : A. Expres ; B. C. Expre- 
saj ; D. Expresives. 


EXTASE, D. Ekstase; E. Ecstasy ; 
I. Estasi. 

État caractérisé au point de vue 
physique par une immobilité presque 
complète, une diminution de toutes les 
fonctions de relation, de la circulation 
et de la respiration; au point de vue 
affectif, par « un sentiment de bonheur, 
de joie indicible qui se mêle à toutes 
les opérations de l'esprit. et que l’on 
peut considérer comme tout à fait ca- 
ractéristique de cet état ». P. JANET, 
Une extatique, Bull. Inst. psychol., 1901, 
229-230. — Au point de vue intellec- 
tuel « on appelle... extase un état dans 
lequel toute communication étant rom- 
pue avec le monde extérieur, l’âme a 
le sentiment qu’elle communique avec 
un objet interne qui est l'être parfait, 
l’être infini, Dieu. L'’extase est la 
réunion de l’âme à son objet. Plus 
d’intermédiaire entre lui et elle : elle 
le voit, elle le touche, elle le possède, 
elle est en lui, elle est lui. Ce n’est plus 
la fai qui croit sans voir, c’est plus que 
la science même, laquelle ne saisit 
l'être que dans son idée : c’est une 
union parfaite, dans laquelle l’âme se 
sent exister pleinement, par cela même 
qu’elle se donne et se renonce, car celui 
à qui elle se donne est l’être et la vie 
elle-même ». Bourroux, Le mysticisme, 
Bull. Inst. psychol., 1902, p. 15 et 17. 

Rad. int. : Ekstaz. 


La distinction des sens B et C a été remaniée d’après les 


Marques de M. René Lacroze. Voir son livre La fonction de l'imagination, p. 72. 
Signale également l'emploi, chez M. DALBIEZ, d’ « expression psychique », en 
Pin du rêve, par élargissement analogique du sens B. (La méthode psychana- 


Ytique, 1, 197.) 


D... 


EXTENSIF 


EXTENSIF, D. Extensiw ; E. Exten- 
sive ; I. Estensivo. 

A. On appelle extensive une grandeur, 
ou plutôt une espèce de grandeurs, 
représentable par une étendue, c’est-à- 
dire précisément telle que chaque gran- 
deur peut être considérée comme la 
somme de deux ou plusieurs grandeurs 
de cette espèce ; pour cela, il faut évi- 
demment qu'on ait défini l’addition 
pour cette espèce de grandeurs. — On 
appelle intensive toute grandeur qui ne 
satisfait pas à cette condition, c’est-à- 
dire : 19 psychologiquement, celle dont 
les variations ne sont exprimées que 
symboliquement par les termes de plus 
et de moins, et n'ont pour la conscience 
de signification réelle que par leur ca- 
ractère qualitatif (BERGsoN) ; 2° logi- 
quement, une espèce de grandeurs pour 
laquelle l’addition n'est pas définie, 
mais où l’on peut définir la relation 
d'inégalité (plus grand que). 

B. Selon KanT, une grandeur est 
extensive quand la représentation des 
parties rend possible la représentation 
du tout (et par suite la précède néces- 
sairement) (Raison pure, A. 162, B. 
203). Une grandeur est intensive, quand 












328 


PS 


elle n’est appréhendée que comme 
unité, et que la quantité ne peut y être 
représentée que par un plus ou moins 
grand rapprochement de la négation 
(Ibid., À. 168, B. 210). 

C. Qui a le caractère spatial; qui 
enveloppe une connaissance, au moins 
confuse, de l’étendue sensible. « Des 
sensations extensives. » 

Rad. int. : Extensiv. 


1. EXTENSION, D. Au sens À : Aus- 
breitung ; au sens B : Ausdehnung ; 
E. Extension ; I. Estensione. 

A. Sens actif : Le fait d'étendre une 
opération de pensée, ou une énoncia- 
tion, à des objets auxquels elles ne 
s’appliquaient pas précédemment. 

En particulier, le fait d’étendre le 
sens d’un mot. 

B. Sens neutre : Le caractère d’être 
étendu ; l'étendue au sens A. — Voir 
ÉTENDuE*, Critique. 

Rad. int. : À. Amplig; B. Extenses. 


2. EXTENSION, L. Erztensio; D. 
Umfang; E. Denotation, extension, 
extent, application ; I. Estensione. 

Locique. A. Ensemble des objets 





Sur Extensif. — Article complété d’après une indication de M. R. Daude, 


qui ajoute la remarque suivante : 


« Certains auteurs (0. ex. Malapert, Roustan, 


pes ou idéaux, concrets ou abstraits) 
“yrquels s'applique un élément de 
naissance ; c’est-à-dire : 1° pour un 
gncePt : ensemble des objets qu’il 
sut désigner (dont il est l’attribut) ; 
æe 20 pour une proposition : ensemble 

cas où elle est vraie (par suite, 
semble des hypothèses dont elle 
sut être la conséquence) ; — 3° pour 
gse relation : ensemble des systèmes 
de valeurs (attribuées aux termes géné- 
aux) qui la vérifient. 

. B. Ensemble d'objets ou d'individus 
eonsidérés dans une opération logique, 
comme lorsqu'on dit que l’extension 
du prédicat, dans une proposition, peut 
être qu’une partie de son extension 
totale : « C’est proprement le sujet qui 
détermine l’extension de l’attribut dans 
la proposition affirmative. » Logique de 
Port-Royal, 2° partie, ch. x vil. 

C. Caractère qu'a une proposition 
d’être singulière (soit singulière* pro- 





prement dite, soit collective*), ou plu- | 


rielle ; et si elle est collective ou plu- 
rielle, d’être plus ou moins générale, 
c’est-à-dire de porter sur un nombre 


Observations. 
Rad. int. : Extens. 








EXTERNE 


EXTÉRIEUR, EXTERNE, D. Aeus- 
ser, Aeusserlich, Aussen.. ; E. Erxter- 
nal ; 1 Esteriore, esterno. 

A. Sens fondamental : l’intérieur et 
l'extérieur sont une relation spatiale 
intuitive qui s’exprime aussi par les 
mots dedans et dehors. 


Par extension : 


B. On appelle extérieur, dans un 
corps matériel, ce qui est superficiel 
et visible du dehors, intérieur ce qui 
est profond et caché. 

C. En anatomie, on se sert des mots 
externe et interne dans le sens précé- 
dent. On distingue à cet égard les sens 
externes, dont les terminaisons sont 
superficielles ou du moins accessibles 
aux excitants physiques (toucher, vue, 
odorat, etc.), et les sens internes (sens 
musculaire, articulaire, cœnesthésie), 
dont les terminaisons sont placées dans 
la profondeur des tissus et qui sont 
excités seulement par les phénomènes 
qui se passent dans ces tissus mêmes. 
— Externe et interne sont donc à cet 


| égard des subdivisions de l’intérieur-A 
d'individus plus ou moins grand. Voir 


(relativement au corps) ; tous deux 
s'opposent alors à ce qui est extérieur 
(au corps). 





elles, et plus ou moins grandes. Mais le caractère en vertu duquel le sujet est pris 


dans leurs manuels de psychologie) disent aussi dans le même sens que « sensations 
extensives », « sensations étendues ». Il me semble qu’ « extensif » est meilleur : 
c'est l’objet qui est étendu ; la sensation doit être dite ertensive ou inextensive, 
selon la thèse admise. » Cette remarque me paraît aussi tout à fait juste. (A. L.) 


Sur Extension*, — M. Goblot a très justement distingué l'extension des propo- 
sitions, au sens C, de leur quantité*, avec laquelle elle est souvent confondue. 
Dans Le vocabulaire philosophique (1901) il appelait ainsi le fait d’être générales, 
spéciales, ou singulières. Dans sa Logique (1918) il la divise un peu différemment : 
« On peut donner le nom d’erxtension des jugements à la propriété qu’ils ont d’être 
singuliers, collectifs, ou généraux (plus ou moins généraux ou spéciaux). » Ch. vit, 
p. 175. Par collectifs, dit-il, il faut entendre les termes tels que « le Conseil muni- 
cipal » ou « les Conseillers municipaux » en tant que l’on considère le groupe comm£ 
formant un seul sujet, de telle sorte « que ce que l’on affirme ou nie concerne ΀ 
groupe et non les individus. » Jbid., p. 175-176. 

Cette analyse met bien en relief ce caractère important que les jugements 
au point de vue de leur généralité, ne sont point, absolument parlant, généraux 
ou spéciaux, mais seulement plus ou moins généraux, plus ou moins spéciaux 
les uns que les autres, selon que leurs sujets ont des extensions comparables entre 


comme un tout indivis, dans son rapport avec l’attribut, est plutôt une forme de 
la quantité : car le trait caractéristique de celle-ci est précisément de considérer 
ce rapport. Ce sont les jugements indivis par opposition aux jugements divisés 
ou distributifs, qui sont eux-mêmes soit universels, soit particuliers. — Ceci 
n’empêcherait pas, d’ailleurs, de retenir aussi, au point de vue de l'extension du 
jugement, qui ne dépend que du plus ou moins grand nombre d'individus compris 
dans son sujet, la division en singuliers, pluriels, collectifs, avec cette remarque 
que dans le cas des pluriels, et des collectifs, ils peuvent être plus ou moins généraux 
Où spéciaux. Voir l’article : La Logique de M. Goblot, Revue philosophique, jan- 
vier 1919. (A. L.) 


Sur Extérieur et termes suivants, voir V. Eccer, La parole intérieure, note des 
PP. 95-96, M. Egger préfère, à extérioriser et à ses dérivés, la forme externer 
(= aliéner, déclarer non-moi). 

M. Mentré définit ainsi ces termes, au sens D : « Est interne ce qui n'apparaît 
qu une conscience, ce qui est propre à un individu ; est externe ce qui apparaît 
OU qui est susceptible d’apparaître à la fois à plusieurs consciences. » — Je suis 

U même avis, à condition de dire « est jugé externe », pour y comprendre une 


illusion ou une hallucination collectives ; mais ceci me semble être une théorie 


D 


EXTERNE 





330 








REMARQUE 


On appelle aussi en anatomie face 
interne la partie des organes tournée 
vers le centre du corps (ou plus exac- 
tement vers le plan de symétrie du 
corps chez les animaux symétriques) ; 
la face externe est la face opposée. 

Par métaphore : 

D. En psychologie, on appelle inté- 
rieur où interne tout ce qui n’existe 
qu’en tant que connu par la conscience 
ou ce qui est relatif à la conscience ; 
extérieur, ou quelquefois, mais plus 
rarement externe, Ce qui nous paraît 
avoir une existence indépendante de la 
connaissance que nous en avons. On 
dit en ce sens que, dans la doctrine de 
la Raison impersonnelle, cette raison 
nous est extérieure. 

E. On appelle plus spécialement 
Monde extérieur (D. Aussenwelt; E. 
External world ; I. Mondo esterno) l’en- 
semble des objets sensibles que nous 
présente la perception ou que nous 
concevons comme objets de percep- 
tion possible. Ces objets sont dits objets 
extérieurs Où objets externes (Monde 
externe n’est pas usuel en français) et 
la perception de ces objets est appelée 
perception extérieure OU perception erter- 
ne (par opposition à la conscience-1, 
appelée par certains psychologues per- 
ception interne ou intérieure). Voir PER- 
CEPTION*. 

F. Passant de cette distinction psy- 
chologique à une distinction métaphy- 
sique, on appelle aussi extérieur (ou 
hors de nous) ce qui existe en soi, au 
sens B, 2° et 30. 


CRITIQUE 


Outre les sens indiqués ci-dessus, il 
existe encore certains usages mixtes ou 





complexes. Par exemple : « Je Com. 
prends sous le nom de sensations ;}. 
ternes » (et non sens) « toutes les sen. 
sations qui arrivent à la conscience par 
une autre voie que par les sens spg. 
ciaux : vue, ouie, odorat, goût, tou. 
cher... Elles se distinguent des sens. 
tions externes parce qu’elles ont Pour 
point de départ ordinaire les organes 
internes, parce qu’elles sont rapportées 
au moi sentant et non aux objets exts. 
rieurs, et enfin parce qu'elles ont en 
général un caractère de vague et d'in. 
détermination qui n'existe pas dans 
les sensations externes. Mais aucun de 


|{ ces caractères n’est absolu, etc. ». 


BEAUNIS, Les sensations internes, p. 1. 


Il y a confusion fréquente entre les 


différents sens des mots extérieur et 
externe. On doit distinguer ici quatre 
couples d'idées, pour chacun desquels 


nous indiquons ci-dessous des radicaux 


artificiels pouvant servir à les distin- 
guer : 

19 Ce qui est extérieur à quelque 
chose (en particulier au corps humain) 
et ce qui lui est intérieur (Ezxtern, 
intern ). 

20 Ce quiest superficiel, et ce qui est 
profond ; soit au propre, soit au figuré 
(Ne-profund, profund). 

3° Ce qui, dans la conscience, est 
présenté comme objectif, ce qui est 
présenté comme subjectif (Objektis, 
subjektiv). 

4 Ce qui existe en soi, et ce qui 
n'existe que dans la représentation 
(Ensu(aj), prizentat). 


EXTÉRIORISATION, D. Veräusser- 
lichung ; E Erternalization ; |. Esterio- 
rizzazione. 

Opération par laquelle un phéno- 





ou une hypothèse explicative qu’on ne peut faire entrer dans la définition même 


du mot. (A. L.) 


M. Marsal donne un exemple qui met bien en relief le chassé-croisé entre les 
sens de ce mot : « La perception extérieure est un fait de la vie intérieure. L'un 
des objets de cette perception extérieure est mon corps ; mais ici, aux donné® 
intérieures des sens externes viennent s’ajouter les données intérieures des sens 


internes. » 









ne, considéré comme « intérieur », 
ns l’un quelconque des sens de ce mot, 
‘end l'apparence d’être « extérieur ». 
$En particulier, on appelle extériori- 
ion de la sensibilité, la perception 
Agroblématique) d’excitations n'’attei- 
sant pas les organes connus des sens, 
restant extérieures au corps du sujet. 
j Rod. int. : Voir Erxtérieur*, Critique. 


4 


EXTÉRIORITÉ, D. Aeusserlichkeit ; 
È Exteriority ; 1. Esteriorità. 

: A. Caractère de ce qui est extérieur, 
dsns tous les sens. 

B. Spécialement (et c’est l’emploi le 
plus ordinaire de ce mot), caractère 
d'apparence objective présenté par ce 
que nous percevons. Le problème de 
l'extériorité est le problème posé par 
GonpiLLac (Traitédes sensations, 3 par- 
tie) : « Si l’on admet que les sensations 
æ sont qüe des modifications de l’âme, 
œmment se fait-il qu’elle les aperçoive 
mme des objets indépendants d’elle 
et placés hors d’elle ? » 

: Rad. int. : Voir Extérieur*, Critique. 


« EXTERMINER » a été employé par 
RsNouvier, au sens étymologique, 
pour éliminer : « … la métaphysique 
exterminée par le criticisme ». Psycho- 
letie rationnelle, Formulaire, B. — Ex- 
t@mination est pris au même sens par 
HameLin, Essai, 1re éd., p. 127. Cet 
usage est classique, mais très vieilli. 


Externe, voir Extérieur*, Extrin- 


sèque*, 
EXTRACÉSISME, (S). 
* Extrasensible », voir Observations. 


EXTRAVERSION, D. E. Ezxtraver- 
n ; I. Estraversione. 
RD £ 


ile 


l'ex 


.._ 





EXTRÊME 


À. Sens général : Attitude d'esprit 
tournée vers le dehors. 

B. Plus spécialement : « Nous appel- 
lerons extraversion la démarche émo- 
tionnelle par laquelle le moi se porte 
de l’atmosphère! vers le détail, intro- 
version la démarche de sens opposé. En 
tant que le moi comprend le détail, il 
sera dit moi perceptif et expressif, moi 
public ; l'atmosphère constitue au con- 
traire l'intimité, le moi privé. » R. LE 
SENNE, Obstacle et valeur, 197. 


Extrêmal, voir Extremum*. 


EXTRÊME, D. Aeusserste ; E. Ex- 
treme ; |. Estremo. 

A. Sens général : ce qui est placé à 
la limite d’une région de l’espace. 

B. Par métaphore, ce qui présente 
une qualité ou un caractère au plus 
haut degré. 

C. Spécislement, quand il s’agit 
d'une propriété sus-eptible de deux 
déterminations opposées, « les extré- 
mes » sont les choses qui présentent 
chacune de ces déterminations au plus 
haut degré. 

D. Locique. On appelle extrêmes, 
dans un syllogisme, les deux termes* 
de la conclusion, par opposition au 
moyen* terme : ce sont donc le grand 
terme et le petit terme. 


REMARQUE 


Extrème, aux sens A, B, C, se dis- 
tingue d’excessif*, et même peut s’y 
opposer : ce dernier mot impliquant 
l’idée d’une limite qui a été dépassée 
et qui n'aurait pas dû l'être. Le propre 


1. « Atmosphère » au sens où l'on parle de l'atmosphère 
d'un paysage, ou, plus généralement, de l'atmosphère 
d'une œuvre d'art. 


Sur Extrasensible. — M. Ranzoli propose d’adopter ce terme au sens précis où 
8t défini par Lewes, Problems of life and mind, 1"e série, Pr. I, ch. nt, vol. 1, 
PP. 253-256. Il divise la sphère de la connaissance en deux parties 


: le sensible, 


Ctement connu ; et l’extrasensible, comprenant tout ce dont nous admettons 
IStence dans le monde extérieur sans que cela soit objet de perception directe. 


EXTREMUM 


d’une théorie du « juste-milieu » est 
d'identifier dans un certain ordre de 
choses {à tort ou à raison) extrême et 
ercessif. 


Rad. int. : Extrem. 


EXTREMUM. Maximum ou 
mum. Cf. Maximum*. 


mini- 


EXTRINSÈQUE, D. Auesserlich ; E. 
Extrinsic, extrinsical ; I. Estrinseco. 

Qui n'est pas compris dans l’essen- 
ce de l'être ou dans la définition de 


F. Cette letire jlacée au commence- 
ment du nom d'un «vllogisme, marque 
qu'il peut se réduire à Ferio*. 


FACTEUR, D. Faktor ; E. Factor ; 
I. Fattore. 

Primitivement, celui qui fait, ou ce 
qui fait, telle ou telle chose. 

A. Mara. Un des termes qui, multi- 
pliés l’un par l’autre, constituent un 
produit. 

B. Par extension, ce qui concourt à 
déterminer un effet, en particulier un 
événement historique. 


CRITIQUE 


TARDE a fait remarquer l’ambiguité 
de ce mot, dans son usage historique 
et philosophique : « Il signifie, dit-il, 
canal ou source. Ici (il s’agit des « fac- 
teurs de la tradition ») il signifie canal, 
car la conversation et l'éducation ne 
font que transmettre les idées dont 
l'opinion ou la tradition se composent. 
Les sources sont toujours des initia- 
tives individuelles, petites ou grandes 
inventions. » L'opinion et la foule, 
p. 66 (note). 


« Facteur G », E. G factor. 


SPEARMAN (The Nature of Intelli- | 


gence, 1923) a appelé ainsi un facteur 















339 
ss 


l'idée dont il s’agit. S’oppose à intrin. 
sèque*. 

Dénomination extrinsèque (on dit 
aussi externe, Où extérieure) ; « [I] y à 
des modes] qu’on peut nommer exte. 
rieurs, parce qu’ils sont pris de quelque 
chose qui n’est pas dans la substance 
comme aimé, vu, désiré, qui sont des 
noms pris des actions d’autrui ; et c’est 
ce qu’on appelle dans l’École dénomi. 
nation externe. » Logique de Port-Royal, 
I, ch. u1. 

Rad. int. : Extrinsek. 


général de l'intelligence, capacité sui 
generis, qu’il juge nécessaire d’ajouter, 
dans le tableau psychologique de cha- 
que individu, aux facteurs spéciaux 
tels que les différentes sortes de mé- 
moire ou d’imagination, l'étendue et 
la finesse des sens, la capacité d’abs- 
traction, la logique, etc. 


FACTICE, L. Facutius ; D. Gemacht, 
fingiert ; E. Factitious ; I. Fattizio. 
Artificiellement construit ou fabri- 
qué. Spécialement, chez DEscarTES, les 
idées factices ou construites s'opposent 
aux idées adventices* et aux idées in- 
nées*. (Troisième méditation, $ 7.) 
Dans la langue moderne, ce mot a 
presque toujours un sens péjoratif. 
Rad. int. : Fingit. 


Facticité, voir le Supplément. 


FACTUEL, D. Sachlich, tatsächlich ; 
E. Factual ; I. Fattuale. 

Qui concerne l’ordre des faits (par 
opposition au droit, aux normes, aux 
principes, etc.). 


1. FACULTÉ, L. Facultas ; D.Féhig- 
keit, Vermôgen ; E. Power, Faculty; l. 
Facoltà. 

A. Pouvoir ou liberté de faire quelque 
chose. 


B. Spécialement : on appelle Facultés 
, l'âme l'intelligence, l’activité (ou, 
“emme on disait autrefois, la volonté) 
enfin la sensibilité, en tant qu’elles 
anpt considérées comme constituant 
Sacune un pouvoir spécial de faire ou 
ge subir un certain genre d’action. 
ke The two great and principal actions 
#d the mind which are most frequently 
.gsssidered.…. are these two : Perception, 
æ thinking ; and volition or willing. 
qe power of thinking is called the 
A nde 


FACULTÉ 


powers or abilities in the mind are 
denominated Faculties'.» Locre, Essay, 
livre II, ch. vi. Il fait d’ailleurs remar- 
quer que les facultés ne doivent être 
prises que pour des abstractions et non 
pour des êtres distincts (Zbid., II, xx1, 


$ 6. Cf. LeiBniz, Nouveaux Essais, 
ibid.). 





1. «Les deux grandes et principales actions de l'esprit 
qui sont le plus fréquemment considérées sont celles-ci : 
l8 perception, on pensée, et la volition, ou volonté. Le 
pouvoir de penser est appelé enfendsment et le pouvoir 


rstanding and the power of voli- 
tion is called the Will; and these two 


— 


de vouloir, volonté; et ces deux pouvoirs ou capacités 
dans l'esprit sont appelés facultés. » Essai sur l'enten- 
dement humain. 








Sur Faculté. — Histoire. La doctrine des facultés de l’âme a certainement son 
origine chez les Écossais. Jourrroy (Des facultés de l’âme humaine, 1828, dans les 
Mélanges philosophiques ), n'admet pas à proprement parler des facultés multiples 
et indépendantes. L'âme n’a d’après lui qu’une faculté proprement dite, le « pou- 
Yoir personnel » et des « capacités » diverses, qui sont des facultés dans la mesure 
‘où le pouvoir personnel s’en empare et les dirige ; ce pouvoir personnel est nous ; 
«nous avons la conscience qu’il vit même dans son repos », tandis que nous ne 
connaissons les autres facultés ou capacités qu’à la suite et en conséquence de 
leurs manifestations phénoménales. L’une et les autres sont également appelées 
par lui des causes ; d’ailleurs, il applique aussi ce terme aux propriétés des choses 
matérielles (pesanteur, chaleur, etc.), et pour lui, les lois qui gouvernent l’exercice 
des propriétés et des capacités sont le mode d’action qui s'impose aux causes. 

La théorie des facultés trouve son expression à la fois rigoureuse et candide 
dans le Traité des Facultés de l’ Ame d’Ad. GARNIER (1852) : « L'âme accomplit des 
actes indépendants les uns des autres qui nous font connaître en elle des pouvoirs 
indépendants... Comment le moi est-il un et divers, nous ne pouvons le dire ; mais 
la conscience nous montre qu'il a ces deux qualités. Les facultés existent donc, 
indépendantes les unes des autres, sans diviser l’âme et sans la multiplier. » 

GaRNIER cite Bossuet, se croyant d’accord avec lui ; mais il se trompe. Les sco- 
lastiques orthodoxes, suivis en cela par DESCARTES, par Bossuer et par les autres 
tartésiens, ont pour doctrine que les facultés ne sont que divers noms donnés à 
l’âme selon ses différentes opérations : 

GuizLaume d'Auvergne (x11e siècle) : « Quoique l’on attribue la pensée à la 
faculté de l'intelligence, la volonté et le désir à la faculté de désirer et de vouloir, 
a cependant une seule âme qui veut, qui pense, qui désire... » Traité de l'âme, 
CA, mt, G 7. 

DESCARTES : « Una et eadem est vis, quae, si applicet se cum imaginatione ad 
sensum communem, dicitur videre, tangere, etc. ; si ad imaginationem solam, ut 

iversis figuris indutam, dicitur reminisci... Et eadem etiam idcirco juxta has 
functiones diversas vocatur vel intellectus purus, vel imaginatio, vel memoria, 
vel sensus ; proprie autem ingenium appellatur... » Regulae, xu, 79. 

Bossuer : « L’entendement n’est autre chose que l’âme en tant qu’elle conçoit ; 
la mémoire n’est autre chose que l’âme en tant qu’elle retient et se ressouvient ; 
la volonté n’est autre chose que l’ârne en tant qu’elle veut. Toutes ces facultés 
16 sont au fond que la même âme qui reçoit divers noms à cause de ses différentes 
Pérations. » Connaissance de Dieu et de soi-même, chap. 1, ad finem. 


LALANDE. — 
» VOCAB. PHIL. 13 


FACULTÉ 








CRITIQUE 


L'École Écossaise et l’École Éclec- 
tique française ont énergiquement dé- 
fendu la doctrine des facultés de l’âme, 
mais le sens donné par eux à ce mot 
n’est pas toujours le même : « Toutes 
les fois que je suis témoin d’un phéno- 
mène, écrivait Amédée Jacques dans 
la première édition du Dictionnaire üe 
FRancx, je ne puis m'empêcher de lui 
supposer une cause. Je crois plus 
encore : je crois que cette cause pre- 
existait au phénomène et doit lui sur- 
vivre. Mais inactive et comme en 
repos, je n’en pense pas moins qu'elle 





—_____ 34 
— 


persiste, capable de reproduire à l'in. 
fini des effets pareils, que j'attends 
avec confiance du retour des occasions 
La cause ainsi conçue d’un phéno. 
mène, presque toujours insaisissable en 
elle-même et dénoncée seulement Par 
ses effets, mais en tout cas considérée 
comme indépendante d’eux, puisqu'elle 
était avant et sera encore après, c’est 
ce qu’on nomme en général une pro. 
priété, une vertu, une puissance, une 
force, une faculté. » (Ces mots ne sont 
pas tout à fait synonymes, bien que le 
langage ordinaire les confonde : la pro- 
priété est purement passive, elle n’est 


MaLEBRANcuE va plus loin, et nie que nous ayons en nous conscience de 
pouvoirs : « Le sentiment intérieur que j’ai de moi-même m’apprend que je suis, 
que je peux, que je veux, que je sens, etc. », mais « je ne puis, en me tournant 
vers moi-même, reconnaître aucune de mes facultés ou de mes capacités. » Entre- 
tiens sur la métaphysique, 3° entretien, $ 7. 

Locke déclare de même que les facultés sont des noms, et non des « agents n, 
Le1Bniz l'accorde : « Ce ne sont pas les facultés ou qualités qui agissent, mais les 
substances par les facultés. » On pourrait cependant considérer ces dernières 
comme « des êtres réels et distincts ». (Sans doute à titre d’essences non seulement 
possibles, mais réalisées.) 

Em. CHaRLes, dans le passage cité ci-dessus, revient donc à la tradition scolas- 
tique et cartésienne, qui est nominaliste en ce qui concerne les divisions de l’âme. 
Au prix de l’abandon de l’idée de substance, cette tradition conduisait directe- 
ment au phénoménisme psychologique ; pour cette doctrine toutes les facultés de 
l’âme, même la tvoloné, sont des classes de faits personnifiées ; il rie toute cons- 
cience et toute inférence d’un pouvoir, c’est-à-dire d’une cause générale et perma- 
nente d'effets variés et successifs. 

(Résumé de recherches sur le mot Faculté, communiquées par V. Egger.) 


— KanT (Anthropologie, $ 7), oppose, au sens fort, le concept de faculté (Ver- 
môgen, facultas), à celui de réceptivité (Empfänglichkeit, receptivitas) : « Vermô- 
gen zu handeln ; Empfänglichkeit zu leiden!. » Dans le Discours sur la Faculté de 
connaître (Erkenntnisvermügen), il emploie au contraire le concept au sens plus 
large : la sensibilité, qui est une « réceptivité » { Receptivität) constitue la « faculté 
de connaître inférieure ». 

1 faut remarquer que le concept d’une disposition psychique de chaque sujet 
empirique particulier, concept compris dans celui de Faculté de l’âme, disparaît 
complètement dans l'usage du mot Faculté { Vermügen) pour la critique de la 
connaissance. Les théories de la philosophie critique sur la constitution et la 
connexion des facultés (sensibilité, entendement, etc.) ne sont pas des théories 
psychologiques sur les rapports mutuels de dispositions psychiques : elles impli- 
quent, sous une forme mythique et incomplètement éclaircie, une doctrine 
sur les relations de valeur nécessaires inhérentes à l’essence des différentes espèces 


1. « Faculté d'agir : capacité réreptive de pâtir. + 


ne 









& une vraie cause; par exemple la 
Lilité, la fusibilité.) « Au contraire, 
-t-on que la cause supposée, au 
d'être une aptitude passive, inca- 
de se déterminer elle-même, pos- 
une énergie propre, c’est déjà une 
tu, une puissance, une faculté : par 
mple, l’aimant a une puissance at- 
tive, certaines plantes ont des ver- 
tes médicales, l'estomac a la faculté de 
rer À cette activité encore aveu- 

et fatale, ajoutez dans l'être qui en 
es doué, la conscience de son action... 
a’il en ait l'initiative et le gouverne- 
ment, le titre de faculté conviendra 


FACULTÉ 


mieux encore à cette puissance éclai- 
rée et autonome. En ce sens l’âme 
seule a de véritables facultés. » (Cette 
distinction est traditionnelle, elle est 
développée dans GocLenius, 565?, où 
il distingue deux formes de la potentia : 
habilitas ad agendum, et habilitas ad 
patiendum ; la première seule est facul- 
tas, qui a pour synonymes vis activa, 
virtus, potestas.) 

Dans la seconde édition du même ou- 
vrage, Em. CHARLES a corrigé cette dé- 
finition ainsi qu’il suit : « [L'auteur] 
était visiblement sous l'influence de 
cette opinion que la méthode appli- 





ae 


à phénomènes : 


phénomènes de connaissance, phénomènes de volonté, etc. 
(8. Husserl.) 


:. Sur la Critique. Deux passages y ont été modifiés pour tenir compte des 
observations suivantes de J. Lachelier et G. Belot : 

— Je ne tiens nullement à l'emploi du mot faculté, et je le repousse même s’il 
faut entendre par là des pouvoirs occultes. Je me contenterais parfaitement de 
fonction et même de fait, pourvu que l’on voulûôt bien distinguer des faits perma- 
nents et des faits passagers. Par exemple, juger du vrai et du faux me paraîtétre, 
un fait qui a lieu en moi tout le temps que je pense, mais qui ne se répète pas, 
qui persiste au contraire, absolument un et identique à lui-même, quoiqu'il porte 
tantôt sur un objet, tantôt sur un autre. Je ne vois même pas de différence entre 
ce fait et moi-même, en tant que je pense. Il me semble qu'il y a de même en 
moi, ou plutôt que je suis moi-même un seul et même vouloir, qui se porte tantôt 
versune fin, tantôt vers une autre ; une seule et même vie affective, ou conscience 
affective de moi-même, qui est modifiée par les objets extérieurs, tantôt d’une 
manière, tantôt d’une autre. — Si ce que j'appelle pensée, sentiment, volonté, 
n’était qu’une ressemblance entre des faits radicalement différents les uns des 
autres, comment se ferait-il d’abord que cette ressemblance fût si exacte qu’elle 
me parût aller jusqu’à l'identité ? Ensuite, où prendrais-je l’idée de moi et du 
rapport de ces faits à moc ? (J. Lacheller.) 

Le mot Faculté me paraît avoir deux acceptions : les facultés-fonctions (par ex. 
le langage, les mémoires spécifiques, etc.) et les facultés-modalités (intelligence, 
affectivité, etc.}. L'erreur des anciennes psychologies est d’avoir traité des moda- 
%8 comme des fonctions. Mais le psychologue contemporain peut réhabiliter 
l'idée de faculté au sens de fonction, en montrant qu’il Y a des systèmes réels 

€ pouvoirs (en un sens tout empirique, évidemment) correspondant à un système 
.0fganes, et prédéterminant certains modes d'action. Par exemple, La mémoire 
Rest qu’une modalité coextensive à toute la vie mentale, mais les différentes 
Mémoires spéciales qui paraissent absolument corrélatives aux fonctions correspon- 
dantes sont des systèmes susceptibles de maladies spéciales, etc. (G. Belot.) 

Il est entendu que, si nous employons encore le mot facultés, si même il 
ROUS arrive de parler des facultés de l'âme, nous ne songeons plus à des pouvoirs 
lésidant en l’âme, et ayant en elle une existence distincte de celle des faits qu’on 
lu attribue. Faculté n’est pourtant pas synonyme de fonction. La psychologie 


nn. 


FACULTÉ 


336 





cable à la psychologie doit se rappro- 
cher le plus possible de celle des sciences 
physiques ; qu'il faut, ici comme là, 
observer des faits, les classer, puis les 
rattacher à leur cause prochaine. On 
admet plus généralement aujourd’hui 
que les faits de conscience sont du pre- 
mier coup perçus comme étant les 
nôtres, c’est-à-dire en même temps que 
leur cause et dans leur rapport avec le 
moi ; on répugnerait donc à dire que les 
facultés sont les causes qui les pro- 
duisent et surtout que ces causes d’a- 
bord ignorées sont affirmées à la suite 
d'un raisonnement qui les conclut de 
leurs effets. Ce pouvoir actif et réel 
qui se sent et s'affirme et ne se conclut 
pas de ses effets, c’est le moi lui-même 
dans son essence, c’est une force vive. 
La faculté est une abstraction. » JZbid., 
516-517. 

Beaucoup de philosophes modernes, 
notamment TaiNE (Cf. Les philosophes 
français, ch. in) contestent que le moi 
lui-même soit, en ce sens, une cause, ou 
une puissance. Mais il semble bien que, 
quelle que soit l'opinion adoptée à cet 


—— 


groupe naturel de faits psychiques dont 
les caractères et l'unité sont établis 
a posteriori. Il ne diffère donc de Fonc- 
tion* qu’en ce qu’il s'applique au men- 
tal, et non au physiologique. Il serait 
même plus simple et plus logique d’em- 
ployer ce dernier mot dans les deux cas. 

Rad. int. : B. Fakult. (Kapabl, Boi. 
rac). 


2. FACULTÉ, D. Facultät; E. Fa- 
culty ; L Facoltà. 

Corps des professeurs enseignant, 
dans une même Université, une des 
grandes divisions des connaissances hu- 
maines. Les « Quatre facultés » tradi- 
tionnelles sont les Facultés de Théo- 
logie, de Droit, de Médecine et de Phi- 
losophie ou des Arts*. (Cf. KAnNT, Der 
Streit der Facultäten)'. Depuis 1808, 
cette dernière est divisée, en France, 
en Faculté des sciences et Faculté des 
lettres. 

Rad. int. : Fakultat. 


FAIBLE (Loc.). — A. La proposition 


337 


« plus faible » de la proposition en A; 
et de même O par rapport à E. 
(ct. l'expression pejor pars pour dési- 
gner les négatives et les particulières.) 

Les syllogismes « à conclusion faible » 
{ou « affaiblie ») sont ceux qui ne con- 
cluent qu’à une particulière quand les 
prémisses autoriseraient une univer- 
selle. Ce sont Barbari*, Celaront*, Ce- 
saro*, Camestros*, Camenos* (ou Ce- 
lantos). Voir CouTunart, Logique de 
Leibniz, Ch. 1. 

B. Plusieurs physiciens contempo- 
rains à l’exemple de Louis de BROGLIE, 
emploient l'expression « Causalité fai- 
ble » qu’il définit ainsi : « À l’ancienne 
causalité forte qui liait nécessairement 
et univoquement l'effet à la cause, 
se substitue {dans la physique quanti- 
que) une causalité faible où la cause 
reste encore la condition nécessaire 
de l'effet, mais où, la cause s’étant 
produite, divers effets peuvent, en géné- 
ral, en résulter avec diverses probabi- 





FAIT 


lités. » Louis de BRoGLIE, Au delà des 
mouvantes limites de la Science, Revue 
de Métaphysique et de Morale, juil- 
let 1947, p. 288. — Voir ci-dessus, 
cause*. 

C. En un autre sens, on appelle « ar- 
gument faible » ou « raisonnement 
faible » celui qu’on juge peu concluant. 
— « Esprits faibles », voir Esprit. 

Rad. int. : Febl. 


FAIT, L. Factum ; D. Tatsache ; 
E. Fac; I. Fatto. 

Ce qui est ou ce qui arrive, en tant 
qu'on le tient pour une donnée réelle 
de l'expérience, sur laquelle la pensée 
peut faire fond. 

« La notion de fait, quand on la pré- 
cise, se ramène à un jugement d’affir- 
mation sur la réalité extérieure. » SE1- 
GNoBos et LANGLOIS, Introduction aux 
études historiques, 156. Ce terme a donc 
essentiellement une valeur apprécia- 
tive. Voir A. LALANDE, La raison et les 


en I est appelée quelquefois une forme 
égard, le mot faculté lui-même ne peut | 2" 


plus être reçu que pour désigner un 1. Le combat des Facultés. 





moderne n’eût pas manqué d’exclure, s’il avait fait double emploi, un mot qui 
prête à des méprises si graves. Elle l’a conservé parce qu’il est nécessaire. Fonction 
éveille toujours l’idée d’une activité rapportée à un organe déterminé, tandis que 
faculté ne fait pas nécessairement songer à un substratum organique. Par suite, 
facultés de l'âme et fonctions psychiques désignent des groupements de faits très 
différents. Les facultés sont des classes de faits psychiques, rapprochés d’après 
leurs analogies, distingués d’après leurs différences ;, les fonctions psychiques, 
comme les fonctions somatiques, sont des processus ou des complexes de phéno- 
mènes de nature différente. Ce qu’on localise dans les diverses régions de l’écorce 
cérébrale, ce n’est pas ici la sensation, là la mémoire, ailleurs le jugement. Au 
centre de la vision, par exemple, se rattachent la sensation visuelle, la perception 
visuelle (avec tous les jugements qu’elle comporte, discrimination, assimilation, 
localisation, reconnaissance, etc.), la mémoire visuelle, l'imagination visuelle, 
l’attention visuelle, etc. (voir Fonction). (E. Goblot.) 


Sur Faculté-2. — Quelques correspondants ont proposé la suppression de cet 
article, qui n’a pas, disent-ils, le caractère d’un terme technique de philosophie. 
J'ai cru cependant devoir le maintenir, non seulement en raison de l’usage sym- 
bolique qu’en a fait Kant dans l'ouvrage cité, mais en raison de ce fait que l’exis- 


tence de la Faculté de philosophie est un des éléments qui ont déterminé le sens 
du mot pzilosophie. (A. L.) 


Sur Faible (causalité). — Dans ce qu’on appelle ainsi, est-ce la relation entre des 
termes eux-mêmes rigoureusement déterminés qui est faible ? La causalité n’est- 
elle pas tout ce qu’elle peut être, ni forte ni faible, mais entre des termes faiblement 
déterminés, soit de par notre insuffisance à le faire, soit de par la nature même du 
réel ? N'y a-t-il pas dans l’idée de causalité faible une confusion analogue à celle 
qui s'établit entre la fonction y d’une variable x (sens A) et la fonction au sens de 
relation fonctionnelle (sens B) reliant x à y? Autrement dit, en considérant la 
causalité comme une norme de la pensée scientifique, l’expérience physique 
récente nous conduit-elle à dépasser, ou à « adoucir » notre exigence de condi- 
tionnement, ou bien seulement à reconnaître que dans certains cas nous ne pouvons 
pas y satisfaire, l’identification maxima et la détermination maxima compatibles 
avec les données actuelles de l’expérience restant les règles de l’activité intel- 
lectuelle ? (M. Marsal.) 


Sur Faible (syllogisme). — Les syllogismes à conclusion faible, de même que 
les subalternations, et que Darapti et Felapton, sont considérés comme illégitimes 
par les logiciens qui admettent la valeur existentielle* des particulières (quelques S 
sont P = :! y a des SP) et non celle des Universelles (tout S est P — ü n’y a pas 
de S qui ne soit pas un SP). 


Sur Fait. — Rédaction discutée et adoptée dans la séance du 21 juin 1906. 
Cet article a donné lieu, en outre, aux remarques suivantes, les unes communi- 
quées par écrit, les autres formulées à la séance de la Société : 

19 Fait, phénomène, événement : « Fait peut être considéré comme un simple 
Synonyme de phénomène. Je définirais le fait ou phénomène : ce qui, constitué 
essentiellement par un propre qualitatif, occupe une place limitée dans le temps 


FAIT 338 


Observations (suite) 


et dans l’espace, ou dans le temps seul ;: — ou encore : un continu d’espace et de 
temps, ou de temps seulement, de faihle grandeur, occupé par une seule et même 
qualité. (Type de phénomène ou de fait : le passage d’une étoile filante dans une 
région du ciel.) — On appelle événement le fait dont l'élément temporel a plus 
d'importance que l'élément spatial, le fait qui apparaît surtout comme un chan. 
gement. » (V. Egger.) 

J. Lacheller, P. F. Pécaut, Bernès, Brunschvicg, Chartier, sont d’avis au 
contraire qu’on doit distinguer nettement fait et phénomène : « Fait a un sens 
plutôt descriptif et concret, phénomène un sens analytique et abstrait. Fait désigne 
un complexus donné intuitivement dans l’expérience (un fait historique). Phéno- 
mène s'applique, soit, tout à fait correctement, à un élément d'expérience {un 
phénomène optique, les phénomènes chimiques, etc.) ; soit, par extension, à un 
complexus, mais envisagé alors comme un tout composé d'éléments. » (M. Bernès.) 

— « De plus, fait emporte une idée d’objectivité beaucoup plus forte que phé- 
nomène. Le phénomène peut n’être qu’une apparence, une perception individuelle : 
le fait au contraire est toujours tenu pour réel ; il fait partie des choses telles 
qu’elles sont. L’ébullition de l’eau est un fait ; le spectacle d’une belle vallée n’est 
pas un fait. Dire que mon existence est un phénomène, c’est en quelque façon la 
contester ; dire qu’elle est un fait, c’est la reconnaître. » (J. Lachelier, F. Pécaut, 
L. Brunschvicg, L. Couturat, E. Chartier.) 

—e N'y a-t-il pas, de plus, dans l’idée de fait, la notion d’une répétilion, au 
moins possible ? » (E. Chartier.) 

— « Nous ne le croyons pas. César a été assassiné par Brutus, dira-t-on : c’est 
un fait. On dit bien (à tort ou à raison quant au fond des choses, peu importe) : 
« Les faits historiques ne se répètent pas. » De même dans lexpression juridique : 
les faits de la cause, il s’agit de circonstances spéciales, le plus souvent uniques. 

« D'autre part, le mot fait se distingue d'événement en ce que ce dernier ne 
s'applique qu’à ce qui arrive en un temps et un lieu particuliers, non à ce qui 
dure. Une institution est un fait, non un événement ; une bataille est à La fois un 
événement et un fait : un événement, en tant qu’on la considère comme un 
ensemble d’actions se passant en tel lieu et à telle date ; un fait, en tant qu’on la 
considère comme un élément de la réalité, dont l'existence est incontestable pour 
l’historien, qui peut servir de base à des raisonnements ou des hypothèses, etc. » 
(J. Lacheller, Pécaut, Brunschvicg, Couturat, etc.) 

29 Fait, chose : Par fait (fatto), en tant qu’opposé à chose (cosa), on entend une 
réalité dynamique, qui se constate dans le temps, et constitue un moment de la 
succession, tandis que la chose est une réalité statique, constituée par un système 
supposé fixe de propriétés coexistantes dans l’espace : la pomme est une chose, 
la chute d'une pomme est un fait. — Dans la conception commune de l'univers, 
les choses constituent l’aspect statique, les faits l'aspect dynamique ; pour le phi- 
losophe, les deux se confondent dans la réalité unique du devenir : la chose est 
le fait, en tant que nous l’immobilisons en l’abstrayant des rapports de succes- 
sion ; le fait est la chose, en tant que nous la pensons comme se transformant. 
(C. Ranzoli.) 

— En nommant Sachverhalt le corrélatif objectif d’un jugement valable, nous 
appellerons fait (Tatsache) tout Sachverhalt dans lequel est impliquée une exis- 
tence individuelle. Une chose n’est pas un fait ; ce qui en est un, C’est que cette 

chose existe, qu'elle est de telle et telle nature, etc. Un Sachverhalt mathématique 
n'est pas un « fait », parce qu’il n’y a rien là qui soit une existence individuelle. 
L’existence individuelle est donnée dans la pereeption, les faits sont donnés dans 






germes ch. vu : « Les normes et les 
its”. 


a: Le mot « fait » s'oppose : 
,. 49 À ce qui est illusoire, fictif ou seu- 
gement possible : « Ce sont les faits qui 
agent l’idée... Les faits sont la seule 
:séalité qui puisse donner la formule à 
Yidée expérimentale, et lui servir en 
même temps de contrôle, mais c’est à 
condition que la raison les accepte » 
c’est-à-dire reconnaisse qu'ils sont bien 
déterminés et qu’ils ont été bien obser- 
cl CL BERNARD, Introduction à la 
médecine expérimentale, 92-93. Voir tout 
le $ 7, consacré aux rapports de l’idée 
et du fait. 
20 A ce qui est nécessaire suivant les 


FALLACIA 


3° A ce qui est légitime ou obliga- 
toire, logiquement, moralement (ou 
même esthétiquement. Mais ce cas est 
rare). 

Cette opposition s'exprime souvent 
par les formules : en fait et en droit. 
Elles paraissent dériver primitivement 
de l’usage juridique : quid juris, quid 
facti (point de droit, point de fait). Mais 
elles ne correspondent plus exactement 
à cette distinction. Elles s’emploient 
aussi pour l’opposition signalée sous 
le n° 2, mais moins proprement. 

Rad. int. : Fakt {Boirac). 


FALLACIA, Synonyme latin de so- 
phisme*. S'emploie dans les locutions 


lois du raisonnement : « Les vérités de | traditionnelles suivantes, dont le sens a 
raisonnement sont nécessaires et leur | d’ailleurs varié : 

opposé est impossible, et celles de fait Fallacia accidentis. Sens primitif, 
sont contingentes et leur opposé est | tombé en désuétude (ARISTOTE, Sophist. 
possible, » LE1BNIZ, Monadologie, $ 33. ! Elench., ch. v, 166028 et suiv.; cf. 








des jugements de perception ; ou encore quand il s’agit de re-représentation, 
ils sont donnés par la mémoire, dans des jugements mnémoniques. Ils sont admis 
avec fondement, mais d’une façon médiate, en vertu de raisonnements qui s’ap- 
puient sur de tels jugements. Ces jugements et ces raisonnements constituent 
ensemble « l'expérience ». On appelle donc fait tout Sachverhalt qui peut être 
donné dans l’expérience ou fondé sur l’expérience. (E. Husserl.) 


Sur la Critique : Ce serait une grave erreur de croire qu’un fait puisse être 
«donné dans l'expérience ». Le fait est bien moins une constatation qu’une construc- 
tion de l'esprit. À rigoureusement parler, les faits n’existent pas tout faits dans 
la nature comme les vêtements dans une maison de confection, et le rôle du 
savant ne se borne pas à les appeler tour à tour suivant les besoins de sa discipline, 
Mais bien plutôt à les créer en quelque sorte en les isolant abstractivement du 
tout complexe dont ils font partie. — Il faut d’ailleurs remarquer que cette 
création n’est ni uruficielle ni arbitraire : on pourrait craindre qu'entre des mains 
malhabiles ou intéressées la définition idéaliste du fait ne ruinât la valeur de la 
science ; nous croyons qu’au contraire, justement comprise, elle la fonde. (Louis 
Boisse.) 

— Cette note suppose que, par expérience, nous entendons dans le texte de cet 

article, la faculté purement passive et réceptive que l’on peut opposer, d’une 
aÇon toute schématique, à l’activité de l'esprit. Mais il n’en est pas ainsi : en se 
leportant à l’article expérience, C, on trouvera la définition suivante, commentée 
d’ailleurs par les observations qui y sont jointes : « L'exercice des facultés intel- 
lectuelles considéré comme fournissant à l’esprit des connaissances valables, qui 
ne sont pas impliquées par la nature seule de l’esprit, en tant que pur sujet connais- 
sant. » On voit, dans la note ci-dessus, que M. le prof. HusserL prend aussi le 
Mot dans ce même sens. (A. L.) 


nn. 


FALLACIA 





___ 340 





ch. xxiv) : sophisme consistant à con- 
fondre les choseselles-mêmes (rp&yuata) 
et les manières d’être ou caractères 
dont elles sont revêtues (à ouuBtênxev 
adrois). Voir exemples aux observa- 
tions. — Sens moderne : sophisme con- 
sistant à conclure du particulier à l’u- 
niversel, à traiter un caractère acci- 
dentel comme un caractère essentiel. 

Fallacia secundum quid, ou plus com- 
plètement a dicto secundum quid ad dic- 
tum simpliciter (ARISTOTE, ibid., 36 et 
suiv.) : sophisme consistant à employer 
dans la conclusion, au sens absolu, un 
terme qui n’entre dans les prémisses 
que sous certaines conditions ou dans 
certaines relations. 

(Ces deux sophismes sont voisins, 
quoique déjà distingués par Aristote et 
les noms en sont souvent pris l’un pour 
l’autre. Em. CHARLES, dans son com- 
mentaire de la Logique de Port-Royal, 
p. 341, note « qu'ils ne se distinguent 
guère ».) 

Fallucia compositionis et fallacia di- 





————— 


visionis. Sens primitif (ARISTOTE, sbid. 
166833 ; — cf. ch. xx) : sophisme con. 
sistant à confondre l'affirmation qui 
porte sur un terme composé* pris col- 
lectivement, avec celle qui porte sur les 
éléments de ce terme pris séparément : 
et vice versa. — Sens de PorT-Roy a : 
passage du sens composé au sens divisé, 
entendant par sens divisé le cas où 
l'attribut détruit ou altère l’un des élé. 
ments essentiels composant l’idée pri. 
mitive du sujet : « Les aveugles voient, 
les sourds entendent » : le sens composé 
étant au contraire celui où l’idée du 
sujet n’est pas altérée par l’attribut 
(3e partie, ch. x1x, $ 6). 


FAMILLE, D. Famuilie ; E. Family ; 
1. Famiglia. 

Étymologiquement (L. familia), l’en- 
semble des serviteurs. (Cf. inversement 
l'emploi du mot « maison ».) D'où dif- 
férents sens : 

A. Groupe d'individus parents ou 
alliés qui vivent ensemble. On a distin- 





Sur Fallacia. — Fallacia accidentis, exemples données par ARISTOTE : Coriscos 





D —— 


est autre chose qu'homme (par exemple, il est savant) ; donc il est autre chose que 
ce qu'il est, puisqu'il est homme. — Coriscos est autre chose que Socrate ; or 
Socrate est un homme ; donc Coriscos n’en est pas un. On confond l’homme 
{le pur concept d'homme) avec l’homme, en tant que réalisé dans tel ou tel individu 
particulier, et par suite, possédant certains caractères accidentels. — Ce sophisme 
est de même nature que le raisonnement éléatique, niant que de l'être on puisse 
affirmer sans contradiction autre chose que ceci : il est. 

Sur la fallacia compositionis et divisionis, ARISTOTE donne, sous une forme très 
elliptique, les exemples suivants : 2 et 3 font 5 ; le pair et l’unité font l’impair, 
donc 2 sont 5 et le pair est l’impair. Il est vraisemblable que par obuvôectx et 
Statpeatc, Aristote entendait le simple fait de lier ou de détacher les mots dans la 
prononciation : « Deux — et trois — font cinq », comme si deux (et aussi trois) 
faisaient cinq, chacun de leur côté. Cette fallacia est en effet, pour lui, une des 
six rapa rhv Aébiv. (J. Lachelier.) 


Sur Famille. — Article omis dans la première rédaction, rétabli sur les observa- 
tions de quelques correspondants, qui ont fait remarquer que nous avions déjà 
les articles clan, économie, politique, etc. 

— L. H. Morcan, Ancient Society (1877) avait distingué trois étapes dans le 
développement de la famille : consanguine, punaluenne (mariage collectif, par 
groupes), monogamique. Mais cette « loi » a été contestée, d’ailleurs sur des points 
différents, par Starcke, Westermarck, Crawley, Andrew Lang, N. W. Thomas. 
Voir l'exposé de cette discussion dans W. S. R. Rivers, Social organisation (1924), 
Appendice, p. 175 et suiv. (G. Davy.) 


FANTAISIE 





-gué en ce sens plusieurs sortes de fa- 
mille : monogamique, polygamique, 
olyandrique, punaluenne, etc. ; — per- 
pétuelle, temporaire ; etc. Voir Obser- 
gations. 
“” B. L'ensemble de tous les individus, 
vivant à un moment donné, qui ont 
entre eux des liens de parenté ou d’al- 
liance définis. 

C. La succession des individus qui 
descendent les uns des autres, et de 
ceux qui leur sont unis par alliance. 

D. Plus spécialement, et surtout dans 
les sociétés contemporaines, le groupe 
formé par le père, la mère et les enfants. 

E. Par analogie, dans les sciences 
biologiques, groupe de genres réunis 
par des caractères communs, et qu’on 
peut considérer comme descendant d’un 
type ancestral unique. Terme d’abord 
employé en botanique, et qui s’est 
étendu plus tard à la zoologie, où il est 
devenu très usuel. 

Rad. int. : Famili. 


FANATIQUE, L. Fanaticus (de fu- 
num : s’est dit primitivement des pré- 
tres de certaines divinités, Isis, Cybèle, 
Bellone, qui entraient dans une sorte 
de délire sacré, pendant lequel ils se 
blessaient et faisaient couler leur sang) ; 








dans le cours des choses l’intervention 
ordinaire de puissances occultes. « Au- 
trement je ne vois pas comment on se 
puisse empêcher de retomber dans la 
philosophie fanatique, telle que la Phi- 
losophie Mosaïque de Fludd, qui sauve 
tous les phénomènes en les attribuant 
à Dieu immédiatement et par mi- 
racle.. » LEIBNIZ, Mouveaur Essais, 
Avant-propos, ad finem. 

B. Intolérant, passionné pour le 
triomphe de sa propre foi, insensible 
à toute autre chose, prêt à employer 
la violence pour convertir ou pour dé- 
truire ceux qui ne la partagent pas. Se 
dit essentiellement et primitivement 
de la foi religieuse, mais aussi, par 
extension, de toute espèce de croyance. 

Rad. int. : B. Fanatik. 


FANTAISIE, D. Phantasie ; E. Fan- 
cy ; I. Fantasia. 

Ce mot a pour origine le G. pavraotx 
qui signifie chez ARISTOTE « modo spe- 
ciem rei objectae, sive veram, sive fal- 
lacem.…, modo eam actionem qua re- 
rum imagines animo informamus... » ; 
quelquefois, surtout au pluriel, les ima- 
ges mêmes qui apparaissent à l’esprit. 
(Résumé de BonirTz, v°, 811 A sqq.). 

Ces trois sens sont conservés au 


D. Fanatisch ; E. Fanatic, Fanatical ; 
L Fanatico. 


A. (vieilli) 


moyen âge d’après ScHÜTZz, Thomas- 
Lexicon : « 1. Phantasia lactis, id est 


Mystique, admettant | apparitio lactei circuli… » In Meteorol., 





Sur Fantaisie. Article remanié et complété sur les indications de V. Egger, 
Eucken et L. Boisse. 

M. V. Egger nous communique en outre les remarques suivantes : « Davraoix, 
imago et imaginatio, de la même racine que xivôuevov, etc. Signifie chez ARISTOTE 
et chez tous les auteurs qui l'ont suivi, image ou imagination, sans distinction 
entre l’image-reproduction et l’image-innovation. Tant que la psychologie s’inté- 
ressait seulement à distinguer les opérations sensitives et l’entendement, la distinc- 
tion des images copies et des images neuves était d'importance minime. Elle se 
faisait d’ailleurs, à l'exemple d’Aristote, en attribuant à la mémoire ce qui, dans 

image, était reproduction. (Cf. le début du repl uvAuns.) 

Il y a cependant, dès le xviie siècle, une tendance à spécialiser fantaisie : 
© Una et eadem est vis quae, si se applicet cum imaginatione ad sensum com- 
munem, dicitur videre, tangere, etc.; si ad imaginationem solam ut diversis 
figuris indutam, dicitur reminisci ; si ad eamdem ut novas fingat, dicitur émaginarti 
vel concipere. Proprie autem ingenium appellatur quum modo ideas in phantasia 
NOVas format, modo jam factis incumbit, etc. » DEscarTEs, Regulae, XII. — Une 


_) 





FANTAISIE 





1,3a —2et 3 :<«In nostra phantasia 
est phantasia seu forma repraesentans 
hunc hominem. » Zn Logicam, I, 1. 

A. Au xvut siècle, imagination (re- 
productrice ou novatrice). « Lorsque 
nous parlons des idées, nous n’appelons 
point de ce nom les images qui sont 
peintes en la fantaisie. » Logique de 
PorT-RoyaL, 1re partie, ch. 5. — « Ce 
même entendement qui donne occasion 
à la fantaisie de former ces assemblages 
monstrueux (Chimères, Centaures) en 
connaît la vanité. » BossueT, Conn. de 
Dieu, ch. 1, $ 10. 

B. Imagination créatrice qui se joue 
capricieusement en suivant le cours na- 
turel des associations. 


CRITIQUE 


En tant qu’expression philosophique, 
ce mot a vieilli. Il appartient surtout 
aujourd’hui au domaine de la critique 
d'art et au langage de la vie courante, 
où il devient synonyme de caprice, d’ir- 
régularité, d’inexactitude ; — ou, dans 
d’autres cas, avec un import favorable, 





342 


de liberté d’esprit, de création, d'origi. 
nalité imprévisible. 
Rad. int. : B. Fantazi. 


«FANTASMATISME.» —Conception 
psychologique et gnoséologique suivant 
laquelle ce qui est perçu n’est que le 
fantôme de la réalité. « On voit que la 
doctrine de Démocrite était une espèce 
de fantasmatisme assez analogue à celui 
que certaines écoles modernes ont obte- 
nu par le mélange de l’idéalisme et du 
sensualisme. » RENOUVIER, Philosophie 
ancienne, I, 252. 


FAPESMO. Mode indirect de la pre- 
mière figure (Logique de PorT-RoYaL, 
3e partie, chap. vin) appelé Fesapo*, 
quand il est considéré comme un mode 
de la quatrième. Énoncé sous la forme 
dite Fapesmo, il présente la disposition 
suivante : 


Tout M est P 
Nul S n'est M 
Donc quelque P n’est pas S. 





853 


CRITIQUE 


Voir Figure*. 


FATALISME, D. Fatalismus ; E. Fa- 
galism ; |. Fatalismo. 

A. Doctrine suivant laquelle la vo- 
Jonté et l'intelligence humaines sont 
impuissantes à diriger le cours des 
événements ; en sorte que la destinée 
de chacun est fixée d'avance, quoi qu'il 
fasse. 

B. Synonyme de déterminisme, au 
gens C, en particulier lorsqu'il s’agit 
de doctrines n’admettant qu’un seul 
monde possible, comme celle de Spi- 
noza. Voir ci-dessus Déterminisme, Cri- 
tique. 


CRITIQUE 


1. Les deux sens de ce mot ont été 
très souvent confondus ; cf. notamment 
DiperoT, Jacques le Fataliste ; C. Jour- 
DAIN, article Fatalisme dans le Dic- 
tionnaire de Franck; A. BERTRAND, 
Lexique de philosophie, vo Fatalis- 
me, etc. BALDWIN n’a pas’ d’article 
Fatalisme, et renvoie simplement à 
Nécessité. — Paul JANET a nettement 


FATALISME 


distingué les deux sens ; mais il a sou- 
tenu ensuite que le déterminisme avait, 
sous quelques réserves, les mêmes con- 
séquences que le fatalisme (Traité de 
philosophie, 4° édition, $ 254-255). Cette 
thèse peut être discutée, mais la dis- 
tinction des deux doctrines, quant à 
leur point de départ, reste toujours 
nécessaire. 


2. Le sens propre du mot est le 
sens À, conforme à l’usage traditionnel 
(théâtre grec, croyances musulmanes, 
romantisme) ainsi qu'aux définitions 
de GoBLoT, Eisier, KiRCHNER. Il y a 
lieu, toutefois, dans ce sens lui-même, 
de marquer plusieurs subdivisions : 

a. Le fatalisme à l'égard de l’indi- 
vidu, qui n’a jamais été soutenu à la 
rigueur, puisqu'on ne saurait douter 
que la volonté et l'intelligence influent 
au moins sur les événements ordinaires 
de la vie. Aussi, le fatalisme a-t-il été 
presque toujours interprété comme 
l'impuissance de ces facteurs à l’égard 
des événements importants, comme le 
succès, la santé, la fortune, l’amour, la 
mort. Sur ces différentes applications, 
voir ci-dessous : Fatalité*. 


gravure du commencement du xvrie siècle, « le Palais des Facultés de l’Ame », 
représente cinq dames en costume Louis XIII : l’Entendement, assise au milieu 
sur un trône, la Volonté, le Sens commun, la Mémoire, la Fantaisie. Chaque 
Faculté a ses attributs et son quatrain. La Fantaisie tient d’une main une palette 
et des pinceaux, elle élève de l’autre à la hauteur de son regard un petit quadrupède 
ailé. Légende : 


Mon art est incompréhensible 
Puisque sans couleur ni pinceau 
Je me forme et fais un tableau 
De ce qui mesme est impossible. 


On peut regretter que l’usage n’ait pas adopté fantaisie pour ce sens spécial, 
puisque imagination est équivoque. » (V. Egger.) 

— Bacon oppose de même la phantasia à la memoria dans sa classification des 
facultés intellectuelles (mémoire, imagination, raison). De Dignitate, livre II, ch. 1. 
(A. L.) 

— Phantasie (au sens où ce mot s'applique à un acte isolé) désigne la repré- 
sentation pure et simple de quelque chose d’individuel {le fait qu’on l’a purement 
et simplement sous les yeux), mais en l’absence du sentiment conscient d’existence 
(belief) qui le poserait comme objet de perception ou de souvenir. On l’a sous les 
yeux, mais sans décider si l’on y croit, ou même en n’y croyant pas. (E. Husserl.) 


Sur Fapesmo. — Voir dans l’Appendice, les observations générales sur le 
sens du mot Figure et sur la légitimité de la 4° figure du syllogisme ; le rapport 
de Fapesmo et de Fesapo y est spécialement discuté. 





Sur Fatalisme. — Le sens B paraît avoir été mis notamment en usage par 
Chr. Wozrr. Dans son ouvrage : De differentia nexus rerum sapientis et fatalis 
necessitatis, il emploie l’expression : « Spinoza et fatalistae. » (p.17). (R. Eucken.) 

Je verrais utilité à distinguer fatalisme et déterminisme en réservant le premier 
terme pour l'usage métaphysique, c’est-à-dire en lui conservant le sens absolu, 
et même ontologique qui s'attache en fait à l’idée de fatum ; et en attribuant le 
second à l’usage scientifique, c’est-à-dire en y appliquant la signification toute 
relative d’une idée directrice, d’une forme de pensée, que nous trouvons déjà 
dans l’idée de détermination (opposée par le positivisme à l’idée de causation). 
(M. Bernès.) 

Fatalisme est souvent opposé à déterminisme dans la tradition didactique 
Sous les rapports suivants : Fatalité désigne la nécessité métaphysique, soit définie 
Comme ici en B, soit émanée de l’inéluctable décret d’une cause première agissant 
directement sur le monde. Le Fatalisme serait une doctrine subordonnant les 
événements à l’action immédiate et inévitable d’une cause première, scit soumise 
elle-même à une nécessité invariable, soit libre, mais toute-puissante. — Le 
déterminisme serait la doctrine scientifique qui ne tient compte que de l’enchat- 
nement invariable des causes secondes, sans faire intervenir la cause première, 
C’est-à-dire sans mélanger la théologie à la cosmologie. (C. Hémon.) 

mot fatalisme devrait, selon moi, s'appliquer seulement à la doctrine 
théologique d’après laquelle les actes humains et les événements du monde sont 


nn. 


FATALISME 


b. Le Fatalisme social, doctrine 
d’après laquelle les individus, soit iso- 
lés, soit même associés, ne pourraient 
rien sur le développement et les trans- 
formations des faits sociaux, qui dé- 
pendent uniquement de causes géné- 
rales ou peut-être surnaturelles, échap- 
pant à l’action volontaire des hommes 
et même, au moins provisoirement, à 
leur connaissance. 

Mais ce ne sont là que deux applica- 
tions, et par conséquent il convient, en 
les distinguant par des épithètes, de 
leur conserver un nom générique com- 
mun. 

Rad. int. : Fatalism. 


FATALITÉ, L. Fatum ; D. Fatalität, 
Fatum, Verhängnis ; E. Fate, fatality ; 
1. Fatalità. 

A. Caractère de ce qui est fatal, 
c'est-à-dire tel que cela ne puisse man- 
quer d'arriver, malgré tout désir et 
tout effort contraire. 

B. Puissance naturelle ou surnatu- 





& 344 
relle, mais supérieure à l’homme, dont 
laction se manifeste par ce fait que 
certains événements sont fatals. 

Par extension : 

C. Toute nécessité ou détermination. 

D. Suite de coïncidences inexpli. 
quées, quisemblent manifester une fina. 
lité supérieure et inconnue ; et plus spé. 
cialement, série persistante de malheurs. 

E. Hasard* malheureux. 


CRITIQUE 


Ces deux derniers sens sont surtout 
populaires, et n’appartiennent pas au 
langage philosophique. Ils répondent à 
un sentiment et à une croyance vagues 
plutôt qu’à une idée, et l’on n’en peut 
donner qu’une définition incomplète et 
sans précision. 

Le sens C a été employé par certains 
philosophes, notamment par Jour- 
FROY, qui est amené, par suite, à dis- 
tinguer plusieurs espèces de fatalités 
tout à fait différentes dans leur nature : 
« Loin de compromettre la liberté de 


#65 


rindividu, dit-il, la Providence la sup- 
pose et n’a lieu que par elle. Toute la 
otalité du développement humain résulte 
de cette circonstance que si mille 
hommes ont la même idée du bien, 
cette idée les gouvernera en dépit de 
l'opposition et de la divergence de leurs 
assions… Supprimez la liberté, l’em- 
pire des idées est détruit, et à la fatalité 
qui gouverne l’humanité » (= action 
des idées et déterminisme moral) « en 
succède une autre qui ne lui ressemble 
pas, la fatalité des impulsions sensibles, 
celle qui domine les animaux. — Ainsi, 
la fatalité qui gouverne les affaires 
humaines repose sur la liberté des indi- 
vidus humains ». Mélanges philoso- 
phiques, 111 : Réflexions sur la philoso- 
phie de l’histoire, $ vil. 

Le premier de ces emplois du mot 
est impropre. La fatalité est une con- 
trainte, au moins virtuelle (alors même 
que celui qui en est l’objet n’en a pas 
conscience). Elle se pose en face de la 
volonté humaine comme une sorte de 


FATUM 


inefficace. Par exemple : fatalité d’une 
situation, contre laquelle la volonté réa- 
git, mais par laquelle elle finit par être 
vaincue, fatalité physiologique d’une 
maladie incurable ; fatalité de la mort, 
etc., fatalité résultant de ce que le 
conscient est gouverné par des ten- 
dances inconscientes. — Sur ce concept 
et son rapport exact avec celui de 
liberté, voir A. LaAaALANDE, De Ja 
Fatalité, Revue philosophique, septem- 
bre 1896. 
Rad. int. : À. Fatales ; B. Fatal. 


FATUM (latin). Mot à mot chose dite, 
destin irrévocable, « ce qui est écrit ». 
Ce mot a été employé tel quel par 
plusieurs écrivains modernes, aux dif- 
férents sens définis ci-dessus pour le 
mot fatalité*. Voir en particulier LE1B- 
N1z, préface de la Théodicée, où il dis- 
tingue : Fatum mahumetanum, fatum 
stoicum, fatum christianum ; et le $ 55 
du même ouvrage. 

KanT entend par Fatum ce qui arri- 


un produit de l’action divine, de la prédestination, de la grâce, de la providence. 
(C. Ranzoli.) 

— L'usage indiqué dans les observations ci-dessus de MM. Bernès, Hènmonet 
Ranwzozt est en effet assez répandu dans l’enseignement. Mais il ne repose sur 
aucune autorité philosophique et paraît n’avoir jamais eu qu’une commodité 
scolaire. Il présente en outre le grand inconvénient d’enlever aux mots Fatalisme 
et Fatalité le sens très précis qu'ils ont dans la vie réelle, pour les immobiliser 
dans un ordre de conceptions presque étranger à la philosophie, et par suite, de 
laisser sans désignation les idées très importantes et très concrètes de la fatalité 
physiologique, de la fatalité, de situation, du fatalisme moral, du fatalisme his- 
torique, etc., qui sont essentielles au vrai problème de la liberté. 

Pour ces raisons, il a été décidé à l’unanimité, à la séance du 21 juin 1906, 
de déconseiller l'usage spécialement métaphysique ou théologique des mots 
fatalisme et fatalité. (A. L.) 

La différence entre déterminisme et fatalisme me paraît la suivante : le 
fatalisme n'implique pas la causalité ; le déterminisme implique la causalité. 
(E. Chartier.) 


Sur Fatalité. — La phrase placée entre parenthèses dans la Critique (« alors 
même que celui qui en est l’objet, etc. »), a été ajoutée pour tenir compte de la 
remarque suivante de J. Lachelier : « Il semble que l’idée de fatalité n’implique pas 
nécessairement celle de contrainte. Voyez les deux exemples donnés par La 
Fontaine dans la curieuse fable intitulée l'Horoscope (vint, 16) : 


On rencontre sa destinée, 
Souvent par des chemins qu'on prend pourl'éviter. 


pression contraire, qui rend la première | verait en vertu d’une nécessité aveugle, 





C'est donc notre volonté même qui est séduite, et nous ne subissons pas de 
contrainte. » — Il est vrai que nous ne sentons point la contrainte, si ce n’est au 
dernier moment. et pour ainsi dire quand elle se démasque ; jusque-là nous la 
servons aveuglément ; mais il n’en reste pas moins que la volonté humaine fait 
effort en un sens (échapper aux lions, à la chute d’une maison) et que ces efforts 
sont inefficaces, puisqu'ils produisent, malgré leur direction, le contraire du 
résultat auquel ils tendaient. Aussi La Fontaine conclut-il : 
Je necroispoint que la Nature 


Se suit lié les mains et noùs les lie encor 
Jusqu'au point de marquer daus les cieux notre sort. (A. L.) 


— Le vers proverbial : Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (Sénèque, 
Letres à Lucilius, cvn, 10) exprime très bien la part d’indétermination et la 
COntrainte qu'implique le fatalisme à l'égard de l'individu. Celui-ci fait comme il 
lui plaît ; peu importe : il est ou conduit ou traîné. On ne saurait affirmer plus 
nettement l'indépendance de l'individu, et son impuissance. (V. Egger.) 

— Le sens funeste des mots fatal et fatalité s'explique assez aisément, semble- 
t-il, par cette croyance naturelle à l'humanité, et d'ailleurs fausse, qu’il faut 
chercher l'explication du malheur dans une finalité, dans une volonté, c’est-à-dire 
en somme dans une responsabilité. Le bonheur au contraire étant en quelque 
sorte considéré comme un droit, il n’y a nulle raison, croit-on, d'en attribuer le 
bienfait à un être conscient. En d’autres termes l'humanité cherche toujours à 
expliquer ses malheurs (c’est une façon de protester contre eux) ; elle se borne 
À constater ses joies et à les accueillir sans reconnaissance. (L. Boisse.) 


FATUM 





__ 346 





par laquelle certains événements se- 
raient fixés en eux-mêmes, indépen- 
damment des causes qui les produi- 
sent : « Daher ist der Satz : Nichts 
geschiet durch ein blindes Ohngefähr 
(in mundo non datur casus) ein Natur- 
gesetz a priori; imgleichen keine Not- 
wendigkeit in der Natur ist blinde, 
sondern bedingte, mithin verständliche 
Notwendigkeit fnon datur fatum)!. » 
Ce principe est donc a priori, et se 
rattache aux catégories de la modalité, 
comme le précédent à celles de la rela- 
tion. (Critique de la Raison pure, Pos- 
tulats de la pensée empirique. A, 228, 
B. 281. Kehrbach, 212.) 


FAUTE, D. Fehler ; E. Fault; 1. 
Fallo. 

Manquement à une règle ou à une 
norme qui aurait dù être respectée. Se 
dit surtout du manquement aux règles 
morales, esthétiques, logiques, mathé- 
matiques, grammaticales ; mais aussi 
d'un manque d’habileté, d’une manière 
d'agir maladroite ou fâcheuse : « Une 
faute diplomatique. » — « Personne 
n'est sujet à plus de fautes que ceux 
qui n’agissent que par réflexion. » 
VAUVENARGUES, Réflexions et maximes, 
131. 

Cf. Péché*. 


1. « C'est donc une loi a priori dela nature que rien 
g'arrive par un hasard aveugle fin mundo non datur 
casus….) et de même il n'y a pas dans la nature de néces- 
sité aveugle, mais seulement une nécessité conditionnelle, 
dovc intelligible {non datur fatum). » 


— 


REMARQUE 


Le mot faute implique, dans l'esprit 
de celui qui l’emploie, la croyance à Ja 
valeur de la norme qui n’a pas été 
suivie : une marche ou un accord inter- 
dits par l’harmonie classique ne sont 
pas des fautes pour celui qui rejette en 
principe les règles de celle-ci. Ce carac- 
tère désapprobatif est toujours compris 
dans l’import de ce mot, même quand 
il s’agit de fautes honorables, ou de 
fautes heureuses par leurs conséquen- 
ces, comme celles dont parle LEIBNIZ 
(Théodicée, I, 10), en citant ce passage 
d’une hymne qui se chantait le samedi 
saint : 


O felix culpa (la faute d'Adam) quæ talem ac tantum 
Meruit habere Redemptorem. 


Rad. int. : Kulp. 


FAUX, D. Falsch ; E. False ; I. Fal- 
so. Voir vrai*. 

Rad. int. : (Non vrai) Ne-ver ; (qui 
imite quelque chose pour faire illusion) 
fals. 


FECHNER (lol de) ou Loi psy- 
chophysique, D. Fechners Gesetz ; 
E. Fechner’s law ; I. Legge di Fechner. 
« La sensation varie comme le loga- 
rithme de l’excitation. » Cette loi peut 
être exprimée par la formule : 


S=C log E 


où S représenterait l'intensité de la 
sensation, E celle de l'excitation et C 





Sur Loi de Fechner, — Il me paraîtrait plus exact de dire, pour critiquer 
cette loi, que l'intensité d’une sensation est une grandeur sui generis, mais que 
cette sorte de grandeur n’est pas mesurable. Il est très contestable que les sensa- 
tions ne varient que qualitativement : dirons-nous qu’une couleur trop crue ou 
trop bien éclairée est devenue une autre couleur que celle qu’elle était lorsqu'elle 
était atténuée, un moment auparavant, par une cause quelconque ? (V. Egger.) 

Cette loi résulte de ce qu'on a confondu des numéros d’ordre dans les expé- 
riences avec des quantités en progression arithmétique. (E. Chartier.) 

M. BEercGsox résout le plus souvent les prétendus changements d’intensité 
non pas en variations qualitatives, mais en accroissement ou diminution de la 
multiplicité des sensations (métaphore de l'orchestre). (F. Pécaut.) — Mais cette 


multiplicité n’est pas formée d'unités nombrables. La variation est donc bien, 
selon lui, essentiellement qualitative. (A. L.) 












FÉTICHISME 
e constante (variable suivant les dif- Nul M n'est P. 
férentes classes de sensations, suivant Tout M est S. 


des individus, suivant leur état, etc.). 
ct. FoucauLT, La psychophysique. 
! CRITIQUE 

4° Il est douteux que l'intensité 
‘d’une sensation soit une grandeur me- 
gurable ; mathématiquement, elle ne 
satisfait pas à la condition qui veut 
‘que l’unité soit une partie de la gran- 
deur qu’elle sert à mesurer : une sen- 
sation ne peut pas être divisée en 
« différences minima de sensation ». 
— Psychologiquement une sensation 
varie surtout qualitativement (et mè- 
me, suivant quelques philosophes, 
d'une façon purement qualitative) 
quand nous disons que l'intensité en 
augmente. Voir BERGSON, Données im- 
médiates de la conscience, chap. 1. 

20 On pourrait dire que si cette 
grandeur n’est pas mesurable, elle est 
du moins repérable. Mais, même en 
‘accordant d'appeler conventionnelle- 
ment intensité de la sensation la somme 
des différences minima qu'il faut suc- 
cessivement percevoir pour y parvenir, 
l'énoncé ci-dessus reste encore une 
approximation assez imparfaite des 
mesures effectivement obtenues. 

3° L’énoncé correct du fait réel indi- 
Qué par la loi de Fechner serait celui-ci : 
« Une excitation étant d'intensité 
moyenne, la quantité dont il faut faire 
croître cette excitation pour obtenir le 
plus petit accroissement discernable de 
la sensation est proportionnelle à la 
grandeur de l'excitation primitive, » 
Cette formule ainsi modifiée est appelée 
Quelquefois aussi par abus Loi de Fech- 
aer. Il serait plus juste de l’appeler loi de 
Weber, car elle se rapproche davantage 
de l’énoncé qu’en donnait celui-ci, et il a 
été le premier à signaler cette relation. 


FEED-BACK, (S). 
FELAPTON. Mode de la 3° figure, se 


Famenant à Ferio* par la conversion 
Partielle de la mineure : 


D. 





Donc quelque S n’est pas P. 


FERIO. # mode de la 1'e figure du 
syllogisme : 
Nul M n'est P. 
Quelque S est M. 
Donc quelque $ n’est pas P. 


FERISON. Mode de la 3° figure se 
ramenant à Ferio* par la conversion 
simple de la mineure : 


Nul M n'est P. 
Quelque M est S. 
Donc quelque S n’est pas P. 


Ferme (affirmation ou négation), voir 
les Observations sur Jugement*. 


FESAPO. Mode de la 4e figure se 
ramenant à Ferio* par la conversion 
simple de la majeure et la conversion 
partielle de la mineure. 


Nul P n’est M. 
Tout M est S. 
Donc quelque S n’est pas P. 


CRITIQUE 


On appelle quelquefois ce mode Fes- 
pamo (p. ex. Logique de PorT-RoyaL, 
II, ch. vint), mais à tort; cariln’y a 
pas lieu de transposer les prémisses (ce 
qu'indique la lettre m). 


FESTINO. Mode de la 2° figure se 
ramenant à Ferio par la conversion 
simple de la majeure : 


Nul P n’est M. 
Quelque S est M. 
Donc quelque $S n’est pas P. 


FÉTICHISME, D. Fetischismus ; E. 
Fetichism ; 1. Feticismo. 

Usage et culte des fétiches (D. Fe- 
tisch ; E. Fetich; I. Feticcio), c'est-à- 
dire de petits objets matériels considé- 
rés comme l’incarnation ou du moins 
comme la « correspondance* » d’un 
esprit, et par suite comme possédant 
un pouvoir magique. — Ce terme est 
portugais ; il a d’abord été appliqué 


FÉTICHISME 


par les explorateurs de ce pays, aux 
objets vénérés par certaines peuplades 
d'Afrique. 

Rad. int. : Fetichism. 


FIAT. L. « Que cela soit », terme em- 
prunté à la traduction latine de la 
Genèse, 1, 3 : « Fiat lux, et lux facta 
est. » 

A. Acte créateur de Dieu. 

B. Par analogie, un acte de volonté, 
en tant qu’il est considéré comme l’ori- 
gine de quelque chose de nouveau, 
réalisant une fin déjà contenue, comme 
idée, dans cet acte de volonté. Voir 
spécialement W. Janues, Le sentiment 
de l'Effort (Critique philosophique, 
1880, II), et Principles of psychology, 
I, ch. xxvr. Cf. Liprs, Leitfaden der 
Psychologie, 2e éd. (1906), p. 21. 


FICTION, D. Fiction; E. Fiction ; 
L Finzione. 

D'une façon générale, ce qui est feint 
(fictum) ou fabriqué par l'esprit. 

A. Construction logique ou artistique 
à laquelle on sait que rien ne correspond 
dans la réalité ; p. ex. en mathémati- 
ques, dans le roman, etc. Hume, Traité 
de la Nature humaine, II, 4. 





B. (Representative fiction, BAIN) : hy. 
pothèse utile pour représenter la loi ou 
le mécanisme d’un phénomène, mais 
dont on se sert sans en affirmer la réa. 
lité objective. C’est ce qu’on appelle 
souvent aujourd’hui un modèle ph, 
sique. 

C. Fiction légale, énonciation fausse 
ou incertaine qui doit être légalement 
tenue pour vraie (p. ex. : « nul n’est 
censé ignorer la loi »; is pater est quem 
nuptiae demonstrant, etc.). 

Rad. int. : Fiktivai. 


FIDÉISME, D. Glaubensphilosophie : 
E. Faith-philosophy ; I. Filosofia della 
fede, fideismo. — Ces équivalents ne 
correspondent pas exactement au mot 
français : ils s’appliquent surtout, his- 
toriquement, à la philosophie de Herder 
ou à ceile de Jacobi, que nous appelle. 
rions plutôt sentimentalisme. 

A. Terme primitivement théologique, 
appliqué à la doctrine de Huer, de 
l'abbé BAUTAIN et de LAMENNAIS : la 
raison ne nous apprend rien sur la 
nature vraie des choses, elle ne peut 
que classer et formuler les apparences. 
La vérité absolue s'obtient par une 
faculté supérieure et spéciale, l’ « in- 





telligence », qui nous donne l'intuition 
e la réalité spirituelle, mais qui ne 


-geut elle-même entrer en action qu’en 


renant pour base la révélation, dont 
elle nous permet de comprendre le sens 
ésotérique. 

cette doctrine ayant été condamnée 
en 1838 par les autorités ecclésiastiques, 
Je mot fidéisme a gardé dans le langage 
des écrivains catholiques un sens nette- 
ment péjoratif. — Cf. Traditionalisme*. 

B. Par extension, dans le langage 
philosophique moderne, s’oppose à ra- 
tionalisme, et s'applique à toutes les 
doctrines qui admettent des « vérités 


de foi », et qui leur reconnaissent une 
valeur égale ou supérieure à celle des 
vérités qui constituent les principes et 
les conclusions des sciences. « [Renou- 
vier a soutenu] dans le Deuxième Essai 
une sorte de fidéisme libertiste, étran- 
ger, au fond, et même opposé au carac- 
tère dogmatique que présentent, dans 
le Premier Essai, les thèses finitistes 
phénoménistes, etc. » PILLON, Année 
philosophique, 1905, p. 106. — Cf. La- 
PIE, Rationalisme et fidéisme, Comptes 
rendus du Congrès de Philos. de 1900, 
tome I. 
Rad. int. : B. Fideism. 





talité de l’âme ou l’existence de Dieu n'étaient susceptibles de preuves. mit la 
plume aux mains de Mgr d’Hulst, qui accusa nettement Brunetière de fidéisme. » 
FonseGrivE, L'évolution des idées dans la France contemporaine, p. 91. 

Le sens B est employé à plusieurs reprises par FouiLLéEe, La pensée et les nou- 
velles écoles anti-intellectualistes, Préface, p. 1v, v. 

M. le pasteur Trial nous a signalé un autre sens encore de fidéisme, chez certains 


théologiens protestants : 


la doctrine qui fait consister la foi dans la confiance 


en Dieu, par opposition à la croyance aux dogmes. Voir Foi*, observations. 
(D'ailleurs, dans le protestantisme, l'opinion la plus générale est l’insuffisance de 


la raison à démontrer les dogmes.) 


— Je reconnais qu'il serait sans doute utile, à certains égards, d’avoir un mot 





Sur Fétichisme, — « Fétiche vient de factitius, et veut dire d’abord objet 
fabriqué de main d'homme. Il est probable qu’on entendait opposer par là le 
culte des fétiches à celui du vrai Dieu, ou des objets naturels tels que les astres, 
les animaux, etc. » (V. Egger.) — Cette idée paraît confirmée par le fait que fétiche 
a été employé autrefois comme adjectif : « Du culte des Dieux fétiches, etc. », titre 
d'un ouvrage du Président ne Brosses (1760). Feitiço, en portugais, s'emploie 
comme adjectif (artificiel, faux, fabriqué, non naturel) et comme substantif 
(sortilège, philtre ; magie}. » VierA, Grande Diccionario portuguez, sub v°. — 
D'autre part, Li TRÉ définit le fétiche un « objet naturel... qu’adorent les nègres 
des côtes occidentales de l’Afrique ». Il rattache aussi ce mot au mot portugais 
(qu’il écrit fétisso). Mais il traduit celui-ci par « objet fée, enchanté », qu'il fait 
venir, comme fée, de la racine latine fatum. 


Sur Fidéisme. — Sur le sens toujours péjoratif de ce terme dans la langue 
des écrivains catholiques, voir la préface d'OLLÉ-LAPRUNE à la seconde édition de 
son livre De la Certitude morale, où il se défend contre cette qualification. Cf. 
BRUNETIÈRE : « Le fidéisme et le rationalisme sont deux hérésies contradictoires ; 
nous ne pouvons pas en triompher par les mêmes moyens. » Les raisons actuelles 
de croire, p. 15. — Accusation d’ailleurs soulevée contre Brunetière lui-même : 
« L’affirmation sans nuances que ni la divinité de Jésus-Christ, ni même l’immor- 


Pour désigner les doctrines qui admettent que la raison seule ne suffit pas aux 
besoins de l’homme et qu’elle doit être complétée par la foi. Pragmatisme désigne 
surtout une théorie de la vérification, même rationnelle ; et super-rationalisme, qui 
a été employé en ce sens par des théologiens, deviendrait difficilement d’un 
usage philosophique. — D’autre part, aucune doctrine reconnaissant la nécessité de 
la foi ne peut accepter pour elle-même le nom de fidéisme, qui a reçu dans l’histoire 
de la théologie une détermination technique trop précise : elle se ferait le plus 
grand tort par les malentendus inévitables que soulèverait cette expression. De 
Plus, les doctrines contemporaines auxquelles on appliquerait ce mot ne sont pas 
strictement fixées dans une formule ; elles sont plutôt en voie de constitution et 
de développement ; et, à cet égard, il serait regrettable de leur donner une étiquette 
comme à des choses finies et arrêtées. (Ed. Le Roy.) 

Il me semble que, même au sens proprement philosophique, le mot fidéisms 
ne désigne pas une doctrine qui admet des « vérités de foi » à côté ou au-dessue 
des vérités de science, mais s’applique à toute doctrine qui tend à exclure des 
vérités de foi le caractère rationnel, les preuves intellectuelles qu’elles compor- 
tent. La définition proposée semble impliquer que le rationalisme se restreint à 
ce qui est démontré scientifiquement et méconnaît toutes les autres formes de 
8 connaissance et de l’action : ce qui paraîtrait vraiment trop justifier les repro- 
Ches d’ « intellectualisme exclusif » qui lui ont été adressés. — A mon sens, le 

isme consiste : ou à séparer, par une sorte de cloison étanche, le domaine de 

Science et le domaine de la croyance ; ou à subordonner, d’une manière plus 
9U moins oppressive, et même éliminatoire, l’activité proprement rationnelle aux 


ne 





FIDÉISME 350 


+ 


Observations (suite) 


besoins pratiques, aux raisons de sentiment, aux exigences morales et religieuses 
Dès lors, le mot fidéisme, impliquant un abus ou une exagération du rôle de la 
foi, a un sens toujours péjoratif. (M. Blondel.) 


Discussion à la séance du 21 juin 1906 : 


A. Lalande donne lecture de la note ci-dessus de M. BLonveL et ajoute : 
« Je ne puis admettre le premier des deux sens définis par M. Blondel, au moins 
dans les termes où il le caractérise. Personne ne songerait à appeler fidéisme les 
systèmes agnosticistes, comme celui de SPENCER par exemple, qui séparent par 
une sorte de cloison étanche le domaine de la science et celui de la croyance. Je 
suppose même que M. Blondel a entendu parler, non pas précisément de la sépa- 
ration des domaines de la raison et de la foi, mais plutôt de l’état d'esprit qui 
consiste à admettre qu’il y a, sur un certain nombre de questions, deux attitudes 
logiquement inconciliables, et qu’on a cependant le droit d'adopter à tour de 
rôle, l’une rationaliste, l’autre croyante. — En tout cas, ni dans un sens ni dans 
l’autre, le mot fidéisme ainsi entendu ne serait nécessairement péjoratif. Il le 
serait évidemment, par définition même, dans la seconde acception distinguée 
par M. Blondel, et qui consiste en « un abus ou une exagération du rôle de la 
foi ». Mais c’est là le sens théologique du mot, défini au $ A, et non pas son sens 
philosophique ». 

J. Lachelier : « 1] y a eu là une infiltration regrettable d’un terme théologique 
dans le langage philosophique. Mais le mot ayant cette origine très spéciale, 
on ne peut lui enlever le caractère péjoratif qui s’y est attaché dans son premier 
usage. Il n’y a proprement fidéisme que si la foi supplante la raison dans une 
matière que l’on considère comme lui appartenant. » 

L Brunschvicg : « Les écrivains contemporains qui se servent de ce mot 
l'ont certainement forgé de toutes pièces, en ignorant les systèmes théologiques 
de l’abbé Bautain ou de Lamennais. Leur but paraît même avoir été plutôt de 
trouver, pour les doctrines qui font intervenir la foi religieuse dans la philosophie, 
une désignation purement technique qui n’éveillât aucune des passions que 
peuvent soulever des termes plus usuels. » 

J. Lachelier : « Mais on ne peut pas faire qu’il n’éveille pas actuellement 
une idée d’exagération et d'abus chez tous ceux qui en connaissent, même vague- 
ment, l’histoire primitive. » 

L. Couturat : « D’autre part, nous avons besoin d’un adjectif dérivé du mot 
foi, et qui puisse être opposé à rationaliste dans le sens précis où l’on parle souvent 
des rapports, ou des conflits « de la foi et de la raison ». Volontariste s'oppose à 
intellectualiste. Pragmatste a tous les sens, depuis le rationalisme le plus scienti- 
fique et le plus positif jusqu’à l’apologétique religieuse. Pour éviter le mot fidéiste, 
qui était en discussion, on a été obligé de parler tout à l’heure de l’attitude ratio- 
naliste et de l’attitude « croyante ». Il serait très utile d’avoir un terme technique 
pour rendre cette idée, et pour désigner les doctrines philosophiques qui présentent 
ce caractère. » 

À. Lalande. « Je le crois aussi, et il me semble que le sens primitif du mot 
fidéiste est aujourd’hui assez généralement oublié pour que le nouvel usage puisse 
se maintenir, et lui faire perdre peu à peu la portée péjorative qu'il a eue d’abord. 
— Cependant, en raison des divergences de vues qui se sont exprimées ici, je 
pense qu’il convient de ne faire aucune proposition pour ou contre cet usage 
dans le corps du Vocabulaire, et d'y reproduire seulement les observations qui 
viennent d’être échangées. » ( Assentiment.) 





FIN 








Fleri, voir Devenir*. 


" FIGURE. — Voir ci-dessous aux dif- 
liférenis sens les équivalents étrangers. 


î SA : 
: Primitivement, au sens du L. figura, 


# 


ge que nous entendons aujourd’hui par 
forme, au sens le plus général du mot. 


&'est ainsi que l’on discutait au moyen 
âge «sur la figure de la terre », c’est-à- 
.dire sur la question de savoir si elle 
était plate, sphérique, etc. 

« À GÉOMÉTRIE (D. Figur ; E. Fi- 
gure ; I. Figura). 

:. On appelle figure tout ensemble de 
points, plus particulièrement un en- 
semble de lignes et de surfaces. (La 
ssotion de figure géométrique n’im- 
.plique ni que les éléments de la figure 
soient finis ou limités, ni qu'ils soient 
en nombre fini.) 

B. Locique (G. Zyÿux, quelquefois 
_#pômoc, ARISTOTE. — D. [Schluss]- fi- 
gur ; E. Figure ; |. Figura). 

Figure du syllogisme. On appelle }i- 
gure chacune des formes que peut 
prendre un syllogisme, suivant les po- 
sitions que le moyen terme occupe, 
comme sujet ou prédicat, dans la ma- 
jeure et dans la mineure. Classe des 
modes qui présentent chacune de ces 
formes. 

C. Figure de rhétorique (D. [ Rheto- 
rische] Figur ; au sens spécial de sym- 





bole, d’allégorie, Bild; E. Figure; 
L Figura). 

« On a restreint la signification du 
mot figure, qui comprend toutes les 
formes de l’élocution, aux mouvements 
de pensée et aux tours d’expression qui 
se font remarquer... On divise les figu- 
res en figures de mots (ellipse, syllep- 
se, etc.) et figures de pensée (interroga- 
tion, ironie, litote, etc.) » GÉRUZEZ, 
Cours de littérature, pp. 165-166. 

Spécialement, expression symbolique 
d’une pensée : substitution d’une image 
concrète à une idée abstraite, ou corres- 
pondance* d’un fait à un autre. « Dieu 
n'ayant pas voulu découvrir ces choses 
à ce peuple. les a exprimées en figures, 
afin que ceux qui aimaient les choses 
figurantes s’y arrêtassent, et que ceux 
qui aimaient les figurées les y vissent. » 
PascaL, Pensées, éd. Brunschvicg, 
fragm. 670. Voir toute la section X. 

Rad. int. : Figur. 


FIN, G. +éAoc dans les deux sens ; 
rù où Évexx au sens B ; — L. finis ; — 
D. A. Ende ; B. Zweck, Endzuweck ; — 
E. End, purpose ; — ]. Fine. 

Finis signifie proprement en latin 
borne ou limite : « Fines, les frontières. » 
D'où la série des sens suivants : 1° la 
cessation, le terme, le point où l’on 
s'arrête ; — 2° l’achèvement, et par 





Sur Figure. — On avait besoin, au moyen âge, du mot figure, au sens étymo- 


logique, le mot forme étant encore pris dans son sens métaphysique et aristotélique. 
L'abandon de la scolastique, en faisant perdre à ce dernier sa valeur technique, 
lui a permis de se substituer à figure. La transition paraît avoir été faite par 
l'usage du mot forme pour désigner la « figure » extérieure des êtres vivants, 
considérée comme exprimant leur forme essentielle. « Je soutiens qu’il faut dire 
la figure d'un chapeau, et non pas la forme ; d'autant qu’il y a cette différence 
entre la forme et la figure, que la forme est la disposition extérieure des corps 
quisont animés ; et la figure, la disposition extérieure des corps qui sont inanimés. » 
Mouière, Le mariage forcé (1664), scène VI. (D’après des notes de J. Lachelier 
“et L. Boisse.) 

— « Figure » s'emploie encore, en anglais, pour désigner la forme d’objets 
inanimés (B. Russell). — Cf. en français, configuration (d’un pays, d’un littoral). 


— Sur Figure du Syllogisme, le sens de oxfua chez ARiSTOTE, et l’existence 
e la « quatrième figure » voir le Supplément à la fin du présent ouvrage. 


ns 


FIN 


suite la perfection de ce qu’on voulait 
réaliser ; — 3° la chose même qu’on 
veut réaliser, le but ; — 40 l’idée du 
but, l'intention ; — 5° le sens dans 
lequel une tendance est dirigée. — Et 
(par rayonnement latéral à partir de 
l'idée de but) ; — 60 la destinée* ou la 
destination* d’un être. 

Dans la continuité de ces sens, on 
peut distinguer deux groupes princi- 
paux, auxquels correspondent d’ailleurs 
des termes différents dans plusieurs 
langues : 

À. (Opposé à commencement.) Cessa- 
tion d’un phénomène dans le temps ; 
limite d’un objet dans l’espace, mais 
seulement quand on suppose cet objet 
parcouru d’une façon telle que la limite 
en question soit un dernier élément de 
perception : « La fin d’un livre. » 

B. {(Opposé à moyen.) Ce pourquoi 
quelque chose existe ou se fait : but, 








352 


T——— 


intention, sens dans lequel une ten. 
dance est dirigée. 


« Fin en soi » (Zweck an sich, Kanr 
s'oppose à la fois à fin subjective et à 
fin relative : la fin en soi est fin objec. 
tive, nécessaire, par opposition aux fins 
subjectives ou individuelles qu’une vo. 
lonté peut se proposer à elle-même sans 
leur attribuer de valeur universelle. 
elle est fin absolue, inconditionnelle, 
par opposition aux fins relatives ou 
intermédiaires qui empruntent leur 
caractère de fin à ce qu’elles sont 
moyens d’une autre fin plus élevée. 
Ainsi l’homme, en tant qu'être concret, 
peut être moyen de fins diverses, et se 
proposer des fins variables; mais la 
nature raisonnable, réalisée dans l’hom- 
me, « existe comme fin en soi, c’est-à- 
dire qu’elle possède cette valeur abso- 
lue qu'il faut bien mettre quelque part, 


Sur Fin, Final, Finalisme, Finalité. — Tous ces articles ont été entièrement 


remaniés par suite des observations reçues et de la discussion en séance du 
21 juin 1906. Les membres de la Société qui étaient présents, et plusieurs correspon- 
dants ont exprimé le désir que tous ces articles fussent réunis en un seul. La 
complexité des sens qu’ils expriment ne m’a pas permis de le faire; mais j'ai 
réuni en une seule toutes les CRITIQUES, concernant les divers sens des mots Fin, 
Cause finale, Finalité : on la trouvera à ce dernier article. (A. L.) 


Sur Fin. — Le prof. Eucken nous a signalé l’existence d’une intéressante 
analyse des différents sens du mot Finis chez saint THomas D’AQUIN, dans 
SCHUTZ, Thomas-Lexikon, 2° édition, p. 311 et suiv. — En voici le résumé : 

Finis : A. Limite ou terminaison : : Anima humana finem essendi non habet. » 
Summa contra Gentiles, II, 83. — B. Définition : « Finis quantum ad essentiam. » 
In lib. Sentent., I, 43, 1. — C. Perfection : « Quod est optimum in unoquoque est 
finis ejus. » /n lib. de Somno, k e. — D. But, soit celui d’une action intelligente : 
« Finis nihil aliud est quam illud cujus gratia alia fiunt. » {n Ethicam, 1, 9 a; 
soit celui d’une tendance aveugle : « Hoc dicimus esse finem in quod tendit impetus 
agentis. » S. c. Gentiles, III, 2. On peut distinguer, comme subdivisions de ce 
dernier sens {au milieu de toutes les distinctions relevées par ScaurTz, et dont 
beaucoup ne sont que des références accessoires, telles que finis bonus et finis 
malus, finis communis et finis proprius) : Finis agentis, le but de l’être qui agit, 
p. ex. le gain de l'architecte ; et Finis operis, le but de son acte, p. ex. la maison 
qu’il construit; — Finis exterior et finis interior; — Finis ultimus et finis 
proximus. 

Cf. également dans Goczenius (Lexicon philos., 583 A) le résumé suivant des 
différents sens du mot finis : « Finis : 1° est terminans rem : ita limes finis agri; 
— 2° est interitus, id est ultima pars rei pene absumptae ; — 3° idem est quod 
perfectio rei; 4° est finis intentionis, ad quem efficiens ordinatur, et qui movet 


sr qu'il y ait un principe pratique 
ame ». DELBOS, Philosophie prati- 

‘us de Kant, p. 372. 
.# Règne des fins.» D. Reich der 
ke, opposé à régne de la nature 
(Reich der Natur). KANT, Grundlegung 
Met. der Sitten, deuxième section, 

. $ 97-111. 

* ganr entend par Règne (Reich) « la 
bsison systématique des êtres raison- 
ÿables par des lois objectives commu- 
mes ». Or, les êtres raisonnables sont, 
r leur raison, des êtres capables de 
se poser des fins ; et, par le caractère 
inconditionné de cette même raison, 
des êtres fins en soi*. Ainsi peut être 
dit « règne des fins » le système qui 
comprend sous une même législation 
les fins des êtres raisonnables, qui sont 
eux-mêmes fins en soi, ainsi que les 
fins que ces êtres peuvent se proposer 
sous la condition de respecter en eux- 
mêmes et dans leurs semblables la 
dignité d'êtres fins en soi En cette 
qualité de fin en soi, tout être raison- 
nable doit se considérer aussi comme 
l'auteur de la législation qui gouverne 
le «règne des fins ». (Principe de l’auto- 





FINAL 





nomie.) — Cette formule s'applique 
donc à trois objets : 1° les êtres raison- 
nables comme fins en soi; 2° les fins 
objectives que ces êtres doivent se pro- 
poser, leurs devoirs ; 3° les fins que 
tout être raisonnable peut se proposer 
sous la condition de respecter la loi 
morale. 

Le règne des fins n’est qu’un idéal ; 
mais il est un idéal pratique, c’est-à- 
dire qu'il peut être réalisé par la liberté. 


CRITIQUE 


Pour la discussion des diverses ac- 
ceptions du mot jin, au sens B, voir 
la Critique de Finalité*. 

Rad. int. : A. Fin, B. Cel (Boirac). 


FINAL, D. A. Let:t, endlich (veut dire 
également fini), — E. A. Last, final; 
B. Final, rare, — I]. Finale. 

A. Opposé à initial. Qui concerne 
ou constitue une fin* au sens A : ultime, 
dernier. — But final, celui qui n’est 
moyen par rapport à aucune autre fin 
ultérieure. 

B. Opposé à efficient, quelquefois à 
mécanique. — Qui présente une fina- 
lité*. 


efficientem ad agendum. Zabarella : Finis cujusque partis est operatio propria 
et proprium munus. Albertus Magnus : Finis est cujus causa fit omne quod fit. 
Thomas : Finis non est principium, nisi ut est in intentione moventis, etc. ; — 
5° Finis xat’ é£oxñv dicitur, in quem reliqui fines destinantur.» — On remarquera 
que tous ces sens sont restés en usage dans le mot fin, sauf le troisième, qui s’est 
conservé seulement dans le mot fini. (A. L.) 

— On a été amené à unir les sens A et B dans le mot fin parce que ce quiest 
le but de l’action en est en même temps le terme. L'identification grecque des 
idées de limitation et de perfection dans le mot réAoc paraît avoir pour origine la 
doctrine pythagoricienne, essentiellement finitiste, pour qui la perfection consiste 
à définir, dans l'infini, un xéouoc, un monde harmonique et limité. (R. Berthelot.) 

Les deux sens de terme et de but sont psychologiquement liés l’un à l’autre ; 
soit parce qu’en présence d’un tout achevé (d’une chose limitée dans l’espace ou 
d’un processus terminé dans la durée) le dynamisme naturel de la conscience 
trouve plus facilement à introduire sous une forme précise la notion d’un but de 
cette chose ou de ce processus ; soit parce que cette notion de but, même appli- 
Quée par l'imagination à ce qui n’est pas donné comme actuellement terminé, 
J introduit l’idée d’une limite future. En tout cas, c’est bien la coexistence et la 
Mutuelle pénétration dans la conscience de la représentation statique et du dyna- 
Misme qui explique la coexistence et l’imparfaite séparation des deux sens du 
Mot fin. (M. Bernès.) 


ns. 


FINALE (CAUSE) 





354 





Cause finale (L. Scol. Causa finalis ; 
se trouve déjà chez ABÉLARD, not. Dia- 
logus inter Philosophum Judaeum et 
Christianum. — R. EuckrEN). 

Ce qui explique un fait en le faisant 
connaître comme moyen d’une fin. Ex. : 
« La cause finale des impôts est la né- 
cessité d’assurer les services publics. » 
Ce mot s'emploie souvent comme syno- 
nyme de fin*. Pour la critique de l’un 
et de l’autre, voir Finalité*. 

L'expression plurielle : les causes fi- 
nales, s'applique ordinairement à un 
plan de l'univers, révélant l'existence 
d’une personnalité supérieure qui en 
est l'architecte. « … Il faut observer les 
phénomènes sans aucun dessein de les 
faire entrer dans un plan conçu d’a- 
vance et dont on fait témérairement 





honneur à l’auteur de la nature, M; 
lorsque les faits que nous avons ser 


puleusement étudiés conspirent évi. , 


demment à un seul but, quand no 
les voyons disposés avec ordre, ave 


intelligence, avec prévoyance pour les 


besoins et pour le bien de chaque ëtr, 
comment nous refuser de croire à 
l'existence d’une cause intelligente et 
souverainement bonne ? » FRANCK, 
Causes finales, Dict. des sciences ph. 
losophiques, 254 B. — L'ouvrage de 
Paul JANET, Les causes finales, dissocie 
d’abord logiquement les deux concep. 
tions, mais pour les réunir ensuite, 
« L'existence des fins dans la nature 
(démontrée dans le premier livre) équi- 
vaut-elle à l’existence d’une cause su. 
prême, extérieure à la nature et pour. 








Sur Cause finale. — J’avais proposé dans la première rédaction de cet article 
de réduire le sens de cause finale à ce que les scolastiques appelaient l’être inten. 
tionnel de la cause finale, c’est-à-dire à son existence idéale dans la tendance, 
le besoin ou l’idée. Mais cette proposition a été presque unanimement écartée, 
par cette raison surtout que la cause finale ne différerait plus alors de la cause 
efficiente (J. Lachelier, Pécaut, Goblot). Elle en différerait tout au moins, me 
semble-t-il, comme l'espèce diffère du genre. Et c’est ce qui justifierait l'emploi 
du mot cause dans cette formule (cause qui agit pour un but). Si on le prend 
autrement, cause ne signifie plus rien, dans cette expression, de ce qu’il signifie 
dans la langue philosophique moderne. Et comme on ne peut que très difficilement 
effacer de l'esprit cette signification actuelle, cause finale, au sens de fin, est 
une source constante de malentendus. (A. L.) 

— Mais ne pourrait-on pas définir la cause finale indépendamment de toute 
théorie : « La cause qui produit les moyens de sa propre réalisation ? » Si l’habi- 
tation ou la location sont causes finales de la maison, la maison est moyen de 
l’habitation ou de la location. Les concepts de cause finale et de cause de soi me 
semblent très voisins, le second seulement un peu plus formel que le premier. 
(F. Pécaut.) 

— Comment ce qui n’est pas encore réalisé peut-il dès maintenant déterminer 
des effets ? Une solution de ce problème est que la représentation du but est 
contenue dans la cause efficiente ; maïs il ne faut pas pour cela confondre ki 
cause efficiente avec la cause finale, et lui en donner le nom. Une autre solution 
consiste à admettre l’existence d’un attrait, par exemple de l'idéal sur le rétl 
ou, ce qui revient à peu près au même, une tendance du réel vers l'idéal, Un 
sorte d’action à distance dans le temps. En ce sens, la cause finale est bien k 
terme à venir; la finalité, c’est l'avenir capable de déterminer le passé. C’est 
supprimer la finalité que de mettre la cause finale à l’origine de la série, car elle 
n’est plus dès lors qu’une cause efficiente. (E. Goblot.) 

— Il me semble que ces deux solutions enlèvent également le caractère de 
« cause » au but en tant que but. Car dans les deux cas ce qui agit est la €P! 
sentation du but, ou le désir de l’atteindre : cette représentation ou ce désir N 









jsvant ces fins avec conscience et ré- 
son ? » (Zbid., 425.) C'est l’objet du 
nd livre de l'ouvrage, intitulé : La 
première de la finalité. 
% Par suite de l’anthropocentrisme pro- 
hu par beaucoup de partisans des 
à s finales, les deux sens de cette 
pression ont été souvent confondus. 
sy Rad. int. : A. Fin ; B. Cel (Boirac). 


YyrINALISME, D. Finalismus ; E. Fi- 
Ggism ; l. Finalismo. 

Toute doctrine qui attribue un rôle 
fportant à la finalité dans l’explica- 
ton de l’univers, et spécialement : 
&ig, Doctrine des causes finales*, pro- 
videntialisme. 

“B. Antériorité et supériorité de la 
t#odance (besoin, désir, volonté) par 
rapport à l’action mécanique. On dit 


FINALITÉ 


FINALITÉ, D. Zweckmässigkeit, Fi- 
nalität ; E. Finality, rare; au 
sens À, purposiveness ; — I. Finalita. 

A. Fait de tendre à un but ; caractère 
de ce qui tend à un but ; adaptation de 
moyens à des fins. 

B. Adaptation de parties à un tout, ou 
des parties d’un tout les unes aux autres. 

Finalité externe, celle qui a pour fin 
un être autre que celui qui est (totale- 
ment ou partiellement) un moyen de 
réaliser cette fin. (Ex. l’homme et le 
vêtement.) — Finalité interne, celle 
qui a pour fin l'être même dont les 
parties sont considérées comme moyen. 
(Ex. Organisme animal, œuvre d'art.) 

Finalité immanente, celle qui résulte 
de la nature et du développement de 
l'être même qui présente cette finalité 


(Ex. Adaptation spontanée de l'être 
vivant à son milieu.) — Finalité trans- 
cendante, celle qui est réalisée dans un 
être, par l’action qu’exerce sur lui un 
autre être, en vue de la fin considérée. 
(Ex. Sélection artificielle, élevage.) 


ébuvent, en ce sens, Volontarisme*. 


; CRITIQUE 

‘Comme presque tous les noms de 
doctrine, ce terme est mauvais et prête 
filement à l’équivoque. 





auraient pas moins agi, et selon un mode intentionnel, « finaliste » quand bien 
même l’action aurait échoué, de sorte que le but n'aurait jamais été réalisé. En 
quoi donc « l'avenir détermine-t-il le passé » ? Un homme tire à la cible, et manque 
le blanc. Atteindre le blanc n’a-t-il pas été la cause finale de son attitude et 
de ses mouvements ? Or le blanc atteint n’existe pas et n’existera jamais relati- 
vement à l’acte de tirer cette seule balle. — Mais le blanc existe, et il a été la 
Cause finale ? — Non, car la fin de l’action n’était pas l’existence du blanc, ou la 
position du blanc, toutes choses déjà données antérieurement, et qui par suite 
Ont pas à être réalisées. C'était le blanc atteint, le blanc percé d’une balle, lequel 
nest ni ne sera, et par conséquent n’a pu être, en aucun sens, cause de sa propre 
Mlisation. — Le concept de cause finale, s’il est ainsi défini comme causa sui, 
enveloppe donc une confusion du but visé et du but atteint, et disparaît dès 
Qon la dissipe. Il me semble que M. Goblot, lui aussi, conclut bien en ce sens, 
Car il ajoute : « Telle est la conception commune de la cause finale. C’est préci- 
ent parce qu’elle ne résiste pas à la critique que tant de savants, à l'exemple 
e Bacon, s’efforcent de la bannir de la science. » Sur le sens acceptable qu’on 
urrait donner, selon M. GoBLoT, au mot finalité, voir ci-dessous à l’article 
talité, la « critique » et dans la Revue philosophique, l’article du même auteur 
intitulé : Fonction et Finalité (1899, I, 495 et II, 632). (A. L.) 


Sur Finalisme. — 11 conviendrait de ne jamais employer ce mot que sous sa 
forme adjective « : finaliste », d’en faire toujours l’épithète d’un mot plus précis. 
Boisse.) — Je crains que, même sous cette forme, il ne soit encore une 
Bande source de malentendus, en raison de la multiplicité des sens des mots 
fin et finalisé. (A. L.) 


is. 


FINALITÉ 


CRITIQUE 


Ce qu'on appelle finalité est d’abord, 
au sens le plus usuel et le plus fonda- 
mental, le processus dont nous avons 
un exemple dans l’activité consciente 
de l’homme qui conçoit une chose 
future comme possible et dépendant 
de lui, qui y tend par le désir et la 
volonté, et s'efforce de la réaliser. Par 
extension, on applique ce mot à tout 
ce en quoi l’on pense trouver, soit dans 
le temps, soit même en dehors du 
temps, des caractères analogues à ceux 
de ce processus : 

I. En premier lieu, on l’applique à ce 
qui comporte un but, c’est-à-dire : 

19 À l'activité humaine elle-même, 
quañd tout se passe comme dans les cas 
où il y a désir conscient et anticipation 
de l'avenir par des idées, mais sans que 
ce désir ou ces idées soient clairement 
présents à la conscience. Il arrive par 
exemple que l'instinct, l'intérêt, la pas- 
sion mettent en branle tout un système 
de jugements et de raisonnements non 
conscients, par lesquels ils arrivent à 
leurs fins, quelquefois grâce à des dé- 
tours d’une ingéniosité égale ou supé- 
rieure à celle de l’action consciente. 

20 Aux faits de la nature, quand nous 
y apercevons des adaptations de faits 










ui. | 356 
présents à des conditions futures, des 
adaptations d'organes à des conditions 
qui ne peuvent les avoir produites elles. 
mêmes à titre de causes efficientes. Et 
dans ce cas, la finalité peut être conçue 
de trois façons différentes : 

a) D'une façon purement anthropo. 
morphique et consciente, comme l'œu. 
vre d’une intelligence divine ou dy 
moins démiurgique, combinant et pré. 
voyant les choses à la manière d’un 
artiste ou d’un artisan. 

b) D'une façon encore anthropomor- 
phique, mais sur le modèle de notre 
activité inconsciente, telle que nous 
l'avons définie plus haut, c’est-à-dire 
d’une volonté obscure cherchant à se 
réaliser, à l’aide d’une intelligence plus 
ou moins confuse de ses intérêts, sous 
l'excitation d’une image qui en occa- 
sionne l'exercice. Telle est la doctrine 
des néo-vitalistes, par exemple de 
J. REINKE (Die Welt als That; cf. 
communication au congrès de Genève, 
1904, et discussion). DaArwIN lui-même 
paraît admettre, en certains cas, une 
intelligence confuse qu’aurait l'espèce 
de ses intérêts. — C’est en ces deux 
premiers sens que la finalité peut être 
définie la causalité de l’idée. 

c) Mais il y a une autre notion de la 


Sur Finalité. — (Voir plus haut, première observation sur l’article Fin*.) 

La Critique qu'on lira ci-dessus est une rédaction entièrement refaite pour la 
publication de cet article dans le Bulletin de la Société, en 1906, et dans laquelle 
on a essayé de tenir compte de tout ce qui a été représenté au cours de la discussion. 
Cette rédaction a pour base une communication assez étendue de F. Rauh, qui 


aurait dû plus régulièrement figurer à cette place-ci 


: mais la portée de cette 


communication et la clarté qu’elle produit, par la distinction nette des différents 
emplois du mot finalité, ont paru des raisons suffisantes de l’introduire dans le 
texte même. Pour le faire, j’ai dû la modifier quelque peu dans sa forme, et la 
compléter sur quelques points, comme l’auteur m’y avait autorisé. J’ai notamment 
indiqué le rapport sémantique qui me paraît exister entre le sens A et le sens B, 
dont Rauh considérait surtout l'opposition (point de vue dynamique, point de 
vue statique). Il propose de n’employer fin, finalité, cause finale qu’au sens A, 
«tout en insistant sur l’usage historique de ces termes dans la philosophie classique; 
que le philosophe actuel doit avoir présent à l'esprit pour se souvenir qu’il peut 
y avoir système sans qu’il y ait finalité au premier sens. » 

Ce qui concerne le rapport de la finalité temporelle et de la finalité intempore le 
chez Kant est extrait des observations de J. Lachelier. — (A. L.) 


‘eains : 


alité chez les biologistes contempo- 
c'est l’idée d’une direction psy- 
shique, sans plus. Il y a des tendances, 

trement dit des besoins dirigés, puis- 
qu'ils sont tels ou tels, mais qui n’ont 
as les roueries de la passion ou du 
« Génie de l’espèce ». Ils vont comme 
des forces, puissantes ou faibles selon 
es forces qui s’y opposent, mais sans 
calcul. Telle est l’idée directrice de 
Claude BERNARD, qui ne se crée pas 
des organes selon ses besoins, mais qui 
est posée une fois pour toutes, et dont 
Ja réalisation lente ou rapide, complète 
ou avortée, ne dépend que de condi- 
tions physico-chimiques. Telle est aussi 
la conception de certains néo-lamar- 
ckiens comme EimEer. 1] y a alors 
vraiment une volonté sans intelligence, 
une direction psychique pure. — A ce 
sens du mot appartient la définition 
de la finalité qui en fait la causalité 
du besoin, ou l’action du besoin sans 
pensée. (E. GoBLoT, Fonction et Fi- 
nalité, Revue philosophique, 1899, 
1, 635. — Cf. du même auteur, La 
finalité sans intelligence, Revue de 
Métaphysique, 1900, 393; La finalité 
en biologie, ibid., 1903, Il, 366, sur 
la discussion entre SULLY PRUDHOMME 
et Ch. Ricuer ; et la lettre de Ch. Ri- 
cHeT qui fait suite à cet article, Zbid., 
379.) 

Toutes ces conceptions sont, quoique 
inégalement, formées sur le modèle de 
l'activité humaine psychologiquement 


observable : on remarquera cependant | 


Que la dernière, au degré de simplifica- 
tion où elle est amenée, ne diffère plus 
en rien d’essentiel des notions dont use 
la mécanique. Une force, en effet, est 
Une grandeur dirigée, qui tend vers un 
Point, qui produit ou ne produit pas 
80n effet selon les obstacles qu’elle 
rencontre, mais qui, d'elle-même, ne 
&aurait faire le moindre détour pour 
Conduire le mobile au but auquel il est 
censé tendre. 

On remarquera, dans cette première 
série de sens, la liaison de l’idée de 
finalité avec les idées d’appréciation*, 
de norme* et de valeur*, 





FINALITÉ 


11. Mais la finalité proprement dite, 
d'où nous sommes partis, présente un 
autre caractère. La réalisation d’une 
fin par l’activité humaine comporte, 
dans presque tous les cas, la mise en 
œuvre et la combinaison de plusieurs 
éléments ou conditions simultanées en 
vue d’un effet d'ensemble, par exemple 
l’adaptation des parties les unes aux 
autres dans la construction d’une mai- 
son, ou le concours des différentes 
pièces dans une machine, fût-elle aussi 
simple qu’un arc ou un levier. Il s’en- 
suit que toute adaptation de ce genre, 
dépendance des parties à l’égard du 
tout, convenance ou harmonie d’élé- 
ments divers, nous apparaît comme 
leffet d’une intelligence ordonnatrice, 
signe de prévoyance et de finalité. D'où 
la liaison de l'idée d’art* (cf. artisan, 
artiste, artificiel) avec l'idée téléolo- 


| gique. Cette conception statique de la 
\ finalité est celle des métaphysiciens 
! classiques. 


C'est ainsi que LEtBNiz 


‘ considère comme le type même de 





l’action des causes finales le choix in- 
temporel et qualitatif d’un monde 
entre tous les systèmes logiquement ou 
géométriquement possibles (voir la fin 
de la Théodicée). Ce choix tient compte 
à la fois de tous les éléments de ce 
système et du système que forment 
ensemble tous ces systèmes. De même, 
dans le détail des choses, il Y a rause 


| finale toutes les fois qu’on découvre 


une harmonie, un rapport de conve- 
nance entre des termes « disparates ». 
La finalité du désir humain n’est, selon 
LEIBNIz, qu'une expression approxima- 
tive de ce mode de systématisation 
supérieur. — On retrouve le même 
point de vue chez KanT, qui a plus que 
tout autre rapproché les idées d’art, de 
beau, de finalité. Dans la Critique du 
Jugement, il démontre avant tout l’uni- 
té systématique des lois empiriques : 
les êtres vivants sont seulement pour 
lui un exemple de cette sorte d'unité, 
et il les considère dans leur plan bien 
plutôt que dans leur devenir. L’expli- 
cation des choses par une finalité inten- 
tionnelle « analogue à la nôtre » est 


FINALITÉ 


bien, selon lui, une sorte de fiction 
commode pour nous représenter l’ordre 
des êtres naturels (voir texte ci-dessous 
à l’article Principe de finalité*) ; cela 
tient à ce que notre entendement va 
toujours, par sa nature, de ce qui est 
avant dans le temps à ce qui est après, 
et ne peut, par conséquent, expliquer 
le moyen par la fin, mais seulement par 
la représentation de la fin ; et c’est en 
ce sens qu'il définit la cause finale « la 
causalité d’un concept » ; mais un esprit 
intuitif, qui verrait par-dessus le temps, 
verrait la fin produire elle-même les 
moyens, ou plutôt (car l’idée de pro- 
duction est encore temporelle), aperce- 
vrait entre le moyen et la fin un rapport 
actuel et sui generis, dont « notre » 
finalité est le symbole. — M. Lacxe- 
LIER, dans le Fondement de l'induction, 
entend la finalité dans ce sens tradi- 
tionnel. « On pourrait très bien ad- 
mettre en ce sens, écrit-il, la formule 
qui définit la finalité, la causalité de 
l’idée, en prenant idée dans un sens 
purement objectif, celui de l’elôoc d’A- 
ristote, conçu en dehors de toute cons- 
cience et de toute représentation. » { An- 
notation à l'épreuve du présent article.) — 


Ce sens explique également la formule : 


qui définit la finalité : la causalité de 
l'avenir, formule qui, prise au pied de 
la lettre, contredirait les principes de 
notre entendement. (Cf. plus haut, les 
Observations sur le mot Cause finale*.) 
Elle suppose le caractère illusoire du 
temps et la solidarité réelle des moments 
successifs, ou du moins l’action d’une 
intelligence qui ne soit pas soumise à 
la durée et pour qui l’avenir soit présent. 
Rad. int. : 1° Skopes ; 29 Skopag. 


Finalité (Principe de). « La première 
de ces vérités (celles sur lesquelles 
repose la morale) c’est ce principe, que 
tout être a une fin. Pareil au principe 
de causalité, il en a toute l’évidence, 
toute l’universalité, toute la néces- 
sité, et notre raison ne conçoit pas 
plus d'exception à l’un qu’à l’autre. » 
JourFFroY, Cours de droit naturel, 
Leçon XXIX, t. III, p. 118. 


è 


: universelle et nécessaire, 








_358 


— 


CRITIQUE 

Ce principe paraît être tiré du texte 
suivant d'ARISTOTE : « .… Mmnbèv uérry 
motel h puolç” ÉvVEXX tou Yap TävTa Ünép. 
XEL TA QUOEL, À GUUTTOUXTA GTR Toy 
évexa vou. » ITept quyñc, III, 12, 4344, 
31. — Cf. Ilepi oùpævoÿ, I, 4, 271233 . 
« ‘O Bedc at à puouc oùBÈv paTIv rotoù. 
œuv. » — Mais il faut remarquer 
qu’ARisTOTE n'entend pas le mot quote 
dans le sens universel où les modernes 
entendent le mot nature, et qu’il réserve 
la réalité du hasard (rù œÿréuatov) 
comme accident. ou coïncidence des 
séries téléologiques. (Cf. MizHaun, Le 
hasard chez Aristote et chez Cournot, 
Revue de métaphysique,  novem- 
bre 1902.) 

Il est très contesté que l'existence 
de la finalité puisse donner lieu à un 
principe, c'est-à-dire à une proposition 
connue a 
priori et pouvant servir de point de 
départ au raisonnement. « Le principe 
du déterminisme est universel : tout 
est déterminé ; le principe téléologique 
est particulier : & y a de la finalité. 
C’est assurément une opinion peu ré- 
fléchie que d’admettre un principe de 
finalité aussi absolu et universel que 
le principe de causalité. » (GonLor, 
Fonction et finalité, Revue phil., 1899, 
II, p. 505.) L'existence de la finalité, 
en tant que distincte de la causalité 
efficiente, paraît être une vérité d’expé- 
rience et surtout d'expérience interne ; 
l'étendue et le caractère de cette fina- 
lité sont des problèmes qui ne peuvent 
donner lieu qu’à des hypothèses direc- 
trices. « Der Begriff eines Dinges, als an 
sich Naturzwecks, ist also kein consti- 
tutiver Begriff des Verstandes oder der 
Vernunft, kann aber doch ein regula- 
tiver Begriff für die reflectirende Ur- 
teilskraft sein, nach einer entfernten 
Analogie mit unserer Causalität nach 
Zwecken überhaupt die Nachforschung 
über Gegenstande dieser Artzuleiten!.” 


1. « Le concept d'une chose considérée comme étant 
en soi un but de la nature, n'est donc pas un concept 
constitutif de l’entendement ou de la raison: mau il 
peut servir de concept régulateur pour le jugement 


FOI 





an, Critique du jugement, Il, $ 65. 


Cependant, J. LACHELIER a soutenu 
e, sans avoir le caractère absolu du 
principe de causalité, l'existence de 
çauses finales dans le monde n’en est 
pes moins un principe rationnel, c’est-à- 
dire : 1°«un élément indispensable du 
incipe de linduction »; 2° « une loi 
i résulte, comme celle des causes 
efficientes, du rapport des phénomènes 
avec notre esprit. » J. LACHELIER, Du 
fondement de l'induction, ch. vi. 


FINI, D. Endlich [veut dire aussi 
final] ; E. Finite ; I. Finito. 

Terme contradictoire d’infini* : ce 
qui a une borne. 

A. Un nombre entier, plus grand 
que 1, est dit fini, lorsqu'on peut 
l'obtenir par l'addition de l'unité à 
elle-même, soit unique, soit répétée un 
nombre de fois tel que l’une de ces 
répétitions soit la dernière. 

D'une manière plus rigoureuse et 
plus formelle : en supposant définis les 
nombres cardinaux en général, les nom- 
bres 0 et 1, et la somme d’un nombre 
quelconque n et de 4 (n + 1), la classe 
des nombres entiers finis est l’ensemble 
des nombres cardinaux contenus dans 
toute classe S qui contient zéro et qui 
contient le nombre {n + 1) si elle 
contient le nombre n (quelconque). 

La propriété impliquée dans cet 
énoncé est appelée principe de récur- 
rence ou quelquefois principe d’induc- 
tion ; eile caractérise les nombres finis 
Par opposition aux nombres infinis, et 
C’est elle que traduit la définition vul- 
&aire que nous avons énoncée tout 
d’abord. 

. On peut encore définir le fini néga- 
tivement, comme le non-infini. Voir 
Infinix. 

B. Un nombre réel est dit fini, s’il 
A inférieur à quelque nombre entier 

ni. 

C. Une grandeur est dite finie, si elle 
est mesurée, par rapport à une gran- 
ne 


échimant et, d'après une analogie éloignée avec notre 
EF eausalité, dans sa tendance générale vers des buts, 
T de guide à la recherche d'objets de ce genre. » 


D. 





deur de même espèce, par un nombre 
réel fini. 
Rad. int. : Finit. 


FINITISME, D. Finitismus ; E. Fi- 
nuism ; I. Finitismo. 

A. Au sens général : doctrine d’après 
laquelle il n’y a rien qui soit actuelle- 
ment infini*, mais tout ce qui est 
obéit à la « loi du nombre* ». (RENOU- 
VIER, PILLON, EVELLIN, etc.) Voir no- 
tamment CouTuraT, De l'infini mathé- 
matique, livre III, où il met en scène 
un dialogue entre le Finitiste et l’Infi- 
nitiste. 

B. Relativement à tel ordre parti- 
culier de réalité, on appelle finitisme 
la thèse qui soutient que cette réalité 
est finie : par exemple, l'opinion de 
ceux qui considèrent l’espace comme 
fini. 

Rad. int. : Finitism. 


« FINITUDE », néologisme. Caractère 
de ce qui est fini. « Passées les limites 
de notre finitude, où c’est la matière 
qui individualise et l’action qui éclai- 
re. » G. Davy, Henri Bergson, Revue 
Universitaire, 1941, p. 23. 


FLÈCHE (Argument de la). — L'un 
des arguments de ZÉNoN d’Élée dits 
« contre le mouvement ». Il est ainsi 
rapporté par ARISTOTE : si tout ce qui 
occupe une étendue égale à la sienne 
est en repos, et si une flèche qui vole 
occupe toujours une étendue égale à la 
sienne, à chaque instant (ou : dans le 
moment présent, ëv r& vôv), une flèche 
qui vole est immobile. Physique, VI, 
9, 2390. — Cf. Achille*. 


FOI, L. Fides ; D. 1° Pflicht, Treue ; 
guter Glauben au sens juridique de 
bonne foi; 2° Glaube, Glauben ; — E. 
Faith ; — 1.19 Fede ; 2° Fede, Fiducia. 

4° Sens objectif, le plus fréquent dans 
le L. Fides : « Fides, id est dictorum 
conventorumque constantia et veritas. » 
Cicéron, De Officiis, I, vil. 

A. Assurance valable et constituant 
une garantie. « Faire foi ; la foi des trai- 


FOI 





360 





tés ; ligne de foi (d’une boussole). » 

B. Fidélité à un engagement ; sincé- 
rité (bonne foi). 

29 Sens subjectif. 

C. Confiance absolue, soit en une per- 
sonne, soit en une affirmation garantie 
par un témoignage ou un document 
sûr. 

D. Adhésion ferme de l'esprit, sub- 
jectivement aussi forte que celle qui 
constitue la certitude, mais incommu- 
nicable par la démonstration. Syno- 
nyme de croyance* au sens C. 

Ce sens est le plus fréquent. Ce mot 
est alors opposé, d’une façon générale, 
au savoir*. Quand il s’agit spéciale- 
ment de foi religieuse, le terme usuelle- 
ment opposé est raison*. 


CRITIQUE 
Voir Certitude et Croyance. 


nn 


Foi (Acte de), D. A. Glaube. 
quelquefois, mais rarement Glaubens. 
wille ; B. Glaubensbekenntnis ; — KE. 
A. Will to believe ; B. Faith Confession . 
I. Atto da fede. É 
A. Volition par laquelle on adopte 
comme vraie une proposition qui n’est 
ni rationnellement démontrable, ni; 
évidente. 

B. Manifestation du fait qu’on a foi 
(soit en une personne, soit en une 
idée), et spécialement : 

1° Expression verbale de la foi reli- 
gieuse, exprimée usuellement sous for- 
me de prière. 

29 Acte public d'adhésion à une 
croyance. — Au sens de « dé£laration 
de principes », rare ; on dit plutôt pro- 
fession de foi. 





FOLIE, D. Wahn, Irrsinn, Narrheit : 





Rad. int. : À. C. Fid; B. Fideles ; 


E. Insanity ; 1. Pazzia, Follia. 
D. Kred. 


Terme général et très vague. Voir 


Sur Foi*, — On distinguait fréquemment au xvrie siècle la foi divine (foi reli- 
gieuse) et la foi humaine, c’est-à-dire le fait de croire sur le témoignage des 
hommes) : : Lorsqu'on croit quelque chose sur le témoignage d'autrui, ou c’est 
Dieu qu’on en croit, et alors c’est la foi divine : ou c’est l’homme, et alors c’est la 
foi humaine. » BossuET, Connaissance de Dieu, I, x1v. Cf. sa Logique, III, ch. xxu 
et xxini, et la Logique de PorT-RoYaL, 4° partie, ch. x11 : « De ce que nous connais- 
sons par la foi, soit humaine, soit divine. » 


Le mot foi est analysé et défini, ce me semble, en un sens trop exclusivement 
« intellectualiste » ou « objectiviste », c’est-à-dire qu’on se place au point de vue 
de la foi-croyance instructive, ni au point de vue de la foi-confiance affective 
et unitive. Si la foi augmente notre connaissance ce n’est pas d’abord et princi- 
palement en tant qu’elle nous apprend, par témoignage autorisé, certaines vérités 
objectives, c’est en tant qu’elle nous fait sympathiser réellement et profondément 
avec un être, en tant qu’elle nous unit à la vie d’un sujet, en tant qu’elle nous 
initie, par la pensée aimante, à une autre pensée et à un autre amour. La croyance 
(d'ordre déjà plus cognitif ou plus logique) n’est d'ordinaire qu’une forme dérivée 
et partielle de la foi. Mais ce n’est pas à dire que la foi « s’oppose » au savoir ou 
à la raison : la foi n’est ni anti-raisonnable ni a-raisonnable ; elle ne méconnaît 
ni ne renie le savoir : elle se fonde sur des raisons qui sont telles que la raison, 
une fois consultée, s’achève en une attestation de confiance dont il serait ridicule 
et presque odieux d’établir les preuves par un raisonnement en forme. « On ne 
prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant d’ordre les causes de l’amour; 
cela serait ridicule », comme l’a remarqué PascaL. (Pensées, art. vir, 19.) Mais 
cet amour, fondé en raison, quoique non sur des raisonnements, peut seul réaliser 
en nous la réalité concrète d’un être spirituel, d’un être capable lui-même de 


connaître et d’aimer. Et voilà pourquoi la foi aboutit au plus réaliste des savoirs- 
(M. Blondel.) 


FONCTION 








sénation* mentale. On l’emploie spé- 
Doment dans les expressions sui- 
esates : 

À Folie des grandeurs, ou mégalomanie*. 
g'aliéné éprouve un sentiment anormal 
de puissance, de grandeur, d'absence 
d'effort intellectuel et physique. Il in- 
vente des faits imaginaires en harmonie 
avec ces sentiments : il se croit déme- 
surément riche, grand personnage, em- 
ur, Dieu. 

Folie de la persécution. L'aliéné se 
croit tourmenté par des ennemis qui 
inventent toutes sortes de moyens de 
li nuire. 

Folie circulaire ; caractérisée par une 
alternance à période régulière entre 
deux états antithétiques, généralement 
l'exaltation et la mélancolie. Cf. G. Du- 
mas, La tristesse et la joie. 

Folie morale (« Moral insanity », PRi- 
CHARD, Treatise of insanity, 1835). 
Trouble d’esprit partiel et quelquefois 
passager, consistant dans l'absence ou 
dans une perversion profonde des sen- 
timents normaux de moralité, l’intelli- 
gence des faits restant intacte, et pou- 
vant même être développée. Elle est 
essentiellement caractérisée par le dé- 
faut d’un sentiment personnel du bien 
et du mal moral, dont l’idée ne pro- 
voque aucune réaction et n’est connue 
que par oui-dire. S’appelle aussi pour 
cette raison cécité* morale (RiBor, 
Psychologie des sentiments, p. 295). On 
distingue la folie morale improprement 


appelée « passive », qui peut exister 
plus ou moins inaperçue dans la vie 
ordinaire, et la folie morale active ou 
impulsive, fréquente chez les criminels. 
Folie du doute, voir Doute*. 
Rad. int. : Alienac. 


1. FONCTION, D. Funktion ; Amt au 


sens social ; — E. Function ; office au 
sens social, mais ce mot est beaucoup 
plus large ; — I. Funzione. 


Sens général : 

Rôle propre et caractéristique joué 
par un organe dans un ensemble dont 
les parties sont interdépendantes. Cet 
ensemble peut être mécanique, physio- 
logique, psychique ou social. « Fonction 
de l’arc-boutant; fonction du foie; 
fonction de l’adjectif; fonction de la 
monnaie. » 

Spécialement : 

19 En BioLoGie. — Grande classe de 
propriétés actives chez un être vivant. 
On reconnaît en général en ce sens trois 
fonctions biologiques fondamentales : 
nutrition, relation, reproduction. 

29 En PsycHoLoGiE. — « Fonction 
n’a pas en psychologie le même sens 
qu'en physiologie. Une fonction psy- 
chique se lie, non à un organe particu- 
lier, mais à un système de causes cen- 
trées sur les mêmes buts généraux. » 
A. BurLoup, Le caractère, ]. 

3° En SocioLoGie. — Toute profes- 
sion, en tant qu’elle est considérée 
comme contribuant à la vie totale de 





Sur Folie. — L'expression « folie morale passive » est très impropre ; on désigne 
ainsi la folie morale de simple opinion ; le mot propre serait inactive. (V. Egger.) 


Sur Fonction, au sens 1. — Ce mot, au sens 1, était défini seulement dans la 


Première rédaction de cet article : 


« Rôle joué par un organe, etc. » 


« Le rôle joué par un organe, nous a écrit Goblot, n’est pas toujours la fonction 


de cet organe. Un organe peut avoir des effets et des usages qui ne sont point sa 
fonction. L’arc-boutant a pour fonction, de supporter des charges dont les résul- 
tantes tombent en dehors des appuis verticaux ; il peut avoir pour effet d’assombrir 
l'édifice ; il peut être utilisé pour accéder à la toiture ; on peut en tirer parti 

ur la décoration. Les membres inférieurs de l’homme, qui ont pour fonction 

OComotion terrestre, peuvent servir à la natation. Le langage qui a pour fonction 
la communication de la pensée, peut servir à la déguiser. La monnaie, qui a pour 
Onction la mesure de la valeur, peut être utilisée pour la parure, ou prendre le 


De 


FONCTION 


la société, au sens le plus large de cette 
expression. On peut distinguer : a) les 
fonctions sociales privées, exercées par 
des particuliers d’une façon autonome ; 
b) les fonctions publiques, et spéciale- 
ment les fonctions d’État* (dont les 
représentants portent seuls, dans l’usa- 
ge, le nom de fonctionnaires). 

On distingue encore parmi celles-ci 
les fonctions de police et les fonctions 
d'administration ; les fonctions d'auto- 
rité (celles qui impliquent une déléga- 
tion partielle de la puissance publique : 
magistrat, préfet, gendarme); et les 
fonctions de gestion (celles qui sont assi- 
milables en nature à un service privé, 
mais qui sont exercées pour le compte 
de l’État et sous sa direction : ingé- 
nieurs de l’État, instituteurs, employés 
des postes). Cette dernière distinction 
est nouvelle, et les catégories qu’elle 
comporte sont encore mal établies. 


2. FONCTION, D. Funktion; E. 
Function ; I. Funzione. 

Max. A. LEIBniz appelle ainsi, tout 
d’abord, les diverses lignes qui varient 
avec la position d’un point (abscisse, 









362 


ordonnée, corde, tangente, etc.). Voir 
Gerh. Math. Schr., V, 307 et 408. 

Selon LAGRANGE, « on appelle fone. 
tion d’une ou de plusieurs quantité 
toute expression de calcul dans laquel]e 
ces quantités entrent d’une manière 
quelconque ». Théorie des fonctions 
analytiques, ch. I. 

Pour Caucy, une variable* y est 
fonction d’une variable x, quant à 
chacun des états de grandeur de x cor- 
respond un état de grandeur parfaite. 
ment déterminé de y. Si cette corres. 
pondance est exprimée par une équa- 
tion permettant de calculer y en con- 
naissant x, la fonction est dite explicite. 
Elle est dite implicite dans le cas 
contraire. 

Pour RIEMANN, y est fonction de x, 
si à chaque valeur de x correspond 
une valeur de y bien déterminée, quel 
que soit le procédé qui permet d’éta- 
blir cette correspondance. (LEBESGUE, 
Leçons sur l'intégration, 1904). En par- 
ticulier, toutes les fonctions ne sont 
pas algébriques ; il y a des fonctions 
transcendantes*. 

Les définitions précédentes ne por- 








nt proprement que sur les fonctions 
siformes*, pour lesquelles une seule 
Sleur de y correspond à chaque valeur 
de z. Une fonction, au sens le plus 
sénéral, peut avoir, pour chaque valeur 

z, plusieurs valeurs, ou même une 
fafinité {fonctions multiformes, infiniti- 
ormes). 

B. Relation fonctionnelle entre xety. 
Yoir Observations ci-dessous. 


REMARQUE 


La notion de fonction, n’impliquant 
as la nature quantitative des varia- 
bles, a été étendue aux termes variables 
de la Logique ; on a ainsi des fonctions 
logiques. C’est là, non un nouveau sens, 
mais une nouvelle application du mot 
fonction. 


Fonction propositionnelle, E. Propo- 
#itional function (RUSSEL1). 

On appelle ainsi les expressions logi- 
ques contenant une ou plusieurs varia- 
bles et telles que si l’on remplace 
celles-ci par des constantes (des termes 
déterminés), l'expression considérée de- 
vient une proposition (vraie ou fausse, 
suivant les constantes choisies). Par 





FONCTIONNEL 


exemple « x est homme », « le plomb 
est y » sont des fonctions proposition- 
nelles simples qui deviennent respec- 
tivement des propositions vraies pour 
x = Socrate, y = lourd, fausses pour 
x = Pégase, y = rouge. — Une fonc- 
tion propositionnelle double sera par 
exemple, de la forme « x est homme 2 
æ est mortel » — Voir Variable*. 
Rad. int. : Funcion. 


FONCTIONNALISME, (S). 


FONCTIONNEL, D. Funktional : E. 
Functional ; 1. Funzionale. 

A. Qui concerne une fonction, au 
sens À On a nommé psychologie fonc- 
tionnelle celle qui étudie les processus 
mentaux du point de vue dvnamique, 
en tant que movens de certaines fins 
(et même plus spécialement, suivant 
quelques auteurs, en tant qu'agents de 
satisfaction de certains besoins biolo- 
giques). Cv terme a reçu d’ailleurs, 
particulièrement en Amérique, des sens 
assez différents les uns des autres. Voir 
Ruckaic, The use ofthe term function 
in english texl-bouks of psrchology, 


rôle de document historique. La fonction d’un organe est l’activité à laquelle il 
est adapté, celle qui est la raison d’être de sa structure, celle dont le besoin a 
préexisté à l'organe, et a déterminé la formation ou la transformation de l’organe. » 
— (Voir Gosor, Fonction et finalité, dans Rev. philosophique, 1899, II, 635.) 

— Le texte a été légèrement modifié pour tenir compte de l’objection faite 
ci-dessus par M. GosLor, dont l’observation servira d’ailleurs à préciser cette 
définition. — Mais il ne me paraît pas possible, au sens général du mot, d’accepter 
la formule proposée par l’auteur : elle est trop spécialement biologique. On ne 
peut dire en effet que la fonction sociale d’un individu soit « la raison d’être de 
sa structure » et il peut bien arriver qu’un fonctionnaire ne soit pas adapté à sa 
fonction. — D'autre part, même en biologie, une théorie qui définit la fonction 
par le besoin ne serait pas universellement acceptée. (A. L.) 


Sur Fonction. — « On pourrait, en psychologie, classer ainsi par opposition 
les sens de ce terme : 1° (opposé à phénomène) : capacité mentale, telle que la 
sensibilité (opposée à la sensation), la mémoire (opposée au souvenir ou à l’image”; 
l’affectivité (opposée au sentiment à l’émotion, etc.) ; 2° (opposée à structure) : 
ensemble d’opérations mentales, processus considéré dans son caractère dyna 
mique ; p. ex. le jugement, la comparaison, l’acte de parler ; — 3° (opposée à 
description, analyse) ; rôle, utilité d’un phénomène ; signification biologique. » 
(Ed. Claparède.) 

— Il y aurait lieu de signaler, entre les sens 1 et 2 du mot fonction, des confu- 


sions, qui ne sont peut-être pas très rares {dans la psycho-physiologie par exeni- 
ple) ; le sens 2, d’origine mathématique, fournissant un moyen commode (quoique 
suvent vague) d'exprimer l’idée de la variation simultanée ou dépendante de 
deux termes réels : et la réalité de ces termes faisant ensuite glisser la pensée 
a sens 1, qui établit un lien, non pas seulement de forme, mais de fond de l'un à 
l'autre, à l’analogie du rapport biologique de la fonction à l'organe. (M. Bernès.) 

Selon Cauchy et Riemann, dans l’expression y égale f (x), c'est y qui est la 
fonction. C’est en ce sens qu'on étudie les variations d’une fonction. Mais l'usage 
étend le nom de fonction à l’expression tout entière, et aussi à la relation fonc- 
tionnelle qui lie les deux variables. En ce sens, la fonction ne varie pas, puisqu'elle 
est au contraire la loi constante des variations des deux termes. — Il ya là une 
source de confusion, qui rend peu intelligible telle page contemporaine qu’on 
Pourrait citer. La distinction et la liaison des deux idées sont bien marquées dans 
ce texte de Pierre Bourroux : « Concevoir une fonction d’une variable, — une 
Correspondance entre deux variables mathématiques, — c'est en définitive 
admettre qu'entre deux termes variant simultanément, il existe une relation 
identique à elle-même ; c’est postuler que, sous le changement apparent de l’anté- 
Cédent et du conséquent, il y a quelque chose de constant. Or ce postulat, nous le 
Connaissons bien. C’est celui qui préside, du haut en bas de l’échelle, à toutes les 
sciences physiques et naturelles. C’est le concept général de loi. » L'idéal scientifique 
des mathématiciens, p. 206. (M. Marsal.) 


FONCTIONNEL 


American Journal of psychology, jan- 
vier 1913. — S’oppose à structural*. 

On appelle théorie fonctionnelle de 
l'éducation celle qui fait reposer toute 
la pédagogie sur l’idée que l'exercice 
des fonctions est la condition de leur 
développement; que l’ordre de ce 
développement étant prédéterminé par 
la nature, l'exercice d’une fonction est 
une condition nécessaire à l’apparition 
ultérieure de certaines autres fonc- 
tions ; que, pour exercer utilement un 
enfant, il faut le placer dans les condi- 
tions propres à faire naître le besoin 
qui sera satisfait par cet exercice; 
enfin, que l'enfant n’est pas un être 
imparfait au point de vue de ses fonc- 
tions physiques et mentales, et qu’il 
s'agirait d'amener le plus rapidement 
possible à ressembler à l’homme adulte, 
mais au contraire un être dont chaque 
état a sa perfection propre, et dont 
l’'éducateur doit favoriser la pleine réa- 
lisation sans anticiper sur la suite du 
développement. Voir Ed. CLAPARÈDE, 
J.-J. Rousseau et la conception fonc- 
tionnelle de l’enfance, Revue de méta- 
physique, mai 1912. — L'expression 
s'emploie aussi en un sens voisin de 
celui qui a été défini ci-dessus en par- 
lant de la psychologie fonctionnelle : 
« Une pédagogie fonctionnelle, c’est 
une pédagogie qui se propose de déve- 
lopper les processus mentaux en tenant 
compte de leur signification biologi- 
que, qui regarde les processus et les 
activités psychiques comme des ins- 
truments destinés. au maintien de la 
vie, comme des fonctions, et non comme 
des processus avant leur raison d’être 
en eux-mêmes. » Ed. CLAPARÈDE, Pré- 
face à la traduction de DEwEY, L'école 
et l'enfant, p. 17-18. — Les deux sens 
sont d’ailleurs assez étroitement appa- 
rentés. 

B. Qui concerne ou qui constitue une 
fonction, au sens mathématique B de ce 
mot. Relation fonctionnelle, rapport 
fonctionnel : celui qui existe entre deux 
termes dont l’un peut être considéré 
comme variable indépendante, et l’au- 
tre comme fonction du premier (par 









36 

exemple la résistance d’un circuit et 

l'intensité du courant qui le parcourt). 
Rad. int. : Funcional. 


FONDEMENT, D. Grund, Begrün. 
dung, Grundlage ; (Grundlegung, action 
de fonder) ; — E. Foundation ; — I, 
Fondamento. 

Métaphore tirée de l'architecture : 
ce sur quoi repose un certain ordre où 
un certain ensemble de connaissances. 

Mais reposer, dans cette formule, peut 
s'entendre en deux sens; d’où deux 
sortes très différentes de fondement. 

A. Ce qui donne à quelque chose son 
existence ou sa raison d’être. « Le 
monde intelligible est le fondement... 
du monde sensible. » DELBos, Philoso- 
phie pratique de Kant, p. 392. Par suite, 
ce qui justifie une opinion, ce qui déter- 
mine l’assentiment légitime de l'esprit 
à une affirmation, ou à un ensemble 
d’affirmations soit spéculatives, soit 
pratiques. « Les Coperniciens parlent 
avec les autres hommes du mouvement 
du soleil, et avec fondement. » Leie- 
Niz, Nouveaux Essais, 1, ch. 1, & 1. 
« Les faits qui servent de fondement à 
la morale sont les devoirs généralement 
admis, ou du moins admis par ceux 
avec qui l’on discute. » Paul Janer, 
Traité élémentaire de philosophie, 4° édi- 
tion, p. 552. 

Ce mot, par suite, possède une valeur 
d'approbation très caractéristique : ce 
qui est « sans fondement » est illégitime 
ou chimérique ; ce qui est « fondé » est 
juste ou solide. 

B. La proposition la plus générale 
et la plus simple (ou, plus exactement, 
le système formé par les idées et les 
propositions les plus générales et les 
moins nombreuses), d’où l’on peut 
déduire tout un ensemble de connais- 
sances ou de préceptes. — Le fondement 
de l’induction est, en ce sens, un prin- 
cipe tel qu’on en puisse déduire formel- 
lement* le droit de passer des faits aux 
lois, et de conclure du passé à l’avenir. 
Par exemple, la perfection et la véracité 
divines chez DESCARTES. 


Fondement de la morale. Principe 


FONDEMENT 





roù se déduisent les vérités morales 
iculières dans un système éthique 
nné. Par exemple, la valeur unique 
plaisir, selon Éricure; l'échelle 
de la perfection, selon MALEBRANCHE, 
Wozrr, etc. (Praktische Bestimmungs- 
nde, praktische Grundsätze, KaAnT.) 
Fondements de la métaphysique des 
meurs. Traduction consacrée du titre 
de l'ouvrage de KanT : Grundlegung 
sur Metaphysik der Sitten ; plus exac- 
tement : constitution d’un fondement 
ur la moralité, étude ayant pour but 
«de rechercher et d’établir exactement 
le principe suprême de la moralité ». 
(Préface, ad finem.) 


CRITIQUE 


Les deux sens de ce mot ont presque 
toujours été confondus, sans doute par 
suite de ce fait que dans la scolastique, 
puis dans le cartésianisme, on considé- 
rait que la seule manière légitime et 
solide d’obtenir l’adhésion de l'esprit 
était de déduire ce que l’on voulait 
démontrer de propositions plus simples 
et primitives, possédant par elles- 





mêmes une valeur d’autorité ou d’évi- 
dence. Mais ces deux idées ont été 
dissociées par le développement de 
trois ordres de sciences : 

1° Les sciences expérimentales s’ap- 
puient sur des observations et sur des 
généralisations modestes, mais indubi- 
tables, qui font la solidité de la science ; 
au contraire, leurs principes les plus 
simples, d’où de vastes ensembles peu- 
vent se déduire, sont hypothétiques et 
plus ou moins discutés. On ne les admet 
que parce qu’ils contiennent implicite- 
ment, sous une forme très générale, les 
faits particuliers et les vérités plus spé- 
ciales qu’il s’agit de systématiser, et 
non de justifier. Fondements au sens 
déductif, ils ne le sont donc pas au sens 
démonstratif. 

29 Il est arrivé de même que dans la 
géométrie élémentaire les termes pre- 
miers représentent des idées à la fois 
simples et familières ; les axiomes et les 
postulats, des vérités qu’il suffit de 
comprendre pour ne pouvoir les révo- 
quer en doute. Mais aussitôt que ce 
stade de développement est dépassé, 





Sur Fonder et Fondement. — L'article Fonder a été ajouté dans la 5e édition ; 
l’article fondement avait été modifié dans la première conformément aux obser- 
vations de J. Lachelier, A. Landry, E. Van Biéma. Ce dernier fait observer que 
fondement ne désigne pas toujours les vérités premières, mais seulement les vérités 
logiques antérieures à celles qu’il s’agit de fonder : « On dira, je crois, fondement 
dernier lorsqu'on voudra exprimer avec rigueur le terme après lequel l'esprit ne 
conçoit plus de régression possible. » Cela est vrai au sens À, et la formule a été 
modifiée conformément à cette remarque ; maisil n’en est pas de même ausensB : 
le « fondement de la morale », par exemple, ne peut être que le principe suprême 


de la moralité. 


La Critique et les propositions qui la terminent, approuvées par la plupart des 
Correspondants, ont cependant soulevé les objections suivantes : 
.. — 11 me semble que M. JANET a fait, dans le texte que vous citez, un emploi 
impropre et équivoque de fondement. Les « devoirs généralement admis » ne peuvent 
être le fondement objectif de la moralité; mais ils peuvent être, pour celui qui 
discute sur la morale, un fondement subjectif : il peut s’y appuyer. en ce sens 
Que l’adversaire est obligé d’en rendre compte. Aussi vaudrait-il mieux dire en ce 
sens « un point d’appui psychologique ». — Dans la théorie morale que vous 
tésumez à cette occasion, il n’y a pas, à proprement parler, de fondement : il n’y 
à que des faits et des hypothèses explicatives, que les faits peuvent justifier, mais 


qu'ils ne fondent pas. (J. Lachelier.) 


— Le fondement de la morale est ce qui légitime pour la raison nôtre reconnais- 
tance d’une vérité morale, ou en tout cas l’existence de nos appréciations morales. 


LALANDE. — vOCAS. PHIL. 


nn. 


14 


FONDEMENT 


la dualité apparaît : c’est ainsi que dans 
les mathématiques modernes, l’ensem- 
ble des principes pris pour point de 
départ se sépare nettement de l’étage 
des vérités évidentes qui s'imposent à 
l'adhésion ; et le choix des premiers a 
pour fondement l'existence des secondes. 

3° Enfin, en morale (et dans les 
autres sciences normatives) le point de 
départ ou principe, de la déduction et 
le fondement de l’adhésion ont été 
longtemps considérés comme ne faisant 
qu'un. Telle est encore l'opinion de 
plusieurs philosophes. Mais, selon d’au- 
tres, la même dissociation doit y être 
opérée : le principe suprême de la mora- 
lité, d’où pourraient se déduire tous les 
droits et les devoirs, n’est pas connu 
directement ; il doit être induit des 
droits et des devoirs plus spéciaux, qui 
portent un caractère d’évidence morale. 
Voir \Wunpr, Préface de l'Éthique ; 
le texte ci-dessus de P. JANET, cité et 
loué par E. DürkHEIM, Division du 
travail social, Introduction. Voir aussi 
le texte de LÉvy-BruHL cité ci-des- 
sous, ‘au mot fonder, À. 

Pour ces philosophes, l'esthétique ct 
la logique, comme l'éthique, subsistent 
par elles-mêmes dans la raison, le goût 
ou la moralité des hommes ; et, par 
suite, le « fondement » des sciences ou 
des théories correspondantes est, en ce 
sens, dans l’évidence de certains faits 
(les jugements d'appréciation prati- 
ques) et non dans une justification 
déductive reposant sur un principe. 











366 


— 


Les scolastiques admettaient déjà l’exis. 
tence d’une logique spontanée (Logica 
naturalis) distinguée de Logica docens 
et de Logica utens. (UEBERWEG, System 
der Logik, 5° éd., $ 4.) 

Nous proposons donc d’employer 
toujours principes dans le second cas 
(points de départ logiques) et fonde. 
ments dans le premier cas (points d’appui 
de la croyance de l’assentiment). Il est 
à remarquer que l'usage du mot prin- 
cipe dans le sens B est déjà très 
général : Russe, The principles of 
mathematics ; COUTURAT, Les principes 
des mathématiques ; MacH, Die Prinzi- 
pien der Wärmelehre, etc. 


Rad. int. : À. Fundament ; B. Prin- 
cip. 


FONDER, D. Begründen; E. To 
ground, to found ; I. Fondare (fondato 
a un sens beaucoup plus large que 
fondé). 

A. Établir sur une base solide : d’où, 
par métaphore, appuyer une affirma- 
tion, une règle de conduite, une exi- 
gence, sur quelque chose qui la justifie. 
— Se fonder sur .…, même sens. 

Très usité au passif : « Une critique 
fondée. » — « La morale n’a pas plus 
besoin d’être fondée que la nature, au 
sens physique du mot : toutes deux 
ont une existence de fait, qui s'impose 
à chaque sujet individuel. » LÉvry- 
BruxL, La morale et la science des 
mœurs, Ch. VII, p. 192. 


. Fonder en raison » (expression très 
jque, maintenant vieillie) : justi- 
et faire comprendre, par des raisons 
nes, ce qui n’était d’abord qu’une 
groyance, une connaissance empirique, 
js une opinion discutée. « La foi 
ble et soumise de ceux qui se 
padent à l’autorité... est fondée en 
eison. » MALEBRANCHE, Entretiens sur 
Je Métaphysique, XIV, an. 
:: @ Fonder logiquement » : A. Rattacher 
raisonnement une conclusion à des 
principes ; déduire. 
«B. Être le fondement (au sens A) 
dont quelque autre chose tire son exis- 
tence ou sa valeur. « On conçoit un 
témps où la force fonde réellement le 
règne de la raison. » RENAN, Dialogues 
philosophiques, 3° partie, p. 113. — Cet 
emploi du mot est plus rare. 


REMARQUES 


1. Sauf lorsqu'il est joint à un ad- 
yerbe qui en change le sens, tel que 
«logiquement », « formellement », etc., 
le mot fonder évoque toujours l’idée de 
solidité, de stabilité, de certitude, ou 
pour le moins de prétention sincère à 
cette certitude chez celui dont il s’agit. 
« Une réserve fondée » est une réserve 
légitime ; « une objection fondée » est 
une objection qui a de la force. « S'il 
était fondé, l’optimisme dogmatique 





dit. J'appelle : 


FORCE 


des systèmes de théodicée rendrait 
inexplicable et inutile toute religion, 
même rationnelle. » DELBos, Philos. 
pratique de Kant, p. 607. 

2. Dans le langage parlé, on emploie 
souvent baser pour fonder. Ce n’est pas 
un terme correct : il ne figure pas plus 
dans la dernière édition du Dictionnaire 
de l’Académie que dans les précédentes. 
Littré le cite, mais comme un néolo- 
gisme inutile, qui ne s'emploie qu’au 
figuré, et ne dit rien de plus que fonder. 
Il conseille d’en éviter l'usage. 

Rad. int. : Fund. 


FOR intérieur (du L. Forum; Vieux 
français : for, mot tombé en désuétude 
et signifiant juridiction) ; sans équiva- 
lents étrangers. 

Le tribunal intérieur de la conscience, 
par opposition aux jugements exté- 
rieurs de la loi ou de l’opinion publique. 

On dit encore, par abréviation 
« Dans son for; dans mon for, etc. » 


FORCE, L. Vis ; D. Kraft (Gewalt ou 
Zwang au sens B) ; E. Force; I. Forza. 
A. Vigueur, puissance, intensité 

« La force de la pensée. » 

B. Contrainte physique et extérieure, 
nécessité à laquelle la volonté résiste, 
mais inutilement : « Céder à la force; 
par force ; forcément. » Par suite, et 





fondements les principes généraux sur lesquels peut reposer un 


Des faits ne servent, me semble-t-il, de fondement à une morale que si l’on cherche 
dans la généralisation de ces faits la légitimation de cette morale. Si l’on entend 
au contraire désigner sous ce nom le point de départ de la discussion, l’objet sur 
lequel porte la recherche, je crains qu’on n’use d’une expression amphibologique 
et dangereuse. L’existence des « devoirs généralement admis » peut fonder la 
recherche d’un principe moral, non la vérité morale. De même l'existence de 
« vérités évidentes » en mathématiques peut fonder la recherche des principes 
les plus satisfaisants pour l'esprit sans que cela empêche ces principes de fonder 
logiquement l’existence de ces vérités évidentes. (E. Van Biéma.) 

— Fondement a été si longtemps synonyme de contrefort abstrait, d’assise théo- 
rique qu'il y a peut-être quelque danger à vouloir lui donner aujourd’hui et 
presque soudainement un contenu concret. La distinction entre les fondements 
et les principes nous paraît certes devoir subsister, mais pas aussi nette qu'on le 


système du monde métaphysique ou religieux ; — principes, les principes spéciaur 
sur lesquels repose une discipline particulière ; les fondements et les principes 
étant d’ailleurs les uns et les autres d'ordre abstrait, théorique et logique. 

J'aimerais mieux réserver aux faits particuliers, aux points d'appui esthétiques, 
psychologiques ou sociologiques le nom des faits justificatifs. On éviterait ainsi 

équivoques aussi graves que celle qui peut naître de la phrase de M. Lévy- 
Bruhl : « La morale n’a pas plus besoin d’être fondée que la nature. » Une exis- 
Œnce de fait ne saurait être un fondement au sens vrai du mot; tout au plus, 
Peut-on dire, comme nous l’indiquons, qu’elle est un fait justificatif. Et encore, 
temMarquons que le caractère justificatif d’un fait ne peut lui venir que de ce qui, 
en lui, n’est pas réductible au pur fait. (Louis Boisse.) 





Sur For intérieur. Forum interius est une expression scolastique : « Forum 
thierius (ou penitentiae, ou confessionis), s’oppose à forum exterius, judiciale, ou 
Publicum. » ScHëTz, Thomas-Lezxicon, 327. (R. Eucken.) 


nn. 


moins proprement, toute nécessité : 
« Une conséquence forcée. » 

C. Principe d’action, pouvoir moteur : 
« Les idées-forces. — Les grandes forces 
de la nature. » PoiNsoT (Éléments de 
statique, p. 2) définit encore la force « une 
cause quelconque de mouvement ». 

D. En Mécanique, la définition 
usuelle de la force est celle-ci : « Étant 
admis que tout corps abandonné à lui- 
même persiste indéfiniment dans un 
mouvement rectiligne et uniforme (ou 
dans le repos, qui peut en être consi- 
déré comme un cas particulier), on 
appelle force tout ce qui peut modifier 
cet état de repos ou de mouvement 
rectiligne et uniforine. » 

La force est égale au produit de la 
masse par laccélération (f = my). 

La force-vive, qu’il ne faut pas con- 
fondre avec la force, et qui est une 
forme de l’énergie*, est le demi-produit 
de la masse d’un corps par le carré de 


sa vitesse ( ms). 


CRITIQUE 


1. On a souvent employé force pour 
énergie, à l’origine de ce dernier con- 


cept; notamment HELuHoLTz, Uebe 
die Erhaltung der Kraft (Sur la COnser. 
vation de la force), 1847. Cet emplo; 
du mot est aujourd’hui abandonné par 
les physiciens. 

Certains philosophes l’ont employé 
dans un sens voisin, mais plus Vague 
SCHELLING, SCHOPENHAUER entendent 
par force (Kraft) ce qui fait l'essence 
de la matière, ce par quoi elle remplit 
une partie de l’espace en y manifestant 
certaines propriétés : « Kraft ist das 
Nichtsinnliche an den Objecten, , 
SCHELLING, Natur philosophie, p. 308. 
— « Weil also die Materie die Sichtbar. 
keit des Willens, jede Kraft aber an 
sich selbst Wille ist, kann keine Kraft 
ohne materielles Substrat auftreten, 
und umgekehrt kein Kärper ohne ihm 
inwohnende Kräfte sein, die eben seine 
Qualitat ausmachen. Kraft und Stoff 
sind unzertrennlich weil sie im Grunde 
Eines sind?. » SCHOPENHAUER, Die 





1. « La force est ce qu'il y a de aon-sensible dans les 
objets ». — 2. « La matière étant l'aspect visible de la 
Volonté, et ohaque foree étant la Volonté même, il ne 
peut y avoir de force sans substrat matériel, ni inver- 
sement de corps sans des forces qui y résident et qui sont 
précisément 0e qui le fait tel qu'il est... Foree et matière 
sontinséparables, paroe qu'au fond elles ne font qu'uo. 


Sur Force. — Au sens moral. La « force », chez RENou 
sance d'exercice de la Raison pratique » est l’une des t 


VIER, en tant que « puis- 
rois vertus fondamentales 


(les deux autres étant la sagesse et la tempérance). Science de la morale, ch. vu. 


Ce sont les vertus cardinal 
est insolite : 


force n’a point d’im 


es du platonisme, moins la justice. Mais cette expression 
: courage Où force d'âme sont seuls usuels en ce sens. Non seulement 
port moral, mais ce terme évoque presque universellement, 


dans cet ordre d'idées, l’antithèse de la force et du droit. 
Au sens physique. Dans la formule Î = my, qui est la vraie définition de la 


force, il est à remarquer que la seule des trois qu 


antités qui puisse être saisie dans 


l'expérience et mesurée est l'accélération y. La force et la masse ne sont donc 











FORMALISME 





vel, Suppléments, ch. xx vi. La cause 
yn phénomène est toujours un autre 
énomène, mais ce qui donne son 
Puficacité à cette cause est une force 
uturelle (eine Naturkraft) qui est en 
hors de la chaîne des causes et des 
ets (Jbid., livre I, $ 26). 

# Cette manière de voir est adoptée 
foar SPENCER, qui considère la Force 
jgomme « le Principe des Principes ». La 
matière et le mouvement sont seule- 
‘ment des « manifestations de la Force 
“différemment conditionnées ». La Force 
‘est l’idée finale à laquelle nous amène 
J'analyse ; elle est en soi inconnaissable, 
et ne peut être regardée que comme 
un effet conditionné d’une cause in- 
‘conditionnée, la réalité relative qui 
‘nous indique une réalité absolue ». Pre- 
miers principes, $ 50. Cette Force pré- 
sente deux formes distinctes pour notre 
perception : « la force intrinsèque par 
Jaquelle un corps se montre à nous 
comme occupant l’espace, et la force 
ætrinsèque que l’on appelle énergie ». 
Ibid, $ 60. C’est pourquoi Spencer 
adopte la formule Persistance de la 
Force, comme titre du chapitre vi, au 
lieu de l'expression persistance (ou con- 
servation) de l'énergie. 

2. La notion de force physique, telle 
qu’elle a été définie ci-dessus dans le 
corps de cet article, est due à GALILÉE. 
Mais elle présente ainsi l’apparence 
d’une sorte de faculté ou de qualité 
occulte que les physiciens cherchent 
depuis longtemps à remplacer. On a 
essayé de la définir matériellement : ce 
qui peut faire équilibre à un poids par 
l'intermédiaire d’un système mécanique 


quelconque, comme un fil tendu, un 
ressort, etc. Mais ce point de vue, 
quoique très légitime pour la physique, 
n’est pas satisfaisant pour l'analyse. 
J. R. Mayer, HELMHOLTZ et surtout 
HErTz ont essayé de constituer une 
mécanique où la notion de force n’est 
pas reçue parmi les notions fondamen- 
tales, et n’a d’autre définition que my. 
Voir Énergétique*, A. 

Quelques auteurs, jusqu’à ces der- 
niers temps, ont appliqué le nom de 
force à l’intensité d’un champ (c’est-à- 
dire au coefficient caractéristique de 
chaque point d’un espace déterminé, 
relativement à l’action subie par un 
point matériel qui s’y trouve placé). 
Cet usage présente l’inconvénient de 
désigner par un même nom deux gran- 
deurs qui ne sont pas de même nature 
et dont l’une est facteur de l’autre. Par 
exemple, la force (au sens ordinaire) à 
laquelle est soumise un point chargé 
d’une quantité d'électricité a est le 
produit de l'intensité du champ élec- 
trique hk par la charge de ce point, 
soit ah. Aussi cette expression tend-elle 
justement à disparaître (S). 


Rad. int. : A, B. Fort; C. Ag; Pen 
s'il y a effort ; D. Forc. 


FORMALISER, (S). 


FORMALISME, D. Formalismus ; E. 
Formalism ; 1. Formalismo. 

A. Doctrine qui consiste à soutenir 
que les vérités de telle ou telle science 
(mathématique, notamment) sont pu- 
rement formelles*, et qu’elles reposent 





jamais données que dans leur rapport. — Je crois d’ailleurs que la notion de 
force est différente en mécanique et en physique, de même que le mécanisme, qui 
est du domaine de la physique, est distinct de la mécanique. (E. Goblot.) 

— En anglais, cis viva signifie mo?, tandis que Kinetic Energy s'emploie pour 


j mv?. Cet usage est plus conforme à l'emploi primitif de l'expression force vive. 
(B. Ft — Je crois avoir vu quelquefois, même en français, « demi-force 
vive » pour 5 ms?. Mais c’est rare. (L. Couturat.) 


Force, au sens C, est à éviter. C’est un’ des mots les pl lus 
obscurs de la philosophie. (L. Bolsse.) D: 


Sur Formalisme. — Les deux thèses réunies en A caractérisent bien le forma- 
lisme, au sens ordinaire du mot ; mais elles ne sont pas logiquement solidaires : 
On pourrait concevoir un formalisme qui serait l'expression d’une structure de la 
cr comportant des normes non conventionnelles, exprimables en symboles. 

A. L.) 

Outre les divers emplois de ce mot mentionnés dans l’article ci-dessus, on peut 
noter qu'HAMELIN l’applique à la doctrine qui croit pouvoir tout construire a 
Priori par déduction. I] l'oppose d’une part à l’empirisme, de l’autre à sa méthode 
Synthétique. Essai sur les éléments principaur, etc., p. 6-11. 

Voir ci-dessous la critique qui suit l’article Forme*. 


FORMALISME 


————— ——_——— — ———— SN 


uniquement sur des conventions ou sur 
des définitions de symboles. 

B. Considération exclusive du point 
de vue formel, conduisant à nier l’exis- 
tence ou l’importance de l’élément ma- 
tériel dans un ordre de connaissances. 
S’applique spécialement, en esthétique, 
à la doctrine de l’art pour l’art et de 
la difficulté vaincue ; souvent aussi, en 
éthique, à la doctrine morale de Kanr. 
Voir plus bas Forme*, B, 3. 

Par extension, caractère méticuleux 
et mécanique de la pensée : « Ein sich 
genau, oft peinlich, nach bestimmten 
konventionellen Regeln richtendes Be- 
haltent. » KiRCHNER et MICHAELIS, 
Wôrterbuch der philosophischen Grund- 
begriffe, sub vo. 

Rad. int. : Formalism. 


FORME, D. Form (aussi Gestalt au 
sens À) ; E. Form, très large (Shape au 
sens À); I. Forma. 

Ce terme est presque toujours opposé 
à matière*. 

Il a eu dans la scolastique un emploi 
très étendu, dérivant de celui qu’en 
avait fait ARISTOTE ; il a servi à tra- 





1. « Une manière stricte, souvent pénible de se com- 


porter, en s’astreignant à des règles déterminées et 
conventionnelles. » 





370 


duire : elSoc, uopp, oùolx, RAPAÈEL Lo 
Td ri fiv elva, rù ri éon. Cf. ci-dessus 
Cause*, A. Les scolastiques y ajou. 
taient, pour le déterminer, une grande 
variété d’épithètes, notamment forma 
substantialis (cf. DESCARTES, Méthode 
I, $ 2), forma exemplaris, forma indivi. 
dualis, etc. Voir GocLenius, Lexicon 
vo Forma, 588-593; ScHÜTz, Thomas 
Lezikon : « Forma est principium agendi 
In unoquoque. » THOMAS D’AQUIN 
Somme théologique, III, 13, 1 c; — et 
Ch. S. PerRce, Matter and Form, dans 
BazDwin, Il, p. 50 sqq. 

Ce terme a été dépouillé de son sens 
ancien par BACON qui a essayé, en lui 
donnant une signification nouvelle, de 
faire du concept ainsi désigné la base 
d’une théorie de la nature : « Monen- 
dum est quasi perpetuo ne, cum tantae 
partes Formis videantur a nobis tribui, 
trahantur ea quae dicimus ad Formas 
eas quibus hominum cogitationes hac- 
tenus assueverunt. » MVov. Organ., Il, 
17. Il serait trop long de définir ici ce 
sens, qui n’a plus qu’un intérêt histo- 
rique. (Voir LALANDE, Quid de mathe- 
matica senserit Verulamius, chap. 11; 
Les théories de l'induction, ch. 11.) 
Mais si cet emploi du terme a momen- 
tanément facilité l’introduction de la 


FORME 





gectrine mécaniste, il n’en est pas moins 

mbé en désuétude, et a contribué à 
#iscréditer auprès des modernes l’idée 
de Bacon. Le mot s’est trouvé restreint, 
à partir de cette époque, au premier 
#ns défini ci-dessous, c’est-à-dire à ce 
ge l’on appelait auparavant la figure* 

d'un corps. Il a cependant gardé dans 
Yusage moderne quelques traces de son 
sage scolastique, qui seront signalées 
plus bas. ; 
. À, Figure géométrique constituée par 
Jes contours d’un objet. S’oppose à la 
matière dont cet objet est fait. « La 
üre prend la forme du cachet. » 

B. Par métaphore, et par tradition 
du sens très large donné dans l’École à 
l'opposition de la forme et de la matière, 
ces mots sont appliqués à toutes les 
oppositions analogues ; et particulière- 
ment : 

‘40 La forme d’une opération de l’en- 
tendement est la nature du rapport 
qui existe entre les termes auxquels 
elle s'applique, abstraction faite de ce 
que sont ces termes en eux-mêmes ; 
la matière (ou contenu*) est constituée 
par ces termes, considérés dans leur 
signification propre. Ex. : « Tous les 
métaux sont solides ; le mercure est 
un métal ; donc le mercure est solide. » 





La forme de ce raisonnement est Bar- 
bara : « Tous les À sont B ; or, Cest A ; 
donc C est B. » La matière est fournie 
par les concepts : métal, mercure, so- 
lide. Un pareil raisonnement est bon 
formellement (vi formae) ; la conclusion 
en est fausse matériellement (vi ma- 
teriae). 

De même, en mathématiques, la 
relation (a + b}? = a3 + b? + 2 ab est 
formelle, en tant qu’elle reste vraie 
pour tous les nombres réels. 

20 Par application du sens précédent, 
Kanr distingue dans la connaissance : 
d’une part, une matière ( Stoff), donnée 
propre et immédiate de la sensation, 
dont la présence, imposée à l'esprit, 
révèle qu’il y a quelque chose d’autre 
que lui; et, de l’autre, une forme 
(Form), constituée par les lois de la 
pensée qui établissent, entre les dan- 
nées multiples des sens, des rapports 
permettant de les percevoir et de les 
comprendre. Le temps est la forme du 
sens interne ; l’espace est la forme du 
sens externe ; tous deux sont les formes 
a priori de la sensibilité (traduction 
consacrée, mais malheureuse des ex- 
pressions Formen a priori der Sinn- 
lichkeit, Reine Formen der Sinnlichen 
Anschauung). Les formes de l’entende- 


Sur Formalisme et forme. — Critique. L'opposition forme-matière peut 
donner lieu à des équivoques. Elle se trouve fréquemment associée à d’autres 
couples, tels que intérieur-extérieur, l’esprit-la lettre, etc. Tantôt la forme, c’est 
l’intérieur et c'est l'esprit : la cause formelle de la statue est l’idée de la statue; 
la morale formelle de Kant est en même temps une morale de l'intention. Dans la 
mesure où intervient ici un jugement de valeur, il est en faveur de la forme ; la 
matière sert de refuge à l’empirique, à l'accident, à l’irrationnel. Tantôt au 
contraire, la forme, c’est l'extérieur et c’est la lettre. L’appréciation en est péjo- 
rative. Le formalisme religieux ou juridique, celui des Docteurs de la Loi ou de 
Brid’oison, offusquent la foi intime ou l'équité spontanée. La « matière » devient 
alors l'idée, comme dans les discours français jadis, où la matière était imposée : 
il ne s'agissait plus que de la mettre en forme, de la « développer »!. Il me semble 
qu’un peu de cette équivoque subsiste dans la rédaction de l’article Formalisme, B. 
L'école de l’art pour l’art a toujours témoigné de l’indifférence pour le « sujet » 
de la répulsion pour le sentiment et l'inspiration ; mais en revanche le plus grand 


 —— — — 


1. Dans ce groupement terme à terme de cou ithéti i é iété : 

à L l rme ples antithétiques, avec inférence spontanée des propriétés de l'u2 

M où ra autres, il y a un procédé philosophique trés usité. Source d'invention, et souree dou Par exemple 

Tee qotités compéhension-edension. Inférence spontanée : 1a mathématique traite de la quantité; dono les 
Pts matbématiques se définissent par leur extension. + (Note de M. M. Marsai.} 


intérêt pour les matériaux, le matériel verbal, le poème à forme fixe, les règles 
astreignantes et rigides, toutes choses qu’un Lamartine eût volontiers négligées 
comme trop matérielles. Si l’on y voit cependant un formalisme, c’est en un sens 
bien différent de ce que Fouillée appelle le « formalisme esthétique » de Kant 
(Critique des systèmes de morale contemporains, p. 223). (M. Marsal.) 


Sur Forme. — Historique. Les mots forma et species correspondent tous deux 
à l’elSos d’Aristote. On peut dire que finalement on a abouti à une division du 
sens d’elSoc entre ces deux termes, forma représentant elôoç au sens de caractère 
Commun, et species représentant el8oç au sens d’espèce ou de classe constituée par 
la possession de ce caractère commun. Cependant cette division ne s'établit que 
Peu à peu. Cicéron nous dit (Topiques, VII) que forma fournit le génitif et le datif 
Pluriels qui manquent à species, et que par conséquent on doit le préférer à celui-ci 
Pour traduire elôoc, puisqu'il est complètement déclinable. (C. C. J. Webb.) 

Simplicius (in Phys. Aristot., 11, p. 276) donne les indications suivantes : 
Hoppñ est proprement l'apparence extérieure, en tant qu’elle est une conséquence 
de l'etSoc ; et oyïux la figure externe, non rapportée à la forme. Voir aussi HAME- 
LIX, Commentaire sur le livre II dela Physique d'ARISTOTE, p. 48. (Ch. Serrus.), 

— « Forma dat esse rei » est un principe scolastique. — Formalitas, qui se 


———————  —, 


FORME 


ment sont les Catégories*, et celles de 
la raison les Idées*. 

39 La forme de la moralité est le 
caractère impératif de la loi morale 
(ou, dans les théories éthiques qui n’ad- 
mettent pas l'obligation, le caractère 
appréciatif* du jugement moral). La 
matière de la moralité est constituée 
par la manière d’agir qui est com- 
mandée (ou par les faits objectifs qui 
sont reconnus comme ayant we valeur 
inorale). 

Une morale purement formelle est 
celle qui satisfait à la condition posée 
par KawrT (Critique de la Raison pra- 
tique, 1re partie, chap. 1, Théorème 111) : 
« Wenn ein vernünftiges Wesen sich 
seine Maximen als praktisch allgemeine 
Gesetze denken soll, so kann es sich 
dieselben nur als solche Principien 
denken, die nicht der Materie, sondern 
blos der Form nach, den Bestimmungs- 
grund des Willens enthalten!. » Cette 
condition est remplie par la loi morale 
purement formelle : « Handle so, dass 
die Maxime deines Willens jederzeit 
zugleich als Princip einer allgemeinen 
Gesetzgebung gelten kônne*. » Jbid.. 
$ 7. 

&° En Droir, la forme, qui est l’en- 
semble des règles à suivre dans la pro- 
cédure, s'oppose au fond, qui est l’objet 
particulier de l’affaire considérée. On 


1. « Si un être raisonnable doit se représenter ses 
maximes comme des lois pratiques universelles, il ne 
peut se les représenter que comme des principes qui 
contiennent, non dane leur matière, mais uniquement 
dans leur forme, ce par quoi ils déterminent la volonté. » 
— 2, « A gis de telle manière que la maxime de ton action 
puisse toujours être valable en même temps comme prin- 
cipe d’une législation universelle. » 






379 


dit encore dans le même sens Forma. 
lités. 

C. Par suite du sens large donné ay 
mot allemand Gestalt dans la « théorie 
de la forme* » : structure (même inté. 
rieure), organisation — le mot forme 
depuis quelques années, est aussi em. 
ployé en français de la même manière 
par les psychologues. Voir Paul Gui. 
LAUME, La psychologie de la forme, 
1937. Cf. plus haut Bonne* forme, et 
ci-dessous Théorie de la forme. — Il ne 
faut pas entendre cette idée de forme 
en un sens finaliste, mais en un sens 
physique, c’est-à-dire sur le modèle 
d’un système où l’on ne peut enlever 
ou ajouter une partie sans altérer les 
autres ou sans déterminer un regrou- 
pement général (par exemple, la répar- 
tition de la charge électrique sur un 
corps conducteur isolé). JZbid., p. 28. 

Forme forte, celle qui relie étroite- 
ment les parties d’un tout en une orga- 
nisation présentant une unité et une 
stabilité considérables. Dans le cas 
contraire, la forme est dite faible. 


« Théorie de la forme », D. Lehre von 
der Gestalt, Gestalttheorie ; E. Gestaltism, 
Configurationism ; I. Dottrina della 
forma ; — « Psychologie de la forme », 
D. E. Gestaltpsychologie, -logy, est aussi 
très usuel. 

Théorie d’abord psychologique, mais 
élargie ensuite en une conception phi- 
losophique générale des faits biologi- 
ques et physiques (KôHLEr, WER- 
THEIMER, KoOFFKkA). « Elle consiste à 
considérer les phénomènes non plus 
comme une somme d'éléments qu'il 


agit avant tout d'isoler, d’analyser, 
, disséquer, mais comme des ensem- 
as (Zusammenhänge) constituant des 
jtés autonomes, manifestant une 
solidarité interne, et ayant des lois 
ropres. Il s'ensuit que la manière 
d'être de chaque élément dépend de la 
structure* de l’ensemble et des lois qui 
Je régissent. Ni psychologiquement, ni 
physiologiquement, l'élément ne pré- 
existe à l’ensemble : il n’est ni plus 
immédiat ni plus ancien ; la connais- 
sance du tout et de ses lois ne saurait 
être déduite de la connaissance séparée 
des parties qu’on y rencontre. » (Voir 
Observations.) De plus, selon cette théo- 
rie, il y à pour chaque sorte de phéno- 
mènes une hiérarchie des formes pos- 
sibles, au sens C ; et dès que les condi- 
tions extérieures le permettent, il se 
fait une transformation spontanée al- 
lant vers une forme « meilleure » (à 
moins que la forme « la meilleure » ne 
soit déjà réalisée). Voir Bonne* formeet 
Prégnant* et, au Supplément, Isomor- 
phisme. Paul GuiLLAUME, La théorie de 
la forme, Journ. de Psychol., nov. 1925 
et cf. ci-dessus, C. 
Rad. int. : Form. 


Forme* (En). — « Par des argu- 
ments en forme, je n’entends pas seule- 





FORMEL 


ment cette manière de raisonner dont 
on se sert dans les Collèges, mais tout 
raisonnement qui conclut par la force 
de la forme, et où l’on n’a besoin de 
suppléer aucun article, de sorte qu’un 
sorite. même un compte bien dressé, 
un calcul d’algèbre.. me seront à peu 
près des arguments en forme, parce 
que leur forme de raisonner a été pré- 
démontrée. » LE1BNIZ, Nouv. Essais, 
IV, xvu, $ 4. 


FORMEL, D. A. Fôrmlich ; B. For- 
mal ; — E. Formal ; — I. Formale. 

A. Sens ancien et scolastique : est 
formel, ou existe formellement ce qui 
possède une existence actuelle*, effec- 
tive*, par opposition : d’une part à ce 
qui existe objectivement* (au sens sco- 
lastique du mot, c’est-à-dire seulement 
à titre d’idée), — d’autre part à ce qui 
existe éminemment, c’est-à-dire dans 
quelque chose de supérieur qui le con- 
tient en puissance et d’une façon im- 
plicite, — enfin à ce qui existe virtuel- 
lement et implicitement sans être ex- 
pressément énoncé. Voir éminent*. 

Ce sens est conservé dans quelques 
expressions, telles que : « Ordre formel, 
déclaration formelle, etc. » ; c’est-à-dire 
énoncés expressément, et non pas seule- 
ment d’une façon douteuse ou implicite. 





Sur Théorie de la forme. — La partie de la définition placée entre guillemets 





trouve déjà, mais rarement, chez Thomas d’Aquin, paraît avoir été mis en usage 
par Duns Scot. (R. Eucken.) 

— En quoi l'expression formes a priori de la sensibilité est-elle « malheureuse » ? 
Elle est en tout cas très exacte. (J. Lachelier.) — Le mot sensibilité est équivoque 
en français, comme presque tous les mots de même racine : il s'applique en général 
aux sentiments, aux états affectifs ; mais i sert aussi à désigner ce qui concerne les 
sens, en tant que moyens de perception. Il y aura lieu de le critiquer à son rang- 
Sinnlich et Sinnlichkeit, en allemand, ont un défaut analogue iils signifient aussi 


sensuel et sensualité), mais moindre cependant : les deux acceptions risquent 
moins d’être confondues. (A. L.) 


est due à Édouard Claparède, qui nous l’avait envoyée en 1926, en vue de la 
8° édition du Vocabulaire ; elle y a paru à cette date. Il en marque l’origine dans 
l’article de WERTHEIMER, Experimentelle Studien über das Sehen der Bewegung 
(Études expérimentales sur la perception visuelle du mouvement), Zeitschrift für 
Psychologie, 1912. — C’est Titchener qui a proposé pour traduire Gestalt le mot 
Configuration ; d’où l’on a tiré l'expression E. Configurationism pour D. Gestal- 

le. Voir Harry Hezson, The Psychology of « Gestalt », American Journal of 
Psychology, juillet 1925, p. 342. 


Sur Formel. — Le sens scolastique du mot est encore conservé, en allemand 
Comme en français, dans certaines expressions du langage courant : « Ein form- 
liches Complot ; ein formliches Kunstwerk ; formliche und ausdrückliche Erkla- 
Fungi. » (F. Tônnies.) 

. En allemand, Formale Logik a deux sens différents : a) Celui qui est indiqué 
Gi-dessus pour l’expression française Logique formelle ; — b) Une logique qui 
a 


L. La dernière de ces expressions : « déclaration formelle et expresse » correspond seule à l'usage français. Le mot 
D’aurait pas de sens dans notre langue appliqué à un complot ou à ane œuvre d'art. 


D. 


FORMEL 





374 





B. Relatif à la forme, particulière- 
ment : morale formelle, voir Forme* 
B, 3°. 

Cause formelle. Voir Cause*, À, et 
Forme*. 

Logique formelle. Partie de la Logi- 
que* qui traite des opérations de l’en- 
tendement et des règles qui s’y appli- 
quent, en tant que ces opérations sont 
considérées uniquement dans leur for- 
me, telle qu’elle est définie ci-dessus, 
Vo Forme*, B, 1°. 

Éducation formelle, celle qui a pour 
objet de développer l’esprit d’une façon 
générale, sans lui donner aucune pré- 
paration spéciale aux objets particu- 
liers dont il aura plus tard à s’occuper. 
Terme usuel surtout en anglais (Formal 
culture ; plus spécialement Disciplinary 
Education, s’il s’agit d'employer essen- 
tiellement les études classiques comme 
moyen de formation). On dit plus fré- 
quemment en français, pour rendre la 
même idée : Culture générale. 

Rad. int. : Form. 


FORMULE, L. Formula (énoncé, 
règle, principe, système); D. Formel; 
E. Formula ; I. Formula. 

A. Énoncé concis et rigoureux, per- 
mettant la déduction et la discussion 
(au sens mathématique et au sens vul- 
gaire de ce mot). 

B. Énoncé précis et général qui four- 
nit sans ambiguïté la règle à suivre 
pour un type déterminé d’opération. 
(Cf. le mot Formulaire : « Formulaire 
médical, Formulaire de l’électricien. ») 
— « Wer.. weiss, was dem Mathema- 
tiker eine Formel bedeutet, die das, 


—_—< 


was zu thun sei, um eine Aufgabe zy 
befolgen, ganz genau bestimmt ung 
nicht verfehlen lässt, wird eine Forme] 
welche dieses in Ansehung aller Plicht 
überhaupt thut, nicht für etwas unbe. 
deutendes und entbehrliches haltent. , 
KanT, Raison pratique, note à la Pré. 
face. 

On appelle par analogie formule ar. 
tistique un schéma général de compo. 
sition propre à un artiste, à une épo. 
que, etc. 

C. Logistique. Plus étroitement, 
ScarôDER définit la formule une rela. 
tion algorithmique*, contenant des ter. 
mes variables, et qui est vraie quelles 
que soient les valeurs attribuées à ces 
termes. Algebra, der Logik, t. 1, p. 487. 
C’est donc ce que les mathématiciens 
appellent (improprement) une identité*, 
Cf. Équation*. 

D. Par extension, l’un des membres 
d’une formule C, considérée comme 
l'expression de l’autre membre ; ou, 
pratiquement, comme la règle à suivre 
pour calculer cette expression. Ex. : 
« Formule du binôme; formule de 
Taylor. » 

Rad. int. : Formul. 


FORT, D. Stark, kräftig ; E. Strong ; 
L. Forte. Proprement, qui a de la force*, 
au sens À. Souvent employé au figuré, 


1.«Sil'onsait quelle valeur a, pour le mathématicien, 
une formule, qui détermine tout à fait exactement et 
sans qu'on puisse s’égarer ce qu'ilfaut faire pour traiter 
une question, on ne regardera pas comme quelque chose 
d'insignifiant et de superflu la découverte d’une formule 
qui joue le même rêle à l'égard de tout devoir, d'une 
façon générale. 





écarte toute considération sur les rapports de la pensée et de l'être, comme il 
arrive par exemple chez Kant et Herbart. (R. Eucken.) 

Éducation formelle. — Posséder une culture générale signifie plutôt savoir un 
peu de tout, avoir des connaissances variées ; une culture ou éducation formelle 
donne l’aptitude à apprendre, comprendre et agir dans tous les ordres de connais- 


sance. (V. Egger.) 


Je redoute le mot formel appliqué aux études classiques.: ce mot tend à faire 
croire qu’elles n’ont pas de contenu, tandis qu’elles ont, au contraire, dans tout 
ce qu’elles enseignent d’histoire et de philosohipe antique, un contenu très riche 


et très solide. (J. Lachelier.) 





FOULE PSYCHOLOGIQUE 





‘…% des sens assez variés et souvent 
&agues. Cf. Faible*, et voir les obser- 
gations ci-dessous. 





% rortuit, voir Hasard. 


FOULE, D. Menge, Volksmasse : E. 
Growd : I. Folla. (Primitivement, opé- 
ration consistant à fouler le drap ou le 
feutre ; lieu où l’on foule ; d’où pression 
qui se produit par la réunion d’un 

d nombre d'individus). 

A, Masse d'individus réunis, mais 

# intentionnellement, sur un point 


où ils se trouvent serrés les uns contre 
les autres : un groupe réuni sur convo- 
cation n’est pas une foule. Voir Obser- 
valions, 

B. Le commun des hommes, en tant 
qu’il s’oppose à l'élite intellectuelle, 
aux esprits délicats, aux personnages 
connus, etc. 


Rad. in. : Turb. 


« Foule psychologique. » Expression 
proposée par le D' Le Bon pour dési- 
gner une réunion d'individus capables 
de réactions psychologiques communes. 





a 


Sur Fort. — Ce terme est souvent employé dans la psychologie empirique 
concrète : croyance forte, volonté forte, personnalité forte. Expressions assez 
confuses, par transfert à l’état de conscience de ce quicaractérise le comportement. 
Hya là un behaviorisme qui s’ignore. — De plus, l’import implicite en est ordi- 
naiïrement favorable, ce qui est gratuit. Les odeurs fortes peuvent être nauséa- 
bondes, les « personnalités fortes : insupportables. Malebranche n’est pas tombé 
dans ce travers en parlant des « imaginations fortes », dont il marque au contraire 
le danger. 

L'expression « sens fort », en parlant d’un terme ou d’une expression, est aussi 
très sujette à caution. Elle n’est acceptable que si le contexte détermine nettement 
quelle est l’acception visée. (M. Marsal. — A. L.) 


Sur Foule. — 11 y a quelque flottement dans l'emploi de ce mot. Voir La Foule, 
publications du « Centre international de Synthèse », 4 semaine, 1934. Pour 
M. Georges LEFEBVRE, il y a lieu de distinguer la foule-agrégat, ou foule pure, 
formée d'individus réunis par hasard (p. ex. dans une gare au moment du départ 
d'un train) et la foule-rassemblement volontaire. Ibid., 83. — Pour M. DUuPRÉEL 
«une foule est proprement un groupe social marqué de ce triple caractère : (10°) il 
est constitué par des rapports sociaux caractérisés eux-mêmes par le contact 
immédiat des individus qui en sont les termes ; ce groupe est éphémère, d’où il 
suit que d’une part, (20) il vient de commencer, c’est un groupe à l’état naissant, 
et (8°) il est sur le point de finir, soit par dislocation simple, soit par sa transfor- 
mation en quelque chose de plus organique. » Zbid., 116. En outre, il est hétéro- 
&ène, soutient avec d’autres groupes sociaux un rapport d’interpénétration. — 
Pour M. Henri BERR, résumant la discussion, « ce qui constitue la foule, c’est la 
communion momentanée, l’unanimité, d’ailleurs instable : c’est un état de crise 
Où se produit le « décloisonnement », la fusion d'éléments plus ou moins hétérogènes, 
Pa PProchement d’un nombre plus ou moins considérable d’êtres humains ». 

1 137. 
, M. Étienne Rabaud oppose la foule à la société par le fait que « la foule dépend 
Une attraction extérieure aux individus : … c’est un rassemblement provoqué 
Par un excitant externe ». Au contraire dans la Société il y a interattraction ; 

8 le parasitisme, attraction d’un seul côté. Voir Essai sur les Sociétés animales, 
+. Les origines de la société, 2° semaine de synthèse, 1931, p. 8. Cf. Foule et 
poctété, du même auteur, dans Sciences, Revue de l’Association française pour 

avancement des Sciences, juin 1943. Voir nterattraction*, texte et Obs. 


DO. 


FOULE PSYCHOLOGIQUE 





396 





« Au sens ordinaire, le mot foule repré- 
sente une réunion d'individus quelcon- 
ques, quels que soient leur nationalité, 
leur profession ou leur sexe, et quels 
que soient aussi les hasards qui les 
rassemblent. Dans certaines circons- 
tances, une agglomération d'hommes 
possède des caractères nouveaux fort 
différents de ceux des individus com- 
posant cette agglomération. Les sen- 
timents et les idées de toutes les unités 
sont orientés dans une même direc- 
tion. La collectivité est alors devenue 
ce que, faute d’une expression meil- 
leure, j’appellerai une foule organisée 
ou, si l’on préfère, une foule psycholo- 
gique. » Psychologie des foules, p. 12. 


« FRAYAGE » ou « Frayement » (des 
voies nerveuses). — Cette expression 
pourrait être utile pour traduire le 
terme Bahnung, souvent employé par 
les psycho-physiologistes de langue 
allemande, et pour lequel Ed. CLapa- 
RÈDE nous a fait remarquer qu'il n’exis- 
tait pas d’équivalent français. — La 
forme frayage serait peut-être plus 
expressive et plus conforme à la mor- 
phologie contemporaine. Frayement n'a 
pour lui que de figurer déjà dans Littré. 
Le Dictionnaire de l’Académie n’a 
admis jusqu’à présent ni l’un ni l’autre. 


FRESISON. Mode de la 4e figure se 
ramenant à Ferio* par la conversion 
simple des deux prémisses : 


Nul P n'est M 
Quelque M est S 
Donc quelque S n’est pas P. 


CRITIQUE 


ll ne faut pas appeler ce mode Fre- 
sisom, comme PorT-RoYaL, car il n’y 
a pas lieu d’intervertir les prémisses 
pour le réduire à la 1fe figure (voir 
Frisesomorum). 


SL 


FRISESOM (orum). Mode indirect de 
la 1re figure, appelé Fresison quand ji 
est considéré comme un mode de Ja 
&e figure. Énoncé sous la forme dite 
Frisesomorum, il présenterait la dispo. 
sition suivante : 


Quelque M est P 
Nul S n'est M 
Donc quelque P n'est pas S. 


CRITIQUE 

Voir Figure*. — Sur l'impossibilité 
de tirer une conclusion des prémis. 
ses I E dans quelque figure que ce soit, 
voir COUTURAT, La Logique de Leibniz, 
p. 6-7. 


FRIVOLES (propositions) ; traduc- 
tion de l'anglais « trifling propositions », 
Locre, Essay, IV, 8; Cf. LeiïBnr, 
Nouveaux Essais, Ibid. 

Locke nomme ainsi les propositions 
qui n’ajoutent rien à notre connais- 
sance, et qu'il appelle aussi des propo- 
sitions purement verbales {barely ver- 
bal, only verbal) : les propositions iden- 
tiques, celles qui ont pour attribut une 
partie de la définition du sujet, celles 
qui ne font qu’énoncer une synony- 
mie, etc. — LEeiBniz, dans le passage 
cité, a montré le rôle logique que peu- 
vent avoir dans certains cas les propo- 
sitions de ce genre. — Cf. Tautologie*, 
Truisme*. 


« FRUSTRATION », proprement 
acte ou événement privant quelqu'un 
de ce qui lui est dû, de ce qu’il espère, 
ou de ce à quoiils’attend; —situationde 
celui qui est victime de cette privation. 

Ce terme tend à entrer dans le lan- 
gage technique de la psychologie, 
etc.) de la sociologie, où il est appliqué 
en un sens très large : « Frustration is 
defined by Dollard and his associates 
as « That condition which exists when 





Sur Foule psychologique. — « L'idée est juste et importante ; mais l'expression 
n’est pas heureuse. Ce n'est pas la foule qui est psychologique, c’est le point 
de vue d’où on la considère. » (J. Laehelier. — E. Chartier.) 







a goal-response suffers interference », 
whereas aggression is defined as « an 
# act whose goal-response is injury to an 
x organism, or organism-surrogate ». 
Their thesis is that aggression is always 
the consequence of frustration!. » 
Y. J. McGze, « Social philosophy in 
America », dans Marwin FARBER, Philo- 
sophic Thought in France and the United 
States, p. 697. (Il s’agit de l'ouvrage 
de John Dollard, L. Doob, N. E. Mow- 
rer, O. H. Mowrer et R. W. Sears, 
Frustration and Aggression (1939), p.11.) 


CRITIQUE 


On remarquera dans ce mot l’équi- 
voque entre ce qui prive un sujet de ce 
qui lui est dû, et ce qui le prive seule- 
ment de ce à quoi il s'attend. Sans 
conséquence en psychologie ou socio- 
logie purement descriptives, elle de- 
vient grave dès qu’il s’agit de jugement 
axiologique. 


« FULGURATION ». Terme employé 
par LEIBNIZ pour désigner le mode de 
création des monades et leur rapport 
avec la substance divine. « Dieu seul est 
Punité primitive ou la substance simple 
originaire, dont toutes les monades 
créées ou dérivatives sont des produc- 
tions et naissent, pour ainsi dire, par 
des fulgurations continuelles de la Divi- 
nité, de moment en moment, bornées 
Par la réceptivité de la créature, à 
laquelle il est essentiel d’être limitée. » 
Monadologie, 47. 

Rad. int. : Fulmig (Boirac). 





1.« La frustration est définie par Dollari et ses coila- 
teurs comme la condition créée » (chez un individu 

Ca dans un groupe) « quand une réaction dirigée vers 
We fin est contrariée » et l’agression comme « un acte 
la réaction dirigée est de nuire à un organisme, ou 

ju subetitut de cet organisme. » Leur thèse est. que 
on est toujours la eonséquenee d’une frus- 





FUTURS 


FUTURIBLE, (S). 


FUTURISME, D. Futurismus ; E. 
Futurism ; I. Futurismo. 

Doctrine principalement esthétique, 
mais comportant aussi des applications 
morales et politiques. Elle a été formu- 
lée par F. T. MaRINETTI dans le Mani- 
feste, publié par le Figaro du 20 fé- 
vrier 1909, où sont glorifiés l'élan vers 
l'avenir et vers le nouveau, la vie ar- 
dente et fébrile, le progrès du machi- 
nisme, la passion de la vitesse, de l’at- 
taque, du danger, pour les peuples 
comme pour les individus, la fécondité 
de la révolte, de la violence et de la 
guerre. 

Sur le développement et les formes 
de ce mouvement, voir l’article : Futu- 
rismo, du même auteur dans l’Enciclo- 
pedia Italiana. 


FUTURS, c’est-à-dire événements fu- 
turs. — Traduction des expressions 
aristotéliques tt éoôueva et ta pué2.- 
ñovta. La première s'applique à ce qui 
doit arriver nécessairement ; la seconde 
à ce qui est pensé sous la forme du fu- 
tur (ô péAAwv est le nom technique du 
futur chez les grammairiens). ARISTOTE, 
passim et spécialement ITepl épunvelac, 
chap. 1x. 

Les scolastiques ont traduit ces deux 
expressions par futura necessaria, fu- 
tura contingentia. GocLENIus, Vo. L'ex- 
pression futurs contingents est restée 
plus usuelle. « Les philosophes convien- 
nent aujourd’hui que la vérité des fu- 
turs contingents est déterminée, c’est-à- 
dire que les futurs contingents sont 
futurs, ou bien qu’ils seront, qu'ils arri- 
veront : Car il est aussi sûr que le futur 
sera, qu’il est sûr que le passé a été... » 
LeiBniz, Théodicée, 1, 36. Cf. Ibid., I, 
2 et 45. 

Voir Contingence*, B. 


G, voir « Facteur G ». 


GÈNE, du G. ….yevhc (— engendré 
par). Suffixe terminant beaucoup de 
mots usuels et librement employé, sur- 
tout en physiologie et en psychologie, 
pour former des termes techniques 
nouveaux. Mais il y est pris en plu- 
sieurs sens, qui peuvent même être 
contraires. 

A. Engendré par, ayant pour origine : 
endogène (d’origine interne) ; allogène 
(d’origine étrangère ; opposé à indigène); 
autogène (produit par soi-même), etc. 

B. De telle ou telle nature : homo- 
gène*, hétérogène*, etc. 

C. Qui engendre, qui produit : dyna- 
mogène* ; pathogène (qui produit la 
maladie) ; « une stimulation automati- 
quement réflexogène ». M. PRADINES, 
Traité de Psychologie générale, p. 9, etc. 





CRITIQUE 


En grec, ce suffixe a toujours le 
sens À ou le sens B, qui s’y rattache 
directement. Le sens C est exprimé Par 
.…y6voc, qui peut avoir le sens actif ou 
le sens passif. Un usage déjà long ne 
permettrait pas en français de les spé. 
cialiser, l’un dans le sens A ou B 
l’autre dans le sens C ; mais il y a lieu, 
quand on se sert de néologismes termi- 
nés en gène, de ne les employer que 
dans un contexte qui ne laisse aucun 
doute sur le sens où ils sont pris. 


GÉNÉRAL, D. Allgemein ; E. Gene- 
ral ; I. Generale. 


1° Sans détermination de minorité, 
de majorité ni de totalité relativement 
à une classe donnée : 


À. Qui convient à plusieurs indivi. 







GÉNÉRAL 





(ou à plusieurs groupes considérés 
un comme formant un tout indi- 
le) : 
oise Le terme opposé est 
s individuel*, ou singulier*, ou 
re particulier* (pris, surtout en 
ais, au sens d’individuel). « Une 
ss générale, une idée particulière. — 
Snduction va de l'individuel au géné- 
mt. » C'est le sens adopté par Mizz, 
Bogique, IL, 1. 
gb) Par comparaison. Il ÿ a plusieurs 
s de généralité, suivant l’exten- 
jen plus ou moins grande que reçoit 
s dont il s’agit : « La nutrition est 
ge fonction plus générale que la loco- 
motion. » Ici, l'expression opposée se- 
‘sit plus particulier, ou plus spécial. 





2° Relativement à une classe donnée : 

B. Qui convient à la majeure partie 
des individus d’une classe. La généra- 
lité, en ce cas, s'oppose d’une part à 
l’universalité, de l’autre à l'exception. 

C’est en ce sens qu’on entend d’ordi- 
naire les expressions généralement, en 
général*. Elles sous-entendent qu'il v 
a des exceptions. 

C. (Vieilli) : Qui convient à tous les 
individus d’une classe. « Une loi géné- 
rale, Une propriété générale. » Les sco- 
lastiques et leurs disciples contempo- 
rains prennent generaus et generaliter 
en ce sens : « — Aut semel aut iterum 
medius generaliter esto. » Universalia, 
au contraire, désigne pour eux les idées 
générales. Ils opposent singularis à uni- 





ocomotion, on entend que tout être doué de locomotion l’est aussi de nutrition, 
#ique, de plus, certains autres êtres le sont aussi, sans qu’on ait à savoir si les 
_. les autres sont la majorité dans la classe des êtres, ou s'ils forment une 


e entière (celle des vivants). (A. L.) 


‘# __ Pour moi (et je crois bien que tel est le sens antique), le général est ce qui 








Sur Général. — Le sens À se ramène au sens C ou au sens B. Car si général 
est ce qui convient à plusieurs individus (ou à plusieurs groupes), ces individus 
(ou ces groupes) forment dès lors une classe : si plusieurs corps se contractent 
par la chaleur, ils sont la classe, innommée d’ailleurs, des corps qui se contrac- 
tent par la chaleur ; c’est ainsi entendue que la proposition est générale ; mais 
elle est particulière si l'esprit pense tout autant aux autres corps non compris 
dans l’affirmation qu’à ceux visés par l’affirmation ; et le langage usuel fait cette 
distinction ; si je dis : « Certains corps, etc. », ma proposition est générale ; si je 
dis : « Il y a des corps qui, etc. », elle est particulière. Dans les deux cas, d’ailleurs, 
elle est plus générale que : « L’argile se contracte par la chaleur. » (V. Egger.) 

— Je ne vois pas grande différence entre A, b et B. Quand on dit que la nutri- 
tion est plus générale que la locomotion, que veut-on dire, sinon qu'il y a plus 
d'espèces d’êtres qui possèdent la nutrition (tous les vivants) qu'il n’y en a qui 
possèdent la locomotion ? (G. Belot.) 

— Îl ne suffit pas, pour former une classe, qu’une propriété convienne à plu- 
sieurs individus ou à plusieurs groupes pris individuellement. Il faut qu'elle ne 
convienne qu’à eux seuls. (Voir ci-dessus la définition du mot classe*.) — Sans 
doute, si l’on pense en outre aux autres individus non compris dans l'affirmation, 
la proposition devient particulière, et l’on passe au sens B ; mais l’idée change 
alors. Et pourtant, même dans ce cas, le caractère dont il s’agit reste général au 
sens À (quoique nous l’introduisions dans une proposition particulière). Si l'on 
dit : « Il y a plusieurs métaux très denses », dense est posé par là même comme 
un caractère général sans aucune référence à la classe des choses denses en général, 
et sans qu’on sache si les métaux en sont la minorité, la majorité ou la totalité. 
— De même, quand on dit que la nutrition est une fonction plus générale que la 


œt tel qu’il peut étre en plusieurs tout en restant un et identique à soi-même ; la 
paissance commune dont plusieurs individus, ou certains caractères de plusieurs 
individus, peuvent être l’acte. (J. Lachelier.) 


Sur l’usage actuel des mots général et universel (séance du 21 juin 1906) : 

« M. A. Lalande, J’ai reçu plusieurs observations sur le meilleur sens à attribuer 
au mot général. D'abord, de M. M. Bernès, qui écrit : « … Général signifie : « qui a 
«ke caractère du genre (comme spécial signifie : qui a le caractère de l'espèce). Dès 
« lors, pour s’en tenir à général, le mot peut avoir très légitimement deux sens : 
« l’idée de genre se limitant sous deux rapports : par opposition à l’espèce, d’après 
« le degré de généralité ; par opposition à l'individu, d’après le caractère même 
« de généralité. Gäinéral indique de même ce qui est relatif à un degré supérieur 
« de généralité, ou bien, absolument, la généralité ; le contexte doit suffire à 
« déterminer le sens relatif ou absolu du terme. — Au contraire, général est de la 
« langue courante, vague, mais non de la langue philosophique pour signifier 
« oninaire, fréquent, c’est-à-dire quelque chose qui, étant de l’ordre de l'expérience 
« seule, est encore individuel. 

« En somme, le vrai sens fort de général répond à ce qu’on appelle souvent 
«universel : mais le terme général est bien plus caractéristique que le terme uni- 
« versel (relatif à l'Univers, c’est-à-dire encore à un ensemble qui a ses caractères 
«individuels), et je ne vois aucune raison pour lui refuser précisèment cette 
« signification. » 

J'ai, contre ces objections, deux remarques à soumettre à la Société. 1° Général, 
&u sens B, est certainement très usuel en dehors du langage philosophique ; mais 
À appartient aussi à ce langage. KanT dit notamment que lorsque nous voulons 
Que la loi morale soit une règle pour tout le monde, sauf pour nous, « il n’y a 
Pas là de véritable contradiction, il y a seulement une opposition de l’inclination 


GÉNÉRAL 


versalis, et particularis à generalis. Voir 
le P. HuGon, Logica, p. 38. — Dans la 
Logique de Port-Royal, qui se sert en 
ce sens ordinairement de la désignation 
« propositions universelles », on les 
trouve cependant encore en quelques 
passages appelées « propositions géné- 
rales », p. ex. 2° partie, ch. IV ; 3e par- 
tie, ch. III (où les deux désignations 
sont employées à quelques lignes de 
distance), etc. 


CRITIQUE 


Ces équivoques ont appoiit 6t appui 
tent encore beaucoup d’obscurité dans 
les questions de logique et de métho- 
dologie. Soit la proposition : « Plusieurs 
corps se contractent par la chaleur. » 
Cette proposition est « générale », car 












380 


elle convient à plusieurs corps ; elle est 
cependant « particulière » par sa forme 
(proposition en I) ; elle est « plus géne. 
rale » que cette proposition : « L’argile 
se contracte par la chaleur »; et, ce. 
pendant, elle n’énonce pas une « pro. 
priété générale » des corps, puisque la 
plupart de ceux-ci ne présentent pas 
cette propriété. Et inversement, si l’on 
dit : « La plupart des corps se dilatent 
par la chaleur », on énonce une propo. 
sition « vraie pour la généralité des 
cas »; on ne peut pas dire cependant 
qu’on énonce « une propriété géné. 
rale », ce qui, dans le langage usuel, 
impliquerait l’universalité. Mais on dira 
bien qu’on énonce une propriété « assez 
générale », ou « très générale », le superla- 
tif servant ici à marquer la relativité. 


et de la raison (antagonismus), opposition par laquelle l’universalité du principe 
(universalitas) se transforme en une simple généralité (generalitas). » (Fondement 
de la métaphysique des mœurs, 2° section). — 2° L’étymologie et le sens qu’attribue 
l'auteur au mot universel sont souvent donnés, mais ne me paraissent pas exacts. 
Ce mot signifie, je crois, qui appartient à tous les individus d’une classe (ad 
universos). 

J. Lacheller. C'est le sens propre d’universus. Universa civitas, toute la ville. 
Il faut certainement entendre universel de la même façon. 

L. Couturat. D'autant plus que la logique en a fait un usage très précis et 
consacré par une tradition invariable : « La proposition universelle. » 

J. Lachelier. Ce sens est intangible. 

A. Lalande. Je crois que nous devons écarter, pour la même raison, une propo- 
sition de M. Chartier qui voudrait « opposer général et universel en définissant 
le premier : ce qui est commun à plusieurs objets ; — et le second : ce qui est 
commun à tous les esprits ». 

L. Brunschvieg. Ce serait commode, mais tout à fait arbitraire et contraire à 
l'usage. On peut bien appeler universel ce qui est commun à tous les esprits, 
mais on ne peut pas restreindre le mot à ce seul emploi. 

L. Couturat. Ce ne serait même pas souhaitable. Le mot général est nécessaire 
aux logiciens modernes pour désigner un sens bien distinct d’universel. Tandis 
que les propositions universelles s'opposent aux particulières, les propositions 
générales s'opposent aux propositions spéciales ou déterminées. Une proposition est 
générale quand elle contient un (ou plusieurs) terme variable ou indéterminé, 
c’est-à-dire un terme qui peut prendre plusieurs valeurs ou plusieurs sens, de 
sorte qu'elle a elle-même un sens variable. Exemple : « Charles VII fut sacré à 
Reims » est une proposition singulière. « Tous les rois de France furent sacrés à 
Reims » est une universelle. Toutes deux sont déterminées et ont un sens constant. 
Mais si l’on dit : « Le roi de France fut sacré à Reims », on demandera : « Quel 
roi de France ? » Le terme « roi de France » est une variable qui a autant de valeurs 
différentes qu’il y a eu de rois de France : la proposition est vraie pour les unes 
fausse pour les autres (tandis que la proposition universelle : « Tous les rois. 


GÉNÉRALISATION 





Ce mot est trop usuel pour pouvoir 
e spécialisé. Mais il serait utile de le 
placer, toutes les fois qu’il est pos- 
ble, par des équivalents précis, et 
tamment par universel où générique 


sant des caractères communs entre plu- 
sieurs objets singuliers, on réunit ceux- 
ci sous un concept* unique dont ces 
caractères forment la compréhension*. 
B. Opération par laquelle on étend à 
pre il a le sens de ces mots. toute une classe (généralement indé- 
É . Rad. int. : À. General ; B. Oft. finie en extension), ce qui a été observé 
ë sur un nombre limité d'individus ou de 
# GÉNÉRALEMENT, EN GÉNÉRAL, | cas singuliers appartenant à cette 
D. A. im allgemeinen ; B. insgemein ; | classe. 
+ E. generally ; — 1. generalmente. C. Opération par laquelle on étend à 
ÿ. À. En ne considérant que les carac- | une classe ce qui a été reconnu vrai 
généraux, et abstraction faite des | d’une autre classe, présentant avec la 
différences propres aux cas particu- | première un certain nombre de ressem- 





rs. blances. 
‘ B. Communément, dans la plupart | 
CRITIQUE 
des cas. 
x“. Rad. int. : À. Generik ; B. Oft. Terme très équivoque. On peut le 


: remplacer, aux sens A, par concep- 

# GÉNÉRALISATION, D. Verallgemei- | tion* ; B, par induction* ; C, par ana- 

merung ; E. Generalization ; i. Genera- | logie*. 

liszazione. Rad. int. : À. Konceptad; B. In- 
‘ A. Opération par laquelle, reconnais- | dukt ; C. Analogi. 





si nt _— 


est absolument vraie ou fausse). — C’est une proposition générale, ou ce que 
M. RusseLL appelle une « fonction propositionnelle ». Elle représente et résume 
ma ensemble, fini ou infini, de propositions spécialest. 

Ed. Goblot (Communication reçue après la séance) : « Vous dites que ce mot est 
trop usuel pour pouvoir être spécialisé. On peut pourtant, et très facilement, 
s'abstenir, en parlant et en écrivant, d’opposer général à particulier, de confondre 
une proposition universelle avec une proposition générale ; se souvenir qu'uni- 
versel et son contraire, particulier, ne se disent que des propositions considérées 
au point de vue de leur forme, que général et ses corrélatifs, spécial et singulier 
(ou individuel) se disent, soit des termes, soit des propositions considérées au 
point de vue de leur contenu. » 

Pour général, c’est peut-être possible, et certainement souhaitable ; — pour 
universel, il serait difficile de ne l'appliquer qu’à des propositions et par suite de 
renoncer à des expressions comme : « Un sentiment universel (— universellement 
éprouvé) ; l’universalité (chez tous les hommes) du principe de contradiction, » etc. 
(A. L.) 


Sur Généralisation. — Généralisation, au sens A, serait imparfaitement rem- 
Placé par conception : ce mot ne réveillerait pas l’idée du mouvement de l'esprit 
qui va des objets singuliers au concept. (J. Lachelier.) — En outre, conception est 
blus large. Voyez les trois sens qui lui sont attribués par le Vocabulaire. Celui 
dont on aurait besoin ici ne serait que le plus étroit, le sens C. (V. Egger.) — 

inconvénients ne pourraient être complètement évités que par une langue 
artificielle à suffixes bien définis. P. ex. : Koncept-uro, le concept (produit) ; 

onceptado, l'acte de former un concept ; Konceptigo, le fait de transformer quelque 
—————— 


L. Cf. ScrÜoeR, Algebra der Logik, $ 20. 


GÉNÉRALITÉ 


GÉNÉRALITÉ : caractère de ce qui 
est général*, aux différents sens du mot. 
S'emploie en outre, au sens concret et 
avec une intention péjorative, pour 
désigner une affirmation trop générale 
{au sens A) et, par suite, sans utilité 
ou sans intérêt. Cet emploi est fréquent 
surtout au pluriel. 


GÉNÉRATION, D. A. Erzeugung ; 
B. C. D. Generation, Menschenalter ; — 
E. Generation ; — I. Generazione. 

A. Acte d’engendrer, soit au sens 
biologique, soit au sens épistémolo- 
gique. 

Définition par génération, celle qui 
expose le mode de production d’un 
objet de pensée, notamment celle qui 
construit une figure par un mouvement 





___. 382 


© 


drée par un rectangle qui effectue une 
révolution complète en tournant autour 
d’un de ses côtés. » (La « figure » géné. 
ratrice peut se réduire à un Point.) 
Voir génétique*. 

B. Dans une même famille, chacun 
des degrés de filiation successifs : « Leg 
fils sont la seconde génération, Jes 
petits-fils la troisième génération, etc. , 

D'où, par suite, deux sens dérivés : 

C. D'une part, ensemble des indi- 
vidus ayant à peu près le même âge, 

D. De l’autre, durée moyenne d’une 
génération au sens B, évaluée ordinai. 
rement à trente ans environ (Lir. 
TRÉ, V0). 

La « théorie des générations » est 
celle qui admet que le mouvement des 
idées philosophiques, des formes d’art, 


des institutions sociales, etc., suit un 
rythme d'ensemble dont la durée est 


déterminé d’une autre figure déjà con- 
nue : « Le cylindre est la figure engen- 





chose (p. ex. une image) en concept ; Xoncepteso, la qualité abstraite d’être un 
concept, etc. (A. L.) 

— Les trois sens distingués dans l’emploi du mot ne se soutiennent qu’abstrai- 
tement, et grâce à l'illusion courante que les classes auraient une sorte de réalité 
intrinsèque. Mais au fond, toute généralisation est formation de concept, s’il est 
exact qu’on ne saurait établir de délimitation absolue entre le concept et la loi. 
Le sens B correspond effectivement, dans le plus grand nombre de cas, à celui 
d’induction. Mais induction n’implique pas nécessairement généralisation au sens 
exposé. (M. Dorolle.) 

— Je reconnais qu’on peut souvent considérer ad libitum qu’on a affaire à une 
généralisation du type À, B, ou C, suivant que l’on détermine dans son esprit 
d’une manière ou d’une autre les classes que l’on a en vue: C’est ainsi qu’un syllo- 
gisme réel peut être pensé soit en Cesare, soit en Celarent, etc., qu’un même 
sophisme peut être rapporté à l’ambiguité des termes ou à la pétition de prin- 
cipe, etc. Sans aller jusqu’à donner aux classes une réalité intrinsèque, il suffit 
donc, pour légitimer ces trois types schématiques in abstracto, de considérer des 
classes déjà constituées antérieurement dans l'esprit, soit par le langage spontané, 
soit par la science de l’époque. P. ex. l’idée de Newton est une généralisation 
par analogie si on se la représente comme passage de la classe des « graves » à 
celle des « corps célestes », classes déjà constituées dans son esprit au moment 
où il passe de l’une à l’autre. (A. L.) 


Sur Génération. — Pour saisir l’équivoque de ce terme, il suffit de poser cette 
question : combien y a-t-il de générations simultanément vivantes ? Ou celle-ci, 
qui est sensiblement la même : combien de générations se succèdent dans un 
même siècle ? Si par « du même âge » on entend de « la même année », la réponse 
est : une centaine. Mais par « du même âge », on peut entendre « de la même décade” 
(cf. les expressions : les moins de trente ans, les moins de quarante ans, etc.) ; la 
réponse est alors : une dizaine. Enfin, du point de vue de la descendance, on €1 


e à celle d’une génération (Ottokar 
LorENz, Leopold von Ranke, die Gene- 
jonenlehre, und der Geschichts-U nter- 
ht, 1893). 


REMARQUE 


Génération est aussi le terme con- 
Pacré pour traduire le mot yéveoic, qui 
ue un grand rôle dans la terminologie 
“dARISTOTE. Îl s'oppose à « corrup- 
“don » (p8opa). Voir BoniTz, sub Ve. 
js yéveats a un sens bien plus étendu 
‘an grec que génération en français. 
‘A Génération “équivoque (Théorie de 
, — Celle qui fait sortir certaines 
plantes ou animaux de la matière non 
vivante. — Cette expression date du 
Moyen âge. On la trouve chez saint 
Thomas d'Aquin (ScHÜTz, Thomas- 
dazikon ; V° Generatio). — « Generatio 
aipitur.. pro productione viven- 
fum.. ut muris, qui fit ex putri ma- 
fria a sole. Hæc dicitur æquivoca. » 
@oczenius, Lex. phil, Vo Generatio. 
Voir Équivoque*. 
.…Œlle est presque complètement tom- 
bée en désuétude, et remplacée par 
Yexpression génération spontanée. « The 
doctrine of equivocal or spontaneous 
generation » (la vieille doctrine de la 
génération équivoque où spontanée). 
Gb. LyeLr, Antiquity of man, etc., XX, 
Rad. int. : À. Genit, Genitad ; B. C. 
D. Generaci. 


: GÉNÉRIQUE, D. Generisch ; E. Ge- 
meric ; [. Gencrico. 
Qui appartient à la cornpréhension 












GENÈSE 





du genre*, par opposition à ce qui n’ap- 
partient qu’à celle de telle ou telle 
espèce (= spécial ou spécifique). 

Proposition générique (par opposition 
à totalisante) celle qui énonce un carac- 
tère inhérent au concept, et non pas 
constaté chez tous les individus. 

Rad. int. : Generik. 


GENÈSE, D. Genese ; E. Genesis ; I. 
Genesi. 

Transcription du grec yéveoic, deve- 
nir, production, très fréquent en parti- 
culier dans la langue philosophique 
d’ARISTOTE. 

A. La genèse d’un objet d'étude (par 
exemple d’un être, d’une fonction, 
d’une institution) est la façon dont il 
est devenu ce qu’il est au moment con- 
sidéré, c’est-à-dire la suite des formes 
successives qu’il a présentées, considé- 
rées dans leur rapport avec les circons- 
tances où s’est produit ce développe- 
ment. 


CRITIQUE 


Genèse s'oppose d’une part à Ori- 
gine*, en tant que toute genèse suppose 
une réalité préexistante et un point de 
départ qui en est l’origine; mais, en 
d’autres Cas, origine s'entend en un 
sens relatif qui en fait un synonyme de 
genèse ; p. ex. DAaRwWIN, Origin of 
Species. 

L'étude de la genèse s’oppose aussi à 
l’Explication (cf. Ezxpliquer*) en tant 
que la première est proprement la cons- 
tatation d’une série de faits (p. ex. la 
suite des formes prises par un organe 





compte trois. — Il y a aussi équivoque dans la manière de dénommer les géné- 

tations. Dans l'armée, « la classe 22 », ce peut être les conscrits appelés en 1942, 

où les hommes nés en 1922. Les enfants du siècle (« Ce siècle avait deux ans... ») 

#0nt aussi « la génération de 1830 », date de leur naissance à la vie publique. 

Cette idée encore flottante est pourtant séduisante : il y a un rythme et comme 

es pulsations à peu près périodiques de l’histoire, que les générations en soient 
Causes, ou les effets, ou les concomitants et les étiquettes. (M. Marsal.) 


Sur Générique. — Général et spécial désignent ce qui a respectivement le 
Suractère du genre ou de l’espèce ; générique et spécifique ce qui appartient au 
Senre ou à l'espèce. (M. Bernès.) — Voir Critique et observations sur général*. 


is. 





GENÈSE 


dans son développement embryogéni- 
que), et ne contient pas nécessairement 
la connaissance des causes qui déter- 
minent cette succession. — Mais, en 
un autre sens, il arrive que la simple 
histoire des circonstances où ce déve- 
loppement s’est produit contienne la 
raison de toutes ou de quelques-unes 
des particularités que présente l’objet 
étudié à la fin de cette histoire ; et, 
dans cette mesure, genèse équivaut à 
explication. 

Il y a donc lieu de distinguer avec 
soin la genèse descriptive et la genèse 
explicative. 

Rad. int. : Genesi. 


1. GÉNÉTIQUE, adj. D. Genetisch ; 


E. Genetic ; I. Genetico. 

Qui concerne la genèse* d’un être, 
d’un phénomène, d’une institution. 

Méthode génétique : celle qui consiste 
à étudier les objets d’une science en 
établissant quelle en a été la genèse. 

Définition génétique : définition par 
génération*. « Definitio genetica dici- 
tur, quae rei genesin seu modum, quo 
ea fieri potest, exponit. » Chr. WoLrr, 
Logica, $ 195. 

Classification génétique : celle qui 
classe les objets suivant l’ordre de leur 
production, ou encore suivant les diffé- 
rentes causes qui les produisent. 

Théorie génétique (p. ex. « théorie 
génétique de l’espace ») : celle qui sou- 
tient que l’idée, le sentiment, la fa- 
culté, etc., auxquels elle s'applique 
peuvent être engendrés par synthèse à 
partir d'éléments qui ne la contiennent 
pas déjà. 


CRITIQUE 


Ce terme s’appliquerait aussi, selon 
Bazpwin, à la méthode pédagogique 
qui consiste « à expliquer les choses, 
dans l’enseignement, selon leur genèse, 
ou leur manière de venir à l'être ». I, 
409-410. Mais cette définition est équi- 
voque : elle peut s'appliquer, soit à la 
méthode d'enseignement qui suit l’or- 
dre dans lequel Les choses se produisent 
dans la nature, soit à la méthode d’en- 


384 
——— 


seignement qui suit l’ordre dans lequel 
les idées ont été acquises par l’huma. 
nité. 

I1 faut remarquer, en outre, que Ja 
méthode génétique n'est pas nécessaire. 
ment explicative, par la raison indiquée 
ci-dessus au mot genèse*, 


2. GÉNÉTIQUE, subst., D. Genetik . 
E. Genetics ; I. Genetica. . 

A. Théorie de la production et de Ja 
transformation des êtres vivants, con- 
sidérés en tant qu’espèces. 

B. Plus spécialement, étude expéri. 
mentale de l’hérédité, par le croisement 
de variétés bien définies. Voir M. CauL. 
LERY, L'évolution, p. 326 et suiv. 


GÉNIE, L. 1° Genius, divinité prési- 
dant à la naissance ; 2° /ngenium, ce 
qui vient de naissance, caractère indi. 
viduel ; — D. Genie; E. Genius; I. 
Genio, Ingegno. 

A. Le fond du caractère ou de l'es. 
prit, la nature propre d’un être (Cf. Ma- 
tura, nasci Comme genius, ingenium, 
generare) souvent considérée comme 
une sorte d’esprit interne et tutélaire, 
ou comme l'inspiration du moi profond. 
Se dit des personnes ou des choses : 
« Il sort hardiment des limites de son 
génie. » La BRUYÈRE, Caractères, 
ch. x. Vieilli en ce sens, sauf dans 
quelques expressions spéciales, p. ex. : 
« Le génie de la langue grecque. » 

B. Dons de l'esprit naturels et émi- 
nents, donnant à celui qui les possède 
d’heureuses inspirations. Se dit soit 
absolument : « Avoir du génie; un 
homme de génie »; soit relativement : 
« Le génie de la guerre, le génie des 
affaires. » Souvent ironique dans œæ 
dernier cas, ou confondu avec le 
sens A : « Le génie de la maladresse. » 

C. L'homme qui a du génie, au sens B. 

D. Être mythique, Saluwv. Voir 
Démon*. « Le malin génie », chez 
DESCARTES : « Je supposerai donc. 
qu’un certain mauvais génie, non moins 
rusé et trompeur que puissant, a em- 
ployé toute son industrie à me tromper, 
etc. » Première Méditation, $ 10. 







REMARQUE 


1 existe beaucoup de « définitions » 
jébres du génie, qui ne sont pas à 
prement parler des définitions, mais 
Bxpression sommaire d’une théorie sur 
rs causes de cette supériorité : « Le 
gaie n'est autre chose qu'une grande 
titude à la patience..» Mot de Bur- 
#on, attribué par LITTRÉ au Discours 
d réception à l’Académie, mais qui ne 
trouve pas. — « Facilitatem obser- 
di rerum similitudines ingenium 
gellamus. » Wozrr, Psychol. empi- 
, $ 476, etc. Cf. de même Scuo- 
#exAUER, Die Well, suppléments, 
fvre III, ch. xxx1 : « Vom Genie. » 
si Voir Observations. 
: Rad. int. : B. Genio ; C. Geniulo. 


GENRE, D. A. Genus ; B. Gattung, 
Paemülie ; — E. Genus; I. Genere. 
: À. LociQue. Quand deux classes* 
sont dans un rapport tel que l’exten- 
sion de l’une est une des parties entre 
lsquelles peut être divisée l'extension 
de l’autre, la première est appelée une 
apèce* de la seconde, et la seconde est 
appelée le genre auquel appartient la 
première. 

Dans le langage courant, ce mot 





GÉOLOGIE 


s'applique vaguement à toute classe 
un peu large. Deux objets sont dits 
être du même genre lorsqu'ils ont en 
commun quelques caractères impor- 
tants ; de la même espèce quand ils se 
ressemblent davantage (pratiquement, 
quand on les désigne usuellement par 
le même nom). 

B. Biozoc1e. Le genre est une subdi- 
vision de la famille et se divise lui- 
même en espèces. Ex. Genre : Canis ; 
espèces : Loup, Chien, Chacal. — Voir 
Espèce. 

Rad. int. : Gener. 


GÉOGRAPHIE, D. Erdkunde, Geo- 
graphie ; E. Geography; 1. Geografia. 

Description des différentes régions 
de la surface terrestre ; étude et, dans 
la mesure du possible, explication des 
phénomènes physiques, politiques, éco- 
nomiques qui sont fonction du lieu, et 
des rapports que ces phénomènes ont 
entre eux. 

Rad. int. : Geografi. 


GÉOLOGIE, D. Geologie, Erdbil- 
dungskunde ; E. Geology ; I. Geologia. 
Science ayant pour objet la structure 
du globe terrestre, considérée dans sa 


Sur Génie. — Le mot de Buffon cité par Littré se trouve, maïs sous une forme 
Kgèrement différente, dans le Voyage à Montbard d'HÉRAULT DE SÉCHELLES : 
« M. de Buffon me dit à ce sujet un mot bien frappant, un de ces mots capables 


de produire un homme tout entier 


: Le génie n’est qu’une plus grande aptitude 


èla patience. Il suffit en effet d’avoir reçu cette qualité de la nature, etc. » Zbid., 


P. 15. 


Le genius, à Rome, est une sorte d’ « ange gardien, qui, à ce qu’on croyait, 
üaïssait avec chaque mortel et mourait avec lui, après avoir accompagné, avoir 
irigé ses actions, et veillé à son bien-être pendant toute sa vie (Horace, Epütres, 
» 2, 187 ; TisuLLe, IV, 5). » Ricu, Dictionnaire des Antiquités, trad. Chéruel, 
sb Vo, Cf. l'expression indulgere ingenio, suivre ses penchants, prendre du bon 
Ps, et le terme anglais congenial, conforme à la nature d’un être, qui est en 
"Donie avec lui. Le génie, au sens B, semble donc avoir été entendu d’abord 
Setame un être extérieur à l'homme, l'inspirant comme la Muse inspire le poète. 


Sur Genre. — J. S. Mi définit ainsi le genre : « Une classe qui se distingue 
des autres, non seulement par quelques propriétés définies, mais par une suite 
nnue de propriétés en nombre indéfini dont les premières sont l'indice. » 


ique, IV, ch. 6, $ 4. (A. L.) 


GÉOLOGIE 


genèse* ; c’est-à-dire essentiellement la 

nature, l’origine et la disposition des 

roches et terrains qui la composent et, 

celle des fossiles qui s’y trouvent. 
Rad. int. : Geologi. 


GÉOMÉTRIE, D. Geometrie, ancien- 
nement Messkunst ; E. Geometry; I. 
Geometria. 

Du grec Yeœuetpix, mesure de la 
terre ; d’où, primitivement, arpentage. 
Ce sens primitif subsiste à côté du sens 
moderne à toutes les époques de la 
littérature grecque. 

Au xvue siècle, géométrie et surtout 
géomètre sont pris au sens général de 
mathématique et de mathématicien : 
« La géométrie. ne peut définir ni le 
mouvement, ni les nombres, ni l’es- 
pace; et cependant ces trois choses 
sont celles qu’elle considère particuliè- 
rement et selon la recherche desquelles 
elle prend ces trois différents noms de 
mécanique, d’arithmétique, de géomé- 
trie, ce dernier nom appartenant au 
genre et à l’espèce. » PascaL, De l'esprit 
géométrique, 17 fragment, section 1. 
Ce sens a subsisté jusqu’à nos jours 
chez quelques mathématiciens. 

Chez les modernes, science de l’es- 
pace*, c’est-à-dire : 

1° Science des rapports de forme et 
de position qui peuvent exister entre 
choses perçues ; étude des propriétés 
des figures en tant que ces propriétés 
se déduisent formellement de leurs dé- 
finitions. 

20 « Science de toutes les espèces 
possibles d'espace » (KanT, 1747, Ge- 
danken von der wahren Schätzung der 
lebendigen Krälte', $ 10), c’est-à-dire de 
toutes les multiplicités de points (RiE- 
MANN) analogues à l’espace actuel, mais 
différant de lui par quelque propriété. 
C’est ce qu’on appelle la Géométrie gé- 
aérale où Pangéométrie (comprenant les 
géométries non-euclidiennes),. 

39 « Science des ensembles ordonnés 
à plusieurs dimensions » (RussELL), 
puisque les multiplicités de points se 


a —_——— 


1. Pensées sur la vérilable estimation des forces vives. 
















réduisent, en dernière analyse, à de 
tels ensembles. On peut, au mé 
point de vue, considérer la géométrie 
comme l'étude de certains B'oupes 
(Poincaré) : groupe des déplacements 
(Géom. métrique), groupe des collines. 
tions (Géom. projective), etc. 


CRITIQUE 


Nous n’avons pas à choisir entre ces 
divers sens, qui résument l’évolution 
historique de la Géométrie, et qui sont 
tous utiles et légitimes, suivant le point 
de vue historique ou didactique où l’on 
se place. D'ailleurs, l’idée d'espace 
ayant subi une transformation para]. 
lèle, il est toujours vrai de dire que Ja 
Géométrie est la science de l’espace (S), 

Rad. int. : Geometri. 


GESTALTISME, D. Gestalttheorie ; 
E. Gestaltism ; I. Gestaltismo. 
Voir Forme*. 


GNOMIQUE, G. yvoutxéc, où Lou 
ot; — D. Gnomisch (adjectif) ; Gno- 
miker (substantif) ; — E. Gnomical (ad- 
jectif, vieilli) ; Gnomic (adj. et subst.); 
— I. Gnomico (adj. et subst.). 

A. (Adjectif). Qui s'exprime par des 
sentences morales : philosophie gno- 
mique, poésie gnomique. 

B. (Substantif). Les Gnomiques, ou 
les poètes gnomiques (Solon, Phocy- 
lide, Théognis, etc.). 

Rad. int. : Gnomik. 


GNOSE, du G. yvüoic, connaissance, 
et plus tard science, sagesse (se trouve 
avec ce sens dans le NouvEaAu-TEsTA- 
MENT; Voir Observations) ; D. Gnosis; 
E. Gnosis ; I. Gnosi. 

Doctrine des Gnostiques* : éclectisme 
théosophique prétendant à concilier 
toutes les religions et à en expliquer 
le sens profond par le moyen d’une 
connaissance ésotérique et parfaite des 
choses divines (yv&aic), communicable 
par tradition et par initiation. L’ensel- 
gnement des différents groupes gn0$ 
tiques n’était pas uniforme leurs 
dogmes communs sont seulement l’éma’ 


386 


on, la chute, la rédemption, la mé- 
on exercée entre Dieu et l’homme 
un grand nombre de « puissances 
stes » ou d’ « éons » («l&vec) ; ces 
Æ,., forment une hiérarchie d’esprits 
Mondant du principe suprême, qui 
É conçu comme l'Un des néo-platoni- 
tandis que le Dieu créateur de la 
se et le Christ sont considérés 
e des « puissances » inférieures et 
données à lui. — Cette doctrine 
nrunte beaucoup à la Cabale*, no- 
mment chez Basilide, et elle a été 
Mpitement liée au néoplatonisme, 
soique PLoTiN ait été hostile à la 
Re, contre laquelle il a écrit le 
e XI de la 2e Ennéade. 
had. int. : Gnosi. 


‘FGNOSÉOLOGIE ou Gnosiologie (selon 

faournoy, dans Baldwin, I, #14 B). 
:. Gnoseologie (BAUMGARTEN, mais 

æ&tuellement inusité) ; E. Gnosiology ; 
Gnoseologia (très usuel). 

Théorie de la connaissance. 


“6 CRITIQUE 


M BazDwin (Dictionary, 414 B et 
mavoi à 333 B et suiv.) propose d’en- 
tendre par épistémologie la théorie de 
lgtonnaissance au sens le plus général 
da mot : « origine, nature et limites de 


— 


GNOSÉOLOGIE 





la connaissance » et d’entendre par 
gnosiologie « l'analyse systématique des 
concepts employés par la pensée pour 
interpréter le monde », y compris la 
critique de l’acte de connaître, consi- 
déré quant à sa valeur ontologique. 
L'étymologie paraît défavorable à 
cet usage. Épistémologie désigne pro- 
prement l'étude des sciences, considérées 
comme des réalités qu’on observe, 
qu’on décrit et qu’on analyse. Si l’on 
voulait fixer plus précisément le sens 
de ce mot, il semble qu'il vaudrait 
mieux s’en servir pour désigner l’étude 
a posteriori des concepts, méthodes, 
principes, hypothèses des sciences; 
voire l’étude de leur développement 
réel et historique, en un mot tout ce 
que l’on réunit ordinairement sous la 
désignation un peu vague de philoso- 
phie des sciences. Cf. ci-dessus Épisté- 
mologie*, et les Observations sur ce mot. 
Gnoséologie, au contraire, s’applique- 
rait bien par son étymologie à l’analyse 
réflexive de l’acte ou de la faculté de 
connaître, étudié en général et a priori 
par une méthode logique analogue à 
celle de Kant. D'ailleurs, ce sens est 
aussi plus conforme à celui qu’attribue 
M. Ranwzozi au terme italien : « Quella 
parte importantissima della filosofia 
che tratta della dottrina della conos- 


… Sur Gnose. — l'vüouc se trouve dans St PauL, 1 Cor., VIII, 1, 7, 10 et 11,oùil 
B&aît désigner l’état du chrétien éclairé qui distingue clairement sa croyance de 
cle des païens, et se rend compte que leurs dieux sont pure fiction ; — dans 

III, 19, où il sert à opposer la connaissance et la charité. Il n’a donc dans 


C8 passages aucun sens occulte. 


. Dans St Marrmieu, XIII, 11, on ne trouve pas à vrai dire le mot yvüoiç, mais il 

est dit qu’il a été donné aux seuls disciples de connaître (ÿv&væ) le sens secret 
Paraboles et les mystères du royaume des cieux. C’est plutôt de ce passage 

Qu'on a pu s’autoriser pour mettre en avant l’idée d'une sorte de christianisme 
térique et inaccessible à la foule. (J. Lacheller.) 


-Sur Gnoséologie, — Ce mot aurait besoin d’être précisé d’un commun accord, 
Car il se fait beaucoup de confusions, surtout d’une langue à l’autre, entre É pisté- 
wlogie, Erkenntnislehre, Gnoseology, Dottrina della conoscenza, etc., pour désigner 
Partie de ia philosophie qui étudie le fait de la connaissance dans ses condi- 

et dans ses résultats, a priori et a posteriori. On pourrait la diviser en deux 
Parties : 10 Méthodologie ou Épistémologie (Wissenschaftslehre), étude critique 
des Principes, des lois, des postulats et des hypothèses scientifiques ; 2° Gnoséo- 


Ai 


GNOSÉOLOGIE 


cenza, vale a dire dell’ origine, della 
natura, del valore e dei limiti della 
nostra facoltà di conosceret. » Düizio- 
nario, 286. 

Rad. int. : Gnosiologi, Noskoteori. 


GNOSIE, (S). 


GNOSTIQUES, G. Tvworixot; D. 
Gnostiker ; E. Gnostics; I. Gnostici. 
— Voir Gnose*. 

On appelle ainsi plusieurs groupes 
philosophico-religieux des deux pre- 
miers siècles du christianisme, qui ont 
été avec celui-ci tantôt dans un rapport 
d’antagonisme, tantôt dans un rapport 
de pénétration. MATTER distingue cinq 
de ces groupes : palestinien (Simon, 
Cérinthe) ; syriaque (Saturnin, Barde- 
sane) ; alerandrin (Basilide, Valentin) ; 
sporadique (carpocratiens, etc.) ; asia- 
tique (Marcion). MATTER, Histoire cri- 
tique du gnosticisme. 

Rad. int. : Gnostik. 


GOUT, D. Geschmack ; E. Taste ; 
I. Gusto. 

A. Sens par lequel on perçoit les 
saveurs : sucré, salé, amer, acide. 

B. Saveur. 

C. Le fait qu’un individu aime ou 
n'aime pas certaines sensations ou cer- 
taines formes d’activité : « Avoir le 
goût de la chasse. » 

D. Caractère général des apprécia- 
tions d’art chez un individu, tempéra- 


1. « Cette partie très importante de la philosophie qui 
traite de la théorie de la connaissance, c’est-à-dire de 
l'origine, dela nature, de la valeur et deslimites de notre 
faculté de connaître. » 





ment esthétique. « Former le goût. 
n'avoir pas le goût sûr. » — Le mot 
par une ellipse, se dit aussi des choses’ 
mais seulement en tant que faites où 
créées par l’homme : « Une décoration 
d’un goût médiocre ; une plaisanterie 
de mauvais goût. » 

E. Sans qualificatif, désigne le bon 
goût : faculté de juger intuitivement 
et sûrement des valeurs esthétiques, en 
particulier dans ce qu’elles ont de cor. 
rect ou de délicat : « Manquer de got., 

Rad. int. : À. Gust ; B. Sapor ; C. D. 
Gust ; E. Bon(a) gust{o). 


GOUVERNEMENT, (S). 


GRÂCE, D. A. Gnade; B. Grazie, 
Anmut ; ce dernier exprime plutôt 


l’idée de charme, d’attrait. — E. Grace: 


L Grazia. 

A. Don gratuit ; faveur faite à un 
inférieur par pure bienveillance, remise 
d’une peine. En particulier, dans le 
langage théologique, faveur ou secours 
de Dieu, librement donné à telles ou 
telles créatures sans qu’elles y aient 
d’elles-mêmes aucun droit. 


B. Qualité esthétique du mouvement, 


et, par suite, des formes et des atti- 
tudes. On a souvent essayé de l’ana- 


lyser, mais sans aboutir à une défini 


tion précise elle paraît consister 
surtout dans l’aisance et la légèreté 
du mouvement, jointes à l'expression 


; de la sympathie et du désir de sympa- 


thie réciproque (ou du moins dans les 


formes, les rythmes ou les proportions | 


harmoniques qui constituent d'ordi 
naire l'expression de ces sentiments). 


















REMARQUE 


K, mot a encore d’autres usages non 
Hos0phiques, qui se rattachent soit 
stymologie gratia (reconnaissance), 
‘a l’un des deux sens ci-dessus 
nis. La transition entre cs deux 
Ë, paraît être l’idée du don ï'ibre, la 
té de se communiquer à autrui et 
être aimé. (Cf. la définition chré- 
Étne des fins de l’homme, créé par 
pour le connaître, l'aimer, le 
ir, etc.) « Dans tout ce qui est 
jeux, nous sentons une espèce 
ndon et comme une condescen- 
te. Ainsi pour celui qui contemple 
Ainivers avec des yeux d'artiste, 
#E cest la bonté qui transparaît sous 
À ce. Et ce n’est pas à tort qu’on 
elle du même nom le charme qu’on 
au mouvement, et l’acte de libé- 
té qui est caractéristique de la 
té divine : les deux sens du mot 
ke n’en faisaient qu’un pour M. Ra- 
#ason. » H. BERGSON, Notice sur la 
Wa les œuvres de Ravaisson, p. 33. 

Rad. int. : À, lFavor, Boirac; B. 

Ci. 


Æ&GRAMMAIRE, D. Grammatik, 
rachlehre surtout au sens B; — E. 
% ar ; — I. Gramätica. 

VA. Primitivement, connaissance des 

tiles qu’on doit suivre dans le bon 


GRANDEUR 


langage, art de parler correctement. 
(LirTRÉ n'indique même que ce seul 
sens.) 

B. Plus généralement, à partir du 
xix® siècle, science objective des règles 
que les nécessités logiques, l'usage et 
la vie sociale ont imposées aux indivi- 
dus dans l’emploi du langage : « Gram- 
maire générale, science des règles com- 
munes à toutes les langues. Gram- 
maire comparée, Science qui étudie les 
rapports et les différences des diffé- 
rentes langues comparées entre elles. 
Grammaire historique, qui étudie l’his- 
toire de la formation des règles. » 
DaRM., Harz. et THomas, Vo, 1188 A. 

Rat. int. : Gramatik. 


GRANDEUR, D. Grüsse; — E. 
Greatness, surtout au sens A ; magni- 
tude, aux sens B et C ; — I. Grandezza, 
dans tous les sens ; magnitudine, aux 
sens B et C. 

19 Abstraitement : 

A. Qualité de ce qui est grand, sur- 
tout au sens moral ou esthétique : « La 
grandeur d’une conception. » 

B. Qualité de ce qui peut devenir 
plus grand et plus petit : « La grandeur 
de la main. » On dit, en ce sens, que 
deux objets sont du même ordre de 
grandeur s'ils sont mesurés usuellement 
avec la même unité, ou avec le même 





… Sur Grâce. — Grce, dans le langage théologique, au sens fort et primitif, ne 
W8lgne pas seulement une faveur, un secours librement donné à tel ou tel, sans 
Mérite antécédent. Ce mot signifie essentiellement la grande merveille, la condes- 

dance divine, en vertu de laquelle l’homme {avant la chute par la vocation 


logie, ou recherche sur les origines, la nature, la valeur et les limites de la faculté 
de connaître. (C. Ranzoli.) 

— La Société de philosophie n’a pas eu le temps de discuter cette question 
Sur cet article, je n’ai reçu que deux observations, celle qu’on vient de lire, et 
une note purement formelle de M. J. Lacheller, qui désapprouve, en principe 
la création de néologismes de ce genre. — Quant à la proposition de M. RanzoL! 
je ne puis que l’approuver en tant qu’elle applique Gnoséologie à la théoff 
abstraite de la connaissance ; mais Épistémologie et Wissenschaftslehre, qui S01 
clairs et utiles, me paraissent des mots plus larges que Méthodologie, qui leur € 
donné comme synonyme : l’étude des méthodes est, si l’on veut, la partie print} 
pale, mais non le tout de l’étude des sciences. (A. L.) 


Première, après la chute par la Rédemption), est élevé à une destination surna- 
Wrelle. Et cet ordre gratuit consiste en ce que Dieu, adoptant la créature humaine, 
li donne « le pouvoir d’être fait enfant du Père », cohéritier du Christ, participant 
&u mystère intime de la Trinité. C’est cette transformation du serviteur en fils, 
te déification de l’homme, qui constitue par excellence l’ordre surnaturel, 
de la Grâce ; et toutes les grâces particulières n’ont de sens et de réalité 
Me relativement à cette destinée, qui ne peut être naturelle à aucune créature, 
est donc toute « gracieuse ». (M. Blondel.) 


Sur Grammaire. — M. Ch. Serrus a donné de la grammaire une définition 
*n caractérise nettement la fonction : « La grammaire est l’ensemble des règles 
‘Moyen desquelles les mots sont groupés de manière à concourir à l’unité d’un 
8.» La langue, le sens, la pensée, p. 4. Voir Sens*, 2. (A. L.) 


bé 


GRANDEUR 





un 


multiple ou sous-multiple de l’unité. 

Cette expression ne doit pas être 
confondue avec l’expression espèce de 
grandeur, qui est définie ci-dessous. 

29 Concrètement : 

C. Une grandeur est ce qui est sus- 
ceptible de grandeur au sens B. 

Deux grandeurs sont dites de même 
espèce lorsque l’une est plus grande ou 
plus petite que l’autre. Plus rigoureu- 
sement, on appelle espèce de grandeurs 
une classe entre les éléments de laquelle 
est définie une relation binaire > (plus 
grand que), telle que : 

1° Aucun élément de la classe n’a la 
relation > avec lui-même ; 

2° Deux éléments différents A, B, de 
la classe, ont toujours entre eux la rela- 
tion > (soit qu’on ait À > B, soit 
qu'on ait B > A); 

3° Si A > B, on n’a pas : B > A. 

keSiA >BetB > Cona:A >cC. 

On voit que cette définition impli- 
cite (par postulats) consiste au fond à 
définir la relation > par ses propriétés 
formelles. 

On distingue des grandeurs exten- 
sives* et intensives*, (V. ces mots.) 


Toute grandeur n’est pas néCESS aire 
ment une grandeur mesurable*, : 
Rad. int. : Grand. 


Grandeurs (Folie des), 


D. Gris. 
di grandezza. 
Voir Folie* et Mégalomaniex, 
Grands nombres 
Nombre*. 


(Loi 


GRAPHIQUE (Méthode ou Repré. 
sentation), D. Graphische Methode. 
E. Graphic Method ; I. Metodo grafico. 


ter des relations abstraites par des 
figures géométriques. La forme la plus 
usuelle de cette méthode est la repré. 
sentation du rapport de deux variables 
par une courbe (courbe proprement 
dite, ligne brisée ou discontinue), dans 
laquelle les abscisses représentent une 
des grandeurs et les ordonnées repré- 
sentent l’autre. Un tableau de ce genre 
s’appelle substantivement un graphi- 
que. Mais il existe beaucoup d'autres 
formes de représentation graphique : par 





Sur Grandeur, au sens À. — Il y a une grandeur historique, qui est peut-être 
vaguement esthétique, mais qui ne s soucie guère d’être morale. Les grands 
hommes, les grandes puissances, ont une grandeur qui tient à l’extension de leur 
influence, c’est-à-dire le plus souvent de leur force coercitive. Dans le titre du 
livre de Montesquieu, Grandeur s'oppose à Décadence, c'est-à-dire à décrépitude 
quasi biologique. L’équivoque de la grandeur historique, esthétique ou morale, 
est d'autant plus redoutable que, d’une part, ces diverses espèces de grandeur 
peuvent coïncider et, d'autre part, symbolisent entre elles : voyez une cathédrale 
Mais cela ne fait pas qu'une statue plus grande que nature soit belle, ou que 
Talleyrand soit un modèle. (M. Marsal.) 

Au sens B. — Dans quels cas ce mot est-il synonyme de quantité, ou lui est-il 
opposé ? 

Les mathématiciens n’ont pas d'usage fixe à cet égard, sauf dans quelque 
expressions consacrées : quantités imaginaires, grandeur dirigée, etc. Dans beau- 
coup de cas, l’emploi de l’un ou de l’autre n’est déterminé que par l’euphonie de 
la phrase. (J. Tannery.) 

— HANNEQUIN, dans son Essai critique sur l'hypothèse des atomes dans la scientt 
contemporaine, a souvent opposé les deux mots : la quantité est pour lui le nombre: 
la grandeur est géométrique. (E. Goblot.) 

— Si l’on veut distinguer les deux mots, on appellera plutôt quantité une graf 
deur en tant que mesurée, et particulièrement en tant que mesurée par un nombr® 
(G. Darboux, J. Lachelier, L. Couturat.) 






















3% 
—n 


senwahn ; E. Megalomania ; I. Delis, 


des), voir | 


A. Méthode qui consiste à représen. | 





GROUPE 





mple, la méthode d’Euler qui con- 
L à représenter les syllogismes par 
rapports de position entre trois 
es ; la méthode de Leibniz qui 
iste à les représenter par des rap- 
s de segments rectilignes ; la re- 
Mntation de données numériques 
b ja division d’un cercle en plusieurs 
deurs proportionnels aux éléments 
e somme unique, etc. 
Emploi des appareils enregistreurs. 
Calcul graphique, ou Nomographie. 
hode consistant à remplacer le cal- 
umérique par des constructions de 
s. Voir abaque*. 
int. : Grafik. 


APHISME, D. Graphismus ; E. 
ism ; 1. Grafismo. 

semble des caractères de l’écri- 
considérée dans ses variétés, en 
qu’elles expriment les habitudes, 
empérament, ou l’état momentané 
cripteur. Voir CRÉPIEUX-JAMIN, 
iture et le caractère ; Solange PEL- 
, Le geste graphique, Revue philos., 
: tobre 1915. 


"GRAPHOLOGIE, D. Graphologie ; 
ReGraphology ; L Grafologia. 

à. Étude du graphisme*, compre- 
stat : 1° la graphonomie, étude des 
piéaomènes graphiques considérés dans 
es lois psychophysiologiques géné- 
rékes ; 2° la graphotechnie, art de se 
sryir des données fournies par l'écriture 
Peur faire des portraits psychologiques. 


sé 


B. Par suite, science de l'identité des 
écritures ; graphologist, en anglais, se 
dit aussi usuellement de l’expert en 
écritures. (BALDWIN, V°.) 

C. Par abus, ensemble de toutes les 
connaissances relatives à l’écriture. On 
dit mieux, en ce sens, graphistique. 

Rad. int. : Grafologi. 


GRATUIT (ou, adverbialement, gra- 
tis), D. Sans équivalent exact ; approxi- 
mativement A. Grundlos ; B. Frei; — 
E. Gratuitous ; I. Gratuito. Voir Grâce*, 

À. En parlant des assertions : sans 
preuve ou sans justification, alors que 
la proposition affirmée est douteuse. 
« Vous tournez contre les maximes, 
c'est-à-dire contre les principes évi- 
dents, ce qu’on peut et doit dire contre 
les principes supposés gratis. » — 
« Ainsi, l’on est bien éloigné de recevoir 
des principes gratuits. » LEIBNIZ, Vou- 
veaux essais, IV, ch. x, $ 6. 

Cf. l’adage : « Quod gratis affirmatur, 
gratis negatur » : ce qui est affirmé 
gratuitement, se nie gratuitement. 

B. En parlant des actes : que rien ne 
rend obligatoire ; qui n’est pas simple- 
ment un moyen en vue d’autre chose. 
Le plus souvent en un sens favorable : 
« Virtutes.. quarum esse nulla potest, 
nisi erit gratuita ». CICÉRON, Acadé- 
miques, livre III, xzvi. Mais quelque- 
foisaussiavecune intention péjorative : 
« Un acte de méchanceté gratuite ». 


GROUPE, (S). 


“Sur Graphique (méthode). — L'origine du calcul graphique, où nomographie, 
Où ealcul nomographique, se trouve non seulement dans la géométrie de Descartes, 
mis aussi dans l'échelle logarithmique de Gunter. Le premier essai systématique 
eétdû à Poucer (Arithmétique linéaire, Rouen, 1795). La nomographie a été per- 
fectionnée par plusieurs savants, parmi lesquels une place spéciale doit être donnée 
&Maurice D'Ocacne (qui a créé le nom de nomographie). Voir son grand Traité 
dé Nomographie (Paris, Gauthier-Villars, 1809) et pour l’historique de la méthode, 
8R Calcul simplifié par les procédés mécaniques et graphiques (2° édit., Gauthier- 
Villars, 1905, p. 136-196). » — Extrait d’une note reçue de M. Giuseppe Jona. 


- Sur Graphologie et Graphonomie. — Graphonomie, qui a été repris et très 
“Ployé par S. PE LLAT (voir notamment Les lois de l'écriture), se trouve déjà chez 
à bé Micnon, Dictionnaire des notabilités de la France, p. 23 B. (Renseignement 
AVoyé par M. Doudon.| 


D 


TT 
ot 


HABITUDE 


HABITUDE, CG. A. "E£c; B. "Eboc ; 
— L. A. Habitus ; B. Consuetudo. — 
D. Gewohnheit ; — E. Habit ; — I. Abi- 
tudine. 

A. « L’habitude, dans le sens le plus 
étendu, est la manière d’être générale 
et permanente, l’état d’une existence 
considérée, soit dans l’ensemble de ses 
éléments, soit dans la succession de ses 
époques. » (F. Ravaisson, De l’Habi- 
tude, I, 1.) 

Ce sens n’existe pas, en français, en 
dehors de la langue philosophique : et, 
même chez les philosophes, il ne s'em- 





ploie que dans certaines expressions 
toutes faites, par exemple : « La ver 
est une habitude ; la vertu est l’hapi. 
tude d’un juste milieu, etc. » Ces ex. 
pressions ont été calquées sur les tra. 
ductions latines d’Aristote : « Téveéres,, 
DE Tac Énauvetks dpETRG AÉVOUEV. » Lthy. 
que à Nicomaque, 1, 13 ; 110349. « "Eony 
äpa h dpetn ÉËLS rpoatpetixh EV Lecdtns 
o0ox, etc. » Zbid., II, 6 ; 1106036. (On 
remarquera que dans ces textes, vertu 
présente aussi une acception spéciale.) 
B. « Mais ce qu'on entend spéciale. 
ment par l'habitude, ce n’est pas seule. 












L contractée, par suite d’un change- 
Lt, à l'égard de ce changement même 
Jui a donné naissance. » (RaAvais- 
, Ibid., 1.) 

y a lieu de distinguer dans ce 
bon appelle ordinairement habitude, 
Lsens B, plusieurs phénomènes de 
% en plus spéciaux : 

Mo Le phénomène général d'adapta- 
À, biologique et même physique, con- 

Dont dans le fait qu’un objet ou un 
be, après avoir subi une première fois 
b, action quelconque, conserve une 





HABITUDE 


modification telle que si cette action se 
répète ou se continue, elle ne le modifie 
plus comme la première fois. P. ex. le 
retrait permanent d’une étoffe à l’hu- 
midité, le fait que la main une fois 
échauffée ne sent plus la chaleur de 
l'eau ; — dans un ordre de faits plus 
complexe, l’accoutumance aux médi- 
caments. 

20 Plus spécialement, le phénomène 
proprement biologique (en tout cas 
étranger à la conscience) consistant 
dans la répétition spontanée de ce qui 
a d’abord été déterminé par des causes 





ir 


gt la coutume, ouvhfe.x (Rhét. 1, 1, 135487. Cf. Ibid., 1, 11, 137047). (A. L.) 





&x— On trouve dans saint THomas D'AQUIN, Contra Gentiles, IV, 77 
jtentia in hoc differt quod per potentiam sumus potentes aliquid facere, per 


: c Habitus a 


Sur Habitude. — Article complété sur les indications de F. Tônnies, G. Dweis- 
hauvers et F. Rauh. 

Historique. — « Le sens À n’est pas nécessaire à mentionner. Il n'existe pas 
réellement en français, si ce n’est dans la thèse même de Ravaisson, ouvrage 
de jeunesse, dominé par cette vue que tout ce qui est nature et nécessité peut 
avoir été d’abord esprit et liberté, et dans lequel, par suite, Ravaisson se plaît 
au double sens du mot, qui annonce élégamment cette idée directrice. » (V. Egger.) 
— Remarques analogues d’E. Blum et G. Dwelshauvers. 

— Ce sens a une existence réelle, bien que restreinte, et surtout il présente un 
grand intérêt historique ; car il explique comment le latin .Habitus ou Habitudo a 
pu passer en français au sens usuel du mot Habitude. Il correspond primitive- 
ment à l’expression aliquo modo se habere, équivalente au grec r&s éxeuv, dont le 
français lui-même conserve quelques traces dans les termes médicaux cachezie, 
fièvre hectique. Jusqu'au xvu® siècle on a dit Habitude de corps (L. Corporis 
habitus, habitudo corporis) entendant par là soit la manière d’être interne (santé), 
soit la manière d’être externe (embonpoint ou maigreur, port, etc.) : voir MoLiërs, 
Pourceaugnac, I, sc. vit. — En outre, habitude ou habitudo sont employés à cette 
époque pour désigner le rapport d’un objet, et particulièrement d’une grandeur 
avec un autre! (sens dérivé probablement de l’expression np6; % n&ç Éyav). On 
trouve ce sens dans les Regulae de Descartes, Reg. VI, $ notandum denique… : 
Reg. XIV, $ quod attinet ad figuras. et suivant. Au xvirie siècle ce sens est encore 
reconnu dans l'Encyclopédie. Le sens A est donc fondamental (J. Lachelier.) 
— Mêmes remarques de F. Raubh, L. Brunschvicg, L. Couturat. 

— Au xvit et au xvire siècles, on disait coutume là où nous dirions habitude 
(Montaigne, Pascal, Nicole, etc.). (P.-F. Pécaut.) — Les deux mots avaient un sens 
distinct : la coutume, aurait-on dit, produit une habitude, c’est-à-dire un état, une 
disposition (sens A) ; et c’est justement ainsi que le mot s’est restreint au sens B. 
(J. Lachelier.) — Aristote remarque de même qu’une ébte (qualité ou disposition 
Permanente, opposée à ce qui est passager) peut avoir pour origine soit la nature, 





. 1 « À est à B comme C est à Dr — « A ÿfa se habet ad B ut C ad D» (3. Lacheller.) — Cf. d'autre part 
l'expression » « être dans l'habitude de … », qui rappelle le sens étymologique. (A. L.) ° 







tum autem non reddimur potentes ad aliquid faciendum, sed habiles vel 
biles ad id, quod possumus, bene vel male agendum. Per habitum igitur 
in datur neque tollitur nobis aliquid posse, sed hoc per habitum adquirimus, 
d'bene vel male aliquid agamus. » In Sc UTZ, Thomas-Lexikon, vo, p. 352. 
mmuniqué par R. Eucken.) 
i& — ]1 se rencontre une analogie remarquable entre les mots latins habere (au sens 
@éccuper un lieu, très classique), habitare, et le mot français habitude d’une part ; 
@ de l’autre, les mots allemands wohnen (habiter) et Gewohnheit (habitude). 
: La série des sens, dans ce dernier cas, n’est pas directe : wohnen, habiter et 
wohnen, s’'accoutumer, paraissent dériver tous deux séparément de l’ancien 
demand wonen (être, rester, demeurer, originairement se plaire) selon KLUGE, 
Bymologisches Würterbuch, v° wohnen, 390 À, qui rapproche cette racine du 
dscr. canas (plaisir), du latin Venus, de l’allemand Wonne (plaisir, délices) et 
#Wunsch (souhait). | | 
+ Cette analogie conduirait, pour le français, à douter de la série sémantique : 
é état, disposition, disposition créée par la coutume, coutume » et à supposer 
ts succession différente, analogue à celle des termes germaniques. Mais ce n’est 
K qu'une hypothèse, et l’analogie signalée ne vient peut-être que d’une coïncidence. 
{A. L.) 


Sur Les différents sens des mois « Gewohnheit » et « habitude ». 
— J'estime que la pensée conceptuelle doit nettement distinguer ce que la 
langue confond, à savoir : 1° l'habitude en tant que fait objectif, qui consiste dans 
répétition régulière d'un événement, par exemple : « Er hat die Gewohnheit 
{ist gewohnt, « pflegt ») früh aufzustehent. » Ici, les causes ou les motifs sont 
Indifférents ; ils peuvent être extrêmement variés : ordonnance médicale, plaisir 
se promener le matin, manque de sommeil, etc. ; — 2° l’habitude en tant que 
position subjective : dans ce cas, l’habitude elle-même est le motif, et en tant 
Que disposition, je l'appelle sans hésiter une forme de vouloir (des Willens). C'est 
Ki que l'habitude est une « seconde nature » ; elle a une puissance contraignante. 
ans l'exemple choisi, on dirait alors, en accentuant le mot : « Er hat die Gewohnheit 
————— 


L« Il a l'habitudo (il est habitué, il a coutume) de se lever de bonne heure. » 


D 


HABITUDE 





extérieures à l’être considéré (un centre 
nerveux est, en ce sens, extérieur à un 
autre centre nerveux qu’il actionne). 
P. ex. les habitudes des plantes telles 
qu’elles se manifestent dans les expé- 
riences faites en éclairant les fleurs 
pendant la nuit, et en les plaçant dans 
l'obscurité pendant le jour. — On peut 
ranger dans la même classe certains 
phénomènes d’habitude sociaux qui 
peuvent se produire sans que ceux qui 
y participent en aient conscience : on 
en voit des exemples dans le langage 
et dans les mœurs. 


3° Plus spécialement encore, Je Phé 
nomène psychologique consistant à ae. 
quérir consciemment par l’exercice la 
faculté de supporter ou de faire c 
qu'on ne pouvait supporter ou faire 
primitivement, ou encore de fair 
mieux ce qu’on faisait mal ou difficile. 
ment. En ce sens psychologique, le mot 
habitude implique ordinairement l’éta. 
blissement d’un état mental d’indiffe. 
rence, et même la disparition graduelle 
de la conscience par le progrès de l’au. 
tomatisme. Mais tel n’est pas toujours 
le cas : l’habitude de bien agir, celle de 





früh aufzustehen », c’est-à-dire que non seulement il se lève de bonne heure 
habituellement, mais parce qu'il en a l'habitude. Ce sens, en allemand et dans 
d’autres langues, s'étend facilement jusqu’à signifier : « Il aime à se lever de bonne 
heure fer liebt es, früh aufzustehen) » si l’on entend précisément lieben dans son 
sens subjectif ; mais il arrive que cette expression à son tour, par un abus du 
langage, se prend aussi pour désigner le simple fait objectif de la fréquence ou 
de la régularité de l’acte. — En grec, le mot ë6éXeiv, en tant qu’opposé à Bobreoôn, 
est employé de la même façon ; nous devons souvent en allemand le traduire par 
pflegen, quoique ce mot, malgré son étymologie, ait d’ordinaire le sens 1 défini 
ci-dessus. Le langage confond et embrouille tout. J’attache la plus grande impor. 
tance à reconnaître l'habitude pour une espèce du genre volonté (Wille). Sans celail 
est impossible de comprendre la fonction de la coutume { Sitte) dans sa concurrence 
avec la législation ; et c’est aussi par cette nature de l’habitude que la psychologie 
individuelle explique le plus simplement la double fonction. de l’usage (Uebung), 
en tant qu'il renforce les sensations et affaiblit les sentiments. (F. Tônnies.) 

— Les confusions de sens qui existent pour Gewohnheit et pour les termes 
voisins se présentent en français à un bien moindre degré, et ne portent pas sur les 
mêmes mots. En règle générale, coutume y présente le sens objectif ci-dessus 
défini, et habitude le sens subjectif. « Il a l’habitude de se lever de bonne heure», 
pris au sens objectif {solere), serait une expression impropre, ou pour le moins 
très lâche, en tout cas tout à fait étrangère à la bonne langue, où le mot habitude 
marque toujours la disposition interne : cf. l'expression usuelle : « être esclave 
de ses habitudes ». — « Il est habitué à se lever de bonne heure » ne peut avoir 
qu’un seul sens, le sens subjectif ; on dira très bien : « Je me suis levé de bonne 
heure pendant dix ans, mais je ne m’y suis jamais habitué », ou : « je n’en à 
jamais pris l'habitude ». — « Avoir coutume » aurait ce sens objectif ; mais il 4 
un peu vieilli. « Avoir accoutumé de. » (MoLiÈRE, Le malade imaginaire, acte III, 
scène 1v) l'avait également, mais c’est une expression tout à fait tombée en désuë- 
tude. « Être accoutumé à... » marque toujours et strictement un état subjectif, 
une disposition du sujet, et plutôt une adaptation passive qu’une puissance 
active. — L'’adverbe habituellement et l'expression « d'habitude » ont presque 
exclusivement le sens objectif, mais impliquent qu’il s’agit d’une règle qui présente 
des exceptions : habituellement, c’est le plus souvent, mais non toujours. Il 1€ 
signifie jamais par un effet de l'habitude. Enfin, l'adjectif habituel peut avoir l'uP 
ou l’autre sens suivant le contexte ; mais, comme l’adverbe, il se dit surtout de 
ce qui est fréquent sans être constant. 















HABITUDE 


Édominer, celle de réfléchir avant de 
Mer ne sont ni indifférentes, ni in- 
nscientes. De même pour certaines 

tudes de sentiment. Cf. A. DE 
AssET, Souvenir : « … Alors qu’une 


opérations, caractérisées par la facilité, 
la perfection, la tendance à la reproduc- 
tion involontaire, qu’il appelle habi- 
tudes actives. (Influence de l’habituae 
4 sur la faculté de penser, section I : « Des 
‘douce et si chère habitude m'en | habitudes passives » ; section II : « Des 
batrait le chemin. » habitudes actives. ») — Cette distinc- 
Habitude passive et habitude active. | tion et ces termes sont restés classiques, 
PMAINE DE Biran a distingué entre | mais peut-être à tort. M. V. Eccer 
ds habitudes celles des sensations ca- | propose d’y substituer une distinction 
Atérisées par la diminution de la | entre les habitudes négatives et les 
Nscience, l'adaptation, le développe- : habitudes positives. (Voir ci-dessous, 
bnt du besoin correspondant, qu’il | Observations.) 
Kelle habitudes passives ; et celles des Habitude spéciale (ou particulière) et 
M 
es Quant à cette thèse que l’habitude est une forme de la volonté au sens large du 
Bit (Wille), c’est-à-dire un des principes d’action spontanée de l’homme, elle 
baraît être communément admise par les psychologues classiques français. Peut- 
LÉ même, sous l'influence de Maine de Biran et de Ravaisson, ont-ils tenu 
















Mets mécaniques de l’usage (voir ci-dessous, Observations sur le domaine de 
Babitude). On a coutume, dans l’enseignement, de diviser le cours de psychologie 
% trois rubriques : intelligence, sensibilité, activité (on a même dit souvent volonté, 
Men que ce terme soit un peu trop étroit dans notre langue, et ne convienne 
Men qu'aux volitions conscientes et réfléchies) ; et l’on place presque teujours 
Pénalyse de l’habitude dans cette dernière division. (A. L.) 


: Sur les expressions : « habitude active » et « habitude passive ». — L'opposition 
du passif et de l’actif n’a pas ici de valeur absolue : ces expressions répondent 
âme imparfaitement à la distinction qu’a voulu marquer Maine de Biran. Les 
abitudes qu'il appelle passives sont actives à leur manière, mais d’une activité 
Purement vitale : ce sont celles d’un organe, d’un tissu vivant qui, sous l'influence 
d'excitations répétées, se monte peu à peu au ton de l’excitant extérieur, et, par 
ite, réagit de moins en moins, ou a besoin, pour réagir autant, d’excitations de 
8 en plus fortes. D'où l’affaiblissement très réel de la sensation. (J. Lachelier.) 
æ ll y a bien des cas où la sensation elle-même disparaît par adaptation. On 
#habitue au froid, non seulement parce qu’on n’y fait plus attention, mais parce 
Qe les vaisseaux se modifient, parce qu'il se forme de la graisse, etc., et qu’ainsi 
l'excitation reçue par les nerfs est elle-même diminuée. (P.-F. Pécaut.) 
&, — L'adaptation de l'organisme comprend plusieurs sortes de faits qu’il faut dis- 
guer. S’habituer au froid ou à la chaleur, c’est ne plus éprouver certaines 
Mactions pathologiques telles qu’un accroissement de la circulation ou un ralen- 
sement de la nutrition ; c’est n’avoir plus « la tête serrée » ou « la tête lourde » 
and l’épiderme a trop senti le froid ou le chaud de l’atmosphère. Le terme 
Sxact serait ici « accoutumance » plutôt qu’habitude ; l'organisme s’accoutume 
Dsj aux climats, aux médicaments, aux poisons ; on dit encore, en médecine, 
“éseuétude » et « tolérance » pour désigner ces sortes de faits. D'autre part il y a 
Cas où le corps est modifié physiologiquement de manière à produire un 
Sranlement moindre de nerf, par exemple quand il se forme des callosités ; 
* se passe alors comme si l’excitant extérieur était devenu plus faible. Mais 
Den est pas toujours ainsi : par exemple l’œil ou l’oreille ne deviennent pas 


En. 





HABITUDE 396 


Observations (suite) 


par l'exercice plus insensibles aux ébranlements physiques : car s’il en était 
ainsi, nous verrions un même objet moins éclairé, ou d’une couleur moins saturé 
quand nous avons l’habitude de le voir. Le phénomène est alors purement psycho. 
logique ; la sensation proprement dite restant la même en degré comme en qualité 
la perception est moins active ; l’afflux des images qui complètent et prolongent 
la sensation ne se fait plus ; et il en est de même des réactions qui s’expriment à 
notre conscience par un état affectif : celui-ci diminue également. Il ÿ a done 
en définitive, non pas affaiblissement de la sensation, mais abandon de celle.c; 
par notre activité psychique, qui s’en désintéresse, et ne la relève plus. 

Ce qui est affaibli, c’est la perception dont la sensation est l’occasion. Si le fait 
habituel est objet d’attention à chaque répétition, comme l'attention a pour eftet 
d'augmenter la durée et l'intensité des faits sur lesquels elle se porte, elle corrige 
l'influence négative de la répétition, et maintient la conscience du fait habituel 
à un niveau constant. Ces deux modes de répétition vu leurs résultats, seront 
bien désignés par les termes habitude négative, habitude positive, l'habitude négative 
étant d’ailleurs l’habitude pure et simple, l’habitude positive étant l’habitude 
corrigée par l’effort mental!. 

Toutefois, il faut remarquer que le phénomène inverse peut aussi se produire, 
quoique nous ne sachions pas exactement dans quelles conditions : il consiste en 
ce qu’une sensation, dont le caractère perceptif et surtout affectif est d’abord très 
faible, peut provoquer par la répétition une perception de plus en plus intense, et 
finalement devenir intolérable. I y a, par exemple, des bruits auxquels « on ne 
s’habitue pas » et qu’on supporte de moins en moins à mesure qu’on en a déjà plus 
souffert : ce phénomène pourrait être appelé contre-habitude. Mais il est morbide, 
tandis que le phénomène inverse est normal ; l’habitude négative appliquée 
à la perception constitue une économie bien entendue de l’activité psychique, 
tandis que la contre-habitude est une dépense malheureuse de ia même activité. 
(V. Egger.) 


Sur la distinction des habitudes en général et spéciales. — Cette distinction me 
paraît fondée. Elle correspond à la distinction faite par Hôffding et Bergson entre 
les deux mémoires, la mémoire libre et la mémoire automatique. Exemple : 
l'habitude de résoudre des problèmes, et l’habitude de calculer. (F. Mentré.) 

— Il n’y a ici aucune différence de nature ; il n’y en a qu’une de degré, et on 
peut concevoir des degrés intermédiaires : par exemple, entre l’habitude de 
déchiffrer la musique et celle de jouer tel ou tel morceau, il y a l’habitude de 
déchiffrer tel genre de morceaux, ou la musique de tel auteur, de telle époque, etc. 
(J. Lachelier.) : 

— Ce sont là des habitudes générales de degrés différents quant à la généralité. 
Je suis porté à croire qu'il n’y a en effet qu’une différence de degrés entre l'habitude 
spéciale et l'habitude générale. La première mériterait le nom d’habitude singu- 
lière, au sens logique du mot, si le cas d’une répétition d’habitude sans le moindre 
changement n’était pas un cas limité et presque idéal ; même quand on park 
d’automatisme, on n’affirme pas l'identité absolue des faits répétés. Il faut 
pourtant conserver la distinction en prenant pour critérium de l’habitude spécia 
ou singulière l’acte de la reconnaissance, soit effective, soit possible et légitimt: 
L'intérêt du concept psychologique d'habitude générale réside en ceci qu’elle est 





1. Cf. Viotor EcGes, La parole intérieure, not. p. 204-206, et RABIER, Psychologie, p. 581-582, où cette critique . 
adoptée par l’autenr, et opposée par lui à la distinction des habitudes actives et des habitudes passives de Maine 
Biran qu'il considère comme le résuitat d’une analyse insuffisante. (A. L.} 


y 







HABITUDE 





tude générale. — L'expression habi- 
générale se trouve chez MINE DE 
aan : « ll n’y a point d'habitude 
pérale qui nous dirige, ou qui puisse 
sus diriger dans l’art de raisonner, 
jine il y en a une dans l’art de cal- 
igler. » De l'influence de l'habitude sur 
@ Jaculté de penser, Et. Cousin (1841), 
à 283. Les mots sont soulignés dans 
s texte ; mais c’est dit en passant : il 
ge fait pas de cette expression le second 
tyme d’une antithèse technique, com- 
me l’a fait plus tard Victor Eccer. 
Celui-ci distingue les habitudes qui ne 
gncernent qu’un acte entièrement dé- 


— _— 
es 


terminé, toujours le même ; et les habi- 
tudes dont l'acte est varié, mais d’un 
certain genre : un talent acquis, un 
métier que l’on sait ; l’habitude de 
déchiffrer la musique, par opposition 
à l'habitude de jouer tel morceau. (La 
parole intérieure, p. 207. — L’habitude 
générale, dans la Rerue des cours et 
conférences, 21 mars 1901 et 25 mai 
1905.) 


CRITIQUE 


1. ARISTOTE, et après lui la plupart 
des philosophes modernes considèrent 
l'habitude comme spéciale aux êtres 








ta condition de l’invention et permet de relier l’imagination novatrice à la répé- 
ffion d'habitude et au souvenir qui n’en est qu’une variété. Tout artiste, tout 
tventeur porte en lui une habitude générale qui est son genre de talent ; c’est 
fourquoi ses productions les plus diverses ont, comme on dit, un air de famille. 
Le problème que pose ce concept est bien moins celui de la moindre généralité 
te celui du genus generalissimum ou des limites supérieures de l’habitude générale 
tnsidérée comme puissance ; car, là, tout critérium fait défaut. (V. Egger.) 


# 
Sur le domaine de l'habitude : 


: — L’habitude est la modification reçue par un être vivant à la suite d’une 
ætion exercée ou subie par lui. La répétition ou la continuité influent seulement 
sur la force de l’habitude. Cette définition a l'avantage d’exclure les pseudo- 
habitudes de la matière inorganique. C’est par un abus de langage qu’on a dit : 
k clef s’habitue à la serrure, la machine s’habitue à coudre, etc. L’habitude est 
une propriété spécifique des êtres vivants ; c’est leur caractère le plus général avec 
l'hérédité. (F. Mentré.) 

— Je ne partage pas cette opinion. Il est bien vrai que le langage n’applique le 
mot habitude qu’aux êtres vivants, et même aux animaux (car l’extension de ce 
terme aux plantes est déjà une hardiesse) ; mais il me semble que tous les caractères 
de l'habitude, soit morphologique, soit fonctionnelle, peuvent se retrouver dans 
les êtres non vivants, avec un moindre degré de complication seulement. Ce que 
le vivant apporte de nouveau dans le phénomène général de la conservation 
des changements passés me paraît être surtout, au contraire, l’élasticité vitale qui 
tend à effacer les modifications reçues (et qui d’ailleurs pourrait bien n’être 
ee-même qu’une assise plus profonde d'habitude). Peut-être faudrait-il y ajouter 
Sacore le caractère de variation spontanée (spontanée au moins pour nos moyens 

vation), qui caractérise tous les êtres vivants. — Au reste, comme le dit 
bien M. Mentré dans sa note, il n’est possible ici que d’indiquer sur ce point 

Opinions, dont la preuve exigerait de trop longues explications (A. L.) 


Sur la définition de l'habitude par la répétition. — AristorE définit l'habitude : 
c"Rôa Éct{v, 60x Là Td rod rerounxévar roroborv. » Rhétorique I, 10. 1369P6. — 
Q. Tbid., 1, 11. 137097 : « “Oporév 1 rù Éoc rfi phares” Éd Yap Ka rd ro TS 

: or 3h pv hoc toù &el, rù 8È EGoç ro5 roXXbug. » De même RavaIssoN, après 
&veir défini l'habitude d’une façon très générale (voir texte cité ci-dessus) restreint 


LANDE, — vocAB. PHIL. 15 



















HABITUDE 





39 


ee 


vivants, et s’opposant à l’inertie des 2. A la distinction des habitudes 
corps bruts. Mais cette opposition a été | actives et passives, faite par Maine p 
fortement contestée, notamment par | Biran, V. EccEr objecte que la rg 
Léon DumonT, De l'habitude, Revue ! tition n'’affaiblit pas réellement le 
philosophique, 1876, t. L. Il admet que | phénomènes passifs. Voir ci-desso 
toutes les formes de l’habitude peuvent | Observations. 

se ramener à une conservation plus ou 3. Sur la question de savoir si l'es. 
moins apparente des modifications | sentiel de l'habitude se produit dès 1 
laissées dans un être, en vertu de son | premier changement, et par suite $; 
inertie, par les actions qu’il produit ou | l’idée de répétition est nécessaire à 
qu’il subit, comme le pli d’une étoffe, | définir l’habitude, voir également Jes 
ou les ravinements de l’eau sur le | Observations. 

sol. Rad. int. : B. Kustum. 


us, 





— 


ainsi cette définition : « Une disposition à l’égard d’un changement engendrée dans 
un être par la continuité ou la répétition de ce même changement. De l'habitude, 
1, p. 4. 

Albert LEMoINE (L’habitude et l’instinct, 1875, chap. I, p. 2 et suiv.) a fait 
remarquer que la continuité ou la répétition renforcent sans doute l'habitude et 
la rendent perceptible, mais que le fait essentiel qui la constitue se produit dès 
le premier changement, et que, par conséquent, ces caractères secondaires ne 
doivent pas entrer dans la définition philosophique de l’habitude. Cette opinion 
est adoptée par Léon DumonrT, De l’habitude, $ 1v et par RENOUVIER, Critique 
philosophique, oct. 1877, p. 184 où il appelle ce premier reliquat «l’élément infinité. 
simal de l’habitude ». 

M. Mentré m’écrit également qu'il la trouve bien fondée. (Voir ci-dessus.) — 
Je l'avais mentionnée, en l’adoptant aussi, dans la première rédaction de cet 
article, où j’ajoutais les réserves suivantes : « Il faut cependant observer que 
dans l’usage courant, ce mot ne s'applique qu’à des habitudes assez développées 
pour produire un effet notable, ce qui exige presque toujours la durée ou la 
répétition du fait considéré. Il serait paradoxal de dire qu’on « a l’habitude » 
de ce qu’on n’a fait ou éprouvé qu’une ou deux fois. » 

Malgré ces réserves, le fond même de la remarque d'Albert Lemoine a été mis 
en doute, notamment par J. Lachelier, L. Brunschvicg, F. Rauh. Ce dernier m'’écrit: 
« L'observation d'Albert Lemoine est sans valeur ; c’est l’application à la psycho- 
logie d’une prétendue nécessité logique qui peut fort bien ne correspondre à rien 
de réel. On n’a pas le droit de raisonner ainsi par continuité sur les phénomènes 
de la vie. À un argument analogue contre l’usage, même modéré, de l’alcool, 
Duclaux répondait avec raison qu’à ce compte, un bon repas serait le premier 
degré de l’indigestion. — L’habitude est une prédisposition, et l’on ne peut 
connaître une prédisposition que par la facilité du déclenchement, qui ne se produit 
pas dès le premier fait. » | 

Je crois pouvoir répondre à ces critiques : 1° Il ne faut pas confondre la mant- 
festation de l’habitude, qui nous la rend sensible, avec la modification biologique 
qui la constitue. Nous devons autant que possible définir les choses elles-mêmes 
et non l’idée que nous en avons, les « prénotions » formées par le langage courant, 
qui ne s'intéresse qu’aux effets appréciables et utilisables. Or, dans ce cas, le 


phénomène réel n’est pas la « facilité » ou la « perfection » de l’acte, caractèré * 


tout relatifs à nous et à notre utilité, mais la disposition permanente laissée dans 
l’organisme ou dans l'esprit par un changement à l'égard de la répétition futuré 
de ce même changement. Or, il est évident que toute modification qui contripu® 


HALLUCINATION 


| maecceité, voir Eccéité*. CRITIQUE 


1. BRIERRE DE BoismMonT | Des hallu- 
cinations, p. 16) distingue l’hallucina- 
tion de l'illusion, et fait remonter cette 
distinction à ARNOLD, Observations on 
nature, kinds, causes and preservation of 
insanity, Londres, 1806. Il cite les 
Pm'est pas réellement présent ou distinctions analogues de CRICHTON, 

phénomène qui n’a pas lieu réelle- d’Esquiro, de LÉLUT, de LEURET, de 
le ParcHaPPE; et il adopte pour lui- 
pot même la formule suivante : « Nous 
définissons l’hallucination, la percep- 
tion des signes sensibles de l’idée; et 
l'illusion, l’appréciation fausse des sen- 
sations internes. » (Jbid., p. 18.) — 
Cette distinction est reprise d’une 
façon plus précise et moins obscure 
par James Suzy, qui l’énonce ainsi : 
« Une illusion doit toujours avoir pour 
point de départ quelque impression 
réelle, tandis qu’une hallucination n’a 
pas une base de ce genre. Ainsi, il y a 
illusion quand un homme, sous le coup 
de la terreur, prend pour un fantôme 
un tronc d’arbre éclairé par les rayons 
de la lune. Il y a hallucination lors- 


ALLUCINATION, D. Hallucina- 
E. Hallucination ; I. Allucina- 


erception par un individu éveillé, 
D beaucoup plus rarement, par un 
qupe d'individus, d’un objet sensible 


Ÿ Hallucinations hypnagogiques, celles 
di précèdent immédiatement le som- 


allucination négative, phénomène 
din consiste à ne pas percevoir un objet 
ésent, et à remplir par une image 
fférente la partie de la représenta- 

totale que cet objet devrait norma- : 
pent occuper. — On doit remarquer 
Me l’hallucination négative n’est pas à 
pprement parler une hallucination, 
‘sens ordinaire, mais plutôt un phé- 
mène inverse. Cependant, il y a quel- 
e chose de véritablement hallucina- 
fe dans la perception d’un objet, ! 
fauteuil par exemple, qui devrait 


ë Pmalement être caché par la personne 
qi y est assise. 
Pit 





1. Observations sur la nalure,les genres ella prophylaxie 
de l'aliénation mentale. 


d'former une « habitude » ultérieurement efficace doit avoir produit dès le premier 
füt une modification de ce genre. — 2° Cette vue théorique est confirmée par 
# faits. On sait que certaines personnes retiennent du premier coup et peuvent 
Ater mécaniquement un texte même assez long : l’habitude motrice qui n’est 
sisible chez les autres qu'après plusieurs répétitions, se manifeste donc chez 
Gbx-ci dès le premier acte. Dans un grand nombre de cas, il y a beaucoup plus 
dé différence entre le premier fait et le second qu'entre le second et les suivants : 
vi est vrai qu’en certaines matières on peut dire « une fois n’est pas coutume », 
en est au moins autant où le proverbe opposé est seul vrai : « Il n’y a que le 
Bémier pas qui coûte. » 11 arrive enfin qu’un choix fortuit (par exemple celui 
‘ne place dans une bibliothèque, d’un portemanteau sur un mur) détermine 
Suite le même choix à la seconde occasion, et parfois à toutes les suivantes. 
trouvera plusieurs faits de ce genre cités dans V. Eccer, La naissance des 
itudes, Annales de la Faculté de Bordeaux, 1880, p. 290-323. (A. L.) 


Sur Hallucination. — Une partie de la critique primitive a été supprimée et 
'émplacée 1° par des indications historiques plus complètes ; — 2° par des propo- 
tendant à préciser le sens du mot d’après des observations communiquées 

Per MM. Goblot, Delbos, Couturat, Rauh, Pécaut, Boisse, Ranzoli. 
Eaucoup d’aliénistes contemporains estiment que l’hallucination nettement 
Caractérisée, telle qu’elle était admise par Esquirol, Lélut, Brierre de Boismont, 


. 


HALLUCINATION 








qu’une personne qui a de l'imagination 
se représente si vivement le visage 
d’un ami absent que pendant un ins- 
tant elle croit voir réellement cet ami. 
L’illusion est donc un déplacement 
partiel d’un fait extérieur par une fic- 
tion de l’imagination, tandis que l’hal- 
lucination en est un déplacement 
total. » Les illusions des sens et de 
l'esprit, Bibl. scient. internat., édit. 
française, p. 8-9. 

Cette distinction ne peut être admise 
sous cette forme : il est rare, en effet, 
que rien de réel ne se joigne à l’hallu- 
cination, et presque toujours le person- 


nage ou l’objet fictif apparaît en ra 

port avec des objets réels qui sont 
normalement perçus. (Voir ci-dessoy 
les faits cités aux Observations, et Fin 
qui sont rapportés par Tainr, A 
l’appendice de l’Intelligence.) Mais : 
écartant le critérium de l'erreur par 
tielle et de l’erreur totale, la distinction 
précise des deux phénomènes peut être 
maintenue de la manière suivante. ]] 

a dans la perception normale d’un 
objet deux facteurs à considérer . 
1° la sensation proprement dite : 20 l'in. 
terprétation de cette sensation par un 
concours de souvenirs, d'images, d’as- 


Michéa, Baillarger, etc., est un phénomène rare — quelques-uns disent même 
douteux — et que la plupart des cas cités ne doivent cette netteté qu’au 
travail rétrospectif de la mémoire ou à une expression verbale qui précise trop, 
pour l'auditeur, l’impression réellement éprouvée par le sujeti. 

« Ce qui frappe au contraire, chez le plus grand nombre des hallucinés, c'est la 
distinction qu'ils font d'eux-mêmes, et plus souvent sous l’influence de nos ques- 
tions, entre leurs hallucinations et leurs perceptions réelles. Les hallucinations de 
la vue ne sont vraiment complètes, c’est-à-dire semblables aux perceptions 
normales, avec la même netteté des contours et des teintes, les mêmes reliefs, que 
dans le cas des grandes intoxications, où elles vont d’ailleurs de pair avec l’obnubi- 
lation de la conscience. » Dans les autres cas « les malades ont très souvent une 
tendance spontanée à en faire la critique, et nous venons de voir » (en ce qui 
concerne les hallucinations visuelles) « que, dans la psychose hallucinatoire 
chronique, ils n’en sont pas dupes ; ils se refusent à y voir des perceptions visuelles, 
et, comme ils délirent, ils expliquent tout naturellement en fonction de leur délire, 
comme une machination de leurs ennemis, toute cette imagerie imprécise ». 
G. Dumas, Traité de psychologie, tome II, p. 893 : « Les hallucinations en général. » 

Certains cas cependant semblent bien constituer de véritables hallucinations, 
au sens classique. Un fait curieux est que les exemples qui suivent concernent 
des sujets qui n’ont jamais été aliénés. « M. Marillier m’a raconté qu’il avait eu 
une hallucination répétée tous les jours, à la même heure, pendant un assez 
long temps. Assis à sa table de travail, il voyait, assise dans un fauteuil, une 
personne qui le regardait fixement. Or le fauteuil était vide. La fausse perception 
était aussi précise, aussi réelle que les perceptions vraies environnantes. La 
main qui reposait sur le bras du fauteuil était aussi nette, aussi définie en tous 
ses détails que le fauteuil lui-même ; la tête se détachait sur une gravure accrochée 
au mur et en cachait une partie. Voilà l’hallucination type. » (Extrait d’une 
note d’Edmond Goblot.) 

— dJ’ai entendu deux fois décrire des hallucinations par des personnes qui 
les avaient éprouvées ; elles étaient aussi caractérisées par ce mélange intime 
d'éléments réels, perçus normalement, et d'éléments hallucinatoires. 1° Mme M. 
étant âgée de plus de soixante ans, m’a raconté qu’à une certaine période de sa 
vie elle voyait tous les jours à la même heure entrer dans la pièce où elle se trouvait 


— 


1. Résumé de conversations aveo M. Georges Dumas. 











HASARD 





eiations, de raisonnements qui trans- 
ent la sensation brute en objet 
tinctement reconnu. S’il y a alté- 
ion de ce que doit être normalement 
sensation, nous dirons qu’il y a 
ucination ; s’il y a seulement alté- 
Stion de ce que doit être normalement 
Minterprétation perceptive de la sen- 
tion, nous dirons qu'il y à illusion. 
& 2 On n'appelle pas ordinairement 
M images des rêves hallucinations, bien 
elles présentent, psychologiquement, 
Æ même caractère que celles-ci. 


%, Hallucinations psychiques, hailucina- 
Bons psycho-sensorielles, voir le Supplé- 
ment à la fin du présent ouvrage. 

& Rad. int. : Halucin. 


5. HARMONIE. Du G. ‘Apuovix, ajus- 
tement ; D. Harmonie; E. Harmony ; 
4. Armonia. 

s À. Sens général. Unité (organique) 
“une multiplicité, c’est-à-dire genre 
#articulier d'ordre consistant en ce que 
‘les différentes parties d’un être ou ses 
‘différentes fonctions ne s’opposent pas, 
mais concourent à un même effet d’en- 
æmble (voir Finalité*) : — par suite, 
æombinaison heureuse d’éléments di- 


ë 





vers. — Très employé par les philoso- 
phes français contemporains, particu- 
lièrement par Ravaisson, qui a le plus 
contribué à en répandre l’usage ; rare 
dans les autres langues, sauf dans 
l'expression Harmonie préétablie. (Voir 
ci-dessous.) 

B. Sens spécial. 1° Caractère esthé- 
tique de la sensation produite par l’au- 
dition simultanée de plusieurs sons mu- 
sicaux. (S’oppose en ce sens à Mélodie.) 
— 2° Science de l’emploi des accords. 


Harmonie préétablie, L. Harmonia 
praestabilita (LeiBniz) ; D. Praesta- 
bilierte Harmonie; E. Preestablished 
harmony ; 1. Armonia prestabilita. — 
Doctrine de LEïiBniz, d’après laquelle 
il n’y a pas d’action directe des subs- 
tances créées l’une sur l’autre, mais 
seulement un développement parallèle, 
qui maintient entre elles à chaque mo- 
ment un rapport mutuel réglé d'avance. 

Rad. int. : Harmoni. 


HASARD, G. tôyn, abtéuarov: D. 
Zufall, Zufälligkeit ; E. Chance, Hazard 
(plus rare); I. Caso; Azzardo, For- 
tuito (rares). 

Ce mot sert à traduire +54n et aûté, 


‘un homme vêtu comme un ouvrier qui s’approchait, la poussait de la main comme 
pour l’écarter de son chemin, et s’en allait ensuite. Elle donnait les mêmes détails 
que M. Marillier sur les apparences égales de réalité présentées par le personnage 
imaginaire, les objets devant lesquels il passait, etc. — 2° Mon camarade d’École 
Normale P. B. (mort de méningite l’année suivante, à 22 ans) a vu un de ses 
parents dans une allée de jardin, s’est approché pour lui parler, et l’image a disparu 
au moment où il allait lui toucher la main. Il faisait les mêmes remarques sur le 
rapport de l’image et des arbres avoisinants. (A. L.) | 

— « Il faut tenir compte, dans la définition de ce mot, du fait que certaines 
hallucinations portent, non pas sur des objets proprement dits, mais sur des états 
intérieurs : hallucinations musculaires (CRAMER, Die Hallucinationen im Muskel- 
sinn, Freiburg, 1889); hallucinations cénesthésiques (avoir un corps de verre, 
être mort, se trouver dans un autre corps que le sien, etc.). » (C. Ranzoli.) 


Sur Harmonie. — Article complété sur les observations de G. Dweishauvers. 
— Toute harmonie impliquant peut-être la simultanéité dans la perception ou 
dans le concept, le sens B n’est pas le sens étroit du mot ; c’est l’application, par 
approfondissement, à l’ordre musical, du sens propre du mot. — De plus, le 
Caractère esthétique (de la sensation) que l’on remarque au sens B n’est pas 
une différence spécifique : toute harmonie implique un caractère esthétique. 
est une question de savoir si la proposition est convertible. (L. Boisse.) 


pe 







HASARD 


mutov Chez ARISTOTE, qui oppose ces | rôyn et l’abréuarov. (Voir MILHAUD, Le 
termes à éois et qui les rapproche de | hasard chez Aristote et chez Cournet 
celui d’accident* (rè ovu6eënxéc). La | Revue de métaphysique, novembre 
nature, selon lui, est ce qui agit en | 1902, et Études sur la pensée scienti. 
vertu d’une finalité* ; mais : 1° chaque | fique chez les Grecs et les Modernes, 
action accomplie en vue d’une fin pro- | ch. 1v.) — Les deux mots sont le plus 
duit accessoirement des effets qui ne | souvent conjoints par ARISTOTE : « Tà 
sont pas compris dans sa fin (comme | yivéueva por mavra yiveror À del &ôl 
le bruit d’une voiture, effet accessoire | ñ ce Ent +d mod * tx DE napa rTù del 
et non voulu de son mouvement); | xal de Ext td moAb, &md toù abrouätrou 
20 les actions de cette sorte peuvent | xal mé tüync. » Ilepl ÿevéozewc xxi pOo- 
avoir entre elles des rencontres, qui, | pac, 11, 6, 3307. Mais, en un sens plus 
elles aussi, ne sont pas comprises dans | strict, la +oyn n’est qu’une partie de 
la finalité de ces actions. L'ensemble | l'xdrouarov (Physique, Il, 6, 197837) : 
de ces effets accessoires constitue la | elle consiste dans ce qui, arrivant par 








Sur Hasard. — Article corrigé d’après les observations de J. Lachelier, F. Rauh, 
E. Goblot, F. Mentré, L. Brunschvicg. 

Historique. — ARISTOTE définit le hasard, la cause accidentelle d'effets excep- 
tionnels ou accessoires qui revêtent l’apparence de la finalité. {Voir Physique, 
19725, 12, 22). Cette définition est complexe ; elle contient celle de Cournot, mais 
avec l’idée de finalité en plus. Pour lui, le hasard est une rencontre accidentelle 
qui ressemble à une rencontre intentionnelle (le créancier qui rencontre par 
hasard son débiteur, le trépied qui retombe par hasard sur ses trois pieds). Un 
exemple d'Alexandre d’Aphrodise éclaire bien la distinction d’Aristote entre la 
roxn, et l'xdtéuarov : un cheval échappé rencontre son maître par hasard ; il ya 
adtéuaroy pour le cheval et rüyn pour le maître. (F. Mentré.) 

— Adrôuaros est un mot de la langue grecque courante, qu’on trouve déjà 
chez Homère. 11 veut dire, conformément à son étymologie, « ce qui se meut de 
soi-même », spontané. Dans certains passages d’Aristote, il a encore ce sens : la 
yÉveors aûtéuatoc est la génération spontanée. Comment, même avant son 
époque, avait-il déjà passé à celui de hasard (Thucydide, Xénophon) ? Probable- 
ment par antithèse à ce qui est déterminé par une cause extérieure, et, par suite, 
prévisible. Si cela est, il faudrait rapprocher cette notion de l’idée suivant laquelle 
il n’y a de vraiment fortuit que ce qui vient d’un commencement absolu, d’un 
libre arbitre (mais, bien entendu, sans prêter cette interprétation à Aristote 
lui-même). (A. L.) 

— Dans l’Essai, Cournot signale la définition de Jean DE LA PLACETTE 
(Traité des Jeux de Hasard, La Haye, 1714) qui est l’aïeule de la sienne. Il définissait 
le hasard : «le concours de deux ou trois événements contingents, chacun desquels 
a ses causes, en sorte que leur concours n’en a aucune que l’on connaisse. » Cité 
dans l’Essai, tome I, p. 56, note 1. (F. Mentré.) 

— La définition donnée par M. Poincaré a été formulée auparavant par 
RENAN dans l’Avenir de la Science : « Le hasard, dit-il, est ce qui n’a pas de cause 
morale proportionnée à l'effet » (p. 24). Il cite comme exemple de hasard la mort 
de Gustave Adolphe, tué à Lutzen par un boulet de canon et il ajoute : « La 
direction d’un boulet à quelques centimètres près n’est pas un fait proportionné 
aux immenses conséquences qui en sortiront. » D’après cette définition, le hasard 
serait synonyme de cause insignifiante produisant des effets incalculables. Exem- 
ple : la longueur du nez de Cléopâtre et le grain de sable de Cromwell {dans Pascal). 
Peu s’en fallut que Napoléon partit pour la Turquie, ce qui changeait le cours 


HASARD 


à des êtres doués de volonté 
ggrest-à-dire paruneffet purement acci- 
datel et non prévu de leurs volitions, 
encore par une cause extérieure qui 
s' rien d’intentionnel}, est cependant è ! 
tal qu'on aurait pu le souhaiter ou le | mot, suivant qu’on a voulu soit repré- 
caindre, le vouloir ou vouloir l’empé- | senter simplement l’idée que nous nous 
er:° “Oca &rd rabrouxtou yiverat tv | faisons du hasard, soit indiquer théo- 
poupe TE V, roîc Éyouar mpouipeoiv. » | riquement quelles circonstances objec- 
Jhid., 197721. Voir Bonirz, vo +üxn. tives donnent à cette idée l’occasion de 
Sens primitif : « Jeu de Hasart » est | s’appliquer : 
Je nom propre d’une sorte de jeu de dés 19 Définition subjective : 
(Dar, Harz. et Taomas, vo, 1227 A), À. Caractère d’un événement ou d’un 
étendu plus tard à tous les jeux où ! concours d'événements qui ne présente 
n'intervient pas l’habileté du joueur, | pas le genre de détermination qui nous 


mais où le gain et la perte sont déter- 
minés par un ensemble de causes trop 
petites ou trop complexes pour que le 
résultat puisse en être prévu. 

De là, deux manières de définir ce 








————— 2 E 


de la Révolution et les destinées de l'Europe. Peu s’en fallut que Darwin ne 
voyageât pas à bord du Beagle, ce qui eût changé considérablement les destinées 
de la biologie ! C’est un des caractères du hasard humain et historique, mais un 
caractère dérivé. Le fait objectif est la coïncidence des séries ; le reste est inter- 
prétation subjective et finaliste. (1d.) De 

‘: _ L'idée de Renan me paraît assez différente de celle de M. Poincaré. Pour le 
premier, il s'agit d'importance morale ; pour le second, il s’agit de la grandeur 
physique des phénomènes considérés, au sens où le physicien considère le millième 
dé millimètre comme négligeable sur la mesure du kilomètre ; et c’est précisément 
de là qu'il tire sa justification de la loi des grands nombres. On peut dire, et j'ai dit 
moi-même dans la Critique, que si l’on veut conserver au mot hasard son sens 
usuel, on est ramené nécessairement de l’idée purement mathématique à l’idée 
de jugement appréciatif , mais cela me paraît une modification de la théorie, 
et non son point de départ. 

D'autre part, j'aurais peine à accorder que si Darwin n’eût pas fait le voyage 
du Beagle, cela eût changé considérablement les destinées de la biologie ; mais 
c’êst une question qui touche le rôle du hasard dans le progrès de la science, et 
non la définition du terme. (A. L.) 

— En voulant corriger la définition de Cournot, M. P. Souriau (thèse sur 
l'Invention) a trouvé cette formule : « Le hasard est la rencontre d’une causalité 
externe et d’une finalité interne. » Cette définition se rapproche de celle d’Aristote, 
mais elle n’est pas aussi compréhensive : elle n’en est qu’un cas particulier. Il 
peut y avoir rencontre de deux finalités ; et puis les diverses finalités ne doivent 
Pas être placées sur le même plan. (F. Mentré.) 


Critique. — Extrait de la discussion à la séance du 4 juillet 1907 : 

« J. Lachelier : « Je ne vois que deux sens possibles du mot hasard : 1° l'absence 
de toute raison déterminante : 2° l’absence de détermination téléologique. Quand 
on dit que le hasard « n’existe pas », on prend, ordinairement, le mot dans le 
Premier sens : on veut dire que tout est déterminé, au moins mécaniquement 
à moins qu'avec Bossuet, on ne superpose à l’ordre naturel une sorte de téléologie 
divine ;iln’y aurait pas alors de hasard, même au second sens). — Dans la pensée 
de tout le monde, il y a un hasard ; et quand on dit qu’une chose arrive par hasard, 
©n entend que cette chose arrive sans doute en vertu d’une nécessité mécanique 
(à vrai dire, on ne l’affirme ni ne le nie, on ne pense pas du tout à ce genre de 


ue 


HASARD 


paraîtrait normal, étant donnée sa na- 
ture ; par exemple, caractère d’un évé- 
nement qui touche à notre personne, 
à nos biens, aux intérêts dont nous 
sommes chargés, mais que nous ne pou- 
vions pas prévoir et que nous n'avons 
pas voulu ; en sorte qu’on ne peut nous 
en faire ni un mérite ni un reproche, 
même si quelques-unes de nos actions 
volontaires sont au nombre des causes 
qui se sont trouvées concourir maté- 
riellement à l'effet produit. « Quoique 
les hommes se flattent de leurs grandes 
actions, elles ne sont pas souvent les 














__ #4 


effets d’un grand dessein, mais 
effets du hasard. » (La Rocnero. 
cAULD, Mazime 57.) « Ce qui est hasard 
à l'égard des hommes est dessein \ 
l'égard de Dieu. » BossuET, Politique. 
V, I, 1. Voir Fatum*. — La jurispry! 
dence admet en ce sens le cas fortuÿs 
qui supprime, sauf convention Con. 
traire, la responsabilité du débiteur 
(Code civil, art. 1148, 1302.) ° 

29 Définitions objectives : 

B. Ce qui est à la fois matérielle. 
ment indéterminé et moralement non 
délibéré. 


causalité) ; mais en tout cas, on assure qu’elle arrive en dehors du tout ordre 
téléclogique, c’est-à-dire en dehors non seulement de tout dessein humain ou 
divin, mais encore de tout ordre stable {de quelque façon du reste qu’on s’explique 
l'existence de cet ordre; mais on y voit toujours, plus ou moins consciemment, 
l'effet d’une sorte de téléologie de la nature). Il faut ajouter que ce qui échappe 
à un tel ordre n’est appelé hasard que par opposition ou tout au moins par contraste 
avec cet ordre même. Ainsi la marche régulière d’une planète dans son orbite ne 
nous paraît pas fortuite ; les perturbations produites par l’attraction mutuelle 
des planètes ne nous paraissent pas fortuites non plus; mais une perturbation 
produite par le passage d’une comète nous paraît fortuite, parce que les comètes 
et leurs mouvements ne forment pas pour nous un ensemble organisé. S’il n°y 
avait qu'un seul corps, marchant dans l'espace en ligne droite, en vertu d’une 
impulsion reçue, nous ne dirions pas que la marche de ce corps est fortuite, 


parce qu'elle ne s’opposerait, dans notre pensée à aucun ensernble organisé de 
mouvements. » 


L. Brunschvicg adopte ces observationst. 

F. Rauh : « L'idée de hasard s’oppose en effet à celle de normalité, entendue 
dans un sens très large, el j’accorde tout ce que dit M. Lachelier à ce sujet. Mais 
il faut faire quelques réserves. En premier lieu, il n'est pas exact que cette idée 
de normalité soit nécessairement une considération ou une préférence toutes 
subjectives, comme pourraient le faire croire quelques-uns des exemples ci-dessus, 
ou encore cette expression de regret logique qui se trouve dans les conclusions 
de l’article. Pour beaucoup de philosophes, la norme est conçue comme objective, 
et par suite le hasard participe à ce caractère. » 

J. Lachelier : « Même si la norme est conçue comme objective, c’est notre 
pensée seule qui considère ceci ou cela et qui par suite en fait un hasard, en ke 
rapportant à la norme qu'il aurait pu ou qu'il aurait dû suivre. Il n’y a hasard 
que par rapport à des classes, et c’est nous qui faisons les classes. » 

F. Rauh : « D’autre part, il faut remarquer que, subjective ou objective, la 
normalité ne se définit pas toujours par la répétition. Ainsi un joueur ne croira 
pas avoir gagné par hasard s’il croit qu’il a « eu de ia chance ». La « chance » est 








; 1. M. C. Ranzoll diviserait d’une façon analogue les sens du mot hasard. « Ce terme, nous écrit-il en substance, 
n’a de sens précis que dans un contexte déterminé, et selon l'ordre d'idées où l’on se place d'abord. D'où trois usages 
fondamentaux : A. Du point de vue de la causalité ou de la nécessité, ce qui est spontané, indéterminé; — B. Du 
point de vue de la finalité, ce qui est mécanique, inconscient ; — €. Du point de vue de la prévisibilité, ce qui e8t 
imprévu, imprévisible, inattendu : et cela soit 1° à cause de la complexité des causes et des effets; soit 2e à oaus® 
de la rencontre de séries indépendantes d'événements. » Voirson ouvrage J1 Casonel pensiera enella vita, Milao , 1913. 


HASARD 





« Épicure [par le clinamen]... ne fai- 
t qu’introduire dans les actes volon- 
es l'accident, pour ou contre la 
on indifféremment, selon les ren- 
tres atomiques, fortuites par défini- 
on, tandis que le libre arbitre humain 
sige, en regard des possibles indéter- 
Minés, La délibération de la raison, qui 
weclut le hasard. » RENOUVIER, Histoire 
% solution des probl. métaph. XII, 
‘101. — Franck le définit de même : 


l'intelligence. Dictionnaire, V°, 682 B. 
Il y a d’ailleurs lieu de douter, ajoute- 
t-il, que ce concept corresponde à rien 
d’existant. | 

C. Caractère d’un événement « amené 
par la combinaison ou la rencontre de 
phénomènes qui appartiennent à des 
séries indépendantes dans l’ordre de 
la causalité ». (CournoT, Théorie des 
chances et des probabilités, ch. 11; et 
Essai sur les fondements de nos con- 
« Ce qui ne paraît être le résultat ni naissances, ch. ui.) Il complète ailleurs 
d'une nécessité inhérente à la nature | cette définition en faisant remarquer 
des choses, ni d’un plan conçu par ; que la même sorte de concours peut 


— nr 


jei une sorte d'influence et par suite de norme qui supprime le hasard. Inver- 
gement, une suite d’actes incohérents, bien qu’elle constitue une répétition, n en 
gra pas moins considérée comme une suite de faits de hasard. La normalité est 
fi d'ordre différent : elle consiste dans le caractère d'adaptation propre al intelli- 
rence. En résumé il y a norme dès qu’il y a une notion définie, soit par des répé- 
Ron, soit par une moyenne, soit par une intention, soit par une direction, soit 
r un caractère intrinsèque ; en un mot, de n'importe quelle manière. »” 
A. Lalande : « C’est pour cela que j'ai cité dans la Critique l exemple d AE 
Yespuce. La norme est ici quelque chose comme une jushes idéale, à laquelle 
Ï ient manqué. » | ss 
e D Lueholier 1e Soit. mais il y a lieu, si l’on élargit tant l’idée de norme, de 
distinguer de vraies et de fausses normes : les unes objectives, les autres plus ou 
moins imaginaires ou artificielles. Tel est le cas de la plupart des moyennes. » 
G. Sorel : « Notamment des moyennes statistiques de la vie sociale : l’idée 
qu’il faut tant de morts par an u une Re de tant de personnes ne cor- 
à rien qu’à notre manière de penser les choses. » | | 
Ro d'En tant que norme, on ne peut pourtant pas dire qu’elle soit 
fausse ; elle est seulement subjective. Mais nous sommes convenus dès le début 
de la discussion qu'il y avait des normes subjectives et des normes objectives. » 
— « Que le jeu tout mécanique des causes qui arrêtent la roulette sur un 
numéro me fasse gagner, et par conséquent opère comme eût fait un bon génie 
soucieux de mes intérêts, que la force toute mécanique du vent arrache du toit 
une tuile et me la lance sur la tête, c’est-à-dire agisse comme eût fait un mauvais 
génie conspirant contre ma personne, dans les deux cas je trouve un HÉCARISE 
là où j'aurais cherché, là où j'aurais dû rencontrer, semble-t-il, une intention 5 
c'est ce que j’exprime en parlant de hasard. — Et d un monde ao 
les phénomènes se succéderaient au gré de leur caprice, je dirai encore que c'es 
le règne du hasard, entendant par là que je trouve devant moi des volontés, 
ou plutôt des décrets, quand c'est du mécanisme que ] attendais. Ainsi s explique 
le singulier ballottement de l’esprit quand il tente de définir le hasard... Il oscille, 
incapable de se fixer, entre l’idée d’une absence de cause efficiente et celle d une 
absence de cause finale... Le problème reste insoluble en effet, tant qu on tient 
l’idée de hasard pour une pure idée, sans mélange d'affection. Mais en ee 
hasard ne fait qu’objectiver l’état d'âme de celui qui se serait attendu à l’une des 
deux espèces d’ordre, et qui rencontre l’autre. » (H. Bergson, L Évolution créatrice, 
254-255.) 





HASARD 





406 





avoir lieu non seulement dans l’ordre 
de la causalité, mais dans l’ordre ration- 
nel ou logique (p. ex. la série des déci- 
males du nombre x). D’où cette défini- 
tion générale : « Le hasard est le con- 
cours de faits rationnellement indé- 
pendants les uns des autres. » (Traité 
de l’enchainement, $ 52; Matérialisme, 
vitalisme, rationalisme, p. 313), défini- 
tion dans laquelle il faut entendre le 
mot faits au sens le plus général. — 
«lt is incorrect to say that any pheno- 
menon is produced by chance ; but we 
may say that two or more phenomena 
are conjoined by chance... meaning that 
they are in no way related through 
causation ; that they are neither cause 
and effect, nor effects of the same 
cause, nor effects of causes between 
which there subsists any law of coexis- 
tence ; nor even effects of the same 
original collocation of primeval cau- 





ses!. » J. St. Micz, Logique, livre II], 
ch. xvu, $ 2. 

« Le hasard est une interférence 
quelquefois singulière, ordinairement 
imprévisible en raison de la complexité 
de ses facteurs. en tout cas non inten- 
tionnelle et relativement contingente 
(quoique nécessaire en soi à un moment 
donné et dans des circonstances don. 
nées) entre deux ou plusieurs séries 
causales réciproquement et relative- 
ment indépendantes. » MALDIDIER, Le 
hasard, Revue philosophique, juin 1897, 
p. 585. 

D. Caractère des événements pour 


1. . 1! est inexact de dire qu'un phénomène, quel qu'il 
soit, est produit par le hasard ; mais nous avons le droit 
de dire que deux ou plusieurs phénomènes sont réunis 
par le hasard ; entendant par là qu'ils ne sont en aucune 
manière reliés par la causation ; qu'ils ne sont ni cause 
ou effet l'un de l'autre, ni effets de la même cause, 
ni effets de causes liées entre elles par une loi de coexis- 
tence, ni effets d'une même collocation originelle des 
causes primitives. » 







HASARD 





gquels se vérifie la loi des grands 
ombres, c'est-à-dire tels « que ces évé- 
gments étant partagés en classes et 


Le classes en catégories, le rapport du 


mbre total d'événements de la classe 
nombre total d'événements de l’une 


| es catégories tend irrégulièrement vers 


ne limite déterminée quand le nombre 
Wrévénements considérés devient de 
us en plus grand ». (DE Monressus, 
y propos du hasard, Revue du mois, 
mers 1907.) 
; Le même auteur a proposé au Con- 
de philosophie de Genève (1904) 
le formule suivante, intitulée Extension 
de la définition du hasard : « Un événe- 
ment est dit procéder du hasard quand 
ÿ n'existe aucun lien entre la nature 
de sa catégorie et la cause détermi- 
t cette catégorie. » (C. R. du Con- 
grés, P. 692.) 





reusement déterminé, mais tel qu’une 
différence extrêmement petite dans ses 
causes aurait produit une différence 
considérable dans l'effet. Par exemple, 
un retard d’une seconde qui aurait 
évité un accident ; une augmentation 
d'un millième dans l'impulsion donnée 
à la bille de la roulette, augmentation 
qui aurait fait sortir un numéro au lieu 
d’un autre. « La différence dans la 
cause est imperceptible, et la diffé- 
rence dans l'effet est, pour moi, de la 
plus haute importance, puisqu'il y va 
de toute ma mise. » (H. Poincaré, Le 
Hasard, Revue du mois, mars 1907.) 
— La loi des grands nombres doit être 
considérée, dans ce cas, comme une 
propriété dérivée résultant de ces deux 
conditions, et d’un postulat d’après 
lequel la probabilité des causes elles- 
mêmes varierait selon une fonction con- 


Le concept du fortuit ne peut être compris en dehors de sa relation au concept 
de nécessaire, et celui-ci à son tour ne peut l’être que dans ses relations aux 
concepts de possible, d’impossible, de vraisemblable et de certain. 

Je tiens pour classiques les définitions de Spinoza, Éthique, 1, xxxin1, Scholie, 
notamment : « At res aliqua nulla alia de causa contingens dicitur nisi respectu 
defectus nostrae cognitionis. Res enim, etc. » (F. Tônnies.) 

— Le mot hasard ne me paraît pas pouvoir être défini, en aucun sens, indépen- 
damment de l’idée de finalité. Dans le domaine purement physique, si l’on ne 
fait intervenir aucune relation avec les êtres vivants, le hasard n’a point de place. 
Il ne peut y être question que de nécessité (causalité) ou de contingence. Ainsi je 
ne crois pas qu’on puisse appeler hasard l’impossibilité de prévoir. Je ne puis 
prévoir s’il pleuvra demain, mais je ne dirai pas que le temps dépend du hasard ; 
cela n’aurait pas de sens. C’est un hasard si le beau temps coïncide avec 
quelque événement pour lequel le beau temps est désirable ; c’est encore un 
hasard s’il pleut justement un jour où le beau temps aurait convenu. Dans les jeux 
de hasard, il s’agit bien de faits impossibles à prévoir, mais qui sont favorables ou 
défavorables. Hasard signifie exclusion de la finalité. Or si l’on considère exclu- 
sivement des faits physiques la finalité n'a pas à être exclue, puisqu'elle n’a 
pas eu occasion de s’introduire. 

Si le hasard ne peut être défini « physiquement » il n’en résulte pas qu’il doive 
Pêtre « psychologiquement », car il peut y avoir finalité sans intelligence, par 
exemple dans l’organisation des végétaux. Dans le transformisme darwinien, la 
sélection explique la fixation d’un caractère accidentel. Cette fixation résulte de ce 
que ce caractère est avantageux et constitue un progrès ; elle n’est pas due au 
hasard ; c’est un cas de finalité, mais l'apparition première du caractère ne s’expli- 
que pas par la sélection. Parmi les caractères accidentels, on ne donne le nom de 
hasard qu’à ceux qui se trouvent être (rôxouo:) avantageux et aussi à ceux qui 
se trouvent être désavantageux. Les autres sont de purs accidents. On ne donne 


TE. Caractère d’un événement rigou- tinue (de forme d’ailleurs quelconque). 





le nom de hasard qu'aux accidents pour lesquels on peut se demander s’ils sont 
favorables ou défavorables ; et quand on répond par le hasard, c’est qu’on exclut 
we finalité à laquelle on pouvait songer. 

La négation de la causalité, c’est la contingence, et non le hasard. 

La négation de la finalité, c’est l’accidentel. Peut-être peut-on appeler hasard 
tut ce qui est accidentel. Mais en un sens plus spécial, le hasard, c’est l’accident qui 
est favorable ou défavorable à quelque fin sans que cette fin ait été pour quelque 
chose dans sa production. 

La loi des grands nombres, ainsi qu’on l’a remarqué, ne s’applique pas à tous 
les faits de hasard. J'ajoute que tous les faits auxquels elle s’applique ne sont 
pas des faits de hasard. Ainsi le nombre annuel des mariages est très variable 
dans une petite commune, moins dans une grande ville, moins encore dans un 
département, presque constant dans un grand pays. Dira-t-on qu’on se marie par 
hasard ? — La loi des grands nombres s’applique à tous les faits qui comportent 
quelque chose d’accidentel ; elle exprime une propriété des moyennes. (E. Goblot.) 


— Il faut garder l’idée que Cournot a si bien mise en lumière : celle de la 
rencontre de séries indépendantes ; tous les cas de hasard contiennent cela ; 
je lai montré jadis à propos du hasard dans les découvertes et inventions (Revue 

Philosophie, avril et juin 1904). Elle est conforme à l’emploi usuel du mot 
hasard. Exemples : La FonTaixE, parlant de deux chèvres, dit qu’elles 


Quittèrent les bas près chacune de 88 part : 
L'une vers l’autre allait par quelque bon hasard. 

X. DE MaisTRe écrit à la Vsse de Marcellus le 30 avril 1846 : « Nos lettres se sont 
Groisées, et j'aime à voir un peu de sympathie dans ce hasard. » — NiETZSCHE 
Savoie à Wagner en mai 1878 Choses humaines, par trop humaines : « Par un trait 

‘esprit miraculeux du hasard, dit-il, je reçus à ce même moment un bel exem- 
Plaire du livret de Parsifalavec une dédicace de Wagner » (Fragment traduit par 


» 


HASARD 


CRITIQUE 


La définition de Cournot et de J. St. 
Mill suppose des séries causales, indi- 
viduelles et isolables, ce qui n’est jamais 
vrai théoriquement et ce qui ne l’est 
pas même pratiquement dans la plu- 
part des cas : par exemple, tous les 
mouvements du cylindre et de la bille, 
au jeu de la roulette, ont pour cause 
commune le mouvement du croupier 
qui les lance, et sa volonté de jouer le 
coup. Et, cependant, il y a hasard. 
« Dans l’hypothèse du déterminisme, 
dit ReNouvier, il n’est point logique 
d'admettre, comme l’a fait Cournot..…. 
des faits accidentels ou de hasard qu’il 
définit non comme des cas d’indéter- 
minisme partiel, mais par la rencontre 
des effets de causes mutuellement indé- 
pendantes. Il n’est point, toujours dans 
l'hypothèse, de causes indépendantes 
du temps; il faudrait, pour qu’il y en 





eut dont les rencontres ne fussent py 
prédéterminées comme elles-mêmes 
qu’il en survint certaines en dehors deg 
séries sans commencement ni fin dont 
les termes sont tous des effets en même 
temps que des causes. » Histoire 4 
solution des probl. métaph., XXII, 
p. 170. D’autre part, pour qu’on Parle 
de hasard, il faut non seulement qu'il 
y ait rencontre de séries indépendantes, 
mais que l'événement produit par cette 
rencontre présente assez d'intérêt pour 
pouvoir être considéré comme le but 
possible d’une série de causes finales. 
(Cf. PI1ÉRON, Essai sur le hasard, dans 
la Revue de métaphysique, 1902.) 


La définition de M. pe Monressus 
est également contestable : 1° en tant 
qu’elle ne considère que la loi des 
grands nombres, elle exclut du hasard 
tous les phénomènes qui ne se répètent 
pas, ce qui est restreindre arbitraire- 





sent le sens du mot : c’est un hasard 


que le mercure soit le seul métal liquide 
à la température moyenne où nous 
givons ; — 20 En tant qu’elle fait 
gotervenir l'indépendance de la cause 
et de la catégorie, elle ne tient pas 
compte de ce fait que, strictement 
arlant, la cause (ou plutôt l’ensemble 
des causes) détermine toujours la caté- 
oorie : chaque système d’impulsions 
définies de la bille et du cylindre, si 
elles pouvaient être notées, non pas 
même avec une précision rigoureuse, 
mais avec une approximation beau- 
coup plus grande que celle dont nous 
disposons, impliquerait nécessairement 
le numéro sortant. 

On remarquera, d’autre part, que la 
définition de M. H. PoincaRÉ n’est pas 
exclusivement objective. Il faut, en 
effet, pour qu'il y ait hasard, que la 
petitesse des différences causales soit 


HASARD 


telle que ces différences nous soient 
imperceptibles, et, d'autre part, que la 
différence dans les effets soit impor- 
tante. Le premier de ces caractères 
dépend de la finesse de nos sens, et le 
second dépend de nos jugements d’ap- 
préciation : c’est un hasard que le 
nouveau continent ait reçu le nom 
d’Améric Vespuce et non celui de 
Christophe Colomb ; en juge-t-on ainsi 
seulement à cause de la petitesse ou de 
la complexité des causes qui ont déter- 
miné cet effet ? Non, car si l’Amérique 
s'était appelée Colombie, les causes 
n’en auraient été ni moins minimes, ni 
moins complexes ; et cependant nous 
n’attribuerions pas ce fait au hasard, 
parce qu'il nous paraîtrait naturel 
qu’elle portât le nom du premier Euro- 
péen qui l’a découverte. En ce sens, le 
hasard suppose donc l'intervention 
d’un jugement de valeur déclarant ce 





Lichtenberger, p. 168). — Les exemples donnés par Aristote (fossoyeur qui 
découvre un trésor, — avocat qui se rend au forum et rencontre son débiteur) 
rentrent dans la définition de Cournot ou du moins présentent le caractère signalé 
par Cournot (avec quelque chose en plus). 

Il faut en effet ajouter à cette définition : la simulation de la finalité. Ce point 
a été établi non seulement par M. PIÉRON, mais aussi par G. TARDE, qui définit le 
hasard « l’involontaire simulant le volontaire », et par M. BERGsoN pour qui le 
hasard est « un mécanisme qui prend l’apparence d’une intention ». En somme il 
faut revenir à la vieille définition d’Aristote, que le calcul des probabilités a 
permis de préciser. 

La difficulté qu’on éprouve à définir cette notion fuyante vient de ce qu’on 
oscille du point de vue subjectif au point de vue objectif. Les uns comme Cournot 
mettent l’accent sur le côté objectif, les autres comme Piéron, Tarde, sur le côté 
subjectif. Aristote unit les deux points de vue. 

Il faut remarquer que Poincaré ne propose pas une définition unique du 
hasard, mais trois définitions, les deux premières étant associées. La 3e caté- 
gorie de hasards comprendrait, selon lui, les événements fortuits au sens de 
Cournot, et il essaie de réduire cette classe aux deux premières (effets considérables 
issus de causes a) très petites et b) très complexes) ; mais il ne parvient pas 
à opérer complètement cette réduction et se sert de formules dubitatives (« ce n’est 
pas toujours »... « la plupart du temps »). Il semble bien que l’idée de rencontre 
est inhérente à la notion de fortuit sans qu’on puisse dire qu’elle la caractérise 
entièrement. Pour H. Poincaré lui-même, le type du hasard est la naissance d’un 
grand homme, c'est-à-dire la rencontre accidentelle de deux gamètes excep- 
tionnels dont la fusion produit des résultats incalculables. Nous retombons 
toujours sur la définition d’Aristote. Cournot a eu le mérite d’en éclairer une face 
que le philosophe avait un peu laissée dans l'ombre. 

Le point délicat que vous signalez justement est que les séries ne sont jamais 


a ———————————— ———————————— 


complètement indépendantes. C’est vrai théoriquement ; pratiquement, non. (Théo- 
riquement le calcul de probabilités suppose les événements ou chances également 
probables ; les cas où cette condition se trouve réalisée sont excessivement rares, 
sinon nuls. Mais à l’aide de postulats et d’abstractions, on peut appliquer le 
calcul à des cas inégalement probables. Il en est de même ici.) Théoriquement 
tout se tient dans l'univers. Mais, par rapport à l’ensemble, les êtres vivants 
constituent des touts isolés, de systèmes clos, spécialement l’homme. C'est pour- 
quoi le hasard intervient dans le domaine de la vie, et particulièrement dans la 
vie psychologique de l’homme et dans l’histoire. (F. Mentré.) : 

— M. Jean de La Harpe estime au contraire que les objections faites à Cournot 
dans la Critique ne sont pas dirimantes parce qu'elles n’atteignent pas le fond 
de sa pensée : 1° Cournot ne soutient pas comme Mill que le tissu des causes « est 
fait de fils séparés », mais pense que les séries causales seraient plutôt comparables 
« à des faisceaux de rayons lumineux qui se pénètrent, s’épanouissent et se concen- 
trent sans offrir nulle part d’interstices ou de solutions de continuité dans leur 
tissu » (Essai, & 29) ; 20 il n’exige pas une indépendance originelle de ces séries 
causales : « Le coup que donne le croupier.… correspond fort bien à ce que dit 
Cournot dans les Considérations (1, p. 2) relativement à « la suspension commune 
de tous les chaînons à un même anneau primordial, par delà les limites, ou même 
en deçà des limites où nos observations peuvent atteindre. » Il suffit que, le coup 
donné, les réactions de la bille et du cylindre diffèrent assez pour que la bille 
tombe en des cases différant les unes des autres, pour un grand nombre d’épreuves, 
Proportionnellement à leur probabilité. » De l'ordre et du hasard : le réalisme 
critique d'A. À. Cournot, p. 232. | 

Si telle est bien la pensée de derrière la tête de Cournot (cequiest fort plausible, 
étant donné ses habitudes d’esprit) la définition profonde du hasard ne serait pas 
Pour lui l’indépendance des causes, qui n’est que l'aspect pratique et exotérique 
de cette notion, mais la conformité à la loi des grands nombres, manifestant 


HASARD cé 











qui est raisonnable, intéressant, beau, 
utile, équitable, etc. Nous retrouvons à 
cet égard le critérium de finalité signalé 
dans l’article de M. PIÉRON. 

Quand il s’agit de jeux de hasard, 
ce même caractère appréciatif est évi- 
dent, puisque l’idée essentielle est ici 
celle de gain ou de succès. 

Quand il s’agit de faits physiques 
qui se répètent un grand nombre de 
fois avec une variante constituant le 
hasard, ce critérium semble ne plus 
s'appliquer. Il y a lieu cependant d’exa- 
miner s’il en est bien ainsi et si la 
croyance sous-entendue que les faits 
doivent suivre des lois ne serait pas ce 
qui détermine dans ce cas l'application 
du terme hasard. L'emploi usuel de ce 
mot vise, en effet, l’irrégularité avec 
laquelle les séries tendent vers la 
moyenne : « la part du hasard dimi- 
nue » à mesure que l’on considère un 
plus grand nombre de répétitions. 


L'idée normative qui justifierait 
l'expression de hasard, serait celle d’ 
rythme considéré plus ou moins co 
ciemment comme normal, par exemple 
l'alternance régulière de deux chances 
également probables, rythme idéal] dont 
on constate, avec une sorte de regret Jo. 
gique, que l’expérience s’écarte irrégulie. 
rement.— Voir ci-dessous, Observations 
Rad. int : Hazard. : 


ici 
u 
ns. 


Haut, voir Observations. 


HÉDONISME (du G. ñdovr) plaisir: 
D. Hcdonismus ; E. Hedonism ; I. Edo. 
nismo. 

A. Toute doctrine qui prend pour 
principe unique de la morale qu’il faut 
rechercher le plaisir et éviter la dou- 
leur en ne considérant, dans ces faits, 
que l'intensité de leur caractère affec- 
tif, et non les différences de qualité qui 
peuvent exister entre eux. 





l’absence de raison, au sens où il a coutume d’opposer le « rationnel 
Voir J. DE La Harpe, 1bid., P. 233; A. LaLANDE, Remarque 
causalité, Revue philosophique, septembre 1890. 


» au « logique r. 
5 sur le principe de 


Sur Haut. — R. Eucken nous a signalé l'usage fréquent qui a été fait dans la 
philosophie et dans la littérature allemandes du qualificatif haut (hoch, hôher) : 
« Hôher était un mot favori de Schleiermacher dans sa jeunesse et de l’école 
romantique. Au contraire Kant a protesté contre un prétendu « hôher [dealismus » 
qu’on lui attribuait. « Hohe Türme, und die ihnen ähnlichnen metaphysich 
grossen Männer, um welche beide gemeiniglich viel Wind ist, sind nicht für mich. 
Mein Platz ist das fruchtbare Bathos der Erfahrungt. » (Hartenstein, IV, 121.) 
— L'expression « hôhere Kritik » a été également employée. Heinrici, dans la 
Theologische Realenc yclopädie, fait remarquer que « hôhere Kritik » était la devise 
de I. G. Eïchhorn (t 1827). » 

En français, haut a été quelquefois employé en ce sens par quelques auteurs, 
notamment par RaAvaisson, qui en use même fréquemment : « La haute philo- 
sophie, dit-il, date de l’époque... où l’on reconnut que pour expliquer l'être et 
l'unité, il ne suffit pas de la matière. » La philos. en France au XIX® siècle, 1re éd., 
p. 1. — « Ce résultat général, de tout temps entrevu par la haute métaphysique... » 
Tbid., 232. — « La haute doctrine qui enseigne que la matière n’est que le dernier 
degré et comme l’ombre de l'existence. » Ibid., 265, etc. 

Mais cet usage est exceptionnel ; ce n’est pas un terme philosophique ; à hôher 
correspond le terme supérieur ; celui-ci est très usité philosophiquement, mais 
n’a pas de sens technique précis. (A. L.) 


a 


1. « Les hautes tours et les grande métaphvsiciens qui ‘ordinai 
8 e Y qui leur ressemblent ont d'ordinaire les unsetles autres beaucoup 
de vent autour d'eux. Ce n est pas mon affaire : mon terrain, 'est la profondeur fertile de l'expérience. » : 










HÉRÉDITÉ 





8. Spécialement, la doctrine de 
sole de Cyrène (École hédonistique). 
Rad. int. : Hedonism. 


HÉGOUMÈNE, Hépomène (rares) : 
ganscriptions du G. ÿyoduévov, Ero- 
“ävov : l’antécédent et le conséquent 
Aune proposition hypothétique (ouvr- 
géo) dans la logique stoïcienne. 


” « HÉNOTHÉISME », D. Henotheis- 
eus (Max MÔLLER). | 
Par opposition à monothéisme* et à 
ythéisme* : forme de religion qui 
gnsiste en un culte rendu à un seul 
pieu, mais sans exclure l’existence des 
gstres. 
Voir Monothéisme*, texte et obser- 
gations. 


:: HÉRÉDITÉ, D. Vererbung; E. He- 
pedity ; |. Eredita. 

Le fait que les descendants repro- 
duisent non seulement le type spéci- 
fique, mais aussi certains caractères 
individuels de leurs parents, ou même 
d'ancêtres plus éloignés. (Cf. Ata- 
visme* .) 

CRITIQUE 


Les caractères héréditaires peuvent 
être anatomiques, tératologiques, phy- 
siologiques, physiopathologiques, psy- 
chologiques ou psychopathologiques. 
D'où la distinction de différentes for- 
mes correspondantes d’hérédité, et la 
question de savoir jusqu'où s'étend la 
possibilité de transmission héréditaire 
dans chacun de ces domaines. 

Le « problème de l’hérédité des carac- 
tères acquis » consiste à se demander 


dans quelle mesure des caractères nou- 
veaux, produits chez un individu par 
les circonstances de sa vie et non par 
une disposition intérieure préexistante, 
peuvent être transmis par la génération 
à ses descendants. 

On a proposé d’appeler hérédité so- 
ciale : 19 « le perfectionnement intellec- 
tuel et moral d’une génération entière 
obtenu par l’éducation de la génération 
précédente ». (DECHAMBRE, Diction- 
naire usuel de médecine, V9, 7653.) — 
29 « The process of social transmission, 
that by which individuals of successive 
generations accommodate to a conti- 
nuous social environment, thus pro- 


ducing traditiont. » (C. LLoyyw Mor- 
GAN, J. M. Bazpwix dans Baldwin, 
v0,4713.) 


Ces deux sens, d’ailleurs voisins, 
nous paraissent également inaccepta- 
bles. Un peuple peut être, si l’on veut, 
considéré comme un individu dans son 
ensemble ; mais il n’y a rien dans le 
rapport des générations successives qui 
ressemble à la reproduction des indi- 
vidus par procréation : l’analogie serait 
plutôt, dans ce cas, entre les généra- 
tions sociales et la production des 
couches successives d’un même arbre, 
ou entre les générations sociales et le 
développement des tissus produits par 
la prolifération cellulaire chez un indi- 
vidu animal. Ni l’une, ni l’autre de ces 
analogies ne serait d’ailleurs elle-même 
tout à fait exacte. 


Rad. int. : Hered. 


1. Le processus de transmission sociale, par lequel 
les individus des générations successives s'adaptent à 








un milieu social continu, produisant ainsi la tradition. 





Sur Hérédité — J’admets l'extension du mot hérédité proposée par 
Dechambre et par Baldwin. L’assimilation n’est pas rigoureuse, mais elle ne l'est 
jamais complètement ; les mots et les langues se perfectionnent par analogies 


Plus ou moins lointaines. — Dans un pays civilisé, le niveau moyen des esprits 
Monte à chaque génération ; il y a de l’acquis qui s’ajoute aux héritages anté- 
fieurs.. Sans doute l'esprit n’engendre pas l'esprit comme la chair engendre la 
Chair ; mais la transmission du savoir par l’enseignement n’est pas sans analogie 
vec la transmission du sang. Les disciples sont les fils spirituels de leur maitre : 
ils « héritent » de sa méthode et de son savoir. (F. Mentré.) 


dis 





HERMÉNEUTIQUE 





419 





HERMÉNEUTIQUE, D. Hermeneu- 
ük; E. Hermeneutics ; I. E. Ermeneutica. 

Interprétation des textes philosophi- 
ques ou religieux, et spécialement de 
la Bible (herméneutique sacrée). Ce mot 
s’applique surtout à l'interprétation de 
ce qui est symbolique. (Voir Allégorie* 
et Anagogique*.) 

Rad. int. : Hermeneutik. 


HERMÉTISME, D. Hermetismus ; 
E. Hermetism ; I. Ermetismo. 

A. On appelle hermétisme ou philo- 
sophie hermétique un ensemble de doc- 
trines qui sont censées remonter aux 
livres égyptiens dits livres de T'oth trois 
fois grand (G. ‘Epuñc rpiouéyioroc). Ces 
doctrines sont exposées dans des textes 
grecs dont la date et l’origine sont in- 
certaines ; ils ont été imprimés pour la 
première fois, en traduction latine, par 
MaARSILE Ficin, sous le titre Aercuru 
Trismegisti liber de potestate et sapientia 
De (Trévise, 1471) et dans le texte grec 
par Ad. TurNÈBE (Paris, 1554). Ils 
comprennent le Ilomuävôpne, le [Tpoc 
'Aozrriôv, les Iledc rov Éauro diov Tar 
76yo (plusieurs fragments séparés) et 
les "Oro ’AoxAnriod rpds "Aupova 
BratAia. 

B. Synonyme d’alchimie. La liaison 
de ces deux sens vient de ce que les 
alchimistes grecs se réclament d’Her- 
mès, et le considèrent comme le créa- 
teur de leur science. Les alchimistes 
du moyen âge attribuèrent à Hermès, 
outre les ouvrages ci-dessus, la Tabula 
Smaragdina (publiée pour la 1re fois 
en 1541 et qui figure depuis lors dans 
tous les traités alchimiques). Ce frag- 
ment ressemble beaucoup, en effet, à 
certains passages du Ilotua&vôpnc. 

Rad. int. : Hermetism. 


HÉTÉROGÈNE, D. Heterogen, un- 
gleichartig ; E. Heterogeneous ; 1. Ete- 
rogeneo. 

Opposé à Homogène*. Termes em- 
ployés surtout par H. SPencEr dans la 
série de ses Principes et notamment 
dans Les Premiers Principes (First 
Principles), chap. x1v-xvrnr. 





— "2 


Un tout est homogéne lorsque tou 
ses parties présentent les mêmes Pr 
priétés ; il est hétérogène lorsque je 
diverses parties présentent des diffé, 
rences, de quelque nature qu’elles 
soient, et spécialement des différences 
de structure et de fonction. (Voir Dij 
férenciation*, Évolution*.) | 

Se dit aussi, dans le même sens, de 
deux ou plusieurs parties d’un tout 
comparées entre elles. 

Rad. int. : Heterogen. 


« HÉTÉROGONIE des fins », D 
Heterogonie der Zwecke, nom donné par 
Wunor (System der Philosophie, 1889) 
au fait que la finalité des êtres se mo. 
difie au fur et à mesure qu’ils se trans. 
forment. 

James Warp fait remarquer que le 
nom seul est nouveau et que l’idée est 
déjà exprimée dans HEGEL, Philosophie 
der Geschichte, 1837, p. 30 ; et qu’il l’a 
exposée lui-même dans l’article Psy- 
chology de l’Encyclopaedia Britannica, 
1886, p. 585. (The Realm of Ends, 
p. 79-80.) Cf. aussi BoucLé, Remarques 
sur le polytélisme, Revue de métaph. 
1914-1915, p. 604-605. 


HÉTÉRONOMIE, D. Heteronomie ; 
E. Heteronomy ; 1. Eteronomia. 

Condition d’une personne ou d’une 
collectivité qui reçoit de l’extérieur la 
loi à laquelle elle se soumet. (Voir Au- 
tonomie*.) 

Rad. int. : Heteronomi. 


Heureux, voir Bonheur*. 


1. HEURISTIQUE ou Euristique, 
adject. (du G. ebpioxw, découvrir) ; D. 
Heuristisch ; E. Heuristic ; I. Euristico. 

Qui sert à la découverte ; se dit spé- 
cialement : 4° d’une hypothèse dont on 
ne cherche pas à savoir si elle est vraie 
ou fausse, mais qu’on adopte seule- 
ment à titre provisoire, comme idée 
directrice dans la recherche des faits ; 
on se sert souvent aussi en ce sens, 
même en France, de l'expression an- 
glaise werking hypothesis ; 





HISTOIRE 
















iso de la méthode pédagogique qui 
siste à faire découvrir par l'élève ce 
on veut lui enseigner. 

Rad. int. : Euristik. 


HEURISTIQUE ou Euristique, 
Est. D. Heuristik ; E. I. (Inusité). 
artie de la science qui a pour objet 
découverte des faits ; spécialement, 
histoire, recherche des documents. 
M ANGLOIS et SEIGNOBOS, Introduction 
à études historiques, Livre I, chap. 1.) 
% Rad. int. : Euristik. 
> HIÉRARCHIE, D. Hierarchie; E. 
Bierarchy ; I. Gerarchia. — Du G. 
leoæpxix, qui se trouve d’abord dans 
b Pseudo-DENYs L’ARÉOPAGITE, Ilepi 
“ic oùpaviac tepapxiac et Ilepi rh 
booncuorumic iepapyiac. Terme d’ori- 
dre ecclésiastique : ordre des milices 
élestes (anges, archanges, etc.) et, 
extension, des divers degrés de la 

bnité ecclésiastique. « Hierarchia di- 
dtur quasi sacer principatus a hieron, 
quod est sacrum, et archôn, quod est 
princeps. » (S. THomas D'AQUIN, Zn 
bros sententiarum Petri Lombardi, I], 
$% 1; dans ScHüTz, vo.) 
: À. Proprement, subordination sé- 
#elle de personnes, telle que chacune 
wit supérieure à la précédente par 
létendue de son pouvoir ou par l’élé- 
vation de son rang social. 

B. Par extension, toute subordina- 


A 


Le 








tion sérielle de personnes, de faits ou 
d'idées, telle que chaque terme de la 
série soit supérieur au précédent par 
un caractère de nature normative (soit 
appréciatif*, soit impératif*) : « Hié- 
rarchie des devoirs, hiérarchie des 
sciences, hiérarchie des formes de l’é- 
nergie » ; « hiérarchie des phénomènes 
sociaux ». — Fréquent en ce sens chez 
Auguste ComrTe. (Cf. aussi DURAND DE 
Gros, Aperçus de taxzinomie générale, 
chap. v : « Ordre de hiérarchie. ») 


CRITIQUE 


Ce terme est de formation hizarre ; 
de plus, il suggère malheureusement, 
dans l'usage ordinaire, des idées de 
formalisme et d'autorité sociale immo- 
bilisée dans une organisation tradition- 
nelle. Il représente cependant, surtout 
au sens large B, un concept d’une 
haute importance philosophique. Il est 
utile de le conserver, en le dépouillant 
autant que possible de tout ce qui n’est 
pas essentiel à cette signification. 

Rad. int. : Hierarki (Caractère hiérar- 
chique, hierarkies ; ensemble des objets 
hiérarchisés, hierarkiaj, etc.). 


HISTOIRE, D. Geschichte ; E. His- 
tory ; I. Istoria, Storia. 

Du G. ‘loropix, recherche, informa- 
tion (cf. ioropeiv, s’enquérir}, d’où con- 
naissance et enfin relation de ce qu’on 
sait, histoire. « ’Ey& yàp véoc &v ..…. Gocw- 





. Sur Hiérarchie. — Qualité, ordre, hiérarchie, estimation, valeur, norme : mots 
dela même famille et qui ne diffèrent que par le point de vue. La hiérarchie est 
we notion antiscientifique, mais essentiellement philosophique. — Quiconque 
pense philosophiquement classe, et porte sur les choses des jugements de valeur. 

domaine de la quantité au contraire est celui de l’indifférence ou de l’équiva- 
de toutes les formes de l'être. (L. Boisse.) 

Il est indubitable que la notion de hiérarchie est essentielle à la philosophie. 

ais on ne peut admettre qu’elle soit antiscientifique, ni que la science se réduise 

&u domaine de la quantité : à peine serait-ce vrai des mathématiques elles-mêmes. 

science moderne, au contraire, élargit de plus en plus ses cadres et ses méthodes ; 

refuse expressément de se laisser identifier à une géométrie. La physique 
e-même utilise le concept de hiérarchie quand il s’agit de formes de l'énergie. 
plus forte raison en est-il de même des sciences biologiques, psychologiques et 

Sciales. Les sciences « normatives » ont été créées tout exprès pour analyser 


jugements de valeur. (A. L.) 


dés. 





___ HISTOIRE 


u20T@6 wc Érel duo Tarn TH Copa Ÿv 
Br xaxAoDOL repli poewc iotopiav. » (So- 
cRATE, dans le Phédon, 96 A.) llentend, 
par cette expression, le fait de connaître 
« Tac xitiuc ÉxdOTuV, OX TL YLyvetaL 
Exaotoy, xal Ou ‘ri anéAAvrat, Hat ÔLX 
ti ëort. » (Ibid.) 

Mais le sens du mot est plus précis 
chez ARISTOTE ; il y désigne un simple 
amas de documents par opposition à 
un travail d'explication ou de systéma- 
tisation. Son ouvrage Ai mepi ra Cou 
lorogiaxr était un recueil général de 
faits auquel s’opposaient les traités 
spéciaux et théoriques sept Cowv mopiov, 
reg, Cowv Yyevéoewc, etc. — Cf. Ibid., 
VIII :« Atôxep oùd Latoptxüc … œaivov- 
Tor DÉéyovtes où @ioxovtes Toùs {x6Ù6 
ravtac elvar Ometc. » 757035. — Le 
mot historiquement garde quelque chose 





&14 


l’oppose à logiquement. P. ex. : « Deu 
théories qu s’impliquent logiquemens 
bien qu’elles ne tiennent pas l’une à 
l’autre historiquement (dans la réalité 
concrète, dans les faits). » 

A. Sens général. Chez BAcoN, l'hjs. 
toire est la connaissance de l'individue] 
qui a pour instrument essentie] |, 
mémoire. « Historia proprie individuo. 
rum est, quæ circumscribuntur loco et 
tempore. Etsi enim historia naturalis 
circa species versari videatur, tamen 
hoc fit ob promiscuam rerum natura. 
lium in plurimis sub una specie, simi- 
litudinem, ut si unam noris, omnes 
noris.. Haec autem ad memoriam spec. 
tant. » (De dignitate, livre 11, chap. à, 
$ 2.) — Elle s'oppose d’une part à la 
Poésie, qui a également pour objet 
l'individuel, mais fictif, et pour instru- 








de ce sens, en particulier quand on | ment, l'imagination ; et de l’autre à la 


— 


Sur Histoire. — Le sens du mot chez Aristote a été précisé d’après les indi- 
cations fournies par J. Lachelier et R. Eucken. Voir texte ci-dessus. 

— Il ne faut pas confondre l'opposition subjective et méthodologique [établie 
par Aristote et par Bacon] avec l’opposition objective établie par les modernes 
entre la science de ce qui n’est arrivé qu’une fois (comme la succession des faits 
géologiques) ou encore de ce qui est unique en son genre (comme l’ensemble des 
faits géographiques) et la science des phénomènes qui se reproduisent toujours et 
partout les mêmes (comme les phénomènes physiques et chimiques). On conçoit 
comment l’on a pu passer de la première opposition à la seconde, les faits uniques 
semblant n'être susceptibles que de constatation; ce qui n'empêche pas qu'il 
n'y ait, dans ces faits, bien des détails qui se reproduisent, ou entre lesquels il 
existe des analogies, et qu'ils ne soient par conséquent, dans une large mesure, 
explicables. (J. Lachelier.) 

La formule des scolastiques et de Bacon, qui ne tend en principe qu’à com- 
menter et à préciser le sens d’Aristote (voir ci-dessus le texte de Goclenius) paraît 
avoir beaucoup facilité le passage du sens méthodologique au sens objectif. 
Bacon insiste tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre ; par exemple dans le chapitre 
même qui est cité plus haut, il ajoute : « Historiam et experientiam pro eadem 
re habemus, quemadmodum etiam philosophiam et scientias. » De Dignut., Il, 
1, $ 5. Et ailleurs : « Nobilissimus autem finis historiae naturalis is est, ut sit 
inductionis verae et legitimae supellex atque sylva. » Descriptio globi intellec- 
tualis, III, Ed. Ellis et Spedding, 111, 731. (A. L.) 

— Le point de vue de Cournot me semble original et nullement dérivé de celui 
de Bacon et des Encyclopédistes. 11 consiste à opposer la donnée historique à la 
donnée théorique. Quand on peut remonter de l’état final ou de l'état pénultième 
d’un système à l’état antérieur et de proche en proche à l’état initial, l’histoire 
n'intervient pas ; le système s’est développé pour ainsi dire en dehors du temPs- 
Mais le plus souvent, pour expliquer l’état actuel.d’un système (par exemple le 
système astronomique) il faut faire appel à des faits indépendants de la théorie, 


HISTOIRE 





sophie, qui a pour objet le général 
E pour instrument la raison. (Ibid., 
Det 4.) Elle se divise en histoire natu- 

et histoire civile. — Pour lui, 
me pour Aristote, l’histoire natu- 
e s'oppose surtout à la « philosophie 
D science » par une différence de mé- 
de et non d'objet : voir l'Historia 
SE borum, l'Historia densi et rari, la 
na Sylvarum, etc., qui sont des 
D eils de faits « ad condendam philo- 
amphiam ». Cf. Nov. organum, Préface ; 
did, 1,98, etc. Mais les termes mêmes 
gl emploie dans sa définition vien- 
bnt des scolastiques : « Historia signi- 
dat singulorum notitiam, vel exposi- 
#onem seu descriptionem vo ôrt rei. » 

loccenius, v° 626 B.) Ils ont été 
Snservés par les auteurs de l’Encyclo- 
’ , mais ceux-ci insistent déjà da- 
@ntage sur le caractère chronologique 


Lu _— 





de l’histoire. (Voir D'ALEMBERT, Dis- 
cours préliminaire, $ 41 et 70.) 

On peut rapprocher de ce point de 
vue, bien que peut-être il n’en dérive 
pas, celui que COURNOT à adopte dans 
sa classification des sciences (ÆEssar sur 
le fondement de nos connaissances, 
chap. xx) en divisant toutes les con- 
naissance# humaines en trois séries : 
la série théorique, la série cosmologique 
et historique, la série technique ou pra- 
tique. La seconde de ces divisions com- 
prend, en effet, l'astronomie [histoire 
du ciel), la géographie, la géologie, la 
minéralogie, la botanique, la zo0lo- 
gie, etc., en même temps que l’archéo- 
logie, l’histoire civile, politique, litté- 
raire, morale, religieuse, etc. 

B. Sens spécial (de beaucoup le plus 
usuel à notre époque) : connaissance 
des différents états réalisés successive- 





è ine s'expliquent pas par elle, qu’on ne pouvait prévoir, etc. Exemple: ja position 


itiale des astres est une donnée histor 
d l'astronomie. On trouve quelque chose 


ique, irréductible aux lois mécaniques 
d’analogue chez J. St. Mill. 


_ Dans chaque loi il faut distinguer la relation mathématique, et les constantes 
gi sont des données de fait (par exemple dans la loi de Newton). Chaque science 
théorique, sauf les mathématiques, se double d’une science historique. En partant 


de cette distinction on comprend que li 
croissant avec le degré de complication 


mportance de la donnée historique aille 
des phénomènes. Dans le domaine de la 


biologie le point de vue historique devient prédominant et il est presque exclusif 


dans le domaine humain. 


. Outre ce sens général, le terme d'histoire a, chez Cournot, une signification 
plus restreinte, en tant qu'il s'applique aux événements humains. Tout événement 
humain n’est pas historique, par le seul fait qu’il s’est passé, qu il s’est accompli 
dans le temps. Des faits décousus ne constituent pas une histoire, non plus que 
des faits entièrement solidaires : l'histoire est un mélange d’enchaînements et 


de faits fortuits. (F. Mentré.) 


— Le point commun entre la doctrine de Cournot et la tradition qui va d’Aris- 


lote aux Encyclopédistes me parait êtr 
de l’histoire et de la théorie, la première 


recueille simplement et qui sont objet d 
relations constantes et générales, que 


L'importance de cette opposition, et ce 


e l'opposition que font les uns et les autres 
ayant pour objet les données de fait, qu’on 
le mémoire ; la seconde ayant pour objet 
l’on construit et qui sont objet de raison. 
qu’elle a de caractéristique, se fait surtout 


sentir quand on oppose ce sens du mot histoire au sens moderne, qui non seulement 
m'exelut pas de l’histoire les opérations synthétiques et les constructions générales, 
Mais qui les considère même comme une partie essentielle de la science historique- 
Voir les deux grandes divisions de l’Introduction aux études historiques, de LANGLOIS 


et Sercnosos. (A. L.) 


— « Geschichte vereinigt in unserer Sprache die objektive sowohl als die subjek- 
tive Seite, und bedeutet ebensogut die historiam rerum gestarum als die res gestas 


dés 


HISTOIRE 


ment dans le passé par un objet quel- 
conque de connaissance : un peuple, 
une institution, une espèce vivante, 
une science, une langue, etc. 

C. Par objectivation, la suite elle- 
même des états par lesquels a passé 
l'humanité. On distingue en ce sens 
l’histoire proprement dite, connue par 
des traditions ou des documents écrits, 
et la préhistoire, inaccessible par ces 
procédés. 

Rad. int. : Histori. 


HISTORICITÉ, (S). 


HISTORIQUE, D. Geschichtlich, his- 
torisch ; E. Historical, historic ; 1. Sto- 
rico, istorice. 

A. Qui concerne l’histoire, ou qui 
constitue une histoire. « Un ouvrage 
historique. » — « La méthode histo- 
rique. » 

B. Qui est connu par l’histoire : « Un 
fait historique. » Plus spécialement : 


conservé par l’histoire. « On dit, en çe 
sens, une journée historique, un my 
historique. Mais cette notion de l’his. 
toire est abandonnée. Tout incident 
passé fait partie de l’histoire, aussi bien 
le costume porté par un paysan ày 
xviue siècle que la prise de la Bas. 
tille. » SeicNosos, La méthode hist. 
rique appliquée aux sciences sociales, p. 3, 

Rad. int. : À. Histori ; B. C. Historia]. 


HISTORISME, D. Historismus. 

A. Point de vue qui consiste à consi. 
dérer un objet de connaissance en tant 
que résultat actuel d’un développement 
qu’on peut suivre dans l’histoire, au 
sens B. — Cf. Genèse*. 

B. Ce terme est appliqué spéciale. 
ment à la doctrine qui soutient que le 
droit, comme les langues et les mœurs, 
est le produit d’une création collective, 
inconsciente et involontaire, qui est 
terminée au moment où la réflexion 
s’y applique ; et que, par suite, on ne 








socialisme d’État en Allemagne, 
o I, chap. 1, $ 2 à 4.) S’oppose, en 
gens, à Rationalismus. 

CRITIQUE 

Terme équivoque, appliqué quelque- 
aussi à lhégélianisme en tant 


4 sOppOsé au naturalisme. (EiSLER, vo, 
#9.) À éviter, comme la plupart des 


es de ce genre, qui engendrent 
Fe. des discussions verbales. 


Ka HOLISME », (S). 


À HOMALOÏDAL, du G. éuañéc, uni, 
an ; D. Homaloïdal ; E. Homaloidal. 
© Caractère d’un milieu spatial indé- 
fi qui n’a pas de courbure propre 
. ex. la droite dans le plan, ou le 

n dans l’espace euclidien) et dans 
D on peut, par conséquent, tracer 
és figures semblables à n'importe 
quelle échelle. Appliquée à l’espace à 
wois dimensions pris dans son ensem- 
ble, cette propriété implique le postu- 


HOMŒOMÉRIES 


de l’homogénéité : la surface d’une 
sphère est homogène, puisqu’une figure 
tracée en une région quelconque de sa 
surface peut être transportée sans dé- 
formation en n'importe quelle autre 
région ; mais elle n’est pas homaloidale, 
puisqu'elle a un rayon de courbure 
fini qui la caractérise, et qu’on ne 
peut y tracer un triangle sphérique 
semblable à un triangle donnè. 


REMARQUE 

On doit dire homaloïdal et non « ho- 
moloïdal »:; cette forme contraire à 
l’étymologie est souvent employée par 
inadvertance, à cause des formes voi- 
sines homologue, homogène, etc. Elle se 
trouve deux fois dans BALDwIN à l’ar- 
ticle Space, 565 et 566 A; mais elle 
doit y être probablement considérée 
comme une faute d'impression. 

Rad. int. : Homaloid. 


« HOMŒOMÉRIES » ou « Homéo- 
méries ». G. t& éuotouepñ, Tà éuoroueph 


qui a réellement eu lieu, qui n’est pas 
imaginaire. Cf. ioropx&c dans le texte 
d’Aristote cité à l’article Histoire*. 

C. Mémorable, qui mérite d’être 


peut ni le modifier délibérément, ni le 
! comprendre et l’interpréter autrement 
que par son étude historique. (P. ex. 
SAVIGNY. Voir ANDLER, Les origines 





selbst ; sie ist das Geschehen nicht minder wie die Geschichtserzählung!. » Hece:i, 
Vorlesungen über die Philos. der Geschichte, Einleitung. (Werke, IX, 75.) — Texte 
communiqué par le prof. Tônnies. Ce sont les sens B et C. 

Histoire et préhistoire. — On pourrait plus exactement peut-être opposer l’his- 
toire à la préhistoire en disant que la première suppose la possibilité d’une nar- 
ration continue des faits, et que la seconde se caractérise par sa discontinuité. 
(L. Brunschvicg.) 


Sur Historisme. — Il ne faut pas proscrire le terme historisme, maïs il faut le 
réserver uniquement à qualifier l’étude génétique du concret. Dans ce domaine, 
et dans ce domaine seul, elle peut, st rien n’est omis, équivaloir à une explication. 
(L. Boisse.) 

— Si l’on admet que le devenir est, dans son fond, absolument intelligible et 
logique, une histoire où rien ne serait omis serait sans doute en même temps 
une explication ; ou plutôt elle se confondrait avec la réalité même. Mais cette 
histoire intégrale est impossible : elle irait à l'infini. Et d’ailleurs, l’intelligibilité 
radicale du devenir est elle-même mise en question. Voir ci-dessus les observations 
de M. MENTRÉ sur le sens du mot Histoire, chez Cournot, et plus haut la critique 
du mot Genèse. (A. L.) 





1.« Le mot Geschichie réunit dans notre langue l'anpect objectif et l'aspect subjectif : il signifie aussi bien le récit 
des événements que les événements eux-mêmes ; il ne s'applique pas moins à ce qui est arrivé (Geschehen) qu'au 
récit de ce qui est arrivé ((eschichlserz@ lung). » Lepons sur la philosophie de l'histoire, Introduction. 


let d’Euclide, et réciproquement. 
Ce caractère doit être bien distingué 


De 


orotxetæ (ARISTOTE) ; postérieurement 
œi dmorouéperat ; — L. Homæomeria (Lu- 








Sur Homaloïdal* et homogène*. — « L'emploi du mot homogène par DELBŒUF 
modifie sans doute le sens usuel de ce terme, ce qui constitue un inconvénient 
@anifeste, mais ce qui arrive presque inévitablement quand un penseur d’idées 
gtaiales cherche dans les mots usuels des expressions pour ses pensées... Le sens 
qu’il attribue au terme homogène n’est d’ailleurs qu’une particularisation, tout à 
fait conforme à l’étymologie, du sens consacré par l’usage en géométrie : il le 
réserve aux espaces qui non seulement sont formés de parties identiques ou égales 
œtre elles, de sorte qu’il est possible d’y déplacer une figure sans déformation 
(se qu’il appelle espace isogène, d’un terme plus directement conforme à l’étymo- 

ie) — mais qui sont formés de parties qui majorées ou minorées, c’est-à-dire 
transformées en parties semblables à elles-mêmes, restent des parties de l’espace 
considéré, Or, cette signification nous paraît bien distinguée de l’isogénéité par le 
térme chomogène ». — Au contraire, l'expression « homaloïdal » signifie simplement 
tu, plan. Or, quel est le géomètre non euclidien, qu’il se nomme Riemann ou 
Lobatchevsky, qui ne revendiquera pas cette qualité pour son plan ou son 
space ?… Nous ne saurions donc accepter le terme choisi par la Société de philo- 
Sphie, non plus qu’adhérer au jugement porté sur l’usage fait par Delbœuf des 
Mots isogène et homogène... Parfaitement claires à nos yeux, et comme il nous 
Paralt résulter du résumé que nous venons d’en donner, ces définitions sont des 
Plus satisfaisantes que nous connaissions, et nous continuerons de les adopter tant 
Œu'on ne nous aura pas proposé un terme aussi expressif et qui n’ait pas l’inconvé- 
Rent de déranger quelques habitudes. » Extraits d’une lettre de G. Lechalas, 
à M. A. Lalande à la suite de la publication du fascicule du Bulletin 


s 
d'août 1907, où se trouvait la première rédaction de ces articles. 


 dièks. 


HOMŒOMÉRIES 








crÈCcE), au singulier, mais n’en dé- 
signant pas moins, selon ZELLER, l’en- 
semble des buerouepñ ototryeta. (Philo- 
sophie des Grecs, trad. BourTroux, Il, 
393.) 

Dans le système philosophique d’A- 
NAXAGORE, éléments matériels pre- 
miers, qualitativement semblables aux 
différents touts qu'ils formeront par 
leur réunion, comme l'os, la chair, le 
sang, etc. Ils sont primitivement mé- 
langés en un chaos, d’où le vob les fait 
sortir par une ségrégation graduelle. 

Ce terme paraît n'avoir pas été 
employé par Anaxagore lui-même, et 
dater d’Aristote qui, d’ailleurs, em- 
ploie dans d’autres circonstances le mot 
duotouspñc. (ZELLER, Jbid., 393-394.) 

Rad. int. : Homeomeri. 


« HOMO faber » (l’homme fabrica- 
teur). « Nous croyons qu’il est de l’es- 
sence de l’homme de créer matérielle- 
ment et moralement, de fabriquer des 
choses et de se fabriquer lui-même. 
Homo faber, telle est la définition que 
nous proposons. » BERGSON, La pensée 
et le mouvant, p. 105. Il l’oppose à 
l'Homo sapiens « né de la réflexion de 
PHomo faber sur sa fabrication » et à 
l’'Homo loquax, « dont la pensée, quand 
il pense, n’est qu’une réflexion sur sa 
parole ». Jbid., 106. Cf. L'évolution 
créatrice, p.151 et les chapitres « L’homo 
faber », « l'homo religiosus », etc., dans 
L. Brunscavice, De la connaissance 
de soi. 


REMARQUE 


418 
en 


de Franklin, qui définissait l’homme 
« a tool making animal », un anima] ui 
fabrique des outils, et d'autre part 
dans l’usage d’homo sapiens pour dés; 
gner l’espèce humaine par un nom 
composé analogue à celui des espèces 
animales, Canis familiaris, Canis lupys 
Canis vulpes, etc. ' 


Homo oeconomiecus, mot à mot . 
l’homme économique. On entend par 4 
l’homme, tel qu’il serait dans son 
comportement, si ses actions n'étaient 
déterminées que par ses intérêts éco. 
nomiques, à l’exclusion de tout mobile 
passionnel, moral, religieux, etc. — 
Voir les observations sur Economie* 
politique. 


Homo sapiens est la première des 
espèces du règne animal dans la classi- 
fication de Linné. Voir Observations. 


HOMOGÈNE, D. Homogen, Gleichar- 
uig ; E Homogeneous ; I. Omogeneo. 

Voir Hétérogène*. 

A. Ce dont toutes les parties sont 
identiques entre elles en nature et sans 
aucune différence qualitative. 

Se dit aussi de ces parties elies- 
mêmes : « Toutes les unités qui com- 
posent un nombre sont homogènes 
entre elles. » S’applique en particulier, 
et même au sens strict, s'applique ex- 
clusivement à l'espace*, et au nombre* 
cardinal en tant que formés d’éléments 
rigoureusement semblables entre eux. 

Un espace homogène est caractérisé 





tenant à un même système logique, 
en particulier d'éléments empruntés 
jja division* d’un même genre. Exem- 
s de formules non homogènes : « Un 
nids de deux livres cent grammes ; — 
psychologie comprend la théorie de 
4 connaissance, l’activité et la sensi- 
à ité, etc. » 

si Ce Spécialement en mathématiques, 
ae fonction f (x, y, z) est dite homo- 
“ne s’il existe un nombre m, entier ou 
tentait. tel que l’on ait, quels que 
soient 2, y, 2, flkz, ky, kz) = km f 
+: y, 2). L’exposant m est appelé dans 
es cas le degré d'homegénéité de la 
onction. 

le REMARQUE 


© Dersœur employait ce terme dans 
en sens différent : « Un quantum est 
Aomogène quand il se compose de par- 

semblables. » — « Un quantum cst 
jsogène, quand il se compose de parties 

es », c’est-à-dire superposables. 
{Prolégomènes philosoph. de la Géomé- 
tie, Liége, 1860, p. 143.) Cet usage a 
@é suivi par G. LécHaLas, mais ne 
sest pas généralisé. 


: Homogénéité (Loi d’). 

À. En Locique : Une expression ver- 
bale doit être homogène* au sens B ; 
wne définition, en particulier, ne doit 





HOMOLOGUE 









jamais omettre les termes nécessaires 
pour que le définissant soit du même 
ordre que le défini. (Par ex. : « Le scep- 
ticisme est la doctrine selon laquelle il 
est impossible d’atteindre la vérité » et 
non : « … l'impossibilité d'atteindre la 
vérité »). 

B. En GÉOMÉTRIE (et, en PHYSIQUE, 
quand on établit une formule générale, 
c'est-à-dire qui doit rester exacte quel 
que soit le système d’unités employé), 
cette formule doit être homogène* au 
sens C, par rapport à chacune des 
unités fondamentales (longueur, temps, 
masse ou poids). Dans le cas contraire, 
en effet, la validité de la formule dé- 
pendrait de la valeur numérique des 
grandeurs mesurées, et, par suite, du 
choix des unités de mesure. 

Rad. int. : Homogen. 


HOMOLOGUE, D. Homolog ; E. Ho- 
mologous ; 1. Omologo. 

Sens général. Dans la relation unalo- 
gique* À : B:: A’: B' entendue au sens 
qualitatif aussi bien qu’au sens quanti- 
tatif, A et A' sont dits homologues par 
rapport à Bet B’. D’où, en particulier : 

19 En mathématique, les parties cor- 
respondantes de deux figures sembla- 
bles ou, plus généralement, corrélatives 
sont dites homologues. 

20 En anatomie, les organes corres- 





Sur Homogène et loi d’homogénéité. — Articles remaniés sur les indications de 


par la possibilité d’y déplacer une 
figure sans déformation. 
B. Ce qui est formé d’éléments ap- 


L'origine de cette expression se 
trouve probablement dans l’expression 





Sur Homo sapiens. — Cette expression, pour désigner l'espèce humaine, 
apparaît dans la 10e édition du Systema naturae de Linné (1758). Mais, dès la 
première, il inscrivait, dans la colonne réservée aux caractères distinctifs de 
l'espèce : « Nosce te ipsum. » 11 justifie le mot sapiens par ce caractère conscient 
de l’humanité, par la faculté de connaître en général : « Primus sapientiae gradus 
est res ipsas nosse » (/bid., 10€ édition, I, 7), par celle de s'élever à la connaissant® 
de Dieu, et par la possession du langage, auxquelles il ajouta ultérieurement là 


volonté réfléchie : « Sapiens utique est qui fines respicit. » (13e éd., Introduction 
I, 8.) 


M. Winter. — « La distinction de Delbœuf se ramène au fond à la distinction 
de l’homaloïdal (qu’il appelle homogène) et de l’homogène (qu’il appelle isogène). » 
(F. Mentré.) — Avec cette différence, semble-t-il, que la possibilité d'admettre 
des figures semblables n’est pas identique au fait d’être composé de parties sem- 


ne Mais peut-être en effet ne faut-il voir là qu'une mauvaise expression. 
A. L.) 


Sur Homogénéité*. — Kanr, dans la Critique de la Raison pure, Appendice à la 
Dialectique transcendentale, I : « Sur l’usage régulateur des idées de la Raison 
Pure », et SCHOPENHAUER, citant Kanr au début de la Quadruple racine du principe 
de raison suffisante, appellent loi ou principe d'homogénéité (Gesets, Princip der 
Homogeneität) ce principe que la matière même de la connaissance est appropriée 
à la recherche de l'unité rationnelle et permet de réunir les choses en espèces et 
@ genres, non pas seulement pour notre commodité intellectuelle, mais confor- 
ément à leur nature propre. Ils rapprochent ce principe de l’adage Entia non 
#Unt multiplicanda præter necessitatem® et l’opposent aux principes de spécification 
et de continuité, — Voir Spécification* et Parcimonie*. 










HOMOLOGUE 


42 


nn 


HONNÊTE (adj. ou substantif) sert 
couramment, dans la langue philoso. 
phique du xvi siècle, à rendre le latin 
honestum, ce qui est moralement bon 
ou honorable (du point de vue de Ja 
morale naturelle ou philosophique, en 
tant qu’on peut la distinguer de l’idée 
chrétienne du devoir prescrit par Dieu 
ou par l’Église). « Cette passion [la 
jalousie] peut être juste et honnête en 
quelques occasions. » DESCARTES, Trai- 
té des Passions, 111, art. 98. Ce sens 
s’est conservé jusqu’à nos jours dans 
les ouvrages classiques « Le bien 
moral prend différents noms selon les 
rapports que l’on considère. Par exem- 
ple, lorsqu'on a surtout pour objet 
l’homme individuel, dans son rapport 
avec lui-même, le bien devient ce 
qu'on appelle proprement l’honnéte, et 
a surtout pour objet la dignité person- 
nelle. Par rapport aux autres hommes, 
le bien prend le nom de juste, etc. » 
Paul JANET, Traité élémentaire de phi- 
losophie, 4€ édition, p. 628. Mais cette 
expression est presque complètement 
tombée en désuétude, sauf dans quel- 
ques expressions traditionnelles, com- 
me la distinction entre « l’utile et l’hon- 
nête » (d’ailleurs souvent teintée, dans 
la conscience sémantique de ceux qui 
l’emploient, par la restriction courante 
de l’idée d’honnéteté à celle de probité). 

Sur honnête homme, honnête femme, 
voir La RocHEroucAuLD, Mazximes, 
202, 203, 205, 206. 


pondants par leur situation relative- 
ment à l’ensemble du corps et par leur 
origine embryogénique sont dits homo- 
logues (par ex. les ailes des oiseaux et 
les membres antérieurs des mammi- 
fères). On les oppose aux organes ana- 
logues, c’est-à-dire qui remplissent la 
même fonction, et présentent le même 
aspect extérieur, sans avoir la même 
origine ni les mêmes connexions. 


CRITIQUE 


Analogue est impropre dans cette 
dernière opposition; il est probable 
que l’affaiblissement de ce terme, de- 
venu très usuel et très vague dans la 
langue courante, a déterminé OWwEN à 
l’employer avec ce sens, pour l’opposer 
à homologue. Il semblerait bien meilleur 
de dire, avec Ray LANKESTER, homo- 
génétique et homoplastique. (Voir Bazp- 
WIN, v° Homologous.) 


Rad. int. : Homolog. 


HOMONYMIE, G. ‘Ouwvvuuix, désigne 
chez ARISTOTE le caractère d’un mot 
qui a plusieurs significations, soit qu’il 
s'agisse de sens nettement disparates, 
p. ex. «els, clef de porte ou clavicule ; 
—- soit qu'il s’agisse d’acceptions diffé- 
rentes, mais voisines, qui prêtent à 
léquivoque et au sophisme, p. ex. 
Stxaroouvn, qui se dit du droit positif 
ou de l'équité, de la justice distributive 
ou de la justice réparatrice. Éthique à 
Nicomaque, V. 2 ; notamment 1129227. 

Le premier de ces sens s’est seul 
conservé en français dans les mots 
Homonyme et Homonymie. Le second 
se trouve encore chez Berkeley (par 
ex. Common-place book, 34). Il est 
actuellement remplacé par Équivoque*. 


HORMÉ ou HORMIQUE, (S). 


« HUMANISME, E. Humanism. » — 
(Ce mot ne figure ni dans LiTrré, 1 
dans k Dictionnaire de l'Académie, 
7e édition) Voir au Supplément. 








Sur Homologue. — Étienne GEorrroy SAINT-HILAIRE entend par théorie des 
analogues ce que les savants d’aujourd’hui appellent théorie des homologues. — 
Analogie a pour lui un sens très nettement défini, puisque d’après le « principe 
des connexions » l’analogie ne doit être déterminée ni par la fonction ni par la 
forme, mais seulement par les connexions : « Un organe est plutôt transformé 
ou anéanti que transposé. » (E. Goblot.) 


Mouvement d'esprit représenté 
les « humanistes » de la Renais- 
ce (PÉTRARQUE, POGG10, LAURENT 
LLA, ÉRASME, BUDÉ, Ulrich DE 
srTEn) et caractérisé par un effort 
relever la dignité de l’esprit hu- 
n et le mettre en valeur, en re- 
ant, par-dessus le moyen âge et la 
slastique, la culture moderne à la 
ture antique. « L’humanisme n’est 
dé que le goût de l’antiquité, il en est 
biculte ; culte poussé si loin qu’il ne 


HUMANISME 


que l’homme qui connaît les antiques 
et s’en inspire; il est celui qui est 
tellement fasciné par leur prestige qu'il 
les copie, les imite, les répète, adopte 
leurs modèles et leurs modes, leurs 
exemples et leurs dieux, leur esprit et 
leur langue. — Un pareil mouvement, 
poussé à ses extrémités logiques ne ten- 
dait à rien de moins qu’à supprimer le 
phénomène chrétien. » Philippe Mon- 
NIER, Le Quattrocento, livre II, chap. 1: 
« L’humanisme », p. 124. 


dé borne pas à adorer, qu’il s'efforce de 


B. Nom donné par F. C. S. Scuis- 
ne Et l’humaniste n’est pas 


LER, d'Oxford, à la doctrine qu’il a 








+— 

il 
#s Sur Humanisme. — La première proposition par laquelle on définit ici l’huma- 
aisme, d’après F. C. S. Schiller, n'est-elle pas identique au principe de Peirce, 

pté par James comme base du pragmatisme? (F. Mentré.) — Pas absolument. 
o rincipe de Peirce est ainsi conçu : « Consider what effects, that might concei- 
Sly have practical bearings, you conceive the object of your conception to have: 
#n your conception of those effects is the whole of your conception of the object. » 
How make our ideas clear, p. 287. Voir Pragmatisme*. Cette règle implique sans 
&bute que la vérité ou la fausseté d’une proposition doit être jugée par les effets 
qui résultent de son application, et l’auteur lui-même a écrit à M. F. C.S. Schiller 
fil avait compris dès le début combien étaient étendues les conséquences de sa 
dinition (Studies in Humnanism, p. 5). Mais il ne s’agit aucunement chez lui des 
Besoins organiques ou sentimentaux, et moins encore d'intérêts individuels se 
ayant consciemment une croyance utile. Rien n’est plus contraire à ses intentions. 
proprement parler, sa formule ne concerne que la question de savoir quel est 

à contenu réel de notre pensée, « comment rendre nos idées claires », et comment 
Guper court aux discussions et aux subtilités verbales trop fréquentes en 
Philosophie. 

”,L'humanisme au sens B est très différent de l’'humanisme au sens C, comrne 
l'a fait remarquer F. C. S. Scicrer dans un article (posthume), Humanisms and 
Humanism, publié dans The Personalist, revue éditée par la « School of Philo- 
wphy » de l'Université de Los Angeles, octobre 1937. Mon humanisme, dit-il, 
Re concerne que la logique et la théorie de la connaissance. Il s'oppose à l’absolu- 

me et au naturalisme, non au théisme. Son caractère personnaliste le rend 

me, par nature, favorable à la croyance en Dieu. — Il note également, dans 
tet article, l'usage fait du mot Aumanisme par des défenseurs de l’idée d’Absolu : 

18. MacrENZIE, Lectures on Humanism (1920), Lord HaLbanE, The philosophy 
% Humanism (1922), et divers autres usages du même mot. (A. L.) 

— Plusieurs écrivains ont adopté récemment ce terme, de façon indépendante, 
désigner leur propre point de vue : 1° Dans L’Expérience humaine et la 
Causalité physique (1922), M. Brunschvicg applique ce mot à l’attitude dont il 
voit l’initiateur en Socrate et qui consiste à ramener l’homme « à la conscience 
Sa juridiction propre, sans laisser les questions qu'il peut traiter effectivement, 
80n action spécifiquement humaine, se perdre dans un Grdre de problèmes 
qques il n’apportera que la solution illusoire d’un discours imaginaire. » 

+ 576-577.) Dans l’ordre spéculatif, l'humanisme, qui se traduit par « l’idéalisme 





HUMANISME 


exposée dans ses ouvrages (notamment 
Humanism, philosophical Essays, Lon- 
dres, 1903; Studies in Humanism, 
Londres, 1907), et qu’il rattache à la 
maxime de Protagoras : « L'homme est 
la mesure de toutes choses. » Ses thèses 
principales sont les suivantes : Une 
proposition est vraie ou fausse selon 
que ses conséquences ont ou n’ont pas 
de valeur pratique ; la vérité ou la 
fausseté dépendent donc de ce à quoi 
l'on tend : toute la vie mentale suppose 
des buts fall mental life is purposive). 
Mais ces buts ne pouvant être, pour 
nous, que ceux de l’être que nous 
sommes, il s'ensuit que toute connais- 
sance est subordonnée en définitive à 
la nature humaine et à ses besoins 
fondamentaux. « Humanism is merely 
the perception that the philosophie 
problem concerns human beings stri- 
ving to comprehend a world of human 
experience by the resources of human 











1% 
as 


mind'. » (Pragmatism and humanis 

dans Studies in humanism, p. 12.) 1] .' 
distingue du pragmatisme*, selon Pau. 
teur : 1° en ce qu’il est plus large : Cr 
il dégage l’esprit directeur de celui-ci 
pour l’appliquer non seulement à j 
logique, mais à l'éthique, l’esthétique 
la métaphysique, la théologie, ete 
(Ibid., p. 16); 2° en ce qu’il tien 


compte, notamment, en métaphysique | 


de la variété des besoins individuels. 
par suite, il rejette d’une part tout 
absolu métaphysique, et il justifie de 
l’autre l'existence d'autant de méta. 
physiques différentes qu'il y a de tem. 
péraments. 

Sans se servir du terme humanisme, 
Le DanrTec avait exprimé la même 


1. « L'humanisme est simplement le fait de se rendre 
compte que le problème philosophique concerne des 


êtres humains s'efforçant de comprendre un monde : 


d'expérience humaine avec les ressources de l'esprit 
humain. » 





critique », prend pour objet « l’action spécifiquement humaine du savoir » et 
« demande à l’homme d’en prendre conscience », en lui interdisant de dépasser 
l'horizon effectivement parcouru par la connaissance (p. 610). M. Brunschvicg 
oppose l’humanisme ainsi compris tant au naturalisme qu’à l’anthropomorphisme ; 
il cherche à montrer que cette conception est indemne de toute tendance subjec- 


tiviste, à la différence du sociologisme et du pragmatisme. Le même terme se 


trouve repris avec la même acception dans Le Progrès de la conscience dans la 
philosophie occidentale (1927), t. II, p. 703 et 801 (renvoyant à 696}. 

20 M. Walter Lippmann, dans À Preface to Morals (1929), expose une morale 
qu’il présente comme celle de l « humanisme » opposé au théisme : il entend par 
là que des hommes ne croyant plus à un roi céleste « must find the tests of righ- 
teousness wholly within human experience! » : « they must live... in the belief 
that the duty of man is not to make his will conform to the will of God, but 


to the surest knowledge of the condition of human happiness? » (p. 137). De 


ce point de vue, il fait place à une «religion de l'esprit », apparentée au spinozisme, 
et qu'il oppose à la religion d’un Dieu-roi. | 

3° Il faudrait encore signaler l'emploi fait de ce mot par des auteurs américains 
comme I. Babbitt, P. E. More, W. C. Brownell, qui se font, à l’encontre des 
tendances prévalentes dans l’enseignement de leur pays, les défenseurs d’une 
sorte de classicisme rationnel. Cf. L. MERCIER, Le mouvement humaniste au 
États-Unis (1929)5, 

4° Mentionnons enfin que M. Andler a intitulé L'Humanisme travailliste (1 927) 





La«...sont dans la nécessité de trouver entièrement dans l'expérience hurnaine les critères du bien ». — 2 ù 
faut qu'ils vivent. dans la croyance que k devoir de l'homme est de rendre sa volonté conforme, non pas ot 
volonté de Dieu, mais à la meilleure connaissance des conditions du bonheur humain. » — 3. I} s'agit ici de l'ashe 


seulement littéraire et universitaire de la doctrine analysée dans l'article ci-dessus à la lettre D. Voir le livre cité d 
M. Christian RICHARD. 


HUMANISME 





ine dans les formules suivantes : 
science est une série de constata- 
s faites à l’échelle humaine ; toutes 
hypothèses que nous ferons n’ont 
Sr but que d’unifier notre langage 
ous permettant de parler plus clai- 
sent des choses, de préparer des 
nériences utiles : une hypothèse se 
Léra à Sa fécondité. » (Les lois natu- 
bs. Introduction, p. x.) « La logique 
Æà partie du mécanisme humain au 
âme titre que les bras ou les jambes. » 
Mid. X11.) « Ce que l’homme connaît, 
M.sont seulement les rapports des 
doses avec l’homme ; ce que nous ap- 
ns les choses, ce sont les éléments 
dia description humaine du monde. » 
d , XIV.) 
€ Doctrine d’après laquelle l’hom- 
æs, au point de vue moral, doit s’atta- 
der exclusivement à ce qui est d’ordre 
$emain. « L’humanisme désigne une 











économique, éthique), fondé sur la 
croyance au salut de l’homme par les 
seules forces humaines. Croyance qui 
s’oppose rigoureusement au christia- 
nisme, s’il est avant tout la croyance 
au salut de l’homme par la seule force 
de Dieu, et par la foi. » De Roucr- 
MONT, Politique de la personne, 125. On 
dit quelquefois en ce sens, pour éviter 
les équivoques, pur humanisme : « En 
répétant à l’homme qu’il n’est qu’hom- 
me, en supprimant cette dénivellation 
stimulante qui doit opposer l'idéal d’un 
moi supérieur au moi naturel, en refu- 
sant d'élever avec Dieu l'infini au- 
dessus de toute réalisation déterminée, 
lPhumanisme exclusif détend les res- 
sorts de la moralité... L’humanisme 
pur tombera toujours dans le natura- 
lisme. » R. LE SENNE, Obstacle et 
valeur, 258-259. 

D. En un sens presque exactement 


| contraire au précédent, doctrine qui 


gception générale de la vie (politique, 


SL ———— ——————— 


#2 recueil d'essais où il esquisse le programme d’un « haut enseignement ouvrier ». 
de ne sais si l’on en pourrait rapprocher The New Humanism (1930) de M. L. Sam- 
sm, un livre où se trouve exprimé, au dire de M. Schiller, « the intellectual outlook 
ef:a highly class-conscious modern communist! » (Mind, avril 1931, p. 256). 
.… I'est probable que des exemples de ce genre pourraient être multipliés. Le 
terme d’humanisme connaît actuellement un regain de faveur qui ne doit pas être 
gans raison. Les emplois indépendants qui en ont été faits ne sont pas absolument 
hétérogènes. Le sens (1) est tout proche du sens (2) par l'inspiration générale, et 
a'en diffère que par le domaine d'application ; il n’est pas non plus sans parenté 
avec le sens B, malgré des différences assez manifestes et la mauvaise opinion 
que M. Brunschvicg semble avoir du pragmatisme. Le sens (3) pourrait sans doute 
être rapproché du sens traditionnel A. Même les deux sens fondamentaux ne sont 
pas entièrement étrangers l’un à l’autre, ni sans rapport avec les applications 
Rouvelles du type (4). Cette existence d’un fond commun aux acceptions du mot 
SA apparence disparates me paraît bien se dégager en particulier du programme 

ceux des Entretiens d’Été de Pontigny qui ont été consacrés à l’humanisme 
Uxe année, 1926, 3° décade; X° année, 1927, 3° décade). L’on ne saurait sans 
doute trouver une définition plus compréhensive de l’humanisme que celle-ci : « un 
nthropocentrisme réfléchi qui, partant de la connaissance de l’homme, a pour 
objet la mise en valeur de l'homme ; — exclusion faite de ce qui l'aliëne de lui- 
même, soit en l’assujettissant à des vérités et à des puissances supra-humaines, 
#it en le défigurant par quelque utilisation infra-humaine » (X® année, p. 26). 
L'on aperçoit aisément que cette tendance fondamentale peut conduire à des 

trines assez différentes, non seulement selon le domaine où elle s’applique 
(esthétique, moral, épistémologique, pédagogique), mais encore suivant que 
on 


L« Les vues intellectuelles d'un communiste moderne ayant une conscience de classe hautement développée. » 


DO. 





HUMANISME 


met l’accent sur l'opposition, dans 
l’homme, entre les fins de sa nature 
proprement humaine (art, sciences, 
morale, religion) et les fins de sa nature 
animale, entre la « volonté supérieure » 
(higher will, Irving BaggiTr) et la 
« volonté inférieure » (lower will). Voir 
L. MERCIER, Le mouvement humaniste 
aux États-Unis (1929): Christian Ri- 
CHARD, Le mouvement humaniste en 
Amérique et les courants de pensée simi- 
laires en France (1934). 


CRITIQUE 


Il est inutile d’insister sur l’ambi- 
guité de ce terme, même réduit à ses 
sens principaux. Voir aux Observa- 
tions d’autres sens encore relevés par 
E. Leroux. 

Rad. int. : Humanism. 


HUMANITÉ, D. A. Menschheit, Men- 
schlichkeit ; B. Menschlichkeit, Men- 
schentum; C. Menschheit; D. Men- 
schlichkeit, Menschenliebe, Humanität ; 
— E. A. B. Humanity ; C. Mankind, 
Humanity; D. Humanity, Humane- 
ness ; — [I Umanità. 

A. Ensemble des caractères com- 










__ 1% 
ns 


muns à tous les hommes, y Compris ] 
vie, l’animalité, etc. « Humanitas com. 
prehendit in se ea quæ caduntin défini 
tione hominis. » (S. THomas D’AQui 
Somme théol., 1, 3, 3 c.) 

B. Ensemble des caractères consti. 
tuant la différence spécifique de l'es. 
pèce humaine par rapport aux espèces 
voisines. 

« Le type fondamental de l’évolution 
humaine, aussi bien individuelle que 
collective, y est en effet scientifique. 
ment représenté [dans la sociologie 
positive] comme consistant toujours 
dans l’ascendant croissant de notre 
humanité sur notre animalité, d’après 
la double suprématie de l'intelligence 
sur les penchants et de l'instinct sym-. 
pathique sur l'instinct personnel. ; 
(Aug. Core, Cours de philosophie posi. 
tive, 59e leçon, ad finem, 4° édition, 
VI, 721.) 

C. Ensemble des hommes, considéré, 
quelquefois, notamment par Aug. Cow- 
TE, comme constituant un être collec- 
tif. « La philosophie générale qui en 
résulte [des études positives] repré. 
sente l’homme, ou plutôt l'Humanité, 
comme le premier des êtres connus. » 


N 
: 





ours sur l'esprit positif, $ 64.) Par- 
à aussi, il donne à ce mot une exten- 
plus restreinte et n’admet à faire 
je de l’humanité ainsi comprise 
les hommes qui ont efficacement 
tribué au développement normal 
qualités proprement humaines. 
nt en ce sens qu’il appelle l’'Huma- 
à: le Grand-Ëtre. (Voir LÉvy-BRUHL, 
prune d'Auguste Comte, pa- 
389-391.) 
#D. Pitié, sympathie spontanée de 
tomme pour ses semblables. « Über 
d vermeintes Recht aus Menschen- 
fèbe zu lügen [D'un prétendu droit de 
entir par humanité]. » (KanT, 1795. 
ad. fr. de Barni en appendice à la 
rine de la vertu.) 
£. Par opposition soit au racisme, 
mit aux doctrines totalitaires, doctrine 


mi fait de l'humanité (du caractère | 


ain, complètement réalisé) la fin 
morale et politique par excellence. Voir 
Kanur, Fondements de la Métaphysique 
den mœurs, 2 section; Aug. COMTE, 
Cours, 52€ leçon. Dans un sens très 
voisin, la doctrine qui est à la base de 
la Déclaration des Droits de l’homme. 
. Individualisme,* D. et voir Obser- 
o&ions. 





! menschlichen Wesen gezogen 


| TERSLEBEN, 


HYLARCHIQUE 


Hervorhebung der Schranken die dem 
sind ; 
oder schärfer, mit Hervorhebung des 


! Gebrechlichen, Schwachen der Men- 


schennatur!. » (Grimm, Deutsches Wür- 
terbuch, vo, VI, 2088.) 

Rad. int. : À. Homar ; B, C. Homes; 
D. Humanes. 


HYGIÈNE de l'âme, D. Diätetik 
der Seele ; Psychotherapie ; E. Mental- 
healing ; Mind-Cure ; |. Igiene dell'ani- 
ma, Psicoterapia (rares). 

C’est sous ce titre qu’a été traduit 
en français, par le D' ScHLESINGER- 
Rauier, en 1858, l'ouvrage de FEUcH- 
Zur Diätetik der Seele 
(1839). Il a pour objet « la science de 


; mettre en usage le pouvoir que possède 


lPâme de maintenir par son action la 
santé du corps ». 


HYLARCHIQUE (du G. üar, Soyetv); 
E. Hylarchic, Hylarchical. 

Qui gouverne la matière. Terme créé 
probablement par Henri More, qui 
parle de principe hylarchique, d'esprit 
hylarchique, etc. « Feu M. Henri Morus, 
théologien de l’Église anglicane, tout 
habile homme qu'il était, se montrait 
un peu trop facile à forger des hypo- 


l « anthropocentrisme » est simplement adopté comme méthode ou bien érigé en 
système, et que l’ « exclusion » du supra-humain est tenue soit pour provisoire, 
soit pour définitive. » (E. Leroux.) 

Dans la séance de la Société du 1°r février 1936, M. Max Hermant a défendu 
sous le nom d'Humanisme social, la doctrine qui revendique, contre les conceptions 
totalitaires de l’État, le droit des personnes humaines à être traitées comme des 
fins en soi, et qui nie que l’on puisse organiser et gouverner les nations suivant 
des lois sociologiques analogues aux lois scientifiques suivant lesquelles on peut 
gouverner et utiliser les phénomènes matériels ou même, dans une certaine 
mesure, biologiques. Voir Bulletin de la Société française de Philosophie, 1936, 
p. 1 à 40. On dit plus généralement en ce sens Personnalisme*. 


Sur Humanité. — Équivalents allemands : Le mot Humanität, qui avait été 
omis dans la première rédaction du vocabulaire, est très usuel en Allemagne & 
sens C (ptaxvôpunix), surtout depuis Herder. — Menschlichkeit est rare au sen$ 
péjoratif, bien que mentionné dans le dictionnaire de Grimm ; mais Menschlich est 
fréquent. Cf. le titre de l'ouvrage de Nietzsche : Menschliches, Allzumenschliches 
(Humain, bien trop humain). — (Communiqué par F. Tônnies.) 

— Il me semble qu'il n’y a pas de différence essentielle entre les sens A et B. 
Le sens B consiste à ne retenir du sens À que ce qui est spécifique et, par suite 
utile. (J. Lachelier.) — A et B vont ensemble. Les caractères qui constituent là 


REMARQUE 


thèses qui n'étaient point intelligibles 
ni apparentes : témoin son principe 
| hylarchique de la matière, cause de la 


Je ne trouve pas chez les philosophes : 
français le mot humanité employé en 
ws sens dépréciatif (d’origine théolo- 
que ?) qui semble n'être pas rare 
chez les écrivains allemands : « Men- | 
shlichkeir, menschlicher Zustand, mit 


 — 





1. « Humanité, condition humaine, en mettant en 
relief les bornes imposées à la nature de l’homme, ou, 
dans un sens encore plus fort, ce qu’il v a de corrompu, 
ou de faible dans celle-ci. » 





définition de l’homme, pour saint Thomas, embrassent le genre prochain et la 
différence spécifique. (F. Mentré.) 

, Le rapport étroit des deux sens n’est pas douteux, ainsi que la façon dont se 
fait le Passage de l’un à l’autre. Il y a lieu cependant de distinguer nettement le 
Caractère total et la différence spécifique. Si l’on dit que le devoir de l’homme 
est de développer « son humanité », on peut entendre par là soit développer 
ie les fonctions humaines, soit développer seulement ce qui est le propre de 

Mme, même en sacrifiant ou en laissant s’atrophier les désirs, les instincts, 

fonctions qui lui sont communes avec les animaux. Il y a donc là véritablement 

double sens, et qui peut engendrer une grave équivoque. Cf. Aristote, Morale 

lcomaque, X, 7 : « Où xpn 8è xara Tobùç rapatvobvtac avôponivx ppoveiv, évôpo- 
y Évra … LAXX Cu xar vd xpériarov rüv Ev «br. » (1177031-34). (A. L.) 


nu. 


HYLARCHIQUE 








pesanteur, du ressort et autres mer- 
veilles qui s’y rencontrent. » LEIBNIZ, 
Nouveaux Essais, III, x, 14. — BER- 
KELEY cite et écarte aussi le principe 
hylarchique dans ses Dialogues entre 
Hylas et Philonoüs, 111, ad finem, où 
il le rapproche des formes substan- 
tielles, de la nature plastique, etc. 
(Vol. I, p. 479). Cf. Médiateur*. 


HYLÉ ou HYLÉTIQUE, (S). 


HYLÉMORPHISME (du G. üan, 
uocph), D. Hylemorphismus; E. Hyle- 
morphism ; 1. Ilemorfismo. 

Doctrine qui explique les êtres, selon 
la conception d’Aristote et des Scolas- 
tiques, par le jeu de la matière* et de 
la forme*. Voir ces mots. 


HYLOZOÏSME, D. Hylozoismus ; E. 
Hylozoism ; 1. Ilozoismo. 

Doctrine philosophique d’après la- 
quelle toute matière (5An) est vivante 
(C&ov), soit en elle-même, soit en tant 
qu’elle participe à l’action d’une âme 
du monde. (KanT, Critique du jugement, 
11, $ 72.) Ce terme se rencontre pour 
la première fois chez CunworTH (voir 
R. Eucken, Geschichte der philosophi- 
schen Terminologie, p.94). Il est souvent 
appliqué à la physique stoïcienne. 

Rad. int. : Hilozoism. 


HYPER... Préfixe employé librement 
en composition, dans la langue philo- 
sophique et psychologique contempo- 
raine, sans doute à l’imitation de l’u- 
sage qui en est fait en médecine. On le 
joint non seulement à des mots de ra- 
cine grecque, mais à des mots d'origine 
latine. Il désigne le plus souvent ce qui 
est au-dessus de la normale (hyperes- 
thésie*, hypermnésie* ; on trouve de 
même hyperacousie, hyperosmie, etc.) ; 
— mais on l’emploie aussi pour mar- 
quer ce qui est au delà, ou en dehors 
d’une certaine forme, tout en conser- 
vant des caractères importants de 
celle-ci fhyperespace*, hyperorganique*, 
hypergéométrique) ; et au sens péjora- 
tif, pour souligner un excès fhyper- 
critique, hypertrophie du moi). 





| caractères 














HYPERBOLIQUE 
CARTES. 

Nom donné par DESCARTES au doute 
méthodique radical dont les raisons 
sont exposées dans la Première médir,. 
tion ; il entend par là que ce doute est 
poussé à l’extrême, qu’il n’est que théo. 
rique et provisoire. « Ibi tantum age. 
batur de summa illa dubitatione quam 
saepe metaphysicam, hyper bolicam 
atque ad usum vitae nullo modo trans’ 
ferendam esse inculcavi. » Rép. aux 
VIIe8 Obj. Ad. et Tann., VII, 460. 
Cf. 6e Méditation, dernier $, et Prin. 
cipes, 1, 30. 


(Doute), Des. 


Hyperendophasie, voir Endophasie* et 
Hallucination psychique, dans le Sup. 
plément à la fin du présent ouvrage. 


HYPERESPACE, D...;, E. Hyper 
space ; 1. Iperspazio. Espace à plus de 
trois dimensions. (Voir Espace* et Eu- 
clidien*.) 


HYPERESTHÉSIE, D. Hyperästhe- 
sie ; E. Hyperaestesia ; 1. Iperestesia. 

Augmentation anormale de la « sen- 
sibilité », soit au sens affectif, soit au 
sens perceptif de ce mot. 

Rad. int. : Hiperestezi. 


HYPERMNÉSIE, D. Hypermnesie ; 
E. Hypermnaesia ; 1. Ipermnesia. — 
Opposé à Amnésie*. 

État dans lequel des souvenirs qui 
devraient être normalement effacés re- 
paraissent avec force et en abondance. 
Ce terme est très usuel; voir notam- 


. ment RiBOT, Les maladies de la mé- 
; moire, Ch. 1v : 


« Les exaltations de la 
mémoire, ou hypermnésies », qui à 
beaucoup contribué à faire entrer Ce 
mot dans le langage courant. 


HYPERORGANIQUE, D... ; E. Hy 
perorganical ; |. I perorganico. 

A. Supérieur à l’organisme, et d’un 
autre nature. Se dit en ce sens de l’es- 
prit, considéré comme présentant des 
irréductibles à ceux du 
corps. Fréquent en ce sens chez MAINË 
DE BIRAN. 


426 


de, Supérieur, en étendue, aux orga- 
nes les plus élevés que nous pou- 
4 apercevoir intuitivement comme 

touts, mais de même nature qu'eux, 
moins par ses caractères généraux. 
germe est appliqué, en ce sens, à la 
gté et aux fonctions sociales. 


yperorganisme se dit aussi, mais ce 
Mine est plus rare. 
had. int. : Superorganism. 


fgypnagogique, voir Hallucination*. 
a 
HYPNOSE, D. Hypnose ; E. Hypno- 
D; I. Zpnosi. 
réunit sous ce nom différents 
its à la fois somatiques et psycholo- 
ües, analogues au somnambulisme 
patané, et dont les caractères com- 
gns les plus généralement reconnus 
a: un développement des phéno- 
s automatiques, une très grande 
mggestibilité, une altération des condi- 
dis normales de la mémoire, de la 
pèssonnalité, et quelquefois de la per- 
cption ; et, dans le cas où cet état est 
ptaduit par l’action d’une autre per- 
sane, une dépendance spéciale à 
Figard de l’hypnotiseur. La catalepsie* 
at considérée comme une des formes 
de l'hypnose. 





HYPOSTASE 





Hypnotisme se dit dans un sens plus 
général et plus vague pour désigner 
l’ensemble des phénomènes qui se rat- 
tachent à l’hypnose, les procédés opé- 
ratoires qui la produisent, les applica- 
tions thérapeutiques et autres dont elle 
est susceptible, etc. 

Rad. int. : Hipnot. 


HYPO..., préfixe employé en compo- 
sition (dans les mêmes conditions 
qu’hyper*...) pour désigner ce qui est 
au-dessous de la normale, ou ce qui se 
présente à un faible degré. 


HYPOSTASE, D. Hypostase ; E. Hy- 
postasis ; 1. Ipostasi. 

Du G. üréatrac, support, fondement. 
— Ce mot a été surtout introduit dans 
la langue technique de la philosophie 
par PLorix et par les écrivains chré- 
tiens de son époque, qui l’appliquent 
aux trois personnes divines en tant 
qu’on les considère comme substan- 
tiellement distinctes. 

En L. substantia (qui en est la trans- 
cription) et, dans le L. scolastique, 
hypostasis, qui garde surtout le sens 
d'individu et spécialement de personne 
morale : « Individuae substantiae ha- 
bent aliquod speciale nomen prae aliis ; 
dicuntur enim hypostases vel primae 


Sur Hypostase. — Historique. — Ce mot se rencontre chez Aristote, mais il n’y a 
B& de sens technique : il y signifie sédiment, dépôt. Le plus ancien exemple que 
nus possédions de ce terme, pris au sens philosophique, se trouve dans l’Épitre 
Hébreux, 1, 3, où le Fils de Dieu est appelé xapoxths ts drootioews de son 
re. Mais il est probable cependant qu'il a été d’un usage plus répandu que cet 
Unique exemple ne le ferait croire ; il est difficile, en effet, de ne pas supposer 
4 est l’origine de l'emploi qu'ont fait les philosophes latins du mot substantia 
Par traduire oùatx, équivalence qui nous est attestée par SÉNÈQUE (Epist. 113, 
) et QuiNTILIEN (/nst. Orat., 111, 6, $ 9 et IX, 1, $ 8). (C. C. J. Webb.) 
— Dans le rept xéouov, ouvrage probablement stoïcien qui date à peu près du 
mmencement de l’ère chrétienne, xx0°” brédtamv est opposé à xat’ Éupxotv pour 
er les phénomènes célestes qui ont une réalité matérielle (par exemple la 
, les étoiles filantes) par opposition à ceux qui ne sont qu’une image (par 
eple l’arc-en-ciel}. ILepè xécuou, 395230 (dans l'édition de Berlin des œuvres 
‘Aristote, à qui ce traité a été autrefois attribué). 


le 


— Le second sens n’est pas réellement distinct du premier 
tort de prendre pour une substance ce qui n’en est pas une. — Quant au verbe 


: on a seulement 


tasier, il me paraît bien malheureusement formé. (J. Lachelier.) 


dé 


HYPOSTASE 


substantiae. » (S. THomas D’AQUIN, 
Somme théol., 1, 29, 1 c.) « Hypostasis… 
ex usu loquendi habet quod sumatur 
pro individuo rationalis naturae, ra- 
tione suae excellentiae. » (Jbid., 2, 
ad. 1. Voir SCHUTZ, Thomas Lexicon, 
vo, 361.) 

A. Substance, considérée comme une 
réalité ontologique. 

B. (Péjoratif). Entité* fictive, abs- 
traction faussement considérée comme 
une réalité. — Ce sens est surtout usuel 
pour le verbe hypostasier (—= transfor- 
mer une relation logique en une subs- 
tance, au sens ontologique de ce mot) ; 
et même, plus généralement, donner à 
tort une réalité absolue à ce qui n’est 
que relatif : « La tentation devait être 
grande... d’hypostasier cette espérance 
ou plutôt cet élan de la nouvelle 
science, et de convertir une règle de 
méthode en loi fondamentale des cho- 
ses. » H. BErGsoN, L'évolution créa- 
trice, 376. 

Rad. int. : À. Hipostaz. 










428 


HYPOTHÈSE, G. ‘Yrébeaic; L. Hy. 
pothesis ; D. Hypothese; E. Hypore. 
sis ; I. Ipotesi. 

Essentiellement, ce qui est ou £ 
qu’on met à la base de quelque cons. 
truction : « ‘H +üv vépov dréBecte, le 
principe des lois. » (PLATON, Lo, 
743 C.) D'où, en particulier : | 

À. En mathématiques, ce que l'on 
prend comme données d’un problème 
ou comme énonciations d’où l’on part 
pour démontrer un théorème. Pr 
exemple : « Le côté AB est égal au 
côté AC par hypothèse. » 


B. Proposition reçue, sans égard àla 


question de savoir si elle est vraie ou 
fausse, mais seulement à titre de prin. 
cipe tel qu’on en pourrait déduire un 


ensemble donné de propositions. « Afin 


que chacun soit libre d’en penser 
qu'il lui plaira, je désire que ce que 


j'écrirai soit seulement pris pour une 


hypothèse, laquelle est peut-être fort 
éloignée de la vérité , mais encore que 
cela fût, je croirais avoir beaucoup fait 


toutes les choses qui en sont dé- 
ites sont entièrement conformes aux 
npériences. » (DESCARTES, Principes, 
1, 44.) Cf. Jbid., 45 : « Que même 
supposerai ici quelques-unes que 
% crois fausses », et 47 : « Que leur 
bsseté n'empêche point que ce qui en 
La déduit ne soit vrai. » 
C'est contre cette méthode que pro- 
NEwTon dans le texte suivant, 
Suvent pris en un faux sens : « Ratio- 
sm vero harum gravitatis proprieta- 
gm €X phaenomenis nondum potui 
d&ducere, et hypotheses non fingo. 
Quicquid enim ex phenomenis non 
ucitur, hypothesis vocanda est ; et 
otheses seu metaphysicae, seu phy- 
gène, seu qualitatum occultarum, seu 
æechanicae in philosophia experimen- 
fali locum non habent. » Il les oppose 
aux verae causae. (Philosophiae natu- 
mlis principia mathematica, 1' édi- 
ton, ad finem.) 
.-C. Conjecture douteuse, mais vrai- 
smblable, par laquelle l'imagination 
CR 





HYPOTHÈSE 


anticipe sur la connaissance, et qui est 
destinée à être ultérieurement vérifiée, 
soit par une observation directe, soit 
par l’accord de toutes ses conséquences 
avec l'observation. (Voir Auguste Com- 
TE, Cours de philosophie positive, le- 
çon 28 : « Théorie fondamentale des 
hypothèses. ») — « Le sentiment en- 
gendre l’idée ou l'hypothèse expéri- 
mentale, c’est-à-dire l'interprétation 
anticipée des phénomènes de la na- 
ture. » (Claude BERNARD, Introduction 
à la médecine expérimentale, 1r° partie, 
chap. u, $ 2.) 

On peut voir le passage du sens B 
au sens C dans DESCARTES, Principes 
de la philosophie, IV, 204-206. 


CRITIQUE 


Ce dernier sens est tellement usuel, 
dans la philosophie et dans le langage 
courant, qu'il paraît nécessaire de le 
retenir, au sens B, le mot principe 
fournit d’ailleurs déjà une très bonne 





Sur Hypothèse. — Historique. — Outre le sens général signalé plus haut, 
PLaTon désigne par les mots ürotifeoat, et &E broftoewc oxoneïoBar la méthode 
« des géomètres » qui consiste, étant donnée une propriété d’une figure qui ne 
peut pas être directement démontrée, à en chercher une autre d’où la première 
résulterait et à voir ensuite si cette Ür66eouc elle-même est vraie, c’est-à-dire si elle 
résulte de la définition ou des propriétés déjà connues de la figure considérée. 
(Ménon, XXII, 86 A sqq.) (A. L.) 

— Chez ARISTOTE, le ouAAoyioudc Ë droféoenc est le raisonnement qui repose 
sur cette assomption : 
A est prouvé, B est conclu #£ üroBéoeuwc. — Cf. &vayxaïov £E broécewsc : par exemple, 
il est nécessaire, si l'on doit bâtir un mur, que les matériaux les plus lourds soient 
placés au-dessous des plus légers. (C. C. J. Webb.) 


Sur la Critique. — Je ne vois pas de différence bien profonde entre le sens B et 
le sens C. Peut-être peut-on distinguer les hypothèses qui consistent à admettre 
des agents ou des actions dont l'existence ne pourra jamais être directement 
constatée, hypothèses destinées par conséquent à rester toujours hypothèses, et 
à ne se justifier que par l’accord des faits avec elles — et les hypothèses consistant 
anticiper seulement sur l'expérience et à ne supposer que ce qui pourra un jou’ 
être constaté ; — et encore, où est la limite entre les deux, et comment distinguef 
ce qui pourra être un jour perçu de ce qui ne pourra jamais l’être ? (J. Lacheller.) 

Cette objection est certainement fondée : Auguste Comte, qui a souvel 
déclaré certaines hypothèses invérifiables et par conséquent inutiles à faire, a êté 
plus d’une fois démenti par l'expérience dans ces prévisions et ces prohibitions. La 
distinction entre hypothèses vérifiables et non vérifiables par constatation directe 


si À est vrai, B doit être admis en conséquence. Si donc , 


est donc mauvaise. Mais celle qui existe entre le sens B et le sens C est assez 
différente : tantôt l'hypothèse est tenue pour un pur instrument de classification 
Hgique, tantôt pour une méthode de découverte de la vérité, et même de la réalité. 
Ée premier sens a surtout une valeur historique ; il explique cette formule de la 
condamnation de Galilée « quamvis hypothetice a se illam (opinionem) proponi 
smularet » (voir Descartes, Lettre à Mersenne, 10 janvier 1634) ; il répond à 
ue conception surtout mathématique de la science. On en peut cependant 
teuver encore l’application chez certains physiciens contemporains (voir p. ex. 
Dünem, La Théorie physique, son objet et sa structure). Entre cette signification, 
et celle qu'adopte Claude Bernard, il y a la différence de deux théories épisté- 
mologiques opposées. Si le sens B pouvait être réuni à un autre, ce serait bien 
Plutôt au sens À qu’au sens C. (A. L.) 

—- Îl ne me semble pas que le mot principe puisse remplacer hypothèse au sens 
B:il y aura toujours des « principes » certains par eux-mêmes et des « principes » 
simplement supposés. (J. Lachelier.) — Un principe, en tant que principe, est 
indépendant des idées de certitude ou de doute, et même de vérité ou d’erreur, 
Puisqu’il peut être certain ou douteux, vrai ou faux, en restant toujours principe ; 
Se qu'il y a d’essentiel dans ce mot est qu’il marque une fonction logique, le point 

départ de la déduction ; or, tel est précisément le sens B du mot hypothèse, 
Mie reçue, sans égard à la question de savoir si elle est vraie ou fausse ». 

— J’ajouterais une quatrième signification : « Hypothèse = fiction ». Ex. : la 
datue de Condillac ; — « être doué de sens hypothétiques » (Micromégas) ; — 

exemple hypothétique » (un homme isolé dans une île) ; — « espace hypothé- 
tique » (Voir les articles de Poincaré sur la géométrie non euclidienne) ; — cf. les 


A, “mr. — VOCAB. PHIL. 16 


! 


HYPOTHÈSE 





430 





expression de l’idée qu’il s’agit de 
rendre. (Voir ci-dessus Fondement, Cri- 
tique.) 

Rad. int. : Hipotez. 


Hypothético-déductive (méthode). 

La méthode déductive*, telle qu’elle 
a été définie, peut développer ses rai- 
sonnements, soit à partir de principes* 
considérés tous comme vrais et certains 
(on l'appelle alors catégorico-déductive, 
ou déductive sans autre épithète), soit 
à partir de principes dont quelques-uns 
au moins sont simplement posés à titre 
de lexis*, et dont la vérité, s’il en est 
question, sera jugéc a posteriori, comine 
celle des hypothèses-conjectures (voir 
Hypothèse C), c’est-à-dire selon leur ap- 
titude, ou leur insuffisance à produire 
comme conséquences logiques un ensem- 


HYPOTHÉTIQUE, D. Hypothetiscp . 
E. Hypothetical ; I. Ipotetico. ! 

A. Sens usuel (voir Hypothèse-Q) | 
conjectural. ° 

B. Sens logique. Opposé à catégori. 
que*. 

Une proposition hypothétique est 
celle qui énonce une relation d’implica. 
tion entre deux propositions. Exemple : 
« Si un triangle est rectangle, il peut 
être inscrit dans une demi-circonfé. 
rence. » Ces propositions peuvent être 
elles-mèmes soit assertoriques, soit im. 
pératives, soit appréciatives, soit de 
toute autre modalité. D'où, notam- 
ment, l’expression impératif hypothe- 
tique. (Voir Impératif*.) 

Parmices propositions, KEYNEs dis. 
tingue 1° celles qui signifient : « T'outes 
les fois que À est B, il s'ensuit que C 


HYPOTHÉTIQUE 













es énoncent un rapport d’implica- 
A entre l'existence de deux faits; 
, peuvent ordinairement s'exprimer 
w une seule proposition et forment 
jugement simple ; il les appelle con- 
synnelles : — les secondes énoncent 
E rapport d’implication entre la vérité 
deux propositions ; elles forment un 
sement complexe (compound judg- 
Mt) ; il les appelle hypothétiques, ou 
Hanpremnent hypothétiques. (Formal Lo- 


#, partie II, chap. 1x.) 

È ‘ CRITIQUE 
La distinction est intéressante ; mais 
Bit surtout important de distin- 
oo entre le jugement conditionnel 
usif, où la lexis dépend d’une condi- 
lune sine qua non, et le simple juge- 
t hypothétique, où la lexis n’est 


de l'antécédent, mais perd simplement 
la garantie qu’elle aurait tirée de 
celui-ci. 


Syllogisme hypothétique, syllogisme 
formé partiellement ou totalement de 
propositions hypothétiques. Il peut 
revêtir plusieurs formes. 


1° Trois propositions hypothétiques : 


Si À est B, C est D 
Si E est F, A est B 
Donc si E est F, C est D. 


C'est l’analogue du syllogisme caté- 
gorique ordinaire, où les termes seraient 
remplacés par des propositions. Il peut 
s’écrire symboliquement sous la forme 
p39gorr2 p,doncr3q—t{(p,gq,r 
étant des propositions). 





ble donné de propositions : c'est ce qu’on 
appelle méthode hypothético-déductive. 

Cette manière de procéder, actuelle- 
ment fréquente en mathématiques 
comme en physique, établit un lien 
étroit entre la déduction et la méthode 
expérimentale. 


est D »; par exemple : « Si une allu- 
mette enflammée est mise sur de la 
poudre, la poudre fait explosion » ; — 
29 celles qui signifient : « S’il est vrai 
que A soit B, il s'ensuit que C est R »; 
par exemple : « S'il existe un Dieu 
juste, il punira les crimes. » Les pre- 





romans de Wells. — Il est vrai, que ce sens peut se ramener à B ; mais il faut 
souligner le caractère fictif de l'hypothèse : on simplifie ou on complique volon- 
tairement un problème pour le résoudre. (F. Mentré.) 

— Mais ce caractère n’est pas compris dans le sens du mot ; il se trouve seu- 
lement qu’un certain nombre d’hypothèses, au sens B, présentent, outre leur 
fonction d’hypothèses, ce caractère d’irréalité. Il y aurait même lieu de prévenir 
les étudiants que si de pareilles fictions sont appelées hypothèses, ce n’est pas en 
tant que fictions, connues pour telles, mais en tant que principes de raisonnement, 
et positions logiques. (A. L.) 

— Lorsqu'on dit d’une hypothèse qu’elle est heuristique il faut bien entendre 
qu’elle précède la découverte, qu’elle est pour cette raison, active, et qu’elle se 
distingue de l’hypothèse qui suit la découverte, et qui n’introduit la coordination 
qu'après coup. L’une est une source de mouvement, l’autre en est le terme. 
Peut-être conviendrait-il de réserver le nom d’hypothèse exclusivement à toute 
anticipation de l'esprit sur l'expérience. L'hypothèse est essentiellement une méthode, 
c’est-à-dire un principe d’action, un moyen heuristique. C’est ce qu’il y a d’essentiel 
dans la signification du mot. — Le résumé synthétique de l’expérience est théorie 
générale, système, etc., — mais jamais hypothèse. (L. Boisse.) — Sauf lorsque C€ 
résumé synthétique sert en outre à anticiper sur l'expérience. Cette remarque €St 
d’ailleurs tout à fait conforme aux propositions ci-dessus, et à l’usage qui tend à 
réserver le nom de théories aux constructions déductives qui servent seulement 


à organiser les lois admises sous une forme analytique, sans y rien ajouter de 
conjectural. (A. L.) 


29 Une prémisse hypothétique, une 


Cd niée par le seul fait de la fausseté 





# 

; Sur Hypothétique. — Historique. — L'origine de cet usage du mot n’est pas 
érstotélique ; il paraît remonter à Théophraste et à Eudème ; voir l’Introduction 
de Boèce à son traité De Syllogismo Hypothetico. (C. C. J. Webb.) — Tout le 
développement de la syllogistique hypothétique est dû aux stoïciens. Ils substi- 
téèrent cette forme à la forme catégorique, et remplacèrent les trois figures 
«t les quatre modes d'Aristote par ce qu’ils appelaient les cinq indémontrables 
(Évwexéeuxror), entendant par là des formes de raisonnement dont la valeur 
était, selon eux, évidente par elle-même. — Ces innovations logiques des Stoïciens 
œt un véritable intérêt philosophique : leurs formes de raisonnement sont d'un 
s plus général que celles d’Aristote. Elles peuvent porter sur des consécutions 
à phénomènes (s’il vente, il pleuvra), aussi bien que sur des implications d’attri- 
buts (si vous êtes homme, vous êtes mortel). La logique d’Aristote est exclusive- 


tent celle de l'être : la logique des stoïciens est à la fois celle de l'être et celle du 
Svenir. (J. Lachelier.) 


Sur la Critique. — On a quelquefois appelé « Méthode hypothétique », en physique 
e qui consiste à chercher l’explication des phénomènes dans une structure 
Boléculaire et dans un système de mouvements de trop faibles dimensions pour 
directement perçus ; on l’oppose à la « Méthode abstractive » qui se borne 
‘sumer dans une formule mathématique la loi des phénomènes sensibles 
és, et à transformer cette formule suivant les règles du calcul algébrique. 
— Mais l'expression méthode hypothétique est impropre à marquer cette opposition : 
eù effet, si l’on entend dans ce cas « hypothèse » au sens de conjecture, on doit dire 
Qe la méthode abstractive consiste, ele aussi, à faire une conjecture (car la 
, en tant que générale, dépasse toujours les faits observés) ; et si l’on entend 
thèse » au sens de principe, la méthode abstractive consiste, elle aussi, à 
un principe d’où l’on revient déductivement aux faits. Le terme qu'il 
Séaviendrait d’opposer à « méthode abstractive » serait donc plutôt « méthode 
afaitive » ou « méthode d’analyse concrète ». (A. L.) 


AN. 


HYPOTHÉTIQUE 


prémisse catégorique ; ce qui s subdi- 
vise encore en deux cas : 


I. Modus ponens : 


Si À est B, S est P 
or À est B, 
donc S est P 


ou, en notant les propositions et non 
les termes : 


Si p est vraie, g est vraie 
or p est vraie 
donc gq est vraie. 


II. Modus tollens : 


Si À est B, S est P 
or S n’est pas P 
donc À n'est pas B 


ou, en notant les propositions : 


Si p est vraie, g est vraie 
or g n’est pas vraie 
donc p n'est pas vraie. 


li. En Locique : 1° symbole de la 
proposition particulière  affirmative. 
Voir .1* ; 20 symbole de la proposition 
modale où le mode est nié et le dictum 
est affirmé. 


IDÉAL, adj. D. À, B. C. Ideal; 
A, C. /deell ; — E. Ideal; — I. Ideale. 
A. Qui constitue une idée, ou l’une 
des déterminations d’une idée, au sens 
A de ce mot, ou dans les sens qui s’y 
rattachent immédiatement (Idée plato- 


CRITIQUE 

Ces propositions et ces syllogismes 
sont appelés par Port-Royal condi. 
tuonnels. (Logique, 22 partie, chap. x\1. 
3e partie, ch. x11 et x111.) , 

En désignant toutes les formes sxIlo. 
gistiques ci-dessus anoncées par le nom 
d’hypothétiques, nous avons suivi lu. 
sage de FowLer; mais JEVONS ne 
donne ce nom qu’à la se onde forme 
seulement, et n’admet pas l'existence 
de la première en tant que forme lo- 
gique spéciale ; il en est de mème de 
Liarp et de RABIER; — SPALDING, 
UEBERWEG et KEYNES appellent cette 
seconde forme syllogisme hypothético. 
catégorique ; enfin, KEYNES admet ce 
nom pour la seconde forme, mais dis- 
tingue dans la première entre le sens 
conditionnel et le sens proprement 
hypothétique, tels qu’ils ont été définis 
ci-dessus en ce qui concerne les propo- 
sitions. (NEYNES, Formal Logic, 3 par- 
tie, ch. v.) 

Rad. int. : Ffipotez. 


HYPOTYPOSE, (S). 


nicienne, en tant que type parfait) : 


« La beauté idéale. » — « Une ma- 
chine idéale, qui fonctionnerait sans 
frottement. » — « L'image idéale = l'i- 


mage intérieure, idéal du genre » (dans 
V. Eccer, La parole intérieure, 252). 
En ce sens, idéal implique presque 
toujours qu’il s’agit d’une limite, empi- 
riquement inaccessible. 

Ce terme est très employé, avec cette 
acception, dans la langue usuelle aussi 
bien que dans la langue philosophique, 





tandis qu'Îdée, au sens correspondant, 

ge l’est pas. — On peut, cependant, en 

rapprocher aussi l'usage de ce dernier 

mot pour signifier dessein, conception à 
liser. 

B. Qui présente un certain caractère 
d'élévation esthétique, morale ou intel- 
Jectuelle. « Ils se livrent peut-être à 
une grossière bomhance, sans résultat 
idéal d’aucune sorte. » RENAN, Dia- 
logues philosophiques, 111, p. 131. 

Le mot,ence sens, équivaut souvent 
à spirituel. « Il implique, nous écrit 
M. MENTRÉ, une certaine largeur, ve- 
nant de l'élévation du point de vue : 
une vie idéale est le contraire d’une vie 
étroite, terre à terre, mesquinement 
utilitaire. » 

C. Correspondant au sens B du mot 
idée (notion, concept) et parfois aussi, 
mais très partiellement, au sens D (tout 
ce quiest dans la pensée). Dans un cas 
comme dans l’autre, mais surtout dans 
le second, cet usage est rare. On ne le 
rencontre guère que pour opposer les 
concepts mathématiques aux objets 
matériels qui en suggèrent la construc- 
tion : « La géométrie ne s’occupe pas 
des solides naturels ; elle a pour objets 
certains solides idéaux, absolument 
invariables, qui n’en sont qu’une image 
simplifiée et bien lointaine. » Poin- 
cARÉ, La science et l'hypothèse, ch. 1v, 
p. 90. — Et, même dans ce passage, 
quelques-uns de nos correspondants 
estiment qu’idéal peut être entendu au 
sens de parfait. 


IDÉAL 





On trouve aussi quelques textes 
comme le suivant, où le mot idéal 
s’applique à ce qui est seulement cons- 
truit ou imaginé par l'esprit, en oppo- 
sition à ce qui existe véritablement ; 
dans cet exemple, le mot prend même 
une nuance péjorative ; mais c’est tout 
à fait exceptionnel : « Elle n’offrirait 
aux autres que des conceptions qui 
leur sembleraient idéales, parce qu’ils 
n’en auraient pas d’abord apprécié les 
bases réelles. » Aug. ComTE, Synthèse 
subjective, I ; Introd., p. 3. 

En anglais, le mot ideal est au con- 
traire très couramment employé com- 
me adjectif correspondant à idée au 
sens D : par exemple, dans le chapitre 
de Bain, intitulé Of ideal emotion dans 
The emotions and the will. 

Rad. int. : A. Perfekt; B. Ideal; 
C. Ideel. 


IDÉAL, subst. — D. [deal ; E. A. 
19 Ideal ; 2° Standard ; À, B. Ideal; 
— IL Ideale. 

A. 1° (Absolument : l'Idéal). Ce qui 
donnerait une parfaite satisfaction à 
l'intelligence et au sentiment humains ; 
— quelquefois, par suite, cette intelli- 
gence et ce sentiment mêmes, en tant 
que leur mouvement et leur effort 
définissent par avance et déterminent 
virtuellement cette perfection. « L'idéal 
n’est que le mouvement naturel de la 
pensée vers la vie toute harmonieuse ». 
SÉAILLES, Le génie dans l’art, ch. 11, 
p. 130. « L'idéal, c’est l’esprit dans ses 


au sens B, qui s’y rattache assez étroitement. (M. Bernès, L. Boisse, Brunschvicg, 


Rauh.) 


M. E. Halévy préférerait employer en ce sens conceptuel où notionnel. — Mais 





Sur Idéal, adj. et subst. — Ces deux articles ont été notablement remaniés 


en tenant compte des observations de M. Bernès, L. Boisse, L. Brunschvicg, 
E. Halévy, J. Lachelier, F. Rauh, F. Tônnies. 


Sur Idéal, adj. — Le sens C, tout rare qu'il est, n’en est pas moins très bon 
et très conforme à l'étymologie. (J. Lachelier.) 
à Il serait utile d'adopter en ce sens idéel : on éviterait amsi des équivoques et 
es confusions. /déal serait réservé au sens À, de beaucoup le plus répandu et 


Ré RE nn À 


ces mots ne conviendraient, semble-t-il, qu’au sens correspondant à idée-B (idée 
abstraite, idée de l’entendement) ; ils rendraient imparfaitement idéal en tant 
qu’il veut dire construit par l'esprit, représenté dans l’esprit : ce dont il s’agit 
Peut n’avoir rien d’abstrait. Je préférerais dire mental, qui ne laisse place à aucune 
équivoque, toutes les fois qu’il est possible de l’employer. (A. L.) 

La première rédaction de cet article reposait sur une distinction des sens du 
mot idéal en sens appréciatifs (A, B) et sens gnoséologique (C). A la réflexion, il 
Ma semblé que ce caractère n’avait pas assez d’importance pour être mis en 
relief, d’autant plus que le sens À n’est pas exclusivement appréciatif. {déal, sub- 
Stantif, représente au contraire dans tous les cas un jugement de valeur. (A. L.) 


IDÉAL 





lois vivantes ; ce n’est pas une forme, 
c’est une puissance. » Jbid., Conclu- 
sion, 284. 

En ce sens, les idées de Dieu et 
d’Idéal ont été souvent rapprochées et 
même confondues. « Vous pensez alors, 
comme Hegel, que Dieu n’est pas, mais 
qu'il sera ? — Pas précisément. L'idéal 
existe, il est éternel, mais il n’est pas 
encore matériellement réalisé : il le sera 
un jour. » RENAN, Dialogues philos., 
I1, 78. 

20 (Relativement : tel idéal particu- 
lier. — Cf. Idée, C). Ce que l’on se pro- 
pose comme type parfait ou comme 
modèle dans un certain ordre de pensée 
ou d’action. « L'idéal de la société 
américaine est peut-être plus éloigné 
qu'aucun autre de l'idéal d’une société 
régie par la science. » RENAN, Dialogues 
philos., III (3° éd.), p. 99. — « Nous 
engageons notre idéal avec notre per- 
sonne dans la vie sociale où nous ren- 
controns d’autres personnes et avec 
elles un autre idéal. » M. Mizioun, 
La formation de l'idéal, Revue philoso- 
phique, août 1908. « Il faut partir de 
l’homme et de l'idéal qu’il se fait pour 
aller à l'idéal qui se fait et pour tra- 
vailler à le faire. » In., Zbid. (Voir 
particulièrement, pp. 144 et 159, l’ana- 
lyse de la « fonction de l'idéal ».) 







434 

B. Les intérêts esthétiques, moraux 
ou intellectuels, en tant qu'ils s’oppo. 
sent à ceux de la vie matérielle. « Dans 
la vie sociale, c'est encore l’idéal qui 
rassemble les âmes autour d’un but 
commun ; hors de là, il n’y a qu’utilité, 
et l’utilité, loin de concentrer et d’unir 
sépare et disperse. » LiarD, La science 
positive et la métaphysique, P. 484 
(2 éd.). 


REMARQUES 


1. Nous avons fait correspondre, 
sous les mêmes lettres, les sens corres- 
pondants de l’adjectif et du substantif 
idéal, 

Il a été nécessaire pour cela de sub. 
diviser le sens À du substantif en deux 
parties. La première a une significa- 
tion globale et métaphysique, que l’ad- 
jectif présente plus rarement ; la se- 
conde correspond au sens psycholo- 
gique de celui-ci. 

Le sens B est exactement le même 
dans les deux cas. 

Enfin, il n’y a point de sens du 
substantif qui corresponde au sens C 
de l'adjectif. 

2. (HistoriQue.) Pour KanT, un 
idéal est un être conçu comme unique, 
individuel, et tel qu'il se satisfasse 
exactement à toutes les conditions 


Sur Idéal, subst. -— Complété d’après les observations de J. Lachelier, qui 


ajoute la remarque suivante 


: « Tous ces sens sont vagues, et l’emploi du mot 


idéal pour signifier le mouvement naturel de la pensée vers quelque chose me 
semble même tout à fait impropre; il faudrait dire, pour rendre exactement 


la même pensée : 


: l'idéal au moins en art, ne peut pas être donné ; il ne peut être 


que cherché. » — Mais peut-être y a-t-il dans la pensée de M. Séailles quelque 


fonc idée* (au sens spécial où il prend 
mot : concept d’une perfection, 
Dgne espèce ou d’une autre) que la 
#hison réclame, mais dont l'expérience 
*, fournit pas d'exemple. Bien qu’im- 

ible à réaliser, un tel idéal sert de 
règle et de prototype pour agir et pour 
ver. Ainsi, la vertu est une idée, et 
je sage stoicien est l'idéal correspon- 
dent. (Critique de la Raison pure, Dial. 
transc., livre II, ch. tit, $ 1 : « De 
pidéal en général. » }— L'« idéal trans- 
éendental », en particulier, serait un 
être suprême, satisfaisant au besoin 
râtionnel de trouver le principe unique 
de toute existence, c'est-à-dire Dieu. 
Aussi, cette expression sert-elle de titre 
à la 3% partie de la Dialectique trans- 
cendentale, qui s'ajoute au Paralo- 
gisme et à l'Antinomie de la Raison 
pure. : : 
. L'illusion qui fait de cet idéal une 
réalité démontrable est le principe de 
Ja « théologie transcendentale ». (Ibid., 
livre Il, ch. rm, $ 2 : « Von dem trans- 
cendentalem Ideal, prototypon trans- 
cendentale. ») 

KawT désapprouve l'emploi de ce 
mot pour désigner les images soi-disant 
parfaites « que les peintres et les phy- 





IDÉALISME 


sionomistes prétendent avoir dans l’es- 
prit ». On pourrait les appeler, dit-il, 
des « idéaux de la sensibilité (/deale der 
Sinnlickeit) », mais encore serait-ce 
une expression impropre. (/bid., $ 1.) 
Rad. int. : A. Perfektaj ; B. Ideal. 


« Idéal (nombre) », être mathéma- 
tique créé par KummEr, afin de per- 
mettre l’extension à tous les nom- 
bres algébriques des théorèmes fonda- 
mentaux de l’arithmétique élémentaire 
sur la divisibilité. — Voir M. Winter, 
Philosophie de la théorie des nornbres, 
ch. 11 « Les nombres idéaux et 
les idéaux. » Hevue de métaphysique, 
mai 1908. 


IDÉALISME, D. /dealismus; E. 
Idealism ; 1. Idealismo. 

A. MÉTAPHYSIQUE. 

a) Sens général. 

On entend actuellement par idéa- 
lisme la tendance philosophique qui 
consiste à ramener toute existence à la 
pensée, au sens le plus large du mot 
pensée (tel qu'il est employé notam- 
ment chez Descartes). L'idéalisme 
s'oppose ainsi au réalisme ontologique, 
ou en un seul mot à l’ontologie, qui 





façon plus indéfinie la supériorité qualitative, soit en un sens plus précis la perfec- 


tion qualitative ; 


20 Mais le jugement de valeur est sans doute plus souvent pratique, et le mot 


idéal a le sens attribué au substantif 


idéal dans le $ À, 1°, aussi bien lorsqu'il 


agi ”i ï i ‘un i int de vue pratique, 
s’agit de l'idéal que lorsqu'il est question d’un idéal. Au poin vue pr. e 
de cures idéal implique une double série de conditions : 1° la supériorité quali- 
tative : 2° l’applicabilité aux conditions réelles du cas considéré. L'idéal simple- 
ment construit, c'est-à-dire la valeur relative ou absolue de l'idée peut cesser d’être 


chose de plus : l'idéal n’est vague et impossible à représenter que parce qu’il 
n’est rien en lui-même, parce qu’il n’est pas une réalité actuelle, mais seulement 
un symbole : il exprime, sous la forme d’un terme fixe et donné, ce qui est, à 
proprement parler, une puissance et un mouvement ; il est assimilable à un 
point de convergence virtuel de rayons réels dont les prolongements seuls se 
rejoignent. (A. L.) 

Je crois qu’on devrait faire ici une distinction entre le sens appréciatif-théorique 
et le sens appréciatif-pratique qui, même dans l'adjectif, mais surtout dans le 
substantif, est peut-être le plus fréquent : 

, + Le jugement de valeur peut n'avoir d'autre mesure que l’esprit, c’est-à-dire 
8 appliquer au concept pur, ou du inoins à la vision intérieure seule ; et c’est ce 
qui a lieu dans l'exercice de la faculté esthétique : idéal désigne alors, soit d’une 


i i i Ï i ible absolument. 
un idéal pratique, parce que ce serait alors un idéal impossi 
Pratlonement n pourra d’ailleurs parler d’un idéal relatif, lorsqu'on envisage 
seulement un certain ordre d’action (la santé est un idéal pour la vie physique) 
ou de l’Idéal, c’est-à-dire d’un idéal universel et pratiquement absolu (l’Idéa 
moral). (M. Bernès.) 


Sur Idéal et Idéalisme. | 

Métaphysiqueiment, l'/déal s'oppose au réel (voir le sens C du mot Jdée), et est 
susceptible en conséquence de deux interprétations : | 

A. L'Idéal, c’est ce qui satisfait à toutes les exigences de la pensée, mais ce à 
quoi manque la réalité, l’existence; — toute réalité, toute existence. 

B. L’'Idéal, c'est ce qui satisfaisant à toutes les exigences de la pensée, est dans 


IDÉALISME 


admet une existence indépendante de 
la pensée. 

Ce terme désigne donc moins une 
doctrine qu’une orientation : il sert 
surtout, dans la critique ou dans la 
polémique, à caractériser une théorie 
ou un système en les opposant à d’au- 
tres théories ou systèmes qui absorbent 
à un moindre degré l'être dans la 
pensée. 

On doit en distinguer deux formes, 
entre lesquelles il y a souvent confusion : 

1° Celle qui tend à ramener l’exis- 
tence à la pensée individuelle. On l’ap- 
pelle quelquefois subjectivisme (mais ce 
mot a d’autres sens, et se prend souvent 


436 


Rs 


en mauvaise part). Elle a reçu en an. 
glais le nom de « Personal idealism ;. 

29 Celle qui tend à réduire l’existence 
à la pensée, en général. Elle n’a pas de 
nom particulier. Voir ci-dessous, Cri- 
tique. 

b) Sens particuliers : 

1. Le mot idéaliste apparaît pour la 
première fois dans le langage philoso- 
phique vers la fin du xvare siècle. LE18- 
NIz, notamment, l’oppose à matéria- 
liste : « Les hypothèses d’Épicure et de 
Platon, des plus grands matérialistes 
et des plus grands idéalistes. » Ré. 
plique aux réflerions de Bayle, Erd- 
mann, 186 A. Il se sert aussi, en ce 


437 


IDÉALISME 





sens, du mot formaliste et paraît enten- 
dre par là les philosophes qui, comme 
Platon ou Aristote, voient dans la 
forme l'essence des choses. (D’après 
EucxEN, Geistige Strômungen der Ge- 
genwart, p. 66.) 

Le Platonisme n’a pas cessé, depuis 
lors, d’être appelé un Idéalisme, mais 
surtout en tant qu'il est la doctrine des 
Idées (et peut-être aussi en tant qu’il 
met au sommet des choses l’Idée nor- 
mative du Bien). — Le mot n’a jamais 
été usuel en parlant de l’Aristotélisme. 
Voir ci-dessous, Critique. 

2. À partir du xvie siècle, ce terme 
est fréquemment employé pour dési- 


gner la doctrine de BERKELEY ; mais 
lui-même se sert, pour la qualifier, du 
terme immatérialisme*. Wolff, le pre- 
nant en ce sens, oppose sa philosophie 
à celle des idéalistes, des matérialistes 
et des sceptiques, qu’il appelle « drei 
schlimmen Sekten! ». ÆKleine philoso- 
phische Schriften, p. 583. 

3. KanrT appelle idéalisme empirique 
la doctrine qui déclare l’existence des 
objets dans l’espace, en dehors de nous, 
soit douteuse et indémontrable, soit 
fausse et impossible. 


1. «.. trois mauvaises sectes. » (Pelits écrits phido- 
sophiques.) 


et par la pensée, au sens le plus plein qu’on puisse donner au mot être. AuCune 
réalisation matérielle, aucune entrée dans l’existence donnée, ne saurait rien y 
ajouter. 

La citation ci-dessus de Kant donne bien le sens A. Le sens B est donné par 
les successeurs de Kant, dont l’idéalisme a consisté à considérer comme absolu, 
non pas un objet extérieur, hypostasié, de l’Idéal de la raison pure, mais cet 
idéal lui-même. Au sens A sont restés fidèles certains penseurs de ce qu’on peut 
appeler la gauche kantienne, et notamment Lange. Peut-être aussi Renan, bien 
que sa pensée, dans la citation ci-dessus, apparaisse comme bien confuse. 

D'où résulte le sens du mot Jdéalisme : « Doctrine suivant laquelle un acte de 
connaissance ne saisit que des idées, et jamais les objets dont le sens commun 
considère les idées comme étant des représentations. » L’/déalisme, ainsi, se 
dédouble, de même que le mot Jdéal prenait deux significations distinctes : 

a) Doctrine suivant laquelle, la philosophie se réduisant à la théorie de la 
connaissance, nous ne pouvons atteindre que le subjectif et le phénoménal, et 
toute métaphysique, entendue comme la connaissance de l’objectif et de l’absolu, 
est impossible. 

b) Doctrine suivant laquelle l’idée ou le système des idées étant considérés 
comme étant l’objectif et l’absolu, la théorie de la connaissance ou de la pensée 
est par elle-même la métaphysique. (E. Halévy.) 

On remarquera que dans la classification des différentes formes d’idéalisme 
post-kantien, formulée par M. Fouillée, et citée ci-dessus à l’article Zdéalisme, 
ce mot est aussi rapproché du mot Idéal, particulièrement en ce qui concerne 
Fichte. Il y a lieu de se demander si ce dernier terme est pris là seulement au 
sens d’/déel, où s’il ne retiendrait pas quelque chose du sens normatif, qui se 
présente tout naturellement dans une doctrine comme celle de Fichte, où domine 
l’idée de ce qui doit être. Voir plus bas les observations de M. Xavier LÉON sur 
RL de Fichte, qu’on appelle souvent, en Angleterre, Ethical Idealism. 

+ L.) 

Sur Idéalisme, 

Historique. La principale source de la diffusion du mot idéalisme en France 
paraît être l'ouvrage de Mme de Staël, De l'Allemagne (1810). Voir 3 et 4e parties- 

Cette partie de l’article a été complétée et rectifiée sur les indications de 


ee ———————— —— 


R. Eucken, de I. Benrubi, et de Xavier Léon. En ce qui concerne Fichte, notam- 
ment, et la qualification courante d’ « idéalisme subjectif » appliquée à sa doctrine, 
M. Xavier Léon ajoute les remarques suivantes, trop développées pour être 
insérées dans le texte, mais très utiles à conserver : « En désignant ainsi la Théorie 
de la Science, on risque de fausser le sens du système et l’on va au-devant de 
l’objection déjà formulée par quelques contemporains de Fichte, ses adversaires, 
qui voulaient y voir un pur subjectivisme, et qui lui reprochaïent de vouloir 
tirer du Moi toute la réalité du monde. — Fichte, de son vivant, a protesté avec 
la dernière énergie contre cette interprétation de son système, interprétation 
qu’il traite de calomnieuse. Dans un écrit polémique contre Schelling, qui juste- 
ment avait lancé cette accusation contre la Théorie de la Science (Bericht über 
den Begriff der Wissenschaftsichre\, etc., Sämt. Werke, Bd. VIII, p. 361), Fichte 
renie ceux qui font de la science ein leerer Reflectirtsystem, une construction de 
concepts artificielle et creuse ; il montre que si, comme l’affirment ses adversaires, 
«le public veut de la réalité », la Théorie de la Science est sur ce point en complet 
accord avec lui. Elle n’a nullement la prétention de construire de toutes pièces le 
donné (ce serait retomber dans l'erreur du dogmatisme), elle cherche seulement à 
l'expliquer, à le justifier. Pour l'expliquer, elle a recours, en effet, à un principe 
d'ordre subjectif, ou plutôt au sujet même {non pas bien entendu au sujet-individu, 
mais au Sujet dans ce qu’il a de pur et d’essentiel) ; et cela parce que l’autre 
principe d’explication, l’objet, est à ses yeux toujours insuffisant et inefficace, 
l'objet ne se concevant que par rapport au sujet, le sujet seul étant capable 
d'autonomie, capable de s’affirmer en dehors de toute relation avec autre chose 
que lui-même. 

« Or c’est, au fond, aux yeux de Fichte, la thèse fondamentale de l’idéalisme 
critique d’avoir établi l'autonomie du sujet, la liberté absolue de l'esprit, et d’avoir 
posé l’Être non plus comme une réalité indépendante, ayant une existence en 
soi et à soi, mais comme purement relatif à l’esprit , — d’avoir ainsi cherché à 
montrer dans les déterminations de l’Être les moments de la liberté, les différents 
Stades, la série des actes par où l'esprit se réalise. 

« C’est encore la position de l’idéalisme critique de s’en tenir dans cette dialec- 
tique au point de vue de l’esprit humain, de refuser de se poser d'emblée et comme 





L Observations eur de concept dec Théorie de La science, » 


IDÉALISME 438 
EE —— 8 

La première forme en est, dit-il, 
l’idéalisme problématique de DEscar- 
TES, qui n’admet pour indubitable 
qu'une seule assertion empirique, le 
« je suis »; la seconde forme en est 
l’idéalisme dogmatique de BERKELEY 
« qui regarde l'espace, avec tout ce 
dont il est la condition, comme quelque 
chose d’impossible, et qui, par consé- 
quent, rejette également l'existence des 
choses matérielles qui y sont conte- 
nues ». (Critique de la raison pure, 
Analyt. transc., livre II, ch. n, sec- 
tion 3 : Widerlegung des Idealismus, 
B,274 sqq.) 

Il est à remarquer que les termes 
employés par Kant en définissant la 
théorie de lescartes {zuteifelhaft, dou- 
teux ; unerweislich, indémontrable) sont 
historiquement inexacts, car il ne 
s’agit que d'un doute provisoire, et 
l'existence du monde matériel est 
l'objet d'une démonstration précise (Mé- 
thode, IV, 8; Méditations, VI, etc.). 
Le caractère de ce qu’on appelle en ce 
sens wéalisme paraît ètre plutôt que 
l'existence des objets matériels hors de 
nous y est considérée comme n’étant 
pas connue d’une manière immédiate et 


qui emporte avec elle une certitude 
primitive. C’est d’ailleurs ainsi qu'il 
l'avait lui-même défini dans un passage 
de la 1'e édition de la Critique, sup. 
primé dans la seconde (Crit. du 4° para. 
logisme de la raison pure. A, 368; cf. 
Idéalité*) — On peut en rapprocher 
ce qu'on nomme souvent l'idéalisme de 
ConpiLLac, chez qui l'existence d’une 
réalité matérielle n'est considérée ni 
comme fausse, ni même comme dou- 
teuse, mais seulement comme insaisis. 
sable à l’observation directe (celle-ci 
n'atteignant que les états de l'esprit 
qui pense), et comme impossible à dé- 
montrer par un raisonnement discursif. 

KaxT oppose à cet « idéelisme ein- 
pirique » sa propre doctrine sous Je 
nom d’idéalisme transcendental des phé- 
nomènes. « Ich verstehe aber unter dem 
transcendentalen Idealism aller Erschei- 
nungen den Lehrbegriff, nach welchem 
wir sie insygesammt als blosse Vorstel. 
lungen und nicht als Dinge an sich 
selbst ansehen, und demgemass Zeit 
und Raum nur sinnliche Formen un- 
serer Anschauung, nicht aber für-sich 
gegebene Bestimmungen oder Bedin- 
gungen der Objecte als Dinge an sich 





directement dans l'Absolu : or, on pourrait montrer que Fichte s’est toujours 
préoccupé de maintenir ce point de vue contre un idéalisme plus audacieux, 
celui de Schelling par exemple (voir notamment Bericht über den Begriff der 
W'issenschaftslehre, pp. 371-372 et 384-407). » 


Sur Idéalisme au sens métaphysique ct gnoséologique. 

Toute cette partie de l’article, et divers passages de la Critique correspondante 
ont été remaniés à la suite des observations de plusieurs membres et correspondants 
de la Société, dont on trouvera les remarques ci-dessous ou dans le texte, — ainsi 
que d’après la discussion qui a eu lieu sur ce sujet dans la séance du 2 juillet 1908. 
La définition donnée au $ A (sens général) a été rédigée et adoptée dans cette 
séance. On y est également tombé d’accord qu’il fallait éviter d'appliquer le nom 
d’idéalistes aux philosophes qui, tels que Descartes ou Condillac, reviennent par 
un détour à poser l'existence d’un monde extérieur matériel indépendant de la 
pensée. 

Voici les différentes autres définitions de l’idéalisme qui avaient été É 
{voir plus haut, à Idéal et Idéalisme, celle de E. Halévy.) FR Ur. 


J. Lachelier : « Je crois qu’on peut donner à ce terme une signification très 


Se gi au sens philosophique, consiste, ce me semble, à croire 
monde, — tel du moins que je puis le con 
à naître et en par — 

RARE q P parler, — se compose 


ment de représentation, et même de mes représentations, actuelles ou 


* 






selbst sind'. » Crit. de la Raison pure, 


: Dial. transc., livre II, ch. 1. Le paralo- 


gisme de la Raison pure, A, 369. — Le 


‘contraire en est ce qu’il nomme le réa- 


lisme transcendental, suivant lequel le 
temps, l’espace et les objets matériels 

contenus, seraient des choses en soi. 
Et c’est, dit-il, ce réalisme transcen- 
dental qui engendre l’idéalisme empi- 
rique, tandis que l’idéalisme transcen- 
dental permet au contraire un réalisme 
empirique, autrement dit un dualisme 
accordant un égal degré de réalité à 
la matière et à nous-mêmes en tant 
qu’êtres pensants. (Jbid., 369-371. — 
Cf. Antinomie de ia Raison pure. Sec- 
tion VI : « Der transcendentale Idea- 
lism als der Schlüssel zur Auflôsung 
der cosmologischen Dialektik?. » A. 
#90 sqq.; B. 518 sqq.) La seconde 
édition ajoute de plus en note qu’on 
peut aussi appeler ces deux formes 





1. « J'appellc idéalisme transcendenial de tous les 
phénomènes la doctrine d'après laquelle nous les consi- 
dérons sans exception comme de simples représentations, 
non des choses en soi; et d'après laquelle temps et 
espace ne sont que des formes sensibles de notre intuition, 
non des détcrminations données en olles-mêmes ou des 
conditions des objets en tant que choses en soi. » — 
2. « L'idéaligme transcendental, clef pour résoudre la 
dialectique cosmologique. » 


IDÉALISME 





d’idéalisme idéalisme formel et idéa- 
lisme matériel, et que ces dernières 
expressions sont même préférables pour 
éviter toute équivoque. 

4. On désigne toujours sous le nom 
d’idéalisme les systèmes philosophiques 
de FicaTe, de ScHELLING et de HEGEL 
et il est assez usuel de les caractériser 
respectivement par les épithètes d’idéa- 
lisme subjectif, d’idéalisme objectif, et 
d’idéalisme absolu : « Le système de 
Fichte est appelé par les Allemands 
lidéalisme subjectif : il est idéalisme 
en ce sens qu’il fait de l’idéal le prin- 
cipe de toute existence ; il est subjectif 
en ce qu’il place cet idéal dans le sujet 
moral considéré comme absolu. Schel- 
ling professe un idéalisme objectif... 
Quant à Hegel, il professera un idéa- 
lisme absolu... » FouiLLéE, Histoire de 
la philosophie (1875), p. 440. Les deux 
premières de ces expressions viennent 
de SCHELLING, qui a appelé idéalisme 
subjectif la doctrine de Fichte; il y 
oppose la sienne propre sous le nom 
d’idéalisme objectif (Darstellung meines 
Systems der Philosophie, 1801 ; Werke, 
IV, 109) ; la troisième est de HEGeL, 
qui, d’après son plan ternaire de la 


00 gg eee à 


possibles, matérielles ou formelles. Par représentations possibles, j'entends par 
exemple celle du soleil lorsqu'il est au-dessous de l’horizon ; par représentations 
formelles, j'entends celles du temps, de l’espace et de tout ce qu’on peut y cons- 
truire a priori ; j'entends aussi celles (pour lesquelles il faudrait peut-être un 
autre nom) des lois qui régissent a priori tous les phénomènes, comme celles 
de causalité ou de finalité. 

« Mais n’existe-t-il que mes représentations ? — Pour moi et dans mon monde, 
oui; mais il peut y avoir d’autres systèmes de représentations, d’autres mondes, 
en partie parallèles, en partie identiques au mien : parallèles dans tout ce qu’ils 
ont de sensible, les représentations des autres sujets sentant différant des miennes 
selon la différence des points de vue, comme le voulait Leibniz ; identiques dans 
tout ce qu’ils ont d’intelligible, c’est-à-dire de mathématique ou de métaphysique, 
Car la représentation du temps, de l’espace, de la causalité, de la finalité ne peut 
pas différer d’un sujet pensant à un autre. 

« Il n’y a même de sujets pensants différents qu’en tant que leurs pensées 
s’incorporent à des représentations sensibles différentes, — ou plutôt il n'y a, à 
Proprement parler que des sujets sentants, qui pensent d’une seule et même 
Pensée. Rien n’empêche, dès lors, de considérer cette unique pensée comme la 
substance commune dont les différents sujets sentants ne sont que les accidents. 
Ainsi l’idéalisme, qui se présentait d’abord sous une forme psychologique, devient 
une doctrine métaphysique : mon monde devient le monde, dans la mesure où 


IDÉALISME 


marche des idées, s’est représenté son 
propre système comme la synthèse dont 
celui de Fichte constituait la thèse et 
celui de Schelling l’antithèse. (Voir 
Appendice.) Mais il est à remarquer 
que Fichte n’aurait vraisemblablement 
pas accepté cette épithète, qui ne se 
trouve nulle part dans ses écrits. Il 
fait profession de retenir l'esprit, sinon 
la lettre du kantisme, et désigne sa 
propre doctrine sous le nom de trans- 
cendentaler Idealismus, ou quelquefois 
Kritischer Idealismus. — WiLim, qui 
paraît avoir le premier répandu en 
France les qualifications indiquées plus 
haut, ajoutait d’ailleurs très juste- 
ment, en parlant de la doctrine de 
Fichte : « On pourrait à plus juste 
titre l’appeler un spiritualisme absolu 
qu’un idéalisme subjectif. » WILLM, 
Histoire de la Philosophie allemande, 
tome II, p. 402 (cf. pp. 398 et suiv.). 

5. RENOUVIER : « Si l’on nomme 
idéalistes, ainsi qu’on le fait souvent, 
les philosophes qui, tels que Leibniz, 


— 


et Kant, n’accordent à l’espace et au 
temps qu’une réalité purement objec- 
tive » (— idéelle, mentale) « et regar- 
dent le sujet matériel pur des écoles 
matérialistes comme une fiction scien- 
tifique. alors les thèses que je pose 
appartiennent à l’idéalisme incontesta. 
blement. Mais s’il plaisait de réserver 
la qualification aux penseurs dont la 
tendance marquée (on a pu la reprocher 
à Kant) est de supprimer l'existence 
des sujets réels dans le monde, autres 
que ceux qui sont aptes à philosopher, 
je pense être aussi éloigné de l’idéa- 
lisme qu’il est possible de l'être », 
Essais de critique générale, Logique, 
tome I, p. 39 (2€ édition). 

6. Léon Brunscavice a donné le 
nom d’idéalisme critique à la doctrine 
philosophique qu’il a exposée dans ses 
ouvrages. Voir en particulier son article 
L'orientation du rationalisme, dans la 
Revue de métaphysique et de morale 
de 1920, p. 261-343. F. Raux, dans les 
Observations ci-dessous (1908) avait 





Ê 


&40 | 541 


appliqué cette même dénomination à 
l’idéulisme transcendental de Kant ; 
mais cet usage ne s’est pas généralisé, 
malgré les noms de « Critique » et de 
« Criticisme » fréquemment employés 
en parlant du kantisme. 

B. En Morale et dans le langage 
courant : tournure d’esprit et de carac- 
tère qui fait une large place à l’idéal* 
au sens B, et croit à la puissance de 
l’idée et du sentiment pour réformer 
ce qu’il y a de mauvais dans la nature 
et les sociétés humaines. — Jdéaliste, 
subst. et adj., est particulièrement 
usité en ce sens. 

C. En Esthétique, par opposition à 
réalisme, idéalisme est appliqué aux 
diverses doctrines qui considèrent que 
le but de l’art n’est pas l’imitation de 
la nature, mais la représentation d’une 
nature fictive plus satisfaisante pour 
l'esprit (en quelque sens qu’on entende 
cette « idéalisation »)}. « Le réalisme 
n'existe jamais ; ce qu’on appelle de ce 
nom n'est, le plus souvent, que l’idéa- 


IDÉALISME 


lisme du laid. » G. SÉAILLES, Le génie 
dans l'art, ch. v, p. 161. 


CRITIQUE 


Combien est large et peu défini le 
sens d’idéalisme, dans son usage pro- 
prement philosophique, on peut le voir 
par les citations précédentes, et mieux 
encore par les Observations qu’on trou- 
vera ci-dessous. Il s’y rencontre, en 
effet, une indétermination fondamen- 
tale, nettement visible dans l’analyse 
suivante donnée par G. Lyon au dé- 
but de l’?déalisme en Angleterre au 
X VIII siècle, Introduction, 1-3 : « Le 
mot idéalisme comporte dans le langage 
deux acceptions, l’une populaire, la 
plus accréditée ; l’autre, toute spéciale 
et moins en faveur. Dans le premier 
sens, il désigne la tendance d’un hom- 
me, d’un art ou d’une époque à subor- 
donner les choses de la vie présente aux 
objets que notre intelligence conçoit ou 
que rêve notre imagination La se- 
conde acception, que nous demandons 





ma pensée devient la vérité, et à ce titre, la substance unique et universelle. Par 
là se réconcilient, ce me semble les deux sens que ce mot a, en effet, dans l’histoire 
de la philosophie. 

« Je ne vois donc rien qui empêche d'admettre les définitions citées dans votre 
Critique, et en particulier celle de M. Bergson. Je ne ferais aux deux premières 
qu’une très légère correction : j’éliminerais l’idée de sujets, distincts de leurs 
représentations et qui seraient encore, à leur manière, des choses : je dirais que 
pour l’idéaliste, il n’existe absolument que des représentations, les unes sensibles 
et individuelles, les autres intellectuelles et impersonnelles. » 

Ces observations de J. Lachelier définissent avec beaucoup de force et de 
clarté une doctrine philosophique à laquelle on ne saurait nier que le nom d’idéa- 
lisme s'applique très bien. Mais est-elle La seule qui puisse être appelée de ce nom ? 
Il est certain que, soit historiquement, soit dans l’usage contemporain, ce terme 
s’applique à beaucoup de théories qui ne présentent pas toutes les déterminations 
énoncées ci-dessus. — Doit-on, d’autre part, considérer cette définition comme 
s’appliquant non à l’usage actuel, mais à l’usage futur, et comme une proposition 
de restreindre dorénavant à cette signification précise le sens du terme idéalisme ? 
Ce serait peut-être souhaitable, mais il paraît bien difficile d'obtenir cette limi- 
tation d’un terme si souvent employé, et dans des cas si divers. (A. L.) 

F. Rauh a proposé de classer ainsi qu’il suit les sens divers du mot Idéalisme, 
considérés dans l’usage actuel seulement : 

« L Doctrine d’après laquelle il n’y a pas de substrat matériel, de substance, 
distincte des sensations ou, comme on dit plus ordinairement aujourd’hui, des 
images qui composent le monde extérieur. — Ce sens est à éliminer, et, en fait, 
tend à s’éliminer parce que la question de la substance ne se pose plus guère, 


a —————————_———————“———— 


du moins en ces termes métaphysiques ; — surtout en France, depuis la dispa- 
rition du cousinisme. 

«II. Doctrines d’après lesquelles les images externes n’existent pas en dehors 
de leur relation avec un sujet. 

« A. Idéalisme critique. Les images sont seulement présentées à ce sujet, mais 
non créées par lui. Sur la cause de ces images, l’homme ne sait rien. — En général, 
les penseurs qui se placent à ce point de vue considèrent plutôt le sujet pensant, 
raisonnable. C’est la conception kantienne. Le monde extérieur n'’existe-t-il, 
d’après KanT, que pour les sujets pensants individuels ? Ou faut-il admettre 
qu’il existe selon lui, en dehors de ces sujets, une loi qui les dépasse, en sorte 
que le kantisme signifierait : c’est une loi qu’à tout sujet pensant se présentent 
des images, — ce qui introduirait dans cette doctrine quelque chose comme la 
notion d’Idée inconsciente ? Ou Kant ne s’est-il pas posé ce problème ? — Mais 
Cette question sortirait des limites du Vocabulaire. 

«<STUART MIiLL (pour autant qu’on peut préciser sa pensée dans certaines parties 
de ses œuvres), représenterait la forme empirique de ce qu’on peut appeler la 
doctrine présentative du monde extérieur. On pourrail, sous quelques réserves, 
ranger à cet égard dans la même catégorie que Mill, Renouvier et les néocriticistes. 

« B. Idéalisme dogmatique. Le monde extérieur est créé par le sujet considéré 
soit comme conscient, soit dans son prolongement inconscient (car tous les 
théoriciens de la connaissance font, sous une forme ou sous une autre, une place 
Plus ou moins grande à une forme d’existence qui enveloppe l’existence consciente 
et qui est connue seulement par ses effets : 

.« a. Idéalisme psychologique. Le monde des images est créé par l’activité des 
fujets individuels, humains ou autres, ou de la nature, conçue comme un sujet 


Dhs. 


mer 


IDÉALISME 


à retenir, est tout à la fois parente de 
ce premier sens et le dépasse hardi- 
ment. Cette philosophie prend le nom 
d’idéaliste qui aperçoit, au-dessus du 
monde actuel, tout un autre univers 
que nos pensées composent et dont un 
esprit omni-présent, le nôtre peut-être, 
fournit le théâtre. Elle ose plus. Au 
lieu que tout à l’heure, l’âme éprise du 
mieux se contentait d'inventer par 
delà les êtres ambiants des types em- 
bellis sur la consistance desquels elle 
ne se faisait nulle illusion, l'esprit 
maintenant prend en lui-même assu- 
rance et foi. Le réel prétendu devient, 
pour lui, signe et symbole et ce sont 
désormais ses pensées, avec leurs lois 
inflexibles, leur inépuisable variété de 
formes et de contours, qu’il estime 
seules de véritables existences. Nous 
conclurons, axiome où se résume la 
philosophie idéaliste : ce qui existe des 
choses, ce sont les idées que l’esprit en 
possède. » 

En effet, — sans parler des diffé- 
rents sens que peut recevoir ici le mot 






ka2 


SR 


idées — qu’entendra-t-on dans cette 
formule par l'esprit ? 

Sera-ce l'esprit individuel du philo. 
sophe qui raisonne ? Il est certain que 
le premier argument de l’idéalisme est 
d’abord l'impossibilité pour l'individu 
de sortir de sa conscience individuelle. 
Mais Berkeley lui-même n'entend Pas 
en demeurer au solipsisme. — Sera-ce 
la somme des esprits individuels ? On 
attribue par là à ces esprits une forme 
d’existence en soi qui sert de base aux 
idées et qui, par suite, implique un 
réalisme comme condition de cet idéa- 
lisme : par conséquent, la formule n’est 
plus applicable à la rigueur. Sera-ce un 
esprit universel, comme le Dieu de 
Spinoza ? La même difficulté se pré- 
sente pour définir le rapport de cet 
esprit à l'esprit individuel, dont l’exis- 
tence est le point de départ du pro- 
blème. 

Une manière toute différente d’en- 
tendre l’idéalisme, dont les exemples 
datent de l’Antiquité, et qui se mêle 
quelquefois à la première, consiste à 








643 


IDÉALISME 





rendre l'esprit en un autre sens et, 
pour ainsi dire, en compréhension. On 


‘ gntend alors par là un ensemble de 


caractères ou de lois qui définiraient 
la nature de la pensée et l’on admet 
que le réel se compose d'idées, c’est-à- 
dire d’essences intelligibles, qui r’ont 
rien d’opaque et d’impénétrable, en 
droit, pour un esprit donné qui s’efforce 
de le comprendre. En ce sens, le Pla- 
tonisme est très justement appelé un 
idéalisme. « On pourrait dire aussi, nous 
écrit M. J. LacHELIER, que le carté- 
sianisme en est un, en ce sens que l’é- 
tendue, dont il forme toutes choses, 
n'est vraiment que l’idée objectivée de 
l'étendue. » — Mais, ici encore, le sens 
se divise : ou bien l’on admet que 
l'esprit, ainsi défini, implique et con- 
tient toute la représentation, telle 
paraît avoir été l'attitude de Leibniz : 
idéalisme est alors très voisin d’intel- 
lectualisme au sens À ; — ou bien, en 
présence des difficultés que soulève 
cette forme extrênm de la doctrine 
{notamment celle d'expliquer dans 








cette hypothèse, l’individualité), on se 
réduit comme Kant à soutenir qu'il 
contient seulement la forme de la con- 
naissance : mais alors il devient néces- 
saire d'admettre que la matière de 
celle-ci, donnée à chaque esprit indivi- 
duel, constitue un réel avec lequel cet 
esprit entre en contact, bien qu’impos- 
sible à isoler en fait, ce réel reste en 
principe la véritable chose en soi; de 
sorte que l’idéalité de la sensation, 
point de départ de l’idéalisme, s’en 
trouve finalement exclue. 

Cette indétermination qui laisse en 
suspens la question de savoir si l’on 
parle de l'esprit individuel, ou de l’es- 
prit collectif, ou de l'esprit en général, 
se rencontre dans la plupart des défi- 
nitions de l’idéalisme : 

« L'idéalisme, pris en général, doit 
être défini : tout système qui réduit 
l’objet de la connaissance au sujet de 
la connaissance. Il a été formulé de 
cette manière : « Esse est percipi ; l'être 
des choses consiste à être perçu par le 
sujet pensant. » P. JANET, Traité élé- 





unique et universel. La distinction entre les diverses sortes de sujets n’est d’ailleurs 
pas toujours faite par les auteurs qui soutiennent cette thèse, et souvent même la 
question n’est pas posée. Théorie de SCHOPENHAUER, et semble-t-il, de TainE 
(sous la forme de la théorie physiologique de la projection) ; de M. BERGSON 
aussi, qui applique une conception vitaliste à la nature tout entière. On notera, 
dans toutes ces philosophies, la place faite à l'inconscient. 

« b. Idéalisme rationnel. Le monde extérieur résulte du développement soit des 
sujets pensants, des Raisons individuelles, soit d’une raison consciente universelle, 
soit enfin d'un système d’Idées indépendant des consciences, inconscient au 
moins pour les consciences humaines, et qui est comme un objet par rapport 
à elles. C’est le mouvement dialectique de l'esprit objectif. Attitude représentée, 
avec des nuances diverses, par FICHTE, SCHELLING, HEGEL, chez qui l’on trouve 
plus ou moins mêlées et plus ou moins précisément formulées, les diverses hypo- 
thèses de l’idéalisme rationnel que nous venons d’énumérer. 

« Je crois qu’en somme le mot idéalisme pourrait être conservé pour désigner 
tous les sens distingués dans le $ 11, puisqu'il y a en effet un caractère essentiel 
commun à tous ces sens, qui consiste en ce que toutes les doctrines dites idéalistes 
admettent également que le monde extérieur n’existe pas en soi, indépendamment 
d'un sujet. 

« III. On se sert quelquefois du mot idéalisme pour désigner des doctrines qui 
concernent non la relation du sujet aux choses, mais la nature même du sujet. 
Aïnsi on dira que le Platonisme, le Kantisme sont des idéalismes parce qu'ils 
font une place privilégiée aux Idées. Mais ce sens est, semble-t-il, en régression 
et il n’y a pas lieu de le ressusciter. Il y a d’autres mots pour désigner les doctrines 


en question, celui de réalisme métaphysique pour le platonisme, de rationalisme 
formel ou de formalisme pour le kantisme, etc. » 


Sur la Critique. Observations faites à la séance du 2 juillet 1908 : 

L. Brunschvieg : « Idéalisme peut avoir un sens très précis, à condition de ne 
pas séparer la théorie de la connuissance et la métaphysique ; car précisément 
l'idéalisme soutient que toute la métaphvsique se réduit à la théorie de la connais- 
sance. L’affirmation de l'être a pour base la détermination de l’être comme 
connu, thèse admirablement nette (sauf analyse ultérieure du mot connu) par 
opposition au réalisme, qui a pour base l'intuition de l’être en tant qu'être. » 

L. Boisse : « Le terme d’idéalisme n'est vague que pour la pensée déréglée, 
pour la pensée qui ne sent pas le besoin de relier ses éléments en des synthèses 
systématiques, et de proche en proche d’aller ainsi jusqu’à un centre organique. 
Il est très précis au contraire pour la pensée philosophique. On peut le définir, 
et on l’a défini : toute doctrine qui donne à la pensée un avantage sur les choses 
et qui considère l'esprit, le sujet, comme privilégié par rapport au monde, à 
l'objet. » 

Voir au Supplément, à la fin du présent ouvrage, les observations de M. A. Dar- 

n et de A. Spaler sur l’unité des sens du mot Jdéalisme, trop étendues pour 
pouvoir être insérées ici. 


Sur Idéalisme, au sens esthétique. | | | 
Ce sens ne se rattache que de bien loin au sens métaphysique du mot idéalisme. 
L'idéalisme esthétique, moral, etc., est la poursuite d’un idéal, et la question de 


dé 


IDÉALISME 


mentaire de philosophie, $ 660 (4e éd., 
p. 806). « En ontologie, l’idéalisme 
consiste à dire que les choses ne sont 
rien de plus que nos propres pensées. 
il n’y a de réel que des sujets pensants 
et la réalité des objets consiste à être 
pensé par ces sujets. » GoBLoT, Voca- 
bulaire philosophique, Vo, 272. — 
« Pour l’idéaliste, il n’y a rien de plus 
dans la réalité, que ce qui apparaît à 
ma conscience, ou à À: conscience en 
général. » BErcson, Le Paralogisme 
psychophysiologique, C. R. du Congrès 
de Genève, 1904, p. 429. (L'auteur 
avertit d’ailleurs, en ce passage, qu’on 
peut encore prendre, et que lui-même 
a encore pris ailleurs le mot dans une 
autre acception.) 

On a même étendu quelquefois le 
nom d’idéalisme (quoique bien rare- 
ment, semble-t-il) à cette thèse que les 
objets perçus sont, en soi, de mème 
nature que l’esprit qui les pense, autre- 
ment dit à la théorie panpsychiste. 
(V. BineT, L'âme et le corps, p. 203, 
oi ces deux termes sont identifiés.) 

Il semblerait donc qu'il y ait lieu de 
faire le moindre usage possible d’un 
terme dont le sens est aussi indéter- 
miné. Voir cependant les réserves de 
M. A. DarBon et celles de À. SPAIER, 
reproduites dans l’Appendice (S). 

Rad. int. : Idealism. 


« Idéalisme social », E. Social Idea- 
lism, appliqué d’abord aux idées d’amé- 
lioration et de progrès social qui ont 
occupé la pensée de Berkeley et dé- 
terminé l’œuvre philanthropique et mo- 






ak 


——— 


d’un ouvrage par Eugène FourNiÈre 
(Alcan, 1898). Elle représente pour lui: 
19 l’idée que l’évolution sociale mani- 
feste une certaine logique ; 2° l’idée que 
Phumanité, de plus en plus consciente, 
devient l’ouvrière de ses destinées, et 
substitue un monde de raison et de 
liberté à l’état actuel, mécanique et 
amoral, des phénomènes économiques. 


IDÉALITÉ, D. Jdealiät; E. Idea. 
lity ; L Idealita. 

Caractère de ce qui est idéal au sens C 
(ou idéel). « L’idéalité du temps et de 
l'espace. » — « Les discussions sur la 
réalité ou l’idéalité du monde exté- 
rieur. » BERGSON, Matière et mémoire, 
p. 1. 

Ce mot, comme idéalisme, peut s’en- 
tendre de deux façons assez différentes : 

1° (Sens le plus usuel). Caractère de 
ce qui est dans l'esprit seulement, ou 
du moins qui ne peut être connu qu’en 
tant que phénomène de l'esprit. « Diese 
Ungevwissheit (l'incertitude sur l’exis- 
tence, das Dusein, des objets extérieurs) 
nenne ich die Idealität äusserer Er- 
scheinungen, und die Lehre dieser 
Idealität heisst der Idealismus, in Ver- 
gleichung mit welchem die Behauptung 
einer môglichen Gewissheit von Gegen- 
stände äusserer Sinne der Dualismus 
genannt wird!. » KanT, Critique de la 
Raison pure, 1fe édition. Dial. transc., 
Paral. de la R. P. : « Le quatrième 
Paralogisme, celui de lidéalité. » 

20 (Plus rarement). Caractère de ce 
qui est dans sa nature, homogène à 


aus 


IDÉE 





: l'esprit, adéquatement saisissable par 


la pensée ; par exemple, l’étendue chez 
DescarTrs. On pourrait bien parler, 
en ce sens, de l’idéalité du réel. 

Cf. Idéalisme*, critique et observa- 
tions. 


IDÉAT, L. Scol., Ideatum. (Terme 
rarement employé.) 

A. L'objet (notamment l’œuvre d'art 
ou d'industrie) produit conformément 
à une idée préconçue. « {deatum est vi 
ideæ productum. » (« L’idéat est ce qui 
est produit par la puissance d’une 
idée. ») GocLenius, 211 B, d’après 
Albert le Grand. 

B. Objet auquel correspond une 
idée. « Idea eodem modo se habet 
objective, ac ipsius ideatum se habet 
realiter. » (« L'idée présente, dans 
l’ordre de la pensée, les mêmes carac- 
tères que son idéat dans l’ordre de la 
réalité. ») SPINOZA, De Emendatione, 
vu, 41. — « Idea vera debet cum suo 
ideato convenire. » (« L'idée vraie doit 
être d’accord avec son idéat. ») [p., 
Éthique, 1, Axiome 6. (Mais, fait-il 
remarquer, ce n’est cependant pas à 
cet accord qu’on en reconnaît la vérité.) 


IDÉATION, D. /deation ; E. Idea- 
tion ; I. Ideazione. 

Formation et enchainement des 
idées, au sens D. (Se dit surtout en tant 
que l’on voit dans cette formation et 


cet enchaînement d'idées, une « fonc- 
tion naturelle » de l’esprit, à étudier 
empiriquement comme les fonctions 
physiologiques du corps.) 

Rad. int. : Idead. 


IDÉE, D. À, B, C. Jdee ; D. Vorstel- 
lung ; — E. Idea; I. Idea. 

Du G. ’Iôéx, proprement forme vi- 
sible, aspect : viru id£xv mxvu x2x2,66, 
tout à fait beau à voir. PLATON, Prota- 
goras, 315 E; +iv idéav … +6 yñs, la 
forme de la terre ; Ip., Phèdre, 108 D. 
— D'où forme distinctive, espèce (cf. 
Species, qui se rattache à Spectare, 
specimen, etc., comme idéx à Iôefv, 
eldec, etc.) : roAkxi idéxt modiuov, beau- 
coup de formes ou de genres de guerre. 
THucypipeE, 1, 109. 

De là, les sens suivants, encore en 
usage : 

A. « Idée », au sens platonicien du 
mot (s'écrit toujours dans ce sens avec 
une majuscule). 

« Sensu philosophico est forma vel 
species rerum quæ ratione et intelli- 
gentia continetur, hoc est æterna et 
immutabilis, exemplum (vern. Urbild, 
Idee, W'esen an Sich. Cf. elôoc). » AsT, 
Lexicon Platonicum, II, 87. 

Il y ajoute d’ailleurs ce qu’il appelle, 
chez Platon, le « sens logique » du mot ; 
mais ce sens logique, comme il le re- 
marque, est inséparable du sens méta- 
physique : « Et sensu qui dicitur logico, 








Sur Idée, — Le texte de cet article a été remanié à la suite de la discussion qui 


ralisatrice à laquelle il s’est consacré 
pendant la période active de sa vie 
(FRASER, Berkeley, 1871 ; 111, 87). — 
Cette expression a été prise pour titre 


1. « J'appelle cette incertitude l'idéalité des phino- 
mènes extérieurs, et la doctrine qui soutient cette 
idéalité s'appelle l'idéalisme ; par opposition À celle-ci, 
la thèse qui admet pour les objets des sens externes une 
certitude possible est appelée le dualisme. » 





l'existence de cet idéal et de la possibilité de le réaliser n’a rien à voir avec la 
doctrine qui compose le monde soit de mes idées, soit d’Idées. On peut cependant, 
en y réfléchissant, trouver un point de contact. Si chaque être vivant, si l’homme, 
si les œuvres essentielles de l’homme, comme les cités, sont c'oulues par la nature, 
alors l’art, la morale, la politique doivent s’efforcer de découvrir cette volonté 
et de l’exprimer, chacun à leur manière, dans leurs préceptes ou leurs productions : 
il ne peut y avoir d’idéal que s’il y a des Idées. (J. Lachelier.) 


&eu lieu dans la séance du 2 juillet 1908. On remarquera notamment que le sens 
Primitivement défini sous la lettre C est maintenant désigné par la lettre D, une 
division spéciale ayant été attribuée au sens d’intention, projet, dessein, qui n’avait 
d’abord été mentionné que comme un intermédiaire probable entre le sens plato- 
uicien et le sens cartésien. 

Une nouvelle rédaction du $ B a été introduite dans la 6e édition pour tenir 
Compte des critiques de M. Marsal sur le sens respectif des expressions concept et 
idée générale. 

La partie historique a été notablement complétée, en partie d’après des obser- 
Yations reçues de G. Beaulavon, M. Blondel, F. Tônnies, et C. C. J. Webb, en 
Partie d’après de nouvelles recherches de l’auteur. 

V. Egger nous a signalé ce fait que Bossuer, contrairement à la plupart des 
Cartésiens, conserve au mot idée son sens étroit et scolastique. Dans sa Logique, 

Ont tout le livre I traite Des Idées, il les distingue des images, et remarque que 


ds 


IDÉE 


Se 


est notio communis vel generalis, quæ 
Platoni non est notio a rebus abstracta, 
sed ipsa rei natura animo spectata. 
€ Tis dE... ldéxc voctodmr pév, d0päcôar 
a d'où. » Rép., VI, 507 B. » 

A ce sens platonicien peuvent se 
rattacher : 

1° L'usage que fait KanT du mot 
Idée. Il appelle Jdées transcendentales 
ou /dées de la Raison pure ce qui, dans 
notre pensée, non seulement ne dérive 
pas des sens, mais dépasse même les 
concepts de l’entendement, puisque 
l'on ne peut rien trouver dans l’expé- 
rience qui en fournisse une illustration. 
« Ich verstehe unter /dee einen not- 
wendigen Vernunftbegriff, dem kein 
kongruirender Gegenstand in den Sin- 
nen gegeben werden kann!. » Cri. de 
la Raison pure, Dial. transc., livre I, 
$ © : von den transcendentalen Ideen. 
Ces idées sont celles d'unité absolue du 
sujet, de systématisation complète des 
phénomènes (comprenant les quatre 
« idées cosmologiques »), enfin de réduc- 
tion à l'unité de toutes les existences, 
idées auxquelles correspondent respec- 
tivement l’âme, le monde et Dieu. — 
Bien que Kant rapproche lui-même cet 


1. « J'entends par Idée un concept uécessaire de la 
raison, auquel aucun objet ad'quat ne peut être donné 
dans les sens. » 







&&6 


usage de celui de Platon, on remar. 
quera que le sens C n’y est pas étranger 
par exemple quand il dit que « l’appa. 
rence transcendentale » fournit l’idée 
de trois sciences apparentes tirées de 
la Raison pure. (Dialect. transe. Ré. 
flexion sur l’ensemble de la psychologie 
pure.) — Il ajoute qu’une fois accou. 
tumé à la distinction nette de la repré. 
sentation sensible, de la notion, ou 
concept de l’entendement, et de l’idée, 
« on ne peut plus supporter » d’en- 
tendre appeler idée la représentation 
de la couleur rouge, qui n’est pas 
même une notion. (L'auteur visé par 
Kant est sans doute LockE ; mais ce 
sens est aussi celui de DESCARTES et 
de Hogges : voir ci-dessous.) 

20 L'usage du mot /dée en matière 
d'esthétique dans les expressions com- 
me celle-ci : « Das Schôüne bestimmt 
sich. als das sinnliche Scheinen der 
Ideet, » HEGEL, Vorlesungen über die 
Aesthetik, 1, $ 1. — « La manifestation 
sensible de l’idée. est l’objet de l’art. » 
LAMENNAIS, Esquisse d’une philosophie, 
livre VIII, ch. 1 (Mais il est possible 
que dans ces textes, le mot emprunte 
aussi quelque chose du sens C : inten- 


1. « Le Beau se détermine comme la manifestation 
sensible de l'Idée. » 





les idées proprement dites sont « intellectuelles » — « L'idée, dit-il, peut-être 





IDÉE 





n, dessein préconçu.) — On trouve, 
‘en tout cas, le sens métaphysique pur 
dans le livre III du Monde comme 


“solonté et représentation de SCHOPEN- 


BAUER, Où il prend expressément l’Idée, 


‘au sens platonicien, pour objet de l’art. 


,. B. Concept* en tant qu’acte ou 


- qu'objet de pensée, non en tant que 


terme logique. « L'idée de Dieu ; l’idée 
e temps », etc. 
. L'idée générale est celle qui est consi- 
gérée non seulement dans ses carac- 
fères, mais aussi dans son extension 
{celle-ci étant supposée supérieure à 
Junité). Aussi cette expression s’em- 
loie-t-elle surtout en parlant d'idées 
construites par comparaison* et par 
généralisation*, au sens A. Mais cet 
wsage est loin d’être exclusif. Dans De 
l'intelligence (2° partie, livre IV}, TAINE 
divise le ch. I en deux sections 
« Idées générales qui sont des copies; 
idées générales qui sont des modèles. » 
Idée, employé seul, a rarement ce 
sens ; mais il est très usuel avec un 
complément l'idée de mammifère, 
l'idée de triangle, l’idée de valeur, etc. 
C. Préconception, dans l'esprit, d’une 
chose à réaliser ; projet, dessein. Par 
œite, idée nouvelle, invention. Sens 
très usité dans le langage courant : 
« Avoir une idée ; un homme à idées. » 





— Dans la langue du droit : « La loi 
protège la forme, non l’idée. » PouiL- 
LET, Propriété littéraire et artistique, 
ne 20ter (communiqué par M. CLUNET). 
— Plus rare en philosophie : « Idee 
der Transcendental philosophie.» KANT, 
Critique de la Raison pure, Introduc- 
tion, $ 1. La préface de la Sémantique 
de BRÉAL est intitulée : « Idée de ce 
livre. » — Cf, vues, visées, qui ont le 
même rapport avec videre que (dé 
avec lôeiv. 

D. A partir du xvue siècle (sens le 
plus usuel dans la philosophie mo- 
derne) : tout objet de pensée en tant 
que pensé, et s’opposant par là : 

10 soit, en tant que phénomène aintel- 
lectuel, au sentiment et à l’action ; 

2° soit, en tant que représentation 
individuelle, à la vérité, et d’une façon 
générale, au mode d'existence, quel 
qu'il soit, que peut avoir cet objet 
indépendamment de l'esprit qui le 
pense actuellement. 

« Quelques-unes [de mes pensées] 
sont comme les images des choses, et 
c'est à celles-là seules que convient 
proprement le nom d'idée; comme 
lorsque je me représente un homme, 
une chimère, ou un ange, ou Dieu 
même. D’autres, outre cela, ont quel- 
ques autres formes, comme lorsque je 





« L'objet immédiat de notre esprit, lorsqu'il voit le Soleil, par exemple, n’est pas 


définie : ce qui représente à l’entendement la vérité de l’objet entendu. Ainsi on 
ne connaît rien que ce dont on a l’idée présente. Le terme est la parole qui 
signifie cette idée ; l’idée représente immédiatement les objets ; les termes ne 
signifient que médiatement et en tant qu'ils rappellent les idées. Le jugement 
se forme par l’union ou l’assemblage des idées. » Cet usage paraît intermédiaire 
entre les sens B et D. 

Voici quelques autres textes précisant ou spécifiant certains des sens indiqués 
dans le corps de l’article. 

DESCARTES : « /deae nomine intelligo cujuslibet cogitationis formam illam per 
cujus immediatam perceptionem ipsius ejusdem cogitationis conscius sum. » Rép. 
aux deurièmes obiections. Ad. et T., vi, 160. Texte pris par ARNAULD comme base 
de sa discussion contre Malebranche {Des vraies et des fausses idées, ch. vi). — Cf. 
Ibid., ch. v : « J’ai dit que je prenais pour la même chose la perception et l’idée. 
11 faut néanmoins remarquer que cette chose, quoique unique, a deux rapports : 
l’un à l’âme, qu’elle modifie ; l’autre. à la chose aperçue, en tant qu'elle est objecti- 
vement dans l’âme ; et le mot de perception marque plus directement le premie” 
rapport et celui d’idée le dernier (Définitions, vi). 


le Soleil » (c’est-à-dire, comme il résulte de ce qui précède. l’objet extérieur à notre 

corps que nous pensons sous ce nom) « mais quelque chose qui est intimement 

enie à notre âme ; et c’est ce que j'appelle idée. Ainsi, par ce mot idée, je n’entends 

ici autre chose que ce qui est l’objet immédiat, ou le plus proche de l’esprit quand 

il aperçoit quelque objet. » MALEBRANCHE, Recherche de la vérité, livre 111, 2€ partie, 
. 1, $ 1. Cf. Idées* représentatives. 

Critique de l’usage de Locke par LEiBniz : « Les idées sont en Dieu de toute 
éternité, et même elles sont en nous avant que nous y pensions actuellement... Si 
quelqu'un les veut prendre pour des pensées actuelles des hommes, cela lui est 
FER : mais il s’opposera sans sujet au langage reçu. » Nouveaux Essais, livre 111, 
Ch. 1v, 17. 

Idea, chez Hume (qui oppose expressément ce sens à celui de Locke), se dit des 
états de conscience qui ne sont pas primitifs, mais qui consistent dans la répétition 
Qu l'élaboration de ce qui constituait une donnée primitive (impression). Traité de 

Nat. hum., 1er partie, livre 1, $ 1 et note; Essai, 2€ section. 

Idée, au sens A, 2° : « Idée du despotisme. — Quand les sauvages de la Loui- 





IDÉE 


veux, que je crains, que j’affirme ou que 
je nie.» DESCARTES, de Médüu., $ 5. — 
« Lorsque je pense à un homme, je me 
représente une idée ou image composée 
de couleur et de figure... de Dieu, nous 
n'avons aucune image ou idée; c’est 
pourquoi on nous défend de l’adorer 
sous une image, de peur qu’il ne nous 
semble que nous concevions celui qui 
est inconcevable. » HoBges, 5 Obj. aux 
Méditations. — « Par le nom d'idée, il 
(Hobbes) veut seulement qu’on entende 
ici les images des choses matérielles 
dépeintes en la fantaisie corporelle ; 

mais j'ai souvent averti que je 
prends le nom d’idée pour tout ce qui 
est conçu immédiatement par l’es- 
prit. et je me suis servi de ce mot 
parce qu'il était déja communément 
reçu par les philosophes pour signifier 
les formes des conceptions de l’enten- 
dement divin, encore que nous ne 
reconnaissions en Dieu aucune fan- 
taisie ou imagination corporelle, et je 
n'en savais point de plus propre. » 
DESscarTESs, Réponse à la 5° objection 
de Hobbes. Cf. Réponse aux deuxièmes 
objections : « Je n’appelle pas du nom 
d'idées les seules images qui sont dé- 
peintes en la fantaisie ; au contraire, 
je ne les appelle point ici de ce nom 





1. « Ici », parce qu'en d’autres passages il applique 
ce mot à des images matérielles, par exemple a celles 
qui se forment, suivant lui, sur la glande pinéale. 
Voir Critique. 


448 


en tant qu’elles sont en la fantaisie 
corporelle, c’est-à-dire én tant qu’elles 
sont dépeintes en quelque partie du 
cerveau, mais seulement en tant qu'’el. 
les informent l'esprit même qui s’ap. 
plique à cette partie du cerveau. , 
Raisons qui prouvent l'existence de 
Dieu, etc., $ 2. 

« Idea is the object of thinking. __ 
Every man being conscious to himself 
that he thinks; and that which his 
mind is applied about, whilst thinking, 
being the ideas that are there, it is past 
doubt that men have in their minds 
several ideas, such as are those expres- 
sed by the words whiteness, hardness, 
sweetness, thinking, motion, man, ele- 
phant, army, drunkenness and others.» 
Locke, Essay, Book II, ch. 1. 

« There are properly no ideas, or 
passive objects, in the mind but what 
were derived from sense : but there 
are also besides these her own acts 
or operations : such are notions?. » 
BERKELEY, Siris, $ 308. 

Cf. Idées* représentatives. 


1. « L'idée est l'objet de la pensée. — Tout bomme 
ayant en lui-même conscience de penser ; et ce À quoi 
son esprit s'applique. quand il penss, étant les idces 
qui s'y trouvent, il est hors de doutes que les hymnes 
ont dans leur esprit diverses idées telles que sont celles 
exprimées par les mots blancheur, dureté, douceur, pen- 
sée, mouvemont, homme, éléphant, armée, ivresse, ete. » 
— 2.4 Il n'ÿ a proprement dans l'esprit d'idées, ou d'ob- 
jets passifs, que celles qui sont venues des sens: mais il 
ÿ a aussi, en outre. ses propres actes ou opérations. 
comme sont les notions. » 


TE ——— ——_—_——_—_—_—__—— 


siane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà 
le gouvernement despotique, » MoNTESQUIEU, Esprit des Lois, V, xiu. 


Quel usage, actuellement. doit-on faire du mot « idée » ? 

La première rédaction de cet article contenait, pour conclusion de la Critique, 
le passage suivant : 

« Hamilton déclare qu'il est impossible de réserver ce mot à un usage technique, 
et qu’on ne peut plus à son époque l’employer qu'au sens vague ou il enveloppe 
les présentations des sens, les représentations de l’imagination et les concepts Ou 
notions de l’entendement ; que d’ailleurs il est utile d’avoir ainsi un terme très 
général enveloppant out ce qui, dans l'esprit, est conçu comme corrélatif à un 
objet. (Logique, leçon VII, $ 20.) Les raisons d’usage qu’il en donne n'ayant fait 
que devenir plus fortes depuis ce temps, il paraît recommandable d'employer 
toujours le mot au sens D, sauf dans le cas où il s'agira spécialement de la théorie 
platonicienne, auquel cas la majuscule évitera toute confusion. 


! 449 


IDÉE 





E. Spécialement : opinions, théories. 


‘ p. ex. Mizuioun, Essai sur l’histoire 
: naturelle des idées, 


Revue  philoso- 
phique, février 1908. Le mot, en ce 
sens, garde et accentue même son 
caractère intellectualiste ; les « idées » 
s'opposent aux passions, aux besoins, 
aux impulsions, et dans une certaine 
mesure, à la volonté. Cf. Idéologie*. 
Quelquefois même le mot, en ce 
gens, devient presque synonyme de 
l'esprit, ou tout au moins de l’ensemble 
des pensées qui s’y trouvent : « Cela 
ne vient pas même dans l’idée. » Mon- 
TESQUIEU, Esprit des lois, V, 4. 


CRITIQUE 


Le sens B du mot idée paraît d’abord 
n’être que le sens A dépouillé de son 
caractère métaphysique et, pour ainsi 
dire, affaibli. Mais il ne faut pas oublier 
que dans la langue grecque, le sens 
d'iSéx est beaucoup plus large que 
celui d’Idée platonicienne. On en a vu 
plus haut des exemples. Chez Anis- 
ToTE, il est employé en trois accep- 
tions : « 1° Forma, quæ sensibus perci- 
pitur : vhv idéuv paxpéc, Bpayds, etc. 
(Tepi ra Léa ioroplor, VI, 35, 580 a 28)... 
20 Logice, idem quod species generis, 
elSoc : rù tv iyBbwv Yévos roXAXG repté- 
xov iBéac (Ibid. 11, 13, 504 b 14). 
30 Sensu platonico : Où =às IDéxc AÉyOvTEG 
(Physique, 11, 2, 193 b 36). » D’après 
BoniTz, Index aristotelicus, V9 ?’Idéx. 


Le sens C est très usuel dès le moyen 
âge : 

“ Hoc enim significat nomen ideae 
ut sit scilicet quaedam forma intellecta 
ab agente, ad cujus similitudinem exte- 
rius opus producere intendit, sicut 
aedificator in mente sua praeconcipit 
formam domus. » St THoMas D’AQUIN, 
Quæstiones quodlibetales, IV, 14, 1 c, 
dans ScaürTz, Thomas-Lexikon, Vo, 
Idea, en ce sens, est fréquemment 
opposé par lui à ideatum : voir Ibid., 
verbo 1deare. 

Gocrenius le dqéfinit de mème : 
« Generatim idea est forma seu exem- 
plar rei, ad quod respiciens opifex effi- 
cit id quod animo destinarat. » 208 A. 
« Idea est ratio architectatrix, id est 
secundum quam fit fabricatio in mente 
artificis. » 209 B. Il l’oppose également 
à ideatum : « Ideatum est vi ideae pro- 
ductum, seu ideae effectum. » 211 B. 
(Suit un texte d’Albert le Grand ap- 
puyant cette définition.) — Mais Jdea 
a aussi quelquefois, d’après lui, le sens 
d'idée générale, construite par l'esprit 
d'après les choses : « Ideae sumuntur 
nonnunquam pro conceptionibus, seu 
notionibus animi communibus. » 210 A. 
(Voir plus bas.) 

HAMILTON, qui a consacré plusieurs 
pages de ses Discussions à l’histoire et 
à la critique de ce mot, ne parle pas de 
ce sens. Réfutant, et avec raison, 
Brown qui attribuait au moyen âge 


—————_—_—_—_—…—…—…—…—…—…—……—…"…"…"…"…—— 


« Le sens B est déjà très précisément désigné par concept*. Le concept est en 
ce sens une des espèces du genre idée. Si l’on veut distinguer, avec quelques 
logiciens, les vrais concepts (rigoureux) et les pseudo-concepts (fondés seulement 
sur des ressemblances empiriques), il serait bon d’admettre que l'expression 
cidée générale » désigne les uns et les autres. » | 

Ces conclusions ont été désapprouvées par quelques membres de la Société : 

F, Rauh : « Il n’est légitime d’appeler idée qu'un acte intellectuel portant sur 
la sensation, non la sensation elle-même. L'idée, au bon sens du mot, est toujours 
Une opération ou une création de l'esprit. » | 

J. Lachelier : « L'emploi du mot idée pour signifier non le concept (car il 
ÿ en a un), mais la sensation même du blanc ou du rouge, est intolérable, selon 
4 très juste remarque de Kant. Cet emploi ne serait-il pas né d’une confusion 
entre les elän de Platon et d’Aristote, et les elSwaa d'Épicure ? Quoi qu'ilen soit, 
l'estime qu’il faut absolument condamner ce sens, qui a le tort énorme de confon- 

re des actes de l'esprit tels que le concept (même celui d’une qualité sensible) 


di. 


IDÉE 


l'emploi du mot idée au sens d’idée- 
image, d'espèce sensible, il ajoute 
« Previous to the age of Descartes, as 
a philosophical term, it was employed 
exclusively by the Platonists, at least 
exclusively in a Platonic meaningt. » 
(Discussions, p. 70 Philosophy of 
perception.) Les textes ci-dessus mon- 
trent que ce n’est pas exact. 

Comment le sens C s'est-il produit ? 
On peut vraisemblablement l’expliquer 
par la représentation des idées plato- 
niciennes sous la forme de pensées de 
Dieu, qui formeraient le plan architec- 
tural de l'Univers. Cette interprétation, 
donnée par St AuGusTin, adoptée par 
St THomas D’AQUIN, reste classique 
dans toute la philosophie médiévale et 
se retrouve chez Bacon, LE1IBNiz, etc. 
La comparaison de la création divine 
à la création d’une œuvre d’art, dont 
l'artiste conçoit d’abord le dessein, se 
rencontre déjà chez SÉNÈQUE et a vrai- 
semblablement favorisé la transposi- 
tion de ce mot de l’esprit divin à 
Pesprit humain. 

Le sens D, enveloppant tous les phé- 


1. « Avantl'époque de Descartes, ce mot en tant que 
terme philosophique était employé exclusivement par 
les platoniciens, ou du moins exclusivement en un sens 
platonicien. » 









_ à 450 


nomènes psychologiques représentatifs 
est peut-être un élargissement popu. 
laire du sens C. Beaucoup de termes 
scolastiques ont ainsi passé dans Ja 
langue courante (p. ex. catégorie, essen. 
tiel, etc.). Cet élargissement peut avoir 
été favorisé, chez les lettrés, par le 
souvenir du sens grec (assez voisin 
quelquefois de celui qu’a notre mot 
image). « Concipiendum est sensum 
communem fungi etiam vice sigilli ad 
easdem /iguras vel ideas, a sensibus 
externis puras et sine corpore venientes 
in phantasia vel imaginatione veluti in 
cera formandas. » DESCARTES, Regulae, 
xt. — « Entre ces figures, … ce ne 
sont pas celles qui s’impriment dans 
les organes des sens extérieurs, … mais 
seulement celles qui se tracent sur la 
superficie de la glande H, où est le 
siège de l’imagination et du sens com- 
mun, qui doivent être prises pour les 
idées, c’est-à-dire pour les formes ou 
images que l’âme raisonnable considé- 
rera immédiatement lorsque, étant 
unie à cette machine, elle imaginera ou 
sentira quelque objet. » In., Traité de 
l'Homme, t. X],p.176-177. Cesens est le 
même que celui de Hobbes. On le re- 
trouve dans le Dictionnaire philosophi- 
quedeVoLTaIRE:«Qu'’est-ce qu’une idée? 





IDÉE 





C'est une image qui se peint dans 
mon cerveau. » (Ed. Beuchot, XXX, 
:965.) 
&# Ces textes rendent assez douteuse 
sdexplication, d’ailleurs obscure, que 
donne Descartes sur l’origine du sens 
qu'il attribue à ce mot : voir le passage 
“des Réponses à Hobbes cité plus haut. 
:{1 est vraisemblable que Hobbes et 
‘jui ont pris le mot dans un sens qui 
existait déjà à leur époque, et qui avait 
été déterminé, au moins en partie, par 
Ha connaissance de l’étymologie grec- 
que. HawizTon (Discussions, p. 70) 
en signale l’usage dans BtcHaxax, 
Historia animae humanae, Paris, 1636. 
1e mot idée y est employé avec son 
sens familier pour désigner les ohjets 
#on seulement de l’intellect, mais de 
la mémoire et des sens. 

Cet usage est suivi chez presque tous 
les cartésiens à l'exception de BossueT 
{voir aux Observations). — Cf. notam- 
ment Logique de Port-Royal, 1° partie, 
ch. 1 : « Des idées selon leur nature et 
leur origine. » Et, voir plus loin, à 
l'article /dées représentatives, l'opinion 
d'ARNAULD sur l'usage de ce mot. 

SPINOZA conserve, mais en l’adap- 
tant à l'usage cartésien et à sa propre 
théorie, l’opposition de l'idea et de 





l’ideatum : « Idea vera debet convenire 
cum suo ideato. » Éthique, 1, Axiome 6. 
— « Per ideam intelligo mentis concep- 
tum, quem mens format propterea 
quod est res cogitans. Dico potius 
conceptum quam perceptionem, quia 
perceptionis nomen indicare videtur 
mentem ab objecto pati; at conceptus 
actionem mentis exprimere videtur. » 
1bid., Il, déf. III. Mais il semble hien 
qu'il reste chez lui quelque chose de 
l‘usage platonicien ou de l'usage sco- 
lastique du mot. Car, si l’idée humaine 
convient à son ideatum, ce n’est pas 
parce qu’elle en est la copie, c’est 
parce que l’un et l'autre dérivent de la 
Nature de Dieu, dans laquelle l’idée est 
en quelque sorte le trpe des choses. 
D'où résulte que l'idée adéquate peut 
ètre reconnue en elle-même et intrin- 
sèquement, indépendamment «de sa 
«convenientia cum ideato » qui lui est 
extérieure. Éthique, 11, dèéf. IV. 
BEerkELEY analvse et discute ce sens 
en plusicurs passages de ses œuvres, 
notamment Principes de la connais- 
sance humaine, $ 39 et Dialogues, I 
(trad. Beaulavon et Parodi, p. 182) 
et HIT ‘2357 sqq.), où il fait remarquer 
que ce mot « ext maintenant rommu- 
nément emplové par les philosophes 





avec de simples sensations passives (les qualités sensibles elles-mêmes). Je crois que 
le mot idée est à conserver, soit au sens de modèle conçu par l’esprit d’un ouvrage 
à exécuter (C), soit comme synonyme littéraire et populaire de concept (B), pour 
signifier l’action de l’esprit qui conçoit un objet quelconque, qui ne le perçoit 
pas ou ne l’imagine pas simplement, mais qui le pose comme vrai, intelligible, 
rationnel en soi, bien qu’il ne nous soit le plus souvent donné que du dehors et 
empiriquement. Ces deux sens ont d’ailleurs un élément commun de grande 
importance : l'intérêt, le devoir étre ou le mériter d’être de cet objet. Cela est très 
clair lorsqu'il s’agit des idées « exemplaires » des produits de notre activité, par 
exemple d’une maison à construire ; mais l'existence d’un être vivant n’a-t-elle 
pas aussi un intérêt, au moins pour lui, et même dans l’ensemble de la nature, 
dont il est un moment ? N'est-ce pas un bien qu’il soit, qu’il agisse, qu'il sente ; 
et par suite, son existence n'est-elle pas tout aussi voulue, quoique d’une autre 
manière, que celle de la maison ? C’est cette volonté qui, vivante en lui, est son 
âme, et qui, pensée en nous, est l’élément essentiel de son idée. » 

— On peut répondre à ces critiques de deux points de vue différents : 

19 En fait, le sens D ne comprend pas, dans l’usage moderne, et ne paraît 
pas avoir compris chez les cartésiens la simple sensation, celle cle blanc ou de 
rouge, en tant que reçue d’une façon purement passive par les sens (s’il est vral 


que quoi que cé soit puisse être reçu par l’esprit à titre purement passifi. Mais 
une pareille sensation ne constitue jamais le contenu mental immédiatement 
donné à notre réflexion. Ce qui nous est présenté par les sens, ce sont des touts 
concrets ; ce sont tels et tels objets particuliers {qui ne sont pas nécessairement 
des êtres vivants) tels qu’une pierre, une source, une montagne. Dans le langage 
moderne, en effet, un applique à ces objets le terme d'idée en tant qu'ils sont 
IMaginés, ou mème en tant qu’ils sont perçus, mais toujours en vue de distinguer 
la perception actuelle de ce qui, à quelque titre que ce soit, constitue la réalité 
de l’objet. « Quand un ignorant voit un bâton plongé dans l’eau, l'idée qu'il 
s’en fait est toute différente de la réalité. » Mais il est à remarquer qu'alors il 
west pas douteux qu'il y ait un acte de l'esprit (qui précisément se révèle par son 
imperfection) et que par suite, au nom de ce critère, on soit en droit de se servir 
u mot idée. 
2° Pratiquement, ne serait-il pas chimérique de vouloir proscrire des expressions 
Comme association des idées, idée-fire, idée-force, problème de l’origine des idées ? 
nombreux exemples qu’on trouve de ce mot dans les meilleurs textes philo- 
#ophiques anglais et français, pour désigner des représentations concrètes et 
Particulières, peuvent difficilement être considérés comme fautifs. L’étymologie, 
ailleurs, est d'accord avec l'emploi le plus large de ce mot : chez Aristote lui- 


dé 


IDÉE 





pour désigner les objets immédiats de 
l’entendement ». 

Sur la légitimité du sens D, et sur 
le meilleur usage à faire actuellement 
de ce mot, voir ci-dessous Observations. 

Rad. int. : C. Ide. 


EXPRESSIONS SPÉCIALES 


Idée adéquate, inadéquate, etc., voyez 
ces mots. 


Idée fixe, phénomène mental con- 
sistant dans la permanence morbide 
d’un état de conscience prédominant, 
que le cours ordinaire des idées et 
lPaction de la volonté ne peuvent faire 
disparaître. 


Idées-forces, terme employé (d’abord 
par A. FouiLLéE) pour caractériser les 
phénomènes psychiques, en tant qu’ils 
présentent inséparablement un carac- 
tère actif et un caractère intellectuel. 
« Au point de vue psychologique, nous 
a écrit A. Fouillée, si l’idée est appelée 
force, c’est que tout état mental enve- 
loppe à la fois un discernement (germe 


k59 
de l’idée) et une préférence (germe de 
l’action). 

« Au point de vue physiologique, 
toute préférence étant accompagnée 
d’impulsions en un certain sens et de 
mouvements commencés en ce sens, 
toute préférence peut être appelée 
force ; et comme tout discernement est 
une préférence, tout discernement est 
force, toute idée est virtualité de mou- 
vements. 

« Enfin, au point de vue de la philo- 
sophie première, l’évolutionnisme des 
idées-forces est la doctrine qui admet 
que la conscience, avec les idées où 
elle s'exprime, n’est pas un simple 
reflet ou épiphénomène, mais est un 
facteur de changement, une cause 
réelle ; bien plus, qu’elle est la réalité 
même, présente à soi, se modifiant, et 
se dirigeant par la pensée de ses modi- 
fications possibles et de ses directions 
les meilleures. L'évolutionnisme des 
idées-forces s'oppose ainsi, d’une part, 
à l’évolutionnisme mécaniste de Spen- 
cer et de l’école anglaise ; d’autre part, 
à l’évolutionnisme anti-intellectualiste 
des partisans de la contingence, qui 





même, comme on l’a vu, il est pris dans des acceptions très diverses. Peut-être 
la répugnance de Kant et sa sévérité viennent-elles d’une attention trop exclusive 
donnée au sens platonicien : ce sens était une restriction très spéciale d’un mot 
beaucoup plus compréhensif. 

Mais une autre considération doit entrer en ligne de compte. Ce que représente 
essentiellement le mot idée, dans son usage moderne, c’est la pensée individuelle 
et actuelle d’un objet, opposée à ce que cet objet est en lui-même (cf. idéalité, 
idéalisme, etc.). Lorsque cet « en lui-même » est conçu d’une façon métaphysique, 
ontologique, on aboutit à la théorie des idées représentatives*, et cet usage explique 
la faveur où le mot a été tenu au xvii® et au xvitie siècle. Les mêmes raisons le 
rendent aujourd’hui suspect : mais peut-être est-ce à tort. Car nous avons encore 
besoin, au sens le plus positif, d’opposer la représentation actuelle et individuelle 
à la réalité (définie en dehors de toute ontologie, en tant que représentation 
normale). D’où la légitimité du sens D, tel qu’il a été défini ci-dessus : Idée sert 
alors à désigner un objet de pensée quel qu'il soit, en tant que pensé, c’est-à-dire 
d’une part, en tant que phénomène intellectuel (et non pas action ou sentiment) : 
d’autre part, en tant que représentation individuelle (et non pas existence réelle, 
au sens empirique de ce mot.) (A. L.) 


Sur Idées-forces. — M. Fidelino pe FicueiREDo, philosophe portugais, pro- 
fesseur à l’Institut des Hautes Études de Lisbonne, emploie image-force fimagem- 
fôrça). Interpretagées, p. 14, 24-25, etc. 


IDENTIFICATION 





Limettent un devenir sans lois univer- 
lles et sans universelle intelligibilité. » 


“Moir La psychologie des idées-forces, 


4893 ; l’Évolutionnisme des idées-forces, 
4890 : La morale des idées-forces, 1908. 


: Idées-Images, G. etôwaa; L. Species, 

imulacra. Représentations matérielles, 
mages réduites que les objets envoient 
dans les sens et qui causent la percep- 
ÿon, d’après la théorie de DÉMOCRITE, 
des Épicuriens et de quelques scolas- 
tiques. Voir Espèces*. 


; Idées inaées, adventices, factices, 
#yez ces mots. 


. Idées représentatives. On appelle 
dhéorie des idées représentatives la théo- 
ñe de Descartes, Locke, etc., d'après 
laquelle, entre l'esprit qui connaît et 
l'objet qui est connu, il n’y a pas 
relation immédiate, mais seulement 
relation médiate par le moyen d’un 
trtium quid, l’idée, qui est à la fois, 
d'une part, état ou acte de l'esprit, 
et de l’autre, représentation de l’objet 
connu. 

: Cette expression sert d'ordinaire à 
eritiquer plutôt qu’à exposer la théorie 
en question. Elle paraît avoir pris nais- 
sance dans la polémique d’ARNAULD 
contre MALFBRANCHE. Voir Observa- 
tions. 

Dans le traité Des vraies et des fausses 
idées, Arnauld approuve Malebranche 
d'avoir pris d’abord idée, au début de 
le Recherche de la vérité, pour syno- 
nyme de pensée, au sens le plus large 
du mot, et d’avoir identifié l’idée d’un 
objet avec la perception même de cet 
ébjet. Il lui reproche d’avoir ensuite 
Changé le sens de ce terme dans la 


— 


seconde partie du livre III, qui a pour 
titre : « De la nature des Idées », et 
dans les Éclaircissements. « Ce ne sont 
plus les pensées de l’âme et les percep- 
tions des objets qu'il appelle idées, 
mais de certains êtres représentatifs des 
objets différents de ces perceptions, 
qu’il dit. être nécessaires pour aper- 
cevoir les objets matériels. — Je sou- 
tiens. que les idées prises en ce dernier 
sens sont de vraies chimères. » (Ch. 111, 
pp. 38-39 de l'édition J. Simon.) 

MALEBRANCHE, dans sa Réponse, se 
sert plusieurs fois de l'expression : 
« Les idées sont représentatives. » 


« IDÉEL », néologisme proposé pour 
désigner sans équivoque le sens C du 
mot Idéal, adjectif. Voir les Observa- 
tions sur ce mot, au début. 


IDENTIFICATION, D. Jdentifikation ; 
E. ‘Identification, Identifying ; 1. Iden- 
tificazione. 

A. Action d'identifier, c’est-à-dire de 
reconnaître pour identique, soit numé- 
riquement, p. ex., « l'identification d’un 
criminel » ; soit en nature, p. ex. quand 
on reconnaît un objet comme apparte- 
nant à une certaine classe (comme 
étant une clef, un chapeau, un aliment), 
ou encore quand on reconnaît une 
classe de faits pour assimilable à une 
autre : « L'identification de la lumière 
et de l’onde électromagnétique. » 

B. Acte par lequel un être devient 
identique à un autre, ou par lequel 
deux êtres deviennent identiques (en 
pensée ou en fait, totalement ou secun- 
dum quid). — En particulier, processus 
psychologique par lequel un individu A 
transporte sur un autre, B, d’une ma- 
nière continue et plus ou moins durable, 


Sur Idées représentatives. — Cette expression paraît avoir son origine dans 

passages de Descartes où il déclare que nos idées « représentent » plus ou 
Moins parfaitement des « patrons », des « originaux » dont elles peuvent déchoir, 
Mais que leur perfection est de reproduire fidèlement. 

Voir par exemple Méditations, 111, 9-10 et 13 : « Entre ces idées qui sont en moi, 
tre celle qui me représente moi-même à moi-même... il y en a une autre qui me 
leprésente un Dieu, d’autres des choses corporelles et inanimées, etc. » 


dé. 


IDENTIFICATION 











les sentiments qu’on éprouve ordinai- 
rement pour soi, au point de confondre 
ce qui arrive à B avec ce qui lui arrive 
à lui-même et même quelquefois de 
réagir conformément à cette confusion. 


REMARQUE 


Le motne paraît pas avoir été jamais 
employé au sens étymologique rigou- 
reux : action de rendre identique ; et le 
verbe « identifier » lui-même ne pré- 
sente que très rarement cette accep- 
tion. 


IDENTIQUE, D. Identisch ; E. Iden- 
tical,; I. Identico. 

De Idem, le même. — L’un des con- 
cepts fondamentaux de la pensée, im- 
possible par conséquent à définir. 

Ce terme s'applique : 

A. À ce qui est unique, quoique 
perçu, conçu ou nommé de plusieurs 
manières différentes. « L'Étoile du Ma- 
tin = l'Étoile du Soir. » — « Le lieu 


454 


d’un point et d’une droite = la section 
conique parallèle à une génératrice, , 
— « Le lac Léman = le lac de Genève, 

B. A un indiviäu (ou à un être asgj. 
milable à cet égard à un individu), 
quand on dit qu'il est « le même » oy 
« identique à lui-même » à différents 
moments de son existence, malgré Jes 
changements parfois considérables qui 
peuvent y être survenus. 

C. À deux ou plusieurs objets de 
pensée qui, tout en étant numérique. 
ment distincts, sont considérés comme 
présentant exactement toutes les mé. 
mes propriétés ou qualités. « Eadem 
sunt quæ sibi invicem substitui pos- 
sunt salva veritate. » Cette définition 
s'oppose à celle de l'égalité : caractère 
des choses qui peuvent être substituées 
lune à l’autre salva magnitudine. 
LEIBNiz, Specimen calculi universalis, 
Gerhardt, VII, 219 sqq. 


Voir Jdentité*, Critique. 






: h Jdentique (proposition), ou, par abré- 


tion, Identique, subst. — Celle dont 


; sujet et le prédicat représentent un 


‘mème être ou un même concept (soit 
“ar le même terme, soit par des termes 
« Cette démonstration. 
‘deit encore voir l’usage des identiques 
æ#firmatives, que plusieurs prennent 
ur frivoles… » LEIBNIZ, Nouveaux 
Preis, IV, 1, 1. Cf. Tautologie*. 
ConpiLLac oppose les « Propositions 
gentiques » aux « Propositions instruc- 
gives », à peu près au sens où Kant 
garle de propositions analytiques et syn- 
étiques ; mais il ajoute qu’elles ne sont 
fan ou l’autre que « par rapport à l’es- 
grit qui en juge ». Art de penser, ch. x. 


#IDENTITÉ, D. Jdentität; E. Iden- 
My; Idenuta. 
# À. Caractère de ce qui est identique, 


&u sens A. « L'identité de la bataille 
#° 





IDENTITÉ 


de Kôniggraetz et de la bataille de 
Sadowa. » 

B. Caractère d’un individu, ou d’un 
être assimilable à cet égard à un indi- 
vidu dont on dit qu’il est identique au 
sens B, ou qu’il est « le même » aux 
différents moments de son existence : 
«a L'identité du moi. » — « La recon- 
naissance de l'identité d’un individu 
condamné. sera faite par la Cour. » 
Code d’instr. criminelle, art. 518. 

Ces deux premiers sens sont désignés 
indistinctement, d’ordinaire, sous le nom 
d'identité numérique. Pour le sens B, 
on dit aussi identité personnelle, identité 
Juridique. Voir ci-dessous, Critique*. 

C. Caractère de deux objets de pen- 
sée, distincts dans le temps ou dans 
l’espace, maïs qui présenteraient toutes 
les mêmes qualités. — Ce sens est 
désigné d’ordinaire sous le nom d’iden- 
tité qualitative ou spécifique. 





4! 


géométrique des points équidistants Rad. int. : Ident. 





Sur Identique. 

On pourrait, ce me semble, définir directement l'identité : est identique ce qui, 
paraissant plusieurs ou apparaissant sous plusieurs aspects, est en réalité et dans 
son fond, un. (J. Lachelier.) — N’v aurait-il pas à cette définition une deuble 
difficultélogique ? La copule est. d’une part, suppose elle-même la notion d'iden- 
tité ; et le mot un, d'autre part, paraît n’être dans ce cas qu’un synonyme du 
terme à définir. Les logiciens modernes (Peano, Russell, Couturat) se sont au 
contraire efforcés de définir l’unité et la pluralité numériques au moyen des 
notions plus fondamentales du même et de l’autre. (A. L.) 

— L'identique ne se définit pas plus par la négation de la différence que la 
différence par la négation de l'identique, il y a là deux concepts qui s’impliquent et 
qui sont la définition fondamentale de la pensée. Il est à noter cependant que 
l'identique est privilégié par rapport à la différence : la différence pure est impen- 
sable. (L. Boisse.) — Peut-être en faudrait-il dire autant de l'identité pure, 
malgré le vôrots voñozws vonoic. Mais d’ailleurs le privilège de l’identité ne m'en 
semble pas moins très réel : il consiste en ce que la différence est toujours imposée 
à l'esprit comme un problème à résoudre, tandis que l'identité au contraire, lui 
donne satisfaction, et résout le problème. Le mouvement de l'intelligence sc fait de 
l’autre au même ; et par suite on peut dire que ce dernier, marquant le sens de 
l'effort intellectuel, exprime plus essentiellement la nature de l'esprit. (A. L.) 

— Îdentique, outre les diverses acceptions signalées, comporte, ce semble, 
diverses distinctions complémentaires : : 

1. Au point de vue intellectuel, la connaissance est dite identique à son objet 
par les scolastiques et les métaphysiciens qui admettent que « Jntellectus in a£tu 
et intellectum in actu idem sunt. » (S. THomas, Opusculum II, cap. 83.) Idem n€® 


#ium sunt. C’est la possibilité, c’est l’intelligibilité même de cette identité dans 
fétérogénéité que met en question la pensée critique. 

“* 2 A un point de vue affectif et éthique, les sentiments et les volontés sont 
#entiques, lorsqu'elles s'unissent en restant distinctes et en jouissant même de ce 
tédoublement dans l’unité. Unum nec idem sunt. 

8. À un point de vue psychologique et métaphysique il n’y a pas d’êtres iden- 
dques les uns aux autres, mais un être reste identique à lui-même dans la mesure 
à recueillant perpétuellement son passé dans son présent et résumant ses propres 
Eangements, il demeure solidaire de sa tradition entière, et constitue son fieri 
&ultiple et hétérogène en un esse ; unum et idem est. (M. Blondel.) 


‘: Sur Identité. — Article remanié d’après des observations de V. Egger, et 
&.Lachelier ; augmenté d’un texte communiqué par M. Clunet et d’une indication 
des à R. Eucken. 
“: L'identité qualitative, si le principe des indiscernables est vrai, est un idéal (au 
ds À, 20) de ce mot. Or ce principe, que Leibniz fondait sur des considérations 
@étaphysiques, peut être considéré comme une loi de l'expérience. Les « deux 
Buttes d’eau » de la locution populaire ne sont identiques que si on ne leur 
Mande pas autre chose que d’être des gouttes d’eau. Tous les objets de notre 
EXPérience sont dans le même cas, parfois identiques pour une expérience rapide 
* SUPerficielle, c’est-à-dire identiques en apparence, identiques en ce qu'ils 
vent recevoir la même dénomination, mais seulement semblables si on les 
; dère plus attentivement. L'identité qualitative est donc une conception de 
sert simplement suggérée par l'expérience. 
le “t-on le droit de prendre pour exemple d’identité qualitative, comme on 
avait fait dans la première rédaction de cet article « l'identité de deux des unités 
T*MPOsant un même nombre cardinal » ? 
“ deux unités sont égales : elles ne sont pas identiques. L'unité arithmétique 


A 







IDENTITÉ 456 


— 





On remarquera qu'il s’agit ici de 
deux objets de pensée en général, non 
pas nécessairement de deux touts con- 
crets. Pour ceux-ci, en effet, il semble 
impossible qu'il, satisfassent à cette 
condition sans être également identi- 
ques au sens À. Voir ci-dessous Jden- 1. 
tité des indiscernables. 

D. Relation, au sens logique, qu'ont 
entre eux deux termes identiques ; for- 
mule énonçant cette relation. — On 
appelle en particulier identité en mathé- 
matiques, une égalité algébrique qui 
subsiste quelles que soient les valeurs 
attribuées aux lettres qui la consti- 
tuent, par exemple (a + bj? = a? + 


b? + 2 ab.— En ce sens, le mot S’Oppo. 
se à équation (égalité qui ne subsiste que 
pour certaines valeurs des inconnues 
et qui sert, par suite, à les déterminer). 


REMARQUES 


L'identité se marque par Je 
signe —=. Mais, dans l’usage courant, 
on se sert souvent en ce sens du signe — 
qui prête à l’équivoque. Il vaudrait 
donc mieux l’éviter. 

2. La distinction de l'identité numé. 
rique et de l'identité spécifique ou qua- 
litative vient d’Aristote par l’intermé. 
diaire de la scolastique. Le Thomas. 
Lexikon de ScHÜTz distingue, d’après 





n'est pas sans parenté avec l'identité qualitative, je le crois, mais elle s’en distingue. 
Deux identiques, étant indiscernables, ne font qu’un. Or l’unité arithmétique 
est telle que 1 et 1 ne font pas 1, mais 2. Que cette unité soit fille, psychologique- 
ment, de la mêmeté!, je le crois volontiers. Mais l’altérité qui s'oppose à cette 
mêmeté possède elle-même une mêmeté; une mêmeté et une mêmeté font deux 
mêmetés : c'est qu’il ne s’agit pas de la même mêmeté. L'unité arithmétique 
est constituée par cette association du même et de l’autre qui permet et exige 
la pluralité de l’unité. On peut d'ailleurs penser la mêmeté des mêmetés comme 
telles : c’est l’idée abstraite et philosophique de l'unité ; mais cette idée n'est 
d'aucun usage en mathématiques. Considérons la mêmeté des mêmetés : 4 et 1 
sont 1 ; — l’altérité des mêmetés : 1 et 1 font 2. D’où je conclus que l'égalité des 
unités est autre chose que l'identité qualitative. (V. Egger.) 

Il est incontestable qu'au point de vue de la logique formelle a + a — a 
et a X a=a; ces formules sont classiques. Je ne conteste pas non plus que 
pour faire un « nombre concret » il faille des unités concrètes, par exemple six 
jetons matériels, qui par suite ne seront pas rigoureusement indiscernables, ou 
qualitativement identiques. Mais d’autre part, c’est en faisant abstraction de tout 
ce qui les distingue qualitativement qu'on peut les additionner, et les désigner 
par un seul et même nom. « On n'’additionne pas des fagots et des bouteilles » 
avait coutume de dire un excellent professeur de mathématiques. — Si donc 
nous passons à la limite, et que nous considérions le « nombre abstrait », il sera 
formé d’unités idéales (au sens A), rigoureusement interchangeables, indiscer- 
nables, et multiples seulement en ce qu’elles sont chronologiquement ou spatia- 
lement extérieures l’une à l’autre, comme sont l’un par rapport à l’autre chacun 
des cent décimètres carrés qui forment un mètre carré. C’est en ce sens que je 
les appelle « qualitativement identiques ». 

Il me semble même qu'il serait légitime d’accepter, à côté du sens rigoureux 
C, qui n’est jamais applicable qu'à une limite idéale, le sens pragmatique du mot 
identique et identité, très fréquent dans la langue courante : deux choses sont 
dites identiques, en ce sens, quand elles ne diffèrent en rien relativement auT 
effets qu’on en attend, aux usages qu’on en peut faire : par exemple deux exem- 
plaires « identiques » d’un même livre. (A. L.) 





1. Le mot de mémelé est de VOLTAIRE. « @n pourrait dire en français mêmeté », écrit-il dans le Dicl. Phüosophiqus: 
au mot Identité. 


+ 


IDENTITÉ 





int THOMAS D’AQUIN, 27 sortes d'i- 
ntité, dont les principales sont 
um definitione, idem genere, idem 
“teria, idem specie, idem numero ; 
ds secundum analogiam, opposé à 
secundum univocationem ; idem 
seundum quid opposé à idem simpli- 
aiter ou totaliter, etc. — VO Idem, 362- 
#83. — Gocrenius donne un tableau 
du mème genre au mot Jdentica. 

& 11 est à remarquer que l'expression 
identité numérique, comprenant les deux 
sæns À et B, est très équivoque. Il y 
grait lieu de chercher une désignation 
meilleure pour le second de ces sens : 
ældem numero, où le même individu », 
BeiBN1Z, Nouveaux Essais, II, ch. XX vit 
#4. Locke, dans le chapitre correspon- 
dent des Essais, et LEIBNiz, dans ce 
même chapitre, se servent aussi pour 
désigner cette idée des expressions 
entité individuelle et identité person- 
walle. Ce dernier distingue de plus 
Videntité physique et réelle (qui nous est 
cmmune avec les bêtes, et fonde l’in- 
cessabilité de leur âme), de l'identité 
morale, fondée sur la « consciosité » ou 
le sentiment du moi, qui nous rend 
éapables de sentir les chäâtiments et 
ke récompenses, et qui fonde l’immor- 
talité de l’âme humaine. (Vouv. Essais, 
H, ch. xxvu, $ 9.) — Voir également 
KanT, Raison pure, Amphibolic des 
concepts de réflexion, $ 1. 

Nous avions d’abord proposé en ce 
sens l’expression d'identité temporelle, 
qui ne préjuge rien à l’égard de l’indi- 
tidualité ou de la personnalité de l’être 
dont il s’agit ; mais en raison des objec- 
10ns d’un autre ordre que soulève ce 
terme, nous nous hasardons à proposer 
celui d’ « identité juridique » qui peut 
8 dire de personnes ou des choses ; 
l'expression de Leibniz : « identité 
Morale » semble aussi très recomman- 
able, dans le cas particulier où il 
Sagit d'une personne. 

Rad. int. : Identes. 


.* Identité des indiscernables », prin- 
Gpe de Le1isniz, d’après lequel deux 
‘Djets réels ne peuvent être indiscer- 


nables, c'est-à-dire identiques au sens C, 
sans être aussi identiques au sens À, 
c’est-à-dire sans se confondre rigoureu- 
sement. Il équivaut donc à cette thèse 
qu'il n’y a dans la nature rien d’indis- 
cernable, ou d’identique au sens C. Voir 
Indiscernable*. 


« Identité partielle. » LAROMIGUIÈRE 
( Discours sur l'identité dans le raisonne- 
ment) désigne ainsi l'identité, au sens C, 
d’une partie des éléments qui compo- 
sent un tout concret, soit matériel, soit 
psychologique. Cette expression a été 
reprise par V. Eccer, Essai psrcholo- 
gique sur le jugement, Revue phil»sophi- 
que, juillet-août 1893, octobre 1894. 


Identité* (Principe d'). — On l’é- 
nonce ordinairement sous la forme : 
« Ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est 
pas. » En notations, a = a ; ce qui n’est 
pas vrai seulement de l'égalité mathé- 
matique, mais ce qui veut dire a 3 a, 
la lettre a pouvant représenter ici soit 
un concept, soit une proposition. Il 
faut bien le distinguer du principe de 
contradiction, d’après lequel le con- 
traire du vrai est faux ; et du principe 
de milieu exclu, d’après lequel, de deux 
propositions contradictoires, l’une est 
vraie et l’autre est fausse. (En nota- 
tions, aa = AN; (a) — a, ou encore 
aU a = V.) 

En dehors de son usage purement 
formel, le sens du principe d'identité 
n'est pas toujours entendu de la même 
manière. Il peut signifier : 1° que les 
concepts logiques doivent être déter- 
minés, c’est-à-dire fixes; autrement 
dit, en pratique, qu'un même terme 
doit toujours, au cours d’un raisonne- 
ment, représenter un même concept ; 
— 2° que le vrai et le faux sont intem- 
porels, non variables : « Once true, 
always true ; once false, always false. 
Truth is not only independent of me, 
but it does not depend upon change 
and chance. No alteration in space or 
time, no possible difference of any 
event or context, can make truth fal- 
sehood. If that which I say is really 


IDENTITÉ 


true, then it stands for evert, » BRAD- 
LEY, Logic, p. 133. — Cf. SIGWwaART, 
Logik, 1, 104-118; J. N. KEYNES, 
Formal Logic, 451-454, et voir dans le 
corps du Vocabulaire les articles Lois* 
de l'esprit, Principes* logiques, Rai- 
son*. — 3° Enfin, E. MEyerson et à 
sa suite quelques auteurs contempo- 
rains entendent par là l’assertion que 
ce qui existe véritablement demeure 
sans changement. Mais comme ce prin- 
cipe serait alors faux (à moins de le 
prendre comme une définition décisoire 
de « ce qui existe véritablement »), il 
faut, si l’on veut lui maintenir une 
valeur, le transformer, comme il le 
fait d’ailleurs, en un idéal vers lequel 
la raison tend sans jamais pouvoir le 
réaliser intégralement. Voir E. Le- 
ROUx, Les deux visages du principe 
d'identité, Bulletin de la Société philo- 
sophique de l'Ouest, juillet 1939. 


« Philosophie de l'identité », D. Zden- 
titätsphilosophie, Identitätssystem. — 
Doctrine philosophique de SCHELLING, 


1. Ce qui est une fois vrai est toujours vrai, une fois 
faux, toujours faux. La vérité u’est pas seulement 
indépendante de moi, mais elle ne s'appuie sur rien 
de variable ou de fortuit. Aucun changement dans 
le temps ou l’espace, sucune différence possible de 
fait ou de contexte ne peut rendre fausse une vérité. 
Si ce que je dis est réellement vrai, il le demeure éter- 
aellement. 





458 


————————— "#8 


fondée sur l'identité originelle de la 
nature et de l'esprit, de l'idéal et du 
réel. L'expression remonte à Schellin 
lui-même : « … Cette philosophie & 
la nature que M. de Schelling appelait 
lui-même la science de la Non-diffe. 
rence (Indifferenz), de l’Identité… , 
MATTER, Schelling, ch. xx, p. 109. — 
Elle est tout à fait classique chez Jes 
critiques et les historiens (voir p. ex. 
SCHOPENHAUER, Geschichte der Lehre 
von Idealen und Realen, $ 5). 


IDÉOLOGIE, D. Ideologie ; E. Ideo. 
logy ; L Ideologia. 

A. Mot créé par DESTUTT DE TRACY. 
Voir son Mémoire sur la faculté de 
penser (Mémoires de la deuxième classe 
de l’Institut, 1er volume, 1796-1798) et 
son Projet d’ Éléments d'idéologie (1801) : 
science qui a pour objet l’étude des 
idées (au sens général de faits de cons- 
cience) de leurs caractères, de leurs 
lois, de leur rapport avec les signes qui 
les représentent et surtout de leur ori- 
gine. 

Ce mot a été employé assez fréquem- 
ment par STENDHAL, qui le prend sur- 
tout au sens logique : « Un traité 
d’Idéologie est une insolence : vous 
croyez donc que je ne raisonne pas 
bien ? » Histoire de la Peinture en Italie, 


vre III, p. 66. — De même par TAINE 
qui faisait très grand cas de Stendhal). 
oir notamment Correspondance, to- 


Aime IV, 18 juin 1887. 


Les Idéologues sont proprement le 
upe philosophique et politique dont 
# principaux représentants étaient 
‘Destutt de Tracy, Cabanis, Volney, 
‘ÿarat, Daunou. 
: Destutt de Tracy disait Jdéologiste ; 
le mot Îdéologue paraît avoir été créé 
ns un esprit de dénigrement (Naro- 
#ÉON, CHATEAUBRIAND). Voir PICAVET, 
Les Idéologues, 1'e partie. 
“ B. Au sens péjoratif, analyse ou dis- 
eussion creuses d'idées abstraites, qui 
ge correspondent pas aux faits réels. 
Le mot Jdéologue se prend aussi 
fans ce sens; voir ci-dessus. 
#.C. Doctrine qui inspire ou paraît 
isspirer un gouvernement ou un parti. 
: D. Pensée théorique qui croit se dé- 
velopper abstraitement sur ses pro- 
pres données, mais qui est en réalité 


IDÉO-MOTRICE 











l'expression de faits sociaux, particu- 
lièrement de faits économiques, dont 
celui qui la construit n’a pas conscience, 
ou du moins dont il ne se rend pas 
compte qu’ils déterminent sa pensée. 
Très usuel en ce sens dans le marxisme. 
Voir Observations ci-dessous. 


Rad. int. : A. Ideologi. 


IDÉOLOGIQUE, D. Ideologisch ; E. 
Ideological ; 1. Ideologico. 

A. Qui appartient à l'idéologie. 

B. Spécialement : « L’explication 
idéologique », en sociologie, est celle 
qui met en cause des idées et non des 
faits matériels. L'expression vient de 
K. Manx, qui appelait idéologique \par 
opposition aux faits économiques) tout 
ce qui est représentation ou croyan- 
ce, systèmes philosophiques ou reli- 
gieux. Voir /déologie C et Observations. 

Rad. int. : Ideologi. 


IDÉO-MOTRICE (force), E. Mouor- 
Idea (Bain). Voir Idées* forces. 


: Sur Idéologie. — Article complété d’après des documents envoyés par F. Mentré 
à G. Beaulavon. Le sens C a été introduit à la suite d’une remarque pénétrante 


de M. Weidlé. 


«: Le sens D a été ajouté dans la 6€ édition d’après les indications de \. Marsal, 


qai nous communique les textes suivants : 


« L’idéologie est un processus que le 





Sur Identité (Principe d’). — Le sens physique, donné par E. MEYERSON à 
cette expression est rare ; et chez lui-même, on ne le rencontre fréquemment que 
dans son premier ouvrage, Identité et Réalité ; p. ex., ch. 1, p. 32 : « Il est facile 
d'établir la liaison entre la notion du rationnel et celle de la persistance à travers 
le temps. Le principe d'identité est la véritable essence de la logique, le vrai 
moule où l’homme coule sa pensée. » P. 33 : « Le principe de causalité n’est que le 
principe d'identité appliqué au temps. » Cf. pp. 365, 370, 378-79, 390, 401, etc. 
L'Explication dans les Sciences en fait peu d’usage, et la prend en un sens bien 
p'us restreint. 

Il le rapporte à Sptr, et en donne comme référence Pensée et Réalité, 1876, 
p. 327-328. (Identité et Réalité, p. 360.) Il faut toutefois remarquer que chez Spir 
le principe d'identité n’a pas avec la réalité le même rapport que chez Meyerson- 
Il l’énonce : « Le concept du réel ne diffère pas du concept de l’identique avec 
soi-même. » Jbid., livre II, ch. 11, $ 2. Mais il en conclut que seul l’ « inconditionné 
ou « absolu ; est réel, que le monde sensible est une apparence ; et s’il admet 
que « le principe de causalité s’en déduit », c'est en ce sens que dans le monde 
phénoménal cet absolu s’exprime exclusivement dans les lois, seules identiques à 
elles-mêmes. Jbid., 1re partie, livre III, ch. 1, $ 4. 


œi-disant penseur accomplit bien avec conscience, mais avec une conscience 
mussée. Les forces motrices qui le meuvent lui restent inconnues, sinon ce ne 
særait point un processus idéologique. Aussi s’imagine-t-il des forces motrices 
fausses ou apparentes. Du fait que c’est un processus intellectuel, il en décrit le 
Contenu ainsi que la forme de la pensée pure, soit de sa propre pensée, soit de 
œælle de ses prédécesseurs ; il travaille avec la seule documentation intellectuelle, 
qu'il prend sans la regarder de près comme émanant de la pensée, et sans l’étudier 
davantage dans un processus plus lointain et indépendant de la pensée. » ENGELS, 
Lettre à Mehring, 14 juillet 1893. « … une idéologie, c’est-à-dire un ensemble d'idées 
Vivant d’une vie indépendante et uniquement soumis à ses propres lois. Le fait 
Que les conditions d'existence matérielle des hommes, dans le cerveau desquels 
8 poursuit ce processus idéologique, déterminent en dernière analyse le cours de 
%Æ Processus, ce fait reste entièrement ignoré d’eux, sinon c’en serait fini de toute 

éologie. » EnceL.s, Ludwig Feuerbach. Cf. le titre et le contenu de l'ouvrage de 
Marx, Deutsche Idéologie. 


Sur Idéo-motrice (Force). — D’après W. JAMES (Textbook of psychology, 423), 
enter serait le premier qui ait employé l’expression ideo-motor action, en 
OpPosant à la volitional action (Mental physiol., II, ch. xtv, p. 557). Cet ouvrage 
te de 1874 : mais il faut remarquer que, sinon le mot, du moins l’idée, se trouve 
qottement dans la Psychologie rationnelle de RENOUVIER (1'e édition, 1859) qui 
4 rattache lui-même à une remarque de Cabanis. Voir Vertige* mental. 


P 


ii 


IDIOLOGIE 





__460 





IDIOLOGIE, (S). 


IDIOSYNCRASIE, du G. ’Iétoouyxpa- 
ox; D. Idiosyncrasie ; E. Idiosyncrasy, 
Idiocrasy ; 1. Idiosincrasia, Idiocrasia. 

A. Sens étymologique : l’ensemble 
des éléments dont la combinaison cons- 
titue le tempérament et le caractère 
individuels. 

B. Une particularité psychologique 
saillante chez un individu. 

Rad. int. : A. Idiosinkrasi ; B. Idio- 
krasi. 


IDIOT, D. Blüdsinnig; E. Idiot; 
L Idiota. 

Au point de vue psychologique, 
l’idiot est essentiellement, comme l’im- 
bécile, un faible d'esprit. Mais ils for- 
ment deux types de caractères très 
différents : l’idiot est en général lent, 
hébété, de sens obtus, dépourvu d’at- 
tention, sans imagination, sans initia- 
tive, sédentaire, souvent timide ; peu 
suggestible, mais obéissant et régulier ; 
au point de vue des sentiments, capable 
d’attachement, de reconnaissance et de 
pitié, plus accessible à la douceur que 
sensible à la crainte; — l’imbécile a 
l’imagination désordonnée, les associa- 
tions rapides et incohérentes, l’atten- 
tion éveillée, mais instable ; malgré son 
évidente incapacité à réussir ou même 
à achever ce qu’il fait, il garde une 
haute opinion de lui-même ; il aime à 
réclamer et à se targuer de ses droits ; 
il est rebelle au travail, entreprenant 
pour les choses inutiles ou malfaisantes, 
impulsif, indiscipliné, vagabond; il est 
fier de se montrer désobligeant ou gros- 
sier. Sa suggestibilité est grande, mais 
spécialisée ; il est peu sensible aux bons 
traitements, beaucoup à la menace et 
surtout à la flatterie. 


L'idiot se distingue, en outre, de 
l’imbécile en ce qu’il présente généra. 
lement, au point de vue physique, des 
infirmités, très rares chez ce dernier . 
cécité, surdité, strabisme, bégaiement 
hémiplégie, contractures, gâtisme, goi. 
tre, etc. — La microcéphalie se ren. 
contre chez l’un et chez l’autre. 

D'une façon générale, on peut dire 
que l’idiot est essentiellement incom- 
plet et arrêté, qu'il est « extra-social »: 
et que l’imbécile est développé, mais 
d’une façon anormale et dans un sens 
malfaisant, qu’il est « antisocial » 
(Résumé de SoLLier, Psychologie de 
l’idiot et de l’imbécile, 1891.) 

Au point de vue légal : « L’idiotie 
est distincte de la folie, à laquelle se 
rattache au contraire la démence. » 
Répertoire général de droit français, par 
Fuzac, HERMANN, CARPENTIER, etc., 
Vo Aliéné, n° 613. 


« Ydiotisme moral », distingué par 
Guyau de la Folie morale* proprement 
dite (Éducation et hérédité, ch. n, $ 4, 
p. 69). Cette dernière ne consiste, selon 
lui, que dans les impulsions anormales, 
analogues à la dipsomanie, kleptoma- 
nie, etc. ; l’idiotisme moral serait l’ab- 
sence totale ou l’atrophie des impul- 
sions altruistes, sociales, esthétiques 
Il paraît être identique à la cécité morale 
de RiBor. 

Rad. int. : Idiot. 


« IDOLES », L. Zdola. (Bacon.) 

Bacon appelle ainsi les classes d’er- 
reurs les plus générales et les plus 
profondément invétérées, contre la ré- 
sistance ou l'influence desquelles il est 
nécessaire de se prémunir par avance 
si l’on veut accomplir l’œuvre d’ins- 





unis 


Sur Idiot. — R. Eucken a rappelé que l’étymologie de ce mot est trne (simple 
particulier), et fait remarquer qu’il y aurait intérêt à savoir comment ce terme a pu 
prendre le sens moderne. Nous n’avons pas trouvé de documents sur ce sujet. 
faut d’ailleurs rappeler que par principe, nous ne faisons ici l’historique des termes 
que dans la mesure où leur histoire est utile pour la détermination et la critique de 
leur sens actuel, ce qui ne paraît pas être le cas pour le terme dont il s’agit. (A. L.) 







| “gauration des sciences (Novum Orga- 


sum, I, 38 : 
“gh. 1V, $ 8-10). 
- elmponuntur autem intellectui idola, 
“eut per naturam ipsam generis humani 
generalem, aut per naturam cujusque 
individualem, aut per verba, sive natu- 
gam communicativam. Primum genus 
édola tribus, secundum idola specus, 
tertium idola fori vocare consuevimus. 
# Est et quartum genus, quod idola 
teatri appellamus, atque superinduc- 
tum est a pravis theoriis sive philoso- 
phiis et perversis legibus demonstra- 
tionum. » De dignitate, V, IV, 8. 
Suivent des exemples de quelques- 
snes d’entre elles : 

Idola tribus, ayant pour cause la 
tendance à ne tenir compte que des 
cas favorables ; la tendance à croire le 
monde plus simple et plus uniforme 
qu'il n’est en réalité ; — dans le Novum 
Organum, la subjectivité des sensa- 
Gons : « Omnes perceptiones sunt ex 
analogia hominis, non ex analogia uni- 
versi. » (I, 41.) 

Idola specus (du nom de la Caverne 
de PLATON, République, 1. VII; mais 
eh un sens plus spécialement indivi- 
dualiste). Point d'exemple dans le De 
Dignitate. Dans le Novum Organum : 
érreurs ayant pour cause le tempéra- 
ment, l’éducation, le milieu, l'esprit 
analyse ou celui d’analogie, l’auto- 
rité, l’état de repos ou d’agitation 
Préalable des sentiments (I, 42. — I, 
58-58). 

Tdola fori, ayant pour cause l’origine 
Populaire du langage, et le caractère 
#uperficiel des divisions sur lesquelles 
ll est fondé ; le manque de mots pour 
qui n'a pas encore été étudié ; 
l'existence de mots qui donnent une 
apparence de réalité à des chimères, 


———————— 


De Dignitate, livre V, 


ILIACE 


ou à des idées confuses et contradic- 
toires ; l’indétermination et les équi- 
voques du sens des termes (Nov. Org., 
I, 44, 59-60). 

Idola theatri : la philosophie sophis- 
tique (— verbale, expliquant le réel 
par des abstractions) ; la philosophie 
empirique, l’alchimie ; la philosophie 
superstitieuse, l'interprétation physi- 
que de la Genèse et du livre de Job 
(Nov. Org., I, 61-65). 


IDONÉISME, (S). 


« IGNORABIMUS », formule par 
laquelle E. DuBois-REYMmonD résume 
les conclusions de son opuscule : Über 
die Grenzen des Naturerkennens! (1872). 

Il veut opposer par là, à l’ « igno- 
ramus » du savant, toujours provisoire 
en ce qui concerne les problèmes d’ordre 
matériel (die Räthsel der Kôrperwelt}?, 
l’ignorance définitive du métaphysicien 
sur la nature de la matière et de la 
force, et sur leur rapport avec la pen- 
sée. Ce mot, resté usuel, est devenu 
pour ainsi dire la devise de l’agnosti- 
cisme*. 


IGNORANCE, D. Unwissenheit ; E. 
Ignorance ; 1. Ignoranza. 

Absence de connaissance* (particu- 
lièrement au sens À de ce mot). Il est 
usuel d’opposer l'ignorance, qui n’af- 
firme rien, à l’erreur* qui affirme à 
tort. 


Ignorance du sujet, voir Elenchus*, 
sophisme /gnoratio elenchi. 


Iliace, voir Amabimus*. 


1. Sur les limites des sciences de la nature. — 
2. Mot à mot : « les énigmes du monde des corps.» 


Sur Idoles. — Pour Bacon, les idoles s'opposent aux idées, comme nos 
inations à ce que les choses sont réellement, pour l'esprit divin. En employant 
pour « fausse apparence », Bacon a sans doute l'intention de rappeler à 
l'esprit le sens de « faux-dieu ». — Hobbes a conservé cet usage ; pour lui aussi 
We idole est une fausse idée. (C. C. J. Webb.) 


LALANDE, — YOGAB. PHIL. 


17 





ILLATION 








« ILLATION », synonyme vieilli d’in- 
férence* ; par exemple, chez LEIBNIZ, 
8° écrit contre Clarke, $ 6 (Éd. Janet, 
1, 743). — J1 faut remarquer que les 
mots anglais üllation, illative, sont au 
contraire restés très usuels. 


ILLOGIQUE, voir Logique*, Alogi- 
que*. — Illogique, qui est un mot de la 
langue courante, pourrait être considéré 
comme un genre dont l’alogique et 
l’'antilogique seraient les espèces. 


ILLUMINÉ, D. Illuminat; — E. 
« Illuminé », Illuminist ; au pluriel on 
dit aussi « Zlluminati » ; — I. Illumi- 
nato. — Voir réserves ci-dessous. 

En français, ce mot, quand il est 
employé sans spécification, désigne un 
mystique qui reçoit, ou croit recevoir 
des inspirations directes de Dieu 
LiTTRÉ l’applique notamment aux dis- 
ciples de Saint-Martin et de Sweden- 
borg ; — il est souvent employé, par 
extension, dans le langage courant, 
d’une manière péjorative : esprit sans 
critique, qui suit aveuglément ses ins- 
pirations, ou qui prend ce qu'il imagine 
pour des intuitions révélatrices. Voir 
p. ex. VoLTAIRE, Lettres philos., XXV. 

Mais les équivalents étrangers cités 
plus haut se rapportent tantôt à ce 
même sens, tantôt au contraire aux 
partisans des « lumières », aux philo- 
sophes qui se sont appliqués, au xvure, 
et surtout au x vire siècle, à « combattre 
l'ignorance et la superstition ». Joseph 
DE MaIsTRE (Soirées de Saint-Péters- 
bourg, XIe entretien) fait d’abord op- 
poser ces deux sens par l’un des inter- 
locuteurs, mais revient ensuite sur cette 
distinction, pour déclarer qu’au fond, 





462 


ce n’est pas sans motif qu’on les désigne 
du même nom, car les mystiques, à la 
manière de Saint-Martin, ne sont Pas 
moins que les partisans des « lumières , 
des ennemis de l’Église et du sacerdoce. 
— Cf. Illuminisme*. 

Rad. int. : Illuminat. 


ILLUMINISME, D. Jluminismus ; E. 
Illuminism ; I. Illuminismo. (Le dic- 
tionnaire de RanzoLi1 ne donne à ce 
mot que le sens B.) 

A. Doctrine de ceux qui croient à 
P «illumination » intérieure : voir ci- 
dessus, Illuminé*. En particulier doc- 
trines de SwWEDENBORG, de Claude DE 
SAINT-MARTIN, de MARTINEZ PASQUA- 
LIS. 

SCHOPENHAUER, prenant le mot en 
un sens plus large, remarque que la 
philosophie a oscillé de tout temps, 
« zwischen Rationalismus und Jllumi- 
nismus, d. h. zwischen dem Gebrauch 
der objektiven und dem der subjektiven 
Erkenntnissquelle!. » Parerga, tome II, 
ch. 1 : « Über Philosophie und ihre 
Methode? », $ 10. L’illuminisme, dit-il, 
a pour organon la lumière intérieure : 
l'intuition intellectuelle, de la cons- 
cience supérieure fhôheres Bewusst- 
sein), de la raison en tant que connais- 
sance immédiate, de la conscience de 
Dieu, de la communion (Unifika- 
tion), etc. Quand il prend pour base 
une religion, il devient le mysticisme. 
C’est une tendance naturelle et primi- 
tive de la pensée humaine. Mais on 


1... entre le rafionalisme et l'illuminisme,o'est-à-dire 
entre l'usage de la source objective et de la source 
subjective de la connaissance. » — 2. « Sur la philosophie 
et ga méthode. » — Ce texte et celui de Joseph de 
Maistre, nous ont été signalés par J. Bourdeau, en 
même temps que l'absence et l'utilité de cet article. 





Sur Illuminé et Illuminisme. — Mme DE STAËL, De l'Allemagne, &e partie, 





Ë a'en peut faire une méthode philoso- 


phique, car les connaissances qu’il 
invoque ne sont pas communicables. 

- B. Synonyme de « philosophie des 
famières ». Ne se dit, en ce sens, en 
français, que du mouvement des « Illu- 
minés de Bavière », société secrète 
fondée en 1776 par Adam WEISHAUPT, 
et appelée d’abord société des « Perfec- 
tibilistes », plus tard affiliée à la franc- 
maçonnerie. Voir le passage de Joseph 
de Maistre cité à l’article Zlluminé*, et 
ke texte de Mme de Staël dans les 
Observations ci-dessous. Cf. ce qu’elle 
dit dans le même chapitre de la franc- 
maçonnerie. 

Rad. int. : Iluminism. 


ILLUSION 


ILLUSION, D. Illusion, Täuschung ; 
E. Illusion ; I. Illusione. 

A. Toute erreur, soit de perception, 
soit de jugement ou de raisonnement, 
pourvu qu'elle puisse être considérée 
comme naturelle, en ce que celui qui 
la commet est trompé par une appa- 
rence*, au sens B de ce mot. 

B. Spécialement (opposée à halluci- 
nation*) : fausse présentation prove- 
nant, non des données mêmes de la 
sensation, mais de la manière dont 
s’est faite l'interprétation perceptive 
de celle-ci. Ex. : Percevoir comme brisé 
un bâton à demi plongé dans l'eau; 
prendre un insecte qui vole près de 


Ch. vin, distingue « trois classes d’illuminés » : les illuminés mystiques (Boehme, 
Pasqualis, Saint-Martin) ; les illuminés visionnaires (Swedenborg) ; enfin « des 
hommes qui n’avaient pour but que de s'emparer de l'autorité dans tous les 
États, et de se faire donner des places ont pris le nom d’illuminés ; leur chef 
était un Bavarois, Weisshaupt (sic), homme d’un esprit supérieur et qui avait très 
bien senti toute la puissance qu’on pouvait acquérir en réunissant les forces 
éparses des individus et en les dirigeant toutes vers un même but. » 


l'œil pour un grand oiseau éloigné, etc. 





Sur Illusion. — En psychologie même on distingue plusieurs sortes d'illusions : 
ls illusions naturelles et les illusions des perceptions acquises : il y a une différence 
eatre l'illusion du daltonien par exemple, et l'illusion de Müller-Lyer. (F. Mentré.) 
— On ne doit pas parler d’illusion dans le cas du daltonien : c’est un emploi 
impropre de ce mot. L’anomalie du daltonien ne serait une « illusion > que si la 
œuleur était une réalité physique. De même pour l’achromatopsie, la surdité 
fonale, etc. (J. Lachelier, E. Halévy, L. Brunschvieg, etc. — Approuvé à la 
sance du 2 juillet 1908.) 

Cet article a été retouché, dans la quatrième édition du Vocabulaire et dans 
celle-ci, d’après les observations de M. Marsal, qui cite, le texte suivant de 
LaGneau : « Les illusions des sens sont des manières de percevoir qui sont fausses 
œulement en ce sens qu’elles nous représentent l’objet de notre perception d’une 
manière qui n’est pas conforme à la manière normale de percevoir. Ce n’est pas 
qe cette manière normale de percevoir soit nécessairement vraie, ou même puisse 
jamais être vraie. La perception dans son ensemble n’est qu’une manière subjective 
de voir les choses et les idées. C’est une illusion de croire qu’il y a une manière 
idéale de percevoir dans laquelle s’accorderaient tous les esprits. Mais si nous ne 
Sncevons pas une manière idéale de percevoir, nous concevons cependant qu'il 
® existe qui sont meilleures que d’autres!. C’est ce qui permet de distinguer 
les illusions des sens de l'erreur proprement dite. Une erreur, c’est un jugement 
Gbjectivement faux par lequel nous affirmons que quelque chose existe avec 
telle nature déterminée, alors que l’objet n'existe pas ou ne possède pas cette 
Rature. Il n’y a véritablement erreur que dans la connaissance abstraite propre- 
ment dite. L'erreur ne vient que du raisonnement. Le propre de l'erreur est de 
Pouvoir être réfutée par l'expérience et le raisonnement. Les illusions des sens 

Peuvent pas être réfutées ainsi ; ce sont seulement des manières de percevoir 
Qui ne sont pas normales. D’ailleurs même les manières normales de percevoir 
Sont des illusions, … etc. » J. LAGNEAU, Célèbres Leçons, p. 161-162. 

. € Toute l’unité de ce concept, ajoute M. Marsal, réside dans un jugement de 
*éeur implicite, peut-être un simple état affectif, une déception. Comme l’étymo- 
————— 


el « &i, l'on me demandait quelen est le criterium je dirais, personnellement : elle est d'autant meilleure qu'elle 
ue des données subjectives hétérogènes en plus grand nombre. Le monstre qui naîtrait avec nn sens snpplé- 
re, à l'intelligence égale, aurait une meilleure perception. » Note de M. M. Marsal. 


ILLUSION 





464 





Illusion des amputés. — Impression 
souvent éprouvée par les amputés qui 
consiste à sentir le bras ou la jambe 
qu’ils n’ont plus placés dans telle ou 
telle position, à y percevoir des four- 
millements, de la chaleur, des dou- 
leurs, etc. Cette impression s'impose 
dans bien des cas avec tant de netteté 
que la réflexion, tout en la jugeant 
erronée, ne peut la faire disparaître. 
— Il faut bien remarquer que ce qui 
est qualifié d’illusoire, dans ce cas, 
n’est pas la sensation ou la douleur, 
mais la localisation de son origine dans 
le membre perdu. 

Rad. int. : Iluzion. 


IMAGE, D. A. Bild ; B. Vorstellung ; 
E. Image ; L Imagine. 
A. Reproduction, soit concrète, soit 


—— 


mentale, de ce qui a été perçu par la 
vue (avec ou sans combinaison nou. 
velle des éléments qui composent cette 
image). « L'enseignement par l’image. , 
— « Le sens de la vue fournit seul des 
images. » VOLTAIRE, Dict. philos., Vo 
Imagination. Cf. Idée*. 

B. Répétition mentale, généralement 
affaiblie, d’une sensation* (ou plus 
exactement d’une perception*) précé. 
demment éprouvée. « On pourra em- 
ployer divers termes pour l’exprimer, 
dire qu’elle est un arrière-goût, un 
écho, un simulacre, un fantôme, une 
image de la sensation primitive ; peu 
importe : toutes ces comparaisons si- 
gnifient qu'après une sensation provo- 
quée par le dehors et non spontanée, 
nous trouvons en nous un second évé- 
nement correspondant, non provoqué 








: 865 


D 


4 


par le dehors, spontané, semblable à 


cette même sensation, quoique moins 
fort, accompagné des mêmes émotions, 
agréable ou déplaisant à un degré 
moindre, suivi des mêmes jugements, 
et non de tous. La sensation se répète, 
quoique moins distincte, moins éner- 
gique et privée de plusieurs de ses 
alentours. »n TAINE, De l’Intelligence, 
livre II : « Les Images », ch. 1, $ 1. 

C. Représentation concrète cons- 
truite par l’activité de l'esprit ; combi- 
naisons nouvelles par leurs formes, 
sinon par leurs éléments, qui résultent 
de l’imagination* créatrice. 

En particulier, représentation con- 
crète servant à illustrer une idée abs- 
traite. 

D. Par suite de l’analogie des ima- 
ges B avec les perceptions, et de 
l'impossibilité de les distinguer intrin- 
sèquement dans certains cas, on a 


souvent étendu le mot image à toute 
présentation ou représentation sensi- 
ble. « Nous allons feindre pour un 
instant que nous ne connaissions rien 
des théories de la matière et des théo- 
ries de l’esprit, rien des discussions sur 
la réalité ou l’idéalité du monde exté- 
rieur. Me voici donc en présence d’ima- 
ges, au sens le plus vague où l’on puisse 
prendre ce mot, images perçues quand 
j'ouvre mes sens, inaperçues quand je 
les ferme. Toutes ces images agissent 
et réagissent les unes sur les autres 
dans toutes leurs parties élémentaires 
selon des lois constantes, que j’appelle 
les lois de la nature... » BERGSON, Ma- 
tière et mémoire, Ch. 1, p. 1. 


REMARQUE 


Le mot imago se trouve déjà dans 
Bacon avec ce double sens : « Indivi- 
duorum imagines, sives impressiones a 


logie l'indique, dans l'illusion tout se passe comme si un malin génie nous tendait 
un piège et se jouait de nous. Sans doute nous sommes coupables d’y tomber, 
mais nous sommes victimes avant d’être coupables : on nous accorde les circons- 
tances atténuantes. Dans la mesure où le daltonien ne serait que victime, on doit 
répondre à M. Mentré que son erreur ne peut être qualifiée d’illusion, sinon par 
référence à un type normal de perception, substitué à celle du daltonien. Si lPillu- 
sion est fréquente, elle semble normale, elle perd son caractère d’illusion. » 

Je suis entièrement d’accord sur ces remarques en tant qu’elles font ressortir 
avec force le caractère appréciatif du mot illusiont. Il me semble cependant 
qu’il y aurait lieu d’ajouter les précisions suivantes : 1° On n’est pas coupable d’être 
trompé par une illusion, à moins qu’on n’ait pas tenu compte, par négligence ou 
par suffisance, des avertissements qu’on avait reçus, ou bien encore qu’on « se 
soit fait des illusions » en écartant de son esprit, pour des raisons affectives, ce 
qui aurait pu les rectifier. — 2° En parlant de la critique de « réalités physiques », 
nous entendons ce que la langue courante, et les physiciens qui ne font point de 
philosophie entendent par des « choses réelles », réalités qui sont l’expression de 
l’état actuel de nos connaissances, et non des choses en soi indépendantes de 
celle-ci. — 3% En ce sens, la « réalité » ne s’identifie pas entièrement avec la percep- 
tion normale, au sens C, c’est-à-dire avec la perception la plus générale : il est 
normal, il est même constant, de voir coudé, par réfraction, un bâton qui est droit 
« en réalité » ; cependant c’est le type classique de l'illusion sensorielle. (A. L.) 


Sur Image. — Chez HogBes, ce terme est d’un usage très fréquent, et très 
étendu. Il en donne notamment une explication terminologique détaillée dans le 
Léviathan, IV, ch. xzv (éd. Molesworth, t. III, 648-650). Voir aussi Elements of 
Law, éd. Tonnies, p. ex. part I, ch. 11 : « … for by sight we have a conception 
or image composed of colours of figure? ». Le sens équivaut toujours au sens 


1. On peut remarquer d'ailleurs qu'illusion dans La langue courante et mème daas les discussions philosophiques, 
est souvent employé par politesse au lieu d'erreur, — 2. «.. car, par la vue, nous avons uoe conception Où À 
composée de couleurs, ou figure. » (Eléments de droit.) 


général du mot allemand Vorstellung et comprend : 1° les images actuelles des 
sens ; 2° celles de la mémoire imaginative ; 3° celles de l'imagination proprement 
dite. (F. Tônnies.) 

L'extension du mot image à des sensations ou des groupes de sensations autres 
que celles de la vue est toute moderne ; on verra plus bas que, même actuellement, 
cet usage n’est pas universellement approuvé. 

Dans La Parole intérieure (1:° édition, 1881), V. Eccer appliquait ce terme 
à la représentation interne du langage. Mais avant de s’v résoudre, il avait hésité : 
« Les psychologues, disait-il, n’ont pu s'entendre jusqu’à présent pour désigner 
par une locution simple et désormais consacrée la reproduction, avec ou sans 
changement, des diverses sensations ou des groupes qu’elles forment naturelle- 
ment. » (Ch. 1v, $ 5.) Cette hésitation fut nettement blämée dans les comptes 
rendus critiques de BrocHArDp (Revue philosophique, avril 1882) et de DELBŒUF 
(Achenæum belge, 127 nov. 1882.) « Personne, disait ce dernier, ne partagera les 
scrupules méticuleux de M. Eccer à l'égard du mot image, qui est le terme 
Propre ; peu importe... que le vulgaire l’applique spécialement à des sensations 
Visuelles. » 

ReNouvier, au contraire, écrivit à ce propos : « Quant à moi, si j'avais à voter 
Sur cette question de terminologie dans un congrès de philosophie (dont je ne 
demande pas la réunion}, je voudrais exclure ici le mot image, comme trop bien 
APProprié à une espèce très déterminée de phénomènes pour qu’on doive le trans- 
Porter à une autre toute différente, dans une bonne nomenclature. » Il propose 
donc : reproduction visuelle (ëmagination proprement dite}, reproduction audi- 
tive, etc. (Critique philosophique, 19 août 1882). — Mais, un an après, son 

iple, M. PizLon adhérait à la généralisation du mot image : « Chaque espèce 
de sensation laisse dans la mémoire une espèce d’idée ou d’image correspondante... 

ai perçu tout à l'heure un son : j’en entends une sorte d’écho dans ma mémoire. 
t écho mental, où se reproduit le son avec ses caractères, peut être appelé par 


Ré 





IMAGE 466 


sensu exceptae, figuntur in memoria 
atque abeunt in eam, a principio tan- 
quam integrae, eodem quo occurrunt 
modo ; eas postea recolit et ruminat 
anima humana, quas deinceps aut sim- 
pliciter recenset, aut lusu quodam imi- 
tatur aut componendo et dividendo 
digerit. » De dignit., livre II, ch. 1, $ 5. 
Ce terme n’est pourtant devenu tech- 
nique que très tard : voir Observations. 
Il est relativement rare dans MaLe- Images consécutives, voir Consécu. 
BRANCHE (voir Recherche de la Vérité, | tives. 
livre II : De l'imagination) : dans les 
cas où nous l’emploierions, il dit pres- 
que toujours « traces », ou « vestiges », 
quelquefois « idées » (notamment 
1re partie, ch. v), rarement « espèces » ; 
quand image est employé, c’est d’ordi- 
naire conjointement avec « traces » 
ou « vestiges » afin d'en préciser le 
sens : il entend par là le dessin même | classe d'objets. « Ce terme est emprunté 
que grave dans le cerveau le cours | aux travaux bien connus de GALTON 
des esprits. Voir notamment 1f€ partie, | sur les photographies composites. 
ch. 1, $ 3. Cf. Idée*, Observations. Huxzey, dans son livre sur Hume, 
Le sens psychologique du mot n’est | ch. 1v, me paraît être le premier qui 
même pas mentionné dans l’article | l’ait transporté dans la psychologie. 
Image de l’EncycLoPéDie, bien qu'il | Au lieu du terme images génériques, 


figure plusieurs fois au cours de l’ar. 
ticle Zmagination ; mais, même là, il 
est pris au sens usuel, car les images 
dont il est question sont exclusivement 
attribuées au sens de la vue (561 A). 
Il en est de même dans le Dictionnaire 
de Franck, où le mot n’est employé 
qu’au sens littéraire (expression con- 
crête, symbole d’une idée artistique), 


Idées-images, voir /dées. 


Image générique. Par opposition au 
concept proprement dit, représentation 
mentale concrète, mais dont certains 
éléments sont assez indéterminés pour 
qu’elle puisse convenir à toute une 





figure une image sonore ou auditive, etc. » (Critique philosophique, 18 août 1883). 
Mais on remarquera encore dans ce passage l’expression « par figure » qui souligne 
la nouveauté de l'usage. 

{D'après des documents communiqués par V. Egser.) 

Cet usage paraît aujourd’hui presque universellement adopté en France. Il a 
été cependant désapprouvé, mais d’un point de vue un peu différent, par J. Lache- 
er, qui nous écrivait : « Rien de plus légitime que l’emploi du mot image pour 
signifier la représentation purement interne d’un objet antérieurement perçu. 
Ce qui me paraît abus de langage chez M. Taine, c’est d’avoir parlé de l’image 
d'une sensation. Y a-t-il même en nous reproduction, sous quelque nom que ce 
soit, de sensations isolées ? Nous pouvons peut-être, et à grand-peine, réveiller en 
nous une ancienne sensation de saveur ou d’odeur ; de son, plus facilement, quand 
nous nous chantons tout bas un air à nous-mêmes ; de couleur, sans forme colorée, 
comme un éclair peut être, mais bien rarement ; de chaud, de froid, de dureté, etc., 
peut-être aussi, mais faiblement. Nous ne cessons au contraire de nous représenter 
intérieurement, et nous nous représentons souvent avec une extrême vivacité 
des objets visibles, et là, le mot image s'applique parfaitement. » 

H y a lieu de remarquer cependant que la prédominance des images visuelles, 
quoique fréquente, n’est pas universelle. Quelques personnes n’ont pour ainsi dire 
pas d'images visuelles, si ce n’est au moment de s’endormir ou dans le rêve; 
et par contre, chez elles, les représentations auditives ou motrices, quelquefois 


les représentations affectives, tiennent la première place en fréquence et €n 
intensité. (A. L.) 


‘sntre le « percept » au-dessous et le 





IMITATION 


omANES emploie le mot « recept » 


de l’imitation, 1890 ; La logique sociale, 
ur marquer leur place intermédiaire 


1895) et de BazrwiN en Amérique 
(Mental development in the Child and 
« concept » au-dessus. » R1BOT, Évolu- | the Race!, 1895: Social and Ethical 
sion des idées générales, ch. 1, p. 15. interpretations in mental development, 
… Rad. int. : À. Imaj ; B. Prizenta]. 1897). 
# Psycnozocie. Au sens le plus large, 
.… IMAGINATION, D. Einbildungskraft, | tout phénomène psychique, conscient 
Phantasie, l’un et l’autre dans les deux | ou non, ayant pour caractère de repro- 
æns (voir les exemples cités par Eis- | duire un phénomène psychique anté- 
a8r) ; E. Imagination ; I. Immagina- | rieur. BazDwiN, dans l’article très com- 
aione. plet qu’il consacre à ce sujet (Dictio- 
#. À. Faculté de former des images, | nary, 1, 519-520) distingue entre autres 
aux sens À et B de ce mot. On dit | les expressions suivantes : 
æuvent en ce sens : imagination repro- Imitation consciente, celui qui imite 
ductrice Où mémoire imaginative. sait qu'il imite. 
::B,. Faculté de combiner des images Suggestion imitative, celui qui imite 
a tableaux ou en successions, qui imi- | n'a pas conscience d'’imiter ; il n’y a 
tent les faits de la nature, mais qui ne | imitation que pour un spectateur. 
présentent rien de réel ni d’existant. Imitation plastique. « The subscon- 
4Réveries, œuvres d’art, etc.) On dit | cious conformity to types of thought 
#“ ce sens /magination créatrice, ou | and actions, as in crowds. » Ce cas 
elquefois — pour éviter l'emploi du | paraît se ramener au précédent. 
mot « création » alors qu'il n’y a, au Self-imitation, ou imitation de soi- 
sens strict, qu’une combinaison nou- | même par soi-même. (Cf. aussi TARDE, 
velle d’images — imagination nova- | Lois de l'imitation, ch. 1v.) 
æice (V. EccEr). Imitation simple et imitation persévé- 
.. Noir Fantaisie*. rante (persistent) la première se faisant 
Rad, int. : Imagin. du premier coup, la seconde exigeant 
des efforts répétés pour réussir. 
Imitation instinctive et imitation vo- 
lontaire. Cette distinction ne se confond 
pas avec la précédente : une imitation 
persévérante peut être soit volontaire 
(un homme qui apprend la prononcia- 
+ IMITATION, D. Nachahmung ; E. | tion d’une langue étrangère) soit ins- 
Æmitation ; 1. Imitazione. tinctive (un enfant qui commence à 
: Terme du langage usuel qui tend à | parler). 
Brendre actuellement une place impor- 
%ante dans la psychologie et la socio- 
logie, en particulier sous l'influence des 
travaux de TARDE en France (Les lois 


: IMBÉCILE, D. Schwachsinnig ; E. 
dmbecile ; I. Imbecile, Sciocco. 

… Voir Jdiot. (Différence de ces deux 
fermes). 


1. Le développement mental chez l'enfant et dans la race. 
— ©. Interprétations sociales et morales du développe- 
ment mental. — 3.4: La conformité subconsciente à des 
types de pensée et à des actions, comme dans les foules. » 


Sur Imagination. — Voir KanT, Critique de la Raison pure, A. 100-103 (sup- 
‘Primé dans la 2€ édition) et cf. le Schématisme (A. 140 : B. 179). (G. Dwelshauvers.) 
Il faut distinguer dans le sens A la faculté d’avoir des images d’une espèce 
inée de sensations (visuelles, motrices, tactiles, etc.), et la faculté d’avoir 
&roupes complexes d'images. Ces deux facultés ne sont pas toujours associées 
Chez les individus. (F. Mentré.) 
‘de crois qu’il faudrait résolument bannir le sens A et ne jamais définir l’ima. 
ation par la faculté de rappeler quoi que ce soit. (L. Boisse.) 


di 





IMITATION 468 


— 


ESTHÉTIQUE. Théorie de l'imitation, 
remontant à cette formule d'ARISTOTE 
que le principe de tous les arts est dans 
la utunois (Poétique, ch. 1, 1447 a-b) : 
classique dans l’antiquité (cf. SÉNè- 
QUE ; « Omnis ars naturæ imitatio est», 
Lettres à Lucilius, 1. 65, $ 2 (exemple 
d’une statue) ; — et jusque vers le mi- 
lieu du xvui® siècle : Voir BATTEUX, Les 
beaux-arts réduits ; un même principe, 
1747. —- Cf. Bascu, L'Esthétique de 
Kant, Introduction. 

La théorie de l’imitation a été reprise 
chez les contemporains par BALDwIN et 
Lipps dans un sens un peu différent. 

Rad. int. : Imit (Boirac). 


toutes deux à des conclusions rej. 
gieuses, mais qui diffèrent dans leur 
point de départ, dans leur orientation 
et dans leur formule finale. 

1° Thèse exposée par M. Maurice 
BLonDEL dans et à propos de son ou. 
vrage l'Action : « Étymologiquement 
et selon leur acception primitive, ;». 
manent et immanence désignent : à un 
point de vue statique, ce qui réside en 
quelque sujet d’une manière perma. 
nente et foncière ;, à un point de vue 
dynamique, ce qui procède d’un être 
comme l'expression de ce qu’il porte 
essentiellement en lui; et en même 
temps ce qui revient et s’incorpore à 
cet être, comme la satisfaction d’un 
besoin infus, comime la réponse atten- 
due ou cherchée à un appel intérieur, 
comme le complément d’un don initial 
et stimulateur. C’est donc l’opposé de 
ce qui est accidentel et extrinsèque, 
transitoire et transitif, simplement 


IMMANENCE, D. Immanenz; E. 
Immanence ; 1. Immanenza. 

Caractère de ce qui est immanent*. 

« Principe d’immanence. » On appli- 
que ce nom à deux thèses philoso- 
phiques contemporaines, aboutissant 


Sur Immanent, Immanence, etc. 

Origine de ces termes. R. Eucken pense que la première source de la distinction 
entre l’action immanente et l’action transitive, au sens scolastique, doit être 
cherchée dans ce passage d’ARISTOTE : « Td pèv Écxatov h xphotc, olov 8deuc à 
Bpaorç, xat oÙBèy yiyverar rapè Tabrnv Étepov &rrd tic Bbewe Épyov * x’ éviov DE Yiyve- 
tal rt, olov &nè <fic olxoSomixñs olxlx rap rhv olxoSéunatv. » Métaphysique, 1050824. 

L'origine même du mot immanens est ohscure. !mmaneo n’existe pas dans le 
atin classique. On trouve bien dans un passage de St AUGUSTIN immanere (au sens 
purement physique) : mais cet exemple est contesté, et quelques critiques lisent 
immanare (Du Cange, v°). 

Ce terme a peut-être été suggéré d’abord par le passage suivant de la 1re épître 
de St JEAN : « Si diligamus invicem, Deus in nobis manet, et charitas ejus in nobis 
perfecta est. In hoc cognoscimus quoniam in eo manemus, et ipse in nobis, quoniam 
de spiritu suo dedit nobis. » (1v, 12-13.) On pourrait en rapprocher tous les passages 
de St Pau où il est dit que le Christ, ou l’Esprit-Saint, vivent en nous. —- S'il en 
était ainsi, le sens B d’immanent, qui paraît de nos jours un peu lâche et abusif, 
serait au contraire le sens primitif, passé par le développement de la scolastique 
à un usage plus technique. Mais ce n’est là qu’une hypothèse. (A. L.) 


Sur le sens B du mot « Immanent », 

L’immanence est le caractère de l’activité qui trouve dans le sujet où elle réside 
non pas sans doute tout le principe ou tout l’aliment, ou tout le terme de son 
déploiement, mais du moins un point de départ effectif et un aboutissement réel, 
quel que soit d’ailleurs l’entre-deux compris entre les extrémités de cette expansion 
et de cette réintégration finales. (M. Blondel.) 

Il y a plusieurs façons d’être immanent. La façon dont nous sommes immanent 
les uns aux autres par la solidarité n’est pas la même que celle dont telle propriété 











xtérieur ou définitivement extériorisé. 
« … En son sens normal et antérieur 
tout système particulier, le principe 


&d'immanence consiste dans cette affir- 


ation que St Thomas énonce sans 
striction aucune, puisque c’est même 
propos de l’ordre surnaturel qu'il la 


“formule : Nihil potest ordinari in finem 
“giquam, nisi praeexistat in ipso quae- 


#dam proportio ad finem. » (Quaest. disp. 
#XIV. De veritate, 11.) Je n’ai fait que 
itraduire cette vérité essentielle et uni- 
werselle en rappelant qu’en effet « rien 
se peut entrer en l’homme qui ne cor- 
gesponde en quelque façon à un besoin 
d'expansion », quelle que soit d’ailleurs 
#Porigine ou la nature de cet appétit. 
“{Cf. Lettre sur l’ Apologétique, p. 28.) 
L'expression méthode d’'immanence 
test née du reproche qu'avait d’abord 
“adressé à la thèse de l'Action la Revue 
“de métaphysique (supplément de no. 
“æembre 1893) et de la réponse que j'ai 


IMMANENCE 


été amené à y faire, en montrant que, 
loin de m'’établir d'emblée dans une 
transcendance ruineuse pour la philo- 
sophie, je m'étais placé en pleine réa- 
lité concrète, en pleine « immanence », 
antérieurement à toute vue systéma- 
tique, à tout principe arrêté. Et cette 
démarche d’une pensée qui veut sim- 
plement user de tout ce qu’elle porte 
en elle est si loin d’aboutir à un « im- 
manentisme » du’elle engendre iné- 
luctablement une attitude toute con- 
traire. » (Extrait des notes envoyées par 
M. BLonpeL sur l’épreuve du présent 
article. Voir le reste aux Observations*.) 

20 M. Ed. Le Roy appelle principe 
d'immanence le principe d’après lequel 
« la réalité n’est pas faite de pièces dis- 
tinctes, juxtaposées ; tout est intérieur 
à tout ; dans le moindre détail de la 
nature ou de la science, l’analyse re- 
trouve toute la science et toute la na- 
ture; chacun de nos états et de dos 


d’une notion géométrique est ëmmanente aux autres propriétés de la même notion. 
£t la façon dont sont ëmmanents des êtres qui s’aiment et se veulent réciproque- 
ment n’est pas la même non plus que celle dont sont immanents des êtres qui se 
gênent et qui se repoussent tout en restant liés inéluctablement. — Immanence 
Be signifie donc pas, comme on paraît souvent le croire, identification ; et d’autre 
part transcendant ne veut pas dire nécessairement séparé et spatialement extérieur. 
‘Si en vivant nous nous dépassons nous-mêmes, si en voulant nous voulons plus 
‘que nous-mêmes, si l’action est créatrice, n’est-ce pas parce qu’il y a un transcen- 
dant qui nous est immanent ? (L. Laberthonnière.) 


Sur la « méthode d’immanence » et le « principe d'immanence ». 

Ce serait restreindre et absolument dénaturer ce que nous entendons par le 
Principe d'immanence que de l’assujettir ou à une métaphysique intellectualiste 
fu à une thèse pragmatiste. Il est faux notamment de le réduire à signifier que, 
« la pensée s’impliquant tout entière elle-même à chacun de ses moments ou 
degrés », nous n’aurions, pour atteindre la vérité et constituer la philosophie, 
qu’à dévider en nous un écheveau préalablement formé, qu’à expliciter par l’ana- 
‘ÿse un implicite où « tout est intérieur à tout », qu’à réaliser un inventaire sans 
Invention véritable, sans apport étranger, sans dilatation nouvelle, sans progrès 
effectif. La méthode d'immanence s'appuie si peu sur ce principe ainsi compris qu’elle 
en est précisément la négation et l’antidote. Ni historiquement ni doctrinalement 
elle n’en procède et ne s’y rapporte (voir ci-dessus, dans le texte du Vocabulaire, 
à l’article Immanence, les indications données par l’auteur sur l’origine de cette 
expression). Elle marque seulement le point de départ de la réflexion, qui ne peut 
Pas s'établir d'emblée dans une transcendance ruineuse pour la philosophie, et 


. ui doit au contraire partir de la réalité donnée. Et cette démarche d’une pensée 


Qui veut simplement user de tout ce qu’elle porte en elle est si loin d’aboutir 


AR 


IMMANENCE 


actes enveloppe notre âme entière et 
la totalité de ses puissances ; la pensée 
en un mot s'implique tout entière elle- 
même à chacun de ses moments ou 
degrés. Bref, il n’y a jamais pour nous 
de donnée purement externe. L’expé- 
rience elle-même n’est point du tout 
une acquisition de « choses » qui nous 
seraient d’abord totalement étrangè- 
res. mais plutôt un passage de l’im- 
plicite à l’explicite, un mouvement en 
profondeur nous révélant des exigences 
latentes et des richesses virtuelles dans 
le système du savoir déjà éclairci, un 
effort de développement organique 
mettant des réserves en valeur ou 
éveillant des besoins qui accroissent 
notre action. » Dogme et critique, p. 9-10. 


a 








4790 


IMMANENT, D. Immanent ; E. Im- 
manent ; |. Inmanente. 

A. Est immanent à un être ou à un 
ensemble d'êtres ce qui est compris en 
eux, et ne résulte pas chez eux d’une 
action extérieure. La « justice imma. 
nente », les « sanctions immanentes , 
sont celles qui résultent du cours natu. 
rel des choses sans intervention d’un 
agent qui se distinguerait d'elles. 

B. Ce mot est pris quelquefois aussi 
dans un sens plus large : on entend 
alors par immanent, non pas seulement 
ce qui résulte de l'être considéré, et de 
lui seul, mais tout ce à quoi cet être 
participe ou tend, lors même que cette 
tendance ne pourrait passer à l’acte 
que par l'intervention d’un autre être. 





à un € immanentisme » qu’elle engendre inéluctablement une attitude toute 


contraire. 


Dès l'instant en effet où nous tentons de rattacher la pensée consciente à ses 





Voir ci-dessous, observations de 





ï. BLoNDEL et de M. l'abbé LABER- 
gBONNIÈRE. 

à C. Chez KANT : 
-erincipes dont l’application est stric- 


sont immanents les 


ment enfermée dans les limites de 
l'expérience possible (Raison pure. Dia- 
Yctique transcendentale, Introduction, 
LS 3) ; et l’usage de ces principes dans 
Le monde de l'expérience s’appelle 

sage immanent (Prolégomènes, $ 40). 
e S'oppose à transcendant*. 
: CRITIQUE 
” Dans la langue scolastique, une ac- 
tion immanente s'oppose à une action 
wansitive. La première est celle qui 
este tout entière dans le sujet et ne 
modifie pas son objet : par exemple, le 
fait de voir ne modifie que l’être qui voit 
et non celui qui est vu ; la seconde est 
œlle qui modifie son objet,commele fait 
de diviser quelque chose ou de l’échauf- 


h IMMANENT 





ni aux articles actio et causa ; mais on 
y trouve dans le même sens actio ma- 
nens, SeU consisiens Sel quiescens in 
agente, qu’il traduit ainsi : « Die imma- 
nente, oder in Innern des Thätigen 
bleibende Thätigkeit!. » Vo Actio, p. 11, 
n° 15. Elle s’oppose à l'actio exiens, ou 
transiens, OU transiliva. 

Spinoza distingue, en un sens qui 
paraît être très voisin, la causa imma- 
nens et la causa transiens : « Extra 
Deum nulla potest dari substantia, hoc 
est res quae extra Deum in se sit. 
Deus ergo est omnium rerum causa 
immanens, non vero transiens. » Éthi- 
que, 1, 18. — V. Acosmisme*. 

Il semble bien que l’usage moderne 
de ce mot, au sens À, vienne de là, 
mais avec une sorte de renversement 
de l’objet considéré : car au lieu d’ap- 
peler cause immanente celle dans la- 
quelle son action demeure, on se place 
plutôt au point de vue de l'être dans 





origines réelles et de l’acheminer délibérément vers les fins où elle tend d’elle- 
même, dès l'instant en un mot où nous cherchons à égaler en nous la volonté 
voulue à la volonté voulante, nous sommes amenés à reconnaître de plus en plus 
précisément que, pour aller ainsi de nous à nous-mêmes, nous avons à sortir de 
nous avant d'y rentrer, à subir de multiples intrusions et comme une dépossession 
provisoire qui, en tout ordre, scientifique ou moral, social ou religieux, fait d’une 
hétéronomie laborieusement définie et onéreusement pratiquée, le chemin néces- 
saire de l’autonomie véritable. Il ne s’agit donc pas du tout d’un pur processus 
dialectique ou d’un simple passage de l’implicite à l’explicite ; il s’agit d’un 
progrès réel, d’une conquête, d’une création continuée, qui, loin de nous enfermer 
dans notre immanence initiale, nous ouvre, nous entraîne à nous dépasser sans 
cesse, et ne nous permet point de nous arrêter en nous-même avant une réinté- 
gration totale. 

Le terme d’immanentisme (qu’on a d’ailleurs raison de condamner comme un 
néologisme vague et même ambigu) ne saurait en tout cas désigner qu’une théorie 
systématisée (et non une méthode), qu'une doctrine exclusive, directement contredite 
par toute notre attitude morale et tout notre dessein spéculatif. Nous ne repoussons 
donc pas moins la chose que le mot. Une telle expression évoque en effet l'idée 
d’un système qui nous enferme dans notre propre immanence et ne voit en tout 
développement intellectuel ou vital que pure efférence : or ce que nous voulons 
mettre en évidence, c’est l'impossibilité de fait où nous sommes de « boucler * 
ainsi la pensée et la vie; c'est le sens de cette inadéquation intérieure, principe 
de toute inquiétude et de tout mouvement spirituel ; c’est le devoir de nous 
ouvrir à la double afférence des intimes stimulations gratuites et des enseignements 
autorisés par le suprême effort de notre raison et de notre sincérité. (M. Blondel.) 

— Si l’on définit l’immanence d’un point de vue intellectualiste et pour ainsl 
dire logistique, en ce sens que la pensée s’impliquerait elle-même tout entière à 
chacun de ses moments, on suppose par là que toute la réalité est à chaque instant 
tout ce qu’elle peut être et que nous n’avons rien de plus à faire que de découvrir 


fer. (Goccenius, V. Terminus, 1125 B.) 
. Immanens n'existe pas dans le Tho- 


‘ Lexikon de Scutrz, ni à ce mot, 1. « L'activité immanente, ou activité qui reste à 


l'iatérieur de l'agent. » 








les rapports nécessaires qui en relient les éléments constituants. La réalité se 
ouve ainsi assimilée à une notion géométrique posée une fois pour toutes dans 
@n essence et dont toutes les propriétés se tiennent logiquement, de telle sorte 
qe l'esprit placé à l'extérieur, peut aller rationnellement de l’une à l’autre. 
® bien loin de commencer par poser de cette façon un principe d’immanence 
Pour aboutir à ce résultat en ne faisant appel qu’à la logique, nous avons toujours 
étendu au contraire que par la méthode d’immanence on devait aboutir à une 
dectrine de la transcendance, parce que la logique n’est pas seule à intervenir. 
La pensée est conditionnée par l’action ; la vie ne consiste pas seulement à penser 

quement, mais aussi à agir. Et l’action n’est action qu’autant qu’elle est 
Œéatrice. Ce qui veut dire que par l’action nous nous dépassons nous-mêmes ; nous 
faisons que la réalité devient autre que ce qu’elle était. Et ceci implique que le 
devenir est réel et non pas seulement apparent. 

La question qui se pose ensuite est de savoir si la méthode d’immanence ainsi 
entendue substitue simplement le fieri à l’esse ; ce qui donnerait une sorte de 
Monisme dynamique (M. Bergson peut-être) ou d’anarchisme (M. Chide) ou bien 

elle n’amène pas à admettre un esse rendant possible et expliquant le fieri 
Ne principe et comme fin. Et nous avons ainsi le dualisme chrétien s’opposant 
dualisme de la philosophie grecque classique ; dualisme qui pourrait s'appeler 
8 Panenthéisme et qui se distingue de l’autre parce qu’il admet que rien n'existe et 

Men ne se fait que par Dieu, — et donc que Dieu se retrouve en tout — mais que 

moins quelque chose existe et agit qui n’est pas Dieu. (L. Laberthonnière.) 


+. du même auteur, Dogme et théologie (A L L sti 
pt 1007 re eu & gie (Annales de philosophie chrétienne: 





IMMANENT 





lequel se produit un effet ; et l’on 
oppose l’action immanente, non pas à 
celle qui irait au dehors (actio exiens, 
Saint THomas D’AQUIN) mais à celle 
qui viendrait du dehors. Ainsi quand 
on dit communément que pour le pan- 
théisme Dieu est immanent au monde 
{ou qu’il en est la cause immanente), 
on n'entend pas dire que le monde 
n'est en rien modifié par l’action de 
Dieu, mais inversement qu’il contient 
en lui-même, dans sa nature, la raison 
des effets divins qui s’y produisent, 
ou en d’autres termes qu’il n’y a pas 
lieu d’opposer Dieu et le monde comme 
deux êtres réellement distincts. Cf. 
l’encyclique Pascendi (1908), où il est 
déclaré que la proposition « Dieu est 
immanent dans l’homme » a pour con- 
séquence logique le panthéisme. (Tr. 
fr. p. 15) Voir {mmanentisme*. 
Rad. int. : Immanent. 


« IMMANENTISME », D. Immanen- 
tüismus ; E. Immanentism; |. Imma- 
nentismo. 

Néologisme qui joue un grand rôle 








dans les discussions contemporaines de 
philosophie religieuse. Les « moder. 
nistes » et leurs adversaires s'accordent 
à désigner ainsi la doctrine que les 
premiers défendent, et que les seconds 
condamnent. Encyclique Pascendi Do- 
minici gregis, Tr. fr., p. 5 ; — Le pro- 
gramme des modernistes, ch. n : «Notre 
immanentisme. » 

Mais les uns et les autres sont en 
désaccord sur ce qu’il faut entendre 
par ce mot : selon l’Encyclique, les 
deux éléments fondamentaux en se- 
raient : 1° l’opinion que le sentiment 
religieux jaillit « par immanence vi- 
tale » des profondeurs de la subcons- 
cience ; qu’il est le germe de toute reli- 
gion, et que celle-ci, par conséquent, 
n'est autre chose « qu’un fruit propre 
et spontané de la nature » (p. 8); 
29 l'opinion que « Dieu est immanent 
dans l’homme », ce qui impliquerait 
logiquement que l’action de Dieu se 
confond avec celle de la nature et 
« qu’il n’y a point d’ordre surnaturel » 
(p. 15). — Les modernistes, au con- 
traire, déclarent que par immanen- 


478 


IMMÉDIAT 


A 


tisme ils entendent seulement la phi- 
losophie quirejette comme convention- 
pelle la représentation abstraite et 
morcelée du réel, qui n’admet pas les 
preuves conceptuelles et discursives de 
l’existence de Dieu, et qui considère la 
religion « comme un résultat spontané 
d’inextinguibles exigences de l'esprit 
humain, qui trouvent leur satisfaction 
dans l’expérience intime et affective de 
la présence du divin en nous ». Pro- 
gramme, p. 118 — Cf. Principe d’im- 
manence. 


CRITIQUE 


Un terme si vague paraît bien peu 
recommandable. Il est d’ailleurs ex- 
pressément repoussé par les partisans 
de la « méthode d’immanence ». Voir 
L’Encyclique Pascendi dansles Annales 
de philosophie chrétienne, octobre 1907. 


IMMATÉRIALISME, D. Immateria- 
lismus ; E. Immaterialism ; 1. Immate- 
rialismo. 

Mot créé par BERKELEY pour dési- 
gner sa doctrine métaphysique, qu'il 
considère comme l’exacte antithèse du 


matérialisme : il n’existe réellement que 
des esprits, ce qu’on nomme ordinaire- 
ment matière n’ayant d'autre existence 
que d’être perçue, et cette perception 
ayant pour cause directe la volonté de 
Dieu. Voir notamment le troisième Dia- 
logue d'Hylas et de Philonoüs. 


IMMÉDIAT, D. Unmittetbar ; E. Im- 
mediate ; I. Immediato. 

Opposé à médiat. Se dit de toute 
relation, ou de toute action dans la- 
quelle les deux termes en présence sont 
en rapport sans qu’il y ait de troisième 
terme interposé, ou d’intermédiaire. 

A. En particulier, la connaissance 
est dite immédiate : 

14° Quand il n’y a pas d’intermé- 
diaire entre le sujet connaissant et 
l’objet connu (et notamment quand la 
connaissance est celle du sujet par lui- 
même). « Par le nom de pensée, je 
comprends tout ce qui est tellement en 
nous que nous l’apercevons immédia- 
tement par nous-mêmes et en avons 
une connaissance intérieure : ainsi, 
toutes les opérations de la volonté, de 
l’entendement, de l’imagination et des 


Sur Immanentisme. — « Rejeter comme conventionnelle la représentation, 
abstraite et morcelée du réel » ne saurait constituer la définition spécifique et 
distincte d'une méthode. Tout philosophe prétend ne pas se contenter d’une 
représentation de cette sorte. Quand on a les yeux ouverts, on n’a, il est vrai, 
qu’une représentation morcelée du monde ; mais quand on ferme les yeux sous 
prétexte de foi ou d'action, on a une représentation encore moins totale, puisqu'elle 
est nulle. Telle est l'illusion des immanentistes, pragmatistes, mystiques, de tous 
les contempteurs de l'intelligence humaine : fides fugiens intellectum. 

Le Dieu dont parlent les immanentistes et dont ils croient avoir le sentiment 
est lui-même un concept, obtenu ou élaboré par opérations discursives et objet 
de discours, à moins qu’ils ne parlent sans savoir ce dont ils parlent et sans pouvoir 
en donner une détermination intelligible. Comment, sans l'intelligence et les 
idées, distinguer les raisons du cœur d’avec les déraisons du cœur ? — Si donc le 
terme immanentisme est vague, c’est que la doctrine l’est. (A. Fouillée.) 

L’immanentiste devrait se taire, puisque le langage est impuissant à traduire 
les impressions, puisqu'il les morcelle arbitrairement. L’immanentisme est la 
condamnation de toute science et de toute philosophie rationnelle : c’est une 
mode poétique. (F. Mentré.) 

L’Encyclique semble, au point de vue philosophique, se tromper gravement 
lorsqu'elle assure que cette opinion : Dieu est immanent dans l’homme, implique 
que l’action de Dieu se confond avec celle de la nature. Il n’est pas prouvé que 
l'immanence n'implique pas en effet, en un certain sens, la doctrine de la trans- 
cendance. (L. Boisse.) 


ee —— ——————————— 


Sur Immédiat. 

La distinction des deux sens définis aux $& 1° et 2° a été proposée par F. Rauh 
et adoptée à la séance du 2 juillet 1908. | 

Voir une discussion systématique des sens d’immédiat dans Ed. Le Roy, La 
pensée intuitive, tome I, ch. 111, p. 106-113. 


La critique me semble incomplète. Elle distingue en somme l’usage du mot, du 
point de vue rationaliste ou analyste pur, emploi correct ; et l’usage du mot du 
point de vue empiriste ou historique, emploi moins correct, puisque nous expri- 
mons mieux la même idée par les mots : premier ou primitif. Toutefois, mème du 
point de vue historique, le primitif peut l’être en deux sens : actuellement et en 
fait; ou absolument, c’est-à-dire pour la réflexion expérimentale, qui cherche 
et découvre des antécédents à ce qui est pour nous primitif en dehors de cette opé- 
ration de la réflexion. Il y aurait donc lieu de distinguer : immédiat, premier dans 
l'observation ; premier devant la réflexion expérimentale, ou ultime. (M. Bernès.) 

Maine De Biran emploie assez fréquemment le mot émmédiat pour désigner un 
phénomène de conscience (affection, ou même sensation) qui se produit en nous 
Sans intervention du moi, par opposition à ceux sur lesquels nous réagissons et 
que nous nous approprions par cette réaction même. (J. Lacheller.) 


La première rédaction de cet article se terminait ainsi : « Une connaissance ou 
une donnée immédiates sont une connaissance ou une donnée ultimes ou primi- 


IMMÉDIAT 


sens sont des pensées. » DESCARTES, 
Réponses aux deurièmes objections, 
« Raïsons qui prouvent l'existence de 
Dieu, etc. », $ 2. 

20 Quand il n’y a pas d’intermédiaire 
entre deux objets de pensée dont l’es- 
prit saisit la liaison. 

Dans l’espace ou dans le temps, une 
contiguité ou une succession sont im- 
médiates si les deux régions ou les deux 
moments considérés n’en comprennent 
pas de troisième entre eux. — De 
l'usage de ce mot dans le second de ces 
cas vient le sens qu'ont pris les mots 
immédiat et immédiatement dans le 
langage courant : sur-le-champ, sans 
aucun délai. 





474 


—— 





Analyt. post. 1, 2.7247) est celle qui 
énonce une relation immédiatement 
connue entre les termes qui la compo. 
sent, et qui, par suite, ne résulte d’au. 
cune autre. — Une inférence immédiate 
est celle qui n’exige pas de moyen 
terme conversion, subalternation, 
contraposition. — Mais on a soutenu 
que cette immédiateté n’était qu’appa- 
rente : « Quelque générale que soit 
l'opinion qui subordonne la théorie du 
syllogisme à celle des conséquences im- 
médiates, je la crois doublement erro- 
née : je crois que chacune des figures 
du syllogisme, celles du moins qu’Aris- 
tote a admises, repose sur un principe 
évident par lui-même, et que les consé- 


| grer les figures, sont elles-mêmes des 


syllogismes de trois figures différentes. » 
J. LACHELIER, Études sur le syllogisme, 


, 5. 

? B. L'objet d’une connaissance immé- 
diate est appelé lui-même une donnée 
gmmédiate par rapport à l'esprit qui le 
gonnaît. Par suite, mais d’un point de 
ue un peu différent, une connaissance 
ou une donnée immédiate sont une 
connaissance ou une donnée ultimes, 
ou primitives, au delà desquelles il est 
impossible de pousser l’analyse, et qui, 
par conséquent, ne peuvent être logi- 
quement contestées. 





IMMÉDIAT 


; a 


On dit souvent aussi, en ce sens, 
sentiment immédiat. 


CRITIQUE 


Le mot immédiat, dans cette dernière 
acception, s'applique à deux espèces 
contraires d’un même genre, qu’ARIs- 
TOTE distinguait déjà : ÿvopmuwtepa xat 
capéoTEpX AUIV'YVHOPLLETEPX Xl GAPÉGTE- 
path pooet. (Physique, I, 1:1848,116sqq.) 
— (Cf. le passage des Seconds Analy- 
tiques cité un peu plus haut, et dans 
lequel il s’agit précisément de l’immé- 





diat.) — Il arrive, en effet, qu’on ap- 
| plique ce mot tantôt à la connaissance 





2. En LociQuE, une proposition im- 


quences qu'on appelle à tort immé. 
médiate (npétaotc &uecoc, ARISTOTE, 


diates et dont on se sert pour démon- 





tives, au delà desquelles il est impossible de pousser l’analyse et qui par conséquent 
doivent être tenues sans réserve pour vraies et réelles. » 

Cette phrase, qui n’exprimait d’ailleurs que l'import de ce terme dans la pensée 
de ceux qui l’emploient, a provoqué les observations suivantes : 

— De ce qu’une donnée est immédiate, s’ensuit-il qu’elle soit objectivement 
valable ? N'y a-t-il pas là précisément une grande réserve à faire ? (J. Lachelier.) 

— Pourquoi sans réserve ? L'ultime n’est pas nécessairement vrai. Il ne faut 
l’admettre pour vrai que sous la réserve de notre constitution intellectuelle et 
cérébrale, et nous pouvons toujours douter de la valeur absolue d’une telle consti- 
tution. La connaissance « toute nue », « dépouillée de tout ce qui ne vient pas de 
l’objet lui-même », me paraît une impossibilité. Le sujet ne peut pas s’exclure et 
s’éliminer de sa propre connaissance, puisque c’est toujours lui qui connaît. 
Il y a donc toujours dans la connaissance de l’objet quelque chose qui vient du 
sujet, ne fût-ce que la connaissance même. C’est ce qui empêche toute donnée 
immédiate objective ; c’est ce qui ramène toute donnée immédiate à une conscience 
d'états ou d’actes subjectifs ; et cette conscience même n’est jamais, ou ne paraît 
jamais immédiate que sous sa forme spontanée et individuelle. Les données immé- 
diates de la conscience, dont on a fait une si belle analyse, sont une généralisation, 
et une abstraction ; il y a réellement les données de ma conscience, par exemple 
une douleur que j’éprouve sur le moment même et qui dès que je l’aperçois, la 
conçois, et l’exprime, n’est déjà plus immédiate. Quant à la connaissance infaillible 
et parfaite, elle est réduite à un point perdu dans la durée : c’est la connaissance 
d’un éclair. — Victor Cousin croyait réfuter le criticisme de Kant en opposant 
le spontané au réfléchi ; on ne le réfuterait pas davantage, selon moi, en opposant 
l’immédiat au médiat, et en lui attribuant une « valeur épistémologique de vérité ». 
(A. Fouillée.) 

H. Bergson, à qui ces critiques ont été communiquées, y a répondu par la 
note suivante : 

19 « Pourquoi recevoir sans réserve pour vraies et réelles les données ultimes 
de notre conscience ? » 


Parce que toute philosophie, quelle qu’elle soit, est bien obligée de partir 


de ces données. Si l’on traite du libre arbitre, soit pour l’affirmer soit pour le nier, 
on part du sentiment immédiat qu’on en éprouve. Si l’on spécule sur le mouvement, 
on part de la conscience immédiate de la mobilité, etc. Je ne me donne donc, 
en somme, que ce que tout le monde commence par admettre. Il est vrai que la 
plupart des philosophes, essayant ensuite à ces données immédiates les concepts 
naturels ou artificiels de l’esprit, et s’apercevant qu’elles ne peuvent pas tenir à 
l'intérieur de ces concepts, concluent de là, comme M. Fouillée, que nous devons 
douter de la valeur de l’immédiat. Mais, j’ai essayé de montrer que ces concepts 
sont tout relatifs à notre action sur les choses, plus particulièrement sur la matière : 
nous ne pouvons les employer (à moins de leur faire subir des modifications 
profondes) à un rôle pour lequel ils ne sont pas faits. 

Dira-t-on que cette manière d'envisager les concepts est tout simplement une 
théorie philosophique, et que cette théorie ne vaut ni plus ni moins que les autres 
théories ? Je réponds que l’immédiat se justifie et vaut par lui-même, indépen- 
damment de cette théorie du concept. En effet, toutes les philosophies qui limitent 
la portée de l'immédiat se combattent nécessairement les unes les autres, étant 
autant de vues qu’on a prises sur l’immédiat en se plaçant à des points de vue 
différents, en braquant sur lui des catégories différentes. Chacune de ces philo- 
sophies, quand on se place au point de vue de l’une des autres, apparaît comme 
une source de contradictions ou de difficultés insolubles. Au contraire, le retour 
à l'immédiat lève les contradictions et les oppositions en faisant évanouir le 
problème autour duquel le combat se livre. Cette puissance de l'immédiat, je 
veux dire sa capacité de résoudre les oppositions en supprimant les problèmes, 
est, à mon sens, la marque extérieure à laquelle l'intuition vraie de l’immédiat se 
reconnaît. 

20 « L’ultime n’est pas nécessairement vrai; il ne faut l’admettre pour vrai 
Que sous la réserve de notre constitution intellectuelle et cérébrale, et nous pouvons 
toujours douter de la valeur absolue d’une telle constitution. » 

— Il est question ici de deux choses différentes, l'intelligence et le cerveau. 
Commençons par la première. Personne ne soutiendra, je pense, que l'intelligence 
Puisse créer des états d'âme, tel que le sentiment immédiat de la mobilité, ou le 
sentiment immédiat de la liberté, dont nous parlions tout à l’heure. Le rôle de 
l'intelligence ne peut être ici que de limiter, de critiquer, de corriger, de décomposer 
et de recomposer : aucune qualité nouvelle, aucun objet d’intuition simple ne sortira 
de là. Si donc nous prenons l’état d’âme sous sa forme brute, non encore élaboré 


mois 





IMMÉDIAT 


vient pas de l’objet lui-même, par suite | monde caché que notre œil ne voit 
infaillible et parfaite; tel est le sens | point, que notre main ne saurait tou. 
de ce mot dans le titre de l’ouvrage de | cher. » JourrroY, Mélanges philoso. 
M. BERGsoN : Essai sur les données | phiques, Psychologie, I, p. 199. 

immédiates de la conscience ; — tantôt, Il y a donc lieu de faire grande 
au contraire, à la connaissance qui nous | attention à l’équivoque contenue dans 
est donnée toute faite par le sens com- | ce mot. Le premier sens étant soutenu 
mun, par exemple la représentation | par l’'étymologie, et le second par l’usa. 
courante du monde extérieur et de | ge journalier de ce terme dans son 
nous-mêmes, qui est au contraire le | acception courante, il est très difficile 
point de départ d’une analyse critique, | de ne pas glisser de l’un à l’autre, ce 
et dans laquelle nous découvrons beau- | qui conduit à revendiquer pour l’im. 
coup de travail inconscient et hérédi- | médiat (au sens second) une valeur 
taire, d’interprétation et de construc- | épistémologique de vérité qui appar- 
tion. « Au dedans de nous... un principe | tient seulement à l’immédiat (au sens 
se développe continuellement, qui va | premier) ; ou inversement à croire qu’il 
saisir hors de nous les réalités que le | n’y a rien de logiquement primitif, 
monde contient... Ce principe ne s’ar- | parce que ce qui est psychologiquement 


toute nue, dépouillée de tout ce qui ne ment ; il pénètre plus avant. dans un 
rête pas à la superficie des choses, à ces | primitif est toujours sujet à critique et 
| 
| 


phénomènes, à ces attributs visibles | à revision. — Cf. Données*. 
qui nous les manifestent immédiate- Rad. int. : Nemediat. 





par l'intelligence, il sera, par là même, indépendant de notre constitution intellec- 
tuelle. Or, c’est ainsi que je le prends. 

Reste alors l'hypothèse que l’état d'âme en question reflète un phénomène 
cérébral, qu’il eût pu être autre pour un cerveau dont la composition chimique 
eût été différente, etc. Mais j’ai essayé de montrer que cette thèse est : 1° contra- 
dictoire avec elle-même (Voir l’article intitulé : Le paralogisme psycho-physiolo- 
gique) ; 2° contredite par les faits dans ce qu’elle peut avoir d’intelligible (Voir 
Matière et mémoire, ch. 11 et 11). Elle implique toute une métaphysique, dont 
il est facile de retrouver les origines (voir l’Évolution créatrice, ch. 1v). La vérité 
est que le rôle du cerveau est d’assurer, à tout moment, l'insertion parfaite de 
l'esprit dans son entourage actuel, grâce à l'élimination de l’inutile. Il ne peut 
créer aucune qualité psychologique. Et c’est lui attribuer cette puissance de créa- 
tion que de tenir nos sentiments immédiats pour relatifs à notre constitution 
cérébrale. La constitution du cerveau expliquera l’absence de ces sentiments chez 
certains êtres ou dans certains cas, jamais leur présence. 

Objectera-t-on que ceci est encore une théorie, et qu’à cette théorie on peut 
en opposer d’autres ? Soit, convenons de laisser de côté toute théorie. Il reste 
l'expérience brute, qui nous offre d’une part les données immédiates de la cons- 
cience et d’autre part une petite masse de matière molle sans rapport apparent 
avec aucun de ces états pris isolément. Personne ne songera à subordonner la 
nature de ces états à la composition chimique de cette masse. 

39 « La connaissance toute nue, dépouillée de ce qui n’est pas l’objet lui-même, 
me paraît une impossibilité. Le sujet ne peut pas s’exclure et s’éliminer de Sa 
propre connaissance. Il y a donc toujours dans l’objet quelque chose qui vient 
du sujet. C’est ce qui empêche toute donnée immédiate objective. » 

us Cette critique implique que la conscience n’atteint que le subjectif, et que 
l’immédiatement donné est nécessairement de l’individuel. Mais un des principaux 
objets de Matière et Mémoire et de l’Évolution créatrice est précisément d'établir 






%4 IMMÉDIATION, D. Unmittelbarkeit ; 


Immediation ; 1. Immediazione. 
A. Caractère de ce qui est immédiat. 


‘, Pour ce qui est des vérités primitives 


fait, ce sont les expériences immé- 
ates internes, d’une immédiation de 


gentiment. » LEIBNIZ, Nouveaux Essais, 


IV, ch. n, $ 1. 
; B. Au sens concret : ce qui est im- 
médiat, ce qui constitue une donnée 
médiate. « La pensée. part d’une 
fmmédiation, elle tend et aspire à une 
pnion. » Maurice BLONDEL, Le procès 
de l'intelligence, p. 6. 
Rad. int. : À. Nemediates ; B. Neme- 
diatai. 


; « IMMOBILE (moteur) », G. xvov 
deivnrov, ARISTOTE, Physique, VIII, 5 ; 
257 b 24, etc., voir Moteur*. 

: IMMORAL, D. Unsitilich; E. Im- 
moral ; 1. Immorale. 

A. Contraire aux règles de conduite 
admises à une époque et en un lieu 
donnés. 

. B, Contraire aux règles de conduite 
admises par celui qui parle. 

Dans L’Immoraliste d'André G1ipeE 
(1902), le mot est pris dans un sens un 
peu différent : il s’agit du caractère 
d'un homme peu ou point sensible 





IMMORALISME 


à ce qui est communément considéré 
comme bon ou mauvais moralement. 
Cf. Immoral, A. 


CRITIQUE 


Ce second sens est de beaucoup le 
plus usuel. On dirait difficilement que 
le christianisme était immoral en ensei- 
gnant le pardon des injures ; et inver- 
sement, on dira bien de nos jours que 
pour un socialiste, l'héritage est immo- 
ral. — Voir Amoral. 

Rat. int. : À. Malmoral ; B. Maletik. 


IMMORALISME, D. Zmmoralismus ; 
E. Immoralism ; 1. Immoralismo. 

Doctrine de NIETZSCHE, d’après la- 
quelle la morale, au sens où l’on entend 
d'ordinaire ce mot, doit être remplacée 
par une échelle de valeurs toute diffé- 
rente, inverse même sur la plupart des 
points. — Le terme d’immoralisme 
vient de Nietzsche lui-même, qui avait 
l'intention de donner pour titre à la 
troisième partie de la Volonté de puis- 
sance : « L’Immoraliste (der Immora- 
list), critique de l'espèce d’ignorance la 
plus néfaste, la Morale. » (Plan de 1888.) 


CRITIQUE 


Cette expression est à désapprouver : 
il s’agit ici d’une nouvelle morale (en- 





le contraire. Dans le premier de ces deux livres, on montre que l’objectivité de la 
chose matérielle est immanente à la perception que nous en avons, pourvu qu’on 
prenne cette perception à l’état brut et sous sa forme immédiate. Dans le second, 
où établit que l'intuition immédiate saisit l'essence de la vie aussi bien que celle 
de la matière. Dire que la connaissance vient du sujet, et qu’elle empêche la 
donnée immédiate d’être objective, c’est nier a priori la possibilité de deux espèces 
Ms différentes de connaissance, l’une statique, par concepts, où il y a en effet 
séparation entre ce qui connaît et ce qui est connu, l’autre dynamique, par intui- 
tion immédiate, où l’acte de connaissance coïncide avec l’acte générateur de la 
téalité. (H. Bergson.) — Cf. Inconnaissable. 


Sur Immoralisme. — La doctrine qui n’admettant que des jugements de fait, 
On des jugements de valeur, nie par cela même la morale, est proprement l’amo- 
halisme, L'immorahisme va plus loin : non seulement il nie l'existence de la morale, 
Mais il prétend que la conduite doit être dirigée par des valeurs qui sont en oppo- 

n avec la morale, qui sont antimorales. (A. Foulllée.) 

Rien de plus juste si l’on entendu par « Morale » l’ensemble des prescriptions 

6 conduite habituellement formulées chez les peuples chrétiens ; et c’est bien 


F 


T 


IMMORALISME 


core n'est-elle pas nouvelle sur tous les 
points) bien plutôt que d’une suppres- 
sion du caractère normatif catégorique 
qui constitue essentiellement la mora- 
lité : un immoralisme au sens strict du 
mot n’admettrait que des jugements de 
fait, et non des jugements de valeur. 

Il n’y a pas lieu de proposer un radi- 
cal international. 


IMMORTALITÉ (de l'âme), D. 
Unsterblichkeit (der Seele) ; E. Immor- 
tality (of the soul); 1. Immortalita 
(dell'anima). 

La doctrine de l’immortalité de l'âme 
est l’affirmation que l’âme survit indé- 
finiment à la mort avec les caractères 
qui constituent son individualité (chris- 
tianisme, islamisme, spiritualisme clas- 
sique, kantisme). Cette expression a 
été appliquée quelquefois à la perma- 
nence non individuelle de la substance 
spirituelle (voir Eiszer, v° Unsterbli- 
chkeit) ; mais c’est par une sorte de 
catachrèse, et non proprement. 

L’immortalité de l’âme est, chez 
KanT, un postulat de la raison pure 
pratique (de la possibilité, pour un 
être fini, de réaliser la perfection mo- 
rale, sous la forme d’un progrès indé- 
fini vers la sainteté). Critique de la 
Raison pratique, Dialect., 2€ partie, IV : 
« Die Unsterblichkeit der Seele, als ein 
Postulat der reinen praktischen Ver- 
nunft. » (L’immortalité de l’âme en 
tant que postulat de la raison pra- 
tique.) 

CRITIQUE 


M. GoBLorT écrit à propos de l’ex- 
pression /mmortalité de l'âme : « Ce 





__ 478 
n’est pas une durée qui commencCerait 
après la séparation de l’âme et du corpg 
pour ne jamais finir (on dirait dans ce 
sens vie future) ; l’immortalité serait 
pour l’âme une vie intemporelle, qui 
ne serait plus astreinte aux lois de 14 
durée, et ne compterait plus ni avant 
ni après. » Vocabulaire, p. 283. 

Cette restriction et cette opposition 
ont été désapprouvées à l'unanimité à 
la séance du 2 juillet 1908. Le mot 
propre pour l’idée ainsi définie est 
éternité*. 

Rad. int. : Nemortemes. 


IMPASSIBLE, primitivement terme 
technique relatif aux doctrines mo- 
rales de l’Antiquité, et particulièrement 
au stoïcisme, traduisant le G. &raBñc 
(impassibilis n'appartient pas au latin 
classique) ; et Impassibilité, traduisant 
le G. &na@eta. Ces deux mots ont fini 
par s’affaiblir et par tomber dans le 
langage courant, de même qu’Imper- 
turbable (G. &rapaxtoc, &répayoc ; bas- 
latin, émperturbabilis) et Imperturba- 
bilité (G. &ræpaËlx). Mais on les trouve 
encore les uns et les autres employés 
au sens historique : voir p. ex. : RE- 
NOUVIER, Philosophie ancienne, If, 
315-316; Guyau, Morale d’Épicure, 
p. 52, etc. 

Cf. Apathie* et Ataraxie*. 


IMPÉRATIF, D. Imperativ ; E. Im- 
perative ; 1. Imperativo. 

Proposition ayant la forme d’un 
commandement (en particulier d’un 
commandement que l'esprit se donne 
à lui-même). Un impératif est hypothé- 
tique, si le commandement qu’il énonce 













IMPERSONNEL 





moyen, à quel- 
ge fin que l’on veut atteindre, ou du 
moins que l’on pourrait vouloir attein- 
: « Mange sobrement si tu veux 


“ænserver ta santé »; — il est catégo- 


que s’il ordonne sans condition : « Sois 


jose. » 

. Cette distinction est établie par 
KANT, Grundlegung zur Metaphysik der 
gitten, 2° section, $ 13 et suivants. Il 
#'y a, selon lui, qu’un seul impératif 
tatégorique fondamental, dont voici la 
formule : « Agis toujours d’après une 
maxime telle que tu puisses vouloir en 
gême temps qu’elle devienne une loi 


œmiverselle. » Ibid, $ 31. 


CRITIQUE 


Terme très utile ; on peut considérer 
Pimpératif comme une des espèces du 
genre normatif, qui comprendrait en 
eütre l’appréciatif* {« ceci vaut mieux 
que cela »), le parénétique, etc. 

Rad. int. : Imperativ. 


IMPERSONNEL, D. Unpersônlich; 
E. Impersonal ; 1. Impersonale. 

! A, Qui n’a pas le caractère d’être une 
personne. « Le Dieu de Spinoza est 
impersonnel. » 

B. Qui n'appartient pas à une per- 
sonne ; dont une personne ne prend pas 
la responsabilité ; qui ne s’adresse pas 
à une personne déterminée : » Une note 
impersonnelle ; un avis impersonnel. » 

C. Objectif, indépendant de toutes 
particularités individuelles. En parlant 
des jugements : impartial. — En ce 
sens, le not s'emploie non seulement 
; comme adjectif, mais comme substan- 
tif : « La personnalité, c'est en quelque 
sorte la conscience de l’impersonnel. » 
Paul JanEeT, La Morale, p. 593. 


CRITIQUE 


L'usage de ce mot au sens C est en 
opposition avec ce qu'il signifierait 
étymologiquement, pris au pied de la 
i lettre, comme le montre bien la phrase 





Sur Impersonnel. — Il faut remarquer qu'impersonnel ne s'applique pas 
sécessairement à ce qui est inférieur à la personnalité. Il serait bon d'employer. 
Pour distinguer les ceux idées que ce mot représente. les termes d'infra-personnel 


ét de supra-personnel. (R. Berthelot.) — Ed. Le Roy dit de même : 


« Pour user 


d'un langage sans équivoque, il faudrait donc ici encore créer un mot, et déclarer 
Dieu Suprapersonnel. » Le problème de Dieu, 279. 
: Voici le contexte d’où est extraite la phrase de Paul JanET citée dans cet 
article. 11 nous a été communiqué par M. M. Marsal. 

« La personnalité à sa racine dans l’individualité, mais elle tend sans cesse à 








ainsi que Nietzsche l’entendait. Mais si l’on critique ce sens comme trop restreint 
et si l’on entend par morale tout système de valeurs catégoriques, ou subordonnées 
à un principe catégorique, l'expression de Nietzsche devient impropre. Voir 
Éthique*, Critique. (A. L.) 

Il y a bien des doctrines réellement immoralistes, ou qui tendent à l'être, en 
ce sens qu’elles tendent à subordonner la conscience morale à une réalité sociale 
ou humaine vue du dehors. La conscience, les jugements de valeur, sont alors 
considérés comme des épiphénomènes provisoires que la science du réel fera 
progressivement disparaître. (F. Rauh.) 


sen dégager. L’individu se concentre en lui-même; la personnalité aspire au 
@ntraire à sortir d’elle-même ; l’idéal de l’individualité, c'est l’égoiïsme, le tout 
amené à moi ; l’idéal de la personnalité, c’est le dévouement, le moi s’identifiant 
avec le tout. La personnalité, c’est en quelque sorte la conscience de l’impersonnelt ; 
Ce n’est pas en tant que je suis capable de sensation, c’est-à-dire de plaisir et de 
deuleur physiques, que je suis une personne ; c’est en tant que je pense le vrai, 
Que j'aime le bien et que je veux l’un et l’autre. Ce qu’il y a d’inviolable dans les 
Sëtres hommes, ce n’est pas la sensibilité animale, ce n’est pas l’instinct machinal 
ailes fonctions vitales ; ce n’est évidemment ni leur estomac, ni leur sensualité, 
Bi leurs vices : c’est l’étincelle du divin qui est en eux, la capacité de participer 
mme moi-même à ce qui n’est ni tien, ni mien, au soleil commun des esprits 
et des âmes, à la vérité, à la justice, à la liberté, à tout ce qui est impersonnel. 

Personnalité, disions-nous, c’est la conscience de l’impersonnel. C’est cette 
Conscience du divin dans chaque homme qui est immortelle et non pas tels acci- 

ts fragiles et illusoires, que l’on voudrait en vain emporter avec soi. » 
———— 


À En italiques dans le livre de Paul Janet. 


LT 


IMPERSONNEL 





de Janet. Il a été formé par opposition 
à personnel, mais au sens où ce mot 
implique soit une prévention, soit un 
intérêt individuels. Il y aurait lieu d’en 
condamner l’emploi, un individu n’é- 
tant pas nécessairement une personne 
morale, ni même une personne au sens 
le plus général du mot; mais il est 
consacré par l'usage dans beaucoup 
d'expressions philosophiques. 


Raison impersonnelle (Théorie de la). 
— Théorie d’après laquelle la raison 
de chaque homme ne lui appartient 
pas en propre, mais n’est que le reflet 
d’une Raison Universelle à laquelle il 
participe : « L'intelligence a pour objet 
des vérités éternelles qui ne sont autre 
chose que Dieu même où elles sont 
toujours subsistantes et toujours par- 
faitement entendues. » BossuET, Con- 
naissance de Dieu et de soi-même, ch. 1v, 
$ 5. « C'est là aussi que je les vois. 
Tous les autres hommes les voient 
comme moi, ces vérités éternelles, et 
tous nous les vovons toujours les 
mêmes et nous les voyons être devant 
nous ; Car nous avons commencé, et 
nous le savons ; et nous savons que ces 
vérités ont toujours été. » In., Zbid. 

Cette expression est prise quelquefois 
dans un sens plus affaibli. « La raison... 
qui ne consiste que dans la conception 
de l'infini, est universelle, invariable, 
impersonnelle, non pas en ce sens qu'elle 
réside en dehors de nous, mais parce 
qu’elle est la même chez tous et n’ap- 
partient en propre à personne. » 
F. BouiLzier, dans Franck, vo Raison, 
1452 À. Mais ce texte paraît destiné à 
répondre, en atténuant la pensée de 
l’auteur, aux reproches de panthéisme 
qu'avait provoqués son ouvrage De la 
Raison impersonnelle (1844). 


Impersonnelles (Propositions). Voir 
les observations sur Prédicat*. 
Rad. int. : Nepersonal. 





« Implexe », caractère d’un concept 
ne pouvant se réduire à un schème*, 
mais formé de rapports impliqués dans 
des images particulières très diverses, 
par exemple, celles que suggèrent les 
mots outil, animal, vivant; joli, 
sublime, injuste, etc. Voir A. BurLoun, 
Psychologie, 314-315. 


IMPLICATION, D. Implication ; K. 
Implication ; 1. Implicazione. 

A. Relation logique consistant en ce 
qu’une chose en implique* une autre. 
Voir Impliquer*. 

B. Contradiction. — (Ce sens est 
vieilli; il vient par ellipse de l’expres- 
sion : impliquer contradiction.) 

Implication matérielle et Implication 
formelle. — (Distinction établie par 
B. RusseLL, dans The principles of 
mathematics. Voir CouTuRAT, Les prin- 
cipes des mathématiques, ch. 1 : Prin- 
cipes de la Logique, Revue de métcph., 
janvier 1904, pp. 29-30 et 34-36) : 

Appelons variable un terme partielle- 
ment indéterminé et pouvant repré- 
senter ad libitum plusieurs termes dé- 
terminés, que nous appellerons, par 
analogie avec les mathématiques, va- 
leurs de cette variable : « homme » sera 
par exemple une variable si l’on peut en- 
tendre par là ad libitum Socrate, Platon, 
César, etc., qui en seront les valeurs. 

Considérons maintenant la relation 
de deux propositions p, qg, dont on dit 
que p 2 g, cette relation étant simple- 
ment définie par le fait que si p est vraie, 
g est vraie et que si g est fausse, p est 
fausse ; deux cas peuvent se présenter : 

1° p et qg ne contiennent pas de 
variables. Il en résulte que p 3 q peut 
être vérifié par deux propositions 
n'ayant aucun rapport entre elles, par 
exemple « César a passé le Rubicon » 
et « Socrate a bu la ciguë » sont dans 
ce rapport. En effet, p est vraie, q l’est 
aussi oi materiæ ; la définition est donc 
satisfaite. C’est là ce que les auteurs 





_— 


Sur Implication. — Au sens B, on disait plutôt dans le latin scolastique Impl- 


cantia qu'implicatio. 





| aités plus haut appellent implication 


matérielle. La définition est même sa- 
tisfaite si l’on prend pour p : « César 
est vivant » et pour q : « 2 et 2 font 4»; 
car elle exige seulement que, si p est 
vraie, qg soit vraie ; mais p étant fausse, 
g peut être vraie ou fausse. D’où ce 
paradoxe qu’une proposition vraie im- 
lique (matériellement) toutes les pro- 
positions vraies et qu’une proposition 
fausse implique toutes les propositions 
vraies ou fausses. 
2° p et g contiennent une ou plu- 
sieurs variables communes et la rela- 
tion p 2 g est vérifiée pour n’importe 
quelle valeur de cette ou de ces va- 
riables. C’est là le sens ordinaire du 
mot, et ce que les auteurs cités appel- 
lent implication formelle. Par exemple, 
X est homme 2 X est mortel, quel que 
sit X. En d’autres termes, tout homme 
est mortel; d’où le nom de fonction 
propositionnelle double donné aussi à 
une implication formelle de ce type. 
C. I. Lewis (A survey of symbolic 
Logic, 1918, ch. v) se sert en ce sens de 
l'expression implication stricte* (strict 
implication), qui est restée usuelle. 
Cf. Impliquer*, Remarques. 


CRITIQUE 


L'origine de cette manière de définir 
l'idée d’implication et des paradoxes 
qu’elle entraîne, se trouve dans l’inté- 
rêt qu’il y a, pour la logistique, à éli- 
miner les expressions telles que « résulte 
récessairement », « est posé par lamëme » 
dont nous avons dû nous servir pour 
donner une idée d'ensemble de ce que 
signifie le terme impliquer*. Mais au 
Point de vue philosophique, il semble 
utile de convenir que le mot implica- 
tion employé seul et sans autre épithète, 
désignera toujours l'implication for- 
Melle, qui est de beaucoup la plus 
importante à considérer. 

Rad. int. : Implik. 


IMPLICITE, D. Implicit ; E. Impli- 
At Implicito. — Opposé à Expli- 


A. Proprement, est implicite ce qui 





IMPLICITE 





est impliqué par ce qu’on énonce, mais 
qui n’est pas lui-même énoncé expres- 
sément. 

B. En parlant des hommes : qui 
ne veut pas ou ne peut pas expli- 
citer ce que contient sa pensée. Par 
suite, souvent pris par euphémisme 
en un sens péjoratif embarrassé, 
obscur. 

C. « Foi implicite », expression tech- 
nique de théologie pour désigner la foi 
qu’on accorde à un dogme sans s’oc- 
cuper de ce qu'il signifie, par pure 
obéissance ou confiance dans l’autorité 
qui ordonne de le croire. « Il est vrai 
pourtant qu’on prétend de désigner 
bien souvent plutôt ce que d’autres 
pensent que ce qu’on pense de son 
chef, comme il n’arrive que trop aux 
laïques, dont la foi est implicite. » 
LEIBniz, Nouveaux Essais, III, 11, $ 2. 
— Expression assez rare en français. 
On la trouve cependant en dehors des 
ouvrages spéciaux : « Après plusieurs 
mois d’application, Julien avait encore 
l’air de penser : sa façon de remuer les 
yeux et de porter la bouche n’annon- 
çait pas la foi implicite et prête à tout 
croire. » STENDHAL, Le Rouge et le 


! Noir, ch. xxvi. Peut-être chez Stendhal 


est-ce un anglicisme ; l’expression /m- 
plicit faith est très usuelle en anglais; 
p. ex. Hume, The natural history of 
religion, Ch. x11. D'où implicit au sens 
d’absolu, sans discussion, sans réserve 
(peut-être par un contresens sur l’ex- 
pression précédente) ; et, même pour 
obéissant, en parlant des personnes : 
« Be implicit. » (Mot à mot : Soyez 
implicite ; c’est-à-dire obéissez sans rai- 
sonner.) Voir Murray, sub Vo. 

— Compréhension implicite, ensemble 
de la définition et des caractères qui se 
déduisent de la définition (= de la 
compréhension décisoire, énoncée par 
le définissant) sans figurer explici- 
tement dans celle-ci par exemple 
pour la tangente à la circonférence 
(définie comme position limite de 
la sécante) d’être perpendiculaire au 
rayon, etc. 

Rad. int. : A. Implicit. 


| | 


IMPLIQUER 


IMPLIQUER, D. Eïinbegreifen (rare 
à l’infinitif); involvieren, quelquefois 
implizieren ; — E. To imply; —1I.1Im- 
plicare. 

On dit qu’un objet de connaissance 
en « implique » un autre si le second 
résulte nécessairement du premier, 
c'est-à-dire si le premier étant posé, 
le second est posé par là même avec 
la même valeur et aux mêmes condi- 
tions que celui-ci. 

En particulier : 

A. On dit qu'une idée en implique 
une autre si la première ne peut être 
pensée sans la seconde : « La relation 
implique le nombre; le nombre im- 
plique l’espace. » L’implication, en ce 
sens, est très souvent réciproque 
« Grand implique petit : identique im- 
plique différent, père implique en- 
fant, etc. » 

B. On dit qu’un fait, ou un caractère 
en implique un autre si l’expérience 
montre le second toujours lié au pre- 
mier. « Une haute intelligence n’im- 
plique pas un grand caractère. » 

C. En logique formelle, la formule 
générale de l'implication est a2 b; 
elle signifie : 

19 Si a et b sont des classes*, que la 
compréhension de b est comprise dans 
celle de a et qu’inversement en exten- 
sion, la classe a est comprise dans la 
classe b (subsomption) : « Mammi- 
fère 2 vertébré. » 

20 Si a et b sont des propositions, 
que si a est vraie, b est vraie par cela 
même (mais non pas par cela seul) ; et, 
par suite, que si b est fausse, a est 


4 


489 


fausse : « La loi de la gravitation im. 
plique celle de la chute des corps. 
Voir Implication*. 


REMARQUES 


1. « Il implique » s’est dit autrefois 
par abréviation pour : « Il implique 
contradiction. » Mais cette formule à 
vieilli. 

2. Hamelin distingue, au sens A, une 
implication de caractère dialectique, 
qui fait progresser la pensée synthéti. 
quement, et une implication desten- 
dante, qui extrait analytiquement d’un 
concept ce qui est contenu dans sa 
définition. « L'unité n'implique pas la 
pluralité et tous les deux la totulité au 
sens où, inversement, la totalité im- 
plique une pluralité d'unités. » Le sys- 
tème de Renouvier, p. 436. La première 
sorte d’implication est ce qu'il désigne 
souvent par le mot appeler*. Cette 
distinction reste fondée, qu’on admette 
ou non la validité de celle-ci. 

3. Le signe 3 ne doit être employé 
que pour l'implication telle que l’en- 
tend la logique formelle. Encore serait-il 
peut-être utile de le dédoubler, en rai- 
son des remarques indiquées ci-dessus 
à l’article ëmplication. Cf. C. I. Lewis, 
A Survey of Symbolic Logict. 

Rad. int. : Implik. 


«IMPORT », terme anglais qu'il serait 
sans doute utile d'introduire dans la 
langue de la logique : ensemble des 
idées ou des sentiments qu’éveille un 


1. Vue d'ensemble de la Logique symbolique. 








Sur Impliquer.— Ed. Go8Lor, dans sa Logique, a pris ce mot au sens strictement 


étymologique, beaucoup plus étroit que son acception usuelle : 


contenir, d’une 


manière non apparente, quelque chose de tout fait, qu’il suffirait ensuite de rendre 
manifeste. « 11 est inexact, dit-il, que l’antécédent « implique » le conséquent 
qu’il le « contienne », qu’on puisse l’en tirer : ils sont ou du moins peuvent être 
hétérogènes » (p. 193). — « L'égalité des angles n’est pas contenue dans l'égalité 
des côtés ; elle en résulte... Il ne s’agit pas d’implication d’un concept dans un 
autre ; il s’agit de dépendance d’un jugement à l'égard d’un autre. » (p.257). —Chez 
les logisticiens qui ont couramment employé ce terme, il équivaut tout à fait à 
l'expression « a entraîne b », employée de préférence par Goblot. 








social donné, en sus de ce que ce mot 
ou cette expression désigne littérale- 


::ment. — Cf. Compréhension*. 


CRITIQUE 


:, Ilest déjà usuel de dire en français 


qu'un mot emporte avec lui telle ou 
:telle signification, soit dominante, soit 
accessoire, et spécialement telle asso- 
ciation d'idées, telle nuance d’élévation 
ou de bassesse, de valeur ou d’insi- 
gnifiance, etc. Il serait bon d’avoir un 
substantif correspondant à ce verbe, 
qui désigne un des caractères les plus 
äntéressants des phénomènes séman- 
tiques. Portée rendrait mal cette idée ; 
æar il vient d’une autre métaphore, et 
ipar suite éveille des idées différentes ; 
il ne convient qu'aux conséquences plus 
œu moins graves d’une formule, à sa 
æglus ou moins grande extension; il 
tappelle toujours une idée de mesure ; 
il serait impropre par exemple de dire 
que la portée du mot « rigide » a pris 
de nos jours quelque chose de dédai- 
gneux, ou que celle du mot « action » 
contient actuellement l’idée d’une va- 
teur morale un peu mystérieuse, sur 
laquelle le raisonnement n’a qu’une 
compétence imparfaite. 
Rad. int. : Import. 


IMPOSSIBLE, D. L'amüglich ; E. Im- 
Possible ; I. Impossibile. 

Voir Possible. 

, Impresses (Espèces), voir Espèces. 

IMPRESSION, D. A, C. Eindruck ; 
B. Reiz; — E. A, B. Impression; 
À, C. Feeling ; — I. Impressione. 

A. Ensemble des actions physiolo- 
&iques qui provoquent la sensation : 
4° action physique ou chimique exer- 
@ée sur une terminaison nerveuse sen- 
sitive; 20 transmission au cerveau; 
8 modification cérébrale correspon- 
dante. 

: B. Le premier de ces termes seule- 
Ment : action sur une terminaison ner- 
Yewse 


é 








IMPULSION 





C. État d'ensemble de la conscience, 
présentant un ton affectif caractéris- 
tique, qui répond à une action exté- 
rieure ; s’oppose à la réflexion et au 
jugement fondé sur une analyse. 


CRITIQUE 


Erxcitation* se dit aussi dans les deux 
premiers sens, mais surtout au sens B. 
Impression, au contraire, s'emploie plu- 
tôt au sens le plus large. Il serait donc 
bon de les spécialiser l’un et l’autre 
dans ces emplois, et d'entendre tou- 
jours par impression l’ensemble des 
états physiologiques qui provoquent 
dans la conscience l’apparition d’une 
sensation ; par excitation, l’action phy- 
sique ou chimique qui atteint une 
extrémité nerveuse, ou même d’une 


| façon générale un tissu vivant, et qui 


y provoque une modification. 


Rad. int. : Impres. 


IMPULSION, D. Trieb ; E. Impulse ; 


| I. Impulso. 


A. Tendance spontanée à l’action. 
L'impulsion est ce qui manque au sujet 
dans les cas classiques d’aboulie décrits 


par RiBor, Maladies de la volonté, 
ch. 1, 1re partie : « Le défaut d’im- 
pulsion »; et ce qui détermine des 


actes irrésistibles malgré les efforts 
de la volonté, dans les cas décrits au 


| chapitre 11 du même ouvrage : « L’excès 
; d’impulsion. » 


B. Spécialement, impulsion anormale 
par son intensité ou par sa nature. — 
A ce second sens se rattache l’usage 
de l’adjectif ëmpulsif, qui se prend tou- 
jours en un sens défavorable (— insuf- 
fisamment gouverné par la volonté); 
on l’applique soit aux actes : « un geste 
impulsif » ; soit aux caractères : « un 
caractère impulsif », c’est-à-dire chez 
qui l'inhibition volontaire est trop 
faible, ou les impulsions trop fortes; 
enfin aux individus qui présentent ce 
caractère : on dit même substantive- 
ment, en ce sens, « un impulsif ». 


Rad. int. : Impuls. 





| 


b 


IMPUTABILITÉ 





IMPUTABILITÉ, D. Zurechnenbur- 
keit ; E. Imputabülity ; I. Imputabilita. 
Imputable signifie primitivement 
qui peut ou qui doit être mis au compte 
de telle personne. Partant de là, on 

appelle imputabilité : 

A. Ce qui constitue proprement le 
rapport de l’acte à l’agent, abstraction 
faite d’une part, de la valeur morale 
de celui-ci; et, d’autre part, des ré- 
compenses, châtiments ou dommages- 
intérêts qui peuvent s’ensuivre. 

B. Ce qui permet d’établir le compte 
d’un agent. La responsabilité se rap- 
porterait, en ce sens, au caractère de 
l'agent ; l’imputabilité impliquerait en 
outre la considération de l’acte et celle 
de l'intention. (LanDpry, La Responsa- 
bilité pénale, pp. 118 et suiv. — ALI- 
MENA, 1 limiti e i modificazioni dell’ 
imputabilita.) 

Rad. int. : Imputebles. 


Inadéquat, voir Adéquat*. 


IN ADJ ECTO (contradiction), celle qui 
consiste dans l’incompatibilité de deux 
termes joints immédiatement l’un à 
l'autre : « Une sphère cubique. » 


INCEPTIVE (Proposition). 

La Logique de PorT-RoYaL appelle 
ainsi les propositions composées qui 
énoncent qu’une chose a commencé 
d’être; elles contiennent donc deux 
jugements distincts qui peuvent être 
contestés séparément : « l’un, de ce 
qu'était cette chose avant le temps 
dont on parle, l’autre, de ce qu’elle 
est depuis ». (Deuxième partie, ch. x, 
$ 4.) 


Voir Désitives*. 


INCLINATION, D. Neigung ; E. In- 
clination ; I. Inclinazione. 

On appelle inclinations les différents 
groupes de tendances psychiques entre 
lesquelles on peut répartir l’activité 
consciente, en tant qu’elle se dirige 
spontanément vers des fins. On en dis- 
tingue ordinairement trois classes : les 
inclinations égoïstes* (ou personnelles, 
ou encore ndividuelles) ; les inclina- 
tions altruistes*, et les inclinations su- 
périeures* (c'est-à-dire celles qui ont 
pour objet des fins impersonnelles, des 
idées : inclinations esthétiques, scien- 
tifiques, morales, religieuses). 

Une inclination diffère d’un instinct 





Sur Imputabilité. — « La culpabilité et la responsabilité sont des conséquences 
indirectes, si immédiates de l’imputabilité que les trois idées sont souvent consi- 
dérées comme équivalentes et les trois mots comme synonymes. » GARRAUD, 
Traité de droit pénal, tome I, n° 195. (Communiqué par M. Clunet.) — Cette 
confusion se comprend entre les deux derniers termes ; mais il est singulier qu’elle 
ait pu se produire entre ceux-ci et le mot culpabilité, qui importe en première ligne 
une idée de faute, crime, ou délit, tout à fait secondaire dans les deux autres. (A. L.) 

Imputabilité n'implique pas nécessairement responsabilité : un acte peut être 
imputable à un agent qui n’en est pas responsable. (L. Boisse.) 


Sur Inclination. — Les fins des inclinations ne sont pas nécessairement conçues 
en termes intellectuels, ou rangées dans des cadres préexistants ; elles peuvent 
être créées par les inclinations mêmes : les plus riches de celles-ci, en effet, portent 
en elles quelque chose de nouveau. — L’inclination peut créer son but en se 
réalisant, et ce but peut ne se préciser que par sa réalisation même et exister 
en puissance dans l’inclination, être porté par celle-ci. On observe souvent chez 
l'enfant, et parfois encore chez l’adulte une tendance à l'expansion, ou inclination 
qui se fait jour d’abord par un besoin d’action, par des mouvements s’efforçant 
de trouver un champ d’application, et c’est souvent le hasard de la réalité ambiante 
qui leur permet de trouver une matière de se traduire avec une exactitude qui 
semblait leur manquer au point de départ : le but alors ne s’est précisé que pendant 








“en ce que ce dernier consiste dans la 
‘suggestion immédiate d’actes ou de 
gentiments déterminés, même sans 
conscience de la fin à laquelle ils se 
+attachent, tandis que l’inclination pose 
une fin (d’une façon plus ou moins déter- 
mninée, plus ou moins consciente), mais 
sans qu’il y ait nécessairement représen- 
tation des moyens à employer pour l’at- 
teindre : le désir de se bien porter n’in- 
dique pas à lui seul le régime à suivre. 

Il va de soi que cette opposition 
porte sur deux cas extrêmes et que les 
tendances concrètes participent en gé- 
néral de l’une et de l’autre à des degrés 
inégaux. 

A l'égard des passions, on peut les 
distinguer des inclinations en ce qu’el- 
les sont des formes intenses de celles-ci, 
caractérisées par la rupture, au profit 
de l’une d’entre elles, de l’équilibre qui 
existe normalement dans le système des 
inclinations humaines. Cet usage est 
récent (voir pour l’usage plus ancien 
MAazEBRANCHE, Recherche de la vérité, 
livre V, ch. 1) : mais il paraît bien 
établi chez les psychologues contem- 
porains. (Ribot, Hôffding, Rey, R. d’Al- 
lonnes, etc.) 

Rad. int. : Inklin. 


INCOMPATIBLE 


INCLUSION, D. Einschliessung ; E. 
Inclusion ; 1. Incluzione. 

Locique. Relation qui existe entre 
deux classes qui sont dans le rapport 
de genre* à espèce*. 

Rad. int. : Inklud. 


INCOMMENSURABLE, D. Jncom- 
mensurabel ; E. Incommensurable ; I. 
Incommensurabile. 

Qui n’a pas de commune mesure avec 
un autre terme : « La diagonale du 
carré est incommensurable avec le côté ; 
les intérêts matériels sont incommensu- 
rables avec les obligations morales. » 
L'expression valeurs incommensurables 
est assez usuelle dans les ouvrages de 
morale et de sociologie contemporains. 


REMARQUE 


Incommensurable ne veut pas dire 
qui ne peut être mesuré : c’est une 
erreur fréquemment commise. 


INCOMPATIBLE, D. Unverträglich 
(plus large : veut dire aussi insociable, 
intolérant, etc.) : E. Incompatible : I. 
Incompatibile. 

Deux pensées, deux sentiments, deux 
actions sont incompatibles quand ils 





la réalisation, et cependant l’inclination existait au préalable, avec son caractère 
émotif propre (de tendresse, par exemple, ou de besoin de dominer, ou de besoin 
d'idéal). (G. Dwelshauvers.) 

— La classification des inclinations en égoïstes, altruistes, et impersonnelles 
Pour ordinaire qu’elle soit, est aussi mauvaise que possible. 

1° Elle laisse non classés quantité d’inclinations : où mettre l’amour des 
animaux, des plantes, de la nature ? 

29 Une inclination étant donnée, il est toujours possible de la ranger dans l’une 
quelconque des trois classes proposées. Elle est toujours égoïste, dans la mesure 
Où une tendance satisfaite procure un plaisir qui est évidemment personnel. Elle 
#ttoujours altruiste, car sauf le cas d’un narcissisme absolu, et à peine imaginable, 
l'inclination a son objet en dehors du sujet. Elle est toujours impersonnelle et 
#upérieure, puisqu'on peut toujours lui assigner pour fin profonde une idée. 

soif et la faim ont pour objet l’entretien de la vie. 

30 À prendre cette classification au pied de la lettre, la haine, l’attrait sexuel, 
Sont altruistes. L’inclination ascétique est égoïste. L’avarice est supérieure. 

4° Pour éviter ces absurdités, on donne subrepticement, même lorsqu’on s’en 
défend, aux mots égoïste, altruiste, une valeur normative. Ceci revient à classer 

inclinations en bonnes et en mauvaises ; ce qui est psychologiquement enfantin, 

: j'ajouterai, éthiquement faux. (M. Marsal.) 





INCOMPATIBLE 





486 





s'excluent réciproquement, soit (A) en 
fait, soit (B) en droit. Il y a là une 
équivoque dont il faut se défier. 

Spécialement, en LociQue, caractère 
de deux ou plusieurs propositions qu’on 
n'a pas le droit d’affirmer simultané- 
ment. Sur la logique formelle de l'in- 
compatibilité, voir Observations. 

Cf. Contraire* et Contradictoire*. 


« INCOMPLÉTUDE {sentiment d') », 
terme créé par Pierre JANET, pour 
désigner un sentiment d’inachevé, d’in- 
suffisant, d’incomplet que les malades 
dits « psychasthéniques » éprouvent à 
propos de leurs pensées, de leurs actes, 
de leurs sensations ou de leurs émo- 
tions. Il est apparenté « au sentiment 
du doute », aux amnésies, à la rumina- 
tion mentale qui se poursuit indéfini- 
ment sans conclure. Voir JANET, Les 
obsessions et la psychasthénie, 1, 264 et 
suiv.; Les Névroses, p. 55-56. 


INCOMPLEXE, D. Einfach ; E. Un- 
complex ; 1. Incomplesso. 

Locique. Se dit des termes, des pro- 
positions et des svllogismes qui ne sont 
pas complexes*. (Voir ce mot.) 

Rad. int. : Nekomplex. 


INCOMPRÉHENSIBLE est. souvent 
opposé par RENouvier à inintelligible 
(p. ex. Esquisse d'une Classification, 
etc., 11, 386-387). Est incompréhensible 
ce qu’on peut admettre, mais qu’on ne 
s'explique pas ; inintelligible, ce qui 
enferme une contradiction, et qui, par 
conséquent, ne peut être. 





<< 


SPiR, d'autre part, oppose l'incom. 
préhensible à l'inconnaissable : «a L’in. 
conditionné, qui est inconnaissable, est 
cependant parfaitement compréhen. 
sible ; bien plus, il est la seule chose 
compréhensible qu’il y ait, car l'in. 
conditionné est un objet qui répond à 
la norme, à la loi fondamentale de 
notre pensée, c’est-à-dire possède un 
être qui lui est vraiment propre, non 
emprunté du dehors, et qui est parfai- 
tement identique à soi-même. Au 
contraire les objets empiriques, quoique 
connaissables, ne sont pas compré- 
hensibles, parce qu’ils ne répondent pas 
à la norme, à la loi fondamentale de 
notre pensée. ». Pensée et réalité, 
trad. Penjon, p. 275. 


INCONCEVABLE, D. Unbegreifbar, 
Undenkbar ; E. Inconceivable ; 1. [n- 
concepibile. 

Terme particulièrement employé par 
Rein, par W.HamiLrox et parJ.S. Mir 
dans son Examen de la philosophie 
de Hamilton, où il distingue trois 
sens de ce mot employés tour à tour, 
dit-il, par Hamilton (ch. vi) : 

1° Ce dont l’esprit ne peut se former 
aucune représentation, parce que les 
termes qui le désignent enveloppent 
une impossibilité ou une contradiction : 
la limite de l’espace; un rond carré. 
Une proposition totalement dépourvue 
de sens, telle que « Humpty Dumpty 
est un Abracadabra » n’est donc pas 
une proposition inconcevable. 

20 Ce qui ne peut être représenté 
comme réel par suite de nos habitudes 







d'esprit, ce dont l'existence est in- 





Sur Incompatible. — En logique propositionnelle, on dit qu’il y a incompati- 
bilité entre p et q pour les couples de valeurs suivants de p et de qg : p vraie et 
q fausse, p fausse et q vraie, p et q fausses. La relation incompatibilité diffère de 
la relation exclusion réciproque en ce que cette dernière n’accepte plus comme 
valeurs que p vraie et q fausse, ou p fausse et q vraie. 

L'incompatibilité a été mise à la base de la logique des propositions par 
Sheffer, qui ramène à elle toutes les autres relations interpropositionnelles, et à 
la base de la théorie déductive par Nicod qui réduit toute l’axiomatique à une seule 
proposition, d'ailleurs très complexe et ne comportant que des incompatibilités 

À la suite de Sheffer, on désigne généralement l'incompatibilité par un trait 
vertical placé entre les propositions : p | g. (Ch. Serrus.) 


INCONNAISSABLE 





INCONDITIONNÉ, D. Unbedingt ; E. 
Unconditional ; Unconditioned ; 1. 1n- 
condizionato. 

A. Chez KanT : «… Der eigenthüm- 
liche Grundsatz der Vernunft über- 
haupt (in logischen Gebrauche)... fist] 
zu dem bedingten Erkenntnisse des 
Verstandes das Unbedingte zu finden, 
womit die Einheit desselben vollendet 
wirdi, » Critique de la Raison pure. 


“eroyable : les antipodes, au moyen 
*age. — Dans sa Logique (livre V, ch. in, 
3), MizL prend exclusivement le mot 
ce sens, et déclare par suite rejeter 
expressément le principe selon lequel 
y tout ce qui est inconcevable est faux ». 
30 Ce qui ne peut être conçu, au 
“sens technique, c’est-à-dire subsumé 
ous un autre concept ; ou, s’il s’agit 
d’une Proposition, ce qui ne peut être | Dial. transc. Introd., À 307, B 364. 
déduit d'une proposition antérieure. B. Chez HAMILTON, l’Inconditionné 
& est l’Absolu* (cousinien) dont il rejette 
va CRITIQUE lP’existence en opposant à la « Philo- 
. L'importance de ce terme vient de | sophie de l’Inconditionné » sa propre 
usage qui en est fait pour la théorie | « Philosophie du conditionné ». On the 
du Conditionné et de la Relativité de | philosophy of the Unconditioned. Dis- 
a connaissance : HaAwiILTON estime que | cussions, I. — Voir Conditionné. 
pour le Temps, l'Espace, la Substance, 
la Causalité, etc., nous sommes néces- INCONNAISSABLE, D. Unerkenn- 
æirement amenés à choisir entre deux | bar; E. Incognisable (HAMILTON); 
hypothèses également inconcevables, et | Unknowable (SPENCER); 1. Inconosci- 
æependant contradictoires entre elles, | ble. 

‘æ'est-à-dire dont l’une est nécessaire- Ce qui, tout en étant réel, ne peut 
ment vraie et l’autre fausse. Mizr | être connu. — Ce mot sert de titre à 
æonteste que la thèse et l’antithèse | la première partie de l’ouvrage de 
#ient inconcevables au même sens : | Spencer, First Principles. Voir en par- 
par exemple, il est vraiment inconce- | iiculier la fin du chapitre 1v : « Rela- 
:*able, au premier sens, que l’espace | tivity of all knowledge? » et la septième 
‘fait fini, mais il est seulement impos- 
#ible de se représenter l’espace infini 





1. « Le principe propre de la raison, en général, dans 


d'une façon adéquate, il n’y a rien | son usage logique, est de er pour nn 
4"; i i à conditionnelle de l'entendement, le terme inconditionn: 
4 intrinsèquernent inconcevable à ce qui effectuera l'unité de celle-ci. » -— 2. « Relativité de 


qu'il soit tel. Voir Znintelligible*. | toute connaissance. » 








* Sur Inconnaissable. — Est-il bien juste de dire qu’on ne peut rien affirmer 


&e l'inconnaissable, pas même qu’il existe ? N'est-ce pas comme si l’on disait que 
%e discernant rien dans la nuit complète, ou même dans une éblouissante lumière, 
ke ne puis savoir si cette nuit ou, cette lumière existent ? (J. Lachelier.) 

Tout ce qu’on dit de l’inconnaissable peut être dit de l'inconscient. Si l’incon- 
kaissable est contradictoire, l'inconscient aussi est contradictoire ; si l'inconscient 
Peut être inféré sans jamais devenir conscient (par exemple l’activité intellectuelle 
#octurne qui fait trouver un problème au réveil), l’inconnaissable peut lui aussi, 
“mme l’a soutenu Spencer, être inféré (M. Marsal.) 


La première rédaction de cet article se terminait par le paragraphe suivant : 
#L’importance de cette critique (qu’on ne peut affirmer la réalité de l’inconnais- 
#%ble sans le connaître en quelque façon) est fort affaiblie par le fait que ce terme 
‘4 pris surtout un usage historique, et ne s’emploie guère que dans l'exposé des 
@octrines désignées plus haut, et en particulier de celle de Spencer. Il semble 
# effet que la métaphysique contemporaine ait à cet égard déplacé son point de 





INCONNAISSABLE 


partie des Principles of psychology, 
ch. x1x : « The transfigured realism. » 


CRITIQUE 


Le concept désigné par ce terme est 
un élément essentiel de toutes les phi- 
losophies agnosticistes* criticisme 
kantien, positivisme de ComTEe, évolu- 







tionnisme de SPENCER. Il a souven 
été attaqué comme contradictoire par 
cette raison que, de ce qui serait vrai. 
ment inconnaissable, on ne pourrait 
rien dire, pas même que cela existe, 
Voir p. ex. HAMELIN, Essai, 1re édji. 
tion, p. 19. 

Rad. int. : Nekonocebl. (Cf. Connais- 
sance, B.) 








vue plutôt qu’elle n’a réfuté l’agnosticisme ; elle continue bien à tenir celui-ci 
pour une conséquence légitime de l’ontologie conceptuelle et accorde que notre 
pensée discursive ne peut saisir que des apparences et des relations ; mais œ 
qu’elle soutient est en général qu’il existe un autre mode de connaissance, par 
lequel on atteint à l’absolu. Voir BERGsoON, Introduction à la métaphysique, Revue 
de métaph., janvier 1903 ; — W. James, A world of pure experience, The thing and 
its relations!, Journal of philosophy, septembre et octobre 1904, janvier 1905. , 
Ces remarques ont provoqué les observations suivantes : 


L’inconnaissable est ce qui, tout en étant réel, échapperait par hypothèse à 
tous les modes de connaissance soit intuitive, soit discursive, soit immédiate, 
soit médiate, soit fondée sur la conscience et l’expérience, soit fondée sur le 
raisonnement. En ce sens, la critique que l’on a faite de cette notion conserve 
toute sa valeur : on ne peut affirmer ni la possibilité ni la réalité d’un tel ënconnais- 
sable. La « Métaphysique contemporaine » n’a rien changé à cette situation. 
Si elle veut réserver le nom de connaissance à la connaissance « conceptuelle » 
et « discursive », elle restreint arbitrairement le sens de ce mot. D’autre part, 
appeler absolu la réalité quelconque saisie en nous par la conscience et qui constitue 
notre existence pour nous-mêmes, mais qui ne constitue pas une existence par soi 
et indépendante de toutes relations, c’est donner à l’absolu un sens nouveau qui 
déplace la question sans la résoudre. Il reste toujours à savoir si nous pouvons 
affirmer la réalité ou la possibilité de ce qui échapperait entièrement à la conscience, 
à la perception et au raisonnement. Cette question, si mal résolue par Spencer, 
a une valeur qui n’est pas seulement « historique » et qui n’est pas liée au sort 
de la philosophie spencérienne. (A. Fouillée.) 

Il me semble au contraire que, pour tout le monde, une connaissance qui 
saisit son objet du dedans, qui l’aperçoit tel qu’il s’apercevrait lui-même si son 
aperception et son existence ne faisaient qu’une seule et même chose, est une 
connaissance absolue, une connaissance d’absolu. Elle n’est pas la connaissance 
de toute la réalité, sans aucun doute ; mais autre chose est une connaissance 
relative, autre chose une connaissance limitée. La première altère la nature de 
son objet ; la seconde le laisse intact, quitte à n’en saisir qu’une partie. J’estime 
(et j'ai fait mon possible pour prouver) que notre connaissance du réel est limitée, 
mais non pas relative : encore la limite pourra-t-elle être reculée indéfiniment. 

Pour prouver qu’une connaissance limitée est nécessairement une connaissance 
relative, il faudrait établir qu’on altère la nature du moi par exemple, quand on 
l’isole du Tout. Or, un des objets de L'Évolution créatrice est de montrer que le 
Tout est, au contraire, de même nature que le moi, et qu’on le saisit par un appro- 
fondissement de plus en plus complet de soi-même. (H. Bergson.) 





1. Un monde de pure expérience, La chose el ses relations. 


INCONSCIENT, L. Unbewusst; E. 
nconscious ; Ï. Incosciente, incoscio. 
ue (Ne se trouve dans le Dictionnaire 
l'Académie que depuis 1878.) 

y 4° En parlant d'un être : 

;. À. Qui ne possède aucune conscience 
tsar exemple, un atome dans la philo- 
gphie d'Épicure). 

: B. Qui n’est que peu ou point capable 
de revenir sur lui-même : « un incons- 
gient » est un esprit irréfléchi, qui ne se 
rend pas compte de ce qu’il fait ou 
même seulement qui ne sait pas se 
juger. 

.C. (Relativement) : qui n’a pas cons- 
gence de tel fait particulier : « Une 
âme inconsciente de ses vraies croyan- 


INCONSCIENT 


Dans la langue courante, ce mot 
s’applique même (mais peut-être à tort) 
à l'ignorance de faits extérieurs, et non 
pas seulement d’états internes du sujet : 
« Inconscient de l'effet produit, in- 
conscient du danger. » 

20 En parlant d’un phénomène : 

D. Au sens général, qui n’est pas 
saisi par la conscience* Ainsi les états 
psychiques de nos semblables sont in- 
conscients pour nous. 

E. S’applique d'ordinaire plus parti- 
culièrement à ce qui n’est pas conscient 
pour un sujet et dans un cas déterminé, 
tout en étant susceptible de le devenir 
pour lui à d’autres moments ou sous 
certaines conditions : « Une passion 


cs. » inconsciente, un raisonnement incons- 


LL 

. Sur Inconscient. — Article complété d’après les observations de MM. F. Pécaut 
& Rauh. Ce dernier nous a adressé la note suivante, expliquant avec plus de 
détails ce qui est résumé ci-dessus à la fin du $ E : « Inconscient s'applique aux 
faits qui peuvent être scientifiquement étudiés en dehors de la conscience, parce 
que la conscience n’en exprime qu'une partie minime, n’en est que le point d’affleu- 
f8ment, sans que pourtant on puisse les réduire à des phénomènes d’ordrc physio- 
logique. Ainsi les phénomènes sociaux, les phénomènes psychologiques même, 
quand, étrangers à la conscience, on n’en connaît pas de causes organiques précises. 
Les faits sociaux sont des « choses » pour M. Durkheim parce qu’ils s'imposent 
à la conscience de chacun et aussi parce qu’ils sont soumis à un déterminisme. 
Et cependant ce sont des faits psychologiques, parce qu’ils apparaissent sous 
forme consciente à certains moments, et que d’autre part on ne voit pas le moyen 
de les rapporter à des faits physiologiques. Ils apparaissent donc comme du 
mental qui devient, à certains moments, conscient. M. HuBERT, dans sa Préface 
à l'Histoire des Religions de Chantepie de La Saussaye, me semble avoir donné 
une des meilleures formules de cette théorie. J’ai essayé moi-même de définir 
œætte notion scientifique de l’Inconscient dans ma discussion avec M. Binet 
(Société de philosophie, mars 1905) et dans la Méthode dans la psychologie des 
sentiments, en particulier pp. 23 et suiv. — Ce sens du mot, sans être encore 
usuel, mérite d’être signalé et propagé ; il correspond à ce qu’il y a de positif 

dans les théories métaphysiques de l’Inconscient. (F. Rauh.) 
La distinction faite dans la Critique a déjà été établie par Victor Eccer dans 
: Parole intérieure, pp. 308-309, où il proposait pour l’exprimer les expressions 
RConscience psychique (D) et d’inconscience psychologique (E). Mais il nous a fait 
voir qu’il se rallierait volontiers aux expressions proposées ci-dessus. Le sub- 
Conscient serait ainsi « ce qui est actuellement inaperçu, mais que la pensée du sujet 
Où une autre pensée), a tôt ou tard une raison quelconque d’affirmer comme 
Wantété conscient, quoique à un faible degré antérieurement, : soit qu’il devienne 
irement conscient par la suite, soit qu'il y ait lieu de le supposer comme la 
ition de faits subséquents clairement conscients. » L'inconscient serait au 
tatraire ce qui échappe entièrement à la conscience, même quand le sujet cherche 
1e saisir et y applique son attention. Mais il faut remarquer que « l’inconscience 





INCONSCIENT 


cient. » Voir Conscience et Champ de la 
conscience*. 

Le mot inconscient, dans cette accep- 
tion, est souvent appliqué de nos jours 
à certains faits (par exemple aux faits 
juridiques, économiques, religieux) qui, 
tout en apparaissant parfois sous forme 
consciente, ne peuvent être étudiés 
scientifiquement qu’en les considérant 
comme des « choses », ayant une réalité 
permanente et distincte de ces appa- 
ritions. 

F. Substantivement : l’Inconscient. 

1° L'ensemble de ce qui n’est pas cons- 
cient dans un sujet déterminé (sens E); 

29 Au sens métaphysique, l’être en 
soi par lequel HAaRTMANN remplace la 
Volonté de Schopenhauer, principe com- 
mun unique, à la fois actif et intellec- 
tuel, qui se manifeste dans la matière, 
la vie et la pensée, et dont les individus 
ne sont que l'apparence. Il est, par 
rapport à nous, inconscient, et en soi 
supraconscient. (Philosophie des UÜn- 
bewussten, 1869.) 






échappe à la première, soit seulement 
ce qui échappe à la seconde. Ainsi, une 
perception actuelle ou un souvenir 
peuvent rester inconscients (= non re. 
marqués par la conscience réfléchie) &t 
devenir conscients aussitôt que l’a 
tention s’y porte, ou du moins après un 
moment d'effort pour les saisir; ay 
contraire, un travail mental peut s’et. 
fectuer d’une façon telle qu’on n’en 
ait pas conscience, même à la réflexion. 

Il serait utile de réserver les mots 
« subconscient » au premier cas, et 
« inconscient » au second. 

Parmi les phénomènes « subcons- 
cients » ainsi définis, il y aurait encore 
à distinguer ceux qui échappent à la 
conscience réfléchie par leur faible 
intensité, tels que les perceptions élé. 
mentaires ; et ceux qui en sont exclus 
parce que l'orientation de la conscience, 
à un moment donné, est telle qu’ils ne 
peuvent y trouver place : par exemple, 
toutes celles de nos connaissances qui 
sont très éloignées de notre sujet actuel 


+ nsistency ; |. Inconseguenza. 
# A. Caractère de deux propositions, 


de pensée. On pourrait dire qu'il y a, 

dans le premier cas, subconscience élé- 

mentaire et dans le second, subcons- 

cience fonctionnelle. Voir champ*. 
Rad. int. : Nekonci. 


CRITIQUE 


De même que conscient a deux sens 
(conscience spontanée, conscience ré- 
fléchie), inconscient signifie soit ce qui 








proprement dite ne doit pas être affirmée sans critique dans les états psychiques 
anormaux, et ne pas oublier que l’amnésie simule l’inconscience ». (V. Egger.) 

Il y aurait peut-être lieu de distinguer encore ce qui est subconscient par défaut 
d'intensité suffisante, comme les « petites perceptions » de Leibniz, c’est-à-dire 
ce qui est en réalité l’objet d’une conscience très faible, et ce qui est radicalement 
inconscient comme le sont peut-être les modes les plus profonds de la conscience, 
le vouloir-vivre, le vouloir-être fondamental (J. Lachelier.) — Je proposerais de 
distinguer à cet égard la subconscience par conscience très faible, que j’ai appelée 
ci-dessus subconscience élémentaire et la subconscience par conscience très vague, 
très sourde, mais qui peut être dans certain cas l’objet d’un sentiment assez intense, 
quoique très peu intellectualisé : je la nommerais volontiers subconscience affective? 
— sans préjudice, bien entendu, des cas où ces tendances organiques et profondes 
sont proprement et radicalement inconscientes (c'est-à-dire inaccessibles à la 
conscience, même attentive et réfléchie) comme le remarque très justement 
M. Lachelier. (A. L.) 

Afin de tenir compte des observations de M. Pradines (voir son Traité de 
Psychologie générale, tome I, Introduction, ch. 1) nous avons supprimé dans a 
Critique ci-dessus quelques lignes qui donnaient comme exemple typique d'in” 
conscient radical, inaccessible à la réflexion, même attentive, des phénomènes 
d’inconscience anormale, tels qu'amnésie, anesthésie systématique, dédoublemen 


INDÉFINI 


INCONSÉQUENCE, D. A. Folgewi- 
igkeit ; B. Ungereimtheit; E. In- 


INDÉFINI, D. Unbegrenzat, Unend- 
lich ; E. Indefinite ; I. Indefinito. 

A. Opposé d’une part à fini, de 
l’autre à infini. Est indéfini ce qui, 
étant donné comme fini (soit en tant 
qu'intuition, soit en tant qu’élément 
de connaissance logique), peut être 
rendu plus grand que toute quantité 
donnée. « Par opposition à l'infini ac- 
tuel, l'infini des possibles est ce qu’on 
nomme l’indéfini. » RENoUvIER, Note 


gont la seconde est présentée comme 

gésultant de la première, mais n’en est 
réellement la conséquence. 

ÿ B. Par extension, manque de logique 

gans la pensée ou d'accord avec soi- 

gæême dans la conduite. 

s: Rad. int. : Ne-konsequ. 


{# sur l'infini de quantité. — « L'idée 
x.« INCOORDONNABLE », terme em- | d’infini en puissance, c’est-à-dire d’in- 

yé par J.-J. GourD, Philosophie de la | défini, … d’accroissement continuelle- 
igion (1910), pour désigner ce qui, | ment et indéfiniment possible... » PiL- 


dans la religion, dans la pensée, dans 
d'action morale, dans l’art, s’élève au- 
gesus des normes communes, comme 
% sublime, le sacrifice, l'inspiration 
#éformatrice. Pour une définition plus 
æemplète, voir A. LALANDE, L’Incoor- | sions verbales (G. ëvoua déprorov, Aris- 
donnable, Revue de Métaphysique, no- | ToTE, Ilepi épunvetac, 1632 ; mot à 
wembre 1911. | mot : nom indéfini) : expression cons- 


LON, La première preuve cartésienne 
de l'existence de Dieu et la critique 
de l'infini, Année philosophique, 1890, 
p. 112. 

B. En parlant de termes ou d’expres- 








de la personnalité, etc. Il estime au contraire que ces états sont le plus souvent, 
‘non toujours, subconscients (au sens de faiblement conscients) et que l’incons- 
gience la plus complète, se rencontre au contraire surtout dans certains phénomènes 
tormaux (« inconscient normal ou de constitution »}. (A. L.) 

Cf. plus loin les Observations sur Subconscient*. 

G. Dwelshauvers a proposé de classer ainsi qu’il suit les différents groupes de 
faits inconscients! : 
7” 49 « L’inconscient dans l’acte de pensée » (par exemple l’activité synthétique qui 
transforme les sensations en représentations, et celles-ci en concepts). 

2 « L’inconscient de mémoire dans la perception. » 
., 3 « L’inconscient de mémoire par impressions et sentiments latents » (la 
f&son qui fait apparaître tel souvenir et non tel autre reste inconsciente). 
: 49 « L’inconscient par habitude. » 
50 « L'inconscient par vocation (dispositions à un art, à un métier, se manifes- 
nt impérieusement dès l’enfance). » 
© 69 « L’inconscient dans la vie affective. » 

Voir du même auteur La Synthèse mentale (Alcan, 1908), pp. 78-114. 


Sur Indéfini. — /ndéfini doit être opposé à défini comme infini à fini. Quand 
7% ressort de ma montre est cassé, je m’en aperçois à ce que, en la montant je 
pus tourner la clef indéfiniment. Le nombre des individus d’une espèce donnée 
“rt éndéfini, c’est-à-dire qu'il n’est pas déterminé par le concept de l'espèce ; mais 
“* nombre des divisions d’une étendue donnée n’est pas indéfini : il résulte au 
‘#atraire clairement de la nature même de l’étendue, non pas assurément qu’il 





LE — 
x 


a Quoique cette communication présente un caractère descriptif et non terminologique, qui sort du cadre de re 
témstaiare, nous avons cru, en raison de son intérêt, pouvoir en donner ici le résumé. 





sd 


INDÉFINI 





tituée par la négation pure et simple 
d’un terme donné, comme p. ex. non- 
homme. 

C. En parlant de jugements, ou de 
propositions qui les énoncent : 

1° Traduction de &ôtépustos (tpotautc) 
chez Aristote : ceux dont la quantité 
n'est pas indiquée (et n’a pas besoin de 
l'être, car ils s'entendent en compré- 
hension) ; p. ex. « la science des con- 
traires est la même » ou « le plaisir 
n'est pas le bien ». Prem. Analyt., 1,1; 
2419-22. Le latin scolastique dit en 
ce sens infinita propositio. 

20 Traduction de &épiorov (bu) 
chez Aristote : ceux qui ont pour pré- 
dicat un terme indéfini au sens B. Ce 
sens a été retenu par KanrT sous le 
nom de jugements indéfinis (Unend- 
liche) ou limitatifs (beschränkende). 
Crit. de la Raison pure, Anal. transc., 
livre I, ch. 1, 2€ section. Voir Limitatif* 
et quantité*. 


CRITIQUE 


Le sens B et le sens C, 2°, qui en 
dérive, semblent d’abord sans intérêt. 
Schopenhauer a même pu dire que les 
Unendliche Urteile de Kant étaient une 





niaiserie scolastique, recueillie pour & 
faire une fausse fenêtre dans le tableau 
des catégories. (Die Welt, Crit. de ] 
philos. kantienne, Ed. Grisebach, } 
582.) Bien que Kant, en effet, en justifi, 
assez mal la présence (voir Limitatifs* 
Critique), il faut remarquer, avec Aris’ 
tote lui-même Ilepi épunvelus, 16230.34 
qu’un terme négatif ne représente pas 
un vrai concept. L'origine de cette 
expression paraît même, dit Bonitz 
être sa remarque que la privation 
(otépnoic) est quelque chose d’indéter. 
miné ou d'infini (&épiotov). Phys, 
III, 2, 201026. « Non-homme » pris 
au pied de la lettre, comprend les 
choses les plus hétéroclites, et va à 
l'infini. Aussi est-il utile, dans la théorie 
des classes, ou des ensembles, d’avoir 
une dénomination permettant d’exclure 
de certaines propriétés ou de certaines 
opérations logiques les pseudo-concepts 
ou pseudo-jugements de cette sorte. 
Rad. int. : Nefinit. 


INDÉMONTRABLE, D. Unerweis- 
lich; E. Undemonstrable ; 1. Indimos- 
trabile. 

Ce qui ne peut être démontré, soit 





est actuellement infini, ce qui serait contradictoire — mais qu'il va à l'infini, 
en ce sens que la même raison de diviser subsiste toujours. De même le nombre 
des décimales dans certaines fractions : on peut bien ne pas les calculer toutes, 


mais il en reste toujours à calculer 


: elles ne sont pas seulement possibles, elles 


sont exigées par la nature même de l'opération. (J. Lachelier.) 

La difficulté d’opposer dans tous les cas indéfini à défini vient de ce que le pre- 
mier de ces mots contient de plus (comme infini) la notion d’un objet illimité; 
tandis que le non-défini pourrait être fini, ou limité, c’est-à-dire comporter certaines 
limites inférieures ou supérieures, tout en étant indéterminé entre ces limites : 
ainsi le nombre des étamines, dans la plupart des plantes, est défini ; celui de 
feuilles ne l’est pas : et cependant on ne peut dire qu’il soit indéfini. (A. L.) 


Le texte de DESCARTES auquel il est fait allusion ci-dessus est celui-ci : « .… Je 
mets ici de la distinction entre l’indéfini et l’infini. Et il n’y a rien que je nomine 
proprement infini, sinon ce en quoi de toutes parts je ne rencontre point de limites, 
auquel sens Dieu seul est infini. Mais pour les choses où sous quelque considération 
seulement je ne vois point de fin, comme l'étendue des espaces imaginaires, 











y : parce qu’il n’a pas besoin de 
onstration,et sert lui-même de 
cipe ; soit (B) : parce qu'on n’en 
naît point la démonstration (comme 
grtaines propriétés numériques empi- 
ement constatées) ; soit (C) : parce 
“il s'agit d’une hypothèse gratuite 
ur laquelle nous n'avons aucun 
Moyen de vérification, même empi- 
#que. 

Au Premier sens appartiennent les 
#cinq indémontrables » des Stoiciens. 
Yoir les observations sur Hypothe- 
: CRITIQUE 


SL'import péjoratif du sens C se re- 
rte souvent par association sur le 
is À, mais à tort : la démonstration 
est pas productrice de vérité, mais 
#olement moyen de transporter la 
&ritude d'une proposition à une autre. 
tte confusion a donné lieu à beau- 
éoup de sophismes. 








# 
: INDÉPENDANT, D. A. Unabhängig ; 
À, B. Selbständig; E. Independent ; 
L Indipendente. 
: A. Qui ne dépend pas (d’un autre 
être, événement, 01 condition). — Bien 
%e ce terme soit souvent employé 
#ns complément, il reste toujours rela- 
et sous-entend, suivant le contexte, 
liée de tel ou tel autre terme par 
fapport auquel ce dont on parle est 
Q indépendant « Un [État indépen- 
Sant » (de tout autre État). — « La 
Morale indépendante » (de toute croyan- 
& religieuse ou doctrine métaphysi- 
que), etc. 
..B. Absolument, en parlant du carac- 
re : qui aime à ne dépendre de per- 
#nne, à juger et à se décider sans 
#ivre l'opinion ou les conseils d’autrui. 
à Rad. int. : À. Nedependant ; B. Ne- 
#Pendem. 


h. 


INDÉTERMINISME 


INDÉTERMINATION, D. Unbestim- 
mtheit ; E. Indetermination ; I. Indeter- 
minazione. 

A. Caractère de ce qui n’est pas 
déterminé. 

B. Problème dont les données sont 
insuffisantes et qui comporte plusieurs 
solutions. 

C. État d’un esprit qui hésite entre 
plusieurs résolutions. 

Voir pour ces trois sens Détermina- 
tion* et Déterminisme*. 

Rad. int. : À. Nedetermines ; B. Ne- 
determina)j ; C. Nedecides. 


INDÉTERMINISME, D. JIndetermi- 
nismus ; E. Indeterminism ; 1. Indeter- 
minismo. 

A. Doctrine selon laquelle l’homme 
(ou Dieu) possède le libre arbitre au 
sens le plus spécial et le plus fort de 
ce mot. Cf. Libre arbitre*, C. Ce sens 
est de beaucoup le plus usuel ; on le 
désigne quelquefois sous le nom d’indé- 
terminisme absolu. 

B. (Plus rarement.) Doctrine qui 
écarte le déterminisme, même sans 
admettre des actes temporels de libre 
arbitre ou des commencements absolus. 
Eiscer (vo 374) propose d'employer en 
ce sens l'expression indéterminisme psy- 
chologique. — Voir Déterminisme*. 

C. Par extension, synonyme d’indé- 
termination* A. 


CRITIQUE 


Le mot a presque toujours été pris 
au premier sens, et par suite employé 
dans un sens péjoratif par ceux qui 
s'en sont servis. Voir dans BALDWIN, 
Vo 530 B, 531 A, les textes de KaAnT 
et de WiNDELBAND à ce sujet. CaL- 
DERWOOD disait même que dans l’his- 
toire de la philosophie il n’y avait 
point de penseurs auquel on put appli- 
quer cette désignation (Zbid., 530 B). 


multitude des nombres, la divisibilité des parties de la quantité et autres ChOS$ 
semblables, je les appelle indéfinies et non pas infinies, parce que de toutes parts 
elles ne sont pas sans fin ni sans limites. » Réponses aux premières objections: 
$ 10. — Cf. Principes de la Philosophie, I, 27. 


È 


Sur Indétermination. — Faut-il rattacher au sens A ou au sens B ce qu'on 
ù lle «€ principe d’indétermination » ou « principe d'incertitude » en micro- 
#Mysique ? C’est un problème qui ne peut être tranché par une simple définition. 


LALANDE, — YOCAB. PHIL, 18 


INDÉTERMINISME 






494 





Mais cela est exagéré : le néo-criticisme 
admet le mot et la chose. 

Rad. int. : À. Maldeterminism ; B. 
Nedeterminism. 


INDIFFÉRENCE, D. Gleichgültigkeit; 
E. Indifjerence ; 1. Indifferenza. 

A. État mental qui ne contiendrait 
ni plaisir, ni douleur, ni un mélange de 
l’un et de l’autre. La question de savoir 
s’il existe des états indifférents de la 
sensibilité est discutée : voir RiBor, 
La psychologie des sentiments, première 
partie, ch. v. Sa conclusion est : « J’in- 
cline vers la thèse des états d’indiffé- 
rence » (p. 79). 

B. Indétermination : Liberté d’in- 
différence (L. scol. : Liberum arbitrium 
indifferentiae) est presque toujours 
synonyme de libre arbitre au sens C. 
Cependant, Leibniz l’applique à sa 
propre doctrine, mais avec réserve, et 
à vrai dire en jouant un peu sur les 
mots : « Il y a donc une liberté de 
contingence, ou en quelque façon d’in- 
différence, pourvu qu’on entende par 
lPindifférence que rien ne nous néces- 


€ 


site pour l’un ou l’autre parti, mais il 
n’y a jamais indifférence d'équilibre 
c’est-à-dire où tout soit parfaitement 
égal de part et d’autre sans qu’il y ait 
plus d’inclination vers un côté. » LE. 
NiZz, Théodicée, 1, $ 46. — Voir 4. 
bitre*. 

Rad. int. : À. Indiferentes ; B. Nede. 
termines. 


INDISCERNABLE, D. Michtzuunter- 
scheidende (MENDELSSOHN); Ununter- 
scheidbar ; — E. Indiscernible ; — I], 
Indiscernibile. 

Deux objets de pensée sont indiscer- 
nables quand ils ne se distinguent l’un 
de l’autre par aucun caractère intrin- 
sèque. Voir Différence-À et Identique. 

Le principe des indiscernables ou 
mieux, de l'identité des indiscernables, 
est ce principe capital de la philoso- 
phie de LeiBniz, d’après lequel deux 
êtres réels diffèrent toujours par des 
caractères intrinsèques, et non pas 
seulement par leurs positions dans le 
temps ou l’espace : « Quoiqu'il v ait 
plusieurs choses de même espèce, il 


pt pourtant vrai qu'il n’y en a jamais 


parfaitement semblables; ainsi, 


“guoique le temps et le lieu, c’est-à-dire 


' ‘le rapport au dehors nous servent à 


sdistinguer les choses que nous ne dis- 
tinguons pas bien par elles-mêmes, 
es choses ne laissent pas d’être dis- 
tnguables en soi. » Nouveaux Essais, 
{E, Ch. 27, $ 1 — Cf. Monadologie, 
th. 8. Voir Identité. 

Rad. int. : Nedicernebl. 


INDIVIDU, L. Individuum (traduc- 
tion du grec &touov; veut dire aussi 
chose indivisible matériellement, com- 
me un atome démocritéen ; ou objet de 
pensée sans parties, comme l'unité) ; 
D. Individuum, Einzelding, Einselwe- 
an ; E. Individual ; I. Individuo. 

. À. Un individu, au sens le plus 
général et le plus complexe de ce mot, 
est un objet de pensée concret, déter- 
miné, formant un tout reconnaissable, 





INDIVIDU 






et consistant en un réel donné soit par 
l'expérience externe, soit par l’expé- 
rience interne. Cf. Individuel-A, — Ce 
sens, quoiqu'il ne soit pas fondamental 
au point de vue de l’étymologie, occupe 
cependant une position centrale par 
rapport aux autres sens de ce mot. Voir 
les Observations. 

B. Locique. Si l’on dispose une série 
de termes en une hiérarchie de genres* 
et d’espèces* subordonnés, on appelle 
individu l'être représenté par le terme 
inférieur de cette série, qui ne désigne 
plus un concept général et ne comporte 
plus de division logique. Ce terme est 
dit singulier*. 

On peut exprimer cette même pro- 
priété en disant que l'individu est le 
sujet logique qui admet des prédicats, 
et qui ne peut êtie lui-même prédicat 
d’aucun autre (LEetBniz, Discours de 
métaphysique, $ 8; d’après ARISTOTE, 
Catégories, V, 211 et suiv., qui définit 


a —_—— eu 


la discréditer aux yeux des Jésuites. Voir LEIBNIZ, Théodicée, 3° partie, $ 365 ; et 





Sur Indifférence (Liberté d’). — Descartes avait déjà fait remarquer que le 
mot {ndifférence, en parlant de la liberté, pouvait recevoir deux sens opposés : 
49 celui qu'il emploie dans la 7 Ve Méditation quand il dit que l'indifférence « est le 
plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance 
qu’une perfection dans la volonté » ; il le considère comme le sens propre : « Indif- 
férence me semble signifier proprement cet état dans lequel la volonté se trouve, 
lorsqu'elle n’est point portée par la connaissance de ce qui est vrai, ou de ce qui 
est bon, à suivre un parti plutôt que l’autre » ; 20 mais, ajoute-t-il « peut-être que 
par ce mot d’/ndifférence il y en a d’autres qui entendent cette faculté positive 
que nous avons de nous déterminer à l’un ou l’autre de deux contraires », faculté 
qui s'exerce non seulement dans les cas de choix arbitraire, mais même dans Ceux 
où nous avons une raison d'agir évidente, qui ne laisse place à aucune hésitation. 
(Résumé d’une lettre à Mersenne, du 27 mai 1641. Ad. et Tann., tome III, p. 378- 
341) — Dans les Principes, il accepte lui-même ce second sens et se sert d’Indi- 
férence comme synonyme de liberté au sens le plus large : « … Dei... potentiam 
(per quam omnia praeordinat).… non satis comprehendi ut videamus quo pacto 
liberas hominum actiones indeterminatas relinquat ; libertatis autem et indiffe 
rentiae, quae in nobis est, nos ita conscios esse, ut nihil sit quod evidentius et 
perfectius comprehendamus. » Principia philosophiae, 1, 41. — Mais comme Of 
l’a fait remarquer, les querelles théologiques autour du mot d’indifférence étaient 
devenues fort acerbes à cette date (1644), et dans cet emploi anormal du mot, il 
peut n’y avoir de la part de Descartes qu’une précaution (comme dans plus d’un 
passage des Principes) pour éviter de compromettre sa philosophie, et surtout de 


E. Gizson, La doctrine cartésienne de la liberté et la théologie, 2° partie, ch. 1v. 

- En ce qui concerne Le18iz, il n'accepte le mot indifférence qu’avec les restric- 
ons les plus expresses, non seulement dans le texte de la Théodicée cité ci-dessus, 
œais dans tous les passages où il l’emploie. « I] ne faut pas s’imaginer cependant 
qe notre liberté consiste dans une indétermination ou dans une indifférence 
d'équilibre, comme s’il fallait être incliné également... du côté des différents 
partis, lorsqu'il y en a plusieurs à prendre. » (/bid., $ 35.) Il déclare ailleurs : 
«Je n’admets donc l'indifférence que dans un sens qui lui fait signifier autant 
me contingence ou non-nécessité » (Zbid., $ 303), et il ajoute que la « liberté 
d'indifférence indéfinie » ($ 314), ou la « pleine indifférence » ($ 320) seraient la 
même chose que cet équilibre chimérique. (A. L.) 


Sur Individu. — Article corrigé et complété d’après les observations de 
J + Laehelier, H. Rodier, M. Bernès, L. Brunschvicg, G. Dwelshauvers, M. Drouin, 
Husserl, Van Biéma, et d’après la discussion qui a eu lieu dans la séance du 
1 juillet 1909. 

-, Au fond, le sens logique et le sens biologique n’en font qu’un : l'individu est le 
Yritable être de la nature, et le seul. Il est résoluble, d’une part, logiquement ou 
Rriellement, en concepts de plus en plus abstraits et généraux ; de l’autre, 
Mysiquement ou matériellement, en parties de plus en plus simples. Ces deux 
utions n’ont rien de commun : mais qu’on définisse l’individu soit en fonction 
la première, soit en fonction de la seconde, c’est toujours, malgré la diversité 

#8 formules, le même être dont il s’agit. (J. Lachelier.) 
— Je ne suis pas d’avis que la notion d’individu puisse être considérée logique- 
Ment comme le plus bas degré d’une hiérarchie de concepts. Ce plus bas degré, 
W existe, ou si l’on lui donne une existence relative pour limiter la série, c’est 


n. 


INDIVIDU 


————————————————— 


d’une façon semblable l’obola rporn, 
mais en donnant comme exemple tel 
homme, tel cheval). 

C. BioLocre. Être vivant dont les 
parties coopèrent d’une façon durable, 
assez étroitement pour que la cessation 
de cette synergie entraîne la disparition 
ou tout au moins une transformation 
considérable des fonctions qu'il mani- 
feste. — On voit qu’en ce sens comme 
l’ont souvent remarqué les naturalis- 
tes, l’individualité est un état de l’être 
vivant, susceptible de tous les degrés, 
et qui ne peut jamais être absolu. 
(PERRIER, Colonies animales ; LE DAN- 
TEC, L’indisidualité et l'erreur indivi- 
dualiste, etc.) 

D. PsycHoLoGie. L'individu s'oppose 
à la personne* morale : 

1° en tant que l’unité et l'identité 
extérieures, biologiques, de l’être hu- 
main s’opposent à l’unité et à l'identité 
intérieures qui résultent en lui de la 
réflexion et de la volonté. 

2° en tant que les particularités, 







496 


l’idiosyncrasie de chaque être humain 
s'opposent aux caractères communs 
qui en font des « semblables », et 3 
l'admission commune des valeurs dites 
impersonnelles. 

Cf. Individualité, critique et observa. 
tions. 

E. Socioocie. L'unité dont se com. 
posent les sociétés : un homme, une 
fourmi, une cellule. — Voir Zndividuya. 
lisme*, etc. 


REMARQUES 


1. Au point de vue de la compréhen- 
sion, il y a deux manières de compren- 
dre le rapport entre la notion de l’indi- 
vidu et celles des genres et espèces 
auxquels il appartient : 

a. Le terme singulier ne représente 
pas proprement un concept, et la no- 
tion de l'individu ne soutient pas, avec 
la plus étroite des classes logiques où 
elle est incluse, le même rapport 
qu’une espèce avec un genre. Elle est 
hors série. Pour passer du genre à 


INDIVIDU 





M'espèce, on ajoute au concept une 


ifférence spécifique qui est elle-même 
n «universel », analysable en « carac- 
tres » de même nature que ceux qui 
omposent le concept du genre. Pour 
asser de la dernière espèce (äxrouov 


“:#l8oc, species infima) à la notion sin- 


ière, ce qu’on ajoute est un « prin- 


: cipe d’individuation* » qui n’est plus 


un caractère ou une somme de carac- 
tères, mais une présence une réalisa- 


. tion sui generis. La species infima con- 


tient donc, en principe, un nombre 
quelconque d'individus, qui diffèrent 
numero et non specie. En fait, ils se 
distinguent sans doute par des acci- 
dents, mais ces accidents ne peuvent 
pas être objet de science, comme le sont 
les formes substantielles qui définissent 
les espèces. — Cette conception vient 
du platonisme. Elle est celle d’Aris- 
ToTe et de la plupart des scolastiques ; 
elle a été adoptée par la Logique de 
PortT-Royaz. Voir Bonitz, V° A’rouoc; 
Scaürz, Thomas Lerikon, V° Species, 





H, p. 764; PortT-RoyaL, 4re partie, 
ch. x11. 

b. Pour Leisniz, les différences qui 
distinguent les individus les uns des 
autres ne sont pas d’une autre nature 
que celles qui distinguent entre elles 
les espèces d’un même genre, si ce n’est 
que l’analyse intégrale de ces caractères 
individuels irait à linfini. Il y a donc 
un concept de l'individu, et l’on peut 
dire avec vérité que « omne individuum 
est species infima ». Discours de Méta- 
physique, IX. En ce sens, l'individu est 
l'être dont la notion logique est com- 
plète, c’est-à-dire tel qu'il n’y reste 
aucun élément indéterminé, donc va- 
riable, qui puisse être l’objet d’une 
détermination ultérieure. — Il y a dans 
cette extension des termes d’espèce et 
de concept (d’ailleurs très discutée ; 
voir les observations ci-dessous) une 
généralisation analogue à celle qui a 
fait admettre successivement l’unité, 
puis le zéro, au rang des nombres. On 
remarquera aussi la liaison de cette 





bien la species infima. Comme l’infiniment petit par rapport au nombre (et non 
comme l’unité), l'individu n’est, logiquement, qu’une expression symbolique : son 
intérêt est de limiter, même dans le langage de la logique, la valeur du point de 
vue logique, de rappeler qu’à côté de ce point de vue, qui est celui de la relation 
et du concept, lié inséparablement à lui comme lui donnant sa matière, il y a 
celui de l’entuition. (J'entends par ce mot l’impression directe d’une donnée, et non 
pas simplement l’aperception immédiate qui peut porter aussi sur une construction 
toute formelle, sur un principe général.) C’est intuitivement, non conceptuelle- 
ment, que la pensée pose des individus. Conceptuellement, il existe selon le degré 
de généralité, ou selon la direction donnée à la comparaison des généralités, des 
genres et des espèces : intuitivement il n'existe que des individus. 

Ainsi, en principe, les mêmes pensées sont genres ou espèces, ou bien individus, 
selon qu’on les considère relativement, ou bien comme données totales et uniques, 
et l’on peut parler ainsi de l’individualité d’un genre ou d’une espèce. 

Mais, dans l'usage, les deux points de vue s’appliquent avec une inégale 
facilité à nos pensées : un concept très abstrait, surtout si c’est un concept pur 
(c’est-à-dire si la matière donnée en est assez simple pour ne pas appeler l’attention 
et si l’on n’en retient guère que la forme ou la loi de construction) ne sera que 
difficilement envisagé comme un individu (ainsi les concepts de quantité, de 
nombre) ; une observation brute, localisée et temporelle, sera malaisément érigée 
en espèce où en genre (ainsi la sensation complexe que j’éprouve en recevant 
après une nuit de chemin de fer l'impression d’une contrée nouvelle pour moi) 
(M. Bernès.) 

11 me semble qu’il y a lieu de distinguer à cet égard trois éléments de significa 
tions différentes, tous trois contenus dans ce que nous appelons un individu au 





sens À, mais qui peuvent être dissociés par l'analyse, et qui expliquent les relations 
de ce sens avec les sens B, C, D, E : 

19 L’idée de réel donné dans l’expérience. 

20 L'idée d’objet de connaissance déterminé et circonscrit, formant un tout, 
présentant une unité suffisante pour qu’on puisse en parler comme d’une seule 
chose, 

30 L'idée d’objet de connaissance défini par des caractères distinctifs, plus ou 
Moins permanents, qui permettent de le reconnaître au milieu des autres, de le 
suivre dans ses déplacements sans le confondre avec eux. 

Le donné concret de l’expérience, aussitôt qu'il « s’individualise » avec une 
détermination et une permanence suffisantes, devient le sujet logique de nos 
affirmations, l'individu au sens B. D’autre part l’être vivant (individu au sens C) 
est un type particulièrement remarquable de cette identité : s’il est en même 
temps considéré dans ses rapports sociaux, nous passons au sens E, notamment à 
l'homme en tant que membre de la société, et tel a été le premier objet réel qui 
ait tenu la fonction logique de sujet. Enfin le même être, psychologiquement 
considéré, est l'individu au sens D : ici se trouvent en concurrence le caractère 
d'unité, de totalité, et le caractère d’unicité, l’idée de la différence caractéristique 
Qui constitue « l’individualité » d’un objet de pensée ; suivant les problèmes, l’un 
ou l’autre de ces caractères se présente au premier plan, et semble faire tout le 
sens du terme. 

Ceci posé, il est bien vrai qu'intuitivement il n’existe que des individus, 
Cest-à-dire des touts concrets distincts. Mais logiquement, on ne retient de ce 
Complexus donné qu’un élément ou qu’un autre. Il arrive donc que par le mot 
trdividu nous désignons tantôt la donnée concrète dont la présentation par 





__ INDIVIDU 


vue avec l’emploi psychologique des 
termes individu et individualité pour 
représenter ce que les êtres ont d’unique 
non seulement dans leur existence, 
mais encore dans leur nature et leur 
caractère, par opposition à ce qu'ils 
ont de ‘commun avec leurs sem- 
blables. 

On peut enfin la rapprocher de l’u- 
sage anglais du mot individuate (voir 
ci-dessus. /Zndividuation*). 

2. L’individu, même au sens logique, 
ne se confond pas avec la classe singu- 
lière, ou avec le concept singulier. Il 
est l’objet de pensée qui remplit cette 
classe, et que détermine ce concept. Il 
peut arriver en effet, d’une part, que 
lPunicité de cet objet ne soit pas impli- 
quée dans la définition de la classe : 
p. ex., satellite de la terre ; et inverse- 





ment que, là où elle est impliquée, 
l'individu qui remplirait les conditions 
du concept n'existe pas, p. ex. : fils 
aîné de Descartes {qui n’a eu qu’une 
fille) (S). 


Rad. int. : Individu. 


INDIVIDUALISATION, D. JIndiui- 
dualisierung,-ation ; E. Individualiza- 
tion ; |. Individualisazione. 

A. Action de rendre individuel, c’est- 
à-dire adapté à l'individu au sens D, 2e, 
— Cf. R. Sazeri.Les : L'individualisa- 
tion de la peine. 

B. Action de devenir individu, ou, 
pour un être qui l’est déjà, d’accroître 
son individualité, aux sens C ou D. 

Rad. int. : À. Individualig ; B. Indi- 
vidualij. 









699 


INDIVIDUALISME 





ar 


INDIVIDUALISME, D. Individualis- 


;mus ; E. Individualism ; |. Individua- 
:Jismo. 


Se dit de toute théorie, de toute ten- 
dance qui voit dans l'individu ou dans 
Pindividuel soit la forme la plus essen- 
tielle de réalité, soit le plus haut degré 
de valeur. 

A. MÉTHODOLOG1E. Théorie qui cher- 
che l’explication des phénomènes his- 
toriques et sociaux dans la psychologie 
individuelle et plus spécialement dans 
les effets résultant de l’activité cons- 
ciente et intéressée des individus. (Voir 
Congrès de Genève, 4 séance générale : 
Revue de Métaphysique, novembre 1904.) 
Cf. Tarne, Les lois sociales, p. 27, 28. 

Soci0OLOGIE ET ÉTHIQUE : 

B. (S'oppose à Étatisme). Théorie 
d’après laquelle « les hommes sont tou- 


jours trop gouvernés », et d’après la- | 





quelle l’idéal politique doit être le déve- 
loppement de l'initiative privée, la 
réduction des fonctions de l’État à un 
très petit nombre d’objets (libéralisme, 
individualisme spencérien), ou même 
leur suppression totale (individualisme 
anarchiste) (S). 

C. (S’oppose à Conformisme, quelque- 
fois à traditionalisme.) 1° État de fait, 
consistant en ce que les individus jugent 
et discutent, dans une société, les ins- 
titutions, les pratiques et les croyances 
de toutes sortes, au lieu de se confor- 
mer sans critique à l’ordre établi. — 
2° Théorie d’après laquelle cet état est 
supérieur à l’état contraire. — 3° Dis- 
position psychologique à cette indépen- 
dance d'esprit. 

D. Théorie d’après laquelle la société 
n'est pas une fin en elle-même ni l’ins- 
trument d’une fin supérieure aux indi- 


l'expérience fournit un contenu et une raison d’être aux opérations logiques; 
tantôt l’unité logique abstraite, nécessaire pour qu'il y ait une compréhension 
funicité du sujet) et une extension (généralité des prédicats). C’est cette seconde 
individualité, et non la première, qui s’applique par assomption à tel ou tel objet 
de pensée : elle est alors une fonction logique, dont le caractère formel apparait 
bien dans certaines opérations, en particulier dans la distinction entre la prédi- 
cation indivisible € : « Les Muses étaient neuf sœurs » et la prédication distri- 
butive 3 : « Les Muses étaient filles de Mnémosyne. » En ce sens, il est certain 
qu'un même terme, une même notion, peuvent être pris pour genre, pour espèce, 
ou pour individu. Mais alors la question ne se pose plus de savoir si ce qu'ils 
désignent est ou n’est pas un réel donné dans l'intuition. (A. L.) 

— La notion d’individu, dans la biologie, est des plus obscures. Je crois néces- 
saire de distinguer l'individu morphologique, c’est-à-dire tout vivant dont les élé- 
ments constitutifs ne peuvent être séparés ni divisés en parties sans en supprimer 
le caractère essentiel ; et l'individu physiologique, c’est-à-dire cette manifestation 
unitaire «le forme qui peut, pour un temps plus ou moins long, avoir d’une manière 
indépendante une existence propre, manifestée par la plus générale de toutes les 
fonctions : la conservation de soi-même. Cette forme d’individualité est la princi- 
pale ; la meilleure définition m’en semble celle de Cattaneo : « L’individu du point 
de vue physiologique est tout être qui vit par lui-même et qui présente une telle 
centralisation et coordination des fonctions qu'on ne saurait le diviser sans le 
détruire. » (Morphologie et embryologie générales, Milan, 1895, p. 108.) (C. Ranzoli.) 

— À:t-on le droit de définir l’individu, au point de vue sociologique, « l’unité 
dont se composent les sociétés » ? Auguste Comte ne cesse de répéter que « la société 
ne se compose pas d'individus » parce que la partie doit être homogène au tout. 
(F. Pécaut.) — Il me semble qu’il y a là un scrupule exagéré. C’est attribuer 
au mot compose beaucoup plus de précision qu’il n’en a dans l’usage philosophique: 
Il ne préjuge ni l’homogénéité du tout et des parties, ni la préexistence ou l’indé- 
pendance des parties à l’égard du tout (ce qui serait ici un malentendu encore 
plus grave). (A. L.) 


Sur Individualisme. -— Complété d’après les observations de L. Boisse et de 
MM. A. Landry et Marsal. Les sens ont été reclassés dans la quatrième édition. 

M. Marsal nous a communiqué le texte suivant d’Élie Halévy qui analyse 
très nettement le sens À : « L'individualisme peut être entendu, en premier lieu, 
comme une méthode pour l’interprétation des phénomènes sociaux. Je puis, en 
matière de sociologie, prendre comme données initiales les individus, supposés 
absolument distincts les uns des autres, réfléchis et égoïstes, ou encore, si l’on veut, 
supposés doués de la même constitution mentale que je puis découvrir en moi- 
même, par la simple observation de conscience. Je puis ensuite placer ces individus 
lès uns en face des autres, deviner comment ils réagissent les uns sur les autres, et 
reconstruire ainsi, par voie de déduction ou de construction, l’ensemble des 
Phénomènes sociaux. Voilà bien de l’individualisme... » Élie HaLévy, Congrès 
de Genève: Revue de Métaphysique, 1904, p. 1108. 

I] fait remarquer qu’on trouve chez Renan individualisme pour désigner un 
état de choses dans lequel les différences individuelles sont très marquées : « Au 
début de la carrière scientifique, on est porté à se figurer les lois du monde psycho- 
logique et physique comme des formules d’une rigueur absolue : mais le progrès 

e l'esprit scientifique ne tarde pas à modifier ce premier concept. L’individualisme 
&pparaît partout ; le genre et l'espèce se fondent presque sous l’analyse du natu- 
raliste ; chaque fait se montre comme sui generis ; le plus simple phénomène 
apparaît comme irréductible ; l’ordre des choses réelles n’est plus qu’un vaste 
balancement de tendances produisant par leurs combinaisons infiniment variées 
des apparitions sans cesse diverses. » RENAN, L'avenir de la science, 179. 

Revouvierx dit, dans un sens voisin : « Le vrai nom de la doctrine de Roscelin 
est l’individualisme, et cette doctrine n'implique nullement, comme on pourrait 
encore l’imaginer, la négation des lois de la nature, celle des espèces naturelles, 
Où de ce qu’elles peuvent entraîner de solidarité entre les étres ; ce sont là de tout 
autres questions ; ce qu’elle réclame, c’est que la réalité propre soit déniée aux 
&enres et aux espèces considérées en soi, hors des individus dont ils représentent 


sit. 


INDIVIDUALISME 


vidus qui la composent, mais n’a pour 
objet que le bien de ceux-ci; ce qui 
peut encore s'entendre en deux sens : 
19 les institutions sociales doivent avoir 
pour but le bonheur desindividus;2° elles 
doivent avoir pour but la perfection des 
individus (de quelque manière d’ailleurs 
qu'on entende cette perfection). 

E. Dans une intention péjorative : 
tendance à s’affranchir de toute obliga- 
tion de solidarité et à ne songer qu’à 
soi. « L’absorption de toutes les fonc- 
tions par l'État favorisa nécessairement 
le développement d’un individualisme 
effréné.. A mesure que le nombre des 
obligations envers l'État allait crois- 
sant, les citoyens se sentaient dispensés 
de leurs obligations les uns envers les 
autres. » KroPoTkiNr, L’Entr'aide, 
ch. vi. — Expression philosophique 









ee 500 


_ 


de cette tendance, en une théorie 
d’après laquelle on doit approuver et 
favoriser le développement de l’indi- 
vidu, en tant qu’il est « une énergie de 
volonté et d’activité débordante qui se 
pose devant autrui avec une indépen- 
dance fière, avec un esprit de lutte et 
de combativité refusant toujours de 
céder et prétendant toujours vaincre ». 
FouiLLéE, Esquisse psychologique des 
peuples européens, p. 190. 


CRITIQUE 


Mauvais terme, très équivoque, dont 
l'emploi donne lieu à des sophismes 
continuels. — Voir la critique d’/ndi- 
vidualité. 

Rad. int. : À. Individualism ; B. An- 
tistatism ; C. Nekonformism ; D. Indi- 
viduism ; E. (?) Kombatemes. 


. INDIVIDUALITÉ, L. /ndividualitas, 
troduit dans la langue philosophique 
les traductions latines d'AVICENNE ; 
Individualutüt, Individuelle Eigen- 
ichkeit ; E. Individuality ; I. Indi- 
“gidualita. — Ce mot n’est usuel que 
depuis LEiBniz (EUCKkEN). 
. À, B, C, D, E. Caractère de ce qui 
st individu à tous les sens de ce mot. 
à individualité s'emploie même, au 
æss général, d’une manière plus abs- 
waite et plus large qu’individu. « Un 
œærps dont la substance est très résis- 
nte… nous apparaît avec une forme 
déterminée et invariabl:, c’est-à-dire 
avec une individualité géométrique cons- 
tante. La constance de cette indivi- 
dualité géométrique n’est absolue dans 





INDIVIDUALITÉ 


aucun corps naturel, parce que tout 
effort imprime quelque déformation 
aux plus résistants. Mais l’abstraction 
nous permet d'éliminer les éventualités 
de ce genre et nous conduit à la notion 
d'une figure solide (ou invariable ou 
rigide). La conservation de l'indivi- 
dualité géométrique d’une figure solide, 
considérée à l’état de mouvement, 
aussi bien qu’à celui de repos, implique 
celle d’une individualité relative aussi 
bien déterminée, attachée à chacune 
de ses parties ». MÉRAY, Nouveaux 
éléments de géométrie, 1903, ch. 1, 
$ 2 et 6. 

On remarquera que ce sens du mot 
individualité ne retient qu’une partie 
des éléments qui définissaient l’indi- 








des qualités, et hors des esprits où se forment les idées de ces qualités d’après 
les ressemblances données et aperçues entre les choses. » RENOUVIER, Phil. anal. 
de l'hist., 111, 62. Cf. p. 143 : « L’individualisme de Duns Scot. » — Mais cet 
emploi du terme est si rare qu’il ne nous a pas paru devoir être retenu pour 
constituer une des divisions de l’article ci-dessus. 

M. Marsal ajoute que le sens E lui paraît un abus, « un mauvais usage prêtant 
à une vilaine manœuvre, consciente ou non, comme l'exploitation du mot « sen- 
sualisme » contre ce qui aurait dû être appelé « sensationnisme ». 


Les théories se définissant le plus correctement par leur point de départ, j’ap- 
pellerais volontiers théories individualistes celles pour lesquelles l'individu est la 
seule réalité irréductible dans l’ordre éthique ou politique {le seul absolu de ces 
questions), pour lesquelles par conséquent toutes les propriétés du groupe peuvent 
se ramener à des combinaisons quantitatives des propriétés de ses éléments 
individuels. La tendance individualiste consisterait alors à insister, en matière 
éthique ou politique, sur ce genre de réductions (tandis que la tendance socialiste 
ou solidariste consisterait à marquer l’originalité et l’irréductibilité de tout ou 
partie des propriétés du groupe à celles de ses éléments individuels, à chercher 
dans la socialité un absolu de la question). 

D'ailleurs, en partant de cette dernière conception, on peut prétendre établir 
que l’individualité se trouvera élevée à son maximum de valeur relative par le 
développement naturel ou par un développement artificiel du groupe ; comme 
inversement, en partant de la première, on peut chercher dans le développement 


naturel ou dirigé des individus la cause de la plus grande puissance du groupe. 
(M. Bernès.) 


Sur Individualisme, Critique. — L’équivoque la plus nette qui se rencontre 
dans l’emploi de ce mot est celle que signale le Handwôrterbuch für Staatswtis- 
senschaften à l’article Individualismus quand il montre que ce mot signifie tantô 
une théorie de la force {Machtdoctrin) tantôt une théorie du droit et de l'égalité 
Ce sont respectivement les sens E et D. (Ch. Serrus.) 


Sur Individualité, 

Voici d’abord la distinction qui avait été proposée par l’auteur, dans la pre- 
mière rédaction de l’article, entre individualité et personnalité : « 19 L’individualité 
est ce par quoi un individu diffère d’un autre et s’en distingue non pas seulement 
d'une façon numérique, mais dans ses caractères et sa constitution ; ainsi, pour 
en être humain, l'âge, le sexe, la taille ; les anomalies organiques ; les goûts, les 
dispositions, le degré de développement intellectuel ; ce qu’il y a d’unique dans 
sa mémoire et dans sa perception matérielles et affectives, etc. 

« 29 La personnalité (ou personnalité morale), c'est-à-dire le caractère qui le rend 
propre a faire partie d’une même société spirituelle! que les autres personnes; 
ce caractère, quoique inégalement réalisé chez les différents individus, leur est au 
contraire commun, et n’agit que dans la mesure de cette communauté. 

« On la confond souvent avec l’individualité : 

« 1° Parce que l’on admet en général cette thèse, chrétienne et kantienne, que 
tous les individus, au sens E, qui composent l’espèce humaine, sont aussi, vir- 
tuellement au moins, des personnes morales, jouissant d’une même raison, égale- 
an faites à l’image de Dieu, également appelées à faire partie d’un même règne 

les fins ; 

«2 Parce que la capacité et la volonté de juger par la raison et non par l’habi- 
tude étant chose rare, on confond ceux qui s’écartent du conformisme et de la 
banalité par caprice, par bizarrerie, par égoïsme, par esprit de contradiction, 
avec ceux qui s’en écartent par l’anticipation d’un bien ou d’une vérité encore 
Peu connus, et par la volonté réfléchie d’agir et de penser rationnellement. Cette 
dernière confusion est favorisée par le sens du mot personnel, qui est malheureu- 
sement très employé comme synonyme d'individuel, ou mème d’égoiste. — Voir 
en outre les équivoques signalées ci-dessus au mot individualisme*, » 

G. Dwelshauvers avait proposé au contraire la rédaction suivante : 

«PsycHoLoGie. L’on a parfois opposé individu à personnalité (particulièrement 

le rationalisme platonicien et dans la spéculation postkantienne) et c’est là 


— 
t ue première rédaction portait, au lieu de « spirituelle », les mots « morale et juridique », ce qui était d’une part 
ro 


t, et de l'autre impropre, l'ordre juridique ayant précisément pour raison d’être l'imperfestion morale des 
Vidns, qu'iltend à réformer et à corriger partiellement. 


di 


INDIVIDUALITÉ 





__ 502 





vidu au sens correspondant (sens A). 
Le caractère de donnée réelle et con- 
crète finit ici par être entièrement éli- 
miné au profit des caractères de per- 
manence, d'identité et d’unicité. C’est 
lPinverse de ce qui a lieu pour le mot 
individuel, au sens A. 

F. Caractère de ce qui est individuel 
au sens F; ensemble des caractères 
propres qui distinguent un individu des 
autres individus de la même espèce, 
ou des autres membres de la même 
société. 

En particulier, quand il s’agit des 





— 


hommes, originalité, esprit de non. 
conformisme ; quelquefois, mais par 
abus, personnalité morale. Voir Cri. 
tique*. 

G. Au sens concret, le mot se prend 
même quelquefois pour individu. C'est 
d'une mauvaise langue. 


CRITIQUE 


Tous les membres de la Sociéte qui 
ont pris part à la discussion, et les 
correspondants qui nous ont écrit à ce 
sujet, sont d’avis qu’il est très utile 
d'opposer individualité à personnalité ; 







mais ils se partagent sur la question de 
voir quel contenu psychologique on 
it donner à cette opposition. On 
accorde, en effet, à reconnaître que 
‘soit au sens B du mot individu (élément 
gique indivisible)}, soit au sens C 
#ynité biologique), soit au sens D (en- 
semble de particularités individuelles), 
git même au sens À (réalité donnée 
gans Pexpérience), l’individualité n’a 

de valeur morale, ou n’a de valeur 
morale que comme moyen d’autre 
chose qu’elle-même, tandis que la per- 


INDIVIDUALITÉ 


sède cette valeur morale intrinsèque, 
et doit être objet de respect. Mais sur 
la façon d’entendre cette personnalité, 
deux opinions sont exprimées, dont on 
trouvera les raisons exposées dans les 
Observations jointes à cet article : 

1° La personnalité s'oppose à l’indi- 
vidualité comme l'unité intérieure de 
la conscience et de la réflexion à l’unité 
extérieure qui ne vient que de l’orga- 
nisme et qui n’est que la résultante de 
forces naturelles, l'effet de leur con- 
cours en un certain point. L'une est le 


une opposition très féconde. On peut définir ces deux termes de la manière sui- 
vante : On peut considérer l’être conscient comme dépendant de nombreuses 
séries causales qui se croisent en quelque sorte en lui et dont l’ensemble s’impose 
du dehors à lui. Il n’en est qu’un moment. Dans ce cas, on envisage l’être conscient 
au point de vue de la sensibilité : c’est l’individu proprement dit, c’est-à-dire 
l'être limité, débordé de toutes parts par une infinité d’actions qui s’exercent sur 
lui et auxquelles il ne peut échapper. Or, il existe des données conscientes Corres- 
pondant à cet état. Maine de Biran les a décrites en maint endroit de ses Pensées. 
Arraché à lui-même et à ses réflexions par la vie mondaine et la politique, il 
éprouve un sentiment de dispersion de soi : l'individu apparaît, livré aux muluples 
actions extérieures. 

« On oppose à ce terme celui de personnalité ; c’est l’être conscient dans son 
unification intérieure, avant le sentiment de sa concentration ; on envisage ici le 
moi en tant qu’il est esprit et unité. Cette terminologie trouve de nombreuses et 
utiles applications ; ainsi l’état des sentiments dans la connaissance du premier 
genre chez Spinoza se rattache à l’individu, dans le troisième à la personnalité. 

M. R. Berthelot s'associe à ces observations. 

« J’admets comme vous, écrit M. Parodi, la nécessité de distinguer soigneu- 
sement les deux idées d’individualité et de personnalité; mais il me semble 
impossible de définir la personnalité uniquement par l’aptitude à faire partie 
d’une même société morale et juridique. On ne peut pas éliminer de la personnalité 
toute idée d’individualité ; l’individualité m’y semble impliquée et enveloppée. 
Ce qui, à mon sens, fait la personnalité, c’est la conscience nette de soi comme 
d’un être qui dure et qui s’attribue, à tort ou à raison, quelque identité ; la person- 
nalité c’est une individualité qui se pense et sc réfléchit. Comment pourriez-vous 
expliquer autrement les expressions consacrées par l’usage : maladies, dédouble- 
ment, de la personnalité ? On devrait dire, selon vos définitions, de l’individuulite. 
— Et c’est parce que la personne se connaît et se pense comme personne qu’elle 
peut se considérer comme avant des droits et des devoirs, c’est-à-dire comme le 
même être qui a pris des engagements dans Le passé, ou envers qui on en a pris, et 
qui doit donc les tenir ou peut en exiger l'observation dans l’avenir ; et c’est par k 
qu’elle peut entrer avec d’autres individus dans une société morale ou juridique, à 
la condition que ceux-ci soient eux aussi capables de se sentir soumis à des obliga- 
tions et de s’y lier volontairement. Si la qualité de personnes peut être commune 
à différents êtres, c’est justement parce qu’elle implique que chacun d’eux est 
se connaît et se veut comme individu, bien que soumis à une loi commune. » 


#wnnalité est ce qui, dans l’homme, pos- | rapport de l’être à tout ce qui l’a 
a, 


hrs a : mu Si = 


u Enfin M. M. Blondel ajoute dans le même sens : 

# « La personne requiert, comme condition nécessaire encore que non suffisante, 
Pindividualité. La personnalité n’est pas uniquement constituée par un caractère 
génériquement humain et par « la conscience de l’impersonnelt ». Ou plutôt la 
œnscience même de l’impersonnel implique la réalité concrète, singulière, indivi- 
duelle de l'agent. On n’est pas une personne sans être telle ou telle personne. » 

Je suis d’accord sur ce fuit que l’individualité est impliquée dans la person- 
salité, telle que celle-ci nous est présentée dans l’expérience psychologique. S'il 
s'agit de l'existence individuelle, au sens A, la chose est très évidente. Mais s’il 
#agit du caractère d’individualité, aux sens C ct D, il faut définir avec précision à 
quel titre elle v est enveloppée, et quel rapport ces deux termes soutiennent l’un 
avec l’autre. Pour le naturalisme évolutionniste, la personne est le prolongement 
ét pour ainsi dire la perfection de l'individu. L'adaptation des relations internes 
etleur intégration, qui définissent le progrès biologique, définissent aussi le progrès 
iatellectuel, moral et social. — Quoiqu’un grand nombre de psychologues modernes 
adoptent cette vue, elle me paraît artificielle et fausse. Le vrai rapport de la 
personnalité à l’individualité (si l’on entend respectivement par là ce qui, dans 
la vie, a et n’a pas de valeur morale) me semble beaucoup plus complexe ; et 
surtout, elle comporte un antagonisme en même temps qu’une liaison. L’organi- 
sation du type physiologique, fût-elle parfaite et consciente, tant qu’elle garderait 
la même direction et la même fin, ne créerait aucune personnalité ; au contraire, 
and celle-ci se développe, la vie organique s’en trouve refoulée, et même épuisée 
à certains égards. Ce qui représenterait le mieux la dépendance de la personnalité 
envers l’individualité (quoique l’image soit encore très imparfaite), ce serait le 
#apport de l'argent aux besoins qu’il permet de satisfaire : il se dépense à mesure 
qu’il sert ; et si l’on vient à le prendre pour fin, cette finalité propre entrave les fins 
&uxquelles on aurait pu l’employer : l’avarice empêche de boire et de manger, de 
même que le culte de l’individualité, sans plus, paralyse la vie supérieure de 
Vesprit. Aussi, la dépendance de la personne envers l'individu est-elle condition- 
lle, comme la nécessité de gagner et de dépenser. A la limite, la personne aurait 

ré toute individualité : on discute pour savoir si Dieu est personnel, mais 
%ux qui rapprochent le plus cette personnalité de celle de l'homme trouveraient 

ange et peut-être absurde de l’appeler un individu. 
‘_ Pour la même raison, ce qu’il y a de plus caractéristique dans l’opposition du 
nn 


L Expression de Paul Janet : voir le texte dont elle fait partie dans les Observations sur l’article Zmpcraunnel* 


dé 





INDIVIDUALITÉ 


causé, à tout ce qui agit sur lui du 
dehors ; l’autre est son rapport à un 
idéal spirituel qu’il conçoit et qu’il 
adopte pour sien. La personnalité est 
donc, dans ce cas, un caractère non 
moins unique que l’individualité. 

29 La personnalité est conçue comme 
le développement, dans un sujet pen- 
sant différent des autres par ses carac- 
tères, et primitivement disposé à pren- 







504 


susceptible d’entrer en communauts 
consciente d'idées, de sentiment et de 
volonté avec d’autres esprits. Elle est 
donc la réalisation, chez des êtres pri. 
mitivement divers, de dispositions vir. 
tuellement universelles, par où se substi. 
tue à l’antagonisme affectif, intellectue] 
et moral, un accord véritable, et non pas 
seulement un compromis et un équilibre 
comme dans l’organisation différenciée, 


dre pour fin cette diversité, d’un moi Rad. int. : Individuales. 





personnel et de l’individuel me semble être la conscience que prend le moi, non 
de son rapport à lui-même, mais de son rapport à ses semblables. D’abord, en ce 
qui concerne l’individualité, le critérium que l’on propose est double : d’une part, 
l’unité organique ; de l’autre, le fait d’être une résultante ; ces deux caractères 
s'accordent mal. Le fait d’être un complexus d’effets, un nœud de phénomènes 
engendrés suivant les lois de la nature, n'est-ce pas précisément le contraire d’une 
« forte individualité » ? Ce caractère ne se rencontre-t-il pas dans le moindre jeu 
de lumière encore plus visiblement que dans un organisme animal ? Il aurait bien 
plutôt pour effet de nous dissoudre dans la trame infinie et continue des choses. Il me 
semble tout au contraire que l’individualité est quelque chose de résiduel et d’irréso- 
luble, l’expression la plus nette de ce qu’il y a d’inintelligible dans les données sur 
lesquelles travaille la pensée. — Et d’un autre côté, conscience et rapport à soi ne 
suffisent pas à la personnalité morale : leur exaltation la plus intense n’aboutit 
parfois qu’à faire un fou. Il y faut de plus la raison, c’est-à-dire la communauté 
dans la vie de l’esprit. Conscience et centralisation ne sont encore, au point de vue 
normatif, que des moyens, et tirent toute leur valeur de la fin à laquelle ils servent. 

En effet, ce qui est important ici, n’est pas l’état de l’être considéré, mais sa 
tendance ; tendance à la concentration sur soi-même, tendance à l’universalisation. 
La vie organique a pour règle le maintien ou l’accroissement et la propagation 
d'un type, tel qu’il est donné, avec ses différenciations caractéristiques. Dans leur 
vie psychique, même très consciente et très organisée, la plupart des hommes 
nous montrent une seconde édition de cette tendance organique et égocentrique : 
voilà ce que je voudrais mettre en relief dans la définition de l’individualité psy- 
chologique, par analogie avec l’usage logique et biologique de ce mot. Inversement 
on trouve chez eux une tendance contraire, quelquefois à l’état embryonnaire, 
mais souvent très nette, parfois même remarquablement développée : tendance 
à l’établissement d’une représentation objective des choses, d’une table des 
valeurs communes ; d’une volonté décentrée de ce que chaque individu se trouve 
être accidentellement, entre la naissance et la mort. C’est ce caractère « public » 
qui fait d’eux des sujets capables de jugements moraux (qu’ils s’y conforment 
ou non), et qui par suite me paraît essentiel dans l’idée de personnalité. 

Quant aux expressions : « Maladies, dédoublement de la personnalité », quoique 
très usuelles, elles me paraissent assez impropres. L'adoption en a sans doute 
été déterminée par des raisons de commodité et d’euphonie, peut-être aussi par 
le désir de combattre, comme un préjugé, l’idée classique de l’unité et de l’identité 
de l’âme. L’expression juste, dont la longueur et la lourdeur ne favorisaient pas 
l'emploi, serait : « Maladies, dédoublement de l’unité psychologique individuelle. ? 
Mais d’ailleurs il arrive le plus souvent que ce sont aussi, par contre-coup, des 
maladies de la personnalité. (A. L.) 


} 


05 


INDUCTEUR 











es 


INDIVIDUATION, D. Individuation ; 
£. Individuation ; 1. Individuazione. 

(Terme scolastique, aujourd’hui peu 
usité.) Réalisation de l’idée générale 
dans tel individu. — Le principe d’indi- 
viduation (principium individuationis, 
terme introduit dans la langue philoso- 
phique par les traductions d’Avicenne, 
d’après EUCKEN, p. 68 ; principium in- 
dividui, LEIBNIZ : « De principio indi- 
pidui », 1663), est ce qui fait qu’un être 
possède non seulement un type spéci- 
fique, mais une existence singulière, 
concrète, déterminée dans le temps et 
dans l’espace. « Principium individua- 
tionis est id, per quod forma alicujus, 
quæ per se non subsistebat, incipit 
subsistere in hoc vel illo. » GOCLENIUS, 
v° Individuatum, 232 B. Ce principe 
est la matière, pour les choses sensibles, 
selon saint THomas D’AQUIN ; une dé- 
termination ou « forme » spéciale appe- 
lée Ecceité* selon Duns Scor, etc. — 
SCHOPENHAUER a repris cette expres- 
sion ; il l’applique au temps et à l’espace 
« mittelst welcher das dem Wesen und 
dem Begriff nach Gleiche und Eine, 
doch als Verschieden, als Vielheit neben 
und nach einander erscheint : sie sind 
folglich das principiun individuatio- 
nislr. Die Welt, II, $ 23. Voir Individu*. 


REMARQUE 


Le mot individuation et le verbe to 
individuate sont restés courants dans 
la langue de la psychologie anglaise 
(spécialement de la psychologie géné- 
tique) pour désigner le progrès mental 
consistant à spécifier un concept, à en 
restreindre l’extension en le détermi- 
nant davantage, de telle manière qu’il 





1. «.… grâce auxquels ce qui dans 8on essence et son 
Concept est semblable et identique, apparaît cependant 
somme divers, comme multiple, l’un F côté de l’autre 
à l'an pare l'autre : ils sont donc le principe d'indi- 

. 


ne s’applique plus qu’à un moindre 
nombre d’objets ou même à un seul. 
Rad. int. : Individuig. 


INDIVIDUEL, D. JIndividuell, ein- 
zeln ; E. Individual ; I. Individuale. 

A, B, C, D, E. Qui appartient à 
l'individu, qui le constitue, ou qui le 
concerne, à tous les sens correspon- 
dants de ce mot. Cependant, il faut 
noter qu’au sens À, individuel est plus 
large qu’individu, car il peut s’appli- 
quer même à quelque chose de transi- 
toire, ou qui n’a pas d’unité propre, 
comme un phénomène, qui ne pourrait 
être appelé individu. 

F. Qui appartient en propre à l’indi- 
vidu, ou qui concerne l'individu et lui 
seul, en tant qu'il n’est pas semblable 
aux autres. La « psychologie indivi- 
duelle » (D. Zndividual psychologie) est 
l'étude des différences psychiques entre 
les divers esprits. (Voir les observa- 
tions sur /ndividu et sur Individualité.) 

Rad. int. : Individual. 


INDIVIS, D. Ungeteilt; E. Undivi- 
ded ; I. Indiviso. 

A. Sens général : non divisé. « Pro- 
priété indivise. » 

B. Loc. Proposition indivise, celle 
dont le prédicat se rapporte au sujet 
comme à un tout indivis et, par suite, 
ne peut être affirmé (ou nié) séparé- 
ment de tel ou tel des individus qui 
forment l'extension du sujet : « Les 
carbures d'hydrogène sont nombreux. » 
Voir Ertension*. 

Rad. int. : Nedividit. 


« INDUCTEUR, induit. » 

A. Locique. Voir {nduction. 

B. Psycnozocie. On entend par in- 
ducteur, dans une association d’idées, 
le terme qui sert de point de départ à 
l’association ; par induit, celui auquel 
cette association aboutit. 





Sur Individuation. — Il n’y a de problème de l’individuation qu’autant qu’on 
admet un réalisme des universaux. Pour les nominalistes, c’est là un pseudo-pro- 
blème. Le problème, pour eux, est de rendre compte des universaux. (M. Marsal.) 


INDUCTIF 





INDUCTIF, D. Indukuw ; D. Induc- 
üve ; |. Induttivo. 

A. Qui procède par induction : « Mé- 
thode inductive. » 

B. Qui résulte d’une induction : « Vé- 
rité inductive. » 

Rad. int. : À. Induktal; B. Induktat. 


1. INDUCTION, G. ’Eraywyr ; L. In- 
ductio; D. Induction ; E. Induction ; 
I. Induzione. 

A. (Sens le plus usuel dans la langue 
courante, relativement rare en philo- 
sophie) : Inférence* conjecturale. — Ce 
sens appartient aussi au verbe induire, 
surtout dans la langue courante. Mais 






506 
ne 
il est rare, pour l’un et l’autre mot, 
dans la langue philosophique, sauf dans 
le cas précis où cette inférence conjec- 
turale est en même temps induction 
au sens B. (Voir J.S. Mir, Logique, 
liv. III, ch. 2.) PEIRCE a proposé de 
dire en ce sens Abduction*. 

Spécialement, processus de pensée 
reconstructif*, par lequel, partie en rai- 
sonnant, partie en devinant, on remonte 
de certains indices à des faits qu’ils 
rendent plus ou moins probables. « Lors- 
qu’on se hasarde à procéder ainsi par 
induction pour reconstituer théorique- 
ment la chaîne logique des êtres orga- 
nisés. on est lancé dans cette voie 


4 507 





‘ dangereuse en pleine incertitude. » DE 


LAUNAY, L'histoire de la Terre, 287. 
B. (Sens usuel dans la langue philo- 
gophique) : opération mentale qui con- 
siste à remonter d’un certain nombre 
de propositions données, généralement 
singulières ou spéciales, que nous ap- 
pellerons inductrices, à une proposition 
ou à un petit nombre de propositions 
plus générales, appelées induites, telles 
qu’elles impliquent toutes les proposi- 
tions inductrices. — Cf. Analyse*, C. 
19 L’indurtion formelie, induction en- 
tière (Port-Royal, 32 partie, ch. xix ; 
&e partie, ch. vi) ou induction complète 
(désignation de beaucoup la plus usuel- 


INDUCTION 


le) est celle où la relation énoncée par 
la proposition induite n’implique rien 
de plus que ce qui est impliqué par les 
propositions inductrices. Elle consiste 
le plus généralement à énoncer en une 
seule formule, relative à une classe, ou 
à un ensemble, une propriété qui a déjà 
été affirmée séparément de chacun des 
termes qui composent cette classe, ou 
des éléments qui constituent cet en- 
semble. Tel est le cas du syllogisme 
inductif d’Aristote (Premiers Analy- 
tiques, Il, 23) ; tel est aussi le cas, un 
peu différent, où l’énoncé diffère dans 
sa forme logique de celui des proposi- 
tions inductrices, quoi qu’il leur soit 





Sur Induction. — 1° Remarques historiques. — La formule qui définit l'induction 
par «le passage du particulier au général », et dont M. GogLor a fait voir l’incompa- 
tibilité avec l’usage actuel des mots, se rencontre dans la Logique de PorT-RoYaL 
sous la forme suivante : « On appelle induction lorsque la recherche de plusieurs 
choses particulières nous mène à la connaissance d’une vérité générale. Ainsi, 
lorsqu’on a éprouvé sur beaucoup de mers que l’eau en est salée, et sur beaucoup 
de rivières que l’eau en est douce, on conclut généralement que l’eau de la mer 
est salée et celle des rivières douce. » Zbid., 3° partie, ch. x1x, $ 9. 

LeiBniz emploie induction comme équivalant à connaissance par expérience : 
« D'où il naît une autre question, savoir : si toutes les vérités dépendent de 
l'expérience, c’est-à-dire de l’induction et des exemples, ou s’il y en a qui ont 
encore un autre fondement. » Nouv. Essais, Préface, $ 3. 

Pour Cournor l'induction est « le procédé de l'esprit qui au lieu de s’arrêter 
brusquement à la limite de l'observation immédiate, poursuit sa route, prolonge la 
ligne décrite, cède, pour ainsi dire, pendant quelque temps encore, à la loi du 
mouvement qui lui était imprimé, mais non d’une manière fatale et aveugle : car 
la raison lui dit pourquoi il aurait tort de résister. » Essai, ch. 1v, $ 49. Il la consi- 
dère, semble-t-il, comme le genre commun dont l’interpolation et l’extrapolation 
sont les espèces (Zbid., $ 46) et l’oppose à l’analogie « qui s’élève par l’observation 
des rapports à la raison de ces rapports » ($ 49). Cf. Analogie*. 

J. Hadamard, G. Milhaud, M. Winter, ont fait observer que l’induction aristo- 
télicienne ne doit pas être considérée comme un genre dont l’induction mathéma- 
tique serait un cas spécial. (Telle est aussi l'opinion de F. ENRIQUES, Problemi della 
scienza, p. 201, note ; où il fait remonter à Maurolico, en 1550, la découverte de 
ce type de raisonnement, d’après une communication de VAILATI.) 

L’induction rigoureuse ou complète pourrait donc comprendre trois espèces 
distinctes : 1° Le syllogisme inductif des Analytiques, caractérisé par le fait que 
la preuve est censée avoir été faite pour chacun des termes réunis ensuite dans 
un seul concept (ce qui suppose ces termes en nombre fini) ; 2° la colligation par 
observations réellement effectuées sur un ensemble d'éléments ordonnés, et dont 
l'ordre intervient dans la démonstration, comme dans l'exemple du navigateur et 
de l’île ; 30 l'induction mathématique où la preuve n’est pas antérieurement faite 
pour chacun des éléments, mais où elle est seulement admise comme indubita- 
blement possible. Elle comprendra elle-même deux formes, selon que les termes 





élémentaires sur lesquels porte la démonstration ne dépendent pas l’un de l’autre 
{par exemple lorsqu'on démontre une propriété sur une figure ou sur un nombre 
déterminés, mais en faisant voir que l’opération pourrait se répéter sur tout autre 
nombre ou toute autre figure de la même espèce), — ou dépendent l’un de l’autre 
dans un ordre déterminé, en sorte que la démonstration de la propriété en question 
pour un des termes suppose la même démonstration déjà effectuée par tous 
les termes antérieurs (par exemple dans le cas cité dans le texte ci-dessus). On 
doit réserver, semble-t-il, à la dernière de ces formes le nom de raisonnement par 
récurrence. (Voir Poincaré, La science et l'hypothèse, ch. 1 ; G. MirnauD, Le 
rationnel, ch. 1v.) (A. L.) 

11 y a lieu de remarquer que cette récurrence sert non seulement à démontrer, 
mais aussi à définir. Voir PEANO, Formulaire mathématique (1903), $ 10, n° 3 : 
« Soit S une classe, supposons que zéro appartienne à cette classe et que toutes 
les fois qu’un individu appartient à cette classe, son suivant y appartienne aussi; 
alors tous les nombres appartiennent à cette classe. On appelle principe d’induction 
cette proposition. » Cf. PoiNcaRÉ, La science et l'hypothèse, ch. 1, $ 3 : « Définition 
de l’addition » et ENRIQUEs, Problemi della scienza, ch. 111, $ 19 : « Fondamenti 
dell’ Aritmetica. » 

20 Observations critiques. — Il y a, ce semble, comme condition préalable de 
l'induction discursive, qui est seule décrite en cet article, une induction immédiate 
qui n’a pas besoin de cas réitérés ou de propositions multiples pour se constituer : 
elle saisit, comme disaient les péripatéticiens, l’universel dans l’individu même. 
Et comment ou pourquoi ? Parce que toute perception ou toute conception qui 
devient distincte et définissable, n’acquiert cette précision logique qu’autant que 
nous réitérons par un signe et une représentation subjective la présentation 
initiale ; par là même toute notion réfléchie, en tant qu’elle est virtuellement réité- 
rable à l’infini, implique un caractère d’universalité, une tendance spontanée à 
ériger en règles fixes les rapports qui constituent nos perceptions et nos conceptions 
explicites. 11 ne faut pas laisser croire qu’il n’y a induction qu’où il y a plusieurs 
expériences ou plusieurs propositions à confronter. (M. Blondel.) 

Je crois qu’il faut distinguer à cet égard : 1° Le mouvement naturel de l'esprit 
qui glisse spontanément du fait à la loi, c’est-à-dire qui accorde sans critique une 
valeur universelle, au rapport sous lequel il s’est représenté un fait donné. Il y a 
là une inférence conjecturale au sens À, la vraisemblance subjective d’une conjec- 


INDUCTION 


équivalent : c’est ainsi qu’on établit 
par colligation qu’une terre « est une 
île » si un navire qui en a suivi la côte, 
toujours dans le même sens, finit par 
se retrouver à son point de départ 
(J. S. Mi, Logique, III, ch. 2). 

Une autre forme d’induction com- 
plète est l'induction mathématique : elle 
consiste, une relation étant. établie pour 
un des termes d’une classe, à étendre 
cette relation de proche en proche, en 
vertu d’une implication rigoureuse, à 
tous les autres termes de cette classe 
(que le nombre de ces termes soit ou 
non limité). Par exemple, un théorème 
étant établi pour rn — 1, on montre que 
s’il est vrai de n — 1, il est aussi vrai 
de n ; et l’on en conclut qu'il est vrai 
pour tous les nombres entiers. (Voir 
Récurrence* et Observations ci-dessous.) 

29 L’induction au sens ordinaire, ou 
induction amplifiante (à laquelle J. S. 
Mic voudrait qu'on réservât exclusi- 
vement le nom d’induction), est celle 
où la relation formulée par la propo- 








508 
sition induite s'applique à tous les 
termes d’une classe, en nombre fini eu 
indéfini, alors que cette relation n'a 
été affirmée que de quelques-uns seu. 
lement d’entre eux par les propositions 
inductrices. 

Voir Jean Nicon, Le problème de 
l'induction ; G. BAcHELARD, Essai sur 
la connaissance approchée ; A. LALAx- 
DE, Les théories de l'induction et de 
l'expérimentation, ch. I, XI, XIII. 


REMARQUES 


1. L’induction formelle est un rai- 
sonnement et constitue une preuve 
apodictique. Si donc l’on entend par 
déduction, comme le font en général les 
logiciens contemporains, et comme nous 
l’avons fait ici, toute opération qui 
consiste à passer d’une ou de plusieurs 
propositions à une proposition qui en 
est la conséquence nécessaire en vertu 
de lois logiques, il s'ensuit : 1° que 
l'induction complète est une forme de 
la déduction ; 2° que celle-ci ne va pas 





ture étant susceptible de tous les degrés. — 2° L'opération réfléchie qui donne 
lieu à cette remarque usuelle, mais souvent mal analysée, « qu’un seul fait bien 
observé donne le droit d’induire ». Celle-ci n’est vraie que pour des cas où l’on n’a 
qu’à trancher entre les deux membres d’une alternative, ou pour des faits très 
spéciaux, résolubles en éléments connus, eux-mèmes élaborés déjà par une induc- 
tion discursive du type ordinaire. L’induction n’y porte donc pas proprement 
sur le fait unique : celui-ci ne fait que fournir une donnée matérielle laissée pour 
ainsi dire en blanc dans le raisonnement. — Quant au rôle de la première de ces 
démarches intellectuelles dans notre assentiment scientifique, elle rentre dans 
le problème du fondement psychologique de l'induction, tel qu’il est défini ci- 
dessus. (A. L.) 

L'induction ne se réduit pas, comme on le dit souvent, à la détermination d’un 
rapport causal, mais elle peut aussi bien aboutir à déterminer une figure, une 
trajectoire, une fonction mathématique ; et dans certains cas (comme dans 
lPinduction qui détermine la trajectoire d’une planète) elle n’est pas l’extension à 
toute une classe d’une propriété imiué'iatement donnée pour quelques-uns des 
termes de celle-ci, mais la position d’une idée qui fait comprendre des perceptions 
d’abord réfractaires à la pensée (ici, les positions irrégulières de « l’astre errant »). 
L'idée d’induction ne se confond avec celle de généralisation que parce qu’effec- 
tivement le monde offre à notre observation des classes de faits. Mais quand on 
va, rigoureusement, de la détermination des relations à l’idée de la classe (par 
exemple en chimie), l'induction est d’abord définie par la détermination même 
des relations constitutives. » (M. Dorolle.) 

Voir du même auteur Les problèmes de l'induction, not. ch. 1, 85 ; cf. ci-dessus 
Colligation* et Généralisation*. 


toujours « du général au particulier » 
{ou, pour parler plus exactement, du 
générique au spécial). 

2. L'induction amplifiante n’est pas 
une implication logique ; car de ce que 
quelques S sont P ou même que beau- 
coup d’S sont P, il ne saurait suivre 
que tous les S soient P. Elle n’en est 
pas moins tenue, sans contestation, 
pour tout à fait probante dans un cer- 
tain nombre de cas. Par suite, elle 
soulève trois problèmes connexes, ordi- 
nairement réunis sous le nom de Pro- 
blème du fondement de l'induction : 

a. Problème du fondement psycholo- 
gique de l’induction : Étant donné que 
da plupart des propositions que nous 
jugeons vraies reposent sur des échan- 
tillons et des exemples, d’où vient l’as- 
sentiment, parfois si décidé, que nous 
leur accordons ? 

b. Problème de la logique de l’induc- 
tion : Dans quels cas et sous quelles 
conditions une proposition induite peut- 
elle être tenue pour vérifiée ? 

c. Problème des principes de l'induc- 
tion : Peut-on réunir tous les cas d’in- 
duction légitime dans une règle logique, 
eu dans un petit nombre de règles 
logiques, rigoureusement définies ? — 
Cf. Fondement*. 


2. « Induction psychomotrice. » 

Ch. FÉRÉ a appelé ainsi (par ana- 
logie avec le phénomène électrique d'in- 
duction) le phénomène dont il donne 
l'exemple suivant : « Si, prenant un 
sujet de ce genre (névropathe sugges- 
tible}, nous le prions de regarder avec 
attention les mouvements de flexion 


INERTIE 


que nous faisons avec notre main, au 
bout de quelques minutes il déclare 
qu'il a la sensation que le même mou- 
vement se fait dans sa propre main, 
bien qu’elle soit complètement immo- 
bile ; et au bout de quelques instants, 
en effet, sa main commence à exécuter 
irrésistiblement des mouvements ryth- 
miques de flexion. Or si, au lieu de 
laisser l’expérience en arriver à ce 
point. on l’arrête au moment où le 
sujet commence à avoir la sensation 
du mouvement qui ne se fait pas 
encore, au moment où le mouvement 
est à l’état naissant, en lui plaçant un 
dynamomètre dans la main, on cons- 
tate que l'énergie de la pression a 
augmenté d’un tiers ou de la moitié. » 
FÉRÉ, Sensation et mouvement, p. 13-14. 
« Ces faits, ajoute-t-il, nous paraissent 
propres à montrer que l’énergie d’un 
mouvement est en rapport avec l’inten- 
sité de la représentation mentale de ce 
même mouvement. » Jbid., 14-15, — 
Cf. Idées-forces. 
Rad. int. : Indukt. 


INERTIE, D. Trägheit, Beharrungs- 
vermôgen ; E. Inertia ; I. Inerzia. 

A. Sens général : absence d'initiative, 
paresse, résistance au mouvement. 
L’inertie mentale et la loi du moindre 
effort, FERRERO, Revue philosophique, 
février 1894. 

B. Paysique. Ensemble de proprié- 
tés des points matériels consistant : 

1° En ce qu’un point libre de toute 
liaison mécanique et ne subissant au- 
cune action conserve indéfiniment la 
même vitesse en grandeur et en direc- 





Sur Inertie. — M. Pécaut estime que l'emploi de ce mot au sens B, 2°, est 


incorrect et que, dans les textes cités, il est pris à tort pour masse. — MM. R. Ber- 
thelot et Winter font observer que cette acception tend au contraire à se généra- 
&eret que l’on nomme souvent inertie électrique, à l'exemple de LoDGE, la propriété 
Que manifestent les phénomènes de self-induction. « La self-induction, dit 

. Poincaré, est une véritable inertie. » — « Ce que nous appelons masse ne 
#rait qu’une apparence : toute inertie serait d’origine électro-magnétique. » — 
* Cette énergie ne peut donc qu'augmenter l’inertie de l’électron, etc. » La dyna- 
Mique de l’électron, Rev. gén. des sciences, 30 mai 1908. — Il est vrai que cet 
Usage du mot a été blämé d’autre part par DweLsHauvers-DERY d’après qui 


INERTIE 





510 








tion (y compris le cas où cette vitesse 
est nulle, c’est-à-dire où le corps est 
au repos). On admet qu'il existe un 
système de coordonnées tel que tous 
les points matériels, rapportés à ce 
système, soient doués d'inertie. Cette 
condition se vérifie avec une approxi- 
mation grossière, mais pratiquement 
suffisante, si l’on rapporte les mouve- 
ments observés sur la surface de la 
Terre à celle-ci, considérée comme 
immobile; elle se vérifie avec une 
approximation supérieure aux erreurs 
d'observation si l’on rapporte les mou- 
vements à un trièédre ayant pour som- 
met le centre du Soleil, et dont les 
arêtes soient dirigées vers des étoiles 
fixes déterminées. 

L’'énoncé de cette propriété s’appelle 
principe d'inertie. 

2° En ce que, lorsqu'un corps subit 
Paction d’une force, l’accélération qu’il 
en reçoit est inversement proportion- 
nelle à un coefficient déterminé, va- 
riable pour les différents corps, et 
qu’on appelle sa masse. On appelle 
quelquefois, en ce sens, force d'inertie 
la force fictive qui, appliquée à un 
corps en mouvement sous l’action 
d’une force, est censée faire équilibre à 
celle-ci ; elle est par conséquent égale, 
et de sens inverse, au produit de la 
masse par l'accélération (m y). — Le 
moment d'inertie d’un point matériel 
assujetti à se mouvoir autour d’un axe 
fixe de rotation est le produit de sa 
masse par le carré de sa distance à cet 
axe (mr!). 


CRITIQUE 


On ne fait entrer ordinairement que 
la première de ces deux propriétés dans 


en 


la définition de l’inertie. Mais c’est à 
tort : car si l’on consulte l'usage fait 
de ce terme par les savants, on constate 
qu'il ne s’applique pas moins à Ja 
réponse variable des différents corps à 
une même force qu’à la propriété cons. 
tante de conserver la même vitesse. 
« Le quotient de la force par l’accélé. 
ration... est la véritable définition de 
la masse, qui mesure l’inertie du corps. » 
PoiNcARÉ, Science et méthode, p. 955. 
D'ailleurs, ce sens complexe du mot 
inertie est traditionnel ; LEIBNIZ dit de 
même : « Nous remarquons dans la 
matière une qualité que quelques-uns 
ont appelée l’inertie naturelle par la. 
quelle le corps résiste en quelque façon 
au mouvement; en sorte qu’il faut 
employer quelque force pour l’y mettre 
(faisant même abstraction de la pesan- 
teur) et qu’un grand corps est plus diffi- 
cilement ébranlé qu’un petit corps. » 
Journal des Savants, 18 juin 1691. 
(Œuvres philosophiques, édition Janet, 
11, 627 ; cf. p. 630.) 
Rat. int. : Inertes. 


INFÉRENCE, L. Jllatio ; D. Inferie- 
ren ; E. Inference, Illation ; 1. Inferenza. 
Illazione. 

A. Toute opération par laquelle on 
admet une proposition dont la vérité 
n'est pas connue directement, en vertu 
de sa liaison avec d’autres propositions 
déjà tenues pour vraies. 

Cette liaison peut être telle que la 
proposition inférée soit jugée néces- 
saire, ou seulement vraisemblable, Jn- 
férence est ainsi le terme le plus général, 
dont raisonnement, déduction, induc- 
tion, etc., sont des cas spéciaux. — 
D'autre part, ce mot ne s'emploie pas 





l’on ne devrait parler ni de « vaincre l’inertie » d’un corps, ni d’un « accroissement » 
de l’inertie. « Des expressions, même reçues, comme celle-ci : L’inertie d’un corps 
s’oppose à toute variation de sa vitesse, présentent le danger de laisser croire que 
linertie est une force intime qui s’oppose à l’action de toute force motrice exté- 
rieure. Il serait plus conforme à l’axiome fondamental de dire que cette incapacité 
appelée inertie signifie que tout changement de mouvement est dù à une force 
motrice extérieure, et que l’effet de cette force est exactement égal à sa cause. * 
La Masse des corps est-elle variable ? Zbid., 15 nov. 1908. 







quand il s’agit d’une simple implica- 
tion logique, dégagée de toute asser- 


‘tion sur la vérité ou fausseté des pro- 


positions qui s’impliquent ; il ne se dit 


que du passage de propositions données 


comme vraies ou comme fausses, à la 


-gérité ou à la fausseté de celles qui en 


dépendent, sauf dans le cas des « infé- 
rences immédiates* », considérées en 


‘tant que pures formes logiques. 


Pour les nuances qui distinguent ]n- 
férence et Raisonnement* dans le lan- 
gage philosophique usuel, voir la cri- 
tique de ce dernier terme. 

Inférence du particulier au particulier 
(John S. Mir, Logique. liv. III, ch. m1, 
$ 3) ou, pour mieux dire, du singulier 
eu singulier : celle qui consiste à con- 
clure d’un fait à un autre fait analogue. 
. B. Proposition dont l’assertion ré- 
sulte d’une inférence au sens A. 

. Inférence immédiate, voir Immédiat*. 

Rad. int. : A. Infer ; B. Inferai. 


INFÉRIEUR, D. Wiedriger ; E. Lo- 
wer ; I. Inferiore. 

Terme très usité en philosophie, 
mais très vague : s’applique à tout ce 
qui, comparé à quelque autre objet de 
pensée de mêrne nature, est apprécié 
Moins favorablement. « Selon l’excel- 
fente définition d’Auguste Comte... le 
iatérialisme est la doctrine qui expli- 
que le supérieur par l’inférieur.… C’est 
Pœuvre achevée qui explique l’ébauche, 
lé complet, le parfait qui explique l’in- 
complet et l’imparfait, le supérieur qui 
explique l’inféricur. Par suite, c’est 
Pesprit seul qui explique tout. » Ra- 
VAISSON, La phil. en France au XIX®s., 
p. 189. 

Se dit spécialement : 

1° d’une opération, d’une fonction 
Psychologique opposées à une opéra- 
ion ou fonction plus complexe qui 


ee 


INFINI 


suppose la première, la contient et v 
ajoute un caractère nouveau. 

20 de ce qui est considéré comme 
moins avancé dans l’ordre de l’évolu- 
tion (en tant que celle-ci consiste en 
une différenciation croissante) : « Les 
espèces inférieures ; les sociétés infé- 
rieures. » 

30 en LociQuEe, d’un terme moins 
général qu’un autre. 

Cf. HauT*, Observations. 

Rad. int. : Infr. 


IN fieri, en devenir (D. 1m Werden), 
en voie de transformation. — Se dit de 
ce dont la pensée enveloppe une alté- 
ration continue. 

Les scolastiques disent dans le même 
sens in via (GocLENIUus, V0, 226 B). 


1. INFINI, adj, — D. Unendlich; 
E. Infinite ; 1. Infinito. 

Qui n’a pas de borne, soit en ce sens 
qu’il est actuellement plus grand que 
toute quantité donnée de même nature 
(infini actuel), soit en ce sens qu’il peut 
devenir tel (infini potentiel). Ce mot, 
emplové seul, a toujours le premier 
sens ; le second appartient proprement 
aux termes indéfini*, ou infiniment 
grand. « Je ne me sers jamais du mot 
d’infini pour signifier seulement n’avoir 
point de fin, ce qui est négatif et à 
quoi j'ai appliqué le mot d’indéfini, 
mais pour signifier une chose réelle, 
qui est incomparablement plus grande 
que toutes celles qui ont quelque fin.» 
DEscarTes, Lettre à Clerselier, Ad. et 
Tann., V, 356. — Voir Catégorémati- 
que*, Syncatégorématique* 

Spécialement, un ensemble formé 
d'unités distinctes est dit infini s’il est 
«équivalent à une partie de lui-même », 
c’est-à-dire si l’on peut établir une cor- 
respondance terme à terme, univoque 


Sur Inférieur. — Article complété d’après les observations de J. Lachelier et 


M. Drouin. 


Ce terme impliquant un jugement de valeur ne devrait jamais être employé 
Pour caractériser des espèces ou des êtres scientifiquement considérés. (L. Boisse.) 





INFINI 


et réciproque, entre les unités qui com- 
posent cet ensemble et celles qui com- 
posent l’une de ses parties (p. ex., entre 
la suite naturelle des nombres et la 
suite des nombres premiers, qui y est 
comprise). Les « nombres infinis » ont 
aussi été définis négativement : les 
nombres (cardinaux) qui ne font pas 
partie de la suite ordinale des nombres 
obtenus par l'addition successive de 
l'unité à elle-même. Le « plus petit » 
de ces nombres est « le nombre des 
nombres finis » que CANTOR a repré- 
senté par © et WHITEHEAD par &o. Voir 
CouTURAT, De l'infini mathématique 
pp. 617-618, Les principes des mathé- 
matiques, chap. 11, C. 

Cf. Fini* et Indéfini*. 

Rad. int. : Infinit. 


2. INFINL, subst. D. Das Unendliche ; 
E. The Infinite ; 1. L’'Infinito. 

A. Ce qui est infini en quelque attri- 
but : le plus souvent, grandeur ou dis- 
tance infinie. « Il faut soigneusement 


512 


CouTuRAT, De l’Infini mathématique, 
livre IV, ch. 1 :« L'infini géométrique. » 
— « Un point à l'infini. » 

B. L'Être infini en tous ses attributs, 
« Ï n’y a que Dieu, que l'infini... qui 
puisse contenir la réalité infiniment 
infinie que je vois quand je pense à 
l’être. » MALEBRANCHE, Entretiens mé. 
taphysiques, I], $ 111. « Dieu ou l'infini 
n’est pas visible par une idée qui le 
représente. » Jbid., I1, $ 5v. 


Infiniment grand, D. Unendlich 
gross ; E. Infinitely large ; I. Infinita- 
mente grande. 

Plus grand que toute quantité don- 
née. — Ne se dit que des grandeurs 
considérées comme variables, et même 
plus spécialement d'un nombre qui 
s’accroit indéfiniment. — On ne dit 
pas usuellement de l’espace qu'ilest « in- 
finiment grand », mais qu'il est infini. 


Infiniment petit, D. Unendlich klein ; 
E. Infinitely small, infinitesimal ; I. In- 





distinguer l'infini proprement dit de 


finitesimale. 
l’indéfini, qui n’est qu'un fini variable. » 


A. « On appelle quantité infiniment 





Sur Infini. — On confond généralement l'infini relatif, c'est-à-dire ce qui n’a 
aucune limite assignable, avec l'infini absolu (que Cantor, Wundt, Lasswitz ont 
appelé transfini), c'est-à-dire ce qui n’a aucune limite possible. Le premier exprime 
une simple possibilité, le second exprime une effectivité complète, qui pourrait 
se définir aussi : une totalité dans laquelle tous les degrés de diminution ou d’aug- 
mentation sont donnés d'avance. Avec l'infini absolu nous sommes donc hors du 
concept de grandeur ; entre lui et l'infini relatif (infiniment grand, infiniment 
petit) il y a non une différence &e quantité, mais de qualité. Voir CaNToR, Zur 
Lehre von Transfiniten, 1890 ; WunpT, Logik (1883), I1, 127-128. — Le premier 
s'appelle encore infini négatif, ou indéfini, le second infini positif ou illimité 
(illimitato), traduction du mot Unbegrenzt employé par DüHRING dans sa Vatür- 
liche Dialektik, 1865. (C. Ranzoli.) 

Cf. la doctrine de DESCARTES sur la connaissance de l'infini : « La notion que 
j'ai de l’infini est en moi avant celle du fini, pour ce que, de cela seul que je 
conçois l'être ou ce qui est sans penser s’il est fini ou infini, c’est l’être infini que je 
conçois ; mais afin que je puisse concevoir un être fini, il faut que je retranche 
quelque chose de cette notion générale de l'être, laquelle par conséquent doit 
précéder. » Lettres, Ed. Adam et Tannery, t. V, p. 356. Ce passage fait suite à 
celui que nous avons cité dans le texte de l’article. Ils nous ont été signalés par 
R. Eucken, 

LEIBNiz, reprenant une expression d’origine aristotélicienne et scolastique 
appelle praedicatum infinitum un terme négatif tel que « non-sage ». Opuscules 
et fragments inédits, Ed. Couturat, 317. Voir Indéfini*. 


518 








etite, où simplement infiniment petit, 
Qute grandeur variable dont la limite 
est zéro. » DUHAMEL, Calcul infinitési- 
mal, liv. I, ch. 11, $ 6. Voir Infinité- 
simal*. 

B. Improprement, très petit. Se dit 
souvent en ce sens des microrganismes. 


INFINITÉ, D. Unendlichkeit ; E. In- 
finity, Infinitude ; 1. Infinità, Infini- 
tate. 

A. Caractère de ce qui est infini. 
« La principale (des propriétés com- 
munes à toutes choses) comprend les 
deux infinités qui se rencontrent dans 
toutes : l’une de grandeur, l’autre de 
petitesse. » PascaL, De lesprit géomé- 
trique, Petite éd. Brunsch., 174. 

B. Nombre ou grandeur infinis. Par 
hyperbole, nombre très grand. « On se 
pourrait exempter d’une infinité de 
maladies. » DESCARTES, Discours de la 
Méthode, VI, 2. 

Infinitude, comme /nfinité au sens A. 

Rad. int. : A. Infinites. 


INFINITÉSIMAL, L. Mod. Jnfinite- 
simus (LE1BNIZ) ; — D. A. Unendlich 
kein ; A. B. Infinitesimal... ; E. Infini- 
tsimal ; 1. Infinitesimale. 

A. Infiniment petit*, au sens À — 
L’infiniment grand a été appelé par 
LeiBniz infinitupe (magnitudines infi- 
Aüuplae, opposé à magnitudines infi- 
nitesimae : Lettre au P. Des Bosses, 
GerHARDT, 11, 305; JANET, I, 455); 
Mais ce terme n'est pas entré dans 
l'usage. 

B. Qui concerne les quantités infini- 
tésimales. Le calcul infinitésimal est 
l'algorithme inventé par Leibniz et 
exposé dans sa Vova Methodus pro 
Maimis et minimis (1684) ; la Méthode 
Mfinitesimale (APPELL, Éléments d'ana- 


a — 





INFLUENCE 





lyse mathématique, ch. 1) comprend 
toutes les opérations mathématiques 
qui ont pour objet d'établir des rela- 
tions entre grandeurs finies par la 
considération de quantités infinitési- 
males : mesure des grandeurs finies 
considérées comme limites ; détermina- 
tion des grandeurs finies considérées 
comme rapport de deux quantités infi- 
nitésimales (calcul des dérivées) ; dé- 
termination des grandeurs finies consi- 
dérées comme somme d’un nombre infi- 
niment grand de quantités infiniment 
petites (calcul intégral). 

C. Par extension, mais impropre- 
ment : ce qui est très petit (par rapport 
aux grandeurs que nous considérons 
habituellement). 

Rad. int. : Infinitesimal. 


INFINITIVE, quelquefois employé 
substantivement pour Proposition infi- 
nitive. Voir Lexis*. 


INFLUENCE, D. Eïinfluss ; E. In- 
fluence ; I. Influenza. — « Ancienne- 
ment, action par laquelle s'écoule des 
astres un fluide qui est censé agir sur 
la destinée des hommes. » Dar. 
Harz. et THomas, sub vo. 

A. Action d’une circonstance, d’une 
chose ou d’une personne sur une autre, 
au sens le plus vague de ce mot (voir 
Action-C). Cf. Influx*. — Le mot in- 
fluence emporte presque toujours l’idée 
que l’action dont il s’agit s'exerce 
d'une façon graduelle, continue, pres- 
que insensible, et coopère aver d’autres 
causes dans la production de ses effets. 
On dit, en ce sens, que ce qui agit 
exerce une influence. Le verbe corres- 
pondant est influer (sur). 

B. Spécialement, autorité de prestige 
sur les idées ou sur la volonté d’autrui. 





Sur Influence. — J. Lacheller nous a ignalé l’origine astrologique de ce mot, et 
Mot ascendant, qui en est presque synonyme. Cette origine en explique l'import. 
. L Boisse estime qu'il serait d’une bonne langue d'appeler exclusivement 
‘afluence, l’action d’une circonstance ou d’une chose sur une personne ; ascendant, 
nn d’un personne sur une autre; empire, l’action de nous-mêmes sur nous- 


mes, 


de 


INFLUENCE 


« Avoir de l'influence sur quelqu'un, 
sur la marche d’une affaire (considérée 
comme résultant de décisions volon- 
taires). » — Absolument : « Avoir de 
l'influence, être influent » = avoir du 
crédit, de l’ascendant; êtreécouté. — Le 
verbe correspondantest influencer (act.). 

C. Circonstance, chose ou personne 
qui possède ou exerce une influence, à 
lun quelconque des deux sens précé- 
dents. 

Rad. int. : À. B. Influenz ; — C. In- 
fluantes. 


< INFLUX », L. Znfluxus ; D. E. In- 
tluxus ; I. JInflusso. 

Sens général : influence. — N'est 
plus usité que dans quelques expres- 
sions telles qu’'influx nerveux (action 
qui se propage le long d’un nerf) ou 
Influx physique (Influxus physicus, in- 
fluence naturelle), dans la doctrine 
suivant laquelle l'âme et le corps, con- 
sidérés comme deux substances hété- 
rogènes, agissent effectivement l’un sur 
l’autre. Elle a été opposée à l'harmonie 
préétablie* et à l’occasionalisme*, par- 
ticulièrement dans les discussions phi- 
losophiques de la première moitié du 
xviie siècle. (Voir Van BiËMA, Martin 
Knutsen et la critique de l'harmonie 
préétablie. « Le premier de ces systèmes 
est celui d’influx. par lequel on établit 
une influence réelle du corps sur l’âme 
et de l’âme sur le corps. quoique l’on 
convienne que la manière de cette in- 
fluence mutuelle nous est absolument 
inconnue : il faut sans doute recourir 
à la toute-puissance de Dieu. Ce sys- 
tème paraît le plus conforme à la vé- 
rité. » EuLeEnr, Lettres à une princesse 
d'Allemagne, deuxième partie, let- 
tre XIV. 

Cf. Le1Bniz, Monadologie, 51 : « Une 
monade créée ne saurait avoir d’in- 
fluence physique sur l’intérieur de l’au- 
tre. Ce n’est qu’une influence idéale. » 


INFORMER, D. A. Jnformieren ; 
B. Unterrichten ; E. To inform ; |. In- 
Jormare. 

A. Dans la langue scolastique et néo- 





scolastique, donner une forme* à une 
matière. 
B. Faire connaître quelque chose à 
quelqu'un. 
REMARQUE 


Le passage du premier sens au second 
peut se comprendre par un emploi du 
mot tel que celui-ci : - Je ne les appelle 
point ici de ce nom (je n’appelle point 
ici les images du nom d'idées), en tant 
qu’elles sont en la fantaisie corporelle, 
c'est-à-dire en tant qu’elles sont dé. 
peintes en quelques parties du cerveau, 
mais seulement en tant qu’elles infor. 
ment l'esprit même qui s'applique à 
cette partie du cerveau. » DESCARTES, 
Réponses aux 2e Objections, Défini- 
tion 11. 

Voir aussi /nformation (S). 


INFRASTRUCTURE, D. L’nterbau ; 
E. Understructure ; 1. Infrastruttura. 

Structure sous-jacente, et générale- 
ment cachée ou non-remarquée, qui 
soutient quelque chose de visible et 
même d’apparent. 

Se dit en particulier : 1° des actions 
inconscientes rendant possible, ou dé- 
terminant un acte conscient; 2° des 
structures sociales, et spécialement des 
phénomènes économiques, considérés 
comme cause insconciente de certaines 
conceptions. Cf. Idéologie*, C. 


Infus*, voir Acquis*. 


INHÉRENCE, D. Inhärenz ; E. Inhe- 
rence , |. Inerenza. 

A. Est inhérente à un sujet donné 
toute détermination qui est affirmée 
de ce sujet et qui n’a d’existence que 
par lui (que cette détermination soit 
d’ailleurs constante ou accidentelle, 
propre à ce sujet ou commune à lui et 
à d’autres). « Wenn man nun diesem 
Realen an der Substanz (den Acciden- 
zen) ein besonderes Dasein beilegt, z. E. 
der Bewegung, als einem Accidenz der 
Materie, so nennt man dieses Dasein 
die Inhärenz, zum Unterschiede vom 
Dasein der Substanz, das man Subsis- 
tenz nennt. Allein hieraus entspringen 


615 
ee 






wiele Missdeutungen und es ist genauer 
ynd richtiger geredet, wenn man das 
Accidenz nur durch die Art, wie das 
Dasein einer Substanz positiv bestimmt 
jet, bezeichnet!, » KanT, Raison pure, 
Analogies de l’entendement; Kehr- 
bach, 178. — La même remarque se 
grouve déjà chez LeiBniz, Lettres au 
P. Des Bosses, XXI, Erdm. 686b. 

B. Est inhérente à un sujet donné 
twute détermination, constante ou non, 
qui constitue une manière d’être intrin- 
sèque de ce sujet, et non une relation 
à quelque autre chose. « Moins grand 
que Versailles n’est pas comme sain ou 
agréable à habiter une manière d’être 
inhérente à Fontainebleau. Si Versailles 
était anéanti, et si Fontainebleau con- 
tinuait à exister, Fontainebleau cesse- 
rait d’être moins grand que Versailles, 
sans qu’il y eût pour cela rien de 
changé en lui. {1 conviendrait de dis- 
tinguer ces deux genres de proposi- 
tions en les appelant propositions d’in- 
hérence et propositions de relation. » 
$. LACHELIER, Études sur le syllogisme, 
p. 42, 44. 

C.Est inhérent à un sujet donné tout 
ce qui lui est essentiel*, ou du moins 
toute détermination, tout caractère qui 
ne peut lui être enlevé. « Faiblesse 
inhérente à la nature humaine ; vice 
Hhérent au sujet d’un ouvrage », Dic- 
tionnaire de l’Académie, 72 éd., sub vo. 

Rad. int. : Inher. 


INHIBITION, D. Hemmung ; E. In- 
hibition ; I. Inibizione. 
Action d’arrêt; primitivement, ac- 
L « Lorsqu'on attribue une existence séparée à ces 
&terminations réelles de la substance (aux accidents), 
exemple au mouvement, en tant qu'acoident de 
@atière, on appelle cette existence snhérence, par 
tion à l'existence de la substance, qu’on nomme 
.Mais de là naissent beaucoup de malentendus 
Qon parle avec plus de justesse et d'exactitude si l’on 
è De l'accident que comme la manière dont l’exis- 
une substance est déterminée positivement. » 


ÉR 





ININTELLIGIBLE 


tion exercée par un centre nerveux sur 
un autre, et qui a pour résultat de 
diminuer ou de supprimer les effets 
produits par la mise en jeu de celui-ci. 
Par analogie, action d’un fait mental 
qui empêche d’autres faits mentaux de 
se produire ou d’arriver à la conscience. 
M. Paucuan appelle loi d’inhibition sys- 
tématique la loi suivante : « Tout phé- 
nomène psychique tend à empêrher de 
se produire, à empêcher de se déve- 
lopper ou à faire disparaître les phéno- 
mènes psychiques qui ne peuvent s’unir 
à lui selon la loi de l’association systé- 
matique, c’est-à-dire qui ne peuvent 
s’unir avec lui pour une fin commune. » 
(L'Activité mentale et les éléments de 
l'esprit, livre 11, Introduction, p. 221.) 
Rad. int. : Inhib. 


INHIBITOIRE, D. Hemmend'; E. 
Inhibitory ; I. Inibitorio. 

A. Sens général : qui constitue ou 
qui exerce une inhibition*. 

B. Spécialement (opposé à Dynamo- 
gène*) : se dit des sensations, senti. 
ments ou idées qui exercent unr inhibi- 
tion d'ensemble, qui diminuent le tonus 
vital, et surtout le pouvoir moteur : 
par exemple, la tristesse, certains sons 
ou timbres désagréables, certaines 
odeurs, etc. 


Rad. int. : Inhibiv. 


ININTELLIGIBLE, D. A. Unver- 
ständlich ; B. Undenkbar ; — E. Unin- 
telligible ; I. Inintelligibile. 

A. Sens usuel. Impossible à com- 
prendre, obscur, dépourvu de sens. (Ne 
se dit que des manières de parler ou 
d'écrire.) 

B. Qui n’est pas intelligible*, au 
sens À. — Cette acception est extré- 
mement rare en français. 


Rad. int. : B. Ne intelektebl. 





Sur Inintelligible. — Ed. Goblot a proposé d'entendre par là « ce qui ne satisfait 
Pes au principe de nécessité ». On l’opposerait ainsi à inconcevable (= « ce qui 
We satisfait pas au principe de contradiction »). 
© — La spécification proposée par M. GozLor est fort intéressante, et jy adhé- 





INJUSTE 






516 








Injuste, voir Juste*. 


INNÉ, D. Angeboren ; E. Innate; 
I. Innato. 

Opposé à Acquis*. 

Qui appartient à la nature d’un être, 
et n’est pas chez lui le résultat de ce 
qu'il a éprouvé, fait ou perçu depuis sa 
naissance. « Ex his autem ideis aliæ 
innatæ, aliæ adventitiæ, aliæ a me ipso 
factæ mihi videntur ; nam quod intel- 
ligam quid sit res, quid sit veritas, quid 
sit cogitatio, hæc non aliunde habere 
videor quam ab ipsamet mea natura...» 
DEscarTEs, Méditations, III, $ 8. Le 
terme est ancien : Saint THomas D’A- 
QuiN se sert de l’expression scientia 
innata, où connaturalis (SCHUTZ, T'ho- 
mas-Lexikon, v° Scientia, p. 730). 


CRITIQUE 


L'inné, chez DESCARTES, comprend à 
la fois ce que nous appelons faits de 
conscience, d’expérience interne et ce 
que nous appelons lois ou formes a 
priori de la connaissance. LEiBniz ne 
distinguait pas encore non plus ces 
deux sortes de données mentales. Voir 
Nouveaux Essais, II, 2 et Monadologie, 
$ 30. Ces deux idées doivent être au- 





res 


jourd’hui soigneusement séparées ; et 
cette distinction, qui porte sur la diffé. 
rence entre l’ordre psychologique et 
l'ordre logique, ne doit pas être elle- 
même confondue avec la distinction 
des caractères immédiatement innés, 
c'est-à-dire qui apparaissent dès la 
naissance, et virtuellement innés, c’est. 
à-dire qui ne se développent qu'ulté- 
rieurement. 

Voir plus loin les Observations sur 
Puissance*. 

Rad. int. : Inat. 


INNÉITÉ, D. Angeborenheu ; E. In- 
neity ; I. Inneita. 
Caractère de ce qui est inné. 


INNERVATION (Sensation d’). D. 7n- 
nervationsempfindung ; KE. Sensation 
of innervation ; 1. Senso d’innervazione. 

Sensation accompagnant l’action ner- 
veuse par laquelle un muscle est mis 
en mouvement. L'existence de cette 
sensation est très contestée. 

Rad. int. : Innervaci. 


INNOVATION, D. Neuerung ; E. In- 


novation ; I. Innovazione. 
Production de quelque chose de 





rerais volontiers. Peut-on cependant trancher par une définition La question de 
savoir s’il n’y a pas d’intelligibilité, in phænomeno, en dehors de la nécessité ? 


(J. Lachelier.) 


— Cette spécification aurait le défaut de supposer que le principe de nécessité 


est identique au principe de causalité, qu’il est le principe d’intelligibilité univer- 
selle, fondement de la science et principe de l'induction : ce sont là des thèses 
très discutées. En outre, inintelligible, pris en ce sens ferait double emploi avec 
empirique, au sens À. (C. Ranzoll.) 


Sur Inné. — Critique ajoutée sur les indications de J. Lachelier. 


Sur Innervation. — On entend plus précisément par sensation d’innervation 
la sensation de la quantité d'énergie nerveuse que nous dirigeons sur un muscle, 
pour produire une contraction donnée. Ceux qui soutiennent l’existence de cette 
sensation, distincte des sensations musculaires en retour, s’appuient spécialement 
sur cette considération : il est nécessaire que nous ayons conscience du degré de 
la décharge nerveuse que nous lançons aux muscles pour produire la force MUS- 
culaire réellement correspondante à la résistance qui doit être surmontée. Si le 
degré d’innervation ne correspondait pas à la résistance, l’action musculairt 
serait ou excessive ou inefficace, comme si l’on voulait soulever une bouteille 
qu’on croit pleine d’eau et qui est pleine de mercure, ou vice versa. (C. Ranzoll.) 









617 


À nouveau. Terme particulièrement em- 


ployé par V. Eccer. (Voir «ans la 


“Revue des cours et conférences, an- 
: née 1901, les cours intitulés l’Innova- 
: tion psychique) — Cf. Imaginction. 


INQUIÉTUDE, D. Unruhe (voir 
LEI1BNIZ, Nouv. Essais, 11, 20, $ 6); 
Unbehagen ; — KE. A. Uneasiness ; 
B. Restlessness ; — I. Inquictudine. 

A. Terme employé par LEeiBniz et 
par Cosre, pour traduire le mot anglais 
uneasiness, par lequel Locke caracté- 
rise l’état affectif de gêne, de malaise, 
qu’il considère comme la cause déter- 
minante de tout acte de volonté (Es- 
says, II, ch. xx et xx1). Cf. LEIBNIZ, 
Nouveaux Essais, Ibid.,notamment xx, 
86, xx1, $ 29 et suiv. 

Conpizzac emploie ce mot en un 
sens très voisin, mais plus étroit; il 
distingue deux degrés de cet état, dont 
il appelle le premier « malaise ou léger 
mécontentement » ; le second « inquié- 
tude où même tourment » s’il est très 
intense. Traité des sensations, 1, 3, $ 2. 

B. Ce mot est devenu très usuel 
dans la morale et la psychologie con- 
temporaines, mais avec un sens un peu 
différent. Il y désigne surtout une dis- 
position spontanée, plutôt active qu’af- 
fective, consistant à ne pas se conten- 
ter de ce qui est, et à chercher toujours 
au delà (in, nég., quies, acquiescere). 
« Une inquiétude secrète lui donna le 
tressaillement (à l’univers)...; ce qui 





INQUIÉTUDE 


que de l’apathie, un désir, un mouve- 
ment dont personne n’a l'initiative, 
quelque chose qui dit : En avant! » 
RENAN, Dial phil., II, 53. — « Nous 
dirons, en dépouillant les mots de leur 
sens psychologique, en appelant Idée 
une certaine assurance de facile intelli- 
gibilité et Ame une certaine inquiétude 
de vie, qu’un invisible courant porte la 
philosophie moderne à hausser l’Ame 
au-dessus de l’Idée. » H. BERGSoN, 
Introduction à la Métaphysique, Revue 
de Métaphysique, janvier 1903, p. 31. 
Cf. encore MAETERLINCK, L’inquiétude 
de notre morale, article recueilli à la 
suite de l’/ntelligence des fleurs, etc. 

C. Au sens pathologique, trouble de 
l'esprit soit intellectuel, soit affectif, 
particulièrement fréquent et fondamen- 
tal chez les obsédés. (Pierre JANET, Les 
Obsessionsetla Psychasthénie, 1,301sqq.) 
Cf. Angoisse*. 


CRITIQUE 


Ce mot est pris en général en bonne 
part chez les auteurs contemporains 
qui l’emploient : l’usage fréquent et 
laudatif qui en est fait se rattache à la 
prédominance des idées de progrès, 
d'évolution, de volontarisme ; plus ré- 
cemment, à celles de la philosophie 
existentielle*. — Au contraire on lit 
dans MALEBRANCHE : « Cette vaste capa- 
cité qu’a la volonté pour tous les biens 
en général. ne peut être remplie par 
toutes les choses que l’esprit lui repré- 


fait la vie est toujours une sortie brus- | sente; et cependant, ce mouvement 








Sur Inquiétude. Au xviie siècle, inquiétude signifie dans le langage courant 
l'impossibilité de demeurer en repos. C’est le sens qu’il a chez Bossuet et chez 
Pascal. Toute la théorie pascalienne du divertissement repose sur la constatation 
1e notre inquiétude native. Ce sens permet de passer naturellement au sens B : 
désir du mieux, de l’au-delà. (F. Mentré.) 
= Mais l'import favorable que ce mot semble avoir acquis de nos jours n'existe 
pas encore à cette époque : « L’inquiétude est le plus grand mal qui arrive en 
%âme, excepté le péché. Notre cœur étant troublé et inquiété en soi-même perd 

force de maintenir les vertus?qu'il avait acquises. » St François DE SALES, 

Rtroduction à la vie dévote, 4e partie, ch. xt : « De l’inquiétude. » 

D'ailleurs le mot, au xvue siècle, passe encore pour rare et particulièrement 

Tgique : « L'inquiétude de son génie : trop de deux mots hardis. » PascaL, 
“Pensées, Ed. Brunschvicg, I, 59. (A. L.) 


nm Ed ne eee 


INQUIÉTUDE 


518 





continuel que Dieu lui imprime vers le 
bien ne peut s'arrêter. Elle est donc 
toujours inquiète parce qu’elle est por- 
tée à chercher ce qu’elle ne peut jamais 
trouver Nous ferons voir dans ce 
chapitre que l'inquiétude de notre vo- 
lonté est une des princitales causes de 
l'ignorance où nous sommes et des 
erreurs où nous tombons sur une infi- 
nité de sujets. » Recherche de la vérité, 
IV, chap. 1, 8 1. Voir Observations. 
Rad. int. : Malquietes. 


INSÉPARABLE (Loi d'association). 

John S. Mize appelle ainsi la pro- 
priété qu'ont les phénomènes psychi- 
ques (selon Humr, HaARTLEY, James 
Mi, etc.) de se combiner si étroite- 
ment, par la fréquence ou par ls force 
de l'association, qu'il devient impos- 
sible de les séparer, et même qu’on 
arrive à prendre le complexus ainsi 
formé pour un phénomène psychique 
simple. (Examen de la philosophie de 
Hamilton, ch. x1v : « How Sir William 
Hamilton and Mr. Mansel dispose of 
the law of inseparable association!. ») 
— La formule qu’il en donne, d’après 
James Miiz (Analysis oj the human 
mind, 1, 68) est celle-ci : « Where two 
or more ideas have been often repeated 
together and the association has be- 
come very strong, they sometimes 
spring up in such close a combination 
as not to be distinguishablez. » 

Rad. int. : Ne separebl (asociad). 


INSIGHT, (S). 


« INSTABILITÉ mentale. » 

Ensemble de symptômes psychiques 
consistant dans une variation excep- 
tionnellement rapide et fréquente des 
dispositions intellectuelles et affectives 
d'un sujet. L'usage de ce terme paraît 
remonter à un article de Th. RiBor, 
L'anéantissement de la volonté, Revue 


1. Comment Sir William Hamilton et M. Mansel 
écartent la loi d'association inséparable. — 2. « Quand 
deux ou plusieurs idées ont été répétées souvent en- 
semble, et que l'association est devenue très forte, elles 
s'unissent quelquefois en une combinaison si étroite 
qu'on ne peut plus les distinguer. » 





ss” 


philosophique, février 1883. Il sert 4 
titre à une thèse de médecine q 
M. BouLanGer, 1892 ; et à une these 
de philosophie de M. DuPpraT, 1898. Ce 
dernier fait de l'instabilité une pro. 
priété fondamentale des états psychi. 
ques : « Aucun processus mental ne 
peut s'effectuer normalement s’il n’exis. 
te pas un principe directeur de l’évolu. 
tion mentale qui, par sa permanence, 
fasse obstacle à l'instabilité naturelle 
de l'esprit. » L’action de ce principe 
synthétique, par ses différents degrés 
de force ou de faiblesse, déterminerait 
les différents degrés de « continuité 
mentale ». Zbid., Introduction, 3-4. 
Rad. int. : Nestabiles. 


INSTANCE, L. Scol. Jnstantia, D. 
A. Instanz ; E. Instance ; |. Istanza. 

(De Évotaoic, opposition, objection, 
rendu dans les traductions latines 
d'ARISTOTE par Jnstantia : « "Evoro- 
otG … ÉGTi TPÔTAOLG TPOTIGEL ÉVAVTLE. » 
Premiers Analytiques, 11, 26 ; 69837.) 

À. Une objection ayant été faite, et 
une réplique ayant été donnée à cette 
objection, on appelle instance le nouvel 
argument qui suit cette réplique. 

« J'ai négligé de répondre au gros 
livre d’instances que l’auteur des cin- 
quièmes objections a produit contre 
mes réponses... » DESCARTES, Lettre à 
Clerselier, faisant suite aux réponses à 
Gassendi (Ed. Ad. et Tann., IX, 202). 

Elle peut consister soit en une objec- 
tion nouvelle, soit en une réfutation 
de la réplique ; dans ce cas, elle prend 
aussi le nom de duplique, mais Ͼ 
dernier terme est aujourd’hui tombé en 
désuétude. 

B. Chez Bacon, les instances sont 
les faits typiques qui servent d'exemple 
(E. Instance) pour l'étude d’une pro- 
priété générale (Praerogativæ instantia 
rum, Nov. Org., II, 21 et suiv.). Ce sens 
du mot n’est pas douteux, bien qu’il ait 
été contesté. Cf. De Augmentis, V, 2: 
« Exempla sive instantias particulares-? 

Instantia crucis, voir Cruciale*. 

LeiBniz l’emploie dans ce même 
sens : « J'y pourrais répondre par l'ins” 








ce des futurs contingents.. mais 
mime mieux satisfaire aux difficultés 
que de les excuser par l'exemple de 


. autres difficultés semblables. » 


“Miscours de métaphysique, XIII. 


“INSTANT, D. Augenblick, Moment ; 

Moment, instant ; 1. Istante. 

A. Durée très courte, que la cons- 
dence saisit comme un tout. Voir 
@.BacueLarn. L'intuition de l'instant. 
2 Cf. Présent*. 

**B. Point déterminé et indivisible de 
à durée. « Il y a en lui (dans le temps) 
e marque et une expression du dis- 
act, à savoir l'instant, analogue de 
fhnité, dont il diffère d’ailleurs au 
plus haut point, car tandis que l'unité 
@t une partie du nombre, la limite 
#'est pas une partie de la quantité... 
L’instant appelle son opposé, le laps de 
ps, sans lequel on ne saurait le com- 
rendre : les instants ne se succèdent 

“’à la condition de se poser les uns 
ÿors des autres, pour ainsi dire, bref, 

fêtre séparés par des intervalles. » Ha- 
MELIN, Essai sur les élém. principaux de 
la représentation, cf. I, $ 3, pp. 52 et 54. 


. Rad. int. : Instant. 


"ANSTINCT, D. Jnstinkt ; E. Instinct ; 
k Zstinto. 

À. Ensemble complexe de réactions 
extérieures, déterminées, héréditaires, 
communes à tous les individus d'une 
même espèce, et adaptées à un but 
dont l'être qui agit n’a généralement. 
#t 


£e 





INSTINCT 


pas conscience : nidification, poursuite 
de la proie, mouvements de défen- 
se, etc. 

RomanEs (L'évolution mentale chez 
les animaux, ch. xn1) a appelé instincts 
primaires ceux qui résultent directe- 
ment de la structure primitive de l’être 
vivant, ou qui ne sont dus qu’à la 
sélection ; instincts secondaires, ceux 
qui constituent un automatisme dérivé, 
acquis par l'intermédiaire d’adapta- 
tions intelligentes tombées ensuite dans 
l'inconscient (lapsed intelligence). 

L'instinct, psychologiquement consi- 
déré, diffère de l’inclination* en ce que, 
dans ie premier cas, certains actes eux- 
mêmes sont immédiatement suggérés 
à l’être qui agit, sans qu’ils apparais- 
sent comme movens en vue d’une fin, 
tandis que dans le second, ce à quoi 
tend l’inclination est connu, mais les 
moyens de l’atteindre ne sont pas 
donnés. 

B. Toute activité (et spécialement 
toute activité mentale) adaptée à un 
but, qui entre en jeu spontanément, 
sans résulter de l’expérience ni de l'édu- 
cation, et sans exiger de réflexion. Se 
dit en ce sens d'un don même tout 
individuel, d’une faculté naturelle de 
sentir et de deviner : « Avoir l'instinct 
du rythme. » — « Il y en a qui, par une 
sorte d'instinct dont ils ignorent la 
cause, décident de ce qui se présente 
à eux et prennent toujours le ban par- 
ti. » La RocHEroucAULD, Réflexions, 
111,5. 

Voir Intelligence*. 


&. Sur Instinet. — Victor Egger nous a communiqué la note suivante, écrite, nous 


&til dit, sous la dictée de son père, 


Émile Egger, l’helléniste, au sujet de la 


se : « Le mot instinct signifie un aiguillon intérieur, une piqûre intérieure », 


À Lemoine, L'habitude et l'instinct (1871), p. 136. En note : 


« Non pas, comme 


®n l’a dit quelquefois, qu'instinct vienne de ëévotiteav, qui signifierait piquer 
Wérieurement et qui signifie en réalité piquer dans quelque chose, ficher. Le mot 

ais vient du latin instinctus, qui, proprement, a le sens d’aiguillon, piqûre, 
ts transporté d'ordinaire par analogie du physique au moral. La notion d’inté- 
Rorité résulte de l'emploi métaphorique du mot, et non de la préposition in qui 

instinguere, impellere, etc., comme &v dans évarlteiv, a le sens actif et signifie 
&: D'ailleurs tous ces mots, orlbeiv, stimulus, instinctus, ont une même racine, 


Sont le sens général est piquer. » 


INSTINCT 








520 











CRITIQUE 


1. Ce mot se dit assez fréquemment 
d’une inclination profonde et intense, 
surtout si elle est innée : « Instinct de 
conservation ; instinct de domination. » 
Ces expressions sont impropres. 

2. Nous avons défini l'instinct au 
sens À, un ensemble de réactions erxté- 
rieures, parce que, comme l’a fait re- 
marquer avec raison M. Dunan (Phi- 
losophie générale, p. 304), il n’y a aucune 
différence de nature entre ce qu’on 
appelle instinct et ce que l’on appelle 
fonction physiologique, si ce n’est que 
le premier est observable du dehors et 
que le second ne l’est pas. En ce sens, 
instinct désigne donc une classe de phé- 
nomènes sans caractère distinctif in- 
trinsèque. 

3. Ce mot a été critiqué d’autre part 
par M. Boan (La naissance de l’intelli- 
gence, ch. xxt1). Il estime que sous ce 
terme, on réunit des phénomènes très 
disparates, et que, par suite, l’opposi- 
tion de l'instinct à l'intelligence ne 
correspond à aucune notion précise. Il 
n’y a là, selon lui, qu’une survivance 
de la théorie fixiste des espèces, à 
laquelle il est impossible de donner un 
sens défini dans l’état actuel de la 
science. Il propose donc de renoncer 
entièrement à ce mot, et il en donne 
l'exemple dans l’ouvrage cité. — Au 
contraire, H. BERGsoN, dans l’Évolu- 
tion créatrice, a renouvelé l’opposition 
traditionnelle de l’instinct et de l’intel- 
ligence en les considérant comme deux 
modes parallèles de connaissance et 
d'action, qui se seraient différenciés en 
s’adaptant, l’un à la vie, l’autre à 
l’emploi des instruments inorganiques. 
Voir ch. 1, notamment pages 179-193. 

Rad. int. : Instinkt. 


INSTRUCTION, D. Unterricht; E. 
Education, Instruction ; 1. Instruzione. 

A. Action de communiquer à quel- 
qu’un des connaissances. — S’oppose 
en français à éducation, qui s’applique 
surtout au développement des habi- 
tudes de conduite, du caractère et de 
la moralité. 





B. Ensemble de connaissances ac- 
quises par l’étude ou l’enseignement. 
Rad. int. : Instrukt. 


INSTRUMENTALE (Cause), L. Scol. 
causa instrumentalis. 

Ce qui sert de moyen pour la pro- 
duction d’un effet. Ce terme est au- 
jourd’hui peu usité. 


« INSTRUMENTALISME », Instru- 
mentalism. Une des variétés du pragma- 
tisme* : doctrine de M. John DEwEY, 
dont le trait caractéristique est d’ad- 
mettre que toute théorie est un outil 
(tool), un instrument pour l’action et 
la transformation de l'expérience. « Re- 
flective knowing is instrumental to 
gaining control in a troubled situa- 
tion. it is also instrumental to the 
enrichment of the immediate signifi- 
cance of subsequent experiencesi. » 
J. DEWEY, Essays in experimental 
logic, Introd., p. 17. — Voir Emm. Le- 
ROUX, Le pragmatisme, ch. vit : « La 
logique instrumentale de M. Dewey et 
l'École de Chicago. » 


1. INTÉGRATION, Marx. D. Inte- 
grieren, Integration ; E. Integration ; I. 
Integrazione. 

Opération qui consiste à déterminer 
une grandeur en la considérant comme 
limite d’une somme de quantités enfi- 
nitésimales* dont le nombre augmente 
indéfiniment. Le signe de l’intégration 
est f : (somme). 

RENOUVIER (Principes de la Nature, 
ch. 111, appendice c) étend ce terme 
par analogie à la sommation de séries 
convergentes infinies ; mais, malgré la 
communauté du principe logique entre 
les deux opérations, cet emploi du mot 
est trop contraire à l’usage pour être 
retenu. 

On appelle aussi quelquefois impro- 
prement Intégration, par analogie, la 
vue de l'esprit qui considère synthé- 





1. « La connalssance réfléchie est un moyen de # 
rendre maître d'une situation anormale. mais elle 
aussi un moyen d’enrinhir la valeur significative 
diate des expériences postérieures. » 


. 821 


tiquement un nombre très grand, mais 
fini, de termes ou d’actions élémen- 
taires. 

Rad. int. : Integralig. 


2. INTÉGRATION, Puys. D. Anhüu- 
fung ; E. Integration ; 1. Integrazione. 

Terme particulièrement employé par 
SPENCER, qui entend par intégration : 
4° le passage d’un état diffus, impercep- 
tible, à un état concentré, perceptible 
(First Principles, $ 94) ; 29 l’accroisse- 
ment de matière d'un système donné 
(Zbid., $ 95) ; 3° la diminution de mou- 
vement interne d’un système méca- 
nique formé de plusieurs corps (Jbid., 
8 94, 96). 

Le terme opposé est désintégrat:on. 
Cf. Évolution*. 

Pour l'examen de ces sens et l’im- 
possibilité de les ramener à l’unité, voir 
A. LALANDE, La Dissolution opposée 
à l’évolution, ch. 1, $ 4-6. Mais le mot a 
été surtout employé métaphorique- 
ment, même par SPENCER, pour dési- 
gner l'établissement d'une interdépen- 
dance* plus étroite entre les parties 
d’un être vivant, ou entre les membres 
d'une société. 

1) se dit aussi de l’incorporation d’un 
élément nouveau à un système psycho- 
logique antérieurement constitué. (Cf. 
Aperception au sens de HERBART et de 
#0n école.) Le verbe intégrer a fréquem- 
ment ce sens, qui se rattache à l’idée 
physique définie ci-dessus au n° 2, 20. 


CRITIQUE 


Ce mot est entré dans la langue cou- 
f&nte en un sens très vague, et avec 
the nuance de respect et d'admiration 
alogue à celle qui s’attache souvent 
«la Vie ». Mais il est à remarquer que 

valeur de l’idéal organiciste et tota- 
Utaire que suppose cet import est très 
#tjette à discussion. 

Rad. int. : Integr. 


INTELLECTION 


INTELLECT, G. vois ; L. Intellectus ; 
D. Verstand (Intellect est pris par Kant 
et par Schopenhauer au sens général 
d’Intelligence À) ; — E. Understanding, 
Intellect ; — I. Intelletto. 

Synonyme d’entendement*, au sens 
B. « Dans mon sens, l’entendement 
répond à ce qui, chez les Latins, est 
appelé intellectus et l'exercice de cette 
faculté s'appelle intellection, qui est une 
perception distincte jointe à la faculté 
de réfléchir, qui n’est pas dans les 
bêtes. » F:EIBNIZ, Nouveaux Essais, IÏ, 
21, $ 5. Cependant, par un souvenir de 
la langue du moven âge, où intellectus 
servait à traduire voüs dans toute sa 
force, et s’opposait à ratio, faculté du 
raisonnement discursif (voir ScHUTz, 
Thomas-Lexikon V8 Intellectus et Ra- 
tio), le mot intellect a gardé dans son 
import quelque chose de plus méta- 
physique. Entendement, chez les philo- 
sophes modernes, est surtout un terme 
psychologique désignant un ensemble 
d'opérations mentales ; intellect a tou- 
jours une valeur gnoséologique : il 
marque la « faculté de connaître supé- 
rieure » en tant qu’on l’oppose à la 
sensation et à l'intuition. Ce mot tend 
d’ailleurs à tomber en désuétude, si ce 
n'est dans quelques expressions histo- 
riques, notamment Jntellect actif, quel- 
quefois Jntellect agent (G. voÿc rotn- 
rixôc, [L Intellectus agens), opposé à 
l'Intellect passif (G. voüs 72x0nTtx6s, 
L. Intellectus passibilis). — Voir plus 
haut, Actif* (Intellect) et Agent*. 

Rad. int. : Intelekt. 


INTELLECTION, D. fntellection (et 
aussi Bewusstheit ; voir ci-dessous) ; E. 
Intellection ; 1. Intellezione. 

A. Acte de l’intellect*, dans tous les 
sens, mais particulièrement au sens 
d’entendement, opposé à imagination. 
(Voir p. ex. DEscanTEs, 6€ Médiation, 
$ 2, où le texte français ajoute en 


a 


Sur Intellect. — Dans la langue de Dante, qui suit l’usage thomiste, inteletto 
tntelettuale sont toujours pris au sens du grec vénatc, et désignent la pensée sous 


# forme la plus haute. (R. Berthelot.) 


7. É 


INT ELLECTION 





522 





deux passages : « intellection ou con- 
ception ».) 

B. FLournoy a proposé de traduire 
par ce mot le terme Bewusstheit, créé 
par AcCH. « En français, dit-il, le terme 
d’intellection, que Descartes opposait 
déjà à imagination exprime suffisam- 
ment bien cette présence à la cons- 
cience des choses sues, quoique données 
non intuitivement, sans images. » Ar- 
chives de psychologie, V, 288. 


INTELLECTUALISME, D. /ntellek- 
tualismus ; E. Intellectualism ; I. In- 
teiletualismo. 

A. Doctrine selon laquelle tout ce 
qui existe est réductible, du moins en 
principe, à des éléments « intellectuels », 
c'est-à-dire à des idées (aux différents 
sens de ce mot), à des vérités et à des 
implications. Cette thèse, elle-même, a 
été entendue de deux façons diffé- 
rentes : 

1° L'’être est distinct de l’intelli- 
gence ; mais celle-ci peut en fournir 
une image exacte et complète : c’est 
ainsi par exemple que la pensée, chez 
DESCARTES, saisit la substance étendue. 

20 L’être n’est pas autre chose que 
la pensée. Voir /déalisme*, A. 


Le mot a été appliqué en ce sens à 
beaucoup de doctrines (DESCARTES 
Spinoza, LeiBniz, Wourr, HEGEL, etc} 
mais presque toujours dans une inten- 
tion péjorative. Voir ci-dessous, Cri- 
tique. 

B. Toute doctrine selon laquelle on 
ramène à des éléments intellectuels 
une classe de faits considérés par Ja 
plupart des philosophes comme irré- 
ductibles à l'intelligence (soit au sens A, 
soit au sens B de ce mot). 

« Je combats une conception {du 
dogme), dite intellectualiste, suivant la- 
quelle un dogme serait dans son fond. 
l'énoncé d’une thèse théorique et spé- 
culative, un objet de connaissance pure 
et de simple contemplation intellec- 
tuelle.. » Le Roy, Dogme et critique, 
p. 111. 

En particulier, doctrine selon laquelle 
les phénomènes affectifs ne sont que 
les phénomènes intellectuels confus, ou 
des résultantes du jeu des phénomènes 
intellectuels ; par exemple, chez HER- 
BART. 

C. Doctrine normative consistant à 
estimer que les phénomènes actifs et 
affectifs, tout en restant conçus comme 
irréductibles, sont de valeur secondaire, 


Sur Intellection. — Le sens B et le texte de Flournoy sont dus à Ed. Claparède. 
Intellectio, dans le thomisme, se dit proprement de l’acte par lequel l’esprit 
saisit les principes qu’utiliscra la ratio. (A. Sertillanges.) 


Sur Intellectualisme, — ntellectualista paraît avoir été créé par Bacon, pour 





et, par suite, doivent être subordonnés 
sux phénomènes intellectuels, soit au 
int de vue esthétique, soit au point 
de vue moral, soit au point de vue 
religieux. « Secundum se et simpliciter, 
tntellectus altior et nobilior voluntate. » 
gaint THomas D’AQUIN, Somme théol., 
ft, qu. 82, 3. (Schütz, vo). — « Selon 
l'intellectualisme, la pensée n’a pas 
d'autre œuvre à accomplir que de se 
nser. Nous disons, quant à nous, que 
ln volonté a pour œuvre unique de se 
vouloir. Mais vouloir la volonté, c’est 
vouloir la pensée ; c’est penser. Nous 
ajoutons à l’intellectualisme, nous ne 
laissons rien échapper de son contenu. » 
HamBLiN, Essai sur les éléments prin- 
éipaut de la représentation, p. 430. 

Ce mot s'oppose dans les trois sens 
à volontarisme* 19 inintelligibilité 
esdicale du monde réel, dont l’essence 
wt grundlos, sans fondement logique, 
étrangère, au moins en partie, au prin- 
cipe de raison suffisante ; — 2° indé- 
Pendance et même primauté de fait 
des fonctions actives et affectives à 
l'égard de l'intelligence ; — 3° supério- 
rté morale de l’action et du sentiment 
sur la pensée réfléchie. 





INTELLECTUALISME 


T1 s'oppose aussi à pragmatisme*, ce 
mot étant pris tantôt comme équiva- 
lent, tantôt comme opposé à volonta- 
risme, et désignant dans ce dernier cas 
la doctrine d’après laquelle l’opposition 
de l’activité et de l'intelligence est arti- 
ficielle et verbale, la vraie réalité étant 
à la fois l’une et l’autre : « Le morce- 
lage de l’âme en facultés distinctes. 
est le principe commun de l’intellec- 
tualisme et du volontarisme, systèmes 
antithétiques, je le veux bien, mais qui 
ont même racine... Si je rejette égale- 
ment ces deux systèmes, c’est que je 
rejette le postulat dont ils dérivent 
symétriquement. » LE Roy, Dogme et 
critique, 127-128. 


CRITIQUE 


1. Ce terme est devenu très usuel 
dans les discussions philosophiques 
contemporaines ; il y a, presque tou- 
jours, un sens péjoratif, apparenté à 
l'usage défavorable qui a été fait aussi 
du mot /ntellectuel dans les discussions 
politiques. L’un et l’autre impliquent 
d'ordinaire : 1° le reproche de penser 
les choses d’ure façon verbale et super- 
ficielle, en imposant à la réalité des 





On le trouve dans un passage où Walt Wunirmann critique «l’intellectualisme 
exsangue » (bloodless intellectuulism) d'Emerson. Le mot est pris dans un sens 
rés général, mais déjà défavorable, pour désigner l’abus des abstractions vagues. 


fR. Berthelot.) 


Je ne pourrais dire au juste à quelle date ce mot est entré dans l’usage, mais 
# me semble l'avoir vu naître. (J. Lachelier.) 


désigner les philosophes « qui abduxere se a contemplatione naturae atque ab 
experientia in propriis meditationibus et ingenii commentis susque deque volu- 
tantes. Caeterum praeclaros hos opinatores et (si ita loqui licet) éntellectualistas, 
qui tamen pro maxime sublimibus et divinis philosophis haberi solent, recte 
Heraclitus perstrinxit : homines, inquit, quaerunt veritatem in microcosmis Suis, 
non in mundo majore. » De dignitate, livre I, 8 43. (EL. et Sped. I, 460.) Cf. la 
célèbre comparaison de l’araignée, de la fourmi et de l’abeille, Novum Organum; 
1,95. 

On passe sans changement de ce sens (sauf son import primitivement péjoratif, 
comme il arrive souvent en pareil cas) au sens À du mot Jntellectualisme*, Mais 
il semble que ce passage ait été très tardif. Ayant demandé, sur la première 
épreuve de cet article (1909) : « A partir de quelle date trouve-t-on ce mot ? ? 
nous avons eu les réponses suivantes : 

On le trouve dans ScHELLING, qui l’oppose à Matérialisme. Voir Sämr. Werke: 
IV, 309. (R. Eucken.) 


“ Je me rappeile avoir entendu OLLÉ-LAPRUNE se servir de ce mot vers 1890, 

dans une conversation. Il paraissait alors un néologisme. (L. Brunschvicg.) 

” Je me suis servi de ce mot depuis dix ou douze ans, maïs sans savoir s’il avait 

#té antérieurement employé je me le reprochais d’abord, comme un néologisme. 

(& Blondel.) 

* — Sans prétendre répondre précisément à la question posée, on peut rappeler 

: KanT nomme le système de Leibniz « ein intellectuelles System der Welt » 
tique de la Raison pure, Kehrbach, 245) et qu’il l’accuse d’avoir intellectualisé 
Phénomènes : « Leibniz intellectuirt die Erscheinungen, so wie Locke die 

Verstandesbegriffe. sensificirt!. » Zbid., 246. (Van Bléma.) 


Sur la Crüique. — Cet intellectualisme, par trop « simpliste » et exclusif, dont 


” fait un grief philosophique, me paraît une chimère qui n’est nile p atonisme, ni 





L + Liibnis intellectualise los phénomènes, de même que Locke sensationuise les concepts. s 


INTELLECTUALISME 


cadres artificiels et rigides, qui la défor- 
ment en prétendant la représenter ; 
29 le reproche de sacrifier « la vie », 
c'est-à-dire la prudence naturelle et la 
fécondité de l'instinct, aux satisfac- 
tions de la pensée critique, qui est une 
force d'arrêt, de destruction et d’inhi- 
bition. Il y aurait lieu de dissocier ces 
deux points de vue : SCHOPENHAUER, 
par exemple, admet le preinier chef 
d'accusation (cf. ses attaques contre la 
Vernunft, c'est-à-dire, selon son voca- 
bulaire, contre la faculté discursive et 
conceptuelle qui s'oppose à l'intuition) ; 
mais il voit au contraire dans la puis- 
sance négative de la raison le principe 
de la moralité et de l’affranchissement. 
— (Remarquer d’ailleurs que, chez lui, 
le mot Jntellekt est pris en un sens très 
général, qui comprend à la fois l’intui- 
tion et l’entendement ; le chapitre v 
des « Suppléments » a pour titre : « Vom 
vernunftlosen Intellekt. ») 

2. Il a été fait également un abus sin- 
gulier de ce mot dans la discussion de 
la théorie de W. James et de LANGE 
sur les émotions. Cette théorie parais- 
sait s'opposer, à la fois par son carac- 
tère physiologique et par son caractère 
périphérique, à celle de HERBART et de 
NaAHLOwSKY, qui est purement psycho- 






524 


logique, et qui ne supposerait, si on la 
traduisait physiologiquement, que des 
phénomènes du système nerveux cen. 
tral. Mais, d'autre part, cette dernière 
est ordinairement appelée intellectua- 
liste au sens B, et avec justesse, en 
tant que les états affectifs y sont conçus 
comme résultant du jeu des représenta. 
tions; voir notamment RiBoT, Psycho- 
logie des sentiments, préface, où les deux 
théories sont appelées, pour abréger, 
théorie intellectualiste et théorie physio- 
logique. — Il en est résulté que plu- 
sieurs psychologues postérieurs ont cru 
que ces deux mots s’opposaient en 
eux-mêmes, et ont compris sous le nom 
d’intellectualistes toutes les théories de 
l'émotion qui ne font pas intervenir la 
physiologie. Par exemple (entre plu- 
sieurs autres) dans SoLLIER, Le méca- 
nisme des émotions, p. 236 : « Je ne suis 
certes pas suspect d’être un intellec- 
tualiste et de négliger le substratum 
nécessaire de toute manifestation psx- 
chique, le cerveau ; mais je dois recon- 
naître que la thèse intellectualiste, etc. » 

Cet usage ne résulte que d’une confu- 
sion, et les désignations qui l’ont pro- 
voquée sont regrettables. La théorie de 
James et de Lange devrait, en effet, 
être appelée intellectualiste, elle aussi, 


le spinozisme, ni le hegélianisme. La doctrine des grands intellectualistes ne 
consiste pas à n’admettre que des éléments intellectuels, mais à soutenir que 
l'intelligence et le réel sont inséparables au fond des choses et que dans l’homme 
même, un élément intellectuel est inséparable de tout état ou acte de conscience. 
Ainsi entendu l’intellectualisme n'exclut nullement, mais appelle le volontarisme. 
(A Fouillée.) 

En son sens fort et précis, il désigne ce me semble, la doctrine selon laquelle 
l’intellectus (que saint Thomas distingue si radicalement de la ratio) est le vrai et le 
seul captateur de l'être : videre est habere (cf. la remarquable thèse de M. RoussELOT 
sur l’Intellectualisme de saint Thomas). Et si on poussait cette thèse à l'absolu, 
on aboutirait peut-être à dire que puisque l’être n’est que ce qui est vu et ce qui 
est capté comme du dehors, par la simple intuition, sans aucun de ces secrets 
d'intimité qui ne se livrent qu'à une sympathie aimante, c'est donc que selon 
l'expression de Hegel « l'idée est la plus haute, et, vue de plus près, la seule forme 
sous laquelle l'Être éternel et absolu puisse être saisi ». (M. Blondel.) 

Le sens d’intellectualisme n’est péjoratif que dans la pensée de certains praê 
matistes, ennemis de la philosophie. L'intellectualisme est à ce point une attitude 
légitime qu’il définit, croyons-nous, la pensée philosophique dans ce qu’elle a d° 
spécifique et d’essentiel. (L. Boisse.) 


‘4 525 


: au sens exact de ce mot, puisque chez 
eux l'émotion n’a rien de spécifique, 
mais n’est que la connaissance confuse 
d'un ensemble de phénomènes corpo- 
rels. La véritable antithèse de l’intel- 
Jectualisme, dans la théorie des états 
affectifs, serait la théorie qui les consi- 
dère comme des phénomènes originaux, 
irréductihles à des perceptions, des 
idées ou des jugements ; par exemple, 
celle de Bain, ou celle de PAuULHAN. 
Cf. la réfutation de James dans l’Essai 
d'HAMELIN, p. 439. 

Rad. int. : À. Intelekteblism : B, C. 
Intelektualism. 


INTELLECTUEL, D. Jntellektuell ; 
E. Intellectual ; 1. Intellettuale. 

A. Adjectif correspondant à Enten- 
dement et à Intellect. Le terme opposé 
est alors tantôt sensible ou sensitif, 
tantôt intuitif. 

B. Adjectif correspondant à /ntelli- 
gence-A. Le terme opposé est alors soit 
acüf, soit affectif. 

C. Adjectif correspondant à /ntelli- 





INTELLIGENCE 


gence-B. Le terme opposé est alors in- 
tuitif. 
Voir ces mots, et cf. Zntellectualisme*. 


Intellectuelle (intuition), voir Zntui- 
tion*. 

Rad. int. : À, C. Intelektal ; B. Inte- 
ligal. 


INTELLIGENCE, D. Jntellekt, Ver- 
stand; quelquefois Intelligenz; — E. 
À. Intelligence, Understanding, Intel- 
lectual powers ; B. C. Intelligence, Un- 
derstanding ; D. Intelligence, cleverness ; 
E. Apprehension ; — |. Intelligenza. 

À. Ensemble de toutes les fonctions 
qui ont pour objet la connaissance, au 
sens le plus large du mot (sensation, 
association, mémoire, imagination, en- 
tendement, raison, conscience). Ce 
terme sert couramment à désigner 
l’une des {rois grandes classes (ou faces) 
des phénomènes psychiques, les deux 
autres étant celle des phénomènes affec- 
tifs, et celle des phénomènes actifs ou 
moteurs. 





Sur Intellectualisme et Intelligence. — Deux degrés dans l’anti-intellectua- 
lime. On peut les classer en songeant que les termes qui désignent les fonctions 


psychologiques ont naturellement deux sens : 

19 Un sens analytique et abstrait : l'intelligence se définit, par opposition et 
distinction, au moyen des caractères propres aux opérations intellectuelles ; ces 
opérations sont essentiellement déterminatives et par suite de tendance objective. 

2° Un sens concret, dans lequel l'intelligence désigne simplement la présence 
et l'importance d'un élément de détermination dans l’ensemble très complexe des 
A psychologiques que l’on peut considérer en même temps comme affectifs et 
actifs. 

Les critiques de l’intellectualisme attaquent d’abord et surtout les consé- 
quences d’une transposition du sens 1 au sens 2, c’est-à-dire d’une tendance 
d'esprit qui porte à identifier les caractères de détermination et d’objectivité avec 

caractères de réalité; et comme la détermination des pensées a elle-même 

X aspects, dans la détermination de forme ou d'extension, et dans a déter- 
Mination de fond ou de compréhension, on pourrait encore distinguer deux cas 
dans cet intellectualisme extrême, le premier seul étant un pur formalisme. 

n second degré, plus exceptionnel, dans l’anti-intellectualisme est celui qui 
nsiste à dénier à l'intelligence non seulement une valeur absolue, mais même 
Gute Valeur relative, ou du moins toute valeur relative importante, c’est-à-dire à 
Soutenir que dans la pensée, les facultés de détermination s'exercent, d’une façon 
Purement arbitraire, sans aucun rapport possible avec la réalité ou du moins ne 
#nt qu'un auxiliaire, de rôle tout à fait subordonné, des fonctions de l'activité, 

duites dans la conscience par des états de sentiments. (M. Bernès.) 


lb Me — vocus, nr . 





INTELLIGENCE 


526 





B. Acte de comprendre, par lequel 
s'exerce dans un cas donné, l’intel- 
ligence au sens A. « L'intelligence 
des vérités de la foi. » MALEBRAN- 
CHE, Entretiens sur la métaphysique, 
VI,u. 

C. Au sens concret (surtout au 
xvus siècle) : les êtres spirituels, en 
tant qu’on les oppose aux corps 
« … de prétendues Intelligences sépa- 
rées ». LEIBNIZ, Mouveaur Essais, 
Avant-propos. 

D. (Opposé à intuition* et à sensa- 
tion*) : synonyme d’entendement*, con- 
naissance conceptuelle et rationnelle. 
« L'intelligence est caractérisée par la 
puissance indéfinie de décomposer sui- 
vant n'importe quelle loi et de recom- 
poser suivant n’importe quel système. » 
H. BErcson, L'’Évolution créatrice, 
p. 170. — Voir Raison*. 

E. (Opposé à instinct*) activité 
volontaire, adaptation réfléchie de 
moyens à des fins. « L’instinct achevé 
est la faculté d'utiliser et même de 
construire des instruments organisés ; 
l'intelligence achevée est la faculté de 
fabriquer et d'employer des instru- 
ments inorganisés. » H. BErRGsoN, L'É- 
volution créatrice, p. 152. Voir tout le 
chapitre u sur l'opposition de l'instinct 
et de l'intelligence, que l’auteur ramène 
d’ailleurs à la précédente. 

F. (Opposé à inintelligence) : déve- 





loppement d’esprit normal ou supérieur 
à la moyenne. 

G. (Opposé à invention*) : faculté 
de comprendre* facilement ce qui est 
donné, soit dans les faits, soit dans les 
idées d’autrui. 

H. Traduction d’Intellectus chez 
saint Thomas et chez les scolastiques 
qui emploient ce mot au même sens 
que lui ; mais on dit plus généralement 
en ce sens /ntellect*, pour éviter les 
équivoques. 


REMARQUE 


L'adjectif correspondant aux sens A, 
B, C, D, est intellectuel ; aux sens E, 
F, G, intelligent. 

Rad. int. : À, D. Intelekt ; E, F. In- 
teligentes ; G. Komprenives. 


« INTELLIGIBILITÉ (Principe de 
l’universelle). » 

Expression introduite par A. FouiL- 
LÉE, dans son ouvrage : La philosophie 
de Platon (1869), et devenue depuis lors 
très usuelle dans le langage et surtout 
dans l’enseignement philosophique. « La 
foi commune, plus ou moins consciente 
d'elle-même, mais présente chez tous 
(= chez les croyants, les savants et les 
philosophes), est donc la foi à la raison 
des choses et à l’universelle intelligi- 
bilité. Nous croyons tous que ce qui 
existe est réductible, sinon pour nous, 





527 


du moins en soi, aux lois essentielles 
de la pensée. Lorsque nous doutons, 
notre doute ne porte pas, à vrai dire, 
sur l’intelligibilité de l’objet, mais sur 
l'intelligence du sujet, sur la puissance 
plus ou moins grande de nos moyens 
de connaître. Ce principe de la raison 
des choses, qui survit à tous les sys- 
tèmes, qui engendre leur variété même 
du sein de son unité, qui subsiste malgré 
notre impuissance à expliquer les plus 
difficiles problèmes, et qui constitue 
comme une métaphysique universelle 
supérieure aux diverses métaphysiques, 
comme une science innée que ne peu- 
vent détruire toutes nos ignorances, 
qu'est-ce autre chose que le principe 
même du platonisme ? Dire que tout 
a une raison intelligible, que l’être sou- 
tient un rapport nécessaire avec la 
pensée, c’est dire, au sens le plus 
large des termes, que chaque chose a 
une Jdée. » La philosophie de Platon, 
tome II, 464-465. 


INTELLIGIBLE, G. vonréc (déjà op- 
posé par PLOTIN à voep6c, intellectuel) ; 
L. Intelligibilis (SÉNÈQUE) ; D. Intelli- 
gibel; E. Intelligible; I. Intelligibile. 

A. (Opposé à sensible). Qui ne peut 
être connu que par l'intelligence (au 
sens B), et non par les sens. Par suite 


INTEMPOREL 


de la doctrine traditionnelle qui consi- 
dère les sens comme la source de lillu- 
sion, la réflexion conceptuelle et la 
raison comme le principe de la connais- 
sance vraie, intelligible est devenu, en 
ce sens, synonyme de réel, d’existant 
en soi dans l’ordre métaphysique. 
« Monde intelligible; liberté intelli- 
gible. » — « … Alle solche Noumena, 
zusammt dem Inbegriff derselben, einer 
intelligibeln Welt, nichts als Vorstel- 
lungen einer Aufgabe sind. deren 
Auflôsung... gänzlich unmôglich ist}. » 
KANT, Prolégom., $ 34. (Il oppose, 
dans une note sur ce passage, intellec- 
tuel à intelligible, mais, en fait, il ne 
s’est pas conformé dans ses œuvres à 
la distinction indiquée.) 

B. C. Qui peut être compris, soit au 
sens À, soit au sens B du mot com- 
prendre*. 

Rad. int. : À. Inteligibl; B. Kom- 
prenebl ; C. Intelektebl. 


INTEMPOREL, adj. et subst., D. 
Unzeitlich, das Unzeitliche. 

A. Proprement, ce qui est étranger 
au temps, ce qui n’a pas le caractère 


1. « Tous ces noumènes, ainsi que l’idée de leur 
ensemble, le monde intelligible, ne sont que des repré- 
sentations d'un problème... dont la solution est tout-à- 
fait impossible. » 





Sur Intelllgible, — Voir au mot Raison*, la note de J. LacHELIER sur le 


Sur Intelligence. — L'opposition d'intelligence à intuition me paraît regrettable 
parce qu’elle est inconciliable avec l’expression : intuition intellectuelle. Or il 
faut bien qu’on puisse exprimer l’idée d’intuition intellectuelle, fût-ce simplement 
pour poser l'existence d’une telle intuition comme problème, ou même pour en 
nier la possibilité. D'ailleurs ne pourrait-on considérer la confusion d'intelligence 
et d’entendement comme une simple impropriété d'expression ? (E. Van Biéma.) 

Chez Ravaisson, en particulier, le mot intelligence est pris en un sens 
très large, et désigne aussi bien la connaissance intuitive ou immédiate que la 
connaissance conceptuelle et discursive. Il appelle entendement cette dernière 
(contrairement à l’usage de Bergson mentionné au sens B d’{ntelligence*) ; paf 
ex. : « Toute tendance à une fin implique l'intelligence. » De l'habitude, p. 29. 
« L'intelligence obscure qui succède par habitude à la réflexion, cette intelligencæ 
immédiate où l’objet et le sujet sont confondus, c’est une intuition réelle, où se 
confondent le réel et l’idéal, l’être et la pensée. » Jbid. 


Sur l'histoire des mots intelligence*, intellectuel, etc., voir R. BERTHELOT, Un 
romantisme utilitaire, II, Ch. 1v, v. 


sens kantien de ce mot dans laquelle il conclut : « De là ce paradoxe de la langue 
de Kant que l’intelligible, c'est-à-dire le propre objet de notre intelligence, est 
précisément ce qui échappe à toutes les prises de notre intelligence. » 

Cf. l'emploi de ce mot chez LeiBniz : « On est transféré pour ainsi dire dans un 
autre monde, c’est-à-dire dans le monde intelligible des substances, au lieu qu’aupa- 
ravant, on n’a été que parmi les phénomènes des sens. » Nouv. Essais, IV, ch. in, 6. 

Chez BERKELEY, intelligible est opposé à real, pour rejeter la double existence 
des sensations ou idées, l’une dans les esprits, l’autre en dehors des esprits : 
«<.… the one intelligible or in the mind, the other real or without the mind.» Princ. 
0f human knowledge, 8 86. — MALEBRANCHE applique de même ce mot à tout ce 
Qui est connu par ‘esprit, en y comprenant le sensible en tant que pensé. 

Aux acceptions précédentes se rattache encore indirectement l’usage péjoratif 
qu’Auguste Core fait quelquefois de ce mot, en l’opposant à réel, positif, et en le 
rés à peu près pour synonyme d’imaginaire. Voir p. ex. Cours, leçon xLui, 

13. 


Sn = sn 7 2. 
1... l'une inteligible ou dans l'esprit, l'autre réelle, ou hors de l'esprit. » Principes dela connaissance humaine. 


INTEMPOREL 


de durer. « Le temps nous est néces- 
saire pour nous permettre de constituer 
notre existence intemporelle. » L. La- 
VELLE, La présence totale, 117. 

B. Par suite, ce qui, en tant qu’on le 
considère dans le temps, y apparaît 
comme invariable. « Le vrai et le faux 
sont intemporels. » Voir /dentité* (prin- 
cipe d’), et Temporel*. 


INTENSIF, D. Intensiv; E. Inten- 
sive ; I. Intensivo. 

A. Qui a une intensité*. — S'emploie 
en particulier dans l’expression gran- 
deur intensive (D. Intensive Grôsse ; 
E. Intensive Magnitude ; I. Quantità 
intensivà) : on entend par là une qua- 
lité ou propriété variable, dans laquelle 
il est possible de distinguer des degrés 
d'intensité. 

B. Intense, et dont l'intensité résulte 
d’un effort. (Ce sens est nouveau; il 
nous paraît être d’une mauvaise lan- 
gue.) 


Rad. int. : A. Intenses. 


INTENSION, E. Intension. 

Synonyme de compréhension*, presque 
entièrement tombé en désuétude en 
français. 

« La manière vulgaire d’énoncer [les 
syllogismes] regarde plutôt les indivi- 
dus, mais celle d’Aristote a plus d’égard 
aux idées ou universaux..…. L'animal 
comprend plus d’individus que l’hom- 
me, mais l’homme comprend plus 
d'idées ou de formalités ; l’un a plus 
d'exemple, l’autre plus de degrés de 
réalité ; l’un a plus d’extension, l’autre 
plus d’intension. » LEtBniz, Nouveaux 
Essais, IV, ch. 17, $ 8. 

Chez quelques logiciens contempo- 
rains, notamment chez KEYNESs (For- 
mal Logic, 3° éd., chap. 11, $ 16), ce 
terme sert à désigner, au sens le plus 
large, l’ensemble des caractères repré- 
sentés par un terme général. Cette 


intension peut être comprise de trois 
façons différentes : 

19 L’ensemble des caractères consi- 
dérés comme essentiels à une classe et 
comme constituant la définition du 
terme qui la désigne. En ce sens, l’in- 
tension d’un terme dépend évidemment 
de conventions faites à son sujet. 

20 Certains caractères qui, essentiels 
ou non, sont habituellement suggérés 
à l’esprit par le terme considéré, et qui 
servent pratiquement à reconnaître un 
objet comme appartenant à cette classe. 
En ce sens, l’intension est subjective et 
variable. 

30 L'ensemble de tous les caractères, 
pensés ou non, compris ou non dans 
la définition, mais qui appartiennent à 
chacun des individus auxquels s’ap- 
plique le nom considéré. 

Il propose d’attribuer au premier de 
ces sens le terme connotation ; au se- 
cond, moins important en logique, 
l'expression intension subjective ; et au 
troisième, le terme compréhension. Ainsi 
connotation s’appliquerait surtout au 
mot, intension subjective à la repré- 
sentation qui en est le correspondant 
mental, et compréhension à la chose 
objectivement considérée. 

Voir Compréhension*. 


INTENSITÉ, D. JIntensität; E. In- 
tensity ; I. Intensita. 

A. Caractère de ce qui admet des 
états de plus ou de moins, mais de 
telle sorte que la différence de deux de 
ces états ne soit pas elle-même un 
degré de œ qui est ainsi susceptible 
d'augmentation et de diminution : p. 
ex., un sentiment de crainte peut dimi- 
nuer ou s’accroître; mais la différence 
entre une crainte légère et une crainte 
plus forte n’est pas un degré de crainte 
qui puisse être comparé aux autres, 
comme la différence de deux longueurs 
ou de deux nombres est une longueur 
ou un nombre ayant sa place sur 





— 


Sur Intensité. — Article remanié conformément aux observations d'Alfred 


Fouillée et de M. Drouin. 


l'échelle des grandeurs de la même 
espèce. — L'adjectif correspondant est 
intensif*. 

Quelques philosophes (BERGsoN, 
MUNSTERBERG, etc.) admettent qu'il 
n'existe rien dont la variation réponde 
à cette définition, et que partout où le 
sens commun admet des degrés d’in- 
tensité, le plus et le moins ne sont jugés 
tels que par association avec une 
variation extensive, liée de quelque 
façon à la variation qualitative dont il 
s’agit. 

La thèse opposée est défendue par 
FouiLLÉE, Évolutionnisme des idées- 
forces, liv. I, ch. 1, et Psychologie des 
idées-forces, t. I, ch. 1, $ 2, où il soutient 
que tout acte ou état de conscience est 
essentiellement doué d’un degré d’in- 
tensité irréductible soit à l'étendue, 
soit à la qualité, bien qu'il soit toujours 
accompagné de variations extensives et 
qualitatives. 

B. Haut degré d'intensité. L’adjectif 
correspondant est intense. 

Rad. int. : A. Intenses ; B. Intens. 


1. INTENTION, L. Scol. /ntentio (de 
in, tendere). 

A. L'intentio, dans le langage des 
ecolastiques, est : 1° l'application de 
l'esprit à un objet de connaissance, 
“actus mentis quo tendit in objectum » 
(= intentio formalis) ; 2° le contenu 
même de pensée auquel l'esprit s’ap- 
plique, « objectum in quod » ( = in- 
lentio objectiva). 

Ce terme, dans le langage philoso- 
phique, est ensuite tombé en désué- 
tude, sauf pour la distinction histo- 
rique des premières intentions et des 
secondes intentions. L'intentio prima 
(formalis) est « actus intellectus direc- 
tus, id est quo objectum suum perci- 
Pit directe », par exemple la perception 
d'un homme, la pensée d’une classe 
d'êtres, en tant que l’une et l’autre se 
forment spontanément dans l'esprit, 
sans réflexion sur sa propre activité ; 
tntentio secunda (formals) est « actus 
itellectus reflexus, id est quo aliquid 
Per reflexionem cognoscimus », autre- 


INTENTION 


ment dit la pensée, non de l’objet, mais 
de l'intention première qui s’y applique, 
la réflexion sur l’objet de pensée en 
tant que pensé. L’intention seconde a 
donc toujours pour objet un Ens ratio- 
nis. — L’intentio prima (objectiva) est 
l’objet ou l’être même auquel nous 
pensons ; la secunda intentio (objec- 
tiva) est « omne id, quod per actum 
reflexum intellectus cognoscitur, sive 
sit ipsa actio intellectus, sive potentia, 
sive ea quae conveniunt rebus pro ut 
sunt in subjecto objective ». C’est donc 
soit la pensée de l’acte par lequel nous 
pensons quelque chose, soit celle de 
notre faculté de le connaître, soit celle 
des déterminations de cet objet de 
pensée, considérées en tant que carac- 
tères logiques, etc. — (D'après GocLe- 
Nius, v° Intention, 253 A, B; — et 
Hucon, Cursus philosophix thomisticx, 
I. Logica, p. 33.) 

Les espèces intentionnelles (species 
intentionales) sont les espèces* sensibles. 
Voir ce mot. 

B Ce terme a été repris par les phi- 
losophes allemands qui se rattachent à 
l’école de BRENTANO et a été de nou- 
veau rendu très usuel par la phénomé- 
aologie*. Voir notamment HussERL, 
Logische Untersuchungen!, II, 346 et 
suiv. De là, ilest rentré dans le langage 
philosophique français contemporain. 


2. INTENTION (même origine), D. 4b- 
sicht ; E. Intention ; 1. Intenzione. 

A. Dessein de faire quelque chose, 
sous réserve des obstacles qui pourraient 
rendre cette action impossible ou inop- 
portune (intention-projet). « Descartes 
avait eu l'intention d'écrire un Traité 
du Monde. » 

B. Fin qu'on se propose d’atteindre, 
raison d’un acte (intention-but).«Voya- 
ger dans l'intention de s’instruire. » 
Cf. Visée*1, 

Direction d'intention (primitivement, 
terme de casuistique : voir Pascaz, 


1. Recherches logiques. 
Nr. Article remanié d'après les indications du P. P. Foui- 
quié. 


je Se ee M + 


INTENTION 








Provinciales, VII) : attitude d'esprit 
par laquelle on s’autorise à faire un 
acte en ne le considérant que sous 
l'aspect où il est bon. « La direction 
d'intention consiste en une intention 
factice et mensongère qui dissimule 
l'intention réelle. » E. Go8LoT, Classi- 
fication des Sciences, p. 260. 

Le « problème de l'intention » est la 
question de savoir si pour juger de la 
valeur morale d’un acte il doit être 
tenu compte exclusivement de l’inten- 
tion qui l’a dicté (morale purement 
formelle*), ou s’il doit être également 
tenu compte des effets produits par cet 
acte, et de son caractère spécifique. 

Rad. int. : Intenc. 


« INTERATTRACTION », D. Wech- 
selanziehung; EE. Interattraction. 
Attractionréciproque.en tant que phé- 


530 


nomène tlémentaire de la vie animale 

Voir Attraction*, obs. « Restent à 
connaître les influences qui rassemblent 
un grand nombre d'individus côte à 
côte. Passant en revue diverses hypo. 
thèses, par éliminations successives on 
en arrive à conclure que ces individus 
s’attirent les uns les autres : les premiers 
ont été conduits par une série de contin- 
gences, et ils ont attiré les suivants. 
— L'idée d’une « interattraction » res- 
sort ainsi avec force. » Et. RaABaun, 
Essai sur les sociétés animales, dans 
Les origines de la Société, Centre 
intern. de Synthèse, 1931, p. 6. Voir 
Observations. 


« INTERDÉPENDANCE. » 

Dépendance réciproque. — Voir 
aux observations la discussion sur ce 
mot (S). 


INTÉRÊT, D. Interesse ; E. Interest ; 
1. Znteresse. 

Objectivement : 

A. Ce qui importe réellement (L. in- 
serest) à un agent déterminé ; ce qui lui 
est avantageux, qu'il le sache ou non. 
« Avoir un grand intérêt à quelque 
chose ; méconnaître ses véritables inté- 
rêts. » Les verbes correspondants sont 
intéresser, s’il s’agit de ce qui importe; 
étre intéressé à. s’il s'agit de celui pour 
qui existe cet intérêt. En ce sens, la 





INTÉRÊT 





morale de l'intérêt ou de l'intérêt bien 
entendu est la même chose que la morale 
utilitaire*. 

L'intérêt général est proprement l’en- 
semble des intérêts communs aux diffé- 
rents individus qui composent une so- 
ciété ; l’intérét public, l’ensemble des 
intérêts de cette société en tant que 
telle. — Ces deux expressions sont très 
souvent confondues, mais à tort : on ne 
peut identifier a priori ces deux con- 
cepts, à moins de postuler que la so- 


Ce terme a été l’objet d’une discussion à la séance du 1€ juillet 1909 : 

M. DrouIN : « Rien dans la forme de ce mot ne suggère cette nuance spéciale, 
Ne vaut-il pas mieux le laisser disponible pour désigner la solidarité en général, 
comme fait ou comme loi naturelle, chaque fois qu'on veut écarter les apprécia- 
tions de valeur, la signification morale dont le mot solidarité s'est chargé peu à 


peu, et ne se dégagera pas ? » 


M. Bruwscuvicc se rallie à cette opinion. 


Sur Intention, 2. — Dans la morale formelle, l'intention n’est pas définie par 
le but, mais par la conformité à la loi. Cette conformité est bien un but, si l’on 
veut, mais il n’en reste pas moins nécessaire de distinguer l’intention en tant 
que volonté de suivre une règle, et l’intention, en tant que volonté d'atteindre une 
fin. (M. Drouin.) 

N'y a-t-il qu'un « problème de l'intention » ? N’est-ce pas un problème de l’in- 
tention encore, que le problème de savoir si la fin justifie les moyens et dans 
quelle mesure elle les justifie ? (A. Landry.) — Il y a là sans doute un problème 
relatif à l'intention ; mais te n’est pas :e qu’on entend quand on parte, sans plus, 
du « problème de l'intention » 


Sur Interattractlon. — M. Êt. Rabaud fait remarquer que le lien social qui 
réunit les individus par la communauté de leurs idées et de leurs sentiments 
{communion*) constitue pour ainsi dire une interattraction du second degré. Il 
y a lieu de bien distinguer les groupements de cette sorte des groupements formés 
par des individus qu’attire un même genre d’études ou de distractions, mais sans 
souci les uns des autres, et qui par conséquent se ramènent aux foules* proprement 
dites, 


Sur Interdépendance. 

La première rédaction de cet article était ainsi conçue : « Nous proposons 
d'appeler ainsi la solidarité du type organique, reposant sur la différenciation 
des fonctions et la division du travail, telle qu’elle existe par exemple entre les 
organes dans un corps vivant, ou entre les divers agents de la vie économique 
dans une société. 

« Il est utile, en effet, d'adopter un terme précis pour distinguer cette espèce de 
relation des autres formes de solidarité*, telles que sont par exemple la solidarité 
économique des travailleurs d’une même profession, la solidarité spirituelle des 
membres d’une même communauté morale ou religieuse, etc. 


M. J. LACHELIER : « Je reconnais avec vous que le mot solidarité est équivoque ; 
et je crois, notamment, qu'il serait très utile d’avoir, comme vous le proposez, un 
terme spécial pour désigner la dépendance réciproque des membres et de l'estomac, 
la solidarité organique qui résulte de la division du travail dans l'individu et dans 
la société. ( Assentiment unanime.) Mais je ne voudrais pas que la Société de philo- 
sophie adoptât pour cet usage le mot d’interdépendance : par lui-même, ce mot 
n’évoque pas naturellement l’idée dont il s’agit, plutôt que celle de toute autre 
forme de solidarité. Il éveillerait plutôt l’idée d’une liaison mécanique. » 

M. A. LALANDE : « Il me paraît avoir ceci de caractéristique qu’il marque une 
dépendance, c'est-à-dire une hétéronomie, une contrainte externe. La solidarité 
scientifique, artistique, morale, quand elle est ce qu’elle doit être, n'apporte 
aucune restriction, aucune entrave à notre liherté. Elle en est même plutôt la 
condition. On la veut plus qu’on ne la subit, au moins à partir d’un certain degré 
de conscience et de culture. La différenciation organique, en tant qu’elle nous 
rend les autres nécessaires, est au contraire un état de fait, cause de crises et de 
luttes dans la vie matérielle, obstacle et danger pour la vie de l'esprit. Elle nous 
met, à l'égard de nos semblables, dans un état de dépendance et de besoin, non 
de plénitude et de liberté : telle est la dépendance réciproque du consommateur et 
du fournisseur, de l’ouvrier et du patron, etc. Le sophisme consiste à l'idéaliser 
(comme Sully Prudhomme dans son célèbre sonnet) en négligeant le caractère 
réel de lutte et d'exploitation qu’elle présente. » 

Depuis l’époque où cette discussion a eu lieu, le mot Interdépendance s’est 
largement répandu, et a pris en même temps, dans le langage de la philosophie 
politique, un sens assez particulier : il v est employé comme mot d'ordre par ceux 
qui pensent qu’il est impossible d’établir une paix durable en conservant à chaque 
Dation le droit à une souveraineté absolue. Voir l’article de M. Christian Ricmanrp, 
Toward an international declaration of interdependence, dans Freedom, février et 
Mai 1945 : réimprimé en brochure, Los Angeles, même année. Dans l'intention 
de l’auteur, bien que le mot garde une nuance d’analogie biomorphique (voir not. 
P. 4 et 5) il s'associe surtout aux idées de libre coopération, de démocratie, de 
Personnajisme, d’ « humanisme » au sens D, et d'unité des religions. (A. L.) 


dti 4 


INTÉRÊT 


ciété n’est rien de plus que la juxtapo- 
sition des êtres qui la composent. 

Subjectivement : 

B. Caractère de ce qui provoque, 
dans un esprit déterminé, un état d’ac- 
tivité mentale facile et agréable, une 
attention spontanée. « {Avoir de l’inté- 
rêt (— intéresser, être intéressant) ; 
l'intérêt d'un spectacle, d’une lecture. » 

La doctrine de l'intérêt, au point de 
vue pédagogique, est celle qui prend 
pour règle de n’enseigner les choses 
que dans la mesure où l'enfant désire 
spontanément les apprendre. (Cf. Rous- 
seat, Émile, livre III. 

La loi d'intérêt est la loi d’associa- 
tion* des idées qui s’énonce ainsi 
« Parni tous les états de conscience 
qui peuvent, par rédintégration*, être 
suggérés par un inducteur* donné, c’est 
sulerment ce qui répond à l'intérêt 
actuel et dominant du sujet qui se 
trouve effectivement évoqué. » 

C. L'état d'activité mentale provoqué 
par ce qui a de l'intérét au sens B. 
« Prendre intérêt à quelque chose; 
éveiller l'intérêt. » 

D. A l'égard des personries, bienveil- 
ance, sympathie. « Porter intérêt à 
quelqu'un. » 

Le verbe correspondant est, dans ces 
Jeux cas, s'intéresser (à quelque chose 
ou à quelau'uni. 


CRITIQUE 


L'intérêt, au sens À, est une des 
notions fondamentales nécessaires à 
Pétude de l'activité humaine, et des 


a —— ————————— ——————_—————————"———————"———— 


532 
jugements de valeur. Un grand nombre 
de discussions philosophiques viennent 
aboutir à une opposition sur l « imi- 
portance » relative des « intérêts » qui 
sont en jeu. 

Mais cette notion enveloppe deux 
équivoques graves : 1° celle de l'intérêt 
réel, au sens A; de ce même intérêt, 
en tant qu'il est connu ; enfin de l’in- 
térêt affectif, au sens B. Il a été souvent 
remarqué par les moralistes que l’inté- 
rêt réel, même bien connu in abstracto, 
ne s’identifiait pas ou s’identifiait très 
lentement avec l'intérêt spontané ; 
29 celle de l'intérêt individuel et de 
l'intérêt collectif. 

Ce terme est donc très équivoque, et 
demande à être précisé avec soin dans 
chaque cas particulier. 

Rad. int. : À. Interest ; B. Interes; 
C. Interesij ; D. Bonvol. 


INTÉRIEUR et INTERNE, D. Jnner; 
E. Internal ; 1. Interno. 

Voir EXTERNE*. 

Rad. int. : Intern. 


« INTERMONDES », L. /ntermun- 
dia ; dans la doctrine épicurienne, es- 
paces qui séparent les mondes et qu: 
sont à l’abri des mouvements qui s’y 
produisent. Ils sont pour cetie raison 
la demeure des Dieux (Lucrèce, De 
nat. rerum, 11, 646 et suiv.; V, 146-155). 
— Ce mot se prend quelquefois au 
figuré : « .… Réaliser dans quelque coin 
de l’univers comme un vide absolu, 
impénétrable à toute influence des 





Sur Intérêt. — La « loi d'intérêt » paraît due à HGrrpinc. Dans son manuel 
Esquisse d'une psychologie (1882), ch. v, B, $ 8, il ramène tout d'abord l’association 
à la « loi de totalité », mais en ajoutant qu’elle ne suffit pas, et que « le cours de 
nos idées, de même que nos sensations immédiates, est dirigé par l'intérêt, et 
l'attention que suscite cet intérêt ». Le sentiment dominant, les tendances, les 
buts actuels, soit idéaux, soit pratiques déterminent, entre toutes les évocations 
possibles, celle qui se réalisera. Il indique que cette idée apparaît déjà chez HoBBE$ 
(Human nature, ch. 1V, Leviathan ; ch. 111} ; que HAMILTON, à la fin de sa vie, 
admettait ce facteur dans la direction des idées (d’après Mansez, Metaphysics, 
241 et suiv.), enfin que Wunpr et FRies donnent des indications dans le même 
sens. — La «loi d’intérêt» est énoncée, en italiques, et sous ce nom (law of interest) 
dans les Principles of Psychology de W. JAMES (1890), I, 572. 





533 


es a 


parties adjacentes, puis, dans cette 
espèce d'’intermonde, dans cet îlot de 
vide, réaliser successivement et un à 
un Chacun des antécédents en ques- 
tion. » RABIER, Logique, p. 126. 


« INTERPSYCHOLOGIE », terme 
créé par TARDE, pour opposer à la 

ychologie collective (conçue comme 
l'étude d’une réalité mentale apparte- 
nant à la société considérée comme un 
tout), l'étude des réactions d’ordre psy- 
chologique qu’exercent les individus les 
uns sur les autres. « Nous entendrons 
par interpsychologie l'étude des méca- 
nismes, conscients ou non, par lesquels 
s'exerce l’action d’un esprit sur un autre 
esprit, qui ont pour résultat le plus 
fréquent l’assimilation partielle ou glo- 
bale, passagère ou durable, du second 
esprit au premier, encore qu'ils puissent 
aboutir à des résistances ou à des oppo- 
sitions. » G. Dumas, Traité de psycho- 
logie, tome 11, 7339. Livre 111, ch. 111: 
« L'interpsychologie. » /ntermentul s'em- 
ploie dans le même sens. 


« INTEREXISTENTIEL », qui reli: 
des existences* au sens C. « La valeur 
est la relation interexistenti-lle qui unit 
non des termes, mais des personnes. » 
R. LE SENNE, Obstacle et valeur, 192. 


INTERMÉDIAIRE, J). Mitel..; K. 
Intermediary, Intermediate {subst. Inter- 
mediary, Medium) ; |. Intermedio. 

A. (En parlant de ce qui n'agit pas) : 

placé entre deux autres termes, au 
propre ou au figuré. « Une division 
intermédiaire. » — « Une solution, un 
parti intermédiaires. » 
. B. (Au sens actif) : qui établit un 
lien entre deux autres termes. « La 
Puissance est toujours intermédiaire 
Entre deux actes différents » (en tant 
qu’elle est « le fait même de leur com- 
Munication »}. L. LAvELLE, De l’acte, 
272-273, 


REMARQUE 


Le mot, en tant que substantif, 
s’emploie au sens B beaucoup plus fré- 


» 





INTIME (SENS) 


quemment que l'adjectif : « Gassendi 
et Descartes. avaient échangé des 
marques d'estime mutuelle par l'inter- 
médiaire de Mersenne. » BouILLIER, 
Philosophie cartésienne, I, 236. -- Cf. 
Médiation*. 


INTERVALLE, D. Zwischenraum ; 
E. Interval ; I. Intervallo. 

Terme du langage courant adopté 
par E. DupPrÉ EL (La cause et l’intervalle, 
1933 ; recueilli dans Essais pluralistes, 
vu) et employé depuis lors d’une ma- 
nière technique par divers philosophes 
pour représenter l’ensemble de ce qui 
distingue ce qu’on appelle cause* de 
ce qu’on appelle effet, et en particulier 
l'écart temporel entre l’une et l’autre. 

Rad. int. : Interval ; en particulier : 
intertemps. 


INTIME, D. A. nnern ,; B. Innie ; 
— E. A. Internal ; B. Inmost ; --— [. 1n- 
timo. 

{fatünus est le superlatif dont /nte- 
rior est le comparatif. L'idée générale 
est donc : re qui est le plus intérieur. 
aux différents sens de ce mot.) 

A. Intérieur (au sens où ce mot 
s'oppose à public, extérieur. rmarufestér. 
Ext intime ce qui est fermé. inacces- 
sible :: la foule, réservé : par suite, ce 
qui est individuel, connu du sujet seul. 
soit accidentellement, soit essentielle- 
nent el par nature. 

Sens intime (1). /nnere W'ahrneh- 
mung) a été employé par Maine de 
Biran et par la plupart des éclectiquex 
comme synonvme de conscience*, au 
sens À. « On comprend, sous le nom 
de sens, deux sortes de fonctions intel- 
lectuelles : le sens intine ou conscience 
qui ne répond à aucun organe déter- 
miné, et les sens extérieurs... » Em. 
SaisseT. dans le Dirt. de FRANCk, v° 
Sens, 1581 1. — « Le caractère essentiel 
des phénomènes psychologiques est de 
ne pouvoir pas se produire sans être 
accompagnés d’un sentiment intérieur 
immédiat qui nous les fait percevoir ; 

. on a donné le nom de sens intime à 
ce sens qui accompagne tous les autres ; 


| 


INTIME (SENS) 





534 





les scolastiques l’appelaient synesthèse. » 
Paul JANET, Traité élém. de philosophie, 
Psychologie, ch. 11, $ 48. Cette expres- 
sion est aujourd’hui presque complète- 
ment tombée en désuétude. 

B. Intérieur (au sens où ce mot 
s'oppose à superficiel) ; profond; qui 
tient à l'essence de l’être dont il s’agit ; 
qui en pénètre toutes les parties ; 
« Connaissance intime d’une question, 
d’un auteur. » — « Union intime de 
deux corps, de deux qualités. » — 
« Conviction intime. » — « Ce sens de 
leffort est tellement intime et si pro- 
fondément habituel... qu’il s’obscurcit 
et s’efface presque... » MaINE DE Bi- 
RAN, Aperception immédiate, 2° par- 
tie, $ 2. 


CRITIQUE 


Ce terme est dangereux en raison de 
sa double signification ; d’autant plus 
que les deux sens convenant à la fois 
à bien des choses, on les confond pres- 
que toujours dans l” « import » de ce 
mot. Intimité s'applique aussi bien au 
caractère propre d’un petit cercle fermé 
qu’à la pénétration réelle et à l’union 
intérieure des esprits. Une « lettre in- 
tine » est d’abord ce qui s'oppose, 
même légalement, à un écrit public; 
et, coinme telle, peu importe qu’elle 
consiste en propos insignifiants, ou 
même en plaisanteries. Mais on peut 


entendre aussi par là une lettre qui 
exprime le sentiment ou la pensée « in. 
times » de son auteur, c’est-à-dire Je 
fond de son caractère ou de son opi. 
nion. Aussi ce terme favorise-t-il gran- 
dement la confusion de ce qui est sub. 
jectif, individuel privé, avec ce qui est 
solide, profond, essentiel. En invoquant 
le « sens intime », les éclectiques pré. 
tendaient assurer le bénéfice d’une 
évidence immédiate à des thèses en 
réalité très contestables comme l’unité 
substantielle de la personne humaine, 
ou l'existence d’une cause simple qui 
se manifeste par les volitions sans s’y 
dépenser, etc. C’est ainsi que Maine 
DE BIRAN écrit : « L’autorité du sens 
intime est pour ceux qui soutiennent 
la réalité objective des qualités pre- 
mières. » L'aperception immédiate, 
2 partie, $ 4 Voir Conscience (Criti- 
que) et la discussion sur Immédiat*. 
Les confusions qui résultent de cet 
usage et de ce genre d’argument ont 
grandement contribué (outre l’impro- 
priété du mot sens) à faire tomber en 
discrédit l’expression sens intime. 

Mais si l’équivoque cachée dans cette 
forme de langage est actuellement bien 
démasquée, il en est une autre qui reste 
courante. Elle se rencontre surtout 
dans les jugements d'appréciation par 
lesquel: on attribue à ce qui est intime 
au sens À, c’est-à-dire individuel, l’im- 





“ portance morale et la valeur métaphy- 


;sique qui appartiennent à ce qui est 
intime au sens B, c’est-à-dire essentiel 
et fondamental. Sans doute, ces deux 
caractères peuvent souvent se trouver 
réunis ; mais cette réunion n’a rien de 
pécessaire, et il y a même lieu dans 
“bien des cas d’opposer fortement à un 
,égotisme superficiel qui se plaît dans 
Ÿ «intimité » de son moi, une person- 
nalité profonde qui développe ce qu’elle 
a de plus « intime », ce qui la constitue 
le plus essentielleinent, par le fait de 
se communiquer à d'autres esprits et 
de s’élargir à son tour par leur action. 
Nous retrouvons ici les équivoques 
déjà signalées aux mots individualisme 
et individualité. Il faut donc surveiller 
de très près l'emploi du inot intime, et 
des paralogismes qu’il tend à introduire 
avec lui. 

. Rad. int. : À. Privat ; B. Profund. 


à 


INTRIN SÈQUE, D. Innerlich, eigen ; 
E. Intrinsic, intrinsical ; 1. Intrinseco. 

Opposé à Erxtrinsèque. 

Qui appartient à un objet de pensée 
en lui-même, et non dans ses relations 
à un autre. Une chose est dite en par- 
#iculier avoir une valeur intrinsèque 
(Eigenwert) si elle possède cette valeur 
par sa propre nature, et non pas en tant 
qu’elle est le signe ou le moyen d’autre 
Chose. — Cf. Dénomination*. 

Rad. int. : Intrinsek ([ntern., Boi- 

ac). 


INT ROSPECTION 


désigner l’opération par laquelle nous 
nous représentons la conscience de 
chaque individu comme intérieure à 
son organisme, et la représentation des 
objets extérieurs comme une objecti- 
vation d’états internes, considérés par 
illusion comme indépendants. — Il y 
oppose sa propre théorie de | « expé- 
rience pure », qui adinet une solidarité 
naturelle entre le sujet personnel et 
l’objet perçu. (Kritik der reinen Erfuh- 
rung!, 1888.) 
Cf. Idéalisme*. 


« INT ROPATHIE », terme employé 
par FLournoy pour traduire l’Ein- 
fühlung de Lipps : projection de ses 
propres sentiments dans un autre être, 
vivant ou non, auquel on s’identifie ; 
p. ex. quand on se met en imagination 
à la place d’une voûte, d’un arc-boutant, 
comme si l’on soutenait soi-même les 
poussées qu’ils supportent. — Cf. Sym- 
pathie*. 


INT ROSP ECTION, D. Selbstbeobach- 
tung ; E. Introspection; 1. Introspe- 
zione. 

Observation d'une conscience indivi- 
duelle par elle-mêine, en vue d’une fin 
spéculative : 1° soit en vue de con- 
naître l'esprit individuel en tant qu’in- 
dividuel ; 2° soit en vue de connaître 
l'esprit individuel en tant que tvpe 
immédiatement observable de l’âme 
humaine en général, ou même de tout 


Sur Intime. — Il me semble que tous ces abus résultent d’application plus ou 
moins heureuses du mot intime, mais non d’une dualité primitive de sens. — 
L'expression « sens intime » n’a de mauvais que la demi-assimilation de la cons- 
cience aux sens proprement dits. Il n’y aurait eu là-dedans rien de faux ni de 
contestable si les éclectiques avaient vu dans la personne humaine, le fait même de 
dire moi, et dans la volonté, l’action même de vouloir : car c’est cela, et cela 
seulement que nous donne le sens intime. C’est bien ainsi que l’entendait primi- 
tivement Maine de Biran : son substantialisme est venu plus tard et a été une 
déviation. (J. Lachelier.) 


— Intime, au sens B, est intimité sont des expressions devenues très vivantes 
dans la langue philosophique contemporaine : « Assurer notre intimité à l’être 
(= notre intériorité par rapport à l’être) par une pensée qui en fait, est toujours 
contenue dans l’être, et en droit le contient toujours... L’acquisition de l'intimité, 
ou la découverte du moi, consiste précisément dans sa pénétration à l’intérieur 
de l’être même. » L. LAvELLE, La Présence totale, 45-47. 


esprit, quel qu’il soit. 
«INTROJECTION » (D. Zntrojection), 


terme employé par AVENARIUS pour 1. Critique de l'expérience pure. 


— 


Sur Introspection. — Est-il nécessaire de dire que l’introspection est une 
observation faite « en vue d’une fin spéculative » ? Une observation, en elle-même, 
à toujours ce caractère. (M. Bernès.) — Mais on s’observe aussi en vue d’un but 
Pratique, moral, par exemple : on fait son examen de conscience ; et cela ne 
#entre pas dans ce qu’on nomme habituellement l’introspection. (A. L.) 


Critique. — Notre regretté collègue, Victor Egger nous avait communiqué pour 
& première rédaction de cet article les observations suivantes : « Ce terme, ayant 
été généralement associé aux critiques faites par l’école positiviste contre la 
Possibilité de l’observation interne (illusions individuelles ; manque de généralité ; 


D nn Ur 


INTROSPECTION 





CRITIQUE 


Terme d'origine anglaise, où il ap- 
partient à la langue usuelle. Il est plus 
rare et toujours technique en français ; 
il en est de même de l'adjectif corres- 
pondant, employé presque uniquement 
dans l’expression méthode introspective. 


Introspection expérimentale, D. Aus- 
frage-Methode. (Cf. Questionnaires*.) 
Méthode psychologique qui consiste 
à soumettre un sujet à tels ou tels 






536 


porter l'intérêt sur la description que 
ce sujet donne de son état d'esprit 
pendant une épreuve déterminée, et 
non sur le résultat brut de celle-ci 
(réponse donnée ou réaction manifes. 
tée). — On l'appelle souvent en Alle. 
magne Méthode de Würzburg, du nom 
de l’Université où elle a été le plus lar. 
gemeñt mise en œuvre ; mais BINET a 
élevé sur ce point une réclamation de 
priorité. Voir Année psychologique, XV, 
1909, p. 8. 


tests* ou expériences, mais en faisant Rad. int. : Introspekt. 


ne 


manque d’objectivité ; auto-suggestion, etc.) a pris dans notre langue une nuance 
péjorative. Pour cette raison, je propose de le remplacer : 

« 1° Ausens général, par le mot réflexion ; 

« 20 Au sens de méthode introspective, par les trois expressions suivantes qui 
auraient chacune l’avantage de ne s’appliquer qu’à une seule méthode bien 
définie : a. Méthode des concepts, où des groupes naturels, consistant à réfléchir 
sur sa pensée pour y analyser et pour y critiquer, socratiquement, les groupes 
de faits psychiques qui s’y trouvent spontanément formés, et qui sont représentés 
dans le langage usuel par des termes généraux : joie, désir, volonté, habitude, etc. 
Cette première méthode ne diffère donc pas beaucoup de la spéculation philo- 
sophique proprement dite. — b. Méthode des cas exceptionnels, consistant à noter, 
dès qu’ils viennent d’avoir lieu, les faits de conscience individuels qui dévient du 
type ordinaire assez sensiblement pour être remarqués : illusions de perception, 
images anormales, rêves, etc. — c. Méthode des exemples : combinaison des deux 
précédentes, consistant à vérifier les résultats de la méthode des concepts par la 
considération des cas particuliers qu’une anomalie plus ou moins marquée a 
rendus observables. » 

— La distinction de ces trois variétés de la méthode introspective a été approu- 
vée par la plupart des correspondants. Mais les termes qui les désignent ont été 
généralement critiqués. « Ces trois méthodes, dit M. Bernès, sont très bien dis- 
tingués ; mais je ne vois pas l'utilité d'inventer des termes techniques pour 
désigner trois moments de toute observation scientifique : 1° dégager des faits les 
groupes de rapports stables, qui sont comme les centres lumineux d’où l'esprit 
part pour établir ses classements et ses explications ; 2° découvrir dans les cas 
isolés les déviations principales du type abstrait formé pour la première recherche, 
et par suite rapprocher peu à peu la science de la réalité tout entière ; 39 éprouver 
les généralités en ramenant les cas particuliers à un ensemble de traits généraux 
d’abord définis séparément — qu'y a-t-il en tout ceci de propre à la méthode 
d’introspection ? » 

— « Les termes proposés par V. Eccer, dit M. Van Bléma, non seulement 
risquent de donner lieu à des confusions, mais même seront difficilement rapportés 
sans explication complémentaire à ce qu’ils doivent exprimer. « Méthode des 
concepts » évoquera l’idée de dialectique par opposition à « méthode objective »; 
« méthode des cas exceptionnels » n’éveille nullement l’idée d’une méthode spéci- 
fiquement psychologique ni surtout d’une méthode introspective ; même remarque 
pour la dernière expression proposée. » 

Mêmes observations de M. Mentré. 


87 


INTROV ERSION, D. Jntroversion. 


‘4 A. Chez Jun (Psychologische T'ypen, 
Zurich, 1921), type de caractère tourné 


gers le dedans, attentif seulement à son 
moi, distrait, plein d’amour-propre, 
gouvent mal adapté à son milieu ; il 
s'oppose à l'extraversion, dans laquelle 
l'individu est orienté vers le monde 
extérieur, sociable, expansif, docile à 
la mode, ami de toutes les nouveautés. 
B. (Nouveau sens créé par M. LE 
SENNE, qui l’oppose à la fois à eztra- 
gersion* et à introspection*) : replie- 
ment sur soi-même, non pour échapper 
‘au réel, ni pour s’observer soi-même à 
la manière dont la science observe les 
phénomènes, mais pour saisir sa per- 
sonnalité en tant qu'existence*, acte 
supérieur à toute détermination parti- 
cularisée, à tout phénomène pensé 
comme objet. Introspection et Introver- 
sion s’opposent ainsi comme dans un 
tableau les détails s’opposent à « l’at- 
mosphère ». Obstacle et valeur, 198. 


INT UITIF, D. Jntuitio, anschaulich ; 
E. Intuitive ; I. Intuitivo. 
A. Qui est objet d’intuition, à tous 


INTUITION 


les sens de ce mot. « Vérité intuitive. » 

Cf. Intuition*, critique. 

B. Qui constitue une intuition, ou 
qui s’accompagne d’intuition, en par- 
lant des opérations de l'esprit. « Con- 
naissance intuitive. » Cf. Intuition-A. 

On appelle spécialement Méthode in- 
tuitive, en pédagogie, celle qui s’adresse 
aux sens, de préférence à la mémoire 
et à l’abstraction. 

C. Qui est doué d’intuition, au 
sens C. Un esprit intuitif, opposé à un 
esprit déductif, est celui qui voit syn- 
thétiquement et qui devine, au lieu de 
raisonner par analyse et par abstrac- 
tion. 

Rad. int. : À. Intuic; B. Intuiciv; 
C. Intuicem. 


INTUITION, L. Jntuitus, Intuitio ; 
D. Anschauung ; E. Intuition ; I. In- 
tuizione. 

A. Connaissance d’une vérité évi- 
dente, de quelque nature qu'elle soit, 
qui sert de principe et de fondement au 
raisonnement discursif, et qui porte 
non seulement sur les choses, mais sur 
leurs rapports : « Ex quibus omnibus 





Enfin MM. J. Lachelier, Ogereau, Bernès, Brunschvicg, Boisse, Drouin, protes- 
tent contre la substitution du mot réflexion, qui a déjà reçu dans l’usage philo- 
sophique les sens les plus divers, au mot introspection, qui est technique, clair, et 


sans équivoques. 


MM. Brunschvicg, Mentré, Boisse et Van Biéma font d’ailleurs observer que 


le caractère défavorable de ce mot, raison principale pour laquelle EGcEr proposait 
de abandonner, est actuellement en voie de disparaître : on peut dire aujourd’hui, 
sans se faire de tort, qu'on procède par la méthode introspective : de l’usage 
qu'on fera de cette méthode dépend donc uniquement son bon ou son mauvais 
renom pour l'avenir. 

Ces conclusions ont été unanimement approuvées. 


Sur Intuition. — 1° Historique. 

R. Eucken nous a signalé l’emploi de l’expression /ntuitio intellectualis par 
Nicolas pe Cusa. 

G. Dwelshauvers nous a communiqué les documents et les observations 
Œivants : 

« Pour Ficare (Wissenschaftslehre, 2° Introduction ; Thatsachen des Bewusst- 
seins, Œuvres complètes, t. II, p. 541) il n’est pas contraire à Kant d'admettre que 
Rous ayons l'intuition intellectuelle du moi pensant (cf. Crit. de la Raison pure, 
+ 16-17). Je ne puis faire un pas, ni un mouvement de la main ou du pied sans 

Ituition intellectuelle de la conscience de moi-même dans ces actions. Ce n’est 


—————— 


INTUITION 






538 


EE re 


colligitur.. nullas vias hominibus pa- 
tere ad cognitionem certam veritatis 
præter evidentem intuitum et necessa- 
riam deductionem ; item etiam, quid 
sint naturæ illæ simplices de quibus in 
octava propositione. Atque perspicuum 
est intuitum mentis tum ad illas omnes 
extendi, tum ad necessarias illarum 
inter se connexiones cognoscendas, tum 
denique ad reliqua omnia quæ intellec- 
tus praecise, vel in se ipso, vel in phan- 
tasia esse experitur. » DESCARTES, Re- 
gulæ, XII. 

Locke et LEIBNiz suivent en cela 
l’usage de Descartes ; voir Essais et 
Nouveaux Essais, notamment livre IV, 
chap. n1, $ 1. « Les vérités primitives 
qu'on sait par intuition sont de deux 


de fait. » Lei8Niz, bid. — Dans Je 
Meditationes de cognitione, etc., $ 4 i] 
emploie cognitio intuitiva pour désigner 
la connaissance dans laquelle nous 
pouvons penser simultanément toutes 
les notions qui constituent par leur 
combinaison l’objet pensé. 

B. Vue directe et immédiate d’un 
objet de pensée actuellement présent 
à l'esprit et saisi dans sa réalité indivi. 
duelle (au sens A de ce mot). « Die 
Anschauung... bezieht sich unmitte]bar 
auf den Gegenstand und ist einzelnt, , 
KaANT, Crit. de la R. pure, Dial. transe. 
1, 1 : « Von den Ideen überhaupt? , 
A. 320 ; B. 377. — Cf. Ibid., $ 1, À. 19: 








. 33. — Prolégomènes, $ 8. ITAMILTON, 
ANSEL, DEWEY définissent l'intuition, 
fu même sens : « La connaissance de 


“t'individuel. » 
“+ Cette connaissance peut. avoir pour 
-æbjet : 


19 Une réalité transcendante. Il est 
ssuel, depuis KanT, de donner ce sens 
à l'expression intuition intellectuelle 
{D. Jniellectuelle Anschauung) : « Das 
ist eine solche, durch die selbst das 
Dasein des Objekts der Anschauung 
gegeben wird, und die, so viel wir 
ginsehen, nur dem Urwesen zukommen 
kanni. » Cri. R. pure, Esth. transc., 
Remarques générales, B. 72. — FicuTE 
et SCHELLING, admettent au contraire 


INT UITION 


expression des idées différentes de celle 
de Kant, quoique dérivées de celle-ci, 
et différentes entre elles : voir ci-des- 
sous, Observations. 

20 Des objets qui nous sont fournis 
par la sensibilité soit a priori, si l’on 
admet avec Kanr qu’il y en ait de tels 
(reine Anschauung, intuition pure), soit 
a posteriori (empirische Anschauung, 
intuition empirique). — Cf. Crit. H. 
pure, Esth. transc., $ 1. 

Nos propres phénomènes psychiques 
peuvent être dits également, en ce sens, 
objets d’intuition. 

C. Toute connaissance donnée d’un 
seul coup et sans concepts. — ScHo- 
PENHAUER prend le mot dans ce sens 


1. « L'intuition.. se rapporte immédiatement à 


sortes : … vérités de raison ou vérités | l'objet et est singulière. » — 2. « Des idées en général. ; 








que par l’intuition que je sais que j’agis ; par elle seule je distingue mon action 
et dans celle-ci, je me distingue de l’objet proposé à mon action!. » (Œuvres, I, 
p. 463). Cette intuition ne se produit jamais de façon à occuper seule la conscience, 
à être une donnée consciente (comme c’est le cas chez Schelling). Pour Fichte, 
elle est inséparable d’un concept et d’une intuition sensible, ou mieux il y a 
constamment synthèse d’intuition sensible, de concept d'objet et d’intuition 
intellectuelle. 

Il est nécessaire de dégager celle-ci par analyse réflexive pour expliquer la 
conscience. On s’aperçoit alors que l'intuition intellectuelle est le fondement de la 
vie consciente ; elle nous fait comprendre en effet que celle-ci, en elle-même, est 
pur acte. Or, un pur acte ne peut être saisi ni dans l'intuition sensible ni dans le 
concept d’objet (voir principalement 1, 459 à 468). 

Dans les Thatsachen (v. II, p. 541 et suiv.) il me semble distinguer deux 
moments dans sa démonstration : examen de la conscience sensible, examen de la 
conscience réfléchie (acte de l’esprit). Or l’une comme l’autre conduit à poser 
l'intuition intellectuelle. Un mot au sujet de la conscience sensible : il est impos- 
sible, dit Fichte, de percevoir une sensation sans la situer dans l’espace, et nous 
voilà conduits à penser celui-ci, que nous considérons comme indéfiniment divi- 
sible. Or, aucune expérience ne donne cette divisibilité. Elle vient donc de l'intui- 
tion intérieure que nous avons de l’opération mentale qui la fonde. Donc, dans 
toute perception extérieure nous retrouvons l'intuition intellectuelle. La perception 
externe n’est qu’une intuition de soi avec limitation donnée par les sens, mais 
accompagnée de la conscience du pouvoir infini du moi. Mais celui-ci est amené à 
dépasser l'intuition intérieure et à poser quelque chose d’étendu : c’est en cela qué 
consiste la pensée. 

En résumé, « le principe intuitif ne peut avoir l'intuition de sa faculté de 
l'infini sans sentir, déterminée en même temps, sa sensibilité externe d’une certaine 
manière. Immédiatement à cette conscience de l’état intérieur, s’ajoute la pensée 
fondue intimement avec cette conscience en un seul moment vivant. Et ainsi Ce 


1. Les passages eités opt été traduits sur le texte par M Dw=t8æauvens lui-même. 


e nous possédons des intuitions intel- 
lectuelles ; mais ils mettent sous cette 


très large et en fait le plus grand 
usage. Ainsi entendue, l'intuition ne 
nous donne pas seulement les choses, 
mais aussi leurs rapports : « Der Ver- 
stand allein erkennt anschaulich un- 
mittelbar und volkommen die Art des 





1. « C'est-à-dire une intuition telle qu'elle donne 
l'existence même de son objet, et qui, autant que nous 
pouvons le comprendre, no peut appartenir qu’à l’Etre 
suprême. » 








qui existait en nous par l'intuition devient un corps qui se trouve hors de nous 
dans l’espace et qui est doué d’une certaine qualité sensible. Et inversement, la 
pensée objective, d'autre part, ne peut se produire sans qu’une intuition soit 
présente. Car la pensée est une sorte d’objectivation, et pour sa possibilité il faut 
qu’il existe un en-dedans dont elle puisse se dégager » (11, p. 549). Je considère 
ce passage comme essentiel. 

Cf. aussi X. LÉON, La philosophie de Fichte, ch. 1, p. 13 et suiv. Il remarque 
avec raison que l'intuition de Fichte n’est pas celle que Kant rejette, — c’est-à-dire 
l'intuition d’un étre, d’une chose en soi — mais l'intuition d’un acte ; et que sans 
eette intuition, il n’est guère possible de comprendre la Critique de la raison pure, 

En ce qui concerne SCHELLING : 

Tout en admettant pour l’intuition une définition qui s'inspire de celle de Fichte 
8chelling en fait un usage beaucoup plus étendu, ainsi qu’on peut s’en convaincre 
t lisant le Système de l'Idéalisme transcendantal. Voici la définition que nous donne 
te dernier ouvrage (Werke, 3° vol. p. 369). Constatant, avec Fichte, que le moi est 
&cte pur, Schelling constate la nécessité, pour le reconnaître, d’une méthode 
différant de celle qui concerne la connaissance d’objets. La connaissance du moi 
doit être : 

« a) Une connaissance absolument libre, précisément parce que toute autre 
Connaissance n’est pas libre, donc une connaissance à laquelle ne conduisent ni 
Preuves, ni raisonnements, ni concepts en général, — par conséquent une intuition. 

« b) Une connaissance dont l’objet n’est pas indépendant de la connaissance 
même, donc une connaissance qui en même temps produut son objet, — une intuition 
ui est production libre, et dans laquelle ce qui produit et ce qui est produit sont 
identiques. 
ee Une telle intuition sera nommée intuition intellectuelle, en opposition avec 

intuition sensible, qui n’apparaît pas comme produisant son objet et dans laquelle 


INTUITION 





\\irkens eines Hebels, llaschenzuges, 
u. s. w.!.» Die Welt, I, $ 12. Elle s'ap- 
plique mème aux propriétés des nom- 
bres, des figures de géométrie, en tant 
qu'on les saisit d’un seul coup d'œil et 
sans raisonnement. (/bid., $ 15.) Il 
existe une « intuition intellectuelle » et 
même, à vrai dire, « toute intuition est 
intellectuelle », c’est-à-dire « nous met 
en présence du réel ». (Zbid., $ 4.) Elle 


1. « L’entondement seul connaît intuitivement, d'une 
façon immédiate et parfaite, la manière d’agir d'un 
levier, d'une poulie, etc. » 


a sa forme parfaite dans la contempla. 
tion esthétique, où celui qui contemple 
oublie momentanément tout ce qui fait 
son individualité, et n’agit plus que 
comme un pur sujet connaissant, en 
mème temps qu'il saisit sa nature 
métaphysique de l’objet contemple, 
c'est-à-dire son Idée. (/bid., III, $ 33. 
— Suppléments, chap. vn et xxx.) 

D. Connaissance sui genvris, cOmpa- 
rable à l'instinct et au sens artistique. 
qui nous révèle ce que les êtres sont en 
eux-mèmes, par opposition à la con- 





541 INT UITION 
Dés 
naissance discursive et analytique qui | rapports abstraits) « Ce sentiment, 


nous les fait connaître du dehors. « On 
appelle intuition cette espèce de sym- 
athie intellectuelle par laquelle on se 
transporte à l'intérieur d’un objet pour 
coïncider avec ce qu’il a d’unique et 
ar conséquent d’inexprimable. » BERG- 
son, Introduction à la métaphysique, 
Rev. de métaph., janvier 1903. — Cf. 
L'Évolution créatrice, chap. 11, notam- 
ment pages 192-193. 

E. Sûreté et rapidité du jugement ; 
divination instinctive (des faits ou des 


cette intuition de l’ordre mathémati- 
que qui nous fait deviner des harmonies 
et des relations cachées... » Poin- 
caRÉ, L'invention mathématique, dans 
Science et méthode, p. 47. 

F. Ce quiest objet d'’intuition, aux 
différents sens ci-dessus définis. 


CRITIQUE 


Les deux sources de l'usage actuel 
du mot intuition, cartésienne et kan- 
tienne, introduisent dans l'import de 





par conséquent le fait d'appliquer l'intuition est différent de ce sur quoi cette 
intuition porte. 

a À l'intuition intellectuelle correspond le moi, car ce n’est que par la connais- 
sance du moi par lui-même que le moi lui-même comme objet est posé. » 

a L'intuition intellectuelle est l’organe de toute pensée transcendantale. Car la 
pensée transcendentale consiste à se donner par liberté pour objet ce qui, sinon, 
n'est pas objet. » 

La pensée transcendantale doit donc ètre accompagnée constamment d’'intui- 
tion intellectuelle » (111, p. 369). 

Voici un autre passage où l'intuition intellectuelle est appuyée de données plus 
particulièrement psychologiques. Je le traduis de la 8° Lettre philos. sur le dogma- 
tisme et le criticisme (Werke, I ; p. 316 et suiv.). 

« Nous possédons un pouvoir mystérieux et extraordinaire de nous retirer, des 
modifications du temps, dans notre moi le plus intime, dépouillé de tout ce qui 
lui vient du dehors, et là, d’avoir en nous l'intuition de l'éternité sous la forme de 
ce qui ne change pas. Cette intuition est l’expérience la plus intime et la plus 
propre à nous-même, de laquelle seule dépend tout ce que nous savons et croyons 
d'un monde suprasensible. C'est dès l’abord cette intuition qui nous convainc 
qu'il existe quelque chose, dans le sens propre de ce mot, tandis que tout ce à 
quoi nous attribuons ordinairement le terme d'exister n’est qu’apparence. Elle se 
distingue de toute intuition sensible en ce qu’elle est produite exclusivement par 
liberté et est étrangère et inconnue à tout individu dont la liberté, dorninée par 
la pression de la puissance des choses, suffit à peine à produire une conscience. 
Cependant il existe aussi pour ceux qui ne possèdent pas cette liberté de l’intuition 
de soi, des approximations de cette intuition, des expériences médiates par 
lesquelles elle fait pressentir sa présence. Il y a un certain sens intime dont on n’a 
pas pleine conscience et que l’on tend en vain à voir se développer. J'acobi l’a décrit. 
Et il existe aussi une esthétique achevée (le mot étant pris dans son sens ancien) qui 
fait accomplir des actes empiriques qui ne sont explicables que comme imutation 
de cet acte intellectuel, et ne seraient absolument pas compréhensibles si nous 
n'avions, pour parler comme Platon, vu un jour le modèle dans un monde 
intellectuel. 

« Sans doute notre savoir doit sortir de l'expérience ; mais toute expérience 
objective est conditionnée par une autre, par une expérience immédiate dans le 





sens le plus strict du mot, sortant d’elle-mème et indépendante de toute causalité 
objective. 

« Cette intuition intellectuelle apparaît quand nous cessons d’être objet pour 
nous-mêmes et quand, replié sur soi, le moi qui perçoit est identique avec le moi 
perçu. En ce moment de l'intuition disparaissent pour nous temps et durée : nous 
ne sommes plus dans le temps, mais le temps ou plutôt l'éternité pure et absolue 


est en nous. Nous ne sommes pas perdus dans l’intuition du monde objectif, mais 
il est perdu dans notre intuition. » (1, p. 318-319.) 


20 Sur le sens religieux du mot Intuition. 

M. Dwelshauvers ajoute d’autre part : 

« Ne serait-il pas utile d'ajouter, aux sens de ce mot déjà distingués dans le 
texte, celui d’entuition religieuse ? C’est le sentiment de la systématisation ration- 
elle inconsciente des états mystiques. (Cf. DELacroix, Sainte Thérèse, Bulletin de 
la Société de philosophie. Séance du 26 oct. 1905.) Il s’agit bien ici d’une intuition. 
Les images dont se sert le mystique pour traduire son extase ne sont que symbo- 
liques et ne rendent pas le sentiment « ineffable » de l’union de l’esprit avec Dieu. 
Pour y atteindre, il faut aller au delà de la connaissance d’objets et recourir à 
d'autres moyens que les sens et la raison. On a comparé cet état à l’état hypno- 
tique ou à l’hallucination à cause de l’anéantissement de la volonté individuelle, 
mais il semble préférable de dire avec Delacroix que c’est là le résultat d’un 
travail de coordination très profond qui s’opère, à son insu, dans l'esprit du mys- 
tique ; il s’agit d'un état conscient très complexe et le mystique tâche de réaliser 
des états spirituels où sa pensée se concentre de plus en plus pour se rapprocher 
de l'unité parfaite. Cette attitude peut être appelée intuition en tant qu’elle cherche 
l'unité spirituelle plus directement et plus émotivement que la connaissance 
rationnelle consciente d'elle-même. » 

— Cette proposition, faute de temps, n’a pu être examinée en séance. Elle eût 
66 très discutée, si l’on en peut juger par quelques conversations particulières. 
En l’absence de cette discussion, il a paru conforme à l'esprit de ce travail de 
l'insérer à cette place, en indiquant la principale objection qu’elle soulève. Quand 
On emploie ce terme en parlant de la contemplation mystique, on veut dire : 
tantôt que le mystique a vraiment, dans cet état, la connaissance réelle, objective, 
le Contact immédiat et actuel d’un être supérieur ; on le prend alors au sens B; 
— tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, qu'il croit l'avoir, que tout se passe 
Pour lui comme s’il l'avait ; et c’est encore le sens B, avec une ellipse ; — tantôt 


D 


QE À + © 


INTUITION 





_ 542 








ce mot deux tendances qui se combi- 
nent ou se dissocient suivant les cas : 
la première est l’idée d’évidence, de 
pleine clarté intellectuelle (cf. videre, 
intueri) ; la seconde est celle de présen- 
tation concrète, de réalité actuellement 
donnée. Tandis que la première ne 
contient ni n’admet aucune inférence, 
la seconde ne s'oppose pas nécessaire- 
ment à l'usage du raisonnement : il 
existe un mode d'application des prin- 
cipes inséparablement incorporés aux 
choses sur lesquelles on raisonne (ce 
que SCHOPENHAUER appelle Verstand) 
et qui constitue un raisonnement intui- 
üf : par exemple, le réglage d’un appa- 
reil, la démonstration donnée par Mach 





du théorème de l’hypoténuse, la dé. 
monstration tachymétrique du même 
théorème, etc. 

D'autre part, et pour les mêmes rai. 
sons, le mot intuition sert souvent à 
désigner à la fois la vue concrète des 
choses (en tant qu’elle s’oppose à l’abs. 
traction) et la pénétration avec laquelle 
on sent ou devine ce qui n’y est pas 
apparent. Cette fusion des sens B et E 
est particulièrement fréquente quand 
il s’agit d'objets géométriques : « C’est 
par la logique qu’on démontre, c’est 
par l'intuition qu’on invente... La fa. 
culté qui nous apprend à voir, c’est 
l'intuition ; sans elle le géomètre serait 
comme un écrivain ferré sur la grarn- 





ges 


enfin, on entend par là qu’il atteint ce degré d’évidence, de clarté parfaite, de 
satisfaction intellectuelle absolue qui constitue l’intuition cartésienne, au sens A, 
Peut-être aussi quelquefois veut-on dire tout cela simultanément, en accentuant 
plus ou moins tel de ces caractères. De toute façon, il n’y aurait donc point là 
de sens spécial. Dire d’ailleurs « qu’il s’agit bien là d’une intuition », c’est impliquer 
que le fait en question rentre dans une définition générale de celle-ci. Cette 
définition, si l’on se reporte à la fin de cette note, serait sans doute prise dans le 
fait « de chercher l’unité spirituelle plus directement et plus émotivement que la 
connaissance rationnelle consciente d’elle-même ». Tel est à peu près le sens très 
large que donne Schopenhauer à ce mot, en l’appliquant à toute pensée qui n’est 
pas discursive. Mais ce sens a été généralement tenu pour trop indéterminé. (Voir 
les Observations ci-dessous.) (A. L.) 


30 Sur la critique du mot Intuition. 

Je m’associe entièrement à vos conclusions. L'idée de l’intuition comme donnant 
immédiatement le réel de quelque nature qu'il soit, par opposition au concept, 
sorte de substitut mental du réel, qui prétend y correspondre, mais qui peut fort 
bien ne pas y correspondre — cette idée (entièrement due, ce me semble, à Kant), 
est d’une extrême importance pour la philosophie et mérite qu’on réserve exclusi- 
vement pour l’exprimer le mot intuition. (J. Lachelier.) 

Je crois que le mot intuition, métaphore empruntée au sens de la vue, devrait 
être banni d’une philosophie rigoureuse ou ne devrait être employé qu'avec défi- 
nition précise. Au sens de vision immédiate d’un objet, nous n'avons, à vrai dire, 
aucune intuition. Nous avons des sensations et appétitions, des états de conscience 
et une conscience générale de notre existence propre comme sujet pensant, sen- 
tant et agissant. Tout le reste est inférence plus ou moins rapide, n’ayant de l’intui- 
tion que l'apparence. La prétendue « intuition » de notre libre arbitre, par exemple, 
ou encore le « sentiment immédiat » de notre libre arbitre est une application 
de la catégorie de la causalité ; ne voyant pas toutes les causes effectives de notre 
acte, nous inférons instinctivement qu'il est sans cause ou sans autre cause que 
notre vouloir propre. De même l'intuition du changement interne, du devenir, est, 
selon moi, une conscience d’actions ou de passions qui se prolongent dans le sou- 
venir et se disposent sur la ligne du temps. Il y a là conscience d'activité, cons- 


maire, mais qui n’aurait pas d'idées. » 
PoiNcaARÉ, Science et méthode, p. 137. 

Le sens le plus original de ce mot, 
celui dans lequel il ne peut être rem- 
lacé par aucun autre, étant le sens B 
(vue immédiate et actuelle, présentant 
le même caractère que la connaissance 
sensible), nous proposons de ne jamais 
remployer seul que dans cette accep- 
ÿon; et, dans les autres cas, de se 
servir autant que possible des termes 
éidence, instinct, divination, etc. 

Rad. int. : B. Intuic; D. (au sens 
correspondant), Intuicaj. 


INTUITIONISME ou Intuitionnisme, 
D. Intuilionismus ; E. Intuitionism, 
intuitionalism ; I. Intuizionismo. 

A.Sens général : doctrine qui accorde à 
l'intuition, surtout au sens B, une place 


INTUITIONISME 


B. Spécialement, se dit en Angicterre 
et dans l’histoire de la philosophie an- 
glaise aux doctrines qui admettent : 
1° que la connaissance repose sur l'in- 
tuition, au sens A, de vérités ration- 
nelles et supérieures à l'expérience ; 
2° que l'existence d’une réalité maté- 
rielle est directement connue, et n’est 
ni inférée ni construite. (École Écos- 
saise, Hamilton et ses successeurs, 
Éclectiques français.) « Intuitionalism 
is the basis of the rational School in 
Epistemology and in Ethics, as oppo- 
sed to sensationalism and utilitaria- 
nism!. » FLEmMING et CALDERWOOD 
(1894), p. 216, v. Intuition. — Cf. 
J. St. Miir, Examination of Hamilton's 





1. « L'intuitionnisme est la base de l’école rationnelle 
(c'est-à-dire rationaliste, au sens B) dans la théorie de 





la connaissance et dans la morale, en tant qu'elle 


de premier ordre dans la connaissance. s'oppose au sensationnisme et à l’utilitarisme » 


cence dynamique et non statique, comme toute vraie conscience ; maïs il n’y a, 
si je ne me trompe, aucune intuition objective. Ma réalité propre, en tant que sen- 
tant et agissant, est transparente pour elle-même et immédiate ; tout le reste est 
médiat. A plus forte raison ne pouvons-nous avoir l'intuition d’une réalité exté- 
rieure à nous ou supérieure à nous. N’employons donc le mot d’intuition qu’à 
titre de métaphore. (A. Fouillée.) 


4° Sur le rapport de l'intuitif et du discursif. 

Dans la quatrième règle de sa méthode, Descartes, comme il le fait encore plus 
explicitement dans les Regulæ, nous prescrit les dénombrements et les exercices 
qui rendent la pensée de plus en plus agile, au point que ce qui était d'abord 
successif et discursif, peut finalement être embrassé tout d’une vue, simplici 
mentis intuitu. C’est au point de vue de la pensée savante et, si l’on peut dire, 
Quantitative, qu’il parle ainsi. Mais dans l’ordre qualitatif, la compétence acquise 
du « connaisseur » n'est-elle pas une intuition laborieusement et lentement 
9btenue ? L’intuition ne précède ou n’exclut donc pas toujours la réflexion 
discursive et la pensée analytique ; elle peut aussi la suivre et la récompenser. 
{. Blondel.) 

M. Bergson approuve cette remarque. L'intuition (au sens où il l'entend), est 
sans doute une opération originale de l'esprit, irréductible à la connaissance 


4 entaire et extérieure par laquelle notre intelligence, dans son usage ordinaire, 


Prend du dehors une série de vues sur les choses ; mais il ne faut pas méconnaître 


e cette manière de saisir le réel ne nous est plus naturelle, dans l’état actuel 


€e notre pensée ; pour l'obtenir, nous devons donc, le plus souvent, nous y préparer 


Fe une lente et consciencieuse analyse, nous familiariser avec tous les documents 


1 concernent l’objet de notre étude. Cette préparation est particulièrement 
Récessaire quand il s’agit de réalités générales et complexes, telles que la vie 
Pinstinct, l'évolution : une connaissance scientifique et précise des faits est la 


. Sondition préalable de l'intuition métaphysique qui en pénètre le principe. 


INTUITIONISME 


philosophy, chap. xiv, $ 1. Il se sert 
souvent, en ce sens, de l’expression 
The intuitive school! (S). 


INVENTION, D. Erfindung; — E. 
A. B. C. Invention ; C. Contrivance ; — 
FE Invenzione. 

A. (Sens primitif.) Découverte d’une 
chose cachée. Ce sens ne s’est conservé 
que dans quelques expressions théolo- 
giques : « l'invention de la Croix »; et 
juridiques : « L’inventeur d’un trésor. » 

B. (Sens actuel) Production d’une 
synthèse nouvelle d’idées, et spéciale- 
ment, combinaison nouvelle de moyens 
en vue d’une fin. Voir PAULHAN, Psy- 
chologie de l'invention, 1901. — Inven- 
tion, en ce sens, s'oppose à découverte 
qui ne se dit proprement que de ce qui 
préexistait à la connaissance nouvelle 
qu'on en acquiert, soit matériellement 
soit à titre de conséquence nécessaire 
d’une proposition déjà connue. 

C. Ce qui a été inventé (S). 

Rad. int. : B. Invent ; C.Inventur. 


1. INVERSION, E. Jnversion. 

Locique. Inférence immédiate par 
laquelle on conclut d'une proposition 
donnée {invertende) une autre proposi- 
tion (inverse) ayant pour sujet le con- 
tradictoire du sujet primitif. A et E 
sont les seules propositions qui four- 
nissent des inverses. 

Ce terme a été créé par KEYNES; 
voir Formai Logic, 5° éd., p. 139. Il est 
employé, sous certaines réserves, par 
plusieurs logiciens contemporains. 

Rad. int. : Inversig. 


2. INV ERSION, D. Inversion ; E. In- 
version ; 1. Inversione. 

PsycHoLoGtE. Anomalie consistant 
en ce qu’un homme a des instincts 
sexuels féminins, ou une femme des 
instincts masculins. Les sujets atteints 
de cette perversion sont appelés in- 
vertis. 

Rad. int. : Inversing. 


RP 
1. L'école intuitive. 





Involontaire, voir Volontaire*. 


« INVOLUTION », D. E. Involution . 
I. Involuzione. 

À. Ce mot s'emploie en anglais, de. 
puis le milieu du xrx° siècle, comme 
l'opposé d’ « Évolution », mais surtout 
au sens de régression des structures 
différenciées, de dégénérescence. Il est 
défini en ce sens par Murray : « The 
retrograde change which occurs in the 
body in old age, or in some organ 
when its permanent or temporary pur- 
pose has been fulfilled!. » 

B. Transformation, ou suite de trans. 
formations de sens contraire à celles 
qui constituent une « évolution » au 
sens D : passage du divers au même, 
assimilation des esprits entre eux, 
généralisation, universalisation, etc. ; 
dans les phénomènes physiques, égali- 
sation de l’énergie et accroissement de 
la symétrie. Cf. Évolution*, critique ; 
et A. LALANDE, Les illusions évolution- 
nistes (1930). 


Ipséité, voir Eccéité*. 


IRASCIBLE (appétit), voir Concupis- 
cible*, Il se manifeste, dit Bossuer, 
dans les passions (au sens A) « qui 
supposent non seulement un objet, 
mais quelque difficulté à surmonter 
ou quelque effort à faire s. Bossuer, 
De la connaissance de Dieu, I, 6. Ce 
sont l’audace, la crainte, l'espérance, 
le désespoir et la colère. 


IRONIE, G. elpovela : 
E. Irony ; I. Ironia. 

A. Sens primitif : action d'interroger 
en feignant l'ignorance à la manière de 
Socrate : « ‘H elwButa elpovela Zowxpt- 
tous. » PLATON, République, I, 337 À. 
On dit le plus souvent en ce sens « ironie 
socratique ». 

B. Au sens moderne et courant, 6° 
pèce d'antiphrase : figure de rnétoriquê 


D. Ironie ; 


1. « Le changement rétrograde qui a lieu dens l® 
corps pendant la vieillesse, ou dans quelque organe 9, 
À d'accomplir sa fonction, permanente oë PP 





7 85 





qui consiste à faire entendre ce que l’on 
veut dire en disant précisément le 
contraire, avec une intention de mo- 
querie ou de reproche. 


REMARQUE 


On trouve au Moyen âge un sens, 
aujourd’hui tombé en désuétude 
l’acte de se déprécier par un mensonge, 
soit pour se faire valoir par contraste, 
soit pour tromper les autres et en tirer 
avantage. Saint Thomas le considère 
comme une faute dont il relève Ja 
gravité. Voir SERTILLANGES, La philo- 
sophie morale de Saint Thomas, 315- 
816. Ce sens se rattache peut-être à ce 
que Cicéron disait de l'ironie socra- 
tique, Académ., IT, 15. 


IRRATIONNEL, D. A. Vernunftlos ; 
au sens mathématique, rrational ; — 
Ë. Irrational ; I. Irrazionale. 

A. Étranger ou même contraire à la 
raison*, particulièrement aux sens B 
et H : « Des croyances irrationnelles ; 
une conduite irrationnelle. » 

B. Plus spécialement, chez M. MEYER- 
son, ce qui, dans l’objet de notre con- 
naissance, dépasse notre intellect, tout 
l'effort de celui-ci allant à découvrir 
Pidentique, et le contenu de notre pen- 
sée supposant toujours une diversité 
donnée, sans laquelle il n’y a pas de 
réel. L’ « irrationnel » est ainsi une 
limite permanente à l'explication et à 
l'intelligibilité. Voir /dentité et Réalité, 
ch. 1x : « L'irrationnel. » Cf. sur les 
diverses formes de cet irrationnel De 


dE, D. Ich; E. 1; I. Lo. 

Pronom de la première personne, 
Brimitivement employé comme cas 
Sujet, moi étant employé soit comme 
œmplément direct ou indirect, soit 
Mme terme indépendant. Dans le 

philosophique, les deux formes 
‘at souvent usitées sans distinction 
sens. Voir moi*. 

‘Cependant on rencontre souvent 


l'explication dans les sciences, livre I, 

ch. vret livre IV, ch. xvi-xvari. 
Nombre irrationnel, voir Rationnel*. 
Rad. int. : Neracional. 


Irréversible, v. Réversible*, 
ISOMORPHISME, (S). 


ISONOMIE, D. Jsonomie,; E. 1so- 
nomy ; I. Isonomia. 

Égalité devant la loi; uniformité de 
la législation dans un pays. « Par des 
considérations analogues s’explique l’in- 
fluence que l’extension des États a pu 
exercer sur l’isonomie... Parce qu’elle 
nous empêche de les connaître indivi- 
duellement, la grande quantité des 
membres des sociétés nous incline à les 
traiter également. » BouGLé, Les idées 
égalitaires, p. 120. 

Rad. int. : Izonomi. 


ISOTROPE, D. Isotropisch ; E. Iso- 
tropic ; I. Isotropo. 

Qui présente les mêmes propriétés 
dans toutes les directions ; par exem- 
ple, l’espace euclidien. Un cristal, qui 
agit différemment sur la lumière sui- 
vant la direction où l’atteint celle-ci, 
est dit au contraire anisotrope. — Un 
milieu peut être isotrope relativement 
à certaines actions, et non par rapport 
à d’autres. 

Ne pas confondre ce mot avec le 
terme isotope, en chimie. 

Rad. int. : Izotrop. 


chez les écrivains ou les philosophes 
contemporains les mots je et moi oppo- 
sés l’un à l’autre, mais en des sens très 
divers, voire même opposés. Pour 
l'abbé BrÉMonnD, le je est l’expression 
de la conscience superficielle, le mot 
est l'âme profonde; pour L. BRuNs- 
cavice et pour Ch. BLonpez, le je 
représente le sujet connaissant, le moi 
l’ensemble des déterminations indi- 


k 


QT 


JE 





viduelles dont il prend conscience 
(voir notamment Connaissance de soi, 
p. 3) ; pour R. LE SENNE : « Certes un 
homme se sent exister comme cons- 
cience avant toute philosophie... Appe- 
lons je cette conscience susceptible de 
peine et de satisfaction. A ce je s'oppose 
le moi, comme la pensée de lui-même 
à lui-même. Quand je cherche à me 
connaître, jetrouve mei, qui n’est jamais 
qu’un aspect de ce que je suis. » R. LE 
SENNE, {ntroduction à la philosophie, 
ch. 1 : « L’avènement du moi», $ 2. 
Cf. Obstacle et valeur, ch. n : « Je. » 
— Sur Je et Tu, voir le Supplément. 


JEU, D. Spiel ; E. A. Play ; B. Ga- 
me ; I. Giuoco. 

A. Dépense d'activité physique ou 
mentale qui n’a pas de but immédiate- 
ment utile, ni même de but défini, et 
dont la seule raison d’être, pour la 
conscience de celui qui s’y livre, est le 
plaisir même qu’il y trouve. 

B. Organisation de cette activité sous 
un système de règles définissant un suc- 
cèset un échec, ungainetune perte (S). 

Rad. int. : Lud. 


JOIE, D. Freude ; E. Joy ; I. Gioia. 

Un des états fondamentaux de la 
sensibilité ; on ne peut en donner, à 
proprement parler, une définition. Il 
ne doit pas être confondu avec le 
plaisir ou le bien-être ; il présente tou- 
jours un caractère total, c’est-à-dire 
qu'il s'étend à tout le contenu de la 
conscience (et même sans doute des 
états inconscients). « La joie intérieure 
n'est pas plus que la passion un fait 
psychologique isolé qui occuperait 
d’abord un coin de l’âme et gagnerait 


546 
ee 
peu à peu de la place. À son plus bx 
degré, elle ressemble assez à une orien. 
tation de nos états de conscience vers 
l'avenir. Puis, comme si cette attrac. 
tion diminuait leur pesanteur, nos 
idées et nos sensations se succèdent 
avec plus de rapidité ; nos mouvements 
ne coûtent plus le même effort. » (Il 
aurait sur ce point une réserve à faire 
en ce qui concerne la joie extatique). 
« Enfin, dans la joie extrême, nos per- 
ceptions et nos souvenirs acquièrent 
une indéfinissable qualité, comparable 
à une chaleur ou à une lumière, et si 
nouvelle qu’à certains moments, en 
faisant retour sur nous-mêmes, nous 
éprouvons comme un étonnement d’êé- 
tre. » H. BERGSON, Essai sur les données 
immédiates de la conscience, p. 8. 

Sur les phénomènes mécaniques, 
physiques, chimiques, physiologiques 
et psychiques qui caractérisent la joie, 
voir G. Dumas, La Tristesse et la Joie. 
Il en distingue deux sortes : « Il y a des 
joies calmes, pas très riches en images 
et en idées, où l'excitation mentale 
semble faire défaut, et qui sont carac- 
térisées surtout par un sentiment de 
bien-être et de force, par la conscience 
d’une plus grande puissance physique 
et mentale. Il y a, d'autre part, des 
joies exubérantes caractérisées par une 
suractivité mentale et par un senti- 
ment spécial de plaisir qui accompagne 
cette activité ; ce sentiment de plaisir 
n'est pas exclusif du sentiment de 
bien-être ; la plupart du temps il lui 
est surajouté comme la douleur morale 
à la dépression... Ces joies, chacun les 
connaît, œæ sont les plus fréquentes; 
elles se produisent en général après 
les bonnes nouvelles et les événements 









geureux. ? Chap. 111, 118-119. — Mais 
# y 2 lieu de remarquer, pour préciser 
$ sens de cette division, que ces déter- 
ginations s’ajoutent à la joie et n’en 
gont Pas constitutives : car il peut y 
avoir bien-être, force, conscience d’une 

nde puissance physique et men- 
#ale, etc., sans joie proprement dite, 
st même avec tristesse (p. ex. le Moïse 
d'A. DE ViGny); — et, d’autre part, il 

t y avoir aussi suractivité mentale, 
et même certaines formes de plaisir 
jointes à cette activité, sans qu'il y ait 
joie : par exemple, dans la nécessité de 
aire face à une difficulté imprévue, ou 
dans une colère à laquelle on se laisse 
aller volontiers. 


CRITIQUE 


On a donné plusieurs définitions de 
% joie, mais qui, toutes, soulèvent de 
sérieuses objections. La plus célèbre 
est celle de SpiNozA : « Laetitia est 
hominis transitio a minore ad majorem 
perfectionem. » Éthique, III, Affect. 
&finitiones, IL. — Cf. Zbid., prop. XI, 
#holie. Mais il est évident que, vraie 
ou fausse, cette proposition énonce en 
tout cas un caractère tout à fait étran- 
æer à la compréhension usuelle du mot 
Joie ; et Spinoza lui-même semble faire 
appel à cette idée quand il ajoute que 
la joie n’est pas la perfection même, 


mais le passage à cette perfection, car 
si l’homme naissait avec la perfection 
à laquelle il passe, il la posséderait 
sans en éprouver de joie. (Contre Des- 
cARTES : « La joie [du moins celle qui 
est une passion] est une agréable émo- 
tion de l’âme en laquelle consiste la 
jouissance qu’elle a du bien que les 
impressions du cerveau lui représentent 
comme sien... [Et il y a une autre joie] 
purement intellectuelle, qui vient en 
l'âme par la seule action de l’âme et 
qu'on peut dire être une agréable 
émotion excitée en elle-même en la- 
quelle consiste la jouissance qu’elle a 
du bien que son entendement lui repré- 
sente comme sien. » Les Passions de 
l'âme, IT, 91.) 

Pour Locke, « la joie est un plaisir 
que l’âme ressent lorsqu'elle considère 
la possession d’un bien présent ou futur 
comme assurée, et nous sommes en 
possession d’un bien lorsqu'il est de 
telle sorte en notre pouvoir que nous 
pouvons en jouir quand nous voulons ». 
À quoi LEIBNIZ répond : « On manque 
dans les langues de paroles assez pro- 
pres pour distinguer les notions voi- 
sines. Peut-être que le latin gaudium 
approche davantage de cette définition 
de la joie que laetitia, qu'on traduit 
aussi par le mot de joie; mais alors 
elle me paraît signifier un état où le 


Sur Joie. — Gaudium représente quelque chose de plus immédiat et de plus 


profond que lætitia. Il se dit de jouissances physiques 


: veneris gaudia. Le sens 


#eet conservé dans fille de joie, et « les enfants que l’on conçoit en joie » (MOLIÈRE). 


43. Lachelier.) 


LE 


— Je ne sais si le caractère de totalité est la marque la plus caractéristique de la 


foie : je crois qu’il faut remonter plus haut ; le simple plaisir est plus fragmentaire 





Sur Jeu, -— Quelques correspondants nous ont demandé de mentionner ici la 
théorie esthétique qui ramène l’art au jeu. Nous rappelons que le principe de C® 
vocabulaire est de définir et de critiquer le sens des termes, par conséquent de 
réduire les exposés théoriques à ce qui est nécessaire pour établir ce sens, ou pour 
le discuter. (A. L.) : 

— Sur la définition du jeu, dans son rapport avec l’activité esthétique, VOÏF 
RENOUVIER, Science de la morale, ch. xL, ad finem ; RiBor, Psychologie des sentir 
ments, deuxième partie, ch. x ; LaLo, L'Art et la vie sociale, ch. n et Conclusion: 


$arce qu'il paraît moins provenir de nous ; c’est un état de notre conscience, 
“mais qui est en elle, et marque dans les actions qu’elle subit un moment d’adap- 
ion fortuite. — La joie est totale, parce qu’elle est sentie comme vraiment 
Atérieure : elle est en nous par nous ; elle marque une adaptation de notre état à ses 
Saditions, mais une adaptation qui se fait pour notre être entier. D'où la vérité 
Moins partielle de la définition qui distingue la joie du simple plaisir par l’idée, 
est-à-dire la pleine conscience qui s’y joint. L'enfant est toujours plus joyeux que 
#adulte, parce que sa conscience plus simple et plus mobile s'identifie plus faci- 
ent avec l’impression présente ; mais sa joie, subjectivement très séduisante 
Yer la fraîcheur de sentiments qu’elle dénote, est aussi souvent fort insignifiante 
Vans ses objets. (M. Bernès.) 


EE 


JOIE 








plaisir prédomine en nous ; car pendant 
la plus profonde tristesse et au milieu 
des plus cuisants chagrins, on peut 
prendre quelque plaisir comme de boire 
ou d’entendre de la musique, mais le 
déplaisir prédomine ; et de même au 
milieu des plus aiguës douleurs, l'esprit 
peut être dans la joie, ce qui arrivait 
aux martyrs. » ÜVouveaur Essais, li- 
vre II, ch. xx, $ 6. — Mais cette inter- 
prétation de Gaudium est arbitraire ; 
Spinoza le définissait tout autrement : 
« Gaudium est Laetitia, concomitante 
idea rei praeteritae, quae praeter spem 
evenit. » Éth., III, Affect. def, XVI. 
Celle de Laetitia ne l’est pas moins; et 
il est douteux que l’une et l’autre 
rendent bien le sens des mots latins. 
« Gaudere decet, laetari non decet », 
dit CicéRoON pour résumer la doctrine 
stoicienne qui défend au sage de mani- 
fester sa joie par une allégresse exté- 
rieure (Tusculanes, VI, 31); et dans 
un autre passage : « Cum ratione ani- 
mus imovetur placide ac constanter, 
tunc illud gaudium dicitur, cum auteim 
inaniter et effuse animus exsultat, tum 
illa lactitiu gestiens vel nimia dici po- 
test. » (Zbid., IV, G.) La distinction 
est donc toute différente. 

Enfin, la formule proposée par Leib- 
niz est elle-même très contestable. 
D'une part, il faudrait entendre plaisir 
en un sens tellement large qu’il dési- 
gnât tous les phénomènes affectifs que 





la volonté ne cherche pas spontané. 
ment à écarter ; et de l’autre, même en 
l'entendant ainsi, il resterait que ], 
joie n’est pas la résultante d’un bilan 
entre des phénomènes élémentaires 
donnés antérieurement, mais au con. 
traire un état d’ensemble, qui peut 
avoir pour cause tel événement déter. 
miné, mais qui se caractérise surtout 
par sa réaction sur le système entier 
des faits psychiques et par la tonalité 
qu'il leur communique. 

Cf. Bonheur* et Douleur*. 

Rad. int. : Joy. 


JUGEMENT, D. À. B. D. F. Uriei ; 
C. Verstand ; E. Gericht ; — E. Jude 
ment (au sens E, Trial) ; — I. Giudizio. 


I. PsycHoLocie. 


A. Décision mentale par laquelle 
nous arrêtons d’une façon réfléchie le 
contenu d’une assertion* et nous le 
posons à titre de vérité. 

B. Opération consistant à se faire 
une opinion sur laquelle on règle sa 
conduite, dans les cas où l’on ne peut 
atteindre une connaissance certaine : 
« N’avoir pas le jugement sùr. » Cf. 
Pexpression : au jugé. — Locke prend 
le mot exclusivement dans ce sens: 
voir De l'entendement humain, livre IV, 
ch. xiv. Cf. LeiBniz, Nouv. Ess, 
Ibid. 

C. Qualité qui consiste à bien juger 


" 7 


RE 


des choses qui ne sont pas l’objet d’une 

erception immédiate ou d’une dé- 
monstration rigoureuse. « Avoir du 
jugement ; un homme sans jugement. » 


II. Locique. 


D. Le jugement logique, au sens le 
lus général, est le fait de poser {soit à 
titre de vérité ferme, soit à titre provi- 
soire, fictif, hypothétique, etc.) l’exis- 
tence d’une relation* déterminée entre 
deux ou plusieurs termes. — Cf. Co- 
pule”. 

On peut également le définir : l’acte 
de pensée qui peut être dit vrai ou 
faux. « ’Eorti dE A6Yoc … anmomavrixés … 
dv & Td &XnBeterv À LebdcoDat brkpyer. » 
Une prière, par exeinple, n’est pas un 
jugement, parce qu’elle n’est ni vraie 
ni fausse. ARISTOTE, [lepi épunvetac, 
oh. 1v;, 1792, 

La relation la plus usuellement con- 
sidérée étant celle de prédication (3 ou 
€), qui n’est pas réversible, on distingue 
pratiquement : 1° Un terme dont on 
part, qu’on appelle le sujet* ; 2° un 
terme généralement complexe, qu’on en 
affirme ou qu’on en nie, on l'appelle 
prédicat*. D'où la définition donnée 
par ArisTorE de la proposition, en tant 
qu'énoncé du jugement : « Ipôtaoic…., 
Éoti A6Yos HaTapatixdc Ÿ &TopaTLXÉG 





JUGEMENT 


TLVOG XŒT& TLVOG. » 
tiques, Ï, 1; 24816. 
Jugement analytique, synthétique, 
etc. ; jugement d’inclusion, de prédi- 
cation ; jugement d'’inhérence et de 
relation, etc. : voir ces termes. 


III. Drorr. 


E. Action de juger, audition de la 
cause. 
F. Décision judiciaire. 


Premiers Analy- 


CRITIQUE 


1. L'opération logique définie en D, 
quand elle se ramène à prédiquer fer- 
mement un terme d’un autre, se rap- 
proche beaucoup de l'opération psycho- 
logique telle qu’elle est définie en A. 
Cependant, il y a lieu de faire deux 
réserves : 

a. Ce dont on affirme ou dont on nie 
quelque chose, dans un jugement ausens 
psychologique, peut être, non pas un 
sujet logique déterminé, mais l’ensem- 
ble des perceptions ou des sentiments 
de celui qui formule ce jugement. Tel 
est le cas des propositions inperson- 
nelles (D. Subjektlose Sätze) : « Il pleut. 
— Voilà un éclair. — On sonne, etc. » 
Cf. Hôrrpixc, La base psychologique 
des jugements logiques, Revue philoso- 
phique, 1901, tome II. Au contraire, 











Sur Jugement. — Ce mot, en tant qu’il désigne non un acte, mais une faculté, 
ne s'emploie d'une manière usuelle en français qu’au sens C ; cependant il a éte 
utilisé par BarNi (qui l’écrit dans ce cas avec un J majuscule) pour traduire 
Urtheilskraft, dans sa traduction de la Critique du Jugement de Kant (1846). Il 
arrive assez souvent, depuis lors, que le mot soit employé dans cette acception 
très spéciale. Le jugement, en ce sens, est la faculté de penser le « particulier ” 
(das Besondere) comme contenu dans l’universel, et à ce titre le Jugement peut 
être, soit déterminant*, soit réfléchissant* (voir ces mots). Cette seconde fonction 
exige, pense-t-il, l'intervention de l’idée de finalité, qui est l’objet propre de là 
Kritik der Urtheilskraft, divisée en « Critique du Jugement esthétique » et « Critique 
du Jugement téléologique ». d 

Sur les différents sens du mot Jugement, voir le « projet d'article » 4€ 
M. Ch. Serrus dans la Revue de Synthèse, tome XII (1936), p. 217-224. | 

— La définition psychologique du jugement (formulée d’abord d’après l’article 
cité de HôrFDinc) a été remaniée sur les observations de Lachelier, et 


MM. Brunschvicg, Drouin, Pécaut, Van Biéma et d’après la discussion qui a eu lieu 
la séance du 1°r juillet 1909. 

à Le sens D a été admis sans contestation ; mais on a fait remarquer qu'il 

Sonstituait une généralisation récente, et que certains auteurs opposent le jugement 

(proprement dit) à l’assomption pure et simple. 

On peut faire rentrer ce sens large dans la formule d’Aristote, qui semble 
d'abord ne s’appliquer qu’au cas où le jugement constitue une affirmation ou une 
Mégation fermes : il suffit d'entendre par là que les jugements admettent encore, 
Par nature, le caractère de pouvoir être vrais ou faux, lors même qu'ils sont 

arés n'être actuellement ni f’un ni l’autre : par exemple dans le cas où l’on 
Bese par « hypothèse » que deux droites X, Y se coupent; ou quand on admet 
® Per convention » qu’un chiffre placé à gauche d’un autre désigne des unités dix 

plus grandes, etc. — En effet ces mêmes propositions n’en restent pas moins 

| Ptibles, par leur forme, d’être affirmées ou niées (ce qui n’aurait pas lieu 

Li une image, un sentiment, un souhait, etc.) ; et la suite du raisonnement ou 

Wap PPlications a même souvent pour résultat de nous amener, en définitive, à 

 Conférer ce caractère de vérité ou de fausseté fermes qui est l’essentiel du 
ment proprement dit. (A. L.) Voir Lexis*, 


ai: 4 


JUGEMENT 


dans le jugement formel de prédication, 
le sujet est toujours soit un individu, 
soit un ensemble d'individus, soit un 
concept défini considéré dans sa com- 
préhension. 

b. Le prédicat, dans le premier cas, 
est nécessairement compris dans l’acte 
psychologique intégral qui fonde le 
jugement (même si la décomposition 
de cet acte, qui rend possible la dis- 
tinction du sujet et du prédicat se fait, 
comme il arrive d'ordinaire, par com- 
paraison avec un autre acte intégral de 
l'esprit où ce même élément fait dé- 
faut). Au contraire, dans le jugement 
logique, cet élément est toujours conçu 
comme ayant une préexistence logique 
indépendante. Même dans le jugement 
analytique, le prédicat doit avoir un 
sens propre qui puisse être considéré 
d’abord en lui-même, en dehors de sa 
relation au sujet. 

2. On a souvent défini le jugement 
logique : l'affirmation d’un rapport de 
convenance ou de disconvenance entre 
deux concepts. Cette formule se trouve 
dans la Logique de PortT-Royaz, If, 
ch. in1,et Locke définit de même la con- 
naissance : le fait que l'esprit aperçoit 
certainement la convenance ou la dis- 
convenance de deux idées (De l’entende- 
ment humain, livre IV, ch. vet ch. x1v). 

Ces expressions ont été déjà criti- 
quées par LEIBNiz (Nouv. Essais, IV, 
5) : « Deux œufs ont de la convenance 
et deux ennemis ont de la disconve- 
nance, dit-il ; il s’agit ici d'une manière 
de convenir ou de disconvenir toute 
particulière. » D’autre part, il est trop 
étroit de réduire le jugement à un 
rapport entre concepts, ce qui n'est 
rigoureusement vrai que de l’implica- 
tion des compréhensions ; il convient 
en particulier de réserver la question 
de savoir s’il n’y a pas des jugements 
singuliers, dont le sujet est l'individu 
lui-même, et non pas même la classe 
(d'extension 1) quicontient cet individu. 

Rad. int. : Judik. 


Jugement de valeur, voir Apprécia- 
tion*, Normatif*, Valeur*. 





« Jugement virtuel », dans le Traÿé 


de Logique d'E. Go8Lor : 1° la propo. 
sition sans assertion, ou lexis* ; 29 Je 
concept, en tant que fonction* propo. 
sitionnelle. Voir en particulier ch. x 
$$ 49, 59, 60. : 


« JUSSION » (rare). Acte d’ordonner 
« Une sorte de représentation de jus- 
sion. » RENOUVIER, Psychologie ration- 
nelle, I, 403. 


JUSTE, D. A, C, D. Gerecht, recht- 
üich,; B. Richtig,; — E. À, B. Just, 
Right, rightful; ©, D. Just, upright, 
righteous ; — I. Giusto. 


19 En parlant des choses : 


A. Qui est conforme à un droit*, soit 
naturel, soit positif. Étymologique- 
ment, le mot s’est d’abord appliqué 
au droit positif (L. justus de jus, venant 
lui-même de jubeo : FREUND ; Cf. Justa, 
les formalités, les cérémonies obliga- 
toires) ; mais actuellement, quoiqu'il 
n’ait pas absolument perdu ce sens, il 
se dit plutôt de ce qui est équitable 
que de ce qui est légal. 

B. Par suite, ce qui est exact, cor- 
rect, rigoureux, précis. Le substantif 
correspondant est alors justesse. — 
« Juste milieu », voir Muilieu*. 


20 En parlant des hommes : 


C. (Au sens restreint, où ce mot s’op- 
pose plus spécialement à charitable) : 
Qui juge de ses rapports avec autrui 
comme il jugerait. du rapport de deux 
personnes étrangères ; et qui, lorsqu'il 
juge entre plusieurs autres, ne se laisse 
guider par aucune faveur ni aucune 
haine préexistantes. Être juste, en ce 
sens, est donc une qualité essentielle- 
ment formelle, qui consiste à s’abstenir 
d’agissements égoïstes et de jugements 
partiaux. 

D. (Sens général) : qui possède un 
bon jugement mora! (au sens B du mot 
jugement*) et la volonté de s’y confor- 
mer. — Est juste, dans cette acception 
l'homme capable de reconnaître ju5 
qu'à quel point il est légitime de fairê 


pespecter autrui dans ses idées, ses 
sentiments, sa liberté, sa propriété ; 
de bien apprécier les mesures générales, 
“par exemple les lois, qui tendent à per- 
mettre ou à défendre certains actes, à 
rendre plus ou moins favorable la si- 
tuation de certaines personnes ; enfin 
de bien attribuer, avec à-propos et au 
degré convenable, les avantages ou les 
peines dont on dispose. Le Juste (D. 
:Der Gerechte ; E. The righteous ; I. Il 
igiusto) est l’homme de bien, celui dont 
Ja volonté est conforme à la loi morale 
{primitivement et surtout, à la loi 
conçue comme divine, cf. Justifica- 
tion, au sens théologique). — « Le juste 
opposera le dédain à l'absence. » 
A. DE Vicny, Le Mont des Oliviers. 


JUSTICE 





JUSTICE, D. Gerechtigkeit ; E. Jus- 
tice ; [ Giustizia. 

A. Caractère de ce qui est juste au 
sens À; ce terme s’emploie très pro- 
prement, soit en parlant de l’équité, 
soit en parlant de la légalité. On dira 
par exemple « que la stricte justice est 
souvent injuste ». 

B. Caractère de celui qui est juste, 
soit au sens C, soit au sens D. L’une des 
quatre vertus curdinales* généralement 
admises dans la philosophie grecque. 
(Voir PLATON, République, livre 1; Anis- 
TOTE, Éthique à Nicomaque, livre V.) 

Justice commutative, justice distribu- 
tive, voir Commutative-1. 

C. Acte ou décision servant à faire 
régner la justice, au sens À ; spéciale- 


Rad. int. : A. Yust,; B. Just; C, 


ment, mise à mort d’un criminel 
D. Yustem. 


« Punissez par de telles justices — la 








Sur Juste. — Il est vrai que B dérive de À ; mais pour gerecht et Right, comme 
pour notre mot Droit, la dérivation s’est faite en sens inverse. Il y a donc lieu de 
ne pas considérer les deux idées comme étant, par elles-mêmes, subordonnées 
l'une à l’autre. (E. Drouin.) 

On pourrait encore dire que l’homme juste, au sens C, est celui qui renverse, 
pour juger équitablement, le rapport qu’il a avec autrui (par exemple, quand le 
‘vendeur se met à la place de l’acheteur et réciproquement). Le juste, en ce sens, 
procède par la méthode de substitution : il reconnaît à tous les hommes une égale 
valeur de position les uns par rapport aux autres. (F. Mentré.) — I1 y a là un fort 
bon procédé psychologique pour rectifier une illusion d’optique morale qui est 
haturelle, mais ce n’est pas une définition de l’attitude juste : car d’une part on 
Peut être équitable sans cela ; et de l’autre, ce renversement, s’il était complet, 
fausserait l’esprit en sens inverse. (A. L.) 


Sur Justice. — « Jus était à l’origine un mot dont le sens était religieux ; ce sens 
a subsisté dans jurare. Étendu au sens d’ordre laïque, puis restreint à ce sens, 
Îus, a donné justus, justitia, injuria ; et par composition judicare, judex, dire le 
doit, celui qui dit le droit ou le juste. Nous avons ici, associée à jus, la racine qui 
8 trouve dans 8txn. Curieuse rencontre, puisque le mot latin jus traduit le grec 5lxn. 
| La racine &ix ou &eux, qui existe aussi en latin et en sanscrit, a donné de L. 
re, et en G. Sslxvour, montrer ; 8ixn, d’où, au moyen de suffixes, &ixasrnc, 
G Bixaiooüvn. (D’après BRÉAL, Dictionnaire étymologique latin ; BaAïLLy, 
“Racines grecques et latines). Admirable exemple de l'offre du langage. On avait 
lois écrites, des procès, des tribunaux, des juges, des sentences. Les mots 
essus nommaient ces choses. Vinrent les philosophes qui voulurent nommer 
idées nouvelles : ils demandérent au langage ce qu’il pouvait fournir. Ne nous 
nons donc pas si la justice selon Platon et la justice selon Aristote sont si 
ges pour nos pensées. Le mot grec ôtxn, et le mot latin par lequel nous le 
“Æduisons, au service de Platon, au service d’Aristote, à notre service, n’ont 
Pe le même emploi. » {Note de V. Egger.) 





JUSTICE 





trahison ourdie en des amours facti- 
ces. » A. DE ViGNY, La colère de Samson. 
Sens vieilli, sauf dans quelques expres- 
sions : « Ce sera justice ; faire justice 
de. ; se faire justice ; rendre justice. » 

D. Pouvoir judiciaire; magistrats. 

Sur les sens A et B du mot justice, 
cf. Charité* et Égalité®. 

Rad. int. : À. Yustes ; B. Yustemes ; 
C. Judiciad ; D. Judicistar. 


JUSTIFICATION, D. Rechtfertigung ; 
E. Justification, Vindication ; I. Gius- 
tificuzione. 

Acte de justifier, ou de se justifier, 
c’est-à-dire primitivement de rendre ou 
de se rendre juste (ce sens persiste 
encore dans l’usage théologique : voir 
ci-dessus Juste*, D); puis, par affai- 
blissement du sens primitif, se dit de 
tout. acte par lequel on réfute une 
imputation ou même par lequel on la 
devance, en montrant qu’on est dans 





552 


———_——_—_—_———————————————————. 


son droit (soit moral, soit logique) 
qu’on avait raison de dire ce qu’on L 
dit, ou de faire ce qu'on a fait. 

MaLEBRANCHE a spécialement appelé 
jugements où raisonnements de justifi. 
cation ceux par lesquels on donne des 
raisons intellectuelles à l’appui de ses 
sentiments, raisons bonnes ou mau. 
vaises, mais en tout cas trouvées après 
coup. Recherche de la Vérité, livre Y, 
ch. x1 : « Que toutes les passions se 
justifient, et des jugements qu’elles 
nous font faire pour leur justification. 

Risor, dans sa Logique des senti- 
ments, répartit empiriquement les rai- 
sonnements affectifs selon cinq types 
principaux : « passionnel, inconscient, 
imaginatif, justificatif, mixte ou com- 
posite » (Zbid., ch. 11, au début). La 
&e section de ce chapitre traite « Du 
raisonnement de justification ». 

Rad. int. (Au sens primitif) : Yustig;, 
(au sens usuel) : Justifik. 


K 


K, dans les noms de syllogisme, est 
employé quelquefois au lieu de C pour 
marquer que le mode dont le nom con- 
tient cette lettre ne peut se déduire d’un 
mode de la première figure par conver- 
sion et transposition de prémisses, mais 
demande une réduction à l’absurde : 
Baroko, Bokardo. 


Kabbale, voir Cabale*. 


KALÉIDOSCOPIQUE (Caractère) de 
certains changements, et en parti- 
culier de certaines transformations des 
types d’êtres vivants. — Cette expres- 
sion s’applique au caractère de varia- 
tion brusque et coordonnée qu’on ob- 
serve dans certains cas, analogue à ce 
qui se produit dans un kaléidoscope, où 
un ensemble de petits éléments mobiles 
reflétés par des glaces passent brusque- 
ment de l’un à l’autre des systèmes 
d'équilibre qu'ils peuvent réaliser entre 
eux, et s’ordonnent ainsi en de nou- 


veaux dessins quand on donne une 

secousse ou une rotation à l'appareil. 
Cette expression est due, semble-t-il, 

à E1imER, Orthogenesis der Schmetter- 

linge, p. 24. Elle a été citée par H. Berg- 

son dans L' Évolution créatrice, p. 80, 

et depuis lors est devenue très usuelle. 
Cf. Orthogénèse*. 


KÉRIGME, (S). 


Kinésique (rare), même sens que 
Kinesthésique. 
KINESTHÉSIQUE, D. Xinaesthe- 


üsch ; E. Kinaesthetic ; I. Cinestetico. 

Qui concerne la sensation de mouve- 
ment des parties du corps (sans tran- 
cher la question de savoir si cette sen- 
sation dépend de l’innervation*, ou des 
excitations en retour provenant de la 
masse musculaire, des articulations, de 
la peau, etc.) : « Images kinesthésiques: 
sens kinesthésique. » 





7 553 


ee —— 


REMARQUE 


Il n’est pas usuel, en français, d’ap- 
pliquer ce mot aux sensations que 
donne le déplacement du corps tout 
entier, ou celui d’objets perçus qui se 
déplacent par rapport au corps. Il ne 
se dit que des sensations « internes » 
correspondant au mouvement des mus- 
cles et à l'effort qu’il exige (poids, 
résistance, etc.). Ce sens est d’ailleurs 


LAÏJD, D. Hässlich; E. Ugly; 1. Lai- 
do ; Brutto, surtout au sens B. 

A. Au sens le plus général, ce qui 
s'oppose au Beau*, en tant que caté- 
gorie fondamentale de la valeur esthé- 
tique. 

B. Plus spécialement, ce qui s’écarte 
d’une forme considérée comme parfaite 
en son genre : difforme, déplaisant, 
inharmonique. — Le laid, en ce sens, 
peut être un objet de l’art, et prendre 
une valeur esthétique positive. Cf. Ro- 
SENKRANZ, Æsthetik des Hässlichen 
(1853) ; Ch. Lazo, Introduction à l'Es- 
thétique, p. 101-110. 

Rad. int. : A. Malbel : B. Deform. 


LANGAGE, D. Sprache (qui veut dire 
aussi langue), E. Language, speech 
(seulement aux sens A et B) ; I. Lin- 
guaggio. 

A. Proprement, fonction d’expres- 
sion verbale de la pensée, soit inté- 
rieure, soit extérieure. « L’intention 
(de parler), qui n’est point nécessaire- 
ment langage, pas même langage inté- 
rieur, aboutit au langage intérieur ou à 


L 





LANGAGE 


celui de BASTIAN, qui a créé le mot 
(The Brain as an organ of mind\, 1880). 
Mais il semble, d’après la définition 
donnée par Bazpwin (Düict., 600 A), 
que l’emploi en est plus large en anglais. 
On dit aussi, mais plus rarement, 
kinésique et cinesthésique. 
Rad. int. : Kinestesial. 


1. Le cerveau en tant qu'organe de l'esprit. 


la parole. » DeLAcroix, Le Langage et 
la Pensée, p. 523. 

En ce sens, langage s'oppose à parole 
en deux sens : 1° En tant que par 
parole, on entend exclusivement le lan- 
gage extérieur, comme dans l’exemple 
ci-dessus, ou dans cette phrase du 
même chapitre : « Le langage intérieur 
n’est pas nécessaire à la parole. » Zbid., 
522. En ce sens, langage est un genre dont 
la parole (extérieure) est une espèce ; 
— 29 En tant que parole désigne l’acte 
individuel par lequel s’exerce la fonc- 
tion langage : une parole, des paroles. 

B. Usage de cette fonction, dans un 
cas déterminé. « Employer un langage 
obscur ; parler le langage de la raison. » 

C. Par suite, synonyme de langue* ; 
autrefois, dans tous les cas : « … un 
Limousin qui contrefaisoit le langaige 
françois ». RABELAIS, Pantagruel, II, 
vi; actuellement, ne se dit plus guère 
que du langage des peuples non civi- 
lisés, ou des manières de parler spé- 
ciales, comme un argot, qui n’ont pas 
la fixité et la régularité des grandes 
langues de culture. 


Sur Kinesthésique. — Quelques auteurs emploient l'expression de sensations 
kinesthésiques périphériques pour les sensations kinesthésiques proprement dites, 
celles qui correspondent à des excitations venant des parties même du corps qui 
sont en mouvement ; et l’expression sensations kinesthésiques centrales pour les 
Sensations de force ou d’innervation. Pour éviter toute confusion, on pourrait 


- adopter cette distinction, en laissant de côté la question de savoir si les secondes 


txistent réellement, ou ne sont que des représentations de sensations périphé- 


tiques déjà éprouvées. (C. Ranzoli.) 


ER 


LANGAGE 





554 





Au contraire, langage s'emploie fré- 
quemment, par opposition à langue, 
pour distinguer la fonction de s’expri- 
mer par la parole, en général, de tel 
ou tel système linguistique fixé dans 
une société donnée. C’est ainsi qu’on 
oppose à la question de l° « origine du 
langage » (dans l’humanité), celle de 
l’origine de telle ou telle langue, comme 
le français ou l’anglais. 

D. Au sens le plus large, tout système 
de signes pouvant servir de moyen de 
communication. « Le langage des ges- 
tes. » — « Tous les organes des sens 
peuvent servir à créer un langage. » 
VENDRYES, Le Langage, p. 9. 

Rad. int. : À, B. Parolad, C. D. 
Lingu. 


LANGUE, D. Sprache ; E. Language, 
tongue ; I. Lingua. 

A. Système d’expression verbale de 
la pensée comportant un vocabulaire et 
une grammaire définis, relativement 
fixes, constituant une institution s0- 
ciale durable, qui s’impose aux habi- 
tants d’un pays, et demeure presque 
complètement indépendante de leur 
volonté individuelle. 

B. Manière d'écrire d’un auteur; 
manière de parler ou d'écrire d’un 
groupe plus ou moins restreint. « La 
langue d’Aristote, la langue des Car- 
tésiens. — La langue du sport. » 

C. Accidentellement, et dans des cas 
rares, se dit par métaphore de systèmes 
de signes ou d'expressions autres que 
les mots : par exemple dans le titre de 
l'ouvrage de ConpizLac, La langue des 
calculs. 

Rad. int. : Lingu. 





Langue universelle, ou langue inter. 
nationale (souvent abrégé en L. I). 
langue artificielle, créée soit de toutes 
pièces, avec des radicaux composés 
d’une manière systématique de telle 
manière que leurs éléments verbaux 
correspondent aux éléments logiques 
des idées (les langues de ce type sont 
appelées langues philosophiques où a 
priori : projets de Descartes, Dalgarno, 
Leibniz, Letellier) ; — soit en adoptant 
les racines qui sont déjà les plus inter. 
nationales et en ajoutant à celles-ci 
des préfixes ou suffixes de sens rigou. 
reusement défini qui servent, les uns 
à marquer leur fonction dans la phrase, 
les autres à dériver d’une même racine 
une famille de mots de grande extension 
(langues dites a posteriori : p. ex. le 
Volapük, l'Espéranto, l’Ido). Voir Coc- 
TURAT et LEAU, Histoire de la langue 
universelle, Hachette, 1903 ; Les nou- 
velles langues internationales, Hachette, 
1908. 


LAPS de temps est employé par Ha- 
melin en un sens technique qui lui est 
propre : c’est pour lui l’écoulement du 
temps ; la synthèse de l'instant et du 
laps de temps est la durée. Essai, ch. 1, 
$ 3, Introduction. 


LARGES (DEVOIRS), D. H'eite 
Pflichten (douteux); E. Loose duties. 
— (Voir Observations.) 

On appelle ainsi les devoirs dont 
l’accomplissement ne comporte pas 
une mesure déterminée, ou dont le 
champ d’application est laissé à notre 
libre choix, tels que la bienfaisance ou 
le dévouement. Ils s’opposent aux de- 





mm — ee re 


woirs stricts (ceux de justice) dont on 
eut dire exactement ce qu’ils pres- 
crivent ou défendent, et à l’égard de 
quelles personnes ils doivent ètre rem- 
plis. 
CRITIQUE 

Ce terme a souvent donné lieu à des 
tritiques (peut-il y avoir une obligation 
qui soit en même temps indéterminée 
‘dans son quantum ?) et à des confusions 
(targe étant pris au sens de facultauf). 

Il ne me semble pas qu’il y ait lieu 
de proposer un radical international 
pour cette expression, qu'il serait pré- 
érable de remplacer par une formule 
plus précise. 


LÂTRIE, (S). 


* LÉGALITÉ, D. Legalität (Kanr); 
Gesetzlichkeit, Gesetzmässigkeit ; E. Le- 
golity ; I. Legalità. 

A. Conformité aux lois positives. (Ce 
sens est presque seul usuel en français.) 

B. Conformité extérieure aux règles 
morales ; s’oppose au respect intérieur 
de ces lois. « Geschieht die Willens- 


f— — 


LÉGALITÉ 


| bestimmung zwar gemäss dem mora- 
lischen Gesetze, aber. nicht um des 
Gesetzes Willen, so wird die Handlung 
zwar Legalität, aber nicht Moralität 
enthaltent. » KanT, Critique de la Rai- 
son pratique, Ch. III, $ 1. 

C. Caractère de ce qui est gouverné 
par une loi ou par des lois (au sens D 
de ce mot). « Reprenons la formule de 
Helmholtz [« … dass das Prinzip der 
« Causalität nicht anders sei als die 
« Voraussetzung der Gesetzlichkeit al- 
« ler Naturerscheinungen? »] en la con- 
sidérant comme l'expression du prin- 
cipe non pas de causalité, mais de 
légalité. » MEYERSON, {dentité et Réa- 
lité, p. 5. 

CRITIQUE 


Voir Observations. 
Rad. int. : À, B. Legales: C. Le- 
gozes. 








1. « Si la détermination volontaire est, il est vrai, 
conforme à la loi morale, mais non prise par respect de 
la loi, l’action contiendra bien de la légalité, raais non 
de la moralité. » — 2. 4... que le principe de causa- 





lité n'est rien d'autre que la supposition de la « léga- 


? lité » dans tous les phénomènes naturels. » 


des actions bonnes à faire, et auxquelles on est plus ou moins tenu selon les 
Srconstances. (J, Lachelier.) — La distinction entre les devoirs de justice et de 
Charité me paraît suffire amplement. (F. Mentré.) — Elle paraît même supérieure 
à celle des devoirs positifs et négatifs : car réparer le mal qu’on a fait, par exemple, 
est un devoir de justice, strict, et cependant ne consiste pas en une pure abstention. 


(A. L.) 


Sur Légalité. — Le sens A est pratiquement le seul dans lequel ce mot soit 





Sur Larges (Devoirs). — Weite Pflichten n’est pas usité en allemand. (F. Tôn- 
nies.) — L'expression doveri larghi n’est pas en usage dans la langue philosophique 
italienne ; dans la langue courante, l'expression opposée, doveri stretti, est fréquente 
pour désigner les devoirs auxquels l'individu ne peut absolument se soustraire: 
La distinction des devoirs négatifs ou de justice et des devoirs positifs OU de 
bienfaisance est au contraire d'usage technique. Elle me paraît équivaloir à celle 
des devoirs stricts et des devoirs larges, mais avec.plus de précision. (C. Ran20! 

Il ÿ a très peu d'obligations rigoureusement déterminées, même quant au quod ; 
en dehors des devoirs négatifs (ne pas voler, ne pas mentir) il n’y a guère QU 


usité en anglais. B se rapproche assez d’un usage théologique de ce mot très 
$#mmun chez les écrivains puritains. (H. Wildon Carr.) — Paul Carus a proposé 
Pour le sens C, les expressions Law-determinedness on mieux Lawdom (formé 
#r le modèle de kingdom, freedom, etc.). Voir Logical and Mathematical Thought, 
8. 36; The Monist, janvier 1910. 

Sur l'épreuve de cet article, nous avions posé la question suivante : au sens C, 
fe serait-il pas préférable d'employer le mot régularité, qui a le même sens et 
ui est en français d’un usage courant ? 
©. « J'ai bien songé à prendre le mot régularité pour rendre le terme Gesetzmüs- 
Wgkeit, a répondu Em. Meyerson, mais deux raisons m’en ont détourné : la première 
est Que régularité s'applique, dans l’usage, à ce qui se passe le plus souvent, non 

Ce qui est gouverné par une loi ; la seconde, à mon avis très importante, est 
€ légalité vient de loi comme causalité vient de cause. Cette symétrie antithé- 
ue me paraît nécessaire pour bien comprendre cette distinction, très utile, 


LÉGITIME 









LÉGITIME, D. Gesetzmässig, gerecht ; 
E. Legitimate, dans tous les sens (A. jus- 
tifiable, allowable) ; I. Legitimo. 

A. Sens général. Se dit de tout acte, 
de toute attitude, de tout sentiment, de 
toute parole dont le sujet est considéré 
comme étant à cet égard dans son bon 
droit. « Une indignation légitime ; la 
légitime défense; une attente légi- 
time. » Le mot, en ce sens, dit plus que 
légal* : il ne saurait s’appliquer à ce 
qui constitue un abus de droit. 

B. Au sens juridique, se dit des rela- 
tions d’alliance ou de parenté qui résul- 
tent d’un mariage contracté suivant 
les règles légales. « Fils légitime » (op- 
posé à naturel*). 

C. Au sens politique, s’est dit d’un 
souverain appelé au trône en vertu des 
règles traditionnelles de succession en 
vigueur. 

Rad. int. : Legitim. (Yurizit.) 


LEMME, CG. Aïuua, ce que l’on prend 
(pour accordé), assomption ; quelque- 
fois, thèse. Se dit en particulier des 
prémisses du syllogisme (Topiques, vu, 
1, 156321)! D. Lehnsatz ; E. Lemma ; 
I. Lemma. 

Proposition préliminaire dont la dé- 


1. Il y a dans l'édition Bekker (éd. de l’Académie de 
Berlin), à laquelle se rapportent les références, une suite 
d'erreurs de pagination à cet endroit. La page citée 
porte en fait le n° 152. 


556 


monstration préalable est nécessaire 
pour démontrer la thèse principale 
qu’on se propose d’établir. 


REMARQUE 


KanrT donne à ce mot un autre sens : 
Les lemmes {Lehnsätze, lemmata) sont, 
dit-il, les propositions qu’une science 
suppose vraies sans en donner la dé. 
monstration, en les empruntant à une 
autre science. (Logik, $ 39.) Je ne con- 
nais pas d’autres exemples de cet usage. 

Rad. int. : Lem. 


LÉTHARGIE, G. Anôæpyix (Hippo- 
cRATE); D. Lethargie, Schlafsucht ; E. 
Lethargy ; Trance (plus large, se dit 
aussi de l’extase, de la catalepsie, etc.) ; 
I. Letargia. 

État pathologique caractérisé par 
lengourdissement, l’oubli (A6n), l’inac- 
tion (tpyix), la somnolence ou même le 
sommeil complet. 

Ce terme, très employé aux x vu et 
xvaie siècles dans la langue médicale, 
était devenu moins usuel au xixe. Il a 
été repris par CHARCOT, qui divisait 
les phénomènes hypnotiques en trois 
degrés, considérés comme des états de 
plus en plus profonds de l'hypnose : lé- 
thargie, catalepsie*, somnambulisme*. 
— Cette division n’est plus considérée 
aujourd’hui commerépondant aux faits. 

Rad. int. : Letargi. 


| 657 


A ————— —_— 


« LEXIS », du G. Aékis, parole, ex- 
pression. 

Énoncé susceptible d’être dit vrai 
ou faux, mais qui n’est considéré que 
dans son contenu, et sans affirmation 
ni négation actuelle ; tel est, par exem- 
ple, le caractère de la proposition infi- 
nitive en latin : « Sapientem solum esse 
beatum. » Ed. GoBLor a défini cette 
idée avec précision, mais d’une manière 
plus restreinte, sous le nom de Juge- 
ment virtuel, qu’il oppose à jugement 
actuel : « Les jugements virtuels dont 
nous venons de parler sont des juge- 
ments complets : ils ont leur sujet, leur 
attribut, leur copule, tous leurs carac- 
tères formels : il ne leur manque que 
la croyance. » Logique, ch. 11, $ 50. 
Mais cette expression est un peu trop 
longue pour l'usage courant, et pré- 
sente l'inconvénient d’avoir aussi un 
autre sens, quand on dit que « le con- 
cept est un jugement virtuel » (une 
fonction propositionnelle). 


LIBÉRALISME 





Les scolastiques utilisaient déjà cette 
notion, mais dans un cas spécial (la 
théorie des propositions modales) sous 
le nom de dictum*. Voir Modalite*, 
Problématique*, Proposition*. Ils appe- 
laient « complexe significabile » l’objet 
de pensée, réel ou irréel, correspondant 
à la lexis définie comme ci-dessus. Voir 
Hubert ÉLIE, Le « complexe significa- 
bile », thèse de Doctorat ès Lettres, 
1937. 


LIBÉRALISME, D. Liberalismus 
dans tous les sens ; Freisinn, surtout 
au sens C ; Freiheitssinn au sens D ; — 
E. Liberalism ; — I. Liberalismo. 

A. Doctrine politique suivant la- 
quelle il convient d'augmenter autant 
que possible l’indépendance du pouvoir 
législatif et du pouvoir judiciaire par 
rapport au pouvoir exécutif, et de don- 
ner aux citoyens le plus de garanties 
possible contre l’arbitraire du gouver- 
nement. Les liberales (premier emploi 





Sur Libéralisme. — Nouvelle rédaction adoptée dans la séance du 7 juillet 1910 


très difficile à saisir, et qu’on perd aisément de vue. » (Séance du ? juillet 1910.) 

MM. J. Lachelier, René Berthelot, F. Mentré, L. Boisse, C. Hémon désap- 
prouvent l'emploi de légalité au sens C. Ce dernier accepterait volontiers régula- 
rité ; les premiers accordent que l’usage courant de ce mot s'oppose à ce qu'on en 
fasse un terme technique. et préfèrent employer une périphrase pour traduire 
Gesetzmüssigkeit. M. MENTRÉ remarque notamment que l'emploi de l'adjectif 
déterminé suffit presque toujours à rendre cette idée, et M. BoissE que « la 
légalité au sens C, et notamment dans la phrase citée d’Em. MEyerson, c’est le 
déterminisme ». 


Sur Lemme. — Ce terme, emprunté au langage des géomètres, a d’abord été 
employé, semble-t-il, par Spinoza (v. Éthique, part. II : lemmes sur les corps): 
(F. Mentré.) 

— L'usage kantien n’est-il pas une simple extension de l’usage mathématiqu® 
en tant que, dans celui-ci, les lemmes sont établis en dehors de la série des démons- 
trations, où ils s’introduisent ensuite ? (C. C. J. Webb.) 


pour tenir compte des observations de MM. Élie Halévy, René Berthelot, F. Mentré, 
C. Ranzoll, C. Hémon, L. Boisse. Le texte des trois divisions A, B et C est dû 
presque entièrement à Élie Halévy ; la distinction mentionnée dans la Critique 
a été signalée par M. René Berthelot ; il a fait remarquer en outre que, sous 
l'influence de Spencer, on a appelé en bloc libéralisme la doctrine qu’il soutenait, 
et d’après laquelle les fonctions de l’État doivent être réduites à la police, la 
justice, et la défense militaire contre l'étranger. Mais cette doctrine s’étant dissociée, 
il y a eu d’abord autant de libéralismes que d’objets auxquels peut s'appliquer 
l’abstention de l’État ; de plus, selon que l’on a considéré la liberté individuelle 
comme un but, à réaliser même par l'intervention de l’État, ou au contraire 
cette abstention de l’État comme le dogme essentiel, à respecter quels qu’en 
fussent les effets pour l'individu, on a abouti à l’équivoque signalée dans la 
Critique. — M. Ranzoll remarque qu’en Angleterre le mot s'emploie surtout au 
sens C (économique) tandis qu’en Italie on le prend presque toujours au sens 
politico-religieux B : « L'Église libre dans l’État libre » selon la formule célèbre 
que l’on attribue ordinairement à Cavour, mais dont plusieurs autres hommes 
Politiques ont revendiqué la paternité (notamment Montalembert dans sa Deuxième 
letire au comte de Cavour). — Enfin M. Hémon voudrait qu’on opposât au libéra- 
lisme la théorie libertaire : « le premier serait alors considéré comme la théorie 
morale et politique qui tout en aspirant au maximum de liberté pour l'individu, 
mite la revendication ou l’octroi de ces libertés au point où elles deviendraient 
les licences nuisibles à autrui (au sens de la Déclaration des droits) ; la théorie 
libertaire, au contraire, serait la forme de l’individualisme qui ne reconnaît 
auCune limitation conventionnelle et légale de la liberté individuelle, seule arbitre 
de ses droits dans la mesure de sa puissance, » 


dti à LALANDE. — VOCAB. PHIL. 20 


PE D 


LIBÉRALISME 





du terme) sont le parti espagnol qui, 
vers 1810, veut introduire en Espagne 
le parlementarisme du type anglais. — 
S'oppose à autoritarisme. 

B. Doctrine politico-philosophique 
d’après laquelle l’unanimité religieuse 
n'est pas une condition nécessaire 
d'une bonne organisation sociale, et 
qui réclame pour tous les citoyens la 
« liberté de pensée ». 

C. Doctrine économique suivant la- 
quelle l’État ne doit exercer ni fonc- 
tions industrielles, ni fonctions com- 
merciales, et ne doit pas intervenir 
dans les relations économiques qui 
existent entre les individus, les classes 
ou les nations. On dit souvent, en ce 
sens, Libéralisme économique. — S'op- 
pose à Étatisme, ou même plus généra- 
lement à Socialisme. 

D. Respect de l'indépendance d’au- 
trui; tolérance; confiance dans les 
heureux effets de la liberté. 


CRITIQUE 


On voit par les distinctions précé- 
dentes combien ce terme est équivoque. 
L'usage accidentel qui en est fait de nos 
jours dans la désignation des partis ou 
des tendances politiques augmente en- 
core la confusion. On désigne notam- 
ment sous ce même nom : 1° les doc- 
trines qui considèrent comme un idéal 
l'accroissement de la liberté indivi- 
duelle ; 2° les doctrines qui considèrent 
comme moyen essentiel de cette liberté, 





la diminution du rôle de l'État. Or, Ja 
seconde thèse est absolument indépen. 
dante de la première ; ainsi, par exem. 
ple, la liberté de l'individu n'est pas 
moins restreinte par les associations de 
tout genre que par l’État, si celui-ci 
n'intervient pas pour en limiter la 
puissance. 

Voir la série d'articles publiés en 
1902-1903 sur le libéralisme par la 
Revue de métaphysique et de morale 
(BouGLÉ, LaAnsoN, Lapie, LYON, J4- 
cos, Paropbi),; en particulier la dis. 
tinction établie par Jacos entre ce 
qu'il nomme le libéralisme empirique 
et le libéralisme rationnel (Ibid. jan- 
vier 1903). 


« LIBERTAIRE », terme nouveau, 
s'emploie en deux sens : 

A. (Le plus fréquent.) Partisan de la 
doctrine anarchiste. Ne se dit qu’en un 
sens théorique et spéculatif. 

B. (Plus rare, et impropre.) Syno- 
nyme de libéral, à l’un quelconque des 
sens de ce inot. 

Rad. int. : Libertari. 


LIBERTÉ, L. Libertas, liberum arbi- 
trium ; D. Freiheit ; Willensfreiheit aux 
sens D, E, F);, — E Liberty. Freedom 
(dans tous les sens); Free will (aux 
sens D, E, F);, — I. Libertà; Libero 
arbitrio (au sens F). 

Sens primitif : l’homme « libre » est 
l’homme qui n’est pas esclave ou pri- 





Sur Liberté. — Article revisé et complété d’après les observations de MM. Élie 
Halévy, J. Lachelier, Darlu, M. Bernès, L. Couturat, René Berthelot, et d’après 
la discussion qui a eu lieu à la séance du 7 juillet 1910. 

Sur l'opposition de la liberté et de la nature, voir Nature ; sur les deux sens de 
« liberté d’indifférence », voir Jndifférence*, observations. 

Sur l'opposition des sens D et E. — 11 a paru nécessaire d'établir une distinc- 


7 869 





LIBERTÉ 








sonnier. La liberté est l’état de celui qui 
fait ce qu’il veut et non ce que veut un 
autre que lui ; elle est l'absence de con- 
trainte étrangère. 

À partir de là, le sens de ce mot s’est 
étendu dans trois directions divergen- 
tes : 1° par analogie et par généralisa- 
tion, on l’applique à des êtres autres 
que l’homme et même à des êtres ina- 
nimés ; 2° au point de vue social et 
politique, il caractérise un certain état 
du citoyen ou du sujet dans ses rap- 
ports avec la société et le gouverne- 
ment, 3° considérant qu’à l’intérieur 


gers, qui le contraignent à la façon 
d'un maître tyrannique, ou qui le sé- 
duisent à la façon d’un flatteur égoïste, 
on applique ce mot à l’indépendance 
intérieure de l’homme à l'égard de ce 
qui n’est pas véritablement « lui- 
même »; et subsidiairement à l’indé- 
terminisme, quand il est considéré 
comme seul moyen d'éliminer de l’ac- 
tion tout ce qui serait extérieur à 
l'agent. 
19 Sens général : 

A. État de l’être qui ne subit pas de 

contrainte, qui agit conformément à sa 


tion entre les deux sens Det E, qui avaient été confondus dans la première rédac- 
tion et opposés en bloc à l'indéterminisme. Cette distinction est sans doute délicate, 
et dans les textes philosophiques, il est souvent impossible de savoir exactement 
lequel est en jeu. La première n’est-elle pas seulement une forme transitoire et 
imparfaite de la seconde ? La liberté qui distingue l’homme intelligent de la 
brute, et qui le rend responsable, diffère-t-elle autrement qu’en degré de là 
liberté du sage stoïcien ou de la liberté spinoziste ? La liberté dont parle MaRION 
dans le texte cité n’est-elle pas précisément une qualité à acquérir, une valeur 


même de l’homme, il y a des forces et 


volonté, à sa nature. « Quand un corps 
principes d’action qui lui sont étran- 


tombe, sa liberté se manifeste en che- 





morale à réaliser, plutôt qu’une condition psychologique du jugement d’autrui ? 
— De même les formules tirées de la Psychologie des idées-forces de Fouillée se 
limitent bien, si on les prend en elles-mêmes, à définir le caractère de l'être qui 
peut être jugé moralement. Mais si on les rapproche de l’ensemble de sa doctrine, 
et en particulier du commentaire qu'il a bien voulu nous communiquer et qu’on 
trouvera ci-dessous in extenso, on voit que cette conception s'élève d’un mouvement 
continu de l’état psychologique de responsabilité à l’état moral de perfection. 

On a cru cependant qu'il n’y avait pas lieu de s’arrêter à cette objection ; 
d'abord en raison de ce principe général, posé au début de notre travail, qu’il valait 
toujours mieux en cas de doute distinguer plus que moins, quitte à marquer 
ultérieurement, s’il y avait lieu, la convergence des concepts d’abord définis séparé- 
ment ; en second lieu, parce que, dans ce cas, il existe au moins un caractère 
différentiel net, la culpabilité ou la perversité possible de l’être dont on dit qu'il est 
libre au sens D, tandis qu’il ne saurait être question de rien de tel au sens E ; 
enfin, les remarques mêmes de quelques correspondants, notamment celle-ci : 
« Le texte cité de Marion répond à toute autre chose qu’à la liberté véritable, dans 
l’acception métaphysique et intégrale du mot : celle-ci exprime l’harmonie totale, 
l'équilibre parfait de toutes les conditions subjectives et objectives, spontanées 
et réfléchies, subies ou consenties, ratifiées ou posées par la volonté d’une activité 
personnelle. Cf. le texte célèbre de la Quatrième Méditation de Descartes, où il 
eppose cette liberté parfaite à la liberté d’indifférence « qui fait paraître plutôt un 
défaut dans la connaissance qu’une perfection dans la volonté ». Cf. aussi SPiNoza : 
« Illum liberum esse dixi, qui sola ducitur ratione. » (Éthique, IV, 68.) Ainsi 
entendue la liberté est à la fois la conquête de l’homogénéité intérieure et de 
l'adaptation totale, le sibi constare et le toti mundo et Deo se inserere. » [Lettre de 
M. Maurice Blondel.) 

On voit ici toute la différence (provisoire ou non, peu importe) qui existe entre 
le sens D et le sens E. 

M. C. Hémon écrit de même : « Il faudrait consacrer une division spéciale 
à la liberté considérée comme affranchissement intérieur, conquête et possession 
de soi-même par la réaction de la volonté ou de l'intelligence réfléchie contre les 
Passions et en général contre toutes les fatalités subjectives ; passage de la « pas- 
Sion » à |’ « action », de la servitude à la libération morale : 1° au sens stoiïcien : 
Küptos xiarou éorlv 8 rüv dr” Exelvou GeAouévov À uh Be) ouéveos Éyov tiv éEouolzv, 


LIBERTÉ 





minant selon sa nature, vers le centre 
de la Terre, avec une vitesse propor- 
tionnelle au temps, à moins que l’in- 
terposition d’un fluide ne modifie sa 
spontanéité fchute libre). De même 
dans l’ordre vital, chaque fonction, vé- 
gétale ou animale, est déclarée libre si 
elle s’accomplit conformément aux lois 
correspondantes, sans aucun empêche- 
ment extérieur ou intérieur. » (Aug. 
ComTe, Catéchisme positiviste, 4e entre- 
tien.) 
29 Sens politique et social. 

B. Quand il est question de telle 
liberté particulière, ou de « libertés » 
au pluriel, il n’y a là qu’une applica- 


560 
tion sociale du sens précédent. Les 
mots libre ou liberté marquent simple. 
ment l’absence d’une contrainte sociale 
s'imposant à l'individu : en ce sens, on 
est libre de faire tout ce qui n’est pas 
défendu par la loi, et de refuser de 
faire tout ce qu’elle n’ordonne pas. 
« La libre communication des pensées 
et des opinions est un des droits les 
plus précieux de l’homme ; tout citoyen 
peut donc parler, écrire, imprimer libre- 
ment, sauf à répondre de l’abus de cette 
liberté dans les cas déterminés par la 
loi. » (Déclaration des droits de l'homme 
de 1789, art. XI.) 

Les « libertés politiques » (political 








ek Tù neprañom À dpehéobar. “Ooris 
TUOHÔTE peuyéte T1 Tv nr &Adoi * 


oùv ÉAEUBepnc Elvar Bodretar, pnte Beñëte 
et Ôè un, Jouxebetv évéykn. (ÉPICTÈTE, 





561 





liberties ; Mizz, On liberty, 1) sont les 
droits reconnus à l'individu en tant 
ue ces droits limitent le pouvoir du 
gouvernement : liberté de conscience, 
liberté individuelle, liberté de réunion, 
existence d’une constitution, self-go- 
vernment, exercice du pouvoir par des 
représentants élus, etc. 

C. Au contraire, quand on prend le 
mot liberté en un sens absolu, on lui 
donne généralement une valeur appré- 
ciative. Ce mot désigne alors non seule- 
ment le degré plus ou moins haut 
d'indépendance que possède l'individu 
à l'égard du groupe social dont il fait 
partie, mais le degré d’indépendance 
que l’on considère comme normal et 
souhaitable, comme constituant un 
droit et une valeur morale. « La liberté 
consiste à pouvoir faire tout ce qui ne 


LIBERTÉ 





nuit pas à autrui. » (Déclaration de 
1789, art. IV.) « La liberté consiste à 
ne dépendre que des lois. » (VOLTAIRE, 
Pensées sur le gouvernement, VII. Œu- 
vres, Beuchot, XXXIX, #25) Voir 
aussi le texte d'Aug. ComrTe, cité plus 
bas sous E. — Ce mot, en ce sens, 
s'oppose d’une part à licence, de l’autre 
à oppression. 

89 Sens psychologique et moral. 

D. (Opposée à l’inconscience, à l’im- 
pulsion, à la folie, à l’irresponsabilité 
juridique ou morale.) 

État de l’être qui, soit qu’il fasse le 
bien, soit qu’il fasse le mal, se décide 
après réflexion, en connaissance de 
cause ;, qui sait ce qu’il veut, et pour- 
quoi il le veut, et qui n’agit que con- 
formément à des raisons qu’il approuve. 
« La liberté est le maximum possible 


Manuel, XIV, 2.) 

29 Au sens spinoziste : « L’homme libre, c’est-à-dire celui qui vit suivant les 
seuls conseils de la raison, n’est pas dirigé dans sa conduite par la crainte de la 
mort, mais il désire directement le bien, etc. » (Spinoza, Éthique, IV, prop. LXVII. 
Cf. tout le livre V : « De libertate ».) 

3° Au sens de J. S. Mize : « … Ce sentiment de notre pouvoir de modifier 
notre propre caractère si nous le voulons est précisément le sentiment de liberté 
morale dont nous avons conscience. Une personne se sent moralement libre 
quand elle sent que ses habitudes et ses tentations ne la dominent pas, mais 
qu’elle les domine ; lorsque, même en y cédant, elle sent qu’elle pourrait y 
résister ; que si elle désirait les réprimer absolument, il ne lui faudrait pas 
pour cela une plus grande force de désir que celle dont elle se sait capable. » 
(J. $. Mize, Logique, VI, chap. n, $ 3.) 

Sur le rapport de la liberté morale (aux sens D et E) et de l’indéterminisme. 

La liberté, la seule que nous saisissions en nous, est la conscience de l’action 
exercée par une idée, à savoir l’idée du maximum d'indépendance que, sous le 
d'uble rapport de la causalité, et de la finalité, peut atteindre le moi concevant 
l’universel. 

Cette idée du maximum d'indépendance possible par rapport à toutes les 
autres causes et à toutes les autres fins, tend à se réaliser en se concevant et 
produit ainsi une indépendance progressive. 

La liberté, selon cette doctrine, n’est pas et ne peut pas être une réalité toute 
faite et toute donnée à la conscience, elle est un idéal qui se réalise, elle est un 
progrès. (Voir La Liberté et le Déterminisme.) 

Pour être qualifié libre plutôt que non libre, et surtout moral plutôt qu’immoral, 
un acte ne peut être étranger à la catégorie de qualité. Pour être en relation avec 
moi, attribuable et imputable au moi plutôt qu’à toute autre cause, il ne peut 
être étranger à la catégorie de relation et surtout de relation causale ou de causa- 
lité. Enfin pour être intentionnel, intelligent et par cela même intelligible, pour 
être surtout bon ou mauvais, il ne peut être étranger, à la catégorie de finalité. 
C’est pour cela que, selon la doctrine exposée dans La Liberté et le déterminisme, 
l’idée de liberté, l’idée que les futurs ne sont pas nécessairement causés et déterminés 


: distinctions suivantes : 





sans notre action et sans notre causalité propre poursuivant une fin, est elle-même 
la catégorie suprême de l’action, c’est-à-dire l’idée directrice de toute action et 
surtout de l’action morale, idée qui se réalise par une approximation toujours 
croissante et une croissante réflexion sur elle-même. (A. Fouillée.) 

Le mot liberté a pour moi un sens intermédiaire entre ceux qu’on donne 
d'habitude aux deux termes liberté et libre arbitre. D’un côté, je crois que la 
liberté consiste à être entièrement soi-même, à agir en conformité avec soi : 
ceci serait donc, dans une certaine mesure, la « liberté morale » des philosophes, 
l'indépendance de la personne vis-à-vis de tout ce qui n’est pas elle. Mais ce 
n’est pas tout à fait cette liberté, puisque l'indépendance que je décris n’a pas 
toujours un caractère moral. De plus, elle ne consiste pas à dépendre de soi 
comme un effet de la cause qui le détermine nécessairement. Par là, je reviendrais 
au sens de « libre-arbitre ». Et pourtant je n’accepte pas ce sens complètement 
aon plus, puisque le libre arbitre, au sens habituel du terme, implique l’égale 
possibilité des deux contraires, et qu’on ne peut pas, selon moi, formuler ou 
même concevoir ici la thèse de l’égale possibilité des deux contraires sans se 
tromper gravement sur la nature du temps. Je pourrais donc dire que l’objet de 
ma thèse, sur ce point particulier, a été précisément de trouver une position 
intermédiaire entre la « liberté morale » et le « libre arbitre ». La Liberté, telle que 
Je l’entends, est située entre ces deux termes, mais non pas à égale distance de 
l'un et de l’autre. S'il fallait à toute force la confondre avec l’un des deux, c’est 
Pour le « libre arbitre » que j’opterais. (H. Bergson.) 

Il y a, ce me semble, dans le sens F, 2°, une confusion entre deux idées très 
différentes. Le rapport d’un esprit à l’acte qu’il accomplit est certainement libre, 
Mais parce qu’esprit signifie déjà liberté. Le rapport d’un agent quelconque à 
son action est bien quelque chose d’ineffable, et on peut bien l’appeler libre, en 
te sens qu'il ne ressemble en rien à la détermination d’un phénomène par un 
Autre ; mais c’est là certainement un tout autre sens du mot liberté ; et si cet 
êgent est aveugle, il suffit, ce me semble, de dire spontanéité. Je proposerais les 
I. La liberté, telle que tout le monde la reconnaît en 


LIBERTÉ 


| LL 


d'indépendance, pour la volonté, se 
déterminant, sous l’idée même de cette 
indépendance, en vue d’une fin dont 
elle a également l’idée. » (A. FOUILLÉE, 
Psychologie des Idées-forces, II, 290.) 
« La liberté est la causalité intelligente 
du moi. » (Zbid., 291.) — « Notre ana- 
lyse ruine cette fiction d’une liberté 
humaine infinie, inconditionnée, inalié- 
nable. Si l’agent libre est celui qui se 
possède par la réflexion, qui connaît 
et l'énergie dont il dispose et les divers 
emplois qu’il en peut faire, celui qui 
prévoit, compare et juge les différentes 
séries de phénomènes que sa détermi- 
nation peut réaliser, il est clair que sa 
liberté dépend de plusieurs conditions 
en raison desquelles elle varie. » (Ma- 
RION, De la solidarité morale, Introduc- 
tion.) — Cf. chez KanrT, l'opposition 
de l’arbitrium liberum, pris en ce sens, 
à l’arbitrium brutum, qui ne suppose 





562 


pas l'existence de la raison (Ærit. rein. 
Vern., A. 801 ; B. 829). 

E. (Opposée à la passion, aux ins- 
tincts brutaux, à l'ignorance, aux mo- 
biles accidentels ou superficiels.) État 
de l’être humain qui réalise dans ses 
actes sa vraie nature, considérée comme 
essentiellement caractérisée par la rai- 
son et la moralité. En ce sens, le mot 
liberté est un terme pleinement nor- 
matif, et désigne un état idéal, où la 
nature humaine serait exclusivement 
gouvernée par ce qu’il y a en elle de 
supérieur. (STofciENs, Spinoza, etc) 
— « Dieu seul est parfaitement libre, 
et les esprits créés ne le sont qu’à me- 
sure qu'ils sont au-dessus des passions. » 
LeiBniz, Nouveaux Essais, livre II, 
chap. 21. — « La liberté véritable se 
trouve partout inhérente et subordon- 
née à l’ordre tant humain qu’exté- 
rieur. Notre meilleure liberté consiste 


à faire autant que possible prévaloir 


es bons penchants sur les mauvais. » 
(Aug. ComTE, Catéchisme positiviste, 
&e entretien.) 

…_F, (Opposée au déterminisme*.) 

49 Puissance d’agir sans autre cause 
que l'existence même de cette puis- 
sance, c’est-à-dire sans aucune raison 
relative au contenu de l’acte accompli. 

« … Plus je recherche en moi-même 
la raison qui me détermine, plus je sens 
que je n’en ai aucune autre que ma 
geule volonté : je sens par là clairement 
ma liberté, qui consiste uniquement 
dans un tel choix. C’est ce qui me fait 
comprendre que je suis fait à l’image 
de Dieu; parce que, n’y ayant rien 
dans la matière qui le détermine à la 
mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos, 
ou à la mouvoir d’un côté plutôt que 
d’un autre, il n’y a aucune raison d’un 
si grand effet que sa seule volonté, par 


LIBERTÉ 


où il.me paraît souverainement libre. » 
(BossueT, Traité du Libre- Arbitre, 
chap. II.) — « L'homme se croit libre : 
en d’autres termes il s'emploie à diriger 
son activité comme si les mouvements 
de sa conscience et par suite les actes 
qui en dépendent... pouvaient varier 
par l'effet de quelque chose qui est en 
lui, et que rien, non pas même ce que 
lui-même est avant le dernier moment 
qui précède l’action, ne prédétermine. » 
(RENOUVIER, Science de la morale, I, 2.) 

L'indétermination de la volonté rela- 
tivement à son objet sous cette forme 
s'appelle en général liberté d'indiffé- 
rence*. (Voir ci-dessous, Critique.) 

2° Pouvoir par lequel le fond indi- 
viduel et inexprimable de l’être se ma- 
nifeste et se crée en partie lui-même 
dans ses actes, — pouvoir dont nous 
avons conscience comme d’une réalité 
immédiatement sentie, et qui caracté- 











principe à tout être raisonnable ; et cette liberté peut être conçue : 1° comme 
entièrement indéterminée ; 2° comme déterminée par la présence des motifs 
(ceux qui admettent cette détermination laissant presque toujours subsister, 
comme Kant, peut-être même comme Leibniz, un fond métaphysique d’indéter- 
mination absolue) ; II. La liberté telle que chacun de nous la crée en lui-même, 
en faisant plus ou moins prédominer en lui la raison sur les passions. Mais ce 
second sens est plus moral que philosophique. Le vrai sens philosophique de 
liberté est indétermination absolue, non par absence de toute tendance, mais par 
élévation au-dessus de toute tendance et de toute nature. (J. Lachelier.) 

On peut définir la liberté, en un sens général, l'indépendance par rapport aux 
causes extérieures. Les espèces de ce genre sont la liberté physique, la liberté 
civile ou politique, la liberté psychologique, la liberté métaphysique. La liberté 
psychologique elle-même sera, soit liberté rationnelle (Leibniz, J. St. Mill), soit 
liberté d’indifférence, suivant que l’on considère la nature de l’âme comme étant 
intelligence ou volonté. Dans le premier cas, l’extérieur, le superficiel, ce sera 
l'instinct, la passion, etc. ; dans le second cas, ce sera le concept, le raisonnement 
abstrait, etc. Enfin je définirais la liberté métaphysique (soit spinoziste, soit 
kantienne) comme étant l'indépendance par rapport à un ordre de causes. 
(E. Halévy.) — Il me paraît difficile d’exclure du sens psychologique (et moral | 
l’acception où Spinoza prend le mot liberté ; et réciproquement les épicuriens ou 
les cartésiens, partisans de la liberté d’indifférence, y voyaient certainement un 
pouvoir métaphysique. Je crois qu’il en est de même de M. Bergson. Et par 
conséquent, sauf pour Kant, qui distingue expressément volonté empirique et 
liberté nouménale, il me paraît impossible de séparer l’une de l’autre ces deux 
classes de sens. De plus, la définition qui fait de la liberté métaphysique l’indé- 
pendance par rapport à un ordre de causes me semblerait convenir à toute liberté : 
la chute libre est l'indépendance par rapport aux forces autres que la pesanteur ; 
la liberté politique, l'indépendance par rapport à l'arbitraire gouvernemental : 


la liberté stoïcienne, l'indépendance par rapport aux passions, etc. Je dirais 
plutôt, en partant de là, que l’idée de liberté absolue, qu’on pourrait appeler 
métaphysique, notamment en ce qu’elle s'oppose à la nature, consiste dans une 
sorte de passage à la limite : on se représente l’action comme affranchie successi- 
vement de tels et tels ordres de causes, jusqu’à ce qu’elle devienne étrangère 
à la fois à tous les ordres de cause, quels qu’ils soient. Mais la légitimité de cette 
opération est bien contestable. (A. L.) 

La confusion signalée entre les divers sens psychologiques et moraux du mot 
liberté (sens D, E, F! et F2?) provient d’un défaut, voulu ou non, d’analyse; elle 
se produit soit dans une philosophie principalement objective et intellectualiste 
qui, sans porter l’attention sur les tendances, sur l’activité en elle-même, se 
borne à en relever le caractère, tantôt rationnel, tantôt empirique ; soit dans une 
doctrine immédiatement synthétique et concrète, pour laquelle idée rationnelle 
et représentation sont des forces, soit élémentaires, soit composées!. Dans les 
deux cas un pouvoir propre résulte pour la conscience individuelle de la substi- 
tution en elle des idées claires et distinctes ou rationnelles aux perceptions 
confuses. Agir rationnellement au lieu d’agir empiriquement, c’est accroître sa 
puissance effective, parce que c’est mettre plus d'unité en soi et mieux harmoniser 
ses actions avec un ordre extérieur, humain, universel ou divin. L’affirmation 
de la liberté ainsi entendue, c’est l’affirmation, au point de vue objectif, de la 
supériorité de l’universel et du nécessaire sur l’individuel et sur le contingent. 

Les sens F résultent de la dissociation de l’idée et de la tendance, de l’enten- 
dement et de la volonté. 

Le premier, tout abstrait, peut s’établir ainsi : ordre ou désordre, rationalité 


1. M. Bernès paraît admettre ici que la confusion n'a jamais lieu qu'en prenant la liberté intelligente aux sens D 
stE, pour une représentation adéquate de la liberté d'indétermination, au sens F. Mais il me semble que l'inverse 
st au moins aussi fréquent : on constate un certain degré de liberté, au sens D, ou l’on souhaite la réalisation de la 
Hberté, au sens E, et l'on croit avoir établi par là l'existence ou la valeur morale dela liberté ,au x sens F! ou F?. (A. L.) 


Pete CCE 





LIBERTÉ 





rise un ordre de faits où les concepts 
de l’entendement, et notamment l’idée 
de détermination, perdent toute signi- 
fication. « On appelle liberté le rapport 
du moi concret à l’acte qu’il accomplit. 
Ce rapport est indéfinissable, précisé- 
ment parce que nous sommes libres : 
on analyse en effet une chose, mais non 
pas un progrès; on décompose de 
l'étendue, mais non pas de la durée. 
C'est pourquoi toute définition de la 
liberté donnera raison au déterminis- 
me. » (H. BerGsoN. Essai sur les don- 
nées immédiates de la Conscience, p.167.) 

G. Liberté « intelligible », « trans- 
cendentale », ou « nouménale » consis- 
tant, selon Kaxr, en ce que l’explica- 
tion complète de tout phénomène 
donné est double : 1° en tant que ce 
phénomène apparaît dans le temps, on 
doit le rattacher à des phénomènes 
antérieurs, desquels il résulte suivant 
des lois qui le déterminent rigoureuse- 
ment par rapport à ceux-ci; 2° les 


564 


pas des choses en soi, mais de simples 
représentations, ils ont en outre des 
causes intemporelles qui ne sont px 
des phénomènes, et leur rapport à ces 
causes constitue la liberté : « … Si 
müssen selbst noch Gründe haben, qi 
nicht Erscheinungen sind. Eine solche 
intelligibele Ursache aber wird, in An- 
sehung ihrer Causalität nicht durch 
Erscheinungen bestimmt.… Die Wir. 
kung kann also in Ansehung ihrer intel- 
ligibelen Ursache als frei, und doch 
zugleich in Ansehung der Erschei- 
nungen als Erfolg aus denselben nach 
der Nothwendigkeit der Natur ange- 
sehen werden!. » (Critique de la Raison 
pure, Antinomie de la Raison pure, 
ge section, A. 537, B. 565.) — Cf. 


1. « ls ont encore eux-mêmes néceamirement des 
raisons d'être qui ne sont pas des phénomènes. Or, une 
telle cause intelligible, en ce qui concerne sa causalité, 
n'est déterminée par des phénomènes L'action 
peut dono, au point de vue de sa cause intelligible, être 
considérée comme Jibre, et cependant au point de vue 


des phénomènes, être considérée comme un fait qui 
résulte de leur enohaînement suivant la nécessité 


phénomènes ainsi enchaïinés n'étant | naturelle. » 





ou irrationalité, dans l’homme ou dans l'univers, sont de simples possibles que 
l’on compare objectivement, et qui sont les objets de jugements de valeur, l’un 
marquant la perfection, l’autre l’imperfection ; l'individu a plus de valeur lorsqu'il 
est en harmonie avec lui-même et avec l'univers (rationalité) que dans le cas 
contraire (irrationalité) ; mais, à ce point de vue, loin d’étre par lui-même une 
valeur, il n’en obtient une qu’en cessant de se distinguer de l’univers. S'il est 
une valeur, c’est en tant que volonté ou puissance, qui peut réaliser le rationnel 
ou ne pas le réaliser ; être libre, c’est être cette puissance indéterminée elle-même, 
et qu’on apercevra clairement en la séparant de tout jugement de valeur objective, 
par exemple dans le choix de deux objets d’égale valeur et qui ne diffèrent que 
numériquement. Cette liberté d’indifférence est ainsi un principe d’existence 
entièrement séparé par la pensée de principe des essences et des valeurs objectives. 
Cette conception se présente naturellement dans une analyse abstraite qui, après 
avoir posé et comparé d’abord objectivement les caractères de l’individu et des 
choses, remarque qu’il reste encore, ce travail achevé, à fonder l'existence de ces 
caractères, et ainsi introduit, au dehors de l’entendement qui conçoit ou perçoit, 
une volonté dont tout le rôle est de réaliser. 

Mais le sens F peut se présenter autrement, d’une façon plus concrète, et non 
plus comme le complément d’une analyse antérieure. C’est ce qui a lieu lorsque 
appliquant sa pensée à la vie consciente, on remarque qu’elle est à la fois donnée 
comme une existence et comme une valeur : que, à la fois comme existence (parce 
qu’elle s'ouvre sur le futur) et comme valeur (parce que notre conception d’un 
parfait, s’établissant par comparaison, n’est jamais que celle d’un plus parfait 
ou d’un moins imparfait, d’un meilleur) elle déborde tous les cadres où la réflexion, 
en la fixant momentanément, cherche à la faire tenir, et reste parfaitement 





LIBERTÉ 











Kritik der prakt. Vernunft, Kritische 


3 Beleuchtungt, du $ 7 à la fin ; et Scno- 


PENHAUER, Über die Freiheit des men- 
schlichen Willens, ch. V. 


CRITIQUE 


1. Le sens À est ordinairement dési- 

é, en ce qui concerne les actions 
pumaines, sous le nom de liberté phy- 
sique; telleest celle qui manque au 
malade, au prisonnier, etc. Le terme 
est un peu étroit ; car le fait de ne pas 
pouvoir faire ce que l’on veut par 
suite d’une contrainte morale rentre 
souvent dans la même catégorie : par 
exemple quand un homme ne peut 
voter dans le sens qui lui conviendrait 
parce qu’il perdrait une place qui lui 
est nécessaire. Et, dans le cas du ma- 
lade lui-même, l’impossibilité d’agir de 
telle ou telle façon n’est pas, le plus 
souvent, une impossibilité physique 
réelle, mais seulement la menace d’une 





aggravation de son mal, ou d’une com- 
plication mortelle, s’il agit comme il le 
ferait en temps ordinaire. L'expression 
liberté externe serait donc préférable. 

2. La liberté, au sens C (politique), 
ne peut se définir par une absence 
totale de contrainte exercée sur l’indi- 
vidu, ce qui serait incompatible avec 
l’existence même d’une société. Elle ne 
consiste pas non plus, comme on le dit 
souvent, dans toute suppression d’une 
contrainte antérieure quelconque : car 
il n’est pas rare d’entendre objecter à 
telle suppression de ce genre « q.'elle 
ne serait pas la liberté, mais la licence». 
Le concept de liberté, dans cette ac- 
ception, est donc essentiellement ap- 
préciatif : la liberté est l’absence ou la 
suppression de toute contrainte consi- 
dérée comme anormale, illégitime, im- 
morale. « Cette contrainte, qui nous 
empêche de satisfaire sans mesure nos 
désirs même déréglés, ne saurait être 


confondue avec celle qui nous ôte les 


1. « Eolairoissement critique. » moyens d’obtenir la juste rémunération 





incommensurable à toutes les mesures que nous choisissons pour un usage instru- 
mental; enfin que si toute opération proprement intellectuelle ou réflexive 
reste au-dessous de sa réalité, cette indétermination relative de nous-mêmes est 
cependant présente à la conscience dans le sentiment global que nous avons 
intuitivement de notre action. Et c’est alors cette marge où naissent à la fois la 
représentation objective que nous formons de nous-mêmes et le sentiment intime 
de notre puissance, que nous appelons notre liberté, élément essentiel et irréduc- 
tiblement individuel de nous-mêmes, matière jamais épuisée pour la réflexion qui 
s'exerce à en dégager de l’universel. 
En considérant ces diverses acceptions du mot liberté, j’inclinerais à les classer 
de la façon suivante : 
. 10 Sens principalement négatifs. — Absence de contrainte (absence de contrainte 
de l'individu : 1° par une influence physique ; 2° par une influence morale; 
& en particulier par l'influence d’un groupe social politiquement constitué). 
Le terme commun applicable dans tous les cas paraît être le terme 
indépendance. 
2° Sens positifs : 1. Possibilité de puissance de l’action rationnelle, puissance 
due à la fois à ses caractères formels (ordre et unité) et à l’universalité de son 
objet ; il signifie simplement que, toutes conditions égales, l’action qui se fait 
une direction constante, et particulièrement dans la direction des constantes 
réel acquiert par là même une efficacité plus grande. Je ne crois pas quil y 
lieu d'appeler ceci une liberté morale, le mot libre qualifiant un sujet d'action 
tôt qu’un instrument d’action, fût-il parfait, et la réflexion rationnelle étant 
Ailleurs un instrument d'action peut-être indéfiniment perfectible, mais jamais 
Parfait ni suffisant. Tout ce qu’on peut dire c’est que si l’on compare la conduite 


_ dt 


nn EE R 


LIBERTÉ 


de notre travail. La première n'existe 
pas pour l’homme sain. » (DURKHEIM, 
Division du travail social, p. #29.) Cf. 
Autonomie*. 

L'idée de liberté implique donc en ce 
sens l’idée de loi, tandis qu’au sens B, 
elle s'oppose à la loi et ne commence 
qu'au point où la loi cesse de comman- 
der. Bien qu'il se présente, entre ces 
deux sens, également usités, des inter- 
médiaires embarrassants, il n’y a pas 
de doute qu'ils ressortissent à deux 
conceptions originairement différentes. 

3. Sur la distinction des sens D, E, 
F, voir aux Observations. Ces sens étant 
très généralement confondus dans le 
langage philosophique, nous propo- 
sons : 

a. D’appeler toujours « liberté mo- 
rale » le pouvoir raisonnable défini 
en D (spontaneitas intelligentis de Le18- 





566 


niz, intellectuelle Freiheit de SCuo. 
PENHAUER ; VOir en Ce qui Concerne ce 
dernier terme, Über die Freiheit, ap. 
pendice Ï). 

b. D’appeler « liberté du sage » 
comme on le fait d’ailleurs fréquem. 
ment, l’autonomie stoïcienne ou spi- 
noziste. Ces deux derniers adjectifs 
peuvent d’ailleurs servir à préciser ay 
besoin la nuance particulière de cette 
liberté qu’on entend viser. 

c. De réserver le nom de libre-arbitre 
aux deux formes d’indéterminisme dé- 
finies en F, la première gardant le nom 
usuel de Liberté d’indifférence*, ou 
mieux de libre arbitre d'indifférence : 
liberum arbitrum indifferentiæ (Duns 
Scor, etc.). Il est vrai que Leibniz, 
toujours préoccupé de donner un bon 
sens aux formules ayant cours, a pris 
souvent « liberté d’indifférence » au 








conforme à la raison à celle qui dépend seulement des impressions immédiates, 
la première est un moyen puissant de libération par rapport à une multitr de de 
nécessités factices, qu’elle élimine, pour ne retenir que les nécessités les plus 
irréductibles. | | 

u. Cette acception marque dans tous les cas que le sujet considéré est en un 
sens le principe de la réalisation de cette puissance (du fiat) ; et c’est l’acception 
qui paraît convenir le mieux au mot liberté. nn . 

On peut, d’ailleurs, distinguer : 1° la conception de ce principe en lui-même, en 
dehors de toute distinction de valeur dans les actions qu’il engage, conception 
tout abstraite et négative, et qui n’a qu’un intérêt critique, résultant de ce qu elle 
appelle l'attention sur l'irréductibilité du vouloir à la raison du sujet individuel, 
à l’objet universel (c’est la liberté d’indifférence). Considérée comme positive, cette 
conception serait contradictoire, en ce sens qu’elle viserait à isoler et à déterminer 
la liberté comme un objet distinct. — 2° Le sentiment, formé dans l’action même, 
d'une puissance qui en nous dépasse tous ses effets donnés ou concevables, que 
ne limite absolument aucun jugement de valeur, puisque ces jugements ne sont 
que des essais imparfaits d'expression de ses préférences, mais qu'on ne peut 
séparer réellement de ses effets, ni des jugements de valeur qui Sy appliquent, 
puisqu'elle est au moins pour une part dans ses effets, et que les jugements de 
valeur ont pour but d'exprimer le principal de ses tendances ; c’est sur elle que 
reposent ces jugements, à elle qu'ils empruntent leur matière, en elle que réside 
la possibilité de les développer. Elle est donc pratiquement le quelque chose de 
nous, que toute action qui se fait ajoute à toute détermination acquise ; et nous en 
découvrons l'existence de mille manières : directement dans le sentiment plein de la 
vie active, indirectement dans l’idée de la relativité de nos perceptions présentes OÙ 
de la limitation de valeur de nos analyses et de nos constructions de concepts. En 
particulier, si nous restreignons, comme il arrive souvent, son action à un simple 
choix entre des valeurs déjà définies, si nous la considérons donc comme une 
sorte d’arbitrage, nous pouvons l’appeler un libre arbitre. (M. Bernès.) 






gens D, et qu'il désigne dans ce cas le 
sens F, qu’il exclut, sous le nom d’«in- 
différence d'équilibre » ou « d’indéter- 
mination » (voir not. Théodicée, 35, 46, 
232) ;, mais souvent aussi il remarque 
que la « pleine indifférence », l’ « indif- 
férence vague » ou |’ « indifférence 
pure » serait la même chose que cet 
équilibre inadmissible (Jbid., 175, 303, 
914, 320, 365). Cf. Nouveaux Essais, 
If, xxt, 8 47 : « Le principe imaginaire 
d'une indifférence purfaite ou d’équi- 
libre, dans laquelle quelques-uns vou- 
draient faire consister l’essence de la 
liberté... » D'autre part, il appelle franc 
arbitre la liberté de l'esprit « opposée 
à la nécessité et qui regarde la volonté 
nue », il la distingue de cette autre 
Bberté « qui s'oppose à l’imperfection 
de l'esprit » et selon laquelle « Dieu 
seul est parfaitement libre, et les es- 
prits créés ne le sont qu’à mesure qu'ils 
sont au-dessus des passions »; ce qui 
est la liberté au sens E. (Nouv. Essais, 
LI, xxt, $ 8.) 

- Rad. int. : À, B, C, D, E. Liberes ; 
F. Liber-arbitri. 


« LIBERTISME. » Ce terme a été 
employé par BERGsoN pour désigner 
le genre de doctrines dont fait partie 
sa propre philosophie. (Compte rendu 
du premier Congrès international de 
philosophie, 1900. Revue de métaph. et 
de morale, vol. VIII, p. 661.) 


‘ LIBRE-ARBITRE, voir Arbitre* et 
Liberté? 

” Le sens de l’expression libre-arbitre, 
recommandé dans la critique du mot 
liberté*, est conforme à l'usage de 
Bercson (voir ci-dessus) et de Go- 
8LOT, Logique, p. 17, où cette idée est 
vigoureusement analysée. 


LIEU, G. téroc : I. Locus; D. Ort; 
S. Place ; L Luogo. 
Étendue occupée par un corps, en 


LIEU 


tant que cette étendue est distinguée 
par la pensée de l'étendue environ- 
nante, et considérée comme une partie 
de l’espace. « Le lieu nous marque plus 
expressément la situation que la gran- 
deur ou la figure... de sorte que si 
nous disons qu’une chose est en un tel 
lieu, nous entendons seulement qu’elle 
est située de telle façon à l'égard de 
quelques autres choses ; mais si nous 
ajoutons qu'elle occupe un tel espace 
ou un tel lieu, nous entendons outre 
cela qu’elle est de telle grandeur et de 
telle figure qu’elle peut le remplir tout 
justement. » (DESCARTES, Principes de 
la philosophie, II, 14.) 

« Lieu géométrique », ensemble de 
points jouissant d’une même pro- 
priété. 

« Lieu intérieur », l'étendue même 
d’un corps, qu’il emporte avec lui si 
on le déplace ; « lieu extérieur », l’éten- 
due qu’il occupait, et que l’on con:i- 
dère comme demeurant en place, tandis 
que le corps la quitte. DESCARTES, dans 
le passage cité plus haut, rappelle cette 
distinction, mais la déclare futile et 
inconciliable avec la relativité du mou- 
vement (exemple de l’homme qui se 
déplace sur un navire). — Elle vient 
soit de l'opposition établie par Aristote 
entre le réxoc et le Giéormua peraËb rüv 
écxdrov (Physique, IV, 4, 21107), soit 
de celle qu’il reconnaît entre le +éroc 
(5:06, l'étendue occupée par un corps, 
et le térocs xoivéc, « Ev & Gmavra Ta 
oœuara ésriwv, », entre lesquels il est 
d’ailleurs possible de distinguer une 
série de lieux intermédiaires, le pays, 
la terre, l'air, le ciel, etc., qui se con- 
tiennent respectivement. (Physique, IV, 
2 ; 209231 sqq.) 


« Lieu transcendental » (transcenden- 
taler Ort, KaANT) : voir Topique*, B. 


Rad. int. : Lok. 





SR — — 


‘ Sur Lieu. — C. Hémon nous a signalé l’expression « le lieu de la croyance » 
Posée à l’expression « non-lieu »). Elle nous a paru trop rare pour être insérée 


Î le texte même du vocabulaire. 








LIEU 


568 


or re. ee 


Lieux communs, G +éxo {d’où le 
titre des vontx& d’ARISTOTE ; L. Loci 
communes ; D. (Logische, metaphysis- 
che, rhetorische) Ürter, Gemeinplätze ; 
E. Commonplace topics ; I. Luoghi com- 
muni, topici. (Voir Observations.) 

A. « Ce que les logiciens appellent 
lieux (loci argumentorum) sont certains 
chefs généraux, auxquels on peut rap- 
porter toutes les preuves dont on se 
sert dans les diverses matières que l’on 
traite ; et la partie de la logique qu'ils 
appellent invention n'est autre chose 
que ce qu'ils enseignent de ces lieux. » 
(Logique de Port-Royal, 3° partie, 
ch. xvii.) 

Les « lieux de grammaire » sont 
l’'étymologie et les mots de même 
racine. 

Les « lieux de logique » sont le genre, 
lespèce, la différence, le propre, l’ac- 
cident, la définition, la division. On y 
joint les maximes logiques qui s’y rap- 
portent, telles que : « Ce qui s’affirme 
ou se nie du genre se nie aussi de 
l'espèce ; en détruisant le genre, on 
détruit l'espèce ; en détruisant toutes 
les espèces, on détruit le genre », etc. 

Les « lieux de métaphysique » sont 
la cause (= les quatre causes) et l'effet, 
le tout et la partie, les termes opposés 
(relatifs, contraires, privatifs et con- 
tradictoires). — Jbid., chap. xvunr. 

B. Au sens courant : banalités. 

Rad. int. : Komun-lok. 


Ligne prédicamentale, voir Prédica- 
mental*. 





LIMINAL, D. Liminal, Schwellen… ; 
E. Liminal. Qui concerne le seuil* (de 
la conscience, de l’excitation, etc.). 

Rad. int. : Liminal. 


LIMITATIF, D. Beschränkend, Limi- 
tatio ; E. Restrictive ; I. Limitativo. 

Outre le sens général de ce mot, qui 
n’a pas de caractère spécialement phi- 
losophique, il entre dans plusieurs ex- 
pressions techniques de logique : 


« Limitatifs (concepts). » D. Grenz- 
begriffe. (KANT.) — Voir ci-dessous Li- 
mite-A et Observations. 


Limitatifs (jugements). D. Beschrän- 
kende Urtheile. (KANT, Xrit. der reinen 
Vernunft, Observations sur le tableau 
des formes du jugement, $ 2.) 

Ces jugements, appelés aussi par 
KaANT indéfinis (unendliche Urtheile), 
sont les jugements affirmatifs à prédi- 
cat négatif : « L'âme est non-mortelle. » 
Ils occupent le troisième rang dans la 
catégorie de la qualité et s'opposent à 
ce titre aux jugements aÿffirmatifs et 
négatifs. 


CRITIQUE 


KanrT explique, dans l’'Observation 
citée plus haut, que cette distinction, 
inutile à la logique générale, où il ne 
saurait même y avoir de termes néga- 
tifs, est nécessaire à la logique trans- 
cendentale ; mais en fait, il n’en a tiré 
aucun usage dans l'établissement des 





Sur Lieux Communs. — En italien, l’expression Luoghi comuni n'est en usage 
que dans le langage ordinaire, pour désigner soit des banalités, soit des manières 
de parler proverbiales. En logique on emploie quelquefois le mot topici pour 
désigner les lieux aristotéliciens. (C. Ranzoli.) 

— L'expression locicommunes se trouve pour la première fois dans CORNIFICIUS, 
Rhét. à Herennius, 1. Voir Geschichte der philosophischen Terminologie, p. 51. 
(R. Eucken.) 


Sur Limitatifs (jugements). — Il y a cependant une nuance entre « n'être P4$ 
menteur » et être « non-menteur » Dans le premier cas, le prédicat menteur est 
simplement ôté; dans le second il est remplacé par un prédicat opposé, qui 
l’exclut. (J. Lacheller.) 


F 


| 


569 


— 


LIMITE 





anticipations de la perception qui dé- 
endent de la catégorie de qualité. 
oir Indéfini*, Critique. 


Limitative (Particulière*), celle qui 
(soit expressément, soit en raison du 
contexte) affirme ou nie le prédicat 
d'une partie seulement de l’extension 
du sujet; équivalente, par suite, à 
l’assertion simultanée de I et de O. 
Dans le langage courant, les proposi- 
tions particulières sont presque tou- 
jours entendues en ce sens ; mais dans 
la logique classique, il est convenu que 
les particulières sont toujours prises au 
sens minimal*. Sur la logique des par- 
ticulières limitatives, voir GINZBERG 
et CouTURAT, Revue de Métaphysique, 
année 1913, p. 101; et 1914, p. 257- 
260. — On dit encore, en ce sens, 
« particulière exclusive* ». 


LIMITATION, D. Limitation, Be- 
schränkung ; E. Limitation ; I. Limita- 
sione. 

A. Caractère de ce qui présente une 
limite, au sens A. 

B. Caractère des termes négatifs 
(qu’ils soient employés comme sujets 





ou comme prédicats d’une proposition). 
Cet usage date de Boëèce, d’après PEIR- 
ce, Baldwin's Dictionary, Vo. 

Rad. int. : À. Finitec. 


LIMITE, D. Grenz, Grenzwert (au 
sens B) ; — E. Limit ; I. Limite. 

A. Point, ligne ou surface considérés 
comme marquant la séparation de deux 
régions de l’espace (primitivement, de 
deux territoires). — Point marquant la 
séparation de deux périodes de temps. 
— Par métaphore, le point que ne 
peut franchir une action, une connais- 
sance, etc. On distingue souvent en ce 
sens les limites actuelles et les limites 
nécessaires, OU ultimés. « Cette limite 
(le nombre des corps simples) n’a ja- 
mais été acceptée par les chimistes que 
comme un fait actuel, qu’ils ont tou- 
jours conservé l'espoir de dépasser. » 
BERTHELOT, Les origines de l’alchimie, 
livre IV, ch. 11, 289.) 

En un sens très voisin, KANT appelle 
le concept de noumène « ein Grenzbe- 
griff » (un concept-limite) en tant qu’il 
sert seulement à limiter (einschränken) 
les prétentions de la connaissance sen- 
sible, et qu’il n’a par suite qu’un usage 


Sur Limite. — Le sens C nous est signalé par M. Bertrand Russell, qui fait 
remarquer en même temps que ce concept est plus simple que le concept répondant 


au sens usuel B. 


M. Ranzoli aurait désiré qu’un article spécial fût consacré à l’idée de Grenz- 





begriff, concept limitatif. Non seulement, dit-il, cette notion a été fréquemment 
employée par Kant, mais on la retrouve chez ARD1c6 (Il noumeno di Kant 
Pp. 117-146 des Opere filosifiche) et chez HôrrDiNc, Philosophie de la religion, 
6h. 11, 2° partie, qui a précisément pour titre : « Les concepts limitatifs ». 

Nous avons cru devoir nous borner à une simple mention de ce terme qui est 
extrêmement rare en français. Le compte rendu du livre d’Ardigô, La dottrina 
#penceriana dell” Inconoscibile, publiée par M. J. Segond dans la Revue Philoso- 
Phigue du 1er avril 1900 (auquel nous renvoie M. Ranzoui), ne contient qu’une 
fois et accidentellement Pexpression « concept limitatif ». Nous ne saurions en 
fout cas dans notre langue employer l'expression « concept-limite », comme il le 
fait en italien (concetto-limite) ; le sens B du mot limite est devenu si prépondérant 
‘ans la langue philosophique française que cette expression serait presque néces- 

rement entendue en un sens tout différent du Grenzhegriff kantien ; elle parat- 

t désigner le concept formé par un passage à la limite, et, de fait, elle a été 
*ployée en ce sens par plusieurs auteurs. D'ailleurs, même en allemand, Grenz- 


Ty a aussi été pris en ce sens, p. ex. chez Wunpr, Logik, Il, 4° partie, ch. 1, 
- (A. L.) 


di. 





LIMITE 


570 


EE ——_—_—__—_——— 


négatif. (Crit. de la Raison pure, À. 255, 
B. 311.) Cette notion est restée en 
usage chez quelques philosophes con- 
temporains. Pour la critique du terme 
qui la représente, voir les Observations. 

B. « Nous appelons limite d’une 
grandeur variable une grandeur cons- 
tante, telle que la différence entre elle 
et la variable puisse devenir et rester 
moindre que toute grandeur désignée. » 
(DuHaMEL, Des méthodes dans les scien- 
ces de raisonnement, 2° partie, pp. 385- 
386.) La seconde condition, celle qui 
consiste à rester moindre que toute 
grandeur désignée, est nécessaire, ainsi 
qu’il le fait observer plus loin, pour 
qu’une variable ne puisse tendre que 
vers une seule limite. | 

Mais cette définition ne détermine 
pas sous quelle loi de variation la va- 
riable en question devient et reste 
moindre que sa limite. Il ÿ a donc 
avantage à la préciser en disant qu'une 
fonction de x (soit y) a pour limite une 
grandeur fixe b quand x tend vers a, 
si nous pouvons, en donnant à x des 
valeurs qui diffèrent de moins en moins 
de a, faire prendre à y des valeurs qui 
diffèrent de moins en moins de b, 
cette différence pouvant descendre au- 
dessous de toute quantité donnée. 

C. Étant donnée une classe a conte- 
nue dans une série P, si a n’a pas un 
dernier terme, on appelle « limite de a» 
le premier terme de la série P qui 
succède à tous les termes de a. « Un 
nombre irrationnel est la limite des 
diverses fractions qui en fournissent 
des valeurs de plus en plus approchées. » 
(CaucHy, Analyse algébrique, p. 4.) 

Cette notion de limite infinitésimale, 
elle aussi, s'emploie souvent par méta- 
phore dans l’ordre psychologique et 
moral. « La nature est la limite du mou- 
vement de décroissance de l’habitude. » 
Ravaisson, De l'habitude, p. 32. 

Rad. int. : Limit. 


LINGUISTIQUE, D. Linguistik, 
Sprachwissenschaft ; E. Linguistics ; I. 
Linguistica. 

Science du langage en général, fondée 


sur la comparaison des différentes 
langues connues. Elle comprend Ja 
phonétique (étude des sons) ; la gram. 
maire ; la lexicographie et la séman- 
tique*. Voir VENDRYESs, Le Langage 
p. 2-3 et passim. 


LOCAL, D. Lokal, értlich ; E. Local ; 
L Locale. 

Qui concerne le lieu*, ou qui dépend 
du lieu. Ce terme entre dans plusieurs 
expressions qui touchent à la philoso- 
phie : Mouvement local (p. ex. DEs- 
CARTES, Principes, 22 partie, art. 23: 
— cf. art. 24, au début, — opposant 
le Mouvement proprement dit au mou- 
vement pris dans le sens large et excep. 
tionnel qu’on donne à ce terme pour 
traduire xfmaic d’Aristote). Voir Aou. 
vement*, Critique. — Temps local, voir 
Temps*. 


Locaux (Signes), D. Zokalzeichen, 
E. Local signs ; [. Segni locali. 

Terme créé par LoTze (Medicinische 
Psychologie, 1852) pour désigner ce fait 
qu'une excitation donnée, suivant 
qu'elle s'applique en un point ou un 
autre du corps, donne naissance : 1° à 
une sensation constante, lorsque la 
nature des terminaisons nerveuses aux- 
quelles elle s'applique est la même ; 
90 à une sensation accessoire, ou à un 
système de sensations accessoires (Ne- 
beneindruck, Nebenbestimmungen), Va: 
riables selon le point excité, mais 
constantes pour un même point et qui, 
par suite, permettent la localisation de 
la sensation principale : cette sensation 
ou ces sensations accessoires sont Jes 
signe local. P. ex. une lumière donnæ 
tombant sur les points a, b, c de la 
rétine provoque toujours la sensation 
de couleur rouge; mais, de plus, elle 
provoque respectivement les sensations 
accessoires «, B, y qui sont indépen 
dantes de la nature de l’excitation, & 
qui ne dépendent que de celle du point 
excité (Grundriss der Psychologie, $ 32). 

Sur la nature de ces sensations 45 
cessoires, sur leur simplicité ou leur 
complexité, différentes théories ont & 





571 


CE 





proposées par Hecmnozrrz, Wunpr, 
Lreps, etc. Voir notamment l’article de 
Lorze intitulé : Formation de la notion 
d’espace ; théorie des signes locaux, Re- 
vue philosophique, octobre 1877 ; et 
celui de Wunpr, Sur la théorie des 
signes locaux, tbid., septembre 1878. Ce 
dernier a, depuis lors, complété et 
transformé sa théorie. Voir Phy- 
siologische Psychologie, 5° édition, 
FI, 491 et suivantes, 501, 662 et sui- 
vantes, 685 et suivantes. 
Rad. int. : Lokal. 


LOCALISATION, D. Localisation ; E. 
Lokalisation ; I. Localizzazione. 

Sens général : action de placer en 
un lieu déterminé ; fait d'y être placé. 

Notamment : 

A. Opération psychologique par la- 
quelle nous nous représentons les qua- 
lités sensibles, et par suite les objets 
perçus, comme occupant dans notre 
corps ou par rapport à notre corps une 
position spatiale déterminée. 

Les erreurs de localisation, ou fausses 
localisations (D. Lokalisationsfälschun- 
gen) sont les cas dans lesquels la sensa- 
tion est rapportée à un point de l’espace 
que, normalement, elle ne devrait pas 
Baraître occuper : p. ex. quand un son 
venant de droite est perçu comme 
venant de gauche, quand un petit objet 
rapproché est pris pour un grand objet 
éloigné, etc. Cf. Illusion*. 

Il n’est pas d'usage d’appeler erreurs 
de localisation ou fausses localisations 
les illusions de ce genre, quand il s’agit 
d'effets stéréoscopiques, ou d'effets de 
Perspective voulus (peinture, diora- 
Was) ; sans doute parce que, sauf de 

rares exceptions, ces phénomènes 

Re provoquent pas de jugement erroné 
fur leur objet. Mais cette expression 
#emploie bien en parlant des illusions 
Provoquées par les prestidigitateurs, etc. 
- B. Par analogie avec la localisation 
ns l’espace, on appelle Localisation 


LOCALISATIONS 


dans le temps le fait de déterminer la 
date et les circonstances d’un souvenir : 
voir notamment RisoT, Maladies de la 
mémoire, chap. I. 

Rad. int. : Lokizad. 


Localisations cérébrales (D. Corti- 
cale Lokalisationen ; E. Cerebral locali- 
sations ; 1. Localizzazioni cerebrali). 

Dépendance fonctionnelle supposée 
de certains phénomènes psychiques par 
rapport à certaines régions déterminées 
du cerveau, qui sont dites en être le 
« siège ». Ce terme s’applique : 

A. Au système phrénologique de 
Gall, qui est même ce que l’on désigne 
le plus communément sous le nom de 
« théorie des localisations cérébrales ». 
Ce système n’a plus qu’un intérêt his- 
torique, notamment par ses rapports 
avec la psychologie d’Auguste Comre 
et celle de MaiNE DE BiRaN. 

B. À la théorie de Bnoca (Sur le 
siège de la faculté du langage articulé, 
1861), théorie actuellement très con- 
testée (voir D' Mourier, L'aphasie de 
Broca, 1908), et à quelques autres 
théories analogues, comme celles de 
WERNICKE, sur le siège de la surdité 
verbale ; de PaGano, sur le siège des 
émotions, etc., qui ne sont pas moins 
douteuses. 

C. Aux observations sur les régions 
du cerveau où viennent aboutir les 
diverses impressions sensorielles, et à 
celles d’où partent les excitations 
motrices des différentes régions du 
corps (MEYNERT, FRirscn et Hirzic, 
Muxk, etc.), ainsi qu’aux hypothèses sur 
les régions auxquelles correspondraient 
les fonctions plus complexes de liaison 
entre celles-ci (centres d’aperception 
de Wunpr, centres d'association de 
FLecusic, etc.). 

On admet aujourd’hui qu'aux diver- 
ses classes de phénomènes psycholo- 
giques correspondent, non des « sièges », 
c’est-à-dire des régions ou des organes 





Sur Localisation et Signes locaux. 
G. Dwelshauvers. 





Articles complétés sur les indications 





LOCALISATIONS 


déterminés, mais des « trajets » comm- 
plexes, pouvant intéresser des régions 
multiples et distantes de la substance 
cérébrale. 

Rad. int. : Cerebral-lokizad. 


LOGICISME, D. Logizismus ; E. Lo- 
gicism ; L. Logicismo, Logismo. 

Doctrine qui donne à la logique une 
place prépondérante en philosophie. 
« Ce qui attire Kant, dans leur doctrine 
(dans la doctrine des moralistes, tels 
que Shaftesbury, Hutcheson, Hume) 
c’est, par opposition au logicisme de 
l’école de Wolff, l’idée que la moralité 
n'est pas œuvre de réflexion et de 
calcul. » DELBos, Philos. pratique de 
Kant, p. 1083. 

Se dit en particulier : 1° de la philo- 
sophie hégélienne (d’après BazLDwiN, 
Thought and Things, 1, 7}. (Mais ce 
terme ne figure pas dans le dictionnaire 
du même auteur, ni dans celui d’Eus- 
LER. Il est d’ailleurs inexact que la 
dialectique hégélienne soit une logique, 
au sens usyel de ce mot.) — 2° Des 





572 
doctrines qui visent à garder à la Jo. 
gique l’autonomie la plus absolue, et 4 
n’y admettre aucune intervention de 
la psychologie : « Le logicisme de Hus- 
serl. » Cf. Psychologisme*, texte et cri. 
tique. 


1. LOGIQUE, subst. — G. Aoyixà (ne 
se trouve pas avec cette acception dans 
ARISTOTE ; VOir Observations) ; — I, 
Logica, Dialectica ; D. Logik ; E. Logic ; 
I Logica. 

Sens général. Science ayant pour ob- 
jet le jugeinent d’appréciation* en tant 
qu’il s’applique à la distinction du Vrai 
et du Faux*. Cf. Éthique*, Esthétique. 

A. L'une des parties de la philoso. 
phie : science ayant pour objet de dé. 
terminer, parmi toutes les opérations 
intellectuelles tendant à la connaissance 
du vrai, lesquelles sont valides, et les- 
quelles ne le sont pas. 

« Logic may be defined as the science 
which investigates the general princi- 
ples of valid thought. Its object is to 
discuss the characteristics of judg- 





À 573 


 ——— 


ments regarded not as psychological 
phenomena, but as expressing our 
knowledges and beliefs ; and in parti- 
cular, it seeks to determine the condi- 
tions under which we are justified in 
passing from given judgments to other 
judgments that follow from them... It 
may accordingly be described as a 
normative or regulative science ; this 
character it possesses in common with 
ethics and aesthetics!. » KEyNESs, For- 
mal Logic, Introduction, $ 1. 

La logique ainsi entendue peut être : 

19 Logique formelle. Cette expression 
s'emploie elle-même en deux sens 

a) Étude des concepts, jugements et 








1.« La logique peut être définie la science qu étudie 
les principes généraux de la pensée valide. Bon objet est 
de discuter les caraotéristiques des jugements considérés 
son Comme phénomènes psychologiques, œais comme 
exprimant des connaissances et des croyances; en 
particulier, elle cherobe à déterminer les conditions 
suxquelles nous avons le droit de passer do certains 

ments donnés à d'autres jugements qui en sont la 
conséquence... Elle peut donc être appelée une soience 
mormative ou régulative ; elle possède ce caractère en 
smmun avec l'éthique et l'esthétique. » 





LOGIQUE 


raisonnements, considérés dans les for- 
mes où ils sont énoncés, et abstraction 
faite de la matière à laquelle ils s’appli- 
quent, en vue de déterminer ir abs- 
tracto leurs propriétés, leur validité, 
leurs enchaînements, et les conditions 
sous lesquelles ils s’impliquent ou s’ex- 
cluent les uns les autres. — C’est le 
sens propre de cette expression. 

« Logic is. the examination of that 
part of reasoning which depends upon 
the manner in which inferences are 
formed... It has so far nothing to do 
with the truth of the facts, opinions or 
presumptions, from which an inference 
is derived : but simply takes care that 
the inference shall certainly be true, if 
the premises be truet. » DE MorGan, 
Formal Logic (Elements of Logic), ch. I. 


1. « La logique est... l'examen de cette partie du rai- 
sonnement qui repose sur la manière dont les inféret- 
ces sont formées. Elle n'a rien à faire dans cette mesure 
aveo la vérité des faits, opinions ou présomptions d’où 
l'inférence est tirée : elle prend garde simplement que 
cette inférence soit certainement vraie, si les prémisses 
sont vraies. » 





Sur Logicisme, — Nous avions mis ce terme entre guillemets dans la 1re édition 
de ce Vocabulaire (fasc. 13, 1910), à titre de néologisine encore discuté. L'emploi 
en était critiqué par H. W. Carr et C. Ranzoli, défendu par L. Boisse. Mais depuis 
cette époque il est devenu, très usuel et M. Ranzoli lui a consacré lui-même un 
article dans la 3€ édition de son Dizionario di Scienze filosofiche (1926). 


Sur Logique. — Origine de ce terme. On ne sait exactement ni par qui, ni à 
quelle époque il a été employé au sens moderne. PRANTL (Geschichte der Logik 
im Abendlandeï, I, 535-536) cite les principaux textes qui se rapportent à cette 
question et suppose, d’après une indication de Boëce, qu’il peut avoir été créé par 
les commentateurs d’Aristote pour opposer l’Organon de celui-ci à la « Dialectique » 
stoïcienne (peut-être au temps d’Andronicus de Rhodes). En tout cas il est 
employé par CicÉRON, De finibus, I, 7, et l’usage qui en est fait chez Alexandre 
d’Aphrodisias et chez Galien paraît montrer qu’il était devenu tout à fait courant 
à leur époque. (Référence communiquée par R. Eucken.) 

L'usage de ce mot est courant à partir des Stoiïciens : cf. le texte de Chrysippe 
(Frag. Vet. Stoir., II, n° 42) qui donne +à Aoytxà Bewpnuxtax comme une des trois 
espèces de « philosophie ». (E. Bréhier.) 

Sur les différents sens du mot Logique. — La question est des plus compliquées: 
il me semble que les sens possibles — eten même temps historiques — du mot 
logique pourraient se ramener à trois, correspondant à trois sens du mot vérité. 

19 Il y a une vérité objective, intrinsèque des choses. Un phénomène déterminé 


1. Histoire de la Logique dans l'Occident. 





par un autre, suivant leslois de la nature, est vrai, un phénomène qui nous apparaît 
en dehors de toute connexion naturelle est faux et n’est qu’un rêve. Il y a, par 
suite, une logique qui est la science de la vérité objective des choses, ou des 
conditions a priori de toute existence : c’est la logique transcendentale de Kant. 

29 Il y a une vérité subjective (la seule dont le vulgaire ait l’idée) qui est la 
conformité de nos pensées aux choses telles qu’elles existent en elles-mêmes. Il y 
a par suite une logique subjective, qui est l’ensemble des moyens que nous devons 
employer pour parvenir à nous représenter les choses telles qu’elles sont : par 
exemple les méthodes de Mill. 

3° Il y a enfin une vérité, ou plutôt une nécessité de penser, purement hypo- 
thétique, qui consiste en ce que, telle chose étant supposée vraie (alors même 
qu’elle serait fausse), telle autre, qui s’ensuit, doit être tenue aussi pour vraie ; et 
Ï y a une science de cette vérité hypothétique qui est la logique de la conséquence 
ou la syllogistique. 

Il me semble que c’est ce troisième sens du mot logique qui est le plus conforme 
à l’étymologie, la logique ainsi entendue étant la fonction propre du X6Yoc pris en 
lui-même, exerçant sa force déductive en dehors de tout commerce actuel avec 
les choses. 

Il me semble aussi que ce sens est le plus répandu. C’est en ce sens qu'on dit 
Ron seulement que le langage, mais même que la conduite d’un homme est 
logique. 

On pourrait dire que la vérité hypothétique, objet de la syllogistique, est 
subjective à la seconde puissance ; elle est vérité, non pour un esprit en général, 
Mais pour celui qui a déjà supposé que, … etc. 

La logique, dans le premier et le troisième sens, est une science qui porte sa 


LOGIQUE 


574 





b) Logique symbolique : algorithme* 
où l’on combine des notations purement 
formelles, définies par une axiomatique 
décisoire et abstraite, et telles que le sys- 
tème ainsi constitué soit susceptible d’é- 
tre appliqué à la Logique, définie comme 
ci-dessus. Cf. Algèbre* de la Logique. 

Le nom propre de cette branche 
d’études est Logistique*. 

20 Logique générale (quelquefois Lo- 
gique matérielle ; mais cette expression 
est obscure), ayant pour objet de dé- 
terminer, parmi toutes les opérations 
discursives de l'esprit, lesquelles con- 
duisent à la vérité et lesquelles con- 
duisent à l’erreur. Elle comprend ainsi 
non seulement l’étude des implications 
rigoureuses, mais celle des opérations 
inductives, des hypothèses, des métho- 
des scientifiques, etc., considérées au 
point de vue de leur valeur probante. 

B. Manière de raisonner, telle qu’elle 
s'exerce en fait. — On dit quelquefois, 
en ce sens, logique naturelle. 





TU 


« La logique naissante est brute et 
fruste ; le raisonnement primitif est au 
raisonnement des logiciens ce que les 
instruments de l’âge de pierre sont à 
nos outils perfectionnés. — Dans ce 
mélange confus de vrai et de faux... 
une séparation s’établit entre le raison. 
nement qui renferme la preuve, et Je 
raisonnement qui échappe à la preuve, 
quoiqu'il la simule, entre la logique 
rationnelle et la logique des senti. 
ments. » Th. RiBor, Logique des senu. 
ments, Préface, viri-1x. 

En particulier, chez Auguste Come, 
art de convaincre en mettant en jeu 
les sentiments : « On doit regarder 
comme plus sûre qu'aucune autre la 
logique des sentiments, c’est-à-dire 
l'art de faciliter la combinaison des 
notions d’après la connexité des émo- 
tions correspondantes. » Politique posi- 
tive, 1re éd., II, 239. 

C. Analyse des formes et des lois de 
la pensée, soit au point de vue ratio- 





justification en elle-même ; dans le second elle est plutôt un art, et se compose 
surtout de procédés dont le succès établit la valeur. 

C’est donc le sens défini dans la citation de De Morgan que je propose de faire 
prédominer, ou tout au moins ressortir, comme le plus étymologique et le plus 


usuel. (J. Lachelier.) 


On pourrait, semble-t-il, spécifier comme suit le concept de « logique » {sens A) : 
1. La Logique générale est l'étude des procédés valides et généraux par lesquels 





a 525 


a —— us 


LOGIQUE 





naliste et critique, soit au point de vue 
expérientiel et descriptif : 

1° Au point de vue critique : 

« Die Wissenschaft von den nothwen- 
digen Gesetzen des Verstandes und der 
Vernunft überhaupt, oder (welches 
einerlei ist) von der blossen Form des 
.Denkens überhaupt, nennen wir nun 
Logik'. » KANT, Logik, Introduction, 

1. 

' « In einer transcendentalen Logik 
isoliren wir den Verstand (so wie oben 
in der transcendentalen Aesthetik die 
Sinnlichkeit) und heben bloss den Theil 
des Denkens aus unserem Erkenntnisse 
-heraus, der lediglich seinen Ursprung 
in dem Verstande hat?. » Æritik der 
reinen Vernunft, 2 partie, Introduc- 
tion, 8 2; À, 61 ; B, 86. 

La logique, en ce sens, découvre les 
«lois » de l'esprit ; par suite, elle déter- 
mine les conditions de l'expérience ; et 
même enfin, si toute réalité est l’œuvre 


1. -« Nous appelons ioi Logique la science des lois 
sécessaires de l'entendement et de la raison en général, 
tv, ce qui revient au même, de la simple forme de la 
æensée en général. » — 2. « Dans une Logique trans- 
sndentale nous isolons l’entendement (comme nous 
T'avons fait plus haut dans l'esthétique transcendentale 
‘pour la faoulté de sentir) et nous ne retenons de nos 
eonnaissances que oetto partie de la pensée qui a 
% source exclusive dans l’entendement. » 





de l'esprit, elle établit les lois fonda- 
mentales du réel. (Cf. ci-dessous, dans 
la Critique, les définitions de HEGEL et 
de HAMILTON). 

20 Au point de vue descriptif : 

La « Logique génétique » (J. M. Bazp- 
WIN, Thought and things, or Genetic 
Logic) est l'étude génétique de la con- 
naissance, considérée comme fonction 
psychique. Elle comprend trois ordres 
de problèmes : 1° Comment fonctionne 
la faculté de connaître ? 20 À quoi 
sert-elle ? 30 Quels en sont les résul- 
tats ? (Zbid., tome I, pp. 9-11.) L’au- 
teur l’oppose à la Logique pure, ou 
« Logique du Logicien », et à la Logique 
dialectique (hégélienne) ou « Logique 
du métaphysicien ». 

« Logique réelle » se prend en deux 
sens : 19 Dans l'ouvrage qui vient d’être 
cité, M. Bazpwin applique l'expression 
Real Logic à la partie de la Logique 
génétique qui a pour objet d’expliquer 
l’idée de réalité et la connaissance du 
réel. — 20 M. MarRTIN-GUELLIOT a pro- 
posé d’appeler ainsi l’ensemble de tous 
les problèmes qui concernent la logique 
au sens B, tel qu'il est défini ci-dessus 
(Du fonctionnement réel de l’intelli- 
gence, Le Spectateur, avril 1909, p. 9); 





nous arrivons à la vérité. Elle cherche à quelles conditions notre pensée est claire 
et bien définie, nos concepts adéquats, nos inductions solides, nos inférences 
justifiées. 

2. Elle admet une branche spécialement importante, la logique déductive, étude 
des procédés par lesquels nous passons d’une vérité donnée à une autre, suivant 
des lois rigoureuses et démonstratives. 

La logique déductive comprend elle-même : 

a) D'un côté, la logique qu’on peut appeler opératoire, étude des lois intuitives 
dela démonstration, qui comprend à la fois l'analyse des opérations élémentaires du 
raisonnement déductif, de leurs propriétés, de leurs enchaînements, et la réflexion 
sur l’ensemble des problèmes connexes, la philosophie de la démonstration. (On 
peut employer pour cette dernière branche d’études le mot « métalogique ».) 

b) D'un autre côté, la construction effective de divers algorithmes logiques, 
considérés soit comme de purs jeux formels, soit comme l’image de vérités phyÿ- 
siques ou expérimentales au sens le plus large. 

L'expression Logique formelle semblerait devoir être réservée au premier de 
ces deux sens. 

La première logique (a) est évidemment la condition et l'instrument de la 
seconde. Elle fait abstraction du contenu particulier des notions, mais non de 





leur contenu général (à savoir d’être des concepts, des propositions, des implica- 
tions, pensés comme tels et non des symboles aux propriétés conventionnelles). 
(René Poirier). 

— Peut-être y aurait-il lieu de tenir compte d'expressions qui, pour être relati- 
vement nouvelles, n’en expriment pas moins une vérité importante qui leur 
donnera peut-être de devenir classiques. Il y a une « logique sociale », une « logique 
Morale », etc. ; et, réunies à la logique intellectuelle, ces diverses « logiques » de 
Ja pensée et de la vie formeraient la Logique générale. Toutes ont pour but de 
‘Manifester l’inévitable tendance à l’organisation, et, en conséquence, les solidarités 
‘8 les répercussions qui règlent ou sanctionnent le devenir des choses, de la science 
#t de l’action. Toutes les formes de l’être sont sans doute ; mais il y a, en toutes, 
% principe de sélection, d’intelligibilité, de critique interne, d'adaptation ou de 
fsstice immanente, dont il est possible et désirable d'étudier le développement 
%e] ; et c’est la logique générale qui aurait à jouer ce rôle. (M. Blondel.) 
:  — Je définis ordinairement la logique la technique des techniques intellectuelles, 
C'est-à-dire l'étude des procédés généraux par lesquels l'intelligence déméle le 
%rai du faux. Chaque science a sa méthode ou sa technique. La logique établit la 
#chnique générale. Cette définition embrasse à la fois les définitions anciennes et 

extensions modernes de la logique. Elle permet également de déterminer dans 


sn A CE CN Er UN 


LOGIQUE 


et cet usage a été généralement suivi 
par les collaborateurs de cette revue. 

D. (Opposé à illogisme.) Enchaîne- 
ment régulier et nécessaire, soit des 
choses, soit des pensées : « La logique 
infaillible de la nature ; la logique des 
événements historiques; la logique 
d’une situation. » — « La logique du 
discours musical. » Suite logique 
d'idées : « Il y a peu de logique dans 
les rêves. » — Ce sens est plus littéraire 
que philosophique. [1 n’est pas, cepen- 
dant, sans rapport avec l’usage hégé- 
lien de ce mot. 


CRITIQUE 


1. Le sens propre du mot Logique, 
que la très grande majorité des mem- 
bres et correspondants de la Société 
s'accorde à recommander, est le sens A. 
La définition ci-dessus est sensiblement 
équivalente à celle de SicwarT (Logik, 
Einleitung, $ 1). Elle est aussi très 
voisine des définitions de Mie (Logic, 
Introd., $ 2-4), de RaABIER (Logique, 
ch. 1, $ 1) et de WunprT (Logik, Einleit., 
1) qui présentent cependant le carac- 
tère d’insister un peu plus sur cette 
présupposition qu’il existe des sciences, 
fournissant une connaissance vraie, 
dont la Logique a pour objet de dégager 
les conditions. 





—_—— ———— 


Les sens B, C, D, sont à la fois plus 
récents et moins précis. On n’est véri. 
tablement sur le domaine de la logique 
que si l’on considère des opérations 
mentales ou des procédés de démons. 
tration au point de vue de leur validité 

Voir Logistique*, Critique. 

2. Nous avons éliminé de cet article 
l'opposition traditionnelle entre les 
définitions qui font de la logique une 
« science » et celles qui en font un 
« art ». On en trouve un recueil dans 
la Préface de MANsEL à son édition des 
Artis Logicæ Rudimenta d’ALDRICH et 
dans l’article Logik d’'EIser. 

Parmi celles qui relèvent surtout Je 
caractère pratique de la Logique et son 
utilité pour diriger les opérations de 
lPesprit (ce sont les plus anciennes et 
les plus nombreuses), on peut citer les 
suivantes : 

« Visum est antiquæ philosophiæ 
ducibus ut ipsarum ratiocinationum, 
quibus aliquid inquirendum esset, na- 
turam penitus ante discuterent, ut his 
purgatis atque compositis, vel in spe- 
culatione veritatis, vel in exercendis 
virtutibus uteremur. Haec est igitur 
disciplina.. quam Logicen Peripatetici 
veteres appellaverunt. » Boëce, In 
Top. Ciceronis, I, 1045 A. « Est autem 
finis Logicæ inventio judiciumque ra- 


527 





LOGIQUE 





tionum. » Ip., In Porphyrium, 74 D. — 
« Ars quædam necessaria est, quæ sit 
directiva ipsius actus rationis, per 
quam scilicet homo in ipso actu ratio- 
nis ordinate, faciliter et sine errore 
procedat ; hæc ars est Logica, id est 
rationalis scientia. » S. THomaAs D’A- 
QUIN, Comm. des seconds analytiques, 
livre I, 1 a (in ScHuTz, V°.) — « La 
Logique est l’art de bien conduire sa 
raison dans la connaissance des choses, 
tant pour s’instruire soi-même que 
pour en instruire les autres. » Logique 
de PorT-Royaz, Introd., $ 1. — « Est 
igitur logica ars instrumentalis dirigens 
mentem in cognitione rerum. » AL- 
pRICH, Artis Logicae rudimenta, $ 1, 
1692. 

« The business of Logic is to help us 
to think clearly and objectively, ex- 
press ourselves plainly and accurately, 
reason correctly and estimate aright 
the statements and arguments of 
others!. » A1xins, The principles of 
Logic, ch. 1. 

La distinction de la Logica docens 
et de la Logica utens, courante chez les 
scolastiques, est une subdivision de la 
logique ainsi définie. Il semble qu’elle 
ait été entendue de deux façons 
4° comme opposition de la Science et 
de l'Art (notamment chez Duns Scor) ; 
2° comme opposition de l’art en tant 
qu’enseigné et de l’art en tant qu’atti- 





tude pratique (instrumentals habitus), 
c’est-à-dire de la logique au sens À et 
de la logique au sens C. Voir les textes 
cités dans la note de MansEeL sur le 
passage d’Aldrich et dans sa préface 
au même ouvrage, page Lix, notam- 
ment celui-ci : « Logica docens dicitur 
quæ præcepta tradit ; utens, quæ præ- 
ceptis utitur. » BURGERSDYCKk, Jnstitu- 
tiones logicæ. 

3. Nous avons également éliminé 
l'expression Logique pure, parce qu’elle 
est essentiellement équivoque. Elle 
s’empoie en trois sens : 1° comme 
synonyme de logique formelle ; 2° pour 
opposer la logique proprement dite, 
normative, à la psychologie de l’enten- 
dement et des autres fonctions intel- 
lectuelles qui contribuent à la connais- 
sance (v. p. ex. BALDWIN, cité plus 
haut ; HusserL, Logische Untersuchun- 
gen, I, 1, etc.); 39 au sens Kantien, 
pour désigner l’analyse critique des 
principes « purs » (reine) de l’entende- 
ment, c’est-à-dire des principes consi- 
dérés comme indépendants de toute 
expérience. (V. Crit. de la Raison pure, 
Logique transcendentale, Introd., $ 1; 
À. 52; B. 57 et suiv.) Il l’oppose à la 
« Logique appliquée » (angewandte), 
qui traite de l’attention, des causes de 
l'erreur, des états de doute et de scru- 
pule, de la persuasion, etc., en tant 
que moyens ou obstacles pour la con- 


quelle mesure la technique spéciale d’une science relève de la logique. A ce point 
de vue, nos logiques appliquées commettent des confusions regrettables et répan- 
dent l'erreur que la logique peut dispenser d’une initiation technique (par exemple 
en histoire ou en physique). (F. Mentré.) 

— La logique, d’après sa signification fondamentale, implique toujours le sujet 
pensant, sa volonté, ses intentions, et cela dès le premier abord, tandis que la 
psychologie peut commencer avec la pensée commeun fait de nature impersonnelle, 
avec un certain il pense (comme xl pleut, il fait du vent) qui peut ne pas être du 
tout personnel au moment où il est vécu et qui ne le devient que pour l'analyse 
postérieure. Cette distinction peut être utile dans les discussions si fréquentes en 
Allemagne en ce moment sur l'interprétation de la théorie de la connaissance 
comme psychologie ou comme logique (pure, transcendentale). (WI. Iwanowsky.) 

— On admet généralement la formule inverse : à savoir que la logique considère 
les pensées en elles-mêmes, impersonnellement, abstraction faite de toute indivi- 
dualité et de toute intention du sujet, tandis que la psychologie retient celle-Cl: 
La différence signalée par M. Iwanowsky se ramènerait plutôt à la distinction de 
la pensée étudiée in fieri, et de la pensée considérée à la limite supérieure de s0û 
développement; ce qui suppose en effet le passage par la vie individuelle et 








naissance de la vérité. 

« Die Logik ist eine Vernunftwis- 
senschaft nicht der Llossen Form, son- 
dern der Materie nach; eine Wissen- 





1. « Le rôle de la Logique est de nous aider à penser 
clairement et objestivement, à nous exprimer nettement 
et ezsstement, à raisonner correctement, et à estimer 
vec justesse les énonciations et les arguments d'autrui.» 





eonsciente : mais à ce point d'achèvement, elle s’en détache de nouveau et se 
présente sous un aspect objectif. (A. L.) 

— L'idée de la « logique pure » et de la « logique transcendentale » considérée 
Comme fournissant les principes de la « métaphysique » me paraît réunir chez 
Kant deux éléments hétérogènes, et dont l’hétérogénéité apparaît nettement dans 
des textes cités à la fin de la Critique ci-dessus : d’une part, l'opposition radicale 

l’entendement et de la sensibilité, et celle de l’a priori et de l’a posteriori (oppo- 

ons qui ne se confondent pas, puisqu'il existe des formes a priori de la sensi- 
®iité) ; de l’autre, l'opposition de la pensée normale et de la pensée anormale, 
du valide et du non-valide (wie der Verstand denkt… wie er denken soll\). La 
Rd EE Er = 

1 « Commentl'entendement pense. comment il doit penser, » 


LT L 


LOGIQUE 


schaft a priori von den nothwendigen 
Gesetzen des Denkens, aber nicht in 
Ansehung besonderer Gegenstände, son- 
dern aller Gegenstände überhaupt; also, 
eine Wissenschaft des richtigen Vers- 
tandes und Vernunftgebrauchs über- 
haupt, aber nicht subjectiv, d. h. 
nicht nach empirischen (psychologi- 
schen) Principien (wie der Verstand 
denkt), sondern objectiv, d. i. nach 
Principien a priori (wie er denken 
soll!). » (KANT, Logik, Einleitung, $ 1.) 

Cet usage a donné naissance à celui 
de Hegel : « Die Logik ist die Wissen- 
schaîft der reinen Idee, das ist der Idee 
im abstrakten Elemente des Den- 
kens3... » (Logik, Vorbegriff ; Encyclo- 
pedie, $ 19); et à celui de HamiLTon : 
« Logic is the Science of the Laws of 
Thought as Thought3. » (Logic, Lect. I.) 
Il faut entendre par là, ajoute-t-il, 
qu'elle a pour objet non seulement les 
formes de la pensée par opposition à 
la matière, mais les formes nécessaires 
qui constituent la nature de la pensée, 
et peuvent en être appelées les lois. 
(Ibid., Lect. 11.) 

Sur la légitimité de ce sens kantien 
et post-kantien, voir les Observations. 

Rad. int. : Logik. 


1. « La logique est une science de la raison non seule- 
ment par sa forme, mais par sa matière ; une science 
a priori des lois nécessaires de la pensée, non pas à 
l'égard de certains objets, mais de tous les objets en 
général ; — par suite, une science du droit usage de 
l'entendement et de la raison en général, non pas 
subjectivement, c'est-à-dire suivant des principes empi- 
riques, psychologiques (comment l’entendement pense), 
mais objectivement, c'est-à-dire d'après des principes 
a prion ‘comment il doit penser). — 2. « La logique 
est la science de l'Idés pure, c'est-à-dire de l’Idée 
dans l'élément abstrait de la pensée. » — 3.« La 
logique est la science des lois de la pensée en tant 
que pensée. » 





578 


2. LOGIQUE, adj, — D. Logisch. 
E. Logical ; 1. Logico. ° 

A. (Opposé soit à physique, soit à 
moral.) Qui concerne la logique, ou les 
faits étudiés par la logique, dans tous 
les sens du mot. : 

B. (Opposé à ülogique.) Conforme 
aux lois de la logique. 

C. (Opposé à rationnel ; sens nouveau 
et encore assez rare.) Qui concerne les 
fonctions de l’entendement, ou qui en 
résulte ; qui présente un caractère dis- 
cursif. 

CRITIQUE 


L'adjectif logique est même beau- 
coup plus large que le substantif. Il 
sert notamment, de la manière la plus 
courante et la moins contestée, à rem- 
placer un adjectif qui fait défaut, et 
qui dériverait du mot entendement. 
« Les fonctions logiques. » — « Les opé- 
rations logiques. » « Les éléments logi- 
ques de la connaissance. » {ntellectuel, 
qui se dit aussi en ce sens, faute de 
mieux, a plus d’extension qu'’entende- 
ment. — Il paraît donc impossible de 
supprimer en français cet emploi, 
quoique l'usage correspondant du subs- 
tantif soit très généralement désap- 
prouvé par les membres de la société. 
(Voir ci-dessus, Logique-1, observa- 
tions et critique.) Mais, dans une 
langue artificielle, il serait recomman- 
dable de spécifier ce sens. 

Rad. int. : À, Logikal (au sens des- 
criptif, intelektal) ; B. Logikoz ; C. Dis- 
kursiv. 


« LOGISTIQUE », D. Logistik; E. 
Logistic ; I. Logistica. 
Logique algorithmique*. Terme pro- 





logique, conçue au premier sens, est l’étude des conditions nécessaires de la pensét, 
c’est-à-dire des conditions sans lesquelles la pensée serait inexistante, sans lesquelles 
elle ne pourrait se constituer ; et par suite elle détermine des conditions de toute 
réalité connue. Au contraire, du second point de vue, la logique est l’étude des 
conditions obligatoires de la pensée, c’est-à-dire des conditions auxquelles elle 
peut se soustraire, et auxquelles, en fait, elle se soustrait souvent, mas 
sans lesquelles elle est erronée. Cette dualité fondamentale me paraît vicier gra” 
vement l’usage kantien de ce mot, et ceux qui en dérivent. (A. L.) 


+ - 579 









posé au Congrès de Genève (septem- 
bre 1904) par M. ITELSoN. « MM. Itel- 
son, Lalande et Couturat, sans entente 
ni communication préalable, se sont 
rencontrés pour donner à la logique 
nouvelle le nom de logistique. Cette 
triple coïncidence semble justifier l’in- 
troduction de ce mot nouveau plus 
court et plus exact que les locutions 
usuelles : Logique symbolique, mathé- 
matique, algorithmique, Algèbre de la 
Logique.» (L. CoururaT, Compte rendu 
du Deuxième Congrès de philosophie, 
Revue de métaphysique, 1904, p. 1042.) 


CRITIQUE 


1. On applique quelquefois ce terme 
aux théories qui se proposent de rame- 
ner les principes des mathématiques à la 
logistique, telle qu’elle est définie ci- 
dessus. Mais il n’y a là qu’une associa- 
tion d'idées propre à créer une confu- 
sion. Il faut distinguer la logistique en 
elle-même et les théories de tel ou tel 
logisticien. 

2. Un algorithme n’est une logistique 
{et à plus forte raison ne peut être 
appelé une logique) que dans la mesure 
où il est apte à servir l'instrument à 
la logique*, au sens fondamental de 
ce mot, c’est-à-dire à la connaissance 
des opérations intellectuelles valables 
pour ie discernement du vrai et du 
faux, et pour la preuve de la vérité. 
Une combinatoire, et les règles qui 
peuvent s’y attacher (par exemple la 


—— 





LOI 


schématisation d’un standard télépho- 
nique) peut être qualifiée de « logique », 
adjectivement, en tant qu’elle respecte 
les conditions générales de la logi- 
que : mais elle ne constitue pas pour 
autant une logique. 

Rad. int. : Logistik. 


LOGOMACHIE, du G. àAoyouayla, 
combat de paroles, dispute ; D. Wort- 
streit, Logomachie ; E. Logomachy; I. 
Logomachia (peu usité). 

Proprement discussion dans la- 
quelle les interlocuteurs prennent les 
mêmes mots en des sens différents. 
« (Abélard) avait un peu trop de pen- 
chant à parler et à penser autrement 
que les autres ; car, dans le fond, ce 
n’était qu’une logomachie : il changeait 
l'usage des termes. » LEIBNIZ, T'héodi- 
cée, 2° partie, $ 171. (Il s’agit de la 
proposition : « Dieu ne peut faire que 
ce qu'il fait. ») 

Le mot s'emploie quelquefois, par 
extension, en parlant d’une argumen- 
tation purement verbale, portant sur 
des termes mal définis. 


LOI, G. vôuoc ; L. Ler ; D. Gesetz ; 
E. Law (plus large, signifie également 
droit, justice, magistrature ; le vieux 
français prenait aussi loi dans un sens 
beaucoup plus étendu que le sens ac- 
tuel) ; I. Legge. 

A. Règle générale et impérative 
(quelquefois système de règles impé- 


Sur Logistique. — Le sens défini dansle texte du vocabulaire est nouveau, mais 

mot lui-même est ancien. Il désignait au moyen âge le calcul pratique en tant 
qu'opposé à l’arithmétique théorique. (L. Couturat. — R. Berthelot.) 

Ce sens vient de Platon (Charmide, 165 E), qui appelle l’arithmétique pratique 
Aoyor.xn TÉXVr, Ou encore Aoytotixh, substantivement (Gorgias, 450 D, Républ., 
‘625 B, etc.). Mais Wallis (Lettre à Leibniz, du 16 janvier 16991) le prend en un 
“Gutre sens, qu'il attribue aussi à l’antiquité : « Arithmeticam et Logisticam 
distinguebaut Veteres, illam ad Numerorum integrorum considerationem acco- 
‘Modando, hanc item ad fJractionum et quarumcumque rationum seul A6yov 
‘<onsiderationem. » — Sur l’histoire de ce mot, voir aussi Hobbes, Logica, vi, 
“ad finem ; CournorT, Correspondance de l’ Algèbre et de la Géométrie, $$ 11, 16, 


439, etc. 


——— 
5 


1. Publiée dans la correspondance de Leibniz (Dutens, III, 133). 











LOI 


ratives, législation) régissant du dehors 
Pactivité humaine. 

1° Imposée, sans déclaration expres- 
se, par l’usage, la coutume, la tradition. 
« … ’Aypäpouc véuouc… toc Y'Èv r&on 
LOpa xaTa Tadra voutbouévouc. » (XÉNo- 
PHON, Mémorables, IV, 4. Cf. PLATON, 
Lois, VII, 793 A sqq.) — « Les lois de 
la mode. » — « J’ai compté mes aïeux, 
suivant leur vieille loi. » (Vieny, L’es- 
prit pur, dans Les Destinées, 180.) 

2° Formulée et promulguée, en ter- 
mes authentiques, par l’autorité sou- 
veraine d’une société. « Il ne suffit 
pas que le prince, ou que le magistrat 
souverain, règle les cas qui survien- 
nent suivant l’occurrence, mais … il 
faut établir des règles générales de 
conduite, afin que le gouvernement 
soit constant et uniforme : et c’est ce 
qu’on appelle lois. » (BossueT, Poli- 
tique tirée de l'Écriture Sainte, livre I, 
art. IV, prop. 1.) — Les lois de cette 
sorte sont appelées lois positives*, par 
opposition aux lois morales ou divines, 
considérées comme « naturelles ». Cf. 
Droit naturel, Droit positif. 

3° Exprimant la volonté de Dieu : 
« L'ancienne Loi ; la nouvelle Loi. » — 
« Dieu parut publiquement, et fit pu- 


580 


— 


blier la Loi en sa présence avec une 
démonstration étonnante de sa majesté 
et de sa puissance. » (Bossuer, Dis. 
cours sur l’histoire universelle, 22 partie 
ch. III.) — En tant qu’elle exprime ]; 
volonté de Dieu par des règles générales 
et promulguées, la Loi s'oppose à Ja 
Grâce : « La Loi n’a pas détruit Ja 
nature, mais elle l’a instruite ; la Grâce 
n’a pas détruit la Loi, mais elle la fait 
exercer. » (PASCAL, Pensées, édit. 
Brunschvicg, n° 520.) 

B. Par suite, exercice d’une autorité : 
contrainte imposée par les hommes ou 
les choses. « Subir la loi du vainqueur. » 
« BAéno $È Érepov vôpov èv rois péÀEat 
Lou, &vriorpatevépevov T& véuLe) TOÙ Vobc 
ou. » (S. Paur, Épître aur Romains. 
VII, 23. Cf. Jbid., 21.) 

C. Règle obligatoire, exprimant la 
nature idéale d’un être ou d’une fonc- 
tion, la norme à laquelle il doit se 
conformer pour se réaliser. — Notam- 
ment : 

19 Les « lois de l'esprit » (D. Denkge- 
setze ; E. Laws of thought}, au sens où 
cette expression désigne les axiomes 
fondamentaux auxquels la pensée doit 
être conforme pour avoir une valeur 
logique. — On a pensé longtemps qu’ils 





Sur Loi. — Article complété d’après les observations de MM. Drouin et 
Mentré. — Sur l’histoire et sur les sens divers de ce mot, voir EUCREN, Die Grund- 
begriffe der Gegenwart, 173-186, et Geistige Stromungen der Gegenwart, B, 3. 

A l’époque classique, en Grèce, véuoc prend une acception spéciale : il y a 
« d’une part les Geouot, prescriptions rituelles autant que législatives ; on ignore 
la date de leur origine, maïs, on ne doute pas qu’elles aient été établies de toute 
éternité par les dieux. Elles sont répétées de siècle en siècle par la tradition orale... 
D'autre part, il existe une loi qui ne doit rien à la révélation, le véuoc. [ci tout est 
humain. La loi dont il s’agit a pour caractère essentiel d’être écrite. celui qui la 
faite y attache son nom. » GLoTz, La cité grecque, p. 158. On pourrait rapprocher 
de cette opposition celle que signale GRANET en Chine : «Le magistrat doit appli- 
quer la loi... ; il doit la publier ; … c’est la publication qui lui confère son caractère 
obligatoire. Les premiers codes sont gravés sur des chaudières! (puis) les lois 
doivent être réunies et affichées sous formes de tableaux. A la loi (fa) s'oppose 
le chou, les recettes (de gouvernement) qui doivent demeurer secrètes, etc. » 
GRANET, La pensée chinoise, p. 464-465. (E. Bréhier.) 

Il y a cependant quelques réserves à faire sur l’opposition indiquée par Glotz, 
et sur le caractère essentiellement écrit de véuoc. Sans doute, dans le célèbre 


1. Unstruments de supplice en Chine. 





581 


ge réduisaient aux trois principes d’i- 
dentité, de contradiction et de milieu 
exclu ; mais il est aujourd’hui presque 
universellement admis par les logiciens 
que ces principes ne forment qu’une 

artie du système minimum de postu- 
jats nécessaire à n’importe quel raison- 
sement. Voir l’article Lois de l’esprit*. 

90 Au point de vue moral, la « Loi 
paturelle » est le principe du bien tel 
qu'il se révèle à la conscience. « Lex 
aaturæ nihil aliud est, nisi lumen intel- 
lectus insitum nobis a Deo per quod 
cognoscimus quid agendum et quid 
vitandum. » (Saint THomas D’AQUIN, 
De duobus praec. charitatis, etc., $ 1. 
« La loi de la lumière naturelle, qui 
veut que nous fassions à autrui ce que 
nous voudrions qu’on nous fit. » (MoN- 
TESQUIEU, Esprit des lois, X, 3. Cf. 
Hbid., livre I, ch. 11 : « Des lois de la 
oature. ») 

La « loi morale » (D. Sittengesetz, 
KANT ; E. moral Law ; |. Legge morale) 
est l'énoncé du principe d’action uni- 
versel et obligatoire, auquel l'être rai- 
sonnable doit conformer ses actes pour 
réaliser son autonomie. 

« Praktische Grundsätze sind Sätze 
welche eine allgemeine Bestimmung 





LOI 


des Willens enthalten, die mehrere 
praktische Regeln unter sich hat. Sie 
sind subjektiv, oder Mazximen, wenn 
die Bedingung nur als für den Willen 
des Subjects gültig von ihm angesehen 
wird ; objectiv aber, oder praktische 
Gesetze, wenn jene als objectiv, d. i. 
für den Willen jedes vernünftigen We- 
sens gültig erkannt wird!. » (KaAnT, 
Kritik der prakt. Vernunft, livre I, 
ch. I, $ 1.) Il n’y a d’ailleurs, selon lui, 
qu’une seule formule qui réponde à 
cette condition et qui constitue La loi 
morale : « Handle s0, dass die Maxime 
deines Willens jederzeit zugleich als 
Prinzip einer allgemeinen Gesetzge- 
bung gelten kônneï. » (Ibid., $ 7.) 

39 Les « lois d’un genre » en esthé- 
tique sont les conditions qu’une œuvre 
doit remplir pour réaliser pleinement 
l'idéal du genre auquel elle appartient. 


1. « Les principes pratiques sont dos propositions qui 
contiennent une détermination générale de la volonté, 
à laquelle sont subordonnées plusieurs règles pratiques. 
De sont subjectifs ou mazvnes quand la stipulation 
n'est considérée par le sujet que comme valable pour 
sa propre volonté; objectifs. au contraire, ou loss 

ratiques, ei celle-oi est reconnue pour objective, c'est- 

-dire valable pour ia volonté de tout êtra raisonnable. 
— 2. « Agis toujours en sorte que la maxime de ta 
volonté puisse être en même temps un principe valable 
de législation universelle. » 





passage de Sophocle, ce qu’Antigone oppose au décret du tyran, ce sont les 
Éyparta Bewv véuux (Antigone, 451-452) qui dans sa pensée ne sont peut-être 
pas des voor, au sens propre du terme. (Cependant un passage de DÉMOSTHÈNE, 
Sur la Couronne (317, 22-23) appelle véuua les lois écrites, et justement en y 
opposant les vôuez &ypapor). Mais chez Aristote la distinction des lois écrites et 
son écrites se rencontre fréquemment. Dans la Rhétorique, il remarque que la loi 
(oc) peut être soit propre à un peuple, soit commune : la première est la loi 
Îte ; la seconde &8o:x &ypapa rap nüotv éuoloyeïofar Soxei (136807-9). Même 
Passage dans la Rhét. à Alexandre, 14210-14228). Un peu plus loin, il distingue 
dans les lois d’un même peuple rdv pèv &ypapov, rdv Sè yeyoæuuévov (1373b6). 
me distinction dans l’Éthique à Nicomaque, 1180%, 1180, dans la Politique, 
1819, 13208, etc. En d’autres passages il oppose simplement « la loi écrite ,, 
®% même « la loi » sans plus, à la vérité (morale), p. ex. Rhét., 1374836, 1384027. 
‘ D'autre part, Platon appelle 6eouéc, que M. Léon Robin traduit par institution, 
%e règle de conduite qu’il propose aux Syracusains (Lettres, vint, 355 B) : mettre 
sagesse au-dessus de la santé, la santé au-dessus des richesses. Il leur recommande 
s’en faire une loi (véuoc) dont l'expérience leur prouvera l’excellence s’ils la 
Bettent en pratique. D’après Bailly, v° 6esuéc, ce mot s’employait en parlant des 
de Dracon et vôuos en parlant de celles de Solon. Il y a donc eu beaucoup 
T'élasticité dans l'emploi de ces termes ; il reste pourtant vrai que véuos désigne 


tm = Fe ed 


LOI 


Les « lois de l’art » sont les conditions 
générales auxquelles on admet qu’une 
œuvre doit satisfaire pour avoir une 
valeur : « Exprimer l'idéal et l'infini 
d’une manière ou d’une autre, telle est 
la loi de l’art.» (V. Cousin, Du Vrai, 
du Beau et du Bien, 9, leçon.) 

D. Formule générale (constative, 
non impérative) telle qu’on puisse en 
déduire d’avance les faits d’un certain 
ordre, ou plus exactement ce que se- 
raient ces faits s'ils se produisaient à 
l’état d'isolement : « La loi de Ma- 
riotte ; la loi de la chute des corps ; la 
loi d'Ohm. » Le mot, en ce sens, se 
dit exclusivement : 1° des « lois de la 
nature » suggérées et vérifiées par l’ex- 
périence, et des lois de la vie mentale, 
considérées comme analogues aux lois 
naturelles : « La loi de l’habitude »; 
20 des conditions imposées d'avance, 
arbitrairement, à une certaine trans- 
formation mathématique : « Une quan- 
tité assujettie à varier suivant telle 
loi. » Il ne se dit pas des rapports sta- 
tiques abstraits : on ne parle pas de la 
« loi du carré de l’hypoténuse » ni des 
« lois des sections coniques ». 

Ce terme s’applique, par extension, 
à toute formule générale résumant cer- 
tains faits naturels, même si elle ne 
constitue pas un énoncé formel, et ne 
permet pas de déduire des connais- 
sances déterminées : « Les lois des 
passions, la loi du progrès. » 





589 

« En vertu de la loi de solidarité, ;] 
existe à chaque moment de l’histoire 
tout un capital social que nul de nos 
contemporains n’a créé, mais dont il 
profitent diversement. » (JAcoB, De. 
voirs, p. 222.) 

Surces deuxsens, voir Louis WEBER, 
Sur diverses acceptions du mot «loi: 
dans les sciences et en métaphy. 
sique, Revue philosophique, mai et 
juin 1894. 


CRITIQUE 


1. On distingue parmi les lois (au 
sens D) : 1° les lois théoriques ou fonc- 
tionnelles qui présentent la forme d’un 
jugement hypothétique de la 1re classe 
(toutes les fois que À est B, il s'ensuit 
que C est D} ; 20 les lois historiques, 
qui énoncent qu’un processus s’accom. 
plit d’une certaine façon, ou que les 
choses sont disposées dans un certain 
ordre, p. ex. : « La loi d'évolution ; ja 
loi de Bode ; les lois de Képler. » Quel- 
ques logiciens, notamment M. Adrien 
Naviiee, refusent le nom de Loi à cette 
dernière sorte de formules. Voir La 
notion de loi historique dans les Comptes 
rendus du Congrès de Genève, 680-687. 

2. Les différents sens du mot loi sont 
échelonnés en série continue, et reliés 
par des transitions étroites, entre deux 
sens limites : celui de règle impérative, 
antérieure aux faits qu’elle régit ; celui 
de formule générale, établie a poste- 





le plus souvent la loi écrite, établie et promulguée par un législateur, ou par un 
décret du peuple. (A. L.) 

Il me semble qu’une loi, d’une manière générale, énonce que quelque chose 
doit être ou arriver, ce qui peut s’entendre de quatre manières : 1° de ce qui ne 
peut pas ne pas arriver ; 2° de ce que l’on doit faire, dans un art, pour atteindre 
une fin; ou mieux de ce que le véritable artiste fait de lui-même par une sorte 
d’instinct ;: 3° de ce qu’un être raisonnable et libre s& sent tenu de faire, soit que 
cette obligation résulte de sa nature même d’être raisonnable et libre, soit qu’elle 
résulte de la volonté divine ; 4° de ce qu’il doit faire comme citoyen, en vertu de la 
volonté du législateur. — A la première correspond la loi physique ou mathéma- 
tique ; à la seconde, les lois téléologiques ; à la troisième, les lois morales et reli- 
gieuse ; à la quatrième, la loi civile. Les lois logiques sont de la première sorte 
en tant qu’elles expriment une nécessité immanente aux objets de la pensée ; 
la seconde en tant que l’esprit les connaît, et peut, quoique involontaire ment: 
les violer. (J. Lacheller.) 





F 583 






LOI 





riori, par l'étude des faits dont elle est 
ja loi. Il est visible que le premier sens 
est originel, et qu’il résulte d’une ré- 
flexion très ancienne sur les prescrip- 
tions, écrites ou non, qui régissent 
l'activité de tout groupe social. Celles 
d’entre elles dont l’origine est inconnue 
sont rapportées aux Dieux, ou à Dieu. 
C'est ce que fait déjà SocrATE, dans 
le passage de Xénophon situé plus 
haut ; il se conforme en cela aux tra- 
ditions grecques, qui sont d’ailleurs 
celles de la plupart des peuples. On 
peut en rapprocher le célèbre discours 
d’Antigone, dans la pièce du même 
aom de SopHocLE (v. 439-468). 

Si l’on considère Dieu comme créa- 
teur ou comme architecte de l’univers, 
on est amené à se représenter les régu- 
larités de la nature comme l'effet de 
règles qu’il lui prescrit. D’où l’idée de 
« lois de la nature » conçues d’abord 
comme des décrets impératifs de Dieu, 
auxquels les choses désobéissent quel- 
quefois : on trouve accidentellement la 
maladie caractérisée chez Platon par 
le fait que le sang se modifie xxp& todc 
Ti pÜoEcc vôuovs (T'unée, 83 E), c'est-à- 
dire contrairement à l’Idée du corps 
humain normal. Mais cette expression 
n’est devenue usuelle qu’à l’époque des 
stoïiciens. Elle est reprise au début de 
k philosophie moderne avec un import 
nettement religieux : « Opus quod ope- 
ratur Deus a principio usque ad finem, 





summaria nempe naturæ lex... » (Ba- 
con, De dignitate, III, ch. 1v.) « [Dieu] 
maintient toutes les parties de la ma- 
tière en la même façon et avec les 
mêmes lois qu’il leur a fait observer en 
leur création. De cela aussi que Dieu 
n'est point sujet à changer et qu’il 
agit toujours de même sorte, nous pou- 
vons parvenir à la connaissance de 
certaines règles que je nomme les lois 
de la nature. » DESCARTES, Principes, 
II, 36 et 37. — Cf. Mriiz, Logique, 
livre III, ch. 1v. 

Mais, d’une part, l’intérêt principal 
de ces lois, en l’absence d’une cause 
finale que nous ignorons, se trouve 
dans leur rapport aux applications et 
aux prévisions qu’elles permettent ; de 
l'autre, l’expérience nous montre qu'il 
n'existe point de déviation qui soit 
analogue par rapport à ces lois à ce 
qu'est le crime ou la faute par rapport 
aux lois civiles et morales : « Il n’y a, 
dans la nature, rien de troublé ni 
d'anormal ; tout se passe suivant des 
lois qui sont absolues.. Le mot excep- 
tion est anti-scientifique : dès que les 
lois sont connues, il ne saurait y avoir 
d'exception. » (Claude BERNARB, /n- 
troduction à l'étude de la médecine expé- 
rimentale, ire partie, ch. 1 et 29 par- 
tie, ch. 1. On a donc posé, de ce point 
de vue, que toute loi qui n’est pas tou- 
jours obéie est une loi approximative ; 
et, dès lors, la notion de loi, complète- 





! 


Il conviendrait, ce semble, de distinguer nettement trois sens et comme trois 
apports différents dans la formation du concept moderne de loi : sens qui ont paru 
d’abord s'opposer, mais qui tendent à se réconcilier. 

#10 La loi, c'est d’abord l’idée hellénique d’une distribution tout ensemble intelli- 
#ible et mystérieuse, qui s’oppose aux dieux mêmes (uoïpa, véueurc, fatum, etc.) ; 
æÆlle est constitutive ou déclarative de la raison même ; elle s'exprime par le A6Yoc. 
2° La loi, c’est le décret souverain d’une volonté transcendante et toute-puis- 
Sante ; dixit et facta sunt : apport du monothéisme juif. 
#. & La loi c’est l'expression de l’ordre immanent, la formule des rapports mêmes 
“Qui dérivent de la nature, stable ou mobile, des choses, la traduction progressive 
%es fonctions et des conditions mêmes de la vie, 

La synthèse des trois ingrédients, en apparence hétérogènes, du mot loi me 

araît s’opérer dans une conception qui voit en toute règle, en toute norme, en 
ute loi spéculative ou pratique la condition vraie et bonne d’un progrès de l’être 
Qui a à la subir ou à y consentir. La loi est donc à la fois la traduction tâtonnante 


Le pont 





ment dépouillée de tout caractère nor- 
matif, a pris le sens logique défini en D. 

Ces deux sens-limites sont précis et 
stables ; mais l’usage du mot Loi est 
justement fallacieux en ce qu'il recou- 
vre très fréquemment des concepts mal 
définis et fluides, qui participent va- 
guement de l’un et de l’autre. Tel est 
le cas, notamment, dans le célèbre 
début de l’Esprit des lois, de MonNTEs- 
QUIEU : « Les lois, dans la signification 
la plus étendue, sont les rapports né- 
cessaires qui dérivent de la nature des 
choses ; et, dans ce sens, tous les êtres 
ont leurs lois... Il y a donc une raison 
primitive ; les lois sont les rapports 
qui se trouvent entre elles et les diffé- 
rents êtres, et les rapports de ces divers 
êtres entre eux... Ces règles sont un 
rapport constamment établi : entre un 
corps mû et un autre corps mû, c’est 
suivant les rapports de la masse et de 
la vitesse que tous les mouvements sont 
reçus, augmentés, diminués, perdus; 
chaque diversité est uniformité, chaque 
changement est constance. Mais il 
s’en faut bien que le monde intelligent 
soit aussi bien gouverné que le monde 
physique ; car, quoique celui-là ait 
aussi des lois qui, par leur nature, sont 
invariables, il ne les suit pas constam- 
ment comme le monde physique suit 





584 





les siennes... [L'homme] pouvait, à tous 
les instants, oublier son créateur : Dieu 
l’a rappelé à lui par les lois de la reli- 
gion ; il pouvait à tout instant s’ou- 
blier lui-même : les philosophes l’ont 
averti par les lois de la morale ; fait 
pour vivre dans la société, il pouvait 
oublier les autres ; les législateurs l’ont 
rendu à ses devoirs par les lois poli. 
tiques et civiles. » (Livre I : Des lois 
en général, ch. 1.) 

Il y a non seulement, dans ce cha- 
pitre, assimilation factice des « lois » 
civiles et des « lois » physiques, mais 
encore de ces dernières avec les « lois 
naturelles » prises au sens de règles 
morales. Enfin, ces « lois naturelles , 
elles-mêmes sont conçues comme des 
réalités semi-platoniciennes, exprimant 
la nature ou l’Idée de l'être auquel 
elles s'appliquent : « Avant toutes ces 
lois sont celles de la nature, ainsi nom- 
mées parce qu'elles dérivent unique- 
ment de la constitution de notre être. » 
(Ibid., chap. 11.) Toutes ces équivoques 
subsistent encore dans le langage phi- 
losophique contemporain, et contri- 
buent à maintenir l'illusion d'une mo- 
rale de la nature, qui pourrait tirer, de 
lois scientifiquement constatées, un sys- 
tème de règles normatives de conduite. 
Il y a donc lieu de critiquer très atten- 








tivement toutes les formules de ce 

nre, et en particulier de substituer 
au mot de loi, toutes les fois que cela 
est possible, les termes non équivoques 
de « principe » ou de « formule » dans 
l'ordre scientifique, « d’impératif » ou 
de « règle appréciative » dans l'ordre 
normatif. 

Rad. int. : (Au sens de loi positive 
et au sens de loi physique) : Leg (Boi- 
rac) ; — (au sens de règle impérative 
ou appréciative) : Norm. 


Lois de l'esprit, D. Denkgesetze ; 
E. À. B. Laws of thought ; C. Mental 
Laws ; — I. Leggi del pensiero. 

À. Axiomes fondamentaux auxquels 
la pensée doit se conformer pour être 
valide. 

B. Les mêmes axiomes, considérés 
comme appliqués nécessairement par 
la pensée dans la représentation qu’elle 
forme du monde extérieur, et par suite 
comme cadres de cette représentation. 

C. Lois (au sens D de ce mot} que 
suivent les phénomènes psychiques soit 
dans leur développement {lois géné- 
tiques), soit dans leurs rapports entre 
eux et avec les phénomènes physiques 
(p. ex. lois de l'association des idées ; 
loi de Fechner). 





LOIS 


CRITIQUE 

Il a été longtemps admis qu'il n’y 
avait que quatre lois de l'esprit au 
sens À, et qu’on pouvait les diviser en 
deux groupes : 1 les trois principes 
d'identité, de contradiction, de milieu 
exclu, principes nécessaires et suffi- 
sants de tous les raisonnements formels 
et que l’on considérait, d’ailleurs, en 
général, comme des énoncés différents 
d’un seul et même axiome ; 29 le prin- 
cipe de « raison suffisante », de « possi- 
bilité de l’expérience », ou « d’univer- 
selle intelligibilité », considéré comme 
le principe des raisonnements concrets 
s'appliquant aux choses réelles. (Cf. 
LEIBN1z, Monadologie, 31-32; KanrT, 
Critique de la Raison pure, Anal. trans- 
cend., livre Il, ch. 11; SCHOPENHAUER, 
De la quadruple racine de la Raison 
suffisante ; HAMILTON, Logic, I, Lect. V; 
Eiszer, Wôrterbuch, Vo Denkgesetze, 
1re édition, p. 152.) 

MM. PEANO, RussELL, COUTURAT 
ont montré par l'analyse logistique des 
raisonnements qu’en ce qui concerne 
la première classe, les trois principes 
énumérés ci-dessus sont irréductibles, 
et qu’en outre il en existe d’autres, 
également nécessaires au raisonnement, 
et dont on ne peut, dès à présent, 





d'un ordre virtuel, la prospection d’un idéal transcendant, la réalisation progres- 
sive d’une perfection immanente. Ainsi comprise, elle est à la fois raison, volonté 
impérative, amour. Si onéreux que puisse paraître le commandement, il est pour 
le bien de qui doit se soumettre ; et l’hétéronomie la plus dure, la plus réelle, 
doit préparer le triomphe de l’autonomie véritable. (M. Blondel.) 

Le sens D peut être précisé. Il résulte des analyses de Renouvier, de Cour- 
not, etc., que la loi est une fonction réelle par opposition aux fonctions possibles des 
mathématiciens. C’est un rapport de variations corrélatives entre phénomènes 
mesurables. Les lois qualitatives ne sont que des lois globales, qui tendent vers la 
forme quantitative et mathématique. (F. Mentré.) — Il y a là, me semble-t-il, 
deux concepts différents. Une loi peut être globale sans être qualitative (lois 
exprimant mathématiquement des moyennes ou des totaux) ; d’autre part rien ne 
prouve qu'il n’y ait pas des relations qualitatives assez fixes pour permettre 
l’énoncé d’une formule hypothétique affirmant que le premier terme est toujours 
accompagné, ou suivi du second (si un animal est mammifère, il est vertébré ; — 
si deux corps de température différente sont mis en contact, le plus chaud cède 
de la chaleur au plus froid). (A. L.) 

La manière dont Descartes définit Les lois de la nature montre qu’il avait essen” 





tiellement en vue ce que nous appelons aujourd’hui les principes de conservation. 
— La conviction que ces lois ne sont sujettes à aucune exception, à aucune déso- 
béissance analogues à ce qu'est le crime ou le délit par rapport aux lois civiles est 
une conviction récente, et à laquelle on trouverait encore des exceptions chez 
quelques esprits. (E. Meyerson.) 

M. Marsal nous communique un texte de QuesNay, Le Droit naturel, où sont 
mélangées intimement les diverses idées représentées ou suggérées par ce mot : 
«Les lois naturelles sont ou physiques, ou morales. On entend ici par loi physique 
le cours réglé de tout événement physique de l’ordre naturel évidemment le plus 
avantageux au genre humain. On entend ici par loi morale la règle de toute action 
humaine de l’ordre moral, conforme à l’ordre physique évidemment le plus avan- 
tageux au genre humain. Ces lois forment ensemble ce qu’on appelle la loi natu- 
telle. Tous les hommes et toutes les puissances humaines doivent être soumis à 
ces lois souveraines. Instituées par l'Être Suprême, elles sont immuables et irré. 
fragables, et les meilleures lois possibles, par conséquent la base du gouvernement 

plus parfait, et la règle fondamentale de toutes les lois positives ; car les lois 
Positives ne sont que des lois de manutention, relatives à l’ordre naturel évidem- 


| Ment le plus avantageux au genre humain. » 





limiter le nombre. Voir notamment 
l’article de L. Coururar, Les principes 
des mathématiques (Revue de méta- 
physique, janvier 1904). 

Il y a lieu de présumer qu'il en est 
de même pour le principe de raison 
suffisante. Voir Principe et Raison*. 

Pour ces raisons, et par suite de 
l’équivoque qui existe en outre entre 
les sens A, B et C, l'expression lois de 
l'esprit est très vague, et doit être 
remplacée partout où cela est possible 
par une formule qui ne prète pas à la 
confusion. 


Loi d'intérêt, voir Jntérét* ; loi de 
Fechner, loi psychophysique, voir Fech- 
ner* ; loi des grands nombres, voir 
Nombre*. 


LOY ALISME, D. Lehntreue; E. Loya- 
lism ; I. Lealta, Lealtate (plus larges). 

Proprement : fidélité à un suzerain, 
à une autorité tenue pour légitime (cf. 
« Le loyal serviteur »). Guyau s’en est 
servi pour désigner la fidélité à la loi 
(Éducation et Hérédité, p. 79) ; mais cet 
emploi est exceptionnel. — Il a été 
surtout employé pour traduire Loyalty 
(p. ex. Royce, Philosophy of loyalty) ; 
« loyauté », qui a été aussi employé, 
dans ce cas, y est tout à fait impropre 
et ne peut que suggérer au lecteur 
français un contresens sur l’idée qu'il 
s’agit de rendre. 

L’inconvénient de loyalisme lui-même 
est que loyal, dans le français moderne, 





a 


est nettement restreint au sens moral 
que représente aussi le mot loyauté 
(franchise, absence de ruse et de four- 
berie, fair play) et qu’ainsi l’adjectif 
correspondant fait défaut. 

Rad. int. : Loyalt(es). 


Loyauté, voir ci-dessus Loyalisme*. 


«LUDIQUE », terme créé par FLouR- 
NoY, pour servir d’adjectif correspon- 
dant au mot Jeu*. (Esprits et Médiums, 
préface, p. vil.) 


LUMIÈRE natureile, L. Lumen no- 
turale. 

Synonyme de raison, en tant qu’en- 
semble de vérités immédiatement et 
indubitablement évidentes à l'esprit dès 
qu’il y porte son attention « La 
faculté de connaître que Dieu nous a 
donnée, que nous appelons lumière 
naturelle, n’aperçoit jamais aucun objet 
qui ne soit vrai en ce qu’elle l’aperçoit, 
c’est-à-dire en ce qu’elle connaît clai- 
rement et distinctement. » (DESCARTES, 
Principes de la philosophie, I, 30. Cf. le 
fragment intitulé : « Recherche de la 
vérité par la lumière naturelle qui, 
toute pure et sans emprunter le secours 
de la religion ni de la philosophie, 
détermine les opinions que doit avoir 
un honnête homme touchant toutes 
les choses qui peuvent occuper sa 
pensée. ») 

Cette expression paraît avoir pour 
origine l'Évangile de saint JEAN, I, 9. 





Sur « Ludique ». — M. Ed. Claparède recommande l’usage de ce terme, parti- 
culièrement commode dans les travaux psychologiques sur les enfants ou sur les 
hystériques : activité ludique, celle qui se dépense dans le jeu ; théorie ludique du 
mensonge des enfants, théorie qui explique les écarts de leur imagination par leur 


tendance à jouer ; etc. 


Sur Lumière naturelle. — Je soupçonne que la traduction usuelle de l'Évangile 
de saint Jean, I, 9, est un contresens et que le véritable sens est celui-ci : rd pc 
dAnb:vév, 6 poritet révra ävôcwrov, la lumière, la vraie, celle à laquelle seule il 
appartient d'éclairer tout homme (c’est-à-dire le Verbe) hv épyéuevor Etc rbv 
x6ouov, faisait (à ce moment) son entrée dans le monde. ’Fpxépevov, nominatif 
neutre, a été pris faussement pour un accusatif masculin à cause du voisinage de 


névra ävôpwrov. (J. Lachelier.) 





| LOIS ‘ — se 


587 


a ———— 


Elle se trouve chez de nombreux écri- 
vains des premiers siècles du christia- 
nisme et du moyen âge. Voir les textes 
cités dans EisLer, VO Lumen naturale, 
notamment : « Ratio insita sive inse- 
minata lumen animæ dicitur. » (St Au- 
GusTiIN, De baptismo, etc., I, 25.) 

Elle est très usuelle chez tous les 
cartésiens, particulièrement chez Le1ïs- 
niz. Voir par exemple Théodicée, 
qre partie, $ 1, où il oppose lumière 
naturelle et lurnière révélée. 


MACROCOSME 





Philosophie des lumières, D. Auf- 
klärung. Mouvement philosophique du 
xvuie siècle, caractérisé par l’idée de 
progrès, la défiance de la tradition et 
de l’autorité, la foi dans la raison et 
dans les effets moralisateurs de l’ins- 
truction, l'invitation à penser et à 
juger par soi-même. 

Voir KanT, Was ist Aufklärung ? 
(1784 ; traduit en français par S. P10- 
BETTA sous Île titre : Qu'est-ce que les 
lumières ?) 


M 


M. Dans la notation usuelle des syl- 
logismes, désigne le moyen terme 
M2P, SaM 2 SaP est un syllogisme en 
Barbara*. 

Dans les noms des modes syllogisti- 
ques, marque que les prémisses doivent 
être transposées pour ramener le mode 
en question à un mode de la première 
figure, la majeure devenant la mineure, 
et réciproquement. 


MACHINE, voir Mécanisme*, — 
Théorie des « bêtes-machines », ou des 
canimauxz-machines », théorie de Des- 
cartes et des cartésiens, notamment de 
Malebranche, d’après laquelle les ani- 
maux sont entièrement assimilables à 
des machines et n’éprouvent aucune 
sensation ni aucun état affectif. Drs- 
cours de la Méthode, V, 9; Lettre à 
Morus, 5 février 1649. 


MACROCOSME, D. Macrocosmus ; 
E. Macrocosm ; I. Macrocosmo. 

Dans les doctrines philosophiques 
qui admettent une correspondance* 





terme à terme entre chacune des par- 
ties du corps humain et chacune des 
parties constitutives de l'univers, ce 
dernier est appelé macrocosme, et 
l’homme, dans son rapport avec lui, 
est appelé microcosme. Ces correspon- 
dances ont d’ailleurs été représentées, 
dans le détail, d’une façon assez va- 
riable. — Voir, par exemple, la planche 
gravée servant de frontispice au livre 
de Frupp : Utriusque cosmi, majoris 
scilicet et minoris, metaphysica, physica 
atque technica historia, figurant ces rap- 
ports par un dessin symbolique où sont 
inscrits les mots macrocosmus et micro- 
cosmus (1617). 

Ce dernier terme est resté le plus 
usuel des deux. Il s'emploie quelque- 
fois dans un sens un peu détourné, 
pour marquer l'unité organique d’un 
tout : « Comme l'organisme forme par 
lui-même une unité harmonique, un 
petit monde f(microcosme) contenu 
dans le grand monde fmacrocosme), 
on a pu soutenir que la vie était indi- 
visible... » (Claude BERNARD, Intr. à 
l'étude de la médecine exp., I, 1, $ 4.) 





Sur Macrocosme. — L'origine des mots microcosme, macrocosme, se trouve sans 
doute chez les médecins grecs. Cf. ARISTOTE, Physique, 252P, 25 : « E! &v Cocu roùro 
Baby yevéodas, rl xeAder tù abrd ouuBñvar «xl xata +d näv: el yap ëv puxp® xéauuw 
Yveta xal v eyékow. » Microcosme pourrait avoir été popularisé en Occident par 

ce. Au moyen âge, notamment chez Thomas d'Aquin, on emploie dans le même 
sens l'expression Minor mundus. (R. Eucken.) 


PONT OÙ 


d 
1 
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li 
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it 
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1 





MACROCOSME 





— Il sert de titre à l'ouvrage de LoTze, 
Mikrokosmus, Ideen zur Naturgeschichte 
und Geschichte der Menschheiti (1856). 


MAGIE, L. Magia,; D. Magie, E. 
Magic ; I. Magia. 

A. Primitivement, science et art des 
Mages (G. Mayor; L. Magi). Ce mot 
désigne : 1° une des tribus constituant 
le peuple des Mèdes (HÉRODOTE, I, 
101); 29 la caste sacerdotale chez les 
Mèdes et ultérieurement chez les Per- 
ses ; 3° dans le langage courant des 
Grecs et des Romains, quiconque leur 
paraissait doué du pouvoir de produire, 
en dehors des rites officiels de leurs reli- 
gions nationales, des phénomènes sor- 
tant du cours ordinaire de la nature : 
charmes, sortilèges, évocations, divina- 
tions. 

B. Chez les peuples occidentaux, art 
d’agir sur la nature par des procédés 
occultes, et d’y produire ainsi des 
effets extraordinaires : « Magia, univer- 
sim sumpta... est ars seu facultas vi 
creata et non supernaturali quædam 
mira et insolita efficiens quorum ratio 
sensum et communem hominum cap- 
tum superat.. Vim creatam et non 
supernaturalem nominavi, ut excludam 
vera miracula. » (Martin DEL Rio, 
Disquisitiones magicæ, 1599; livre Î, 
ch. 2.) 

La magie cérémonielle est celle qui 
agit sur les esprits (autres que les 
esprits des hommes vivants) par le 
moyen d’un rituel. 

La magie naturelle a été entendue en 
plusieurs sens. Elle paraît avoir été 
conçue d'abord comme opérant d’une 
façon illicite et occulte sur les forces 
ou esprits élémentaires qui gouvernent 
la matière « Magia naturalis est 
secretior philosophia et diabolica, do- 


1. Miovesme, idhes sur l'hisioire de la nafure et 
l'histoire de l'humanité. 





588 
cens facere opera admirabilia inter. 
venientibus virtutibus naturalibus.. ;, 
(Goczenius, Vo, 657.) Maïs, à l’époque 
où il écrivait, cette conception tradi. 
tionnelle avait été déjà modifiée chez 
un grand nombre d'écrivains dans un 
sens rationaliste (Porta, Magia natu. 
ralis, 1558, où sont décrits sous ce nom 
beaucoup de simples expériences de 
physique ; DEL Rio, Disquisitiones ma. 
gicæ, livre I, ch. 111 : « Magia naturalis 
seu physica, nihil aliud est quam exac- 
tior quædam arcanorum naturæ cogni- 
tio.. », etc.). Enfin, selon Bacon, la 
magie naturelle « expurgato vocabulo 
magiæ » doit s'entendre des opérations 
qui dépendent de la connaissance de la 
cause formelle {processus latens, sche- 
matismus latens) par opposition à 
celles qui n’exigent que la connaissance 
d’une cause efficiente, le mécanisme 
intime du phénomène à produire res- 
tant ignoré (De Augmentis, III, ch. 5). 

« L'homme peut régler et conduire 
ses actions extraordinaires ou par une 
grâce spéciale de Dieu... ou par l’assis- 
tance d’un ange, ou par celle d’un 
Démon, ou finalement par sa propre 
industrie et suffisance ; desquels quatre 
moyens divers et du tout différents on 
peut colliger quatre sortes de magies : 
la divine du premier, la théurgique du 
second, la goétique du troisième et la 
naturelle du dernier. » (Gabriel Naupé, 
Apologie pour tous les grands hommes 
faussement accusés de magie, chap. IF.) 

C. Chez les sociologues contempo- 
rains, ce mot s'emploie en deux sens : 

19 FRAZER oppose ainsi qu’il Suit 
magie et religion : la magie est l’en- 
semble des pratiques reposant sur la 
croyance qu'il existe entre les êtres de 
la nature des rapports réguliers, des 
lois (qui sont, dans l’espèce des lois de 
correspondance par sympathie et antl- 
pathie) ; elle est ainsi le premier rudi- 
ment de la science ; — la religion est 





Sur Magie. — Article complété d’après les indications de Xavier Léon (sur 
Novalis et l'idéalisme magique) ; d'Élie Halévy et d'Émile Meyerson (sur l’usag® 


sociologique du mot magie). 





589 


l’ensemble des pratiques qui nous per- 
mettent de nous rendre favorables des 
êtres d’une puissance supérieure à 
J’homme, doués de personnalité et de 
conscience. (The Golden Bough!, 2e éd. 
1 9 et suiv., 61 et suiv.) Dans la magie, 
il y a contrainte absolue exercée sur 
les forces occultes ; dans la religion, le 
Dieu reste libre. 

2° Ce mot s'applique à toutes les 
opérations qui ne rentrent pas dans les 
rites des cultes organisés, et qui repo- 
sent sur des croyances analogues à 
celles que manifeste la magie, au sens B, 
notamment sur la croyance aux cor- 
respondances* et aux effets sympa- 
thiques qui résultent de celles-ci. Voir 
HuserT et Mauss, Esquisse d’une 
théorie générale de la Magie, Année 
sociologique, VII, 1902-1903. 


REMARQUE 


Depuis le xvin® siècle, ce mot a 
presque toujours été pris en mauvaise 
part, en ce sens qu’on y voyait le nom 
d’une fausse science et d'une méthode 
d'action illusoire. Cependant, il faut 
faire exception pour le romantisme 
allemand et en particulier pour No- 
YALIS, qui a surtout employé l’expres- 
sion idéalisme magique : il semble avoir 
admis la réalité de l’action magique 
par laquelle l’homme peut entrer avec 
l'univers dans le rapport de sympathie 
et d’action directe où il se trouve nor- 
malement avec son propre corps. 
BCHELLING, très lié avec Novalis, a 
pris à une certaine époque ce mot dans 
le même sens. Il en est de même de 
plusieurs philosophes de même groupe, 
notamment du physicien R1iTTER. 

Rad. int. : Magi. 


MAÏEUTIQUE, G. Moueurixh (PLA- 
TON, Théétète, 161 E); — D. Maieu- 
tik: E. Maieutics ; I. Maieutica. 

Platon, dans le Théétète, met en 


* 8Cène SocRATE, déclarant qu'en sa qua- 


lité de fils d’une sage-femme et lui- 
Même expert en accouchements, « patac 


A  —  , 


À L. Le rameau d'or. 
Là LALANDE. —— VOCAB. PHIL. 


MAL 





vlès xal x bTds uaueuttx6ç », il accouche 
les esprits des pensées qu’ils contien- 
nent sans le savoir (149 A et suiv.). 
Platon le représente mettant en pra- 
tique cette méthode dans plusieurs dia- 
logues, notamment dans le Ménon. 
Ce terme est resté usuel pour dési- 
gner, souvent avec une nuance d'ironie, 
l’art que Socrate disait pratiquer. 


1. MAJEUR, subst. masc., D. Ober- 
begriff, Major ; E. Major (term); I. 
Maggiore. 

Le majeur où grand terme d’un syllo- 
gisme catégorique est le terme qui sert 
de prédicat à la conclusion. Il est ainsi 
nommé par ARISTOTE (G. ueïilov &xpov, 
1er8 Analytiques, IV ; 26218), mot à 
mot : « le plus grand des deux extré- 
mes », en tant que la forme typique du 
syllogisme de la 1re figure est l’inclu- 


! sion du moyen dans le grand terme et 


du petit dans le inoyen. Dans la se- 
conde figure, le grand terme est défini 
par lui : rù rpèc r& péouw xetysevov (26037) 
et dans la troisième : +ù roppotepov toù 
uéoou (28213). 


2. MAJEURE, subst. fém., D. Ober- 
satz Major ; E. Major (premiss) ; I. 
Maggiore. 

La majeure d’un syllogisme catégo- 
rique est celle des deux prémisses qui 
contient le majeur ou grand terme. 

La majeure d’un syllogisme hypothé- 
tique ou disjonctif est celle des deux 
prémisses qui contient soit l’hrpo- 
thèse*, soit l’alternative*. 

Rad. int. : Major. 


1. MAL, adverbe. D. Uebel, Schlecht 
{au sens général) ; Bôse (au sens mo- 
ral) ; — E. Evil, Badly ; — I. Male. 

Terme universel de l'appréciation 
défavorable ; sert à caractériser tout 
ce qui est un échec ou encourt une 
désapprobation dans n'importe quel 
ordre de finalité. « Une machine mal 
construite, mal graissée ; un livre mal 
écrit ; un plan mal conçu. » 

L’adjectif correspondant est mau- 





vais ; l’ancien adjectif français mal, 


21 














MAL 


male n’a survécu que dans quelques 
expressions toutes faites, ou dans des 
noms propres. 


2. MAL, subst. D. A. Uebel ; B. Uebel, 
Bôse ; — E. A. B. Evil; Wrong (mal 
consistant à être injuste, ou à avoir 
tort), — I. Male. 

A. Sens général : tout ce qui est 
objet de désapprobation ou de blâme, 
tout ce qui est tel que la volonté a le 
droit de s’y opposer légitimement et 
de le modifier si possible. « On peut 
prendre le mal métaphysiquement, 
physiquement et moralement. Le mal 
métaphysique consiste dans la simple im- 
perfection, le mal physique dans la souf- 
france, et le rnal moral dan: le péché. » 
(LEIBN1Z, Théodicée, 1'® partie, $ 21.) 

B. Spécialement : Mal moral. Ce sens 
est toujours celui du mot dan: l’expres- 
sion : « Faire le mal. » 

ad. int. : Mal. 


MANICHÉISME, D. Manichüismus ; 
E. Manichaeism ; 1. Manicheismo. 

Du nom de ManEs ou MANICHAEUS, 
hérésiarque persan du 1n€ siècle. qui a 
essayé de combiner avec le christia- 
nisme le dualisme traditionnel de l’an- 
cienne religion de Zoroastre. 

Se dit de toute conception philoso- 
phique qui admet deux principes cos- 





590 


miques coéternels, l’un du bien, l’autre 
du mal. 
Rad. int. : Manicheism. 


MANIE (du G. uavix, folie), D. Ma. 
nie ; E. Mania ; I. Mania. 

A. Se dit de toutes les formes d’alié. 
nation mentale présentant un état de 
surexcitation et des actes de violence 
impulsive. 

B. (Surtout en composition.) Trouble 
mental limité à un seul ordre de faits. 
(Ex. Kleptomanie, Dipsomanie.) Très 
usuel au sens atténué, pour désigner 
une habitude singulière, un goût ou une 
préoccupation dominants et bizarres. 

Rad. int. : Mani. 


MANISME, (S). 


MARGINAL, D Grenz….; E. 
ginal ; 1. Marginale. 

Qui se trouve au bord, à la limite 
d’une région (et non en marge, au sens 
français de cette expression). Vient de 
l'anglais Margin, dont le sens le plus 
général est bord, lisière. 

« They speak of fringes of ordi- 
nary consciousness, Of marginal associa- 
tions!… » (F. Myers, Human Persona- 
lity, I, Introd., $ 14, 1903.) 


Mar- 


1. « On parle de franges de la conscionce ordinaire 
d'associations marginnles. » 





Sur Marginal. — 1° L'expression margin of cultivation n’est employée ni chez 
Ricardo, ni chez James Mill, ni chez J. St. Mill. C’est l’économiste FAWCETT qui, 
dans son Manual of political economy (1863), livre II, chap. 111 ( Rents as determined 
by competition), propose expressément d’introduire ce terme nouveau dans le 
langage de l’économie politique : « It will much assist clearness of conception, if we 
employ some technical language to describe the terms of Ricardo’s theory!. » — 
20 L’adjectif marginal ne se rencontre pas chez Jevons (Theory of political Eco- 
nomy, 3° éd., 1888), qui parle seulement du « final degree of utility » et emploie 
une fois seulement l’expression « terminal utility ». Je ne trouve pas davantage ce 
mot dans la 1'e édition des Éléments d'Économie politique pure (1874). Mais je 
trouve l'expression marginal utility, dans les Principles of political Economy de 
MarsHALL (1898), p. 168 ; et l'expression productivités marginales dans la &e édition 
des Éléments d'Économie politique pure, p. 371. — Il ne semble pas que l'expression 
utilité marginale appartienne à la langue de Walras. (Élie Halévy.) 





1. « Il sera très utile, en vue de la clarté des idées d'employer ici quelques expressions techniques pour repré 


senter les termes de la théorie de Ricardo. » 











| s91 


———— 


Marginale (Utiiité, Valeur) ; D. 
Grenz (-nutzen, -wert) ; E. Marginal 
(Utility, Value); 1. Marginale (Uti- 
lità, Valore). 

On dit aussi dans le même sens, 
Utilité limite, utilité finale. 

Soit une chose utile et échangeable 
(laine, fer, blé, etc.), telle que le désir 
qu’on a d’en acquérir une quantité 
déterminée a diminue à mesure qu’on 
en possède déjà davantage : l'utilité 
marginale de cette chose, pour un ac- 
quéreur donné, est par définition l’uti- 
lité du dernier élément égal à a qu’il 
jugera à propos d’acquérir. 

Ce terme dérive de l’usage proposé 
par FawcerTT, de l'expression margin 
of cultivation (limite, bord de la cul- 
ture), pour désigner, conformément à 
la théorie de Ricarpo, le dernier élé- 
ment de terre, de productivité donnée, 
dont le revenu, par suite de sa distance 
et des difficultés d’accès aux centres de 
consommation, couvre juste les frais 
de culture. — Voir les Observations. 

Il a été étendu à la théorie générale 
des valeurs, économiques ou non, par 
certains écrivains contemporains no- 
tamment par EHRENFELS (System der 
Werttheorie, 1, $ 25) ; il propose d’em- 
ployer au sens général Grenz-frommen, 
dont le Grenz-nutzen économique serait 
un cas particulier. 

Rad. int. : Marjinal. 





MATÉRIALISME 


MASSE, D. Masse; E. Mass; I. 
Massa. 

Étant donné qu'une même force, 
appliquée à des corps différents, leur 
donne des accélérations inégales ; et 
que, pour un même corps, les accélé- 
rations sont proportionnelles aux for- 
ces, on appelle masse d’un corps le 
rapport constant qui existe pour ce 
corps entre les forces qui y sont appli- 
quées et les accélérations correspon- 
dantes. — Cf. Inertie*, 

Rad. int. : Mas. 


MATERIAL, (S). 


MATÉRIALISME, D. Materialismus; 
E. Materialism ; 1. Materialismo. 

A. OnrocociEe. Doctrine d’après la- 
quelle il n'existe d’autre substance 
que la matière*, à laquelle on attribue 
des propriétés variables suivant les 
diverses formes de matérialisme, mais 
qui a pour caractère commun d’être 
conçue comme un ensemble d'objets 
individuels, représentables, figurés, mo- 
biles, occupant chacun une région dé- 
terminée de l’espace. « Materialistæ 
dicuntur philosophi, qui tantummodo 
entia materialiasivecorpora existere af- 
firmant.» (Wozrr, Psych. ration., $ 33.) 

B. Psycaozocie. Doctrine d’après 
laquelle tous les faits et états de cons- 
cience sont des épiphénomènes*, qui 





Sur Masse. — Cette notion classique de la masse paraît en voie de se modifier 
sous l’influence des théories nouvelles concernant la constitution électronique de 

matière, D’une part on est amené à croire qu'aux très grandes vitesses (rayons 
émanés du radium, rayons cathodiques) la masse augmente en fonction de la 
vitesse ; de l’autre, on tend à admettre que l’inertie électrique, ou self-induction, 
est le phénomène primitif d’où dérive la masse usuellement considérée (cf. Porn- 
CARÉ, Science et méthode, p. 215 et suiv.) (M. Winter.) 


Sur Matérialisme (ontologique et psychologique) voir les Observations au mot 


MATIÈRE. 


Nous avons maintenu dans le corps de cet article, faute de pouvoir instituer en 
ce moment une discussion assez large sur ce point, la définition du matérialisme 
ontologique (sens A) qu’avait adoptée la Société de Philosophie en 1910. Mais 
M. Parodl met en doute qu’il soit essentiel au matérialisme de concevoir la matière 
comme discontinue. — On peut remarquer, en effet, que le système de Descartes, 
Par exemple, en tout ce qui ne concerne pas l’âme humaine, est un matérialisme 


: admettant une matière continue. Cependant, même dans ce cas, grâce à l'acte 











MATÉRIALISME 


ne peuvent être expliqués et devenir 
objet de science que si on les rapporte 
aux phénomènes physiologiques cor- 
respondants, seuls capables de rece- 
voir une systématisation rationnelle, 
seuls capables aussi de fournir un 
moyen efficace et régulier de produire 
ou de modifier les phénomènes psycho- 
logiques. — V. not. RiBoT, Maladies 
de la personnalité pp. 6-10 (où il définit 
ce point de vue épistémologique sans 
se servir du terme matérialisme). 

En outre, l'usage courant du mot 
matérialisme, dans ces deux acceptions 
exclut : 1° toute antithèse dualistique 
entre les fins de l’âme et les fins de la 
vie biologique ; 2° toute croyance à des 
âmes individuelles et séparées, suscep- 
tibles de préexistence, de survivance ou 
de transmigration. 

C. Éraique. Doctrine pratique sui- 
van! laquelle la santé, le bien-être, la 
richesse, le plaisir, doivent être tenus 
pour les intérêts fondamentaux de la 
vie. « Ganz etwas anderes als dieser 


592 


‘ oder ethische Materialismus, der mit 
dem ersteren nichts gemein hat. Dieser 
« eigentliche » Materialismus verfolgt 
in seiner praktischen Lebensrichtung 
kein anderes Ziel als den môglichst 
raffinirten Sinnesgenuss!. » HÆckeL, 
Natürliche  Schôpfungsgeschichte, I], 
ch. 2. 

« Une foule matérialiste, uniquement 
attentive à ses grossiers appétits..… » 
(RENAN, Dialogues philosophiques, II, 
66.) 


Matérialisme historique. Terme crée 
par ENGELs pour désigner la doctrine 
de Karl Marx, d'après laquelle les 
faits économiques sont la base et la 
cause déterminante de tous les phéno- 
mènes historiques et sociaux. 

« Die œkonomische Struktur der 
| Gesellschaft ist die reale Basis worauf 


1. « Tout différent de ce matérialisme scientifique est 
le matérialisme moral ou éthique, qui n'arien de commun 
avec le précédent. Ce matérialisme, au sene propre du 
mot, est une direction pratique de la vie qui n'a pas 
d'autre but que la jouissance sensible la plus raffinée. « 





7 


598 


MATÉRIALISME 





sich ein juristischer und politischer 
Ueberbau erhebt, und welcher be- 
stimmte gesellschaftliche Bewusstseins- 
formen entsprechen. Die Produktions- 
weise des materiellen Lebens bedingt 
den socialen, politischen und geistigen 
Lebensprocess überhauptl. » (Karl 
Marx, Zur Kritik der politischen Œko- 
nomie, Préface, 1859.) 


Matérialisme dialectique (D. Dia- 
lektischer Materialismus ; par abrévia- 
tion Diamat, couramment employé 


1. « La structure économique de la Sociétéestla base 
réelle sur laquelle s'élève la superstructure juridique et 
politique, et à laquelle correspondent dos formes déter- 
minées de conscience sociale... Le mode de production 
dela vie matérielle conditionne l’ensemble de tous les 
processus de la vie sociale, politique et spirituelle. » 


dans l’Europe centrale et en Russie). 

Vue générale des choses dont le 
matérialisme historique est un cas parti- 
culier. Elle consiste à considérer l’uni- 
vers comme un tout, formé de matière 
en mouvement, engagée dans une 
évolution ascendante atteignant des 
niveaux successifs où un plus haut 
degré de complication quantitative 
fait apparaître nécessairement, par 
une transformation brusque, des chan- 
gements qualitatifs entièrement nou- 
veaux. Voir au Supplément à la fin du 
présent volume les extraits de l’opus- 
cule de STALINE, Le matérialisme 
dialectique (1945) et pour explications 
et commentaire, Henri LEFEBVRE, Le 
matérialisme dialectique (1947), parti- 
culièrement p. 91-93. 











naturwissenschaftliche ist der srittliche | Histoire naturele de la création. 








divin primitif qui divise l’espace en cubes et les met en mouvement, il restitue à 
la matière la discontinuité dont il se sert ensuite pour expliquer les phénomènes. 
Serait-il possible de s’en passer ? (A. L.) 

Au matérialisme discontinuiste des Épicuriens s'oppose le matérialisme conti- 
nuiste des Stoiciens. Le premier affirme le mécanisme et l’homogénéité des atomes ; 
le second le dynamisme et l’hétérogénéité des matières (feu et air actifs, eau et 
terre passives). Mais est-ce bien encore un matérialisme ? (E. Bréhier.) 

11 n'existe pas encore, à ma connaissance, de doctrine matérialiste se fondant sur 
la théorie actuelle, selon laquelle la réalité matérielle prendrait périodiquement 
deux sortes d'aspect, l’un atomistique, qui donnerait des gages à la discontinuité, et 
Pautre ondulatoire, qui tournerait au contraire au profit de la continuité. C'est 
l’un des paradoxes de cette physique, dont on ne voit pas bien où elle nous conduit. 
Sur un autre point elle risque d’ébranler encore le matérialisme : celui-ci était 
déterministe (exception faite cependant pour le système d’Épicure), et c’est sur 
ce point qu’il s’opposait le plus radicalement au spiritualisme. La relation d'’incer- 
titude paraît tout remettre en question en ce qui concerne les rapports de l'esprit 
avec la matière. Comme vous le dites justement dans les Observations, les mots 
changent de sens, et il est artificiel de chercher une idée centrale et essentielle 
commune à toutes les philosophies matérialistes, voire une conception commune 
de la matière. Nous avions déjà pu noter, de ce point de vue, une différence 
fondamentale de la pensée antique et de la pensée moderne : tandis que les Grecs 
voyaient dans la matière le principe du devenir, nous en avons fait au contraire le 


principe de la permanence. (Voir Rivaun, Le devenir dans la pensée grecque 
(Ch. Serrus.) 





Sur Matérialisme historique. — Définition d’Encecs : Marx a prouvé « … dass 
alle bisherige Geschichte die Geschichte von Klassenkimpfen war, dass diese 
einander bekämpfenden Klassen der Gesellschaft jedesmal Erzeugnisse sind der 
Produktions- und Verkehrs Verhältnisse, mit einem Wort, der œkonomischen 
Verhältnisse ihrer Epoche ; dass also die jedesmalige œkonomische Struktur der 
Gesellschaft die reale Grundlage bildet, aus der der gesammte Ueberbau der 
rechtlichen und politischen Einrichtungen sowie der religiosen, philosophischen 
und sonstigen Vorstellungsweisen eines jeden geschichtlichen Zeitahschnittes 
in letzter Instanz zu erklôren sind. Hiermit war der Idealismus aus seinem letzten 
Zufluchtsort, aus der Geschichtsauffassung vertrieben, eine materialistische 
Geschichtsauffassung gegeben’. » (Fr. ENGELs, Herrn Eugen Dühring’s Umwälzung 
der Wissenschaft, Einleitung, 3° éd., p. 12.) — Communiqué par Élie Halévy, 
ainsi que la citation de Marx placée ci-dessus dans le texte même de l’article. 

La science sociale issue des recherches de Le PLAY part d’une conception 
analogue, mais plus compréhensive : le genre de travail est le facteur social 
prédominant. (F. Mentré.) 

— L'expression matérialisme historique a été souvent critiquée, et avec raison, 
me semble-t-il. Étymologiquement, elle pourrait aussi bien s'appliquer à la 
sociologie à base biologique de Spencer. L'expression déterminisme économique me 
semblerait beaucoup plus précise et plus propre. LoriA propose économisme 
historique (La sociologia, 1901, p. 192). (C. Ranzoli.) 

Déterminisme économique serait également équivoque : il signifierait « doctrine 
suivant laquelle les phénomènes économiques sont soumis au déterminisme » 
bien plutôt que « doctrine d’après laquelle les phénomènes économiques déter- 
minent tous les faits sociaux ». 


1. « Que jusqu'à présent touée l'histoire a été l’histoire des luttes entre les classes, que ces classes sociales en lutte 
lee unes avec les autres sont toujours le produit des relations de production et d'échange, en un mot des ra, ports 
économiques de leur époque ; et qu'ainsi, À chaque moment, la structure économique de la société constitue FE {on- 

lement réel par lequel doivent s'expliquer en dernier ressort toute la superstruoture des institutions juridiques et 
litiques, ainsi que des concentions religieuses, philosophiques et autres de toute période historique. Par là l'idéa- 
eme a été chassé de son dernier refuge, la conception de l’histoire, et une conception matérialiste de l'histoire a été 


j donnée. « Le retournement de la science par M. Eugène Dühring. 














MATÉRIALISME 


EXTA 








REMARQUE 


« Matérialisme dialectique » s'oppose 
« matérialisme métaphysique », 


pas au sens d’ontologique, mais au sens 
de statique, d'immuable ; voir dialecu- 
que, 2, C. « La deuxième étroitesse spé- 
cifique de ce matérialisme (celui du 
xvie siècle) consistait dans son inca- 
pacité à considérer le monde en tant 
que processus, en tant que matière 
engagée dans un développement histo- 
rique. Cela correspondait au niveau 
qu’avaient atteint à l’époque les scien- 
ces naturelles, et à la façon métaphy- 
sique, c’est-à-dire anti-dialectique de 
philosopher qui en résultait. » Fr. En- 
GELS, Ludwig Feuerbackh et la fin de la 
philosophie classique allemande; dans 
Marx et ExceLs, Études philosophi- 
ques, p. 29. Voir les Observations 
ci-dessous. 


MATÉRIEL, D. A, ©. Stofflich ; B. 
Kôrperlich; E. Material ; 1. Materiale. 

A. Opposé à formel : qui appartient 
à la matière, ou qui constitue une 
matière au sens B. 

« Implication matérielle », voir Impli- 
cation* 

B. Opposé à spirituel : qui appar- 
tient à la matière, ou qui constitue une 
matière au sens C, 2°. 








REMARQUE 


Matériellement vrai se dit d’un juge. 
ment et surtout d’une proposition vrais 
en eux-mêmes, quand ils constituent 
la conclusion d’un raisonnement qui 
ne suffirait pas à en prouver la vérité, 
soit parce qu’il est formellement incor. 
rect, soit parce qu’une ou plusieurs de 
ses prémisses sont fausses; p. ex. : 
« Tous les nombres carrés sont des 
multiples de 3 (faux); or 225 est un 
carré (vrai) ; donc 225 est un multiple 
de 3 (« matériellement vrai », quoique 
tiré d’une prémisse fausse par un syl- 
logisme formellement correct) » ; — ou 
encore : « Le carbone est combustible 
(vrai); le carbonate de chaux n’est 
pas du carbone (vrai) ; donc le carbo- 
nate de chaux n’est pas combustible 
(« matériellement vrai », quoique tiré 
de deux prémisses vraies par un raison- 
nement vicieux). » 

Par une analogie a contrario, on a 
qualifié de « formellement vraie » une 
proposition, vraie ou fausse en elle- 
même, qui est correctement déduite 
d’autres propositions ; mais c’est une 
expression que rien ne justifie : ce qui 
peut être dit formellement vrai, en ce 
cas, est l’ensemble duraisonnement dont 
elle est la conclusion, mais non cette 
conclusion elle-même. Voir Vérité*. 

Rad. int. : A. Material; B. Fizikal, 
Korpal. 





Sur Matérialisme dialectique. — Le texte cité d’Engels nous a été communiqué 


par M. René Maublance qui ajoute 


: « C'est Engels qui a voulu distinguer la théorie 


de l’évolution sociale à laquelle il a gardé le nom de matérialisme* historique, 


usuel chez Marx, et la théorie générale du monde, à laquelle il donne le nom de 
« matérialisme dialectique ». Cette distinction est nettement indiquée dans son 
ouvrage Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (voir 
ci-dessous, Observations sur Métaphysique*). Elle a été adoptée ensuite par 
Lénine, Plékhanov, Boukharine, et se retrouve dans de nombreux ouvrages 
allemands. 

Je ne puis dire exactement à quel moment l’expression de matérialisme dialec- 
tique s’est introduite en France. Elle apparaît naturellement dans les traductions 
de livres russes publiées aux Éditions Sociales Internationales : N. BOUKHARINE» 
La théorie du Matérialisme historique (1927) ; LÉNINE, Matérialisme et empirio: 
criticisme (1928). Le Feuerbach d'ENGELs n’a été traduit qu’un peu plus tard 
{première traduction par Marcel Ouivier, Les Revues, 1931). 





1 


595 


MATIÈRE 





1. MATHÉMATIQUE, subst. (Au 
singulier : CoNporceT, Auguste COMTE, 
etc. ; mais plus fréquemment au pluriel: 
Les Mathématiques.) — D. Mathematik; 
E. Mathematics ; 1. Matematica. 

Non générique de toutes les sciences 
qui ont pour objet le nombre, l’ordre 
(numérique), ou l'étendue. Voir Algé- 
bre*, Analyse*, Arithmétique*, Géomé- 
trie*, etc. 

Mathématique universelle, « Mathesis 
universalis » expression usuelle à l’épo- 
que de Descartes (voir J. LAPORTE, Le 


rationalisme de Descartes, p. 8, note 7) ! 


et qu’il a adoptée dans les Regulae 
pour désigner « generalem scientiam, 
quae id omne explicat quod circa ordi- 
nem et meusuram nulli speciali mate- 
riae addictos quaeri potest ». (Ibid. 
règle IV ; Ad. et Tann., p. 378.) C'est 
la méthode elle-mmème, dans sa portée 
générale, telle qu’elle est définie dans la 
règle V. 


REMARQUE 


La question de savoir d’une part si 
toutes ces sciences peuvent être rame- 
nées à une définition directe unique, 
et d’autre part s’il est possible de tra- 
cer une ligne de démarcation séparant 
d’une manière précise les mathéma- 
tiques de la logique ont été l’objet de 
discussions qui ne peuvent étre ici que 
mentionnées. 

Rad. int. : Matematik. 


2. MATHÉMATIQUE, adj. — D. 
Mathematisch; E. Mathematic; 1. Ma- 
tematico. 

A. Qui appartient aux mathéma- 





tiques : « Le raisonnement mathéma- 
tique. » 

B. Qui use des mathématiques, qui 
s'exprime sous forme mathématique : 
« La physique mathématique. » 

C. Par extension (et généralement 
par hyperbole), qui présente le même 
caractère que les mathématiques, soit 
en tant que rigoureux, soit en tant que 
nécessaire, — Ce sens est familier. 

Rad. int. : À. Matematikal ; B. Ma- 
tematik ; C. Matematikatr. 


« MATHÉSIOLOGIE, » terme créé 
par AMPÈRE, pour désigner la théorie de 
la classification des sciences, considérée 
du point de vue de l’enseignement. 
Essai sur la philos. des sciences, Introd., 
p. 32. Cf. Préface, p. xxxr. Ce terme 
est peu usité. 


« MATHÉSIOTAXIE » a été employé 
par Duran DE Gros pour Classifi- 
cation des sciences. Aperçus de tatin. 


| gén., 250, 260, etc. 


MATIÈRE, G. üAn (cf. L. Sylva); 
L. Materia, materies; D. Alaterie, 
Stoff; E. Matter dans tous les sens ; 
au sens propre, À. material ; au figuré, 
stuff ; — I. Materia. 

A. Primitivement, les objets naturels 
que le travail de l’homme utilise ou 
transforme en vue d’une fin ; spéciale- 
ment (5An, materies) : le bois de cons- 
truction. —— De là : 

B. Dans les expressions d’origine 
aristotélicienne et scolastique (et, dans 
ce cas, toujours opposé à forme*) : 
19 ce qui, dans un être, constitue l’élé- 


Sur Matière et Matérialisme. 

Le mot matérialisme apparaît pour la première fois à l’époque de ROBERT 
Boyze. Voir notamment The excellence and grounds of the mechanical philosophy, 
1674. — On le trouve chez LE1IBNIZ opposé à idéalisme : les types de ces deux 
doctrines sont selon lui Épicure et Platon. Réplique aux réflexions de Bayle, 1702. 
Erdmann, 186 A ; Janet, I, 697. (R. Eucken.) 

Murray cite le mot materialists, dans les Divine Dialogues d'Henry More 
(1668). 

La première rédaction de cet article citait le passage suivant de Ravaïsson 





1. La supériorité et les fondements de la philosophie mécanique. 














MATIÈRE 


596 





ment potentiel, indéterminé, par oppo- 
sition à ce qui est actualisé ; 29 toute 
donnée, physique ou mentale, déjà dé- 
terminée, qu’une activité reçoit et 
élabore ultérieurement. 

On a dit primitivement pour dis- 
tinguer ces deux acceptions « matière 
première » et « matière seconde »; 
mais l’expression « matière première », 
en passant dans le langage courant, est 
devenue synonyme de « matière se- 
conde », qui est tombé en désuétude, 
en même temps que s’effaçait dans le 
mot matière l’idée aristotélicienne de 
potentialité pure. 

« The term Matter is usually applied 





to whatever is given to the artist and 
consequently, as given, does not Come 
within the province of the art itself to 
supply. The form is that which is given 
in and through the proper operation 
of artl. » (MANSEL, Prolegomena logica, 
226, dans Mari, Examination of sir 
W. Hamilton's philosophy, ch. XX.) 
On appelle souvent, en ce sens, mu- 
tière de la connaissance (par opposition 
à la forme* de celle-ci), les données 





L. « Le terme malière est usuellement appliqué à tout 
ce qui est donné à l'artiste et que par conséquent, en 
tant quo donné, il n'appartient pas à l’art urmème 
de fournir. La forme est ce qui est donné dans et par 
l'opération propre de l'art. » 





597 


PR ane 


concrètes qui forment le contenu* de 
la pensée. Cf. KanT : « … den rohen 
Stoff sinnlicher Eindrücke zu einer 
Erkenntniss der Gegenstände zu ver- 
arbeiten!. » (Kruit. der reinen Vernunft, 
Einleitung, 1, B. 1.) Il la nomme aussi 
Grundstoff. (Ibid.) 

C. Au sens moderne (d’origine sur- 
tout cartésienne) ; et dans ce cas, op- 
posé tantôt à la forme, tantôt à l'esprit : 

1° Si l’on distingue, par abstraction, 
dans un objet physique : 40 la figure 
géométrique qui le limite dans l’es- 





1. « .… élaborer la matière brute des impressions 
sensibles en une connaissance des objets. » 








MATIÈRE 


pace ; 29 ce qui lui donne une réalité 
concrète, une présence actuelle et indi- 
viduelle, le premier de ces éléments est 
appelé sa forme, et le second sa matière. 

« La matière... dont la nature con- 
siste en cela seul qu’elle est une chose 
étendue, occupe maintenant tous les 
espaces imaginables, et nous ne sau- 
rions découvrir en nous l’idée d’aucune 
autre matière. » (DESCARTES, Principes, 
11, 22.) — « Le titre des matières d’or 
et d'argent... » (Code pénal, art. 423.) 

2° Par opposition à l'esprit : ce qui 
est objet d’intuition dans l’espace, et 
possède une masse* mécanique. Cf. 
Corps*. 





comme un exemple de la confusion possible entre les sens du mot matière, et de 
la facilité avec laquelle la réflexion philosophique se joue dans le passage de l’un 
à l’autre. 

« L'idée de la matière n’est réellement que l’idée de ce dont on fait une chose 
en lui donnant une forme, et qui passe ainsi d’un état relativement indéterminé 
et imparfait à un état de détermination et de perfection. D'ou il suit que si l’on 
veut chercher au delà de toute forme une matière première ou absolue, on n’arri- 
vera qu’à un véritable rien. Qu'est-ce en effet que l’idée de quelque chose qui 
n'aurait aucune manière déterminée d'exister ? C’est l’idée tout à fait abstraite 
de la pure et simple existence, qui équivaut à celle du néant. Le matérialisme 
absolu n’a jamais existé, et ne saurait jamais exister. Qu'est-ce donc alors que 
le matérialisme de tel ou tel système ? C’est la théorie qui, sans aller jusqu'aux 
dernières conséquences de son principe, explique les choses par leurs matériaux, 
par ce qui est en elles d’imparfait, et dans cet imparfait prétend trouver la raison 
de ce qui l’achève. Selon l’excellente définition d’'Auguste Comte... le matérialisme 
est la doctrine qui explique le supérieur par l’inférieur. Qu'est-ce qui en fait le 
faux ? C’est que précisément il est contradictoire, comme disait Aristote, que le 
meilleur provienne du pire, que le moins produise le plus. C’est l’œuvre achevée 
qui explique l’ébauche, le complet, le parfait qui explique l’inférieur. Par suite, c’est 
l'esprit seul qui explique tout. » (Rapport sur la philos. en France au XI X® siècle, 
p. 189.) 

MM. J. Lachelier, Pécaut, Blondel, Boisse ont pris la défense de cette critique 
de Ravaisson et de la définition d’Auguste Comte : 

Je crois que l’on ne peut bien entrer dans le sens des mots matière et matérialisme 
qu’en partant de la philosophie d’Aristote. 11 me paraît clair qu’il y a en tout 
être : 1° ce qui lui donne son sens et son intérêt propre : c’est son idée ou sa forme; 
29 ce qui est pour cette forme un point d'appui nécessaire, ce sans quoi elle serait 
abstraite ou simplement possible. Par exemple ce qui donne un sens à une existence 
humaine, c’est le fait de penser ; mais la pensée suppose, pour exister, un Corps 
vivant. Si l’on ne considère que ce corps, ce qui lui donne un sens, c’est de vivre; 
mais cette vie suppose, pour exister, un organisme, etc. Seulement je ne dirai pas, 
avec M. Ravaisson, qu’en remontant, ou plutôt en descendant toujours ainsi, on 
finirait par ne plus rien trouver : je crois qu’il y a un dernier réel, que Leibni? 
regardait avec raison comme un élément indispensable de sa monade, un principe 





de résistance et de retardement sans lequel l'effort se perdrait dans le vide, ou 
plutôt ne naîtrait même pas ; et d’une matière générale, en remontant, on trouvera 
qu'il faut toujours une matière pour une forme, des faits, par exemple, pour une 
construction systématique, des penchants normaux et suffisamment énergiques 
pour la vertu, un degré suffisant de la beauté plastique pour servir de support à 
la beauté d'expression, etc. — Vous me direz peut-être que ces choses que j'appelle 
spirituelles, comme pensée, vie, beauté, ne sont pas des êtres, mais des manières, 
pour un être, d’avoir conscience de lui-même ou d’un autre être, de simples 
modifications ; par conséquent, de simples prédicats. Mais la philosophie d’Aristote 
consiste précisément à placer l’être véritable dans le penser, Le sentir, etc., et à 
ne voir dans ce qui pense, ou sent, que la condition matérielle du penser et du 
sentir; et croire (comme presque toute la philosophie moderne) que c'est cette 
condition qui est l'être et que le penser, le sentir, ne sont que des modes, c’est 
du point de vue de la philosophie d’Aristote, l'essence même du matérialisme. 
(J. Lachelier.) 

Le pur matérialisme est un non-sens. Le matérialisme est moins un système 
qu’une tendance, tendance dont Auguste Comte proposait cette profonde défini- 
tion : « Expliquer le supérieur par l’inférieur. » (M. Blondel.) 

N'y aurait-il pas lieu de commencer par la définition générale donnée par 
Auguste Comte, et de passer ensuite, mais ensuite seulement, aux sens À, B, C? 
(L. Boisse.) 

La définition d’Auguste Comte me paraît excellente. 1° Elle est claire. Le supé- 
rieur, c’est l'existence qui a plus d’attributs ; l’inférieur, celle qui en a moins. Le 
roseau pensant est supérieur au roseau qui ne pense pas. Sont matérialistes, par 
conséquent, les tentatives pour expliquer une civilisation par le milieu physique 
où la race; pour expliquer le Liologique par le chimique, etc. — 2° Elle a une 
&rande valeur philosophique, en ce qu’elle définit les termes d’un des plus grands 
Problèmes spéculatifs. Des lois très simples, comme des lois mécaniques d’attrac- 
tion ou de répulsion en fonction des distances, peuvent-elles rendre compte de la 
lichesse du monde en attributs ? Et c’est contre la solution matérialiste, si bien 
définie par Comte, que s’élévent la plupart des philosophies modernes, par exemple 


la doctrine de M. Boutroux. celle de M. Bergson, et la seconde philosophie de 


Comte lui-même. (F. Pécaut.) 
Dans sa définition du matérialisme, Auguste Comte ne me paraît pas désigner 








MATIÈRE 598 


Observations (suite) 


par supérieur et par inférieur ce qui a un plus ou un moins grand nombre d’attri- 
buts. Ce n’est pas pour lui une question de complexité logique, mais une question 
de valeur, relative à la classification subjective et aux intérêts de l'Humanité. 
(Voir en particulier le 2° volume de la Politique positive.) Il considère surtout 


le matérialisme comme un renversement de la véritable échelle des valeurs. 
(G. Milhaud.) 


Il me paraît dangereux, en même temps qu’artificiel, de chercher une idée 
centrale et essentielle qui soit commune à toutes les acceptions des mots matrère 
et matérialisme. Le sens des mots se transforme et se diversifie dans le temps par 
des processus qui sont bien loin de se réduire aux rapports logiques de genre et 
d'espèce : la sémantique nous met en garde contre les tendances ce l'esprit philo- 
sophique, toujours enclin à systématiser son objet, et à ne pas accorder une 
importance suffisante à ce qu'il y a dans les choses d’accidentel et d historique. 
Le mot matière s’est différencié en deux directions divergentes : l'une aristoté- 
licienne et scolastique, caractérisée par une sorte d'emploi adjectif et relatif 
du mot : il n’y a rien en ce sens qui soit la matière ; mais telle ou telle donnée est 
matière par rapport à telle ou telle forme ; — l’autre, cartésienne et scientifique, 
où le mot est nettement substantif : La matière est alors la res extensa, qui s oppose 
à la res cogitans. C'est de ce second sens que vient à son tour la principale acception 
du mot matérialisme, qu'il aurait peut-être été plus clair de remplacer par le 
nom de corporalisme. Mais il est arrivé que matière, en ce sens, s’opposant à esprit, 
a pris quelque chose de l’idée chrétienne de la chair, de la ve animale, en tant 
qu’elle s'y oppose aussi. On parle de préoccupations, de goûts, d'intérêts « maté- 
riels » ; on dit d’un homme qu'il est « enfoncé dans la matière ». (Hylique, baux: 
qui pour Aristote signifiait seulement corporel, est devenu chez les Pères de 
l'Église synonyme de charnel, et s'oppose à nvevuatix6c.) Et c'est ainsi que le 
« corporalisme » ontologique se trouve appelé du même nom que l« animalisme , 
moral, théorique ou pratique, et que | « économisme » historique. L'usage aristo- 
télique du mot üan, s’il est l’origine première de tous nos emplois philosophiques du 
mot matière, ne suffit donc pas à définir un genre dont ils seraient les espèces. 

Quant à la définition d’Auguste Comte, le principal défaut en est qu’on peut 
faire dire trop de choses diverses à ces mots d’inférieur et de supérieur, Qui ont 
été critiqués ici même. Le sens dans lequel les prend Ravaisson semble bien déjà 
n'être pas tout à fait le même que celui de son auteur. il est bien difficile d accorder 
que le plus et le moins soient la même chose que le meilleur et le pire. La question 
de la richesse logique est indépendante de celle de la valeur esthétique ou morale. 
— Mais admettons que l’on précise et que par supérieur on entende, comme le 
veut M. Pécaut, ce qui a plus d’attributs. La définition, dès lors, ne conviendra 
plus du tout aux systèmes généralement appelés matérialistes, par exemple à celui 
d'Holbach ou à celui de Büchner. On ne peut dire que pour eux la matière ait 
moins d’attributs ni qu’elle soit moins déterminée que la vie ou la conscience. 
Ni l’un ni l’autre ne vise à découvrir « au delà de toute forme » une matière qui se 
déterminerait d'elle-même automatiquement : cette formule s’appliquerait bien 
mieux à la philosophie de Spencer, qui fait sortir l’hétérogène de l’homogène, et 
qui par là tombe en effet directement sous la critique de Ravaisson : mais préci- 
sèment cette philosophie repousse le nom de matérialisme. Le reproche généra” 
lement fait à ceux qui acceptent ce nom est au contraire d’avoir trop enrichi 
l'idée de matière, d'y avoir supposé des propriétés que nous ne percevons pas 
effectivement dans les corps. (Voir par ex. JANET, Le matérialisme contemporatn, 
p. 29-89, 2e éd.) 





599 


« Materie ist das bewegliche im 
Raume!. » (KANT, Metaph. Anfangs- 
gründe der Naturwiss., 1.) « Les élé- 
ments de la matière peuvent se rame- 
ner à l'étendue et au mouvement. » 
(E. Bourroux, De la contingence des 
lois de la nature, ch. 1v.) 

En cesens, les uns opposent la notion 
de matière à celles de force, de mouve- 
ment, d'énergie qu’ils rapprochent de 
la notion d'esprit ; les autres les consi- 
dèrent au contraire comme inséparables 
de l’idée de matière et les opposent en 
bloc à la pensée. Voir, p. ex., P. JANET, 
Le matérialisme contemporain, chap. IV. 
— E. Bourroux a distingué les corps 
(«les éléments chimiques en tant qu’ils 
sont susceptibles d’hétérogénéité ») de 
la « matière pure et simple » telle 
qu'elle est définie ci-dessus. (Zbid. 
chap. V.) 


MATIÈRE 





CRITIQUE 
L’enchaïînement de ces sens est établi 
par rayonnement autour du sens A. Si, 
dans l’opération usuelle qui a fourni ce 
cadre à notre pensée abstraite, on consi- 
dère surtout la construction et l’organi- 
sation nouvelles que reçoivent des ma- 
tériaux préexistants, l'opposition de 
forme et matière est celle que définit le 
sens B ; si l’on porte l’attention sur le 
changement que reçoit la figure exté- 
rieure des matériaux (taille des pierres, 
modelage de l’argile), l'opposition prend 
l’aspect tout différent que représente le 
sens C-1; si l’on considère enfin la 
passivité et l’inertie des objets sur les- 
quels on opère, par opposition à l'esprit 
qui conçoit la forme, ou au travail qui 
la réalise, on en arrive au sens C-2. 
Malgré l’unité de la métaphore techno- 


logique qui en fonde le sens, ce mot est 
donc très équivoque, puisqu’un objet 


1. « La matière est ce quiest mobile dans l’espace. » s , ; , 
Phiniers | mélap à dla ae dl de pensée n’est « matière » qu’en tant 
naiure. » 





qu'on divise l’opération totale de pro- 





L'idée dominante du matérialisme théorique paraît être bien plutôt dans la 
réunion de ces trois thèses : au point de vue métaphysique, qu’il n’existe rien 
qui soit séparable de la matière corporelle, si ce n’est verbalement et par abstrac- 
tion ; — au point de vue méthodologique, que seule l'étude de cette matière 
peut éclairer la vie de l’esprit et donner prise sur elle ; — enfin, au point de vue 
moral, que l’homme est un être simple, dont toutes les tendances forment norma- 
lement un système harmonique et homogène, et non pas un être double, où deux 
systèmes de fins sont en conflit. (Que ces thèses, d’ailleurs soient nécessairement 
solidaires ou non, ce n’est pas ici le lieu de l’examiner). — Il est bien vrai que les 
matérialistes font souvent effort pour expliquer le plus grand nombre possible de 
faits par le plus petit nombre de principes. Mais cette tendance ne leur est pas 
propre et ne peut servir à caractériser leur doctrine : car tout système logique a 
pour objet de déduire du plus petit nombre d’hypothèses la plus grande variété 
possible de conséquences. C’est inême pour cela que les matérialistes modernes, loin 
delimiter a priori, comme Démocrite ou comme Descartes, le nombre des propriétés 
de la res extensa, déclarent au contraire laisser à l’expérience le soin de révéler 
Quelles déterminations essentielles il faudra lui attribuer ; par exemple : 

: € Nous ne connaissons point les éléments des corps, maïs nous connaissons 
quelques-unes de leurs propriétés ou qualités... Les hommes ont regardé la matière 
comme un être unique, grossier, passif, incapable de se mouvoir, de se combiner, 
de rien produire par lui-même ; au lieu qu'ils auraient dû la regarder comme un 
&enre d’êtres dont tous les individus divers, quoiqu'ils eussent quelques propriétés 
communes telles que l’étendue, la divisibilité, la figure, etc., ne doivent cependant 
Point être rangés sous une même classe, ni être compris sous une même déter- 
mination. » (D'HozBacu, Système de la nature, I, ch. 2.) « Le système de la spiri- 
fualité, tel qu'on l’admet aujourd'hui, doit à Descartes toutes ses prétendues 











MATIÈRE 


duction suivant l’un ou l’autre de ces 
points de vue. La « cause matérielle » 
se définit en autant de sens distincts 
qu’il y a d’autres causes mises en anti- 
thèse avec elle. 

Rad. int. : À, B. Materi; C-1. Subs- 
tanc. C-2. Korp. 


MAUVAIS, D. Bôse (surtout au sens 
moral) ; Übel (fâcheux, déplaisant, dé- 
sagréable) ; Schlecht (de mauvaise qua- 
lité); — E. Bad; evil (au sens de mal 
moral, malheur, « mauvais œil »); — 
L. Cattivo (dans tous les sens) ; malo. 

Contraire de bon*. Terme général de 
désapprobation, soit au point de vue 
logique : « mauvais raisonnement » ; 
soit au point de vue esthétique : « mau- 
vais vers » ; soit au point de vue moral: 
« mauvaise action »; soit au point de 


600 


vue utilitaire : « mauvais outil, mau- 
vais calcul »; etc. 
Spécialement : 


Mauvaise conscience, D. Schlechtes 
Gewissen ; E. Bad conscience ; I. Mala 
coscienza. 

État de la conscience qui éprouve 
des remords ou des doutes graves sur 
la légitimité morale de ce qu’a fait 
l'agent. Voir W. JANKÉLÉVITCH, La 
mauvaise conscience (1939), où il marque 
fortement le rapport de cette idée à 
celle du « malheur de la conscience » 
chez Hegel, notamment ch. I : « La 
conscience douloureuse. » 


REMARQUE 

Cette expression est ancienne chez 
les moralistes et dans la langue cou- 
rante ; mais l’usage philosophique en a 








preuves... il est le premier qui ait établi que ce qui pense doit être distingué de 
la matière : d’où il conclut que notre âme ou ce qui pense en nous est un esprit, 
c’est-à-dire une substance simple et indivisible. N’eût-il pas été plus naturel de 
conclure que puisque l’homme qui est matière et qui n’a d’idées que de la matière, 
jouit de la faculté de penser, la matière peut penser ? » (Ibid., ch. vi.) (A. L.) 


Le sens B ne restreint-il pas trop le sens du matérialisme psychologique ? En 
réalité sont matérialistes toutes les doctrines qui même sans considérer les faits 
psychiques comme des épiphénomènes, les réduisent aux faits physiologiques 
{vibrations nerveuses, mouvements moléculaires, des cellules corticales). Tel est 
le matérialisme qui commence avec Démocrite, Épicure, Lucrèce, qui n avaient 
aucun concept d’épiphénomène, et qui, par La Mettrie et d’Holbach, aboutit à 
Büchner, Moleschott, K. Vogt, etc. (C. Ranzoli.) — Le matérialisme ancien me 
semble ontologique, et non pas méthodologique ; c’est seulement quand la question 
de méthode est mise en jeu qu’on peut distinguer un matérialisme psychologique 
du matérialisme métaphysique. Et la notion d'épiphénomène est précisément 
caractéristique de cette vue, que le mot d’ailleurs soit ou ne soit pas employé par 
ceux qui la soutiennent. Telle serait par exemple la doctrine d’Auguste Comte 
écrivant que « la théorie positive des fonctions affectives et intellectuelles doit 
consister désormais dans l’étude des phénomènes de sensibilité intérieure propre 
aux ganglions cérébraux, cæ qui ne constitue qu’un prolongement de la physio- 
logie » (Cours de phil. pos., leçon 45), si cette théorie méthodologique n était pas 
corrigée par l'étude sociologique de l'intelligence, du sentiment et de l’activité 
humaine, qui en découvre une autre face. (A. L.) | 

On peut se demander si l’on doit appeler matérialistes ceux des philosophes 
antésocratiques et des Pères de l’Église qui, tout en distinguant l'âme du corps, 
considèrent cependant la première comme une substance matérielle, mais plus 
subtile que la seconde ? Je crois que oui, et c’est aussi l'opinion de Hoffding, qui 
appelle cette théorie matérialisme primitif par opposition au matérialisme moderne: 
(Psychologie, I, 5; 11, 8, a, b.) (C. Ranzoli.) 


601 





été répandu par Nietzsche, qui y voit 
une déformation maladive, inconnue 
des âmes de maîtres, et que ceux-ci 
entretiennent chez les autres pour 
assurer sur eux leur domination. Voir 
Zur Genealogie der Moral (1887), et 
cf. P. FouLquié, La mauvaise cons- 
cience, dans la revue L’école, du 
143 mars 1951. 


MAXIME, D. Maxime; E. Marim ; 
IL Massima. 

A. Formule brève, résumant une 
règle de conduite, un principe de logi- 
que ou de droit, une observation psy- 
chologique de caractère général. — 
Pour l’histoire de ce mot, notamment 
l'emploi qu’en font Locke et Leibniz, 
voir Observations. 

B. Chez Kanr : règle de conduite 
considérée par celui qui l’adopte comme 
valable pour sa volonté propre, sans 
référence à celle d’autrui. Voir Loi*. 


MAXIMUM, D. E. Morimum; I. 
Massimo. 

A. (Maximum absolu.) Valeur la plus 
grande, ou la plus grande possible, 
d'une quantité susceptible de diffé- 
rentes grandeurs. 

B. (Maximum relatif.) En parlant 
d’une variable ou d’une fonction, valeur 
plus grande que celles qui la précèdent 





MÉCANIQUE 


et qui la suivent immédiatement. (En 
ce sens une fonction peut passer par 
divers maximums, égaux ou inégaux.) 

Maximal, qui est un maximum, ou 
qui est assujetti à une condition de 
maximum. 

On appelle Extremum le genre dont 
Maximum et Minimum sont deux es- 
pèces. L’adjectif extrémal s'emploie au 
même sens. 

Au premier comme au second sens, 
ces mots s'appliquent non seulement 
aux grandeurs proprement dites, mais 
à tout ce qui peut y être assimilé. 


1. MÉCANIQUE, adj. — D. Mecha- 
nisch ; E. Mechanical ; I. Meccanico. 

A. Qui concerne les machines, ou 
s'exerce par le moyen de machines. 
« Arts mécaniques », opposés aux arts 
libéraux. « Fabrication mécanique. » 

Se dit, par suite, de tout ce qui est 
analogue en nature aux machines que 
construit l’industrie humaine. Cette 
analogie peut s'entendre en plusieurs 
sens très différents : 

B. Est mécanique ce qui consiste en 
une représentation, ou ce qui fournit 
une explication intuitive et concrète, 
comme celles que donne la connais- 
sance d’un mécanisme, au sens À. « Mo- 
dèle mécanique. » — « Tous les physi- 











Sur Maxime. — Terme très employé par Locke, Essay, livre IV, ch. viret xur, 
et dans les chapitres correspondants des MNouveaux Essais de LEiBniz. Locke 
entend par là toutes les propositions admises sans preuve, et le plus souvent 
par une sorte de convention tacite, qui laisse aisément place à l’erreur. — LEIBNIz 
en restreint le sens aux axiomes (au sens de propositions évidentes) : « Je m'étonne, 
monsieur, que vous tourniez contre les maximes, c’est-à-dire contre les principes 
évidents, ce qu’on peut et doit dire contre les principes supposés gratis. » Vous. 
Essais, IV, x11, 6. 

Sur l'usage antérieur de ce mot, dans la Scolastique, voir le Dictionnaire de 
Bazpwin, sub Vo, 

— Victor Eccer, dans son Cours de morale (Revue des cours et conf., juin 1909), 
tirait de ce radical « maximer » et maximation ». « Maximer la conduite » c'est 
lui donner une forme générale et absolue. (F. Mentré.) 


Sur Maximum. — Pour éviter les équivoques de ce terme, MoLx a proposé 
d'appeler marimante la valeur de la variable qui correspond à la valeur maxima 
d'une fonction considérée, et d'appeler cette dernière mazimée. Ces expressions 


| seraient commodes et souvent utiles. (J. Hadamard.) 



































MÉCANIQUE 





ciens qui se rattachent à l’école méca- 
niste admettent que la physique théo- 
rique repose sur la considération d’élé- 
ments objectivement représentables. » 
(Rey, La théorie de la physique chez 
les physiciens contemporains, 253.) — 
L’ « explication mécanique », en ce 
sens, s'oppose à la méthode qui se 
contente d'établir entre les phénomènes 
des relations fonctionnelles abstraites, 
telle qu’elle est définie notamment dans 
La théorie physique de Dunrm (1906). 

C. Ce qui exclut toute puissance 
occulte*, toute finalité* interne ou 
immanente. « Tout phénomène est mé- 
canique, c’est-à-dire déterminé par des 
conditions antécédentes invariables. » 
(L. Liarp, La science positive et la 
métaphysique, 289.) S'oppose souvent, 
en ce sens, à dynamique* ou organique. 

Spécialement, dans le cartésianisme, 
ce qui s'explique par les seules notions 
d’étendue et de mouvement. « La per- 
ception est inexplicable par des raisons 
mécaniques, c’est-à-dire par les figures 
et les mouvements. » (LEIBNIZ, Mona- 
dologie, xvi1.) 

D. Ce qui peut se réduire aux seuls 
concepts en usage dans la mécanique 
rationnelle* et aux formules analytiques 
qu’elle emploie. « C’est une théorie 
mécanique, puisqu'elle fait intervenir 
des forces, des déplacements, des vites- 
ses, des accélérations, sous des formes 
analytiques qui sont celles de la méca- 
nique rationnelle. » (LiPPMANN, Préface 
à la tr. française des Phénomènes phy- 
siques de Ricxi, p. 1v.) — S’oppose 
souvent, en ce sens, à physique*. 

E. Qui exclut de la représentation 
des choses la notion de force (considérée 
comme un résidu des notions anthro- 
pomorphiques et occultes. — Cf. ci- 
dessus le sens C). Le mot, dans ce cas, 
s'oppose quelquefois à énergétique*, 
quelquefois à dynamique*. Voir A. Rey, 
L'énergétique et le mécanisme au point 
de vue de la connaissance (1907). 





 , 


CRITIQUE 


On voit par ce qui précède combien 
ce terme est peu sûr. Encore la plupart 
des sens énumérés ci-dessus admet- 
traient-ils des subdivisions. Le méca- 
nisme cartésien n’est pasidentique dans 
ses notions fondamentales au méca- 
nisme newtonien, ni même au méca- 
nisme leibnizien. « Il n’est guère pos- 
sible, dit Abel REY, de suivre pour la 
théorie mécaniste la méthode qui a été 
suivie pour les autres conceptions de 
la physique : on n’en finirait pas à 
vouloir exposer toutes ses nuances. » 
(La théorie de la physique, etc., p. 233.) 

Émile PicarD va même jusqu’à dire 
que, « pris en un sens tout à fait géné- 
ral, le mot d'explication mécanique est 
vide de sens ». (La Science moderne, 
p. 126.) Il entend par là qu'il existe 
des formes très diverses de mécanique 
mathématique, telles que celles de 
Boltzmann, de Hertz, ou même telles 
que l’énergétique, et que les caractères 
définissant une « explication méca- 
nique » diffèrent dans chacune d’elles. 
L'opposition est particulièrement frap- 
pante entre le sens B et le sens D 
d’une part, entre le sens D et le sens E 
de l’autre. Dans le sens B, le méca- 
nisme peut comprendre des faits de 
frottement, de cohésion, de dégrada- 
tion de l'énergie, etc. ; les « machines 
thermiques » ne fonctionnent pas moins 
mécaniquement, en ce sens, que le sys- 
tème solaire. Au sens D, au contraire, 
il n’y a de mécanique que ce qui fonc- 
tionne sur le modèle de la « mécanique 
céleste ». Le caractère de ce qui est 
mécanique, au premier sens, est surtout 
intuitif et concret : un processus sera 
dit mécanique si l’on en peut avoir Ce 
genre de représentation que donne 
machine à l’ouvrier qui la connaît bien, 
et dont l'imagination kinesthésique est 
développée. Le caractère de ce qui est 
mécanique, au second sens, est au 
contraire abstrait et général; il im” 


RS Re et 


Sur Mécanique. — Article complété et remanié d’après les observations 


d’Abel Rey. 





603 . 


jique la considération des choses, non 
pas en tant que réalités individuelles, 
mais en tant que résultantes d’un sys- 
tème de lois. 

D'autre part, le sens D admet pour 
un de ses éléments essentiels la notion 
de force, que rejette le sens E. Toutes 
les discussions qui roulent sur les déno- 
minations de « mécanique, mécanisme, 
mechanistische Weltanschauung », etc. 
sont donc oiseuses, si l’on ne précise 
pas expressément dans chaque cas le 
caractère qu’on entend désigner par là. 

Rad. int. : À. Mashinal:; B. Mashi- 
noid ; C. Mekanismal ; D. Mekanikal ; 
E. Cinematikal. 


2. MÉCANIQUE, subst. — D. Me- 
chanik ; E. À, B. Mechanics (A. Engi- 
neering) ; |. Meccanica. 

A. Art de la construction, de l’entre- 
tien, de l’utilisation des machines. On 
dit quelquefois en ce sens, et par oppo- 
sition au sens B : « Mécanique indus- 
trielle. » 

B. Théorie mathématique de ce qui, 
dans l’action des machines, peut être 
mis sous une forme hypothético-déduc- 
tive. 

On appelle notaminent « Mécanique 
rationnelle » la science théorique des 
mouvements réduite à la considération 
des masses, des forces et des liaisons. 
Élle est généralement divisée depuis 
ÂmPÈRE en cinématique (étude des pro- 
priétés géométriques des mouvements 
dans leur rapport avec le temps, sans 
ihtervention des notions de masse ni 
de force) ; statique (étude des forces 
dans l’état d’équilibre) ; dynamique 
(étude du mouvement dans son rap- 
Port avec les forces). 

On réduit quelquefois l’extension de 
€æ mot aux deux dernières divisions, 
u’on oppose ainsi en bloc à la ciné- 
matique. On peut alors résumer le do- 
Maine de la Mécanique dans les deux 
Problèmes suivants : « Trouver le mou- 
sement que prend un système de corps 
&us l’action de forces données; 2° trou- 
%er les forces capables d'imprimer à 


.®n système de corps un mouvement 


Li 





MÉDIAT 


donné. » (APPELL, Traité de Mécanique 
rationnelle, tome I, Introduction.) 

Rad. int. : À. Mashin-art; B. Me- 
kanik. 


MÉCANISME, D. Mechanismus (C. 
Mechanistische Weltanschauung): E. 
Mechanism ; 1. Meccanismo. 

A. Combinaison mécanique, au sens 
A; machine. 

B. Métaphoriquement, tout prores- 
sus dans lequel on peut déterminer, 
par l’analyse, une série de phases su- 
bordonnées et dépendant l’une de 
l’autre : « Le mécanisme de l’attention, 
de la reconnaissance ; — le mécanisme 
du syllogisme. » 

C. Théorie philosophique admettant 
qu’une classe de faits, ou même tout 
l’ensemble des phénomènes, est sus- 
ceptible d’être ramené à un système de 
déterminations « mécaniques », à l’un 
quelconque des sens de ce mot. 


CRITIQUE 


Rien n’est plus indéterminé que le 
sens de mécanisme en tant qu’on l’ap- 
plique aux théories physiques ou phi- 
losophiques. Voir ci-dessus 
que*, critique. 

Rad. int. : À. Mashin ; B. Proced : 
C. 1° Mashinalism ; °0 Mekanism. 


MÉDIAT, D. Mittelbar, vermittelt ; 
E. Mediated (Mediate se dit surtout de 
l’élément intermédiaire lui-même, du 
moyen, non de ce qui est rattaché à 
quelque autre chose par cet intermé- 
diaire ; V. Mediation*) ; I. Mediato. 

Voir Immédiat*. 

A. Qui est en relation avec un autre 
terme (et, spécialement, qui dérive 
d’un autre terme) par l'intermédiaire 
d’un troisième. Une « conclusion mé- 
diate » est celle qui se tire d’une ma- 
jeure par le moyen d’une mineure. Un 
« effet médiat » est celui qui est l’effet, 
non d’une cause donnée, mais d’un 
effet de cette cause. 

B. (Par opposition à immédiat, pris 
au sens de primitif, subsistant par 
soi-même) conditionné, dépendant 
d’autre chose. 


Mécani- 


Fe 























MÉDIAT 


604 








REMARQUE 


Ce terme est assez rare en français. 
[l est beaucoup plus usuel en allemand 
où Vermitteln (n. s’interposer ; act. ac- 
commoder un différend, négocier une 
affaire), ainsi que Vermittelung et la 
prép. vermittelst appartiennent au lan- 
gage courant. Hegel a fait d’ailleurs 
grand usage de ces termes. L’anglais 
possède aussi le verbe to mediate 
(n. s’interposer, intervenir, intercéder ; 
act. effectuer, produire ou obtenir par 
sa médiation). Ce verbe, au sens actif, 
est très usité dans le langage de la 
psychologie génétique. 

Rad. int. : À. Mediat ; B. Dependant. 


1. MÉDIATEUR, adj. D. Vermit- 
telnd; E. Intermediate ; I. Mediatore. 

Qui exerce ou qui constitue une mé- 
diation*, soit au sens À, soit au sens B. 
« La multiplicité des esprits est média- 
trice entre l’acte absolu et la multi- 
plicité des idées et des choses. » L. La- 
VELLE, De l’acte, p. 409. — « L'intellec- 
tualisation de la détermination est une 
forme médiatrice de la spiritualisa- 
tion. » R. Le SENXE, Obstacle et valeur, 
p. 300. 


2. MÉDIATEUR, subit. D. V'ermit- 
tler ; E. Medium ; mediator ; 1. Media- 
lore. 

A. Celui qui exerce une médiation, 
au sens À. Expression surtout théolo- 
gique, très usuelle en parlant du 
Christ. « Dieu leur donnait pour média- 
teur un homme qui, joignant la force 
de Dieu à notre nature infime, nous 
fit un remède de notre faiblesse. » 
BossueT, Histoire universelle, 2e partie, 
ch. xxvi. 


B. Ce qui produit une médiation, ay 
sens B. « Pour l’homme, par une excep. 
tion toute singulière, un moyen terme, 
un véritable médiateur est venu s’in. 
tercaler entre l'organisme individuel et 
les facultés individuelles. Ce moyen 
terme, ce médiateur, n’est autre que le 
milieu social. » CourNoT, Traité de 
l'enchainement.…., livre IV, ch. 1, $ 321. 


« Médiateur plastique. » 

On désigne ordinairement sous ce 
nom ce que CupworTx appelle « nature 
plastique » et « vie plastique de la na- 
ture », sorte d'âme du monde, incons- 
ciente, par l'intermédiaire de laquelle 
Dieu agit sur les choses, et qui sert 
notamment à expliquer la structure des 
ètres vivants et la vis medicatrix qu'ils 
manifestent (The true intellectual sys- 
tem of the universe*, ch. IV, et Disser- 
tation concerning the plastirk life of 
nature?), 

CRITIQUE 

Nous n'avons pu savoir d’où vient 
l'expression « médiateur plastique ». 
Paul JANET { De plastica naturæ vi apud 
Cuduorthum, 1848 ; Essai sur le média- 
teur plastique de Cudworth, 1860) la 
critique et déclare qu'il ne l’a jamais 
rencontrée chez celui-ci. LaRomIGUIË- 
RE, dans ses Leçons de philosophie, 
tome II, 9e leçon, a attribué à Cud- 
worth une théorie d’après laquelle le 
rapport de l’âme et du corps serait 
établi par un « médiateur » semi- 
spirituel, semi-matériel, mais il ne se 
sert pas de l’exprexsion « médiateur 
plastique ». Son exposé paraît d’ailleurs 


——_—_———_—— ——————————————— 





1. Le vrai système ini llectuel die l'univers. — 2. Dis 
| sertation sur la vie plastique de la nature, 


Sur Médiateur plastique. — On trouve chez Kant un passage curieux où Sans 
nommer Cudworth ni se servir de l'expression ci-dessus, il semble avoir eu nette 
ment en vue le médiateur semi-spirituel, semi-matériel dont parlera plus tard 
Laromiguière : « Une substance qui serait présente dans l’espace d’une manière 
permanente (beharrlich : cf. Analogies de l'expérience), mais pourtant sans le 
remplir, comme un intermédiaire { Mittelding) entre la matière et l’être pensant, 
que quelques-uns ont voulu introduire... » Crit. de la Raison pure, « Postulats de 


la pensée empirique », Éclaircissement. 





NE 


605 


—— 


fausser sensiblement la pensée de Cud- 
worth, qui dit seulement que la nature 
plastique présente une sorte de « pa- 
renté » ou d’affinité avec la matière. 
D'autre part, elle ne peut être consi- 
dérée comme expliquant les rapports 
de l’âme et du corps que par un biais 
assez particulier : c’est en elle que sont 
conservés les actes et les habitudes 
d’abord volontaires, qui finissent par 
devenir inconscientes et par modifier 
l'organisme. Mais il semble bien qu’elle 
n'ait pas été dans l'esprit de l’auteur 
une réponse au problème ontologique 
dont l’influx physique, l'harmonie pré- 
établie, le parallélisme, les causes occa- 
sionnelles, ont été les solutions les plus 
célèbres. 


MÉDIATION, D. Vermitteln, Vermit- 
telung (veut dire aussi arrangement); 
E. Mediation, Intermediation ; 1. Ale- 
diazione. 

A. Action de servir d’intermédiaire, 
au sens B, entre deux termes ou deux 
êtres (considérés comme donnés indé- 
pendamment de cette action). 

B. Action de servir d'intermédiaire 
entre un terme ou un ètre duquel on 
part, et un terme ou un ètre auquel on 
aboutit, cette action étant productrice 
du second, ou du moins condition de 
sa production. « Comme condition, la 
détermination est une médiation per- 
missive, elle vient d'en bas... comme 
modèle, la détermination est une né- 
diation informante, elle vient d’en 
haut. » R. Le SENNE, Obstacle et valeur, 
P. 241. 

C. La chose mème qui exerce ou qui 
Constitue une médiation, surtout au 
sens B. « L'espace et le temps comme 
médiations entre la liberté et le mon- 
de. » L. LAveLLE, De l'.{cte, ch. xv 
(titre du 8 C), p. 261. 


REMARQUES 


1. Ce mot correspond au sens de 
l'adjectif anglais mediate bien plus qu’à 
celui de l'adjectif français mediat, qui 
ne s’applique jamais à l'élément inter- 
Médiaire lui-même, mais à celui qui se 





rattache au premier (ou qui en dérive) 
par l’entremise du second. 

2. Il n’a eu pendant longtemps en 
français que des usages techniques, 
Pun dans la langue diplomatique, l’au- 
tre dans la langue de la philosophie 
religieuse et de la théologie : « Média- 
tion du Christ entre Dieu et le monde : 
médiation des saints entre les pécheurs 
et Dieu. » Mais il est devenu très cou- 
rant depuis quelques années, particuliè- 
rement dans la philosophie existentielle. 

3. Le sens B se rattache à l’idée de 
dialectique* ; Vermittelung est d ail- 
leurs courant chez Hegel : dans une 
dialectique qui vise à donner une des- 
cription complète du monde, chaque 
terme. sauf le premier et le dernier, 
est une médiation au sens B. 

Rad. int. : Mediac. 


MÉDIATISER, D. lermittln; E. 
To mediate ; 1. Mediatizsare. 

A. Rendre médiat*, ou considérer 
comme médiat, ce qui était immédiat, 
ou tenu pour tel. « Il est toujours pos- 
sible de découvrir des moyens termes 
propres à expliquer, en la médiatisant 
en quelque sorte, la relation de la cau-e 
et de l’effet. » Léon Rogix, La pensée 
hellénique, 411. 

B. Servir de médiation*, surtout au 
sens B ; procurer, ètre le moven d’une 
fin, ou la condition d’un effet. « Si une 
illusion est telle qu’elle médiatise le 
bonheur. la joie de créer. l’amour de 
là vie, c’est une spécification de l'idée 
mème de Dieu. » R. LE SENNE. Obs- 
tacle et valeur, p. 307. 


REMARQUE 


Expression très récente au sens B. 
Le substantif correspondant, au sens A, 
est médiatisation ; au sens B, Médiation. 


Méditer, Méditation, voir les obser- 
vations sur Réflexion*. 


MÉDIUM, voir Spiritisme*. Sur la dé- 
finition de Médium, Médiumnité, etc., 
voir FLournoy, Des Indes à la planète 
Mars, Préface, p. xu1. 



































MÉGALOMANIE | 606 


MÉGALOMANIE (D. Megalomanie ; 
E. Megalomania ; 1. Meglomania), Fo- 
lie des grandeurs. Voir Fülie*. 


le monde peut être rendu meilleur bar 
les efforts de l’homme, convenable. 
ment dirigés. 

B. Doctrine selon laquelle le monde 
n’est ni exempt de mal*, nile meilleur 
possible, mais en voie de perfectionne. 
ment et d’amélioration. 

Rad. int. : Meliorism. 


MÉLANCOLIE, D. Melancholie; E. 
Melancholia ; I. Malinconia. 

A. (Sens technique.) Se dit de tous 
les troubles mentaux caractérisés par 
une tristesse anormale et chronique. 
Les variétés en sont nombreuses. MÊME, voir Autre* et Identique*. — 
Bazpwin en distingue six types prin- | Mêmeté a été employé par VOLTAIRE; 
cipaux (Vo, II, 61-62). voir les observations sur /dentité* 

B. (Sens usuel et littéraire.) Tristesse | (p. 456, note). 
légère, accompagnant la réflexion ou 
la rêverie, 

Rad. int. : Melankoli. 


MÉMOIRE, D. Gedächtnis, Erinne- 
rung ; E. Memory ; 1. Memoria. 

A. Fonction psychique consistant 
dans la reproduction d’un état de 
conscience passé avec ce caractère 
qu’il est reconnu pour tel par le sujet. 

B. Par généralisation, toute conser- 


MÉLIORISME, D. Meliorismus ; E. 
Yeliorism ; 1. Migliorismo. 

A. Par opposition à l’optimisme* et 
au pessimisme*, doctrine selon laquelle 





Sur Méliorisme. — Article complété sur les indications d’Élie Halévy, qui 
nous a communiqué les documents suivants : 

Le sens B est employé par SPENCER : «… the meliorist view... that life... is on 
the way to become such that it will yield more pleasure than pain!?, » (Contemporary 
Review, juillet 1884, p. 39.) 

Le sens A est celui que donne à ce mot James SuLLy, qui l’a popularisé parmi 
les philosophes. « By this I would understand the faith which affirms not merely 
our power of lessening evil — this nobody questions — but also our ability to 
increase the amount of positive good?. » (Pessimism, a History and Criticism, 
1877, p. 399.) 

Il déclare dans le même passage qu’il emprunte ce mot à George ELiorT. Ayant 
demandé à celle-ci si elle l’avait elle-même inventé, il en reçut la réponse suivante : 
« I dont know that I ever heard anybody use the word meliorist except myself. 
But I begin to think that there is no good invention or discovery that has not 
been made by more than one person*. » (The life of G. Eliot par J. W. Cross, 
éd. Tauchnitz, vol. IV, p. 183.) 

Le mot se trouve aussi dans un ouvrage publié en 1858 : Horæ subsecivæ, 
Locke and Sydenham, par J. Brown (Préface). 

Lester WarD (Dynamic Sociology, 1883, vol. II, p. 468) a proposé de donner à 
ce mot un sens un peu différent qu’il définit « humanitarianism minus sentiment... 
the improvement of the social condition through cold calculation, through the 
adoption of indirect means. » (par opposition à l’humanitarisme qui songe surtout 
à soulager les souffrances présentes). — Ce sens ne paraît pas s'être répandu. 


1. «… la vue mélioriste … d’après laquelle la vie est en voie de devenir telle qu’elle produira plus de plaisir quê 
de douleur. — 2, « J'entendrais par ce inot la croyance qui affirme non seulersent notre pouvoir de diminuer le 
— ce que pcréonne ne met en doute — mais aussi notre capacité d'accroître la somme de bien positif, » — 3.* Je 
ne sais pas si j'ai jamais entendu personue, sauf roi, user du mot méliorisme. Mais je commence à creire qu'iln 3 
8 jamais eu de bonne invention où découverte qui n'ait été faite par plus d'une seule personne. » { Viede George El -) 
— 4. L'humanitarisme, moins 82 seatimentalité … l'amélioration de la condition sociale par ua caleul réfléchi, P£T 
l'adoption de moyens indirects. « 


"607 





MÉMOIRE 


ro 


vation du passé d’un être vivant dans 
l’état actuel de celui-ci. « La mémoire 
est une fonction générale du système 
nerveux ; elle a pour base la propriété 
qu'ont les éléments de conserver une 
modification reçue et de former des 
associations. La mémoire psychique 
n’est que la forme la plus haute et la 
plus complexe de la mémoire. » (Ri- 
8oT, Maladies de la mémoire, conclu- 
sion, p. 163.) — Se dit même quelque- 
fois de certains phénomènes des corps 
inorganiques. 

C. Souvenir. « Conserver la mémoire 
d'un fait. » (Ce sens, très usuel en 
latin, est rare en français, sauf dans | 
quelques expressions toutes faites 
« Perpétuer la mémoire d’un événe- 


tière et mémoire, 74, 78.) Il y aurait 
lieu dans ce cas de distinguer aussi 
deux formes de reconnaissance : l’une 
consistant dans l’expérience immédiate 
du passé en tant que passé ; l’autre 
dans la facilité de la répétition. (/bid., 
89 sqq.) 

Qu'on admette ou non cette thèse, 
le sens À doit être considéré en tout 
cas comme le seul sens propre, de ce 
mot. Son extension au sens B est une 
des applications du procédé philoso- 
phique qui consiste à « généraliser » les 
termes en appliquant au genre le nom 
de l'espèce. Ce procédé a le grand 
défaut de ne pas mettre nettement en 
lumière le vrai mouvement de la pen- 
sée, et, par suite, il est fécond en ma- 


ment ; rendre hommage à la mémoire | lentendus. 
d’un grand homme », etc. Rad. int. : À. B. Memorad ; C. Me- 
mor. 


CRITIQUE : 


H. BEercson considère les deux pre- 
miers sens non comme subordonnés, 
mais comme radicalement distincts. 
« Le passé se survit sous deux formes 
distinctes : 1° dans des mécanismes 
moteurs ; 2° dans des souvenirs indé- 
pendants.. En poussant jusqu’au bout 
cette distinction fondamentale, on 
pourrait se représenter deux mémoires 
théoriquement indépendantes. » (Ma- 


Mémoire aflective. Proprement, mé- 
moire des états affectifs, en tant qu’elle 
se distingue du renouvellement d’états 
affectifs déjà éprouvés, provoqué par 
le souvenir des faits qui ont déjà pro- 
voqué une première fois ces états. 

L'expression a été aussi employée 
quelquefois en parlant du souvenir des 
faits passés, en tant qu’il s'accompagne 
d’une richesse particulière d’états sen- 








Sur Mémoire. — ARISTOTE distinguait la pvun de l’évaummic, et cette distinc- 
tion est restée courante dans tout le moyen âge, où l’on appelle la première 
memoria, la seconde reminiscentia (S. THomMAS D’AQUIN). 

« Præclare Aristoteles inter uvunv et ävéuvnouv distinguit ; illam in nativa 
imaginis retinendæ et memorandæ vi ponit, ita quidem ut studium accedat 
aullum ; hanc, quoniam in exquirendi contentione cernitur, conclusioni et ratio- 
tinationi comparat, qua via et ordine ab altero ad alterum ducitur ». (TRENDE- 
LENBURG, De Anima [2e éd., 1877], p. 142. Voir le texte principal, repÙ uviunc, 
453°6.) (R. Eucken.) 

La distinction aristotélicienne et scolastique n’a laissé que peu de traces dans 
l'usage contemporain. Voir cependant le texte cité plus loin à Réminiscence, 
observations. (A. L.) 

— Bergson a fréquemment usé des mots mémoire, souvenir, en un sens qui 
n'est pas le sens B, et qui cependant exclut le caractère de reconnaissance qui est 
essentiel au sens A. « Toute conscience est donc mémoire, — conservation et 
accumulation du passé dans le présent. » L'Énergie spirituelle, p. 5. Cet usage 
se rattache à la conviction que tout ce qui a été vécu subsiste dans l'esprit et 
Peut toujours, en droit, redevenir conscient, (M. Marsal.) 























RE Te CE, 


MÉMOIRE 


608 





timentaux. Mais ce second sens est 
rare et prête à confusion. Voir Mau- 
x10N, La vraie mémoire affective, Revue 
philos., février 1901 ; PAULHAN, Sur la 
mémoire affective, Zbhid., déc. 1902 et 
janvier 1903; L. WEBER, Sur la mé- 
moire affective, Revue de Métaph., 
nov. 1914; DELacroix, La mémoire 
affective, Journ. de psych., mai 1931. 


« Mémoire brute » et « mémoire or- 
ganisée ». — Expressions dues à L. Du- 
GAS, qui a opposé sous ces deux noms, 
d’une part la répétition pure et simple 
de la sensation (soit comme mémoire 
immédiate, soit comme souvenir ulté- 
rieur), qui est une opération passive et 
spontanée ; — de l’autre, l’assimilation 
et l'interprétation du passé, qui im- 
plique une sélection, spontanée ou ré- 
fléchie, mais dans laquelle intervien- 
nent en tout cas l’intelligence et l’acti- 
vité finaliste de l'esprit. Ducas, La 
mémoire et l'oubli, ch. 111 : « La mémoire 
brute et la mémoire organisée. » 


MÉMORABILITÉ, D. Memorabili- 
tât ; E. Memorability ; I. Memorabilità. 
Terme créé par M. Ed. CLAPARÈDE 





RS 


(Expériences collectives sur le témoigna. 
ge, Archives de psychologie, mai 1906). 

Parmi les différentes circonstances 
d’un fait que rapportent un certain 
nombre de témoins, il en est sur les. 
quelles les témoignages vrais sont plus 
nombreux que sur d’autres. On appelle 
mémorabilité d’une circonstance, dans 
une observation donnée, le rapport du 
nombre des témoignages vrais au 
nombre total des témoignages relatifs 
à cette circonstance. 

Ce terme s'oppose à celui de testabi- 
lité désignant le rapport du nombre des 
témoignages relatifs à ce caractère au 
nombre total des témoins ayant déposé 
sur l’ensemble du fait (que leur témoi- 
gnage soit vrai ou faux). 

Rad. int. : Memorebles. 


« Mémorisation », voir Observations*, 


MENTAL, D. Seelisch, psychisch 
(n'ont pas tout à fait le même import 
que mental) ; E. Mental ; I. Mentale. 

Qui concerne l'esprit, ou qui appar- 
tient à l'esprit, en tant qu’il est consi- 
déré d’un point de vue strictement 
positif et expérientiel. 





Sur Mémorabilité. — F. Tônnies et J. Lacheller désapprouvaient ce mot : 
« Mémorabilité et testabilité, nous a écrit J. LACHELIER, ne me paraissent ni l’un 
ni l’autre correctement créés. Mémorabilité ne pourrait signifier, en français, 
que la qualité de ce qui est digne de mémoire. » 


Sur Mémorisation. — Ed. Claparède a proposé d'appeler Méthodes de mémo- 






1609 


L'état mental d’un individu est l’état 
de santé, de trouble, ou d’aliénation de 
ses fonctions psychiques. 

Rad. int. : Mental. 


Mentale (Restriction), voir Restric- 
tion. 


« Mentallsation », voir Observations. 


« Mentallsme », terme employé 
par quelques auteurs contemporains 
pour la conception d’après laquelle il 
existe, pour chaque individu, un nom- 
de de faits internes*, qui est l’objet 
de la psychologie. « D’autres critiques 
dirigées contre la psychologie de la vie 
intérieure, ou, comme on dit mainte- 
nant, du « mentalisme », se réfutent 
aisément quand on a compris ce qu'elle 
: veut être. » A. BurLouD, Psychologie, 


p. 9. 


REMARQUE 


Comme beaucoup de termes en 
-isme, « mentalisme » a été créé par ceux 
qui nient la légitimité de ce qu'il 
représente. Pour l'exposé et la discus- 
sion de leurs arguments, voir l'ouvrage 
cité, ch. I, $ 1. 


MENTALITÉ, D. Mentalität, Geistes- 
richtung, Psyche ; E. Mentality (ENER- 
80N, 1856, d’après Murray); I. Men- 
talità. 

Ensemble des dispositions intellec- 








MÉRITE 


tuelles, des habitudes d’esprit et des 
croyances fondamentales d’un individu. 
Rad. int. : Ment. 


MENTEUR (Le),ouplus exactement: 
Le Mentant : G. 6 beudôuevoc, 6 oopto- 
tx A6yos beuSéuevos (ARISTOTE, Éthi- 
que à Nicomaque, VII, 3; 1146922). 
Sophisme inventé par Eubulide de Mi- 
let, l’un des successeurs d’Euclide de 
Mégare, selon Diogène Laërce, Il, x : 
« Vie d’Euclide. » La forme la plus 
simple en est celle-ci : quelqu'un dit : 
« Je mens » (G. WebSouat; L. men- 
tior — ce que je dis est faux). Si ce 
qu'il dit est vrai, ce qu’il dit est faux; 
et si ce qu'il dit est faux, ce qu’il dit 
est vrai. On peut, soit en conclure 
qu’une même assertion peut être à la 
fois vraie et fausse (ce qui paraît être 
l'interprétation d’Aristote : Soph., 25 ; 
180b2), soit continuer indéfiniment par 
récurrence, en concluant alternative- 
ment au vrai et au faux. Voir Épimé- 
nide* et Récurrence*, Observations. 


MÉRITE, D. Verdienst ; E. A. Abi- 
lity ; B. Merit; |. Merito. 

Mériter une chose (salaire, bonheur, 
succès, récompense; ou inversement 
blâme, échec, punition, etc.) c’est avoir 
agi d'une manière telle que l’obtention 
de la chose méritée soit considérée 
comme Juste. D'où différents sens du 
mot mérite : 

A. Valeur morale, en tant qu’elle 











risation (D. Lernmethoden ; E. Methods of learning) les divers procédés techniques 
servant à apprendre par cœur (méth. globale, méth. fragmentaire, etc.). 

Memorieren est usuel en allemand dans ce sens. Il est défini dans KIRCHNER 
et MicuaAËLISs, 5€ édition, p. 354 : « Die mit Absicht und methodisch vollzogene 
Aneïignung von Vorstellungent. » Kant l’emploie dans son Anthropologie. — Le 
mot mémorisation est déjà d’usage courant dans les écoles de la Suisse romande 
pour désigner l’action d'apprendre par cœur, mais je ne crois pas qu’il ait été 
employé en France. L’analogie demanderait plutôt mémoration (cf. commémo- 
ration). Il est vrai que le sens naturel serait alors acte de se rappeler, ou de rappeler 
(memorari), et non pas acte d'apprendre. (A. L.) 


Sur Mental. — Certains auteurs font de ce mot, le synonyme de « conscient »; 
et cette acception est généralement admise. (Ed. Claparède.) — Cependant il 
n’est Pas rare de rencontrer l’expression : Modifications mentales inconscientes ; iCi 





1. « L'acte de fixer en soi des représentations intentionnellement et d'une manière méthodique. » 





Même, je trouve dans les Observations sur le mot Inconscient la phrase suivante 
de Frédéric RAUX : « [Ces faits] apparaissent donc comme du mental qui devient à 
certains moments conscient. » La règle ne peut donc être considérée comme 
établie. (A. L.) 


Sur Mentalisation. — Terme proposé par Ed. CLAPARÈDE pour désigner le 
Er parlequelun phénomène, d’abord spontané et automatique, pénètre dans 
vie mentale, de telle manière qu’on en prend conscience ; ou encore l’état du 
Phénomène ainsi intégré à la vie consciente. (Cf. ci-dessus, Loi de prise de cons- 
Sience*,) — Ce mot a été imprimé pour la première fois par l’auteur, dans Feelings 
@nd Emotions, The Wittemberg Symposium, Clark University Press, 1928. Mais 
s’en servait depuis longtemps dans son enseignement. 


Sur Mérite. — Article complété d’après les observations de MM. Drouin, 
Hémon, Mentré, C. C. J. Webb. 



































MÉRITE 


4 


610 


CR 


s'accompagne d’un effort pour surmon- 
ter des difficultés, et spécialement pour 
surmonter les obstacles intérieurs qui 
s'opposent à la moralité ; se distingue 
en ce sens de la vertu considérée comme 
une perfection morale qui peut être 
naturelle et sans effort. 

B. (Sens surtout théologique.) Ce qui 
va au delà du devoir strict, et constitue 
une sorte de créance morale (considérée 
quelquefois comme transportable d’une 
personne morale à une autre). La vie 
morale est alors conçue comme faisant 
varier un bilan où toute augmentation 
de l’avoir est un « mérite », toute dimi- 
nution un « démérite ». 

Voir RENOUVIER, Science de la Mo- 
rale, livre II, ch. 38 : « Du mérite », où 
les nuances des sens À et B sont ana- 
lysées en détail. 

C. Caractère de celui qui mérite le 
succès ou l’approbation (en dehors des 
valeurs morales) : «a Un écrivain de 
mérite. — Occuper une place inférieure 
à son mérite. » Le mot, en ce sens, sert 
souvent de synonyme atténué à talent. 

D. Qualité louable (soit chez un 
homme, soit dans une œuvre). « Le 
principal mérite d’une théorie, d’un 
auteur. » 


CRITIQUE 


Le sens le plus précis etle plus utile 
de ce mot est le sens A. Beaucoup de 
difficultés verbales et de sophismes 
viennent de ne pas distinguer nette- 
ment l'effort pour le bien de la perfec- 
tion morale. On doit éviter, par consé- 
quent, de détourner et d’affaiblir le 
sens de ce terme en le prenant pour 
synonyme de vertu ou de supériorité 
morale. 

Rad. int. : À, Merit. 


«MERKEL (Loide),ou Loide Propor- 
tionnalité » (D. Proportionalitétsgesetz, 
dans WunpT, Grundzüge der Psycho- 
logie). Loi découverte par J. MERKEL 
et qui s’oppose, dans certaines circons- 





tances, à la loi logarithmique de We. 
ber : siles intervalles entre les excitants 
sont suffisamment grands, on constate 
que les sensations croissent proportion- 
nellement aux excitants. (Ed. CLAPA- 
RÈDE.) — Cette loi est naturellement 
sujette elle-même aux diverses réserves 
de principe, qui ont été faites sur la 
mesure de la sensation. Cf. Fechner*. 


MÉSOLOGIE, D. Mesologie ; E. Me. 
sology ; IL. Mesologia. 

Étude ayant pour objet le rapport 
des êtres et de leur milieu. (Peu usité } 

Rad. int. : Mezologi. 


MESURE, D. Mass; au sens E, 
Massnahme, Massregel ; E. Measure- 
ment au sens À ; Measure ; 1. Misura. 

A. Opération par laquelle on fait 
correspondre à des données matérielles 
qualitativement définies des expressions 
représentant le nombre d'unités qu’elles 
contiennent : « La mesure du méridien.» 

Une grandeur mesurable est celle pour 
laquelle on peut assigner une unité, 
naturelle ou décisoire, et exprimer en- 
suite cette correspondance d’une ma- 
nière univoque, précise et indépen- 
dante de tout arbitraire. 

B. Résultat de cette opération : « Une 
mesure double d’une autre. » 

C. Unité ou instrument de mesure. 
« Les mesures de capacité. » 

D. (Par abréviation de « juste me- 
sure ») : modération ; caractère de ce 
qui évite l’excès ou le défaut. 

E. (Par dérivation de « prendre des 
mesures » au figuré) : Décision calculée 
prise en vue d’une fin; spécialement, 
décision d’une autorité. 

Rad. int. : Mezur : au sens D, mode- 
rates. 


MÉTAGÉOMÉTRIE, D. Metageome- 
trie, quelquefois Metamathematk ; E. 
Metageometry ; 1. Metageometria. 

A. Toute géométrie plus générale 
que la géométrie euclidienne, mais telle 


A RE SN Te nn 


Sur Métagéométrie. — Article complété d’après les observations de M. Winter: 








611 


que celle-ci puisse en être considérée 
comme un « cas particulier ». 

1° Géométries à n dimensions. 

29 Géométries rejetant le postulat 
d’Euclide, et considérant par suite le 
cas où la somme des angles d’un 
triangle est égale à 2 droits comme le 
cas lnite de l’une des formules : 

S £2 dr. ou S : 2? dr. 

B. En un sens encore plus large, 
toute géométrie où l’on modifie un des 
axiomes fondamentaux de la géométrie 
classique. (P. ex. la géométrie non- 
archimédienne : cf. HiLBERT, Princ. de 
la Géométrie, trad. Laugel, p. 32.) 

Rad. int. : Metageometri. 


MÉTALOGIQUE, D. Metalogisch ; 
E. Metalogical ; I. Metalogico. 

À. Par analogie avec métaphysique, 
aux sens F ou G : qui concerne les 
principes* ou les fondements* de la 
Logique. 

B. Qui dépasse la Logique ; qui 
ne peut être exprimé à l’intérieur d’un 
formalisme logique. — Ne se dit pas 
de ce qui est totalement étranger à la 
Logique, comme l'intuition ou la con- 
naissance mystique, mais de ce qui s’y 
rapporte tout en n’y étant pas inclus. 


« MÉTAMATHÉMATIQUE », adj. et 
subst., employé par J. HERRRAND (Re- 
cherches sur lathéorie de ludémonstration, 
thèse, 1930), pour désigner la théorie 
.des propriétés générales et formelles 
des systèmes déductifs (nombre mini- 





MÉTAPHYSIQUE 


mum d’axiomes) (principes), non-con- 
tradiction des axiomes, équivalence 
entre systèmes divers, possibilité ou 
impossibilité de démontrer telle propo- 
sition dans un système donné, etc. (S). 


1. MÉTAMORAL {sans équivalents 
étrangers). 

Qui concerne les principes* premiers 
ou les fondements* de la morale, par 
opposition à l’étude des règles morales, 
telles qu’elles sont appliquées dans une 
action jugée légitime ou digne d’éloges. 


2. MÉTAMORALE, subst. Terme 
créé par L. LÉvr-BRUHL, et devenu très 
usuel, pour désigner « tout ce qui est 
transcendant par rapport à la réalité 
morale donnée, et nécessaire à l’intel- 
ligibilité de cette réalité ». La Morale 
et la Science des Mœurs (1903), p. 62. 


1. MÉTAPHYSIQUE, subst. D. Meta- 
physik ; E. Metaphysivs ; L Metafisica. 

A. sens primitif : à perk ‘rx quotxx, 
nom donné à l'ouvrage d'ARISTOTE que 
nous appelons aujourd'hui la Meta- 
physique, parce qu’il faisait suite dans 
la collection des œuvres d’ARISTOTE 
recueillie par ANDRoxICOS bE RHODES 
(rersiècle a v. J.-C.), à la Dootxr dxpoxnis 
ou Physique. Sous cette forme, l’ex- 
pression date au plus tard du ir siècle 
de l’ère chrétienne; Afetaphy<ica, en 
un seul mot, ne se rencontre pas avant 
le moven âge, notamment chez AVER- 
roËs (d’après Et ckFx, p. 68). 


Sur Métalogique. — Le titre de l’important ouvrage de Jean ce Salisbury, 


“Metalogicus, écrit en 1159, signifie 


: « Plaidoyer pour la logique. » L'auteur, 


quoiqu'il ait donné un titre grec à son œuvre, ne connaissait que quelques mots 


de cette langue. (C. C. J. Webb.) 


SCHOPENHAUER appelle metalogisch la vérité qui repose immédiatement sur la 
tonstitution de l’esprit. Tel est le cas, selon lui, pour les quatre principes essentiels 
de tout raisonnement : d'identité, de contradiction (contrariété), de milieu exclu, 
et de raison suffisante. De la quadruple racine du principe de raison suffisante, 


«Ch. v, $ 33. 


ie Sur Métamorale. — L’emploi de ce mot suppose une position de doctrine, et 
Rest pas accepté de tous ceux pour qui la morale n’est plus la morale, si on en 


letranche la théorie de ses fondements. 


(M. Drouin.) 


























PR 


MÉTAPHYSIQUE 


Au moyen âge, ce terme a été ap- 
pliqué à la oogix ou prAocopia rpwtn 
d’Aristote (Métaphysique, I, 2 ; 98224 
et suiv.), ayant pour objet rù ëv ñ ôv 
(Mét., III, 1, 1003821; V, 1, 1026231, 
etc.) et définie par lui tv rporov 
dpy@v xat airiüv Oswprnixn (ces causes 
étant principalement le +&yx06v et le 
rû 00 £veux). (Ibid., 982b9-10.) Elle com- 
prend la connaissance des choses di- 
vines en mème temps que celle des 
principes des sciences et de l’action. 
(Cf. BoxiTz, VO zpres, 653223.) 

Saint Tuiouas D’Aquix a adapté ce 
sens complexe à la doctrine chrétienne, 
en insistant sur le curactère rationnel 
{et non révélé) de cette connaissance. 

Dans l'usage moderne, le sens du 
mot métluphysique s’est différencié selon 
qu'on y accentuait davantage, soit 
l’idée de certains ètres ou d’un certain 
ordre de réalité, objet special de la 
métaphysique, soit l’idée d’un mode 





612 


spécial de connaissance, caractéristique 
de celle-ci: 
1° Connaissance d’un ordre 
spécial de réalités : 

B. Connaissance des êtres qui ne 
tombent pas sous les sens. « Les 
sciences spéculatives sont la métaphy. 
sique, qui traite des choses les plus 
immatérielles, comme de l’être en géné. 
ral, et en particulier de Dieu et des 
êtres intellectuels faits à son image; 
la physique, qui étudie la nature, etc.» 
(BossurT, Conn. de Dieu et de soi- 
même, Ch. 1, $ 15.) Ce sens dérive de 
celui de saint Tomas D’AQuix. Il est 
aussi celui que DEScARTES donnait à 
ce mot (quoique moins précisément) : 
voir l’Épitre dédicatoire des Alédita- 
tions, dans laquelle la métaphysique, 
ou philosophie première, est présentée 
comme ayant pour objet la connais- 
sance de Dieu et de l'âme par « raison 
naturelle ». 


Sur Métaphysique, subst. — Article remanié ou complété d’après les observa- 
tions de MM. J. Lachelier, A. Fouillée, Ch. Dunan, Élie Halévy, René Berthelot, 
F. Mentré, et d’après la discussion qui a eu lieu dans la séance du 7 juillet 1910. 
11 a donné lieu en outre aux observations suivantes. - 

Origines historiques des sens actuels. — Saint THomas D'AQUIN considère la 


613 


C. Connaissance de ce que sont les 
choses en elles-mêmes, par opposition 
aux apparences qu’elles présentent. 
« Unter Metaphysik verstehe ich jede 
angebliche Erkenntniss, welche über 
die Môglichkeit der Erfahrung, also 


über die Natur, oder die gegebene ; 


Erscheinung der Dinge, hinausgeht, 
um Aufschluss zu ertheilen über Das 
wodurch jene bedingt wäre ; oder po- 
pulär zu reden, über Das, was hinter 
der Natur steckt, und sie môglich 
macht... Er (der Unterschied zwischen 
Physik und Metaphysik) beruht im 
Allgemeinen auf der Kantischen Un- 
terscheidung zwischen Erscheinungund 
Ding an sich!. » (SCHOPENHAUER, Die 
Wel, livre I, supplém., ch. XVII. Ed. 
Grisebach, II, 201; cf. ibid., 189.) 
Au même sens se rattache l’emploi 


1. « Par métaphysique j'entends toute prétendue 
sonnsissance qui voudrait dépasser le champ de l'expé- 
ne po ape et par conséquent la nature, ou l'appa- 
rence des choses telle qu'elle nous est donnée, pour nous 


fournir des ouvertures sur ce par quoi celle-ci est condi- ; 
tonnée ; ou pour parler populairement, sur ce qui 88 : 
eache derrière la nature, et la rend possible... La diffé- 


tousse (entre la physique ot la métaphysique) repose en 
gros sur la distinction kantienne entre phénomène et 
ose en soi. » 








MÉTAPHYSIQUE 





de métaphysique opposé à dialectique 
pour désigner l'étude des choses dans 
ce qu'elles ont d’immuable, par oppo- 
sition à leur devenir, à leur ordre his- 
torique. Voir Observations. 

D. Connaissance des vérités morales, 
du devoir-être, de l’idéal, considérés 
comme formant un ordre de réalité 
supérieur à celui des faits, et contenant 
la raison d’être de celui-ci. « Il faut 
inscrire au début de la métaphysique, 
comme première vérité certaine, non 
pas une vérité intellectuelle, mais une 
vérité morale... La science ne peut pas 
plus conduire à la métaphysique que la 
métaphysique ne peut fournir à la 
science un point de départ et des prin- 
cipes régulateurs. » (L. Lrarp, La 
science positive et la métaphysique, 


| 3e partie, ch. VII.) 


La métaphysique, dans ces trois sens 
a souvent été définie la connaissance 
ou la recherche de l’ Absolu. « Après les 
phénomènes. nous voulons connaître 
l'absolu ; après les conditions, nous de- 
mandons la ruison de l'existence. La 
métaphysique serait la détermination 
de cet absolu, la découverte de cetterai- 

















métaphysique comme la science de tout ce qui manifeste le sur-naturel : il appelle 
transphysica les objets de cette science (In libr. 1 de Metaphysica prologus). 
Ce surnaturel est entendu par lui au sens chrétien, en sorte que la principale 
forme en est le divin et ce qui s’y rattache : Dieu, premier moteur, fin dernière, 
principe et juge de la moralité; l’âme en tant qu'immortelle, les anges, etc. 
« Aliqua scientia adquisita est circa res divinas, scilicet scientia metaphysica. » 
(Somme 11, 2, IX, 2, obj. 2.) Cette science, par son objet, se confondrait avec la 
théologie ; mais elle en diffère par son mode de connaissance : la théologie a pour 
source la révélation faite à quelques hommes, la métaphysique n'use que de 
l'intellectus et de la ratio, c'est-à-dire de la raison commune à tous les hommes: 
La première altération notable du sens de ce mot est celle que lui font subir 
Descartes et les Cartésiens, qui considèrent l’immatérialité comme le trait carac” 
téristique des objets métaphysiques. Pour Descartes est métaphysique ce du 
n'est ni physique, ni purement formel comme la géométrier. De même C é 
MaLEBRANCHE (Entretiens sur la Métaphysique, 1), le métaphysique s'oppose SR 
tiellement au spatial et au sensible. LEIBNIZ paraît prendre aussi le mot dans 


à : gique d8 
1, L'opposition dela œuro0opix rotn vu BeoAOyLXY aux mathématiques d'une part et à la PhFsTe 
l'autre se trouve deja se ne le des Fe Eté, selon lui, la science spéculative tr 
V, 1, 102619} Cette division est encore utilisée par KanT (Préface à la 2° édition do la Crifigue de la Rois D Rres 
sont Comparées les trois sciences théoriques : mathématique, physique, métaphysique. _ D autre part, et morale 
oppose ausai la métaphysique à la physique et au groupe des sciences appliquées, médecine, mécanique € 
Elle est la « racine » de l'arbre des sciences (Préface des Principes, 12). (A. L.) 








même sens quand il définit les monades des points métaphysiques, des atomes 
métaphysiques ; cependant il se sert aussi, et dans le même passage, de l'expression 
points de substance, qui se rapporterait plutôt au sens C [Système nouveau, etc. 
#11), et il oppose fréquemment le mécanique et le métaphysique au sens tradi- 
fionnel où le premier concerne la matière et la cause efficiente, le second les 
Causes formelles et finales. — De LEIBNiz, ce mot passe à WoLrr, qui lui donne 
la signification analysée dans la Critique ci-dessous (au début du $ 2). C’est à lui 
ue l’emprunte Kanr, qui l’emploie en plusieurs sens : 1° 11 l’applique à la partie 
onstructive de la philosophie opposée à la Critique, et « comprenant toute la 
Sonnaissance, vraie ou apparente, qui vient de la Raison pure »; 20 à « tout 
l'ensemble de la philosophie pure, y compris la Critique » ; 30 à la théorie des 
ebjets de foi rationnelle ; 4° enfin il appelle « principes de la sagesse métaphy- 
#ique » les principes régulateurs de la pensée scientifique, tels que Natura non 
U saltus, etc. Mais cet usage est secondaire, et le premier de ces quatre sens 
te le plus important. 
=  Jacobi admet une métaphysique de l'intuition intérieure, au sens D. — Sur 
Fichte et Hegel, voir plus loin. {Résumé d'une communication faite par M. René 
elot à la Société de philosophie, séance du 7 juillet 1910.) 
La principale source de l’usage du mot Métaphysique chez Kant est le manuel 
Baumgarten intitulé Metaphysica (1739). Voir BaLD win, Vo Kant's Terminology, 


:® Mezuin, Vo Metaphysik. 


L Sur les divers sens du mot « Métaphysique ». Il est extrêmement difficile de 





MÉTAPHYSIQUE 


son. » (Liarp, Jbid., Avant-Propos, 1.) 
20 Mode spécial de connais- 
sance ou de pensée : 

E. Connaissance absolue que procure 
l'intuition directe des choses, par op- 
position à la pensée discursive. « S'il 
existe un moyen de posséder une réalité 
absolument au lieu de la connaître rela- 
tivement, de se placer en elle au lieu 
d’adopter des points de vue sur elle, 
d’en avoir l'intuition au lieu d’en faire 
l’analyse, enfin de la saisir en dehors 
de toute expression, traduction ou 
représentation symbolique, la métaphy- 
sique est cela même. La métaphysique 
est donc la science qui prétend se passer 
de symboles. » (H. BERGsON, Introduc- 
tion à la métaphysique, Revue de inétu- 
physique, 1903, p. 4.) 

F. Connaissance par la Raison, consi- 
dérée comme seule capable d'atteindre 
le fond des choses, par suite les pre- 
miers principes des sciences physiques 













614 

« Toutes les écoles philosophiques 
ont reconnu l'existence d’une science 
plus générale et plus élevée que les 
autres, d’une science des prinCiPes de 
laquelle toutes nos connaissances tien. 
nent leur certitude et leur unité. les 
uns, en cherchant les principes dans 
la raison ou dans le fond invariable de 
l'intelligence humaine, les ont étendus 
à tout ce qui existe, les ont considérés 
comme l'expression exacte de la nature 
des choses et comme le fond cons- 
titutif de tous les êtres... : ce sont 
les métaphysiciens proprement dits 
(A. FRaxck, Dictionnaire des sciences 
philosophiques, V9 Métaphysique.) 

Les sens E et F restent très voisins 
des précédents : la connaissance ultime, 
absolue, saisissant l'essence intérieure 
des êtres, par opposition aux appa- 
rences sensibles, y est encore l’objet 
de la métaphysique. 

G. Chez KANT (critique et réforme 


4 Pitre a priori par Concepts, sans faire 
“ppel ni aux données de l'expérience, 


le, c’est-à-dire de la faculté de con- 


ai aux intuitions de temps et d’espace. 
glle se distingue, par le premier carac- 


“ère, de la psychologie empirique et de 


Ja physique ; par le second, des mathé- 
matiques. D'autre part, elle n’est pas 
formelle comme la Logique, mais « ma- 
térielle » en ce qu’elle s’applique à des 
objets déterminés, dont elle permet de 
formuler a priori les conditions d’exis- 
tence phénoménale : « Métaphysique 
dela nature, métaphysique des mœurs. » 
Noir Critique de la Raison pure, 1'° et 
2e préfaces et surtout Méthodol. transc., 
ch. 111, Prolégomènes, Introduction et 
8e partie; Fondements de la métaphy- 
sique des mœurs, Préface. KanT fait 
bncore usage de ce mot en d’autres 
gens, mais celui-ci est le plus généra- 
lement employé. 

H. « Connaissance du réel par l'ana- 





MÉTAPHYSIQUE 


lyse réflexive et critique, aussi radicale 
que possible, et par la synthèse, aussi 
intégrale que possible, de l'expérience, 
notamment de l'expérience intérieure. 
fondement et condition de toute autre. » 
Extrait d'une note d'Alfred FoUILLÉE, 
sur l'épreuve du présent article. Cf., du 
même auteur, L’Avenir de la métaphy- 
sique (1889), et voir les remarques sur 
cette formule aux Observations. 

« La métaphysique... doit se définir 
une conception de quelque chose dans 
laquelle entre, avec plus ou moins de 
clarté et de distinction, une conception 
de toutes choses. Tout homme, quel 
qu'il soit, a son système, ou plutôt-ses 
systèmes ; et c’est pourquoi aussi tout 
homme, qu’il le sache ou ron, est mé- 
taphysicien, puisque faire de la méta- 
physique ce n’est pas autre chose que 
systématiser, c'est-à-dire organiser des 
idées. Toute la différence qu'il y a à 
cet égard entre les métaphysiciens de 





et morales. du sens cartésien) : ensemble des con- 


ramener à l’unité tous les sens qui ont été donnés, à tort ou à raison, et le plus 
souvent à tort, au mot métaphysique. Il faut, je crois, partir d’Aristote, pour 
lequel la rp&m praocogiz était la science de l’être simplement en tant que tel, en 
tant qu'existant, par opposition à l'être en tant qu'ayant qualité, quantité, etc. : 
par conséquent, la science des éléments et des conditions de l’existence en général; 
par exemple, que tout être est fait de puissance et d’acte, de matière et de forme ; 
qu'il est déterminé à exister par une cause efficiente et par une cause finale. 
Mais déjà. dans Aristote, à l’idée des conditions de l’existence en général, s'ajoute 
celle d’un être, dont l’existence est considérée comme la condition suprême de 
l'existence de tous les autres, Dieu. 

Je pense que la métaphysique, à partir de ce moment et tant qu’on y a cru, à 
toujours été une science double : 1° celle de l’existence en général ; 2° celle de cer- 
taines existences, comme celles de Dieu et des âmes, inaccessibles en elles-mêmes 
à l'expérience, mais jugées nécessaires à l'explication, soit de l’ensemble des 
choses, soit de certains phénomènes en particulier, et admises, quant à leur être et 
à leurs manières d’être, pour et selon le besoin de cette explication (p. ex., l’âme 
doit être immatérielle parce que la conscience que nous avons de nous-mêmes 
est simple). On peut compter pour une troisième science, ou plutôt pour un dédou- 
blement de la première, celle de la totalité des existences, ou du Monde. (Est-il 
fini ou infini, en durée et en étendue ? Est-il résoluble en derniers éléments, OÙ 
la résolution y va-t-elle à l'infini ? Contient-il des commencements absolus, OÙ 
tout y est-il enchaînement nécessaire ?) — Dans l’âge barbare de la philosophie, 
c’est-à-dire au xviie siècle, toutes ces sciences paraissant vaines ou impossibles, 
on n’a plus entendu par métaphysique que la connaissance des principes généraux 
d’un art ou d’une science quelconques, ou encore celle des phénomènes qui nf 
tombent pas sous les sens externes, comme la sensation elle-même. — Je n€ 





profession et le vulgaire, c'est que chez 


Ÿ 


fais quel est maintenant l'avenir de la métaphysique ; je voudrais, quant à moi, 
qu’elle redevint la science de l'être, dans le double sens d'existence en général et 
Me totalité des existences, mais avec cette condition nouvelle que la clef de cette 
science doit être cherchée dans l’évolution des nécessités internes, — ou, en un 
%eul mot, dans la logique interne de la pensée. J'en exclus formellement toute 
tonnaissance d'êtres particuliers : les âmes ne sont pas pour moi des êtres, mais 
d'être même, ou l'acte du corps ; Dieu et notre propre destinée possible hors de ce 
monde, ne sont pas objets de science, mais de foi. (J. Lachelier.) 


Sur la définition d'A. FouiLLée. — L'analyse réflexive ne consiste pas à voir 

les choses du dehors, à voir tout en elles, sauf elles-mêmes; elle consiste, au 
gontraire, à les voir du dedans, à les voir elles-mêmes dans leurs éléments, qui 
sont des faits de conscience, et dans les rapports internes de ces éléments, qui 
sont aussi des faits de conscience. Quant à la synthèse, elle cherche des relations 
adissolubles entre chaque réalité et toutes les autres. En dehors de cette double 
®pération sur le réel, il ne peut exister qu’une métaphysique imaginative, fondée 
#ur de simples apparences immédiates, présentées telles quelles comme des réalités. 
%A. Fouillée.) 
: Sur la définition de Ch. Dunan. — Je ne crois pas qu’une synthèse de la 
onnaissance puisse se faire par un travail conscient, voulu et discursif. La pensée 
‘métaphysique est essentiellement spontanée, quoiqu'’elle ait besoin d’avoir été 
Préparée. Elle consiste dans l’acte de poser quelque chose soit comme fait, soit 
%oMmme vérité. C’est pourquoi elle apparaît chez tous les hommes et à tous les 
Âmstants. Elle est la forme fondamentale de la pensée en général. 

Poser quelque chose, soit comme existence, soit comme vérité, c’est selon moi, 


‘faire de la métawhysique : 1° Parce que poser un phénomène comme réel et 





MÉTAPHYSIQUE 


les métaphysiciens, la systématisation 
porte sur des idées plus étendues, plus 
complexes, mieux élaborées que celles 
du commun des hommes. » (Ch. Du- 
NAN, Essais de philosophie générale, 
Métaphysique, p. 436-437. Cf. du 
même auteur, Légitimité de la métaphy- 
sique, Revue de métaphysique, sep- 
tembre 1906.) 

On peut rapprocher de ces défini- 
tions la formule souvent citée de Ja- 
MES : « Metaphysics means only an 
unusually obstinate attempt to think 
clearlv and consistently1. » (Textbook of 
psychology, Épilogue) ; et cette phrase 
du professeur R. EuckEN : « So ist 
es nicht eine Lust an allgemeinen For- 
meln, sondern das Verlangen nach mehr 
Charakter, nach energischer Durchbil- 
dung unseres Lebenkreises, was die 


1. « La métaphysique n’est qu'un effort particuliè- 
rement obstiné pour penser d'une façon claire et 





616 

Forschung zur Metaphysik treibti , 
(Geistige Strômungen der Gcgenwar 
&e éd., p. 110.) ; 
L Chez Auguste CoMTE, mode de 
pensée intermédiaire entre le théolo. 
gique et le positif. Il a pour caractères 
l’ontologie, la prédominance des abs. 
tractions et des explications verbales : 
il n’a d’existence et de valeur qu’en 
tant que critique du premier état au 
profit du second. « La métaphysique 
tente surtout d’expliquer la nature 
intime des êtres, l’origine et la destina- 
tion de toutes choses, le mode essen- 
tiel de production de tous les phéno- 
mènes.. L'efficacité historique de ces 
entités résulte directement de leur ca- 
ractère équivoque (intermédiaire entre 


1. « Ainsi ce n'est pas un goût pour les formules 
générales, mais le désir de plus de caractère, le désir 
d'une systématisation intégrale et énergique de notre 
cercle de vie, qui pousse la recherche vers la méta- 





“pexplication théologique et l’explica- 
#on positive) : car en chacun de ces 
êtres métaphysiques. l'esprit peut, à 
volonté, selon qu’il est plus près de 
état théologique ou de l’état positif, 
goir ou une véritable émanation de la 
‘puissance surnaturelle, ou une simple 
‘dénomination abstraite du phénomène 
considéré, » (Aug. COMTE, Discours sur 
Pesprit positif, ch. I, $ 2 : « État méta- 

hysique ou abstrait. ») La Révolution 
française, destructive, et s'appuyant 

‘sur une Déclaration des Droits de 
Phomme, est en politique, selon Comte, 
‘Je type de l'esprit métaphysique. 


CRITIQUE 


.. 4. Nous avons laissé de côté, dans 
Jénumération ci-dessus, deux sens qui 
a'ont plus guère cours aujourd’hui, 
mais qui n’ont pas été sans influence 
ur les acceptions si variées que reçoit 


MÉTAPHYSIQUE 


dire des « processus latents » et des 
«schématismes latents » qui constituent 
l'essence des phénomènes, ce qu'ils sont 
« in ordine ad universum », par opposi- 
tion à l’aspect sous lequel ils appa- 
raissent à nos sens. Elle s'oppose à la 
physique, qui connaît des causes maté- 
rielles et efficientes, sans savoir pour- 
quoi ces causes produisent tel ou tel 
effet sensible. (De dignitate et augmentis 
scientiarum, III, 4 Cf. Nov. organum, 
11, 9.) — Bacon transforme ainsi le 
sens de la formule aristotélicienne et 
scolastique, de laquelle il part, suivant 
sa méthode, et aboutit à donner au mot 
un sens très voisin de C. 

b. Au xvuit siècle, et dans l’école 
des Idéologues, métaphysique désigne 
souvent la science de l'esprit, des idées, 
de leur origine, par opposition à la 
physique. 

Ce sens est probablement une consé- 
































consistante. » physique. » 


existant, c'est le poser comme partie intégrante du tout des choses, lequel est 
infini, donc transcendant à toute expérience et absolu ; de sorte que dire : ce 
livre existe, c’est le rattacher à l’ Absolu, quant au temps, quant à l’espace, quant 
à la causalité, et à la finalité, quant à tous les aspects qu’il présente : ce qui 
suppose que l’idée d’Absolu est en nous, et que, sans être pensable en elle-même, 
elle est le fond, ou plutôt la forme (au sens aristotélicien du mot) de toutes nos 
pensées. Si, au lieu de l’existence d’un objet, je pose comme vérité une conception 
quelconque de mon esprit, c’est la même chose. Toujours, que je le sache ou non, 
du moment que j’affirme, je me réfère à l’idée d’Absolu, présente en moi. 

20 Cette existence ou cette vérité que je pose, je ne les pose pas comme relatives 
mais comme absolues. Cette existence n’est pas une existence pour moi, c’est 
une existence en soi : cette vérité n’est pas ma vérité, mais la vérité ; du moins 
j'en juge ainsi nécessairement. Par conséquent, si je dis seulement : il pleut, 
deux fois je proclame l’Absolu, deux fois je suis métaphysicien, sans peut-être 
m'en douter le moins du monde. Et toute la métaphysique qu'un homme peut 
faire est de cet ordre, si ce n’est qu’elle est consciente ici, inconsciente ailleurs. 

Il y a donc, à mon avis, dans la pensée, une fonction de position, ou, si vous 
voulez d’affirmation, qui d’ailleurs n’est pas double ; car, ainsi que je me Suis 
efforcé de le montrer dans mon article Légitimité de la métaphysiquet, ce qui est 
affirmé comme vérité passe immédiatement et ipso facto à l'état de fait; et, 
d'autre part, aucun fait n'apparaît comme tel qu'après avoir été conçu Pa 
l'intelligence et affirmé comme vérité. 

1] y a donc, je crois, deux formes de l’expérience : celle qui constitue le réel et 
qui le pose comme tel, c'est la métaphysique ; celle qui interprète le réel et qui 
donne les raisons par lesquelles il s'explique, c’est la science. La première n'est 





1. Revue de métaphysique, septembre 1906. 





‘æ mot dans la langue contemporaine. 

a. Pour Bacon, la métaphysique con- 
‘siste dans la connaissance des causes 
finales et des causes formelles, c’est-à- 


quence déformée de la définition de 
BossuET (voir ci-dessus), pour qui 
l'objet de la métaphysique est l’imma- 
tériel. Peut-être cependant est-il plus 








/ moins expérience que la seconde ; en tout cas elle est nécessaire à celle-ci. 
“Et vice versa, du reste, attendu qu’on ne pose rien sans savoir les raisons, vraies 
Gu fausses, des choses que l’on pose. 

Quant à la métaphysique spéculative, elle n’est rien de spécifiquement distinct 
de celle dont je viens de parler. Si celle-ci peut être admise, l’autre doit passer 
toute seule, car elle n’est que la première, soumise au travail de la réflexion. 
(Ch. Dunan.) 


à Sur un sens post-kantien. — Outre la signification strictement kantienne il faut 
‘fgnaler la signification d'interprétation kantienne (qu’on attribue communément 
à Kant), et qui est le résidu vivant du kantisme. La métaphysique est l’étude du 
nu de la connaissance, ou des conditions et des limites de la connaissance. 
à que science étudie un fragment du réel, aucune n’étudie l’étude elle-même : 
À métaphysique a pour objet la science même en tant qu’elle connaît. Cette définition 
@mez généralement admise aujourd’hui s'oppose à la définition antique : étude 
L "être en tant qu'être. À vrai dire toutes les définitions de la métaphysique 
gravitent autour de ces deux conceptions antithétiques : étude de l’étre en soi, 
Svde de la connaissance en soi (les deux pôles de la Métaphysique). Beaucoup de 
hilosophes (les éclectiques) fusionnent ou juxtaposent les deux points de vue, qui 
tent vraiment distincts. En fait, les métaphysiciens s’efforcent soit d’arriver à 
Le vue d'ensemble du monde, de serrer le réel de plus près que la science (par la 
à thode intuitive — ou d'analyse critique — ou simplement de critique des 
Î nées de la science), soit de rechercher les fondements de la connaissance et de 
ei tion. J'ajoute : de l'action, car de nos jours il tend à se constituer une étam- 


ts 


























MÉTAPHYSIQUE 





618 








ancien. On lit dans la Logique de PorT- 
RoyaL:«lln’y a rien de plus considé- 
rable dans la métaphysique que l’ori- 
gine de nos idées, la séparation des 
idées spirituelles et des images corpo- 
relles, la distinction de l’âme et du 
corps et les preuves de son immorta- 
lité », etc. 2e Discours préliminaire, 19. 

VOLTAIRE écrit, dans son Düiction- 
naire philosophique, au mot MÉTAPHY- 
SIQUE : « Trans naturam, au delà de 
la nature. Mais ce qui est au delà de 
la nature est-il quelque chose? Par 
nature, on entend donc matière; est 
métaphysique ce qui n’est pas matière. 
Par exemple, votre raisonnement qui 
n'est ni long, ni large, ni haut, ni 
solide, ni pointu ; votre âme, à vous 
inconnue, qui produit votre raisonne- 
ment : les esprits; la manière dont 
ces esprits sentent. ; enfin Dieu... ; ce 
sont là les objets de la métaphysique. » 
(L'article, discrètement ironique, se ter- 
mine par une opposition entre les abs- 
tractions métaphysiques qui sont « le 
roman de la nature » et les abstractions 
mathématiques tirées de la réalité et 
vérifiables dans l'expérience.) — Con- 
DILLAC oppose souvent la « bonne mé- 
taphvysique » (sa propre théorie de l’ori- 





gine des idées et des principes de Ja 
connaissance) à la « mauvaise méta. 
physique » des philosophes antérieurs 
(Essai sur l’origine des connaissances 
humaines, Introd., $ 2 et suiv.; Jo. 
gique, Part. II, ch. 1v, etc.). Ce mot 
s'applique par suite : 

19 A la connaissance de l'esprit : 

« L'ancienne métaphysique théolo. 
gique, ou la métaphysique proprement 
dite, et la moderne métaphysique phi. 
losophique, ou l'idéologie... » (DESTu+rr 
DE Tracy, Mém. de l’ Acad. des sc. mora- 
les, 111, 517.) — « Physique : descrip. 
tion des propriétés des corps considérés 
comme insensibles ; métaphysique : des- 
cription de la génération et des lois de 
l'intelligence et de la volonté. » (STEN- 
DHAL, Lettres intimes, XXII.) —« The 
philosophy of mind, Psychology or 
Metaphysics in the widest signification 
of the term, is threefold'... » (HAMiL- 
TON, Lectures on Metaphysics, VII, t. |, 
121.) 

20 A la théorie des principes de tout 
art, de toute science, de toute pratique, 
en tant que ces principes sont inscrits 


1 « La philosophie de l'esprit, la Psychologie ou 
Méäaphysique dans le sens le plus large de ce terme, 
est triple. » Leçons sur la Mélaphysique. 





physique de l’action, plus vaste que celle de la connaissance et je crois que le 
mouvement ne fera que s’accentuer. (F. Mentré, 1911.) 


Sur le sens H. — Ce sens se rapproche du sens C. La prétention de la Méta- 
physique H est moins grande que celle de la métaphysique C, mais elle poursuit 
le même but, étreindre le réel d'aussi près que possible. Les métaphysiciens, au 
sens H, croient qu’une étreinte directe est impossible et lui substituent une 
étreinte approximative, mais ils essaient, eux aussi, d’aller au fond des choses, 


dans la mesure du possible. (Id.) 


Sur le sens positiviste. — C. Hémon nous a communiqué les textes suivants 



























de SuLLY PRUDHOMME : « Est métaphysique toute donnée reconnue accessible 
soit aux sens, soit à la conscience, soit à l'observation interne, soit à l'observation 
externe. Cette règle assigne du même coup leur objet aux sciences positives * 
une science n’est positive qu’à la condition de ne viser que des rapports. » (Dans 
Les Causes finales, par Suzzy Prunnomme et Ch. Ricner, p. 174.) — « Je fonde 
la distinction foncière, irréductible, entre l’objet scientifique et l’objet méta” 
physique, sur ce fait aisément constatable que toute proposition formulant dans 
lesprit humain une relation entre le premier et le second est contradictoire ? 
(Lettre inédite, dans C. HÉMON, La philosophie de Sully Prudhomme, p. 53) 7 


MÉTAPHYSIQUE 





ns la nature et dans les lois fonda- 
entales de l’esprit. « Newton. était 
op grand philosophe pour ne pas 
sentir qu’elle (la métaphysique) est la 
Pose de nos connaissances et qu’il faut 
ghercher en elle seule des notions nettes 
& exactes de tout. » (D’ALEMBERT, 
Discours préliminaire de l Encyclopédie, 
£ 116.) « Locke... créa la métaphysi- 
ue. » (Zbid., 117; cf. $ 39, 71, 73-784, 
418.) Dans le corps de l’ouvrage, il est 
it : « La métaphysique est la science des 
isons des choses. Tout a sa métaphy- 
que et sa pratique. Interrogez un 
geintre, un poète, un musicien, un géo- 
mêtre, et vous le forcerez à rendre | mot des choses. 
pte de ses opérations, c’est-à-dire Or ces caractères, par la suite, ayant 
en venir à la métaphysique de son ! été dissociés les uns des autres, et cer- 
gt.» (440, sub vo.) — Carnor a pris | tains d’entre eux étant même jugés 
mot au même sens dans le titre de | incompatibles par beaucoup de philo- 
sa Métaphysique du calcul infinité- | sophes, il est arrivé que le terme méta- 
amal (1797). physique a été appliqué séparément aux 
Si l’on rapproche ce sens des inten- | diverses études qui retenaient une par- 
Sons critiques définies par Locke au | tie seulement, ou même un seul des 
début de l’Essai sur l’entendement hu. | caractères en question. Il s’est ainsi 
gain, on peut y voir un acheminement | spécialisé par ravonnement, en des 
vers le sens kantien. formes quelquefois antithétiques : con- 
«2. Il est douteux qu'on puisse soit | naissance des choses en soi; connais- 
mener à l’unité les différents sens du | sance de l’esprit ; connaissance a priori; 
mot métaphysique, soit s’accorder pour | connaissance abstraite; connaissance 


donner la préférence à l’un d’entre eux. 

Le point de départ sémantique des 
sens modernes de ce mot paraît être la 
notion complexe d’une science idéale 
qui présenterait les caractères suivants : 
être l’œuvre de la Raison, non de la 
révélation ni de l’expérience ; décou- 
vrir les règles fondamentales de la pen- 
sée, et par suite constituer l’ensemble 
des principes de toutes les autres 
sciences, soit physiques, soit morales ; 
fournir le fondement de la certitude 
que nous reconnaissons à celles-ci; 
connaître le réel tel qu’il est, non les 
apparences, et par suite dire le dernier 





a —— 


él n’y a de métaphysique dans l’être que l’inconcevable. La métaphysique 
| æmmence où la clarté finit. » SULLY PRUDHOMME, Que sais-je ?, p. 51. 


4: Sur l’acception péjorative de « Métaphysique ». — Déjà chez les Humanistes 
& chez leurs successeurs, en particulier chez les philosophes scientifiques du 
re siècle, le mot Métaphysique se prend en un sens péjoratif, et sert à stigmatiser 
la scolastique une creuse logomachie; d’où l'association aux adjectifs 
| , absurde, etc. Les philosophes ne voulaient pourtant pas se passer de cette 

ipline elle-même, en tant que doctrine des concepts universels ; mais ils préfé- 
nt l’appeler « philosophie première ». Ainsi fait souvent Descartes, quoiqu'il 
reconnu à ses Méditations un caractère « métaphysique ». Mais dans le Discours 
le Méthode, il s'excuse de ce que ses considérations soient « si métaphysiques 
: 4 peu communes » (IV, 1}, et dans une Lettre à la princesse Élisabeth, il déclare 
Mi n’a jamais employé « que fort peu d'heures par an aux choses qui occupent 
” tendement seul. » (Ed. Cousin, IX, 131.) Il en est de même de Hogges : 
Le. plerosque qui subtilitatem quamdam metaphysicam affectant, verborum 
Cle tanquam igne fatuo deviari ». (De corpore, 2e part., 8, $ 9.) Dans le Léviathan 
* part., ch. 46) il signale l'erreur des commentateurs d’Aristote, qui a fait prendre 
vres « qui suivent la Physique » pour des livres « sur la science du surnaturel »; 
tout le chapitre est consacré à la critique de cette vaine et obscure philosophie. 





























MÉTAPHYSIQUE 








théorique ; connaissance sans présup- 
positions ; synthèse générale, etc. Ces 
sens n’ont ainsi d'autre élément com- 
mun que le souvenir de la théorie qui 
les unissait. 

D'autre part, le mot métaphysique 
a joué le rôle d’une division pédago- 
gique de la philosophie, et, à ce titre, 
il a désigné collectivement tout ce qui 
ne rentrait pas dans les autres sections. 
On sait que, pour l’école éclectique, les 
parties de la philosophie étaient la 
psychologie, la logique, la morale et la 
théodicée (voir p. ex. le Manuel de 
philosophie d'Amédée Jacques, Jules 
Simon et Émile Saisser). Mais à la 
Théodicée fut substituée la « Métaphy- 
sique » dans les programmes de 1880. 
Dans cette fonction, elle reçut encore 
des définitions très différentes. Pour 
Paul JANET (Cours de philosophie, 
4e édition, 1882), elle est la science des 
premiers principes et des premières cau- 
ses (Drrocopia rpotr, puaosopla Crrou- 
uévn d’ARISTOTE (Métaph., I, 2 ; 982b, 
10) ; elle se divise « en deux parties : 
19 la métaphysique générale ou onto- 
logie qui traite des principes d’une 
manière abstraite et générale, et qui 
considère, selon l’expression d’Aristote, 





l'être en tant qu'être ; 29 la métaphy. 
sique spéciale, qui traite des étres et se 
divise en trois parties : a. la psycho. 
logie rationnelle ou science de l’âme. 
b. la cosmologie rationnelle ou philo: 
sophie de la nature, théorie du monde 
en général, de l'essence de la matière . 
c. la théologie rationnelle ou théodi. 
cée ». (Ces subdivisions sont celles de 
Wozrr, adoptées par KANT dans sa 
critique de la métaphysique dogma. 
tique.) Aux deux grandes divisions 
traditionnelles, Paul JANET en ajoute 
une troisième : la métaphysique cri- 
tique. « La métaphysique, depuis Kant, 
s’est proposé un problème nouveau : 
celui des rapports du sujet et de l’objet, 
de la pensée et de l’être. Telle est la 
question fondamentale de la métaphy- 
sique de notre siècle. » (Zbid., p. 777) 
— Dans son Cours élémentaire de phi- 
losophie, Em.Boïrac adopte également 
la définition d’Aristote, et mentionne 
la définition qui fait de la métaphy- 
sique la science de l’absolu. I] la consi- 
dère d’ailleurs comme équivalente à la 
première et admet dans cette science 
trois divisions : « Théorie de la connais- 
sance : théorie de l’être, théorie du 
premier principe de la connaissance et 






de l'être (l’absolu, Dieu). La première 
“est la critique, la seconde est l’ontologie, 
Ja troisième est la théologie, où d’un 
nom emprunté à l’œuvre de Leibniz, 
ja théodicée. » (Cours, 897.) 

Il faut enfin remarquer que, dès le 
‘svu® siècle, on trouve ce mot pris en 
mauvaise part, et que cet usage péjo- 
æatif s’est beaucoup répandu au x vire 
ætau xix°. Malgré le mouvement d’es- 
grit qui a remis le mot en faveur depuis 
quelques années parmi les philosophes, 
à y a dans cette tradition un obstacle 
de plus à lui donner un sens qui puisse 
étre communément accepté. 

Rad. int. : Metafizik. 


s 2. MÉTAPHYSIQUE, adj., D. Meta- 
“physisch; E. Metaphysic, Metaphysi- 
ca; 1 Metafisico. 

A. Par suite de l’histoire de ce mot 
{voir l’article précédent) il s'emploie 
%n des sens très variés, où domine 
æependant l’idée d’un ordre de connais- 
sances ou de réalités qui s’oppose aux 
<hoses sensibles, et aux représentations 


MÉTAPHYSIQUE 


naturelles que se fait le sens commun : 
« Je ne sais si je dois vous entretenir 
des premières méditations que j'y ai 
faites (en Hollande), car elles sont si 
métaphysiques et si peu communes 
qu’elles ne seront peut être pas au 
goût de tout le monde. » DESCARTES, 
Méthode, I V, 1. 

Spécialement : 

B. Qui constitue ou qui concerne les 
êtres tels qu’ils sont dans leur nature 
propre, par opposition à leur appa- 
rence. Voir 1, C. 

C. Qui constitue ou qui concerne un 
haut degré de synthèse des connais- 
sances particulières. Voir 1, H. 

D. Dans l’école des Idéologues* : 
psychologique, mental. 

E. Chez KanT, constitutif de la 
connaissance, ou du jugement moral, 
a priori, et non dérivé de l’expérience. 
Voir 1, Get Transcendental*. 

F. Chez Auguste COMTE : qui appar- 
tient au mode de pensée critique et 
transitoire, intermédiaire entre « l’état 





a+ 


d'usage qu'a fait Kant de ce terme, a surtout agi par sa négation de la psychologie 
#ationnelle, de la cosmologie rationnelle et de la théodicée, c’est-à-dire par la 
#ondamnation solennelle de ce qui s'était appelé jusque-là Métaphysique. 
(Cf. Liarp, La science positive et La métaphysique, 2e partie, ch. x11, et 3e partie, 


“h. 1.) (A. L.) 


Spinoza applique également le terme Métaphysique à une philosophie anti- 
scientifique, théiste et téléologique. De cette dépréciation résulte enfin le mépris 
où la métaphysique est tombée au xvuie siècle. (F. Tônnies.) 

— Ficute et HEeGEL prennent d'ordinaire Métaphysique en mauvaise part. Pour 
eux ce mot désigne le système de Wolff, le dogmatisme ontologique et sans critique, 
auquel ce dernier oppose précisément sa « Dialectique ». (René Berthelot) 

— Malgré l’usage parfois très favorable que fait d'Alembert du mot méta- 
physique, il lui arrive aussi de le prendre en un sens péjoratif : « Il ne faut pas 
s'étonner, dit-il par exemple, si ceux qu’on appelle métaphysiciens font si peu 
de cas les uns des autres. Je ne doute point que ce titre ne soit bientôt une injure 
pour nos bons esprits, comme le nom de sophiste, qui pourtant signifiait sage 
avili en Grèce par ceux qui le portaient, fut rejeté par les vrais philosophes. ? 
(Discours préliminaire, 117.) Il semble bien qu’au xvie siècle, l'acception péjo- 
rative ait été dominante : voir ci-dessus l’article de Voltaire, chez qui l’on pourrait 
relever un grand nombre de passages encore bien plus méprisants pour les méta- 
physiciens (cf. la table analytique de l’édition Beuchot, sub verbis). L'Académie 
a fait place dans son Dictionnaire, en 1798, au verbe Métaphysiquer, dont l'import 
est nettement péjoratif. (Voir Darm., Hatz. et Thomas, Vo.) Au xixe siècle, ce 
mot a encore souffert de deux grandes influences : celle du positivisme, continué 





Mtérialisme métaphysique, c’est-à-dire antidialectique 
par l’évolutionnisme agnosticiste : et celle du criticisme lui-même, qui malgré à LALAN Ce Fe 
: DE. — VOCAB. PHIL. 


Sur Métaphysique, adj. — M. René Maublanc nous a signalé que, d’après 
Bngels, le sens de l'adjectif métaphysique adopté dans le marxisme (sens G) vient 
de Hegel : « L'ancienne méthode de recherche et de pensée que Hegel appelle la 
méthode métaphysique et qui s’occupait de préférence de l'étude des choses 
sonsidérées en tant qu’objets fixes donnés. ». Fr. ENGELs, Ludwig Feuerbach et 
# fin de la philosophie classique allemande, reproduit dans Marx et ENGeLs, 
dudes Philosophiques, Paris, Édit. Sociales, 1935, page 50. — De même page 29 : 
LE | deuxième étroitesse spécifique de ce matérialisme (celui du xvine siècle) 
#ensistait dans son incapacité à considérer le monde en tant que processus, en 

t que matière engagée dans un développement historique. Cela correspondait 
4 niveau qu'avaient atteint à l'époque les sciences naturelles, et à la façon 
Métaphysique, c’est-à-dire antidialectique de philosopher qui en résultait. » 

même page : « la conception non historique » et p. 30 : « cette conception 

torique ». 
mn aussi LÉNINE, Matérialisme et Empiriocriticisme, Paris, Ed. S. I., 2e tirage 
# 8) : « L’admission d’on ne sait quels éléments immuables, de « l’essence 
# DMuable des choses » ne constitue pas le vrai matérialisme : ce n’est qu'un 


22 


MÉTAPHYSIQUE 





629 





théologique » et « l'état positif » de la 
pensée. Voir 1, I. 

G. Dans le marxisme : immuable, 
anti-historique. Opposé à « dialecti- 
que ». Voir Düialectique*, C, et cf. 
Observations ci-dessous. 


MÉTAPSYCHIQUE, D. Metapsy- 
chisch; E. Metapsychic; au sens B, 
Psychical ; — I. Metapsichico. 

Se dit des phénomènes d’ordre 
mental, qui sont considérés comme 
manifestant des facultés encore peu 


connues ou dont l'existence même & 
contestée, telles que télépathie, divina. 
tion, etc. 

Rad. int. : Metapsikal 


MÉTEMPIRIQUE, D. Metempiriseh . 
E. Metempirical ; 1. Metempirico. 

Terme créé par G. H. Lewes (Pro. 
blems of Life and Mind, 1873). — Q,; 
ne peut être objet d'expérience, pour 
quelque raison que ce soit, et qui, par 
suite, ne relève pas de la science posi. 
tive : objet transcendant; forme ou 







woyen nécessaire de l’expérience ; pré- 
ence ou impératif moral, etc. 
Rad. int. : Metempirik. 


ke MÉTEMPSYCHOSE, D. Seelenwan- 
rung, Metempsychose ; E. Metempsy- 
“ghosis ; L Metempsicosi. (Malgré l’an- 
“iquité de la doctrine, le mot même de 
arreuporocts (Let, Eubuyéw) ne se ren- 
“montre que chezles écrivains de l’époque 
fwhrétienne.) 

% Doctrine d’après laquelle une même 
‘’âme* peut animer successivement plu- 






MÉTHODE 


MÉTHODE, G. Mé6o5oç ; L. Metho- 
dus ; D. Methode ; E. Method ; 1. Me- 
todo. 

A. Étymologiquement, « poursuite » 
(cf. Metépyouu) ; et, par conséquent, 
effort pour atteindre une fin, recherche, 
étude (voir ci-dessous Observations) ; 
d'où chez les modernes, deux accep- 
tions très voisines, quoique possibles à 
distinguer 

1° Chemin par lequel on est arrivé à 
un certain résultat, lors même que ce 
chemin n'avait pas été fixé d'avance 


























Sur Métapsychique et. Métempirique. — Ces deux mots sont formés à contresens, 
On les a construits sur le modèle de métaphysique. Mais le préfixe méta, dans ce 
mot signifie après, à la suite de, et non par delà. Voir ci-dessus, au début de l’article 
Métaphysique. (J. Lachelier.) 


Sur Métapsychique. — Depuis l’époque où a été publié le fascicule du Vocabu. 
laire contenant ce terme (1911), il a reçu une grande popularité du Traité de 
Métapsychique publié par Ch. Richet (1922) ; et, par suite, l’autre acception que je 
signalais alors (ce qui, dans l'esprit, n’est pas de nature à être atteint par l'obser- 
vation) paraît bien complètement tombée hors d'usage. — Cf. cependant Parapsy- 
chique*, qui paraît mieux formé. 

Le Dictionnaire de Ba win (11, 668 B) indique, d’ailleurs sans référence, que le 
mot Metapsychosis a été proposé pour désigner spécialement l'état mental du 
percipient dans les phénomènes télépathiques. Mais comme l’a fait remarquer 
J. Lachelier à cette date, il paraît dans ce cas signifier transfert de conscience, et 
par suite il est formé dans une tout autre intention que métapsychique. 

— Ce mot peut aussi s'appliquer à ce qui, tout en conservant les caractères du 
fait psychique, présente certains caractères de plus : par exemple l’unité transcen- 
dentale de l’aperception chez Kant. (G. Dwelshauvers.) 

— Le métapsychique n’est qu’une espèce dont le métempirique, au sens de 
Lewes, est le genre. Si l’on conserve ce mot, ne faudrait-il pas créer des termes 
correspondants pour toutes les autres disciplines ? (L. Boisse.) 

— « Sur le terme même de métapsychique, que M. Charles Richet a inventé où 
réinventé — puisqu'il paraît que V. Lutoslawski l'avait déjà employé dans le 
même sens, — on pourrait discuter. Je regrette, pour ma part, qu'il n'ait pa 
préféré Parapsychique (proposé il y a quelques années, par Boirac sauf erreur) 
rend mieux le caractère d'à côté, d’anormal, de non-classé, propre à ce genre e 
phénomènes. Il n’est pas non plus sans inconvénient de suggérer un parallèle entre 
la Métapsychique, qui vise à devenir une science positive et la Me phrne 
laquelle, quoi qu’on fasse, continuera toujours à planer au-dessus de toutes à 
sciences particulières. » Th. FLourNoy, Archives de Psychologie, V, 1906, p. 2 Le 
— M. Flournoy ajoute d’ailleurs que puisque ce mot est lance, il est plus simp 
de l’adopter. (Ed. Claparède.) 


Sur Métempirique. — La valeur de ce terme, qui peut éviter beaucoup d'equ 
voques, résulte de son opposition à empirique, et de leur subordination commun 





sieurs corps, soit humains, soit ani- 
maux ou même végétaux. 
‘# Rad. int. : Metempsikos. 


de façon voulue et réfléchie. « On 
appelle ici ordonner, l’action de l’es- 
prit par laquelle, ayant sur un même 





& métaphysique. Pour LEWEs (Problems of life and mindi, st series, I, p. 5, 10, 
.47, etc.), la métaphysique est ce qui embrasse les généralisations ultimes de toute 
recherche : elle peut être empirique ou métempirique. La métaphysique empirique 
st la partie qui est comprise au rang des sciences ; la métaphysique métempirique 
#eoncerne ce qui est au delà de toute expérience possible. La première s'occupe 
«des objets et de leurs relations en tant qu'ils nous sont connus et qu'ils existent 
dans notre univers ; la seconde s’écarte de cette région pour considérer une autre 
sorte d'objets, et n’observant pas les choses telles qu’elles sont pour nous, elle 
substitue aux constructions idéales de la science, les constructions idéales de 
imagination. (C. Ranzoli.) 
# Sur Métempsychose. — Cette doctrine n’a-t-elle pas pour trait caractéristique 
éternité des âmes ? (L. Boisse.) — Les deux croyances sont généralement asso- 
ses dans l’histoire; mais rien n’empêche qu’il y ait transmigration d’âmes 
l@estinées finalement à s’anéantir, ou à s’absorber dans une réalité spirituelle où 
‘elles perdraient leur individualité. (L. Brunschvieg. — A. L.) 


& Sur Méthode. — Chez les Anciens, notamment chez ARISTOTE, é00806 veut 
souvent dire simplement « recherche », p. ex. : ñ ut8o5oc repl pÜoewc, Phys. III, 
4 ; 200013 ; et ce qui a été plus tard appelé méthode y est quelquefois appelé 
& tpénoc tic ueB6Bov ; voir p. ex. xepl towvuoplov, I, 5 ; 64622 et lesautres exemples 
scités dans Bon1Tz, sub vo. Mé6o5oc est même employé quelquefois comme synonyme 
-de eopia, Émiotiun ; p.ex. Phys., VII, 1 ; 25127, etc. Cf. PLATON : « … xatd ye thv Toù 
&#évra xiveïoôat mé608ov (selon la doctrine d’après laquelle tout se meut }». Théétète, 
a#XXVII, 183 c. (D’après les observations de R. Eucken et J. Lachelier.) 
Dans la première rédaction de cet article, les nuances constative et normative 
*du sens A avaient été distinguées comme deux sens différents, sous les rubriques 
A et B. Cette distinction a été atténuée sur les observations de MM. Beaulavon, 
«Bernès, Brunschvieg, Mentré, Van Biéma. — M. BrauLavon fait notamment 
emarquer que le passage suivant de la Logique de PorrT-RoyaL (cité dans cette 
s“Pédaction elle-même) marque une liaison extrêmement étroite entre ces deux 
‘cceptions : « Les hommes peuvent remarquer, en faisant des réflexions sur leurs 
Rs ee nr 
1. Problèmes de la vie et de l'esprit, 17° gérie. 
































MÉTHODE 


sujet. diverses idées, divers jugements 
et divers raisonnements, il les dispose 
en la manière la plus propre pour 
faire connaître ce sujet. C’est ce qu’on 
appelle encore méthode. Tout cela se 
fait naturellement et quelquefois mieux 
par ceux qui n’ont appris aucune règle 
de la logique que par ceux qui les ont 
apprises. » Logique de PorT-Royaz, 
Introduction, 6-7. : 

Ce mot se dit souvent, en ce sens, 
des procédés habituels d’un esprit ou 
d’un groupe d’esprits, procédés qu’on 
peut observer et définir par induction, 
soit pour les pratiquer ensuite plus 
sûrement, soit pour les critiquer et en 
faire voir l’invalidité. 

29 Programme réglant d'avance une 
suite d’opérations à accomplir et si- 








6% 


gnalant certains errements à éviter, en 
vue d’atteindre un résultat déterminé. 
« Manquer de méthode. — Procéder 
avec méthode. » — « … Des considéra. 
tions et des maximes dont j’ai formé 
une méthode, par laquelle il me semble 
que j’ai moyen d'augmenter par degrés 
ma connaissance et de l’élever peu à 
peu au plus haut point auquel la mé- 
diocrité de mon esprit et la courte 
durée de ma vie lui pourront permettre 
d'atteindre. » DESCARTES, Discours de 
la méthode, I, 3. 

Les mots méthodique, méthodiquement 
sont presque toujours employés en ce 
sens, et impliquent une préconception 
réfléchie du plan à suivre. 

Spécialement : 

B. Procédé technique de calcul ou 














pensées, quelle méthode ils ont suivie quand ils ont bien raisonné, quelle a été 
la cause de leurs erreurs quand ils se sont trompés, et former ainsi des règles 
sur ces réflexions pour éviter à l’avenir d’être surpris. » Logique de PorT-Royai, 
Premier discours, $ 15. 


L'idée de méthode est toujours celle d’une direction définissable et régulièrement 
suivie dans une opération de l'esprit. Une méthode peut-elle être déterminée 
a priori, et indépendamment de son application, être formulée par avance et servir 
de programme à des opérations qui ne commencent qu'après que les règles de la 
méthode ont été formulées ? Ou bien n’a-t-elle de valeur utile, et ne peut-elle être 
découverte que dans une opération effective, dont elle est comme le schéma 
plus ou moins simplifié ? C’est là un débat doctrinal fort important, dans lequel 
se divisent les théoriciens de la connaissance ; mais qui porte, en principe tout 
au moins, sur la formation de l’idée de méthode plutôt que sur sa signification. 

Toutefois de ce débat résultent occasionnellement certaines distinctions dans 
la notion même de méthode ; c’est ainsi que, selon la seconde des deux opinions 
indiquées, une méthode constitue un objet réellement distinct de ses applications, 
tandis que pour la première elle n’est qu’un abstrait qui n’a, hors des opérations 
de la pensée qu’une existence purement verbale ; par conséquent, dans la première 
hypothèse, la direction régulière suivie par la pensée peut se définir indépen- 
damment de toute matière ; tandis que dans la seconde elle concerne toujours la 
relation de la pensée à une certaine matière. Dans le premier cas, la définition 
donnée plus haut de la méthode sera donc suffisante ; dans le second, on la complé- 
tera en disant : direction régulièrement suivie dans l’opération de la pensée su7 
un objet déterminé. 

Enfin, de ces deux significations, l’une plus simple, l’autre plus complexe, 
mais toutes les deux précises, l'usage courant passe parfois à un sens plus vague, 
et qui doit être évité, en omettant l’idée de régularité dans le mouvement de 
la pensée. Il faut d’ailleurs noter que le mot n’est ainsi employé que lorsqu il 


s’agit de découvrir a posteriori la méthode suivie dans une opération préexistantes- 
(M. Bernès.) 


À 825 


MILIEU 





d’expérimentation. « La méthode des 
moindres carrés. » — « La méthode de 
Poggendorff (emploi du miroir mobile 
+ pour la mesure des angles). » 

si C. (Surtout en botanique.) Système 
% de classification : John Ray, Methodus 
: plantarum nova, 1682. 

On adit souvent, en ce sens, méthode 
naturelle pour classification naturelle. 
: « Diu et ego circa methodum natura- 
lem inveniendam laboravi, bene multa 
quæ adderem obtinui, etc. » LINNÉ, 
Fragmenta methodi naturalis, 1738. Au- 
: guste ComTE emploie couramment 
“ cette expression (voir, par exemple, 
: toute la quarante-deuxième leçon du 
Cours de Philosophie positive); mais, 
depuis lors, elle est presque complète- 
ment tombée en désuétude. 

Rad. int. : À, B. Metod. 











Méthodes* de Concordance*, de Dif- 
férence*, de Variation* concomitante, 
des Résidus*, etc. Voir ces mots. 


MÉTHODOLOGIE, D. Methodologie, 
Methodenlehre ; E. Methodology ; 1. Me- 
todologia. 

Subdivision de la Logique, ayant 
pour objet l’étude a posteriori des mé- 
thodes, et plus spécialement, d’ordi- 
naire, celle des méthodes scientifiques. 


REMARQUE 


KanT a opposé la Méthodologie à 
l’ensemble de la Logique en divisant sa 
Critique de la Raison pure en « Trans- 


cendentale Elementarlehre » (compre- 
nant l’Esthétique et la Logique trans- 
cendentales) et en « Transcendentale 
Methodenlehre ». La première a pour 
objet d'examiner la nature et la valeur 
des matériaux avec lesquels nous pou- 
vons construire notre connaissance, en 
vue de déterminer à quels usages ils 
sont propres ou impropres ; la seconde 
a pour objet de choisir, entre les divers 
usages qui peuvent en être faits, celui 
qui satisfera le mieux à nos besoins 
intellectuels. (Transcendentale Metho- 
denlehre, $ 1, A, 707-708 ; B, 735-736.) 
Illa divise en Disciplin, Kanon, Archi- 
tektonik et Geschichte der reinen Ver- 
nunft. 
Rad. int. : Metodologi. 


MICROCOSME, D. Microcosmus ; 
E. Microcosm ; 1. Microcosmo. 
Voir Macrocosme. 


MILIEU, D. Müittel (A. Mütte); — 
E. Middle (A. Mean, C. Medium; 
D. Environment) ; — I. Mezzo. 

A. Ce qui est placé entre deux ou 
plusieurs autres choses, et spéciale- 
ment ce qui est à égale distance de 
deux extrêmes, ou au centre d’une 
figure. Particulièrement usité pour tra- 
duire le G. pécov, peabtnc. « Meobtnc tic 
&pa éotiv h &peth : la vertu est donc un 
milieu (entre l'excès et le défaut). » 
ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, Il, 5 ; 
110627. On dit souvent en ce sens 
juste milieu. 





Sur Milieu. — Le sens D du mot milieu, et les expressions telles que « le milieu 





extérieur ; les milieux sociaux ; un mauvais milieu » sont certainement paradoxales 
et illogiques. Mais on s’explique facilement par quel chemin l’expression a passé 
du sens C, encore très correct et voisin de l’étymologie, au sens D, qui en est si loin. 
L'expression « milieu interstellaire » est assez ancienne ; elle remonte au moins à 
l’époque de Newton ; ce milieu est l'intermédiaire par lequel les astres agissent 
lun sur l’autre. Mais en même temps qu'il est entre les corps, et que, par son 
« moyen », les actions physiques se propagent, il est aussi le fluide dans lequel 
tous ces corps sont plongés, et, par conséquent leur « milieu « au sens D de ce mot. 
(Résumé des observations de MM. Beaulavon, Couturat, Le Roy.) 

. De la langue des physiciens, ce mot a passé à la langue des biologistes sous 
l'influence de Geoffroy SairnT-Hizaire dont une des idées dominantes était de 
transporter là l'étude des êtres vivants les procédés et les concepts en usage dans 











MILIEU 


626 





B. Ce qui peut être intercalé soit 
entre deux notions, de telle sorte 
qu’elles ne partagent pas d’une façon 
exhaustive l’univers du discours, soit 
entre deux propositions, de telle sorte 
qu’elles ne soient pas des contradic- 
toires. « Les syllogismes disjonctifs ne 
sont guère faux que par la fausseté de 
la majeure, dans laquelle la division 
n’est pas exacte, se trouvant un milieu 
entre les membres opposés. » Logique 
de PortT-RoyaL, III® partie, ch. x11. 

Principe de milieu exclu, ou de tiers 
exclu : « De deux propositions contra- 
dictoires, l’une est vraie et l’autre 
fausse » ; ou encore : « Si deux propo- 
sitions sont contradictoires, la vérité 
ou la fausseté de l’une impliquent res- 
pectivement la fausseté ou la vérité de 
l’autre. » Voir Contradiction*. 

C. Ce qui, interposé entre deux ou 
plusieurs corps. transmet une action 
physique de l’un à l'autre. 

D. Ensemble des objets (au sens le 
plus large de ce mot) au milieu des- 
quels se produit un phénomène ou au 
milieu desquels vit un être. « Milieu 
physique ; milieu social; milieu intel- 
lectuel. » Cf. Adaptation*. « Milieu in- 
térieur » se dit d’un organisme consi- 
déré dans son rapport aux éléments 
cellulaires qui y vivent. 

Le mot milieu, en ce sens, est même 
appliqué couramment au temps, à 
l’espace, ou à l’espace-temps, consi- 





dérés comme une sorte de réceptacle 
des phénomènes. 


CRITIQUE 


Ed. GosLor (Vocabulaire, vo Milieu) 
fait remarquer avec raison que Je 
sens D est illogique ; car, dit-il, « c’est 
l’être qui est au milieu de ce qui l’en- 
toure, et l'expression milieu extérieur 
semblerait paradoxale si elle n’était 
habituelle ». 

Sur l’origine et le développement de 
ce sens, voir Observations. 


Rad. int. : À. B. Mez ; C. Medy. 


MILLÉNAIRE ou Millénariste (Doc- 
trine), D. Milleniumslehre ; E. Mille- 
narian doctrine, millenarianism ; I. Mil- 
lenarismo. 

A. Doctrine qui annonçait l’avène- 
ment du « millénium », c’est-à-dire de 
la période de mille ans prédite dans 
l'Apocalypse, et pendant laquelle le 
principe du mal serait rendu impuis- 
sant. (Voir Apocalypse, XX, 1-3.) 

B. Par extension (et dans un sens 
péjoratif) se dit de toutes les doctrines 
qui décrivent l’avènement d’un âge de 
bonheur et de perfection (Utopie de 
Monus, Cité idéale de CAMPAXNELLA, 
Paix perpétuelle de l’Abbé de SarnT- 
Prerre, etc.). 


Rad. int. : Millenari. 














la physique et la chimie. 11 disait d'habitude en ce sens, « milieu ambiant ». 
Mémoires de l’Académie des sciences, 1833. Études progressives d’un naturaliste, 
1835. 

I s’est introduit ensuite dans le langage des sciences morales par deux voies 
indépendantes. Auguste COMTE, qui l’avait emprunté au naturaliste de Blainville, 
en a fait un fréquent usage. Voir notamment Cours de philosophie positive, 
ieçon XL, $ 13 et suiv. « Milieu » y est imprimé d’abord en italiques, et n'est 
employé qu'après une explication préalable de l’idée qu'il représente. — D'autre 
part, TAINE, qui a plus que tout autre vulgarisé ce terme, l'avait emprunté à 
l’Avant-propos de la Comédie humaine de Bazzac (1841) où celui-ci assimile la 
société à la nature et les variétés individuelles de l’homme aux espèces zoologiques, 
dépendant de leur « milieu ». Balzac l'avait pris lui-même directement à Étienne 
Geoffroy Saint-Hilaire. (R. Berthelot.) 

Voir également R. Eucken, Les Grands Courants de la pensée contemporaines 
P. 375 ; et BarTH, Die Philosophie der Geschichte als Sociologie, p. 33. 








Fa 


627 


MIMÉTISME, D. A. Nachahmune ; 
B. C. Mimikry, Nachäffung (EisLer) ; 
— E. A. Mimetism ; B, C. Mimetism, 
Mimicry (ce second terme est le plus 
usuel dans cette acception) ; — I. Mi- 
mesi. 

A. Se dit de toutes les formes d’imi- 
tation*, considérées dans leurs carac- 
tères généraux, et des ressemblances 
qu’elles produisent. 

Spécialement : 

B. Phénomène consistant en ce que 
certains animaux revêtent soit d’une 
façon permanente, soit momentané- 
ment, l’apparence du milieu dans lequel 
ils vivent : forme et couleur des feuilles, 
ou des branches ; aspect du sol, etc. 

C. Ressemblance superficielle entre 
animaux anatomiquement éloignés les 
uns des autres, et résultant soit d’un 
mème mode d’existence, soit de toute 
autre cause (par exemple, certaines 
mouches ressemblent extérieurement à 
des abeilles ; on suppose que cette res- 
semblance peut être une adaptation 
défensive). 

CRITIQUE 


Le sens B est de beaucoup le plus 
usuel, sinon même le seul qui ait cours 
en français. Il n’en est pas de même 
dans les pays de langue anglaise. 





MINEURE 


MM. BaALDWiN, STouT et PouLTon 
(d'Oxford) proposent de diviser toutes 
les ressemblances en amimétiques et 
mimétiques. Les premières seraient cel- 
les qui proviennent soit de l’analogie, 
soit de la répétition; les dernières 
seraient celles qui impliquent une 
adaptation, soit automatique (échola- 
lie, adaptation morphologique imita- 
tive, mimétisme aux sens B et C (mi- 
micry) ; — soit consciente et volon- 
taire, comme dans le développement de 
l'intelligence humaine. (BaLpwin, v° 
Ressemblance.) — Cf. plus haut, /mi- 
tation*. 

Rad. int. : À. Imitism ; B. C. Mime- 
tism. 


1. MINEUR, subst. masculin ou adj. 
(sous-entendu Terme). D. Unterbegriff, 
Minor ; E. Minor; |. Minore. 

Celui des trois termes d’un syllo- 
gisme catégorique qui est sujet dans 
la conclusion. On l’appelle aussi « petit 
terme ». -- Pour l’origine et le sens 
primitif de ce mot, voir Mujeur. 


2. MINEURE, subst. féminin. D. Un- 
tersatz, Minor ; E. Minor ; I. Minore. 

À. Dans un syllogisme catégorique, 
celle des deux prémisses qui contient 
le mineur ou petit terme. 





Sur Mineure. — L. Couturat voudrait que les mots majeure, mineure ne fussent 


jamais employés en parlant des syllogismes hypothétiques et disjonctifs, où les 
propositions ainsi appelées ne sont analogues que par leur ordre d’énonciation 
aux propositions homonymes du syllogisme catégorique. En effet la majeure est 
la prémisse qui contient le grand terme, prédicat de la conclusion ; mais dans un 
raisonnement hypothétique, la « majeure » contient la conclusion tout entière. 
Ed. Goblot considère au contraire que dans un syllogisme hypothétique, tel 
qu’on l’énonce ordinairement, le petit terme est sous-entendu. Ce syllogisme n’a 
de sens qu’en le formulant ainsi : 
Si p est, g est; 
Or dans le cas S, p est; 
Donc dans le cas S, q est ; 


formule où l'expression dans le cas S joue exactement le même rôle, au point de 
vue de la pensée, que le petit terme des syllogismes classiques. Non seulement le 
nom de mineure convient donc bien à cette proposition, mais le syllogisme hypo- 
thétique, ainsi complété, représente beaucoup plus fidèlement que le syllogisme 
aristotélicien le vrai rapport des termes et des propositions dans l'esprit. Cf. 
E. Gosor, Les jugements hypothétiques, Revue de Métaphysique, mars 1911. 























A ner, 


MINEURE 


B. Dans un syllogisme hypothétique, 
celle des prémisses qui énonce que la 
condition suffisante est réalisée (modus 
ponens) ou que l'effet de cette condi- 
tion ne l’est pas (modus tollens). 

C. Dans un syllogisme disjonctif, 
celle des prémisses qui exclut l’une 
des branches de l’alternative. 


CRITIQUE 


La légitimité des sens B et C est 
discutée. Voir Observations ci-dessous. 


MINIMUM, D. E. Minimum, I. 
Minimo. 

A. (Absolument). Valeur la plus pe- 
tite, ou la plus petite possible, d’une 
grandeur susceptible de plusieurs états. 

B. (Relativement) Valeur (d’une 
variable ou d’une fonction) plus petite 






628 


minimale une proposition particulière 
qui énonce expressément, ou qui sous- 
entend, par une convention tacite, que 
l’attribut est affirmé au minimum de 
quelques-uns des individus formant 
l’extension du sujet, mais sans exclure 
l’hypothèse qu’il convienne à tous. Ce 
sens est celui que la logique classique 
donne aux propositions particulières ] 
et O. Voir ci-dessus Limitative*. 
Se dit aussi de la disjonction u 
(celle qui admet soit la réunion des 
caractères, soit l’assertion simultanée 
des propositions dont l’une au moins 
est vraie) par opposition à la disjonc- 
tion exclusive* Oo, où l’on n’admet 
qu'une seule des possibilités énoncées. 
Rad. int. : Minor. 


MIRACLE, D. Wunder ; E. A. Mi- 


+ 629 


comme la manifestation, dans le monde, 
d’une action intentionnelle supérieure 
à la puissance humaine. « Quae praeter 
ordinem communiter statutum in rebus 

uandoque divinitus fiunt. » Saint 

HOMAS, Contra Gentiles, III, 101. — 
« Miracle est un terme équivoque : ou 
il se prend pour marquer un effet qui 
ne dépend point des lois générales 
connues aux hommes ; ou, plus géné- 
ralement, pour un effet qui ne dépend 
d'aucune loi, ni connue ni inconnue. 
Si tu prends le terme de miracle dans 
le premier sens, il en arrive infiniment 
plus qu’on ne le croit ; mais il en arrive 





MIRACLE 


beaucoup moins si tu le prends dans 
le second sens. » MALEBRANCHE, Médi- 
tations chrétiennes, VIII, 26. 

B. Plus rarement (et avec une nuance 
d'humour, bien que ce soit un retour 
au sens étymologique) : tout fait remar- 
quable et merveilleux, qu’on ne saurait 
ramener à des lois connues. « En fait 
de miracle, il y en a un dans l’histoire, 
M. Renan le disait ces jours-ci au ban- 
quet de l’Association des études grec- 
ques : c’est la Grèce antique. » G. Mi- 
LHAUD, Leçons sur les origines de la 
science grecque, VIII leçon. — Le mot, 
en ce sens, se réduit quelquefois à 


celle-ci : « Cette définition n’a qu’une valeur historique. » En effet si la définition 
critiquée n’est pas fausse, à proprement parler, il n’en reste pas moins que dans 


que celles qui la précèdent ou la suivent 
immédiatement. 
Voir Marzimum*. 


racle ; B. Wonder ;: 1. Miracolo. 

A. Étymologiquement, fait surpre- 
nant (miraculum, de mirari, s'étonner, 
admirer; cf. Wunder, de wundern, 
même sens), non conforme à l’ordre 


Minimal, qui est un minimum, ou qui 


l’état actuel des idées, « elle enlève tout intérêt au concept de miracle », ce qui 
n'est contesté par personne. A quoi servirait, philosophiquement, une classe de 
phénomènes tels qu’on ne pourrait jamais savoir si un fait y est ou n’y est pas 
inclus, si ce n’est pour des faits légendaires dont aucun homme cultivé ne soutient 
aujourd’hui la réalité historique, comme dans le cas de Josué ? Il y a donc lieu 
de rechercher quelle est la définition du miracle proposée par ceux qui soutiennent 


est assujetti à une condition de mini- 
mum. 
Spécialement, en logique, on appelle 





habituel des faits de même nature. 
Mais l'usage le plus général est de ne 
l’appeler miracle que si on le considère 


actuellement qu’il y a, qu’il y a eu, ou qu’il peut y avoir des miracles. 
A cet égard, il convient de mentionner d’abord la doctrine de M. Le Roy, 




















Sur Miracle. — Dans la Critique de ce mot, en première rédaction, la défi- 
nition : « Le miracle est une dérogation aux lois de la nature » était qualifiée de 
« vicieuse ». Plusieurs membres de la société ont trouvé le terme exagéré : « Cette 
critique, dit L. Couturat, me paraît un peu trop sceptique. Si nous ne pouvons 
pas dire que l’Incarnation est un miracle, nous pouvons dire que Josué arrêtant 
le soleil en est un. « — » L’objection, dit M. Drouin, montre bien qu’on ne saurait 
constater, prouver un miracle ainsi défini; elle ne contraint pas à changer la 
définition. Le rapport entre les deux concepts n’est pas détruit, parce que l’indé- 
termination que nous découvrons aujourd’hui dans l’un se communique néces- 
sairement à l’autre. » — Observations analogues de G. Beaulavon. 

— « La science ne parle du hasard que pour l’exclure, nous a écrit plus récem- 
ment M. M. Marsal. Mais elle en parle. Ne faut-il pas réserver le droit de parler 
de miracle au sens de Hume, ne serait-ce que pour l’exclure ? Faut-il vraiment 
considérer comme défectueux les textes suivants : « Il n’y a dans la nature n1 
« contingence, ni caprice, ni miracle, ni libre arbitre ; chacune de ces hypothèses 
« ruine en nous la faculté de raisonner sur les choses. » GoBLoT, Logique, p. 314. — 
« La merveille éternelle, c'est qu’il n’y ait pas sans cesse des miracles. » H. Poin- 
CARÉ, La valeur de la science, Introd., p. 7. (A vraidire, pour ce dernier texte, on peut 
comprendre par le sens A.) Et puisque vous citez le mot que Renan aurait pro- 
noncé, et qui a fait fortune, sur le miracle grec, il faut bien remarquer que Renan, 
en cent endroits, a parlé des miracles au sens de Hume. » Voir au Supplément. 

Pour tenir compte de ces réserves, l'expression discutée a été remplacée par 





exposée dans les articles des Annales de philosophie chrétienne dont la partie 
critique a été mentionnée ci-dessus. En voici le résumé, approuvé par l’auteur, 
et tel qu’il a été proposé à la discussion dans l'épreuve de cet article. 

« Cependant il y a quelque chose à en retenir (des diverses définitions du 
miracle) sur quoi, sauf la question de fait, il semble bien que tout le monde puisse 
æ mettre d’accord : 1° On ne donne le nom de miracle qu’à un fait sensible, et 
à un fait exceptionnel, extraordinaire... — 2° On ne donne le nom de miracle 
qu’à un fait qui est significatif dans l’ordre religieux. — 3° Pour qu’un fait soit 
qualifié miracle, il faut que tout en faisant contraste avec elle, ce fait soit inséré 
dans la série phénoménale ordinaire, bref qu’il constitue comme un ressaut 
dans son déroulement habituel. Ainsi les théologiens n’appellent miracle ni la 
justification par le baptême... ni la création du monde — 4° Pour qu’un fait 
soit qualifié miracle, il faut qu’il ne comporte pas d'explication purement physique 


suffisante, qu'il dépende de conditions non seulement psychologiques, mais 


morales, en un mot qu’il ne puisse jamais devenir prévisible à coup sür ni répétable 


‘à volonté. » Zbid., oct. 1906, p. 14-15. 


Mais cette définition n’est que formelle et préliminaire. Pour caractériser 
Précisément le miracle, et en donner une définition qui en fasse vraiment connaître 
la nature, il faut mettre en lumière l’action spirituelle qui le constitue : elle consiste 
dans l’exaltation momentanée de la puissance dont l’acte libre, tel qu’il est défini 


“dans la philosophie bergsonienne, représente la forme inférieure. « Un miracle 
‘est l’acte d’un esprit individuel (ou d’un groupe d’esprits individuels), agissant 


Comme esprit à un degré plus haut que d'habitude, retrouvant en fait, et comme 
dans un éclair, sa puissance de droit. » Zbid., décembre 1910, p. 242. « Un miracle 


‘est l'acte d’un esprit qui se retrouve plus complètement que d’habitude, qui 


ES 






















































































MIRACLE 


630 





signifier ce qui est digne d’admiration : 
« Un miracle de beauté ; un miracle de 
perfection. — Faire miracle. » Mais 
cette acception est vieillie, et presque 
tombée en désuétude. 


CRITIQUE 


1. On trouvera dans trois articles de 
M. LE Roy (Annales de philos. chrét., 
1906-1907), la critique de diverses défi- 
nitions du miracle et notamment de la 
plus usuelle, qui paraît dater de HunE : 
« À miracle is a violation of the law 


miracle est un fait contraire aux lois 
de la nature, une dérogation aux lois 
de la nature. » Nous croyons aussi que 
cette définition n'a qu’une valeur his- 
torique et ne peut être conservée de 
nos jours. Elle avait sa raison d’être 
quand l'expression Lois de la nature 
était encore entendue en son sens pri- 
mitif de décret divin obligatoire, ana. 
logue aux lois civiles dont un souve- 
rain peut suspendre l'effet. Mais l’effa- 
cement du caractère impératif de la loi 
fait disparaître la possibilité de cette 





631 


toujours perfectibles, que nous appe- 
ions lois de la nature, le concept de 
miracle perd tout intérêt, il ne peut 
être appliqué à un fait que subjective- 
ment, et à une date déterminée. — 
g’il s’agit de lois absolues de la nature, 
telles que les concevait Descartes, ou 
telles que les connaïîtrait une science 
parfaite, il en est encore de même : 
çar il nous est impossible de savoir ce 
qui est ou n’est pas conforme à ces 
lois, ni même si ce concept-limite pré- 





MIRACLE 


Les théologiens et les philosophes 
qui désirent conserver un sens à ce 
concept ont donc été amenés à en faire 
une nouvelle analyse, qui provoque 
elle-même une controverse encore ou- 
verte. Voir ci-dessous, Observations. 

2. Il y a lieu de remarquer que pour 
Hume lui-même, l’idée de Loi de la 
nature comportait une part d’indéter- 
mination, et qu'’ainsi la formule citée 
plus haut n’était guère plus stricte, 
dans sa pensée, que l’Ordo communiter 





of nature. » (Essays, II, 10.) — « Un | interprétation. S’il s’agit des formules, 





reconquiert momentanément une partie de ses richesses et de ses ressources 
profondes. » Jbid., 247. Cette exaltation ne peut se produire que par la grâce, 
le concours de Dieu, et ne peut être reconnue pour telle qu’en vertu d’une dispo- 
sition morale préalable, car « rien de tout cela n’est incompatible avec un déter- 
minisme largement entendu. C’en est une face, un côté : celui que découvrent 
peu à peu la psychologie de l’inconscient, la psychologie des foules et, d’une 
manière plus directe encore, la psychologie de la foi. » Zbid., 247. — « Le miracle, 
le phénomène physique, est inséparable de la signification religieuse qu’il véhicule. 
La perception du miracle [en tant que tel] n’est pas simple affaire de constatation 
sensible. Le miracle est un signe issu de la foi, qui s’adresse à la foi, qui n’est 
entendu que par la foi. » Zbid., p. 236-238. 


— Tout celaest ingénieux, profond même, et peut être solide. C’est en tout cas, 
sans doute, ce que l’on peut dire de mieux pour sauver la notion du miracle, qui 
ne peut plus guère se soutenir aujourd’hui dans son vieux sens théologique et 
précis, de violation des lois de la nature. (J. Lachelier.) 

La définition que M. Le Roy donne du miracle est très contestable. Il me 
semblerait préférable de s'inspirer de la tradition des théologiens. D'ailleurs 
M. Le Roy n’est pas toujours d’accord avec lui-même. Il définit le miracle « un fait 
sensible » et ailleurs « l’acte d’un esprit ». 11 y a des miracles physiques et des 
miracles spirituels. Philosophiquement, la définition de M. Le Roy comporte les 
mêmes réserves et les mêmes critiques que la définition bergsonienne de la liberté : 
c’est une conception à la fois trop vague et trop large. (F. Mentré.) 

Les thèses de M. Le Roy, résumées ci-dessus, ne représentent qu’une opinion 
particulière. En une question aussi délicate, il semble nécessaire, pour demeurer 
objectif, de s’attacher précisément au sens historiquement défini. Or l’exposé 
qu’on nous propose a l'inconvénient d’être étranger à la tradition et incompatible 
avec l’enseignement catholique qui naguère encore a rejeté plus expressément 
que jamais l’idée que le miracle est « issu de la foi », adressé à la foi, entendu 
par la foi seulement : les Conciles et les Papes l’ont considéré comme un signe 
divin, adapté à l'intelligence de tous, destiné à provoquer ou à confirmer la foi, 
propre à servir de pierre de touche aux consciences et à les mettre en demeure 
de résoudre une crise intérieure. C’est ainsi que la Constitution Vaticane De fide 
parlant des miracula, les appelle externa argumenta, signa certissima et omnium 
intelligentiae accommodata. (Cf. DENZINGER, Enchiridion, n° 1790.) 

A l'étude citée de M. Le Roy, il convient donc d’opposer l’article de M. Bernard 





sente un sens bien déterminé. Cf. ci- 
dessus, Loi*, notamment $ D et Cri- 
tique. 


statutus in rebus de saint THomas 
D'AQUIN. 
Rad. int. : Mirakl. 





DE SAILLY (Annales de Philosophie chrétienne, juillet 1907, p. 337) où se trouvent 
réintégrés les éléments multiples qu’enferme la notion dont théoriquement et 
pratiquement s’est inspirée la tradition. Je les résume en ces quelques points : 

19 Le miracle, en ce qu’il a d’apparent, se produit dans l’ordre des constatations 
communes et des inférences spontanées : ainsi la façon même dont nous apprécions 
la durée, les dimensions, la résistance, par exemple la rapidité d’une cicatrisation, 
tout cela sans doute est bien relatif à nous; mais, dans ces relations anthropo- 
morphiques, il y a cependant une fixité, une précision, une solidité réelles. Ces 
apparences liées ne sont pas arbitraires et variables, elles ont une consistance 
propre, et elles forment comme un langage suivi qui s'impose invinciblement à 
nos jugements immédiats, à nos réactions pratiques, à nos rapports sociaux. 
Or c’est dans cette réalité anthropomorphique, dans cette langue accessible et 
même imposée à tous, qu'est écrit le miracle. 

2° Il ne requiert donc nullement d’être étudié, interprété, défini en fonction 
d’une terminologie artificielle, d’une connaissance restreinte et systématique, 
d'une analyse d’ailleurs toujours fragmentaire et provisoire, comme nous en 
présentent les sciences positives. 

30 Le miracle, qui n’est pas écrit dans la langue des savants, n’est pas écrit 
non plus dans celle des philosophes : ce n’est pas plus le métaphysicien que le 
physicien qui, en leur compétence propre, ont à en fournir le diagnostic ou la 
définition. Ici, ils se retrouvent simplement hommes et n’ont à user de leur science 
que pour se garder des faux essais d’explication et pour rapporter à l’étalon 
humain ou populaire ce qui relève du critérium anthropomorphique. 

4° Le miracle n’est pas un fait intrinsèquement divin ou surnaturel, car il n’y 
en a point de tel. « Nihil postest dici miraculum ex comparatione potentiae divinae ». 
St THomas, Sum. Theol., 1, q. 105, a. 8. Il est l’analogue du surnaturel, dont il est 
l'expression, « l’argument »; car, par une réelle et intentionnelle dérogation aux 
apparences anthropomorphiques, il manifeste analogiquement la réelle dérogation 
que l’ordre de la grâce et de la charité introduit dans le rapport de l’homme et 
de Dieu. 

59 Si donc le miracle s’impose d’abord à l’attention commune comme un fait 
naturel, qui précède la foi ; si, par son caractère préternaturel et en son étrangeté 
provocante, il est logiquement discernable pour tous, cependant il n’est discerné 
en son sens complet que par une correspondance volontaire et même onéreuse 


‘ de l’âme, qui envisage non plus seulement l’aspect dont les sens, la science ou la 






































MIS 


632 








MIS... ou Miso... (du G. puoeiv, haïr). 
Préfixe servant à marquer l’aversion 
pour quelque objet : misanthrope, miso- 
gyne ; misonéisme (antipathie pour tout 
ce qui est nouveau), etc. — Misologie 
(« Hass der Vernunft », haine de la 
raison : KANT, Grundlegung zur Met. 
der Sitten, I, 6). Misologue a été sou- 
vent employé dans le même sens. 


Misautie, voir Philautie*, ci-dessous. 


« MISÈRE psychologique », expres- 
sion créée par Pierre JANET (L’automa- 
tisme psychologique, 1889), sur le mo- 
dèle de l'expression médicale misère 
physiologique {état de nutrition impar- 
faite de tous les tissus, créant une 
réceptivité générale à l'égard des ma- 





Re 


ladies). « Il y a une faiblesse morale 
particulière consistant dans l’impuis. 
sance qu’a le sujet de réunir, de con- 
denser ses phénomènes psychologiques, 
de se les assimiler ; et de même qu’une 
faiblesse d’assimilation du même genre 
a reçu le nom de misère physiologique, 
nous proposons d’appeler ce mal moral] 
la misère psychologique. » Ibid., 2 par- 
tie, ch. 1v, p. 454. 


« MNÈME », D. Mneme. 

Terme proposé par SEMoON (Die Mne- 
me, als erhaltendes Prinzip im Wechsel 
des organischen Geschehens!, 1904 ; Die 
mnemischen Empfindungen, 1909) pour 


1. La mnème, en tant que principe de conservalion 
dans le devenir de l'organique. — 2. Les impressions 
mnémiques. 





métaphysique peuvent s'occuper, mais le sens spirituel qu'il véhicule, la doctrine 





+ à 


MOBILE 





pu 


désigner la faculté inhérente à la subs- 
tance vivante de conserver comme tels, 
et dans leurs connexions, les complexus 
d’excitations reçus du monde exté- 
rieur. Il propose aussi d’appeler en- 
grammes ces traces laissées par les ac- 
tions antérieures. 


CRITIQUE 


Cf. Mémoire*. — Ce terme serait 
utile pour désigner dans sa généralité 
la fonction vitale à laquelle se rattache 
le souvenir psychologique. On éviterait 
ainsi, non seulement l’ambiguïté qui 
résulte de l’extension du mot mémoire 
à la simple permanence des modifica- 
tions organiques, mais aussi la pré- 
somption que le souvenir psychologique 
n’est rien de plus qu’un cas particulier 
de la « mémoire biologique », ce qui est 
actuellement discuté. 


Rad. int. : Mnem. 


MOBILE, subst. D. À. Bewegliches ; 
B. Primum mobile; C. Beweggrund ; 
D. Triebfeder ; — E. A-<Movable body, 
mobile ; B. Mover, Mobile ; C. Motive; 
D. Affect (proposé expressément en ce 
sens par STouT et BALDwIN), Spring ; 
— I. Mobile dans tous les sens. 

A. Ce qui peut être mû. — Spéciale- 
ment, chez Aristote, toute chose est 
appelée mobile (xivobuevov) en tant 
qu'elle change, et moteur (xivoüv) en 
tant qu’elle cause le changement. Le 
premier mobile (Ilp&rov xivobuevov, L. 
primum mobile) est le ciel supérieur, 
ou « premier ciel », qui est à son tour 
le moteur de tout ce qui existe dans le 
monde. 

B. L'expression premier mobile, par 
suite, a désigné métaphoriquement le 
principe de l’action ou du changement 
dans un ordre quelconque de faits. 
« Le concours de l’âme et du corps est 
mais il est 





















































qu’il appuie, la vie nouvelle qu'il sollicite. — Il n’est donc pas reconnu et interprété 
utilement par un simple travail subjectif du témoin ; il n’est pas uniquement 
produit, comme un fait objectif, par la force spirituelle des acteurs ; il n’est 
constitué ni simplement par la façon dont la foi envisage les événements où elle 
s'exprime, ni simplement par l’anomalie physique qui proposerait à l’incrédule 
une énigme de psychologie religieuse. Bien autre chose et bien plus, et, en un 
sens, bien moins que la force normale de l'esprit ou de la foi, il est le truchement 
de cette divine qtaavôpænia dont parle St Paul, et qui, s’humanisant dans son 
langage et dans ses condescendances, fait transparaître par des signes anormaux 
son anormale bonté. C’est sur tout cela que, pour en juger vraiment, il faut faire 
porter la décision ; et c’est pour tout cela que « l’Église, loin d'en laisser juges 
les yeux même les plus excellents ou les savants même les plus compétents, 
ou les philosophes même les plus sages, après s'être servie de leurs lumières, 
se réserve le discernement final. » — Telle est, ce semble, la notion complexe, 
précise, spécifique du miracle. (M. Blondel.) 

M. Le Roy a ultérieurement discuté dans une séance de la Société de Philosophie 


les critiques adressées à sa conception du miracle. Cette discussion a été publiée 
dans le Bulletin de la Société de mars 1912. 


Sur Mnème, — On dit aussi Mnémé ; cette forme a été indiquée dans l'épreuve 
de cet article. Mais il a paru préférable de ne conserver qu'une forme, la plus 
répandue, et celle qui est employée notamment par M. ForeL, comme nous l’a 
fait remarquer Ed. Claparède, 

. — Pour indiquer la trace laissée dans le protoplasma par les excitations anté- 
rieures, on s’est aussi servi du terme hystérésis, emprunté à la physique. Ce terme 
a été notamment employé par ARD1Go0, dans un article sur l’Inconscient (Rio. à 
filosofia, mai 1908) et dans la trad. italienne de Lors, Fisiologia comparata del 
cervello, p. 967. Il me semble meilleur que mnème, et parce qu’il marque la base 
purement physique de la mémoire, et en raison de sa composition étymologique 
(otépnoic, fait de se produire ensuite). (C. Ranzoll.) 





visible dans les passions : 
clair que le premier mobile est tantôt 
dans la pensée de l’âme, tantôt dans le 
mouvement commencé par la disposi- 
tion du corps. » BossuET, Conn. de 
Dieu, III, 11 (Didot, 59 B). — « On 


MNÉMONIQUE, mnésique, adj. — 
Appartenant à la mémoire ; constituant 
un acte de mémoire*. 


Rad. int. : Memoral. 





Sur Mobile, — Le rapprochement et l’antithèse de motif et de mobile, en psy- 
chologie, datent vraisemblablement des éclectiques. Bien que ces deux mots fassent 
penser immédiatement à l'opposition aristotélique du xivo5v et du xrvobuevov, les 
textes cités plus haut semblent bien marquer que ces mots ont abouti par deux 
voies toutes différentes à désigner les causes mentales d’action. 

Cependant J. Lachelier nous a signalé un texte important d’Aristote où la 
distinction du moteur immobile, du moteur mobile et du mobile pur est appliquée 
aux « mouvements » de l’âme (Ilept Quyñç, III. 10). Voici le passage le plus carac- 
téristique : « “Eort td uèv [xivobv] éxlvrrov td mouxtèv dyaév, tb SE xivobv xal 
Mvodpevov Td épextixév (uveltor yap rd xivoupevov } épéyetar xal À ximatg Bpesie tic ÉTiv 
À dvépyeua |, rd Bè xivobuevov +d Coov. » (433015.) « Il y a donc, pour chacune de nos 
actions comme pour l’univers, dit J. LACHELIER, un moteur immobile, l’objet du 
désir (bpextôv, rpaxrdv &yaGév) ; un mobile qui devient à son tour moteur, le désir 
(ëpeËiç) ; enfin un mobile simplement tel, notre corps. Cela explique, ce me semble, 
comment mobile a pu passer du sens cosmologique au sens psychologique : le 
« mobile » d’une action, c’est proprement le désir, moyen terme entre le but et 
l'agent ; et peut-être le vrai sens de motif serait-il le but lui-même, existant en 
idée dans notre esprit. » 

Cette remarque coïncide avec une observation d’Edmond Goblot, qui, se 
souvenant peut-être du même texte, nous écrit ceci : « La distinction des mobiles 
et des motifs me paraît plus claire si l’on dit que les mobiles sont des causes 







































































MOBILE 63% 


—— 





appelle figurément premier mobile d’une 
affaire celui qui lui donne le branle et 
le mouvement. » FURFTIÉRE, Düiction- 
naire (1690). 

Voir plusieurs exemples de ce sens 
métaphorique au xviie siècle, en an- 
glais, dans Murray, sub vo (Furst 
mobile, Great mobile). 

C. Ce qui meut, au sens moral : idée 
ou sentiment qui tend à produire un 
acte chez un être doué de volonté. 
« Deux mobiles influent sur la conduite 
de l’homme et la déterminent : les 
tendances de sa nature et les idées de 
son intelligence sur les différents buts 
auxquels aspirent ces tendances. Quand 
il obéit à la première de ces influences, 
qui est instinctive et aveugle, il agit 
passionnément ; quand il obéit à la 
seconde, qui est éclairée et réfléchie, 
il agit raisonnablement. » JOUFFROY, 
Réflexions sur la philosophie de l’his- 
toire, $I (Mélanges philosophiques, IIT). 


D. Plus spécialement, la première de 
ces causes d’action : tendance impul. 
sive et affective. 

« Tout homme, en agissant, obéit à 
des motifs dont il a ou dont il n'a pas 
conscience. Lorsque ces motifs sont de 
l'ordre intellectuel, c’est-à-dire sont des 
idées, ils prennent alors plus particu-. 
lièrement le nom de motifs. Quand ils 
sont de l’ordre de la sensibilité, on les 
appelle plutôt des mobiles. Les motifs 
commandent ou conseillent ; les mo- 
biles captivent ou entraînent: mais 
de quelque manière qu'ils agissent, 
l’homme ne peut se déterminer sans 
eux.» P. JANET, Traité de philosophie, 
Psychologie, ch. wi (4e éd., p. 311). 


CRITIQUE 


Ce dernier sens est le plus usuel. Il 
a été adopté par Jouffroyÿ lui-même 
(quoique ce ne soit pas sans exception) 
dans le Cours de droit naturel. Voir 





efficientes, les motifs des fins. D'où il résulte que les premiers sont des sentiments, 
les seconds des idées. » 

J’ai fait des recherches dans un grand nombre de dictionnaires, soit de latin 
scolastique, soit de français, sans trouver d'exemple qui parût indiquer la conser- 
vation de cette antithèse aristotélicienne. Et d’ailleurs, dans le texte de Bossuet 
cité plus haut, il semble bien que la métaphore soit directement tirée de l’ordre 
cosmologique, puisqu'il applique l'expression premier mobile même aux mouve- 
ments du corps, de la façon la plus contraire au texte d’Aristote dont il s’agit. 
Motif paraît également avoir pris son sens par une tout autre voie. Cf. ci-dessous 
la Critique et les Observations sur ce mot. (A. L.) 

Sur l’usage actuel du sens D. — La distinction que Paul Janet rappelle et 
consacre est à retenir. On pourrait même insister davantage sur l’importance des 
mobiles. Dans le concret, il est bien difficile d'imaginer un motif pur strictement 
décoloré et froid. Si donc tout motif est mobile par quelque endroit, peut-être y 
aurait-il lieu de réserver le mot de mobile à celles des impulsions de la sensibilité 
que nous ne parvenons pas à amener à une conscience claire, — et le mot de 
motif aux idées pures d'abord (si tant est qu’elles puissent agir) et aux idées 
mêlées de sensibilité, à condition que nous puissions toujours élucider nos élans 
et clarifier nos sentiments. Le mobile appartiendrait plutôt au subconscient, le 
motif au conscient. (L. Boisse.) 

L. Couturat pense au contraire que cette distinction, purement scolaire et 
française, n’a pas assez d'intérêt pour qu’il y ait lieu de la retenir, et de lui attribuer 
un radical international. 

, M. D. Lagache estime également que la distinction des mobiles et des motifs 
d’un acte est sans fondement psychologique ; il recommande l’emploi du terme 
plus général de motivation. (Cours professé à la Sorbonne en 1948-1949 ; Bulletin 
des groupes d’études psychologiques, 23 mai 1949, p. 7.) 


7 635 


* en particulier les 2e, 3° et 4e leçons. 


Il y fait consister la différence entre 
la présence ou l’absence de la liberté 
morale, non dans le fait que l’agent est 
indéterminé ou déterminé, mais dans 
la détermination par des motifs (réflé- 
chis) ou par des mobiles (passionnels). 
Par suite, ce mot a souvent reçu une 
nuance défavorable et implique une 
idée d’hétéronomie. « Obéir à un mo- 
bile. » — Cependant cet import, lui non 
plus, n’est pas constant, car mobile est 
employé d'ordinaire pour traduire 
Triebfeder, notamment dans l'usage 
qu’en a fait Kant {Kritik der praktischen 
Vernunft, livre I, ch. 111 : « Von den 
Triebfedern der reinen praktischen 
Vernunft », où il y donne pour équi- 
valent elater! animi). Dans cet emploi, 
le mot n’a rien de péjoratif, ni d’opposé 
à l’idée de liberté. 

La meilleure acception paraît être 
Pacception D, en la dégageant, si pos- 
sible, de toute association tendan- 
cieuse. 

Rad. int. : D. Mobil. (Voir Observa- 
tions.) — Mobile, adj. : Movebl. 


« MOBILISME », nom donné par 
M. Cuive (Le mobilisme moderne, 1908) 
à la croyance d’après laquelle le fond 
des choses est non seulement indivi- 


1 Elater, transcription du G. ÉAXTYP, employée cou- 
ramment dans le latin moderne pour ressort. Les pre- 
mières éditions allemandes et la traduction Barni 
donnent elator, qui n'existe pas en latin, corrigé à tort 
dans l'éd. Kirchmann par elatio, qui voudrait dire 
élévation. 


MODAL 


duel et multiple, mais sans cesse mou- 
vant, en voie de transformation con- 
tinue et sans lois fixes, débordant et 
rendant inefficace toute tentative d'or- 
ganisation rationnelle. 


MODAL, D. Modal ; E. Modal; I. 
Modale. 

Qui se rapporte aux modes, en quel- 
que sens que ce soit. Descartes a con- 
sacré trois chapitres des Principes (I, 
60-62) à analyser : 19 « la distinction 
réelle », 29 « la distinction modale », 
dont il admet deux sortes : l’une entre 
le mode et la substance, l’autre entre 
les différents modes d’une même subs- 
tance, et 30 la distinction « qui se fait 
par la pensée ». 

Mais cet emploi du mot esttombé en 
désuétude ; Modal ne se rencontre plus 
de nos jours qu’au sens logique : voir 
l'article suivant. 


Modales (Propositions), D. Modal; 
E Modal ; I. Modale. 

A. « (Parmi les propositions com- 
plexes) les philosophes ont particuliè- 
rement remarqué celles qu’ils ont appe- 
lées modales, parce que l'affirmation 
ou la négation y est modifiée par l’un 
de ces quatre modes : possible, contin- 
gent, impossible, nécessaire. » Logique 
de Port-RoyaLz, 2€ partie, ch. vin. 
— Sont donc madales en ce sens les 
propositions qui ne concernent pas 
simplement rù brapyetv, mais qui affir- 
ment ou nient soit la nécessité, soit 





Sur Mobilisme. — L'épreuve de cet article ajoutait : « M. Chide considère cette 








attitude comme la conclusion nécessaire, quoique en général incomplètement 
reconnue, de toute la philosophie moderne. » — « L’attitude et la doctrine de 
Cave, nous écrit M. Boisse, sont bien moins la conclusion de tout le dévelop- 
pement de la philosophie moderne que la restauration d’un système aussi vieux 
que le monde philosophique qui a trouvé chez Héraclite, et chez quelques scep- 
tiques grecs une de ses plus complètes expressions. » — C’est une des raisons qui 
nous ont engagé à maintenir ici ce néologisme, dont l'utilité et l'intérêt avaient 
été mis en doute par plusieurs membres de la Société. Platon et Aristote font 
souvent allusion aux deux grands systèmes antésocratiques qu’ils rejettent égale- 
ment comme trop simplistes ; le révra npepeiv et le mévra xuveïobar. (Métaphysique, 
III, 8; 1012024 : Physique, VIII, 3; 253b, 6, etc.) Il n’est donc pas inutile de 
recevoir un terme, d’ailleurs bien formé, pour représenter cette conception. (A. L.) 




















en 


MODAL 


la possibilité de la relation énoncée. 
Voir Amabimus*. | 
B. HAMILTON (Lectures on Logic, 
ch. x1v} appelle modale toute proposi- 
tion dont la copule reçoit une détermi- 
nation complémentaire. 


REMARQUE 


« Propositions modales » ne se dit 
usuellement qu’au sens A; mais le 
sens large tend actuellement à s’intro- 
duire dans l’usage du mot Modalité*. 
Voir les Remarques et les Observations 
sur ce mot. 

Rad. int. : Modal. 

MODALITÉ, D. Modalität ; 
dality ; I. Modalita. 

A. Dans la logique classique, carac- 
tère des propositions d’après lequel la 
relation qu’elles expriment est soit 
énoncée à titre de fait, soit déclarée 
possible ou impossible, soit déclarée 
nécessaire ou contingente. L'origine de 
cette distinction remonte à ARISTOTE : 
« Iäox rpétaois Écriv ÿ rod Ürapyetv, à 
roû EE av yxnc drapyetv, n Toù évSéyeoBar 
drépyxetv. » Premiers analytiques, I, 2; 
2581. 

B. Chez KaANT, « Fonction » des ju- 


E. Mo- 





636 
gements qui a pour caractère spécial] 
« dass sie nichts zum Inhalte des Ur. 
theils beiträgt, sondern nur den Werth 
der Copula in Beziehung auf das Den. 
ken überhaupt angeht! ». Xrit. der 
reinen Vern., Transcend. Analyÿt., I, 
1, À. 75, B. 100. Les jugements sont, 
à cet égard, problématiques (quand on 
ne se prononce pas sur leur valeur, 
comme il arrive dans les membres 
d’un jugement disjonctif, ou hypothé.- 
tique) ; assertoriques, quand on en af- 
firme le contenu à titre de vérité; 
apodictiques, quand on déclare néces- 
saire la relation qu’ils expriment. 
(Ibid.) — A ces trois formes de juge- 
ments correspondent trois couples de 
concepts de l’entendement qui sont 
appelées catégories de la modalité : pos- 
sibilité et impossibilité (Môglichkeit, 
Unmôglichkeit) ; existence et inexis- 
tence (Dasein, Nichtsein) ; nécessité 
et contingence /{ Notwendigkeit, Zu- 
fälligkeit). 

C. Svnonyme de mode. aux sens C 
ou D. 
D. Se dit quelquefois des différences 


1. « … qu'elle ne contribue en rien au contenu du 
jugement, mais concerne seulement la valeur de là 
copule dans son rapport avec la pensée en général. » 





637 


MODALITÉ 





que présentent les sensations en tant 
que relatives à des sens différents. 
WunDT considère, avec raison semble- 
t-il, cette notion comme mal déterminée 
et superflue ; elle rentre dans celle de 
différence qualitative. 


REMARQUES 


1. La modalité, au sens aristotélique, 
est interprétée objectivement ; elle est 
une propriété des relations; pour 
Kanr, elle concerne non le contenu du 
jugement, mais son rapport à la struc- 
ture de notre connaissance. Bien qu’il 
déclare dans le passage cité ci-dessus 
qu’elle n’est point « objective », elle 
est cependant selon lui valable pour 
n'importe quelle intelligence humaine, 
ce qu’il considère ailleurs comme le 
critère de l’objectivité*. De plus, si 
l’on rapproche du texte en question ce 
qui est dit plus loin dans « Les Postulats 
de la pensée empirique », on voit la 
notion de possibilité appliquée chez lui 
à trois idées très différentes : 1° ce qui 
ne contredit pas les conditions fonda- 
mentales de l’expérience ; — 2° ce qui 





s'accorde suffisamment avec nos con- 
naissances actuelles : en ce sens, ni la 
prévision prophétique de l’avenir, ni 
la télépathie ne lui paraissent possibles 
(Ibid., A. 222; B. 269); — 30 à la 
lexis*, entrant sans assertion dans une 
proposition composée ou un raison- 
nement. 

Il est important de bien distinguer : 
a) la modalité au sens objectif, conçue 
comme l’assertion, valable pour n’im- 
porte quel esprit, que tel objet de 
connaissance existe en fait, ou qu'il 
existe nécessairement, ou qu'il est pos- 
sible (cette existence, nécessité, ou 
possibilité, pouvant être elle-même en- 
tendue, soit au sens absolu, soit au sens 
phénoménal) ; 

b) La modalité, au sens d’attitude 
d’un esprit déterminé, individuel, en 
face d’une proposition : assentiment ou 
exclusion jugés tels qu’ils rendent inu- 
tile tout recours à l’expérience ; assen- 
timent ou exclusion résultant d’une 
expérience ; doute, etc. On remarquera 
la parenté de cette acception avec ce 
qu'on appelle mode en linguistique. 








Sur Modalité. — L’équipollence* des propositions modales (en considérant 
comme seules déterminations de cet ordre le possible et l’impossible, le contingent 
et le nécessaire) a été formulée en quatre termes mnémoniques cités dans la 
Logique de PorT-RoyaL, 2e partie, ch. vin. Ce sont Purpurea, Iliace, Amabimus*, 
Edentuli, dans lesquels chacune des quatre syllabes de chaque mot concerne 
respectivement le possible, le contingent, l'impossible, le nécessaire, et les voyelles 
indiquent : A, l’affirmation du mode et celle du dictum (lexis*) ; E, l’affirmation 
du mode et la négation du dictum; I, la négation du mode et l’affirmation du 
dictum ; U, la négation du mode et celle du dictum. Les quatre formules ainsi 
représentées par chacun de ces termes sont équipollentes entre elles. 


Modalité, au sens large, devrait comprendre comme une de ses espèces la 
qualité (affirmation et négation). Dans une proposition, on peut en effet consi- 
dérer : 1° Une lexis* qui n’est ni affirmée, ni niée, qui exprime simplement une 
relation entre deux termes (p. ex. la proposition infinitive latine) ; 20 une attitude 
prise à l’égard de cette relation : on la déclare vraie, fausse, possible ou nécessaire. 
Il serait donc intéressant d’avoir un terme désignant toutes ces déterminations 
en tant qu’opposées au contenu. — Le rapport étroit de l’affirmation et de la 
négation aux autres modalités de la proposition me semble apparaître clairement, 
quoique involontairement, dans les définitions suivantes de KanT : « Problema- 





tische Urtheile sind solche, wo man das Bejahen oder \'erneinen als bloss môglich 
(beliebig) annimmt ; assertorische, da es als wirklich {wahr) betrachtet wirdi.… » 
(A. 75 ; B. 100). Le oder ne marque pas, dans la première phrase, deux relations 
différentes. Si un jugement est problématique, c’est précisément qu’on laisse en 
suspens l’affirmation ou la négation : l’affirmative n’est problématique qu’en 
tant que la négation l’est aussi : à vrai dire, elles ne font qu’un à cet égard. Et de 
même, si l’assertorique admet deux cas opposés, le wahr et le nicht-wahr, corres- 
pondant au Dasein et au Nicht-Sein (cf. Ibid., A. 80, B. 106), il se confond avec 
la catégorie de qualité, qui admet pour concepts fondamentaux Realität et Nega- 
tion. — On objectera sans doute que l'affirmation et la négation peuvent se 
joindre à chacun des modes possibilité et nécessité, comme dans le célèbre tableau 
du Ilept ‘Epunveias. Mais cela ne prouve pas qu’elles soient d’une autre nature que 
ces derniers : ceux-ci peuvent en effet, quoique plus rarement, se déterminer l’un 
l'autre, p. ex., si l’on dit d’une proposition : « Il est nécessaire qu’elle soit possible » 
ou « Il est possible qu’elle soit nécessaire. » Un autre exemple en est la célèbre 
phrase de Kant : « Das Ich denke muss alle meine Vorstellungen begleiten künnen:. » 
Crit. de la raison pure, Anal. transc., ch. 11, 2e Section, $ 16. (A. L.) 

On peut adopter cette conception, mais alors il conviendra de dire, pour rester 
fidèle à la tradition aristotélique, qu’il n’y a pas de proposition (mpéræotc) sans 


1. « Les jugements problématiques sont ceux dans lesquels l'affirmation ou la négation sont considérées somme 
seulement possibles (comme pouvant s'; ajouter à volonfé) ; les jugements sesertoriques, ceux où l’une ou l'autre 
sat considérée oomme e‘fective {vraie). — 2. « Le « je pense » doif nécessairement pouvoir accompagner toutes 
er représentstiuns » 


















































D 


MODALITÉ 





638 








2. Le sens du mot modalité tend 
actuellement à s’élargir en deux di- 
rections : 

a) On l’applique non seulement à 
l'affirmation ou à la négation d’un 
énoncé donné flexis*), mais d’une ma- 
nière générale, à n’iruporte quelle va- 
leur de vérité de celui-ci, par exemple 
à son degré de probabilité. Voir Ch. SER- 
RUS, Traité de Logique, ch. vu. Il y 
a lieu de considérer, en particulier, dans 
la structure d’une théorie déductive, 
ce qui est établi (soit d’une manière 
décisoire, par principe axiomatique ou 
par hypothèse, soit par déduction à 
partir de ceux-ci) ; ce qui est exclu ; 
ve qui est non-établi, sans être exclu. 

b) On l’applique à toutes les déter- 
minations qui s'ajoutent à la copule, 
entendue comme le simple énoncé d’une 
relation susceptible d’être affirmée ou 
niée, autrement dit à toutes les cir- 
constances qui pourraient être retran- 
chées de celui-ci, sans lui ôter le carac- 
tère d’une lexis. Voir Jean DE La 
Harpe, La logique de l’assertion pure 
(1950). 

Ce mouvement sémantique exige 
qu’on n’emploie pas ce termesans préci- 
ser l'extension qu’on entend lui donner. 

Rad. int. : Modales. 


1. MODE (masc.), L. Afodus,; D. 
Modus (au sens À, Schlussnodus) ; E. 
A. Mood ; B, C, Mode; I. Modo. 

A. Locique. Chacune des formes que 





peut prendre le raisonnement syllogis- 
tique, dans les différentes figures* 
selon que les propositions qui le com. 
posent varient en quantité et en qua- 
lité. Voir Barbara*, Celarent*, etc. 

B. Quand une proposition contient 
à la fois : 19 l'énoncé d’une relation; 
29 une assertion complémentaire por- 
tant soit sur la nature ou les conditions 
de cette relation, prise en elle-même, 
soit sur le rôle qu’elle joue dans la suite 
de la pensée, cette assertion complé. 
mentaire est appelée le Mode de la pro- 
position considérée. La logique clas- 
sique ne reconnaît que quatre modes 
(être ou n'être pas possible ; être ou 
n'être pas nécessaire) ; mais les logi- 
ciens modernes prennent en général ce 
mot dans un sens plus large. Voir 
Modules* et Modalité*. 

C. PHILOSOPHIE GÉNÉRALE. Toute dé- 
termination d’un sujet. « Rei quaedam 
determinatio ; in rebus est limitatio 
divinae potentiae efficientis. » Gocre- 
Nius, V9, p. 694 B. (Très long article 
qui contient un grand nombre d'indi- 
cations sur les sens scolastiques de ce 
mot.) 

« Lorsque je dis ici façon ou mode 
je n’entends rien que ce que je nomme 
ailleurs attribut ou qualité. Mais lors- 
que je considère que la substance en 
est autrement disposée ou diversifiée, 
je me sers particulièrement du nom de 
Mode ou façon ; et lorsque, de cette 
disposition ou changement, elle peut 





7 639 














modalité, et que ce que vous appelez la lexis d’une proposition, bien qu’elle 
contienne deux termes et une relation entre ces deux termes, n’est pas elle-même 
une proposition. (J. Lachelier.) — Cela est vrai en effet quand « proposition » 
traduit rpétxotc employé par Aristote pour désigner les prémisses du syllogisme, 
ou quand on parle des propositions des géomètres ; mais la lexis reste une propo- 
sition en tant que ce mot traduit &rmépavaic, A6yos &ropavrixéc, opposé au À6Y06 
qui constitue une prière, une question, une « proposition infinitive », etc. Voir 
Proposition*. 

La règle Pejorem sequitur semper conclusio partem s'applique également à la 
modalité, au sens le plus large. Une proposition dans un système déductif, ne 
peut avoir plus de certitude, une modalité plus forte, que le plus faible des 
principes d’où elle est déduite. Il est nécessaire de le remarquer, car on rencontre 
souvent l'illusion que ce qui est démontré, par cela seul qu’on a prouvé sa néces- 
sité ex hypothesi, est plus certain que ce dont on l’a déduit. (R. Poirier. — A. L.) 


MODE 





être appelée telle, je nomme qualité 
les diverses façons qui font qu’elle est 
ainsi nommée ; enfin, lorsque je pense 
plus généralement que ces modes ou 
qualités sont en la substance, sans les 
considérer autrement que comme les 
dépendances de cette substance, je les 
nomme attributs. Et parce que je ne 
dois concevoir en Dieu aucune variété 
ni changement, je ne dis pas qu’il y 
ait en lui des modes ou des qualités, 
mais plutôt des attributs. » DEscar- 
TES, Principes de la philos., 1, 56. De 
cet usage, un peu vague, sont résultés : 

19 L'usage spinoziste : « Per modum 
intelligo substantiae affectiones, sive 
id quod in alio est, per quod etiam con- 
cipitur. » Éthique, I, déf. V. Le mode, 
ainsi défini, s’oppose à l’attribut*, qui 
constitue l'essence permanente de la 
substance. 

20 L'usage de Locke : « IT name 
Modes such complex ideas which, ho- 
wever compounded, contain not in 
them the supposition of subsisting by 
themselves but are considered as de- 
pendences on, or affections of subs- 
tances!. » L£ssay, livre II, ch. xur, $ 4. 
Il en donne comme exemples les idées 
de triangle, de gratitude, de meurtre, et 
s'excuse, dan; le mème paragraphe, de 
prendre ainsi ce mot dans un sens un 
peu différent de celui qu’on lui donnait 
d'ordinaire. 

Ce sens est aujourd’hui peu usité. 

D. Se dit des différentes classes de 


1. « J'appelle modes les idées complexes telles que 
de quelque manière qu’elles soient composées, elles, 
ne contiennent pas en elles le caractère de subsister 
par elles-mêmes, mais sont considérées comme 8’ap- 
puyant sur des substances, ou en étant des affections. » 


manifestation d’une fonction détermi- 
née : « Les modes forts, les modes fai- 
bles de l'imagination. » « Quand la 
raison s’est élevée à l’idée de l'intérêt 
bien entendu, un nouveau mode de 
détermination est créé ; mais il ne se 
substitue pas sans retour au mode pri- 
mitif. » JOUFFROY, Cours de droit natu- 
rel, 2e leçon. 
Rad. int. : Mod. 


Modes faibles du Syllogisme. Voir 
Faible*. 


Modes* indirects de la première figure 
du syllogisme. On appelle ainsi Buara- 
lipton*, Celantes*, Dabitis*, qui sont 
obtenus respectivement par la conver- 
sion de la conclusion dans Barbara*, 
Celarent* et Daru*,; — Fapesmo* et 
Frisesom(orum), qui peuvent se ra- 
mener à Ferio* par la transposition 
des prémisses et la conversion de cha- 
cune d'elles. 

Tous ces syllogismes, pour que leurs 
prémisses soient de la forine sub prae, 
doivent énoncer comme majeure la pro- 
position qui contient le sujet de la 
conclusion. Aussi est-il contesté qu'ils 
appartiennent réellement à la première 
figure. Voir en Appendice, à la fin du 
présent ouvrage, l'article Figures* du 
syllogisme. 


2. « MODE ou MODULE », D. Duch- 
tigkeitsmittel ; E. Mode ; I. Mod. 

On appelle ainsi « la valeur qui se 
rencontre le plus fréquemment au 
cours d’une série de mensurations d’un 
même objet ». Ed. CLAPARÈDE, Rap- 
port sur la terminologie psychologique, 








Sur Mode ou Module. — Module serait préférable à tous égards. (F. Mentré.) — 
Module vaudrait mieux que mode ; mais il a déjà tant d’autres sens ! (L. Couturat.) 

Mode est déjà très usuel en ce sens chez les biologistes contemporains de 
langue anglaise. QuÉTELET, sans employer un terme spécial, a eu le premier 
l’idée de caractériser divers groupes d'individus voisins par le fait qu’au point 
de vue d’une de leurs propriétés (p. ex. la taille) ils présentaient au statisticien un 
maximum de densité sur des points différents. GaLToN a fait grand usage de cette 
notion et du terme mode pris en ce sens. Voir DAVENPORT, Statistical methods, etc. 
(R. Berthelot.) 
































MODE 


VIe Congrès: intern. de psychologie 
(1909). Les séries présentant plusieurs 
modes ont été appelées par THorn- 
pire « multimodales ». 

Mode biométrique, mode psychomé- 
trique désignent un certain rapport 
statistique qui caractérise une espèce 
ou une variété, et la distingue des 
autres. 


8. MODE f{fém.), D. Mode; E. Fa- 
shion ; I. Moda. 

Ensemble d’usages, d’attitudes, d’o- 
pinions qui règnent momentanément 
dans une société et auxquels s'attache 
une présomption de supériorité, d’ail- 
leurs toujours sujette à contestation. 
— Ce concept a été particulièrement 
analysé par TARDE et opposé par lui 
au concept de coutume. La première 
est caractérisée par l’imitation des 
contemporains, la seconde par l’imi- 
tation des prédécesseurs. (Lois de l'imi- 
tation, ch. vil.) 

Rad. int. : Mod. 


MODERNE, L. scol., Modernus (à 
partir du vi* siècle) ; du latin modo, 
récemment ; — D. Neuer, modern ; E. 
Modern ; I. Moderno. 

A. Terme fréquemment employé de- 
puis le xe siècle, dans les polémiques 
philosophiques ou religieuses ; et pres- 
que toujours avec un sous-entendu, 
soit laudatif (ouverture et liberté d’es- 
prit, connaissance des faits les plus 
récemment découverts ou des idées les 
plus récemment formulées, absence de 
paresse et de routine); soit péjoratif 
(légèreté, souci de la mode, amour du 
changement pour le changement, ten- 
dance à s’abandonner, sans jugement 
et sans intelligence du passé aux im- 
pressions du moment). — Voir R. Eu- 
CKEN, Geistige Strômungen der Gegen- 
wart, Section D, $ 2, Appendice : « Le 
concept du Moderne. » Il y indique 
les principaux emplois qui ont été faits 
du mot moderne et distingue, en vue 
de l’usage actuel, d’une part une juste 
modernité, correspondant aux trans- 
formations réelles, progressives et né- 


cessaires de la pensée ; de l’autre, une 
modernité de surface fein Flachmo- 
derne), consistant dans l'ignorance de 
la tradition, l’amour de la nouveauté 
quelle qu’elle soit, l'agitation, la ré- 
clame et la surenchère. 

B. Au sens technique, opposé à mé- 
diéval (et quelquefois, en sens inverse, 
à contem porain) : l’« histoire moderne » 
est l’histoire des faits postérieurs à la 
prise de Constantinople, en 1453 ; la 
« philosophie moderne » est celle du 
xvi® siècle et des siècles suivants, jus- 
qu’à nos jours. Cependant, Bacon et 
DEscaRTES sont assez souvent appelés 
les fondateurs de la philosophie mo- 
derne. 

Rad. int. : Modern. 


MODIFICATION, D. Modification, 
Abänderung ; E. Modification ; 1. Mo- 
dificazione. 

A. (Sens étymologique.) Relation du 
mode (au sens C) à la substance qu’il 
détermine ; par extension, le mode lui- 
même psychologiques sont dits « mo- 
difier » l’âme, ou sont appelés des 
« modifications » (c’est-à-dire des ma- 
nières d’être accidentelles), du moi 
considéré comme sujet permanent. 

B. Changement qui n’altère pas l’es- 
sence de ce qui change. D’où, dans le 
langage courant, changement léger, 
changement de détail. 

C. Biozocie et PsycuoLocie. Chan- 
gement individuel et acquis (opposé à 
la variation d’origine congénitale). 
Adopté en ce sens technique par 
Bazpwinet LLoyp MorGax (Baldwin's 
Diction., sub vo). 


CRITIQUE 


Cette spécialisation du mot n’est pas 
usuelle en français, et ne paraît pas 
souhaitable : elle nous priverait d’un 
terme qu'aucun autre ne peut rem- 
placer dans son sens général. L’expres- 
sion variation acquise est claire et suf- 
fisante. 


Module, V. Mode*. 


640 | ; 641 








MOI 





mm 


MŒURS, D. Sutte, Sitten ; E. A. Be- 
haviour, manners, habits, customs, cha- 
racter (il n’existe pas de terme aussi 
général que mœurs : morals, qui n’est 
pas nécessairement laudatif, ne se dit 
que de la conduite et des principes mo- 
raux, bons ou mauvais) ; B. Good morals; 
Ï. A. Costumi ; B. Buoni Costumi. 

A. Conduite ordinaire, habitudes 
(sans idée de bien ni de mal); usages 
d'un pays, d’une classe d'hommes ; 
ensemble des actions qu’on observe en 
fait chez une espèce animale. 

B. (Probablement par abréviation de 
bonnes mœurs.) Conduite jugée digne 
d'approbation ; « morale » au sens A. 
(Comparer D. Sittenlehre.) « Dans l’ac- 
ception la plus large du mot les mœurs 
comprennent quasi tout ce qui est du 
ressort de l’ethnologie; mais nous 
n’entendons ici par mœurs que ce qui 
-est, dans l’ordre des faits coutumiers 
et instinctifs, le corrélatif de la morale 
dans l’ordre des idées. » CourNoT, 
Traité de l’enchainement des idées fon- 
damentales, $ 418. — En particulier, 
“ensemble des règles de conduite sexuel- 
le : « Un homme sans mœurs. » — 
« Quiconque aura attenté aux mœurs 
en excitant, favorisant ou facilitant 
habituellement la débauche, etc. » Code 
pénal, art. 334. 


C. Par suite, « morale » au sens B : 
ensemble des jugements sur la conduite 
admis dans un milieu, à une époque. 
C'est en ce sens que L. LéÉvy-BRuHL 
oppose à la Morale (au sens A) la 
Science des mœurs, c’est-à-dire la 
science des croyances morales admises 
en fait, et historiquement déterminables. 

Rad. int. : À. Mor(i), plur. ; B. Bon- 
mori. 


MOI, L. Ego (souvent employé sous 
cette forme par les philosophes anglais 
ou allemands pour désigner ce que nous 
appelons Le Moi) ; D. Ich, Selbst ; E. I, 
Self ; [. Io, Me. — Voir Je*. 

19 Au sens psychologique et moral : 

A. Conscience de l’individualité em- 
pirique. « Son moi (le moi de la statue) 
est tout à la fois la conscience de ce 
qu’elle est et le souvenir de ce qu’elle 
a été. Son moi n’est que la collection 
des sensations qu’elle éprouve et de 
celles que la mémoire lui rappelle. » 
ConpiLLac, Traité des Sensations, I, 
6. (Voir la note de l’auteur à la fin du 
chapitre, indiquant sous quelles réser- 
ves il entend les formules ci-dessus.) 

B. La conscience individuelle, en 
tant qu’elle est attentive à ses intérêts 
et partiale en sa faveur (ce qui se 
manifeste au dehors par l’emploi fré- 





Sur Mœurs. — Le sens C ne me paraît pas correct. Mœurs implique toujours 
:qu’il s’agit de conduite, d’actions, non de jugements ou d’idées. Il y a une grande 
différence entre l’Histoire des mœurs, telles qu’elles ont été effectivement, et 
‘Histoire des croyances morales. (R. Berthelot.) 

Voici le reste du texte de Cournor dont les premières lignes ont pu seules être 


“citées ci-dessus dans le corps de l’article. Il nous a semblé qu’il serait utile à 


Préciser ce qu’il veut dire : « … Ainsi, qu’un peuple soit ou non dans l'usage de 


‘louer des pleureuses pour un enterrement ou de faire des banquets funéraires, 


qu’il brûle ses morts ou qu'il les enterre, ce sera, à notre point de vue, une affaire 
de coutume et non de mœurs ; et en effet, si ces coutumes peuvent se lier à certaines 


: Idées religieuses ou y conduire, on ne voit pas comment elles se lieraient aux idées 
‘qui sont proprement du ressort de la morale ou y conduiraient. Au contraire 
‘les honneurs accordés à la vieillesse, le respect de l'hospitalité, la solidarité des 
‘membres de la famille pour la vengeance des torts ou des affronts, sont des traits 


de mœurs, en rapport évident avec certaines idées morales, et qu’une culture 


: morale plus avancée épurera, renforcera ou effacera. » N’y a-t-il pas déjà dans 
ce texte une tendance au glissement du sens B au sens C ? Le titre du chapitre 
| (ch. vut) est : « Des mœurs et des idées morales proprement dites. » 


MOI 


ZE 


649 


TS D ee ee 


quent des mots je où moi) ; par suite, 
tendance à tout rapporter à soi. « Le 
moi a deux qualités : il est injuste en 
soi, en ce qu’il se fait centre de tout ; 
il est incommode aux autres, en ce 
qu’il les veut asservir : car chaque moi 
est l'ennemi et voudrait être le tyran 
de tous les autres. » PascaL, Pensées, 
Ed. Brunschv., n° 455. « Feu M. Pas- 
cal. avait accoutumé de dire sur ce 
sujet que la piété chrétienne anéantit 
le moi humain, et que la civilité hu- 
maine le cache et le supprime. » Lo- 
gique de Port-Royar, 3° partie, 
ch. xx, $ 6. 

20 Au sens ontologique : 

C. Réalité permanente et invariable, 
considérée comme substratum fixe des 
accidents simultanés et successifs qui 
constituent le moi empirique. « Pour 
quelques qualités qu’on m'aime, c’est 
toujours moi qu'on aime : car les qua- 
lités ne sont que moi inodifit diffé- 
remment. » CONDILLAC, Traité des sen- 
satrons, I, note au chapitre 6. (Cf. 
Extrait raisonné, $ 1 : « C’est l'âme 
seule qui sent à l’occasion des organes, 
et c’est des sensations qui la modifient 
qu'elle tire toutes ses connaissances et 


moi était multiple, l'unité (logique) du 
moi ne serait qu’une apparence. » P. J,. 
NET, Traité de philos., 4e éd., $ 671. 

30 Au sens logique et critique : 

D. Sujet pensant, en tant que son 
unité et son identité sont les conditions 
nécessaires, impliquées par la synthèse 
du divers donné dans l'intuition et par 
la liaison des représentations dans 
une conscience. 

« Das ch denke muss alle meine 
Vorstellungen begleiten kônnen.…. Ich 
nenne sie (diese Vorstellung) die reine 
Apperception, um sie von der empiris- 
chen zu unterscheiden, oder auch die 
ursprüngliche Apperception, weil sie 
dasjenige Selbstbewusstsein ist, was, 
indem es die Vorstellung ch denke 
hervorbringt, die alle anderen inuss 
begleiten kônnen, und in allem Be- 
wusstsein ein und dasselbe ist, von 
keiner weiter begleitet werden kann!» 


1. « Le Je pense doit nécessairement pouvoir accom- 
pagner toutes mes représentations... Je nomme cette 
représentation (celle du Je pense) aperception pure, 
pour la distinguer de l'empirique, ou aperception origi- 
pelle, parce qu'elle consiste dans cette conscience de soi 
qui, produisant la représentation Je pense (représen- 
tation qui doit nécessairement pouvoir accompagner 
toutes les autres, et qui est une et identique en toute 





ï : conscience) ne peut plus être elle-même accompagnée 
ses facultés. ») — « Si la substance du ! d'aucune autre. » 
Sur Moi. — Article remanié ou coinplété d’après les observations de 


MM. J. Lachelier, M. Drouin, G. Mauchaussat. 

















Sur le sens C. — Ce sens me semble une extension abusive et à proprement 
parler une fiction verbale sophistiquement substituée à tout sens réel. Car il n’y 
a pas UN moi qui ne soit d’abord et inévitablement TEL moi : ce mot ne comporte 
pas d'usage abstrait, puisqu'il désigne par nature ce qui ne peut être saisi et 
même conçu que comme concret. (M. Blondel.) 

Sur le Moi de Ficute. — Pour Fichte, la pensée conditionne la conscience de 
toute réalité. L’affirmation d’une existence, quelle qu’elle soit est « celle d’un objet 
de la pensée ; et cette pensée est la mienne. Aussi Fichte se réfère-t-il au Zch denke! 
kantien, conditionnant l’unité de l’aperception, et par suite toute conscience. Le 
Ich denke qui doit accompagner chacune de mes représentations signifie : Ich bin 
das Denkende? (Sämmtl. W., 1, p. 475.) Kant a également aperçu que ce sujet, 
dont toute représentation implique l’affirmation, ne peut se réduire à la conscience 
de notre individualité, car celle-ci suppose une limitation que ne contient pas la 
pensée dans sa capacité originaire de position et de détermination. Le sujet pur 
n'est donc pas connu par la conscience sensible, il ne peut être donné qu’à lui- 
même ( Selbst bewussiseins), dans cette conscience immédiate de sa propre activité 





1 « Je pense. » — 2. « Je suis ce qui pense. s — 3, « Conscience de soi. 








643 


KanT, Hrüit. der reinen Vernunft, Dé- 
duc. transcend., $ 16; B, 132. Dans la 
première édition, cette représentation 
du moi rigoureusement identique est 
présentée seulement comme condition 
de l’unité de la pensée dans le temps. 
Ibid., 2e section, $ 3 : « Von der Syn- 
thesis der Recognition im Begriffel. » 

Le moi, en ce sens, est dit transcen- 
dental. 

E. Moi absolu, D. Absolutes Ich 
(Ficure). Acte originaire de la pensée, 
dont il exprime l’autonomie radicale- 
Cet acte constitue le sujet lui-même, 
en tant qu'il est antérieur à la distinc- 
tion du inoi empirique et du non-moi, 
et par suite en tant qu’il pose à la fois 
le sujet et l’objet. (Voir Observations.) 


CRITIQUE 


La distinction de ces sens est faite 
et les équivoques qui en résultent sont 
relevées dans la Critique de la raison 
pure, Dialectique transcendentale, li- 
vre Il, ch. 1 : « Des paralogismes de la 
raison pure. » — Voir également l’ar- 
ticle de J. LacueLier, Psychologie et 
Métaphysique, rec. à la suite du Fon- 
derment de l’Induction, not. p. 115. 


1.« Dela synthèse de récognition dans le concept. » 





MOLAIRE 


Un exemple caractéristique de rai- 
sonnement fondé sur cette équivoque 
est celui par lequel Schopenhauer sou- 
tient que le moi ne peut s’anéantir. 
Essayez, dit-il, de vous représenter le 
temps où vous ne serez plus. Vous vous 
figurez votre moi anéanti, et le monde 
continuant son existence. Mais réflé- 
chissez et vous verrez que c’est contra- 
dictoire : car ou vous ne pensez rien, 
ou vous êtes obligé de supposer votre 
moi assistant aux événements de ce 
monde. Il en est la condition et, par 
conséquent, subsiste aussi longtemps 
que lui. (Die Welt, Suppléin., ch. 41.) 

Rad. int. : Ego (Mi, Boirac). 


« MOLAIRE » (du L. Moles) ; néolo- 
gisme ; E. Molar. — Qui concerne le 
mouvement d'ensemble d’une masse 
de dimensions sensibles, par opposition 
à moléculaire. « Il doit y avoir, du 
moins à un certain point de vue, équi- 
valence ou même identité entre les 
deux mouvements, moléculaire et mo- 
laire, puisque l'énergie, en vertu du 
principe bien connu, a dù se conser- 
ver. » E. MEYERSsON, De l'explication 
dans les sciences, I, 307. 

Se dit par analogie, particulièrement 
chez les behavioristes, d’une réaction 


qui constitue l'intuition intellectuelle. (Ibid., 1, p. 463 et suiv.) Il est donc posé en 
même temps que connu : alors que tout objet existe pour une pensée qui le pose, 
le sujet originaire se pose lui-même et se définit : « Ce dont l'être (l'essence) 
consiste simplement en ceci qu’il se pose soi-même comme étant. » (I, p. 97.) 
Le sujet pur est absolu, parce que toute relation est fixée par lui: infini, en ce 
sens que son pouvoir de détermination est inépuisable ; aussi se distingue-t-il du 
Moi empirique limité par le non-moi ; antérieur à cette distinction, il est lui-même 
l'identité du sujet et de l’objet (1, p. 98, note) : une philosophie qui cherche à 
déduire au cours d’un même mouvement les formes et le contenu de la représen- 
tation doit prendre pour point de départ l’unité primitive du sujet et de l’objet : 
Car ultérieurement elle ne saurait relier ces deux termes si elle ne les avait au 
début posés comme unis dans une même notion (1, p. 528). Or la conscience que 
sujet pur prend de lui-même renferme seule cette identité, et c’est pourquoi la 
Position du moi par lui-même doit constituer le premier principe de la dialectique. 
(G. Mauchaussat.) 


Ed. Claparède aurait souhaité l’adoption du terme Moiité, permettant de 
traduire l'allemand Ichheit : « caractère de ce qui appartient au moi, de ce qui est 
Mien ». El l’a employé dans son livre l'Association des Idées, p. 355 et dans l’article 

écognition et Moïitié. (Arch. de Psychol., avril 1911.) 



































MOLAIRE 


psychologique considérée comme for- 
mant un tout et devant être étudiée 
comme telle, par opposition à la re- 
cherche de ses éléments, à l'analyse des 
mécanismes de détails qui la consti- 
tuent. Voir Tizquix, Le behaviorisme, 
notamment 2° partie, ch. 11 : « Le 
behaviorisme inolaire et téléologique de 
Tolman. » 
Rad. int. : Blokal. 


MOLÉCULAIRE, D. Molekulur ; E. 
Molecular ; 1. Molecolare. 

A. Qui se rapporte aux molécules. 
« La constitution moléculaire d’un 
corps. » 

B. Poids moléculuires : coefficients 
caractéristiques des différents corps, 
simples ou composés. Le poids molé- 
culaire d’un corps est le nombre repré- 
sentant, en grammes, le poids de ce 
corps qui occupe, à l’état gazeux, le 
même volume que ? grammes d’hydro- 
gène. Ces poids sont donc, par suite, 
proportionnels aux densités. 


REMARQUE 


Ce nom vient de l'hypothèse d’Avo- 
GADRO et d'AMPÈRE (1813, 1814), qui 






_5ar 


Set 


admettaient que des volumes égaux de 
différents gaz contiennent le même 
nombre de molécules. Mais la propriété 
essentielle de ces poids moléculaires (à 
savoir que les poids des différents corps 
qui se combinent entre eux sont pro- 
portionnels à ces nombres, ou à des 
multiples simples de ces nombres) est 
un fait d’expérience indépendant de 
toute hypothèse de structure. 


MOLÉCULE, D. Moleküle (Mac); 
E. Molecule ; I. Molecola. 

La plus petite masse matérielle iso. 
lable (accessible ou non) à laquelle on 
conçoit qu'on puisse parvenir dans Ja 
division d’un corps homogène, simple ou 
composé, sans en altérer la nature chi- 
mique. Cf. Atome*, ltomique* (Théo- 
rie ). 

Ces particules hypothétiques, dont 
l'existence est suggérée par le fait que 
les corps se combinent en proportions 
simples et définies, constitueraient par 
leur agrégation les corps matériels visi- 
bles et seraient elles-mêmes formées 
d’atomes (c’est-à-dire des plus petites 
quantités de matière qui puissent en- 
trer en combinaison chimique). Pour 





Sur Moiécule, moléculaire. — Article complété d’après les observations de 


MM. R. Berthelot, M. Drouin. 


Molécule a été distingué nettement d’atome pour la première fois par GASSENDI: 
« Hinc ex atomis conformari primum moleculas quasdam inter se diversas, quae 


7 645 


un petit nombre de corps (Hg, .::n, Cd), 
la plus petite quantité qui puisse exis- 
ter à l’état libre est aussi la plus petite 
quantité qui puisse être déplacée dans 
une réaction chimique ; on considère 
donc leur molécule comme forn'ée d’un 
seul atome, et ils sont dits r1onoato- 
miques ; le plus souvent la :econde 
quantité est la moitié de la première 
(corps diatomiques) ; pour quelques-uns 
(Ph, As), elle en est le quart (corps 
tétratomiques). 
Rad. int. : Molekul. 


Molyneux (Problème de). Voir Pro- 
blème*. 


MOMENT, D. Moment ; E. Moment ; 
IL Momento. 

A. Puissance de mouvoir, cause de 
mouvement. 

a. Physique : « Moment d’une force, 
et plus généralement d’un vecteur, par 
rapport à un point. » (Produit de l’in- 
tensité de ce vecteur par la distance 
du point à la direction de celui-ci. Ce 
moment est un vecteur perpendiculaire 
au plan défini par le vecteur et par le 
point considérés, et de sens dextre par 
rapport au premier vecteur.) — « Mo- 
ment d'inertie d’un point matériel par 
rapport à un point. » (Produit de sa 
masse par le carré de sa distance au 
point considéré.) 

b. Mental : « moment psychologi- 


MONADE 


que » (D. Psychologischer Moment, 
Moment des Willens) : idée ou senti- 
ment susceptible de déterminer à l’ac- 
tion. Cette expression est presque tou- 
jours employée dans un sens différent 
de son sens étymologique, par suite 
d’une confusion avec le sens B. 

B. Courte durée, instant. 

C. Chacune des phases qu'on peut 
assigner dans un développement quel- 
conque (transformation matérielle, pro- 
cessus psychique ou social, dialec- 
tique). 

Ce terme est fréquemment employé 
par HEGEL en ce dernier sens, mais il 
s’y joint chez lui l’essentiel du sens A : 
le « moment dialectique » est la force 
qui nous renvoie de l’idée à son con- 
traire, et par suite seulement, l’étape 
du progrès qu’elle entraîne, tant dans 
la pensée que dans la réalité. 

Rad. int. : A. Moment (Boirac); 
B. Instant. 


MONADE (du G. upovæc, unité), D. 
Monade ; E. Monade ; I. Monade. 

Terme très ancien, d’origine pytha- 
goricienne, appliqué par PLATON aux 
Idées (Philèbe, V ; 15 B), employé en 
divers sens par les auteurs chrétiens, 
ayant servi, chez Giordano BRUNo, 
Van HELzmonr le jeune, Henry MoRE 
à désigner les éléments physiques ou 
psychiques simples dont l’univers est 
fait. (Voir EisLer, sub vo.) Il a été 
































sint semina rerum diversarum ». Animadversiones in X libr. Diog. Laertii, 1, 195. 
(R. Eucken.) — Cf. Geschichte der philos. Termin., p. 86. 

Cette distinction a été fixée dans la chimie par Avogadro (1813) et Ampère 
(1814) ; mais Avogadro donnait le nom de molécule intégrante à ce que les chimistes 
appellent aujourd’hui molécule, et le nom de molécule élémentaire à ce qu’on 
nomme maintenant atome. Dans un article anonyme de la Bibliothèque universelle, 
XLIX (1832, tome I) auquel il renvoie lui-même dans un autre article des Annales 
de chimie et de physique (LVIII, année 1835, p. 433) Ampère a fixé comme il suit 
le sens des mots particule : la plus petite partie d’un corps conservant les mêmes 
propriétés physiques que celui-ci (solide si ce corps est solide, liquide s’il est 
liquide, etc.) ; molécule : un assemblage d’atomes tenus à distance par les forces 
attractives et répulsives propres aux atomes : atome : chacun des points matériels, 
indivisibles, d’où émanent ces forces. — GERHARDT, reprenant les principes de 
la théorie d’Avogadro-Ampère, a adopté dans son Traité de chimie organique le 
mot molécule. qui depuis lors a été universellement employé en ce sens par leS 
chimistes, Dans ses premiers écrits, il se servait en ce sens du mot équivalent. 
(WünTz, Histoire des doctrines chimiques, p. 134.) (René Berthelot. — A. L.) 








Sur Moment. — La confusion entre les deux sens de ce mot vient du contre- 
sens que les Parisiens ont fait, pendant l'hiver de 1820-1871, sur l’expression 
attribuée à M. de Bismarck : moment psychologique du bombardement (c’est-à-dire 
le bombardement en tant que devant agir sur le moral des assiégés, amener la 
capitulation). (J. Lachelier.) 

Quand Taine mentionne le moment, après la race et le milieu, il traite le 
moment comme une cause. C’est une synthèse, ou un mélange des sens A et C. 
Le moment, c’est bien une phase, mais en tant qu’elle détermine la suivante, 
ou plutôt encore, c’est l’ensemble du développement accompli, en tant qu’il 
détermine le développement futur. Voir Philosophie de l'Art, vol. I. (M. Drouin.) 


Sur Monade. — Chez les Platoniciens du xt siècle (Thierry de Chartres, 
Dominicus Gondisalvi, Alanus de Insulis), Monas désigne Dieu en tant qu'il 
est l’être absolument simple. Voir BAUMGARTNER, Alanus de Insulis, p. 120. 
(R. Eucken.) 
































D 


MONADE 


rendu célèbre par LeiBiz, qui définit 
la monade « une substance simple, 
c’est-à-dire sans parties, qui entre dans 
les composés ». Monadologie, 1. « Ces 
monades sont les véritables Atomes de 
la Nature, et en un mot les éléments 
des choses. » 1bid., 3. Elles sont impé- 
nétrables à toute action extérieure, 
différentes chacune l’une de l’autre, 
soumises à un changement continuel 
qui vient de leur propre fonds, et 
toutes douées d’Appétition et de Per- 
ception, sans préjudice des facultés 
plus relevées que possèdent quelques- 
unes d’entre elles. (Zbid., 4-29.) 

Ce terme a été repris par plusieurs 
écrivains postérieurs, spécialement par 
Rexouvier, qui part d’une définition 
de la monade identique à celle de Leib- 
niz (La Nouvelle Monadologie, 1899, 
en collaboration avec L. PRAT.) 

Rad. int. : Monad f Boirar:}. 


MONADISME, !). Monudismus. Mo- 
nadism ; 1 Monadismo. 

Système qui admet que l'univers est 
forinté de monades, d'unités individuel- 
les bien définies, avant un principe 
d'unité intérieur, d'ordre spirituel (par 
opposition aux atomes mécaniques). 


MONADOLOGIE, théorie des Mona- 
des. Terme adopté par ERBMANN pour 
servir de titre à l'œuvre de Leibniz au- 
jourd’hui connue sous ce nom, et dont 
il a publié, en 18:60, le texte original, 
encore inédit à cette tpoque. 

Ce terme a été employé dès la pre- 
mière moitié du xvui® siècle pour dési- 








646 


RS 


gner la doctrine leibnizienne des Mo- 
nades*; KanT s’en sert en ce sens, 
notamment dans la Critique de la Rai. 
son pure, à la fin des remarques sur Ja 
thèse de la Seconde Antinomie, qu’il 
considère comme « le principe dialec- 
tique de la Monadologie ». A. 442. 
B. 470. I] avait lui-même écrit dans Ja 
période pré-critique une thèse intitulée 
De Monadologia physica (1756). 


MONDE, G. xéouoc, L. Mundus, 
Orbis {au sens B et au figuré); D. 
Welt; E World; 1. Mondo. — Cf. 
Cosmos*. 

A. Primitivement, le svstème bien 
ordonné que forment la Terre et les 
astres. Par suite, les autres systèmes 
analogues qui peuvent exister en de- 
hors de la sphère la plus extérieure de 
ce système : « In variis mundis varia 
ratione creatis... » LUcRÈCE, V, 528. — 
Cf. II, 1024-1089 (en particulier pour 
le sens laudatif de mundus). 

B. La Terre (partie centrale et prin- 
cipale du monde sublunaire) et les 
grandes divisions géographiques de la 
Terre : « Les cinq parties du monde ; 
le monde connu des Anciens ; le Nou 
veau-Monde. » — A ce sens se ratta- 
chent probablement les expressions : 
« Venir au monde, quitter ce monde » 
pour naître et mourir. Voir OUbserva- 
tions. 

L'autre monde (par opposition à ce 
monde, ce bas-monde) : lieu que les 
âmes sont censées habiter après la 
mort ; par suite, ensemble des esprits 
autres que ceux des hommes actuelle- 


; 647 


© ment vivants (morts, anges, démons). 


C. L'ensemble de tout ce qui existe, 
PÜnivers : ScHoPENHAUER, Die Welt 
als Wille und Vorstellung. — Plus spc- 
cialement, chez Lrisxiz, l’un des sys- 
tèmes complets de compossibles qui 
pouvaient recevoir l'existence, et dont 
un seul a été effectivement réalisé. 
Théodicée, 22 partie, $ 414-416 ; 1re par- 
tie, $ 8. 

Ame du monde, voir Ame*. 

D. Vaste ensemble de choses d’une 
même sorte. « Le monde physique, le 
monde moral. » — « Le monde des 
Idées. » 

Monde sensible, ensemble des choses 
qui sont ou qui peuvent ètre objet de 
perception, telles que l'individu se les 
représente avant toute critique scienti- 
fique ou philosophique. 

Monde intelligible, ensemble des réa- 
lités correspondant aux apparences 
sensibles, et telles que la réflexion ra- 
tionnelle conduit à se les representcer : 
(xéouos vontés, très usuel à partir de 
l’époque néoplatonicienne pour dési- 


MONDE 


gner le monde des essences, le monde 
des Idées). « On connait les choses 
corporelles par leurs idées, c’est-à-dire 
en Dieu, puisqu'il nv a que Dieu qui 
renferme le monde intelligible, où se 
trouvent les Idées de toutes choses. » 
MaceurancitE, /èech. de la vérité, li- 
vre II, 2e partie, ch vu. Voir {ntel- 
ligible*. 

Monde extérieur. voir Extcrieur*, E. 

E. La vie sociale des hommes, par 
opposition : 1° à la vie religieuse : « I] 
fallait autrefois sortir du monde pour 
être reçu dans l'Église ; au lieu qu’on 
entre aujourd'hui dans l'Église en 
mème temps que dans le monde. » 
Pascaz, Comparaison des chrétiens des 
premiers tempsavecceux d'aujourd'hui, 
Pensées, Ed. Brunschv. 201. Le monde, 
en ce sens, est considéré comme le 
domaine des désirs charnels. source de 
dissipation et de péché. — 2° A Ja vie 
solitaire, ou inème seulement. rurale. 
« Vivre loin du monde. » Cf. les expres- 
sions : « Beaucoup de monde, un grand 
monde », et l'usage populaire du mot 
































Sur Monde. — Monde intelligible. I] y a bien chez Aristote des el5n vonré, mais 
il n’y a point de xéouoc vonréc, parce que les elôn vonré sont immanents aux 
Etôn «loËnta. Peut-être du reste le monde intelligible décrit par Platon dans le 
Phèdre n'était-il qu’une forme mythique de sa véritable pensée. (J. Lachelier.) 

Sur l’antithèse du « monde » et de la vie spirituelle. — Cette antithèse est d’origine 
évangélique. Voir par exemple Mathieu, IV, 8, où le Tentateur offre à Jésus 
<omnia regna mundi et gloriam eorum » ; — XVI, 26 : « Quid enim prodest homini 
si mundum universum lucretur, animae vero suae detrimentum patiatur ? » — 
XVIII, 7 : e Vae mundo a scandalis ». — Jean, 1, 10: « In mundo erat, et mundus 
eum non cognovit »; — VII, 7 : « Mundus. me autem odit, quia ego testimonium 
perhibeo de illo, quod opera ejus mala sunt » : — XII, 31 : « Nunc est judicium 





mundi ; nunc princeps ejus mundi ejicietur foras » (cf. XIV, 30) ; — XV, 18-19 : 
« Si mundus vos odit, scitote quia me priorem vobis odio habuit. Si de mundo 
fuissetis, mundus quod suum erat diligeret ; quia vero de mundo non estis, sed ego 
elegi vos de mundo, propterea odit vos mundus »; etc. (F. Mentré. — A. L.) 

Les expressions venir au monde, quitter le monde, paraissent venir de la même 
source : ÉpxeoBar els Tov xÉœuov, Aciretv tev xéouov, appliqués à Jésus-Christ, sont 
caractéristiques de l'Évangile de saint Jean ; par exemple I, 9 {sur le sens de ce 
passage, voir plus haut Lumière naturelle, observations); — III, 19; — XVI, 
28; etc. (J. Lachelier.) 

Pour RENouvier, « le monde est la synthèse des phénomènes objets d’une 
expérience possible sous une conscience quelconque ; j'entends possible logique- 
ment, nonobstant l'ignorance actuelle où peuvent se trouver les consciences 
données, et indépendamment de leurs puissances réelles. C’est donc l’ensemble 
de tous les rapports composant la représentation quelconque, tant objectifs que 
subjectifs, et présents, passés ou même futurs. » RENoUvIER, Logique, 2e éd., 
t. III, p. 8 et suiv. 

CourNoT opposait l’idée du monde, en tant qu'elle appartient, dans sa classifi- 
Cation des sciences, à la « Série historique et cosmologique », à l’idée de la nature, 
qui appartient à la « Série théorique » ; et il renvoie sur ce point au Cosmos de 
Humboldt. Voir Essai, ch. xxn1, 8 509 ; et avec plus de détail, Traité, ch. n, $ 81. 

Pour HôFFDING (La pensée humaine, $ 96) on doit opposer le monde, « qui ne 
Peut désigner qu'un tout relaiif, éternellement inachevé », à l'Univers, idée vide 
et fallacieuse d’un Tout absolu et achevé. « Aucune synthèse ne peut être absolue. 
La pensée ne s'achève jamais que par une question. » Trad, fr., 229. 


MONDE 


RE 


648 





« le monde » pour désigner la foule, le 
public, les relations. — 3° A la vie 
professionnelle ; « le monde » est alors 
l’ensemble des gens qui ont du loisir, 
et qui se réunissent pour se distraire : 
« Homme du monde; aller dans le 
monde. » 

F. Classe, société ou réunion d’hom- 
mes. « Le monde savant, le monde des 
affaires. » 

Rad. int. : À. Kosm ; B. Ter ; C. Uni- 
vers ; D. Mond (Boirac) ; E. Mondum. 


MONISME, D. Monismus, Monis- 
tische Weltanschauung ; E. Monism ; 
I. Monismo. 

Se dit de tout système philosophique 
qui considère l’ensemble des choses 
comme réductible à l’unité : soit au 
point de vue de leur substance, soit au 
point de vue des lois (ou logiques, ou 
physiques), par lesquelles elles sont 
régies, soit enfin au point de vue moral. 

A. Au point de vue de la substance, 
WoLrFF, qui a créé ce mot, l’appliquait 
à la doctrine ontologique qui ramène 
toutes choses soit à la matière, soit à 
l'esprit. Les deux grandes divisions du 
« dogmatisme » (qu’il oppose au scep- 
ticisme) sont, pour lui, le « monisme » 
et le « dualisme » ; le monisme se divise 
lui-même en monisme « matérialiste » 
et monisme « idéaliste » (voir ce mot) ; 
ce dernier peut être encore soit « égoiïs- 
te », soit « pluraliste ». (EUCKEN, Ge- 
schichte der philosophischen Termino- 
logie im Urmriss, p. 132.) Ce mot n’est 
pas entré à cette époque dans l’usage 
philosophique. Il n’est devenu usuel 
que dans le sens suivant. (Jbid., 187.) 


l'usage qu’on fait de ce terme pour 
désigner la doctrine physique de W. Osr- 
WALD, pour qui il n’y a qu’une seule 
réalité subsistante, l'énergie, dont ma- 
tière, gravitation, chaleur, électricité, 
pensée, ne sont que des modes. {Die 
Energie, 1908; Vorlesungen über Na- 
turphilosophie, 1901.) 

B. À un point de vue logique et 
métaphysique : 

19 Monisme se dit en ce sens de la 
conception hégélienne de l’univers, et 
de toutes celles qui présentent le même 
caractère. GÔscHEL, Der Monismus des 
reinen Gedankens, zur Apologie der 
gegenwärtigen Philosophie, auf dem 
Grabe ihres Stiftersi. Naumburg, 1832. 

20 Il se dit aussi, mais moins cou- 
ramment, de la philosophie de LorTz. 
P.ex.: WaARTENBERG, Die monistische 
Weltanschauung, mit besonderen Be- 
ziehung auf Lotze?, Leipzig, 1900. — 
F. C. S. Scuizcer, Lotze’s Monism, 
Phil. Review, V, 1896, p. 225. 

30 Il est très usuel pour désigner 
l’idéalisme anglais d’origine hégélienne 
notamment la doctrine de F. H. Brap- 
LEY, en tant qu'il admet l’unité du mon- 
de, l'existence del’absolu, l’intelligibilité 
essentielle de l'être, le caractère pure- 
ment apparent et superficiel de la mul- 
tiplicité sensible, de l’individualité, et 
de la durée. Il s’oppose en ce sens au 
« pluralisme » qui met au fond des 
choses la discontinuité, la multiplicité 
individuelle, la réalité d’un devenir qui 
altère les êtres, l’imprévisibilité du 
futur. Voir W. JAMES, À pluralistic 
universe, Lecture II : « Monistic Idea- 
lism. » 





7 649 


MONISME 





C. A un point de vue à la fois scien- 
tifique, philosophique et moral : 

Doctrine de HæckEL, résumée par 
lui-même dans les points suivants, et 
opposée sur chacun d’eux au « dua- 
lisme » : « unité de l’univers, sans anti- 
thèse entre l’esprit et la matière ; iden- 
tité de Dieu et du monde, qui n’a pas 
été créé, mais qui évolue d’après des 
lois éternelles ; négation d’une force 
vitale indépendante des forces physi- 
ques et chimiques ; mortalité de l’âme ; 
rejet de l'opposition établie par le 
christianisme entre les fins de la chair 
et les fins de l’esprit ; excellence de la 
nature; rationalisme ; religion de la 
science, du bien et de la beauté ». Die 
Welträthsell, chap. xvitt et x1x. Mo- 
nisme, en ce sens, ne désigne pas seu- 
lement une doctrine, mais un parti 
social. Voir Critique. 

D. Un sens beaucoup plus large, car 
il ne désigne qu’une tendance, et non 
pas un système arrêté, se trouve dans 
les ouvrages de Paul Carus, et dans 
la revue The Monist, fondée en 1900 
par HEGELER et par lui pour soutenir 
la doctrine d’après laquelle : 10 il y a 
sur tout sujet une seule vérité, virtuel- 
lement déterminée à l'avance, intem- 


1. Les Enigmes du monde. 


porelle, indépendante de tout désir et 
de toute action individuelle ; 2° toutes 
les vérités, quels qu’en soient le do- 
maine et l’origine, sont d'accord entre 
elles ; 3° la connaissance scientifique 
et la foi religieuse peuvent être conci- 
liées intégralement sans rien perdre de 
leur contenu essentiel. 

La Revue The Monist accueille d’ail- 
leurs toutes les sortes de doctrines 
« monistiques », en quelque sens qu’el- 
les puissent se dire telles. Voir HZÆ- 
CKEL, Our monism (1892); Llovd 
MorGAN Three aspects of monism 
(1894) ; Woons Hurcuixsow, The. Ho- 
liness of instinct! (1896) ; etc. 

E. Se dit encore, en un sens restreint, 
de toute doctrine affirmant. pour un 
domaine limité d'idées ou de faits une 
certaine unité d'explication (réduction 
à un seul principe, à une seule cause, 
à une seule tendance ou direction) 

« Monisme esthétique ; monisme mo- 
ral. » Dansles pays de langue anglaise, ce 
mot est souvent appliqué à la théorie 
dite du parallélisme psycho-phyrsique. 


CRITIQUE 


On voit que, mème en laissant de 
côté les applications secondaires, ce 


1. La sainteté de l'instinct. 





l'y rattacher. On pourrait dire que c’est unité de la philosophie au lieu de philosophie 


de l’unué, (J. Lachelier.) 


Le sens D peut se rattacher au sens B, en tant que celui-ci s’applique à la 
Philosophie de Hegel. Il y a d’ailleurs de l’un à l’autre des liens historiques. 


(F. Mentré.) 


M. Carus considère lui-même sa philosophie comme une doctrine de l’unité : 








Voir du même auteur : Die geistige | 
A 1. Le monisme de la pensée pure, apologie de la philo- 


Strümungen der Gegenwan section C 
sophie actuelle, sur le tombeau de son fondateur (Hegel). 


ch. 1. 
2. —2. La conception monislique du monde, particul 
On peut rattacher à ce sens originel | che Lake | Fe 





Sur Monisme. — Le sens E a été ajouté sur les observations de M. Drouin. 
Le sens de Haeckel n’est qu’une spécification du précédent. Le Monisme, au 
sens C, est toujours une philosophie de l'unité ; mais une philosophie matérialiste- 
Monisme, en somme, est devenu une expression atténuée, une sorte d’euphémisme 
pour matérialisme. Ce mot n’a pas un sens franc. — Le sens D, au contraire, 
celui de M. P. Carus, est très différent de B et de C : on ne sait même comment 





€In contrast to our monism as a unitary conception of the world, there are other 
monisms, which seek the unity of the world not in the unity of truth, but in 
the oneness of a logical subsumption of ideas!. » (C'est-à-dire dans le fait de 
trouver un concept, comme celui de matière ou d’énergie, d'extension assez 
large pour que toutes les réalités en soient des espèces.) Il propose d’appeler 
cette doctrine Hénisme et non pas Monisme. (Professor Ostwald’s Philosophy, 
The Monist, octobre 1907, p. 528.) (A. L.) 


Critique. — Le terme monisme, quelques inconvénients qu'il puisse offrir, 
$emble utile pour désigner toute doctrine qui pose que la dualité, que la pluralité 


L. « Contrairement à notre monisme, comme conception unitaire du monde, il y a d'autres monismes qui cherchent 


5 l'unité du monde, non dans l’unité de la vérité, mais dans l’unicité d'une subsomption logique des idées. » 























D 


MONISME 


650 





mot a reçu des sens très divergents. 
Rien n’est plus éloigné du « monisme » 
allemand que le « monisme » anglais ; 
non seulement les formules, mais la 
position des problèmes et plus encore 
l'esprit général présentent une tout 
autre orientation. Il y a mème une 
opposition historique de fait entre le 
monisme de Bradley et l’école évolu- 
tionniite, à laquelle se rattache au 
contraire directement le monisme de 
Hæckel. L'un est essentiellement anti- 
pluralisme, l’autre anti-duulisme. 

De plus, le mot monisme, dans cette 
dernière acception, ne désigne plus le 
caractère abstrait d’une doctrine, mais 
au contraire, in concreto, l’ensemble 
intégral des thèses soutenues par un 
parti philosophico-politique, et ce parti 
lui-même. Le monisme s'oppose au 
christianisme et spécialement au catho- 
licisme, qu’il attaque avec ardeur sur 
tous les terrains (v. Die Welräthsel. 
ch. xvu). Il soutient le Xulturkampf, 
et travaille à supprimer le caractère 
confessionnel des écoles, fortement 
défendu en Allemagne par le gouver- 


nement. (/bid., ch. x1x.) Il se présente 
enfin comme une religion, qui ré. 
clame l'usage des Églises pour les 
« libres communautés monistes » {Zbig 
ch. xvu1 : « Unsere monistische Reli 
giont ») ; et, de fait, l'enthousiasme de 
ses adhérents a souvent les caractères 
d’une foi religieuse. 

On ne doit donc user qu'avec beau. 
coup de réserve d’un terme dont Jes 
sens sont à la fois si divers, et si SPé- 
cialisés. Au sens C, naturalisme (dont 
HæckEL se sert aussi) conviendrait 
mieux pour désigner abstraitement Je 
caractère philosophique de sa doctrine. 

Rad. int. : Monism. 


Monodrome, voir Uniforme* (Fonc- 
tion). 


« MONOGÉNÈSE », D. E. Monoge- 
nesis ; L Monogenesi. 

Unité d’origine. S’oppose à polygé- 
nèse. — Ces termes, ainsi que les adjec- 
tifs correspondants monogénétique, po- 


1. « Notre religion moniste. » 





dgénétique, sont utiles et répondent à 

des problèmes importants dans l’his- 

toire des espèces, du langage, des 

sciences, des religions, des institutions, 
Rad. int. : Monogenesi. 


\ 

MONOÏDÉISME, D. Monoideismus ; 
E. Monoideism ; I. Monoideismo. 

A. Appliqué à l’attention (RiBoT) : 
état de concentration et d’organisation 
de l'esprit autour d’une idée dominante. 

B. Appliqué à certains états d’hyp- 
nose {BRaiD, JANET) : états où, par 
suite d’un grand rétrécissement du 
champ de la conscience, une seule idée, 
de contenu très simple, occupe l'esprit 
d’une façon exclusive et durable. 

Rad. int. : Monoideism. 





MONOTHÉISME 


MONOMANIE (EsquiroL, Des mala- 
dies mentales, 1839), D. Monomanie ; 
E. Monomania ; I. Monomania. 

Trouble mental, chronique et systé- 
matique limité à un seul ordre d'idées, 
avec conservation à peu près normale 
des autres fonctions de l'esprit — 
L'unité nosologique de la classe ainsi 
constituée étant aujourd’hui très con- 
testée, et d'autre part le mot manie 
ayant pris un sens technique tout dif- 
férent, ce terme tend à disparaître du 
vocabulaire des aliénistes. Cf. Manie*. 

Rad. int. : Monomani. 


MONOTHÉISME, D. AMonotheismus ; 
E. Monotheism ; 1. Monoteismo. 
Doctrine philosophique ou religieuse 





Sur Monothéisme. — L'épreuve de cet article était accompagnée des remarques 





füt-elle infinie, comme elle doit l'être) suppose et requiert, pour raison d'existence 
et raison d'intelligibilité, une unité immanente qui en fait le lien. Cette unité 
peut ne pas être une « substance », ni une liaison « logique ». Au monisme substan- 
tialiste, au monisme logique et dialectique, au monisme matérialiste, au monisme 
spiritualiste nous voyons, par exemple, Guyau opposer un monisme vitaliste où 
c'est la vie, en continuel devenir, en continuelle « expansion d'intensité et de 
fécondité extensive », qui produit le changement universel, dont matière et esprit 
ne sont que des « extraits », dont l'être même n’est qu’un « abstrait ». (Voir l’Irré- 
ligion de l'avenir, IIIe partie) D’autres monistes pourront croire que la vie même, 
que l” « expansion vitale » présuppose un principe d'unité plus radical et plus 
explicatif, une « Volonté de conscience » en perpétuelle « exertion et assertion », 
où la puissance et l'intelligence, la force et l’idée sont ramenées à une indissoluble 
unité dans le principe toujours dynamique et non statique de l’évolution univer- 
selle, de la vie universelle. Ce sera alors un monisme indivisiblement volontariste 
et idéaliste. Quoi qu’il en soit, un certain monisme est essentiel à toute philo- 
sophie digne de ce nom, à toute philosophie non paresseuse. 

Le terme de monisme me semble donc devoir être gardé ; celui de panthéisme, 
celui de panenthéisme, etc., n’expriment que des variétés du genre, des modes 
particuliers de représentation de l’un dans le plusieurs. (A. Fouillée.) 

Voir A. FouiLiée, La Pensée et les nouvelles écoles anti-intellectualistes (1911) 
et la discussion de cet ouvrage, en particulier au point de vue du monisme qui 
représente, dans Le Volontarisme intellectualiste de M. Fouillée, Revue philo- 
sophique, janvier 1912. (A. L.) 








suivantes, et d’une note qui demandait spécialement l’avis des membres et corres- 
pondants de la société sur les opinions qu’elle mentionnait : « MM. A. S. PRIXGLE- 
Parrison et A. T. Oruonp (Paldwin's Dictionary, sub V0) mentionnent un second 
sens, proprement philosophique, disent-ils, qui consiste dans la doctrine d’après 
laquelle Dieu est un être indivisible et personnifie le principe unitaire de la réalité. » 

« Ils admettent également que le monothéisme est un genre dont Théisme et 
Panthéisme sont les espèces. 11 me semble que cet usage est aussi contraire à notre 
tradition philosophique. Il est également exclu, au point de vue de la langue 
dllemande, par E1iser, qui définit le monothéisme : « Glaube an einen einzigen, 
« alles beherrschenden und lenkenden, persônlichen, lehendigen Gott: » (3e éd., 
P. 821). — (Ces dernières épithètes ne figuraient pas dans la 1re édition.) » 

De nombreuses réponses, écrites ou verbales, nous sont parvenues, et ont 
montré qu'il existait quelques divergences dans le sens que les philosophes attri- 
buent à ce mot. Les seuls points d'accord à peu près général paraissent être : 
49 Que monothéisme est avant tout un terme historique, opposé à polythéisme, 
et qui désigne le caractère commun, du christianisme, du mahométisme, et du 
füdaisme (à son complet développement) à savoir la croyance qu'il n’existe 
qu'un seul Dieu, distinct du monde. — 2° Que, par suite, monothéisme ne saurait 
être un genre dont théisme ou panthéisme seraient les espèces. (J. Lachelier, 
L. Couturat, L. Brunschvicg, Ed. Le Roy, R. Berthelot, F. Mentré, E. Blum, 
€. Ranzoli, etc.) 

Le monothéisme, me semble-t-il, suppose toujours une divinité extérieure au 
MOnde, «ein Gott, der von aussen stosst? ». (Gœrxe.) C’est une conception foncié- 
*ement dualiste. Le panthéisme, au contraire, pourrait être envisagé comme un 
Monisme spiritualiste. (0. Karmin.) 

Philologiquement, théisme devrait être le genre, monothéisme, panthéisme, 
Polythéisme, etc., les espèces. (L. Couturat. — L. Boisse.) Mais l’histoire des mots 
vy oppose : voir dans KANT, Critique de la Raison pure (A. 631, B. 659) la définition 
a 


1. « Crovance à un Dieu unique, gouvernant et dirigeant tout, personuel et vivant. » — 2. « L'n Dieu qui lui 
ne du dehors une impulsion. » 


MONOTHÉISME 


qui n’admet qu’un seul Dieu, distinct 
du monde. — Cf. Athéisme*, Déisme*, 
Dieu*, Polythéisme*, Panthéisme*. 


REMARQUE 


Il convient de distinguer du mono- 
théisme, pour qui il n'existe qu’un seul 


SR 


652 


tres. Max Muzer a désigné cette atti. 
tude sous le nom d’Hénothéisme (dans 
son article Semitic Monotheism, 1860). 
Il considère cette forme de religion 
comme un état antérieur au mono. 
théisme et au polythéisme proprement 
dits. — On a proposé aussi, en ce sens 
le mot monolatrie. (A. Lois.) | 





Dieu, les religions qui n’admettent le 
culte que d’une seule Divinité, mais 
sans nier pour cela qu’il en existe d’au- 


Pour la critique, voir aux Observa. 
tions. 
Rad. int. : Monoteism. 





qu’il donne du T'héisme, croyance à un Dieu intelligent et personnel, par opposition 
au Déisme. (A. L.) 

Théisme et panthéisme diffèrent si profondément qu’il ne me paraît guère 
possible d’en faire deux espèces d’un même genre : il suffit de les opposer l’un et 
l’autre à athéisme, ou matérialisme. (J. Lacheller.) 

Le sens défini par E1sLer est un peu trop étroit ; le Dieu d’Aristote ne 
« gouverne » ni ne « dirige » le monde. Cette doctrine est pourtant monothéiste, 
(R. Berthelot.) 

Eiscer me paraît restreindre arbitrairement le sens du mot. Spinoza n'est-il 
pas monothéiste aussi bien que Descartes ? Dire qu’il n’y a qu'un Dieu, ce n’est 
pas décider s’il est immanent ou transcendant. Le « second sens » distingué dans 
le Dict. de BaALzDwin me paraît être le sens usuel du mot. (E. Goblot.) 

Étant donné l’usage et la signification du mot môvoc (unique, seul, et non pas 
indivisible) je ne puis admettre le second sens indiqué dans le Dictionnaire de 
Bazowin. (M. Bernès.) 

Je ne connais pas d'exemple précis du second sens indiqué par MM. Pringle- 
Pattison et Ormond. Mais on est conduit assez logiquement de la signification 
numérique et quantitative du mot à sa signification qualitative. Savoir qu’il n'y 
a qu’un Dieu nous renseigne déjà en quelque façon sur ses attributs. 

Il n’y a aucune difficulté à distinguer le monothéisme du polythéisme ; il y en 
a davantage à le distinguer du panthéisme. On peut cependant, je crois, confor- 
mément à l'esprit si profond du spinozisme, dire que pour le panthéisme (qui 
n’est pas une doctrine de la radicale identité), le monde ne serait pas sans Dieu, 
mais Dieu ne serait pas sans le monde. Le monothéisme, au contraire, admet que 
le monde certes ne pourrait exister sans Dieu, mais il admet aussi que Dieu pourrai 
subsister sans le monde. Il exclut la dépendance bilatérale, qui est le caractère essentiel 
du panthéisme. (L. Boisse.) 

Le terme hénothéisme, proposé par Max Müller, répond à un besoin réel de la 
pensée. Il est fâcheux qu'on ne lui ait pas fait meilleur accueil en France. Voyez 
par exemple, quelle confusion le défaut de cette distinction verbale jette sur tout 
le tome 1 de l'Histoire d'Israël, où Renan s'efforce d'expliquer la phase primitive 
(polythéisme élohiste), la phase cléricale (hénothéisme jahvéiste), la phase évoluée 
(monothéisme pur) de la religion juive. — Celle-ci est arrivée presque du premier 
coup à la conception d’un Dieu unique, esprit presque ineffable, bien distinct 
des Dieux du spiritualisme et du matérialisme aryen (Zeus, Jupiter). Mais ce Dieu 
est encore un Dieu local ; Dieu un, mais notre Dieu. (Voir Renan, Jbid., 1, 173 
et 191-198.) Ce n’est pas à dire que la cité antique, avec son Dieu protecteur 
soit aussi hénothéiste (Olympe, Delphes, Athènes). Ces dieux-là, œuvre de l’ima 
gination artiste et mesurée des Grecs n’ont rien de commun avec la conceptio" 








| 653 


1. MORAL, adj. L. Moralis (créé par 
CICÉRON, d’après son propre témoi- 
gnage, pour traduire le G. #Buxôc : De 
Fato, I). D. À. B. C. Sitlich ; A. B. D. 
Ethisch, Moralisch ; E. Geistes.. ; — 
E. Moral dans tous les sens ; B. Z:thi- 
çal ; E. Mental ; — I. Morale dans tous 
les sens. 

A. Qui concerne soit les mœurs, soit 
les règles de conduite admises à une 
époque, dans une socicté déterminée. 
« Un fait moral est normal pour un 
type social déterminé quand on l’ob- 
serve dans la moyenne des sociétés de 
cette espèce. » Dunkurim, Division du 
travail social, Introd., p. 34. On appelle 
«réalité morale », en ce sens, l’ensemble 
des mœurs et des jugements sur les 
mœurs qui peuvent être objet d’obser- 
vation et de constatation. Voir Lévry- 
BrUHL, La morale et la science des 
mœurs, not. p. 24 et suiv. 

À ce sens, mais aussi aux sens Det E 
se rattache l’expression « sens moral » 
(E. Moral Sense, SHarresbury, Hur- 
cHESON). Voir Sens*. 

B. Qui concerne l'étude philosophi- 
que du bien et du mal. « Toutes le< 


MORAL 


théories morales même les plus scep- 
tiques. constatent... que l'individu ne 
peut pas vivre uniquement pour lui- 
même. » Guyau, Morale sans oblig., 
p. 31. 

C. (Opposé à immoral.) Louable, 
conforme à la morale au sens A. « Il 
serait absurde de ne tenir pour morales 
que les actions indifférentes ou dou- 
loureuses à la sensibilité. » Raun, 
L'Expérience morale, ch. 1, p. 27. 

D. (Opposé à logique, ou à intellec- 
tuel, quelquefois à métaphysique.) Qui 
concerne l’action et le sentiment. 

« Encore qu’on ait une assurance 
morale de ces choses qui est telle qu’il 
semble qu’à moins que d’être extrava- 
gant on n’en peut douter; toutefois 
aussi, à moins que d’être déraisonnable, 
lorsqu'il est question d’une certitude 
métaphysique, on ne peut nier que ce 
ne soit assez de sujet pour n'en être 
pas entièrement assuré, etc. » DeEs- 
CARTES, Discours de la méthode, IV, 7. 
— Cf. Ceruitude* moral, MNécessité* 
morale. 

E. (Opposé à matériel, physique. Re- 
latif à l'esprit, et non au corps ou 





extraordinaire et unique de Jahvé, conception que le génie gréco-latin n'a jamais 


pu s’assimiler. (E. Blum.) 


M. Ranzoli cite le dictionnaire de KincaNer et MicuaELis pour qui le pan- 


théisme, le théisme, le déisme seraient des espèces du monothéisme, et de même 
lhénothéisme, en tant que forme primitive de celui-ci. — Le mot monothéisme, 
ajoute M. Ranzoli, n'implique ni n'exclut par lui-même l’idée de personnalité. A cet 
égard, rien n’empêche d’y faire rentrer le panthéisme ou le déisme ; mais d’autre 
Part, il implique l’idée d’unité : or, la forme la plus haute et la plus réelle de 
Punité dont nous ayons l’expérience est la personnalité : et pour cette raison dès 
qu'on parle de monothéisme on pense toujours, et avec raison, à un seul Dieu 
personnel. 

(On remarquera dans cette observation le passage, déjà discuté plus haut, de 
l'idée de Dieu unique à l’idée de Dieu un.) 


Sur Moral, adj. — L'ordre des sens, tel qu’il est établi ci-dessus, a été proposé 
Par J. Lachelier et Couturat. 

Le passage des sens précédents au sens E s'explique probablement par ce fait 
Que la vie consciente de l’homme a d’abord été considérée presque uniquement 
sous son aspect proprement moral, aux sens À et B : p.ex. chez Platon, Aristote, 
Sénèque, etc., et même dans le sens commun. D'où la distinction de l’homme 


matériel où physique et de l’homme moral, puis du « physique » et du « moral» 
: ®t enfin l'emploi du « moral » pour désigner tout ce qui, dans l’homme, n’est 


LALANDE, — VOCAB. PAIL. 23 


SE 








MORAL 


654 





autres objets matériels. « Les sciences 
morales. » « La statistique morale. » 

« Personne morale », voir Personne*. 

À ce sens se rattachent les expres- 
sions fortune physique, fortune morale, 
employées par EuLer et LAPLACE pour 
opposer le sentiment interne d’un ac- 
croissement de richesse à la valeur 
numérique de cet accroissement. Voir 
LaPLACE, Théorie analytique des pro- 
babilités (1812), livre IT, chap. x. — 
Cf. ci-dessous, A/oral, subst. maxc. 


CRITIQUE 


Ce terme et les suivants présentent 
au plus haut point la confusion du 
« constatif » et de l’appréciatif, du 
jugement de fait et du jugement de 
valeur. Tout argument, toute formule 
où ils jouent un rôle important, doit 
être par cela seul soumise à une cri- 
tique attentive. 


Rad. int. : À. Moral; B. Etik ; C. Ron: 
D. Praktikal ; E. Mental. 





2. MORAL, subst. masc. Sans équiva. 
lents précis au sens À. — B : D. Mur. 
E. Spirits, Mood. | 

A. L'ensemble des phénomènes de 
la vie mentale, par opposition à la vie 
du corps. Caganis, Rapports du phy. 
sique et du moral de l'homme, 1802. 

B. État affectif, niveau mental. (Ce 
sens est surtout familier : « Le moral] 
est bon ; remonter le moral »; mais il 
représente une idée psychologique im- 
portante, dont l’étude scientifique est 
récente.) 


3. MORALE, suhst. fém. D. À, B. 
Sitte, Sitten. Sütlichkeit; © Sitten- 
lehre, Ethik ; Moral dans tous les sens ; 
— E. A. B. Morality ; C. Ethics, plus 
rarement Moral; — I. Morale dans 
tous les sens ; C. Etica. 

A. (Une morale.) Ensemble des 
règles de conduite admise à une 6po- 
que ou par un groupe d'hommes. 
« Une morale sévère. — Une mauvaise 


= 655 


morale. — Une morale relâchée. » 
« Chaque peuple a sa morale, qui est 
déterminée par les conditions dans 
lesquelles il vit. On ne peut donc lui 
en inculquer une autre, si élevée qu’elle 
soit, sans le désorganiser. » DURKHEIM, 
Division du travail social, Il, ch. 1, 
p- 262. 

B. (La Morale.) Ensemble des règles 
de conduite tenues pour incondition- 
nellement valables. « Expliquer (le 
mal). serait absoudre, et la méta- 
physique ne doit pas expliquer ce que 
condamne la morale. » J. LACHELIER, 
Psychologie et métaphysique, dans Le 
Fondement de l’Induction, 3° éd., p. 171. 

C. Théorie raisonnée du bien et du 
mal, Éthique*. Le mot, en ce sens, 
implique toujours que la théorie dont 
il s’agit vise à des conséquences nor- 
matives. Il ne se dirait pas d’une 
science objective et descriptive des 
mœurs, ou même des jugements mo- 
raux (au sens A). « Je me formai une 
morale par provision, qui ne consistait 





MORALISME 


qu’en trois ou quatre maximes, etc. » 
DescarTEs, Disc. de la méthode, III, 1. 

D. Conduite conforme à la mo- 
rale, par exemple lorsqu'on parle des 
« progrès de la morale », en entendant 
par là, non un progrès des idées mo- 
rales, mais la réalisation d’une vie plus 
humaine, d’une justice plus grande 
dans les relations sociales, etc. Voir 
Lévy-BruuL, La Morale et la science 
des maurs, ch. IV, &$ 2. 

Rad. int. : À. B. Moral; C. Etik., D. 
Morales. 


MORALISME, D. Moralismus. 

À. FicuTe appelle sa doctrine Reiner 
Moralismus!, en tant qu’elle fait d’une 
loi de l’action, et non de l'être, le prin- 
cipe suprême de la philosophie. (Dar- 
stellung der Wissenschaftslehre?, 1801, 
8 26. — Sämmt. W. Il, p. 64.) 

B. OLLÉ-LAPRUNE, sans connaitre 


1. « Moralisme pur. » — 2. Erposé de la Doctrine de 
la Science. 


pas de nature à tomber sous les sens. La « personne morale » est d’abord la personne 
susceptible d'agir bien ou mal; mais par extension elle comprend toute la vie 
intellectuelle, affective, etc., qui dépasse l’individualité matérielle et biologique. 
Cf., inversement, le double sens du mot conscience, en français. 

Les textes suivants sont intéressants pour montrer le caractère usuel du sens D 
au xvue siècle : « Il faut distinguer deux sortes d’universalité, l’une qu'on peut 
appeler métaphysique et l’autre morale... J’appelle universalité morale celle qui 
reçoit quelque exception, parce que dans les choses morales on se contente que 
les choses soient telles ordinairement. » (Par ex., que toutes les femmes aiment à 
parler, que tous les jeunes gens sont inconstants, etc.) « Ces propositions, qu’on 
doit regarder comme moralement universelles. » Logique de PorT-Royaz, Il, 
ch. xui. (A. L.) 


Sur Morale, subst. fém. — Quelques correspondants ont exprimé des doutes 
sur la question de savoir si ces trois sens ne devaient pas être considérés au fond 
comme trois aspects d’une seule et même idée fondamentale : ensemble de règles 
de conduite. — Qu'il y ait entre ces trois acceptions une part importante d’élé- 
ments communs, ce n’est pas douteux. La distinction qui existe entre elles n’est 
certamement pas aussi tranchée que celle qui sépare moral au sens de mental, et 
moral opposé à immoral. Mais il y a pourtant entre elles des différences profondes : 
on peut le sentir aux équivoques qu’engendrent souvent ces mots dans la discus- 
sion. Entre A et B, la différence est surtout dans l'attitude que le mot implique 
chez celui qui parle : l’acception B postule implicitement qu’il existe une morale 
parfaite dont les morales au sens À ne sont que des approximations ou des 
déchéances ; l’acception A n'implique rien de semblable, et ceux qui l'emploient 
sous-entendent même souvent qu’il n’existe pas de morale au sens B. — Entre 








A et C, la différence est à la fois dans le degré de réflexion et dans le contenu. 
Une morale au sens C, un système éthique (p. ex., la morale de Kant) diffère 
autant d’un ensemble de jugements moraux spontanés que la philosophie diffère 
du sens commun : elle prétend non seulement à le systématiser, mais à le rectifier 
sur certains points. Entre B et C, la différence est inverse : chaque morale philo- 
sophique s’efforce d'exprimer, dans le langage de la théorie, la morale parfaite 
qu’elle présuppose. (Cf. la note 3 de Kant à la Préface de la Raïson pratique.) — 
On aurait même pu aller plus loin, et distinguer une quatrième acception, celle 
que reçoit ce mot chez Pascal quand il écrit : « La vraie morale se moque de la 
Morale. » La vraie morale, n'est-ce pas ici le sentiment vif et juste, l'évidence 
intérieure du bien et du mal ? Et la morale dont elle se moque, ce peut être soit 
l’ensemble routinier des règles de morale traditionnelles, soit plutôt la spéculation 
morale des philosophes. (On voit d’ailleurs, dans ce cas, combien l’idée changerait 
suivant qu’on entend le mot au sens A ou au sens C.) Mais ce serait trop subdiviser, 
et cette « vraie morale » est bien voisine de notre sens B. (A. L.) 


Sur Moralisme. — « Le reproche de moralisme, qu’on adresse au scoutisme 
parce qu'il fonde le rayonnement de ses chefs sur l’action positive de leur exemple, 
semble justifié au premier abord, parce que la vie morale est plus facilement 
saisissable à l’observation que la vie religieuse. C’est là un épouvantail dont il 
ne faut pas être dupe. Le moralisme commence là où l’acte est considéré comme 
Plus important que l’inspiration dont il découle. » A. N. BERTRAND, Témoins, 
P. 59. Cet usage péjoratif paraît bien peu recommandable, surtout avec le double 


. 8ens qu’il peut recevoir. Sur l’indépendance de la morale, même philosophique, 


à l'égard de tout «fondement » de fait, voir La Raison et les Normes, ch. VI. 








MORALISME 





cette expression, a créé le même mot : 
« [Renouvier] n’a-t-il pas son mysti- 
cisme aussi et, comment dirais-je ? son 
fanatisme moral (Kant parlait du fana- 
tisme moral des stoïciens), son mora- 
lisme, si j’ose forger ce mot barbare ? » 
La certitude morale (1880), ch. vi, 
p. 326. Cf. FouiLLéE, Le moralisme de 
Kant et l'amoralisme contemporain, 
1905. 

Ce terme est employé quelquefois, 
en un sens péjoratif, pour désigner 
l'attachement à la morale, séparée de 
toute croyance métaphysique ou reli- 
gieuse, ou même l'attachement à la 
correction de la conduite, séparée du 
sentiment moral qui devrait l’animer. 
Voir Observations, page prévédente. 


REMARQUE 


Le dictionnaire d’EisLer (3e éd.) 
n'indique Moralismus que comme le 
terme antithétique d’Immoralismus : 
reconnaissance d’une loi morale obli- 
gatoire (d’après Kruc, Flandb. der Phi- 
los., IJ, 271.) — Ce sens n'existe pas 
en français. 


MORALITÉ, D. A. ioralischer, ethi- 
scher W'ert ; B. Siulichkeit ; — E. Mo- 
rals, Morality ; — 1. Moralità. 

A. Caractère moral, valeur (positive 
ou négative) au puint de vue du bien 
et du mal. Se dit soit des personnes, 
soit des jugements, soit des actes. 

B. (Opposé à immoralué.) Valeur 
morale (positive), conformité à l'idéal 
moral. 

C. Conduite morale. « La moralité 


publique. — » « Un relèvement de la 
moralité. » 
Rad. int. : Morales ; bon(a) mora- 


les(o). 


Morgan (Principe de), voir Parcimo- 
nie*, 40, 


MORPHOLOGIE, D. Morphologie ; 
E. Morphology ; 1. Morphologia 

Théorie des formes ; particulière- 
ment employé en B1i0LOGIiE, Où mor- 
phologie se dit surtout de l’étude des 





656 
types caractéristiques des espèces ani. 
males et végétales ; en LiNGUISTIQUE, 
où ce mot désigne l’étude des formes 
verbales, par opposition à l’étude de 
la syntaxe. 11 a été plus récemment 
introduit en Géologie, en Sociolo- 
gie, etc. 

Rad. int. : Morfologi. 


« MORULE », L. morula, petite pause, 
bref retard (diminutif de mora). — Ce 
terme est employé au x vit siècle pour 
désigner, par opposition à la théorie de 
la continuité du mouvement, les arrèts 
imperceptibles qui interrompent celui- 
ci, dans l’hypothèse de sa discontinuité. 
« Si le mouvement. est interrompu de 
morules, quelle est la cause qui suspend 
le cours d’un corps une fois agité ? Il 
ne répugne pas au mouvement d'être 
continu, etc. » BossuET, Traité du 
Libre- Arbitre, ch. 1v. 


MOTEUR, subst., D. Beweger ; E. 
Mover ; 1. Motore. 

Au sens général, ce qui meut. — 
N'est guère usité que pour la traduc- 
tion du G. xivoüv, dans les expressions 
d'ARISTOTE : TÙ TP&TOV XLVUDV, TÜ >LVUUV 
&xivnrov, le premier moteur, le moteur 
immobile, c’est-à-dire Dieu, ou l'acte 
pur, qui est cause de tout changement 
et de tout devenir dans le monde, mais 
sans être sujet lui-même à aucun 
changement (Métaphysique, III, 8; XI, 
6-7; etc.) : « xivei Yaæp dc Épopevov. » 
(Ibid., 1072b3) ; — rd xivoëv xai xevob- 
uevov, le moteur mobile, qui n’a pas en 
lui-même la cause de son changement, 
mais qui est à son tour cause du chan- 
gement pour un autre être. Cf. mobile 
et mouvement. 


MOTEUR, MOTRICE, adj., D. A. 
Bewegend ; B. Motorisch ; E. Moving. 
Motor ; 1. Motore. 

À. Sens général : qui meut. « Force 
motrice. » 

B. Spécialement, en psychologie : 
qui se rapporte au mouvement (en 
tant qu’opposé à la sensation) : « Nerfs 
moteurs ; centres moteurs »; — ou qui 





657 


tend au mouvement : « Il n’y a pas un 
seul état de conscience qui ne contienne 
à un degré quelconque des éléments 
moteurs. » RiBoT, Malad. de la volonté, 
ch. n1 (15 éd., p. 111). 

Idéo-moteur, cf. Idées-forces. 

Rad. int. : Movant. 


Moteur (type), D. Motorischer Ty- 
pus; E. Motor type; I. Tipo motore. 

Type d'imagination consistant dans 
la prédominance de la représentation 
des mouvements. Il est spécialement 
caractérisé, en ce qui concerne les 
mots, par le fait que le sujet se les 
représente surtout sous la forme des 
mouvements d’articulation par les- 
quels il les prononcerait. 

Rad. int. : Motor. 


MOTIF, D. Motiv, Beweggrund ; E 
Motive ; I. Motivo. 

Proprement, ce qui meut (L. scol 
motivum, causa motiva, au sens le plus 
général : voir ScHüTz, Thomas-Ler. 
sub ve) ; et fréquemment, au xvile siè- 
cle, celui qui meut (lorganisateur 
d’une affaire, l’artisan d’une intrigue) ; 
d’où, actuellement : 

A. Toute cause d'ordre mental pro- 
duisant ou tendant à produire une 
action volontaire. 

B. Plus spécialement encore, état 
mental, où prédominent les éléments 
intellectuels, et tel que s'il était seul 
en jeu, il déterminerait une certaine 
action volontaire. 


CRITIQUE 


Motif et mobile ont été employés 
d’une façon assez peu constante dans 
la langue philosophique. Voir plus haut 


l’analyse et la critique de ce dernier 


MOTIF 


mot ; et cf. EisLer, vo Motiv. Il serait 
désirable de réserver mou au sens B, 
qui est déjà prédominant, 

MM. Bazpwin et SrourT (Baldwin's 
Dictionary, sub vo) écartent la défini- 
tion : «toute fin consciente considérée 
comme entrant dans la détermination 
d’un acte volontaire ». On peut ad- 
mettre, en effet, que cette définition 
ne s’accorde pas avec l’usage, motif 
s’appliquant à une idée, à la connais- 
sance d’un fait, aussi bien qu’à la fin 
dont cette connaissance dicte les 
moyens. La définition qu'ils propo- 
sent est celle-ci : « Any conscious ele- 
ment considered as entering into the 
determination of a volitiont. » Ils s’ap- 
puient sur l’autorité de BENTHAM, qui 
a donné une définition à peu près sem- 
blable. (Introduction to the principles 
of moral and legislation, ch. x, $ 1.) 
Motif serait alors le genre qui com- 
prendrait les mobiles (affects), les fins 
raisonnées, et tous autres phénomènes 
accessoires contribuant à la volition. 
Mais cette formule ne paraît pas non 
plus très satisfaisante : 19 Elle est trop 
large ; elle envelopperait des faits 
comme un calcul ou une comparaison 
de motifs, ou une hésitation, tous 
éléments concourant à l’action, mais 
qui n’ont jamais été appelés « motifs » 
en français ; — 29 elle exclurait a priori 
l'usage d’une expression telle que « mo- 
tif inconscient », qu'il serait regrettable 
de prohiber ; — 30 elle répond à une 
classe qu'il n’est pas utile de consti- 
tuer, car on n’a que rarement à l’envi- 
sager comme un tout. 

Rad. int. : À. Motiv. 


1. « Tout élément conscient considéré comme entrant 
dans la détermination d'un aote volontaire. » 





Sur Motif. — Voir ci-dessus les observations concernant mobile. 
Motive, en anglais, paraît clairement être l’abréviation de formules telles que 
motive cause, motive argument, motive principle, fréquentes au xvi® siècle. Cf. 


Murray, sub ve. 


Motif (de même que premier mobile) s’est dit en français, au xvie siècle, des 
personnes aussi bien que des sentiments ou des idées. Cf. Dictionnaire de l’Aca- 


démie (1694) ; Furetière (1690). 


MOTIVATION 


EEE 


658 





MOTIVATION, D. Motivation (ScHo- 
PENHAUER); E. Motivation; I. Mot- 
vazione. 

A. Relation d’un acte aux motifs 
qui l’expliquent ou le justifient. 

B. Exposé des motifs sur lesquels 
repose une décision. 

Rad. int. : À. Motives ; B. Motiviz. 


« MOTRICITÉ », fonction motrice de 
l’être vivant, opposée à sa fonction ré- 
ceptive ou sensorielle. Appartient plu- 
tôt au langage de la physiologie qu’à 
celui de la psychologie. 


MOTS (Définition de), voir Défini- 
tion*, Nominal*, et dans l’A ppendice 
à la fin du présent ouvrage, la note sur 
les différents sens donnés à l’opposi- 
tion entre les « Définitions de mots » 
et les « Définitions de choses ». 


MOUVEMENT, D. Bewegung (B. Ge- 
mütsbewegung) ; — E. Move, motion, 
movement ; — I. Movimento. 

A. Au sens propre, changement con- 
tinu de position dans l’espace, consi- 
déré en fonction du temps, et par suite 
ayant une vitesse définie. Le simple 
changement de position, dans l’espace, 
sans considération de durée est appelé 
déplacement. 

La quantité de mouvement d’un mo- 
bile de masse m est le produit de sa 
masse par sa vitesse {mv). Le mouve- 
ment (sans épithète) ou mouvement 
relatif est celui qui change les dis- 
tances du mobile considéré à un sys- 
tème de repères qui pourrait être lui- 
mème considéré comme mobile; il 





pourrait donc être remplacé, toutes 
les apparences restant les mêmes, par 
un mouvement égal et inverse du sys- 
tème de repères en question. Le mouve- 
ment absolu est celui qui n’admet pas 
cette substitution, et qui ne peut être 
attribué qu’au mobile, non au système 
de repères auquel il est rapporté. 
Poincaré le définissait, du point de vue 
physique, « mouvement d’un corps 
par rapport à l’éther, regardé par défi- 
nition comine étant en repos absolu ». 
Ce concept est souvent utilisé par les 
physiciens contemporains. Cf. Inertie. 
Au figuré : 

B. Émotions et tendances. « Ces 
appétits, ou ces répugnances et aver- 
sions, sont appelés mouvements de 
l’'ime ; non qu’elle change de place ou 
qu’elle se transporte d’un lieu à un 
autre ; mais c’est que, comme le corps 
s'approche ou s'éloigne en se mouvant, 
ainsi l’âme, par les appétits ou aver- 
sions, s’unit avec les objets ou s’en 
sépare. » BossuET, Conn. de Dieu et de 
soi-même, I, $ 6. Cf. ci-dessous, mobile*, 
Observations. 

C. Changement collectif d'idées, 
d'opinions, de tendances ; changement 
d'organisation sociale. « Le caractère 
essentiel de notre organisme social, 
quand on se borne à l’envisager d’abord 
dans un état purement statique, abs- 
traction faite de son mouvement néces- 
saire.… » Aug. ComTE, Cours de phil. 
pos., 51° leçon : « Lois fondamentales 
de la dynamique sociale. » 

D. « Mouvement de l'esprit », suite 
des représentations dans la pensée : 
« Continuo et nullibi interrupto cogita- 


Sur Mouvement. — Au sens À, on se place à un point de vue déjà dérivé et 





659 


tionis motu….. » DESCARTES, Regulae 
ad dir. ing, VII. — On appelle en 
particulier Mouvement dialectique la 
démarche de l'esprit qui passe d’une 
idée à une autre en vertu des rapports 
de participation, d’implication ou d’op- 
position qui les unissent. 


CRITIQUE 


On se sert presque toujours de mou- 
vement pour traduire le mot xivraic 
chez Aristote ; mais c’est à tort. « Mou- 
vement », en français (dès le xvzre siè- 
cle, et probablement plus tôt), ne se 
dit proprement que de ce qu’Aristote 
appelait @opx (— xivnoic nréBev rot, 
Éth. Nicom., X, & ; 1174230). « Mouve- 
ment : transport d’un corps en un 
autre lieu, changement de place. » 
FURETIÈRE, Dictionnaire, 1690. le 
Dict. de l’Académie de 1694 donne une 
définition équivalente. 

Rad. int. : Mov. 


MOYEN, D. Mittel ; E. Means, way ; 
L Mezzo. 

Ce par quoi une fin déterminée se 
réalise. « Toute finalité est une série de 
causes et d'effets dans laquelle on re- 
marque : 1° un terme où elle s’arrête, 
et c’est pourquoi on le nomme fin; 
20 un terme intermédiaire, le moyen, 
ou une série de termes intermédiaires, 
les moyens ; 39 un terme où elle com- 
mence, car le nom de moyen ne se 
justifierait pas s’il ne se plaçait entre 
le commencement et la fin. L'idée 


MOYENNE 


n’est jamais le terme initial ; elle est 
toujours un moyen. La finalité a sa 
source dans des faits affectifs, et non 
dans des faits intellectuels ; il y a une 
finalité aveugle et une finalité éclairée 


| par l'intelligence. » GoBLoT, Vocabu- 


laire, vo Finalité, p. 240-241 et 241-242. 
Rad. int. : Moyen. 


Moyen terme, D. Mittel (begriff) ; 
E. Middle (term) ; I. Mezzo (termine), 
| Medio. 

A. Dans un syllogisme, celui des 
trois termes par l’intermédiaire duquel 
le majeur et le mineur sont mis en 
rapport ; qui, par conséquent, est com- 
mun aux deux prémisses et éliminé de 
, la conclusion. 

B. Milieu entre deux autres termes, 
au sens B. Compromis entre deux solu- 
tions extrêmes. 





| Rad. int. : Mez. 


MOYENNE (valeur), D. Durchschnitt ; 


! arithmetisches Mitel; — E. Mean; 
entre grandeurs différentes : Average ; 
— I. Media. 


| Quotient obtenu en divisant la 
| somme d’une série de grandeurs par 
| le nombre de ces grandeurs. 
, Cette notion présente une grande 
| utilité dans les mesures psychologi- 
| ques. Ii y a lieu de la distinguer du 
| mode* ou module, défini ci-dessus ; et 
| quelquefois aussi du « Médian » (D. 
Zentralwert ; E. Central value), c’est-à- 
| dire de la valeur qui occupe le milieu 


Sur Moyen. — 11 me semble que la finalité n’est pas la série des causes et des 
effets, mais le rapport des différents termes de cette série au terme final, l’action 
idéale de ce terme sur les autres (comme la causalité est l’action réelle de la cause 


efficiente). (J. Lachelier.) 


Le sens propre de finalité est certainement rapport du moyen à la fin. (Voir 





pour ainsi dire objectivé. Mais, avant cette acception du mot défini en termes 
physiques, il y a un sens antérieur et subjectif qui seul rend possible et intelligible 
ce sens A. Il n’y a en effet positions successives et continues d’un mobile, dans 
l'unité de la représentation d’un mouvement, que par la synthèse quiles enveloppe, 
les situe, et dont Leibniz disait : Totum est prius partibus. Le mouvement n’est 
réellement donné que par cet acte synthétique ; la durée et l’étendue n’apparaissent 
à l’analyse que comme des aspects solidaires ou des conditions de la conscience 
même que nous avons du mouvement. (M. Blondel.) 
Le $ D a été ajouté sur la proposition de M. Dweishauvers. 





ci-dessus, finalité). Mais il s’est introduit dans la langue philosophique courante, 
une tendance à appeler par ellipse finalité tout processus manifestant une finalité. 
Ce n’est pas le seul cas où le terme abstrait ait fini par désigner le fait ou l’objet 
concret dont il est le caractère : p. ex. : une autorité, une méchanceté, une possi- 
bilité. Cette transformation sémantique est toujours un peu choquante au moment 
où elle se produit ; mais elle paraît conforme à l'esprit général de la langue. (A. L.) 


Sur Moyenne. — Article proposé par M. Claparède et rédigé sur ses indications. 





MOYENNE 


d’une série dont les termes ont été 
rangés par ordre de grandeur. 
Voir Science moyenne, 1. 958. 


REMARQUE 


Moyenne, employé seul, désiyne tou- 
jours la moyenne arithmétique définie 
ci-dessus. Mais on use aussi, dans cer- 
tains cas, de la moyenne dite géomr- 
trique, c’est-à-dire de la racine n° du 
produit des 7 nombres qu’on veut 
remplacer par une valeur unique. 

Rad. int. : Mezvalor. 


MULTIPLICATION logique, D. Lo- 
gische Multiplikation ; E. Logical multi- 
plication ; ! Moltiplicazione logica. 

Opération logique applicable soit 
aux concepts (ce qui en est l'usage le 
plus ordinaire), soit aux propositions, 
soit aux relations, et dont le résultat 
est un « produit logique ». 

A. Le produit logique de deux ou 
plusieurs concepts est, au point de vue 
de la compréhension, la position simul- 
tanée de ceux-ci (comme appartenant 
à un sujet unique) ; et, par conséquent 
au point de vue de l’extension, l’en- 
semble des parties communes aux 
classes correspondantes. Ex. : « Philo- 
sophe grec; les philosophes grecs. » 

B. Le produit logique de deux ou 
plusieurs Pp est la Pp qui énonce 
que celles-ci sont posées simultané- 
ment (soit à titre d’assertion, soit à 
titre de lexis) : « P est un nombre 
entier, P n'est divisible par aucun 
nombre entier plus petit que lui-même 
et plus grand que l’unité = P est un 
nombre premier. » 

C. Le produit logique de deux rela- 
tions zR,y et xR;y est la Pp qui 
énonce que ces deux relations existent. 
simultanément entre les deux termes x 
et y. 


zR;,y.zRy=zx(RR;)y Df. 


La multiplication logique est repré- 





ER 


666 
sentée soit par X (notation maintenant 
assez rare et peu recommandable, qui 
confond les signes arithmétiques et 
logiques); ou bien =, écrit aussi » : 
ou, le plus souvent par la simple suc- 
cession des facteurs, séparés, s’il est 
nécessaire pour la clarté, par un point 
ou une virgule. 

Cf. les Observ. sur Détermination*. 
Rad. int. : Logik(a) multiplik(o). 


Multiplication relative. Si l’on a deux 
relations tR,y, yR2z (c’est-à-dire telles 
que le second terme de la première 
soit le premier terme de la seconde), 
on appelle produit relatif de ces deux 
relations la relation R;, qui existe 
alors entre le premier terme de la pre- 
mière et le second terme de la seconde. 
La multiplication relative se repré- 
sente par * 


rRyayR:s=t(R;*R:)z Df 


Par exemple, « x est fils (ou fille) 
de y », « y est frère (ou sœur) de z » 
ont pour produit relatif : « x est neveu 
(ou nièce) de z ». 

Rad. int. : Relativ(a) multiplik(o). 


MULTIPLICITÉ, D. Vielheit, Man- 
nigfaltigkeit ; E. Muluplicuy ; I. Mol- 
tiplicitä. 

A. Caractère de ce qui comprend 
des éléments divers, dénombrables 
(mais non pas nécessairement dénom- 
brés, ni même dont le dénombrement 
puisse être achevé). « Multiplicité finie, 
multiplicité infinie. » Cf. Nombre. 

B. Ensemble d’éléments présentant 
ces caractères. 

Rad. int. : À. Multoples ; B. Multo- 


plaj. 


MUSCULAIRE (sens), D. Muskel- 
sinn ; E. Muscle sense, muscular sense ; 
L Senso muscolare. 

Sens auquel on rapporte celles des 
sensations kinesthésiques (voir ce mot) 





Sur Multiplication logique. — Ce terme semble tomber en désuétude ; il est 
remplacé par « produit logique » et surtout par « conjonction ». (René Poirier.) 





| 661 


qui sont considérées comme corres- 
pondant à des exvitations dues à la 
contraction ou au relâchement des 
muscles. Elles s'opposent aux sensa- 
tions articulaires. 

Ce mot se prend quelquefois dans 
un sens plus large, comme synonyme 
de sens kinestiésique ; mais cet usage 
prête à des confusions. 

Rad. int. : Muskolal. 


MUTATION, D. Mutation ; E. Mu- 
tation ; I. Mutazione. 

A. Changement; et en particulier 
changement dans l’organisation so- 
ciale. 

B. Quand on envisage une série de 
formes d’une même espèce fossile, on 
appelle variations les différences mor- 
phologiques que présentent les échan- 
tillons provenant d’une même coucte, 
et mutations celles que présentent les 
échantillons provenant de couci:es suc- 
cessives. 

C. Transformation brusque et héré- 
ditaire d’un type vivant, se produisant 
dans l’espace d’un très petit nombre de 
générations, ou même d’une seule. 


CRITIQUE 


Le sens B est plus ancien que le 
sens C. Il date de WaaGEn, Die For- 
menreihe des Ammonites Subradiatus! 
(1869) ; il a été répandu parmi les 
paléontologistes par l’ouvrage de NeEu- 
MAYR, Die Sitämme des Tierreiches? 


1. La Série des formes d'« Ammonites subradiatus ». — 
, Les souches du règne animal. 





MYSTÈRE 


(1889). Voir notamment p. 58 — 
M. DEPÉRET (Les transformations du 
monde animal, p. 275) a protesté contre 
l'introduction récente du sens C. 

Celui-ci a été adopté par M. DE 
VRies, dans son ouvrage Die Muta- 
tions theorie (1901). Il est rapidement 
devenu très usuel dans le langage bio- 
logique et philosophique. Le fait qu’il 
représente avait été déjà désigné par 
CopPe sous le nom de Saltation, et par 
KoRCcHINSkKI sous le nom d’hétérogé- 
nèse. 

Lamarcx employait fréquemment 
mutation, au sens général, pour dési- 
gner les petits changements morpho- 
logiques. 

Rad. int. : Mutacion. 


MYSTÈRE, G. puorñerov (de pu, 
fermer les yeux, ou la bouche). — D. 
Mysterium ; E. Mystery ; I. Misterio. 

A. Dans les religions antiques, en- 
semble de pratiques, de rites et de 
doctrines, coexistant avec le culte pu- 
blic, et légaux, mais de nature secrète, 
et réservés à des initiés. 

B. Dans la théologie chrétienne, 
dogmes révélés que le fidèle doit croire, 
mais qu’il ne peut comprendre. 

Par suite, en philosophie : 

C. Sens caché sous un symbole. 
« Toutes clioses couvrent quelque mys- 
tère ; toutes choses sont des voiles qui 
couvrent Dieu. » Pascaz, Lettre à 
Me de Roarnez, Ed. Brunschv. 
p. 215. — ymbole recouvrant un sens 
caché : « Il n’est pas juste de prendre 
ses obscurités (celles de Mahomet) pour 


Sur Mutation. — Article rectifié et complété sur les indications de M. René 


Berthelot. 


Sur Mystère. — Dans la théologie, le mot mystère désigne sans doute ce qui 
doit être cru et ce qui ne peut être compris. Mais cette dernière proposition, en 
évoquant l’idée de la nuit noire, dénature le sens de la foi. Car, il y a, dans le 
mystère, même avant la foi, des aspects qui ne laissent pas la raison indifférente 
ou totalement aveugle; et dans la foi, il y a des aspects que la méditation et 
l'expérience éclairent partiellement. Ratio fide illustrata, aliquam mysteriorum 
itelligentiam eamque fructuosissimam assequitur… » (Constitutio Vatic. De Fide. — 


: Denzinger, n° 1796). (M. Blondel.) 


EEE 


MYSTÈRE 





des mystères, vu que ses clartés sont 
ridicules. » Ip., Pensées, Ed. Brunschv., 
598. « Je ne dis pas que le mem est 
mystérieux. » Jbid., 688. Cf. 687, 
691, etc. 

D. Difficulté dont on doit chercher 
la solution : « Voilà... le dénouement 
du mystère : c’est que toutes les créa- 
tures ne sont unies qu’à Dieu d’une 
union immédiate. » MALEBRANCHE, 
Entretiens sur la métaphysique, VII. 
(Ed. Jules Simon, p. 164.) 

E. Donnée inexplicable ; problème 
insoluble. « Parcourez le cercle des 
sciences : vous verrez qu'elles com- 
mencent toutes par un mystère. » 
J. DE MaisTRE, Soirées de Saint- 
Pétersbourg, X° entretien. 

Rad. int. : Misteri. 


MYSTICISME, D. Mystik, Mystizis- 
mus (plus rare); Fanaticism (KANT); 
— E. Mysticism ; I. Misticismo. 

A. Proprement, croyance à la possi- 
bilité d’une union intime et directe de 


l'esprit humain au principe fondamen- 
tal de l'être, union constituant à la 
fois un mode d’existence et un mode 
de connaissance étrangers et supé- 
rieurs à l’existence et à la connaissance 
normales. 

B. Ensemble des dispositions affec- 
tives, intellectuelles et morales qui se 
rattachent à cette croyance. « Le phé- 
nomène essentiel du mysticisme est ce 
qu’on appelle l’extase*, un état dans 
lequel toute communication étant rom- 
pue avec le monde extérieur, l’âme 
a le sentiment qu’elle communique 
avec un objet interne, qui est l’être 
parfait, l’être infini, Dieu. Mais ce se- 
rait se faire du mysticisme une idée 
incomplète que de le concentrer tout 
entier dans ce phénomène, qui en est 
le point culminant. Le mysticisme est 
essentiellement une vie, un mouvement, 
un développement d’un caractère et 
d’une direction déterminés. » E. Bou- 
Troux, Le mysticisme, Bulletin del'Ins- 
titut psychologique, janv. 1902, p. 15. 


Sur Mystique et Mysticisme. — Quel que soit le jugement de fond qu'il convienne 
de porter sur le mysticisme, il faut bien y reconnaître, en fait, l'existence psycho- 
logique d'états caractérisés, liés, multiplement expérimentés, qui comportent d’être 


classés systématiquement, groupés et appréciés. Et ce qui semble propre à ces 


662 . 


663 


Les étapes de ce développement sont, 
dit E. Bourroux, l’aspiration à l’ab- 
solu (Sehnsucht), l'effort de purifica- 
tion et l’ascèse, l’extase, le retour sur 
la vie antérieure et l'orientation nou- 
velle du jugement et de la conduite, 
la réalisation (individuelle ou sociale) 
de la vie parfaite. 

On appelle plus spécialement mys- 
tique (subst. fém.) l’ensemble des pra- 
tiques conduisant à cet état, et des 
doctrines exprimant les connaissances 
qui en sont considérées comme le fruit. 

C. L'un des quatre grands systèmes 
philosophiques qui, selon l’éclectisme, 
se sont succédé en cycles dans l’his- 
toire de la pensée humaine, et que le 
progrès de la réflexion philosopiique a 
pour but de concilier de plus en plus 
complètement. (Cf. Éclectisme*.) Il ré- 
sulte d’une réaction contre le scepti- 
cisme, et se caractérise par l’efface- 
ment de la raison au profit du senti- 
ment et de l'imagination. (V. Cousin, 
Histoire de la philosophie, TI, 9e leçon ; 
A. JACQUESs, Jules Simon et SAISSET, 





MYSTICISME 


Manuel de philosophie, 22 partie, 83. 
« Lois générales de la formation des 
systèmes. ») 

D. On applique ce terme, presque 
toujours avec une nuance péjorative : 

1° Aux croyances ou doctrines qui 
reposent plus sur le sentiment et l’in- 
tuition (au sens D) que sur l’observa- 
tion et le raisonnement : « Prétendre 
connaître autrement que par l’intelli- 
gence, c’est dire qu’il est légitime d’af- 
firmer ce qu’on ignore; en un mot, 
c’est être mystique. Certes, il est pos- 
sible d’affirmer sans raison valable, 
parce que l'affirmation est un acte et 
relève, par conséquent, du sentiment 
et de la volonté. Aussi y a-t-il deux 
sortes de mystiques, ceux qui aiment 
et ceux qui veulent ; et l’on peut dire 
que le mysticisme consiste à franchir, 
soit par un élan d'amour, soit par un 
effort de volonté, les bornes où la rai- 
son spéculative est contrainte de s’en- 
fermer. » GoBcoT, Classification des 
Sciences, p. 4. 

20 Aux croyances ou doctrines qui 


les images sensibles, les conceptions et les raisonnements de l'esprit, il affirme, 





états, c’est d’une part la dépréciation et comme l'effacement Je symboles sensibles 
et des notions de la pensée abstraite et discursive ; c’est d autre part le contact 
direct et l’immédiation de l'esprit avec la réalité possédée à même. Le mystique 
a l'impression d’avoir non pas moins, mais plus de connaissance et de lumière. 
On ne peut méconnaître ce fait, qui est une réalité historique. Et on ne doit 
doute pas non plus se hâter de discréditer le mysticisme, en dépit des io 
des abus qu’il a trop souvent recouverts. De ce que la musique n’a pas le genre : 
clarté et de précision qu'offre la parole articulée, il n’en résulte pas que ne 
ne puissent exprimer ce que les mots, avec toute leur valeur logique, ne sua 
jamais à traduire. Et c’est en ce sens, très raisonnable et très vrai, que PA à 
a dit : « La musique est une révélation plus haute que la sagesse et la philosop Le 
(Cf. Romain Rozranp, Vie de Becthoren, p. 133.) Entre la science mystique et ' 
connaissance théologique, métaphysique ou physique, ilya une différence a 
logue à celle qui sépare comme par un abîme l'impression d'un artiste RoMePece, 
symphonie, et le commentaire littéraire que tout homme d esprit cultivé, . : 
l’oreille fausse ou n’eût-il en effet jamais entendu une note, pourrait compren 
en s’imaginant peut-être qu'il a de l’œuvre, transposée en un langage livresque, 
une intelligence supérieure à celle du musicien. ; ur 
C’est au pseudo-Denys l'Aréopagite qu'est dù le mot mystique Nora ne 
7 et Théol. myst., 1, 1), et la plupart des termes qui sont devenus classiques . 
la « mystique ». Après avoir montré que pour atteindre à l’être, il faut dépass 


en se fondant sur une expérience qui n’a rien de dialectique, mais qui semble 
l'expression d’un contact intimement éprouvé, « cette parfaite connaissance de 
Dieu qui s'obtient par ignorance en vertu d’une incompréhensible union ; et ceci 
a lieu quand l’âme, laissant toute chose et s’oubliant elle-même, s'unit aux clartés 
de la « gloire divine ». (Noms divins, VII, 8.) C’est cette science obtenue, non par les 
raisonnements, mais par une union pleine d'amour, que Denys appelle la « doctrine 
mystique qui pousse vers Dieu et unit à Lui par une sorte d'initiation qu'aucun 
maître ne peut apprendre ». (Ep., IX, 1.) Ce qui est la garantie et comme le péage 
de cette « contemplation super-intellectuelle », c’est la vie purgative et ascétique 
qui en est la préparation ; « le voile n’est levé que pour les sincères amants de la 
sainteté qui, par leur pureté d’esprit et la puissance de leur faculté contemplative, 
sont aptes à pénétrer le vrai dans sa simplicité intime... C’est par ce sincère, 
spontané et total abandon de toi-même et de toutes choses que, libre et dégagé 
d’entraves, tu te précipiteras dans l'éclat mystérieux de la divine obscurité. » 
(Théol. myst., I, 1.) Ce qui paraissait, dans l’état inférieur, lumineux et réel, 
n’est plus que voile ténébreux et apparence ; et ce qui semblait nul et nocturne, 
se révèle comme l’immense lumière et l’absolue unité à laquelle communie l’âme 
« conviée au banquet divin ». (Hier. eccl., I, 3.) 

L'idée fondamentale du mysticisme semble donc celle-ci : les images ni les 
concepts ne nous donnent la réalité ; il faut traverser les choses sensibles, les 
représentations intellectuelles comme des voiles ; et lorsque par la vie purgative 
et ascétique on s’est dépouillé de soi et des choses, lorsqu'on s’est offert nu au 


; vide, ce vide, cette nuit obscure révèlent la plénitude d’une vie qui ne semble 


MYSTICISME 


664 





déprécient ou rejettent la réalité sen- 

sible, au profit d’une réalité inacces- 

sible aux sens : « N’allons pas jusqu’à 

ces affirmations mystiques : c’est la 

société qui pense dans l'individu. » 

BoucLé, Les Idées égalitaires, p. 79. 
Rad. int. : Mistikism. 


1. MYSTIQUE, subst., D. Mysuk ; 
E. Mystic ; L Mistica. 

A. Synonyme de Mysticisme* au 
sens À; ou quelquefois, mais plus 
rarement, au sens B. 

B.Croyance (particulièrementcroyan- 
ce morale ou sociale) qui s'affirme chez 
un individu ou dans un parti sans cher- 
cher à se justifier par le raisonnement 
(qu’elle soit ou non, en elle-même, sus- 
ceptible de cette justification). « La 
mystique démocratique. » — « La mys- 
tique de la Vie. » — « La mécanique 
exigerait une mystique. » LERGSON, 
Les deux sources, p. 329. 


Le sens B est nouveau, mais il s’est 
largement répandu depuis quelques 
années, d’abord dans la conversation 
et le journalisme, puis dans la lan- 
gue philosophique elle-même. Il a été 
défini et discuté dans la séance de la 
Société de philosophie du 1€r avril 1933. 
Voir Bulletin de la Société, notamment 
p. 54, 68, 73. 


2. MYSTIQUE ({adj.), D. Mysusckh ; 
E. Mystic, Mystical ; 1. Mistico. 

S’emploie dans tous les sens du mot 
mysticisme ; et, en particulier, s’ap- 
plique à la représentation de l’univers 


sous la forme de correspondances* et 
d'actions « sympathiques » dues à ces 
correspondances, en tant qu’elle s’op- 
pose à la représentation de l’univers 
sous la forme de phénomènes indivi- 
duels, causes et effets les uns des autres 
suivant des lois déterminées. « J’em- 
ploierai ce terme (mystique) faute d’un 
meilleur, non pas par allusion au mys- 
ticisme religieux de nos sociétés, qui 
est quelque chose d’assez différent, 
mais dans le sens étroitement défini 
où « mystique » se dit de la croyance 
à des forces, à des influences, à des 
actions imperceptibles aux sens, et 
cependant réelles. Par exemple, pour 
le « primitif » qui appartient à une 
société de forme totémique, tout ani- 
mal, toute plante, tout objet même, 
tel que les étoiles, le soleil ou la lune 
fait partie d’un totem, d’une classe, 
d’une sous-classe ; par suite, chacun a 
des affinités précises, des pouvoirs sur 
les membres de son totem, de sa classe, 
de sa sous-classe, des obligations en- 
vers eux, etc. Le cœur, le foie, les 
yeux, la moelle, etc., sont censés pro- 
curer telle ou telle qualité à ceux qui 
s’en repaissent... Quand les indigènes 
se rassemblent en grand nombre en 
Australie, chaque tribu, et dans chaque 
tribu, chaque groupe totémique a une 
place qui lui est assignée par son affi- 
nité mystique avec telle ou telle région 
de l’espace. » LÉvy-BRunL, Les fonc- 
tions mentales dans les sociétés infé- 
rieures, t. I, pp. 30, 31, 32, 33. 
Rad. int. : Mistik, -al. 


cachée et « mystique » qu’à ceux qui, selon le mot de Newman, n’ont pas émigré 
de la région des ombres et des images. — L'aspect de la doctrine sur lequel ont 
le plus insisté les grands mystiques, comme Tauler, saint Jean de la Croix, sainte 
Thérèse, c’est que le comble de l’activité humaine, c’est d'aboutir à cet état de 
nudité ou de passivité intérieure qui seul laisse le champ libre à la souveraine 
libéralité de l’être infini. (M. Blondel.) 


Je crois que le terme mysticisme ne devrait pas être employé en dehors du 
domaine de la philosophie religieuse, conformément d’ailleurs à l’étymologie. 
Les expressions mysticisme scientifique, mysticisme philosophique sont impropres, 
et l’on peut d’autant plus facilement les éviter que nous avons d’autres termes 


d'usage plus correct et plus ancien, p. ex. irrationalisme, intuitionisme, sentimen- 
talisme. (C. Ranzoli.) 








665 


MYTHE, G. uÿ6wx; D. E. Mythe; 
I. Mito. 

A. Récit fabuleux, d’origine popu- 
laire et non réfléchie, dans lequel des 
agents impersonnels, le plus souvent 
les forces de la nature, sont représentés 
sous formes d'êtres personnels, dont 
les actions ou les aventures ont un sens 
symbolique. « Les mythes solaires. — 
Les mytlies du printemps. » Se dit 
aussi des récits fabuleux, qui tendent 
à expliquer les caractères de ce qui est 
actuellement donné : « Le mythe de 
l’Age d’or, du Paradis perdu. » 

B. Exposition d’une idée ou d’une 
doctrine sous une forme volontaire- 
ment poétique et narrative, où l’ima- 
gination se donne carrière, et mêle 
ses fantaisies aux vérités sous-jacentes. 
« Le mythe de la Caverne. » Sur le 


NATIVISME 





sens exact de 0806 chez Platon, v. Cou- 
TURAT, De platonicis mythis, p. 3-12. 
et L. RoBin, Platon, 192-196. 

C. Image d’un avenir fictif (et même 
le plus souvent irréalisable) qui exprime 
les sentiments d’une collectivité et sert 
à entraîner l’action. — Cette acception 
a été créée par Georges SoREL, dans 
Pintroduction à ses Réflexions sur la 
violence (1907). « Les mythes léroi- 
ques. » — « Le mythe de la grève géné- 
rale, » — « On peut parler indéfiniment 
de révolte sans provoquer jamais au- 
cun mouvement révolutionnaire, tant 
qu’il n’y a pas de mythes acceptés par 
les masses. » Zbid., p. 45. 

Voir ci-dessous observations sur Uto- 
pie*. 

D. Mentalité d'où dérive le mythe au 
sens À. Voir le Supplément. 





Imprimé en France 
Imprimerie des Presses Universitaires de France 
73, avenue Ronsard, 41100 Vendôme 
Janvier 1997 — N° 43 627 


























COLLECTION « QUADRIGE » 


AFTALION F. 
ALAIN 

ALAIN 
ALQUIÉ F. 
ALTHUSSER L. 


ALTHUSSER L. et coll. 


ANDREAS-SALOMÉ 
ARON R. 

ASSOUN P.-L. 
ASSOUN P.-L. 
ASSOUN P.-L. 
ATTALI J. 

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et GUILLAUME M. 
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AUBENQUE P. 
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AYMARD A. 
et AUBOYER 
BACHELARD 
BACHELARD 
BACHELARD 
BACHELARD 
BACHELARD 
BACHELARD 
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BALANDIER G. 
BALANDIER G. 
BALANDIER G. 
BARON S. W. 
BARON S. W. 
BARRET-KRIEGEL B. 
BASTIDE R. 
BASTIDE R. 
BEAUFRET J. 
BELLEMIN-NOËL J. 
BENOIST J.-M. 
BENOIST J.-M. 
BERGSON 
BERGSON 
BERGSON 
BERGSON 
BERGSON 
BERGSON 
BERGSON 
BERGSON 
BERNARD 
BLANCHÉ R. 
BLOCH J.-R. 
BLONDEL M. 
BOILEAU-NARCEJAC 
BORNE E. 

BOUDON R. 
BOUDON R. 


e 


oonooooat 


OTTTLTILTT 


L'Économie de la Révolution française 
Propos sur l‘éducation suivis de Pédagogie enfantine 
Stendhal et autres textes 

Le Désir d'éternité 

Montesquieu, la politique et l’histoire 

Lire le Capital 

Ma vie 

La Sociologie allemande contemporaine 
introduction à la métapsychologie freudienne 
Freud, la philosophie et les philosophes 
Freud et Wittgenstein 

Analyse économique de la vie politique 


L'Anti-économique 
Le Problème de l'être chez Aristote 
La Prudence chez Aristote 


L'Orient et la Grèce antique 


Rome et son Empire 

La Philosophie du non 

La Poétique de l’espace 

La Poétique de la rêverie 

Le Nouvel Esprit scientifique 

La Flamme d'une chandelle 

Le Rationalisme appliqué 

La Dialectique de la durée 

Le Matérialisme rationnel 

Sens et puissance 

Sociologie actuelle de l'Afrique noire 
Anthropologie politique 

Histoire d'Israël, T. 1 

Histoire d'Israël, T. Il 

Les Droits de l’homme et le droit naturel 
Les Problèmes de la vie mystique 
Sociologie et psychanalyse 
Parménide : Le Poème 

Vers l'inconscient du texte 

Marx est mort 

Tyrannie du logos 

Essai sur les données immédiates de la conscience 
L'Energie spirituelle 

L'Evolution créatrice 

Le Rire 

Les Deux Sources de la morale et de la religion 
Matière et mémoire 

La Pensée et le mouvant 

Durée et simultanéité 

Principes de médecine expérimentale 
L'Axiomatique 

Destin du siècle 

L'Action (1893) 

Le Roman policier 

Le Problème du mal 

Effets pervers et ordre social 

La Place du désordre 








BOUDOT P. 
BOUGLÉ C. 
BOUHDIBA A. 
BOUTANG P. 
BRAUDEL F. 

et LABROUSSE E. 


BRÉHIER E. 
BRÉHIER E. 
BRÉHIER E. 
BUBER M. 
CANGUILHEM G. 
CARBONNIER J. 
CHAILLEY J. 
CHARNAY J.-P. 
COHEN-TANUGI L. 
CORTOT A. 
CROUZET M. 
CROZET R. 
DANDREY 
DAUMAS M. 


DELEUZE G. 
DELEUZE G. 
DERRIDA J. 
DESCARTES R. 
DEUTSCH H. 
DEUTSCH H. 
DROZ J. 


DUHAMEL O. 
DUMÉZI G. 
DUPÂQUIER J. 


DURAND G. 
DURKHEIM É 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
DURKHEIM 
FEBVRE L. 
FERRY L. 


meme me M ee Me M MA 


FERRY L. 
et RENAUT A. 
FESTUGIÈRE A..J. 


Nietzsche en miettes 

Essais sur le régime des castes 
La Sexualité en Islam 
Ontologie du secret 


Histoire économique et sociale de la France 


l : 1450-1660 
il : 1660-1789 
.W : 1789-années 1880 


. V.1-2 : Années 1880-1950 
.IV.3 : Années 1950-1980 
Histoire de la philosophie, T. | 
Histoire de la philosophie, T. | 
Histoire de la philosophie, T. lil 
Moise 
Le Normal et le pathologique 

Sociologie juridique 

Histoire musicale du Moyen Age 

La Vie musulmane en Algérie 

Le Droit sans l'Etat 

La Musique française de piano 
L'Époque contemporaine 

L'Art roman 

Poétique de La Fontaine, | : La fabrique des fables 
Histoire générale des techniques 

7.1 : Des origines au xvi* siècle 

T. 2 : Les Premières Étapes du machinisme 
T. 3 : L'Expansion du machinisme 

T. 4 : Énergie et matériaux : 
7.5 : Transformation - Communication - Facteur humain 
La Philosophie critique de Kant 

Proust et les signes 

La Voix et le phénomène 

Méditations métaphysiques 

La Psychologie des femmes, T. 1 

La Psychologie des femmes, T. I! 

Histoire générale du socialisme 

T. 1: Des origines à 1875 

T. 2: De 1875 à 1918 

T.3 : De 1918 à 1945 

T. 4: De 1945 à nos jours 

La Gauche et la V° République 

Du mythe au roman 

Histoire de la population française 

1 : Des origines à ia Renaissance 

2 : De la Renaissance à 1789 

3 : De 1789 à 1914 

4:De1914 à nos jours 

L'Imagination symbolique . 

Les Règles de la méthode sociologique 

Le Suicide 

Les Formes élémentaires de la vie religieuse 

Éducation et sociologie 
De la division du travail social 
L'Évolution pédagogique en France 
Leçons de sociologie 
Le Socialisme 
L'Éducation morale 
Sociologie et philosophie 

Martin Luther, un destin 

Philosophie politique 

1:Le Droit 
2 : Le Système des philosophies de l'mstoire 


44 + 


3 : Des droits de l'homme à l'idée républicaine 
£picure et ses dieux 





FOCILLON H. 
FOCILLON H. 
FOUCAULT M. 
FOUCAULT M 
FOULQUIE P. 
FREUD S. 
FREUD S. 
FREUD S. 
FREUD S. 
FREUD S. 
FREUD S. 
GANDHI 
GINOUVÉS R. 
GODECHOT J. 
GORCEIX 8. 
GROUSSET R. 
GUITTON J. 
HAMON Ph. 
HAMSUN K. 
HAYEK F. A. 
HAYEK F. A. 


HEERS J. 
HEIDEGGER M. 
HYPPOLITE J. 
JACCARD R. 
JANKÉLÉVITCH V. 
JANKÉLÉVITCH V 
JOHNSTON W. 
JURANVILLE A. 
KANT É. 

KANT É. 

KANT É. 
KAUTSKY K. 
KRIEGEL B. 


LACOSTE Y. 
LAGACHE D. 
LAGACHE D. 
LALANDE A. 
LAMARCK J.-B. DE 
LAPLANCHE J. 
LAPLANCHE J. 
LE BON G. 
LECOURT D. 
LEFEBVRE H. 
LÉONARD E. G 


LEROI-GOURHAN A. 


LEVINAS E. 
LEVI-STRAUSS C. 
LÉVY-BRUHL L. 
LÉVY-BRUHL L 
LOCKE J. 

LOVY R.-J. 
MAIMONIDE M. 
MAISTRE J. DE 
MARÇAIS G. 
MARION J.-L 


L'Art des sculpteurs romans 
La Vie des formes 
Maladie mentale et psychologie 
Naissance de la clinique 
Dictionnaire de la langue pédagogique 
L'Homme aux loups 
La Première Théorie des névroses 
Le Président Schreber 
L'Avenir d'une illusion 
Inhibition, symptôme et angoisse 
Le Malaise dans la culture 
Autobiographie 
L'Art grec 
La Contre-Révolution, 1789-1804 
La Bible des Rose-Croix 
Les Croisades 
Justification du temps 
Texte et idéologie 
Faim 
La Route de la servitude 
Droit, législation et liberté 
1 : Règles et ordre 
2 : Le Mirage de la justice sociale 
3 : L'Ordre politique d'un peuple libre 
Le Clan familial au Moyen Age 
Qu'appelle-t-on penser ? 
Figures de la pensée philosophique, T. I et Il 
La Tentation nihiliste 
Philosophie première 
Henri Bergson 
L'Esprit viennois 
Lacan et la philosophie 
Critique de la raison pratique 
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Qu'est-ce qu'un livre ? 
Le Bolchevisme dans l'impasse 
L'Histoire à l’âge classique 
T. |: Jean Mabillon 
T. I: La Défaite de l'érudition 
T. li: Les Académies de l’histoire 
T. IV: La République incertaine 
Géographie du sous-développement 
La Jalousie amoureuse 
L'Unité de la psychologie 
Vocabulaire technique et critique de la philosophie, en 2 vol. 
Système analytique des connaissances positives de l’homme 
Hôlderiin et la question du père 
Nouveaux fondements pour la psychanalyse 
Psychologie des foules 
Lyssenko. Histoire réelle d’une « science prolétarienne » 
Le Matérialisme dialectique 
Histoire générale du protestantisme 
T. 1: La Réformation 
T. l!: L'établissement 
T. ll : Déclin et renouveau 
Les Religions de la préhistoire 
Le Temps et l’autre 
L'identité {Séminaire) 
L'Ame primitive 
Carnets de notes 
Lettre sur la tolérance 
Luther 
Le Livre de ta connaissance 
Écrits sur la Révolution 
L'Art musulman 
Dieu sans l'être 


MARION J.-L. 
MARX K. 
MAUSS M. 


MERLEAU-PONTY M. 


MEYER M. 
MINKOWSKI E. 
MONTAIGNE 
MONTAIGNE 
MONTAIGNE 
MORENO J.-L. 
MOSCOVICI S. 
MOUNIN G. 
MOUSNIER R. 
MOUSNIER R. 

et LABROUSSE E. 
NÉRAUDAU J.-P. 
NISBET R. A. 
PARISET EF. G. 
PERROY E. 
PIAGET J. 
PIÉRON H. 
PIRENNE H. 
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ROSSET C. 
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SARTRE J.-P. 
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SCHNERB R. 
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SEIGNOBOS C. 
SENGHOR L. Sedar 
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SIEYÉS E. 
SIRINELLI J.-F. 
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TADIÉ J.-Y. 
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Sur la théologie blanche de Descartes 
Le Capital, livre | 

Sociologie et anthropologie 

La Structure du comportement 
Science et métaphysique chez Kant 
Le Temps vécu 

Les Essais, livre | 

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Psychothérapie de groupe et psychodrame 
Psychologie des minorités actives 
Dictionnaire de la linguistique 

Les xv' etxvil* siècles 


Le xvi° siècle 

Dictionnaire de l'histoire de l'art 

La Tradition sociologique 

L'Art classique 

Le Moyen Age 

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Vocabulaire de la psychologie 

Mahomet et Charlemagne 

L'État, le pouvoir, le socialisme 

Le Héros et l'État dans la tragédie de Pierre Corneille 
Max Weber et les dilemmes de la raison moderne 
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Schopenhauer, philosophe de l'absurde 
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Histoire sincère de la nation française 

Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache 
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Qu'est-ce que le Tiers État ? 

Génération intellectuelle, Khägneux et Normaliens 
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Bouddhisme Zen et psychanalyse 

Le Roman d'aventures 

La Science antique et médiévale 

La Science moderne. De 1450 à 1800 

La Science contemporaine. Le xix" siècle 
La Science contemporaine. Le xx° siècle, années 1900-1960 
Les Volcans et la dérive des continents 
Dictionnaire des littératures, vol. 1 : A-C 
Dictionnaire des littératures, vol. 2 : D-J 
Dictionnaire des littératures, vol. 3 : K-Q 
Dictionnaire des littératures, vol. 4 : R-Z 
Les Grandes Doctrines littéraires en France 
La Séduction de l'étrange 

Les Origines de la pensée grecque 

Les Origines du caractère chez l'enfant 
L'Enfant turbulent 

Les Origines de la pensée chez l'enfant 
Les Jumeaux, le couple et la personne 

La Méditerranée sans les Grands 
Montaigne